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Lesvillesintelligentes - RAPPORT - Claude Rochet

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net/publication/267928154

Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés Le


programme MUST: Management of Urban Smart Territories

Conference Paper · November 2014


DOI: 10.13140/2.1.4598.4962

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1 author:

Claude Rochet
Aix-Marseille Université
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!

Les villes intelligentes,

enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés

Le programme MUST :

Management of Urban Smart Territories

Claude Rochet

Professeur des universités


Professeur affilié ESCP Europe

Septembre 2014

Actualisé novembre 2014

Etude réalisée avec le concours de

" " " "


Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés

!2
Suite aux travaux entrepris au sein du Service de Coordination à l’Intelligence
économique du Ministre de l’Economie et des Finances sur la modélisation
numérique des écosystèmes urbains durables, le directeur général de ESCP Europe
m’a confié la mission de réaliser une étude définissant un cadre de formation
commun à l’ESCP, l’Université de Tongji (Shanghai) et l’INSPER (Sao Paulo) à
l’intention des hauts responsables des politiques urbaines de chaque pays : le
programme MUST (Management of Urban Smart Territories)

Cette étude fait la synthèse de l’état de l’art sur la question des villes intelligentes –
ou smart cities – définit un cadre de référence et une amorce de méthodologie de
modélisation des villes comme écosystème complexe.

Elle a bénéficié du concours des entreprises impliquées dans la conception d’une


offre pour les villes intelligentes. J’en remercie les responsables qui ne m’ont pas
ménagé leur temps.

Les résultats préliminaires ont été présentés dans plusieurs forums scientifiques et
professionnels qui m’ont adressé de nombreuses critiques me permettant
d’améliorer ce document.

Elle n’aurait pas été possible sans l’appui du pôle de compétitivité Advancity et du
soutien réitéré de ses responsables.

Mes remerciements vont particulièrement à la professeure Florence Pinot de


Villechenon, directrice du Centre d’Etudes et de Recherche sur l’Amérique Latine à
ESCP Europe, qui m’a apporté son soutien et son expertise, ainsi qu’à Léon
Laulusa, directeur des relations internationales à ESCP Europe.

Claude Rochet

Professeur des universités


Directeur du laboratoire de recherche et de la formation en intelligence économique
Ministère de l’économie et des finances

!3
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés

!4
Table des matières

1. Les enjeux démographiques et économiques : vers un changement de


modèle économique 9

2. Les enjeux géopolitiques : le basculement de la polarité du


développement vers le sud-est et des stratégies différentes entre pays
industrialisés et émergents. 14

3. Les enjeux d’innovation : à la recherche de l’intelligence de la ville 21


a) Qu’est-ce qui est “smart”? 21
b) Le territoire intelligent 23

4. Une méthodologie pour le pilotage de la complexité des villes


intelligentes. 26
a) Définition d’un écosystème urbain 26
b) Définition et conception du méta-modèle de l’écosystème urbain de ville durable 28
c) Les conditions de durabilité de l’écosystème urbain 31
d) L’architecture comme cadre de représentation 33

5. Quelle formation pour les acteurs de la ville intelligente ? 36

Présentation de l’approche méthodologique Urban LifeCycle Management


(ULM) 45
A. What is an urban ecosystem? 46
B. The global framework: Urban Lifecycle Management© 49
C. The rationale for extended public administration in the process of integration in ULM 52
D. Smart government, the keystone of smart cities 57
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés

!6
Les villes intelligentes, enjeux et
stratégies pour de nouveaux
marchés1
Une approche par la modélisation systémique

Les villes intelligentes représentent un marché évalué à 350 000


milliards de dollars US pour les trente décennies à venir (250 en
infrastructure et 100 en usage), à modèle économique, technologique et
social inchangé, c’est-à-dire concernant la réhabilitation des tissus
urbains existants et la construction de nouvelles villes. Ce modèle
économique n’est pas durable en ce sens qu’il reproduira les
dysfonctionnalités des villes actuelles avec des émissions croissantes de
CO2, de production de déchets et de nuisances urbaines. Les scénarios
plus agressifs intégrant des technologies et artefacts nouveaux pour
maîtriser les émissions polluantes et améliorer l’efficacité énergétique
estiment le volume de dépenses à 450 000 milliards USD.

