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Architecture Religieuse

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Architecture religieuse

par Maurice NOVARINA


Membre de l’Institut
Architecte en Chef des Bâtiments Civils et des Palais Nationaux
Ingénieur de l’École Spéciale des Travaux Publics (ETP)
et Jean-Pierre BAYARD
Ingénieur de l’École Spéciale des Travaux Publics (ETP)
Docteur ès Lettres d’Université
Écrivain

1. Climat de notre époque.......................................................................... C 4 055 - 2


2. Leçon du passé ......................................................................................... — 2
3. Évolution du temple ................................................................................ — 2
4. Forme extérieure et emplacement ...................................................... — 3
5. Harmonie du temple. Son orientation................................................ — 3
6. Symbolisme ............................................................................................... — 3
7. Programmes actuels : l’extérieur ........................................................ — 4
8. Programmes actuels : l’intérieur ......................................................... — 7
9. Embellissement intérieur....................................................................... — 7
10. Entretien des églises............................................................................... — 8
11. Conclusion ................................................................................................. — 8
Références bibliographiques ......................................................................... — 10

xiste-t-il une architecture religieuse ? Des arts religieux ? Un art chrétien ?


E L’art n’est-il pas une évocation des valeurs sacrées qui sont éternelles ? S’il
y a un art chrétien, c’est-à-dire un art qui prend son inspiration dans le dogme
chrétien, doit-il avoir une forme aux canons impératifs, intangibles ? Quelles
formes et quelles qualités spirituelles doit-il recevoir ? Comment définir, et même
imposer, des fonctions plastiques ? En réalité, l’art religieux évolue en reflétant
l’esprit de l’époque dans laquelle il s’épanouit.
Dans la plaquette Les églises modernes [4], Pierre Pinsard note que notre
époque réalise de grands bâtiments industriels, des usines qui ont de grandes
qualités et il ajoute : « il ne faut pas craindre son siècle, mais nous pensons au
contraire qu’il faut s’engager résolument, non pas à contre-courant, mais avec
5 - 1989

le courant dans le but de remettre les choses à leur vraie place, en proclamant
la primauté du spirituel ».
Ni style, ni technique, ni règle imposés pour construire, mais une prise de
conscience qui illumine l’architecture religieuse, l’art royal.
C 4 055

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© Techniques de l’Ingénieur, traité Construction C 4 055 − 1
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Comme pour tout autre édifice, il existe des contraintes : les règles de l’urba-
nisme, de l’économie, de la sociologie voisinent avec les règlements adminis-
tratifs.
Il faut aussi bien connaître les nouveaux matériaux. En 1922, les frères Perret,
au Raincy, montrent les ressources du béton armé ; à Ronchamp, en 1955, Le
Corbusier crée des formes vivantes et profilées. Cet art vivant, au service de la
liturgie, doit suivre l’évolution des communautés chrétiennes, se plier aux
nouveaux concepts dégagés par le Concile Vatican II.
Notre société diffère de celles des siècles passés ; notre architecture doit s’inté-
grer dans un nouveau concept, refléter notre monde environnant tout en lui
communiquant une énergie qui le fait participer aux plus hautes et aux plus
nobles aspirations qui sont éternelles.
En dehors de l’apport de nos techniques, de nos connaissances de métier, nous
devons dégager la spiritualité de l’architecture religieuse, quel que soit le pays.
Le sacré baigne la vie, imprègne les gestes et l’esprit de tout créateur ; toute
imagination créatrice s’oriente vers un système de valeurs qualificatives.

