Planification L2
Planification L2
Questions Approfondies de
Planification de l’Enseignement
Introduction
Actuellement, presque tous les pays, quelles que soient leurs tendances politiques, recourent à la
planification en vue d’exploiter au maximum les moyens disponibles pour leur développement.
Ce terme de planification est défini de différentes manières dans le temps et suivant les
circonstances. Cependant, de manière générale, les spécialistes sont du moins d’accord pour
affirmer que dans son essence, la planification est « un effort organisé, conscient et continu dont le
but est de choisir les moyens les meilleurs pour atteindre des objectifs soigneusement précisés ». La
planification s’accompagne ainsi d’un souci d’économiser des ressources qui sont habituellement
peu abondantes. Par conséquent, nous pouvons admettre que planifier c’est formuler un programme
cohérent pour la réalisation des objectifs de développement.
De nos jours, la planification de l’éducation ne saurait, en aucun cas, être limitée à un simple
exercice de prévision des ajustements nécessaires entre l’offre et la demande d’éducation. Les
planificateurs doivent, avant tout, être conscients des problèmes de la société, notamment ceux
inhérents à son développement, qui englobent et dépassent le monde de l’éducation ; ils doivent, en
outre veiller à la transmission des informations entre le lieu où se déroule réellement l’activité
éducative - sous toutes ses formes- et les décideurs qui font les choix fondamentaux. En même
temps, les planificateurs sont appelés à participer directement à l’élaboration des objectifs et des
stratégies de la politique éducative.
4
La planification est donc un processus fondé sur des échanges et des négociations, s’inscrivant dans
la stratégie globale du développement, entre les différents acteurs du domaine éducatif (enseignants,
élèves, parents, administrateurs, spécialistes, chercheurs, hommes politiques), ainsi qu’entre les
différents partenaires des systèmes d’éducation et les autres acteurs sociaux (la famille, le milieu
professionnel, les groupements associatifs, les syndicats, les coopératives, etc.) » (IIPE, 1986 : 5-6).
Pour les chercheurs en Sciences de l’éducation, il se pose le problème d’analyse de l’efficacité des
systèmes d’éducation, analyse susceptible d’orienter les décisions en matière d’éducation. C’est
pourquoi, ce cours de Questions approfondies de Planification de l’Education vise à amener les
étudiants de deuxième licence en sciences de l’éducation à être capables d’analyser l’efficacité d’un
système d’éducation.
Ainsi, l’étudiant qui aura suivi ce cours avec succès sera capable :
Depuis le début des années 80, un courant d’idées qui porte sur l’efficacité des systèmes de
formation s’est développé dans de nombreux pays. Ainsi, l’école, à l’image des autres secteurs de la
vie publique, doit expliquer son fonctionnement, démontrer son efficacité, rendre des comptes.
En effet, la pression se fait sentir de plus en plus fortement aujourd’hui. Mais cette exigence
d’efficacité demandée à l’école par la société n’est pas uniquement due aux restrictions du budget
public mais, à l’instar d’autres secteurs, elle répond à l’exigence d’une approche plus scientifique
dans la plupart des domaines. Les partenaires de l’école deviennent également plus exigeants. Parmi
eux, les décideurs souhaitent disposer d’informations précises, objectives et fondées afin d’orienter
et justifier leurs engagements. Le public également, les contribuables en général et les parents en
particulier, demandent une meilleure transparence du système.
Deux attitudes peuvent alors être adoptées face à cette nouvelle donne :
Soit s’opposer massivement en refusant catégoriquement que l’on pénètre dans la boite
noire de l’école, avec le risque que des coupes budgétaires drastiques et aléatoires soient
malgré tout imposées par les décideurs politiques.
Soit abandonner l’idée que l’école actuelle est idéale et immuable et que le changement
signifie de facto amoindrissement de la qualité. Dans cette optique, il est judicieux de
procéder à une analyse de l’état actuel du système éducatif, étudier en profondeur son
fonctionnement et effectuer des réaménagements permettant d’améliorer l’efficacité de
l’école.
Certes, le risque mentionné dans le cas de la première attitude n’est pas totalement éliminé car les
responsables politiques gardent le pouvoir de la décision. Cependant, une alternative leur est
proposé ici ; plutôt que de réduire les prestations et donc la qualité (« faire moins ») la possibilité
est donnée de réorganiser les prestations (« faire autrement ») avec comme but ultime l’amélioration
de la qualité du système éducatif.
En attendant que l’on opte (par choix ou par nécessité) pour la deuxième alternative, encore faut-il
trouver le moyen de la réaliser. Il faut en effet disposer d’un modèle qui permette d’évaluer la
qualité du système éducatif.
Comment parvenir à rendre transparent un phénomène aussi complexe que le système éducatif ?
Le modèle qui a prévalu jusqu’ici est un modèle mécaniste, étudiant les faits selon une méthode
linéaire, regardant quelle cause produit quel effet.
De telles études occupent depuis longtemps les chercheurs en sciences de l’éducation. La démarche
utilisée est généralement de type expérimental. Le chercheur sélectionne un échantillon d’élèves
dont il étudie les caractéristiques (niveau scolaire de départ, origine socio-économique, degré de
motivation…). Sur la base des informations ainsi recueillies, on constitue deux groupes aussi
rigoureusement «équivalents que possible ».
L’un des deux groupes, dit « groupe expérimental », est alors soumis, pendant une période donnée,
au dispositif d’enseignement dont on veut évaluer l’efficacité (par exemple la fréquentation de
classes à effectifs réduit). Le second (dit « groupe de contrôle » ou « groupe témoin ») poursuit sa
scolarité, pendant la même période, dans un contexte absolument inchangé (par exemple, des
classes à effectifs « normaux »).
Dans les sciences sociales, de nombreuses voix s’élèvent en faux contre cette manière jugée par trop
simpliste de représenter la réalité. Les opposants à ce modèle invoquent le nombre infini de
relations entre les éléments du système qui sont ainsi négligées. Et, à l’image de ce qui se passe
souvent dans le domaine des sciences sociales, par dépit de ne pas arriver à représenter la réalité de
façon exacte, on préfère y renoncer.
Un retard certain par rapport aux autres domaines a ainsi été accumulé. En économie, par exemple,
on est tout à fait conscient que les indices utilisés ne rendent compte que d’une partie de la situation
économique et restent fragmentaires. La nécessité de mesurer certains effets est cependant telle
qu’il a fallu se contenter d’étudier des parties seulement, en attendant que la connaissance des
processus économiques soit mieux comprise et qu’un modèle plus adéquat soit créé. Le public aussi
d’ailleurs s’est habitué à une telle situation et s’en accommode.
Le moyen de rendre compte du fonctionnement du système éducatif qui paraît le plus adéquat dans
l’état actuel de nos connaissances est le modèle systémique qui considère la réalité comme un
système, avec des entrées, des informations, des processus de fonctionnement, des résultats, mais
surtout une quantité infinie de rétroactions, des interrelations entre tous les éléments du système et
entre les sous-systèmes eux-mêmes. Lorsqu’un problème apparaît dans un système, sa cause est due
à une multitude de facteurs, eux-mêmes liés entre eux. De même, une action ne produit jamais un
seul effet, mais porte son influence sur d’autres éléments du système et crée parfois des effets
indésirables.
Ainsi, le modèle systémique est une méthode de description qui consiste à considérer toute activité
ou programme comme un système qui joue un certain rôle dans son environnement,
l’environnement se composant à la fois du milieu physique et de l’ensemble des autres systèmes et
activités (sociales, culturelles, économiques, politiques…) en présence. Chaque système entretient
des rapports avec son environnement dans le but d’assurer sa propre survie et de parvenir à
certaines finalités qu’il s’est fixées ou qui lui ont été fixées. Il assimile certaines ressources
(matériel, fonds, information, personnel) en provenance de l’environnement et lui restitue d’autres.
Ces échanges peuvent être schématiquement représentés comme suite :
Environnement
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Environnement
Sorties
Entrées
Dans le cas spécifique d’une activité de formation, cette approche permet de décrire la forme et le
fonctionnement du programme en retenant quatre données essentielles :
Partant de cette analyse, le diagramme ci-dessus peut être modifié pour s’adapter davantage aux
caractéristiques d’un programme éducatif :
MILIEU
Cependant, vouloir représenter toutes les relations entre les éléments du système pour apprécier et
décrire l’efficacité d’un système de formation est utopique et totalement irréalisable. Alors
comment procéder ?
A défaut de pouvoir saisir la réalité dans sa totalité, tout en voulant quand même rendre compte de
sa complexité, il est possible d’utiliser des indicateurs, représentant des éléments de cette réalité.
Selon De Landsheere (1994), un indicateur est une statistique directe et valide informant sur l’état et
les changements d’ampleur et de nature, au cours du temps, d’un phénomène sociétal jugé
important. En éducation, cette mesure informe notamment sur la santé et la qualité du
fonctionnement du système, sur ce que connaissent les élèves, ce qu’ils sont capables de faire et sur
l’évolution positive ou négative de ces conditions…
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A la différence des statistiques pures, les indicateurs permettent de porter le regard sur le
fonctionnement qualitatif des systèmes car, bien que traités statistiquement, ils recouvrent aussi bien
des données qualitatives que quantitatives. Les indicateurs fournissent des informations sur des
aspects particuliers. Ce sont, comme le nom l’indique, des indices d’une réalité plus complexe.
