Calcul Differentiel
Calcul Differentiel
E. H. ZEROUALI, H. NAQOS
J UNIA MAROC
Table des matières
3 Calcul Différentiel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
3.1 Dérivées. Matrice jacobienne. Gradient 21
3.2 Propriétés des dérivées partielles. 22
3.3 Derivées partielles d’ordre supérieur. Fonctions de classe Ck . Théorème de
Schwarz 24
3.4 Différentielle 24
4 Propriétés géométriques des fonctions de plusieurs variables . . . . 29
4.1 Dérivée directionnelle 29
4.2 Gradient. 30
4.3 Formule de Taylor 31
4.4 Vecteur normal et plan tangent à un graphe d’une fonction de 2 variables
33
5 Extrema . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
5.1 Extrema locaux et globaux. Définition 37
5.2 Théorème des extrema sur un compact 37
5.3 Extrema de fonctions de 2 variables - critère par le déterminant de matrice
Hessienne 38
5.4 Extrema liés 40
5.5 Extrema d’une fonction de n > 2 variables 42
6 Champs de vecteurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
6.1 Definitions 45
6.2 Gradient. Opérateur Nabla 45
6.3 Divergence et Rotationnel 46
6.4 Théorème de Poincaré 48
6.5 Calcul du potentiel 49
7 Formes différentielles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
7.1 Formes différentielles 51
7.2 n-formes différentielles 52
7.3 Formes exactes. Différentielle de de Rham 54
7.4 La dimension 3 est spéciale. 56
7.5 Formes fermées. Théorème de Poincaré pour les formes différentielles 57
8 Intégrales multiples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
8.1 Définition. Intégrale double 59
8.2 Aire d’une partie quarrable. Théorème de Fubini 60
8.3 Changement de variables dans une intégrale double. Matrice jacobienne
62
8.4 Volume. Intégrales triples. 63
5
On note R p = R
| × ·{z
· · × R} = {X = (x1 , ·, x p )| xi ∈ R, ∀i ∈ [1, · · · , p]} - espace vectoriel réel de
p fois
dimension p.
On s’intéresse aux fonctions f : D ⊂ R p → Rq . Il faut d’abord étudier la structure du domaine D
car le domaine est aussi important que la fonction. Pour cela on va définir une notion de distance.
Définition 1.1.1 Soit E un ensemble non-vide. On dit qu’une application d : E × E → R+ , d :
(x, y) 7→ d(x, y) est une distance sur E si elle vérifie les trois axiomes suivants :
D1 (séparation) ∀(x, y) ∈ E × E, {x = y} ⇔ {d(x, y) = 0};
D2 (symétrie) ∀(x, y) ∈ E × E, d(x, y) = d(y, x);
D3 (inégalité triangulaire) ∀(x, y, z) ∈ E × E × E, d(x, y) ≤ d(x, z) + d(z, y).
Définition 1.1.2 On appelle espace métrique tout couple (E, d) où E 6= 0/ est un espace vectoriel
et d est une distance.
On obtient des boules de formes différentes pour des espaces métriques différents. Pour le voir
je recommande vivement de dessiner des boules unité dans R2 pour les distances d1 , d2 et d∞ .
Définition 1.2.2 Une partie bornée P de R p est une partie de R p pour laquelle on peut trouver
une boule (ouverte ou fermée) qui contient tous les points de P.
Proposition 1.3.1 Dans un espace métrique (E, d), (1) une boule ouverte est un ouvert, et (2) une
boule fermée est un fermé.
Démonstration. (1) Soit y ∈ B(a, r). Alors choisissons ε > 0 t.q. d(a, y) < r − ε (un tel ε existe, car
d(a, y) est strictement plus petit que r). Pour tout z ∈ B(y, ε), montrons que z ∈ B(a, r), cela veut dire
qu’autour de chaque point y de B(a, r) il existe une boule ouverte entièrement contenue dans B(a, r).
Par inégalité triangulaire d(a, z) ≤ d(a, y) + d(z, y) ⇒ d(a, z) < r − ε + ε = r. Donc z ∈ B(a, r), i.e.
chaque point de B(y, ε) appartient à B(a, r) et B(y, ε) ⊂ B(a, r).
(2) Soit {B(a, r) le complémentaire de B(a, r). Il faut montrer que {B(a, r) est un ouvert. Soit
y ∈ {B(a, r). Montrons qu’il existe une boule contenant y entièrement contenue dans {B(a, r).
Puisque y est en dehors de B(a, r), d(a, y) > r. Soit ε = d(a, y) − r > 0.
1.4 Normes des espaces vectoriels 9
Pour tout z ∈ B(y, ε) montrons que z ∈ {B(a, r). En effet, par inégalité triangulaire d(a, z) + d(z, y) ≥
d(a, y) = r + ε. Donc d(a, z) ≥ r + ε − d(z, y). Puisque z ∈ B(y, ε) on a ε > d(z, y) donc d(a, z) >
r + ε − d(z, y) > r + ε − ε = r ⇒ z ∈ {B(a, r). Donc B(a, r) est un complément d’un ouvert, c’est
donc un fermé.
Définition 1.3.2 Soit E un ensemble non-vide et P(E) l’ensemble de ses parties. On appelle
topologie induite par distance (ou topologie tout court) l’ensemble des ouverts T ⊂ P(E)
vérifiant les propriétés suivantes :
1. E et 0/ sont des éléments de T
2. Toute intersection finie d’éléments de T appartient à T
3. Toute réunion d’éléments de T appartient à T .
R Toute norme induit une distance, par contre toutes les distances ne proviennent pas d’une
norme. La distance (4) de l’exemple 1.1 n’est induite par aucune norme (quelle propriétée de
la norme n’est pas forcément satisfaite ?).
10 Chapitre 1. Topologie d’un espace vectoriel réel
Démonstration. — reflexivité : k · k ∼ k · k
— symétrie : si λ kXk ≤ kXk0 ≤ µkXk alors µ1 kXk0 ≤ kXk ≤ λ1 kXk0 .
— transitivité : λ kXk ≤ kXk0 ≤ µkXk et β kXk0 ≤ kXk00 ≤ γkXk0 implique β λ kXk ≤ kXk00 ≤
γ µkXk.
p 1/2
Exemple 1.2 Les normes k Xk2 = ∑1 |xi |2 et k X k∞ = max1≤i≤p |xi | sont équivalentes. En
√
effet, on a kXk2 ≤ (p · kXk2∞ )1/2 = pkXk∞ . Soit k ∈ {1, · · · , p} tel que xk = max{x1 , · · · , x p } =
1/2
kXk∞ , alors kXk∞ = (xk2 )1/2 ≤ ∑1p |xi |2 = kXk2 . Donc √1p kXk2 ≤ kXk∞ ≤ kXk2 .
Exercice.
1. Montrer que toutes les normes k · kn , n ∈ [1, +∞] sont équivalentes.
2. Si k · k ∼ k · k0 montrer qu’il existe une constante λ > 0 t.q. λ kXk ≤ kXk0 ≤ 1
λ kXk et
λ kXk0 ≤ kXk ≤ λ1 kXk0 .
Théorème 1.4.4 (Admis.) Sur un espace vectoriel normé de dimension finie, toutes les normes
sont équivalentes.
R Pour les fonctions de trois variables, la notion analogue à la ligne de niveau est celle de surface
de niveau (Formulez-là !)
Les lignes de niveau et les fonctions partielles sont utiles pour dessiner les graphes des
fonctions.
Exemple 2.1 A. f (x, y) = 4x2 + y2 sur D = {x2 + y2 ≤ 4}. On calcule et représente des lignes
de niveau k = 0, k = 1, k = 2, k = 4, k = −1. Pour k = 0 c’est un seul point (0, 0), avec la valeur
de la fonction 0, pour k = 1, 2, 4 on obtient des ellipses. Par exemple aux points de l’ellipse
14 Chapitre 2. Fonctions de plusieurs variables.
4x2 + y2 = 1 la fonction a la valeur 1, etc. La ligne de niveau k = −1 est l’ensemble vide (la
fonction ne prend la valeur −1 en aucun point). Au point (0, 0) les fonctions partielles sont
x 7→ 4x2 et y 7→ y2 .
B. Sur D = {x2 + y2 ≤ 4} et x 6= 0 on considère la fonction f (x, y) = y/x avec ses lignes de niveau
k = 0, 1, −1, 2, −2. Ce sont des intervalles des droites y = 0, y = x, y = −x, y = 2x, y = −2x
sans le point x = y = 0. La valeur de la fonction sur la droite y = x est égale à 1, sur y = −x est
égale à −1, etc.
Il y a une autre définition de la limite d’une fonction utilisant ε − δ qui est équivalente à la
définition 2.2.2.
Définition 2.2.3 Soit f : D → Rq une fonction définie sur une partie D de R p et A un point
adhérent à D, L un point de Rq . On dit que f a pour limite L lorsque X → A si : (∀ε > 0, ∃η >
0 ; kX − Ak ≤ η, X ∈ D) =⇒ (k f (X) − Lk ≤ ε).
R
1. La notion de limite ne dépend pas des normes utilisées (pourquoi ?).
2. La limite, si elle existe, est unique (trivial mais très important).
3. La limite partielle : soit D1 ⊂ D un sous-ensemble et A un point adhérent à D1 . Si f (X)
tend vers L lorsque X tend vers A en restant dans D, alors f (X) tend vers la même limite
L si X tend vers A en restant dans D1 . En particulier, si on regarde le comportement des
fonctions partielles au même point, elles doivent toutes avoir la même limite (si elle
existe, bien sûr).
1 1
lim = .
X→A f (X) limX→A f (X)
2.3 Continuité
Définition 2.3.1 Une fonction f est continue en un point A ∈ D si la limite de f en ce point
existe et est égale à la valeur de la fonction en A.
La fonction est continue sur D si elle est continue en tout point de D.
Propriété 2.3.1 Opérations sur les fonctions continues : suite à la Proposition 2.2.2 la somme, le
produit et le quotient (là où le dénominateur ne s’annule pas) des fonctions continues sont continus.
La composée de fonctions continues est continue.
p
Définition 2.3.3 Soit f : D ⊂ R p → Rq . Soit X0 = (x01 , . . . , x0 ) ∈ D. Pour i = 1 . . . , p, on appelle
i-ème fonction partielle de f en X0 la fonction :
Di ⊂ R → Rq
fX0 ,i :
x 7→ f (x0 , . . . , x0i−1 , x, x0i+1 , . . . , x0p )
1
et
0·y
si y 6= 0,
0 + y2
f(0,0),2 : y 7→
0 si y = 0.
.
Une autre démonstration du fait que f n’est pas continue en (0, 0) : prenons une restriction de f
sur la droite D1 définie par l’équation y = x.
xx 1
lim f (x, y) D1
= lim = .
(x,y)→(0,0) x→0 x2 + x2 2
Donc la fonction f restreinte à un sous-ensemble D1 de R2 n’a pas la même limite que la même
fonction restreinte à deux autres sous-ensembles de R2 . (Les fonctions partielles f(0,0),1 et f(0,0),2
sont des restrictions de f aux droites y = 0 et x = 0 respectivement). Or la limite, si elle existe,
doit être unique (remarque 2.2), donc la limite n’existe pas.
Exemple 2.3
2.4 Coordonnées polaires 17
donc on a :
2 2 x−a → 0 x→a
(x − a) + (y − b) → 0 ⇔ ⇔
y−b → 0 y→b
Donc lim(x,y)→(a,b) x2 + y2 = a2 + b2 , c’est exactement ce qu’on cherche a montrer, et alors
la fonction est continue en chaque point.
