Subjectivité
Subjectivité
MEMOIRE DE MASTER II
SPECIALITE
ANALYSE DU DISCOURS ET SCIENCES DES TEXTES
Présenté par :
elle
M Farida HAMMAZ
Membres de Jury :
Introduction
Chapitre I : Cadre théorique et méthodologique
I. Le discours.
II. L’énonciation.
I. L´opposition récit/discours.
INTRODUCTION
Le roman historique, dont l’intrigue est empruntée à l’Histoire, se caractérise par une
toile de fond narrative liée à un évènement ou une période de l’Histoire. Il se mêle
généralement des évènements et des personnages réels ou fictifs. Il s’efforce
d’apparaître vraisemblable en regard de la vérité historique, et l’auteur s’appuis
généralement sur une importante documentation.
Il est à signaler que par souci d’objectivité, les romanciers au XIXème siècle optent pour
une narration à la troisième personne «il». Autrement dit, ils se mettent à la place de
l’historien ; parfois dans la même œuvre, l’auteur joue l’alternance de ces deux formes
de narration. Nous supposons que c’est le cas du roman que nous nous proposons
d’étudier. L’auteur joue l’alternance entre la première et la troisième personne, pour
relater les évènements. Il donne l’impression de l’objectivité mais, il est profondément
impliqué dans son discours.
Toutefois, il faut souligner que le texte est construit sur deux plans d’énonciation :
L’énonciation historique caractérisée par une subjectivité masquée, et l’énonciation
discours où la subjectivité se trouve pleinement manifestée.
La Fin d’ un monde, roman que nous analyserons, est construit selon ce modèle. Il est
important de le présenter dans un premier temps. Ce roman historique est de
l’écrivaine algérienne Anissa Boumediene, édité en 1991 et réédité en 2003 chez les
éditions Bouchene à Alger. Ce roman présente une saga arabo musulmane écrite en
français. Elle part d’une histoire vraie, celle d’une passion hors du commun dans la
péninsule arabique et, dont les deux protagonistes étaient deux poètes célèbres. A
travers ce récit, c’est aussi toute l’histoire de ce VΙΙème siècle arabo-musulman ; les
premières guerres civiles islamiques et les luttes pour le pouvoir.
Ce roman dont la prose est ponctuée de poèmes, est nom homogène, des moments
qui ne sont pas narratifs viennent de s’insérer .Moments de description, moments de
discours, notamment ils représentent des pauses narratives.
Introduction 3
En effet, dans La fin d’un monde, nous pouvons dégager deux plans d’énonciation. Le
premier plan d’énonciation du discours autorise la pleine manifestation de la
subjectivité. Le second plan d’énonciation récit suppose au contraire la mise en retrait
du sujet par l’effacement des indices d’énonciation.
Dans ce roman, le narrateur possède une connaissance des faits objectifs dans leur
totalité. Un narrateur effacé en masquant sa subjectivité, donnant l’impression que
l’histoire se raconte d’elle-même. En parallèle, il fait parlait des personnages auxquels
il attribue le rôle du narrateur ; dans ce cas là, les personnages, démasquent leur
subjectivité. La diversité de la structure interne du texte, ainsi la diversité de la source
documentaire qui va nous servir dans l’analyse de ce roman, sont les causes qui nous
ont motivés à faire de la Fin d’un monde l’objet d’étude de notre recherche.
L’objet de notre étude et de répondre aux questions pertinentes à notre sens. Il est
important de voir comment la subjectivité langagière est manifestée dans le roman et
quels sont les lieux d’ancrage de cette subjectivité langagière ? Afin de répondre à
cette question multiple, nous allons opter pour une analyse énonciative pour le roman
en question.
Pour mener à bien notre travail, nous le subdiviserons en trois chapitres. Dans le
premier chapitre intitulé «cadre théorique et méthodologique », nous allons nous
intéresser la définition de quelques concepts que nous avons jugé utiles pour notre
analyse tels que : L’énonciation, la subjectivité, les déictiques, les modalités.
En fait, notre travail est une ébauche d’une analyse énonciative à même de montrer
que la langue n’est jamais neutre et qu’elle véhicule une subjectivité inhérente à celui
qui l’utilise. Cette subjectivité pourrait être abordée d’un point de vue des passions qui
jalonnent le discours des acteurs de l’énonciation.
Chapitre 1
I. Le discours
Depuis l’Antiquité grecque jusqu'à nos jours, l’évolution de la notion du discours est
liée à l’évolution de la pensée, des idées. Particulièrement polysémique, le terme de
discours, désigne d’une manière générale la manifestation de l’énonciation chaque fois
que quelqu’un parle, autrement dit, un discours, est un énoncé caractérisable certes
par des propriétés textuelles, mais surtout comme un acte de discours, accompli dans
une situation déterminée (participants, institutions, lieu, temps). Pour Benveniste,
« (…) le discours est le langage mis en action, et nécessairement entre partenaires».1
I.2. La subjectivité
Dans son sens ordinaire« subjectif» désigne le caractère de ce qui est personnel. En
analyse du discours, la subjectivité en tant que notion suggère à ce qui a rapport à la
personnalité du sujet parlant, à ses impressions, à son infinité, à ses états de
conscience.
Tout est subjectif dans le langage, concevoir un discours sans l’emprunte du sujet
parlant relèverait de la chimère. Sauf il ya deux types de textes : D’un côté, des textes
subjectifs marqués profondément par la présence du sujet énonciateur. Ce dernier se
1
Benveniste Emile, Problèmes de linguistique générale, Paris, Gallimard, 1966, p.258.
2
Maingueneau Dominique, Les termes de l’analyse du discours, Editions seuil, 1996, p.11.
Chapitre 1 : Cadre théorique et méthodologique
7
En d’autres termes, c'est dans, et par le langage que l'homme se constitue comme
sujet ; parce que le langage seul fonde en réalité, dans sa réalité qui est celle de l'être,
le concept d«ego». Et il conclut : Est «ego» qui dit «ego». Nous trouvons là le
fondement de la "subjectivité" qui se détermine par le statut linguistique de la
personne. Il est donc indispensable d'étudier le langage et le sujet en les définissants
par relation mutuelle. Car le langage est "marqué" si profondément par l'expression de
la subjectivité qu'on se demande si, autrement construit, il pourrait encore fonctionner
et s'appeler langage.
II. L’énonciation
L’énonciation est définit comme étant la procédure pour laquelle le sujet parlant
actualise les signes linguistiques, pris dans le système abstrait de la langue en
discours. Autrement dit, des signes insérés dans des situations spatio-temporelles
localisables.
1
Benveniste Emile, op.cit, p.259, 260.
Chapitre 1 : Cadre théorique et méthodologique
8
nom le texte de l’énoncé(…) Cet acte est le fait du locuteur qui mobilise la langue
pour son compte l’énonciation suppose la conversion de la langue en discours ».1
1
Benveniste Emile, op.cit, p. 8.
2
Orecchioni Catherine Kerbrat, L’énonciation, De la subjectivité dans le langage .Paris, Armand Colin, 1980, p.30.
3
Ibid, p.81.
4
Cervoni Jean, L’énonciation, PUF, Paris, 1987, p.27.