Cet enjeu de marché s’inscrit dans un ensemble d’enjeux plus vastes :

• Enjeux démographiques et économiques

• Enjeux géopolitiques

• Enjeux d’innovation

• Les enjeux de transformation des modèles d’affaires des


firmes et de l’action publique.

Compte tenu de ces enjeux, cette note propose des pistes d’action pour
une stratégie française.

1 Pour faciliter la lecture, les références ne sont pas mentionnées au fil du texte mais sont regroupées à la fin de
cette note.

!7
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés

!8
1. Les enjeux démographiques et économiques : vers un
changement de modèle économique
L’année 2008 a vu la population urbaine passer au-delà des 80% de la population
totale, y compris dans les pays émergents et en développement, en Amérique latine
et en Asie.

La croissance urbaine est sujette à un phénomène spécifique de rendements


croissants qui fait que le kilomètre marginal d’infrastructure est, d’après les calculs
de G. West et de Luis Bettencourt du Santé Fè Institute, de 0,85% moins cher
qu’une infrastructure nouvelle et que ses externalités produites sont de 1,15% plus
fortes. Et ceci contrairement à une organisation humaine comme une entreprise ou
une administration qui voit son rendement décroître avec la taille. Le problème est
que cet effet de rendement croissant concerne les externalités positives aussi bien
que négatives : pollution, gestion des déchets, criminalité, insalubrité, coûts
énergétiques…

Ce modèle de croissance, né de la II° révolution industrielle et de la « mort de la


distance » provoquée par la révolution des transports au XIX° siècle, repose sur la
consommation d’énergie fossile et présente le paradoxe de la facilité à court terme et
de la non durabilité à moyen terme.

Contre-intuitivement, l’enjeu du développement urbain durable se focalise plus sur


les pays en développement car l’empreinte écologique croît avec le niveau de
consommation (+57% à chaque doublement du niveau de consommation), et sur les
petites villes (au-dessous de 1 million) qui croissent le plus vite.

Le coût de l’obsolescence des infrastructures aux Etats-Unis :


• 28 milliards de litres d’eau potable perdus par jour du fait des fuites des réseaux.
• 40 milliards de litres d’eau usée non traitée rejetés dans les canaux chaque année
• 254 millions de tonnes de déchets solides.
• 4 milliards d’heures perdus par an par les automobilistes chaque année, avec leur coût
en temps et en carburant.
• Un pont sur quatre est soit structurellement déficient soit fonctionnellement obsolète.
• La demande d’électricité s’est accrue de 25% depuis 1990, pesant sur les réseaux de
transport et de distribution.
Source : Association américaine des ingénieurs civils
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés

Il connaît au moins trois goulots d’étranglements : La consommation d’énergie, la


pollution et les coûts sociaux (stress, santé, criminalité…) induits par une croissance
urbaine dysfonctionnelle. Il faut y ajouter le coût de renouvellement des
infrastructures qui devient considérable sans apporter un mieux au modèle actuel de
la ville s’ils sont entrepris à modèle d’affaire constant.

Ces coûts directs pèsent sur la croissance s’ils sont destinés à maintenir la ville à
modèle constant, alors qu'ils peuvent être des opportunités d’innovation. Les
considérer comme des coûts de gestion va entraîner le report des investissements
nécessaires, alors que, a minima si l’on intègre dans le calcul des coûts leur impact
sur les externalités, l’opération est largement bénéficiaire.