1. Climat de notre époque 2. Leçon du passé


Notre époque, inquiète, vit d’étranges confusions. Les repères Nos ancêtres, avec peu de moyens, ont accompli des prouesses
sociaux, économiques, moraux s’effondrent. La recherche qui font encore notre admiration. À l’époque médiévale, ils ont été
scientifique, qui a perdu son dogmatisme, s’interroge, s’oriente vers d’une audace inouïe. Peut-être ne sommes-nous plus assez imagi-
des performances techniques mais érige en système ses natifs, mais nos lois administratives nous enserrent. Ces réalisations
incertitudes ; elle reste dans les limites du savoir humain. n’ont cependant pas été établies pour épater ; sans doute y avait-il
De même, les dieux s’en sont allés et rares sont ceux qui le désir de dépasser en grandeur, en beauté, d’autres édifices, afin
pleurent leur disparition. Notre monde oublie le sacré. Mircéa d’élever un chant d’amour à Dieu. Rien n’est trop beau pour le temple
Eliade écrit que « la désacralisation ininterrompue de l’homme de la Divinité, cette demeure dans laquelle il se manifeste
moderne a altéré le contenu de sa voie spirituelle ». Nous avons invisiblement ; chaque détail de cette construction s’harmonise dans
perdu notre foi. un ensemble qui exalte l’universel. Pas de détails insignifiants ; la
sculpture médiévale parle, suggère, décrypte la pensée secrète de
Malgré les apparences défavorables du monde actuel, certains ces habiles constructeurs.
signes permettent de préjuger valablement de l’avenir. En quête de
la Parole perdue, nous avons la mission de conserver les aspects Pour Plotin, les formes ne sont que les reflets des idées, tout
de la Connaissance, puis de la transmettre aux hommes de bonne comme l’humain dépend du Cosmos. Le nombre imprègne ce
volonté. concept d’harmonie ; il est « un accord de proportions entre les par-
ties de l’ensemble et entre chaque partie de l’ensemble ».
Aussi faut-il interroger les racines de cette conscience qui est un
bien universel ; il faut faire revivre les forces vives qui sommeillent
en nous, remédier à nos incertitudes intérieures, cerner nos
exigences innées et organiser l’ordre sur le chaos. Nous devons
pouvoir lier le passé au présent, structurer la pérennité de la pensée. 3. Évolution du temple
Il faut scruter notre patrimoine qui nous enrichit et nous enseigne ;
mais notre imagination créatrice doit savoir puiser dans la richesse Le temple est le lieu privilégié où les fidèles prient la Puissance
symbolique, trouver au-delà de la simple apparence le sens créatrice. Son symbolisme est universel : fiché sur la terre, sa base
primordial, la sagesse véritable. Grâce à cette voie, le créateur se est carrée ou rectangulaire ; c’est le nombre quatre puisqu’il
réalise intérieurement et son message peut se transmettre à tous. appartient au monde des hommes. Cet édifice est sous la dépen-
dance du ciel, du nombre trois ; il se termine par une voûte, une
coupole.

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Les constructeurs de l’époque médiévale ont su établir la fusion