En général on ne vérifie pas la continuité en chaque point comme dans cet exemple - aux
points réguliers on utilise plutôt les propriétés des fonctions continues.
2. Prenons un autre exemple :
( y
, si x 6= 0
f (x, y) = x
3, si x = 0
y
alors f (a, b) = pour x 6= 0 étant une fraction de fonctions continues est continue mais
x
pour x = 0 sur les droites y = kx on obtient des limites différentes quand x → 0. On
conclut que la fonction n’est pas continue en (0, b), ∀b ∈ R. Il y a une droite des points de
discontinuité. Cette droite a pour équation x = 0.
Définition 2.3.4 Soit f : D → Rq une fonction définie sur une partie D de R p . Soit A un point
adhérent à D n’appartenant pas à D. Si f a une limite L lorsque X → A on peut étendre le domaine
de définition de f à D {A} en posant f (A) = L. On dit que l’on a prolongé f par continuité
S
au point A.
Théorème 2.3.3 (Admis) Soit f : D → Rq une fonction définie sur une partie D de R p . Les
propriétés suivantes sont équivalentes :
1. f est continue
2. Pour tout ouvert U de Rq , f −1 (U) est un ouvert de R p
3. Pour tout fermé F de Rq , f −1 (F) est un fermé de R p
4. Pour toute suite (Xn )n∈N de D ⊂ R p convergeant vers A, la suite ( f (Xn ))n∈N converge vers
f (A) pour tout A ∈ D.
Exemple 2.4
1. Soit la fonction f : R2 → R définie de la façon suivante
2
x − y2
si (x, y) 6= (0, 0),
2
f : (x, y) 7→ x + y2
0 si (x, y) = (0, 0).
Cette fonction est continue sur R2 \ {(0, 0)} en tant que fraction de fonctions continues. En
(0, 0) on a :
x2 − y2 x 2 − y2 r2 cos2 t − r2 sin2 t
lim = √ lim = lim .
(x,y)→(0,0) x2 + y2 2
(x−0)2 +(y−0)2 →0 x + y
2 r→0 r2
Cette limite est égale à cos2 t − sin2 t. Le résultat dépend de t, i.e. il n’y a pas de limite
unique, donc la limite n’existe pas et f n’est pas continue en (0, 0).
2. Soit la fonction g : R2 → R définie de la façon suivante :
x3
si (x, y) 6= (0, 0),
2
g : (x, y) 7→ x + y2
0 si (x, y) = (0, 0).
Cette fonction est continue sur R2 \ {(0, 0)} en tant qu’une fraction des fonctions continues.
En (0, 0) on a :
x3 x3 r3 cos3 t
lim = √ lim = lim
(x,y)→(0,0) x2 + y2 2
(x−0)2 +(y−0)2 →0 x + y
2 r→0 r2
Cette limite est égale au produit des limites : limr→0 (cos3 t) limr→0 r = 0, car | cost| ≤ 1
- une fonction bornée. Finalement, la fonction g est continue en (0, 0) et donc elle est
continue sur R2 .
Définition 2.5.1 Une partie compacte (un compact) de R p est une partie fermée et bornée.
Il existe au moins deux differentes façons de définir un compact dans un espace normé, mais dans
R p elles sont équivalentes à celle qu’on donne ici.
Exemple 2.5 Dans R un intervalle fermé, et dans R p les boules fermées sont des exemples de
compacts.
Théorème 2.5.1 (Admis) Soit f : D → Rq une fonction continue sur une partie D ⊂ R p et K une
partie compacte de R p contenue dans D. Alors, f (K) est une partie compacte de Rq .
Corollaire 2.5.2 Une fonction continue sur un compact est bornée et atteint ses bornes.
Cela signifie que sur un compact K ∈ R p il existe au moins un point Xm ∈ K et au moins un point
XM ∈ K tels que pour tout X ∈ K on ait
Attention : Γ est un objet géométrique tandis que γ, une fonction continue, est un objet analytique.
Un arc continu admet une infinité de paramétrages possibles.
Définition 2.6.2 Soit E un sous-ensemble de R p . On dit que E est connexe par arc si, étant
donnés deux points arbitraires A et B de E on peut trouver un arc continu Γ, d’extrémités A, B
entièrement contenu dans E.
Théorème 2.6.1 — des valeurs intermédiaires. Soit f : D → R une fonction continue sur une
partie D ⊂ R p connexe par arc. Soit A, B deux points de D. Pour tout nombre réel r compris entre
f (A) et f (B) il existe un point C de D tel que f (C) = r.
Démonstration. Ici on utilise le théorème des valeurs intermédiaires des fonctions d’une variable.
Soit γ : [a, b] → D un paramétrage d’un arc continu tel que γ(a) = A et γ(b) = B. La fonction
d’une variable f ◦ γ : I → R est continue étant une composition de fonctions continues donc, par
le théorème des valeurs intermédiaires, il existe c ∈ [a, b], tel que f ◦ γ(c) = r. Soit C = γ(c), alors
C ∈ D et f (C) = r.
3. Calcul Différentiel
∂f 0 f (a1 , · · · , xi , · · · , a p ) − f (a1 , · · · , ai , · · · , a p )
(A) = fA,i (ai ) = lim .
∂ xi xi →ai xi − ai
Pour une fonction de deux variables f : D ∈ R2 → R en point A = (a, b) ∈ D les dérivées partielles
de f (x, y) en (a, b) sont les dérivées des fonctions partielles f (x, b) et f (a, y) qui se calculent alors :
Exemple 3.1 Soit f (x, y) = 2x2 − 3xy + 4y2 . Calculer les dérivées partielles au point (1, 2). En
considérant y constant et en dérivant par rapport à x on a :
∂f
(x,y)=(1,2)
= (4x − 3y) (x,y)=(1,2)
= −2
∂x
En considérant x constant et en dérivant par rapport à y on a :
∂f
(x,y)=(1,2)
= (−3x + 8y) (x,y)=(1,2)
= 13
∂y
La matrice jacobienne Jac( f )(X0 ) fait passer de R p dans Rq : elle a p colonnes et q lignes.
∂ f1 ∂ f1
∂ x1 (X0 ) . . . ∂ x p (X0 )
Jac( f )(X0 ) = .. ..
. (3.2)
. .
∂ fq ∂ fq
(X0 ) . . . (X0 )
∂ x1 ∂ xp
Autrement dit, pour une fonction vectorielle f (x1 , ·x p ) à valeurs dans Rq la matrice jacobienne a
pour colonnes les vecteurs ∂∂ xfi . En particulier, pour une fonction de p variables à valeurs réelles, la
matrice jacobienne est simplement une matrice-ligne :
∂f ∂f
Jac( f )(x1 , · · · , x p ) = ,··· , .
∂ x1 ∂ xp
Sa matrice transposée - la matrice-colonne :
−−→ † ∂f ∂f
grad f (x1 , · · · , x p ) = ,··· ,
∂ x1 ∂ xp
s’appelle le gradient de f .
des fonctions telles que g en X0 ∈ D et h en g(X0 ) ∈ E sont des fonctions continument dérivables
(i.e. les dérivées partielles existent et sont continues) alors pour tout i ∈ {1, · · · , p}, j ∈ {1, · · · , q} :
∂ fj ∂ (h ◦ g) j
(X0 ) = (X0 )
∂ xi ∂ xi (3.3)
∂hj ∂ g1 ∂hj ∂ gm
= (g(X0 )) (X0 ) + · · · + (g(X0 )) (X0 )
∂ y1 ∂ xi ∂ ym ∂ xi
ce qui nous donne les entrées d’une matrice jacobienne de f qui est un produit des matrices
jacobiennes de h et g.
En particulier, si
pour f = h ◦ g : R p → R on a
Exemple 3.2 1. Soit f (x) = ex sin2 x. On peut voir f comme une composition de deux
fonctions g : R → R2 , g(x) = (ex , sin x) et h : R2 → R, h(y1 , y2 ) = y1 · (y2 )2 .
On a deux façons de calculer la dérivée de f - directement ou en utilisant la Proposition
(3.2.1) :
∂ F dx ∂ F dφ (x)
f 0 (x) = + = F10 (x, φ (x)) + F20 (x, φ (x))φ 0 (x) = 0.
∂ y1 dx ∂ y2 dx
F10
D’où φ 0 (x) = − (x, φ (x)).
F20
24 Chapitre 3. Calcul Différentiel
Définition 3.3.1 Une fonction f : D ⊂ R p → R de classe Ck est une fonction dont toutes les
dérivées partielles jusqu’à l’ordre k existent et sont continues. Une fonction est dite de classe C∞
si elle est de classe Ck pour tout k ∈ N.
R Le théorème de Schwarz implique que les dérivées partielles d’ordre k, k ≥ 2, d’une fonction
de classe Ck , f : D ⊂ R p → R ne dépendent pas de l’ordre dans lequel les dérivées partielles
sont prises. Par exemple, pour une fonction de deux variables f (x, y) de classe C3 , on a :
∂3 f ∂3 f
= 2 .
∂ x∂ y∂ x ∂ x ∂ y
3.4 Différentielle
Lors de l’équation (3.1), en essayant de généraliser l’expression pour la dérivée d’une fonction
d’une variable aux fonctions de plusieurs variables, nous avons introduit les fonctions de dérivées
partielles, qui sont utiles et révèlent certaines informations sur le comportement de la fonction mais
n’apportent pas toute l’information.
Nous allons réécrire l’équation (3.1) sans division et la généraliser aux fonctions de plusieurs
variables.
Définition 3.4.1 Soit f : D ⊂ R p → Rq , A ∈ D. La différentielle d f (A) de f au point A est une
application linéaire de R p dans Rq telle que au voisinage de A on a :
Ici, H ∈ R p , tel que A + H est au voisinage de A. La fonction f est dite différentiable au point
A si elle possède une différentielle en ce point. La fonction f est dite différentiable dans un
domaine D si elle est différentiable en tout point de D.
Cette application agit sur les vecteurs de R p et les envoie vers Rq , en particulier ( d f (A))(H) ∈
q
R . Le reste, r(H) = o(kHk), dit “petit o” de kHk, est une fonction r : D ⊂ R p → Rq , négligeable
devant kHk. On peut comparer leurs normes :
kr(H)kRq
lim = 0.
kHk→0 kHkR p
Si elle existe, la différentielle d f (A) est unique. On la note selon les auteurs ou les circons-
tances :
L = D f (A) ou d f (A) ou DA f ou dA f .
La différentielle d f (A), si elle existe, est donnée par une matrice de taille p × q (une application
linéaire de R p vers Rq écrite dans des bases des espaces vectoriels R p et Rq ). Cette matrice est
appellée la matrice jacobienne.
La différentiabilité entraîne l’existence des dérivées partielles. On peut le voir sur un exemple
d’une fonction f à p variables à valeurs réelles (q = 1). Par définition :
∂f f (a1 , · · · , ai + hi , · · · , a p ) − f (a1 , · · · , ai , · · · , a p )
(A) = lim .
∂ xi hi →0 hi
Ici H est le vecteur transposé de (0, · · · , hi , · · · , 0). Donc r(H) = o(kHk) = o(hi ) et
d f (A)(H) + r(H) d f (A)(H)
lim = lim .
hi →0 hi hi →0 hi
Donc ici
∂f
d f (A) †(0, · · · , 0, hi , 0, · · · , 0) = (A) · hi
∂ xi
et par linéarité
p
∂f
d f (A) †(h1 , · · · , hi , · · · , h p ) = ∑ (A) · hi
i=0 ∂ xi
On sait que f n’est pas différentiable en (0, 0) parce qu’elle n’est même pas continue.