La même association américaine des ingénieurs civils calcule que le manque


d’investissement dans la gestion de l’eau se traduit par un surcoût pour le monde
économique de 147 milliards de dollars et de 59 pour les ménages, qui supporteront
à l’horizon 2020 un surcoût de 900$ pour le traitement de l’eau.

!10
!

L’investissement requis est de 84 milliards $ qui se traduiraient par une réduction des
coûts pour les entreprises, la protection de 700 000 emplois, 541 milliards en revenu
des ménages, 460 en PIB et 6 en export.

Le même calcul a été fait pour la rénovation du réseau électrique et du réseau de


transport, les ports, les canaux, les aéroports.

Dans tous les cas de figure le retour sur investissement en impact sur le PIB, les
exportations, les emplois et le budget des ménages est appréciable.

Le modèle économique actuel de la décision publique est caractérisé par le report


des investissements du fait des politiques suivies depuis les décennies 1980 de
désengagement de la puissance publique. La question du modèle économique de la
décision publique et sa capacité à intégrer l’ensemble des externalités liées à ces
investissements va donc être posé par la problématique de ma ville intelligente.

Mais c’est du côté des pays émergents que les enjeux de la transition vers la ville
intelligente sont les plus prégnants :

• La croissance urbaine va y être très forte et l’impact environnemental d’autant


plus élevé que le niveau de vie va s’accroître. D’une part ce développement ne
permettra plus aux pays développés pollueurs d’externaliser leurs activités

!11
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés

polluantes vers des pays émergents et en développement. D’autre part, du


seul point de vue de la consommation énergétique, si les pays émergents
adoptent le même modèle que les pays
développés, la situation ne sera pas
soutenable, la consommation dépassant
rapidement celle des pays développés
dans les trente ans à venir.

•L’expérience des pays développés


montre que le coût pour corriger
une ville conçue de manière
dysfonctionnelle (par exemple, les
villes américaines conçues pour
l’automobile) est de loin supérieur
aux coûts à investir en amont
pour construire une ville durable.
Ce phénomène est bien connu des
architectes système : un système
dont la scalabilité n’a pas été pensée
voit son développement se faire par addition de couches successives qui
produisent une « architecture spaghetti » qui devient illisible et dans laquelle
il devient très compliqué et très couteux d’intervenir avec des résultats peu
fiables. Le phénomène est d’autant plus prégnant aux Etats-Unis où les
intervenants sur les infrastructures sont nombreux. C’est ce type de
problème qui a stimulé le développement des méthodes d’architecture –
par analogie dénommé "urbanisation" – des systèmes d’information où le
problème de l’architecture spaghetti est d’autant plus prégnant qu’elle est
immatérielle.

• L’urbanisation des pays émergents est donc un marché critique tant


par son volume que par sa nature. Le bilan du développement urbain en
Chine qui a imité le modèle occidental avec des conséquences dramatiques
en matière de consommation d’énergie, de pollution, de production des
déchets et de qualité de la vie dégradée par des villes dysfonctionnelles,
montre la nécessité d’une planification urbaine qui intègre ces contraintes
dès l’amont.

!12
!
Figure 1: l'architecture spaghetti des infrastructures de New York City.

• Ces pays n’ont toutefois pas les ressources financières ni surtout


technologiques pour développer ces approches intégratrices. Les
entreprises occidentales vont donc être très sollicitées pour assurer des
transferts de technologies en même temps que se développeront chez les
émergents des stratégies ambitieuses de maîtrise des capacités
technologiques. L’étude des documents d’orientation stratégique de la
Chine, de pays d’Amérique latine, du Maroc révèle le souci de développer
des approches intégratives plutôt que projets par projets, par des
politiques publiques ambitieuses qui soulignent leur nécessaire dimension
holistique en mettant l’accent sur la cohérence des politiques sectorielles et
des initiatives centrales et locales. Le rapport de l’OCDE « green growth »
souligne la nécessité de disposer d’un ensemble d’outils sophistiqués pour
neutraliser les effets pervers de solutions appliquées unilatéralement ou
hors contexte. Mais cet ensemble doit rester lisible et simple à comprendre
et fournir un cadre de référence pour intégrer les leviers et outils de la
politique urbaine plus qu’une panoplie exhaustive d’outils. Cette note
propose une approche de ce type par la modélisation systémique.