entre la matière et la forme. Audacieux, ils ont été jusqu’à la limite 5. Harmonie du temple.
de rupture de la résistance des matériaux ; à partir de la statique,
grâce aux épures, ils ont su calculer les tensions ; remédiant aux lois
Son orientation
de la pesanteur, ils ont pu s’élever toujours plus haut et dresser des
dentelles de pierre à l’assaut du ciel.
Tout édifice sacré reflète l’ordre cosmique ; ses proportions
Michel Ragon dans son Histoire mondiale de l’architecture et de reproduisent analogiquement les structures du monde. Le temple,
l’urbanisme modernes [7] mentionne l’architecte anglais Pugin élevé pour honorer la divinité, est conçu sur le plan du corps humain,
(1812-1852) qui soulignait l’unité d’inspiration entre les bâtisseurs l’homme étant lui-même l’image du créateur. Les dimensions du
et les décorateurs et donnait cette définition : « le grand critère de sanctuaire, tant en plan qu’en volume, s’établissent sur des rapports
la beauté architecturale est l’adaptation de la forme à la fonction ». avec notre structure ; il y a une profonde correspondance entre le
cosmos, l’être humain et le temple. Le même module, qui varie d’une
église à l’autre, sert de base dans toutes les parties de l’édifice et
l’harmonise ; cet étalon discernable, aussi bien en plan qu’en
4. Forme extérieure élévation, donc dans tout le volume, est établi à partir de figures
géométriques simples, obtenues par l’emploi de la règle et du
et emplacement compas. Dans les cercles, les carrés, s’inscrivent des triangles, des
polygones, qui ont ainsi une divine proportion. Le nombre d’or, qui
découle des proportions du corps humain et des figures que l’on
Le temple figure la jonction terre-ciel. Représentation de la mon- rencontre dans la nature, rythme cet ouvrage construit en hommage
tagne sacrée, il est la grotte, ce ventre de la terre où tout naît et où à la divinité.
tout retourne. La lumière symbolise la nature même de la divinité. Toutes les
À l’image de la grotte on songe à la forme circulaire. Avec le doctrines, tous les mystères, toutes les initiations recherchent la
Saint-Sépulcre à Jérusalem des plans circulaires apparaissent à lumière.
Aix-la-Chapelle, à Neuvy-Saint-Sépulcre, à Sainte Marie de L’abbé Auber écrit : « Il faut bien conclure à la nécessité liturgique
Vyscherat à Prague. de l’orientation pour une église catholique. On sait donc pourquoi
Puis, c’est le plan polygonal qui lui aussi rayonne dans toutes les cette loi se rattache à toutes les constructions anciennes. Mais il ne
directives sans privilégier l’une d’entre elles. En se basant sur Laon, suffit pas à l’Église que cette loi ait été portée et suivie autrefois :
Metz, l’étonnante Vera-Cruz de Ségovie, Londres, il a été dit que son esprit demeurant le même, elle exige toujours le même respect
c’était là l’architecture templière. Mais en réalité les Templiers ont pour ses pensées et rien n’autoriserait aujourd’hui l’oubli et, à plus
fait construire aussi des nefs rectangulaires avec absides, évoquant forte raison, le mépris de ses saintes prescriptions ».
la croix latine. Toute forme émet des forces vibratoires : ainsi l’orientation d’un
Le plan octogonal correspondrait aux huit béatitudes. L’abbé objet joue un rôle important.
Auber a même dit que le dôme octogonal d’Aix-la-Chapelle, inscrit
dans un polygone à seize côtés, c’est-à-dire la multiplication de
quatre par lui-même, montrait la propagation des Évangiles aux
quatre coins du monde. 6. Symbolisme
Aussi, le temple n’a-t-il pas une forme intangible et l’architecte
doit refléter l’imagination créatrice. À une époque où le clocher de
l’église disparaît et n’est plus le signe visible du rassemblement, où L’architecture est rythme ; les anciens plaçaient la construction
nous maîtrisons de nouvelles techniques (matériaux, éclairages, sous la dépendance de la loi des nombres. L’ange d’Ezechiel vérifiait
ventilation, conditionnement d’air, isolation), comment ne pas son- déjà les dimensions du Temple de Jérusalem en employant une
ger à la vaste église enterrée de Lourdes, avec son immense voûte canne, une pige ou une règle (40,3). Les maîtres compagnons à partir
en béton précontraint, son autel central, son dépouillement ? de figures géométriques simples (carré, cercle, triangle) organisent
Peut-être pouvons-nous envisager des églises souterraines, des des tracés régulateurs. Dans l’enchevêtrement de ces figures qui
cryptes secrètes, à l’abri des bruits extérieurs, un nouveau site du s’opposent, se complètent, apparaissent des diagonales, des axes
désert dont nous parle Marc : « venez à l’écart dans un lieu désert » de symétrie pour rabattements. Mais toutes ces astuces linéaires se
(VI, 31). doublent d’une recherche humaine ; chaque forme symbolique naît
Le temple à construire est celui du lieu de l’équilibre, l’invariable d’une pensée philosophique.
milieu où l’homme peut se concentrer, méditer, prier. Des rapports surgissent ; en dehors de la répétition des nombres
Si actuellement le lieu d’implantation est imposé par un plan trois, sept, onze, douze, treize, ou cinquante, on constate le
d’urbanisme, il en était tout autrement autrefois. À l’époque nombre π (3,141 6), la racine de 2 (1,414), la racine de 5 (2,236). Il
médiévale, le prêtre déterminait le lieu aux caractéristiques fort par- y a encore 1,272, les 33 pieds, le triangle de Pythagore (3.4.5.). Mais
ticulières, les maisons s’établissaient ensuite autour du Lieu saint. il y a surtout cette extraordinaire proportion dorée, le nombre d’or,
L’assentiment de l’évêque était aussi nécessaire. ϕ (1,618) ; en multipliant 1,618 par 0,618 on retrouve l’unité. Le
Corbusier interroge les dimensions du Parthénon à Athènes,
Sainte-Sophie à Istanbul, nos monuments médiévaux et même le
corps humain ; il mesure, calcule et obtient le Modulor : 0,698. Il dit
« le Modulor est une gamme » ; effectivement les intervalles de notre
gamme musicale sont dans la proportion dorée et c’est peut-être
pourquoi la cathédrale chante son hymne à l’univers.