On pourrait espérer que, une fois les indices les plus pertinents répertoriés et organisés, ils suffisent
à expliquer le système éducatif dans son ensemble. Cependant, il n’en va pas si facilement dans la
réalité et les indicateurs comportent des limites non négligeables. A ce titre, ils sont comparés par
l’OCDE à des tableaux de bord : « Les indicateurs présentés en ensemble et sous-tendus par un
cadre d’organisation, partagent les limites des tableaux de bord. Ils n’offrent pas une photographie
globale du fonctionnement d’un système éducatif, mais se bornent à des informations ponctuelles
sur certains de ses aspects, aspects limités à ceux choisis par les constructeurs de l’ensemble…
Comme un tableau de bord, les indicateurs présentent une information partielle et sans valeur, et il
convient de ne pas les prendre pour ce qu’ils ne sont pas. Ce ne sont ni des systèmes experts
capables de diagnostics sophistiqués, ni des pilotes automatiques à même de décider d’une conduite
et de la tenir. Plus modestement, les indicateurs signalent que quelque chose est en train de se
produire et demande attention, et ils ne sont que cela » (OCDE 1992).
Les indicateurs fonctionnent donc comme des signaux d’alarme pour nous rendre attentifs aux
dysfonctionnements. Ils ne permettent cependant pas d’identifier la cause ni même le remède. Ils
n’ont pas une fonction explicatrice en eux-mêmes. Connaître le nombre d’élèves entrant à l’école
primaire, par exemple, ne constitue pas une information précieuse en soi. Par contre, ce nombre,
mis en relation avec d’autres paramètres (nombre d’enseignants, de classes, effectif de la population
scolarisable…) peut devenir déterminant. En regard du parc immobilier existant, il indique par
exemple si les besoins futurs en salles de classes seront couverts, si l’infrastructure existante
correspondra à la demande.
C’est en mettant en relation les indicateurs entre eux, en essayant de montrer leur influence
réciproque qu’on les utilise de la façon la plus constructive. Comme l’affirme si bien l’OCDE, « les
indicateurs de l’enseignement ont l’intérêt de permettre d’élargir notre compréhension des
problèmes et d’être des catalyseurs d’idées nouvelles. Ils peuvent signaler les nouveaux points
noirs, offrir des cadres conceptuels, de discussion, fournir quelques indications utiles pour une
première réflexion sur les solutions possibles et, à un niveau plus général, informer l’opinion. »
Un système d’indicateurs de l’enseignement, au-delà de l’information qu’il apporte, est donc utile
pour la planification, la prise de décision car, comme le dit Poglia 1, «on n’évalue pas que pour
savoir, mais pour agir.»
Cependant, les indicateurs ne doivent jamais être utilisés seuls dans une démarche d’évaluation du
système éducatif. Ils ne sont qu’un outil parmi d’autres et doivent s’inscrire dans une démarche plus
globale. Leur mise en relation avec d’autres éléments permet en outre de mieux les interpréter car,
des chiffres peuvent, selon les contextes, recouvrir des significations différentes.
Les indicateurs, pour être constructifs, doivent forcément recouvrir des notions mesurables. Le
risque est d’aboutir à une situation où l’on accorde de l’importance uniquement à ce qui est
quantifiable. Il est donc plus que jamais indispensable de compléter le système des indicateurs par
d’autres données qualitatives afin d’approcher encore davantage la réalité du système éducatif.
Enfin, il reste la part des variables non mesurables, telles les qualités humaines. Elles n’ont pas pour
autant moins d’importance dans l’efficacité de l’école. De plus en plus de recherches démontrent
d’ailleurs qu’indépendamment du niveau des élèves, des moyens d’enseignement, de l’effectif des
1
Poglia, (1995), « Analyse de l’efficacité et politique éducative : un scepticisme constructif » in Analyse de l’efficacité
des systèmes de formation, Colloque de Berne, Editeur Uri Peter Trier, pp.93-103)
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classes, ce qui compte le plus, c’est l’enseignant, sa personnalité, son professionnalisme, sa relation
à l’élève, son style pédagogique.
Les indicateurs, bien que n’étant que des éclairages du système éducatif, ne doivent pas être choisis
au hasard des données déjà collectées. Ils doivent être conçus selon un cadre théorique le plus
cohérent possible et représenter les principaux champs du système éducatif. Comme nous l’avons
mentionné plus haut, il ne peut de loin pas atteindre un caractère exhaustif.
Certaines études ont choisi les indicateurs en fonction des données existantes dans un souci
d’économie et de rapidité, mais le risque est d’aboutir à un amalgame d’informations. Il est donc
préférable d’élaborer d’abord un concept de recherche puis, dans un deuxième temps, de procéder à
l’inventaire des données effectivement disponibles et celles à créer ou à récolter.
Les indicateurs portent sur plusieurs plans. Ils vont du système éducatif en général aux
établissements, voire à la classe elle-même. Ils peuvent être étudiés dans une perspective
internationale, nationale ou au niveau de l’école.
Dans ce chapitre, nous nous intéressons principalement aux indicateurs relatifs au système éducatif.
Ces indicateurs relèvent d’un cadre théorique général conçu par l’OCDE dans son projet sur les
indicateurs de l’enseignement et adapté par Isabelle Betrisey (1996).
Avant d’examiner ces indicateurs de manière détaillée, il convient de noter que l’OCDE mène
depuis 1988 une étude qui a pour objet de comparer les systèmes de formation sur un plan
international et d’évaluer leur efficacité. Quatre réseaux ont été depuis constitués et chargés de
développer de nouveaux indicateurs relatifs à différents champs de l’éducation.
Le cadre théorique développé par l’OCDE et adapté par Isabelle Betrisey se présente comme suite :
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COMMENT
Processus
1. 5. Types d’indicateurs
Les indicateurs, basés sur le cadre théorique ci-avant présenté, sont de plusieurs sortes. On
peut les classer dans trois grandes catégories :
Ces différents types d’indicateurs ne sont pas forcément corrélés entre eux. Ainsi qu’on l’a vu
dans leur utilisation, il ne suffit pas de modifier un indicateur d’entrée pour changer de facto
un résultat précis. C’est la mise en perspective de plusieurs indicateurs qui permet de dégager
des éléments de compréhension et d’envisager des pistes d’action futures.
La liste de ces indicateurs, placés dans le cadre théorique défini plus haut se présente comme
suite :
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Par population résidante, il faut entendre l’effectif des personnes qui habitent toute l’année
une contrée (pays, province, district, territoire…) donnée. Par contre, la population jeune est
généralement représentée par l’effectif des jeunes âgés de 5 à 24 ans.
En étudiant l’évolution de cet indicateur au cours des années selon la variable « entité » on
peut appréhender les disparités entre entités, voire l’évolution de la proportion des jeunes au
sein de la même entité.
Pour être efficace, le système éducatif doit s’adapter à une population scolaire de langues
différentes de celle dispensée dans son enseignement. Aussi dans l’analyse de l’efficacité d’un
système éducatif, convient-il d’apprécier la proportion (le taux) des élèves dont la langue
maternelle ne correspond pas à la langue d’enseignement.
Par langue maternelle, on désigne la langue dans laquelle une personne pense et qu’elle
maîtrise le mieux. La langue « étrangère » désigne, quant à elle, la langue autre que la langue
officielle de la contrée de l’école.
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Cet indicateur estime la part financière que le pays accorde à l’enseignement. Il peut être
calculé suivant certaines entités administratives (Province, District, Territoire, Collectivité…).
Il est intéressant de remarquer que cet indicateur permet d’étudier les variations entre les
nations, voire entre les entités au sein d’un même pays. Analysé tout au long d’une période
donnée, cet indicateur permet de voir l’évolution de l’importance accordée au système
éducatif par la communauté.
Pour ce qui concerne le Zaïre, alors que l’enseignement a absorbé 24.2% des dépenses totales
de l’Etat en 1980, ce secteur n’a consommé en 1990 que 0.3% du budget national. Pour la
période de 1989 à 1995, la proportion de ces dépenses par rapport à d’autres secteurs a évolué
de la manière suivante :
Le taux de chômage et d’occupation ont une incidence directe sur le système éducatif,
l’augmentation du premier incite les jeunes à prolonger leur formation dans l’espoir qu’un
niveau de formation plus élevé améliorera leurs chances de trouver un emploi.
Le taux de chômage est donné par le rapport entre les personnes à la recherche d’un emploi et
la population active, tandis que le taux d’occupation est obtenu par le rapport entre les
personnes qui accomplissent un travail rémunéré en tant que salariées ou indépendantes
(activité dans une entreprise familiale comprise).
a. Ressources financières
Cet indicateur permet de détailler les dépenses de l’enseignement dans les différents
domaines : les dépenses courantes ou dépenses de fonctionnement, les dépenses
d’investissement ou dépenses en capital et les dépenses de transfert.
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Les dépenses courantes comprennent les traitements et salaires de toute nature et les frais de
fonctionnement. Les dépenses d’investissement comportent les coûts d’équipement (matériel
didactique et scientifiques, véhicules, les dépenses de construction…). Les dépenses de
transfert sont constituées par les montants redistribués sous formes de bourses et de prêts
d’études ainsi que des pensions et allocations diverses versées aux personnes dont l’activité
fut consacrée à l’éducation.
Les enseignants ont un rôle primordial dans la transmission des connaissances. Leur
formation, leur statut, leur rémunération, leur motivation influencent directement la réussite
ou l’échec des élèves.