Comment se comportent ses dérivées partielles au voisinage de (0, 0) ?
∂f y0 (y2 − x2 ) ∂f
On a vu que si (x0 , y0 ) 6= (0, 0), (x0 , y0 ) = 2 0 2 02 et que (0, 0) = 0. Donc
∂x (x0 + y0 ) ∂x
∂f
est bien définie au voisinage de (0, 0), mais elle n’est pas continue : si xn = 1/n et
∂x
∂f 2/n2 2/n2
yn = 2/n, on a lim xn = 0, lim yn = 0, et (xn , yn ) = = . Donc,
n→+∞ n→+∞ ∂x (1/n2 + 4/n2 )2 25/n4
∂f
lim (xn , yn ) 6= 0.
n→+∞ ∂ x
2. Soit
R2 → R2
f:
(x, y) 7→ (x2 y2 , x + y)
∂f
est-elle différentiable en 2 ? Soit x0 ∈ R, (x0 ) = 2x0 . Elle est continue en 2 donc f est
∂x
∂f
différentiable en 2 et Jac( f )(2) = (2) = f 0 (2) = 4.
∂x
4. Propriétés géométriques des fonctions de plusieurs variables
∂f
R Les dérivées partielles sont des dérivées directionnelles de f en A en direction de vecteurs
∂ xi
de base ei = t (0, · · · , |{z}
1 , · · · , 0).
i
→
−
Proposition 4.1.1 Soit f : D ⊂ R p → R, de classe C1 , en A ∈ D et V un vecteur de R p . Alors, la
→
−
dérivée directionnelle de f en A en direction de vecteur V est égale au produit scalaire du gradient
→
−
de f au point A et du vecteur V :
−−→ →
−
− f (A) = grad f (A) · V
D→ (4.1)
V
composée. Sa dérivée en 0 :
dF d( f ◦ u) ∂f ∂ x(t) ∂f ∂ y(t)
(0) = (0) = · (0) + · (0)
dt dt ∂ x (x,y)=(x0 ,y0 ) ∂t ∂ y (x,y)=(x0 ,y0 ) ∂t
∂f ∂f −−→ → −
= (x,y)=(x ,y )
·λ + (x,y)=(x ,y )
· µ = grad f · V
∂x 0 0 ∂y 0 0
4.2 Gradient.
Soit f : D ⊂ R2 → R une fonction de classe C1 . Son gradient, pris en tout point de D définit une
−−→
fonction à valeurs vectorielles grad f : D ⊂ R2 → R2 , noté aussi :
→
−
∂f ∂f
∇ f (x, y) := , (x, y).
∂x ∂y
Propriété [a] : Le gradient est perpendiculaire à la ligne de niveau
Définition 4.2.1 Soit X un point d’une courbe Γ ∈ R p et T une droite tangente à Γ au point X.
→
− →
−
On dit qu’un vecteur V est perpendiculaire à la courbe Γ au point X si V est perpendiculaire
→
−
à T. Dans ce cas on dit aussi que V est normal à la courbe Γ au point X.
En particulier, cela signifie que le produit scalaire de V et du vecteur directeur de T est égal à 0.
Soient D ⊂ R2 , f : D → R et (x, y) ∈ D, alors si f (x, y) = a, (x, y) appartient à la ligne de niveau
La ( f ).
→
−
Théorème 4.2.1 Le vecteur gradient ∇ f (x, y) est normal à la courbe La ( f ) au point (x, y).
√
Exemple 4.1 A. f (x, y) = x2 + y2 . La ( f ) = C((0, 0), a) - cercle de centre (0, 0) et de rayon
√ ∂f ∂f
a. (x, y) = 2x, (x, y) = 2y. On remarque que (2x, 2y) = 2(x, y) est 2 fois le vecteur radial
∂x ∂y
qui est en effet orthogonal au cercle.
B. Soit la courbe d’équation x2 − y = 0. Pour calculer la normale en chaque point de cette
2
courbe, on la voit comme une ligne de niveau 0 dela fonction f (x, y) = x − y. La normale est
→
− 2x
donc donnée par son gradient : ∇ f (x, y) = .
−1
Théorème 4.2.2 Le gradient en (x, y) indique la direction de plus grande pente ≥ 0 sur Γ f à
partir d’un point en question.
Démonstration.
→
−
f ((x, y) + →
−
v ) − f (x, y) = ∇ f (x, y) · →
−
v + o(k→
−v k)
→
− →
−
Le produit scalaire ∇ f (x, y)· →−v vaut k ∇ f (x, y)k·k→
−
v k cos θ , où θ est l’angle entre les deux vecteurs.
L’accroissement de la fonction atteint le maximum quand cos θ = 1, alors → −v doit être parallèle à
→
−
∇ f (x, y).
R En suivant la ligne de plus grande pente dans D on a, sur le graphe, le chemin le plus court à
parcourir pour obtenir une variation donnée de f . Autrement dit, si on veut passer le plus vite
possible du niveau a au niveau b à partir d’un point (x, y) donné de niveau a = f (x, y), il faut
suivre le gradient.
Rappel : petit o. Soient f et g deux fonctions d’une variable à valeurs réelles. On dit que
g = o( f ) au point a si :
g(x)
lim =0
x→a f (x)
Exemple : u(x) = x3 , v(x) = x2 + 2x. En a = 0 on a u(x) = o(v(x)) et en a = +∞ on a v(x) = o(u(x)).
Rappel : La formule de Taylor avec le reste en forme de Lagrange. Si f est n + 1 fois
différentiable en a, on a une approximation de f par un polynôme :
f (n) (a) n
f (a + t) = f (a) + f 0 (a)t + · · · t + rn (a,t)
n!
f (n+1) (θ ) n+1
où il existe θ ∈ [a, a + t] tel que rn (a,t) = t . C’est une conséquence du théorème des
(n + 1)!
accroissements finis : si f est continue et dérivable sur l’intervalle [a, b], a < b alors ∃x0 ∈ [a, b] tel
que f (b) = f (a) + f 0 (x0 )(b − a).
32 Chapitre 4. Propriétés géométriques des fonctions de plusieurs variables
∂
Démonstration. Ici ∂i := . Soit F(t) = f (A+tH) une fonction composée d’une variable à valeurs
∂ xi
réelles. On va utiliser la formule de Taylor-Lagrange pour cette fonction. Pour cela on remarque
que :
p
∂ f (A + tH) d(ai + thi )
F 0 (t) = ∑ · .
i=1 ∂ xi dt
Pour la k-ème dérivée de la fonction composée F(t) on a :
d(ai1 + thi1 ) d(aik + thik )
F (k) (t) = ∑(∂ik · · · (∂i1 f (A + tH) ) · · · ) ···
| {z } dt dt
k fois
où on prend la somme sur tout i1 ∈ {1, · · · , p}, · · · , ik ∈ {1, · · · , p}. On remarque que
d(aik + thik )
= hi , ∀i ∈ {1, · · · , p}.
dt
Par le binôme de Newton cette formule se réécrit :
F (k) (t) = (h1 ∂1 + · · · + h p ∂ p )k f (A + tH)
On écrit a formule de Taylor-Lagrange pour la fonction F(0 + t) au voisinage de 0 :
1 (n) 1
F(t) = F(0) + F 0 (0)t + · · · + F (0)t n + F (n+1) (θ )t n+1 , θ ∈ [0,t].
n! (n + 1)!
Pour t = 1 on a :
1 (n) 1
F(1) = F(0) + F 0 (0)t + · · · F (0) + F (n+1) (θ ), θ ∈ [0, 1]
n! (n + 1)!
D’où :
n
1
f (a1 + h1 , · · · , a p + h p ) = f (a1 , · · · , a p ) + ∑ (h1 ∂1 + · · · + h p ∂ p )k f (A) + rn (A, H)
k=1 k!
Le dernier terme est le reste :
1
rn (A, H) = (h1 ∂1 + · · · + h p ∂ p )n+1 f (A + θ H) ≡ o(kHkn ).
(n + 1)!
4.4 Vecteur normal et plan tangent à un graphe d’une fonction de 2 variables 33
La matrice-colonne des entrées ∂i f est la matrice Jacobienne. La matrice p × p des dérivées secondes
s’appelle la matrice Hessienne de f en A. Par le théorème de Schwarz cette matrice est symétrique
si f est de classe C2 . La forme quadratique α(u) = ∑i,p j=1 αi j ui u j s’appelle la forme hessienne de f
en A.
est le graphe de la fonction f sur D (définition 2.1.1). Il est évident que l’application :
est une bijection. Puisque les points de S sont donnés par des paires de nombres (x, y), l’ensemble S
est une surface de dimension 2 dans R3 .
34 Chapitre 4. Propriétés géométriques des fonctions de plusieurs variables
x = x0 + t, y = y0 , z = f (x0 + t, y0 )
x = x0 , y = y0 + t, z = f (x0 , y0 + t)
pour lequel la coordonnée x = x0 ne change pas. Ces chemins partant de points différents de la
surface S tracent des lignes de coordonnées sur S. Pour cette raison on appelle (x, y) les coordonnées
curvilignes sur S.
B. Plan tangent
Si la fonction z = f (x, y) est différentiable en (x0 , y0 ) ∈ D, alors, quand (x, y) → (x0 , y0 ) on a :
q
f (x, y) = f (x0 , y0 ) + α(x − x0 ) + β (y − y0 ) + o (x − x0 )2 + (y − y0 )2 (4.4)
z = z0 + α(x − x0 ) + β (y − y0 ) (4.5)
∂f ∂f
avec α = (x0 , y0 ), β = (x0 , y0 ) est appellé le plan tangent au graphe de la fonction
∂x ∂y
z = f (x, y) au point (x0 , y0 , f (x0 , y0 )).
[Link] normal
Soit (x, y, z) ∈ D ⊂ R3 et F(x, y, z) = 0 l’équation implicite d’une surface S (précédemment on
avait une surface : z = f (x, y) pour laquelle F(x, y, z) = f (x, y) − z.) Soit
x = f (t)
t ∈ I ⊂ R, γ : t 7→ y = g(t)
z = h(t)
4.4 Vecteur normal et plan tangent à un graphe d’une fonction de 2 variables 35
l’équation paramétrique d’une courbe de la surface passant par le point P0 (x0 , y0 , z0 ), c’est-à-dire
qu’il existe
t0 ∈ I, tel que (x0 , y0 , z0 ) = ( f (t0 ), g(t0 ), h(t0 )) et (x, y, z) = ( f (t), g(t), h(t))
qui satisfont l’équation F(x, y, z) = 0 pour tout t ∈ I. Soit u(t) = F( f (t), g(t), h(t)) une fonction
composée de I → R, qui est identiquement nulle sur I. Donc au point t = t0 on a
du ∂ F d f ∂ F dg ∂ F dh
0= = · + · + · (4.7)
dt ∂ x dt ∂ y dt ∂ z dt
t d f dg dh t ∂F ∂F ∂F −−→
De l’équation (4.7) suit que le vecteur , , est orthogonal au vecteur , , ≡ gradF(P0 ).
dt dt dt t=t0 ∂x ∂y ∂z
d f dg dh
Le vecteur t , , est un vecteur quelconque dans l’espace tangent à S au point P0 .
dt dt dt t=t0
Donc le vecteur
−−→ t ∂F ∂F ∂F
gradF(P0 ) = , , (P0 )
∂x ∂y ∂z
est orthogonal à tout vecteur tangent à la surface S passant par P0 . Cela signifie exactement que le
vecteur gradient est normal à la surface S.