Chapitre 1 : Cadre théorique et méthodologique
9
Les possessifs sont les plus connus, et les plus évidents, des déictiques. Dans le cas de
«je» et de «tu», qui renvoie au locuteur et interlocuteur (c'est-à-dire les actants de
l'énonciation), ce sont de purs déictiques «Je» et «tu» renvoies à des rôles, celui de
locuteur et celui d'allocutaire, qui sont indissociables et réversibles : dans «l’échange»
linguistique, justement nommé, tout je, est un tu en puissance, tout tu un je en
puissance. En outre, l'énonciation inscrit de mille manières dans l'énoncé la présence,
implicite ou explicite, de l'allocuteur, qui joue un rôle actif dans l’énonciation, pour
cette raison, certains linguistes préfèrent de parler de co-énonciateur que,
d’allocutaire ou de destinataire.
Ce qu'on entend ici par je et tu renvoie en fait à une classe plus large que les termes
correspondants et leurs variantes casuelles (me, te) ou accentuées (moi, toi) ; ils
figurent aussi dans les formes dites de pluriel (nous, vous) ainsi que dans les pronoms
(le tien, le nôtre) et déterminants possessifs (mon, votre..).
« Sont le premier point d'appui pour cette mise à jour de la subjectivité dans le
langage. De ces pronoms, dépendent à leur tour d'autres classes de pronoms, qui
partagent le même statut. Ce sont les indicateurs de la deixis, démonstratifs,
adverbes, adjectifs, qui organisent les relations spatiales et temporelles autour du
"sujet" pris comme repère : "ceci, ici, maintenant", et leurs nombreuses
1
corrélations ».
1
Benveniste Emile, op.cit, p.262.
Chapitre 1 : Cadre théorique et méthodologique
10
Mais la deixis temporelle ne se limite pas aux formes qui renvoient au présent de
l'énonciation ; elle comprend aussi celles qui marquent le passé et le futur, et dont le
référent ne se détermine que par rapport à ce présent. Exprimer le temps, c'est donc
localiser un événement sur l'axe de la durée par rapport à un moment T pris comme
référence (moment où l'on parle). Nous appellerons To le moment de dans le schéma
suivant qui rend compte du fonctionnement de la localisation temporelle.
1
Benveniste Emile, op. cit, p.262.
Chapitre 1 : Cadre théorique et méthodologique
11
Ce tableau ne fait pas référence aux formes verbales. Ceci dit, à titre de remarque,
soulignons que l'on peut utiliser conjointement une forme verbale et une expression
adverbiale qui ne relèvent pas du même système de référence : «Il m'a dit qu'il
viendrait demain».
L’énonciateur (ça, ceci, cela), d'autres combinent sens lexical et valeur déictique :
directement (cette table) ou par pronominalisation (celui-ci, celui-là). Il ne faut pas
confondre toutefois, ces véritables déictiques avec les démonstratifs à valeur
anaphorique.
Parler, c'est signifier, mais c'est en même temps référer : c'est fournir des informations
spécifiques à propos d'objets spécifiques du monde extralinguistique à l'intérieur d'un
certain système de repérage. Le système de repérage déictique n'est pas le seul auquel
peuvent recourir les langues naturelles, mais c'est sans doute le plus important, et
sûrement le plus original, car ce repérage a la particularité de s'effectuer non par
Chapitre 1 : Cadre théorique et méthodologique
12
rapport à d'autres unités internes au discours, mais par rapport à quelque chose qui lui
est extérieur et hétérogène; les données concrètes de la situation de communication.
Les unités déictiques ont ainsi pour vocation, tout en appartenant à la langue, de la
convertir en parole. Benveniste le répète :
Après avoir déterminé plus précisément la catégorie des déictiques qui est un point
important de la linguistique, il nous reste à envisager les autres lieux, plus subtils,
d'inscription dans l'énoncé de la subjectivité langagière.
Charles Bally note que dans tout acte de parole, il est nécessaire de différencier entre
Le «dictum» qui signifie le "dit", et le« modus» qui désigne la manière, la position du
locuteur vis-à-vis de ce contenu. Au sein de modus on distingue cinq manières de
qualifier son dire, qui correspondent aux différentes constructions phrastiques, à
savoir la négative, l’affirmative, l’impérative, l’exclamative et l’interrogative. En se
situant dans le domaine de la logique, Cervoni, distingue trois types de modalités qui
correspondent à un positionnement du locuteur par rapport à ce qu’il énonce.
1
Benveniste Emile, op.cit, p.264.
2
Maingueneau Dominique, op. cit, p.110.
Chapitre 1 : Cadre théorique et méthodologique
13
Un mot qui dérive du grec et qui veut dire «vérité». Le locuteur dans ce cas situe son
énoncé par rapport à la vérité. Ce qui est désigné par le carré suivant :
Nécessaire impossible
Possible contingent
En grec, ce mot signifie «connaissance". Le locuteur situe dans cas sa proposition par
rapport au savoir. Comme il le préconise Maingueneau : « Bien souvent, le sujet situe
son énoncé par rapport au certain(…) On a donc affaire à un continum qui va du
presque sûr à l’extrêmement improbable avec tous les intermédiaires imaginables ».1
Certain exclu
Plausible contestable
Déontique, signifie en grec" ce qu’il faut", ce que peut être désigné par le carré
suivant :
Obligatoire interdit
Permis facultatif
« L’acte d’énonciation(…) n’est pas tant l’expression des pensées d’un sujet qu’une
interaction constamment habitée par la présence d’un Co-énonciateur. Il existe en
particulier des modalités dites déontiques pour lesquelles cette présence ne saurait
1
Maingueneau Dominique, op.cit, p.118.
Chapitre 1 : Cadre théorique et méthodologique
14
Il va de soi que toute unité lexicale est, en un sens, subjective, puisque les "mots" de la
langue ne sont jamais que des symboles substitutifs et interprétatifs des "choses".
Mais ce n'est pas la question du découpage référentiel qui nous intéresse ici, mais bien
plutôt celui des usages individuels du code commun : lorsqu'un sujet d'énonciation se
trouve confronté au problème de la verbalisation d'un objet référentiel ; il a en gros le
choix entre deux formulations :
Notre propos n'est pas de procéder à une analyse du système sémantique de la classe
des adjectifs, mais seulement de montrer qu'il existe plusieurs catégories d'adjectifs
subjectifs. Les adjectifs "subjectifs" s'opposent tout d'abord aux adjectifs "objectifs"
1
Maingueneau Dominique, op. cit, p.122.
Chapitre 1 : Cadre théorique et méthodologique
15
(répartition certes schématique mais indiscutable dans son principe) ; les uns décrivent
le monde, les autres renvoient avant tout à un jugement de valeur du sujet
d'énonciation. Cette première opposition peut être affinée selon le schéma suivant :
Les adjectifs affectifs énoncent, en même temps qu'une propriété de l'objet qu'ils
déterminent, une réaction émotionnelle du sujet parlant en face de cet objet. Dans la
mesure où ils impliquent un engagement affectif de l'énonciateur.
Cette classe comprend tous les adjectifs qui, sans énoncer de jugement de valeur, ni
d'engagement affectif du locuteur, impliquent une évaluation qualitative ou
quantitative de l'objet dénoté. En fait, l'usage d'un adjectif évaluatif est relatif à l'idée
que le locuteur se fait de la norme d'évaluation pour une catégorie d'objet donnée ; et
c'est dans cette mesure qu'ils peuvent être considérés comme «subjectifs». Si je dis
par exemple «Cet appartement est grand (ou gigantesque)», la phrase peut être
paraphrasée par : «cet appartement est plus grand que la norme de grandeur pour un
appartement d'après l'idée que je m'en fais (elle-même fondée sur mon expérience
personnelle des appartements)».