!13
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés

2. Les enjeux géopolitiques : le basculement de la polarité


du développement vers le sud-est et des stratégies
différentes entre pays industrialisés et émergents.
Les enjeux du développement de villes intelligentes sont ceux de l’industrialisation
des pays émergents. La croissance urbaine est liée au développement, à
l’industrialisation et va redistribuer les cartes des facteurs de puissance liés au
développement urbain vers le Sud et surtout vers l’Est (l’Asie). McKinsey calcule
que sur le groupe des 600 plus grandes villes, 380 se trouvent dans des pays
développés et contribuent à plus de 50% du PIB mondial en 2007. Les 280 villes
situées dans des pays en développement ne contribuent qu’à hauteur de 10% du PIB
mondial. En 2025, 136 nouvelles villes seront entrées dans ce groupe des 600, toutes
dans les pays émergents dont 100 en Chine, 13 en Inde et 8 en Amérique latine.

La nature de cette croissance va changer de manière assez radicale : alors qu’en 2007,
23 mégacités (plus de 10 millions d’habitants) produisaient 14% du PIB mondial, on
trouvera en tête du classement des 600 230 villes de taille intermédiaire (entre 150
000 et 10 millions d’habitants), toutes dans des pays émergents. Contrairement à la
perception commune, ce ne sont pas les mégacités qui vont porter la croissance
urbaine à l’horizon 2025 : 423 des 600 villes, toutes dans des pays émergents, seront
des villes intermédiaires qui porteront 45% de la croissance.

Il ne faut toutefois pas en conclure qu’il ne faille se concentrer que sur ces villes de
tête : les villes secondaires (100 000 habitants et moins) contribuent à créer des
systèmes de villes autour des grandes villes, qui remplissent des fonctions
complémentaires spécialisées dont la performance est liée à la connexion au système
urbain. C’est un point important dans la stratégie latino-américaine, ces villes ne
recevant pas le volume d’investissement nécessaire en capital et en connaissance.

!14
!

Le développement des villes ne se fera donc pas à modèle économique constant :

• Dans le modèle actuel des PVD non industrialisés, le développement urbain


se fera en tâche d’huile, par bidonvillisation puis intégration des bidonvilles
dans la ville (ex : Casablanca). Ce scénario repose sur un système de relations
entre pays industrialisés et non industrialisés basé sur la délocalisation des
activités à externalités négatives (atteintes à l’environnement, pollution,
conditions de travail dégradées) et à rendement décroissant vers les pays les
moins développés, en application de la « doctrine Summers2 ». Ce scénario est
« perdant-perdant » en ce qu’il décourage l’innovation liée au développement

!2 Formulée dans le mémo de Lawrence Summers, secrétaire d’Etat au Trésor de l’Administration Clinton, selon
lequel il est plus rationnel de délocaliser les activités polluantes vers les pays non industrialisés. « Les pays sous-
peuplés d’Afrique sont largement sous-pollués ; la qualité de l’air y est probablement d’un niveau inutilement élevé
par rapport à Los Angeles ou Mexico […] Il faut encourager une migration plus importante des industries
polluantes vers les pays les moins avancés […] et se préoccuper davantage d’un facteur aggravant les risques d’un
cancer de la prostate dans un pays où les gens vivent assez vieux pour avoir cette maladie, que dans un autre pays
où deux cents enfants sur mille meurent avant d’avoir l’âge de cinq ans. […] Le calcul du coût d’une pollution
dangereuse pour la santé dépend des profits absorbés par l’accroissement de la morbidité et de la mortalité. De ce
point de vue, une certaine dose de pollution devrait exister dans les pays où ce coût est le plus faible, autrement dit
où les salaires sont les plus bas. Je pense que la logique économique qui veut que des masses de déchets toxiques
soient déversées là où les salaires sont les plus faibles est imparable. »

