Contes Du Tchad
Contes Du Tchad
10 Contes
racontés et traduits
par les classes de CM de l’ECAF
1
Ces contes ont été écrits à partir des textes propo-
sés par les élèves des cours moyens de l’Ecole Com-
munautaire Agricole et Familiale de Maïmba.
2
Liste des contes L’éléphant et le chien
Une femme gourmande C’est au tour du chien de parler. Il dit : «Mon dieu, tu
dois être un peu fou, vraiment, car pourquoi as-tu fait
tant de bêtes sauvages avec de la viande délicieuse et
que je n’ai que les os à manger ?»
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Pendant que son mari va aiguiser le couteau, elle va
Et il va préparer un bon plat de riz à l’oseille qu’il donne trouver l’ami et lui dit : «Qu’as-tu fait à mon mari pour
au chien et un plat de viande qu’il offre à l’homme assis qu’il aille aiguiser le couteau ? Est-ce pour te tuer ?»
près de la porte.
Effrayé, l’ami se lève d’un bond et s’enfuit aussi vite
L’homme se régale de viande puis il jette l’os par terre. qu’il peut. La voilà débarrassée de l’ami ! Au mari main-
Immédiatement et sans réfléchir, le chien se jette sur tenant... Elle revient vers son mari et lui dit d’un air fâ-
cet os pour le dévorer. ché :
«Mon mari, tu as amené un voleur chez nous. La pin-
Alors Dieu reprend bien vite : « Tu vois bien que tu es tade a disparu et ton ami aussi. Comment l’as-tu laissé
fait pour manger les os puisque, lorsque je te prépare s’enfuir avec notre repas ?»
un bon plat de riz, tu le délaisses pour te jeter sur le
premier os que tu vois.» Sans en entendre davantage, le mari, le couteau à la
main, part à la poursuite de celui qu’il croyait son ami. Il
Alors, tout confus, l’éléphant et le chien comprennent le cherche mais heureusement, il ne le trouve pas.
que Dieu n’est pas si fou qu’ils le croyaient et ils s’en
vont chacun de leur côté... De son côté, l’ami pense tout en courant, : «Il a sûre-
ment appris que j’étais l’amant de sa femme »
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core un peu de pintade, puis encore un morceau. Et, de
fil en aiguille, elle prend la marmite, la dépose à terre
devant elle et mange tout ce qui reste, sauf les os bien Les trois amis
sûr...
Mais que va-t-elle dire à son mari quand il va ren- Dans un village, il y avait trois bons amis. Le premier
trer ?… s’appelait «Grosse tête» car sa tête était énorme. Le
deuxième s’appelait «Gros ventre» car son ventre était
Elle réfléchit un moment et une bonne idée lui vient : tout enflé. Quant au troisième, c’était «Jambes maigres»
elle ramasse tous les os de la pintade et va les enterrer qu’il se nommait à cause de la maigreur de ses jambes.
dans la brousse. Puis elle met de l’eau sur le feu pour
prendre une douche. Quand elle a pris sa douche, elle Un jour qu’il se promenait dans la brousse, «Gros
étend sa natte par terre et se couche dessus tranquille- ventre» aperçoit du miel dans le tronc d’un arbre.
ment.
Dès son retour, il va voir ses amis et leur dit : «J’ai
Lorsque son mari revient du village accompagné de trouvé du miel dans le tronc d’un arbre là-bas dans la
son ami, il demande à son épouse : brousse . Allons le chercher ensemble.»
«Donne-nous donc un peu d’eau, s’il te plait !»
Celle-ci va puiser de l’eau et l’apporte aux deux hom- Ils acceptent. «Gros ventre» prend une calebasse ;
mes. «Grosse tête», prend de l’herbe sèche, «Jambes mai-
Quand ils ont fini de boire, le mari appelle sa femme et gres» se charge des allumettes et ils partent.
dit :
«Apporte-nous la boule de mil que nous mangions ! Arrivés au pied de l’arbre, ils allument le feu d’herbes
--- N’y a-t-il pas un enfant à la maison pour aller la cher- sèches dont la fumée doit chasser les abeilles de leur
cher, dit la femme, moi, je vais découper la pintade ?» nid. Mais ce nid est un peu haut.