L’équation du plan tangent à la surface donnée par l’équation F(x, y, z) = 0 est facile à établir :
−−→
c’est le plan passant par P0 tel que tout vecteur de ce plan est orthogonal à gradF(P0 ). Les coor-
−−→ −−→
données d’un point M(x, y, z) du plan vérifient : P0 M · gradF(P0 ) = 0. Ce produit scalaire donne
l’équation du plan tangent :
∂F ∂F ∂F
(x − x0 , y − y0 , z − z0 ) · , , (P0 ) = 0.
∂x ∂y ∂z
∂F ∂F ∂F
(x − x0 ) (P0 ) + (y − y0 ) (P0 ) + (z − z0 ) (P0 ) = 0.
∂x ∂y ∂z
On peut comparer cette formule à la formule (4.6).
5. Extrema
R En dimension p = 1 la fonction a des points extrémaux sur un intervalle. Soit ils sont à
l’intérieur de l’intervalle, auquel cas ils vérifient f 0 (x) = 0, soit ils sont au bord de l’intervalle
(sur le bord, la condition f 0 (x) = 0 n’est pas forcément satisfaite). Donc pour trouver les
extrema on cherche d’abord des points critiques (où la derivée s’annule), puis on compare la
valeur des points critiques avec les valeurs sur le bord de l’intervalle. Les valeurs max et min
se trouvent parmi ces valeurs-là.
38 Chapitre 5. Extrema
Définition 5.2.1 Soit f : D → R une fonction de classe C1 sur une partie D de R p . On dit que
A ∈ D est un point critique de f si toutes les dérivées partielles s’annulent en A (équivalent à
dire que le gradient de f est nul en A, équivalent à dire aussi que la différentielle de f est nulle en
A).
1 2∂2 f ∂2 f 2
2∂ f
f (a + h, b + k) − f (a, b) = h (a, b) + 2hk (a, b) + k (a, b) + o(k(h, k)k2 )
2 ∂ x2 ∂ x∂ y ∂ y2
1 2∂2 f ∂2 f 2
2∂ f
h (a, b) + 2hk (a, b) + k (a, b)
2 ∂ x2 ∂ x∂ y ∂ y2
S 2
Puisque le premier terme h + k ≥ 0, c’est le deuxième terme qui définit si la forme est de
R
signe défini. Alors,
T S2
— Si ( − 2 ) > 0 (⇔ RT − S2 > 0) on a un maximum si R < 0 et minimum si R > 0.
R R
— Si RT − S2 < 0 on a un point selle.
Exemple 5.1 Extrema locaux et globaux de f (x, y) = 2x2 y + 2x2 + y2 sur R2 . Points critiques :
∂f
= 4xy + 4x = 0
x(y + 1) = 0
∂x ⇒
∂f x2 + y = 0
= 2x2 + 2y =0
∂y
On trouve alors trois points critiques (0, 0), (−1, −1) et (1, −1).
R = 4y + 4 4 0 0
S = 4x 0 -4 4
T =2 2 2 2
RT − S2 8 −16 −16
Signe de R >0
donc pas de maximum global. Pas de minimum global non plus car
Ici on a utilisé un critère par le signe du déterminant (et de la trace) de la matrice hessienne pour
déterminer la nature du point critique. Si le déterminant est 0 on doit regarder la formule de Taylor à
l’ordre supérieur (à l’ordre 3 et parfois plus).
cette équation. Quand on cherche les extrema de la fonction f sur C on dit qu’on étudie les extrema
de f assujettie à la contrainte g(x, y) = 0. Ce sont des extrema liés.
Exemple 5.3 Exemple A. Voici un exemple de problème de recherche d’extrema liés : parmi
des rectangles avec la somme de cotés 2p (où p est un nombre positif donné), trouver un rectangle
à l’aire maximale. Soient x, y les cotés du rectangle. Alors on a σ (x, y) = xy l’aire, qui doit être
maximale tandis que (x, y) sont sousmis à la condition x + y = p. Ici, il est facile d’exprimer y
par x et trouver un maximum d’une fonction d’une variable ainsi obtenue.
Il est rare que l’on puisse exprimer y directement comme une fonction de x en utilisant la
contrainte.
Exemple B. Regardons un exemple de la page 362 [2] : la fonction f (x, y) = x2 + y2 et la
contrainte, la courbe C, définie par une équation g(x, y) = 0. Il s’agit de trouver un minimum de
f , lié par cette relation g(x, y) = 0. C’est un minimum de f sur la courbe C. Géométriquement on
peut résoudre le problème en traçant des lignes de niveau de f . Les lignes de niveau de f sont
des cercles concentriques du centre (0, 0). Si on trace des cercles de rayons croissants, jusqu’à
leur rencontre avec la courbe C, la valeur critique est sur le cercle qui touche la courbe. Faites un
dessin - c’est instructif (dessinez une courbe quelconque et tracez les cercles).
∂f ∂g
(a, b) − λ (a, b) = 0
∂x
∂x
∂f ∂g
(a, b) − λ (a, b) = 0
∂y ∂y
g(a, b) = 0
Exemple 5.4 Trouver le point de la courbe y = x2 qui est le plus près du point (0, h). Alors, ici
g(x, y) = y − x2 , et f (x, y) = x2 + (y − h)2 - le carré de la distance. Les gradients nous donnent
2x + 2λ x = 0
2(y − h) − λ = 0
y − x2 = 0
42 Chapitre 5. Extrema
p
Les solutions : soit x = 0, et alors yp= 0 aussi, ou bien λ = −1 et y = h − 1/2, x = ± h − 1/2.
Alors pour h ≥ 1/2, les points (± h − 1/2, h − 1/2) sont à la distance minimale de (0, h). Si
h < 1/2 on a (0, 0) comme point le plus proche.
Théorème 5.4.2 Soit f une fonction C2 sur un compact K ⊂ R2 , alors f atteint un minimum et
un maximum globaux sur K. Ces points d’extrema sont
−−→
— soit des points intérieurs de K, auquel cas ce sont des points critiques (grad f = 0 en ces
points)
— soit ils sont sur le bord ∂ K de K auquel cas ils sont donnés par le calcul des extrema liés en
utilisant des multiplicateurs de Lagrange.
Exemple 5.5 Trouver les extrema globaux de f (x, y) = y + y2 − x2 + 3 sur B(0, 1) disque de
centre (0, 0) de rayon 1. On cherche les points critiques :
∂f
= −2x = 0
∂x
∂f
= 1 + 2y = 0
∂y
On trouve un seul point critique (0, −1/2). Ce point se trouve dans le disque et sa valeur est
f (0, −1/2) = 11/4
√ √
15 1 15 1 15
On trouve les points (0, ±1) et (± , − ). Les valeurs : f (0, 1) = 5, f (0, −1) = 3, f (± ,− ) = .
4 4 4 4 8
On√compare ces valeurs et conclut que le max se trouve au point (0, 1) et le min aux points
15 1
(± , − ).
4 4
sont liées. En d’autres termes, il existe des coefficients réels λ1 , · · · λn , appelés multiplicateurs de
Lagrange, tels que
6.1 Definitions
Définition 6.1.1 Un champ de vecteurs sur D ⊂ R p est une application qui à tout point M de
→
− →
− →− → −
D associe un vecteur V (M) de R p . Soit {O ; i , j , k } un repère orthonormé de R3 , alors un
→
−
champ de vecteurs V (x, y, z), (x, y, z) ∈ D ⊂ R3 est donné par trois fonctions P, Q et R sur D à
valeurs réelles :
→
− →
− →
− →
−
V (x, y, z) = P(x, y, z) i + Q(x, y, z) j + R(x, y, z) k
→
−
On dit que le champ de vecteurs V est de classe Ck sur D si P, Q, R sont de classe Ck .
Les fonctions à valeurs réelles, on les appelle parfois des champs scalaires, tandis que les champs
vectoriels sont des fonctions à valeurs vectorielles. Quand on dessine un champ de vecteurs, on a des
vecteurs associés à tout point du domaine de définition. Pour dessiner un champ de vecteurs, on
prend quelques points sur le plan R2 et en chaque point choisi on calcule la valeur du champ ; on
fait un dessin du vecteur ainsi obtenu en commençant au point choisi. Voici quelques exemples de
champs faciles à dessiner :
Exemple 6.1
→
−
Champ uniforme : champ constant, par exemple, λ i , λ ∈ R.
→
− →
−
Champ convergent : −x i − y j .
→
− →
−
Champ tournant : −y i + x j .
{x, y, z} on a :
−−→ ∂f ∂f ∂f
grad f (X) =
(X), (X), (X) .
∂x ∂y ∂z
→
−
3 ∂ ∂ ∂
Dans R on regarde un opérateur ∇ à coordonnées , , . Cet opérateur vectoriel
∂x ∂y ∂z
→
− →
− ∂ →
− ∂ →
− ∂
∇= i + j + k . (6.1)
∂x ∂y ∂z
−−→ →
− →
−
agissant sur une fonction f est égal au gradient : grad f = ∇ f . Cet opérateur ∇ est aussi appelé
l’opérateur de Hamilton (c’est le même Hamilton (1805 - 1865) qui a introduit le mot "vecteur").
Linéarité du gradient : Soient f1 , f2 des fonctions définies sur une partie de Rn et λ , µ des
−−→ −−→ −−→
nombres réels. Alors grad(λ f1 + µ f2 ) = λ grad f1 + µ grad f2
On peut se poser une question : et si tous les champs de vecteurs sont des gradients de fonctions ?
On voit rapidement que c’est une restriction assez forte.
→
− →
−
Définition 6.2.1 Soit V un champ de vecteurs V : D → R3 , D ⊂ R3 . S’il existe f : D → R tel
− −−→
→ →
− →
−
que V = grad f on dit que le champ V dérive du potentiel scalaire f sur D et V est un champ
de gradient aussi appelé un champ potentiel.
R − −−→
→ →
−
1. La condition V = grad f dans certains livres de physique est donnée avec un signe : V =
−−→
−grad f pour des raisons de convention dans certaines équations.
2. Si la fonction f existe, elle est unique à une constante près.
→
−
A l’aide de l’opérateur ∇ on peut définir des opérations sur des champs - la divergence et le
rotationnel.
→
− →
−
Soit V : D ⊂ R3 → R3 un champ de vecteurs de classe C1 . Le produit scalaire de l’opérateur ∇
→
− →
−
avec le champ V donne une fonction, qui s’appelle la divergence de V .
→
− →
−
Le produit vectoriel de l’opérateur ∇ avec un champ V donne un nouveau champ, qui s’appelle
→
−
le rotationnel de V .
La divergence agit sur des champs de vecteurs et donne des fonctions.
→
− →
− →
− →
− →
−
Définition 6.3.1 Soit V : D → R3 , D ⊂ R3 un champ de vecteurs, V = P i + Q j + R k , où
→
−
P, Q, R sont des fonctions D → R. La divergence de V est
− →
→ − → − ∂P ∂Q ∂R
div V = ∇ · V = + + . (6.2)
∂x ∂y ∂z
Le rotationnel agit sur des champs de vecteurs et donne des champs de vecteurs.
6.3 Divergence et Rotationnel 47
→
− →
− →
− →
− →
−
Définition 6.3.2 Soit V : D → R3 , D ⊂ R3 un champ de vecteurs, V = P i + Q j + R k , où
→
−
P, Q, R sont des fonctions D → R. Le rotationnel de V est
→
− →
− →
−
→
− → i j k
→→
− − −
rot V = ∇ ∧ V = ∂ /∂ x ∂ /∂ y ∂ /∂ z
(6.3)
P Q R
∂R ∂Q → − ∂P ∂R → − ∂Q ∂P → −
= − i + − j + − k.