!15
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés

urbain dans les pays émergents chez les entreprises des pays développés et ne
permet pas de répondre aux problèmes des atteintes à l’environnement au
niveau planétaire. Il souligne la nécessité d’avoir une comptabilité
environnementale qui réintègre dans le bilan des villes des pays développés les
coûts des atteintes à l’environnement importées par les produits fabriqués dans
des pays non industrialisés.

• Dans le scénario industrialisant et innovant, les pays émergents utilisent les


délocalisations pour organiser le transfert de technologies. Ils mettent l’accent
non sur l’accumulation quantitative de technologies mais sur leur intégration
dans une approche globale - qualifiée d’holistique – du développement et de la
planification urbaine à long terme. Ces pays n’ont pas la technologie mais
ont une vision stratégique et politique du développement urbain. C’est une
approche classique des stratégies de rattrapage technologique qui fait du
retard un avantage, comme l’a théorisé Alexander Gerschenkron dans son
ouvrage de 19623. Ces pays peuvent marier une technologie traditionnelle
qu’ils maîtrisent et rechercher les synergies avec une technologie nouvelle
importée.

Les Coréens, avec la « smart city » de Songdo, marient la technologie sidérurgique de


leur entreprise POSCO avec celle du routage numérique importée par CISCO. Ils
appliquent ainsi un enseignement de stratégies d’innovation : l’impact d’une
innovation n’est pas dans la nouvelle technologie elle-même mais dans les synergies
avec les anciennes technologies. A Songdo, les dépenses de Cisco ne sont que de
2,9% du budget total (Cisco a investi 49 milliards US$ en 2009), le reste étant fait de
technologies traditionnelles de béton et d’acier rendues « intelligentes » par les
technologies de la communication.

L’archétype de ces stratégies de rattrapage à long terme est la stratégie


chinoise qui est en train de passer du « made in China » au « innovated in China »
de plus en plus tiré par le marché intérieur, et qui pose clairement ces deux options:
La Chine est à un point tournant de la relation entre développement et urbanisation,
le seuil de 60% de la population urbanisée. Soit elle poursuit un scénario tendanciel

!3 Economic backwardness in historical perspective (1962) : Gerschenkron montre que le développement ne suit pas une
trajectoire linéaire, contrairement au modèle par étapes de W.W. Rostow, mais peuvent faire du retard un avantage
sous les conditions suivantes : une stratégie institutionnelle de l’Etat qui draine le capital physique et humain, la
priorité au capital productif sur les biens de consommation et sur l’économie de main-d’œuvre, l’emprunt des
technologies des pays avancés, priorité aux gains de productivité et aux activités à rendements croissants par
rapport aux activités à rendement décroissant.
!16
vers une urbanisation non intelligente, soit elle adopte une stratégie innovante qui lie
croissance des villes et développement économique, politique et social4.

Dans cette stratégie holistique industrialisante, la technologie occidentale est


capturée par des partenariats qui sont la condition de l’entrée sur le marché chinois,
voire par des stratégies « pot de miel » destinées à attirer en meute ces industries.
Ainsi l’invitation faite aux Français de bâtir un modèle de ville intelligente française à
Chengdu, Wuhan, Shenyang, permet aux Chinois d’attirer sur un périmètre
géographique délimité tout le savoir-faire français.