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Le cercle, base du tracé régulateur, image de l’éternité, s’illumine Même dans des quartiers où les logis peuvent être d’une pau-
avec la rosace. Aux douze maisons astrologiques on associe les sept vreté affligeante, l’église ne sera jamais une baraque sans âme.
métaux, mais aussi les thèmes alchimiques. Les mêmes mythes – Même dans sa simplicité, ce sera toujours un lieu accueillant, réa-
le paradis, le serpent, le déluge, la déesse-mère, etc. – se trouvent lisé avec amour, sachant attirer par la vie spirituelle qui s’en
dans toutes les religions ; les mêmes symboles se situent à la base dégage. Signe de ralliement, on y ressent l’élan vibrant et la pré-
de toutes les attitudes religieuses. sence de la divinité. Ce bâtiment, qui utilise toutes les technologies
Le clocher est un phare : il domine le village et le protège. En actuelles, doit s’intégrer harmonieusement, sans agressivité, dans
France, le coq, animal solaire et vigilant, annonce le lever du jour l’architecture du quartier. Son large parvis invite à la rencontre,
et rassemble les fidèles ; l’aigle, le roi des oiseaux, est enchaîné au l’échange, au partage : ce lieu au service da la communauté est,
lutrin, dans le chœur. Maintenant, le clocher est dominé par les bien entendu, accessible aux handicapés.
tours-dortoirs. Noblesse et simplicité des formes s’allient aux ressources tech-
L’architecture doit exprimer cette sagesse de la profondeur, elle nologiques de notre époque ; les matériaux nouveaux, grâce à leur
doit puiser dans la pensée traditionnelle dont l’esprit reste intact dans plasticité, peuvent dégager la beauté d’un arc élancé ; ils soulignent
l’ineffable, mais dont les formes extérieures se transforment. et soutiennent l’élan d’une émotion qui se matérialise. La courbure
L’architecte, messager spirituel, doit transmettre ces valeurs d’une voûte en béton précontraint n’est pas l’apanage d’un pont,
symboliques. d’un barrage, d’un viaduc ; elle peut entrer dans la structure d’un
bâtiment à vocation religieuse. La construction a été autrefois nom-
mée l’Art royal : elle doit de nos jours refléter la même recherche
de la beauté, de l’équilibre dans l’inspiration d’un sentiment sacré.
7. Programmes actuels : Dans sa forme extérieure, dans son parti architectural, retenons
pour l’instant que ce bâtiment met en évidence une recherche de
l’extérieur la vérité, de la foi, mais son utilisation intérieure doit être conçue
avec grande souplesse afin de créer un véritable lieu d’échange. Il
faut appliquer le mot d’Emile Mâle : « l’église, par sa seule beauté,
Le temple vivant, lieu de la prière, est divin dans son noyau, agit comme un sacrement ».
cosmique par son enveloppe. Reconnaissons également que nous sommes entourés de forces
Le programme doit être établi en fonction de la théologie, de la invisibles qui échappent à nos données scientifiques actuelles. La
liturgie, mais aussi en respectant la psychologie de la détermination précise d’un site, d’une église tenait-elle compte
communauté, son mode de vie. Mais d’autres considérations autrefois des vibrations cosmo-telluriques qui provoquent des réso-
entrent également en jeu : le site, l’environnement, le climat, les nances et des interférences sur l’organisme de l’homme, comme cer-
moyens d’accès. tains ont voulu le laisser entendre ? C’est sur un temple païen que
la nouvelle église se construit, comme si ce lieu possédait des vertus
Il faut établir une chaleur fraternelle, un lien entre tous les particulières ; on évoque ainsi des sites sacrés. Nos anciens
membres de ce groupe qui se forme. Pour parvenir à cette avaient-ils des dons pour détecter ces lieux magiques ? Aussi, actuel-
convivialité, notre époque construit des formes simples, humbles, lement, des chercheurs, à la suite de Enel, ont-ils, à partir de 1923,
avec des programmes modestes. Les fidèles ne doivent pas se sentir étudié ces ondes de forme, devenues maintenant des champs de
isolés et ils doivent pouvoir remplir l’espace sacré en sentant la cha- cohérence ou champs de Taofel. À la suite des travaux du professeur
leur humaine, l’union des âmes. Dans la semaine, peu de Jacques Ravatin, de Vladimir Rosgnilk, l’émergence de l’Enel – ou
pratiquants ; ils sont plus nombreux le samedi, le dimanche et les Eif – est étudiée par la fondation Ark’all qui expérimente des appareils
jours de fête. Dans la vaste cathédrale, le petit groupe se trouve type Sprinke. Ce groupe conseille parfois des architectes, fournit des
perdu. On peut songer à créer des ailes, des petites chapelles, des références sur un emplacement, mesure les champs magnétiques
tribunes, qui ne seront utilisées qu’à des moments précis, comme d’un lieu et permet ainsi l’amélioration de l’habitat.
cela a été établi dans l’église de Louvain-La-Neuve en Belgique, où
le nombre des fidèles varie de 300 à 1 100, en donnant l’impression Les matériaux doivent aussi avoir un bon vieillissement,
à chaque fois de remplir tout l’espace ; les oratoires reçoivent ceux n’occasionner que des frais réduits pour l’entretien et le bon
qui veulent s’isoler. Mais, là encore, on ne peut fournir un rensei- fonctionnement. Mais il faut aussi savoir qu’on ne peut tricher, que
gnement précis, une base sur la surface à donner à l’édifice ; les fidè- l’imitation dénuée de vie sonne faux, et que chaque matériau doit
les sont plus ou moins nombreux selon la région, le lieu, mais être employé pour ses qualités naturelles. La véritable œuvre d’art
souvent il est réservé une place pour dix habitants. fait vibrer, nous émeut : c’est ce qui doit être recherché dans un
temple soumis à la plus intense spiritualité.

