Pratiques agricoles contre le climat
Pratiques agricoles contre le climat
Moi, je partic
ipe
au changem
ent !
Comment citer ce document
Nature Québec, 2009. Module 1, Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements
climatiques. Document réalisé dans le cadre du projet Agriculture et climat : vers des fermes 0 carbone.
44 pages.
Rédaction
Jeanne Camirand, agr.
Christine Gingras, agr.
Révision scientifique
Introduction : Philipe Rochette et Jean-Éric Tremblay
Chapitre 1, Engrais verts : Ghislain Jutras
Chapitre 2, Haies brise-vent : André Vézina
Chapitre 3, Bandes riveraines : Huguette Martel
Chapitre 4, Agroforesterie : David Rivest
Mise en page
Jeanne Camirand
Graphisme
Bon Melon
Merci à nos partenaires financiers, grâce à qui ce projet est rendu possible :
Fonds d’action québécois pour le développement durable
et son partenaire financier le gouvernement du Québec
Ministère de l’agriculture, des pêcheries et de l’alimentation du Québec
Merci à nos partenaires de service pour leur précieux appui :
Équipe de coordination des Clubs-conseils en agroenvironnement
Les Éditions VertigO
Lucien Bordeleau, agronome expert-conseil de Biolistik ltée
Conseil de bassin de la rivière du Cap Rouge
Agrinova
Ron Tiffany de la commission Énergie de Nature Québec
Yvon Tremblay, professeur au Collège d’Alma
Nous tenons également à remercier les personnes suivantes pour leurs précieux conseils qui nous ont
grandement aidés dans l’élaboration de ce document :
Françis Allard, Denis Angers, Carl Bérubé, Geneviève Bélanger, Gilles Bélanger, Alain Bourque, Jérôme-
Antoine Brunelle, Martin Chantigny, Louis Drainville, Hugues Groleau, Richard Lauzier, Nancy Lease,
Shanna Little, Ingrid Marini, Neil McLaughlin, Marc-André Ouellet, Jean-Pierre Pétrin, Philippe Rochette,
Claude Roy, Florent Ruyet, Anne Vanasse.
iii
Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques
Tableau 1. Pouvoir de réchauffement global et temps de séjour des trois principaux gaz à effet de serre. 2
Tableau 2. Impact de l’implantation d’un engrais vert de trèfle rouge, ayant un rendement de 2,5 tonnes
par hectare, sur le bilan des émissions de GES (kg CO2e) pour une rotation blé-maïs-soya ...................13
Tableau 3. Augmentation de rendement pour différentes cultures protégées par des haies brise-vent ....19
iv
Introduction aux changements climatiques et
relations avec le secteur agricole
1
Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques
2
Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques
s’intensifier dans le contexte des changements cancers de la peau, des malaises et des
climatiques. mortalités liées à des chaleurs intenses (Santé
Canada, 2008). Aussi, une augmentation des
Précipitation, sécheresse et climat maladies transmises par les insectes et les
animaux est à prévoir. L’expansion du Virus du
extrême
Nil Occidental (VNO), propagé par un
Les changements climatiques bouleversent déjà maringouin, en est un bon exemple. En effet, les
les patrons de précipitations. Ce bouleversement changements climatiques pourraient étendre le
devrait se poursuivre, accompagné d’une domaine vital de ce moustique au Canada,
augmentation de la fréquence et de l’intensité accentuant ainsi la transmission du VNO aux
des événements climatiques extrêmes. En effet, humains (SCP, 2008).
cette tendance aux événements météorologiques
extrêmes tels les sécheresses, les inondations, Agriculture
les canicules, les pluies fortes et abondantes, les
tornades, suit les prévisions des modèles Concernant l’agriculture, les changements
climatiques et des études connexes. Ces climatiques pourraient avoir des impacts autant
événements climatiques, souvent à l’origine de négatifs que positifs. En général, une
catastrophes, sont représentatifs de ce qui augmentation des températures moyennes et un
pourrait se produire plus fréquemment dans le allongement de la saison de croissance devraient
futur (Environnement Canada, 2008). occasionner un accroissement potentiel du
rendement des cultures. De même, ces
modifications devraient rendre possible la
LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE ET LA MÉTÉO production de cultures adaptées à des
Le réchauffement climatique annoncé est une températures plus élevées (Bélanger, 2002).
tendance à long terme de l’augmentation des
températures moyennes. Ces prévisions, À l’inverse, la protection hivernale qu’offre la
annoncées par les scientifiques du climat, ne couverture neigeuse aux cultures pérennes
doivent pas être confondues avec les prévisions pourrait être affectée par des hivers plus doux et
météorologiques quotidiennes, saisonnières ou moins enneigés. De plus, des automnes plus doux
annuelles. pourraient diminuer les conditions optimales à
l’endurcissement et causer plus de dommages
En effet, la météo a toujours été variable et le aux plantes fourragères (Bélanger, 2002).
sera toujours. Aussi, bien que les prévisions
annoncent un réchauffement climatique et une Les risques d’invasion par les insectes ravageurs
augmentation des précipitations en hiver au pourraient augmenter, et la répartition des
Québec, le prochain hiver pourrait très bien espèces pourrait être modifiée au cours des
être particulièrement froid et sec. Néanmoins, prochaines années, à cause de conditions
la probabilité de fréquence de ces conditions climatiques plus propices (Roy, 2002). Ainsi, des
météorologiques risque de diminuer, dans le observations confirment que la chrysomèle des
contexte des changements climatiques. racines de l’ouest et la tordeuse orientale du
pêcher, qui étaient présentes au Sud du Québec,
progressent maintenant vers le Nord. De même,
Au Québec, les prévisions indiquent une chez la mouche de la carotte, l'augmentation du
augmentation des précipitations pouvant aller nombre de générations durant la saison de
jusqu’à 25 % au printemps et 32 % en hiver, d’ici croissance est déjà observée. En effet, elle est
2050 (Bourque et Simonet, 2007). Malgré ces passée d’une à deux générations par année au
prévisions, il n’y a aucune certitude concernant Québec, et ce phénomène pourrait apparaître
1
le taux d’enneigement de nos hivers, car les chez d'autres insectes . Dorénavant, la présence
précipitations pourraient aussi se produire sous de certains insectes est observée sur une plus
forme de pluies. longue période, ce qui, par conséquent, implique
que le dépistage devra débuter plus tôt en
Santé saison.
3
Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques
Les mauvaises herbes bénéficieront également diminution marquée des émissions depuis 2003,
de nouvelles conditions favorables provoquées le Québec a encore beaucoup d’efforts à faire
par les changements climatiques, et donc sera pour atteindre son objectif, car il n'a toujours
observée l’expansion de leur aire de pas réussi à descendre au niveau d’émission de
développement. De plus, selon certaines études, 1990 (83,45 Mt de CO2e), sachant qu’il doit
les mauvaises herbes auraient de meilleures ensuite réduire ce niveau de 6 %.
capacités d’adaptation aux modifications du
climat que les cultures (Ziska, Non daté). Urgence d’agir
L’adaptation de l’agriculture aux nouvelles Les connaissances sur le climat ont beaucoup
conditions liées aux changements climatiques évolué grâce à l’avancement des recherches
sera nécessaire. Bien sûr, beaucoup de défis scientifiques. Avec les connaissances acquises
attendent les producteurs, mais ceux-ci ont la depuis la signature du Protocole de Kyoto en
possibilité de s’adapter aux changements 1997, les scientifiques du climat déclarent que
climatiques en introduisant de nouvelles variétés les objectifs des pays devront être revus à la
de cultures ou de nouveaux types de hausse. En effet, compte tenu des évolutions
productions, en assurant une meilleure rapides des changements climatiques, il sera
protection des sols et de meilleurs conditions nécessaire d’exiger une réduction d’émissions de
hydriques. Plus vite les producteurs agricoles GES bien plus importante que 5,2 % d’ici 2012.
sauront s’adapter aux changements climatiques,
plus ils en réduiront les impacts négatifs sur leur Afin d’éviter les pires impacts du réchauffement
exploitation. En effet, les actions de lutte aux climatique, il faut à tout prix limiter
changements climatiques réalisables aujourd’hui l’augmentation moyenne de la température à
restent plus avantageuses que les adaptations 2 °C (IPCC WG II 2007). Un dépassement de ce
incontournables imposées par leurs impacts. 2 °C pourrait provoquer un grand dérèglement
climatique de la planète, mais aussi de grandes
crises humanitaires et politiques. Pour ce faire, il
Quels sont les enjeux reliés faut réduire par deux, voir par trois fois les
émissions de GES (réduction de 50 à 85 %) d’ici
aux changements 2050 par rapport à l’année de référence de 2000
climatiques? (GIEC, 2007). Cet important objectif ne sera
atteignable que si nous parvenons à repenser les
Protocole de Kyoto activités humaines, dans le but de réduire les
pratiques émettrices de GES et notre
La lutte aux changements climatiques a pris de la consommation d’énergies fossiles de manière
force auprès de la communauté internationale radicale. Dans cette course contre la montre,
lors de la signature du Protocole de Kyoto en tous les pays, tous les secteurs d’activités et
1997. À cette occasion, plusieurs pays se sont toutes les populations sont concernés et doivent
engagés à réduire, d’ici 2012, leurs émissions de fournir leur part des efforts.
