Livre TCM
Livre TCM
Généralités
L'usure ne varie généralement pas de manière progressive en fonction de paramètres comme la vitesse, la
température ou le temps. Si certaines formes d'usure sont relativement régulières, d'autres au contraire connaissent
des sauts très brutaux, dans des rapports pouvant aller parfois de 1 à 100 000 ou plus, lorsque certaines valeurs
critiques sont franchies.
L'usure est généralement combattue à cause de ses effets négatifs mais elle présente aussi des aspects favorables.
L'affûtage d'un outil, la finition d'une surface par rectification, l'écriture de la craie sur le tableau ou du crayon sur le
papier sont des exemples d'usures abrasives utiles.
A l'image des pompiers qui allument parfois des contre-feux pour mieux lutter contre un incendie, il arrive que l'on
provoque sciemment certaines formes d'usure pour lutter contre d'autres formes qui seraient beaucoup plus
dévastatrices. Quand il est bien conduit, le rodage d'un mécanisme, c'est-à-dire la phase de fonctionnement où les
pièces « apprennent à vivre ensemble », provoque des usures qui se révèleront « protectrices » lors des phases
suivantes.
La plupart du temps, l'usure globale d'un mécanisme est due à plusieurs processus qui agissent simultanément, plus
rarement à un processus bien défini et identifiable. L'effet de ces actions simultanées est souvent plus important que
la somme des effets que l'on produirait en faisant agir séparément les divers processus, on parle parfois de «
suradditivité ». À l'opposé, certaines formes d'usure s'excluent mutuellement : par exemple, les dents s'usent
principalement par carie et par abrasion, mais ces deux processus ne coexistent absolument pas, les zones abrasées
ne sont jamais cariées.
• l'ultime finition des surfaces lors du rodage : les actions sur les grosses aspérités diminuent avec le temps, les
pics sont arasés progressivement tandis que les vallées restent intactes. Le taux d'usure et le facteur de frottement
baissent, les portées s'améliorent, les films d'huile s'amincissent. Une nouvelle topographie remplace la rugosité
originale de la pièce. Si l'usure se ralentit lors de la mise en fonctionnement, on constate une amélioration de l'état
de surface, et réciproquement.
• la vie utile correspond au régime d'usure douce : la couche superficielle très dure qui semble se former est
éliminée peu à peu sous forme de petites écailles. L'usure douce diminue la rugosité, tandis que l'usure sévère
l'accroît.
• enfin, la vieillesse se caractérise par une usure sévère qui aboutit à la mise hors d'usage.
Les débris d'usure portent en eux l'histoire de leur formation et l'examen des particules de fer dans les lubrifiants, ou
ferrographie, apporte de précieuses informations. Les processus d'avarie produisent des particules atteignant 0,1
mm, mais les débris d'usure douce ont moins de 15 micromètres. Même après une vidange, il y a vite équilibre dans
un lubrifiant entre la production des particules et leur élimination par décantation, filtration, rétention par un
bouchon magnétique ...
Le poussoir commandé par cette came (à gauche sur la photo) porte lui
aussi des traces d'usure anormales : il a perdu environ 1,5 mm
d'épaisseur par rapport à ses « petits camarades ». En cumulant les deux
pertes de matière, le « déficit » pour le mouvement du poussoir est de
l'ordre de 3 à 4 mm, ce qui limite considérablement l'ouverture de la
soupape correspondante et perturbe le fonctionnement du moteur.
L'expertise ne peut rien donner de concret ici, les matériaux des couches superficielles ont été dénaturés, dispersés
dans tout le moteur sous forme de fines particules et pour une bonne part, éliminés lors des vidanges. La forme «
catastrophique » de l'usure constatée le jour du démontage n'a probablement rien à voir avec le phénomène anormal
qui est à l'origine de l'endommagement. On ne peut pas savoir si ce démarrage est dû à un défaut de la came, ou à un
défaut du poussoir, ou à une incompatibilité entre les surfaces de ces deux pièces, ou encore à une cause extérieure.
Tribologie/Usure des surfaces 4
Une telle usure est exceptionnelle et l'on ne peut même pas savoir si elle se reproduira un jour, sous la même forme,
dans un autre moteur. Elle relève « de la faute à pas de chance » et il est donc absolument impossible de la prévoir et
de l'étudier ...
Voici une usure abrasive à trois corps nettement plus sévère. Elle s'est
produite au niveau d'un joint d'étanchéité qui a provoqué un point
d'accumulation de débris abrasifs.
Tribologie/Usure des surfaces 5
Nature du phénomène
L'usure peut résulter des protubérances d'une des pièces ou des particules qui circulent dans l'interface. On peut
distinguer deux modes d'usure par abrasion :
• l'abrasion à deux corps, dans laquelle la pièce la plus dure « lime », « râpe » la plus tendre,
• l'abrasion à trois corps, dans laquelle des éléments plus durs que les pièces en présence s'incrustent dans la pièce
la moins dure.
La perte de matière dépend à la fois du matériau usé et de l'abrasif et l'aspect des sillons fournit de précieuses
indications :
• s'ils sont brillants et très peu profonds, les aspérités de la pièce antagoniste ont râclé les couches d'oxydes,
• s'ils sont isolés, et brusquement interrompus, des particules dures introduites entre les surfaces se sont plus ou
moins incrustées,
• s'ils sont ininterrompus et rayent la pièce dure, des particules abrasives sont enchâssées dans la pièce tendre.
• s'ils sont ininterrompus et marquent la pièce tendre, la pièce antagoniste plus dure est trop rugueuse.
L'abrasion combine déformation et coupe. Elle creuse d'abord des sillons puis, si les capacités de déformation sont
dépassées, elle enlève des microcopeaux. Les bourrelets latéraux des sillons peuvent se détacher ultérieurement. Lors
d'un usinage par abrasion, on fait tout pour que le métal soit enlevé sous forme de petits copeaux, tels que ceux que
l'on retrouve dans le fluide de refroidissement d'une rectifieuse.
Pour rayer une surface il suffit d'une autre plus dure de 20 à 25 %. L'usure croît dès que la dureté de l'abrasif atteint
0,7 fois celle de la surface usée et se stabilise quand elle atteint 1,7 fois. L'abrasion par coupe, fonction de la forme
des aspérités, est négligeable si le rapport des duretés est compris entre 0,8 et 1,3.
