« Notre monde vient d'en trouver un autre », écrit Montaigne au troisième livre des Essais 1,
parlant comme ses contemporains de « nos terres neuves », ou de la « nouvelle France », et
commentant magistralement l'intérêt moral, encyclopédique et philosophique pour l'humanité
de son temps d'un tel recul des horizons connus2. C'est de ce monde nouveau, des contacts
linguistiques que sa « découverte » a entraînés
. Renaissance et expansion des connaissances
Le XVe siècle est marqué par la Renaissance, un mouvement culturel qui stimule l’intérêt pour
la science, l’exploration et la connaissance du monde. Les progrès en cartographie, astronomie
et navigation ont permis aux Européens de concevoir la possibilité de nouvelles routes
commerciales vers l’Asie, surtout après la chute de Constantinople en 1453, qui a fermé les
routes terrestres traditionnelles vers l’Orient.
2. Recherche de nouvelles routes commerciales
Après la chute de Constantinople, les routes commerciales vers les Indes orientales (Asie) sont
passées sous le contrôle musulman, ce qui compliquait l’accès des Européens aux produits
précieux tels que les épices, la soie et les pierres précieuses. Cela a poussé à la recherche de
routes maritimes alternatives vers l'Asie. Le Portugal, sous l’influence du prince Henri le
Navigateur, avait déjà commencé à explorer les côtes africaines pour atteindre l’est.
3. Concurrence entre les puissances européennes
À la fin du XVe siècle, l’Espagne et le Portugal étaient en compétition pour l’expansion de leurs
territoires et l’établissement de routes commerciales. Le Portugal ayant pris de l’avance dans
l’exploration des côtes africaines, les Rois Catholiques d'Espagne ont cherché d’autres
alternatives. C’est dans ce contexte de rivalité que Christophe Colomb, soutenu par Isabelle I
de Castille, a entrepris son voyage, cherchant une route vers les Indes en naviguant vers l’ouest.
4. Soutien des Rois Catholiques
Après l’unification des royaumes de Castille et d’Aragon et la consolidation du pouvoir en
péninsule ibérique, les Rois Catholiques étaient en mesure de financer des expéditions
risquées. Colomb, rejeté par plusieurs cours européennes, a finalement reçu le soutien des Rois
Catholiques, qui voyaient dans son projet une opportunité d’étendre leurs territoires et de
rivaliser avec le Portugal.
5. Progrès technologiques
La découverte de l’Amérique a également été rendue possible grâce aux progrès technologiques
maritimes. L’invention de la caravelle, un navire agile et robuste, ainsi que l’amélioration des
instruments de navigation, tels que l’astrolabe et la boussole, ont rendu les voyages
transocéaniques plus faisables. Ces avancées ont permis aux marins d’aller plus loin dans
l’Atlantique qu’auparavant.
6. Le monde connu et les mythes médiévaux
Jusqu’au XVe siècle, les Européens avaient une conception limitée du monde, fondée sur les
cartes de Ptolémée et les mythes médiévaux. Ils connaissaient l’existence de l’Europe, de l’Asie
et de l’Afrique, mais ignoraient celle du continent américain. L’idée que la Terre était sphérique,
bien que déjà acceptée par certains érudits, n’avait pas encore été prouvée par la pratique.
Colomb pensait qu’en naviguant vers l’ouest, il atteindrait les Indes orientales, sous-estimant
les distances et ne sachant pas qu’un continent se trouvait entre l’Europe et l’Asie.
Contexte historique :
Après la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb en 1492, les tensions ont
commencé à monter entre l'Espagne et le Portugal, qui étaient les deux grandes puissances
maritimes du moment. Les deux pays cherchaient à revendiquer des terres dans le Nouveau
Monde, et chacun voulait garantir son droit exclusif sur ces territoires.
Le pape Alexandre VI, d'origine espagnole, a alors joué un rôle de médiateur en proposant une
ligne de démarcation entre les territoires espagnols et portugais, fixée à 100 lieues à l'ouest des
îles du Cap-Vert. Cependant, le Portugal n'était pas satisfait de cette délimitation, car il estimait
que cela limitait trop ses possibilités d’expansion, notamment en Afrique et en Asie.
Le traité :
Le traité de Tordesillas a été conclu pour apaiser les tensions. Il établissait une nouvelle ligne de
démarcation située à 370 lieues à l'ouest des îles du Cap-Vert. Ce traité attribuait aux
Espagnols tous les territoires situés à l'ouest de cette ligne (ce qui incluait la majeure partie des
Amériques), tandis que les terres à l'est revenaient au Portugal (notamment l'Afrique, certaines
parties de l'Asie et plus tard le Brésil).
Conséquences du traité :
1. Division du monde : Le traité a essentiellement partagé le monde entre l'Espagne et le
Portugal, même si d'autres puissances européennes n'ont pas reconnu cet accord. Ce
partage a permis à l'Espagne de coloniser la majeure partie de l’Amérique, tandis que le
Portugal s'est concentré sur l’Afrique, l’Asie, et plus tard, le Brésil (qui a été découvert en
1500 par Pedro Álvares Cabral, sur le côté portugais de la ligne).