GES de 5,2 % par rapport au niveau de 1990,
année de référence.
Quels sont les GES du
Le Québec s'est fixé comme objectif de réduire
de 6 % ses émissions de GES par rapport aux
secteur agricole?
émissions de 1990, d’ici 2012. L’inventaire de
2006 indique que les émissions de GES du Québec En 2006, le secteur agricole était responsable de
s'élevaient à 84,7 millions de tonnes (Mt) de 7,5 % des émissions de GES du Québec, ce qui
CO2e, et représentaient 11,7 % des émissions représente 6,4 Mt de CO2e.
canadiennes (MDDEP, 2008). Malgré une
4
Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques
2,5
Mt CO2e
2 1990 2006
1,5
0,5
0
Fermentation entérique Gestion des sols agricoles Gestion des fumiers
5
Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques
6
Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques
Le N2O est un sous-produit de ces processus. Concrètement, pour réduire le N2O, il est
important d’épandre l’azote :
FACTEURS PROPICES AUX ÉMISSIONS DE N2O en fonction des analyses de sols et des
analyses de fumiers;
L’excès d'azote minéral provenant des
engrais organiques et de synthèse. en fonction des quantités recommandées
pour chacune des cultures;
Un milieu faible en oxygène, comme les sols au moment où les plantes en ont besoin;
compacts et mal drainés.
en bandes, là où la plante en a besoin.
7
Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques
8
1 Le recyclage et l’apport d’azote
par les engrais verts
En plus d’être coûteux, les engrais et les Les rotations de cultures bien planifiées
pesticides (herbicides, fongicides et possèdent également plusieurs autres
insecticides) de synthèse ont des impacts avantages. Elles brisent le cycle de vie de
négatifs sur l’environnement. Au Canada, 15 à plusieurs maladies et insectes, permettent de
20 % des émissions de protoxyde d’azote (N2O) diversifier les moyens de lutte aux mauvaises
provenant des activités agricoles sont dues à herbes, augmentent la biodiversité du sol,
l’utilisation d’engrais minéraux (Desjardins et alternent la répartition des racines dans le sol
Riznek, 2000, dans Gregorich et al., 2005). (profil racinaire), apportent divers types
Certaines pratiques agricoles permettent de d’éléments nutritifs au sol et retirent les
minimiser les impacts de l’agriculture sur éléments minéraux du sol en proportions
l’environnement, tout en assurant la santé des diverses.
sols. Par exemple, les rotations de cultures bien
planifiées, incluant des engrais verts et des
légumineuses, contribuent à la réduction des 1.1
émissions des gaz à effet de serre (GES), Que sont les engrais verts?
notamment du N2O. Cela peut se faire soit par la
diminution des besoins en azote, soit par
Les engrais verts, connus également en tant que
l’optimisation de son utilisation ou soit par la
cultures de couverture, cultures pièges ou
limitation de ses pertes. En effet, toute perte
cultures intercalaires, ont pour rôle de couvrir
d’azote est un risque potentiel d’émission
le sol et de diminuer les érosions hydrique et
directe (au champ) ou indirecte (endroit où
éolienne. Ils ne sont pas destinés à être
l’azote a ruisselé) de N2O. Puisque le N2O
récoltés, mais plutôt à être enfouis dans le but
possède un potentiel de réchauffement global
de conserver ou d’améliorer la qualité du sol.
310 fois supérieur à celui du CO2, les efforts
De plus, les engrais verts ont la capacité
pour réduire ces émissions ont assurément des
d’absorber les éléments nutritifs, dont l’azote,
retombées positives significatives!
laissés par une culture précédente et de les
libérer à la culture suivante. Leur rapport
Le protoxyde d’azote (N2O) est carbone-azote (C/N) bas, donc riche en azote,
un gaz qui a un pouvoir permet une décomposition rapide afin que les
éléments fertilisants soient disponibles à la
réchauffant global (PRG) de culture subséquente (L’ABC, 2008).
310 fois celui du CO2. Il est émis
lors de l’action des micro- Les engrais verts proviennent de différentes
familles botaniques : graminées (avoine, seigle),
organismes du sol responsables crucifères (moutarde, radis), légumineuses
de la nitrification- (trèfles, vesces), etc. Les légumineuses se
dénitrification de l’azote, et ce, distinguent des autres engrais verts par le fait
qu’elles ont la capacité, grâce à une association
lorsqu’il y a un excès d’azote symbiotique avec la bactérie Rhizobium, de
dans le sol et présence de fixer l’azote atmosphérique, l’incorporant ainsi
au sol. Cet apport d’azote permet de réduire, et
conditions propices telles qu’un même d’éviter, l’épandage d’engrais minéraux
mauvais drainage ou une ou de fumiers. Par contre, lorsqu’elles sont
compaction du sol. enfouies et dégradées, les légumineuses
émettent du N2O, tout comme le font les engrais
minéraux. Malgré cela, leur action bienfaisante
9
Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques
10
Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques
11
Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques
1.3.3
Accumulation du carbone lors de
l’enfouissement d’engrais verts
Les engrais verts contribuent également à la
lutte aux changements climatiques en
augmentant la quantité de carbone dans le sol
lorsqu’ils sont enfouis. Gregorich et al. (2001)
ont déterminé qu’après 35 ans de rotation
incluant des légumineuses, le sol contenait 20
© Ghislain Jutras
tonnes de carbone de plus (73 tonnes CO2e) par
hectare qu’une monoculture de maïs. Meyer-
Aurich et al. (2006), ayant réalisé une étude
semblable, ont conclu qu’intégrer du trèfle
rouge permet d’accumuler 470 kg CO2e/ha dans
une rotation de maïs-orge, et 150 kg CO2e/ha
dans une rotation maïs-blé. Hutchinson et al.
(2007) aboutissent au même constat : inclure
des légumineuses ou des plantes pérennes
augmente la quantité de carbone du sol, car
elles retournent une grande partie de leur
biomasse au sol.
1.3.4
Cas fictif de réduction des émissions
de GES
Voici un exemple comparatif des émissions de
GES engendrées par l’introduction d’un engrais
vert de trèfle rouge (légumineuse) dans une
12
Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques
Impact sur le
Opération agricole bilan GES
(kg CO2e)
Enfouissement de l’engrais vert
Émissions de N2O de l’engrais vert (60 kg N1) 2922
Accumulation de carbone -2003
Passage de machinerie
Enfouissement avec herse 16
Engrais minéral dans la culture de maïs, après l’engrais vert
60 kg N non appliqué1 -2922
Émissions directes -184
Émissions indirectes : Transport et fabrication de
l’engrais minéral
60 kg N non achetés1 -220
1- Correspond à l’apport azoté de l’engrais vert, de 60 kg N, qui a permis une réduction de l’engrais minéral
d’une quantité équivalente.
2- Valeur calculée avec le coefficient de 1 % du GIEC.
3- Moyenne calculée selon les résultats de Meyer-Aurich, 2006.
13
Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques
l’importance d’apporter de la
matière végétale au sol.
1.4.2
Activité microbienne et disponibilité
Les engrais verts dans une rotation permettent des éléments minéraux
d’apporter au sol de la matière organique qui,
Le rapport C/N du sol est plus équilibré avec un
lors de sa décomposition, libérera des éléments
apport de résidus d’engrais verts de
nutritifs. Selon Brenda Frick, les engrais verts
légumineuses qu’avec seulement des résidus de
relâchent 60 % de leur azote la première année
céréales et, conséquemment, les micro-
de décomposition, et 20 % la deuxième année
organismes du sol y sont plus actifs. L’activité
(CABC, 2007a). Un autre 20 % serait emmagasiné
des bactéries et des champignons est plus
dans le sol, c’est-à-dire sous forme organique
intense à des rapports C/N d’environ 35/1 plutôt
dans l’humus du sol et dans les micro-
qu’à 80/1. Ces organismes sont à la base du
organismes. La libération lente des minéraux
cycle des éléments nutritifs, comme la
laisse croire qu’il y a moins de pertes par
dégradation des débris végétaux, la
lessivage et ruissellement avec les engrais verts
nitrification, la dénitrification, etc. La vie
qu’avec les fertilisants minéraux.
microbienne permet aux éléments emmagasinés
5
« Humus », [En ligne], Grand dictionnaire
terminologique,
[[Link]
ex1024_1.asp] Consulté le 9 décembre 2008.
6
« Humus », [En ligne], Dictionnaire Larousse,
[[Link]
nom/humus_59009.htm] Consulté le 9 décembre 2008.