∂y ∂z ∂z ∂x ∂x ∂y
Exemple 6.2 Système d’équations de Maxwell pour le champ électromagnétique dans le vide :
→
− ρ →
−
1. div E = 2. div B = 0
ε0
→
− →
− →
−
→→
− − ∂B →→
− − j 1 ∂E
3. rot E = − 4. rot B = +
∂t ε0 c2 c2 ∂t
Ici on note :
- ρ(x,t) - la densité volumique de charge électrique au point x = (x1 , x2 , x3 ) à l’instant t,
→
−
- j (x,t) - le vecteur densité de courant,
→
−
- E (x,t) - le vecteur champ électrique,
→
−
- B (x,t) - le vecteur induction magnétique,
- ε0 - la permittivité diélectrique du vide,
- c - la vitesse de la lumière dans le vide (= 299792458 m/s).
→
−
R Propriétés de l’opérateur ∇ :
→
−
Soit V : D → R3 , D ⊂ R3 un champ de vecteurs de classe C1 , et f : D → R une fonction de
classe C1 . Alors, on a
→→
− − →
− → − → −
div(rot V ) = ∇ · ( ∇ ∧ V ) ≡ 0.
Formellement on peut le voir comme un produit mixte, qui est identiquement 0 si les vecteurs
ne sont pas linéairement indépendants. Ici ce ne sont pas des vecteurs mais des opérateurs
→
− →− → −
vectoriels mais le produit mixte de ∇ , ∇ et V est identiquement 0. On a aussi
→ −−→
− →
− →
−
rot grad f = ∇ ∧ ( ∇ f ) ≡ 0. (6.4)
− −−→
→
Démonstration. La relation 6.4 implique que pour qu’il existe f : D → R, tel que V = grad f on a
→→
− −
rot V = 0. Cela se traduit en trois conditions sur les fonctions P, Q et R :
∂R ∂Q
=
∂y ∂z
∂P ∂R
=
∂z ∂x
∂Q ∂P
=
∂x ∂y
La condition suffisante pour un champ d’être un champ de gradient est une condition sur le
domaine de définition du champ.
Remarquez ici que le champ V est défini en tout point de R3 . On ne donne pas ici de démonstration
de ce théorème mais on remarque que le champ de vecteurs en question doit impérativement être de
classe C1 sur R3 . C’est R3 , le domaine de définition du champ, qui joue un rôle important ici.
Voici une définition pertinente :
Définition 6.4.1 Un domaine D ⊂ Rn est simplement connexe si D est connexe par arc (Défini-
tion 2.6.2) et toute courbe fermée de D peut être ramenée à un point par une déformation continue
tout en restant dans D.
→
−
Par le théorème de Poincaré (Théorème 6.4.2), V dérive d’un potentiel scalaire. Déterminons
→
− −−→ →
−
tous les potentiels scalaires f : R3 → R du champ V . on a grad f = V .
∂ f /∂ x = 6x(y + z2 ) (1)
∂ f /∂ y = 3x2 (2)
∂ f /∂ z = 6x z2 (3)
De (2) on a f (x, y, z) = 3x2 y + φ (x, z), où φ : R2 → R est une fonction différentiable. De (1) on a
∂ f /∂ x = 6x(y + z2 ) = ∂ (3x2 y + φ (x, z))/∂ x = 6xy + ∂ φ (x, z)/∂ x. Donc
Il suit
α : U → L (R p , R)
Ici, nous notons B∗ = { dx1 , · · · dx p } la base duale de la base de l’espace des champs de vecteurs, la
base canonique de R p . L’application dxi est donc la i−ème 1-forme coordonnée :
dxi : (x1 , · · · , x p ) 7→ xi
- sur un vecteur de coordonnées (x1 , · · · , x p ) la forme dxi a pour valeur xi (la forme différentielle et
le champ de vecteurs considerés au même point de U). Pour tout X de U, α(X) s’écrit dans B∗ avec
des coefficients ai qui dépendent du point X :
p
α(X) = ∑ ai (X) dxi (7.2)
i=1
Définition 7.1.2 Une 1-forme différentielle α est de classe Ck sur un ouvert U si les fonctions ai
qui interviennent dans (7.2) sont de classe Ck sur U.
→
− →
− →
− →
−
Exemple 7.1 Le produit vectoriel V ∧ W , où V , W ∈ R3 est un exemple d’une forme anti-
symétrique à valeurs dans R3 .
Ce qui nous intéresse ici ce sont des formes anti-symétriques à valeurs dans R. On introduit le
produit des formes linéaires de sorte qu’à deux formes A ∈ L ((R p )k , R) et B ∈ L ((R p )l , R) on
associe une forme A ∧ B ∈ L ((R p )k+l , R). Ce produit est appelé le produit extérieur. Le produit
extérieur, noté ∧, est
— associatif : (A ∧ B) ∧C = A ∧ (B ∧C)
— distributif : (A + B) ∧C = A ∧C + B ∧C
— anti-symétrique : A ∧ B = (−1)kl B ∧ A pour A ∈ L ((R p )k , R) et B ∈ L ((R p )l , R).
En particulier, si on a deux 1-formes A, B ∈ L (R p , R) leur produit A ∧ B ∈ L ((R p )2 , R) est anti-
symétrique :
A ∧ B = −B ∧ A
En général, le produit extérieur des formes A1 , . . . , Ak ∈ L (R p , R), A1 ∧ . . . ∧ Ak est une k-forme
anti-symétrique qui, évaluée sur k vecteurs de R p a pour valeur :
→
− →
−
A1 ( V 1 ) · · · Ak ( V 1 )
→
− →
− →
−
A1 ∧ . . . ∧ Ak ( V 1 , . . . , V k ) = ··· ··· ··· = det(A j ( V i )) (7.3)
→
− →
−
A1 ( V k ) · · · Ak ( V k )
7.2 n-formes différentielles 53
ω : U → L ((R p )k , R)
telle que, pour tout x de U, ω(x) est une k-forme alternée sur R p . On note Ωk (U) l’espace des
k-formes différentielles sur U ⊂ R p .
Une k-forme différentielle est aussi appelée une forme différentielle de degré k.
On considère les fonctions à valeurs réelles comme des 0-formes différentielles.
Par exemple les 2-formes différentielles sur U ⊂ R2 forment l’espace des formes bilinéaires
alternées. Donc si on a deux formes α, β ∈ Ω1 (U), alors on a un produit α ∧ β ∈ Ω2 (U) tel que
α ∧ β = −β ∧ α. En dimension 2 dans la base ( dx, dy) les 1-formes sont α(x, y) = P(x, y) dx +
Q(x, y) dy et les 2-formes ω(x, y) = h(x, y) dx ∧ dy. Il n’y a pas de formes dx ∧ dx ou dy ∧ dy à cause
de l’anti-symétrie, et dx ∧ dy = − dy ∧ dx. Une k-forme différentielle dans R p peut se décomposer
où fi1 i2 ···ik (X) sont des fonctions sur U ⊂ R p et dxi j sont des éléments de la base de (R p )∗ =
L (R p , R).
On peut définir la valeur d’une k-forme donnée évaluée sur k champs de vecteurs au point donné.
On utilise la dualité entre les formes différentielles et les champs point par point donnée par le
produit scalaire < ·, · > .
Exemple 7.2
1. On peut regarder une 1-forme z dx dans R3 au point (5, −2, 3) évaluée sur un champ
→
− →
− →
− →
−
vectoriel V (x, y, z) = x2 i + xy j + 2z k . La forme z dx au point (5, −2, 3) est égale à 3 dx.
La valeur du champ
→
− →
− →
− →
−
V (5, −2, 3) = 52 · i − 5 · 2 · j + 6 · k .
→
−
L’évaluation de la 1-forme 3 dx sur V (5, 2, 3) est alors
→
− →
− →
− →
−
< 3 dx, 25 · i − 10 · j + 6 · k >= 3 · 25 < dx, i >= 75.
→
− → − → −
On utilise le fait que { dx, dy, dz} forme la base duale de la base { i , j , k } et par consé-
→
− →
− →
−
quent < dx, i >= 1, < dx, j >=< dx, k >= 0.
2. On regarde une 2-forme ω = y dx ∧ dy dans R2 au point (−3, 2) évaluée sur deux champs
→
− →
− →
− → − →
− → −
vectoriels W (x, y) = (2x − y) i + xy2 j et U = 3y i + j . D’abord, ω(−3, 2) = 2 dx ∧ dy.
→
− →
− →
−
Les valeurs des champs au point donné sont W (−3, 2) = (2 · (−3) − 2) i − 3 · 22 · j =
→
− →
− → − →
− → − →
− →
−
−8 i −12 j et U (−3, 2) = 6 i + j . L’évaluation de la 2-forme ω sur W (−3, 2) et U (−3, 2)
54 Chapitre 7. Formes différentielles
Il existe des 1-formes différentielles qui n’ont pas de primitive. Sur un ouvert connexe, lorsqu’une
primitive existe, elle est unique à ajout d’une constante près. Reconnaître si une 1-forme différentielle
est exacte est un problème analogue à celui de savoir reconnaître si un champ de vecteurs est un
champ de gradient (partie 6.5 du cours).
Plaçons-nous par exemple en dimension 2 et considérons un champ de vecteurs défini sur un
ouvert U ∈ R2 par :
→
− →
− →
−
∀(x, y) ∈ U : V (x, y) = P(x, y) i + Q(x, y) j .
∂
Il faut comprendre que sur une forme différentielle ω (7.4) l’opérateur dxi agit par les dérivées
∂ xi
partielles sur les fonctions fi1 i2 ···ik (X) et par multiplication extérieure de dxi sur les formes dxi1 ∧
dxi2 ∧ · · · ∧ dxik :
p
∂
dω = ∑ dxi ∧ ω.
i=1 ∂ xi
7.3 Formes exactes. Différentielle de de Rham 55
R La différentielle de de Rham est un opérateur qui agit sur les formes différentielles et il
augmente leur degré de 1, d : Ωk (U) → Ωk+1 (U). Par exemple sur une forme (7.4)
!
p
∂
dω(X) = ∑ dxi fi1 i2 ···ik (X) dxi1 ∧ dxi2 ∧ · · · ∧ dxik
i=1 ∂ xi 1≤i1 <i2∑ <···<ik ≤p
p
∂
=∑ ∑ fi1 i2 ···ik (X) dxi ∧ dxi1 ∧ dxi2 ∧ · · · ∧ dxik
i=1 1≤i1 <i2 <···<i ≤p ∂ xi
k
d2 = 0.
Exemple 7.3 On souhaite savoir si la forme α = 4xy dx + (1 + 2x2 ) dy est exacte et trouver
éventuellement sa primitive. La forme est définie sur R2 tout entier qui est simplement connexe.
On a ici P = 4xy et Q = 1 + 2x2 On calcule :
∂P ∂Q
− = 4x − 4x = 0
∂y ∂x
La forme est donc exacte et on cherche une primitive f en résolvant le système :
(
∂f
∂ x = 4xy
∂f 2
∂ y = 1 + 2x
où φ est une fonction d’une variable, dérivable. On utilise ensuite la deuxième équation :
∂ (2x2 y + φ (y))
= 1 + 2x2
∂y
f (x, y) = 2x2 y + y +C
On utilise cette méthode pour résoudre certaines équations différentielles ordinaires - ici par exemple
dy
si on pense à dx comme à y0 , la dérivée de y par rapport à x on a intégré une équation différentielle
Autre exemple : α = 2y2 (x + y) dx + 2xy(x + 3y) dy est une forme fermée et par conséquent exacte,
donc sa primitive f (x, y) = x2 y2 + 2y3 x + C donne la solution x2 y2 + 2y3 x + C = 0 de l’équation
différentielle : 2y2 (x + y) + 2xy(x + 3y)y0 = 0.