Entendant cela, l’homme lui répond : «Je vais cher-
cher le couteau et je la découperai moi-même.» «Qui va grimper sur l’arbre pour cueillir ce miel ?»
demande alors «Grosse tête».
Quand son mari revient avec le couteau : «Ce cou- --- Moi, je ne peux pas répond «Gros ventre» ; mon
teau n’est pas assez tranchant ! dit la femme, va aigui- ventre est trop lourd.
ser la lame et rapporte-le moi.Je pourrai alors la décou- --- Moi non plus, je ne peux pas car mes jambes sont
per.» si fragiles qu’elles se briseraient au premier choc.»
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Alors c’est «Grosse tête» qui monte sur l’arbre. Mais
sa tête heurte une grosse branche et il se fracasse la Une femme gourmande
tête en tombant.
Sans voir que son ami venait de se tuer, «Gros ven-
tre» rit de sa maladresse. Mais il rit si fort que son ven- Il y avait une fois deux hommes et une femme. L’un
tre éclate. d’eux était le mari de la femme et l’autre était leur ami.
Le mari allait souvent à la chasse.
Effrayé par cette deuxième catastrophe, «Jambes
maigres» s’enfuit à toute vitesse vers le village. Mais il Un jour, il part à la chasse et voit des pintades. Il en
bute sur une pierre et se casse les deux jambes. Et il tue une et la rapporte à la maison. Sa femme la passe
meurt à son tour. au feu et la plume et pendant ce temps le mari va rejoin-
dre son ami pour aller au cabaret.
Voilà nos trois amis morts. Qui les enterrera ?...
La femme continue à s’occuper de la pintade. Elle la
fait cuire. La bonne odeur de la viande lui chatouille les
narines et la met en appétit. Quand la pintade est bien
cuite, elle prend la marmite et , pour ne pas se laisser
tenter, elle la dépose au sommet du mur de la case.
Ainsi, la pintade est hors de sa vue.
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L’hyène et la grenouille L’hyène, le marabout et les pintades
Un jour, la grenouille dit à l’hyène : «J’aimerais que Un jour, de grand matin, l’hyène se met en route pour
nous mesurions nos capacités. Est-ce que tu accepte- aller visiter son camarade, le marabout, qui habite un
rais de faire la course avec moi ? Nous verrions qui ga- peu plus loin et lui conter ses malheurs.
gnerait ?
--- C’est moi, bien sûr, s’exclame l’hyène en se tenant Dès qu’elle est arrivée, elle salue son ami et com-
les côtes tellement elle rit, mais je veux bien courir avec mence :
toi si ça t’amuse,» ajoute-t-elle. « Je suis bien malheureuse, mon cher ami, car j’ai
grand faim et je ne trouve plus rien à manger !
Et elle part sans plus attendre et sans se soucier de --- J’ai également très faim, lui répond le marabout,
sa commère. Mais la grenouille a discrètement sauté et pas la moindre nourriture en vue.
sur le dos de l’hyène qui n’a rien senti à cause de son --- Qu’allons-nous faire ?» interroge l’hyène.
pelage.
Et ils se mettent à réfléchir en silence... Après quelques
L’hyène court aussi vite qu’elle peut, la grenouille ac- minutes, le marabout reprend la parole :
crochée à ses longs poils. « J’ai une idée. Tu prépares ton tam-tam et moi, je
prends ma flûte. Ensemble nous irons faire danser les
Au moment où l’hyène va toucher le but, la grenouille pintades et pendant qu’elles danseront, nous les attra-
saute et se trouve là quand l’hyène arrive toute essouf- perons sans mal.»
flée.
L’hyène portant son tam-tam sous le bras et le mara-
«Comment as-tu fait pour être là avant moi ? ques- bout, sa flûte sur le dos, se mettent en route vers le
tionne l’hyène. village des pintades. La sècheresse sévit partout et la
--- Ça c’est mon secret !» répond la grenouille. poussière s’envole sous leur pas. Mais les deux compè-
res ne pensent qu’à leur prochain repas.