2. Influence sur la cartographie : Le traité de Tordesillas a été fondamental pour les
explorations futures, car il a influencé la manière dont les terres étaient revendiquées et
explorées. Il a consolidé le rôle des deux pays en tant que puissances coloniales
dominantes au début de l’ère des grandes découvertes.
3. Le Brésil portugais : Bien que le traité ait initialement permis à l'Espagne de revendiquer
la majorité des Amériques, le Brésil est resté sous contrôle portugais grâce à sa position
à l'est de la ligne, devenant une colonie portugaise durable.
Limites et contestations :
• Puissances européennes : Le traité a été conclu entre l'Espagne et le Portugal, mais les
autres puissances européennes, comme l'Angleterre, la France et les Pays-Bas, n’ont
jamais reconnu sa légitimité. Ces pays ont donc continué à établir leurs propres colonies
dans les Amériques et ailleurs.
• Incertitudes géographiques : À l’époque, la connaissance des dimensions exactes du
monde était encore limitée. La définition de la ligne de démarcation était donc sujette à
interprétation, et certaines terres étaient mal cartographiées ou mal comprises.
Conclusion :
Le traité de Tordesillas a marqué un moment crucial dans l’histoire de l’expansion coloniale
européenne. Il a établi un cadre pour le partage des terres nouvellement découvertes et a
permis de réguler, pour un temps, les rivalités entre l'Espagne et le Portugal. Ses conséquences
se sont fait sentir pendant des siècles et ont profondément influencé la géopolitique mondiale,
notamment en Amérique du Sud et en Afrique.
2. Expédition de 1497 :
En mai 1497, Cabot quitte le port de Bristol à bord du navire Matthew avec un équipage
restreint. Contrairement à Colomb, il naviguait plus au nord, espérant trouver un passage vers
l’Asie plus direct et court. Le 24 juin 1497, Cabot atteint la côte de ce qui est aujourd'hui
probablement l'île de Terre-Neuve ou le Cap-Breton, au Canada, bien que l’emplacement exact
de son débarquement soit encore débattu.
3. Découverte et importance historique :
L’expédition de Cabot en 1497 est considérée comme la première exploration européenne de la
côte nord-américaine depuis les Vikings. Sa découverte a été significative pour l'Angleterre, car
elle a jeté les bases des futures revendications anglaises en Amérique du Nord. Bien qu'il
pensait avoir atteint la côte asiatique, Cabot avait en réalité découvert des terres jusque-là
inconnues des Européens modernes.
Vasco de Gama, célèbre navigateur portugais, est connu pour avoir réalisé, en 1498, l'une des
expéditions les plus importantes de l'histoire de l'exploration maritime. Il fut le premier Européen
à atteindre l'Inde par voie maritime en contournant l'Afrique.
L’expédition de 1500 :
Le 9 mars 1500, Cabral quitte Lisbonne à la tête d'une flotte de 13 navires. Le plan initial était de
suivre la route de Vasco de Gama vers l'Inde, en passant par l'Atlantique Sud et en contournant
l'Afrique. Cependant, alors que la flotte longeait la côte africaine, elle dévia vers l'ouest à cause
des vents et des courants marins, une route souvent utilisée pour contourner les zones sans
vent de l'Atlantique équatorial.
Découverte du Brésil :
Le 22 avril 1500, Cabral et sa flotte aperçoivent une nouvelle terre, qu'ils nomment Terra de
Vera Cruz (la Terre de la Vraie Croix). Il s'agissait de la côte est de ce qui est aujourd'hui le Brésil.
Cabral et son équipage débarquèrent dans ce qui est aujourd'hui l'État de Bahia, où ils prirent
possession de la terre au nom du roi de Portugal, conformément au traité de Tordesillas signé
en 1494, qui attribuait à ce pays les territoires situés à l'est de la ligne de démarcation.
En 1513, Juan Ponce de León entreprit l'une de ses expéditions les plus célèbres, marquant la
découverte de la Floride et son exploration des côtes nord-américaines pour l'Espagne.
Contexte historique :
Après avoir participé à la conquête de l'île d'Hispaniola (aujourd'hui Haïti et la République
dominicaine), Ponce de León fut nommé gouverneur de Porto Rico en 1509. Au début du XVIe
siècle, il entendit parler d'une île légendaire à l'ouest, riche en or et où se trouverait la Fontaine
de Jouvence, une source d'eau mythique censée offrir la jeunesse éternelle.
Expédition de 1513 :
Le 3 mars 1513, Ponce de León partit de Porto Rico avec une petite flotte de trois navires : le
Santiago, la Santa María de la Consolación, et le San Cristóbal. Son objectif initial était de
trouver cette île légendaire, mais au lieu de cela, il fit une découverte importante.