Les débris émis par les surfaces acquièrent une dureté bien supérieure à celle des matériaux en présence, provoquant
une abrasion à trois corps. Ceci est dû à l'écrouissage et à l'oxydation, cette dernière dépendant entre autres de
l'humidité atmosphérique. L'abrasion modifie profondément les couches superficielles qui deviennent comparables à
celles obtenues par laminage. Les surfaces durcissent et résistent mieux à l'abrasion elle-même.
L'usure dépend des vitesses relatives des surfaces et des particules, de la forme et de la résistance des grains. Elle
croît avec la taille de ces derniers, se stabilisant pour une dimension critique voisine de 0,1 mm, et varie selon que
les contraintes sont faibles ou fortes, les charges agissent directement ou indirectement, en brisant ou en déformant
les grains abrasifs.
Les caractéristiques de l'ambiance modulent l'abrasion mais influent en général assez peu si la vitesse d'usure est
grande.
Tribologie/Usure des surfaces 6
Prévention
L'abrasion est une usure typique des systèmes télescopiques : tiges de vérins, broches de machinesoutils, certains
paliers ... Il faut empêcher l'entrée des corps étrangers par une bonne étanchéité et imposer des jeux plus petits que
les particules abrasives, si l'on sait que ces dernières sont assez grosses.
Il faut aussi donner une dureté maximale à la pièce qui défile devant la zone de contact et faire l'autre aussi « tendre »
que possible pour qu'elle puisse « enliser » les particules abrasives. Un coussinet trop dur incrustant des corps
étrangers use davantage l'arbre.
Il est essentiel que les particules abrasives et les débris d'usure soient évacués des zones frottantes. Il faut
impérativement prévoir des sculptures ou des moletages, si aucune circulation de lubrifiant ne permet cette
évacuation.
L'usure des matériaux purs est à peu près inversement proportionnelle à leur dureté mais le rapport de proportionalité
varie avec leur structure. Généralement on diminue l'abrasion en augmentant la dureté superficielle sur une
profondeur importante. Une meilleure résistance à l'oxydation et à la corrosion donne moins d'oxydes abrasifs,
l'écrouissage augmente la dureté et la résistance à l'usure.
Il y a 30 ans on n'utilisait que les fontes et les aciers spéciaux, avec le chrome comme élément d'alliage privilégié.
Depuis, la palette s'est élargie à certaines matières plastiques et céramiques.
Pour les métaux ferreux on peut utiliser des structures martensitiques ou apporter un fort pourcentage de phases
dures, carbures ou nitrures. On trouve, par ordre de résistance décroissante :
• fonte blanche traitée : nitruration, sulfinuz, ténifer,
• fonte blanche à haute teneur en chrome,
• aciers Hadfield ( aciers austénitiques formant une couche martensitique dure par écrouissage ),
• aciers martensitiques,
• aciers bainitiques.
Certains polymères résistent bien à l'abrasion, car ils absorbent beaucoup d'énergie avant de se fragmenter. Les
revêtements durs sont souvent une solution. Cependant, si l'abrasif n'est pas trop dur, on peut parfois utiliser un
matériau tendre protégé par des inclusions de matériau très dur.
Usure adhésive
Le roulement ci-contre, qui provient d'une turbine d'hélicoptère, a été
éliminé à cause des traces brunes suspectes bien visibles sur la bague
intérieure. Il vaut mieux, évidemment, que l'on ne sache pas ce qui se
serait passé si la dégradation s'était pousuivie en vol ... car il s'agit
vraisemblablement d'un début de grippage.
Nature du phénomène
La matière d'une pièce est transférée sur l'autre pendant le mouvement par soudage en phase solide. Les métaux, s'ils
sont mutuellement solubles, forment des alliages par diffusion.
• Si l'interface est moins solide que les pièces, les jonctions se cisaillent par rupture adhésive, l'usure est modérée
ou quasi nulle.
• Si l'interface est plus solide qu'une des pièces, il y a rupture cohésive, usure sévère, voire grippage. L'interface se
fixe sur la pièce la plus résistante ou se détache sous forme de particules qui, écrouies et oxydées, peuvent
contribuer à l'abrasion.
On sait calculer ou mesurer la force d'attraction entre deux matériaux mais pas la force de décohésion une fois le
contact établi. La séparation par décohésion ne se fait pas d'un coup mais se propage comme une fissure ; le
frottement vient de la force requise pour cisailler les jonctions.
Le grippage épidermique, conséquence extrême du frottement par soudure, est facilité par divers facteurs comme :
• l'accumulation de matière devant les aspérités du frotteur qui augmente l'aire réelle du contact,
• la mise à nu des structures cristallines sans possibilité de repollution,
• l'accumulation de reliefs dans un sens parallèle à la direction du déplacement,
• l'échauffement.
L'effet de la charge est double : l'échauffement et la rupture des films d'oxydes favorisent l'usure adhésive, comme
pour les engrenages lourdement chargés. La vitesse a deux effets opposés : elle facilite la formation de films d'huile,
mais en même temps elle la limite par l'échauffement qui diminue l'adsorption des films superficiels protecteurs et la
viscosité des lubrifiants. L'ambiance modifie les propriétés des surfaces, entre autres par la formation d'oxydes. C'est
dans le vide que les risques de grippage sont les plus élevés.
Prévention
Il faut choisir des couples de matériaux n'offrant aucune possibilité de filiation cristalline résistante. Les suivants
sont couramment utilisables en atmosphère non oxydante (attention, l'argent et le cobalt sont compatibles mais pas
leurs oxydes !).
En fonction des circonstances, on peut essayer d'autres couples. Les données de l'ambiance (milieu chimique,
lubrifiant, ...) sont ici très importantes.
Tribologie/Usure des surfaces 9
Molybdène Étain
Tungstène Étain
Titane Argent
Plomb Cobalt
On peut métalliser les pièces, en se méfiant de la fragilisation par l'hydrogène lors des dépôts électrolytiques.
Deux métaux incompatibles peuvent devenir compatibles par l'action d'un troisième élément : ainsi la présence
d'étain dans l'aluminium rend ce dernier compatible avec l'acier, au point que l'on fabrique des coussinets en alliage
aluminium-étain., De même, l'acier sulfinuzé frotte correctement sur l'aluminium alors que le frottement
acier-aluminium est catastrophique.
Pour les métaux ferreux, les structures martensitiques, perlitiques ou encore bainitiques conviennent mieux que les
structures continues ferritiques ou austénitiques. Les traitements thermiques de durcissement sont favorables :
trempe, cémentation, nitruration, carbonitruration ...