Il ne sert à rien de courir ; l’important c’est d’arriver le
premier... Dès qu’ils voient les pintades, ils les saluent très po-
liment et leur disent :
« Chères amies, vous devez, vous aussi, avoir bien
du mal à trouver quelque chose à vous mettre sous la
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dent. Alors, pour tromper notre faim ensemble, nous Arrivé à Hadji , Kaï confie l’hyène aux enfants du vil-
vous proposons d’organiser un bal. Mon ami et moi joue- lage qui la conduisent à l’abreuvoir. Alors, l’hyène leur
rons de nos instruments et vous, vous danserez.» dit :
« D’habitude, quand je bois, les gens restent der-
Les pintades trouvent l’idée excellente et, sans réflé- rière moi !»
chir, elles se mettent à danser dès que les deux Les enfants acceptent de se mettre derrière elle et, à
compèrent commencent à jouer de leurs instruments. ce moment, l’hyène leur envoie ses selles dans la figure
Elles se dandinent au son de la musique et elles ont et se sauve à toute vitesse… pour aller se venger du
tant de plaisir qu’elles en ferment les yeux. C’est, bien lièvre.
sûr, ce qu’attendaient l’hyène et le marabout.
Dès qu’elle le voit, elle crie au lièvre : « Tu m’as trom-
En moins de temps qu’il faut pour le dire, les pintades pée et je vais te manger !
se retrouvent toutes au fond du sac que le marabout — Attends un peu, dit le lièvre, je vais chercher de la
avait pris la précaution d’emporter sous son bras. paille derrière le buisson.»
Là, il fait semblant de parler avec quelqu’un.
«A nous, le bon repas !» pensent-ils joyeux. « Avec qui parles-tu, demande l’hyène.
— Je parle avec Kaï» répond le lièvre malin.
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Arrivé près de la maison de l’hyène, il casse les œufs
et s’en barbouille les pattes pour faire croire qu’il est La pigeonne et le renard
blessé. Chez l’hyène, il demande aux enfants :
« Où est votre père ?
— Il est en voyage pour quatre ou cinq jours.» répon- L’année dernière, la pigeonne avait installé son nid
dent-ils en chœur. sous les herbes et elle y élevait tranquillement sa petite
Alors le lièvre raconte que sa femme a mis au monde famille.
deux jumeaux et qu’il va faire une fête. Mais il a mal aux
pattes et il ne peut pas tuer le bœuf. En entendant cela, Un jour que le renard revient de la chasse, il rencon-
l’hyène sort de sa cachette, gifle ses enfants et dit : tre la pigeonne accompagnée de ses enfants. Il lui de-
« Pourquoi dites-vous que je suis en voyage ?» Et, mande :
s’adressant au lièvre, elle ajoute : «Partons chez toi, je vais « Est-ce que tu as déjà trouvé des noms pour ses
t’aider.» beaux enfants ?
--- Pas encore. Mais justement je dois me rendre pro-
Très malin, le lièvre part en boitant. L’hyène est si chainement chez le chef du village qui ne manquera pas
pressée de manger la viande qu’elle propose au lièvre de leur en trouver de très beaux.
de le porter pour aller plus vite. Alors, le lièvre grimpe --- Je suis très capable de vous proposer des noms
sur son dos. qui vous plairont sûrement.»
Mais, bien vite, l’hyène s’aperçoit que le chemin qu’ils La pigeonne accepte car le village est loin. Alors, le
suivent mène vers l’endroit où Kaï l’attend et elle veut renard reprend la parole :
tourner à gauche. Mais le lièvre lui dit : «Reste sur ce «Au premier, je donne Takemramndang !»
chemin, c’est le plus court pour aller chez moi !»
La pigeonne aime bien ce nom. Alors le renard conti-
Kaï les voit s’approcher et il se cache derrière un buis- nue :
son. « Pour le deuxième, je te propose Ndambamngo-
Lorsque le lièvre et l’hyène arrivent près de lui, il sort okjdebé et le troisième s’appellera Kesakaragma-
brusquement de sa cachette et saisit l’hyène. Le lièvre nandan.»
se sauve pendant que Kaï charge ses colis sur le dos
de l’hyène et monte par dessus. La pigeonne est satisfaite et le renard retourne chez
« Et maintenant, avance sale menteuse !…» crie-t-il lui. Mais il ne savait pas que le hérisson habitait dans le
en la chicottant. Et ils partent vers Hadji, le village où trou près de l’endroit où il avait rencontré la pigeonne.