Le 2 avril 1513, Ponce de León aperçut la côte d'une terre inconnue. Il la baptisa "La Florida"
(du mot espagnol "flor" qui signifie fleur), en raison de la végétation luxuriante qu'il y trouva et
parce qu'il l'avait découverte pendant la saison de Pascua Florida (Pâques). Il prit possession
de cette nouvelle terre au nom de l'Espagne.
Exploration de la Floride :
Ponce de León passa plusieurs semaines à explorer la côte est de la Floride. Il navigua jusqu'à
l'extrémité sud de la péninsule, atteignant les Keys de Floride et poursuivant vers le nord jusqu'à
la côte ouest. Il est considéré comme le premier Européen à avoir exploré cette région du
continent nord-américain, bien que les peuples autochtones y vivaient depuis des siècles.
L'expédition de Magellan (1519-1522) :
Le 20 septembre 1519, Magellan partit de Séville avec une flotte de cinq navires : le Trinidad, le
San Antonio, le Concepción, le Santiago, et le Victoria, et environ 270 hommes. Leur objectif
était de trouver une route vers les îles aux épices en naviguant vers l’ouest, sous le pavillon
espagnol du roi Charles Ier.
1. Traversée de l'Atlantique et découverte du détroit : Après avoir longé la côte de
l’Amérique du Sud, l’expédition découvrit en octobre 1520 un passage naturel entre
l’Atlantique et le Pacifique, aujourd'hui connu sous le nom de détroit de Magellan. Après
plusieurs semaines difficiles de navigation dans des eaux inconnues et dangereuses, ils
atteignirent l’océan Pacifique. Magellan le nomma ainsi en raison de la relative tranquillité
de ses eaux comparées aux tempêtes rencontrées dans l'Atlantique sud.
2. Traversée de l'océan Pacifique : La traversée du Pacifique fut extrêmement longue et
difficile. L'équipage subit la faim, la soif, et le scorbut, car ils avaient sous-estimé la taille
de cet immense océan. Néanmoins, en mars 1521, ils atteignirent les îles Mariannes et
ensuite les Philippines, marquant une étape cruciale du voyage.
3. La mort de Magellan : Le 27 avril 1521, Magellan fut tué lors d’une bataille sur l’île de
Mactan aux Philippines, en essayant de soutenir un chef local allié contre des forces
rivales. Sa mort laissa l’expédition sans son leader principal.
Juan Sebastián Elcano prend le relais :
Après la mort de Magellan, le commandement de l’expédition fut pris par plusieurs officiers
successifs avant de revenir à Juan Sebastián Elcano, un marin espagnol. Avec un équipage
réduit et seulement un des cinq navires restants, le Victoria, Elcano décida de poursuivre le
voyage et de revenir en Espagne en passant par l’ouest, via l’océan Indien.
1. Retour en Espagne : Elcano et ses hommes franchirent l'océan Indien, contournèrent
l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance, et atteignirent finalement Séville le 6
septembre 1522, après près de trois ans de voyage. Seulement 18 hommes sur les 270
qui avaient quitté Séville au départ survécurent à cette expédition.
Importance historique :
1. Première circumnavigation du globe : Cette expédition fut la première à faire le tour
complet de la Terre, prouvant ainsi de manière irréfutable que le monde était rond et
offrant une nouvelle compréhension des dimensions du globe.
2. Conséquences géopolitiques : L’expédition permit à l’Espagne de revendiquer les îles
aux épices (les Moluques) et de renforcer son influence dans le commerce mondial des
épices. Bien que les Portugais contrôlaient déjà la route de l’est, l’expédition de Magellan
et Elcano démontra la possibilité d’accéder à ces territoires par l’ouest.
3. Cartographie et navigation : Ce voyage révolutionna la cartographie en montrant pour la
première fois l’ampleur de l’océan Pacifique et en confirmant que les terres découvertes
par Christophe Colomb ne constituaient pas l'Asie, mais faisaient partie d'un Nouveau
Monde séparé.
Héritage de Magellan et Elcano :
• Magellan est resté dans l'histoire comme l'initiateur visionnaire de ce voyage
extraordinaire. Même s'il n'a pas survécu pour voir son aboutissement, il a laissé son nom
dans le détroit de Magellan, l’une des routes maritimes les plus importantes
découvertes pendant l’ère des grandes explorations.
• Elcano, bien qu’il ait pris les commandes à la fin de l’expédition, est reconnu pour avoir
mené à bien ce premier tour du monde. À son retour en Espagne, il fut récompensé par
Charles Ier, qui lui accorda un blason avec l’inscription latine : "Primus circumdedisti
me" (Tu m'as le premier entouré), en référence à la Terre.
Conclusion :
L'expédition de Magellan et Elcano (1519-1522) fut l'une des plus audacieuses de l'ère des
grandes découvertes. Elle démontra la possibilité de circumnaviguer le globe, élargit
considérablement les connaissances géographiques de l'époque, et ouvrit la voie à de futures
explorations et à l'expansion coloniale européenne.
4o