La fonte secrète son propre manteau protecteur en graphite, mais doit être usinée correctement. Ainsi, la finition par
pierrage des chemises de moteurs impose des choix difficiles : avec les outils au carbure de silicium, de minuscules
arêtes tranchantes coupent le métal d'une façon très franche. Les lamelles de graphite affleurent, la qualité frottante
est bonne, mais l'outil ne reste tranchant que grâce à l'usure qui amène à sa surface de nouvelles arêtes : il faut donc
le reprofiler régulièrement.
Les outils diamantés ont une durée bien supérieure mais leurs arêtes plus ou moins émoussées refoulent le métal plus
qu'elles ne le coupent : la pression chasse le graphite et forme une couche de métal écroui. Une telle surface dite «
manteau de tôle » (en allemand Blechmantel), « peau en écailles de poisson » (en anglais fishscale skin), frotte mal,
surtout quand le glissement prend les écailles « à rebrousse-poil ». Elle augmente la consommation d'huile, mais reste
cependant tolérable si les segments sont métallisés au molybdène.
Deux surfaces à stries aléatoires perpendiculaires au sens de la marche ne peuvent frotter que par cisaillement,
quelles que soient leurs structures cristallines, ce qui répartit l'usure et augmente les portées. Dans le cas contraire
l'état de surface ne s'améliore pas, l'échauffement est concentré sur des zones étroites et le contact est prolongé, ce
qui favorise le grippage. Les surfaces bombées, comme les dents d'engrenages, ne sont par contre jamais assez
polies.
L'utilisation de métaux de duretés trop voisines augmente l'aire de contact et les risques de grippage. Une haute
limite d'élasticité, une différence de dureté d'au moins 100 Hv et des structures différentes limitent l'adhésion. Le
matériau le plus dur doit être le mieux poli pour ne pas limer l'autre mais aussi pour limiter la déformation des
aspérités. Les matériaux monophasiques grossiers résistent moins bien que les polyphasiques à grains fins.
On peut faciliter le frottement par cisaillement entre les pièces avec des métaux mous déposés en faible épaisseur sur
un support dur (coussinets minces), des sels métalliques apportés par traitement (sulfinuzation, phosphatation) ou des
lubrifiants, surtout avec des additifs « extrême pression » formant in situ des sels organométalliques adhérents.
Tribologie/Usure des surfaces 10
Nature du phénomène
Les surfaces réagissent avec les ambiances agressives, les lubrifiants altérés ... L'attaque chimique ou
électrochimique est en général d'abord rapide, puis ralentie par la formation de films plus ou moins protecteurs qui
peuvent passiver les matériaux et stopper, au moins provisoirement, le processus.
Le frottement peut accélérer la corrosion s'il élimine des films d'oxydes ou de sels peu résistants, inversement la
corrosion peut détruire les qualités frottantes des surfaces. Les films superficiels durs peuvent améliorer la résistance
à l'usure mais s'ils se détachent, ils risquent de favoriser l'abrasion.
On provoque une corrosion volontaire et contrôlée avec les lubrifiants contenant des additifs « extrême pression » qui
couvrent les pièces de composés mous faciles à cisailler et donnant un très faible taux d'usure : chlorures, sulfures,
phosphates ... mais l'attaque chimique peut se poursuivre si ces additifs sont trop actifs ou ionisés par de l'eau de
condensation.
Les effets chimiques sont très importants lors de l'usure des polymères, qui sera envisagée plus loin.
Prévention
Il faut utiliser des matériaux appropriés au milieu, exempts de fissures et de porosités, éviter la formation de couples
électrochimiques. Les additifs détergents avec réserve d'alcalinité sont intéressants, de même que les antioxydants
(pour l'huile) et les anticorrosifs.
Corrosion de contact
Bien avant la révolution de 1789 les compagnies françaises de transport par diligence avaient remarqué la
destruction des pièces frettées et des moyeux avec émission de « poudre rouge ». La première mention du
phénomène dans la littérature scientifique peut être relevée en 1911 : Eden-Rose-Cunningham décrivent les dégâts
qu'ils ont constaté sur les attaches des éprouvettes d'une machine d'essai des matériaux. Tomlinson, en 1927, utilise
pour la première fois le terme « fretting-corrosion ». On parle aussi d'« oxydation de frottement » et en 1952 a lieu le
premier symposium consacré uniquement à ce sujet.
Tomlinson écrivait en 1939 : « Bien que la présence de produits d'oxydation indique qu'une action chimique
accompagne le phénomène, le processus n'est certainement pas une corrosion au sens habituel du terme ».
La corrosion de contact est connue sous des noms très divers : traditionnels (poudre rouge), français
(corrosion-frottement, frottement-fatigue, usure induite en petits débattements) ou anglais (fretting corrosion). Le
terme « corrosion de contact » est en fait mal adapté car il donne une fausse idée de la réalité ; « usure induite en
petits débattements » est plus correct mais n'informe nullement sur le déroulement des dégradations.
Tribologie/Usure des surfaces 11
Nature du phénomène
La complexité du phénomène a fait apparaître diverses théories concurrentes pour expliquer l'émission de particules
et la formation d'oxydes. Rapidement, les théories de Bowden et Merchant sur l'usure adhésive amenèrent à prendre
en compte la formation de jonctions au niveau des contacts des aspérités des surfaces.
Ces aspérités, dénudées par la rupture des couches d'oxydes subissent des pressions et des températures très élevées ;
Caubet et Amsallem ont même parlé de plasma dans la zone interfaciale. Il en résulte des microsoudures identiques à
celles qui produisent le grippage, phénomène dont la corrosion de contact, au début, est toujours très proche.
Le soudage par imbrication des systèmes cristallins est suivi de flexions alternées des jonctions. Des débris naissent
de la rupture des microsoudures ou des joints de grains. Écrouis, broyés, mais incapables de s'échapper, ils s'oxydent
rapidement et s'agglomèrent, provoquant une abrasion de plus en plus intense contre laquelle il n'existe pas de
remède miraculeux. Le coefficient de frottement baisse considérablement à cause de la poudre mais cela n'arrête
nullement le désastre.
Le rapport de la surface au volume des particules, augmenté par frottement, facilite l'oxydation. L'oxyde Fe2O3 est
formé après passage par la poudre de fer, par l'oxyde FeO instable en-dessous de 570°C ou éventuellement par
FeO(OH), puis par la magnétite Fe3O4 de couleur gris-bleu. Les effets mécaniques s'accompagnent d'effets
chimiques complexes comme l'absorption de l'azote atmosphérique qui facilite l'amorçage des ruptures de fatigue.
