DT de Ese.S3.2024 - Chapitre 1
DT de Ese.S3.2024 - Chapitre 1
S3 – Economie et Gestion
Y o u s s e f
Introduction Générale
A vant de plonger dans l'étude du droit de l'entreprise, il est essentiel de prendre un moment pour comprendre
l'évolution historique du droit dans son ensemble. Loin d'être un concept figé, le droit a traversé les âges en
s'adaptant aux transformations sociales, politiques et économiques des civilisations. Pour bien saisir l'importance et
la complexité du droit de l'entreprise, il est impératif de revenir sur les origines du droit, sur son développement à
travers les siècles, et sur les facteurs qui ont façonné les systèmes juridiques contemporains.
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Introduction Générale
Les premières traces du droit : les civilisations du Croissant fertile
L'histoire du droit remonte à l'aube de la civilisation, dans la région connue sous le nom de Croissant fertile, qui inclut des zones telles que la
Mésopotamie (actuel Irak), l'Égypte ancienne, et les rives de la Méditerranée. Dans ces premières civilisations, des structures sociales se sont
développées pour réguler la vie en communauté, avec des règles coutumières et des codes écrits pour maintenir l'ordre.
Les Mésopotamiens, en particulier, ont joué un rôle prépondérant dans la formalisation des lois. Le Code d'Hammurabi, rédigé vers 1750 av. J.-C.,
est l'un des premiers exemples de législation écrite. Ce code contenait des règles couvrant des aspects variés de la vie, incluant le commerce, la
famille, et les délits. Le droit y était à la fois punitif et régulateur, répondant à un besoin de justice, mais aussi à la nécessité d'encadrer les
interactions économiques dans une société en pleine expansion.
En Égypte, les pharaons imposaient un système de lois fondé sur la croyance en la justice divine, incarnée par la déesse Maât. Ici, le droit visait à
maintenir l'harmonie cosmique, une approche qui différait de celle, plus contractualiste, de la Mésopotamie, mais qui servait toujours à réguler
les relations sociales et économiques.
Les Hébreux, quant à eux, ont développé un système juridique basé sur des textes religieux comme la Torah, qui établissait des règles morales et
juridiques devant être suivies par la communauté. Ce type de système, où le droit et la religion étaient intrinsèquement liés, montre l'importance
des valeurs spirituelles dans la construction des premières règles de droit.
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Introduction Générale
Le droit dans l'Antiquité classique
Les Grecs et les Romains ont ensuite pris le relais dans l'évolution du droit, en apportant des contributions qui résonnent encore
aujourd'hui dans nos systèmes juridiques modernes. En Grèce, bien que les lois aient varié d'une cité-État à l'autre, la notion de nomos (loi)
a pris une place centrale dans la vie publique. La démocratie athénienne reposait sur un système légal où les citoyens pouvaient participer
activement à l'élaboration des lois et à la justice, un concept novateur à l'époque.
Mais c'est à Rome que le droit a atteint son apogée dans l'Antiquité. Le droit romain, codifié dans des textes tels que les Douze Tables (450
av. J.-C.), a évolué pour devenir l'un des systèmes juridiques les plus influents de l'Histoire. Le droit romain a jeté les bases de nombreuses
notions fondamentales du droit contemporain, comme le contrat, la propriété, et la responsabilité civile. Au fur et à mesure de l'expansion
de l'Empire romain, ces concepts ont été diffusés à travers l'Europe et au-delà, marquant profondément les structures juridiques de
nombreuses nations modernes.
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Introduction Générale
L’émergence du droit religieux
Le développement du droit à travers l’histoire a également été marqué par une étape fondamentale : celle de l’apparition et de la codification des règles
religieuses en tant que système juridique. À partir du IIe millénaire avant J.-C., diverses civilisations ont commencé à lier leurs systèmes juridiques aux
croyances religieuses, établissant ainsi des droits fondés sur des principes religieux.
Dans l'ancienne civilisation hébraïque, la Torah (les cinq premiers livres de l'Ancien Testament) est un exemple éloquent de ce phénomène. Elle contient à
la fois des commandements moraux et des règles juridiques strictes qui régissaient la vie en communauté. Ce texte biblique a servi de base pour la
régulation des relations sociales, économiques et politiques des Hébreux. En plus de définir les devoirs religieux, la Torah instaurait des sanctions légales
pour ceux qui contrevenaient aux règles, liant ainsi la loi divine à la justice terrestre. De la même manière, dans l’Égypte ancienne, la religion et la loi
étaient étroitement liées, les pharaons étant considérés comme des figures divines dont les décisions faisaient office de loi.