Les stratégies des pays industrialisés sont centrées sur les marchés sectoriels
correspondant à leurs offres technologiques. Ainsi le document anglais5, bien qu’il ‑

souligne la nécessité de développer – sans autre précision – des offres globales, est
structuré autour des cinq secteurs verticaux de l’offre britannique : eau, transport,
déchets, énergie, habitat. La stratégie française développée par l’ancien ministère du
commerce extérieur, bien qu’elle s’afficha comme voulant développer une offre

4Intervention du professeur Wu Zhiqiang, vice-président de l’Université Tongji, au séminaire sur les smart cities,
Shanghai, oct. 2014

5! The Smart City Market : Opportunities for UK. Dpt for Business Innovation and Skills, 2013

!17
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés

globale autour du « bien vivre en ville », est restée additive des offres des firmes
françaises. Le rapport du Commissariat Général au Développement Durable va
même à rebours de ces nouvelles approches en tentant d’organiser l’offre française
par secteurs d’activités, avant de constater la non-pertinence d’une telle démarche
puisque « la ville intelligente conduit les industriels à adopter une approche
décloisonnée »6. ‑

A l’opposé, les stratégies des émergents se focalisent sur l’intégration qui


repose sur des stratégies politico-institutionnelles et pas seulement technologiques.
Les émergents formulent leur stratégie urbaine en termes de développement à long
terme et pas seulement en termes de débouchés commerciaux comme le font les
pays industrialisés. Le document
chinois7 définit son objectif politique

comme étant de construire des villes à


vivre qui puissent grandir de manière
durable selon les principes d’une
civilisation écologique.

Le schéma ci-contre est la synthèse de


la stratégie chinoise, et met en
équilibre quatre dimensions :

- L’équité : Dans la civilisation


chinoise du yin et du yang, le
déséquilibre est plus dangereux
que la rareté. Or, la croissance
incontrôlée de ces dernières décennies a fait de la Chine un des pays les
plus inégalitaires du monde avec un coefficient de Gini de l’ordre de 0,6.

- L’efficience : L’expansion aveugle de ces dernières décennies a fait grimper


les coûts et le gaspillage des ressources. Les erreurs de la politique urbaine
chinoise sont attribuées à une erreur de conception du rôle de la puissance
publique dans l’urbanisation qui doit devenir plus un concepteur qu’un
contrôleur ; une hiérarchie qui privilégie la taille sur tous les autres critères ;

6 « La ville intelligente : état des lieux et perspectives en France », Etudes et Documents n° 73, 2012,CGDD

7China Human Development Report : 2013, Sustainable and Liveable Cities : Toward Ecological Urbanisation,
UNDP and Institute for Environmental Studies, Chinese Academy of Social Sciences.
!18
et une conception erronée que les très grandes villes sont toujours les
meilleures. Le rôle est ainsi mis sur le nécessaire leadership pour intégrer
les contributions des parties prenantes autour d’une vision stratégique
partagée de la ville.

- La durabilité : On touche ici à des objectifs technologiques et humains.


Technologiques : le coût de l’énergie et la demande croissante en
ressources, l’immaturité des technologies, l’ajustement de la structure
industrielle, le contexte. Humains : les habitants doivent pouvoir habiter là
où ils travaillent et le développement doit être centré sur les habitants.

- L’innovation : Elle est ici corrélée à la capacité à intégrer l’héritage culturel


plutôt que de copier l’architecture européenne pour le tourisme et les
affaires. L'uniformisation des villes indique une absence de créativité et
d’innovation.

- La sécurité, qu’elle soit économique, sociale, environnementale ou


alimentaire : Outre le règne du droit on insiste ici sur l’éducation, le
développement du capital social et de l’esprit civique.

Cette stratégie est cohérente avec l’état de l’art de l’économie de l’innovation : le


capital matériel est mobile – donc copiable - tandis que les actifs immatériels (la
connaissance, le savoir-faire, le capital social) sont enracinés dans un territoire et peu
mobiles, donc devant être reproduits de manière endogène, par apprentissage, à
partir des spécificités historiques du capital social du territoire. Les compétences
sont de nature idiosyncratique, c’est-à-dire qu’elles sont propres à un contexte, voire
une organisation, et difficilement déployables dans un autre. On peut copier une
technologie, pas une compétence. Celle-ci doit se recréer en contexte par un long
processus d’apprentissage
endogène au pays et au
territoire d’accueil. Elle
dépend d’une culture
technologique qui est elle-
même fonction d’un
capital social.