Chapitre 1 : Cadre théorique et méthodologique
16
1
C K Orecchioni.op.cit, p.91
Chapitre 1 : Cadre théorique et méthodologique
17
- "sévir".
- "dégénérer «etc.
On relève ensuite les verbes modalisateurs, c'est-à-dire dont l'évaluation est de type
«vrai/faux/incertain» ; il s'agit des verbes de jugement qui sont à la fois axiologiques et
modalisateurs (ex : critiquer), des verbes locutoires, tels «dire», «hasarder»,
«affirmer», «déclarer», mais aussi «prétendre»,«reconnaître», «avouer», «admettre»,
«prétexter», «se vanter» ; des verbes d'opinion qui énoncent une attitude
intellectuelle vis-à-vis de l'énoncé (ex : X s'imagine que P).
Il ne faut pas oublier dans la catégorie des verbes subjectifs, les verbes modalisateurs
qui impliquent une certaine distance entre le dit et le dire (sembler, paraître...). Il est
évident qu'il ne s'agit pas pour vous d'apprendre la classification de ces verbes
"subjectifs", il est par contre intéressant d'identifier à partir d'un quelconque énoncé,
les éléments «subjectifs», la source de l'évaluation, sur quoi portent l'évaluation et la
nature de cette évaluation ; repérer en quelque sorte cette distance explicite ou
implicite entre le dit et le dire.
Ce qui est important de rajouter à cette "classification", c'est qu'il est des adverbes qui
portent sur l'énonciation elle-même. Ainsi dans :
"Sincèrement, je ne pense pas me tromper.", l'adverbe qualifie l'acte même de dire "je
ne pense pas me tromper", l'image qu'entend en donner l'énonciateur. Ce type
d'adverbe peut même impliquer le Co-énonciateur (ou "énonciataire") ; dans l'exemple
suivant :
Selon Orecchioni, il existe une autre forme de subjectivité dite évaluative et affective.
Cette forme de subjectivité dénonce la réaction émotionnelle du sujet qui s’avoue
explicitement ou implicitement comme source d’interprétation et d’évaluation du
référent qu’il est censé décrire. Il s’agit d’une manifestation caractérisée par la
sélection de modalisateurs et des substantifs évaluatifs organisant le discours en
termes de jugements de valeur, d’adhésion ou de rejet de la part du sujet.
Si l'on considère les exemples suivants "Cette pénible affaire" ; «cette triste réalité» ;
«la pauvre femme», (extrait du journal France-Soir à propos d'un procès) ; ce sont
autant d'expressions qui sont à considérer comme subjectives dans la mesure où elles
indiquent que le sujet d'énonciation se trouve émotionnellement impliqué dans le
contenu de son énoncé.
Chapitre 1 : Cadre théorique et méthodologique
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Elle est peut-être la plus marquée, dans la mesure où il s'agit de prendre position
explicitement par rapport à l'énoncé. Il s'agit du degré d'adhésion du sujet
d'énonciation par rapport au contenu de son énoncé, mais aussi de l'ironie implicite.
Mais aussi la modalisation peut-être une forme de "jugement" axiologique : si un sujet
dit par exemple : "Il a cru devoir s'expliquer" ; on doit interpréter l'énoncé "il ne le
devait pas, il a eu tort de la faire".
Elle est la plus forte des subjectivités, mais pas forcément la plus explicite, la plus
repérable. En effet, il existe pour l'émetteur des moyens plus discrets que les
modalisateurs et les axiologiques de s'énoncer dans l'énoncé ; c'est bien le cas du
discours journalistique qui se caractérise précisément par le fait que même lorsqu'il ne
recourt pas à des procédés aussi voyants, porte clairement la marque du lieu
idéologique d'où parle l'émetteur. Les marqueurs de subjectivité peuvent plus ou
moins avouer, ou au contraire dissimuler, leur statut d'unités subjectives. Un locuteur
semble donc pouvoir intervenir selon trois modalités :
Chapitre 1 : Cadre théorique et méthodologique
20
- implicitement, il évalue comme vrai son énoncé global (il s'agit de la 2° maxime de
Grice qui a trait à la vérité du message. En effet, lorsque quelqu'un prend la parole, on
suppose que ce qu'il va dire est véridique).
La fin d’un monde1est une œuvre subdivisée en 56 parties, chaque partie contient une
épigraphe sans indices temporaires. Les différentes dates correspondantes aux
évènements sont incluses dans le récit. Dans sa globalité, ce texte romanesque est
dialogué, il se présente comme une interaction entre deux partenaires, Où la parole
des personnages est représentée directement sans l’intermédiaire du narrateur.
L’action se prolongera durant41ans, de 621 à662 de l’ère chrétienne dans différents
espaces.
Anissa Boumediene présente dans ce roman, une saga arabo-musulmane, dont les
deux héros, étaient deux poètes de la péninsule arabique, précédée par l’Histoire de ce
VIIème siècle arabo - musulman ; celle du calife primitif ; les premières guerres civiles et
les luttes pour le pouvoir. Dans cette œuvre l’auteur joue l’alternance entre deux plans
d’énonciation, pour relater les évènements. Autrement dit, dans La fin d’un monde2,
des éléments du discours et du récit cohabitent dans le texte.
L’étude qui va suivre consistera à étudier le texte sur le plan énonciatif, en respectant
la distinction faite par Emile Benveniste dans son ouvrage Problème de linguistique
générale3, son analyse se fonde sur un jeu d’opposition grammaticales qui s’intéresse
essentiellement le paradigme des pronoms et celui des temps verbaux, mais elle se
combine à la notion de point de vue suivant que le narrateur participe ou nom à la
narration.
I. L´opposition récit/discours
1
Boumediene Anissa, La fin d’un monde, Editions Bouchène, Alger, 1991.
2
Ibid.
3
Benveniste Emile ,op.cit.
Chapitre 2 : Structure du roman
23
Dans La fin d’un monde, nous remarquons que des éléments du discours et du récit
cohabitent dans le texte, l’énonciation de plan discours autorise la pleine exposition ou
manifestation de la subjectivité, alors que le second plan d’énonciation récit (histoire)
suppose, au contraire la mise e retrait du sujet par effacement des indices
d’énonciation.
L’historien ne dira jamais (je) ni (tu), ni maintenant parce qu’il n’empruntera jamais
l’appareil formel du discours. Dans cette perspective, l’évènement se raconte plus qu’il
n’est raconté. Ce registre d’énonciation mobilise principalement la forme de la
troisième personne. Quant aux moyens de la temporalité, ils se reposent sur
l’ensemble des temps de l’histoire, ( l’aoriste) passé simple qui correspond à la fiction
littéraire, et deux autres temps , l’imparfait et le plus –que parfait qui correspondent à
la description est «L’effet d’objectivité qui en résulte tient à la mise en retrait
apparente du locuteur qui appuie son propos sur des moyens linguistiques déconnectés
du présent de l’énonciation».·3 Pour mieux éclairer cette question, nous reproduisant,
quelques exemples:
« Maslama et ses compagnons virent avec inquiétude leurs ennemis reformer leurs
lignes de bataille. Ils lancèrent aussitôt une grêle de traits sur le palanquin d’Aisha,
1
Achour Christiane Rezzoug, Simone, Convergences critiques, OPU, 4ème édition, Alger, 2009, p.186.