L'usure par corrosion de contact augmente linéairement avec le nombre de cycles si l'atmosphère n'est pas
oxydante, sinon elle est quasi exponentielle. Peu de processus sont aussi destructeurs. Une fois qu'elle est
amorcée, on ne peut que retarder la destruction par des apports massifs de lubrifiants.
La diminution de la résistance à la fatigue des pièces, à la suite de la corrosion de contact, a été signalée dès 1911.
De nombreux chercheurs ont mis en évidence l'existence de microfissures dans les zones de contact atteintes par le
phénomène. Il n'est pas évident d'établir des relations de cause à effet entre la corrosion de contact et la fatigue mais
il semble établi que ce sont pour une large part les mêmes conditions qui provoquent les deux phénomènes. Il est
quasi certain en tous cas que la corrosion de contact multiplie les sources de fissuration à partir desquelles s'amorcent
les ruptures par fatigue, et les fissures atteignent plus vite la taille critique à partir de laquelle elles deviennent
dangereuses.
La théorie du délaminage, introduite par Suh en 1973, apporte un autre point de vue sur l'ensemble des formes
d'usure et plus particulièrement sur la corrosion de contact. Elle repose sur l'évolution des dislocations qui se
produisent dans les sous-couches lors des déformations plastiques. Il en résulte la formation de fissures, surtout
lorsque le matériau est affecté par la présence d'inclusions. Lorsque ces fissures se rejoignent, des particules peuvent
être arrachées. Cartier, Caubet et Racine avaient fourni les bases de cette théorie en 1970. La théorie du délaminage a
permis de mieux comprendre l'émission de particules plates.
Moreau a montré en 1980 que dans certains tribocontacts avec frottement oscillant, les déformations plastiques
pouvaient provoquer un endommagement par fatigue sans pour autant que l'on assiste à l'émission de débris et à
l'apparition d'oxydes.
Des pièces polies, des matériaux durs, des mouvements alternés avec microglissements, des jeux faibles, de basses
températures atmosphériques, un milieu sec, de même que des pressions élevées mais insuffisantes pour empêcher le
glissement, sont autant de facteurs favorisant la corrosion de contact. Cette dernière apparaît pour des glissements de
l'ordre du micromètre et devient courante s'ils atteignent 0,01 mm.
Il semble qu'il existe un seuil d'endommagement irréversible au-delà duquel la durée de vie des pièces est diminuée,
même si l'on a réussi à empêcher la corrosion de contact.
Un phénomène voisin, appelé « faux brinnelling », s'en prend aux roulements quand ils sont à l'arrêt, mais soumis à
des vibrations. De petits « cratères » apparaissent au niveau des contacts des billes ou des rouleaux. Pendant la
dernière guerre mondiale, lors du transport par trains de camions Chrysler, les roulements étaient profondément
rongés sans que les camions aient servi !
Tribologie/Usure des surfaces 14
Prévention
Il faut éviter l'adhésion par des matériaux compatibles et en plus lutter contre l'oxydation par des revêtements de
métaux mous et nobles (cuivre, argent, or, nickel, molybdène) ou des traitements (sulfinuzation, nitruration, pour
l'aluminium grenaillage et oxydation anodique). Pour les métaux ferreux on doit préférer les structures
martensitiques. Parmi les solutions éprouvées on note le frottement fonte sur fonte (le graphite assurant une bonne
protection), les revêtements de phosphate ou de lubrifiants solides du style Molykote, ou l'acier laminé à froid sur
lui-même.
On utilise aussi des revêtements plastiques ou des matières plastiques inertes (P.T.F.E.) frottant sur des placages d'or
ou un chromage dur.
L'introduction entre les surfaces d'un troisième corps approprié peut être une solution intéressante. La lubrification
retarde seulement la corrosion de contact, en diminuant l'oxydation qui transforme les débris en abrasifs. Le bisulfure
de molybdène dans la graisse graphitée peut donner de bons résultats, ainsi que d'autres lubrifiants solides, des
poudres d'oxydes, etc.. Choisir des huiles fluides ou des graisses inoxydables avec des savons d'aluminium, en
évitant les dopes.
On peut aussi chercher à diminuer les petits mouvements alternés de diverses manières : remplacement du
glissement par le roulement ou par des liaisons élastiques, augmentation du jeu, tracé de pièces courtes et rigides,
augmentation des pressions de contact et de l'adhérence (assemblages plus serrés), changement des fréquences
propres pour éviter les résonances, dispositifs antivibratoires, immobilisation des pièces et des éléments de machines
pendant le transport, etc.
Une rectification est plus mauvaise qu'un usinage classique mais paradoxalement, une superfinition diminue le
phénomène.
Surcontraintes
Le passage d'un curseur sur une surface engendre un ensemble complexe de contraintes, entre autres :
• des tensions, immédiatement à l'arrière du curseur
• des compressions sous la moitié avant du curseur,
• un cisaillement maximal à une certaine profondeur.
Seules les premières peuvent causer les accidents brutaux examinés ici, les secondes pouvent provoquer du fluage et
les troisièmes des phénomènes de fatigue étudiés plus loin.
Nature du phénomène
Les contraintes de traction accompagnant le passage d'un glisseur sont capables de fissurer la zone arrière du contact,
si elles dépassent la résistance à la rupture du matériau.
De telles fissures apparaissent déjà dans les contacts statiques. Ainsi, une bille d'acier pressée sur un plan en verre ne
provoque aucune dégradation dans la zone centrale pourtant soumise aux plus fortes pressions mais elle cause, un
peu à l'extérieur du cercle de contact, une fissuration de forme générale tronconique dont l'angle répond à la loi
d'AUERBACH. La fissuration est grandement facilitée en présence d'efforts tangentiels et si ces derniers sont
suffisants pour entraîner le glissement, alors on trouve toute une série de ruptures successives le long de la zone
frottante.
Tribologie/Usure des surfaces 15
Des expériences faites avec un plan de carbure de titane sur lequel on fait frotter une bille du même matériau ont
montré que la fissuration pouvait se produire sous des charges normales qui peuvent varier de 400 N (charge
purement statique dans l'air) à 1 N (frottement avec un coefficient de 0,9 dans le vide ou dans un gaz inerte). Ceci
remet en cause l'affirmation selon laquelle, pour résoudre des problèmes de frottement dans des conditions très
sévères, il faut faire appel à des matériaux très durs. Un auteur a pu écrire, dans le même ordre d'idées, que « le
frottement des céramiques est parfois l'une des méthodes les plus onéreuses pour fabriquer du sable ». Il faut donc y
regardre de plus près !