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Notre-Dame du Haut à Ronchamp (Haute-Saône) (1955).


Architecte : Le Corbusier (photo Éditions Combier, Mâcon)

Notre-Dame au Raincy (Seine-Saint-Denis) (1923).


Architecte : Auguste Perret

Basilique Saint Pie X à Lourdes (Hautes-Pyrénées) (1958).


Architectes : Pierre Vago, Pierre Pinsard, André Le Donné (photo Éditions Doucet,
Lourdes)

Notre-Dame à Royan (Charente-Maritime) (1958).


Architecte : Guillaume Gillet
Notre-Dame de Nazareth à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) (1965).
Architecte : André Le Donné
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Sacré-Cœur à Mazamet (Tarn) (1960).


Architecte : Joseph Belmont. Structure : Jean Prouvé (photo APA-POUX, Albi)

Église de Ponthierry (Seine-et-Marne) (1968).


Architecte : Maurice Novarina. Vitraux de Baron-Renouard. Autel, Tabernacle :
Philippe Kaeppelin

Chapelle des Saints Anges (rue Brancion à Paris) (1969).


Architecte : Maurice Novarina

Saint Maximin à Boust-Usselkirch (Moselle) (1962).


Architecte : Georges Pingusson (photo Éditions Combier, Mâcon)

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8. Programmes actuels : unissant ces différenciations provenant de personnalités diverses.