Le droit religieux a perduré à travers les âges, influençant de nombreuses sociétés. Dans l'Antiquité, les cités-États grecques et romaines utilisaient
également des éléments religieux dans leur système juridique, même si ces influences étaient moins prononcées que celles des civilisations
mésopotamiennes et égyptiennes.
L'émergence du droit chrétien constitue une autre étape clé dans le développement du droit religieux. À partir du IVe siècle, lorsque le christianisme
devient la religion officielle de l’Empire romain sous l’empereur Constantin, le droit chrétien commence à influencer les législations en vigueur. Ce
développement marque une fusion entre le droit romain et les principes religieux chrétiens, posant ainsi les bases du droit canonique.
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Introduction Générale
L'apport de la pensée juridique islamique
Un tournant majeur dans l’histoire du droit est intervenu au VIIe siècle, avec la naissance de l’islam. La pensée juridique islamique a joué un rôle crucial dans le
développement du droit, notamment dans le monde arabe et au-delà. Le système juridique islamique, ou Charia, repose sur deux sources principales : le Coran (le texte
sacré de l’islam) et la Sunna (les actes et paroles du prophète Mahomet). Ces textes définissent les principes moraux et juridiques qui doivent guider les musulmans
dans leur vie quotidienne.
La Charia couvre divers aspects de la vie, qu’ils soient spirituels, sociaux ou économiques. Elle fournit des règles claires concernant le commerce, la famille, les
obligations religieuses, ainsi que les droits et devoirs des individus. Les cinq écoles de pensée juridique islamique (quatre sunnites et une chiite) ont interprété et
appliqué ces principes de différentes manières, donnant naissance à des variantes du droit islamique selon les régions et les contextes culturels.
L’un des apports majeurs de la pensée juridique islamique est la notion de justice sociale et d’équité dans les relations économiques. La distribution équitable des
ressources, l’interdiction de l’exploitation, et la préservation de la dignité humaine sont au cœur du droit islamique. Ces principes ont inspiré les pratiques juridiques
dans les pays musulmans et se retrouvent encore dans certains aspects du droit marocain, notamment en matière de droit de la famille (Moudawana), de gestion des
biens et de succession.
Le développement du droit islamique a perduré pendant plusieurs siècles et a connu des évolutions marquantes au cours des périodes abbasside et ottomane, où des
systèmes judiciaires ont été formalisés et des juristes spécialisés (oulamas) ont joué un rôle clé dans l’interprétation des lois. En effet, la jurisprudence islamique
(ijtihad) permettait d’adapter les règles aux réalités sociales changeantes, tout en maintenant un lien fort avec les principes religieux. Le Maroc a, tout au long de son
histoire, intégré cette dimension islamique dans son cadre juridique, tout en modernisant progressivement ses lois pour répondre aux exigences d'un État moderne.
Ainsi, avant même l’avènement du Moyen Âge européen, les sociétés islamiques avaient déjà établi un corpus juridique complexe et sophistiqué, fondé sur des
principes religieux, mais qui traitait aussi de questions économiques, sociales et politiques. Cela a permis aux sociétés islamiques de développer des systèmes
commerciaux et institutionnels robustes, qui ont largement influencé le commerce régional et international.
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Introduction Générale
Le Moyen Âge européen et l'influence du droit canonique
Au Moyen Âge, après la chute de l'Empire romain, l'Europe a vu émerger un mélange de droit coutumier et de droit canonique (lié à
l'Église). Le droit canonique a régné en maître sur la vie spirituelle et, par extension, sur la vie civile de millions de personnes. Il reposait sur
des règles morales dictées par l'Église catholique, tout en empruntant aux traditions du droit romain. En parallèle, chaque royaume
européen a développé son propre système de droit coutumier, basé sur les pratiques locales, mais ces systèmes restaient largement
influencés par les traditions romaines et religieuses.
L'émergence des États-nations et la codification moderne du droit
Avec l’émergence des États-nations à partir du XVIe siècle, notamment en Europe, le droit est devenu un outil politique essentiel pour
unifier les sociétés sous une autorité centrale. La montée des monarchies absolues en France, en Angleterre et ailleurs a donné naissance à
des systèmes juridiques nationaux plus structurés.
