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Subjectivité

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MINISTERE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE

UNIVERSITE MOULOUD MAMMERI TIZI-OUZOU.


FACULTE DES LETTRES ET DES LANGUES.
DEPARTEMENT DE FRANÇAIS

MEMOIRE DE MASTER II

SPECIALITE
ANALYSE DU DISCOURS ET SCIENCES DES TEXTES

De la subjectivité langagière dans La fin d’un monde


De Anissa Boumediene

Travail dirigé par :


Mme BETOUCHE AÏni

Présenté par :
elle
M Farida HAMMAZ

Membres de Jury :

Malha ASSAM MAC Présidente UMMTO


Aini BETOUCHE MCA Rapporteur UMMTO
Yamina BENKACI MAC Examinatrice UMMTO

Année universitaire : 2014-2015


Dédicaces

Je dédie ce travail aux deux anges Imad El- Islam et Ahmed.


A ma grand-mère à qui je souhaite une longue vie.
A ma mère et mon père.
A mes sœurs Hanane, Hamida, Assia.
A mes frères Hocine, Ahcène, Wali, Aziz et Yacine
Remerciements

Tout d’abord je remercie Dieu de m’avoir donné la force, le courage, la bénédiction de


mener à terme mon travail.
Je tiens à exprimer toute ma gratitude à ma promotrice Madame Betouche pour sa
disponibilité, ses orientations précieuses, ses critiques, ses suggestions et sa modestie ; et
aux membres de jury, Madame Assam Malha et Madame Ben Kaci Yamina d’avoir accepter
l’évaluation de mon travail.
Je tiens à remercier toutes les personnes en particulier ma famille, qui ont contribué à
l’élaboration de ce travail de recherche.
Enfin, mes vifs remercîment à tout ceux qui de près ou de loin ont apporté leurs aides
Sommaire

Introduction
Chapitre I : Cadre théorique et méthodologique

I. Le discours.

II. L’énonciation.

III. Les déictiques.

IV. Les modalités.

V. De la subjectivité au second degré.

Chapitre 2 : Structure du roman

I. L´opposition récit/discours.

II. La narration dans le roman.

Chapitre III : Analyse énonciative de La fin d’un monde


I.La situation d’énonciation.
II.Les modalités.
Conclusion générale.
Bibliographie.
Table des matières.
INTRODUCTION
Introduction 2

INTRODUCTION

Le roman historique, dont l’intrigue est empruntée à l’Histoire, se caractérise par une
toile de fond narrative liée à un évènement ou une période de l’Histoire. Il se mêle
généralement des évènements et des personnages réels ou fictifs. Il s’efforce
d’apparaître vraisemblable en regard de la vérité historique, et l’auteur s’appuis
généralement sur une importante documentation.

Il est à signaler que par souci d’objectivité, les romanciers au XIXème siècle optent pour
une narration à la troisième personne «il». Autrement dit, ils se mettent à la place de
l’historien ; parfois dans la même œuvre, l’auteur joue l’alternance de ces deux formes
de narration. Nous supposons que c’est le cas du roman que nous nous proposons
d’étudier. L’auteur joue l’alternance entre la première et la troisième personne, pour
relater les évènements. Il donne l’impression de l’objectivité mais, il est profondément
impliqué dans son discours.

Toutefois, il faut souligner que le texte est construit sur deux plans d’énonciation :
L’énonciation historique caractérisée par une subjectivité masquée, et l’énonciation
discours où la subjectivité se trouve pleinement manifestée.

La Fin d’ un monde, roman que nous analyserons, est construit selon ce modèle. Il est
important de le présenter dans un premier temps. Ce roman historique est de
l’écrivaine algérienne Anissa Boumediene, édité en 1991 et réédité en 2003 chez les
éditions Bouchene à Alger. Ce roman présente une saga arabo musulmane écrite en
français. Elle part d’une histoire vraie, celle d’une passion hors du commun dans la
péninsule arabique et, dont les deux protagonistes étaient deux poètes célèbres. A
travers ce récit, c’est aussi toute l’histoire de ce VΙΙème siècle arabo-musulman ; les
premières guerres civiles islamiques et les luttes pour le pouvoir.

Ce roman dont la prose est ponctuée de poèmes, est nom homogène, des moments
qui ne sont pas narratifs viennent de s’insérer .Moments de description, moments de
discours, notamment ils représentent des pauses narratives.
Introduction 3

En effet, dans La fin d’un monde, nous pouvons dégager deux plans d’énonciation. Le
premier plan d’énonciation du discours autorise la pleine manifestation de la
subjectivité. Le second plan d’énonciation récit suppose au contraire la mise en retrait
du sujet par l’effacement des indices d’énonciation.

Dans ce roman, le narrateur possède une connaissance des faits objectifs dans leur
totalité. Un narrateur effacé en masquant sa subjectivité, donnant l’impression que
l’histoire se raconte d’elle-même. En parallèle, il fait parlait des personnages auxquels
il attribue le rôle du narrateur ; dans ce cas là, les personnages, démasquent leur
subjectivité. La diversité de la structure interne du texte, ainsi la diversité de la source
documentaire qui va nous servir dans l’analyse de ce roman, sont les causes qui nous
ont motivés à faire de la Fin d’un monde l’objet d’étude de notre recherche.

L’objet de notre étude et de répondre aux questions pertinentes à notre sens. Il est
important de voir comment la subjectivité langagière est manifestée dans le roman et
quels sont les lieux d’ancrage de cette subjectivité langagière ? Afin de répondre à
cette question multiple, nous allons opter pour une analyse énonciative pour le roman
en question.

Cette analyse énonciative consistera à inventorier les traces linguistiques de la


présence du locuteur au sein de son énoncé les procédés linguistique, shifters,
modalisateurs, termes évaluatifs, affectifs etc. Par lesquels le locuteur imprime sa
marque à l’énoncé. En fait, nous voulons montrer que l’énonciateur affirme sa
présence nom seulement par l’appropriation d’un je linguistique, mais aussi par des
indices spécifiques, la subjectivité langagière n’est pas seulement déictique mais aussi
affective et évaluative.

Nous tenterons d’interroger ce roman dialogué dans sa globalité en essayant d’isoler


toutes les marques de présence du sujet énonciateur qui se pose explicitement ou
implicitement comme origine d’une évaluation, d’une appréciation ou d’un jugement.
Pour ce faire, nous allons emprunter des concepts à la linguistique de l’énonciation
proposés par BENVENISTE et KERBART-ORCCECHIONI. Notre point de départ dans ce
travail sera que certains faits linguistiques sont plus pertinents que d’autres alors que
Introduction 4

notre objectif est de localiser et de circonscrire ces points d’ancrage de la subjectivité


langagière dans ce texte littéraire.

Pour mener à bien notre travail, nous le subdiviserons en trois chapitres. Dans le
premier chapitre intitulé «cadre théorique et méthodologique », nous allons nous
intéresser la définition de quelques concepts que nous avons jugé utiles pour notre
analyse tels que : L’énonciation, la subjectivité, les déictiques, les modalités.

Dans le deuxième chapitre nous intéresserons au deux plans de l’énonciation


présentés dans le roman, le plan de discours et le plan du récit. Nous allons analyser, la
nature du narrateur, du narrataire, le rôle de la description, et au dernier l’espace et le
temps.

Dans le dernier chapitre, nous déterminerons les lieux d’inscription de la subjectivité


dans ce texte romanesque, en utilisant les notions définies dans le premier chapitre.
Nous allons essayer de délimiter un matériel linguistique qui organise l’expression de
la subjectivité langagière.

En fait, notre travail est une ébauche d’une analyse énonciative à même de montrer
que la langue n’est jamais neutre et qu’elle véhicule une subjectivité inhérente à celui
qui l’utilise. Cette subjectivité pourrait être abordée d’un point de vue des passions qui
jalonnent le discours des acteurs de l’énonciation.
Chapitre 1

Cadre théorique et méthodologique


Chapitre 1 : Cadre théorique et méthodologique
6

Avant d’entamer l’analyse de la subjectivité langagière, il est nécessaire de définir


quelques concepts qui vont nous servir dans la détermination des traces de cette
subjectivité dans le roman

I. Le discours

Depuis l’Antiquité grecque jusqu'à nos jours, l’évolution de la notion du discours est
liée à l’évolution de la pensée, des idées. Particulièrement polysémique, le terme de
discours, désigne d’une manière générale la manifestation de l’énonciation chaque fois
que quelqu’un parle, autrement dit, un discours, est un énoncé caractérisable certes
par des propriétés textuelles, mais surtout comme un acte de discours, accompli dans
une situation déterminée (participants, institutions, lieu, temps). Pour Benveniste,
« (…) le discours est le langage mis en action, et nécessairement entre partenaires».1

I.1. L’analyse du discours

Maingueneau définit l’analyse du discours « Comme la discipline qui, au lieu de


procéder à une analyse linguistique du texte en lui-même ou à une analyse
sociologique ou psychologique de son "contexte", vise à articuler son énonciation
sur un certain lieu social».2

En d’autres termes, l’analyse du discours se pose ainsi à la jonction du texte et du


lieu social dans lequel il est produit.

I.2. La subjectivité

Dans son sens ordinaire« subjectif» désigne le caractère de ce qui est personnel. En
analyse du discours, la subjectivité en tant que notion suggère à ce qui a rapport à la
personnalité du sujet parlant, à ses impressions, à son infinité, à ses états de
conscience.

Tout est subjectif dans le langage, concevoir un discours sans l’emprunte du sujet
parlant relèverait de la chimère. Sauf il ya deux types de textes : D’un côté, des textes
subjectifs marqués profondément par la présence du sujet énonciateur. Ce dernier se

1
Benveniste Emile, Problèmes de linguistique générale, Paris, Gallimard, 1966, p.258.
2
Maingueneau Dominique, Les termes de l’analyse du discours, Editions seuil, 1996, p.11.
Chapitre 1 : Cadre théorique et méthodologique
7

pose, implicitement ou explicitement comme l’origine d’une évaluation, d’une


appréciation ou d’un jugement. De l’autre côté des textes objectifs Où cette trace est
camouflée, les traits dissimulés, l’appréciation personnelle neutralisée, une sorte
d’objectivation à travers un procédé que Greimas nomme : «Le débrayage actantiel».

Benveniste voit dans cette notion :

« La capacité du locuteur à se poser comme sujet. Elle se définit, nom par le


sentiment que chacun éprouve d’être lui-même (...) mais comme l’unité psychique
qui transcende la totalité des expériences vécues qu’elle assemble, et qui assure la
permanence de la conscience. Or nous tenons que cette subjectivité, qu’on la pose
en phénoménologie ou en psychologie, comme on voudra, n’est que l’émergence
1
dans l’être d’une propriété fondamentale du langage».

En d’autres termes, c'est dans, et par le langage que l'homme se constitue comme
sujet ; parce que le langage seul fonde en réalité, dans sa réalité qui est celle de l'être,
le concept d«ego». Et il conclut : Est «ego» qui dit «ego». Nous trouvons là le
fondement de la "subjectivité" qui se détermine par le statut linguistique de la
personne. Il est donc indispensable d'étudier le langage et le sujet en les définissants
par relation mutuelle. Car le langage est "marqué" si profondément par l'expression de
la subjectivité qu'on se demande si, autrement construit, il pourrait encore fonctionner
et s'appeler langage.

II. L’énonciation

L’énonciation est définit comme étant la procédure pour laquelle le sujet parlant
actualise les signes linguistiques, pris dans le système abstrait de la langue en
discours. Autrement dit, des signes insérés dans des situations spatio-temporelles
localisables.

Benveniste définit l’énonciation comme la « Mise en fonctionnement de la langue


par un acte individuel d’utilisation(…) c’est l’acte même de produire un énoncé et

1
Benveniste Emile, op.cit, p.259, 260.
Chapitre 1 : Cadre théorique et méthodologique
8

nom le texte de l’énoncé(…) Cet acte est le fait du locuteur qui mobilise la langue
pour son compte l’énonciation suppose la conversion de la langue en discours ».1

Ainsi, pour Orecchioni, « L’énonciation est alors définit comme le mécanisme


d’engendrement d’un texte, le surgissement dans l’énoncé du sujet d’énonciation,
l’’insertion du locuteur ».2

Chaque énonciation présuppose donc, l’inscription du locuteur dans son énoncé, ce


qui est à l’origine de ce que «Benveniste» appelle« L’appareil formel de
l’énonciation», ou la situation d’énonciation, «…le statut intra-textuel des différents
actants de l’énonciation»3, à savoir le locuteur, l’allocutaire, le moment et le lieu
d’énonciation, à fin de déterminer le degré de présence du locuteur dans son discours.

III. Les déictiques


III.1. Définition

Ce sont les unités linguistiques dont le fonctionnement sémantico- référentiel implique


une prise en considération de certains des éléments constitutifs de la situation de
communication, à savoir :

- Le rôle que tiennent dans le procès d'énonciation les actants de l'énoncé


- La situation spatio-temporelle du locuteur et éventuellement de
l'allocutaire (ou interlocuteur).Voici ce qu’en affirme« Cervoni» :
« Les déictiques, dont la série la plus représentative est je, tu ici, maintenant, sont
les mots qui désignent, à l’intérieur de l’énoncé, ces éléments constitutifs de toute
4
énonciation qui sont le locuteur, l’allocutaire, le lieu et le temps de l’énonciation ».