Le rôle du concepteur est primordial, car en établissant son pro-
l’intérieur gramme, il doit associer les divers corps de métier. Toute noble
construction est conçue par une équipe bien soudée ; il y a osmose
entre ses participants : ce n’est pas quand l’ensemble est presque
achevé que l’on doit faire intervenir un artiste-peintre, un verrier ou
Grâce à la simplicité de ses formes, des rapports de ses volumes,
un sculpteur. Tout doit être envisagé dès l’établissement des pre-
de son harmonie, le temple est un signe ; il porte en lui un message
miers plans, les études sérieuses de chaque fonction engendrant la
de calme, de paix, de spiritualité accueillante. Aussi convient-il
forme harmonieuse d’un édifice voué au culte.
d’organiser tout son espace intérieur.
Il faut insister sur la nécessité d’un style homogène, répondant
Tout un cheminement s’effectue autour de l’autel, lieu de célé-
à des besoins réels : par sa conception logique l’ouvrage gagne en
bration de l’Eucharistie et, par là, lieu le plus sacré. C’est la table
beauté. L’harmonie se dégage de ce qui est fonctionnel. Celui qui
du repas du Seigneur. Dans l’église médiévale la nef représente le
se recueille et prie ressent l’atmosphère qui règne dans ce lieu ; ce
corps, le chœur la tête, mais l’autel en est l’esprit. L’autel, centre spi-
n’est que plus tard qu’il admirera l’audace technique ; il sera plus
rituel de l’édifice, doit être visible de tous. L’espace qui le borde doit
sensible au jeu de l’ombre et de la lumière, au silence, qu’à la
être parfaitement organisé ; large, digne, accueillant, il doit répondre
répartition des poussées aux quatre angles d’une travée. Mais
aux problèmes de fonctionnement, privilégier la place des prêtres
toute l’architecture doit contribuer à établir ce lieu de la prière.
et de ceux qui le servent.
La forme de l’autel doit être étudiée avec soin. Autrefois c’était
un cube de pierre, de petites dimensions ; Léonard de Vinci la dessina
comme un carré long. Cette table surélevée par trois marches, était
orientée selon les quatre points cardinaux. Près d’elle, le tabernacle, 9. Embellissement intérieur
ce coffret en métal précieux, riche de sa décoration ; il ne peut être
relégué dans un coin éloigné, obligeant le prêtre à d’inutiles et ridi-
cules déplacements : tout doit être concentré afin d’imposer le res- Le décor des lieux sacrés doit s’adapter étroitement à la liturgie
pect et le silence qui entoure l’acte mystérieux. en restant à une échelle humaine. Un temple devient un reliquaire
contenant un influx spirituel. Depuis les grottes préhistoriques, aux
L’architecte doit être vigilant pour bien disposer l’ambon, ce dessins si précis, jusqu’à l’art roman qui s’appuie sur la conception
pupitre où l’on donne lecture des Saintes Écritures : un saint empla- druidique, l’imagier compose dans le but d’être utile aux fidèles. Nos
cement qui doit être proche des fidèles. Puis vient la place du siège églises anciennes commentent par leurs fresques les Saintes Écri-
du célébrant, légèrement en retrait, tout en étant en évidence. Dès tures, les légendes qui s’y rattachent : les sculptures agissent sur
maintenant, il faut envisager la place de la chorale, de l’orgue, de l’imagination du fidèle. Au XIXe et au début du XXe siècles l’imagerie
l’harmonium. religieuse est fort indigente ; la statuaire est faite en série et cette
Les fonts baptismaux, selon l’enseignement traditionnel, se décoration saint-sulpicienne abonde encore dans nos églises.
situent vers l’entrée, au nord-ouest. Il faut respecter le large Les formes et le style de la décoration varient selon les époques
narthex, lieu de transition entre l’espace profane, empli du bruit de et les régions. Les cathédrales, avec leurs murs ornés de couleurs
la cité, et le temple, lieu consacré qui vibre dans le silence. vives, étaient fort différentes de celles que nous contemplons avec
Il faut encore savoir disposer les bénitiers, les confessionnaux, les leurs structures aux murs blancs, sans peinture, sans tentures, sans
oratoires indépendants, tout en aménageant ces petites salles où mosaïques, et où seule la vibration de la pierre parle à nos sens.
l’on peut encore célébrer le culte ; il faut disposer les tableaux, les De nos jours, l’art abstrait se développe. L’œuvre d’art,
statues. représentative ou non figurative, doit transmettre sa vibration, sa
En dehors du lieu du culte, l’architecte aménage la sacristie, foi au croyant. Dans toutes les civilisations, des dessins abstraits
l’office, le bureau, le dépôt mortuaire, le local de rangement, les sani- ornent des poteries, des pierres, des bijoux, des vêtements. L’image,
taires, des dépendances qui permettent l’épanouissement du rituel. malgré une figuration extérieure, peut être sans vie ; un symbole
Il faut encore savoir disposer les sièges le plus près du sanctuaire exprime la pensée la plus abstraite. Ce qui est d’ordre spirituel, intra-
en l’entourant, comme on se presse autour du Maître : les fidèles duisible dans son essence, peut se transmettre par une forme, une
doivent être correctement assis sans disposer pour autant de fau- couleur, un son qui sont chocs émotionnels ; les intentions
teuils qui mèneraient à la somnolence. Chacun doit participer acti- mystiques du créateur ne sont pas toujours discernables, mais elles
vement à l’office. Le chauffage, ou la ventilation, peut être conçu doivent créer une émotion, une réflexion. Ainsi se tisse un lien entre
par zone ; programmé et régulé il apportera le confort avec un souci créateur et spectateur.
économique. L’éclairage d’ambiance peut être soutenu par des pro- L’art sacré évolue ; sommes-nous devant une saine émulation ou
jecteurs situés en des endroits ponctuels. Il faut veiller à une excel- devant une nouvelle forme d’un académisme sans lendemain ?
lente acoustique et l’on songera à des prises de microphones pour Laissons-nous bercer par nos sens, nos émotions et peut-être
une sonorisation mobile, avec commande à distance. comprendrons-nous si nous sommes devant un progrès spirituel ou
Tout mérite réflexion dans l’élaboration d’un vaste programme. le signe d’une décadence. La France joue encore un rôle
prépondérant et applique les termes de l’encyclique Médiator Dei
Ces fonctions bien étudiées, nécessaires à la bonne organisation du 20 novembre 1947 où le pape Pie XII déclara : « il faut absolument
du service religieux, créent une unité d’inspiration dans l’aména- laisser le champ libre à l’art de notre temps lorsqu’il se met au service
gement de l’édifice. L’architecte, bon chef d’orchestre, sait faire des édifices et des rites sacrés avec le respect et l’honneur qui leur
rendre ce qui est exceptionnel à chacun de ses assistants : ingé- sont dus ».
nieurs, artistes, entrepreneurs ; il établit un style homogène en