2
Sous la direction de Le Garde Joel, Dictionnaire de la critique littéraire, p .174.
3
Sarfati Georges-Elia, Eléments d’analyse du discours,Editions Armand Colin, 2007, p.41.
Chapitre 2 : Structure du roman
24
tant et c’est bien que le grand nombre de flèches qui s’y fichèrent donnèrent à sa
litière l’aspect d’un hérisson. Le calife comprit que les soldats d’Aisha ne
reculeraient pas tant que son chameau resterait debout, aussi recommanda-t-il à
ses guerriers d’entrainer ce dernier hors du champ de bataille. Mais aucun des
insurgés, qui se battaient avec bravoure remarquable, n’entendait lâcher la bride de
cette monture, et si l’un de ceux qui la tenaient avait la main coupée l’autre le
remplaçait incontinent. Arbad combattait l’ennemi avec acharnement lorsque une
1
douleur fulgurante lui traversa le dos».
A vrai dire, il n’ya plus alors de narrateur, les évènements sont posés comme ils se
sont produit, à mesure qu’ils paraissent à l’horizon de l’histoire ; personne ne parle ici ;
les évènements semblent se raconter eux-mêmes. Le temps fondamental est l’aoriste,
forme typique de l’histoire ou du récit et il correspond à la fiction littéraire, comme il
l’évoque Roland Barthes, dans Le degré Zéro de l’écriture :
«Par son passé simple, le verbe fait implicitement partie d’une chaine causale, il
participe à un ensemble d’actions solidaires et dirigées, il fonctionne comme le
signe algébrique d’une intention ; soutenant une équivoque entre temporalité et
causalité, c’est pour cela qu’il est l’instrument idéal de toutes les constructions
3
d’univers».
En d’autres termes, le récit vise exclusivement l’énoncé dans le discours se lisent les
marques de l’énonciation.
1
Boumediene Anissa, op cit, p. 107.
2
Benveniste Emile, op.cit, p.241.
3
Valette Bernard, Le roman, Editions Nathan, 1992, p. 66.
Chapitre 2 : Structure du roman
25
discours mobilise prioritairement les formes personnelles (je et tu) et, d’une manière
secondaire les indices de la troisième personne grammaticale. Quant à ses formes
temporelles spécifiques, le discours en mobilise un vaste éventail (présent, futur, futur
antérieur, passé-composé, imparfait, plus-que-parfait), le passé simple est exclu.
L’effet de subjectivité qui en résulte, tient au choix des indices de personne, déictiques
temporels et modaux sur lesquels il se fonde, comme il est le cas dans cet extrait retiré
de La fin d’un monde1un dialogue entre deux interlocuteurs.
«-Nous n’avons vraiment pas de chance avec nos califes. Il y a douze ans, Omar Ibn
al-Khattâb était poignardé à la mosquée. Aujourd’hui, c’est au tour d’Othmân
d’être assassiné.
-Dans le cas d’Omar, c’était un cas d’assassinat par vengeance personnelle. Dans le
cas d’Othmân, c’est différent, son meurtre a été perpétré par des Musulmans et il
2
obéit à des motifs politiques».
L’utilisation du style direct consiste à rapporter des paroles telles quelles étaient
émises, le fait de rendre mot pour mot ce que un autre dit, en projetant l’énoncé
rapporté dans une nouvelle situation d’énonciation. Dans La fin d’un monde3 l’auteur a
beaucoup usé les particularités de cette stratégie, qui cherche à se faire authentique :
1
Boumediene Anissa, op. cit.
2
Ibid, p.80.
3
Ibid.
Chapitre 2 : Structure du roman
26
Shaykh Zayd le considéra de son regard perçant qui lisait jusqu’au fond de l’âme et
lui posa la question qu’il redoutait d’entendre.
Ne m’as-tu pas dit, quand tu es venu la dernière fois, que tu étais décidé à te
marier ?
Un autre exemple:
«Du coup Fatima avait empêché Abu Bakr et Omar de pénétrer dans sa demeure et
elle leur avait adressé de violents reproches, en leur disant : «Vous avez laissé la
dépouille de l’Envoyé de Dieu entre nos mains et vous avez tout décidé entre vous,
2
sans nous appeler et sans respecter nos droits».
Le discours indirect tend à faire parler l’autre, il ne traduit pas la forme des propos
rapportés, mais, sens ou leur contenu. Il en constitue une reformulation sémantique
globale qui opère directement sur leur sens ou leur contenu.
Il évoque une situation d’énonciation révolue, parce qu’il propose une transposition
de ce qui a été dit par un autre, ou par le même locuteur :
1
Boumediene Anissa, op cit bid, p.164.
2
Ibid, p.85.
3
Ibid. p.115.
Chapitre 2 : Structure du roman
27
Particulièrement souple, le style indirect libre est un moyen terme entre le style direct
et le style indirect : il donne le propos du personnage sans formule introductive et en
respecte scrupuleusement la syntaxe et le lexique (comme dans le style direct) ; en
revanche, il transpose le propos de la première à la troisième personne et applique le
principe de la concordance des temps (comme dans le style indirect).
«Chacun avait la gorge serrée à la pensée de l’épreuve redoutable qui les attendait
avant l’arrivée à Badr. En effet, on allait aborder la terrible traversée du désert d’al-
2
Bazwa, ce désert ou le guide le plus averti risque de s’égarer ».
La dernière phrase est prononcée par Tawba et nom par le narrateur, seule la
cohérence textuelle nous permet de trancher entre les énonciateurs.
1
Boumediene Anissa, op cit.
2
Ibid, p.29.
Chapitre 2 : Structure du roman
28
Nous retrouvons aussi dans le texte des énonciateurs, isolés avec des guillemets :
«Dans la partie qui se jouait»1.
A travers cette œuvre, l’auteur fait revivre les deux protagonistes. En s’appuyant sur
des ouvrages historiques, l’auteur a pu aussi reconstituer l’histoire du début de l’Islam
et celle des premiers califes désignés sous le nom d’AL KHulafa- al-Râshidun.
Tous les évènements sont fidèlement rapportés et peuvent être retrouver dans les
compilations des grands historiens dont les plus connus sont : Ibn Hishâm,AlTabarÎ et
dans les grands classique de la littérature arabe tel que Ibn Qutayba, Abu-al Faraj al-
Isfahâni et autres. Dans ce roman, l’auteur est complètement effacé, le narrateur est le
maitre du récit.
L’auteur d’un récit est la personne réelle qui écrit l’œuvre, il possède un nom, un
pseudonyme, une biographie et une subjectivité. Le narrateur contrairement à
l’auteur, n’est pas une personne réelle, il est seulement une fonction.
1
. Boumediene Anissa, op ci t, p101.
2
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3
Boumediene Anissa, op ci t.
Chapitre 2 : Structure du roman
29
Dans notre corpus, nous constatons dès le début du récit que l’histoire n’est pas celle
du narrateur ; le narrateur est tout à fait extérieur à l’histoire, il n’est pas représenté
dans la diégèse, il s’agit d’un récit «Hétéro diégétique ».
Le narrateur est vraiment ici le maitre de l’œuvre, en parallèle, il fait parler des
personnages auxquels il attribue le rôle du narrateur, car il relève des détails que seul
le personnage est censé connaître. C’est un narrateur effacé ; extra diégétique, il a
donc une vision illimitée.