Kaï se rendait avec son âne… Et le hérisson a tout entendu.
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Dès qu’il est sûr que le renard est bien parti, le hérisson
sort de son trou et va trouver la pigeonne.
Le voyage de KaÏ Maloum
«Sais-tu ce que signifient les noms que le renard a
Kaï est un marchand de poissons qui part en
donné à tes enfants ?
voyage avec son âne. Pendant le voyage, Kaï peut se
--- Non, dit la pigeonne étonnée, ont-ils vraiment un
nourrir de poissons. Mais l’âne n’a rien à manger et,
sens ? Moi, j’ai trouvé qu’ils sonnaient bien et ça m’a
bientôt, il meurt de faim.
suffi».
--- Et bien moi, je vais te dire ce qu’ils veulent dire :
Kaï commence à pleurer en se demandant : « Com-
«kesa karag mana ndan», ça veut dire «manger les
ment est-ce que je vais transporter ce chargement ?»
crapauds m’a rassasié»
C’est alors que l’hyène arrive et interroge Kaï :
«ta kem ram ndang», ça veut dire «mon ventre est
« Pourquoi pleures-tu ?»
rassasié»
Kaï lui raconte son histoire. Alors l’hyène, affamée,
et «ndambam ngoo ke debe» signifie «j’ai une bonne
lui propose : « Laisse-moi manger ce cadavre et après
provision pour demain»
je reviens porter ton chargement .»
Kaï accepte et l’hyène emmène l’âne dans la
Donc, si tu veux bien suivre mes conseils, lève-toi
brousse puis le mange…
vite et va t’installer avec tes enfants dans le haut de ce
karité parce que je suis sûr que, demain, le renard re-
Rassasiée, elle retourne chez elle et dit à ses en-
viendra pour dévorer tes petits.
fants : « Si Kaï arrive, vous lui dites que votre père est
en voyage pour quatre ou cinq jours.» Et elle va se ca-
La pigeonne suit les bons conseils du hérisson et dé-
cher dans le grenier.
ménage bien vite dans les plus hautes branches du ka-
rité.
Kaï est toujours près de son chargement de pois-
sons et, lorsque le lièvre arrive près de lui, il lui de-
Elle a à peine fini de mettre ses petits à l’abri que le
mande : « Pourquoi pleures-tu ?»
renard arrive et s’approche de son ancien nid. Comme il
— Mon âne est mort. L’hyène a emporté son cada-
trouve l’emplacement vide, il lève la tête et aperçoit la
vre et elle devait revenir porter mes colis. Mais elle ne
pigeonne qui le regarde d’un air moqueur.
revient pas. Alors je me demande comment faire pour
transporter tout ce chargement ! » gémit-il.
Il ne lui reste plus qu’à chercher un autre repas mais
Le lièvre qui ne manque jamais l’occasion de jouer
il se demande encore pourquoi la pigeonne a eu l’idée
des tours à l’hyène, demande quatre œufs et quatre pois-
de changer la place de sont nid...
sons à Kaï et il part…
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Cependant, ils continuent leur travail comme si rien n’était Dumtadege
arrivé. C’est alors qu’un autre a aussi besoin d’aller déféquer
dans la brousse. En revenant, il voit un serpent mais il croit
Dans un village, une femme vient d’avoir un enfant.
que ce sont les intestins du bœuf jetés par les deux autres qui
Elle va chez le chef pour qu’il lui choisisse un nom.
veulent les garder pour eux. Il les saisit et veut chercher une
Mais sur le chemin, son enfant lui dit : «Où allons-nous,
autre cachette pour lui mais le serpent le mord et le tue.
ma mère ?
--- Nous allons voir le chef du village pour qu’il te donne
Les sots ne sont plus que deux qui font tranquillement
un beau nom.
griller des morceaux de viande… Pendant, qu’ils savourent
--- Moi-même, je suis capable de trouver le nom qu’il
leur repas, l’un d’eux voit une mouche :
me faut. Pendant que tu vas préparer la bouillie, je vais
« Oh, tu as une mouche sur l’épaule !
réfléchir.»