C’est d’ailleurs le sens du


mot techno-logie tel que le
redécouvrent les historiens

!19
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés

du développement économique et que le comprenaient les pères de la pensée


scientifique occidentales, Francis Bacon, Giambattista Vico et Blaise Pascal : il est
composé de la techné, la technique, le taciturne qui fonctionne sur le principe de
l’automate, et du logos, la connaissance explicite et tacite. Les travaux récents
d’histoire de l’économie mettent l’accent sur la confusion qui s’est progressivement
instaurée dans la pensée occidentale entre technique et technologique et qui mène à
oublier la dimension immatérielle et culturelle de la technologie qui est à la source du
réel avantage concurrentiel des firmes et des nations.

Les pays émergents ont une stratégie basée sur l’intégration des technologies
existantes qu’ils peuvent se procurer dans les pays industrialisés, tandis que
ceux-ci ont des stratégies basées sur l’exportation. D’un côté des stratégies
intégratives à moyen terme de pays émergents qui dominent la demande, de l’autre
des stratégies addititives à court terme des pays industrialisés qui dominent l’offre.
Un cadre de référence commun basé sur le développement de la modélisation
systémique permettrait de rééquilibrer cette inversion probable de leadership au
profit des émergents.

!20
3. Les enjeux d’innovation : à la recherche de
l’intelligence de la ville
La vision holistique portée par les émergents souligne l’enjeu d’innovation porté par
les programmes de ville intelligente. La première question est de définir ce qui est
« intelligent », la seconde de coordonner les champs d’innovation concernés.

a) Qu’est-ce qui est “smart”?


Il n’y a pas à ce jour de définition normalisée de ce qu’est une « smart city », pas plus
que n’existe une telle ville. Il existe des prototypes qui sont des démonstrateurs de
technologies, telles que Songdo et Masdar, mais qui ne sont pas des villes à vivre
avec de vrais habitants. De même, il existe une grande quantité d’expériences de
villes intelligentes mais qui ne mettent en œuvre qu’un aspect d’une « smart city »
puisque nul ne peut définir à ce jour ce qu’il en serait8. ‑

Le terme de « smart city » est généralement accolé à tout phénomène urbain basé sur
un effet cybernétique où une action est corrigée par l’information en retour de l’effet
sur la cause, générant un effet cumulatif d’apprentissage. Avec la convergence
numérique, il y a amplification de ces phénomènes, qui permettent de nouvelles
applications.

La base d’une « smart city » est donc son infrastructure numérique, qui s’enrichit
avec le déploiement des nouveaux modes d’interconnexion comme l’internet des
objets et la communication de machine à machine qui dispense de l’intervention
humaine. De fait, les approches « techno-pushed » - ou techno-centrées - sont
dominantes aujourd’hui dans les programmes de recherche.

Les villes ne sont toutefois pas que des artefacts matériels, ce sont avant tout
des systèmes sociaux complexes. Les besoins d’interactions humaines sont
grandement facilités par les technologies numériques, mais celles-ci ne sauraient
définir les finalités de la vie dans une ville. D’où une autre approche de l’innovation,
celle des living labs, des écosystèmes vivants impliquant toutes les parties prenantes
d’une ville et toutes les disciplines scientifiques concernées, qu’elles soient
« molles » (les sciences sociales ) ou « dures ». Le living lab doit représenter toute la

!8 On trouvera dans la bibliographie de nombreux exemples qui ne sont pas cités dans cette note pour ne pas en
alourdir la lecture.

!21
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés

diversité de l’écosystème urbain et permet de faire émerger des scénarios et des


stratégies.