Le Code Napoléon (1804), en particulier, a représenté une avancée majeure en matière de codification du droit. Il a posé les bases du droit
civil moderne dans de nombreux pays, y compris le Maroc, qui s'en est inspiré lors de la rédaction de son propre système juridique. Le Code
civil napoléonien a introduit des concepts comme l'égalité devant la loi, la propriété privée, et la séparation des pouvoirs, éléments qui
demeurent au cœur du droit contemporain.
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Introduction Générale
Vers une étude approfondie du droit de l'entreprise
Le droit de l'entreprise constitue un domaine central dans l'étude du cadre juridique des activités économiques. Il
régit les relations juridiques entre les acteurs économiques, encadre la création, la gestion, ainsi que la dissolution
des entreprises. En raison de la complexité des systèmes économiques modernes et de la diversité des formes
d'entreprises, le droit de l'entreprise a pris une place considérable dans les législations contemporaines, qu’il s’agisse de
protéger les intérêts des entrepreneurs, des salariés, des clients, ou encore de l’État.
Toutefois, pour aborder en profondeur cette discipline, il est nécessaire de maîtriser un certain nombre de concepts
juridiques de base, sans lesquels il est difficile de comprendre les spécificités du droit de l'entreprise. Ce cours, destiné
à des étudiants en économie au 3e semestre, propose une approche structurée qui met l'accent sur trois éléments
essentiels avant d’entrer dans les détails du droit de l'entreprise.
Dans un souci de clarté et de progressivité, l’étude du droit de l’entreprise sera donc organisée en trois grandes parties :
la compréhension de la notion de Droit dans un premier chapitre préliminaire, la compréhension de la notion
Entreprise dans un deuxième chapitre, et enfin l’étude approfondie du Droit de l’entreprise dans un troisième
chapitre.
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Plan du cours
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Chapitre 1 : La notion de Droit comme cadre normatif
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Chapitre 1 : La notion de Droit comme cadre normatif
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Chapitre 1 : La notion de Droit comme cadre normatif
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Chapitre 1 : La notion de Droit comme cadre normatif
La notion de droit objectif et de droits subjectifs
1.3 Interaction entre droit objectif et droits subjectifs
Le droit objectif existe pour organiser les relations entre les droits subjectifs. Il précise les limites dans lesquelles les droits subjectifs
peuvent être exercés, afin d'éviter les conflits entre les individus. Par exemple, le droit de propriété d’un individu ne peut pas porter atteinte
aux droits d’autrui, comme le droit de ne pas être gêné par des nuisances.
❑ Limites et conflits potentiels
Les droits subjectifs ne sont pas absolus et peuvent être limités par le droit objectif ou par les droits d’autres individus. Par exemple, dans le
cadre d’une copropriété, le droit de propriété d’un copropriétaire est limité par les droits des autres copropriétaires sur les parties
communes. De même, la liberté d’expression peut être limitée pour protéger d’autres droits, comme le droit à la réputation ou à la vie
privée.
Les règles morales, quant à elles, Les règles religieuses sont fondées sur les
La règle de droit se distingue des autres régissent la conscience individuelle et ne croyances et les pratiques spirituelles.
normes sociales par son caractère sont pas imposées par l’autorité Dans certaines sociétés, elles ont
obligatoire et coercitif. Elle est imposée publique. Elles dépendent de la influencé ou continuent d'influencer le
par l’État, qui garantit son application par perception personnelle ou collective de droit, mais elles ne sont pas toujours
le biais de la justice. Elle s’applique de ce qui est juste ou injuste, bon ou directement imposées par les autorités
manière générale et vise à organiser la mauvais. Bien qu’elles puissent influencer étatiques.
vie en société de manière juste et le droit, elles n'ont pas le même caractère
équitable. obligatoire.
Fonction normative de la règle de droit •Exemple : Une personne peut •Exemple : Dans de
La règle de droit a une fonction ressentir une obligation morale nombreuses traditions
normative, c'est-à-dire qu’elle fixe ce qui d’aider autrui, mais cette religieuses, les règles relatives
doit être fait ou évité dans certaines obligation n’est pas sanctionnée au mariage, à la famille, ou à la
situations. Elle ne se contente pas de par la loi si elle n’est pas propriété ont souvent été
refléter des comportements sociaux, respectée. codifiées dans les systèmes
mais impose des conduites précises et juridiques.
prévoit des sanctions en cas de non-
respect.