14
Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques
dans les tissus végétaux des engrais verts ou des été capté et les émissions de protoxyde d’azote
résidus de redevenir disponibles pour d’autres évitées. Les émissions évitées sont difficilement
plantes. quantifiables, mais cette pratique est
intéressante en termes de recherche
Pour bénéficier de l’action des engrais verts, d’efficacité à la ferme.
leur implantation doit être suivie d’une culture
qui saura exploiter les éléments nutritifs libérés. Dans un article publié dans Le Bulletin des
Le moment d’enfouissement des engrais verts agriculteurs en mars 2003, M. André Brunelle
est crucial pour la disponibilité des éléments affirmait qu’un engrais vert peut récupérer de
nutritifs, car il influence la dégradation future 27 à 54 kg N/ha de la culture précédente pour
dans le sol. L’ABC du conseiller agricole suggère les remettre à la culture suivante. Ces valeurs
de les enfouir à l’automne quand la température peuvent varier selon les conditions (espèce
se situe à 10 °C ou moins, ou d’attendre le utilisée, rendement, qualité de sol…).
printemps suivant. Toutefois, il ne faut pas
oublier les bonnes pratiques environnementales, L’enfouissement de l’engrais vert doit être fait
qui conseillent de ne pas labourer un sol à un moment favorable afin d’optimiser
mouillé. L’azote fixé ou capté qui se volatilise la l’utilisation des nutriments apportés par celui-
saison suivante est perdu pour la production ci. Aussi faut-il déterminer le moment
végétale. Cela confirme également la nécessité d’enfouissement selon la rotation.
d’implanter une culture exigeante en azote
après celle de légumineuses.
1.5
1.4.3 Les avantages économiques
Exemple réel d’application au champ à la ferme
Le Dura-Club, situé à Bedford, a développé une
méthode pour calculer l’apport azoté des Diminuer les pertes d’azote s’avère une solution
engrais verts. Durant l’été 2008, les conseillers à la fois écologique et économique. Le prix de
de ce club ont suivi des agriculteurs qui l’engrais azoté est actuellement très élevé, soit
effectuaient des rotations de cultures avec d’environ 900 $ pour une tonne d’urée (46-0-
engrais verts 7 . Selon leurs observations, certains 0) 9 . Les engrais verts, en remplacement de
engrais verts s’établissent bien sans fumier. Cela l’engrais azoté, représentent des économies
est avantageux pour un producteur qui importe intéressantes pour le producteur.
du fumier et qui voudrait cesser de le faire. Par
exemple, le trèfle rouge en intercalaire dans La valeur des minéraux contenus dans un engrais
une culture de blé fournit un apport de 26- vert ayant une biomasse de 2 tonnes/ha était
36 kg N/ha à la culture suivante. De plus, les estimée à 100 $ l’hectare en 2000 (CPVQ, 2000).
cultures intercalaires ne nécessitent pas de Toutefois, c’est la disponibilité des éléments
travail de sol supplémentaire. nutritifs contenus dans la plante qui
déterminera l’économie réelle en fertilisants.
Les résidus de battage de la culture principale Cette disponibilité varie selon le taux de
peuvent également devenir un engrais vert. Par minéralisation, spécifique à chaque élément
exemple, un producteur du Dura-Club a échappé (voir tableau 3 du module 6 du CPVQ (2000));
des semences d’avoine lors de sa récolte. elle influe donc sur la quantité d’éléments
L’avoine qui a poussé a produit 2250 kg/ha et, nutritifs à apporter à la culture suivante et, par
selon leurs estimations, cela a fournit 34- conséquent, sur les coûts en fertilisants
47 kg N/ha lorsque le producteur l’a enfoui au minéraux. Il est alors possible d’évaluer, au cas
printemps. En tenant compte de ces apports en par cas, l’apport de minéraux ainsi que
azote et en les incluant dans le PAEF 8 , il est l’économie réelle en fertilisants sur une ferme.
possible de diminuer les doses d’engrais
minéraux. Cet azote, qui aurait pu être perdu, a Dans l’article du Bulletin des agriculteurs dont
nous avons parlé précédemment, les bénéfices
nets des engrais verts étaient évalués entre 10 $
7
Communication téléphonique avec Florent Ruyet,
agronome au Dura-Club, le 13 janvier 2009. 9
Communication par courriel avec un administrateur
8
Plan agroenvironnemental de fertilisation (PAEF). de la COOP Profid’Or de Joliette, le 30 avril 2009.
15
Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques
Les engrais verts offrent aussi l’avantage de Diminution des besoins en azote durant
diminuer les érosions éolienne et hydrique du l’assolement en légumineuses.
sol, car ils le retiennent jusqu’à la saison
suivante. L’érosion est une perte directe de
terre arable, donc d’éléments nutritifs, et a des
conséquences tant sur la ferme que dans le
milieu environnant. L’ensablement des cours
d’eau ou le dépôt de sol en bas de pente, deux
raisons pouvant retarder la levée des plantes,
sont des exemples d’effets néfastes de l’érosion
du sol (MAAARO, Non daté). Les engrais verts
sont des alliés à la productivité de l’entreprise
et à la pérennité du sol!
16
2 L’accumulation du carbone par
les haies brise-vent
fonction de l’évolution des saisons (CCAE, 2006).
2.1 De plus, des experts de l’Institut de technologie
Qu’est-ce qu’une haie brise- agroalimentaire (ITA) du campus de La Pocatière
ont rédigé et produit un guide pour la
vent? planification et l’implantation d’une haie brise-
vent, disponible en ligne (Vézina et al., 2007)
Une haie brise-vent consiste en un alignement ([Link]/francais/[Link]). Ce
d’arbres ou d’arbustes dont le rôle est de document comporte des sections sur les
protéger les cultures, les sols, les bâtiments, les avantages, les critères d’efficacité, la
animaux d’élevage ou les routes, des méfaits du planification, l’implantation, l’entretien et les
vent. Les principaux facteurs qui influent sur coûts des haies brise-vent.
son efficacité sont la porosité, la hauteur et
l’orientation de la haie (Vézina, 2004a). Une De nombreux bénéfices découlent de
haie brise-vent protège sur une distance de dix à l’installation de haies brise-vent, dont la
vingt fois sa hauteur. Idéalement, son réduction de la vitesse du vent, ce qui affaiblit
orientation doit être perpendiculaire aux vents ainsi son pouvoir érosif sur les sols organiques et
dominants. sur les sols sableux.
La porosité, définie par le pourcentage de vides En outre, les haies brise-vent amoindrissent les
apparents, est le critère le plus utilisé pour odeurs émanant des installations d’élevage
évaluer l’efficacité de la haie. La protection des (Choinière, 2004) et contribuent au bien-être
cultures et des sols requiert une haie brise-vent des animaux d’élevage en les protégeant des
d’une porosité de 40 % en été et de 70 % en vents froids et du soleil.
hiver. Une rangée d’arbres feuillus, espacés de
trois mètres, permet généralement d’atteindre
De plus, des haies brise-vent installées en
cet objectif. Toutefois, si l’on insère des
bordure des cours d’eau peuvent réduire
arbustes dans la haie brise-vent, un espacement
l’érosion hydrique et la température du cours
de quatre mètres entre eux est alors conseillé.
d’eau, tout en filtrant les éléments polluants
Pour la protection des bâtiments, une porosité
provenant des champs. L’implantation d’arbres
d’au moins 50 % durant toute l’année est
et d’arbustes en haies contribue également à
optimale. Pour y parvenir, deux à trois rangées
augmenter la biodiversité, en plus d’embellir les
d’arbres, espacés de trois mètres, incluant une
paysages et de stocker du carbone
rangée d’arbres à feuilles persistantes, doivent
atmosphérique.
être plantées. La haie doit être localisée à une
distance de 30 mètres des bâtiments, ce qui
permet une réduction appréciable des odeurs et 2.2
laisse de l’espace pour l’accumulation de neige
(Vézina, 2004b). Comment les haies brise-
vent réduisent les GES
Le choix des végétaux est une étape cruciale
dans la planification de la haie. Plusieurs Les arbres sont les poumons de la terre, c’est
documents peuvent vous y aider. Par exemple, bien connu! Ils captent le CO2 pour produire de
les clubs-conseils en agroenvironnement (CCAE) la biomasse (fibres de cellulose et
ont publié une fiche qui présente une d’hémicellulose) et émettent de l’oxygène. En
importante variété d’arbres et d’arbustes captant le CO2, l’un des principaux GES, les
indigènes, et permettant de sélectionner les arbres s’avèrent être des alliés dans la lutte aux
espèces selon le type de sol et le climat à la changements climatiques. La plantation de
ferme, et aussi de créer un paysage coloré en végétaux est donc un moyen éprouvé pour
17
Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques
réduire les impacts des changements Des haies comportant une ou deux rangées sont
climatiques. proportionnellement moins coûteuses.