Les déchirures par surtension sont bien corrélées avec les calculs de contraintes maximales de tension et les
propriétés de résistance à la traction des matériaux.
L'examen des surfaces indique parfois si les fissures sont apparues après un grippage ou si elles l'ont provoqué.
Prévention
Utiliser des matériaux résistants à la traction, diminuer les pressions et le frottement, éviter les contraintes résiduelles
de tension dans les zones frottantes, éviter les défauts de surface.
Fluage superficiel
Nature du phénomène
Le matériau flue sous l'effet d'un état de contraintes de compression triaxiales, ce qui peut se produire même s'il est
relativement fragile, comme par exemple de l'acier cémenté.
Prévention
Diminuer les pressions et le frottement, utiliser des matériaux très résistants à la compression.
Fatigue
L'usure par fatigue est lente et habituellement masquée par l'abrasion ou l'adhésion. Induite par le frottement de
roulement ou de roulement avec glissement sous fortes charges répétées, on la rencontre essentiellement dans les
engrenages et les roulements dont elle constitue le mode normal de destruction.
Une longue phase de vieillissement précède les accidents visibles. Une pièce peut être atteinte irrémédiablement tout
en gardant jusqu'au dernier moment une apparence intacte. Il existe cependant un certain nombre de manifestations
extérieures qui permettent, dans certains cas, un suivi des pièces en service.
Tribologie/Usure des surfaces 16
Nature du phénomène
Les aspérités recevant des pressions cycliques se dégradent par fatigue, même lorsqu'elles sont séparées par un
lubrifiant. Les pièces bombées qui reçoivent des contraintes bien plus fortes que les pièces planes s'usent beaucoup
plus.
L'endommagement créé par les déformations plastiques, en surface ou en profondeur selon les conditions, provoque
des transformations métallurgiques (par exemple, il transforme la martensite en troostite plus fragile) et l'amorçage
de fissures. Dans le cas du pitting, l'émission des microécailles est relativement rapide. Dans le cas de la fatigue
profonde, amorcée à partir du point de cisaillement maximal, les défauts étalés sous la surface font que cette dernière
se comporte comme un véritable placage.
Lors du contact de deux corps bombés, en effet, le cisaillement est maximal à une certaine profondeur sous la
surface. Dans les contacts roulants, cette zone de cisaillement profond se déplace sous la surface, créant un
endommagement progressif à partir de défauts localisés ou de joints de grains. Dans un premier temps, rien ne paraît
à la surface mais vient un moment où se créent des fissures normales à la surface. L'écaillage se produit alors par
flambage brutal de la peau de la pièce. Les cavités ont des bords rugueux et un fond lisse qui témoigne du frottement
des couches superficielles sur le substrat, avant qu'elles ne se détachent.
Les détériorations par écaillage concernent au premier chef les roulements et les engrenages. Elles dépendent de
nombreux paramètres : vitesse de glissement, rugosités, nature et microstructure des matériaux, duretés, contraintes
de Hertz, inclusions, lubrifiant et additifs. Parfois, les contraintes dues à la flexion ou à la torsion peuvent accélérer
le processus.
Tribologie/Usure des surfaces 17
Prévention
Il faut avant tout diminuer les contraintes de contact par une géométrie appropriée, réduire le frottement en évitant
absolument l'adhésion. On doit aussi utiliser des matériaux avec aussi peu de défauts que possible, comme les aciers
dégazés ou refondus sous vide dont sont faits aujourd'hui les roulements. On choisira des traitements augmentant la
dureté et engendrant des contraintes résiduelles de compression : nitruration, cémentation, trempe superficielle, par
exemple. La profondeur traitée doit dépasser le point de plus fort cisaillement, sinon le remède peut être pire que le
mal.
Erosion
Dans cette virole passait une conduite sous très haute pression emplie
d'un fluide corrosif chargé de particules abrasives, et cette conduite
s'est percée. Le résultat est ce que l'on appelle le « sifflage »,
c'est-à-dire la formation de petits jets très fins et bruyants. Ce sont
ces petits jets, dirigés de façon aléatoire, qui ont fait le travail.
La plupart des aciers inoxydables résistent à la corrosion parce qu'ils
sont passivés, essentiellement par une couche solide et étanche
d'oxyde de chrome. Si cet oxyde est enlevé par érosion, l'attaque se
poursuit. Les deux effets ont probablement fait mieux que s'ajouter
lors de ce processus d'usure très destructeur.
Cette virole est le plus beau spécimen d'une collection de pièces
usées de toutes sortes récupérées un peu partout depuis 35 ans. Les
pièces usées, contrairement aux pièces neuves, ont des histoires à
raconter, mais elles ne les livrent utilement qu'à ceux qui savent les
faire parler !
Tribologie/Usure des surfaces 19
Nature du phénomène
L'érosion diffère de l'abrasion car elle est corrélée avec l'énergie cinétique des particules qui, frappant les surfaces à
grande vitesse, créent des petits cratères par déformation plastique du matériau sous l'effet du cisaillement. La perte
de matière résulte de la coupe ou des déformations alternées des aspérités formées par les impacts successifs.
Quand l'angle d'impact est faible, le phénomène de coupe est important, la résistance du matériau dépend très
étroitement de sa dureté. S'il est grand, l'usure est due à la déformation des surfaces et le phénomène est beaucoup
plus complexe : un matériau moins dur mais plus tenace peut fort bien résister.
Prévention
La résistance est liée au paramètre qui indique la quantité d'énergie absorbée avant fissuration. On peut traiter
les surfaces ou les revêtir de métaux ou alliages durs mais le mieux est d'empêcher les impacts par tous les moyens
possibles.
En érosion par impact comme en abrasion sous faibles contraintes, l'emploi de certaines matières plastiques ou
élastomères est possible, par exemple des polyuréthannes spéciaux utilisés sous forme de revêtements. Un certain
nombre de matériaux souples sont connus par leurs noms commerciaux : RILSAN ®, PEBAX ®, ABCITE ®,
HYPSAR ®.
Dans tous les autres cas c'est la dureté superficielle du matériau qui intervient : il faut opposer à l'abrasif une surface
plus dure que lui et peu fragile.
Cavitation
La cavitation exige un mouvement relatif entre un solide et un fluide. Elle concerne en premier les organes pour
fluides, pompes, hélices de bateaux ... mais aussi certains mécanismes lubrifiés : coussinets de moteurs ou
engrenages, par exemple.
Usure par cavitation d'une turbine Francis. La roue avait auparavant été
rechargée par des apports d'acier inoxydable qui correspondent aux
zones claires de la photographie.