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Chapitre 1 : La notion de Droit comme cadre normatif
Les caractéristiques de la règle de droit
3.1 La généralité de la règle de droit
La règle de droit est générale, c’est-à-dire qu’elle s’applique à toutes les personnes concernées par son champ d’application. Elle ne vise pas
des individus particuliers, mais régit des situations de manière uniforme. Cette généralité garantit l’égalité devant la loi.
• Exemple : Une loi sur la propriété s'applique à tous les propriétaires sans distinction, quel que soit leur statut ou leur richesse.
3.2 L’abstraction de la règle de droit
La règle de droit est également abstraite. Elle ne s’applique pas à des cas concrets spécifiques, mais à des catégories de situations. Cela
permet de prévoir des solutions à des situations futures qui n'ont pas encore eu lieu.
• Exemple : Le Code civil prévoit les règles applicables aux contrats de vente en général, sans savoir à l’avance les détails des ventes qui
seront effectuées entre individus.
3.3 Le caractère obligatoire de la règle de droit
La règle de droit est obligatoire. Son non-respect est assorti de sanctions définies par la loi. Ce caractère obligatoire est ce qui distingue le
droit des autres systèmes de régulation sociale, comme la morale ou la religion.
• Exemple : Si une personne ne paie pas ses impôts, elle peut être poursuivie en justice et faire face à des pénalités financières ou à
des sanctions plus graves
.
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Chapitre 1 : La notion de Droit comme cadre normatif
4 : Les sources de la règle de droit
4.1 La constitution
La Constitution est la source suprême du droit dans un État. Elle définit l'organisation des pouvoirs publics, les droits et libertés
fondamentaux des citoyens, ainsi que les principes fondamentaux qui régissent la société. Toute loi ou règlement doit être conforme à la
Constitution.
Exemple : La Constitution marocaine de 2011 consacre des droits comme la liberté d'expression et la séparation des pouvoirs.
4.2 La loi
La loi est une source principale du droit objectif. Elle est votée par le Parlement et encadre de nombreuses relations sociales et
économiques. Les lois sont souvent générales et abstraites, visant à réguler des situations futures.
Exemple : Le Code de commerce au Maroc encadre les relations entre commerçants et définit les règles relatives aux sociétés commerciales.
4.3 Le règlement
Les règlements complètent les lois et sont pris par le pouvoir exécutif. Ils permettent de détailler et de préciser les dispositions législatives
pour en faciliter l'application.
Exemple : Un décret d'application peut fixer les modalités pratiques d'une loi sur les sociétés.
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Chapitre 1 : La notion de Droit comme cadre normatif
4 : Les sources de la règle de droit
4.4 La jurisprudence
La jurisprudence désigne l'ensemble des décisions rendues par les juridictions et constitue une source de droit en tant qu'interprétation des
lois par les juges. Elle joue un rôle important dans l'adaptation du droit aux réalités sociales et économiques.
Exemple : Les décisions des tribunaux sur la responsabilité des entreprises dans des litiges commerciaux influencent les pratiques juridiques.
4.5 La coutume
La coutume, bien que moins utilisée aujourd'hui, reste une source de droit dans certaines situations. Il s'agit de pratiques répétées et
acceptées comme ayant force obligatoire par une communauté.
Exemple : En droit commercial, certaines pratiques non écrites entre commerçants peuvent être reconnues comme contraignantes par les
tribunaux.
4.6 Les traités internationaux
Les traités internationaux ratifiés par l'État deviennent une source de droit interne et s'imposent souvent aux lois nationales en cas de
conflit. Ils sont particulièrement importants dans les domaines du commerce international et des droits humains.
Exemple : Le Maroc est lié par de nombreux traités relatifs aux droits de l'homme, qui influencent sa législation nationale.
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Constitutions
Conventions internationales
Lois Organiques
Lois ordinaires
Règlements
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Chapitre 1 : La notion de Droit comme cadre normatif
5 : Les branches du droit
5.1 Le droit public
Le droit public régit les relations entre les individus et les entités publiques, et vise à protéger l'intérêt général. Il inclut plusieurs sous-
branches :
• Le droit constitutionnel : Il fixe l'organisation de l'État, la répartition des pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire) et les droits
fondamentaux des citoyens. La Constitution est la source principale de ce droit. Exemple : La protection des libertés fondamentales,
l'organisation des élections.