Les arbres peuvent accumuler une grande Même si elle représente des coûts importants
quantité de carbone dans leur biomasse. Par pour les producteurs, l’implantation de haies
exemple, une haie de trois rangées d’un apporte néanmoins des bénéfices économiques
kilomètre de long immobiliserait 300 tonnes de appréciables. Par exemple, elles peuvent
carbone en 40 ans (MAPAQ, 2005). La quantité réduire de 10 % les coûts de chauffage des
de CO2 séquestrée par les végétaux est serres et des bâtiments d’élevage, tout en
inhérente à la biomasse produite, cette dernière diminuant les coûts de déneigement des
variant en fonction des espèces et de leur chemins privés et publics.
rapidité de croissance.
D’ailleurs, au cours des dernières années,
Dans un document récent, Agriculture et plusieurs fiches informatives, publiées entre
Agroalimentaire Canada présente les résultats autres sur Agri-Réseau, documentaient les
d’une évaluation de la séquestration du carbone bénéfices des haies brise-vent.
(Hernandez et al., 2008). Ainsi, une haie brise-
vent modèle, couvrant une superficie de 1,5 ha, En créant un microclimat favorable, les haies
composée de peupliers hybrides pour deux tiers brise-vent augmentent les rendements des
et de frênes de Pennsylvanie pour un tiers, cultures. Ces augmentations varient selon les
séquestrerait 31 tonnes de CO2/ha/an. Le cultures et selon les années (voir le tableau 3).
modèle sur lequel nous nous basons pour
mesurer le captage de carbone est le suivant
(Hernandez et al., 2008).
CO2e (kg/ha) =
[(Biomasse totale (m3/ha) *
Densité anhydre du bois (kg sec/m3))*
Carbone/Matière sèche 10 (kg/kg)] *
CO2/Carbone 11 (kg/kg)] +
C dans litière et bois mort 12 (kg/ha)
2.3
Les avantages économiques
à la ferme
En considérant les coûts variables
(approvisionnements et opérations culturales) et
les coûts fixes, l’implantation d’une haie brise-
vent composée d’une rangée d’arbres à
croissance rapide, d’une rangée de conifères et
d’une rangée de feuillus, exigerait un
investissement de 4 547 $/km (CRAAQ, 2008a).
10
Contenu de carbone dans la masse anhydre : 50 %
11
1 kg carbone : 3,67 kg CO2
12
Contenu de carbone dans la litière : 15 % du carbone
dans la biomasse totale
18
Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques
Augmentation Distance
Pays ou Type de haies
Cultures de rendement protégée Auteurs
province brise-vent
(%) (H)
Frank et Willis,
Blé de printemps États-Unis 8,9 9 artificiel
1978
Baldwin et
Fèves de soya Ontario 12 9 naturel
Johnston, 1984
Fraises Écosse 21-77 6 artificiel Waister, 1972
Baldwin et
Maïs Ontario 10 10 naturel
Johnston, 1984
Pommes de terre Ontario 6 10 naturel Baldwin, 1985
Rosenberg et al.,
Tomates États-Unis 11-16 - artificiel
1967
19
Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques
l’équation précédente.
Bénéfices :
13
Contenu de carbone dans la masse anhydre : 50 %
14
1 kg carbone : 3,67 kg CO2
15
Contenu de carbone dans la litière : 15 % du carbone
dans la biomasse totale
20
3 La production de biomasse énergétique sur des
bandes riveraines élargies
21
Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques
Ces deux graminées, le panic érigé et le Ainsi, l’utilisation de la biomasse végétale à des
miscanthus, produisent une quantité de fins énergétiques présentera un bilan presque
biomasse importante sur des sols marginaux neutre au niveau de la quantité de CO2
avec peu d’intrants. Elles possèdent des atmosphérique émis, à condition que la
systèmes racinaires étendus et denses qui production et la transformation de la plante
retiennent bien le sol. Toutefois, elles ont requièrent peu d’énergie (Samson, 2008). De
besoin de chaleur pour produire un maximum de plus, les plantes constituent une source
biomasse, ce qui explique la variabilité des d’énergie renouvelable, contrairement aux
rendements dans les différentes régions du combustibles fossiles. Ces éléments font de la
Québec. combustion de biomasse une pratique plus
durable que celle des combustibles fossiles.
Les arbres à croissance rapide, tels le saule et le
peuplier, maintiennent et stabilisent bien le sol. Présentement, les usines de granulation utilisent
Utilisés pour revégétaliser les berges, ils presque exclusivement des résidus forestiers,
peuvent également être employés comme mais la compagnie québécoise Energex
biomasse énergétique. procède à des essais sur d’autres matières
premières et agricoles (CRAAQ, 2008c). De
même, il est possible qu’une usine
3.2 de granules, Bio-Combustible International
Comment les bandes ([Link] voit le
jour en Montérégie en 2010.
riveraines peuvent réduire
les GES À la ferme, un système de chauffage permettant
la combustion de ces granules contribuerait à
Les plantes pérennes (herbacées ou arbustives) réduire considérablement les GES. Il existe des
peuvent nous aider à réduire les gaz à effet de fours et des chaudières adaptés à ce produit
serre (GES) de deux façons. Premièrement, la dans les secteurs industriel et institutionnel,
production de biomasse énergétique pourrait mais leur utilisation dans le secteur résidentiel
remplacer d’autres sources d’énergie fossile tel demeure peu répandue. Les perspectives de
le mazout. En effet, la biomasse des plantes développement semblent être dirigées vers le
pérennes a un potentiel énergétique chauffage des serres. De plus, leur efficacité
intéressant. La production d’énergie reste à démontrer.
s’additionne alors à l’utilité initiale des bandes
riveraines. Deuxièmement, les plantes pérennes La compagnie d’équipements de chauffage
des bandes riveraines accumulent le CO2 Agrisource ([Link]) effectue
atmosphérique dans le sol, agissant ainsi comme présentement des essais sur l’utilisation de
un puits de carbone. granules de panic érigé. Ils affirment pouvoir
chauffer tout type de bâtiments avec des fours
3.2.1 commercialisés valant entre 4 750 $ et
24 000 $ 16 . Une autre compagnie,
Remplacer les énergies fossiles par de
SBI Fabricant de poêles international inc.
la biomasse renouvelable? ([Link]), développe un four
Le colloque « Biocarburants ou bioénergies? De qui utilisera de la biomasse autre que le bois 17 .
l’énergie par et pour notre monde! », tenu à
l’automne 2008, a mis en évidence le potentiel Des bandes riveraines élargies, sur lesquelles la
énergétique des cultures pérennes. L’utilisation biomasse des plantes pérennes est récoltée,
de cette ressource énergétique permettrait
d’éviter l’émission d’importantes quantités de
CO2 engendrées par l’utilisation de combustibles 16
Communication personnelle, Jean-Pierre Pétrin,
fossiles. Les émissions de CO2 provenant des Agrisource, le 26 mars 2009.
combustibles fossiles remettent en circulation 17
Communication personnelle, SBI Fabricant de poêles
du carbone qui était séquestré dans les international inc., le 30 mars 2009.
profondeurs de la terre, ce qui augmente la
22
Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques
pourraient être utilisées à des fins énergétiques. peu de fertilisants. Plusieurs méthodes
En effet, plusieurs espèces végétales cultivées d’optimisation de la culture de panic érigé ont
en bandes riveraines ont le potentiel de servir été déterminées dans les dernières années.
de biomasse énergétique. Ce chapitre présente Ainsi, le moment de la récolte et la dose de
quatre plantes qui suscitent beaucoup d’intérêt: semis sont d’une grande importance. Des
le panic érigé, le miscanthus géant, le peuplier recommandations sont disponibles dans un guide
hybride et le saule à croissance rapide. produit par REAP-Canada à l’intention des
Toutefois, le choix de l’espèce dépend, entre producteurs du Sud-Ouest québécois et de
autres, des conditions hydriques et du type de l’Ontario (REAP-Canada, Non daté).
sol du champ concerné ainsi que des conditions
climatiques. En plus d’être un combustible efficace sous
forme de granules, le panic érigé peut servir de
[Link] litière pour les animaux, de matériel pour la
Panic érigé fabrication de papier et d’isolant. De plus, la
biomasse peut être transformée pour produire
Le Resource Efficient Agricultural Production de l’éthanol cellulosique (CRAAQ, 2008c).