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L’architecte doit aussi veiller à la beauté de tous les objets du culte. chose quand on ne croira plus en Lui ». L’architecture reste
En dehors des tapisseries, des luminaires, il faut songer aux calices, fonctionnelle pour servir de culte et placer le fidèle dans les
ciboires, encensoirs, qui rivalisent en harmonie avec les chapes et conditions les plus favorables à son épanouissement.
chasubles, ornementations souvent disparues et reléguées dans les L’homme est créateur de symboles. L’artiste, plus que tout autre,
vitrines des musées. L’architecture doit regarder chaque détail sait animer, faire vivre le signifiant. Jung, dans Problèmes de l’âme
liturgique en lui restituant sa grandeur ; il doit coordonner toutes moderne écrit : « l’artiste est l’homme au sens le plus élevé du
les activités artistiques, les intégrer dans sa conception afin d’élever terme ; c’est un homme collectif qui porte en lui et exprime l’âme
les fidèles sous la loi d’amour. inconsciente et active de l’humanité ».
Cet inconscient collectif est le dépôt de toute l’expérience ances-
trale constituée depuis des millions d’années ; il est l’écho de la pré-
10.Entretien des églises histoire auquel s’ajoutent les infimes variations des époques
traversées. Que ce soit avec des représentations figuratives ou abs-
traites, le symbole fait vivre ce qui est insaisissable, toutes les démar-
Si l’architecte doit apporter des modifications à l’intérieur d’une ches allant de l’inconscient au conscient. Mircea Eliade dit dans
ancienne église afin de l’accommoder aux nouvelles prescriptions Images et symboles que « la pensée symbolique fait éclater la réalité
liturgiques, il doit aussi prendre soin de sauvegarder ce bâtiment. immédiate mais sans l’amoindrir ni la dévaloriser ». C’est que le sym-
bole révèle une réalité totalisante puisque son expression est
La pollution des façades des églises est un grave problème, plus
inépuisable ; ainsi, le sacré influe sur la conscience humaine, bien
particulièrement pour les statues ; doit-on les retirer et les replacer
que celle-ci ne le perçoive pas toujours. On répète souvent la parole
dans leur lieu d’origine, les exposant à nouveau à la pollution ? Le
de Malraux, cependant peu pratiquant : « le XXIe siècle sera religieux
Comité National d’Art Sacré et la Commission pour la Sauvegarde
ou ne sera pas » ; par religion il entend ce lien, cet échange entre
et l’Enrichissement du Patrimoine Culturel ont établi des colloques
les hommes.
sur ce thème.
L’art s’associe au concept d’une expérience religieuse. Dans notre
L’entretien des vitraux est aussi œuvre de spécialistes. Le Centre
période désacralisée, où les valeurs réelles sont souvent inversées,
I n t e r n a t i o n a l d e Vi t r a i l p e u t é g a l e m e n t d o n n e r d ’ u t i l e s
architectes et artistes ont une mission prophétique. Si l’artiste actuel
renseignements. La clôture des ouvertures par des vitraux complète
se plie peu aux règles du culte, le sacré baigne et illumine son œuvre.
l’architecture des pleins et lui donne sa valeur colorée.
Du cubisme au surréalisme on pénètre l’intérieur de la substance.
Rouault, Léger, Matisse, Gromaire, Manessier, Bazaine glorifient ce
qui est éternel, tout comme Laurens ou Brancussi en taillant leur
pierre ; ils ont le même émoi que l’homme du néolithique.
11.Conclusion Le concepteur, l’architecte, doit faire vibrer toutes ces émotions
dans le plus large esprit de convivialité. Ainsi sera dressé le temple
Il ne faut pas s’en tenir à la boutade de Gérard de Nerval qui, dans dans son éternité.
son Voyage en Orient, écrit : « les architectes modernes ont toujours
la précaution de bâtir à Dieu des demeures qui puissent servir à autre