• Le droit administratif : Il régit les activités des administrations publiques et leurs relations avec les citoyens. Il comprend également
les règles qui encadrent la fonction publique et les services publics. Exemple : Les règles concernant la passation des marchés publics ou
l'octroi des permis de construire.
• Le droit financier et fiscal : Ce droit régit les ressources financières de l'État, notamment à travers l'imposition. Il s'intéresse à la
manière dont l'État perçoit les impôts et les taxes, et comment il les redistribue. Exemple : Les lois relatives à l'impôt sur le revenu ou la TVA.
• Le droit pénal : Il vise à réprimer les comportements antisociaux, en fixant les infractions et les peines applicables. Il protège l’ordre
public et la sécurité des citoyens. Exemple : Les sanctions contre le vol, l'homicide ou la fraude.
• Le droit international public : Il régit les relations entre les États et les organisations internationales. Il comprend des règles sur les
traités internationaux, la guerre, les droits humains, et la responsabilité internationale. Exemple : Les conventions sur les droits de l’homme,
les traités de paix, le droit de la mer.
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Chapitre 1 : La notion de Droit comme cadre normatif
5 : Les branches du droit
5.2 Le droit privé
• Le droit civil : Il concerne les relations entre particuliers, comme le droit de la famille, le droit des obligations (contrats, responsabilité
civile), et le droit des biens (propriété, successions). Exemple : Les règles concernant le mariage, le divorce, ou les successions.
• Le droit commercial : Il régit les relations entre commerçants, ainsi que les activités commerciales. Il inclut les règles sur les sociétés,
les actes de commerce, la concurrence, et les procédures collectives. Exemple : La création d'une entreprise, les contrats commerciaux, ou
les faillites.
• Le droit du travail : Il traite des relations entre employeurs et salariés. Il régule les contrats de travail, les conditions de travail, et les
conflits entre les parties. Exemple : Les lois sur le licenciement, les conventions collectives, ou le temps de travail.
• Le droit de l’entreprise : Il est une sous-branche du droit commercial et s’intéresse aux règles qui régissent la création, la gestion, et
la dissolution des entreprises. Il inclut les aspects de droit des sociétés, de la fiscalité des entreprises, et des responsabilités des dirigeants.
Exemple : Les statuts des sociétés, la gouvernance des entreprises, la fusion-acquisition.
• Le droit international privé : Il régit les conflits de lois entre différents systèmes juridiques nationaux, notamment en matière de
mariage, d’héritage, ou de contrats internationaux. Exemple : Un contrat entre une entreprise marocaine et une entreprise française peut
relever de ce droit.
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Chapitre 1 : La notion de Droit comme cadre normatif
5 : Les branches du droit
5.3. Les droits mixtes
• Le droit pénal (également mentionné dans le droit public) : En tant que droit mixte, il encadre les infractions contre l'intérêt public
tout en traitant aussi des relations privées entre les victimes et les auteurs d'infractions.
• Le droit économique : Il régule les activités économiques en tenant compte des interactions entre le droit public et privé,
notamment en matière de régulation des marchés, de concurrence, ou d’intervention de l’État dans l’économie. Exemple : La régulation des
secteurs énergétiques ou des télécommunications.
• Le droit de la consommation : Il protège les consommateurs dans leurs relations avec les entreprises. Il implique des aspects de droit
public (protection des consommateurs par des lois) et de droit privé (relations contractuelles entre consommateurs et entreprises). Exemple
: Les garanties sur les produits ou la publicité trompeuse.
• Le droit de l’environnement : Il vise à protéger l’environnement et à réguler l’impact des activités économiques et industrielles. Il
mélange des aspects publics (réglementations, sanctions) et privés (litiges entre entreprises et particuliers). Exemple : La réglementation des
émissions industrielles ou les procédures de responsabilité environnementale.
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Chapitre 1 : La notion de Droit comme cadre normatif
6 : Les trois types de pouvoirs
La théorie de la séparation des pouvoirs a été formalisée au XVIIIe siècle par le philosophe français Montesquieu dans son ouvrage De
l’esprit des lois (1748). Cette doctrine repose sur l’idée que pour éviter les abus de pouvoir, celui-ci doit être divisé entre différentes
autorités indépendantes : le pouvoir législatif, exécutif et judiciaire. Montesquieu s’est inspiré du modèle britannique, où ces pouvoirs
étaient partiellement séparés, afin de garantir la liberté et l’équilibre dans l'État. La séparation des pouvoirs est aujourd’hui un principe
fondamental dans les régimes démocratiques, y compris au Maroc, où la Constitution de 2011 consacre cette division, tout en précisant les
rôles respectifs de chaque pouvoir et les mécanismes de contrôle mutuel.