Canada (REAP-Canada) étudie les possibilités Cependant, la granulation de la biomasse de
d’utiliser la biomasse en remplacement des panic érigé présente un meilleur bilan
énergies fossiles. Selon ces chercheurs, une énergétique. Les granules de panic érigé ont une
plante employée comme biomasse énergétique très bonne valeur calorifique, de 18 à
devra posséder les aptitudes suivantes 18 : 19 GJ/tonne, la plus haute valeur calorifique
des biomasses étant celle du bois avec
capter l’énergie solaire efficacement; 20 GJ/tonne (CRAAQ, 2008c).
ne pas influencer le coût des cultures
alimentaires; En outre, la conversion du panic érigé en
granules n’utilise que 10 GJ par hectare. Donc,
avoir une bonne conversion énergétique; sur les 160 GJ captés du soleil, le gain d’énergie
nécessiter peu d’énergie fossile pour sa net est élevé (150 GJ). En comparaison, le gain
production; d’énergie net par hectare pour la production
d’éthanol-maïs est d’environ 15 GJ (Samson,
requérir peu d’intrants, tels que les 2008). De plus, la production d’éthanol-maïs
fertilisants et pesticides, pour sa émet plus de 75 kg CO2e par GJ, tandis que la
croissance. production de granules de panic érigé en émet
moins de 10 kg CO2e par GJ (Samson et al.,
Le panic érigé, une plante indigène d’Amérique
2008). Bio-Combustible International affirme
du Nord semble répondre à ces exigences.
que le ratio énergétique du chauffage avec des
granules de panic érigé est de 1 : 14 19 .
Cette graminée vivace, convertit l’énergie
solaire de manière très efficace : environ
Selon les calculs de Roger Samson du REAP-
160 GJ/ha comparativement à 110 pour le maïs
Canada (Samson, 2008), un hectare de panic
et 45 pour le soya (Samson, 2008). Le panic
érigé utilisé pour la production de granules
érigé, de cycle photosynthétique C4, produit
permet d’éviter des émissions de 12,3 tonnes
environ 8 à 12 tonnes de matière sèche par
d’équivalent CO2 qui, autrement, auraient été
hectare de biomasse au sud-ouest du Québec
émises par l’utilisation de combustibles fossiles.
(CRAAQ, 2008c) et peut vivre pendant plus de 12
De plus, le bilan énergétique du chauffage à
ans. Ayant un rendement maximal de 33 à 66 %
partir de ces granules est remarquable : à partir
pendant les deux premières années, la plante
d’une unité d’énergie fossile, le panic érigé
n’atteint son plein rendement qu’à la troisième
peut produire 14 unités d’énergie thermique.
année (McLaughlin et al., 2005). Il est très
intéressant de cultiver le panic érigé en bandes
riveraines car il possède une bonne capacité Ainsi, grâce au rendement énergétique du panic
d’adaptation aux terres marginales et y exploite érigé, utiliser un chauffage issu de sa biomasse
efficacement les nutriments. Cette plante exige permet une réduction de GES allant jusqu’à 90 %
par rapport aux combustibles fossiles (CRAAQ,
2008c).
18
Grass Biofuel Pellets. [En ligne]. REAP-Canada,
19
[[Link]/bio_and_climate_3_2.htm] Communication personnelle, Ingrid Marini, Bio-
Consulté le 9 janvier 2009. Combustible International, le 24 mars 2009.
23
Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques
Au Bas-Saint-Laurent, le Club Agri-Tech 2000 est De plus, leurs racines sont profondes, de plus de
le premier regroupement de producteurs à 3 mètres après seulement quatre ans. En
expérimenter le miscanthus géant. Les résultats Montérégie et en Estrie, certains peupliers ont
devraient être connus au cours des prochaines atteint plus de 10 mètres de hauteur et
années. Toutefois, même si le miscanthus se 14 centimètres de diamètre à hauteur de
révèle être une culture énergétique d'intérêt poitrine (DHP) après seulement cinq années de
pour cette région, il peut en être autrement croissance. Pour éviter la compétition entre les
pour d’autres régions du Québec. arbres et la culture principale, il est possible
d'ensemencer une bande de graminées entre les
Le miscanthus et le panic érigé ne sont pas les
seules herbacées pouvant être converties en
20
bioénergie. En effet, actuellement, des Fiducie de recherche sur la forêt des Cantons-de-
l’Est.
recherches sur le millet perlé et le sorgho sont
24
Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques
21
Le cernage racinaire consiste en la maîtrise 23
mécanique, par exemple à l'aide d'une sous-soleuse, « Saules, peupliers, aulnes etc. »
des racines des arbres pour les empêcher de pousser Encyclopédie Valais. [En ligne].
vers l'allée cultivée. [[Link]/encyclo/[Link]?mnu=know&idRubrique
=1694&idLangue=1] Consulté le 13 mars 2007.
22
« Cogénération ». [En ligne]. Ressources naturelles 24
Canada, [[Link]/fr/g_combine.php] « Sous-solage ». [En ligne]. Glossaire d’Agriculture
Consulté le 6 mars 2009. et Agroalimentaire Canada,
[[Link]/siscan/glossary/[Link]]
Consulté le 1er avril 2009.
25
Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques
permettent au carbone contenu dans la Avec l’ajout de fumier, Lee et al. (2007) ont
biomasse d’avoir le temps de s’accumuler dans mesuré une quantité de carbone organique du
le sol, avant d’être oxydé ou décomposé par les sol (COS) de 4 tonnes de carbone/ha/an, soit
micro-organismes du sol. 14,7 tonnes CO2e. En comparaison, avec
l’utilisation d’un fertilisant minéral, la valeur du
[Link] COS était de 2,4 tonnes/ha/an, soit 8,8 tonnes
Accumulation du carbone par le panic CO2e. Un apport de fumier, qui comble les
érigé besoins de la plante, permet la production
d’une biomasse plus élevée et, par conséquent,
L’accumulation du carbone se produit sur toute une meilleure séquestration du carbone. Les
la profondeur de sol que les racines peuvent auteurs suggèrent aussi que la libération plus
atteindre, car, en se régénérant, elles libèrent lente des éléments minéraux du fumier (par
du carbone dans le sol. Dans le cas du panic rapport aux fertilisants minéraux) aide le panic
érigé, les racines peuvent atteindre jusqu’à 2,5 érigé à mieux s’établir, car la compétition avec
mètres de profondeur. D’ailleurs, Liebig et ses les mauvaises herbes y serait réduite.
collègues (2005) ont mesuré l’accumulation du
carbone dans des sols, sous cultures de panic Suite au traité international de la Convention-
érigé et sous cultures annuelles (soit du blé, soit cadre des Nations Unies sur les changements
du maïs), sur une profondeur de 1,20 mètre. climatiques, le Canada doit déclarer ses
Dans le cas du panic érigé, les résultats ont émissions de GES. Un système (CanAG-MARS) a
montré une accumulation supplémentaire de 56 donc été développé afin de calculer ces
tonnes CO2e/ha dans le sol. La séquestration émissions. En se basant sur ce système,
était plus importante entre 30 et 60 centimètres VandenBygaart et al. (sous presse) ont estimé
dans le sol, profondeur où la matière organique que la valeur de carbone séquestré par le
est moins sujette à la minéralisation. Étant passage de cultures annuelles à pérennes est de
donné que les sites sur lesquels le carbone a été 2,7-2,8 tonnes CO2e/ha/an, sur une période de
mesuré étaient cultivés en panic érigé depuis 5 20 ans.
à 19 ans, il est difficile de connaître
précisément l’accumulation annuelle de On voit que le panic érigé permet de capter du
carbone. Pour une estimation de l’accumulation carbone dans le sol, mais, comme le démontrent
annuelle, on peut se référer aux travaux de M. les études citées, cette accumulation de
Samson de REAP-Canada, qui a estimé une carbone varie selon les conditions, d’où la
accumulation de 12 à 20 tonnes de CO2e/ha/an nécessité d’estimer cette valeur au cas par cas.
par le panic érigé (Samson, 2007).
25
Cette modélisation a été réalisée à partir de
données réelles prises au Texas, où le sol sous panic
érigé a gagné de 1,2 à 1,6 tonne carbone/ha/an.
McLaughlin, S.B., Adams Kszos, L. 2005. Development
of switchgrass (Panicum virgatum) as a bioenergy
feedstock in the United States. Biomass and
Bioenergy. 28 (6): 515-535.