III.2. Quelques déictiques

Les déictiques caractérisent particulièrement les langues naturelles. Ils correspondent


à une catégorie de signes.

1
Benveniste Emile, op.cit, p. 8.
2
Orecchioni Catherine Kerbrat, L’énonciation, De la subjectivité dans le langage .Paris, Armand Colin, 1980, p.30.
3
Ibid, p.81.
4
Cervoni Jean, L’énonciation, PUF, Paris, 1987, p.27.
Chapitre 1 : Cadre théorique et méthodologique
9

III.2.1. Les pronoms personnels

Les possessifs sont les plus connus, et les plus évidents, des déictiques. Dans le cas de
«je» et de «tu», qui renvoie au locuteur et interlocuteur (c'est-à-dire les actants de
l'énonciation), ce sont de purs déictiques «Je» et «tu» renvoies à des rôles, celui de
locuteur et celui d'allocutaire, qui sont indissociables et réversibles : dans «l’échange»
linguistique, justement nommé, tout je, est un tu en puissance, tout tu un je en
puissance. En outre, l'énonciation inscrit de mille manières dans l'énoncé la présence,
implicite ou explicite, de l'allocuteur, qui joue un rôle actif dans l’énonciation, pour
cette raison, certains linguistes préfèrent de parler de co-énonciateur que,
d’allocutaire ou de destinataire.

Ce qu'on entend ici par je et tu renvoie en fait à une classe plus large que les termes
correspondants et leurs variantes casuelles (me, te) ou accentuées (moi, toi) ; ils
figurent aussi dans les formes dites de pluriel (nous, vous) ainsi que dans les pronoms
(le tien, le nôtre) et déterminants possessifs (mon, votre..).

Pour Benveniste, les pronoms personnels :

« Sont le premier point d'appui pour cette mise à jour de la subjectivité dans le
langage. De ces pronoms, dépendent à leur tour d'autres classes de pronoms, qui
partagent le même statut. Ce sont les indicateurs de la deixis, démonstratifs,
adverbes, adjectifs, qui organisent les relations spatiales et temporelles autour du
"sujet" pris comme repère : "ceci, ici, maintenant", et leurs nombreuses
1
corrélations ».

III.2.2. La localisation temporelle

Il est alors aisé de voir - comme l'explique Benveniste - Que le domaine de la


subjectivité s'exprime aussi dans l'expression de la temporalité. Quel que soit le type
de langue, on constate partout une certaine organisation linguistique de la notion de
temps. D'une manière ou d'une autre, une langue distingue toujours des temps, mais
toujours en référence au «présent» (quelque soit la structure formelle de ce
«présent») :

1
Benveniste Emile, op.cit, p.262.
Chapitre 1 : Cadre théorique et méthodologique
10

«Or, ce "présent" à son tour n'a comme référence temporelle qu'une


donnée linguistique : la coïncidence de l'événement décrit avec
l'instance de discours qui le décrit. Le repère temporel du présent ne
peut qu'être intérieur au discours.»1

Le temps de l'énonciation, c'est-à-dire le temps où se situe l'événement qu'est la


production d'un énoncé, peut être désigné à l'intérieur même de l'énoncé. Parmi les
mots qui remplissent cette fonction, il faut citer d'abord «maintenant» ou
«aujourd'hui»; bien entendu, ces signes sont des déictiques au même titre que« je»
et« tu».

Mais la deixis temporelle ne se limite pas aux formes qui renvoient au présent de
l'énonciation ; elle comprend aussi celles qui marquent le passé et le futur, et dont le
référent ne se détermine que par rapport à ce présent. Exprimer le temps, c'est donc
localiser un événement sur l'axe de la durée par rapport à un moment T pris comme
référence (moment où l'on parle). Nous appellerons To le moment de dans le schéma
suivant qui rend compte du fonctionnement de la localisation temporelle.

1
Benveniste Emile, op. cit, p.262.
Chapitre 1 : Cadre théorique et méthodologique
11

Ce tableau ne fait pas référence aux formes verbales. Ceci dit, à titre de remarque,
soulignons que l'on peut utiliser conjointement une forme verbale et une expression
adverbiale qui ne relèvent pas du même système de référence : «Il m'a dit qu'il
viendrait demain».

III.2.3. La Localisation spatiale

Les déictiques spatiaux s'interprètent grâce à la prise en compte de la position de


l'énonciateur et de ses gestes. Il ne s'agit pas de l'unique moyen dont dispose la langue
pour opérer une localisation ; à côté de ce repérage relatif à l'énonciateur on trouve
également un repérage absolu (à Lyon, en France...), où les termes sont en quelque
sorte "autodéterminés", ainsi qu'un repérage cotextuel qui s'appuie sur un élément du
contexte linguistique (près de Lyon, par exemple, prend pour repère de localisation
Lyon).

L’énonciateur (ça, ceci, cela), d'autres combinent sens lexical et valeur déictique :
directement (cette table) ou par pronominalisation (celui-ci, celui-là). Il ne faut pas
confondre toutefois, ces véritables déictiques avec les démonstratifs à valeur
anaphorique.

Les déictiques adverbiaux à statut de "compléments circonstanciels" se distribuent en


divers microsystèmes d'oppositions : «ici/là/là-bas» ; « près/loin» ; «devant/derrière» ;
«à gauche/à droite.», qui tous prennent leur valeur en fonction du geste, de la
position de l'énonciateur. Parmi ces axes d'oppositions sémantiques, la langue
privilégie indiscutablement l'opposition du proche et du lointain, qu'on retrouve dans
«ceci/cela», « ici/là/là-bas»,« celui-ci/celui-là», à côté des déictiques spatiaux
facilement repérables, il existe des phénomènes déictiques non moins fréquents mais
plus secrets. C'est le cas par exemple de l'opposition entre «aller» et« venir».

Parler, c'est signifier, mais c'est en même temps référer : c'est fournir des informations
spécifiques à propos d'objets spécifiques du monde extralinguistique à l'intérieur d'un
certain système de repérage. Le système de repérage déictique n'est pas le seul auquel
peuvent recourir les langues naturelles, mais c'est sans doute le plus important, et
sûrement le plus original, car ce repérage a la particularité de s'effectuer non par
Chapitre 1 : Cadre théorique et méthodologique
12

rapport à d'autres unités internes au discours, mais par rapport à quelque chose qui lui
est extérieur et hétérogène; les données concrètes de la situation de communication.

Les unités déictiques ont ainsi pour vocation, tout en appartenant à la langue, de la
convertir en parole. Benveniste le répète :

« Le "je" du code appartient à tout le monde ; mais parler, c'est se


l'approprier, ainsi que les formes de présent, c'est organiser son
discours sur le monde, donc le monde lui-même, autour des trois
repères du je/ici/maintenant : toute parole est égocentrique».1

Permettant au «parleur» de se constituer en sujet, et de structurer l'environnement


spatio-temporel, les déictiques sont à considérer non seulement comme unités de
langue et de discours au même titre que toute autre unité linguistique, mais bien plus,
comme ce qui rend possible l'activité linguistique elle-même.

Après avoir déterminé plus précisément la catégorie des déictiques qui est un point
important de la linguistique, il nous reste à envisager les autres lieux, plus subtils,
d'inscription dans l'énoncé de la subjectivité langagière.

IV. Les modalités

La notion de modalité désigne le point de vue du sujet énonciateur par rapport à ce


qu’il énonce. Pour Charles Bally, la modalité représente « La forme linguistique d’un
jugement intellectuel, d’un jugement affectif ou d’une volonté qu’un sujet pensant
énonce à propos d’une perception ou d’une représentation de son esprit ».2

Charles Bally note que dans tout acte de parole, il est nécessaire de différencier entre
Le «dictum» qui signifie le "dit", et le« modus» qui désigne la manière, la position du
locuteur vis-à-vis de ce contenu. Au sein de modus on distingue cinq manières de
qualifier son dire, qui correspondent aux différentes constructions phrastiques, à
savoir la négative, l’affirmative, l’impérative, l’exclamative et l’interrogative. En se
situant dans le domaine de la logique, Cervoni, distingue trois types de modalités qui
correspondent à un positionnement du locuteur par rapport à ce qu’il énonce.

1
Benveniste Emile, op.cit, p.264.
2
Maingueneau Dominique, op. cit, p.110.
Chapitre 1 : Cadre théorique et méthodologique
13

IV.1. Les modalités aléthiques

Un mot qui dérive du grec et qui veut dire «vérité». Le locuteur dans ce cas situe son
énoncé par rapport à la vérité. Ce qui est désigné par le carré suivant :

Nécessaire impossible

Possible contingent

IV.2. Les modalités épistémiques

En grec, ce mot signifie «connaissance". Le locuteur situe dans cas sa proposition par
rapport au savoir. Comme il le préconise Maingueneau : « Bien souvent, le sujet situe
son énoncé par rapport au certain(…) On a donc affaire à un continum qui va du
presque sûr à l’extrêmement improbable avec tous les intermédiaires imaginables ».1

Certain exclu

Plausible contestable

IV.3. Les modalités déontiques

Déontique, signifie en grec" ce qu’il faut", ce que peut être désigné par le carré
suivant :
Obligatoire interdit

Permis facultatif

« L’acte d’énonciation(…) n’est pas tant l’expression des pensées d’un sujet qu’une
interaction constamment habitée par la présence d’un Co-énonciateur. Il existe en
particulier des modalités dites déontiques pour lesquelles cette présence ne saurait

1
Maingueneau Dominique, op.cit, p.118.
Chapitre 1 : Cadre théorique et méthodologique
14

être éludée. Elles couvrent le champ de la permission, de l’obligation, de


1
l’interdiction ». .

IV.4. Les subjectivèmes "affectif" et "évaluatif"

Selon la terminologie de C. Kerbrat-Orecchioni, l’on entend par "subjectivème", tous


les mots (substantifs, adjectifs, verbes et adverbes) essentiellement qui ont un
caractère subjectif, c'est à dire qui apporte une évaluation, un jugement affectif ou
non du locuteur vis à vis de la "chose" dont il parle. L'évaluation peut porter sur l'objet
dont il parle mais aussi sur l'énoncé lui-même. Tous ces mots ont donc en commun un
subjectivème, ou si vous préférez le sème "caractère subjectif".

Il va de soi que toute unité lexicale est, en un sens, subjective, puisque les "mots" de la
langue ne sont jamais que des symboles substitutifs et interprétatifs des "choses".
Mais ce n'est pas la question du découpage référentiel qui nous intéresse ici, mais bien
plutôt celui des usages individuels du code commun : lorsqu'un sujet d'énonciation se
trouve confronté au problème de la verbalisation d'un objet référentiel ; il a en gros le
choix entre deux formulations :

- le discours "objectif" qui s'efforce de ne donner aucune trace de la présence d'un


énonciateur individuel ;

- le discours "subjectif", dans lequel l'énonciateur marque sa présence explicitement


("je trouve ça moche" pour prendre un exemple très simple) ou implicitement ("c'est
moche").
Nous allons donc voir quelques unités "subjectives" de la langue dont la classe
dénotative n'a d'ailleurs pas de contour stable, à savoir les adjectifs, les verbes et les
adverbes.

IV.5. Les adjectifs subjectifs

Notre propos n'est pas de procéder à une analyse du système sémantique de la classe
des adjectifs, mais seulement de montrer qu'il existe plusieurs catégories d'adjectifs
subjectifs. Les adjectifs "subjectifs" s'opposent tout d'abord aux adjectifs "objectifs"
1
Maingueneau Dominique, op. cit, p.122.
Chapitre 1 : Cadre théorique et méthodologique
15

(répartition certes schématique mais indiscutable dans son principe) ; les uns décrivent
le monde, les autres renvoient avant tout à un jugement de valeur du sujet
d'énonciation. Cette première opposition peut être affinée selon le schéma suivant :

Les adjectifs affectifs

Les adjectifs affectifs énoncent, en même temps qu'une propriété de l'objet qu'ils
déterminent, une réaction émotionnelle du sujet parlant en face de cet objet. Dans la
mesure où ils impliquent un engagement affectif de l'énonciateur.

Les évaluatifs non axiologiques

Cette classe comprend tous les adjectifs qui, sans énoncer de jugement de valeur, ni
d'engagement affectif du locuteur, impliquent une évaluation qualitative ou
quantitative de l'objet dénoté. En fait, l'usage d'un adjectif évaluatif est relatif à l'idée
que le locuteur se fait de la norme d'évaluation pour une catégorie d'objet donnée ; et
c'est dans cette mesure qu'ils peuvent être considérés comme «subjectifs». Si je dis
par exemple «Cet appartement est grand (ou gigantesque)», la phrase peut être
paraphrasée par : «cet appartement est plus grand que la norme de grandeur pour un
appartement d'après l'idée que je m'en fais (elle-même fondée sur mon expérience
personnelle des appartements)».
Chapitre 1 : Cadre théorique et méthodologique
16

Les évaluatifs axiologiques

Les évaluatifs axiologiques impliquent de la même façon une évaluation de la part du


locuteur, mais en plus, et à la différence des précédents, ils portent sur l'objet dénoté
par le substantif qu'ils déterminent un jugement de valeur, positif ou négatif ; ou par
la catégorie euphorie/dysphorique «Les évaluatifs axiologiques portent sur l’objet
dénoté par le substantif qu’ils déterminent un jugement de valeur, positif ou négatif»1.