— Une mouche ? Prends la hache et tue-la !
— La hache ou le couteau ?
La mère va préparer le repas et quand elle revient,
— La hache, c’est mieux.»
son fils lui dit : «J’ai déjà choisi mon nom ; ce sera
L’autre saisit la hache, tue la mouche et… il tue aussi son
Dumtadege.» La mère accepte sans rien ajouter et l’en-
copain.
fant grandit sans histoire.
Resté seul, le dernier des sots continue malgré tout son
Un jour que des amis sont en train de bavarder sur la
repas. C’est alors qu’il aperçoit un charognard, perché sur un
place du village, le chef qui est près d’eux entend :
grand arbre.
«Dumtadege est parti chez toi.»
«Toi, charognard, tu ne quittes pas ton arbre sinon je
t ‘égorge !» crie-t-il
«Dumtadege !», est-ce moi qui ai donné ce nom à
Et, en mimant le geste, il s’égorge lui-même…
quelqu’un de notre village ?» se demande le chef et,
Alors, le charognard peut déguster tranquillement toute la
s’adressant aux enfants qui parlaient ensemble, «Di-
viande qui reste !…
tes-moi qui s’appelle Dumtadege ?»
Un adage dit : «Le charognard ne se précipite jamais sur
Comme Dumtadege venait d’arriver près de ses amis,
la proie de l’aigle !…»
il répond lui-même : «C’est moi-même qui ai choisi ce
Et nous, nous nous demandons : « Des quatre, quel est le
nom.» Le chef n’ajoute rien mais il va voir la mère du
plus sot ?»
garçon et lui dit : «Tu prends deux coros de mil et tu les
mets dans l’eau pour faire le bilibili aujourd’hui même .»
Conte dit en sara par Nestor Mankobem et traduit par la
classe de CM2 de l’ECAF
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Et il s’en va en pensant donner une bonne leçon à ce
fils qui avait osé se donner un tel nom. En effet, il avait Les quatre sots
deviné que le garçon voudrait aider sa mère et qu’il n’y
arriverait pas. Dans un village, il y avait quatre sots. Le chef de vil-
lage les trouvait très paresseux. Un jour, il les attrape et
Quand Dumtadege rentre à la maison, il voit sa mère les met en prison. Puis il les fait travailler pour lui pendant
en train de pleurer. Elle lui raconte ce que demande le toute une année. Les quatre sots ont bien travaillé. Satis-
chef et il lui dit : «Ne pleure plus et donne-moi une graine fait, le chef du village les récompense en leur donnant un
de calebasse.» Dumtadege se rend immédiatement chez bœuf pour qu’ils le mangent avec leurs femmes et leurs
le chef du village et lui dit : enfants. Et le chef les laisse libres…
«Sème cette graine aujourd’hui pour qu’elle produise
les calebasses dont les femmes auront besoin pour ser- Alors ils rentrent chez eux. Mais, en chemin, ils discu-
vir le bilibili ce soir-même.» tent de l’emploi de ce bœuf. Le premier dit :
« Qu’est-ce que nous allons faire de ce bœuf ?»
Fâché par tant d’arrogance, le chef répond sèchement : Le deuxième propose :
«Peux-tu me dire comment on peut semer aujourd’hui «Nous pourrions le faire travailler dans nos champs
et récolter le même jour ?» mais les gens vont venir manger toutes nos récoltes.
Alors, Dumtadege rétorque aussitôt : « Est-il possible — Je préfère qu’on le vende, dit le troisième, et qu’on
de mettre deux coros de mil dans l’eau pour obtenir le se partage l’argent.
bilibili le même jour ?» — Ma proposition, c’est qu’on tue le bœuf et qu’on
aille le manger tout seuls dans la brousse, dit le qua-
Le chef ne répond rien car il est pris à son propre trième.»
piège. Mais son désir de vengeance le tenaille toujours
et il est maintenant décidé à se débarrasser de ce pré- Il choisissent de tuer le bœuf. Mais ils doivent trouver
tentieux qui ose le ridiculiser devant tous les villageois. un endroit où il n’y a pas de mouches. Après avoir choisi
Tremblant de colère, il hurle : «Je ne supporterai pas un lieu convenable, l’un d’eux a besoin de déféquer. Aus-
plus longtemps ton mauvais esprit et je te condamne à sitôt, une nuée de mouches arrive. Alors ils vont ailleurs…
disparaître dans ce puits.»