26
Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques
[Link] 3.2.4
Séquestration du carbone par les Développement durable de cette
arbres à croissance rapide pratique
Les arbres en croissance séquestrent le CO2 pour Dans le contexte actuel où le prix du pétrole
l’introduire dans leur biomasse sous forme de fluctue, les agriculteurs souhaitent être
carbone. La croissance des arbres varie selon indépendants face à cette source d’énergie non
l’essence, le type de sol et le climat. renouvelable. La production d’énergie à partir
de biomasse a un potentiel prometteur, mais
Selon Agro Énergie, les plantations de saule ont elle doit respecter certains critères. Il serait
la capacité d'absorber entre 20 et 40 tonnes de inapproprié d’utiliser les meilleures terres du
CO2 par hectare annuellement 26 . Une partie du Québec pour répondre à notre insatiable soif
carbone capté par les arbres reste donc au sol, d’énergie. Pour cette raison, les terres
même lors de la récolte de la biomasse marginales et les bandes riveraines dégradées
aérienne, et enrichit ainsi la matière organique devraient être favorisées pour la production de
du sol. biomasse énergétique, tout en respectant les
normes environnementales qui s’y appliquent et
3.2.3 la biodiversité de ces milieux. Puisqu’il est
Comment estimer la séquestration du interdit de fertiliser dans la zone riveraine de 3
mètres, certains producteurs élargissent leurs
carbone?
bandes riveraines jusqu’à 9 ou 10 mètres,
Compte tenu de la variation des résultats des facilitant ainsi le passage de la machinerie
études présentées, il est impossible d’utiliser nécessaire à l’entretien et à la récolte des
une seule valeur de séquestration du carbone plantes. Les caractéristiques des plantes
applicable à toutes les conditions. En effet, mentionnées ci-haut nous permettent de les
selon le type de sol, le drainage, le climat, les cultiver sur des terres en friches, des terres
apports de fertilisants organiques, la biomasse marginales et en bandes riveraines
aérienne et racinaire produite, la séquestration
du carbone dans le sol varie. Afin d’obtenir un Il est aussi primordial que le
résultat basé sur des facteurs admis par la
communauté scientifique, nous utilisons HOLOS, développement des cultures
le calculateur de GES d’Agriculture et énergétiques se base sur des
Agroalimentaire Canada, pour estimer la
séquestration du carbone par les plantes
cultures diversifiées et
pérennes. adaptées aux conditions du
territoire québécois (sol,
Avec HOLOS, le passage d’une culture de maïs-
grain à une culture pérenne de graminées
climat, productions
diminue les émissions de GES de 4,5 tonnes CO2e alimentaires). La biodiversité
par hectare. Sur ces 4,5 tonnes, 3 tonnes de ne doit pas être mise en danger
CO2e sont séquestrées dans le sol par la plante
et 1,5 tonne CO2e est due à la réduction de la au profit d’une filière
fertilisation, du travail du sol, etc. énergétique de masse, à base
de monocultures, que ce soit en
La quantité de CO2e captée par le saule ou le
peuplier pourrait être calculée d’après champs ou en bandes
l’équation présentée à la section 3.5 de ce riveraines. Les bioénergies
chapitre. peuvent contribuer au
développement régional, mais
doivent être développées sans
nuire à la conservation de la
nature.
26 Au Québec, ces cultures ont le potentiel
Agro Énergie. [En ligne].
[[Link] d’améliorer la rentabilité d’entreprises
Consulté le 15 février 2009. agricoles, là où les cultures conventionnelles ne
sont pas assez rentables. Néanmoins, afin que
27
Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques
Pour une bande riveraine de 3 mètres de chaque L’apport excessif d’azote et de phosphore dans
côté d’un cours d’eau, nécessitant des passages un cours d’eau a des conséquences néfastes sur
de machinerie pour son établissement et son sa qualité, et nuit ainsi aux multiples biens et
entretien, le coût total est estimé à 88,56 $ par services rendus par les cours d’eau. Avec la
kilomètre de cours d’eau (CRAAQ, 2007). prolifération des algues bleues dans un grand
L’implantation d’une bande riveraine est nombre de lacs du Québec, plusieurs régions ont
coûteuse, mais sa rentabilité pourrait être dû faire face à une perte significative
assurée par la production de biomasse d’activités récréatives et à des problèmes
énergétique. De plus, des aides financières sont d’approvisionnement en eau potable sur leur
disponibles par le biais du programme Prime- territoire. En filtrant les sédiments et les
Vert, pour l’implantation de bandes riveraines, nutriments provenant des champs, la bande
arbustives et arborescentes. riveraine peut contribuer à conserver une eau
propre et propice à maintenir la vie.
Dans un éventuel marché de granules de panic
érigé, les producteurs pourraient être gagnants. Les paramètres hydriques influencés par la
Présentement, les estimations concernant la bande riveraine sont nombreux : vitesse du
paille de panic érigé, pour 2009 et 2010, courant, température de l’eau, quantité de
fluctuent entre 80 et 85 $ la tonne 27 . Selon sédiments ou de matières en suspension,
Dufort et al. (2008), le coût de production du concentration des minéraux dissous, espèces de
panic érigé se situe entre 40 et 64 $/tonne, pour poissons présentes, etc.
8 récoltes pendant dix ans de production.
Idéalement, pour être rentable, le producteur La présence d’une bande riveraine arbustive ou
devrait vendre sa récolte entre 73 et 90 $ la arborescente procure de l’ombre au cours
tonne à l’usine (CRAAQ, 2008c). Si le rendement d’eau, ce qui en diminue la température et
du panic érigé est de 8,5 tonnes/ha, le bénéfice assure un bon niveau d’oxygène dissous. Cette
peut atteindre de 179 - 383 $ l’hectare par eau fraîche et oxygénée favorise le retour des
année. truites et autres salmonidés. D’ailleurs, dans le
cadre du programme Mise en valeur de la
Pour la culture du saule ou du peuplier, le biodiversité des cours d'eau en milieu agricole
chauffage aux copeaux peut réduire la de la Fondation de la faune du Québec (FFQ),
consommation d’énergies fossiles, tel le dix bassins versants ont procédé à des
27 28
Communication personnelle, Bio-Combustible Communication personnelle, Ingrid Marini, Bio-
International inc. et Energex. Combustible, le 6 mars 2009
28
Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques
aménagements pour améliorer la qualité de Pour les arbres, la formule suivante permet de
leurs cours d’eau, dont le bassin de la rivière calculer la séquestration du carbone :
Niagarette. Cette rivière, était considérée
comme polluée il n’y a pas si longtemps. Dans CO2e (kg/ha) =
une partie de la rivière, l’omble de fontaine [(Biomasse totale (m3/ha) *
était même absent alors que cette espèce vit Densité anhydre du bois (kg sec/m3))*
habituellement dans ce bassin (FFQ, Non daté). Carbone/Matière sèche 29 (kg/kg)] *
La restauration des bandes riveraines et des CO2/Carbone 30 (kg/kg)] +
berges de la rivière Niagarette a débuté en C dans litière et bois mort 31 (kg/ha)
2005. Ainsi, en 2007, 2800 arbres ont été
plantés sur des parcelles adjacentes au cours Notez que m3 signifie mètres cube dans
d’eau (Laquerre, 2007). l’équation précédente.
29
Contenu de carbone dans la masse anhydre : 50 %
30
1 kg carbone : 3,67 kg CO2
31
Contenu de carbone dans la litière : 15 % du carbone
dans la biomasse totale
29
4 L’agroforesterie dans la lutte aux changements
climatiques
4.1.1
4.1 Quelques exemples de systèmes
Qu’est-ce que agroforestiers
l’agroforesterie?
[Link]
L’agroforesterie est définie comme « un système Bandes riveraines et haies brise-vent
intégré de gestion des ressources du territoire
rural qui repose sur l’association intentionnelle La gestion de bandes riveraines et celle de haies
d’arbres ou d’arbustes à des cultures ou à des brise-vent représentent les deux formes
élevages, et dont l’interaction permet de d’agroforesterie les plus pratiquées au Québec.
générer des bénéfices économiques, Depuis plus de 20 ans, de 300 à 500 kilomètres
environnementaux et sociaux. » (De Baets de haies brise-vent ont été plantées
et al., 2007b). Les trois « i » aident d’ailleurs à annuellement. Les bandes riveraines arborées
comprendre les caractéristiques des systèmes sont un peu moins populaires, toutefois la
agroforestiers : Politique de protection des rives, du littoral et
des plaines inondables encourage le maintien ou
l’aménagement (avec des plantes herbacées,
Intentionnel : Les végétaux, les cultures
des arbustes et des arbres) de bandes riveraines
ou les animaux sont combinés
d’au moins trois mètres. Il existe aussi des
intentionnellement;
mesures incitatives en faveur de cette pratique
Intégré : Dans un même système, il y a (voir sections 4.3 et 4.5). Les comités de bassins
une intégration des objectifs productifs versants favorisent aussi l’implantation de
et environnementaux ainsi qu’une bandes riveraines arborées pour la
intégration des productions; revégétalisation des berges et l’amélioration de
la qualité de l’eau.
Interactif : Les interactions biophysiques
entre les composantes du système sont
utilisées afin de fournir divers produits
et de créer parallèlement divers
bénéfices environnementaux.
Plusieurs pratiques combinent des végétaux et
des cultures : les systèmes sylvopastoraux, la
ligniculture en courte rotation, l’apisylviculture,
les haies brise-vent, les cultures sous couvert
forestier, les cultures intercalaires et
l’aquaforesterie.