Nature du phénomène
Quand la pression du fluide descend localement au-dessous d'une valeur critique (pas forcément sa tension de
vapeur), des bulles se forment soudain à partir de germes : gaz dissous, microbulles, impuretés, rayures ... Quand la
pression remonte, les bulles implosent, la brutale condensation de la vapeur projette les molécules du liquide sur les
parois, créant une onde de choc.
Lord Rayleigh a montré que les pressions atteignent plusieurs milliers de bars. Les effets sont surtout mécaniques et
les chocs successifs fatiguent les surfaces, surtout en présence de défauts. Les trous sont autant d'amorces et se
creusent davantage.
Pour comprendre le rôle des défauts, il suffit d'observer un verre de champagne que l'on vient de le remplir. D'abord,
le gaz s'échappe de façon énergique pendant plusieurs secondes, formant une mousse qui ne tarde pas à retomber. Au
bout de quelques minutes, le liquide est calmé et l'on peut apercevoir des colonnes de petites bulles montant de
certains points précis de la surface du verre. Le dégazage ne se produit pas dans les zones où le verre est parfaitement
lisse, mais seulement là où se trouvent d'imperceptibles défauts, rayures, microbulles, inclusions, ... Si l'on introduit
maintenant dans le liquide un objet très irrégulier, par exemple un biscuit à la cuiller, l'effervescence reprend aussitôt
avec vigueur.
Nous disions plus haut que tout le monde a déjà entendu la cavitation. Mettons donc une casserole d'eau sur la plaque
électrique ou sur la flamme du gaz.
• Dans un premier temps, des courants de convection apparaissent, l'eau chauffée au fond se dilate, monte vers la
surface, pendant que l'eau des zones plus froides la remplace.
• De petites bulles adhérentes se forment sur les parois, ce sont les gaz de l'air que l'eau avait dissous qui s'apprêtent
à s'échapper.
• Un peu plus tard, des bulles de vapeur se forment au fond de la casserole et l'eau commence à « chanter » : en
montant vers la surface, ces bulles sont refroidies par le liquide environnant et elles implosent bruyamment
lorsque la vapeur qu'elles contiennent se condense de façon quasi instantanée. C'est une forme de cavitation,
heureusement inoffensive.
• Si la température continue à monter, les bulles ne se condensent plus, elles montent au contraire vers la surface où
elles éclatent en laissant échapper la vapeur qui les constituait. L'eau bout maintenant de façon régulière. Notons
que cette ébullition est facilitée, tout comme le dégazage du champagne, par la présence de défauts de surface.
La théorie n'a pas encore permis de relier la cavitation aux propriétés mécaniques des matériaux. On sait par contre
qu'elle est maximale à une certaine température, qui dépend du fluide : en-dessous, ce dernier ne bout pas facilement,
au-dessus, l'implosion est moins violente.
Tribologie/Usure des surfaces 22
Prévention
La première chose à faire est d'améliorer le tracé des pièces pour éviter autant que possible les dépressions. Il faut
ensuite diminuer les « germes » : filtrer les huiles, améliorer l'état des surfaces et leur intégrité cristalline.
D'après Hammit, un matériau supporte bien la cavitation si sa charge de rupture, sa limite d'élasticité, sa résilience et
sa limite de fatigue sont élevées. Il doit de plus être ductile et à grain fin. La résistance dépend aussi de la capacité
d'amortir les ondes de choc et nécessite une tenue minimale à la corrosion et à l'oxydation. Il y a de nombreuses
exceptions.
Les meilleurs matériaux sont les stellites et certains polyuréthannes non chargés (polyuréthanne prend deux « n »,
c'est un nom commercial). Comme pour l'érosion, on peut conseiller des matériaux souples connus par leurs noms
commerciaux RILSAN ®, PEBAX ®, ABCITE ®, HYPSAR ®.
On utilise aussi des rechargements au plasma avec des métaux résistants à la corrosion comme le molybdène ou les
alliages à base de cobalt ou de nickel.
Les contraintes résiduelles de compression, les traitements de surface de type nitruration, sulfinuzation, sont
favorables.
Fatigue thermique
C'est une dégradation par alternance d'échauffements et de refroidissements, qui touche des pièces comme les
cylindres de laminoirs, les matrices de forge ... mais aussi les surfaces rectifiées dans de mauvaises conditions.
Nature du phénomène
Les contraintes par flash thermique font alterner très vite compressions et tractions. Les premières déforment
plastiquement les surfaces, les secondes descellent les grains par cisaillement, surtout si les joints sont oxydés. Le
faïençage peut exister avant ou après frottement. Les contraintes résiduelles de traction, ou les contraintes de traction
provoquées par le frottement, facilitent la dégradation.
Prévention
Il faut utiliser des surfaces présentant un bon compromis entre la dureté et l'allongement à la rupture et introduire par
traitement des contraintes de compression, à condition que ces dernières ne s'estompent pas dans le temps. La
résistance à l'oxydation doit être bonne.
Naturellement, on diminue les risques de faïençage en diminuant les chocs thermiques par tous les moyens
classiques.
Nature du phénomène
Le carbure de tungstène, vers 1100°C, migre dans les copeaux de métaux ferreux et l'outil est littéralement « mangé »
par le fer chaud. Le phénomène est en fait plus général : par exemple certains métaux se dissolvent dans les
polymères (Belii).
Prévention
Il faut limiter l'échauffement des surfaces, en allant moins vite, en refroidissant, ... Un traitement de surface des
outils peut être intéressant. Avec les métaux ferreux, on peut utiliser le carbure de titane qui ne s'y dissout pas.
L'usure accentuée par l'hydrogène va, quant à elle, à l'encontre de l'effet de non détérioration. L'hydrogène atomique
produit par les matériaux frottants ou par l'humidité dans les zones de contact forme des composés susceptibles de
faire littéralement éclater les surfaces frottantes, dans lesquelles se forment des fissures. Il s'est très vite avéré que
l'un des meilleurs remèdes à la pénétration de l'hydrogène était l'effet de non détérioration lui-même, car les couches
de cuivre (ou d'autres métaux comme l'or) sont étanches et empêchent la diffusion de l'hydrogène.
Ces effets étaient connus depuis un demi-siècle mais pas vraiment expliqués ; aujourd'hui on les étudie
systématiquement et l'on trouve maintenant sur le marché de nombreux lubrifiants contenant des composés de
cuivre, dont la nature même relève du savoir-faire industriel. Certains d'entre eux permettent même d'effectuer des
réparations de surfaces endommagées sans même qu'il soit nécessaire de les démonter.