Cet indicateur permet d’établir un profil type de l’enseignant moyen dans les différents degrés
d’enseignement. Par ailleurs, l’âge des enseignants a une incidence directe sur le
renouvellement du corps enseignant et sur la demande pour la formation du nouveau
personnel.
Le taux d’occupation d’un enseignant est donné par le rapport entre le nombre d’heures
prestées par l’enseignant et le nombre total d’heures reçu par les élèves.
En recourant à cet indicateur, on peut se demander si le taux d’occupation varie selon le sexe
ou le degré d’enseignement.
Cet indicateur concerne uniquement le temps passé à l’activité propre d’enseigner. Le nombre
d’heures d’enseignement détermine pour une bonne part les conditions de travail des
enseignants. Il permet aussi de fixer la part de temps restante pour toutes les autres tâches
liées à l’enseignement.
L’étude de cet indicateur au travers des degrés de la scolarité permet en outre de dégager des
différences annuelles relativement importantes. Ces différences sont-elles arbitraires ou
dépendantes de la charge de travail totale, c’est-à-dire qu’un temps d’enseignement annuel
plus court se justifie par une plus grande charge, dans les autres activités d’enseignement.
Par temps d’enseignement, il faut entendre le nombre total d’heures par an (une heure = 60
minutes) qu’un enseignant travaillant à plein temps consacre à dispenser ses cours.
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Le calcul de cet indicateur nécessite la précision des notions telles que la formation de base, la
formation continue et la formation complémentaire :
Formation de base : formation minimale requise pour exercer la profession selon les
directives officielles ;
Formation continue : perfectionnement personnel, obligatoire ou facultatif ;
Formation complémentaire : formation en cours d’emploi en vue de se spécialiser dans
une discipline.
Les conditions de nomination des enseignants ne sont pas équitables. Certaines, outre le
brevet d’enseignement ou un titre universitaire, exigent de l’expérience professionnelle ainsi
qu’un minimum d’heures d’enseignement. La politique en la matière n’étant pas claire, les
différences sont davantage liées à la pratique de chaque école (université), chaque système
éducatif…
Pour les systèmes qui distinguent par exemple des enseignants nommés, non nommés et des
auxiliaires, on peut par exemple étudier le statut des enseignants en recourant à des tableaux
de ce genre.
Pour l’étude de l’efficacité de nos universités, voire des facultés au sein de l’université, on
peut analyser le statut des enseignants en fonction du temps consacré par les enseignants
(temps plein, temps partiel), du grade des enseignants (Personnel académique, Personnel
scientifique…).
En recourant à cet indicateur, on peut analyser les différences entre institutions en faisant
ressortir d’une part le traitement annuel minimal et d’autre part le traitement annuel maximal.
On peut à cet effet se servir d’un tableau analogue à celui-ci :
Dans l’étude de cet indicateur, on peut par exemple construire un tableau similaire à celui-ci :
Le temps attribué à chaque matière apporte une indication sur l’importance qui lui est
accordée dans les différents cursus. Deux comparaisons sont intéressantes à étudier. La
première porte sur les variations en temps au cours des niveaux de la scolarité, la deuxième
sur les différences inter-régionales (continent, province…).
Par temps d’enseignement par matière, il faut entendre le pourcentage du temps total
disponible par catégorie de matière dans le programme d’étude prévu.
Au niveau international, on distingue généralement pour l’école obligatoire 4 catégories de
matières : langue maternelle, mathématiques, langues étrangères, éducation artistique et
éducation physique. L’éducation artistique désigne généralement les activités manuelles,
l’économie familiale, l’éducation musicale, le dessin.
On pourrait, eu égard à cette catégorisation, faire ressortir cet indicateur au moyen du tableau
ci-dessous :
Cet indicateur permet d’évaluer le temps qu’un écolier passe sur les bancs de l’école. Il peut
être mis en relation avec les résultats des élèves. Un allongement de l’année scolaire aurait-il
une incidence sur les résultats des élèves ou serait-il plus judicieux de songer à une répartition
différente du temps scolaire ?
Il faut faire remarquer que l’heure d’enseignement se rapporte ici à une heure effective, c’est-
à-dire 60 minutes.
La taille des classes ou la moyenne d’élèves par classe comporte une influence au niveau
pédagogique ; plus l’effectif des classes est petit, plus il permet un enseignement
individualisé. Il est également intéressant de comparer la taille des classes à différents
moments de la scolarité. On peut en effet supposer que lors des moments charnières,
notamment lors du premier contact avec l’école, l’effectif ne peut pas être de la même
importance qu’à d’autres degrés.
La taille des classes peut être mise en rapport avec diverses variables : cycle d’études, types
de formation, réseau d’enseignement, etc.
La présence d’élèves de langue ou culture d’origines différentes dans les classes oblige les
enseignants - et les élèves - à faire face à de nouvelles réalités. L’hétérogénéité de la
population présente un apport positif par l’élargissement de la connaissance de l’autre et
d’autres manières de vivre mais implique aussi des difficultés pour les enseignants dans la
manière de transmettre les apprentissages scolaires.
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Pour cet indicateur, on peut calculer dans un système d’enseignement donné, le pourcentage
des classes hétérogènes et très hétérogènes.
Les classes homogènes sont celles qui ne comportent aucun élève d’origine ni de langue
étrangère. Les classes hétérogènes comportent au plus un tiers d’élèves d’origine ou de langue
maternelle étrangère. Enfin par classes très hétérogènes on entend des classes qui comportent
au moins un tiers d’élèves d’origine ou de langue maternelle étrangère.
Les enseignants et les élèves sont les principaux acteurs du système éducatif. Le nombre
d’élèves pour un poste à plein temps d’enseignement permet d’évaluer le rapport d’effectif
entre les deux ainsi que les facteurs qui agissent sur sa variation, tel que le degré
d’enseignement. Cet indicateur ne renseigne pas forcément sur la taille des classes (cf.
indicateur n° 19).
Il faut noter que plus le degré d’enseignement est élevé, plus le nombre d’élèves par
enseignant à plein temps est réduit.
Cet indicateur évalue le nombre d’enseignants attribués à une classe, quel que soit son
effectif. Il permet de démontrer, pour certains systèmes d’enseignement, qu’une classe
n’équivaut pas à un enseignant, même au degré élémentaire. La place des spécialistes de
branches et des intervenants pour les élèves en difficulté est également prise en compte.
Dans un système d’enseignement, les décisions sont prises à plusieurs niveaux : national,
provincial, ecclésial…voire au niveau de l’établissement scolaire. Cet indicateur permet de
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définir la part de chacun dans les différents domaines de décision et apporte un éclairage sur
le fonctionnement du système éducatif. On peut mettre en relation cet indicateur avec d’autres
(réussite, dépenses par élèves, niveau de lecture…) afin de dégager un lien entre la structure
du système de l’enseignement et son efficacité.
d. Climat d’étude
Les trois thèmes qui suivent interviennent autant comme indicateurs de processus au niveau
du système éducatif qu’au niveau de l’établissement scolaire.
Dans plusieurs systèmes éducatifs, ce thème n’a pas encore été utilisé en tant qu’un indicateur
de l’enseignement faute de données recensées. Il est cependant mentionné dans les travaux de
l’OCDE comme facteur entrant dans ce qu’on nomme « la culture de l’école ». Cet indicateur
fait référence à une notion qualitative et concerne les modalités de rencontres et de
collaboration des enseignants, c’est-à-dire la fréquence des réunions, les thèmes abordés,
l’apport pour l’établissement scolaire (projet d’établissement) ainsi que l’apport au niveau
personnel, les échanges de classes ou de cours, la communication avec les spécialistes des
branches et les intervenants extérieurs.
Des recherches empiriques ont confirmé que la coopération entre enseignants est fortement
liée à l’efficacité de l’école.
Les premiers résultas obtenus par l’OCDE cassent l’image traditionnelle en montrant qu’il y a
un bon degré de communication et de coopération entre les directeurs d’écoles et les
enseignants et entre les enseignants eux-mêmes essentiellement à un niveau informel. Les
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différences entre les pays tiennent davantage à la fréquence des réunions entre enseignants
plus qu’aux types de coopération.
Cet indicateur fait référence aux discussions que les parents ont avec les enseignants
concernant leur enfant, mais aussi à toutes les occasions qui leur sont données pour participer
à la vie de l’école, que ce soit lors des journées sportives ou culturelles ou encore, plus
directement, lors des réunions d’enseignants afin de participer aux décisions concernant
l’établissement scolaire.
Les premiers résultats de l’OCDE montrent qu’actuellement la participation des parents est
faible et que la répartition traditionnelle des rôles entre parents et enseignants est maintenue,
c’est-à-dire que les parents sont informés de ce qui se passe à l’école sans pour autant
participer aux décisions relatives à l’enseignement ou aux processus d’apprentissage.
Ce thème n’a encore jamais été utilisé en tant qu’indicateur de l’enseignement. Il se situe à un
niveau qualitatif et est à étudier tant du point de vue de l’élève que de l’enseignant. Le style
pédagogique du maître est-il jugé autoritaire, laxiste, l’enseignant répond-il suffisamment et
adéquatement aux demandes de l’élève. L’enseignant juge-t-il son rapport avec les élèves
satisfaisant ?
Cet indicateur permet d’évaluer le climat qui règne entre les deux principaux acteurs de
l’école.
e. Participation à l’enseignement
28. Degré pré-primaire : taux de fréquentation de l’école enfantine par les 4-6ans
L’école enfantine n’est généralement pas obligatoire ; pourtant la majorité des enfants la
fréquentent dans beaucoup de pays pendant au moins deux ans. La mission principale de
l’éducation préscolaire est de préparer les enfants à leur entrée à l’école en développant leurs
habiletés sociales et cognitives.