31
Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques
[Link] [Link]
Ligniculture en courte rotation Produits forestiers non ligneux
La ligniculture en courte rotation (LCR) désigne Les cultures de produits forestiers non ligneux
la production d’un maximum de biomasse, de (PFNL) sous couvert forestier permettent une
saule ou de peuplier, à des fins diverses dont la diversification des entreprises agricoles. Selon la
production d’énergie, la fabrication de Food and Agriculture Organization of the United
panneaux de particules ou la transformation en Nations (FAO), « Les PFNL sont des produits
granules. Ces arbres croissent rapidement et d'origine biologique, autres que le bois, dérivés
sont récoltés tous les trois à quatre ans (De des forêts, d'autres terres boisées et d'arbres
Baets et al., 2007b). Bien que les trois « i » ne hors forêts. » (FAO, 2003).
s’appliquent pas totalement à cette pratique,
car ils s’appliquent à la croissance de végétaux Pratiquée par plus de 400 acériculteurs au
ligneux seulement, elle s’avère néanmoins Québec, la production de ginseng sous couvert
intéressante pour la mise en valeur de terres forestier en est un bon exemple. Moins
agricoles abandonnées au Québec. courante, la culture des champignons offre
toutefois un potentiel économique très
En effet, les saules à croissance rapide peuvent intéressant. Au Québec, la valeur ajoutée
produire 16 tonnes de matière sèche par année, moyenne de ces cultures est estimée à 5 000 $
tandis que certains peupliers hybrides génèrent l’hectare (De Baets et al., 2007b).
jusqu’à 18 tonnes de matière sèche
annuellement (Labrecque et al., 2005). Malgré
leurs rendements similaires, le saule possède un
meilleur potentiel énergétique que le peuplier
grâce à son aptitude à produire des rejets de
souches suite à une taille drastique (CRAAQ),
2008c). Étant donné la sensibilité de certains
cultivars de saule aux maladies fongiques et à
certains insectes, Labrecque et al. (2005)
souligne l’importance de planter une diversité
© David Rivest
d’espèces afin d’augmenter la résistance aux
infestations.
[Link]
Systèmes de cultures intercalaires
Les systèmes de cultures intercalaires (SCI)
combinent les cultures agricoles et la production
d’arbres. Peu répandus au Québec, ils offrent
pourtant bien des avantages.
32
Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques
33
Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques
leurs propriétés, leurs marchés, leurs méthodes pas reçus exclusivement par la personne, le
de cueillette, leurs domestications et leurs groupe ou l'entreprise exerçant ces activités 37 .
habitats privilégiés (UPA, Non daté). On y
apprend que les chanterelles peuvent d’ailleurs Puisqu’il existe une très grande diversité de
se vendre de 10 à 15 $ le kilogramme (UPA, systèmes agroforestiers, il est impossible de
2008). dresser une liste exhaustive des avantages
économiques de chacun d’eux. De plus, les
La valeur actuelle nette (VAN) des SCI a été bien conditions spécifiques à chaque situation
documentée par Rivest et Olivier (2007). La VAN influencent ces bénéfices économiques. Les
correspond à la valeur actualisée (donc ramenée organismes présentés à la fin de ce document
à aujourd’hui) de toutes les entrées et sorties peuvent vous aider à estimer la valeur des
d’argent anticipées d'un projet ou d'un système systèmes agroforestiers.
de production 36 . Puisque les arbres cultivés dans
ce système seront vendus dans le futur,
l’estimation de la valeur économique se base sur 4.4
deux hypothèses : le taux d’intérêt et le taux de Les autres bénéfices
croissance de l’arbre (IC). Ces deux paramètres
pouvant varier dans le temps, il est donc
Les biens et services environnementaux
important de ne pas considérer les résultats
attribuables à l’agroforesterie sont multiples et
comme une certitude, mais plutôt comme un
difficilement quantifiables. Néanmoins, il est
potentiel de valeur de ces arbres. Les VAN
intéressant de leur allouer une valeur pour en
présentées dans le document synthèse de Rivest
comprendre l’ampleur et favoriser leur essor.
et Olivier (2007) varient de 495 $ à 19 518 $
Biopterre travaille présentement à quantifier les
l’hectare, selon les espèces en production. Le
coûts et bénéfices environnementaux, ainsi que
système le plus rentable comportait des arbres
les retombées publiques des haies brise-vent et
espacés de 12,2 m en rotation de 67 ans, avec
des bandes riveraines, les deux formes
un cernage racinaire, et une rotation de maïs,
d’agroforesterie les plus pratiquées.
de blé et de fourrages.
Ainsi, les dix biens et services reliés aux haies
Plusieurs facteurs contribuent au succès et à la
brise-vent et aux bandes riveraines sur lesquels
rentabilité du SCI (Rivest et Olivier, 2007) :
Biopterre travaille, sont les suivants
(De Baets et al., 2007a) :
Faible taux d’intérêt;
Sites permettant une croissance élevée; la conservation des populations et des
espèces vulnérables;
Travaux sylvicoles et espacements
favorisant la production de bois de la création d’habitats;
qualité;
la protection du paysage;
Choix de cultures agricoles rentables;
la conservation de milieux propices aux
Opérations culturales facilitant la activités récréatives;
cohabitation des végétaux;
la conservation de la biodiversité des
Vente de bois lorsque le prix du marché milieux humides et aquatiques;
est élevé;
la conservation de la qualité de l’eau;
Mesures financières récompensant les
la création de microclimats favorables
externalités positives du système.
(diminution des coûts de déneigement,
Les externalités positives représentent l’impact augmentation de la sécurité routière,
environnemental, social ou économique, positif diminution du nettoyage des fossés
d'activités générant des avantages qui ne sont agricoles);
la réduction des odeurs et des poussières;
la séquestration du carbone.
36
Communication personnelle avec David Rivest du
37
Groupe interdisciplinaire de recherche en Externalité positive. [En ligne]. Grand dictionnaire
agroforesterie (GIRAF), le 11 février 2009. terminologique. [[Link]]
34
Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques
Il existe une multitude d’autres bénéfices reliés Le MRNF distribue des plants pour la
à la production de PFNL : diversification des plantation de haies brise-vent et de
activités d’une région, création d’une industrie bandes riveraines arbustives, lorsqu’il
agrotouristique, stabilisation des berges, prévoit des surplus. Il faut s’adresser à
assainissement de l’air et conservation des sols. un centre de service agricole pour
connaître la disponibilité de ces plants.
Programmes de subventions :
Programmes agricoles
35
Bibliographie
AGENCE D’EFFICACITÉ ÉNERGÉTIQUE (AEE). 2009 BIOPTERRE. Les produits forestiers non ligneux.
Facteurs d’émission et de conversion. Calcul des Description et potentiel commercial. [En ligne].
émissions de GES. [En ligne]. [[Link]
[[Link]/fileadmin/medias/pdf/fa
cteurs_emission.pdf]. CENTRE DE CONSERVATION DE SOLS ET DE L’EAU
DE L’EST DU CANADA. 2004. Les bandes
AGRICULTURE AND AGRI-FOOD CANADA. 2003. riveraines et la qualité de l’eau : une revue de
Le réchauffement du globe et l’agriculture, Les littérature. [En ligne]. [[Link]
meilleures techniques de gestion. Soil [Link]/publications/francais/[Link]]
Conservation Council of Canada, Vol. 2, No. 2.
[En ligne]. CENTRE DE RÉFÉRENCE EN AGRICULTURE ET
[[Link] AGROALIMENTAIRE DU QUÉBEC. 2004. Avantages
économiques des engrais verts. AGDEX 537/810.
BÉLANGER, G. et A. BOOTSMA. 2002. Impact [En ligne].
des changements climatiques sur l’agriculture [[Link]
au Québec. 65e congrès de l’Ordre des ique/documents/Engrais%[Link]]
agronomes du Québec.
CENTRE DE RÉFÉRENCE EN AGRICULTURE ET
BENOIT, D.L., E. ABEL, E. JOBIN, M. LEBLANC et AGROALIMENTAIRE DU QUÉBEC. 2007. Bande
G. LEROUX. 2008. Engrais verts et faux semis : riveraine enherbée. Frais d'implantation. 3 p.
Influence sur la levée des mauvaises herbes en (AGDEX 570/821)
production maraîchère. Agriculture et
Agroalimentaire Canada, Université Laval. CENTRE DE RÉFÉRENCE EN AGRICULTURE ET
Centre de recherche agroalimentaire de AGROALIMENTAIRE DU QUÉBEC. 2008a. Brise-
Mirabel, IRDA. 5 p. [En ligne]. vents naturels. Frais d’implantation. 6 p.
[[Link] (AGDEX 573/821).
ique/documents/texte%20engrais%20verts%20fa
ux%20semis%[Link]] CENTRE DE RÉFÉRENCE EN AGRICULTURE ET
AGROALIMENTAIRE DU QUÉBEC. 2008b.
BOURQUE, A. et G. SIMONET. 2007. Chapitre 5 : Compilation des essais de panic érigé réalisés au
Québec, Vivre avec les changements climatiques Québec. 202 p. [En ligne].
au Canada: édition 2007. LEMMEN, Donald., [[Link]
Fiona. WARREN, Elisabeth. BUSH, Jacinthe. [Link]]
LACROIX., Ressources naturelles Canada
(RNCAN). 171-226. CENTRE DE RÉFÉRENCE EN AGRICULTURE ET
AGROALIMENTAIRE DU QUÉBEC. 2003. Guide de
CENTRE D’AGRICULTURE BIOLOGIQUE DU référence en fertilisation, 1re édition. 294 p.