Un peu plus loin, l’endroit leur semble correct et ils com-
Les villageois sont consternés mais Dumtadege, très mencent à ligoter les pattes du bœuf. Mais l’un d’eux
calme, lui répond : trouve la place très sale et dit : « Je vais m’allonger par
«Tu ne refuseras pas de me donner une houe avant terre pour faire un tapis et vous tuerez le bœuf sur moi.»
que je saute moi-même dans ce puits ? Ainsi, je pourrai Les trois autres tuent le bœuf. Mais en travaillant, ils
ont aussi tué le «tapis».
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suite leur travail et leurs houes et ils se précipitent dans m’occuper en attendant la mort.»
l’eau de la mare la plus proche sous les yeux ébahis de
l’hyène qui voit son bon repas se sauver. Le chef est de plus en plus étonné du sang-froid de
ce garçon et il accepte de lui donner la houe qu’un villa-
Alors, elle rentre chez elle très en colère et raconte geois lui tend. Mais avant de sauter, Dumtadege ajoute
sa mésaventure à sa femme ; puis elle ajoute toute pe- encore :
naude : «Pour hâter cette mort affreuse à laquelle tu me con-
damnes, verse donc, dans ce puits, une grande bassine
«La gourmandise s’est vengée du gourmand !» d’huile bouillante qui me fera mourir plus vite !»
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qu’un dire au chef de se préparer à recevoir des étran-
gers. L’hyène et les crapauds
Toujours prêt à accueillir dignement ses hôtes, le chef
ordonne de préparer de quoi recevoir dix personnes. Et Un jour, l’hyène invite les crapauds à cultiver son
c’est alors qu’il voit apparaître Dumtadege et sa mère champ. Elle leur dit : « J’ai besoin d’aide pour cultiver
portant le plat de haricots qui baignent dans l’huile. mon champ. Voulez-vous venir demain pendant que ma
femme préparera le repas ?»
Le chef croit rêver en reconnaissant le garçon qu’il
croyait mort au fond du puits. Mais il voit aussi sa mère, Les crapauds acceptent tout heureux à l’idée de faire
alors il questionne : «N’est-ce pas toi qu’on a jeté dans un bon repas gratuitement.
le puits ce matin ?
--- C’est bien moi. Mais je te rappelle que personne Le lendemain, dès le matin, l’hyène dit à sa femme :
ne m’a jeté et que j’ai sauté moi-même dans ton puits.» « Tu vas mettre un grand canari d’eau à chauffer sur le
feu et quand nous reviendrons, nous y ferons cuire les
Puis, il ajoute : «Es-tu convaincu maintenant que crapauds ; ça nous fera un excellent dîner !»
j’avais bien choisi mon nom qui, je te rappelle, signifie
«Je suis plus fort que tout le monde» ?» La femme fait comme il a été dit et l’hyène accompa-
gne les crapauds jusqu’à l’entrée de son champ. Les
Le chef est bien obligé d’admettre que Dumtadege crapauds ont chacun une houe et l’hyène emporte son
est un garçon très intelligent et il dit : tam-tam. Les crapauds se mettent vite au travail pen-
« Tu es l’homme qu’il nous faut pour notre société. dant que l’hyène rythme leurs gestes en tapant joyeuse-
Je te donne la chefferie !» ment sur son tam-tam.
Puis il organise lui-même la cérémonie pour la remise Mais hier, le lièvre qui était caché derrière un buis-
du costume de chef et Dumtadege devient ainsi le chef son, près de la maison de l’hyène, a entendu ce qu’elle
de son village... disait à la femme et il va tout raconter aux crapauds. Il
leur dit :
« La femme de l’hyène prépare un bon repas mais
c’est vous qui serez mangés. J’ai tout entendu hier soir,
lorsque j’étais caché derrière le buisson.»
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