Il est des fois important d’estimer l’ampleur de la fréquentation de cette école par l’indicateur
appelé « taux de fréquentation de l’école enfantine », lequel est fourni par le pourcentage
d’élèves de l’école enfantine par rapport à la population de 4 à 6 ans (ou 3 à 5 ans). Cet
indicateur peut même être calculé par âge.
C’est à partir du secondaire I (3ème année) qu’une répartition des élèves dans des filières à
exigences différentes a lieu. Elle se fait selon les systèmes sous deux formes : à l’intérieur de
la classe pour certaines branches ou selon deux ou plusieurs sections distinctes.
Il est intéressant d’analyser l’évolution du taux de fréquentation des filières au cours des
années. Celui-ci peut-être mis en relation avec plusieurs facteurs : les capacités effectives des
élèves, la variabilité des critères de sélection, la pression vers le haut des parents et du marché
du travail.
Cet indicateur permet d’apprécier le pourcentage d’une cohorte d’élèves qui parvient à la fin
de la scolarité obligatoire en ayant accompli un parcours scolaire « normal », c’est-à-dire sans
avoir ni redoublé, ni sauté une classe, qui se retrouvent donc en 3ème C.O.
Cet indicateur est couramment exprimé en termes de pourcentage d’élèves bénéficiant des
mesures spécifiques à l’école obligatoire.
La grande majorité des jeunes entament une formation après leur scolarité obligatoire, que ce
soit sous forme d’apprentissage professionnel ou en suivant la formation générale des écoles
secondaires II. Le taux de scolarisation calculé ici n’indique cependant pas la part des jeunes
qui terminent avec succès cette même formation (cf. à ce propos les indicateurs n° 36 et 37
sur les diplômes).
Cet indicateur permet en outre de décrire la répartition des jeunes dans les filières. La
tendance s’oriente-t-elle vers une préférence pour les études ou pour l’apprentissage d’un
métier ?
L’entrée dans une nouvelle filière de formation nécessite un temps d’adaptation. Ce moment
est ainsi révélateur d’erreurs d’orientation. Ainsi, la première année de programme d’une
filière, surtout entre deux niveaux d’enseignement (du primaire au secondaire I, du secondaire
I au secondaire II…) comporte un flux d’élèves plus important qu’à d’autres moments de la
scolarité. Certaines filières ne sont pas fréquentées jusqu’à leur terme, représentant
essentiellement un tremplin vers d’autres formations ou une solution d’attente.
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Le flux désigne le passage d’une filière de formation à une autre ou d’une année du
programme à une autre. (Voir Flash statistique de l’école Valaisanne).
A l’avenir, la formation s’inscrit dans une perspective de formation continue. En effet, il est
aujourd’hui impensable d’imaginer ne plus devoir se former une fois sorti des bancs de
l’école, un diplôme en poche. Que ce soit au niveau individuel ou de la société, la formation
continue est un moyen pour maintenir les connaissances, pour assurer le perfectionnement et
le recyclage. Cet indicateur permet également d’évaluer non seulement la proportion des gens
qui y ont recours mais aussi les catégories des personnes.
Par formation continue, il faut entendre toutes les formations organisées (professionnelles et
extra-professionnelles) qui s’appuient sur une relation d’enseignant à enseigné et qui sont
fréquentées par des personnes adultes.
a. Diplômes
Les élèves qui arrivent au terme de leur scolarité obligatoire en troisième du cycle
d’orientation obtiennent un diplôme. Cependant, un certain nombre d’élèves ayant redoublé
une année quittent le CO en deuxième année du programme. La question est de savoir
finalement quel est le taux obtenant effectivement ce diplôme par rapport à une population de
référence du même âge.
La fin de scolarité obligatoire intervient pour les élèves ayant accompli 9 ans de scolarité
(éducation préscolaire non comprise) et ayant atteint l’âge de 15 ans révolus.
Il faut remarquer ici que cet indicateur ne peut être calculé pour notre système d’éducation
dont l’organigramme diffère fortement de celui de la plupart de pays de l’OCDE.
Cet indicateur s’applique autant aux diplômes permettant d‘accéder dans un deuxième temps
aux études supérieures qu’aux formations professionnelles de base. Il est à mettre en relation
avec le taux de scolarisation après la scolarité obligatoire (indicateur n° 32). Nous pouvons en
effet évaluer ici la part des jeunes ayant entamé une formation secondaire du deuxième cycle
et qui obtiennent un diplôme.
Le taux de diplômes est fourni par le nombre de diplômes délivrés par rapport à la population
résidante totale de la classe d’âge correspondante.
Les indicateurs regroupés ici concernent les savoirs et les savoir-faire des élèves au sortir du
système de l’enseignement. Ces indicateurs sont ici volontairement peu détaillés car, bien que
constituant le résultat direct de l’enseignement, paradoxalement, peu d’études systématiques
ont été réalisées en la matière. Chacun de ces indicateurs nécessite donc un travail approfondi
de recherche d’expérimentation en vue de son évaluation. Nous proposons donc ici
uniquement des pistes de recherches et des références d’études.
Les trois premiers indicateurs portent sur les connaissances purement scolaires des élèves au
sortir de ‘école obligatoire dans trois branches d’enseignement.
Une telle étude fait grandement défaut dans notre système d’enseignement.
Il est intéressant de pouvoir évaluer un niveau de connaissance des élèves dans un domaine
précis. Une étude internationale comprenant, entre autres, les connaissances des élèves en
mathématiques est actuellement en cours2. Elle permettra d’apporter, avec un haut degré de
fiabilité, des informations précises et comparables au niveau international. Au niveau de la
RDC, il manque également des études évaluant les compétences des élèves en mathématiques.
La deuxième langue est introduite à l’école primaire, essentiellement sous forme orale. Il
apparaît que, malgré un enseignement portant sur une durée d’environ 4 ans, les jeunes ne
maîtrisent pas la deuxième langue ; ils ne parlent et ne possèdent pas la langue écrite. Des
changements de méthodes ont pourtant eu lieu, l’accent a été mis sur l’oral et sur la
communication, mais rien n’y fait. A l’heure actuelle où le bilinguisme est prôné dès la
préscolarité et semble devenu un atout indéniable dans les perspectives d’emplois futurs, cette
2
Cette étude est réalisée par l’association internationale sur l’évaluation (IEA), elle est intitulée « Third
International mathematics and Science Study » (TIMSS +).
26
question des acquisitions des élèves dans une deuxième langue récolte un intérêt tout
particulier.
Ce domaine n’a encore jamais été utilisé en tant qu’indicateur de l’enseignement. Il est
pourtant fondamental, car il apporte une information de la part du principal acteur de l’école :
l’enfant. Comment le style pédagogique d’un enseignant (enseignement frontal u participatif),
les méthodes d’apprentissage (enseignement individuel ou collectif, pédagogie de la
découverte), l’organisation scolaire (taille et composition des classes), les modes de sélection
(redoublement, intégration de la différence, enseignement spécialisé), les relations avec les
pairs influencent-ils la construction de l’image de soi des élèves ?
L’âge et, corollairement l’expérience professionnelle des personnes semblent être des facteurs
déterminants dans l’accession à l’emploi, indépendamment de la conjoncture économique ?
Cet aspect concerne surtout les jeunes ayant achevé une première formation de base et, plus
généralement, l’accès au premier emploi. Sans oublier que la notion de durabilité d’un emploi
n’a plus du tout la même acception que jusqu’à ces dernières années. Généralement, le
premier emploi est loin d’être stable.
Cet indicateur permet d’évaluer l’influence du degré de formation atteint par rapport à
l’emploi occupé, afin de vérifier l’opinion communément acquise que plus le niveau de
formation est élevé, plus les chances de trouver un emploi sont garanties. La formation est-
elle le critère principal ? Cet indicateur est à mettre en relation avec le taux de chômage de la
population en général (indicateur n° 5) quel que soit le niveau de formation.
Le salaire est un des résultats du système de l’enseignement, car le niveau de formation atteint
détermine pour une large part le salaire qui sera alloué lors de l’emploi futur. Mais une
formation élevée assure-t-elle de facto un salaire élevé, quel que soit l’âge ou le sexe des
personnes ?
Pour estimer cet indicateur on utilise habituellement le revenu moyen, celui-ci étant entendu
comme la moyenne des revenus annuels nets des actifs occupés à plein temps.
Chapitre deuxième
Depuis 1991, l’UNESCO produit tous les deux ans le Rapport mondial sur l’éducation, lequel
rapport réunit des données et des analyses concernant quelques-unes des principales questions
à l’ordre du jour en matière d’éducation et de grandes tendances qui se dégagent. Pour
l’établissement de ce rapport, l’UNESCO utilise généralement des indicateurs qui ne couvrent
pas l’ensemble de la typologie élaborée par l’OCDE.
Ce chapitre vise à présenter ces indicateurs et à les illustrer pour cinq pays tirés de différentes
régions du monde ([Link], Mexique, Italie, Afghanistan, Papouasie Nouvelle Guinée).
Les données utilisées sont extraites du Rapport sur l’éducation publié en 1993. Le chapitre
vise, en d’autres termes, à amener les licenciés en sciences de l’éducation à comprendre les
différents rapports produits par l’UNESCO pour le diagnostic de l’éducation dans les
différentes régions du monde.