CANADA (CABC). 2007a. Choisir les engrais verts
comme source d'azote écoénergétique. [En CENTRE DE RÉFÉRENCE EN AGRICULTURE ET
ligne]. AGROALIMENTAIRE DU QUÉBEC. 2008c. La
[[Link] production de biocombustibles solides à partir
cles/na_manures_efficient_bf_f.asp] de biomasse résiduelle ou de cultures
énergétiques. 16 p. [En ligne].
CENTRE D’AGRICULTURE BIOLOGIQUE DU [[Link]
CANADA. 2007b Des micro-organismes montrent [Link]]
les bienfaits des engrais verts. [En ligne].
[[Link]
microbes_manure_f.asp]
37
Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques
DRURY, C.F., X.M. YANG, W.D. REYNOLDS and GOUVERNEMENT DU QUÉBEC. 2009a. Politique
N.B. MCLAUGHLIN. 2008. Nitrous oxide and de protection des rives, du littoral et des
carbon dioxide emissions from monoculture and plaines inondables. [En ligne].
rotational cropping of corn, soybean and winter [[Link]/dynam
wheat. Canadian Journal of Soil Science. icSearch/[Link]?type=3&file=/Q_2/Q2R
88: 163-174. 17_3.HTM]
38
Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques
39
Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques
MCLAUGHLIN, S.B. and L. ADAMS KSZOS. 2005. N’DAYEGAMIYE, A., M. GIROUX, M.O. GASSER, C.
Development of switchgrass (Panicum virgatum) LANDRY, S.P. GUERTIN et L. DABIO TAMINI.
as a bioenergy feedstock in the United States. 2008. Indicateurs efficaces pour prédire la
Biomass and Bioenergy. 28 (6): 515-535. fertilité azotée des sols. Optimiser l’utilisation
des fertilisants et des amendements. IRDA.
MEYER-AURICH, A., A. WEERSINK, K. JANOVICEK Fiche synthèse. [En ligne].
and B. DEEN. 2006. Cost efficient rotation and [[Link]
tillage options to sequester carbon and mitigate [Link]]
GHG emissions from agriculture in Easter
Canada. Agriculture, Ecosystems and N’DAYEGAMIYE, A., M.O. GASSER, J. NYIRANEZA,
Environment. 117: 119-127. L. DABIO TAMINI et A. DRAPEAU. 2008b. Engrais
verts d'été et d'automne pour la culture de
MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE, DE pomme de terre : avantages agronomiques et
L’ALIMENTATION ET DES AFFAIRES RURALES DE environnementaux. Optimiser l’utilisation des
L’ONTARIO (MAAARO). Non daté. L'érosion du sol fertilisants et des amendements. IRDA. Fiche
- Causes et Effets. [En ligne]. synthèse. [En ligne].
[[Link] [[Link]
r/facts/[Link]] /_Results/[Link]]
40
Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques
ORGANISATION DES NATIONS UNIES POUR SANTÉ CANADA. 2008. Santé de l’environnement
L’ALIMENTATION ET L’AGRICULTURE (FAO). et du milieu de travail, Compréhension des
2003. Que sont les PFNL? [En ligne]. impacts des changements climatiques sur la
[[Link]/forestry/6388/fr/] santé. [En ligne].
[[Link]
REAP-CANADA. Grass Biofuel Pellets. [En ligne]. semt/climat/impact/[Link]]
[[Link]
[Link]/bio_and_climate_3_2.htm] SCHULTZ, R.C., P.H. WRAY, J.P. COLLETTI, T.M.
ISENHART, C.A. RODRIGUES and A. KUEHL. 1997.
REAP-CANADA. Non daté. Le panic érigé dans Buffer Strip Design, Establishment, and
l’est de l’Ontario : Un guide pour les Maintenance. ISU Department of Forestry.
producteurs. 9 p. [En ligne]. [[Link] [En ligne].
[Link]/online_library/media/21%20Le%20p [[Link]
[Link]] ocuments/(Schultz%201997)%20Buffer%20Strip%2
0Design,Establishment,%20and%20Maintenance.p
RIVEST, D. et A. OLIVIER. 2007. Cultures df]
intercalaires avec arbres feuillus : quel
potentiel pour le Québec?. The Forestry SOCIÉTÉ CANADIENNE DE PÉDIATRIE (SCP). 2008.
Chronicle. 83 :4 Le virus du Nil occidental dans le contexte des
changements climatiques. [En ligne].
ROCHETTE, P., D.A. ANGERS, G. BÉLANGER, [[Link]
M.H. CHANTIGNY, D. PRÉVOST and G. [Link]]
LÉVESQUE. 2004. Emissions of N2O from alfalfa
and soybean crops in Eastern Canada. Soil SOIL CONSERVATION COUNCIL OF CANADA. 2001.
Science Society of America Journal. 68: 493-506. Fossil Fuel. In: Global Warming and Agriculture –
Facts Sheets Series, with the participation of
ROY, M. L’impact des changements climatiques Agriculture and Agri-Food Canada.
sur l’entomofaune agricole, Direction des Vol. 1, No. 3. [En ligne].
services technologies. MAPAQ. Agri-Réseau. [[Link]
[En ligne].[[Link]
cuments/Insectes%20et%20changements%20clim SOIL CONSERVATION COUNCIL OF CANADA. 2001.
[Link]] Global Warming and Agriculture: Methane.
(AAFC, 1:5), Agriculture and Agri-Food Canada.
RUARK, G., S. JOSIAH, D. RIEMENSCHNEIDER and Vol. 1: 5. [En ligne].
[Link]. SAMSON, R. 2008. Analyse des [[Link]
biocarburants de remplacement : Efficacité et
coûts de l'atténuation des gaz à effet de serre. SOLOMON, S., D. QIN, M. MANNING, Z. CHEN, M.
Mémoire de REAP-Canada à l’intention du MARQUIS, K.B. AVERYT, M. TIGNOR and H.L.
Comité permanent de l’agriculture et de MILLER. 2007. (eds). Contribution of Working
l’agroalimentaire de la Chambre des communes. Group I to the Fourth Assessment Report of the
REAP-Canada. [En ligne]. Intergovernmental Panel on Climate Change.
[[Link]/online_library/ Cambridge University Press, Cambridge. United
ghg_offsets_policy/2-REAP_Canada_ Kingdom and New York, NY, USA. 996 p.
Feb_26_2008%20FR_2_.pdf]
SYNDICAT DES PRODUCTEURS DE PORCS DE LA
SAMSON, R. 2007. La bioénergie – opportunités MAURICIE. 2007. Analyse des coûts et bénéfices
croissantes pour le secteur agricole. REAP- reliés à l’aménagement de haies brise-vent
Canada. Présentation PowerPoint. autour des bâtiments d’élevage porcin. 6 p.
SAMSON, R. 2008. Les options bioénergetiques UNION DES PRODUCTEURS AGRICOLES. 2008.
pour le Québec. REAP-Canada. [En ligne]. Chanterelle comestible ou girolle. Fiches
[[Link] techniques. Produits forestiers non ligneux en
[Link]/online_library/grass_pellets/4- Gaspésie. [En ligne].
Les%20options%20bioenergentiques%20pour%20le [[Link]/fhtm/pfnl/Chan
%20quebec%20(samson%202008).pdf] terelleUPA_2008.pdf]
41
Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques
42
Le projet Agriculture et climat : vers des fermes 0 carbone de Nature Québec
vise à faire participer le secteur agricole québécois à la lutte aux changements
climatiques par l’adoption de pratiques qui réduisent les émissions de gaz à effet
de serre (GES) et/ou favorisent l’accumulation du carbone. Ce projet est financé
en grande partie par le Fonds d’Action Québécois pour le Développement
Durable, et complété par le programme Prime-Vert du ministère de l’Agriculture,
des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec.
Agriculture et climat : vers des fermes 0 carbone est un projet qui se répartit en
trois volets, soit l’information/sensibilisation, les formations et
l’accompagnement à la ferme. Principalement destiné aux producteurs et
intervenants du secteur agricole, le volet information/sensibilisation se présente
sous forme de modules d’information et de fiches synthèses sur des pratiques
agricoles ciblées. Par ailleurs, une partie de ce volet, à savoir la publication de
capsules d’information portant sur différents thèmes dans le webzine Franc Vert,
est destinée au grand public.
Les modules d’information produits dans ce projet abordent les thèmes suivants :
44
NATURE QUÉBEC EN BREF
Nature Québec
870, avenue De Salaberry, bureau 270
Québec (Québec) G1R 2T9
tél. (418) 648-2104 Téléc. (418) 648-0991
[Link] conservons@[Link]
Nature Québec
Commission Agriculture
870, avenue De Salaberry, bureau 207
Québec (Québec) G1R 2T9
conservons@[Link]