On peut le voir comme ça : une équation différentielle peut se réécrire de la façon suivante :
α = 0, où α est une 1-forme différentielle. Alors, si α = d f , f = const est la solution de l’équation
différentielle α = 0.
La théorie des formes différentielles est utilisée en intégration. Souvent on dit qu’on intègre des
fonctions, en réalité on intègre des formes différentielles. Cette ligne de pensée va nous diriger
vers l’intégration des fonctions de plusieurs variables.
8. Intégrales multiples
b−a d −c m n
Smn = ∑ ∑ f (xi , y j ).
m n i=1 j=1
Définition 8.1.1 L’intégrale double de f sur R est la limite des sommes de Riemann :
ZZ
f (x, y) dx dy = lim Smn .
R m→∞,n→∞
Propriété 8.1.1
1. Linéarité. Soient f et g deux fonctions réelles continues sur R, alors
ZZ ZZ ZZ
(λ f (x, y) + µg(x, y)) dx dy = λ f (x, y) dx dy + µ g(x, y) dx dy
R R R
2. Croissance. Soient f et g deux fonctions réelles continues sur R, telles que f (x, y) ≤ g(x, y), ∀(x, y) ∈
R, alors
ZZ ZZ
f (x, y) dx dy ≤ g(x, y) dx dy
R R
On en déduit que
ZZ ZZ
f (x, y) dx dy ≤ | f (x, y)| dx dy
R R
60 Chapitre 8. Intégrales multiples
3. Théorème de Fubini pour un rectangle. L’intégrale double d’une fonction réelle continue f
sur un rectangle R = [a, b] × [c, d] est égale à deux intégrales simples successives :
ZZ Z dZ b Z bZ d
f (x, y) dx dy = ( f (x, y) dx) dy = ( f (x, y) dy) dx
R c a a c
Définition 8.2.1 On dit que D ⊂ R est quarrable si la borne supérieure des sommes s(σ ) est
égale à la borne inférieure des sommes S(σ ). Leur valeur commune donne l’aire de D.
R Si D est une partie quarrable du plan alors la frontière de D est quarrable d’aire nulle. Ainsi, un
disque ou un polygone sont des exemples de parties quarrables, que l’on prenne ou non leur
frontière.
Définition 8.2.2 Une fonction f bornée sur une partie quarrable de R2 est intégrable si et
seulement si la somme (aussi appelé une somme de Riemann)
∑ f (ui , v j ) Aire(Ri j )
T
Ri j D6=0/
tend vers une limite finie indépendante du choix de (ui , v j ) quand xi+1 − xi et y j+1 − y j tendent
vers 0. Cette limite est appelée l’intégrale de f sur D :
ZZ
f (x, y) dx dy.
D
8.2 Aire d’une partie quarrable. Théorème de Fubini 61
Théorème 8.2.1 Soit f : D → R une fonction continue et bornée sur une partie quarrable du
plan. Alors f est intégrable sur D.
R La propriété d’être bornée est importante. C’est la même chose pour les fonctions d’une seule
variable comme le montre l’exemple de la fonction 1/x qui n’est pas bornée sur l’intervale
]0, 1] : elle n’est pas intégrable !
Théorème 8.2.2 Soit f : D → R une fonction bornée sur une partie quarrable du plan. Si l’en-
semble des points de discontinuité de f est d’aire nulle alors f est intégrable sur D.
Par ailleurs, l’aire d’une partie quarrable D ⊂ R2 peut être vue comme une intégrale d’une
fonction constante égale à 1 sur D :
ZZ
Aire(D) = dx dy
D
Il est facile d’expliquer cela par un raisonnement géométrique - présenter le graphe de la fonction
1 sur D et voir quel volume représente l’intégrale double.
Comment, en pratique, calcule-t-on les intégrales doubles sur une partie quarrable du plan ?
- Soit φ et ψ deux fonctions continues sur [a, b] et soit
La variable x ayant exactement le même statut que la variable y donc on peut calculer la même
intégrale comme suit :
Z 1 Z 2−2y
2
I= (x + y) dx dy
0 0
62 Chapitre 8. Intégrales multiples
et obtenir le même résultat. Il faut faire attention aux bornes de l’intégrale. La valeur de l’intégrale
est un nombre - on ne peut pas avoir des fonctions pour des bornes pour l’intégrale simple calculée
en dernier.
D(x, y)
ZZ ZZ
f (x, y) dx dy = f (φ (u, v), ψ(u, v) du dv,
D ∆ D(u, v)
D(x, y) ∂x ∂y ∂x ∂y
où = − est la valeur absolue du déterminant de la matrice Jacobienne
D(u, v) ∂u ∂v ∂v ∂u
(définition 3.1.2) des dérivés premières de l’application ∆ → D.
On peut le voir en utilisant le calcul des formes différentielles. Si x = x(u, v) et y = y(u, v) la
2-forme différentielle dx ∧ dy s’exprime en du ∧ dv par le calcul suivant (dans le contexte des
intégrales on n’écrit pas de symbole de produit ∧) :
∂x ∂x ∂y ∂y
dx dy = du + dv · du + dv
∂u ∂v ∂u ∂ v
∂x ∂y ∂x ∂y ∂x ∂y ∂x ∂y
= du dv + dv du = − du dv
∂u ∂v ∂v ∂u ∂u ∂v ∂v ∂u
|ad − bc|,
(valeur absolue du déterminant). Lorsque ce déterminant est 1 (pour une rotation par exemple), la
fonction intégrée reste inchangée. Ce changement de variables
linéaire
envoie
un carré [0, 1] ×
a c
[0, 1] vers le parallélogramme P engendré par les vecteurs et . Donc en particulier
b d
Z Z
Aire(P) = dx dy = |ad − bc| du dv = |ad − bc|
P [0,1]×[0,1]
8.4 Volume. Intégrales triples. 63
Exemple 8.3 Changement en coordonnées polaires. Soit [0, ∞[×[0, 2π[→ R2 une bijection
entre les coordonées polaires et cartésiennes données par
∂x ∂x
D(x, y)
= ∂r
∂y
∂t
∂y = r cos2 t + r sin2 t = r.
D(u, v) ∂r ∂t
2
RR
Calculer I = sur D, disque de centre (0, 0) de rayon R. Le calcul direct est assez long :
D y dx dy
RR 3
√R2 −x2 4RR
√
= −R 2 y /3 0
dx = 3 0 ( R2 − x2 )3 dx
4R0 3 πR4
sin4 θ dθ =
R π/2
= 3
3 π/2 R sin θ (−R sin θ )dθ = 34 R4 0 4
Ce calcul a l’air assez long et fort utile, mais à l’aide d’un changement de variables sous l’intégrale
double on arrive au résultat plus rapidement : les coordonnées polaires transforment le rectangle
en disque. Ici on a un disque et donc :
∆ = {(r,t) ∈ R2 |0 ≤ r ≤ R et 0 ≤ t ≤ 2π } → D = {(x, y) ∈ R2 x2 + y2 ≤ R2 }
D’où
R4 πR4
Z R Z 2π Z 2π
1 − cos 2t
ZZ
I= r2 sin2 tr dt dr = r3 dr · sin2 t dt = · dt =
∆ 0 0 4 0 2 4
Définition 8.4.1 Un compact élémentaire ∆ de R3 est une partie de R3 de l’une des formes
suivantes :
(1) ∆(x,y) = {(x, y, z) ∈ R3 | φ1 (x, y) ≤ z ≤ φ2 (x, y), où(x, y) ∈ D − partie
quarrable de R2 et φ1 , φ2 − fonctions continues surD}
(2) ∆z = {(x, y, z) ∈ R3 | a ≤ z ≤ b, où(x, y) ∈ D(z) = la projection
sur le plan xy de l’intersection de ∆ et du plan passant par (0, 0, z)
et parallèle au plan xy}
(3) P = [a, b] × [c, d] × [e, f ], dans ce cas on dit aussi que c’est un pavé de R3 .
Théorème 8.4.1 (de Fubini) Soit ∆ un compact élémentaire de R3 et f (x, y, z) une fonction
continue sur ∆.
1. Si ∆ est de type ∆(x,y) alors
ZZZ ZZ Z φ2 (x,y)
f (x, y, z) dx dy dz = f (x, y, z) dz dx dy
∆ D φ1 (x,y)
Les intégrales triples sont des intégrales de 3-formes différentielles. Pour les 3-formes différentielles
on peut calculer ce qui ce passe si on change les variables. Supposons que x, y et z soient des fonctions
de variables u, v et w telles qu’on a les formules
Ce sont des formules de changement de variables - c’est-à-dire une transformation qui à un point m
de coordonnées u, v et w associe le point de coordonnées x, y et z. Le jacobien du changement de
variable est le déterminant
D(x, y, z)
ZZZ ZZZ
f (x, y, z) dx dy dz = f (x(u, v, w), y(u, v, w), z(u, v, w)) du dv dw
∆ ∆0 D(u, v, w)
On obtient
D(x, y, z)
=r
D(r,t, z)
Alors,
(a cost)2
ZZZ Z 2π Z a cost Z 1 Z 2π
V= dx dy dz = r dr dt dz = dt
∆ 0 0 0 0 2
a2 a2 π
Z 2π
1 + cos 2t
= dt =
2 0 2 2
y − y0 = f 0 (x0 )(x − x0 ).
Les courbes planes sont des courbes dans R2 . Les courbes gauches sont des courbes dans R3 .
Soit
x = g(t)
γ(t) =
y = h(t)
où g, h : [a, b] → R, [a, b] ⊂ R. Alors, la fonction γ(t) à valeurs dans R2 sur un intervalle [a, b] définit
Γ, une courbe paramétrée dans R2 :
On dit que γ(t) = (g(t), h(t)) est une représentation paramétrique de la courbe.
68 Chapitre 9. Courbes et Intégrales curvilignes
La même courbe peut avoir des représentations différentes, par exemple, les paramétrisations
x =t x = s/2
γ(t) = , t ∈ [0, 1]; γ(s) = , s ∈ [0, 2]
y = 2t y =s
définit un vecteur tangent à la courbe Γ au point (x, y) = (g(t), h(t)). Pour écrire l’équation de la
tangente à Γ au point donné de la courbe γ(t0 ) = (x0 , y0 ), on trouve l’équation de la droite passant
par (x0 , y0 ) et parrallèle à (g0 (t0 ), h0 (t0 )). On l’écrit sous la forme de déterminant d’une matrice
x − x0 g0 (t0 )
=0
y − y0 h0 (t0 )
Ce qui donne
h0 (t0 )
Si (g0 (t0 ), h0 (t0 )) = (0, 0) la tangente peut exister également, sa pente est lim lorsque cette
t→t0 g0 (t0 )
limite existe.
Définition 9.1.2 On note Γ+ un arc d’une courbe avec un sens de parcours indiqué. On dit qu’on
choisit l’orientation de Γ quand on choisit le sens de parcours. On dénote par Γ− un arc d’une
courbe qui est le même que Γ+ mais avec un sens de parcours opposé. Soit γ : [a, b] → Γ une
paramétrisation de Γ. On dit que γ est compatible avec l’orientation de Γ+ si le point γ(t) se
déplace dans le sens de parcours de Γ lorsque le paramètre croît de a à b.
Exemple 9.1 Soit Γ une partie de la droite y = x sur l’intervalle [0, 2] parcourue du point (2, 2)
se distinguent par l’orientation : µ est compatible avec Γ+ tandis que γ a une orientation opposée.
