Université Paris-Nord Année 2007-2008
Institut Galilée Licence de Mathématiques - L3
Département de Mathématiques C. Basdevant - S. Layouni
Corrigé de l’examen d’Analyse Numérique
du mardi 15 janvier 2008
Durée : 3h
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Problème I (question de cours)
Soit f une fonction continue et dérivable sur le segment [a, b]. Soient x1 < x2 < x3
trois points de ]a, b[.
1. Montrez qu’il existe un unique polynôme p de degré inférieur ou égal à 5 tel que :
f (xi ) = p(xi ), f 0 (xi ) = p0 (xi ) ∀i ∈ {1, 2, 3}
Corrigé : Considérons l’application linéaire Φ définie sur P5 , espace vectoriel des
polynômes de degré inférieur ou égal à 5, et à valeurs dans R6 qui à un polynôme
p associe (p(x1 ), p0 (x1 ), p(x2 ), p0 (x2 ), p(x3 ), p0 (x3 )). Le noyau de Φ est réduit au po-
lynôme nul puisqu’un élément du noyau a x1 , x2 et x3 comme racines doubles et est
de degré au plus 5. L’application Φ est donc bijective, ce qui démontre l’existence
et l’unicité du polynôme d’interpolation d’Hermite.
2. Montrez que, si f est six fois dérivable dans ]a, b[, pour tout x ∈]a, b[ il existe un ξx
dans ]a, b[ tel que :
1
f (x) − p(x) = (x − x1 )2 (x − x2 )2 (x − x3 )2 f (6) (ξx )
6!
Indication : on pourra utiliser la fonction auxiliaire :
(t − xi )2
Q
φ(t) = f (t) − p(t) − Q (f (x) − p(x))
(x − xi )2
Corrigé : Le cas x = xi étant trivial, supposons x différent des xi . La fonction
auxiliaire φ est nulle en chacun des xi et également en x. Par le théorème de Rolle
sa dérivée première admet 3 zéros distincts, un dans chacun des 3 intervalles ouverts
définis par ces 4 points. Par ailleurs la dérivée première de φ est également nulle par
construction en chacun des xi . Cette dérivée première de φ a donc 6 zéros distincts.
Toujours par le théorème de Rolle la dérivée seconde aura 5 zéros distincts, la dérivée
troisième, 4 zéros, ...., la dérivée sixième un zéro que nous nommerons ξx . On vérifie
alors que :
6!
0 = f (6) (ξx ) − Q (f (x) − p(x))
(x − xi )2
1
Problème II
Soit une formule de quadrature du type
Z π
2
cos(x)f (x) dx = λ1 f (x1 ) + λ2 f (x2 ) + E(f )
− π2
où E(f ) désigne l’erreur.
1. Montrez, au moyen d’un contre-exemple simple, qu’une telle formule ne peut pas
être d’ordre ≥ 4.
R π2
Corrigé : Prendre f (x) = (x − x1 )2 (x − x2 )2 , alors − π2 cos(x)f (x) dx > 0 et
λ1 f (x1 ) + λ2 f (x2 ) = 0
2. Déterminez les valeurs de (λ1 , λ2 ) et (x1 , x2 ) pour que la formule soit d’ordre 3.
Corrigé :
Z π
2
f (x) = 1 cos(x) dx = 2 = λ1 + λ2
− π2
Z π
2
f (x) = x cos(x)x dx = 0 = λ1 x1 + λ2 x2
− π2
π
π2
Z
2
2
f (x) = x cos(x)x2 dx = − 4 = λ1 x21 + λ2 x22
− π2 2
Z π
2
3
f (x) = x cos(x)x3 dx = 0 = λ1 x31 + λ2 x32
− π2
Des relations pour x1 et x3 on tire x1 = −x2 = −α. Des relations pour x0 et x1 on
tire alors λ1 = λ2 = 1. Enfin de x2 on obtient α, soit :
Z π r
2 π2
cos(x)f (x) dx ≈ f (−α) + f (α) avec α = −2
− π2 4
3. Montrez qu’alors, pour p(x) un polynôme d’interpolation d’Hermite de f que l’on
déterminera, on a :
Z π
2
E(f ) = cos(x)(f (x) − p(x)) dx
− π2
Corrigé : Soit p(x) le polynôme d’Hermite de degré 3 qui interpole f et sa dérivée
en α et −α. La formule étant exacte pour les polynômes de degré 3 on a :
Z π
2
cos(x)p(x) dx = p(−α) + p(α) = f (−α) + f (α)
− π2
d’où le résultat demandé.
2
4. En déduire que pour tout f ∈ C 4 ([− π2 , π2 ]), on a
Z π
1 2
E(f ) = cos(x)(x − x1 )2 (x − x2 )2 f (4) (ξx ) dx
4! − π2
Corrigé : Il suffit de remplacer, dans l’équation obtenue pour E(f ), f (x) − p(x)
par la formule d’erreur de l’interpolation d’Hermite qui est :
1
∀x ∃ξx f (x) − p(x) = (x − α)2 (x + α)2 )f (4) (ξx )
4!
5. En déduire qu’il existe ξ ∈ [− π2 , π2 ] tel que :
40 − 4π 2 (4)
E(f ) = f (ξ)
4!
Corrigé : En utilisant la formule de la moyenne on obtient :
π
f (4) (ξ)
Z
2
E(f ) = cos(x)(x2 − α2 )2 dx
4! − π2
Avec le calcul de : π
π4
Z
2
cos(x)x4 dx = − 6π 2 + 48
− π2 8
On obtient le résultat demandé.