Il importe de noter avant tout que « les indicateurs de l’éducation dans le monde ont pour
objectif de faciliter à la fois le suivi de la progression vers l’éducation pour tous et l’analyse
des principales tendances de l’éducation et les grands problèmes de politique éducative dans
le monde. Ils ont aussi une utilité pratique pour les responsables de la politique éducative au
niveau national, par exemple quand il s’agit de faire aisément des comparaisons avec les pays
voisins ou avec des pays se situant à des niveaux de développement comparables »
(UNESCO, 1993 : 108).
a) Taux d’analphabétisme
Ce taux est donné par le nombre d’analphabètes adultes (15 ans et plus) en pourcentages de la
population du groupe correspondant.
C’est le nombre de livres et de périodiques reliés dans les bibliothèques publiques pour 1000
habitants.
c) Journaux quotidiens
29
Cet indicateur est fourni par le nombre de récepteurs de radio et de télévision pour 1000
habitants. Les indicateurs sont basés sur le nombre estimé de récepteurs en service.
En 1990, les indicateurs de l’alphabétisme, la culture et la communication pour les cinq pays
retenus ici sont les suivants :
Il s’agit de la population inscrite dans l’enseignement précédant le premier degré, quel que
soit l’âge des enfants, en pourcentages de la population préscolaire selon la réglementation.
En ce qui concerne les cinq pays considérés dans ce chapitre pour l’illustration des
indicateurs, la situation se présentait en 1993 comme suite :
30
Pays Taux de
préscolarisation
Total M F
[Link] … … …
Mexique 61 60 62
Afganistan 1 1 1
Italie 91 90 91
[Link] Guinée 0,4 1 0,4
b) Nombre d’élèves par maître
C’est le nombre moyen d’élèves par maître dans l’enseignement précédant le premier degré.
Le personnel enseignant comprend en principe les maîtres à temps complet et les maîtres à
temps partiel, de sorte que les rapports élèves/maîtres ne sont pas strictement comparables
d’un pays à l’autre, la proportion d’enseignants à temps partiel variant selon les pays. Pour les
cinq pays pris en compte dans ce cours, cet indicateur se présente ainsi :
Pays Nombre
d’élèves/maître
[Link] …
Mexique 26
Afganistan …
Italie 14
[Link] Guinée …
c) Pourcentage de femmes parmi les enseignants
Cet indicateur est fourni par le pourcentage de femmes par rapport au nombre total
d’enseignants précédant le premier degré. Ce pourcentage a varié de la manière suivante dans
les cinq pays pris en exemple dans ce chapitre :
Pays Pourcentage de
femmes parmi les
enseignants
[Link] …
Mexique 62
Afganistan …
Italie 99
[Link] Guinée …
d) Taux brut de scolarisation (6-23 ans)
Cet indicateur représente les effectifs totaux de l’enseignement des premier, second et
troisième degrés, en pourcentages de la population âgée de 6 à 23 ans. Cet indicateur n’est pas
stable selon les régions et les pays ainsi qu’en témoigne le tableau ci-dessous :
31
[Link] 38
Mexique 62
Afganistan 13
Italie 64
[Link] Guinée 30
e) Espérance de vie scolaire
L’espérance de vie scolaire d’un enfant d’un âge donné est définie comme étant le nombre
total d’années de scolarisation dont l’enfant peut espérer bénéficier, en posant comme
hypothèse que la probabilité de sa scolarisation à un âge donné dans le futur est égale au taux
de scolarisation actuel pour cet âge, c’est-à-dire au pourcentage de personnes de cet âge
scolarisées. Par exemple, si les taux de scolarisation d’un pays donné sont les suivants :
Taux de
Age
scolarisation (%)
6 90
7 85
8 80
9 75
10 60
11 48
12 40
13 32
14 25
15 20
16 17
17 14
18 12
19-23 4
L’UNESCO a étudié les espérances de vie scolaire il y a plusieurs années (Cf. D. Blot et C.
Sauvageaot, Les dimensions de la scolarité : étude des taux de scolarisation dans le monde,
Paris, UNESCO, 1975). A l’époque, toutefois, le nombre de pays qui fournissaient des
données sur l’âge des élèves/étudiants était relativement faible. Cette situation n’a pas
fortement évolué. Voyons l’espérance de vie scolaire suivant le groupe de pays retenus :
32
Cet indicateur est fourni par les nouveaux entrants en première année de l’enseignement du
premier degré, quel que soit leur âge, en pourcentages de la population ayant l’âge officiel
d’admission dans le primaire. Ce taux varie également selon les pays :
[Link] 77
Mexique 116
Afganistan 34
Italie 93
[Link] Guinée 96
g) Elèves de première année ayant dépassé l’âge prescrit
C’est le nombre d’enfants en âge de fréquenter l’école primaire non inscrits dans le premier
degré de l’enseignement. Ce chiffre, qui s’obtient en soustrayant le taux de scolarisation net
de 100% et en multipliant le résultat par la population en âge de fréquenter l’école primaire
selon la réglementation nationale, n’est donné dans les différents rapports mondiaux sur
l’éducation que pour les pays en développement.
[Link] 2722000
Mexique …
33
Afganistan …
Italie …
[Link] Guinée …
Cet indicateur est donné par le nombre de classes (années d’études) de l’enseignement du
premier degré selon le système éducatif en vigueur dans le pays.
Le taux de scolarisation brut est le rapport entre les effectifs totaux du primaire, quel que soit
l’âge des élèves, et la population du groupe d’âge officiellement scolarisable dans
l’enseignement du premier degré. Le taux de scolarisation net ne prend en considération que
les inscrits dont l’âge correspond à l’âge officiel de scolarisation dans le primaire. Tous les
taux sont exprimés en pourcentages.
Pour les cinq pays considérés ici, les indications ci-dessus se présentent comme suit :
[Link] 6 6 76 58
Mexique 6 6 115 100
Afghanistan 8 8 24 …
Italie 8 5 93 …
[Link] Guinée - 6 72 …
Pour apprécier l’efficacité interne des systèmes éducatifs des différents pays membres de
l’UNESCO, les rapports mondiaux de l’éducation font habituellement recours aux indicateurs
suivants : la durée de l’année scolaire, le pourcentage de redoublants, le pourcentage d’une
cohorte atteignant la deuxième, la quatrième et la dernière année d’études et le coefficient
d’efficacité.
34
C’est la durée de l’année scolaire en jours et en heures. Le nombre de jours est le produit du
nombre hebdomadaire de jours-et demi-journée- de classe par le nombre de semaines de
classe par an. Le nombre d’heures s’obtient en multipliant le nombre d’heures de classe
hebdomadaire par le nombre de semaines de classe par an.
b) Pourcentage de redoublants
C’est le nombre d’élèves inscrits dans la même classe que l’année précédente, en pourcentage
des effectifs totaux de l’enseignement du premier degré.
Il s’agit du pourcentage des enfants entrés à l’école primaire une année scolaire donnée qui
atteignent l’année d’études spécifiée. Cette estimation est obtenue par application de la
méthode de la cohorte reconstituée, qui se fonde sur les chiffres des inscrits et des redoublants
de deux années scolaires consécutives.
d) Coefficient d’efficacité
Pour ce qui est de l’efficacité interne de l’enseignement du premier degré, la situation de nos
cinq pays se présente comme ci-dessous :
C’est le nombre de classes (années d’études) des premier et second cycles de l’enseignement
général du second degré selon le système éducatif en vigueur dans le pays.
Le taux de scolarisation brut est le rapport entre les effectifs totaux de l’enseignement du
second degré, quel que soit l’âge des élèves, et la population du groupe d’âge officiellement
scolarisable dans l’enseignement du second degré. Le taux de scolarisation net ne prend en
considération que les inscrits du groupe d’âge correspondant à l’age officiel de la scolarisation
dans le secondaire. Tous les taux sont exprimés en pourcentages.
Pour les cinq pays pris en exemple ici la situation de l’enseignement du second degré se
présente ainsi :
[Link] 2 4 24 17
Mexique 3 3 55 46
Afghanistan . 4 9 …
Italie 3 5 75 …
[Link] Guinée 4 2 12 …
A ce propos, les informations fournies par les rapports établis par l’UNESCO concernent le
nombre d’élèves par maître et le pourcentage de femmes parmi les enseignants.
Il s’agit du nombre moyen d’élèves par maître dans le premier degré. Le personnel enseignant
est comprend en principe à la fois les maîtres à temps plein et les maîtres à temps partiel, de
sorte que les rapports élèves/maîtres ne sont pas toujours comparables d’un pays à l’autre, la
proportion d’enseignants à temps plein variant selon le pays.
C’est le nombre moyen d’élèves par maître dans le second degré. A ce niveau également les
rapports ne sont pas strictement comparables d’un pays à l’autre, la proportion d’enseignants
à temps partiel variant selon le pays et pouvant être particulièrement élevée dans
l’enseignement professionnel.
C’est le pourcentage de femmes par rapport au nombre total d’enseignants dans le degré
d’enseignement considéré.
Ces différents indicateurs se présentent comme suit pour les cinq pays pris en exemple dans
ce chapitre :
[Link] … … … …
Mexique 31 17 … …
Afghanistan … … … …
Italie 12 9 91 62
[Link] Guinée 32 22 32 33
En ce qui concerne le troisième cycle, les indicateurs généralement retenus dans les rapports
mondiaux sur l’éducation se rapportent au nombre d’étudiants pour 100000 habitants et le
taux brut d’inscription.