Au Maroc, la Constitution de 2011 organise la séparation des pouvoirs à travers les institutions suivantes :
• Le Parlement, qui détient le pouvoir législatif ;
• Le gouvernement, qui exerce le pouvoir exécutif sous la direction du Chef du gouvernement ;
• Le pouvoir judiciaire, qui est indépendant et chargé de rendre justice au nom du roi.
Ce principe garantit un équilibre entre les autorités et évite que l’un des pouvoirs ne devienne dominant.
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Chapitre 1 : La notion de Droit comme cadre normatif
6 : Les trois types de pouvoirs
6.1 Le pouvoir législatif
Le pouvoir législatif a pour mission de voter les lois et de contrôler l’action du gouvernement. Il est exercé par le Parlement, composé de
deux chambres au Maroc :
• La Chambre des Représentants : élue au suffrage universel direct, elle représente les citoyens marocains et joue un rôle clé dans
l'élaboration des lois.
• La Chambre des Conseillers : elle représente les collectivités locales, les organisations professionnelles et les syndicats, et est élue au
suffrage indirect.
Ces deux chambres ont la compétence d'adopter les lois, de ratifier les conventions internationales, de voter le budget, et de contrôler
l'action du gouvernement. Le Parlement peut également interroger le gouvernement et le mettre en cause à travers une motion de censure.
Exemple au Maroc : En 2020, le Parlement marocain a voté la loi n° 40-17 relative aux entreprises publiques, visant à moderniser leur
gestion et renforcer la transparence financière.
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Chapitre 1 : La notion de Droit comme cadre normatif
6 : Les trois types de pouvoirs
6.2 Le pouvoir exécutif
Le pouvoir exécutif est chargé de la mise en œuvre des lois et de la gestion quotidienne de l'État. Au Maroc, il est exercé par le
gouvernement, dirigé par le Chef du gouvernement, qui est responsable devant le Parlement. Le roi, en tant que chef de l'État, détient des
prérogatives spécifiques, notamment en matière de sécurité nationale et de politique étrangère.
Le Chef du gouvernement est chargé de former le gouvernement, de superviser les politiques publiques, et de signer les décrets
d'application des lois votées par le Parlement. Chaque ministre, sous son autorité, dirige son département et assure l’exécution des
décisions prises.
Exemple au Maroc : Le gouvernement marocain a mis en place en 2022 la stratégie nationale pour la digitalisation des services publics afin
de moderniser l'administration et améliorer l'accès des citoyens aux services publics.
6.3 Le pouvoir judiciaire
Le pouvoir judiciaire est indépendant au Maroc et est responsable de l’application des lois et du règlement des litiges. La Constitution de
2011 a renforcé cette indépendance en créant le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, qui veille à la nomination et à la gestion des
carrières des magistrats.
Les juridictions marocaines comprennent des tribunaux de première instance, des cours d’appel, et une Cour de cassation, qui est la plus
haute instance judiciaire du pays. Les juges sont chargés de rendre la justice au nom du roi et d’assurer le respect des droits et libertés
garantis par la loi.
Exemple au Maroc : En 2018, le pouvoir judiciaire a joué un rôle central dans la mise en œuvre du Code de la famille (Moudawana), qui
encadre les questions de mariage, de divorce et de succession selon des principes de justice et d'égalité.
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Chapitre 1 : La notion de Droit comme cadre normatif
7 : l’organisation judiciaire marocaine à la lumière de la Constitution de 2011
7.1. Introduction à l’organisation judiciaire au Maroc
L'organisation judiciaire au Maroc est fondée sur des principes constitutionnels garantissant son indépendance. L’article 107 de la
Constitution de 2011 stipule que « le pouvoir judiciaire est indépendant du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif ». Cette indépendance
est renforcée par la création du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (article 113 de la Constitution), qui veille à la gestion des carrières
des magistrats et au respect de l’indépendance de la justice.
Les principales lois régissant l'organisation judiciaire incluent :
• La loi organique n° 100-13 relative au Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (2016) ;
• La loi organique n° 106-13 relative au statut des magistrats (2016) ;
• La loi n° 38-15 relative à l’organisation judiciaire (2021), qui fixe les compétences des juridictions.