Les verbes subjectifs

Nous distinguons les verbes subjectifs occasionnels et les verbes intrinsèquement


subjectifs.

Les verbes subjectifs occasionnels

Ils n'impliquent un jugement évaluatif que lorsqu'ils sont conjugués à la première


personne. Il s'agit des verbes de sentiment (qui sont à la fois affectifs et axiologiques,
comme par exemple aimer, apprécier, détester, déprécier), mais aussi les verbes
locutoires (on entend par verbes locutoires, les verbes qui expriment un
comportement verbal, à savoir donc les verbes dits "déclaratifs" qui sont du type
"demander" et "ordonner" mais aussi "critiquer" etc.), ou encore les verbes de
demande (souhaiter, espérer, vouloir), les verbes de louange ou de blâme, et encore
les verbes de perception ou les verbes d'opinion.

Les verbes intrinsèquement subjectifs

On relève tout d'abord les verbes dont l'évaluation axiologique (c'est-à-dire


bon/mauvais) porte sur le procès (décrit) et par contrecoup sur l'actant. Si l'on
considère par exemple l'exemple suivant : "les enfants criaillent" (= "crient d'une façon
désagréable" dit le Petit Robert) ; le verbe implique bien une évaluation portée par le
locuteur, sur le procès dénoté, et de nature axiologique (la description du procès se
fait en termes dévalorisants). Voici donc, quelques exemples de verbes qui relèvent de

1
C K Orecchioni.op.cit, p.91
Chapitre 1 : Cadre théorique et méthodologique
17

catégories sémantiques différentes, mais qui tous impliquent une évaluation du


procès :"vociférer", "ricaner"...

- "perpétrer" (c'est commettre toujours une mauvaise action).

- "récidiver" : c'est réitérer un acte jugé mauvais (Petit Robert).

- "sévir".

- " se vautrer dans".

- "dégénérer «etc.

On relève ensuite les verbes modalisateurs, c'est-à-dire dont l'évaluation est de type
«vrai/faux/incertain» ; il s'agit des verbes de jugement qui sont à la fois axiologiques et
modalisateurs (ex : critiquer), des verbes locutoires, tels «dire», «hasarder»,
«affirmer», «déclarer», mais aussi «prétendre»,«reconnaître», «avouer», «admettre»,
«prétexter», «se vanter» ; des verbes d'opinion qui énoncent une attitude
intellectuelle vis-à-vis de l'énoncé (ex : X s'imagine que P).

Il ne faut pas oublier dans la catégorie des verbes subjectifs, les verbes modalisateurs
qui impliquent une certaine distance entre le dit et le dire (sembler, paraître...). Il est
évident qu'il ne s'agit pas pour vous d'apprendre la classification de ces verbes
"subjectifs", il est par contre intéressant d'identifier à partir d'un quelconque énoncé,
les éléments «subjectifs», la source de l'évaluation, sur quoi portent l'évaluation et la
nature de cette évaluation ; repérer en quelque sorte cette distance explicite ou
implicite entre le dit et le dire.

IV.6. Les adverbes subjectifs


Parmi les «marques de la subjectivité», les adverbes dits «de phrase» ou
«modalisateurs» constituent une catégorie importante des unités «subjectives» de la
langue. En français, il existe une trentaine d'adverbes modalisateurs :
-« forcément - heureusement - malheureusement etc. apparemment - probablement -
peut-être - sans doute - vraisemblablement - sûrement - certainement - évidemment -
effectivement - bien entendu - bien-sûr – incontestablement».
Chapitre 1 : Cadre théorique et méthodologique
18

Et l'on peut -, diviser ces adverbes en trois catégories :

- Les uns permettent d'évaluer l'énoncé du point de vue de sa vérité ("peut-être" -


"sans doute" "vraisemblablement"...).

- D'autres de sa réalité (comme "effectivement", "réellement", "vraiment", "en fait")


- Et d'autres sont appréciatifs ("heureusement").

Ce qui est important de rajouter à cette "classification", c'est qu'il est des adverbes qui
portent sur l'énonciation elle-même. Ainsi dans :

"Sincèrement, je ne pense pas me tromper.", l'adverbe qualifie l'acte même de dire "je
ne pense pas me tromper", l'image qu'entend en donner l'énonciateur. Ce type
d'adverbe peut même impliquer le Co-énonciateur (ou "énonciataire") ; dans l'exemple
suivant :

"Franchement, qu'en penses-tu ?" ; franchement cherche à contraindre par avance


l'énonciation de la personne interrogée.

V. De la subjectivité au second degré

Selon Orecchioni, il existe une autre forme de subjectivité dite évaluative et affective.
Cette forme de subjectivité dénonce la réaction émotionnelle du sujet qui s’avoue
explicitement ou implicitement comme source d’interprétation et d’évaluation du
référent qu’il est censé décrire. Il s’agit d’une manifestation caractérisée par la
sélection de modalisateurs et des substantifs évaluatifs organisant le discours en
termes de jugements de valeur, d’adhésion ou de rejet de la part du sujet.

V.1. La subjectivité affective

Si l'on considère les exemples suivants "Cette pénible affaire" ; «cette triste réalité» ;
«la pauvre femme», (extrait du journal France-Soir à propos d'un procès) ; ce sont
autant d'expressions qui sont à considérer comme subjectives dans la mesure où elles
indiquent que le sujet d'énonciation se trouve émotionnellement impliqué dans le
contenu de son énoncé.
Chapitre 1 : Cadre théorique et méthodologique
19

V.2. La subjectivité de type interprétatif


On parle de subjectivité de type interprétatif, lorsqu'en dénommant un objet, on
utilise une étiquette signifiante qui permette son identification ; et plus
particulièrement lorsque le locuteur utilise des évaluatifs non axiologiques, des termes
affectifs, ou encore des dénominations "partiales" ou euphémistiques qui impliquent
de la part du locuteur une véritable option analytique. On trouve ce type de
subjectivité dans les journaux, où sous l'apparente objectivité du discours, s'exprime
une véritable subjectivité, dans la mesure où les journaux ne se contentent pas de
raconter ou d’expliquer, bien au contraire, ces discours marquent le plus souvent une
prise de position, une interprétation des événements.
V.3. La subjectivité modélisatrice

Elle est peut-être la plus marquée, dans la mesure où il s'agit de prendre position
explicitement par rapport à l'énoncé. Il s'agit du degré d'adhésion du sujet
d'énonciation par rapport au contenu de son énoncé, mais aussi de l'ironie implicite.
Mais aussi la modalisation peut-être une forme de "jugement" axiologique : si un sujet
dit par exemple : "Il a cru devoir s'expliquer" ; on doit interpréter l'énoncé "il ne le
devait pas, il a eu tort de la faire".

V.4. La subjectivité axiologique

Elle est la plus forte des subjectivités, mais pas forcément la plus explicite, la plus
repérable. En effet, il existe pour l'émetteur des moyens plus discrets que les
modalisateurs et les axiologiques de s'énoncer dans l'énoncé ; c'est bien le cas du
discours journalistique qui se caractérise précisément par le fait que même lorsqu'il ne
recourt pas à des procédés aussi voyants, porte clairement la marque du lieu
idéologique d'où parle l'émetteur. Les marqueurs de subjectivité peuvent plus ou
moins avouer, ou au contraire dissimuler, leur statut d'unités subjectives. Un locuteur
semble donc pouvoir intervenir selon trois modalités :
Chapitre 1 : Cadre théorique et méthodologique
20

- implicitement, il évalue comme vrai son énoncé global (il s'agit de la 2° maxime de
Grice qui a trait à la vérité du message. En effet, lorsque quelqu'un prend la parole, on
suppose que ce qu'il va dire est véridique).

- il peut se présenter comme la source explicite de l'information, donc, le garant de sa


vérité/fausseté («j'estime que», «je doute que», «à mon avis»).

- il peut enfin inscrire dans l'énoncé certains jugements de vérité/fausseté sous la


forme de présupposés véhiculés par certaines unités lexicales à l'intérieur de l'énoncé
(«savoir», «prétendre»).

La présence de l'énonciateur dans l'énoncé ne se manifeste donc pas nécessairement


par la figuration d'un «je» linguistique : une description «impersonnelle» peut être
éminemment «subjective», et à l'inverse un récit endossé par le«je» adopter un point
de vue universaliste, c'est-à-dire «objectif».
Chapitre 2
Structure du roman
Chapitre 2 : Structure du roman
22

La fin d’un monde1est une œuvre subdivisée en 56 parties, chaque partie contient une
épigraphe sans indices temporaires. Les différentes dates correspondantes aux
évènements sont incluses dans le récit. Dans sa globalité, ce texte romanesque est
dialogué, il se présente comme une interaction entre deux partenaires, Où la parole
des personnages est représentée directement sans l’intermédiaire du narrateur.
L’action se prolongera durant41ans, de 621 à662 de l’ère chrétienne dans différents
espaces.

Anissa Boumediene présente dans ce roman, une saga arabo-musulmane, dont les
deux héros, étaient deux poètes de la péninsule arabique, précédée par l’Histoire de ce
VIIème siècle arabo - musulman ; celle du calife primitif ; les premières guerres civiles et
les luttes pour le pouvoir. Dans cette œuvre l’auteur joue l’alternance entre deux plans
d’énonciation, pour relater les évènements. Autrement dit, dans La fin d’un monde2,
des éléments du discours et du récit cohabitent dans le texte.

L’étude qui va suivre consistera à étudier le texte sur le plan énonciatif, en respectant
la distinction faite par Emile Benveniste dans son ouvrage Problème de linguistique
générale3, son analyse se fonde sur un jeu d’opposition grammaticales qui s’intéresse
essentiellement le paradigme des pronoms et celui des temps verbaux, mais elle se
combine à la notion de point de vue suivant que le narrateur participe ou nom à la
narration.

I. L´opposition récit/discours

L´opposition dichotomique récit/discours au sens de Benveniste est au principe, une


opposition entre des textes qui manifestent explicitement, la présence dans l’énoncé
du sujet d’énonciation ‘et des textes qui effacent cette présence ·Autrement dit,
opposition que l’on peut appeler énoncé subjectif vs énoncé objectif. Bien
évidemment, ces deux niveaux ne sont pas étanches l’un par rapport à l’autre car
l’histoire n’est jamais pure de tout discours et inversement.

1
Boumediene Anissa, La fin d’un monde, Editions Bouchène, Alger, 1991.
2
Ibid.
3
Benveniste Emile ,op.cit.
Chapitre 2 : Structure du roman
23

«La fiction n’est jamais reproduction du réel mais sélection


d’éléments issus du réel, réarrangés, restructurés et donnant
naissance à un monde autre, un univers fictif nourri du réel mais
différent de lui».1

Dans La fin d’un monde, nous remarquons que des éléments du discours et du récit
cohabitent dans le texte, l’énonciation de plan discours autorise la pleine exposition ou
manifestation de la subjectivité, alors que le second plan d’énonciation récit (histoire)
suppose, au contraire la mise e retrait du sujet par effacement des indices
d’énonciation.

I.1. Le plan énonciatif de l’histoire

Le récit se définit comme étant « Un ensemble d’énoncés qui ne se réfèrent pas à


l’instance d’énonciation, Où les évènements semblent se raconter d’eux-mêmes ».2Le
plan historique de l’énonciation se reconnait à ce qu’il impose une délimitation
particulière aux deux catégories verbales et de la personne prises ensemble. Le récit
historique se définit comme un mode d’énonciation, qui exclut toute forme
autobiographique (je).

L’historien ne dira jamais (je) ni (tu), ni maintenant parce qu’il n’empruntera jamais
l’appareil formel du discours. Dans cette perspective, l’évènement se raconte plus qu’il
n’est raconté. Ce registre d’énonciation mobilise principalement la forme de la
troisième personne. Quant aux moyens de la temporalité, ils se reposent sur
l’ensemble des temps de l’histoire, ( l’aoriste) passé simple qui correspond à la fiction
littéraire, et deux autres temps , l’imparfait et le plus –que parfait qui correspondent à
la description est «L’effet d’objectivité qui en résulte tient à la mise en retrait
apparente du locuteur qui appuie son propos sur des moyens linguistiques déconnectés
du présent de l’énonciation».·3 Pour mieux éclairer cette question, nous reproduisant,
quelques exemples:

« Maslama et ses compagnons virent avec inquiétude leurs ennemis reformer leurs
lignes de bataille. Ils lancèrent aussitôt une grêle de traits sur le palanquin d’Aisha,

1
Achour Christiane Rezzoug, Simone, Convergences critiques, OPU, 4ème édition, Alger, 2009, p.186.
2
Sous la direction de Le Garde Joel, Dictionnaire de la critique littéraire, p .174.
3
Sarfati Georges-Elia, Eléments d’analyse du discours,Editions Armand Colin, 2007, p.41.
Chapitre 2 : Structure du roman
24

tant et c’est bien que le grand nombre de flèches qui s’y fichèrent donnèrent à sa
litière l’aspect d’un hérisson. Le calife comprit que les soldats d’Aisha ne
reculeraient pas tant que son chameau resterait debout, aussi recommanda-t-il à
ses guerriers d’entrainer ce dernier hors du champ de bataille. Mais aucun des
insurgés, qui se battaient avec bravoure remarquable, n’entendait lâcher la bride de
cette monture, et si l’un de ceux qui la tenaient avait la main coupée l’autre le
remplaçait incontinent. Arbad combattait l’ennemi avec acharnement lorsque une
1
douleur fulgurante lui traversa le dos».