Le narrateur n’a pas employé le «je», ni le «moi» ; c’est la preuve de son absence dans
l’histoire ; il n’est pas narrateur agent puisqu’il n’est pas héros de la fiction. D’une part,
il représente les faits presque dans tout le roman sous forme de dialogue entre
personnages en employant le style direct ; d’une autre part, il décrit les faits en les
commentant ou en les analysants en usant le style indirect. Nous pouvons dire que le
narrateur joue sur tous les modes de discours : direct, indirect, indirect libre.
II-1-2 Le narrataire
Le narrataire est l’instance à laquelle s’adresse le récit, il est un rôle inventé et adopté
par l’auteur, est peut être qualifié «d’interlocuteur intertextuel construit par la
1
Achour Christiane et Rezzoug Simone, op. cit, p.197.
2
Ibid, p .198.
Chapitre 2 : Structure du roman
30
fiction».1Dans notre corpus, le narrataire est absent tout au long du roman, nous ne
trouvons aucune marque qui caractérise son profil.
Dans les dialogues entre les personnages, nous pouvons désigner le narrataire par la
personne (tu), à laquelle s’adresse le (je) ; à titre d’exemple, lorsque Tawba s’adresse à
Layla :
2
Vraiment ? Tout à coup ?
En effet, dans ce roman, le narrataire est extra diégétique, il n’est pas agent de
l’action, il est sans lien avec l’histoire relatée. ; Tout comme le narrateur.
1
Boumediene Anissa, op. cit, .p.200.
2
, bid p.213.
3
Ibid, p.28.
4
Ibid, p.27.
Chapitre 2 : Structure du roman
31
«La caravane quitta la Mekke à la fin du jour. La nuit tapissait peu à peu
de ses voiles la ville sainte de forme allongée, située dans une vallée
aride, entourée de montagnes »1.
La narration et la description sont linéaires, mais comme nous l’avons déjà signalé, les
dialogues sont plus importants que la narration et la description, ils constituent la
trame de fond de ce roman.
L’espace est à la fois indication d’un lieu et création narrative. Il est la dimension du
vécu et l’appréhension des lieux où se déroule une expérience. Dans une œuvre
littéraire, L’espace n’est pas la copie d’un espace strictement référentiel mais, la
jonction de l’espace du monde extérieur et celui du créateur.
Dans notre corpus, l’espace est instable ; Les évènements se sont déroulés dans
différents lieux. Le narrateur cite plusieurs pays et villes : Egypte, L’Irak, la Syrie, la
Mésopotamie, Perse, la Mekke, Médine, Basra, Kufa.
Les indications spatiales permettent aux lecteurs de suivre l’action qui s’est déroulée
dans différents espaces.
-Le deuxième espace est la Mekke, symbolisée par la Kaaba, centre de pèlerinage
annuel, et sa grande richesse.
-Le troisième espace est Badr, petite ville au sud ouest de Médine, placée dans une
plaine entourée de collines.
1
Anissa Boumédiene, op.cit, p. 30.
Chapitre 2 : Structure du roman
32
-Le quatrième espace est la tribu de BanuUqayl, dans le Nadjd méridorial, cette région
renfermait la mine d’or la plus productive de l’Arabie. Le prophète s’était exclamé à
son propos : « Au pays des Uqayls, il pleut de l’or».
-Le cinquième espace est l’Irak, représenté par les deux villes Kufa et Basra.
- Le dernier espace dans le roman est la tombe de Tawba, lieu que Layla a choisit pour
rendre son âme, pour enfin être comme elle veut.
Tous ces espaces sont au début accueillants, mais des évènements surviennent, ils
deviennent hostiles, dangereux. La mosquée, lieu de prière et de la confession, devient
un lieu hostile comme l’illustre ce passage : «Lève-toi, Ô hyène et descend de ce
minbar !»1
Les espaces sont ouverts, ils représentent l’aventure, la nature, le désert, les villes, les
oasis, les montagnes :
L’espace est réaliste, si nous voulons, nous pouvons reconstituer l’histoire et les
nombreux déplacements des personnages sur une carte, car le narrateur utilisait des
lieux, des villes que tout un chacun est à même de connaitre, afin que, le lecteur puisse
se situer géographiquement dans l’histoire.
1
Boumediene Anissa, op. Cit, p.57.
2
Ibid, p.27.
3
Ibid, p. 110.
Chapitre 2 : Structure du roman
33
• Le temps
L’action dans le roman se déroule sur une durée de 41 ans, de l’Hégire du prophète à
Médine en 622 à l’établissement de l’Etat Omeyyade à Damas en 661 de l’ère
chrétienne. Tous les évènements sont datés, exemple la bataille du Chameau s’est
déroulée le 15DjumadaII DE L’an 36 de l’Hégire. Tout au long du roman nous
retrouvons des dates du calendrier musulman est celles du calendrier chrétien, ces
dates indiquent le temps de la fiction qui un temps interne au roman.
L’espace et le temps sont cités, où, chaque phase de l’histoire grâce au plan qui est mis
à sa disposition, le lecteur peut revenir sur des évènements qu’il n’a pas saisi ;
L’assassinat du calife Othman ; Les différentes guerres civiles (Chameau,Al-
nahrawan…), sont des évènements dont les dates coïncident avec celles de l’histoire.
Il est tout à fait difficile de rester objectif, même dans la production d’un énoncé assez
simple. Le locuteur imprime sa marque à l’énoncé explicitement ou implicitement, et
se situe par rapport à lui. Nous s’attachons à repérer dans l’énoncé les marques
d’énonciation qui vont avoir trait tout d’abord à la situation d’énonciation, à savoir les
marques de la personne et le cadre situationnel, pour observer ensuite les marques du
locuteur à travers son énoncé autrement dit, l’ensemble de procédés linguistiques par
lesquels le locuteur imprime sa subjectivité dans l’énoncé.
I- La situation d’énonciation
Comme elle est la tradition chez Benveniste, l’énonciation écrite se meut sur deux
plans : l’écrivain s’énonce en écrivant et, à l’intérieur de son écriture, il introduit des
personnages qui s’énoncent au discours direct. Pour cela, nous retrouvons deux
situations d’énonciation citante et citée. Elle fait coexister deux systèmes énonciatifs
autonomes : chacun conserve son Je, son Tu, ses repérages déictiques, ses marques de
subjectivité propre :
I-1 L’énonciateur
1
Boumediene Anissa, op. cit.
2
Ibid, P. 46.
3
Ibid, p.142.
Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
36
1
8- Je saurai tout arranger avec tout le monde.
Le personnage passe du statut de nom- personne à celui de «locuteur», le discours
direct ayant la vertu d’introduire dans l’énonciation de l’auteur les énonciations des
autres sujets. Mais il ne faut pas oublier que ces propos ; à un niveau plus élevé, sont
en fait placés sous la responsabilité de l’auteur qui les rapporte, au même titre que les
autres éléments de son histoire. Ce phénomène d’enchâssement est d’ailleurs récursif.
Le personnage« locuteur» peut à son tour rapporter les propos d’un personnage de
son propre récit. Ainsi dans ce fragment : « Je m’en souviens très bien. Abu Bakr leur
avait déclaré : chefs doivent être choisis chez les Quraysh et les ministres chez les
Ansar ».2Il est à noter que le (je) du texte ne renvoie pas à la même instance
énonciative, son référent change selon la situation de communication, et comme on l’a
déjà signalé, le narrateur n’a guère employé le «je».