C’est le nombre d’étudiants inscrits dans l’enseignement du troisième degré (ou dans
l’enseignement supérieur) pour 100000 habitants
Ce taux est obtenu par les effectifs totaux de l’enseignement du troisième degré, quel que soit
l’âge des étudiants, en pourcentages de la population du groupe d’âge quinquennal qui suit
l’âge de la sortie de l’enseignement du second degré.
Pour les cinq pays considérés ici, les indicateurs de l’enseignement du troisième degré sont les
suivants :
A ce sujet, les renseignements fournis par les rapports de l’UNESCO concernent la répartition
des étudiants et des diplômés par domaine d’études et la répartition des femmes dans chaque
domaine d’études.
C’est la répartition des étudiants par grand domaine d’études, en pourcentages des effectifs
totaux de l’enseignement du troisième degré. Le total n’est pas toujours égal à 100 du fait
d’une catégorie groupant d’autres programmes. Les chiffres entre parenthèses concernent les
diplômés.
C’est le pourcentage d’étudiantes par rapport à l’effectif total des étudiants des deux sexes
dans chaque grand domaine d’études.
1. 2. 3. 4. 5.
1. 2. 3. 4. 5.
[Link] … … … … … … … … … …
Mexique 27 1 34 27 11 65 54 50 25 51
Afghanistan 2 19 40 29 9 … … … … …
Italie 3 14 30 23 26 86 78 48 32 33
[Link] Guinée … … … … … … … … … …
Légende :
1. Education
2. Lettres
3. Droit et sciences sociales
4. Sciences exactes et naturelles, sciences d’ingénieur et agriculture
5. Sciences médicales
b) Matériels d’enseignement
38
Il s’agit des dépenses consacrées aux matériels directement liés aux activités pédagogiques,
tels que manuels, livres, cahiers d’exercices et autres fournitures scolaires et didactiques, en
pourcentages du total des dépenses publiques d’enseignement ordinaires.
Ce sont des dépenses ordinaires par degré d’enseignement, en pourcentages du total des
dépenses publiques d’enseignement ordinaires. Le total n’est pas toujours égal à 100 à cause
de dépenses relatives à d’autres types d’enseignement et/ou de dépenses non réparties par
degré d’enseignement.
Il s’agit des dépenses publiques ordinaires par élève/étudiant, pour chaque degré
d’enseignement, exprimées en unités du PNB par habitant.
Pour les cinq pays retenus dans ce chapitre ces indicateurs se présentent ainsi :
Pays Répartition des dépenses Répartition des dépenses Dépenses ordinaires par élève/étudiant
ordinaires selon leur destination ordinaires par degré d’enseignement en unités du PNB par habitant
Emoluments Matériels 1er degré 2e degré 3e degré 1er degré 2e degré 3e degré
des d’enseignemen
enseignants t
[Link] … … 54.5% 22.3% 22.5% 0.04 0.07 1.38
Mexique … … … … … … … …
Afghanistan … … 87.5%* … 12.4% … … …
Italie 61.0% 7.7% 30.5%. 46.5% 13.6% 0.17 0.23 0.28
[Link] Guinée … … … … … … … …
Chapitre troisième
Approfondissement de quelques techniques d’analyse des systèmes de
formation
3.1. Technique de Labrousse et Perrot pour l‘analyse du rendement quantitatif
Pour analyser le rendement par cycle d’études, on recourt classiquement à trois variantes de la
méthode des cohortes par classes :
Le choix ou le recours à l’une ou l’autre de ces variantes dépend de la nature des données
récoltées. Ainsi, lorsqu’on ne dispose que des informations sur les inscrits on recourt à la
méthode des cohortes apparentes. La présence des données sur les inscrits et les redoublants,
desquelles on peut estimer les promus et les abandons, conduit au choix de la méthode des
cohortes reconstituées. Par contre, lorsque l’évolution d’un groupe d’élèves est décrite du
début jusqu’à la fin du cycle, l’emploi à la méthode des cohortes réelles est évident.
C’est pourquoi, le recours à l’une ou l’autre variantes de la méthode des cohortes par classes
nécessite des données sur les inscrits, les promus, les redoublants et les abandons sur une
période au moins égale au nombre d’années d’études dans le cycle envisagé.
Mais la situation dans certains pays, surtout en voie de développement où les données ne sont
pas régulièrement tenues, constitue une difficulté sérieuse pour l’utilisation de la méthode des
cohortes par classes.
Devant cette difficulté, Labrousse et Perrot ont proposé une méthode simplifiée et adaptée à
des situations où l’on ne dispose des données que pour quelques années scolaires. Cette
méthode est une variante de la méthode des cohortes reconstituées. Elle a comme avantage
d’éviter les précisions mathématiques, et elle présente une plus grande simplicité et la rapidité
dans les calculs.
Ainsi, les taux calculés permettent de trouver le total d’années/places investies pour chaque
année d’étude (T), le total d’années/places consacrées au redoublement (R), le nombre de
promus (P) et d’abandons (A) au niveau de chaque année d’études. Ces calculs s’effectuent
suivant les formules ci-dessous :
40
- en deuxième année :
- en troisième année
- etc.
b. calcul des Promus
- en première année : P1 = T1 x p1
- en deuxième année : P2 = T2 x p2
- en troisième année : P3 = T3 x p3
- etc.
c. calcul des nombres d’années/places consacrées au redoublement :
- en première année : R1 = T1 - I
- en deuxième année : R2 = T2 – p1
- en troisième année : R3 = T3 – p2
- etc.
d. calcul des nombres d’années/places consacrées aux abandons
- en première année : A1 = I – P1
- en deuxième année : A2 = P1 – P2
- en troisième année : A3 = P2 – P3
- etc.
A partir de ces éléments, on peut représenter l’évolution de la cohorte à travers les différentes
années d’études de la manière suivante :
I P1 P2 Pn
Années/place
Consacrées au A1 A2 A3
Redoublement R1 R2 R3
Total d’années/
Places investies T1 T2 T3
S xd
41
C.E. =
T1 + T2 + …+ Tn
Légende :
C.E = coefficient d’efficacité
s = les sortants
d = la durée du cycle
T1 = Total d’années places investies
1. Récolte des données sur les inscrits, les promus, le redoublement et les abandons par année
d’études.
Voici le tableau des effectifs des élèves de la section scientifique de la ville de Kisangani
(option biochimie) pour les écoles publiques.
Années d’études
3è 4è 5è 6è Total
Années scolaires
I 149 90 60 36
P 70 37 33 29
1992-1993 R 52 39 22 5 335
A 27 14 5 2
I 150 84 51 9
P 62 51 23 7
1993-1994 294
R 61 25 22 2
A 27 8 6 0
I 129 103 65 14
P 68 44 24 9
1994-1995 311
R 36 41 30 4
A 25 18 11 1
I 104 82 51 48
P 50 45 27 25
1995-1996 285
R 34 22 13 20
A 20 15 11 3
Années d’études
3è 4è 5è 6è
Années scolaires
i 100 100 100 100
p 47 41 55 81
1992-1993 r 35 43 37 14
a 18 16 8 5
Les taux moyens calculés à partir des données ci-dessus sont les suivants :
Années d’études
Taux moyens 3ème 4ème 5ème 6ème
i 100 100 100 100
p 47 50 48 69
r 34 35 38 27
a 19 15 14 4
3. Application des taux moyens à une cohorte de 1000 élèves (considérés comme
inscrits) entrant en première année d’études d’un cycle pour suivre son cheminement à travers
le système.
P3 712
T4 = = = 1095
1 – r4 1 – 0.65
P4 548
43
T5 = = = 884
1 – r5 1 – 0.38
P5 424
T6 = = = 581
1 – r6 1 – 0.73
Années/place
Consacrées au 288 164 124 23
Redoublement 515 383 336 157
Total d’années/
Places investies 1515 1095 884 581
Formule : S Xd
C.E. =
T1 + T2 + …+ Tn
Soit, 401 x 4
C.E. = x 100 = 39.36%
1515 + 1095 + 884+ 581
T1 + T2 + …+ Tn
C.A.C.=
S Xd
Soit, 1515 + 1095 + 884+ 581
CA.C. = = 2.5
401 x 4
Années/places
3ème 1515
4ème 1095
Classes
5ème 884
6ème 581
Total années/places investies 4075
Diplômés 401
Années/places nécessaires pour les diplômés 1604
Rapport Input/output 39.36%
Coefficient d’efficacité 2.5
Excédent du coût en termes non monétaires 1.5
45
Années d’études
3è 4è 5è 6è Total
Années scolaires
I 191 117 97 63
P 122 82 69 53
1992-1993 R 42 23 18 10 468
A 27 12 10 0
I 111 93 68 73
P 70 53 48 38
1993-1994 315
R 26 20 13 33
A 15 20 7 2
I 315 228 156 48
P 162 122 67 41
1994-1995 743
R 71 60 44 7
A 82 46 45 0
I 188 155 145 66
P 128 71 97 59
1995-1996 543
R 48 51 32 5
A 12 33 16 2
3.2. Techniques de l’étude des disparités
3.2.1. Introduction
L’éducation apparaît pour la communauté internationale comme un bien si désiré que l’ONU
l’a placée au rang des droits fondamentaux de l’homme. En effet, l’article 26, alinéa 2 de la
déclaration universelle de droits de l’homme stipule que « toute personne a droit à
l’éducation. L’éducation doit être gratuite au moins en ce qui concerne l’enseignement
élémentaire et fondamental. L’enseignement élémentaire est obligatoire, l’enseignement
technique et professionnel doit être généralisé, l’accès aux études supérieures doit être ouvert
en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite…Les Etats ont aussi le devoir de tout mettre
en œuvre pour assurer l’alphabétisation de ceux qui ne peuvent pas encore trouver de places
dans les écoles ou qui n’ont pas pu en bénéficier dans leur jeunesse ».