Nous remarquons que l’énonciateur diminue les marques apparentes de sa présence.


Le récit coïncide avec l’effacement des principaux signes de la communication directe.
Dans ce mode d’énonciation le réel, et la nature des temps demeurent les mêmes,
(2)
nous pouvons imaginer tout le passé du monde comme« un passé continu» , et qui
serait entièrement construit sur cette relation temporelle, aoriste, l’imparfait et le plus
que-parfait.

A vrai dire, il n’ya plus alors de narrateur, les évènements sont posés comme ils se
sont produit, à mesure qu’ils paraissent à l’horizon de l’histoire ; personne ne parle ici ;
les évènements semblent se raconter eux-mêmes. Le temps fondamental est l’aoriste,
forme typique de l’histoire ou du récit et il correspond à la fiction littéraire, comme il
l’évoque Roland Barthes, dans Le degré Zéro de l’écriture :

«Par son passé simple, le verbe fait implicitement partie d’une chaine causale, il
participe à un ensemble d’actions solidaires et dirigées, il fonctionne comme le
signe algébrique d’une intention ; soutenant une équivoque entre temporalité et
causalité, c’est pour cela qu’il est l’instrument idéal de toutes les constructions
3
d’univers».

En d’autres termes, le récit vise exclusivement l’énoncé dans le discours se lisent les
marques de l’énonciation.

I.2. Le plan du discours

Le discours, est toute énonciation supposant un locuteur et un auditeur Chez le


premier l’intention d’influencer l’autre en quelque manière. Le plan énonciatif du

1
Boumediene Anissa, op cit, p. 107.
2
Benveniste Emile, op.cit, p.241.
3
Valette Bernard, Le roman, Editions Nathan, 1992, p. 66.
Chapitre 2 : Structure du roman
25

discours mobilise prioritairement les formes personnelles (je et tu) et, d’une manière
secondaire les indices de la troisième personne grammaticale. Quant à ses formes
temporelles spécifiques, le discours en mobilise un vaste éventail (présent, futur, futur
antérieur, passé-composé, imparfait, plus-que-parfait), le passé simple est exclu.
L’effet de subjectivité qui en résulte, tient au choix des indices de personne, déictiques
temporels et modaux sur lesquels il se fonde, comme il est le cas dans cet extrait retiré
de La fin d’un monde1un dialogue entre deux interlocuteurs.

«-Nous n’avons vraiment pas de chance avec nos califes. Il y a douze ans, Omar Ibn
al-Khattâb était poignardé à la mosquée. Aujourd’hui, c’est au tour d’Othmân
d’être assassiné.

-Dans le cas d’Omar, c’était un cas d’assassinat par vengeance personnelle. Dans le
cas d’Othmân, c’est différent, son meurtre a été perpétré par des Musulmans et il
2
obéit à des motifs politiques».

Comme nous le remarquons. L’énonciateur affirme sa présence par des indices


spécifiques (première personne de pluriel), déictiques «aujourd’hui», temps verbaux
(présent, plus-que-parfait), les termes subjectifs et marques d’évaluation (n’avons pas
de chance)

I.2.1. Le discours au style direct

L’utilisation du style direct consiste à rapporter des paroles telles quelles étaient
émises, le fait de rendre mot pour mot ce que un autre dit, en projetant l’énoncé
rapporté dans une nouvelle situation d’énonciation. Dans La fin d’un monde3 l’auteur a
beaucoup usé les particularités de cette stratégie, qui cherche à se faire authentique :

-Toi, mon fils, tu ne vas pas bien.

- J’entreprends un grand voyage sans limitation de durée, lui répondit Tawba en


souriant.

-Allons, viens te reposer un instant. Tu as bien un peu de temps à donner à un vieil


homme qui s’ennuie.

1
Boumediene Anissa, op. cit.
2
Ibid, p.80.
3
Ibid.
Chapitre 2 : Structure du roman
26

Shaykh Zayd le considéra de son regard perçant qui lisait jusqu’au fond de l’âme et
lui posa la question qu’il redoutait d’entendre.

Ne m’as-tu pas dit, quand tu es venu la dernière fois, que tu étais décidé à te
marier ?

-C’est vrai. J’y ai renoncé. Tu me connais, Shaykh Zayd, je suis un homme


1
changeant : ce que j’aime la veille, je l’oublie aussitôt le lendemain.

Un autre exemple:

«Du coup Fatima avait empêché Abu Bakr et Omar de pénétrer dans sa demeure et
elle leur avait adressé de violents reproches, en leur disant : «Vous avez laissé la
dépouille de l’Envoyé de Dieu entre nos mains et vous avez tout décidé entre vous,
2
sans nous appeler et sans respecter nos droits».

Comme nous le remarquons, le discours au style direct constitue un témoignage que le


propos rapporté est celui d’un autre. Sur le plan syntaxique, le discours direct
préserve les cordonnées énonciatives de l’énoncé cité (indices de personnes, repères
spatiaux-temporaires), deux points, des tirets éventuels signalent les différents tours
de parole liés au changement du locuteur.

I.2.2. Le discours au style indirect

Le discours indirect tend à faire parler l’autre, il ne traduit pas la forme des propos
rapportés, mais, sens ou leur contenu. Il en constitue une reformulation sémantique
globale qui opère directement sur leur sens ou leur contenu.

Il évoque une situation d’énonciation révolue, parce qu’il propose une transposition
de ce qui a été dit par un autre, ou par le même locuteur :

«J’ai entendu dire que le calife a massacré un nombre impressionnant de Khawaridj


à al-Nahrawan, affirma l’un des seigneurs en caressant sa barbe blanche avec
3
componction».

1
Boumediene Anissa, op cit bid, p.164.
2
Ibid, p.85.
3
Ibid. p.115.
Chapitre 2 : Structure du roman
27

Comme nous le remarquons les modifications dans le style indirect du discours


touchent le régime linguistique des indices d’énonciation(les indices de personne, lieu,
temps) ceci implique :

• Absence des guillemets du propos rapporté ; le recours systématique à une


forme de subordination, précédée d’un verbe introducteur avec complétive
(j’ai entendu dire que…), ainsi dans l’extrait ci-dessus, les paroles rapportées au
style direct auraient été «le calife massacrait un nombre impressionnant de
Khawaridj à al-Nahrawan» affirma l’un des seigneurs en caressant sa barbe
blanche avec componction.

I.2.3. Le discours indirect libre

Un troisième moyen d’insérer le discours d’un personnage au sein de la narration est


l’emploi du style indirect libre. Ce style a l’avantage de s’intégrer mieux au sein du récit
que le discours au style direct (il crée une rupture moins brutale dans le rythme de la
narration) et il évite les lourdeurs de styles parfois liées à l’emploi du style indirect.

Particulièrement souple, le style indirect libre est un moyen terme entre le style direct
et le style indirect : il donne le propos du personnage sans formule introductive et en
respecte scrupuleusement la syntaxe et le lexique (comme dans le style direct) ; en
revanche, il transpose le propos de la première à la troisième personne et applique le
principe de la concordance des temps (comme dans le style indirect).

Ce choix d’énonciation est susceptible d’établir une certaine ambiguïté dans le


propos ; Dans La fin d’un monde1, le narrateur a beaucoup employé ce moyen :

«Chacun avait la gorge serrée à la pensée de l’épreuve redoutable qui les attendait
avant l’arrivée à Badr. En effet, on allait aborder la terrible traversée du désert d’al-
2
Bazwa, ce désert ou le guide le plus averti risque de s’égarer ».

La dernière phrase est prononcée par Tawba et nom par le narrateur, seule la
cohérence textuelle nous permet de trancher entre les énonciateurs.

1
Boumediene Anissa, op cit.
2
Ibid, p.29.
Chapitre 2 : Structure du roman
28

Nous retrouvons aussi dans le texte des énonciateurs, isolés avec des guillemets :
«Dans la partie qui se jouait»1.

II. La narration dans le roman

S’il donne l’impression de la linéarité et l’illusion d’être la reproduction du réel, le


roman n’est en fait qu’un tissu consciemment aménagé par un auteur dans un but
précis. C’est en combinant les éléments fonctionnels du récit que l’auteur traduit ses
options esthétiques.2La fin d’un monde3, présente l’histoire d’une passion entre deux
poètes de la péninsule arabique au VIIème siècle.

A travers cette œuvre, l’auteur fait revivre les deux protagonistes. En s’appuyant sur
des ouvrages historiques, l’auteur a pu aussi reconstituer l’histoire du début de l’Islam
et celle des premiers califes désignés sous le nom d’AL KHulafa- al-Râshidun.

Tous les évènements sont fidèlement rapportés et peuvent être retrouver dans les
compilations des grands historiens dont les plus connus sont : Ibn Hishâm,AlTabarÎ et
dans les grands classique de la littérature arabe tel que Ibn Qutayba, Abu-al Faraj al-
Isfahâni et autres. Dans ce roman, l’auteur est complètement effacé, le narrateur est le
maitre du récit.

II- 1 Les agents du récit


II-1-1 Le narrateur

Avant de définir le narrateur de ce roman, une brève distinction entre l’auteur,


personne réelle qui écrit l’ouvrage, et le narrateur qui assume la narration est
indispensable.

L’auteur d’un récit est la personne réelle qui écrit l’œuvre, il possède un nom, un
pseudonyme, une biographie et une subjectivité. Le narrateur contrairement à
l’auteur, n’est pas une personne réelle, il est seulement une fonction.

1
. Boumediene Anissa, op ci t, p101.
2
Microsoft®Encarta®2009. 1993-2008 Microsoft Corporation.
3
Boumediene Anissa, op ci t.
Chapitre 2 : Structure du roman
29

Le narrateur, ce «génie de la narration»1est la médiation narrative qui raconte la


fiction, est l’agent de tout le travail de construction, il est un faisceau de marques
d’énonciation :

- Il choisit la progression narrative


- Il choisit les modes de discours
- Il choisit de centrer l’intérêt dans telle ou telle séquence sur tel ou tel
personnage ou tel ou tel évènement.
- Il choisit la progression temporelle, le rythme du récit avec l’alternance
- des temps forts et des temps faibles (narration/description/actions).2

Dans notre corpus, nous constatons dès le début du récit que l’histoire n’est pas celle
du narrateur ; le narrateur est tout à fait extérieur à l’histoire, il n’est pas représenté
dans la diégèse, il s’agit d’un récit «Hétéro diégétique ».

Le narrateur est vraiment ici le maitre de l’œuvre, en parallèle, il fait parler des
personnages auxquels il attribue le rôle du narrateur, car il relève des détails que seul
le personnage est censé connaître. C’est un narrateur effacé ; extra diégétique, il a
donc une vision illimitée.

Le narrateur n’a pas employé le «je», ni le «moi» ; c’est la preuve de son absence dans
l’histoire ; il n’est pas narrateur agent puisqu’il n’est pas héros de la fiction. D’une part,
il représente les faits presque dans tout le roman sous forme de dialogue entre
personnages en employant le style direct ; d’une autre part, il décrit les faits en les
commentant ou en les analysants en usant le style indirect. Nous pouvons dire que le
narrateur joue sur tous les modes de discours : direct, indirect, indirect libre.

II-1-2 Le narrataire

Le narrataire est l’instance à laquelle s’adresse le récit, il est un rôle inventé et adopté
par l’auteur, est peut être qualifié «d’interlocuteur intertextuel construit par la

1
Achour Christiane et Rezzoug Simone, op. cit, p.197.
2
Ibid, p .198.
Chapitre 2 : Structure du roman
30

fiction».1Dans notre corpus, le narrataire est absent tout au long du roman, nous ne
trouvons aucune marque qui caractérise son profil.

Dans les dialogues entre les personnages, nous pouvons désigner le narrataire par la
personne (tu), à laquelle s’adresse le (je) ; à titre d’exemple, lorsque Tawba s’adresse à
Layla :

J’avais besoin de t’entendre, de te parler.

Layla lui répondit :

2
Vraiment ? Tout à coup ?

En effet, dans ce roman, le narrataire est extra diégétique, il n’est pas agent de
l’action, il est sans lien avec l’histoire relatée. ; Tout comme le narrateur.

II- 2 La description, l’espace et le temps dans le roman


II- 2-1 La description

La description ou la suspension de la narration est le fait de donner des


représentations d’objets ou de personnages. Elle produit un ralentissement au sein de
la narration ; le récit s’arrête, l’action est suspendue.