Naturellement, même en utilisant le meilleur lubrifiant du monde, on n'est pas à l'abri d'une avarie mais dans tous les
cas, l'effet de non détérioration permet de considérables augmentations de la durée de vie des mécanismes et
contribue à réduire les gaspillages : moins de machines mises hors d'usage et moins de frottement.
Règles fondamentales
Ces règles ont été données par Jean-Jacques CAUBET dans son livre « Théorie et pratique industrielle du frottement
».
1. Eviter le contact des pièces en mouvement relatif tout en conditionnant leur surface pour résister à un contact
accidentel,
2. Eviter le défoncement en profondeur par surpressions hertziennes, les fractures et écaillages par excès
d'écrouissage,
3. Ventiler rationnellement les calories,
4. Eviter les accidents connexes tels que la corrosion, la cavitation, l'érosion,
5. Définir au bureau d'études les protocoles de rodage,
6. Imposer en fabrication les contrôles de métallurgie, géométrie, macro et microtopologie spécifiques du
frottement,
7. Respecter l'homogénéité du projet : un bon couple de frottement doit durer exactement l'âge de la machine, toutes
les pièces s'usant ou vieillissant ensemble.
Eviter le contact des pièces en mouvement relatif tout en conditionnant leur surface pour
résister à un contact accidentel
Séparer les pièces par un lubrifiant en couche épaisse, un lubrifiant solide (le graphite est trop peu connu, le bisulfure
de molybdène mal connu comme la panacée qu'il n'est pas), créer des plots de graisse, réaliser des rainures
d'alimentation en huile, des facettes, des bassins relais, en évitant les « pattes d'araignée », particulièrement des
rainures de réserve de lubrifiant pour les guidages plans hydrodynamiques, prévoir le démarrage onctueux.
Choisir des métaux qui soient compatibles, ainsi éventuellement que leurs oxydes. Usiner avec ou sans couche de
Beilby. Le polissage mécanique, qui la conserve, est acceptable avec des couples de matériaux présentant des risques
de filiation cristalline (acier et fonte), sinon la superfinition ou le polissage électrolytique, qui l'enlèvent, peuvent être
meilleurs (chrome et argent).
Choisir la rugosité des pièces. La perfection des surfaces diminue les pressions, accélère le rodage, rend les films
d'oxydes plus homogènes et plus solides, mais trop de poli nuit à l'alimentation des films lubrifiants. Les traits
d'outils seront perpendiculaires au mouvement, sauf pour les corps convexes qui seront polis. Le brochage est bien
meilleur que le tournage pour les portées courtes mais il ne faut jamais brocher ou mandriner un cylindre pour un
déplacement axial. Polir au maximum les surfaces des tourillons et coussinets en régime hydrodynamique.
Introduire dans l'acier un métalloïde ou un métal de transition : carbone, soufre, azote, phosphore, étain.
Tribologie/Usure des surfaces 25
Pour les structures de surface, éviter la ferrite et l'austénite, créer des contraintes résiduelles de compression, ne pas
toiler les pièces ferritiques ou austénitiques qui retiennent les grains et deviennent ainsi abrasives, incliner les traits
d'usinage par rapport à la direction du mouvement, cémenter, nitrurer ou sulfinuzer.
Matériau
en unités
CGS
selon Caubet
Cuivre 0,89
Aluminium 0,61
Bronze 0,35
Fonte 0,33
Etain 0,23
Antifriction 0,18
Plomb 0,18
Graphite 0,07
Une surface d'antifriction ou de graphite frottant sur de l'acier reçoit beaucoup moins de calories que ce dernier.
Généralement la pièce sur laquelle la zone de frottement parcourt la plus grande distance est aussi la plus facile à
ventiler (par exemple, un disque de frein). C'est elle qui doit recevoir le maximum de calories.
Les échauffements anormaux peuvent être estimés par la coloration de l'acier :
Tribologie/Usure des surfaces 26
Une pièce de frottement fixe par rapport à la charge ne doit avoir aucun rôle d'alignement ou de précision, car elle se
courbe sous l'effet de la dilatation différentielle.
Il est essentiel de fixer la température du revenu avant rectification en fonction de l'échauffement prévu en marche.
On doit éviter tout régime onctueux s'il y a le moindre risque d'élévation de température : l'échauffement favorise la
désorption des couches adsorbées, il faut alors prévoir des couples de métaux totalement insolubles l'un dans l'autre.
L'amélioration de la géométrie se fait avant la disparition totale des stries d'usinage. La somme arithmétique des
rugosités des deux pièces doit être supérieure à celle des tolérances de forme, sinon le rodage n'a jamais de fin.
Les abrasifs doivent être proscrits, sauf pour roder ou polir des pièces très dures sans ferrite ni austénite, ou pour des
pièces dont le traitement ultérieur, par exemple une sulfinuzation, détachera ou enrobera les fragments abrasifs
incrustés.
Les pressions doivent se répartir sur des surfaces suffisantes, qui justement croissent lors du rodage. Les débris
amorphes bourrent le fond des sillons et y contribuent, mais ils sont très grossiers en cas d'augmentation trop rapide
des charges et dans ce cas ils favorisent l'usure.
Les lubrifiants dont la viscosité croît avec la pression, comme les dérivés pétroliers, répartissent mieux les charges. Il
faut un lubrifiant propre et abondamment renouvelé, éventuellement avec un dope approprié. Une bonne pâte à roder
comporte :
• un support : graisse ou autre lubrifiant tiré du pétrole,
• un abrasif léger : le soufre, que les Anciens utilisaient déjà pour les paliers chauffant trop en période de rodage,
est abrasif à basse vitesse seulement mais devient actif par légère agressivité chimique si la température éclair
augmente.
• un élément consommable : acide gras ou autre, qui se combine chimiquement aux particules émises par rodage.
Lorsque la pièce est destinée à un frottement sous fortes charges, elle doit être soumise en fin de rodage à des
efforts de surface plus importants que ceux qui la solliciteront ensuite, pour augmenter l'épaisseur de la
couche écrouie. La vitesse doit en revanche rester inférieure aux vitesses normales prévues ultérieurement.
Beaucoup d'expériences et d'études ont permis de préciser les paramètres du rodage et de l'usure douce des
mécanismes durant leur vie utile.
L'évolution des surfaces peut être décrite à l'aide de la courbe de portance d'Abbott-Firestone qui représente en
pourcentage la surface de portance en fonction de la profondeur atteinte par l'usure. Si l'usure est douce on doit
atteindre 100 % de portance lorsque toutes les stries d'usinage ont été éliminées. Si l'usure est sévère l'état de surface
ne s'améliore pas. L'évolution dépend de la forme des aspérités.