Abondant dans le même sens, GEORIS et AGBIANO notent que l’évolution du monde exige
qu’une proportion beaucoup plus grande d’individus acquière une formation générale
étendue. C’est dire qu’il faut promouvoir le maximum d’individus et non plus une élite.
Toutes ces conférences ont mis l’accent sur le développement quantitatif des systèmes
d’enseignement. Elles ont arrêté des plans de scolarisation à court et à long terme pour un
développement harmonieux de l’enseignement dans le monde en général et dans les pays
sous-développés en particulier.
Cependant, en dépit des belles paroles contenues dans les différentes déclarations et malgré
une augmentation considérable des effectifs globaux enregistrés particulièrement dans les
pays du tiers monde, après les conférences organisées par l’UNESCO de 1955 à 1966, des
inégalités souvent très importantes subsistent entre notamment les zones rurales et urbaines,
entre les sexes, entre les continents, les pays, voire entre les provinces, territoires au sein d’un
même pays, etc. Ces disparités tendent à s’aggraver au niveau de l’offre de l’éducation, au
niveau de l’accès scolaire ainsi qu’au passage d’un niveau d’enseignement à un autre. Les
conditions de scolarisation sont ainsi loin d’être les mêmes, elles sont inégalement distribuées
aux masses désireuses d’accéder à l’enseignement.
En effet, dans chaque pays, tout retard de développement scolaire est ressenti par la
communauté régionale comme une expression d’un manque d’intérêt de la part des instances
nationales et ce retard risque de développer des sentiments régionalistes qui peuvent être un
risque pour la cohésion nationale. Aussi l’objectif d’une réduction des disparités peut-il se
justifier pour des raisons éthiques de justice sociale. Cet objectif peut s’imposer dans la
pratique comme une nécessité politique.
Ainsi que l’affirme HALLAK, la carte scolaire est un instrument d’harmonisation de l’offre et
de la demande de l’enseignement pouvant contribuer largement à la démocratisation de
l’enseignement, ainsi qu’à la réduction des disparités dans le développement de la
scolarisation.
Quelle est l’ampleur des disparités entre les entités (catégories de la population)
considérées ? ;
Comment ces disparités évoluent-elles dans le temps ?
Pour répondre à ces questions, il faut recourir à certaines techniques d’analyse des données.
Le terme disparité désigne le défaut d’égalité, le contraste, les différences, les inégalités. Ainsi
les disparités entre les régions représentent des contrastes qui les opposent d’un point de vue
donné (exemple du point de vue de l’allocation des ressources scolaires, de la demande
d’éducation, de la fréquentation scolaire…).
3.2.3. Etude des disparités à un moment donné (ou étude synchronique des disparités)
La mesure détaillée des disparités dans le domaine éducatif est rendue difficile dans beaucoup
de pays par l’insuffisance de la base des données statistiques sur l’éducation et par l’absence
d’un cadre général permettant d’identifier les indicateurs les plus pertinents pour effectuer une
analyse de ces disparités. Il n’en reste pas moins vrai qu’en partant des données généralement
disponibles, il est possible de faire un certain nombre d’analyses intéressantes.
Quant à l’étude des disparités spatiales, c’est-à-dire entre les entités à un moment donné, il
existe une diversité d’analyses auxquelles on peut recourir. Mais dans le cadre limité de ce
cours, nous allons en approfondir essentiellement quatre : l’écart type, le coefficient de
variation, la courbe de Lorenz et le coefficient de Gini.
a) L’écart type et le coefficient de variation
La dispersion des entités autour de la moyenne globale peut être considérée comme une
mesure de l’ampleur des disparités. L’écart type et le coefficient de variation servent à
mesurer cette dispersion.
Plus l’écart type est grand, plus les disparités sont élevées. Néanmoins, il faut noter que
l’interprétation de l’écart type n’est pas aisée, car elle n’est pas basée sur un critère précis.
Aussi recourt-on le plus généralement à l’écart type dans l’approche comparative des
disparités.
Par contre, pour le coefficient de variation le schéma d’interprétation est bien précis. Ce
coefficient s’obtient par la formule suivante :
Dans laquelle :
C.V. = Coefficient de Variation,
SD = Ecart-type (Standard Deviation),
X = Moyenne
si C.V. .15, donc il n’y a pas de disparités entre les entités géographiques
considérées ;
si 0.15 ≤ C.V. ≤ 0.30, donc il y a des disparités mais non prononcées. Autrement dit,
les disparités observées entre les entités examinées sont très faibles ;
si C.V. 0.30, donc les disparités entre les entités considérées sont très prononcées.
« Voici les taux bruts de scolarisation dans les différentes régions du Zaïre en 1974 et 1984 :
Question : « Quelle est l’ampleur des disparités régionales si l’on considère l’expansion de
l’enseignement primaire en 1974 ?».
En calculant les deux indices de dispersion retenus dans ce cours, on obtient pour l’année
1974 les résultats suivants :
Indices 1974
Moyenne nationale 68.95%
Minimum 44.35%
Maximum 124.90%
Ecart type 22.65
Coefficient de variation 0.33
Puisque l’écart type est différent de 0 il existe alors des disparités régionales lorsqu’on
considère, pour l’expansion du système, les taux bruts de scolarisation au niveau de
l’enseignement primaire. L’ampleur de ces disparités est plus clairement révélée par le
coefficient de variation. En effet, étant donné que ce coefficient est supérieur à 0.30, les
disparités régionales en matière de scolarisation sont très prononcées.
Le coefficient de Gini est une mesure de dispersion qui nous permet de voir dans quelle
mesure une caractéristique particulière est distribuée entre les différentes unités d’analyse.
dans laquelle :
G = coefficient de Gini ;
p = proportion cumulée de la variable à analyser ;
q = proportion cumulée de la variable critère.
Une autre mesure des disparités parallèle au coefficient de Gini est la courbe de Lorenz. La
construction de celle-ci se fait en fonction des proportions cumulées de la variable à analyser
(pi) placées en ordonnée et de la variable critère (q i) placées en abscisse. S’il n’y a pas de
disparités entre les unités d’analyse, les points représentant ces dernières vont se situer sur la
diagonale qui, pour cette raison, est appelée ligne d’égalité.
La surface comprise entre la courbe de Lorenz et la diagonale constitue donc une mesure de
l’ampleur des disparités. Plus cette surface est grande, plus les inégalités sont importantes.
Examinez s’il y a des disparités entre les collectivités du territoire de Beni en considérant la
population scolaire (variable à analyser) en fonction de la population scolarisable (variable
critère) au cours de l’année scolaire 1994-1995
Collectivités I.S.
Watalinga 0.50
Cité d’Oicha 0.62
Bashu 0.80
Beni-Mbau 1.00
Cité de Beni 1.42
Ruwenzori 1.70
4. Calcul des pourcentages cumulés pour la variable à analyser (la
population scolarisée) et la variable critère (la population
scolarisable) ;
Population scolarisée Population scolarisable
Collectivités I.S.
% %cumulé % %cumulé
Watalinga 0.50 1% 1% 2% 2%
Cité d’Oicha 0.62 5% 6% 8% 10%
Bashu 0.80 32% 38% 40% 50%
Cité de Beni-Mbau 1.00 28% 66% 28% 78%
Cité de Beni 1.42 17% 83% 12% 90%
Ruwenzori 1.70 17% 100% 10% 100%
Total - 100% - 100% -
n
G = (pi qi-1 – p i-1qi )
i=k
G = [(0.01 x 0) – (0 x 0.02)] = 0
+ [(0.06 x 0.02) – (0.01 x 0.10)] = 0.0002
+ [(0.38 x 0.10) – (0.06 x 0.50)] = 0.0080
+ [(0.66 x 0.50) – (0.38 x 0.78)] = 0.0336
+ [(0.83 x 0.78) – (0.66 x 0.90)] = 0.0534
+ [(1.00 x 0.90) – (0.83 x 1.00)] = 0.0700
G = 0 + 0.0002 + 0.0080 + 0.0336 + 0.0534 + 0.0700 = 0.1652
Etant donné que G = 0.1652 est inférieur à 0.30, il n’y a donc pas de disparités entre les
collectivités du territoire du point de vue de la population scolarisée par rapport à la
population scolarisable.
Etant donné que la courbe s’écarte de la droite d’égalité, il y a des disparités entre les
collectivités du territoire de Beni lorsqu’on considère la population scolarisée en fonction de
la population scolarisable. Cependant, ces disparités ne semblent pas être très prononcées, car
la surface entre la droite d’égalité et la courbe est de loin plus réduite que celle se situant en
dessous de la courbe.
La deuxième perspective de l’étude des disparités consiste à les analyser dans leur aspect
dynamique, c’est-à-dire dans leur aspect évolutif. Il s’agit donc de l’étude verticale ou
diachronique des disparités.