Γ = {(x, y) ∈ D| f (x, y) = 0} où f : D → R, D ⊂ R2 .
Dans ce cas, sous certaines conditions, c’est possible de se ramener à la forme explicite. On cherche
à exprimer y en fonction de x par y = φ (x) localement, i.e. au voisinage d’un point de la courbe
(x0 , y0 ).
9.1 Courbes de R2 . Théorème des fonctions implicites pour les courbes de R2 69
Théorème 9.1.1 (Des fonctions implicites pour les courbes.) Soit D ⊂ R2 et f : D → R une
fonction de classe C1 sur D. Soit (x0 , y0 ) ∈ D avec
∂f
f (x0 , y0 ) = 0 et (x0 , y0 ) 6= 0.
∂y
Alors il existe I ⊂ R un intervalle ouvert de centre x0 et J ⊂ R, un intervalle ouvert de centre y0 ,
tels que
∀x ∈ I, f (x, y) = 0 possède une unique solution y ∈ J notée y = φ (x) (en particulier y0 =
φ (x0 )).
2. En particulier, φ : I → J est dérivable sur I avec
1.
∂f
(x, y)
φ 0 (x) = − ∂∂ xf
∂ y (x, y)
∂f
0 x x (x, y)
φ (x) = − √ = − = − ∂∂ xf .
1−x 2 y
∂ y (x, y)
L’intérêt du théorème réside dans les cas où on ne peut pas expliciter φ , mais où néanmoins on peut
construire le graphe en utilisant les valeurs des tangentes.
En utilisant la formule de Taylor, on a
f (x, y) = f (x0 , y0 )
+ ∂∂ xf (x0 , y0 )(x − x0 ) + ∂∂ yf (x0 , y0 )(y − y0 ) + o( |x − x0 |2 + |y − y0 |2 )
p
La ligne de niveau 0 de f définit une courbe implicitement. (x0 , y0 ) appartient a cette courbe si
f (x0 , y0 ) = 0. La différentielle en ce point décrit bien le comportement de la courbe :
∂f ∂f
(x0 , y0 )(x − x0 ) + (x0 , y0 )(y − y0 ) = 0. (9.1)
∂x ∂y
C’est une équation de la droite tangente. Si on peut résoudre cette équation linéaire par rapport
à y (i.e. ∂∂ yf (x0 , y0 ) 6= 0) alors la courbe f (x, y) = 0 est proche de la droite (9.1) dans un voisinage
suffisamment petit. On peut espérer pouvoir résoudre f (x, y) = 0 comme une relation explicite entre
y et x.
Le vecteur directeur de la droite tangente au point de la courbe (x0 , y0 , z0 ) = (x(t0 ), y(t0 ), z(t0 )) est
donné par la dérivée de γ :
0
→
−0 x (t0 )
γ (t0 ) = y0 (t0 ) .
z0 (t0 )
La droite tangente T passe par (x0 , y0 , z0 ) et parallèle au vecteur γ 0 (t0 ). Cela signifie que chaque
−→
vecteur P0 P passant du point P0 = (x0 , y0 , z0 ) au point P = (x, y, z) ∈ T est colinéaire au vecteur
→
−0
γ (t0 ). En coordonnées cela donne l’équation de la droite :
x − x0 = kx0 (t0 )
y − y0 = ky0 (t0 ) , k ∈ R.
z − z0 = kz0 (t0 )
−→ → −
k est ici un coefficient de proportionnalité entre les vecteurs P0 P et γ 0 (t0 ). Cette variable k dépend
de la position du point P sur la droite et quand k parcourt R, le point P parcourt la droite tangente. Si
→
−
toutes les coordonnées de γ 0 (t0 ) sont non-nulles on peut réécrire l’équation de la droite sans k :
x − x0 y − y0 z − z0
= 0 = 0 . (9.2)
x0 (t0 ) y (t0 ) z (t0 )
Le plan normal, orthogonal à la courbe au point de la courbe (x0 , y0 , z0 ), ce qui en pratique
signifie orthogonal à la tangente en ce point, est donné par la relation suivante :
Exemple 9.2 Cherchons les équations de la tangente et du plan normal à la courbe donnée par
les relations paramétrique :
x = t, y = t 2 , z = t 3
1 · (x − x0 ) + 2 · (y − y0 ) + 3 · (z − z0 ) = 0.
Dernière remarque ici à propos de la dimension. La droite est un objet de dimension 1, donc pour
écrire une équation d’une droite dans R3 il faut deux relations linéaires indépendantes, car 1 = 3 − 2.
Quand on utilise une variable supplémentaire k pour écrire une équation d’une droite, on a 4 variables
et 3 relation linéaires : 4 − 3 = 1.
Un plan dans l’espace R3 est donné par une seule équation linéaire, du point de vue de la
dimension car la dimension du plan est 2 = 3 − 1.
on peut substituer à la longueur d’un morceau Mi Mi+1 la longueur du vecteur tangent k→ −γ 0 (ti )k
au point Mi = γ(ti ). En considérant des subdivision de plus en plus fines et en passant à la limite
en n∞ on obtient la sommation continue qui définit la longueur : l’arc de courbe Γ donné par la
parametrisation γ : [a, b] → R3 , γ(t) = (x(t), y(t), z(t)) a pour longueur
Z b →
−0
L(Γ) = k γ (t)kdt.
a
Théorème 9.3.1 La longueur d’un arc d’une courbe est bien définie - elle ne dépend pas de la
paramétrisation.
Soit p : [ud , u f ] → [a, b], p(u) = t une fonction dérivable p0 (u) 6= 0, pour u ∈ [ud , u f ], et a =
p(ud ), b = p(u f ). On a le même arc deR courbe Γ avec une nouvelle représentation paramétrique
µ(u) = γ(p(u)). Montrons que L(Γ) = uudf |µ 0 (u)|du. En effèt,
dµ dγ dt
=
du dt du
Z uf Z uf Z uf Zb
0 dγ dt dγ dt dγ
L(Γ) = kµ (u)kdu = du = du = dt.
ud ud dt du ud dt du a dt
On pose ds = → − p
γ 0t dt = x02 + y02 + z02 dt. On l’appelle l’abscisse curviligne car cette forme
différentielle joue le même rôle dans les intégrales sur les courbes que dx sur les intégrales simples
sur un intervalle.
72 Chapitre 9. Courbes et Intégrales curvilignes
Exemple 9.3 Soit Γ le cercle dans le plan z = 1 de centre (0, 0, 1) et de rayon R > 0. On choisit
une représentation paramétrique, pour t ∈ [0, 2π[
0
x(t) = R cost x (t) = −R sint
γ(t) = y(t) = R sint →
−
γ 0 (t) = y0 (t) = R cost
0
z(t) = 1 z (t) = 0
→
−
p
On a γ 0 (t) = R2 sin2 t + R2 cos2 t = R. La longueur du cercle
Z Z 2π Z 2π
L(Γ) = ds = →
−
γ 0 (t) dt = R dt = 2πR
Γ 0 0
→
−
Soit V : D → R2 un champ de vecteurs continu sur une partie D ⊂ R2 contenant une courbe Γ
de paramétrisation γ(t) : [a, b] → Γ.
9.5 Intégrale curviligne d’un champ de vecteurs = intégrale curviligne d’une
1-forme différentielle 73
→
−
du produit scalaire de V (γ(t)) et du vecteur tangent à la courbe Γ au point γ(t) : →
−
γ 0 (t) est appelé
→
−
l’intégrale curviligne d’un champ de vecteurs V .
→
− −
où ds = →τ ds est le "vecteur de l’abscisse curviligne" - le vecteur unitaire →
−
τ étant le vecteur-directeur
de la tangente au point donné de la courbe. Le vecteur → −
τ est orienté dans le sens de parcours de la
→
− →
− →
−
courbe. En particulier, si V = P(x, y) i + Q(x, y) j
Z
I= P dx + Q dy (9.4)
Γ+
- c’est une intégrale curviligne d’une 1-forme différentielle α formellement correspondante au champ
de vecteur coordonnée par coordonnée :
→
− →
− →
−
V = P(x, y) i + Q(x, y) j ! α = P dx + Q dy
→
− →
− →
−
Exemple 9.4 Soit γ - l’arc de la parabole y = x2 sur un segment [−2, 2] et V = −y i + x j . On
R → − →−
peut calculer de deux façon différentes l’intégrale I = Γ+ V · ds. Première façon - via dx et dy
→
− →
−
A la place de champ de vecteur −y i + x j on écrit une 1-forme différentielle −y dx + x dy.
Donc l’intégrale curviligne devient
Z
I= −y dx + x dy
Γ+
Donc
Z Z 2 Z 2
2
I= −y dx + x dy = (−t ) dt + t · 2t dt = (t 2 ) dt = 16/3
Γ+ −2 −2
→
−
R Sens physique d’une intégrale curviligne : si V (M) représente une force variable appliquée au
point M du chemin Γ+ , l’intégrale I est le travail de la force V nécessaire pour déplacer une
particule unitaire le long du chemin Γ+ . L’intégrale curviligne du champ V sur Γ+ est aussi
appelé la circulation du champ V sur Γ+ .
Donc,
Z b
−−→ → −
Z
grad f · ds = d f = [ f (x(t), y(t))]ba = f (B) − f (A).
Γ+ a
L’intégrale ne dépend donc que des extremités du chemin d’intégration Γ+ pas du chemin
lui-même.
→
−
Proposition 9.6.2 Les propriétés suivantes d’un champ V de vecteurs sont équivalentes :
− −−→
→
— Il existe une fonction f telle que V = grad f
→
−
— Il existe une fonction f telle que V · ds = d f
→
−
— La circulation de V d’un point A au point B est indépandente du chemin. Elle ne dépend que
de A et de B.
→
−
— La circulation du champ V le long de tout chemin fermé est nulle.
→
−
Exemple 9.5 Soit V le champ de vecteurs défini sur l’ouvert Ω = R2 \ {(0, 0)} par
→
− →
− →
− −y x
V (x, y) = P(x, y) i + Q(x, y) j , où P(x, y) = et Q(x, y) =
x2 + y2 x2 + y2
→
−
On vérifie que V satisfait la condition nécessaire pour être un champ de gradient :
∂P ∂Q y2 − x 2
= = 2
∂y ∂x (x + y2 )2
→
−
On calcule la circulation de V sur le cercle unité C+ paramétré comme suit :
Dans cette paramétrisation les différentielles sont dx = − sint dt, dy = cost dt et les coordonnées
→
−
du champ V
−y − sint x cost
P(x(t), y(t)) = = , Q(x(t), y(t)) = 2 =
x 2 + y2 1 x + y2 1
R
Finalement, l’intégrale curviligne C+ P dx + Q dy se calcule
Z 2π Z 2π
− sint(− sint) dt + cost cost dt = dt = 2π
0 0
→
−
et s’avère ne pas être nulle. Par la Proposition 9.6.2, cela implique que ce champ V n’est pas un
champ de gradient car la circulation le long du chemin fermé (le cercle C+ ) n’est pas nulle !
Par le théorème de Poincaré on aurait pu anticiper cela car Ω, le domaine de définition de
→
−
champ V n’est pas simplement connexe (Définition 6.4.1). En effet, le cercle C+ est un chemin
autour du point (0, 0). Ce point étant exclu du domaine Ω, on ne peut pas ramener C+ à un point
tout en restant dans Ω.