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Chapitre 1 : La notion de Droit comme cadre normatif
7 : l’organisation judiciaire marocaine à la lumière de la Constitution de 2011
7.2. Les types de juridictions au Maroc
2.1 Les juridictions de droit commun
Ces juridictions sont régies par le Dahir portant loi n° 1-74-338 du 15 juillet 1974, portant approbation du texte sur l’organisation judiciaire,
tel que modifié et complété.
• Tribunaux de première instance : Compétents en matière civile, commerciale, sociale, et pénale, les tribunaux de première instance
sont régis par les articles de la loi n° 38-15 sur l’organisation judiciaire (2021).
o Exemple : Un litige civil, comme une dette impayée, sera jugé devant un tribunal de première instance.
• Cours d’appel : Les cours d’appel, régies également par la loi n° 38-15 (2021), réexaminent les jugements rendus en première
instance, en matière civile, pénale, et commerciale. Les articles 2 à 4 de cette loi détaillent leurs compétences.
o Exemple : Une personne condamnée pour vol en première instance peut faire appel devant la cour d’appel.
• Cour de cassation : La Cour de cassation est régie par le Dahir n° 1-57-223 du 27 septembre 1957, modifié et complété par des lois
ultérieures. Elle assure le contrôle de la légalité des décisions rendues par les cours d’appel.
o Exemple : Si une décision d’appel est jugée non conforme à la loi, la Cour de cassation peut l'annuler.
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Chapitre 1 : La notion de Droit comme cadre normatif
7 : l’organisation judiciaire marocaine à la lumière de la Constitution de 2011
2.2 Les juridictions spécialisées
Ces juridictions sont créées pour traiter des affaires spécifiques et sont régies par des lois spécifiques.
• Les tribunaux commerciaux : Créés par la loi n° 53-95 (1997) relative à l'organisation des tribunaux de commerce, ces juridictions
traitent des litiges relatifs aux transactions commerciales et aux sociétés.
o Exemple : Un différend contractuel entre deux entreprises sera porté devant un tribunal commercial.
• Les tribunaux administratifs : Régis par la loi n° 41-90 (1991), ils sont compétents pour juger les litiges entre les citoyens et
l’administration publique.
o Exemple : Un recours contre une décision administrative, comme l'annulation d'un permis, sera porté devant un tribunal administratif.
• Les tribunaux de la famille : Régis par la Moudawana (Code de la famille, 2004) et la loi sur l’organisation judiciaire, ces tribunaux
traitent les affaires de statut personnel, telles que le mariage, le divorce, et la garde des enfants.
o Exemple : Une demande de divorce ou de garde d'enfants sera traitée par un tribunal de la famille.
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Chapitre 1 : La notion de Droit comme cadre normatif
7 : l’organisation judiciaire marocaine à la lumière de la Constitution de 2011
7.3. Les fonctions des juridictions
3.1 Fonctions des tribunaux de première instance
Les tribunaux de première instance, régis par la loi n° 38-15 (2021), jugent en première instance les affaires civiles, commerciales,
sociales, et pénales. Ils traitent également les procédures urgentes (référés).
3.2 Fonctions des cours d’appel
Les cours d’appel, conformément aux articles 2 à 4 de la loi n° 38-15 (2021), réexaminent les décisions rendues par les tribunaux de
première instance. Elles vérifient si les faits ont été correctement jugés et si la loi a été appliquée correctement.
3.3 Fonction de la Cour de cassation
La Cour de cassation, régie par le Dahir n° 1-57-223 du 27 septembre 1957, assure le contrôle de la légalité des jugements rendus par les
cours d’appel. Son rôle est de garantir une application correcte et uniforme des lois.
7.4. L’indépendance du pouvoir judiciaire
L’indépendance du pouvoir judiciaire est consacrée par l’article 107 de la Constitution de 2011. Le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire
(articles 113 à 116 de la Constitution) joue un rôle clé dans la gestion des magistrats et veille à leur indépendance.
La loi organique n° 100-13 sur le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (2016) renforce cette indépendance en attribuant à cet organe la
gestion des carrières des juges, leur nomination, leur discipline, et leur promotion.
Exemple au Maroc : En 2017, la réforme de la loi organique sur le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire a permis de garantir une plus
grande indépendance de la justice.
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