-Quelle surprise! fit Arbad, je suis bien heureux de te voir.
-Je te croyais absent de Médine ?
-Je voyage pour mes affaires. Je me suis lancé dans le négoce. Et toi toujours dans
l’administration du calife?
-Toujours ! J’ai moisis!
Maslama eut un petit rire.
-Je t’admire.
3
-Ah, c’est toi! dit-il avec un sourire
L’emploi du pronom «nous» est aussi important dans le roman, son référent varie
selon l’énonciateur par lequel il est employé. Il est utilisé le plus souvent associé à un
verbe au présent
Dans ce cas-là, le « nous » renvoie seulement aux deux protagonistes Tawba et Layla, il
est purement déictique.
Dans cet exemple, le «nous» désigne l’énonciateur Maslama, son énonciataire Arbad,
et l’ensemble des musulmans de cette époque-là. Maslama utilise le nous pour
1
Boumediene Anissa, op.cit, p.100.
2
Ibid , p.80.
3
Ibid, p.16.
4
Ibid, p.251.
5
Ibid, p.24.
Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
37
A travers l’adjectif possessif, l’auteur fait une distinction entre le monde musulman et
le reste du monde.
Pour ce qui est du pronom indéfini «on», il apparait un bon nombre de fois dans le
texte, mais pas pour désigner à chaque fois l’énonciateur En français contemporain,
«on» est susceptible de deux types d’emploi. Il peut désigner un agent humain
indéterminé, dans (on=homme) ; le référent de ce «on »varie selon les contextes : il
peut s’agir d’un «on» généralisant :
1
-On ne commanda pas ses sentiments
2
-Elle pense : «On ne choisi pas sa vie, c’est elle qui nous choisit.»
-La vérité est qu’on n’a jamais rien pour rien. Il faut toujours se tenir prêt à payer le
3
prix de ce qu’on désire.
Dans ces trois exemples le «on» ne revoit pas à la subjectivité énonciative A l’encontre
des deux énoncés qui vont suivre le «on» peut s’interpréter comme un embrayeur de
première personne L’énonciateur évite de se poser sous la forme du" je", il fait recours
à des stratégies d’indirection :
Le pronom indéfini peut être Remplacé par le pronom personnel (il) au pluriel.
1
Boumediene Anissa, op. cit, p.214.
2
Ibid, p.214.
3
Ibid, p.25.
4
Ibid, p. 15.
5
Ibid, p.292.
6
Ibid, p. 27.
Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
38
• L’énonciation lyrique
Les fragments de poésie inclus dans le texte relèvent de la poésie lyrique, quelques
poèmes de l’époque préislamique retirés des "odes" des deux poètes Imr-El-qays, et
Antara, et aussi de la poésie de l’époque islamique composée par Tawba et Layla. C’est
une poésie consacrée à la vie intime de ces poètes, et aussi la célébration des mérites
de leurs clans. Sur le plan typologique, les vers sont écrits en italique, l’écrivaine a fait
recours à ce caractère d’écriture pour dire que la situation d’énonciation de ces
poèmes et, celle du texte écrit en caractère romain ne demeure pas la même
Dans une autre occasion Layla célébrait les mérites de son clan :
Un autre poète, très célèbre sur le plan politique et religieux, Ali Ibn Abu Taleb qui
déclarait es vers à Atika-Bent- Zayd :
1
Boumediene Anissa, op. cit, p. 272.
Ibid, p. 116.
2
Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
39
Nous retrouvons aussi des fragments attribués à des énonciateurs, isolés par des
guillemets : «Dans la partie qui se jouait».2
Ce roman est édité en 1991, date qui coïncide avec le début de la guerre civile en
Algérie, après l’instauration du multipartisme permet au front islamique de salut, de
détrôner le plus oligarchique(FLN) en premier tour des législatives en décembre
1991.Pour cela, la romancière s’adresse exclusivement au lecteur algérien soucieux de
cette guerre aveugle, en lui expliquant que le conflit entre le religieux et le politique,
ou l’appropriation du nom de Dieu pour accéder au pouvoir est enracinée dans
l’histoire islamique depuis la mort du prophète, autrement dit, à la période du calife
primitif.
-Tu m’excuseras, mais se sont les seules richesses que j’ai à t’offrir. Comment va
Abu-Salama ?
4
-Tu ne m’en donnes pas l’impression.
5
- Tu ne restes pas donc pas un peu avec nous ? Il te faut repartir de suite.
6
-Comment tu peux le constatait
7
-Tu es enfin rentre, remarqua t-elle en souriant.
1
BoumedieneAnissa, Op Cit, p. 50.
2
Ibid, p. 101.
3
Ibid.
4
Ibid, p .17.
5
, bid p. 25.
6
Ibid, p.38.
7
Ibid ,p. 221.
Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
40
1
-Par Dieu, ne vous approchez pas d’un homme qui a causé tant de mal!
2
-Ô assemblée des Ansâr, gouvernez vous- vous-mêmes.
- Vous avez laissé la dépouille de l’Envoyé de Dieu entre nos mains et vous avez tout
3
décidé entre vous, sans nous appeler et sans respecter nos droits.
4
- Vous me montrerez vos poèmes?
-N’écoutez ni ses propos, ni ceux qui les tiennent, car ils vous enlèveront votre part
de ce pouvoir. S’ils vous la refusent, sortez-les de ce pays et assumez votre propre
5
gouvernement.
- Savez-vous que c’est la première fois que je vis une poétesse dédier un thrène à la
6
mémoire d’un calife qui n’est pas l’un de ses parents?
Nous n’avons vraiment pas de chance avec nos califes. Il y a douze ans, Omar Ibn al
–Khattab était poignardé à la mosquée. «Aujourd’hui »c’est au tour d’Otman d’être
7
assassiné.
1
Boumediene Anissa, op. cit, p. 75.
2
Ibid, p 81.
3
Ibid, p. 85.
4
Ibid, p. 134.
5
Ibid, p 81
6
Ibid, p. 134.
7
Ibid, p. 80.
8
Ibid, p. 216.
Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
41
La référence au lieu d’énonciation se fait dans le texte l, à travers les adverbes de lieu :
«ici», «là». Ils renvoient au lieu étendu de l’énonciation ; pour ce qui est du lieu de
rédaction, lieu étroit de l’énonciation, nous ne retrouvons aucune indication.
-Regardez mon jeune ami, c’est ici que tout a vraiment commencé pour nous, les
Musulmans. C’est ici que nous avons savouré le bonheur de la première victoire. C’est
ici que nous avons compris que le monde tôt ou tard, s’offrirait à nos puisque Dieu
1
était avec nous.
Les modalités d’’énonciation sont les liens qui unit l’énonciateur à ce qu’il dit,
autrement dit, elles sont les moyens par lesquelles le locuteur implique l’attitude de
l’allocutaire à partir de sa propre énonciation. (Assertive, interrogation, exclamation…).
« Pour Ducrot l’énonciation de la plupart des énoncés négatifs est analysable comme
mise en scène du choc entre deux attitudes antagonistes attribuées à deux
énonciateurs distincts : le premier personnage prend en charge le point de vue rejette
2
et le second, le rejet de ce point de vue ».