Compléments
La tendance actuelle est de s'éloigner de considérations statistiques vers une analyse des champs de contraintes et des
déplacements au niveau des aspérités. Les surfaces diffèrent des volumes tant par la composition que par les
propriétés mécaniques. Elles forment des écrans pour les forces d'adhérence entre les solides, c'est pourquoi deux
pièces peuvent être mises en contact sans coller. Ces écrans peuvent être détruits par le frottement, et se reformer par
réaction avec l'environnement.
Le passage du frottement à deux corps au frottement à trois corps est très rapide, une séparation des deux premiers
corps par le troisième peut survenir après quelques passages seulement.
Pour prendre un exemple, en faisant frotter une gomme sur une règle transparente, on observe les diverses phases :
• au début, si la règle et la gomme sont propres, le glissement est assez difficile à obtenir,
• très vite, on assiste à la formation et au détachement de particules provenant des volumes en contact ou premiers
corps,
• ces particules ou troisièmes corps ce déplacent dans le contact, ce qui assure tout ou partie de la portance, le
glissement devient plus facile,
• les particules peuvent être éliminées du contact avec formation d'une trace,
• ou encore, on observe la recirculation de ces particules au cours d'un nouveau passage ou leur élimination des
zones frottantes par éjection.
Les troisièmes corps ne sont pas du tout homogènes. Leur élimination des contacts constitue l'usure proprement dite.
On peut dire en conclusion qu'un bon matériau de frottement sacrifie sa surface pour sauvegarder son
volume.
Usure dentaire
Les dents des hommes et de la plupart des animaux s'usent naturellement par abrasion à trois corps. Ce processus
était anormalement rapide parmi les populations qui consommaient beaucoup d'aliments à base de céréales moulues
par des meules en pierre. L'examen des dents et de leurs rayures permet d'ailleurs aux archéologues de se faire une
idée du régime alimentaire des individus étudiés.
Dans le cas des rongeurs, dont les dents poussent de manière continue comme si elles étaient extrudées, l'usure est à
la fois inévitable en raison du régime alimentaire naturellement riche en matériaux abrasifs et nécessaire car elle
permet aux incisives de conserver leur « affûtage ». En cas d'usure insuffisante, ces animaux doivent passer de
longues heures à frotter leurs dents les unes contre les autres. Parfois, les éleveurs de lapins doivent intervenir pour
couper les dents exagérément développées, par exemple celles qui font face à une dent cassée.
D'autres dégradations peuvent apparaître, en particulier sous l'effet de facteurs chimiques ou bactériens. Comme pour
les machines, certaines formes d'usure s'excluent mutuellement, c'est ainsi que l'on ne trouve jamais de carie dans les
zones qui subissent l'abrasion et réciproquement.
Tribologie/Usure des surfaces 29
Le bruxisme
Cette pathologie, qui touche environ 6 % de la population, est un comportement pathologique attribué au stress, à
l'anxiété en période d'examens ou à une activité débordante. Pendant leur sommeil, les personnes atteintes serrent
fortement les dents, de façon inconsciente, en accompagnant ou non ce serrage de mouvements simulant plus ou
moins la mastication.
• En l'absence de mouvement, le bruxisme est dit « centré », il peut entraîner des douleurs musculaires ou des
crampes.
• Le bruxisme avec mouvement est dit « excentré », il s'accompagne généralement de grincements de dents ou de
bruits plus étranges, voire inquiétants. La Bible, paraît-il, en fait état. Le dormeur ne se réveille pas mais en
revanche il peut incommoder son entourage. Sous l'effet des contraintes intenses auxquelles elles sont soumises,
les dents se fendillent et subissent une usure rapide. Le port d'une gouttière en résine empêchant le contact des
dents peut être une solution efficace.
Arthrose
La plus commune des affections articulaires touche plus de 30% des 45-65 ans. Peu douloureuse au début, elle
s'accompagne à un stade avancé de vives douleurs et rares sont ceux qui ne connaissent pas, dans leur entourage, des
personnes qui en sont frappées.
L'arthrose s'attaque aux cartilages des articulations, c'est-à-dire à un tissu vivant, élastique, démuni de vaisseaux
sanguins mais poreux, qui constitue le « revêtement de surface » des os formant la charpente du corps de l'homme et
des animaux vertébrés.
La défaillance des cellules du cartilage, appelées chondrocytes, s'accompagne de la production excessive des
métallo-protéases, enzymes destructrices qui normalement participent au renouvellement de ce matériau très
particulier.
La disparition localisée du cartilage met les os à nu et ceux-ci s'usent à leur tour par suite des frottements répétés.
C'est à ce moment-là que la douleur s'installe. L'organisme réagit mais il le fait de façon anarchique, des formations
osseuses « bourgeonnent » en périphérie des articulations et deviennent des excroissances appelées ostéophytes. C'est
ainsi qu'apparaissent, entre autres, les becs de perroquet sur la colonne vertébrale.
De nombreux facteurs prédisposent à l'arthrose ou favorisent son apparition. On estime qu'environ la moitié des cas
relèvent d'une origine héréditaire, d'autres sont dus à l'obésité, à certaines activités professionnelles ou sportives
entraînant la répétition de gestes identiques, sous forte charge et pendant de longues périodes. Des causes
accidentelles, liées à des traumatismes articulaires ou à des fractures mal réduites, peuvent également amorcer ou
favoriser le phénomène.
Dans beaucoup de cas, le handicap provoqué par la maladie impose le recours à un traitement chirurgical :
• l'arthrodèse est l'immobilisation forcée et généralement définitive d'une articulation. On utilise des plaques, des
tiges ou des agrafes en fonction des possibilités ou les greffes osseuses pour les articulations les plus délicates,
comme celles des vertèbres.
• l'implantation d'une prothèse est devenue relativement courante pour les hanches, qui mécaniquement ne sont que
de simples rotules. On la pratique aussi pour les genoux, les coudes, les chevilles ou les doigts, mais ce sont là des
liaisons mécaniques bien plus compliquées et qui posent des problèmes de divers ordres.
L'arthrodèse est une opération plus simple, plus brève et moins risquée que la pose d'une prothèse, elle évite les
risques de descellement et on la propose lorsque l'immobilisation n'est pas trop invalidante, par exemple dans le cas
des vertèbres, des poignets ou de la cheville.
(à suivre)
Sources et contributeurs de l’article 32
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