Problème III
Dans ce problème, les matrices considérées sont des matrice réelles n × n. Pour une ma-
trice A donnée, ρ(A) désigne son rayon spectral, σ(A) son spectre c’est à dire l’ensemble
de ses valeurs propres et kAk2 sa norme matricielle associée à la norme euclidienne kxk2
sur Rn .
Première partie
Soit C une matrice symétrique semi-définie positive et soit γ ∈ ]0, +∞[.
1. Montrez que (γI + C) est inversible et que D = (γI − C)(γI + C)−1 est symétrique.
Corrigé : Les valeurs propres de C sont dans R+ . Donc on a :
σ(γI + C) = {γ + λ | λ ∈ σ(C)} ⊂ R∗+ .
Par conséquent, γI +C est inversible. Pour montrer que D est symétrique, on utilise
d’une part que C est symétrique, et d’autre part que γI − C et γI + C commutent
et donc que γI − C et (γI + C)−1 commutent.
3
2. Montrez que kDk2 ≤ 1, puis que kDk2 = 1 si et seulement si 1 ∈ σ(D).
Corrigé : La matrice D étant symétrique, sa norme 2 est égale à son rayon spectral,
soit :
γ−λ
kDk2 = ρ(D) = max ≤ 1.
λ∈σ(C) γ + λ
De plus, si kDk2 = ρ(D) = 1, ses valeurs propres étant réelles, 1 ou −1 sont valeurs
propres de D. La valeur propre −1 est exclue car sinon γ = 0.
3. On suppose que 1 ∈ σ(D). Montrez que le sous-espace propre E1 (D) de D associé à
la valeur propre 1 est un sous-espace vectoriel de ker(C).
Corrigé : Si a est vecteur propre de D associé à la valeur propre 1, Da = a implique
(I − C)a = (I + C)a et donc a appartient à ker C.
4. Montrez que si kak2 = 1 et kDak2 = 1, alors a ∈ E1 (D). (Indication : on décomposera
a dans une base orthonormale de vecteurs propres de D.)
Corrigé : On suppose que kDak2 = 1 et kak2 = 1. En décomposant P sur une
base
P γ−λorthonormée de vecteurs propres (ei ) de D, on obtient a = ai ei et Da =
ai γ+λii ei . L’égalité des normes implique
" 2 #
X γ − λi
0≤ |ai |2 1 − = 0,
γ + λi
γ−λi
ce qui implique ∀i tel que ai 6= 0, on a γ+λi
= 1, et donc Da = a.
Deuxième partie
Soit γ ∈ ]0, +∞[ et A une matrice symétrique définie positive et soient C1 et C2 deux
matrices symétriques semi-définies positives telles que A = C1 + C2 . Pour b ∈ Rn et
a(0) ∈ Rn donnés, on définit la suite (a(k) )k∈N par :
( 1
(γI + C1 )a(k+ 2 ) = (γI − C2 )a(k) + b
(∀k ∈ N) 1
(γI + C2 )a(k+1) = (γI − C1 )a(k+ 2 ) + b
5. Trouvez une matrice B et un vecteur c tels que l’on ait
(∀k ∈ N) a(k+1) = Ba(k) + c
Corrigé :
B = (γI + C2 )−1 (γI − C1 )(γI + C1 )−1 (γI − C2 )
c = (γI + C2 )−1 b + (γI + C2 )−1 (γI − C1 )(γI + C1 )−1 b.
6. Montrez, en utilisant la notation de la question 1), que ρ(B) ≤ kD1 D2 k2 ≤ 1.
Corrigé : Avec les notations de la question 1), et en remarquant que B et D1 D2
sont semblables, ρ(B) = ρ(D1 D2 ) ≤ kD1 D2 k2 ≤ kD1 k2 kD2 k2 ≤ 1.
7. L’objet de cette question est de montrer que ρ(B) < 1 en raisonnant par l’absurde.
4
(a) On suppose que ρ(B) = 1. Montrez qu’il existe alors a ∈ Rn tel que
kD1 D2 k2 = kD2 ak2 = kak2 = 1
Corrigé : Si ρ(B) = 1, kD1 D2 k2 = 1 donc il existe a tel que kak2 = 1
et kD1 D2 ak2 = 1. Remarquons que cela entraı̂ne kD2 ak2 = 1 puisque 1 =
kD1 D2 ak2 ≤ kD1 k2 kD2 ak2 ≤ kD2 ak2 ≤ kD2 k2 kak2 ≤ 1.
(b) Que peut-on alors dire de kD1 ak2 ?
Corrigé : Puisque kD2 ak2 = kak2 = 1 Le vecteur a est donc un vecteur propre
de D2 pour la valeur propre 1 (on utilise la question 4). Donc kD1 ak2 = 1 donc
a est aussi vecteur propre de D1 pour la valeur propre 1.
(c) En déduire que a ∈ ker(C1 ) ∩ ker(C2 ) et conclure à une contradiction.
Corrigé : On a donc trouvé un vecteur a de norme 1 dans l’intersection de
ker(C1 ) et ker(C2 ) (voir question 3). C’est impossible car a appartiendrait alors
au noyau de A = C1 + C2 qui est définie positive.
8. Montrez que la suite (a(k) )k∈N est convergente, et de limite égale à la solution a du
système linéaire Aa = b.
Corrigé : La méthode converge car ρ(B) < 1, et vers la solution de a = Ba + c. On
vérifie par le calcul que c’est également l’unique solution de Aa = b.