C’est également une sorte d’opposition qui s’installe entre les deux énonciateurs.
Ces négations sont généralement sous la forme ne…que comme dans les maximes de
la Rochefoucauld. Ces négations sont dites didactiques du fait qu’elles instruisent, elle
construisent de nouvelles croyances à la base d’anciennes qu’elles détruisent .Ainsi,
l’auteur ne fait pas que nier certaines propositions, mais au même temps il les corrige,
1
Boumediene Anissa, op.c it, p.30.
2
Maingueneau Dominique, op. cit p.130.
Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
42
-Je ne suis ni sourd, ni aveugle. Je suis même très bien placé pour
savoir que le mécontentement gagne toutes les provinces à une
allure vertigineuse.1
-Je ne suis pas de ton avis. Il me semble que c’est amplement suffisant.
-Je ne suis pas fait pour accroupir dans des tâches administratives qui me procurent
de l’insatisfaction.
-Mais Sawwar fait la tête. Il ne veut pas qu’elle s’y arrête : toujours cette maudite
2
jalousie qui ne le quitte pas, bien qu’elle ait pris de l’âge.
A travers les énoncés qui vont suivre, l’auteur par l’utilisation de ne pas, propose et
rejette explicitement la proposition sans donner une autre à sa place :
-Ce n’est pas si je veux Ces maux sont nombreux et bien réels.
1
Boumediene Anissa, op.cit, p 18.
2
Ibid. p 296.
3
Maingueneau Dominique, op. cit, p.58.
4
Boumediene Anissa, op. Cit, p. 81.
Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
43
Dans ce roman nous remarquons que cette modalité est très dominante, par le fait que
les interlocuteurs entretiennent des conversations, ils se dialoguent.
«Le dialogue est un ouvrage qui s’attache à l’exposé des thèses philosophiques,
morales, politiques ou scientifiques, et tente de convaincre nom de manière ulatérale,
1
mais en confrontant les arguments de thèses opposées».
-Si ! Mais il nourrissait une passion sans espoir pour sa cousine Abla, la fille de son
4
oncle paternel.
-Tu es renseigné ?
-Oui, ce que j’ai appris m’a suffi. Elle a du trouver un homme qui lui plaisait plus que
5
moi.
L’auteur aussi a employé cette modalité dans les passages là où il commente ses
personnages, dans le but de faire réfléchir ses lecteurs sur la suite de l’histoire :
«Le plaisir de la razzia victorieuse faisait place au malaise. Layla était-elle déjà au
courant de ce voyage lors de leur dernière rencontre ?Pourquoi ne l’avait-elle pas
prévenu ?S’était-elle tue volontairement ?(…)Se pouvait-il que chaque joie ressentie
auprès d’elle se payât , par la suite, de tant de souffrance ?Se pouvait-il que ce
6
sourire plein de bonté et d’innocence dissimulât tant de cruauté et d’ambigüité ».
1
"Dialogue (littérature)". Microsoft ® 2009(DVD). Microsoft corporation
2
Boumediene Anissa, op. cit, p. 16.
3
Ibid, p. 133.
4
Ibid, p. 145.
5
Ibid, p .97.
6
Ibid, p. 230.
Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
44
La modalité exclamative est employée beaucoup par l’auteur à travers tout le texte.
Il ne savait, mais du secret de son cœur montait vers le Ciel cette prière prononcée
avec tant de ferveur : «Seigneur faites que Tawba Ibn al-Humayyir, à l’instar de ses
1
plus illustres devanciers, puisse graver son nom au fronton de l’immortalité.
2
-Que Dieu le prenne en sa miséricorde !s’écria Abu Salama.
3
-Mais c’est horrible ! Mêmes les femmes ne sont pas épargnées !
4
Ils ne peuvent ramener chaque fois quelque chose!
5
-Nom ! Protesta-t-elle précipitamment, ne croyais pas cela.
Cette modalité qui serve à donner des ordres et imposer une démarche, n’est pas
dominante dans le texte, l’auteur a pour but de confronter des points de vue pour faire
éclairer une situation. Nous trouvons quelques fragments au discours indirect, isolés
par des guillemets, attribués à des énonciateurs qui ne participent pas à l’action :
-Et le calife ne s’est-il pas écrié : «Ô Dieu, protégez-moi de Talha, car il a excité
l’inimité des hommes contre moi.
-Le calife lui a répondu : «cette religion. Lâche cette barbe que ton père n’a jamais
6
touchée !»
- Mais l’un des nôtres s’est alors écrié : «Ô assemblée des Ansar, gouvernez vous-
même. N’écoutez ni ces propos, ni ceux qui les tiennent, car ils vous enlèveront
votre part de ce pouvoir. ‘Ils vous la refusent, sortez les de ce pays et assumez votre
propre gouvernement. Par Dieu, vous avez bien plus qu’eux le droit d’exercer ce
8
pouvoir, puisque c’est par la grâce de vos sabres que les gens ont professé .
1
Anissa Boumédiene , op.cit, p. 36.
2
Ibid, p. 78.
3
Ibid, p.79.
4
Ibid, p .128.
5
Ibid, p. 133.
6
Ibid, p .79.
7
Ibid, p. 57.
8
Ibid, p.81.
Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
45
Ce type de modalités manifeste l’attitude du locuteur par rapport à ce qu’il dit, pour
que notre travail soit clair, nous allons faire le recours à des tableaux, là où nous allons
expliquer les différentes unités subjectives enlevées figurantes dans le corpus
(adverbes verbes, adjectifs).Nous voulons juste signaler que toutes les expressions des
tableaux ci-dessus relèveront de notre corpus.
5-Zayd ressentait« de plus en plus» les L’évaluation est relative à l une norme
*
maux de la vieillesse. propre à l’auteur, elle est faite par
l’emploi du comparatif de supériorité
"plus".
Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
46
*
19-Nous n’avons pas «vraiment »de chance
avec nos califes. L’emploi de l’adverbe "vraiment"
20-Tu es« vraiment» un homme sert à juger l’énoncé de point de
surprenant. vue de sa réalité, le locuteur insiste
que ce qu’il dit est réel.
*
23-Mais de tous ses enfants, c’était L’adverbe d’opinion "assurément"
«assurément» Layla. renvoie à une modalité
épistémique. Il désigne une
certitude de l’auteur.
4-Je ne suis pas de ton avis. Il me« semble» que Le verbe d’opinion «sembler»
*
c’est amplement suffisant. renvoie à une modalité aléthique.
Le locuteur se présente incertain
del’opinion exprimée.
Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
51
* *
7-Layla, il« faut» que je te parle.
Ce verbe renvois à une modalité
8-Il «faut» que je réfléchisse.
déontique, il exprime une
obligation. Il sous-entend que ce
qui est désigné et ce qui est
convient a comme valeur modale
l’obligation.
*
Ce verbe indique une évaluation
9- Toujours j’y« moisis» !
en terme dévalorisant, il renvoie à
quelque chose d’infertile,
d’unitile, qui n’est pas en progrès.
*
Verbe intrinsèquement subjectif.
10-Elle s«’enfermait» dans le mutisme.
Il désigne une évaluation, une
description d’une manière
dévalorisante
19- Layla posa de nouveau son regard sur Verbe de sentiment qui indique un
*
Tawba et elle« surprit» le sien fixé sur elle. jugement de valeur. Il dénote
l’étonnement, la déconcertation de
l’auteur.
Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
53
4-La «sagesse» de Layla ravissait aussi son A travers ce nom l’auteur porte un
*
père. jugement de valeur positif sur
layla.
Axiologique Nom-
axiologique
Description dépréciatives,
à travers ces adjectifs
11-«Absurde» ! «Stupide» ! Le père de Layla ne
l’auteur, nié l’information
marierait pas sa fille de force.
qui porte sur le mariage
de Layla.
Commentaire
Comme il est remarquable dans les tableaux ci-dessus, les deux types de modalités
d’énoncé les modalités logiques et les modalités appréciatives et affectives, sont
présentes dans notre corpus.
L’ensemble des exemples représentés dans les tableaux ci-dessus sont extrait du texte
de notre corpus, sont dotés de termes subjectifs qui porte sur le contenu de ce que dit
le locuteur, les noms, les verbes, les adverbes, et les adjectifs manifestent l’attitude du
locuteur à l’égard de ce qu’il exprime.
La modalité épistémique qui renvoie à la connaissance est manifestée par les éléments
linguistiques comme : «certainement», «surement», «sans doute», «croire» : «je crois
que nous avons tardé» ; «je sais, je sais maugréa Fadl».
La modalité affective est inscrite dans la parole par l’emploi des termes, qui permet
d’introduire la subjectivité du locuteur les sentiments, les affects, les émotions,
comme : «je suis bien heureux de te voir» ; «Aujourd’hui les Musulmans s’assassinent
au nom du respect de la loi divine»·
La modalité appréciative est présentée par les deux modalités évaluative axiologique
et l’évaluative nom- axiologique.les locuteur émettent un jugement de valeurs qui
Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
57
garde les traces de leur évaluation. Les éléments linguistiques qui marquent ce
positionnement d’une manière favorable ou défavorable : «elle avait du mal à
respirer». «Tawba, je te déteste» .De sa part la modalité évaluative nom-axiologique
implique une évaluation quantitative ou qualitative de l’objet dénoté par le substantif.
Nous pouvons dire que l’auteur a utilisé dans cette classe des adjectifs : « Arbad
répugnait tous les petits mouvements» ; et des adverbes : «il galopa longtemps».
Nous pouvons dire au dernier que l’ensemble des exemples extrait de notre corpus,
sont dotés de termes subjectifs qui porte sur le contenu de ce que dit le locuteur, les
verbes tel que «croire», «falloir» ; les adjectifs «heureux», «triste» ; les adverbes
«évidemment»,«peut-être» appartenant aux différentes catégories de la modalité
manifestent l’attitude du locuteur à l’égard de ce qu’il dit.
Conclusion
Conclusion 59
Conclusion
En conclusion, nous tentons de dire que tout au long de notre travail, nous avons essayé
d’apporter des réponses aux questions que nous nous sommes posé dans la problématique.
Notre travail a pour objectif de démontrer que dans ce roman historique, où l’auteur
exprime son opinion, est tout à fait difficile de rester objectif, même dans la production d’un
énoncé assez simple. Le locuteur imprime sa marque à l’énoncé explicitement ou
implicitement, et se situe par rapport à lui. Comme dans toute production langagière,
l’auteur a utilisé la langue pour son compte pour s’exprimer, pour communiquer ces idées.
Pour ce faire, il a employé plusieurs stratégies relevant de différents outils et méthodes qui
illustrent son attitude envers son interlocuteur, et envers son énoncé. Plusieurs indices
textuels le justifient : la formulation d’opinions personnelles, de jugements, de gouts, de
sentiments, d’émotions. Un style, un ton et un vocabulaire descriptif, l’emploi de la phrase
exclamative. L’emploi du pronom personnel de la première et la deuxième personne à
l’intérieur comme à l’extérieur des citations : «je», «tu», «nous» et «vous».L’utilisation des
citations pour renforcer des opinions ou de jugements. Dans le but d’interpeller son lecteur,
il a aussi employé la l’impératif, et l’interrogatif.
Nous avons d’abord constaté, que dans ce roman où la romancière a puisé la substance du
travail, de la réalité historique du monde arabo-musulman au VII ème siècle. Se manifeste sur
deux plans d’énonciation distincts, qui se distinguent par leurs marques verbales, ainsi la
présence et l’absence des déictiques, autrement dit, un plan embrayé et un autre plan
débrayé.
subjectivité en appropriant les formes personnelles ; les formes verbales adoptées sur ce
plan sont exclusivement le présent, le passé composé et le futur. Pour introduire la parole de
ses personnages, l’auteur joue sur tous les modes du discours, discours direct, discours
indirect, et discours indirect libre.
Dans ce texte nous avons pu distinguer deux types de modalités dans le texte ; la modalité
l’énonciation qui est un processus interpersonnel qui s’exerce sur l’interlocuteur et la
modalité d’énoncé qui s’exerce sur le contenu de l’énoncé.
Nous avons pu constater que c’est le narrateur qui prend en charge les énoncés, même s’il
n’approprie pas ouvertement le je. L’énonciateur se dédouble en un sujet extra textuel
l’auteur, et le sujet intratextuel le narrateur qui prend en charge les contenus narrés et, qui
place sous sa responsabilité les propos des personnages.
Nous avons démontré que la subjectivité langagière est omniprésente dans ce roman
historique, elle se définit par le statut linguistique de la personne, la nécessité de prendre en
charge le sujet parlant ; la subjectivité au premier degré, comme il l’a détermine Emile
Benveniste dans la théorie d’énonciation.
Et comme nous avons fait appuis sur la théorie de Catherine Kerbrat Orecchioni, nous avons
pu constater que la subjectivité est aussi évaluative et affective et modélisatrice. Ce que
nous avons l’habitude d’appeler la subjectivité au second degré. Il s’agit d’une manifestation
caractérisée par la sélection de modalisateurs et des substantifs évaluatifs organisant le
discours en termes de jugements de valeur, d’adhésion ou de rejet de la part du sujet.
Nous sommes donc conduit, dans notre étude à isoler un ensemble d’indices parmi lesquels
les pronoms personnels, les formes verbales, les informations spatiaux et, d’une manière
générale, l’ensemble des modalités qui instituent les rapports entre les interlocuteurs et
l’énoncé. Il s’agit donc pour nous, d’inventorier les d’ancrage les plus manifestés de la
subjectivité langagière.
En somme nous pouvons dire, que le sujet communiquant, se montre ici et là par les propres
mots de la langue, même quand il veut se cacher derrière eux. Les marques de modalités
dans le texte servent à influencer l’interlocuteur et le faire entrer dans le jeu. Nous avons
Conclusion 61
montré que l’énonciateur a affirmé sa présence nom seulement par l’appropriation d’un je
linguistique, mais aussi par des indices spécifiques, la subjectivité langagière n’est pas
seulement déictique mais aussi affective et évaluative. Plusieurs éléments de la langue, mots
ou tournures, signalent la présence personnelle de l’auteur dans son énoncé. Souvent ces
éléments s’associent dans un même énoncé ce qui donne à ce texte une très grande charge
affective.
Bibliographie
Bibliographie 63
Bibliographie :
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Maingueneau. Dominique, Les termes clés de l’analyse du discours, Paris, Seuil, 1996.
Valette Bernard, Lire le roman : Initiation aux méthodes et aux techniques modernes
Dictionnaire et encyclopédie
1979.
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