«…Il s’est abimé dans la contemplation des ruines de la cité


caravanière et il a caressé les hautes colonnes cannelées du trempe
de Bel, le sanctuaire dédié au dieu solaire».3

La description est un acte qui engage totalement une subjectivité énonciative, en


raison que le narrateur décrit en fonction de ses connaissances et de celles estimées
partagées par le lecteur. En quelque sorte le familiariser ce dernier avec le monde
présenté. La description implique donc la notion du savoir partagé.

«…Il suivait en effet la tradition des aèdes préislamiques qui commençaient


invariablement leurs compositions poétiques- fussent-elles satires, panégyrique sou
4
odes lyrique- par un prologue amoureux appelé nasib».

1
Boumediene Anissa, op. cit, .p.200.
2
, bid p.213.
3
Ibid, p.28.
4
Ibid, p.27.
Chapitre 2 : Structure du roman
31

Dans le roman en question, le narrateur décrit dans le détail, sa représentation des


objets et des personnages est minutieuse. Le narrateur suspend la narration par la
description pour apporter plus de précision au récit.

«La caravane quitta la Mekke à la fin du jour. La nuit tapissait peu à peu
de ses voiles la ville sainte de forme allongée, située dans une vallée
aride, entourée de montagnes »1.

La narration et la description sont linéaires, mais comme nous l’avons déjà signalé, les
dialogues sont plus importants que la narration et la description, ils constituent la
trame de fond de ce roman.

II- 2-2 l’espace et le temps


• L’espace

L’espace est à la fois indication d’un lieu et création narrative. Il est la dimension du
vécu et l’appréhension des lieux où se déroule une expérience. Dans une œuvre
littéraire, L’espace n’est pas la copie d’un espace strictement référentiel mais, la
jonction de l’espace du monde extérieur et celui du créateur.

Dans notre corpus, l’espace est instable ; Les évènements se sont déroulés dans
différents lieux. Le narrateur cite plusieurs pays et villes : Egypte, L’Irak, la Syrie, la
Mésopotamie, Perse, la Mekke, Médine, Basra, Kufa.

Les indications spatiales permettent aux lecteurs de suivre l’action qui s’est déroulée
dans différents espaces.

- Le premier espace est Médine, Yathrib, capitaine du jeune Etat islamique.

-Le deuxième espace est la Mekke, symbolisée par la Kaaba, centre de pèlerinage
annuel, et sa grande richesse.

-Le troisième espace est Badr, petite ville au sud ouest de Médine, placée dans une
plaine entourée de collines.

1
Anissa Boumédiene, op.cit, p. 30.
Chapitre 2 : Structure du roman
32

-Le quatrième espace est la tribu de BanuUqayl, dans le Nadjd méridorial, cette région
renfermait la mine d’or la plus productive de l’Arabie. Le prophète s’était exclamé à
son propos : « Au pays des Uqayls, il pleut de l’or».

-Le cinquième espace est l’Irak, représenté par les deux villes Kufa et Basra.

- Le dernier espace dans le roman est la tombe de Tawba, lieu que Layla a choisit pour
rendre son âme, pour enfin être comme elle veut.

Tous ces espaces sont au début accueillants, mais des évènements surviennent, ils
deviennent hostiles, dangereux. La mosquée, lieu de prière et de la confession, devient
un lieu hostile comme l’illustre ce passage : «Lève-toi, Ô hyène et descend de ce
minbar !»1

Les espaces sont ouverts, ils représentent l’aventure, la nature, le désert, les villes, les
oasis, les montagnes :

«La caravane quitta la Mekke à la fin du jour, la nuit tapissait peu de


ses voiles la ville sainte, déformée, allongée, située dans une vallée
aride, entourée de montagnes».2

L’espace permet donc à l’action de se dérouler, en aménageant des rencontres et en


offrant des obstacles qui la font évoluer. Le lieu est à certains moments un facteur non
négligeable. Il lui arrive parfois de devenir un véritable agent qui conditionne l’action
ou un personnage, exemple, quand Marwan Ibn al- Hakam a accordé l’autorisation à
Sawwar, l’époux de Layla pour écouler le sang du poète rebelle, Tawba, l’espace lui
devient infranchissable : «Il ne s’est pas arrêté, et il s’est mis à galoper».3

L’espace est réaliste, si nous voulons, nous pouvons reconstituer l’histoire et les
nombreux déplacements des personnages sur une carte, car le narrateur utilisait des
lieux, des villes que tout un chacun est à même de connaitre, afin que, le lecteur puisse
se situer géographiquement dans l’histoire.

1
Boumediene Anissa, op. Cit, p.57.
2
Ibid, p.27.
3
Ibid, p. 110.
Chapitre 2 : Structure du roman
33

• Le temps

L’action dans le roman se déroule sur une durée de 41 ans, de l’Hégire du prophète à
Médine en 622 à l’établissement de l’Etat Omeyyade à Damas en 661 de l’ère
chrétienne. Tous les évènements sont datés, exemple la bataille du Chameau s’est
déroulée le 15DjumadaII DE L’an 36 de l’Hégire. Tout au long du roman nous
retrouvons des dates du calendrier musulman est celles du calendrier chrétien, ces
dates indiquent le temps de la fiction qui un temps interne au roman.

L’espace et le temps sont cités, où, chaque phase de l’histoire grâce au plan qui est mis
à sa disposition, le lecteur peut revenir sur des évènements qu’il n’a pas saisi ;
L’assassinat du calife Othman ; Les différentes guerres civiles (Chameau,Al-
nahrawan…), sont des évènements dont les dates coïncident avec celles de l’histoire.

Les indications spatio-temporelles organisent le récit même si ce dernier n’est pas


linéaire, elles apportent plus de clarté et, oriente la lecture.
Chapitre 3
Analyse énonciative de La fin d’un monde
Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
35

Il est tout à fait difficile de rester objectif, même dans la production d’un énoncé assez
simple. Le locuteur imprime sa marque à l’énoncé explicitement ou implicitement, et
se situe par rapport à lui. Nous s’attachons à repérer dans l’énoncé les marques
d’énonciation qui vont avoir trait tout d’abord à la situation d’énonciation, à savoir les
marques de la personne et le cadre situationnel, pour observer ensuite les marques du
locuteur à travers son énoncé autrement dit, l’ensemble de procédés linguistiques par
lesquels le locuteur imprime sa subjectivité dans l’énoncé.

I- La situation d’énonciation
Comme elle est la tradition chez Benveniste, l’énonciation écrite se meut sur deux
plans : l’écrivain s’énonce en écrivant et, à l’intérieur de son écriture, il introduit des
personnages qui s’énoncent au discours direct. Pour cela, nous retrouvons deux
situations d’énonciation citante et citée. Elle fait coexister deux systèmes énonciatifs
autonomes : chacun conserve son Je, son Tu, ses repérages déictiques, ses marques de
subjectivité propre :
I-1 L’énonciateur

L’énonciateur, premier actant de l’énonciation est désigné dans ce texte romanesque


par un ensemble d’unités linguistiques, particulièrement le «je», mais aussi «nous»,
«nos», «notre» et «on». Mais comme nous l’avons déjà signalé, le texte est constitué
essentiellement de dialogues, donc l’apparition de «je» demeure fréquente tout au
long du texte. A travers ce pronom personnel «je», utilisé avec des verbes d’opinion au
présent, au futur et au passé composé, l’énonciateur, inscrit nettement sa
responsabilité vis-à-vis de ce qu’il énonce, il s’adhère à ce qu’il énonce, comme il est le
cas dans les exemples suivants retirés de La fin d’un monde1:

1-Je te croyais absent de Médine ?


2-Je ne suis ni sourd, ni aveugle.
3- Je promets.
2
4- En fait, j’ai entendu tellement de chose chez l’une et chez l’autre que j’ai dû en oublier.
3
5-J’ai entendu un bruit.
6-Je viendrai, dit Tawba.
7-Je te trouve très sympathique.

1
Boumediene Anissa, op. cit.
2
Ibid, P. 46.
3
Ibid, p.142.
Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
36

1
8- Je saurai tout arranger avec tout le monde.
Le personnage passe du statut de nom- personne à celui de «locuteur», le discours
direct ayant la vertu d’introduire dans l’énonciation de l’auteur les énonciations des
autres sujets. Mais il ne faut pas oublier que ces propos ; à un niveau plus élevé, sont
en fait placés sous la responsabilité de l’auteur qui les rapporte, au même titre que les
autres éléments de son histoire. Ce phénomène d’enchâssement est d’ailleurs récursif.
Le personnage« locuteur» peut à son tour rapporter les propos d’un personnage de
son propre récit. Ainsi dans ce fragment : « Je m’en souviens très bien. Abu Bakr leur
avait déclaré : chefs doivent être choisis chez les Quraysh et les ministres chez les
Ansar ».2Il est à noter que le (je) du texte ne renvoie pas à la même instance
énonciative, son référent change selon la situation de communication, et comme on l’a
déjà signalé, le narrateur n’a guère employé le «je».
-Quelle surprise! fit Arbad, je suis bien heureux de te voir.
-Je te croyais absent de Médine ?
-Je voyage pour mes affaires. Je me suis lancé dans le négoce. Et toi toujours dans
l’administration du calife?
-Toujours ! J’ai moisis!
Maslama eut un petit rire.
-Je t’admire.
3
-Ah, c’est toi! dit-il avec un sourire

L’emploi du pronom «nous» est aussi important dans le roman, son référent varie
selon l’énonciateur par lequel il est employé. Il est utilisé le plus souvent associé à un
verbe au présent

-Tu pourras venir, mais nous ne devrons jamais nous appartenir.4

Dans ce cas-là, le « nous » renvoie seulement aux deux protagonistes Tawba et Layla, il
est purement déictique.

-Nous courons aujourd’hui à la catastrophe. Ilya des signes précurseurs qui ne


trompe pas.5

Dans cet exemple, le «nous» désigne l’énonciateur Maslama, son énonciataire Arbad,
et l’ensemble des musulmans de cette époque-là. Maslama utilise le nous pour

1
Boumediene Anissa, op.cit, p.100.
2
Ibid , p.80.
3
Ibid, p.16.
4
Ibid, p.251.
5
Ibid, p.24.
Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
37

marquer son appartenance. Dans ce cas-là le "nous" comporte un élément de


troisième personne.

A travers l’adjectif possessif, l’auteur fait une distinction entre le monde musulman et
le reste du monde.

Pour ce qui est du pronom indéfini «on», il apparait un bon nombre de fois dans le
texte, mais pas pour désigner à chaque fois l’énonciateur En français contemporain,
«on» est susceptible de deux types d’emploi. Il peut désigner un agent humain
indéterminé, dans (on=homme) ; le référent de ce «on »varie selon les contextes : il
peut s’agir d’un «on» généralisant :

1
-On ne commanda pas ses sentiments
2
-Elle pense : «On ne choisi pas sa vie, c’est elle qui nous choisit.»
-La vérité est qu’on n’a jamais rien pour rien. Il faut toujours se tenir prêt à payer le
3
prix de ce qu’on désire.

Dans ces trois exemples le «on» ne revoit pas à la subjectivité énonciative A l’encontre
des deux énoncés qui vont suivre le «on» peut s’interpréter comme un embrayeur de
première personne L’énonciateur évite de se poser sous la forme du" je", il fait recours
à des stratégies d’indirection :

-On le sent! affirma Mabad avec conviction4


-Si ! On les commande, se récria t- elle avec force. Sion les
commande ! Qu’on dit de moi
Par contre dans ces énoncés:
On satirise ton épouse et tu trouves cela flatteur 5
On avait allumé des fanaux devant les files de chameaux et les litières.6

Le pronom indéfini peut être Remplacé par le pronom personnel (il) au pluriel.

1
Boumediene Anissa, op. cit, p.214.
2
Ibid, p.214.
3
Ibid, p.25.
4
Ibid, p. 15.
5
Ibid, p.292.
6
Ibid, p. 27.
Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
38

• L’énonciation lyrique

Les fragments de poésie inclus dans le texte relèvent de la poésie lyrique, quelques
poèmes de l’époque préislamique retirés des "odes" des deux poètes Imr-El-qays, et
Antara, et aussi de la poésie de l’époque islamique composée par Tawba et Layla. C’est
une poésie consacrée à la vie intime de ces poètes, et aussi la célébration des mérites
de leurs clans. Sur le plan typologique, les vers sont écrits en italique, l’écrivaine a fait
recours à ce caractère d’écriture pour dire que la situation d’énonciation de ces
poèmes et, celle du texte écrit en caractère romain ne demeure pas la même

Tawba écrivait à Layla :


Layla pleurera-t-elle
Si je meurs avant elle
Quand les femmes éplorées
Entourerons ma tombe

Layla lui répondait :


O mes yeux
Répondez des pleurs abondants
Sur Tawba Ibn al-Humayyir
Qu’il est de la rivière
1
Le puissant jaillissement!

Dans une autre occasion Layla célébrait les mérites de son clan :

Nous sommes les Banu al-Akhyal


Et le jeune homme de chez nous
Ne cesse d’être célèbre
2
Jusqu'à ce qu’il se traine.