10. Théorèmes de Stokes : Green-Riemann, Ostrogradski...
Démonstration. D’abord on donne ici une démonstration dans le cas le plus simple. Soit D un carré
R de sommets (0, 0), (1, 0), (1, 1) et (0, 1) et supposons Q = 0. On cherche à démontrer
∂P
I ZZ
P dx = − dx dy
∂R R ∂y
R
Côté gauche de l’égalité Pour calculer l’intégrale curviligne ∂ R P dx on oriente le bord du carré
∂ R contre l’aiguille du montre. On note le coté de R allant du sommet (0, 0) vers (1, 0)Γ1 , de (1, 0)
vers (1, 1) − Γ2 , etc. Le bord du carré ∂ R = Γ1 Γ2 Γ3 Γ4 . On peut paramétré les cotés Γi o de
S S S
la façon suivante :
On a
= 01 P(t, 0) dt,
R R
P(x, y) dx
RΓ1
P(x, y) dx = 01 P(1,t)0 · dt = 0,
R
RΓ2
P(x, y) dx = 01 P(1 − t, 1) dt = − 01 P(t, 1) dt,
R R
RΓ 3 R1
Γ4 P(x, y) dx = 0 P(0, 1 − t)0 · dt = 0
→
− →
− →
−
R L’intégrale curviligne du champ V (x, y) = P(x, y) i + Q(x, y) j est l’intégrale de la 1-forme
différentielle correspondante
α = P(x, y) dx + Q(x, y) dy.
On remarque que la 2-forme
∂Q ∂P
− dx dy
∂x ∂y
est égale à dα. La formule de Green-Riemman dans cette écriture devient
I ZZ
α= dα. (10.2)
∂ (D) D
Exemple 10.1 Calculer l’intégrale curviligne I le long de la boucle fermée C constituée par
les deux arcs de parabole y = x2 et x = y2 décrite dans le sens direct avec
Z
I= (2xy − x2 )dx + (x + y2 )dy.
C
Important ! La formule de Green-Riemann marche seulement dans des domaines fermés et bornés
par une courbe fermée - on n’a pas de formule reliant les intégrales doubles aux intégrales curvilignes
sur un chemin quelconque. La formule de Green-Riemann est vraie seulement pour des chemins
fermés.
10.2 Applications (calcul d’aire, théorème de Poincaré) 79
1
Z I I I
AireD = dx dy = −y dx + x dy = − y dx = x dy
D 2 ∂ (D) ∂ (D) ∂ (D)
On vérifie que
I ZZ
S −y dx + x dy = 2 dx dy.
Γ Γ1 D
On a
2
x3
Z 2Z 4 Z 2
32
ZZ
2
dx dy = dy dx = (4 − x ) dx = 4x − =
D −2 x2 −2 3 −2 3
et cela sur n’importe quel chemin fermé C+ . La seule condition sur C+ est que le chemin C+ doit
être le bord d’un domaine quelconque D !
80 Chapitre 10. Théorèmes de Stokes : Green-Riemann, Ostrogradski...
x = r cost, y = r sint
à obtenir
Il apparaît que ω est exacte par cette formule ! Or si on calcule son intégrale sur un circuit fermé
autour de l’origine comme on a fait dans l’exemple 9.5 on voit que l’intégrale n’est pas nulle et par
conséquent la forme n’est pas exacte. Ce qui est correct c’est que ω est exacte localement, mais pas
globalement, partout dans R2 \ (0, 0). Le plus grand ouvert sur lequel on peut obtenir le changement
de variables continu (x, y) → (r,t) est le complémentaire dans le plan R2 d’une demi-droite issue de
l’origine, mais pas le plan entier ni le plan privé de l’origine.
x2 + y2 + z2 = R2
g : D ⊂ R2 → S ⊂ R3 ,
(u, v) 7→ g(u, v) = (x, y, z)
10.3 Surfaces. Intégrale de surface de fonctions réelles 81
Soit f : U → R, U ⊂ R3 et S ⊂ U. On a
f ◦ g : D ⊂ R2 → S ⊂ U ⊂ R3 → R,
(u, v) 7−→ f (g(u, v)).
On peut considérer l’intégrale double
→
−
ZZ
I= f (g(u, v))k N (u, v)k du dv
D
Exemple 10.4 Sur la sphère de rayon R, la calotte sphérique S est l’ensemble des points de
coordonnées sphériques (R, θ , φ ) tels que 0 ≤ θ ≤ α. S a la représentation paramétrique donnée
par l’équation (10.3) de l’exemple 10.3. Le vecteur normal est
−→ −→
→
− ∂g ∂g
N (θ , φ ) = ∧ = (R2 sin2 θ cos φ , R2 sin2 θ sin φ , R sin θ cos θ ), (10.4)
∂θ ∂φ
et
→
−
k N (θ , φ )k = R2 sin θ .
R On remarque que si on change des variables par exemple, {x, y} en {u, v} c’est exactement
comme dans la section 8.3, la 2-forme :
D(x, y) ∂x ∂y ∂x ∂y
dx ∧ dy = du ∧ dv = − du ∧ dv
D(u, v) ∂u ∂v ∂v ∂u
∂→−
g ∂→ −
g ∂x ∂y ∂y ∂x ∂y ∂z ∂z ∂y ∂z ∂x ∂x ∂z
∧ = − , − , −
∂u ∂v ∂u ∂v ∂u ∂v ∂u ∂v ∂u ∂v ∂u ∂v ∂u ∂v
Finalement,
g ∂→
∂→
− −
g
dA = ∧ du dv = dx ∧ dy + dy ∧ dz + dz ∧ dx (10.5)
∂u ∂v
−
→
On peut noter →
−
n + dA = dA. De (10.5) on a
→ →
− − →
− →
−
dA = k dx ∧ dy + i dy ∧ dz + j dz ∧ dx
→
− →
− →
− →
−
Pour un champ de vecteurs V = P i +Q j +R k et une surface S définie par g(u, v) = (x, y, z), (u, v) ∈
D ⊂ R3 .
− −
→ →
ZZ ZZ
V · dA = P dy dz + Q dz dx + R dx dy (10.6)
S S
Formule de la divergence - relie le flux de champ à travers une surface fermée à l’intégrale
triple de divergence de ce champ sur le domaine de R3 limité par cette surface. Soit E un domaine
de R3 et S = ∂ (E) la surface qui est le bord de E. Alors, la formule de la divergence (aussi appelée
Ostrogradski et dans le contexte éléctromagnétique - Gauss) est la suivante
− −
→ → →
−
ZZ ZZZ
V · dA = div V dx dy dz (10.7)
∂E E
84 Chapitre 10. Théorèmes de Stokes : Green-Riemann, Ostrogradski...
On a
→
−
V (g(θ , φ )) = (R sin θ cos φ , R sin θ sin φ , 2R cos θ ),
son produit scalaire avec
→
−
N (θ , φ ) = (R2 sin2 θ cos φ , R2 sin2 θ sin φ , R sin θ cos θ )
16πR3
Z 2π Z π
3
I=R dφ (sin θ + cos2 θ sin θ )dθ =
0 0 3
→
− ∂P ∂Q ∂R
D’autre part div V = + + = 4. L’intégrale triple
∂x ∂y ∂z
→
− 4 16πR3
ZZZ ZZZ
div V dx dy dz = 4 dx dy dz = 4 Volume(E) = 4 × πR3 = .
E E 3 3
Formule du rotationnel relie l’intégrale curviligne du champ de vecteur sur un circuit fermé
avec le flux de rotationel du même champ à travers une surface dont le circuit est le bord. La formule
du rotationnel (aussi appelée formule de Stokes) est la suivante
− →
→ − →→
− − − →
I ZZ
V · ds = rot V · dA (10.8)
∂ S=C+ S+
→
−
Autrement dit, la circulation du champ V le long de la courbe fermé C+ est égale au flux de
→
−
rotationnel de V à travers une surface limitée par C+ (avec l’orientation compatible). Cette formule
est une reformulation de la formule de Green-Riemann pour une courbe fermée dans R3 .
Exemple 10.6 Ca serait bien de faire encore un exemple de calcul par la formule du rotationnel.
R R
10.5 Formule de Stokes générale : ∂ (D) ω = D dω
L’intégration est une opération qui à un domaine de dimension k et à une k-forme différentielle
associe un nombre. Des exemples sont
R R
10.5 Formule de Stokes générale : ∂ (D) ω = D dω 85
— l’intégrale simple
Z
f (x) dx
I
- associe un nombre à une 1-forme différentielle f (x) dx sur un segment I = [a, b] de dimension
1.
— l’intégrale double
ZZ
g(x, y) dx dy
D
associe un nombre à une 1-forme différentielle p(x, y) dx + q(x, y) dy sur une courbe Γ ⊂ R2
ou bien
Z
P(x, y, z) dx + Q(x, y, z) dy + R(x, y, z) dz
C
associe un nombre à une 1-forme différentielle P(x, y, z) dx + Q(x, y, z) dy + R(x, y, z) dz sur une
courbe C ⊂ R3 . Une courbe étant un objet de dimension 1 cela est possible.
— l’intégrale de surface
ZZ
P(x, y, z) dy dz + Q(x, y, z) dz dx + R(z, y, z) dx dy
S
— q = 2, p = 2 - théorème de Green-Riemann
86 Chapitre 10. Théorèmes de Stokes : Green-Riemann, Ostrogradski...
sur p = 3 variables de R3 , (x, y, z) qui dépendent d’une variable t, en tout p + n = 4 variables, dont
une, t, qu’on appelle libre. Donc dans R3 la dimension d’une courbe est p + n − m = 1.
Un autre exemple, une surface paramétrée dans R3 est donnée par 3 équations sur 5 variables
(u, v, x, y, z), dont u, v sont des variables libres et x, y, z s’expriment à partir de u, v. Cela donne que la
dimension d’une surface dans R3 est égale à 2 = 5 − 3.
Souvent un domaine de dimension p − 1 dans R p est appelé une hypersurface. Pour définir
une hypersurface dans R p il faut une équation reliant p variables. Ou bien on peut introduire p − 1
variables libres et avec p équations définir une hypersurface. Une surface de R3 en est un exemple.
On peut resumer comme suit : la dimension d’un domaine est le nombre minimal de variables
indépendantes qui le définissent.
Ce qui suit ces considèrations de dimension, c’est qu’un voisinage Ω d’un point X de D de
dimension k dans R p peut être de deux types :
Les points de D avec le voisinge de type (1) sont des points intérieurs. Les points de D avec le
voisinge de type (2) sont des points du bord. (L’opération de prendre le bord peut aussi être définie à
l’aide des simplexes et des chaînes (cf. Chapitre 9 de [3]), ce qui dépasse le programme de ce cours.)
On remarque que ∂ (∂ (D)) = 0/ pour tout domaine D. Cette propriété est en correspondance avec
la relation d(dω) = 0 pour toute forme différentielle ω (Lemme 1). Le théorème de Stokes général
dit qu’on peut "échanger" une opération avec l’autre.
C’est un résultat très profond qui relie l’analyse des objets géométriques par des méthodes
algébriques. C’est une pierre angulaire de l’analyse moderne.
Bibliographie
[1] Niglio, Louis et Fredon, Daniel, Fonctions de plusieurs variables : rappels de cours, questions
de réflexion, exercices d’entraînement, Dunod, c1998. BU provisoire sciences 515.07 NIG
[2] Rouvière, François Petit guide de calcul différentiel : à l’usage de la licence et de l’agrégation
Cassini, 1999 ou 2003. BU provisoire sciences 510.79 ROU
[3] Rudin, Walter Principes d’analyse mathématique [Texte imprimé] : cours et exercices Dunod,
2006. BU Sciences 4ème étage 515.07 RUD
[4] Zorich, Vladimir Mathematical Analysis I et Mathematical Analysis II Springer 2002, 2007 ou
2008. BUFR Maths Niveau - 1 26 ZORICH