Cette étude consiste à comparer la situation au début et à a fin d’une période de référence
donnée. Pour cela, on peut recourir à plusieurs techniques, notamment :
la comparaison de la dispersion autour de la moyenne au début et à la fin de la
période ;
l’établissement de la relation entre le niveau atteint au début de la période et la
progression au cours de la période ;
la comparaison de la courbe de Lorenz et du coefficient de Gini au début et à la fin de
la période.
Pour étudier objectivement l’évolution des disparités dans le temps, on peut par exemple
comparer pour un indicateur donné, l’écart type et le coefficient de variation au début et à la
fin de la période de référence.
53
Si ces indices sont plus élevés à la fin qu’au début de la période, cela signifie que les
disparités entre les entités ont augmenté ou encore elles se sont renforcées au cours de la
période d’étude. Si ces indices sont moins élevés à la fin qu’au début de la période, cela veut
dire que les disparités ont diminué d’ampleur ou se sont réduites. Enfin si les indices de
dispersion sont les mêmes au début et à la fin, donc les disparités se sont stabilisées,
autrement dit, les disparités ont gardé la même ampleur tout au long de la période de
référence.
Exemple : « Voici les taux bruts de scolarisation des régions du Zaïre au niveau de
l’enseignement primaire (1974-1984) »
Taux bruts de scolarisation
Régions
1974 1984
Kinshasa 71.28% 56.27%
Bas-Zaïre 81.46% 83.95%
Bandundu 64.48% 68.62%
Equateur 48.40% 43.52%
Haut-Zaïre 52.82% 50.71%
Kivu 44.35% 35.32%
Shaba 64.63% 52.49%
Kasaï orientale 124.90% 153.02%
Kasaï Occidental 68.21% 64.43%
Moyenne 68.95% 67.59%
Pour voir s’il y a disparités entre les différentes régions du Zaïre en 1974 et 1984 et surtout
pour examiner la manière dont ces disparités ont évolué pendant cette période de 10 ans, on
peut notamment déterminer les valeurs ci-après :
En comparant les moyennes des taux de scolarisation, on peut dire qu’il y a stagnation et une
certaine baisse de la moyenne nationale, celle-ci est passée de 68.95% en 1974 à 67.59% en
1984. Les disparités régionales se sont cependant sensiblement renforcées. En effet, l’écart
type est passé de 22.65 en 1974 à 33.06 en 1984. De même, le coefficient de variation est
passé de 0.33 en 1974 à 0.49 en 1984.
Il s’agit ici de considérer non pas la dispersion des différentes entités autour de la moyenne,
mais d’analyser la progression de chacune des entités au cours de la période de référence.
54
On peut pour cela établir un graphique reprenant en abscisse la valeur de l’indicateur analysé
au début de la période et en ordonnée la valeur de cet indicateur à la fin de la période.
Une entité dont les valeurs n’ont pas varié est représentée par un point se trouvant sur la
diagonale. Une entité se situe en dessous de la diagonale lorsque sa situation s’est dégradée au
cours de la période par rapport à la situation du début. En revanche, une entité voit sa situation
s’améliorer lorsqu’elle se situe au-dessus de la diagonale.
Pour qu’il y ait réduction des disparités, il faut que les entités défavorisées au début
progressent plus vite que les entités favorisées.
Exemple : « Progression des taux bruts de scolarisation des régions du Zaïre de 1974 à
1984 » (cf. tableau page 52 )
Interprétation
Il ressort de ce graphique les renseignements ci-après : trois régions se situant au-dessus de la
diagonale ont enregistré une amélioration du TBS au cours de la période de 1974 à 1984. Il
s’agit de Bandundu, Bas-Zaïre et Kasaï Oriental. Toutes les autres régions ont enregistré une
dégradation de la scolarisation.
En termes des disparités, ce graphique révèle que les régions défavorisées en 1974 le sont
aussi en 1984. En d’autres termes, elles n’ont pas connu une progression plus rapide que celle
enregistrée par les régions favorisées. On peut donc dire que les disparités se sont maintenues,
voire renforcées au cours de la période d’étude.
55
Cependant, pour apprécier avec précision la tendance de l’évolution des disparités, on peut
analyser la relation entre la situation au début et la progression enregistrée au cours de la
période en calculant le coefficient de corrélation. Si la corrélation est positive donc les entités
favorisées au départ ont progressé plus rapidement que les entités défavorisées. Autrement dit,
une corrélation positive traduit le renforcement des disparités.
Par contre, la réduction des disparités est traduite par une corrélation faible et surtout par une
corrélation négative. Une corrélation nulle exprime la stagnation de la scolarisation pendant la
période considérée. Pour qu’il y ait réduction des disparités, faut-il le rappeler, il faut que les
entités défavorisées au départ progressent plus rapidement que les entités favorisées.
Il faut faire remarquer que du fait que le nombre d’entités n’est généralement pas très élevé (
30), on recourt souvent au coefficient de corrélation rho de Spearman dont la formule est la
suivante :
6 D2
=1–
N (N2 – 1)
dans laquelle D = différence des rangs
N = nombre d’entités ou taille de l’échantillon
Illustrons cette technique en recourant à l’exemple des taux de scolarisation des régions du
Zaïre en 1974 et 1984.
Etant donné que le coefficient de corrélation est positif ( = 0.33), les disparités entre les
régions du Zaïre sur le plan du taux brut de scolarisation se sont renforcées au cours de la
période de 1974 – 1984. En d’autres termes, les régions favorisées en 1974 ont progressé plus
rapidement que les régions défavorisées.
La comparaison des courbes de Lorenz est un autre moyen d’étudier l’évolution des
disparités.
Si ces courbes se superposent, on dira que les disparités sont restées les mêmes, c’est-
à-dire qu’elles ont gardé la même ampleur. Autrement dit, il y a stagnation des
disparités.
Si la courbe de l’année la plus récente s’écarte de la diagonale plus que la courbe de
l’année la plus ancienne, on dira que les disparités se sont aggravées ;
Enfin, si la courbe de l’année la plus récente se rapproche de la diagonale plus que
celle de l’année la plus ancienne, on dira que les disparités se sont réduites.
Pour illustrer cette technique, étudions l’ampleur des disparités entre les collectivités du
territoire de Beni (en 1992-1993) et comparons la courbe de Lorenz de l’année 1992-1993 à
celle de l’année 1994-1995 (tracée précédemment, cf. page !).
les coefficients de Gini sont égaux : dans ce cas, on dira que les disparités se sont
maintenues avec la même ampleur au cours de la période d’étude ;
le coefficient de Gini de l’année la plus récente est supérieur au coefficient de Gini de
l’année la plus ancienne : dans ces conditions on dira que les disparités se sont
aggravées dans le temps ;
le coefficient de Gini de l’année la plus récente est inférieur au coefficient de Gini de
l’année la plus ancienne : pour ce cas, on dira que les disparités se sont réduites dans
le temps.
Afin d’illustrer cette stratégie de l’étude diachronique des disparités, calculons le coefficient
de Gini pour analyser l’ampleur de la scolarisation dans le territoire de Beni au cours de
l’année scolaire 1992-1993 et comparons ce coefficient de Gini au coefficient de Gini calculé
antérieurement pour l’année scolaire 1994-1995 (soit G = 0.33).
58
Conclusion
En guise de conclusion, notons que la communauté internationale accorde une attention
particulière à l’éducation. En effet, non seulement cette dernière est un droit fondamental qui
fait partie intégrante de la Déclaration universelle des droits de l’homme, mais encore, la
communauté internationale réaffirme à diverses reprises le précieux rôle que joue l’éducation
dans la vie des hommes et des sociétés. Aussi, afin que ce droit devienne une réalité pour
tous, au cours du 3ème millénaire, la conférence mondiale de l’éducation organisée à Jomtien
(Thaïlande) du 5 au 9 mars 1990 a-t-elle proclamé les dix dernières années du XX ème (1990-
1999) comme étant « la décennie de l’éducation pour tous ».
Après l’établissement du bilan de cette décennie, les objectifs de l’éducation pour tous ont été
reconduits pour les 15 premières années du XXIème siècle par le forum mondial de
l’éducation organisé à Dakar (Sénégal) du 26 au 28 avril 2000. En vue de souligner de
nouveau l’importance de l’éducation, le forum de Dakar en a fait l’objectif numéro un de
l’ « agenda du développement ». On peut à ce propos lire dans le cadre d’action de Dakar ce
qui suit : « L’éducation est un droit fondamental de l’être humain. C’est la condition
essentielle du développement durable ainsi que de la paix et de la stabilité à l’intérieur des
pays ou entre eux, et donc un moyen indispensable d’une participation effective à l’économie
et à la vie des sociétés du XXI ème siècle soumises à un processus de mondialisation rapide…Il
est possible et nécessaire de répondre d’urgence aux besoins éducatifs fondamentaux de
tous. »
Mais le droit à l’éducation ne peut devenir une réalité pour tous que si des études de
planification de l’éducation sont régulièrement réalisées. Celles-ci ne doivent pas être
l’apanage des chercheurs, mais elles doivent devenir un outil précieux pour l’administrateur
de l’éducation.
Les quelques techniques d’analyse des systèmes de formation étudiées dans ce cours, peuvent
aider les précités (chercheurs et planificateurs) à jouer leur rôle dans la réalisation de l’idéal
de l’ « éducation pour tous ». Mais il importe de compléter ces techniques par d’autres que
l’on peut approfondir soi-même. Hutin n’a-t-il pas raison quand il affirme « qu’on n’apprend
jamais seul, on est toujours seul pour apprendre » ?