Un autre poète, très célèbre sur le plan politique et religieux, Ali Ibn Abu Taleb qui
déclarait es vers à Atika-Bent- Zayd :

Mes yeux je le jure


Verserons sans cesse
A cause de toi
1
Des larmes de tristesse

1
Boumediene Anissa, op. cit, p. 272.
Ibid, p. 116.
2
Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
39

Nous retrouvons aussi des fragments attribués à des énonciateurs, isolés par des
guillemets : «Dans la partie qui se jouait».2

I-2 Les destinataires


Au premier lieu, le destinataire peut correspondre au lecteur supposé, le type de
public que l’auteur envisage de toucher, caractérisé par une certaine culture, son
appartenance à une certaine catégorie sociale.

Ce roman est édité en 1991, date qui coïncide avec le début de la guerre civile en
Algérie, après l’instauration du multipartisme permet au front islamique de salut, de
détrôner le plus oligarchique(FLN) en premier tour des législatives en décembre
1991.Pour cela, la romancière s’adresse exclusivement au lecteur algérien soucieux de
cette guerre aveugle, en lui expliquant que le conflit entre le religieux et le politique,
ou l’appropriation du nom de Dieu pour accéder au pouvoir est enracinée dans
l’histoire islamique depuis la mort du prophète, autrement dit, à la période du calife
primitif.

L’auteur (instance d’origine) s’adresse au lecteur à travers un paratexte riche (titre,


illustration, épigraphes, citation, notes marginales, sommaire, prologue résumé) qui
servira à orienter sa lecture. Et comme nous l’avons déjà signalé, ce texte romanesque
est constitué globalement de dialogues entre les personnages. Pour cela, le je d’un
destinateur implique nécessairement un «tu», ou un «vous» d’un destinataire.la
présence de tu et vous est fréquente dans La fin d’un monde.3

-Tu m’excuseras, mais se sont les seules richesses que j’ai à t’offrir. Comment va
Abu-Salama ?
4
-Tu ne m’en donnes pas l’impression.
5
- Tu ne restes pas donc pas un peu avec nous ? Il te faut repartir de suite.
6
-Comment tu peux le constatait
7
-Tu es enfin rentre, remarqua t-elle en souriant.

1
BoumedieneAnissa, Op Cit, p. 50.
2
Ibid, p. 101.
3
Ibid.
4
Ibid, p .17.
5
, bid p. 25.
6
Ibid, p.38.
7
Ibid ,p. 221.
Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
40

1
-Par Dieu, ne vous approchez pas d’un homme qui a causé tant de mal!
2
-Ô assemblée des Ansâr, gouvernez vous- vous-mêmes.

- Vous avez laissé la dépouille de l’Envoyé de Dieu entre nos mains et vous avez tout
3
décidé entre vous, sans nous appeler et sans respecter nos droits.
4
- Vous me montrerez vos poèmes?

L’emploi de l’impératif par le destinateur établit directement une correspondance avec


le destinataire, il marque ainsi une relation d’autorité avec ce dernier, c’est un ordre
moral qui implique un acte qui doit être réalisé de manière inconditionnelle :

-N’écoutez ni ses propos, ni ceux qui les tiennent, car ils vous enlèveront votre part
de ce pouvoir. S’ils vous la refusent, sortez-les de ce pays et assumez votre propre
5
gouvernement.

- Savez-vous que c’est la première fois que je vis une poétesse dédier un thrène à la
6
mémoire d’un calife qui n’est pas l’un de ses parents?

I-3 Le moment d’énonciation

Nous remarquons que la référence au moment d’énonciation dans le texte est


manifestée par un ensemble de déictiques temporels (aujourd’hui, maintenant,
demain…)

Nous n’avons vraiment pas de chance avec nos califes. Il y a douze ans, Omar Ibn al
–Khattab était poignardé à la mosquée. «Aujourd’hui »c’est au tour d’Otman d’être
7
assassiné.

Ou bien nous nous comme «aujourd’hui», à l’abri des regards indiscrets


8
Je pars «demain» pour l’Egypte.

La présence de l’embrayeur « aujourd’hui » est rapportée au moment de la lecture de


l’histoire. C’est précisément une propriété de la fiction qui peut toujours s’imposer
comme identique à la réalité, ou à l’événement extérieur qu’elle est censé de raconter.

1
Boumediene Anissa, op. cit, p. 75.
2
Ibid, p 81.
3
Ibid, p. 85.
4
Ibid, p. 134.
5
Ibid, p 81
6
Ibid, p. 134.
7
Ibid, p. 80.
8
Ibid, p. 216.
Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
41

I-4 Les lieux d’énonciation

La référence au lieu d’énonciation se fait dans le texte l, à travers les adverbes de lieu :
«ici», «là». Ils renvoient au lieu étendu de l’énonciation ; pour ce qui est du lieu de
rédaction, lieu étroit de l’énonciation, nous ne retrouvons aucune indication.

-Regardez mon jeune ami, c’est ici que tout a vraiment commencé pour nous, les
Musulmans. C’est ici que nous avons savouré le bonheur de la première victoire. C’est
ici que nous avons compris que le monde tôt ou tard, s’offrirait à nos puisque Dieu
1
était avec nous.

II- Les modalités


II- 1 Les modalités d’énonciation

Les modalités d’’énonciation sont les liens qui unit l’énonciateur à ce qu’il dit,
autrement dit, elles sont les moyens par lesquelles le locuteur implique l’attitude de
l’allocutaire à partir de sa propre énonciation. (Assertive, interrogation, exclamation…).

En plus des énoncé assertifs, interrogatifs et impératifs, la romancière construit son


discours sur des énoncés qui consiste à nier certaines propositions, à rejeter certaines
idées déjà admises. Dans un énoncé négatif, nous distinguons donc une proposition
première et une autre qui la nié.

« Pour Ducrot l’énonciation de la plupart des énoncés négatifs est analysable comme
mise en scène du choc entre deux attitudes antagonistes attribuées à deux
énonciateurs distincts : le premier personnage prend en charge le point de vue rejette
2
et le second, le rejet de ce point de vue ».

C’est également une sorte d’opposition qui s’installe entre les deux énonciateurs.

II-1-1 Les négations didactiques

Ces négations sont généralement sous la forme ne…que comme dans les maximes de
la Rochefoucauld. Ces négations sont dites didactiques du fait qu’elles instruisent, elle
construisent de nouvelles croyances à la base d’anciennes qu’elles détruisent .Ainsi,
l’auteur ne fait pas que nier certaines propositions, mais au même temps il les corrige,

1
Boumediene Anissa, op.c it, p.30.
2
Maingueneau Dominique, op. cit p.130.
Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
42

il propose d’autres propositions ou il apporte sa pensée, ses convictions, ses opinions,


à titre d’exemple dans l’énoncé suivant :

-Je ne suis ni sourd, ni aveugle. Je suis même très bien placé pour
savoir que le mécontentement gagne toutes les provinces à une
allure vertigineuse.1

L’énonciateur de cet énoncé soutient explicitement l’idée que le mécontentement


gagne toutes les provinces tout en lisant dans l’ombre la proposition rejetée, puisque
Arbad travaille dans l’administration du calife il s’intéresse guère à ce qu’il passe à
l’extérieur.

Nous pouvons observer le même phénomène dans ces énoncés :

-Je ne suis pas de ton avis. Il me semble que c’est amplement suffisant.

-Je ne suis pas fait pour accroupir dans des tâches administratives qui me procurent
de l’insatisfaction.

-Mais Sawwar fait la tête. Il ne veut pas qu’elle s’y arrête : toujours cette maudite
2
jalousie qui ne le quitte pas, bien qu’elle ait pris de l’âge.

II-1-2 Les négations polémiques

«(…) la négation polémique entretient nécessairement une relation de contradiction


avec l’énoncé qu’elle réfute (…). On dit que deux énoncés sont contradictoires
quand ils ne peuvent être vrais ou faux, en même temps pour une situation de
discours donnée : Il fait froid et il ne fait pas froid ne peut être vrai
3
simultanément».

A travers les énoncés qui vont suivre, l’auteur par l’utilisation de ne pas, propose et
rejette explicitement la proposition sans donner une autre à sa place :

-Ce n’est pas si je veux Ces maux sont nombreux et bien réels.

-Nous n’avons vraiment pas de chance avec nos califes


4
-Je ne suis pas d’accord avec toi ; Fadl.

1
Boumediene Anissa, op.cit, p 18.
2
Ibid. p 296.
3
Maingueneau Dominique, op. cit, p.58.
4
Boumediene Anissa, op. Cit, p. 81.
Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
43

II-1-3 La modalité interrogative

A travers cette modalité, l’auteur interpelle dans ces énoncés l’interlocuteur en


l’interrogeant, ainsi il installe un droit à questionner, et un devoir à la réponse

Dans ce roman nous remarquons que cette modalité est très dominante, par le fait que
les interlocuteurs entretiennent des conversations, ils se dialoguent.

«Le dialogue est un ouvrage qui s’attache à l’exposé des thèses philosophiques,
morales, politiques ou scientifiques, et tente de convaincre nom de manière ulatérale,
1
mais en confrontant les arguments de thèses opposées».

En effet, dans le cas du dialogue effectif entre les interlocuteurs, la question du


destinateur accueil toujours une réponse de la part du destinataire :

Je te croyais absent de Médine ?


2
J’y suis depuis peu, dit Maslama. Je reviens deKufa et je repars pour l’Egypte.

-Mon Dieu ! Que dois-je déduire de toutes ces réponses contradictoires ?


3
-Déduisez ce que bon vous semblera.

-Pourquoi ! S’étonna Layla, n’était-il pas devenu un homme libre ?

-Si ! Mais il nourrissait une passion sans espoir pour sa cousine Abla, la fille de son
4
oncle paternel.

-Tu es renseigné ?

-Oui, ce que j’ai appris m’a suffi. Elle a du trouver un homme qui lui plaisait plus que
5
moi.

L’auteur aussi a employé cette modalité dans les passages là où il commente ses
personnages, dans le but de faire réfléchir ses lecteurs sur la suite de l’histoire :

«Le plaisir de la razzia victorieuse faisait place au malaise. Layla était-elle déjà au
courant de ce voyage lors de leur dernière rencontre ?Pourquoi ne l’avait-elle pas
prévenu ?S’était-elle tue volontairement ?(…)Se pouvait-il que chaque joie ressentie
auprès d’elle se payât , par la suite, de tant de souffrance ?Se pouvait-il que ce
6
sourire plein de bonté et d’innocence dissimulât tant de cruauté et d’ambigüité ».

1
"Dialogue (littérature)". Microsoft ® 2009(DVD). Microsoft corporation
2
Boumediene Anissa, op. cit, p. 16.
3
Ibid, p. 133.
4
Ibid, p. 145.
5
Ibid, p .97.
6
Ibid, p. 230.
Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
44

II-1-4 La modalité exclamative

La modalité exclamative est employée beaucoup par l’auteur à travers tout le texte.

Il ne savait, mais du secret de son cœur montait vers le Ciel cette prière prononcée
avec tant de ferveur : «Seigneur faites que Tawba Ibn al-Humayyir, à l’instar de ses
1
plus illustres devanciers, puisse graver son nom au fronton de l’immortalité.
2
-Que Dieu le prenne en sa miséricorde !s’écria Abu Salama.
3
-Mais c’est horrible ! Mêmes les femmes ne sont pas épargnées !
4
Ils ne peuvent ramener chaque fois quelque chose!
5
-Nom ! Protesta-t-elle précipitamment, ne croyais pas cela.

II-1-5 La modalité impérative

Cette modalité qui serve à donner des ordres et imposer une démarche, n’est pas
dominante dans le texte, l’auteur a pour but de confronter des points de vue pour faire
éclairer une situation. Nous trouvons quelques fragments au discours indirect, isolés
par des guillemets, attribués à des énonciateurs qui ne participent pas à l’action :

-Et le calife ne s’est-il pas écrié : «Ô Dieu, protégez-moi de Talha, car il a excité
l’inimité des hommes contre moi.

-Le calife lui a répondu : «cette religion. Lâche cette barbe que ton père n’a jamais
6
touchée !»

Soudain un homme cria :


7
-Lève-toi, Ô hyène, et descend de ce minbar !

- Mais l’un des nôtres s’est alors écrié : «Ô assemblée des Ansar, gouvernez vous-
même. N’écoutez ni ces propos, ni ceux qui les tiennent, car ils vous enlèveront
votre part de ce pouvoir. ‘Ils vous la refusent, sortez les de ce pays et assumez votre
propre gouvernement. Par Dieu, vous avez bien plus qu’eux le droit d’exercer ce
8
pouvoir, puisque c’est par la grâce de vos sabres que les gens ont professé .

1
Anissa Boumédiene , op.cit, p. 36.
2
Ibid, p. 78.
3
Ibid, p.79.
4
Ibid, p .128.
5
Ibid, p. 133.
6
Ibid, p .79.
7
Ibid, p. 57.
8
Ibid, p.81.
Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
45

II-2 Les modalités de l’énoncé

Ce type de modalités manifeste l’attitude du locuteur par rapport à ce qu’il dit, pour
que notre travail soit clair, nous allons faire le recours à des tableaux, là où nous allons
expliquer les différentes unités subjectives enlevées figurantes dans le corpus
(adverbes verbes, adjectifs).Nous voulons juste signaler que toutes les expressions des
tableaux ci-dessus relèveront de notre corpus.