Différents types de plans

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Sainte Agnès à Fontaine-lès-Grès (Aube) (1956).


Architecte : Michel Marot

Sacré-Cœur à Audincourt (Doubs) (1950).


Architecte : Maurice Novarina. Mosaïque de la façade : Jean Bazaine.
Vitraux : Fernand Léger, Jean Bazaine, Jean Le Moal.
Tapisserie : Fernand Léger (photo Éditions Combier, Mâcon)

Saint Michel à Évreux (Eure) (1956).


Architecte : Maurice Novarina

Notre-Dame de Toute Grâce au Plateau d’Assy


(Haute-Savoie) (1937 à 1944).
Architecte : Maurice Novarina. Céramiques de Léger, Matisse, Chagall.
Tapisserie de Lurçat. Vitraux de Rouault, Chagall, Bazaine, Berçot, Brianchon, Bony, Église réformée à Montargis (Loiret) (1971).
Adeline Hébert Stevens, Père Couturier, Marguerite Huré Architecte : Jacques Lesage

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ARCHITECTURE RELIGIEUSE ______________________________________________________________________________________________________________

Références bibliographiques

[1] AUBER (Abbé C.A.). – Histoire et théorie du [4] PINSARD (P.), NOVARINA (M.), LE DONNÉ [6] JOUVEN (G.). – La forme initiale.
symbolisme religieux (1884). Arche. Milan., (A.), MARCHAND (R.), RAFFIN (L.) et ZACK Dervy-Livres (1985).
4 vol. (1977). (L.). – Les églises modernes. Centre [7] RAGON (M.). – Histoire mondiale de l’archi-
[2] Art sacré. Centre National de Pastorale Catholique des Intellectuels Français (1969). tecture et de l’urbanisme modernes.
liturgique, Comité National d’Art Sacré. [5] GARNIER (F.). – Le langage de l’image au Casterman, T 1.
[3] Cath’s. Arts revue. Moyen Âge. Signification et symbolique. Le
Léopart d’Or (1982).

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