Modalités : appréciative, affective et logique.


Unité comportant un trait subjectif
Subjectivité évaluative Subjectivité Verbes
inventorié dans le corpus Observations
affective d’opinion
Axiologique Nom-
axiologique
1-Les adverbes L’emploi de manière justement montre
1-«Justement». Tiens, j’habite bien qu’il s’agit d’une évaluation, il
*
maintenant à deux pas. montre la précision et l’exactitude.

2- il s’opposait« farouchement» à cette L’emploi de cet adverbe montre la


*
destitution. manière avec laquelle le calife s’opposait
à ses adversaires.

3-Puis tout alla« très» vite. L’emploi de l’adverbe d’intensité indique


*
4-Je te trouve« très» sympathique. une évaluation relative une norme
spécifique du locuteur, elle précise le sens
des adjectifs« vite» et
« sympathique».

5-Zayd ressentait« de plus en plus» les L’évaluation est relative à l une norme
*
maux de la vieillesse. propre à l’auteur, elle est faite par
l’emploi du comparatif de supériorité
"plus".
Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
46

Modalités : appréciative, affective et logique.


Unité comportant un trait subjectif
Subjectivité évaluative Subjectivité Verbes
inventorié dans le corpus Observations
affective d’opinion
Axiologique Nom-
axiologique
6-«Seulement» d’énergie et d’initiative ? * * A travers l’adverbe de liaison
«seulement" l’auteur marque une
certaine réserve (opposition,
objection) par rapport à la
proposition faite précédemment.
Cet adverbe est la deuxième.
7 Nous nous ne prenons« jamais» le temps
*
de parler ! L’emploi de l’adverbe d’opinion
"jamais" modifie le sens de la
proposition en ajoutant une
nuance de négation en
accentuant la négation.

L’emploi de l’adverbe de quantité


désigne une évaluation relative à
*
8-Mais Ali est un pur,« trop» honnête et« une norme propre au locuteur,
trop» droit elle est dépassé, elle indique un
excès

9- Il avait toujours fait preuve de sang-froid. * L’emploi de l’adverbe de temps


«toujours" indique la validité de
l’énoncé en toute occasion et
sans interruption.
Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
47

Modalités : appréciative, affective et logique.


Unité comportant un trait subjectif
Subjectivité évaluative Subjectivité Verbes
inventorié dans le corpus Observations
affective d’opinion
Axiologique Nom-
axiologique

L’auteur se positionne par apport à


*
10-«Heureusement» n’est pas le cas * son dire par un sentiment de
satisfaction.

11-Tout son être irradiait« subitement». *


L’emploi de l’adverbe du temps
"subitement indique" le degré de
changement.et le délai du temps
dans lequel il est produit.

Par l’utilisation de l’adverbe "mal",


le locuteur juge l’action désignée
12-Elle avait du« mal »à respirer. *
* par le verbe respiré comme étant
mauvaise.
*

Evaluation relative à une norme.

13-Il galopa« longtemps».


Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
48

Modalités : appréciative, affective et logique.


Unité comportant un trait subjectif
Subjectivité évaluative Subjectivité Verbes
inventorié dans le corpus Observations
affective d’opinion
Axiologique Nom-
axiologique
L’emploi de l’adverbe de lieu
«loin" désigne une évaluation
*
14-Emmenée très «loin »dans une autre relative à une norme propre au
contrée. locuteur, un retard par rapport à la
norme.
15-Il ne répondait «guère».
16- Je n’ai «guère» besoin d’un homme qui
mène une vie rude et qui traite les femmes
*
avec dureté. L’adverbe «guère" rajoute une
17-Il ne nourrissait «guère» d’illusions. nuance de négation, l’évaluation
est faite par une qualification,
l’homme nom désiré est celui qui
mène une vie rude et qui traite
18- Tu es« profondément» blessé. mal les femmes
*
L’emploi de l’adverbe
"profondément indique l’intensité
de la douleur.

*
19-Nous n’avons pas «vraiment »de chance
avec nos califes. L’emploi de l’adverbe "vraiment"
20-Tu es« vraiment» un homme sert à juger l’énoncé de point de
surprenant. vue de sa réalité, le locuteur insiste
que ce qu’il dit est réel.

21-Tu es« vraiment» un homme


Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
49

Modalités : appréciative, affective et logique.


Unité comportant un trait subjectif Subjectivité évaluative Subjectivité Verbes
inventorié dans le corpus affective d’opinion Observations
Axiologique Nom-
axiologique

22-C’était«peut-être» la première fois L’emploi de l’adverbe d’opinion"


*
depuis le début de leur mariage. peut-être" installe le doute dans la
proposition il connote l’incertitude
de l’auteur.

*
23-Mais de tous ses enfants, c’était L’adverbe d’opinion "assurément"
«assurément» Layla. renvoie à une modalité
épistémique. Il désigne une
certitude de l’auteur.

24-Je les ai« souvent» observés dans les


* L’adverbe "souvent" indique la
foires.
répétition de l’action désignée.

25-«Evidemment», de telles vertus ne


L’adverbe d’opinion «évidemment"
paraissent pas inaperçues. *
rajoute à l’énoncé une nuance de
certitude.
Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
50

Modalités : appréciative, affective et logique.


Unité comportant un trait subjectif inventorié
Subjectivité évaluative Subjectivi Verbes
dans le corpus Observations
té d’opinion
Axiologique Nom-
affective
axiologique

2- Catégories des verbes


Verbe intrinsèquement subjectif, il
1-Il devait la convaincre de quitter sa famille * implique un jugement de valeur
pour l’emmener vers l’un de ces fabuleux pays négatif, action de conquérir,
que l’Islam« avait conquis». soumettre par les armes.
2-Je partirai très loin pour l’un de ces pays
nouvellement« conquis».

3- Les Arabes de Hidjaz avaient «soumis» Verbe intrinsèquement subjectif, il


*
successivement. implique un jugement de valeur
négatif se propager par la force.

4-Je ne suis pas de ton avis. Il me« semble» que Le verbe d’opinion «sembler»
*
c’est amplement suffisant. renvoie à une modalité aléthique.
Le locuteur se présente incertain
del’opinion exprimée.
Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
51

Modalités : appréciative, affective et logique.


Unité comportant un trait subjectif
Subjectivité évaluative Subjectivité Verbes
inventorié dans le corpus Observations
affective d’opinion
Axiologique Nom-
axiologique
5-Je« sais», je «sais», maugréa Fadl, fort Modalité épistémique permette
vixé de voir que les siens ne partagent * le jugement, le locuteur est
pas son point de vue. certain de son point de vue, et il
est au courant des arguments
que les autres avancent pour
défendre leur point de vue.
6-Ô Tawba, je te «déteste» !
*

Verbe de sentiment qui indique


un jugement de valeur, à travers
ce verbe le locuteur dénote son
sentiment vis-à-vis de son
interlocuteur.

* *
7-Layla, il« faut» que je te parle.
Ce verbe renvois à une modalité
8-Il «faut» que je réfléchisse.
déontique, il exprime une
obligation. Il sous-entend que ce
qui est désigné et ce qui est
convient a comme valeur modale
l’obligation.
*
Ce verbe indique une évaluation
9- Toujours j’y« moisis» !
en terme dévalorisant, il renvoie à
quelque chose d’infertile,
d’unitile, qui n’est pas en progrès.
*
Verbe intrinsèquement subjectif.
10-Elle s«’enfermait» dans le mutisme.
Il désigne une évaluation, une
description d’une manière
dévalorisante

* Verbe qui renvoie à une modalité


11-Il la regarda est «pensa» : «ce n’est épistémique qui permet le
qu’une femme égoïste». jugement
12-J«’ai pensé» que j’aurais
Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
52

Modalités : appréciative, affective et logique.


Unité comportant un trait subjectif Subjectivité évaluative Subjectivi Verbes
inventorié dans le corpus té d’opinion Observations
Axiologique Nom-
affective
axiologiqu
e

13-Zynab «jouissait» à l’avance de l’effet * Verbe de sentiment qui indique un


qu’elle allait produire. état d’âme

14-A présent, les Musulmans *


Verbe intrinsèquement subjectif.
s«’assassinent»
au nom du respect de la loi divine. Ce verbe dénote la sensibilité de
l’auteur et après celle des lecteurs
l’auteur est émotionnellement
impliqué dans le contenu de son
énoncé.
*

15-Je «dois» rentrer certes ! Verbe d’opinion , ce qu’on doit


16-Il« doit» te falloir beaucoup de foi et faire, à quoi l’on est obligé par la
de courage. loi, par son état et par la morale.
17- Je« dois» rentrer certes !

Verbe intrinsèquement subjectif


*
qui désigne une évaluation qui
ressort du locuteur qui adhère à
son opinion comme étant vraie.

18-Eh bien moi, je« soutiens» que, si après


Verbe subjectif, il dénote le point
la mort du prophète, nous avons élu un
*
de vue du locuteur
Ansar…

19- Layla posa de nouveau son regard sur Verbe de sentiment qui indique un
*
Tawba et elle« surprit» le sien fixé sur elle. jugement de valeur. Il dénote
l’étonnement, la déconcertation de
l’auteur.
Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
53

Modalités : appréciative, affective et logique.


Unité comportant un trait subjectif Subjectivité évaluative Subjectivi Verbes
inventorié dans le corpus té d’opinion Observations
Axiologique Nom-
affective
axiologique

20-Il« suffit» ! Je ne veux plus jamais * Ce verbe désigne la quantité


entendre parler de ce type dans ma famille convenable et satisfaisante. Il
21-Oui, ce que j’ai appris m«’a suffi». renvois à une modalité déontique
.

* Verbe intrinsèquement subjectif


22-Le calife «a massacré» un nombre *
qui indique un jugement de valeur.
impressionnant de Khawaridj.
Par l’emploi de ce verbe l’auteur
veut dire que le calife a tué
beaucoup de gens.

Verbe d’opinion à travers lequel le


*
23-Je« crois »que nous avons tardé locuteur fais savoir son point de
24- Tu ne« crois» pas à la toute puissance vue à son interlocutaire ainsi sa
du Destin ? position sur l’échelle d’assurance.
25 - Si ! Si ! J’y« crois».
Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
54

Modalités : appréciative, affective et logique.


Unité comportant un trait subjectif Subjectivité évaluative Subjectivi Verbes
inventorié dans le corpus té d’opinion Observations
Axiologiqu Nom-
affective
e axiologique
3/-Catégorie des adjectifs et des noms :
1-Je suis« lucide», tu sais. * Le locuteur porte un jugement de
valeur positif sur lui-même, c’est
2-La ville« sainte», de forme« allongée»,
* une évaluation qualitative.
«située» dans une vallée aride, entourée
de montagnes. Qualifications appréciatives.
L’auteur porte un jugement de
3-Il est «certain» que l’Iraq a faillit valeur positif sur la Mekke.
*
échapper à l’emprise du calife.
L’adjectif "certain renvoie à une
modalité épistémique, c'est-à-dire
que l’auteur est persuader de ce
qu’il sait

4-La «sagesse» de Layla ravissait aussi son A travers ce nom l’auteur porte un
*
père. jugement de valeur positif sur
layla.

5-Arbad répugnait tous les «petits» * Jugement de valeur négatif


mouvements «égoïstes» et« honteux» du
cœur humain.
Par l’emploi de cet adjectif
l’auteur se positionne par rapport
6- C’est« vrai».
à son dire en le situant sur l’axe
7-Il était«vrai» que Tawba lui avait
vrai/faux.
recommandé la plus grande discrétion.
8-C’est vrai nous ne prenons jamais le
temps de parler

Le locuteur se positionne par


9-Je suis bien «heureux» de te voir. *
apport à son dire par un sentiment
de satisfaction.
Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
55

Modalités : appréciative, affective et logique.


Unité comportant un trait subjectif inventorié
dans le corpus Subjectivité évaluative Subjectivit Verbes Observations
é affective d’opinion

Axiologique Nom-
axiologique

10-Un homme« privé » de liberté, «affligé» de


L’auteur porte sur cet
surcroit d’une« peau noire»
*
* homme une évaluation
négative, ces adjectifs
connotent un esclave.
C’est une description
authentique.

Description dépréciatives,
à travers ces adjectifs
11-«Absurde» ! «Stupide» ! Le père de Layla ne
l’auteur, nié l’information
marierait pas sa fille de force.
qui porte sur le mariage
de Layla.

Cet adjectif désigne que


12- Tawba observait avec «soin» Othman Ibn
* c’est pour la première fois
Affan.
que Tawba se trouve au
même lieu avec le calife.

Le locuteur porte par


13-J’ai quelque chose d’«important» à te dire.
*
l’adjectif important un
jugement de valeur positif

14-Tu as« mauvaise» réputation. Evaluation négative, par


*
cet adjectif l’auteur, porte
un jugement de valeur, il
sous-entend que la
réputation du poète est
mauvaise.
Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
56

Commentaire

Comme il est remarquable dans les tableaux ci-dessus, les deux types de modalités
d’énoncé les modalités logiques et les modalités appréciatives et affectives, sont
présentes dans notre corpus.

Les modalités aléthique, déontique et épistémique ; ainsi de nombreux termes


affectifs et évaluatifs qui indiquent le système de valeur de l’énonciateur, ces marques
peuvent être des noms, des adjectifs, des verbes, des adverbes. Les affectifs servent à
l’expression des sentiments du locuteur, alors que les appréciatifs et les évaluatifs
traduisent des jugements d valeurs, et l’évaluation du sujet parlant.

L’ensemble des exemples représentés dans les tableaux ci-dessus sont extrait du texte
de notre corpus, sont dotés de termes subjectifs qui porte sur le contenu de ce que dit
le locuteur, les noms, les verbes, les adverbes, et les adjectifs manifestent l’attitude du
locuteur à l’égard de ce qu’il exprime.

La modalité aléthique qui renvoie à la vérité est manifestée à travers un ensemble


d’unités linguistiques comme le verbe sembler dans l’exemple : «il me semble que
c’est amplement suffisant».

La modalité déontique qui fait appel nécessairement à la l’obligation est manifestée


par falloir et devoir : «je dois rentrer certes» ; «il faut que je réfléchisse».

La modalité épistémique qui renvoie à la connaissance est manifestée par les éléments
linguistiques comme : «certainement», «surement», «sans doute», «croire» : «je crois
que nous avons tardé» ; «je sais, je sais maugréa Fadl».

La modalité affective est inscrite dans la parole par l’emploi des termes, qui permet
d’introduire la subjectivité du locuteur les sentiments, les affects, les émotions,
comme : «je suis bien heureux de te voir» ; «Aujourd’hui les Musulmans s’assassinent
au nom du respect de la loi divine»·

La modalité appréciative est présentée par les deux modalités évaluative axiologique
et l’évaluative nom- axiologique.les locuteur émettent un jugement de valeurs qui
Chapitre III : Analyse énonciative de la fin d’un monde
57

garde les traces de leur évaluation. Les éléments linguistiques qui marquent ce
positionnement d’une manière favorable ou défavorable : «elle avait du mal à
respirer». «Tawba, je te déteste» .De sa part la modalité évaluative nom-axiologique
implique une évaluation quantitative ou qualitative de l’objet dénoté par le substantif.
Nous pouvons dire que l’auteur a utilisé dans cette classe des adjectifs : « Arbad
répugnait tous les petits mouvements» ; et des adverbes : «il galopa longtemps».

Nous pouvons dire au dernier que l’ensemble des exemples extrait de notre corpus,
sont dotés de termes subjectifs qui porte sur le contenu de ce que dit le locuteur, les
verbes tel que «croire», «falloir» ; les adjectifs «heureux», «triste» ; les adverbes
«évidemment»,«peut-être» appartenant aux différentes catégories de la modalité
manifestent l’attitude du locuteur à l’égard de ce qu’il dit.
Conclusion
Conclusion 59

Conclusion

En conclusion, nous tentons de dire que tout au long de notre travail, nous avons essayé
d’apporter des réponses aux questions que nous nous sommes posé dans la problématique.

Notre travail a pour objectif de démontrer que dans ce roman historique, où l’auteur
exprime son opinion, est tout à fait difficile de rester objectif, même dans la production d’un
énoncé assez simple. Le locuteur imprime sa marque à l’énoncé explicitement ou
implicitement, et se situe par rapport à lui. Comme dans toute production langagière,
l’auteur a utilisé la langue pour son compte pour s’exprimer, pour communiquer ces idées.

Pour ce faire, il a employé plusieurs stratégies relevant de différents outils et méthodes qui
illustrent son attitude envers son interlocuteur, et envers son énoncé. Plusieurs indices
textuels le justifient : la formulation d’opinions personnelles, de jugements, de gouts, de
sentiments, d’émotions. Un style, un ton et un vocabulaire descriptif, l’emploi de la phrase
exclamative. L’emploi du pronom personnel de la première et la deuxième personne à
l’intérieur comme à l’extérieur des citations : «je», «tu», «nous» et «vous».L’utilisation des
citations pour renforcer des opinions ou de jugements. Dans le but d’interpeller son lecteur,
il a aussi employé la l’impératif, et l’interrogatif.

Nous avons d’abord constaté, que dans ce roman où la romancière a puisé la substance du
travail, de la réalité historique du monde arabo-musulman au VII ème siècle. Se manifeste sur
deux plans d’énonciation distincts, qui se distinguent par leurs marques verbales, ainsi la
présence et l’absence des déictiques, autrement dit, un plan embrayé et un autre plan
débrayé.

Un plan d’énonciation récit, où l’auteur n’a guère employé l’appareil formel de


l’énonciation, il a mis en retrait le sujet par l’effacement des indices d’énonciation ; à vrai
dire, il n’ya plus alors de narrateur, les évènements sont posés comme ils se sont produit, à
mesure qu’ils paraissent à l’horizon de l’histoire ; personne ne parle ; les évènements
semblent se raconter eux-mêmes. Le temps fondamental est l’aoriste. Et un plan
d’énonciation discours, où l’auteur cède la parole à ses personnages, autrement dit, c’est
une énonciation qui suppose deux interlocuteurs, qui manifestent ouvertement leur
Conclusion 60

subjectivité en appropriant les formes personnelles ; les formes verbales adoptées sur ce
plan sont exclusivement le présent, le passé composé et le futur. Pour introduire la parole de
ses personnages, l’auteur joue sur tous les modes du discours, discours direct, discours
indirect, et discours indirect libre.

Dans ce texte nous avons pu distinguer deux types de modalités dans le texte ; la modalité
l’énonciation qui est un processus interpersonnel qui s’exerce sur l’interlocuteur et la
modalité d’énoncé qui s’exerce sur le contenu de l’énoncé.

Nous avons pu constater que c’est le narrateur qui prend en charge les énoncés, même s’il
n’approprie pas ouvertement le je. L’énonciateur se dédouble en un sujet extra textuel
l’auteur, et le sujet intratextuel le narrateur qui prend en charge les contenus narrés et, qui
place sous sa responsabilité les propos des personnages.

Nous avons démontré que la subjectivité langagière est omniprésente dans ce roman
historique, elle se définit par le statut linguistique de la personne, la nécessité de prendre en
charge le sujet parlant ; la subjectivité au premier degré, comme il l’a détermine Emile
Benveniste dans la théorie d’énonciation.

Et comme nous avons fait appuis sur la théorie de Catherine Kerbrat Orecchioni, nous avons
pu constater que la subjectivité est aussi évaluative et affective et modélisatrice. Ce que
nous avons l’habitude d’appeler la subjectivité au second degré. Il s’agit d’une manifestation
caractérisée par la sélection de modalisateurs et des substantifs évaluatifs organisant le
discours en termes de jugements de valeur, d’adhésion ou de rejet de la part du sujet.

Nous sommes donc conduit, dans notre étude à isoler un ensemble d’indices parmi lesquels
les pronoms personnels, les formes verbales, les informations spatiaux et, d’une manière
générale, l’ensemble des modalités qui instituent les rapports entre les interlocuteurs et
l’énoncé. Il s’agit donc pour nous, d’inventorier les d’ancrage les plus manifestés de la
subjectivité langagière.

En somme nous pouvons dire, que le sujet communiquant, se montre ici et là par les propres
mots de la langue, même quand il veut se cacher derrière eux. Les marques de modalités
dans le texte servent à influencer l’interlocuteur et le faire entrer dans le jeu. Nous avons
Conclusion 61

montré que l’énonciateur a affirmé sa présence nom seulement par l’appropriation d’un je
linguistique, mais aussi par des indices spécifiques, la subjectivité langagière n’est pas
seulement déictique mais aussi affective et évaluative. Plusieurs éléments de la langue, mots
ou tournures, signalent la présence personnelle de l’auteur dans son énoncé. Souvent ces
éléments s’associent dans un même énoncé ce qui donne à ce texte une très grande charge
affective.
Bibliographie
Bibliographie 63

Bibliographie :

Corpus : Boumediene. Anissa, La fin d’un monde, Editions Bouchene, Alger, 1991.

1. Les ouvrages critiques

Benveniste Emile, Problème de linguistique générale, T1, T2, Editions Gallimard, 1966.

Cervoni. Jean, L’énonciation, Paris, PUF, 1987.

Achour Christiane, Rezzoug Simone, Convergences Critiques, OPU, 2009.

Coquet. Jean Claude Le discours et son sujet, Librairie des Méridiens, Paris, 1989.

Courtès.Joseph, Analyse sémiotique du discours, Editions Hachette, 1991.

Goldstein Jean Pierre-Lire le roman, Editions de Boeck, Université de Paris, 2005.

Maingueneau. Dominique, L’analyse du discours, Paris, Hachette, 1991.

Maingueneau Dominique, Approche de l’énonciation en linguistique, française, Paris,

Hachette, 1981.

Maingueneau. Dominique, Les termes clés de l’analyse du discours, Paris, Seuil, 1996.

Orecchioni- Catherine Kerbrat, L’implicite, Paris, Armand Colin, 1986.

Orecchioni. Catherine Kerbrat, L’énonciation, De la subjectivité dans le langage, Armand

Colin, Editeur, Paris, 1980.

Serfati. Georges Elia, Eléments d’analyse du discours, Armand Colin, 2007.

Valette Bernard, Lire le roman : Initiation aux méthodes et aux techniques modernes

d’analyse littéraire, Editions Nathan, 1992.


Bibliographie 64

Dictionnaire et encyclopédie

A.J.Greimas et Joseph Courtes, Dictionnaire raisonné de la théorie du langage, Hachette,

1979.

Sous la direction de Joël le Garde, Dictionnaire de la critique littéraire.

Dictionnaire de la langue française, Editions de la connaissance, 1995.

Dictionnaire des religions, PUF, 1993.

Sous la responsabilité de Ghislaine Stora, Dictionnaire Hachette, 2007.

Microsoft® Encarta® 2009 [DVD]. Microsoft Corporation, 2008.


Table des matières
Introduction ............................................................................................................................... 1

Chapitre I : Cadre théorique et méthodologique................................................................ 5


I. Le discours ........................................................................................................................ 6
L’analyse du discours .........................................................................................................................6
La subjectivité ....................................................................................................................................6
II. L’énonciation..................................................................................................................... 7
III. Les déictiques.................................................................................................................... 8
III.1 Définition .....................................................................................................................................8
III.2 Quelques déictiques .......................................................................................................... 8

III.2.1 Les pronoms personnels ......................................................................................... 9


III.2.2 La localisation temporelle ...................................................................................... 9
III.2.3 La Localisation spatiale .......................................................................................... 11

IV. Les modalités .................................................................................................................. 12


IV.1 Les modalité aléthiques .................................................................................................. 13

IV.2Les modalités épistémiques ......................................................................................... 13


IV.3 Les modalités déontiques............................................................................................. 13
IV.4 Les subjectivèmes "affectif" et "évaluatif" .................................................................. 14
IV.5 Les adjectifs subjectifs .................................................................................................. 14
IV.6 Les adverbes subjectifs................................................................................................. 17

V. De la subjectivité au second degré ................................................................................. 18


V.1 La subjectivité affective ................................................................................................ 18
V.2La subjectivité de type interprétatif ............................................................................. 19
V.3 La subjectivité modélisatrice ........................................................................................ 19
V.4 La subjectivité axiologique .......................................................................................... 19

Chapitre 2 : Structure du roman ....................................................................................... 21


I. L´opposition récit/discours ............................................................................................... 22
I.1 Le plan énonciatif de l’histoire ................................................................................................. 23
I.2 Le plan du discours..................................................................................................... 24
I.2.1 Le discours au style direct....................................................................................... 25
I.2.2 Le discours au style indirect.................................................................................... 26
I.2.3 Le discours indirect libre ......................................................................................... 27
II. La narration dans le roman ............................................................................................. 28
II.1. Les agents du récit ..................................................................................................... 28
II.1.1. Le narrateur ...................................................................................................... 28
II.1.2. Le narrataire ..................................................................................................... 29

II.2 La description, l’espace et le temps dans le roman ................................................................... 30


II.2.1 La description.......................................................................................................... 30
II.2.2 l’espace et le temps ................................................................................................ 31

Chapitre III : ANALYSE ENONCIATIVE De LA FIN D’UN MONDE......................................... 34

I.La situation d’énonciation .................................................................................................. 35


I.1.L’énonciateur .................................................................................................................. 35
I.2. Les destinataires .......................................................................................................... 39
I.3. Le moment d’énonciation ............................................................................................ 40
I.4.Les lieux d’énonciation ................................................................................................... 41
II.Les modalités ....................................................................................................................... 41
II.1. Les modalités d’énonciation ........................................................................................ 41
II.1.1. Les négations didactiques ................................................................................... 42
II.1.2. Les négations polémiques ................................................................................... 42
II.1.3. La modalité interrogative ................................................................................... 43
II.1.4. La modalité exclamative .................................................................................... 44
II.1.5. La modalité impérative ....................................................................................... 44
II.2. Les modalités de l’énoncé ............................................................................................ 45

Conclusion générale ................................................................................................................. 58

Bibliographie ............................................................................................................................ 63

Table des matières

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