En l’état actuel de la recherche, les deux champs – techno-centrés et citoyens-centrés


– ne se rejoignent pas. Le programme de recherche européen « Fireball » 9 relève ‑

trois importants fossés à combler : la capacité, tant des firmes que des citoyens, à
développer des solutions basées sur les technologies web ; un écart de créativité très
important entre les cœur des technologies web et leur capacité à produire des
applications utiles ; et un écart d’entrepreneuriat entre ces applications et leur
traduction en services innovants.

L’approche living lab, les projets pilotes accompagnés de projets de recherche,


l’implication forte des utilisateurs permettent de comprendre de proche en proche
les problèmes posés par ces interactions et d’en comprendre les principes. Luis
Bettencourt, systémicien au Santa Fé Institute, insiste sur la nature de la ville comme
système complexe adaptatif, ou plus, comme système de systèmes.

Un système adaptatif ne peut être défini en détail ex-ante selon les principes de
l’ingénierie détaillée. Le concepteur ne peut identifier de manière descendante tous
les problèmes qu’une ville va rencontrer et dessiner la ville idéale, comme tentèrent
de le faire au début du XX° siècle en Angleterre et aux Etats-Unis Ebenezer
Howard avec le mouvement des « Garden cities » ou Le Corbusier en France.

Il faut résister, souligne Bettencourt, à la tentation du planificateur de tout planifier


dans le détail. Dans la tradition de biologistes comme Patrick Geddes, d’historien
comme Lewis Mumford, d’urbanistes comme Jane Jacobs, Bettencourt est le père,
avec Geoffrey West, des mathématiques de la ville qui démontrent l’existence de
phénomènes de rendements croissants des infrastructures urbaines (le kilomètre
marginal coûte moins cher) et des externalités (positives et négatives) produites.
D’un côté on peut prédire à gros grains que plus elle va croitre, plus, dans une ville :

• l’énergie dissipée en transports (de biens et de personnes) croit plus vite que
la population, mais aussi les opportunités économiques et le potentiel
d’innovation ;

9 Fireball White paper : Smart Cities as Innovation Ecosystems Sustained by the Future of Internet.
!22
• tandis que le rapport entre l’efficacité sociale de la ville et les pertes d’énergie
dues au transport est constant quelle que soit la taille de la ville.

En ne jouant que sur les paramètres physiques on va donc rapidement tomber dans
des impasses (perdre d’un côté ce que l’on gagne de l’autre). En appréhendant la
ville comme un écosystème complexe vivant de relations sociales, on va considérer
l’intelligence de la ville à partir des interactions que peuvent maintenir entre eux les
habitants : la conception de la ville devient un problème de modélisation des
systèmes complexes, plus précisément de systèmes de systèmes10. ‑

b) Le territoire intelligent
Dans le bilan que font les Chinois de leur politique passée de développement urbain,
une critique récurrente est d’avoir négligé l’héritage culturel et sociologique de la
Chine pour singer le mode de développement occidental qui a produit des villes
inhumaines et polluantes. Tant les enseignements de l’urbanisation dysfonctionnelle
des XIX° et XX° siècles que des projets pilotes en cours, montrent que la ville ne
peut être conçue en apesanteur territoriale et a besoin d’être enracinée dans un
territoire porteur d’une histoire et d’un capital social :

• La recherche en économie des territoires menée depuis une vingtaine


d’années11 montre l’importance des actifs immatériels territoriaux, dont
au cœur le capital social, qui contribuent à constituer un « milieu
innovateur » source d’avantage concurrentiel. Ce point n’est pas
aujourd’hui intégré ni dans les stratégies des entreprises ni dans les
politiques publiques de réindustrialisation des territoires. A l’heure actuelle,
la Commission européenne développe le concept de « smart specialisation »
qui a pour but d’identifier les savoir-faire territoriaux autour d’enabling
technologies sur le modèle de Porter. Ainsi, le financement européen des
territoires (le FEDER) va être remplacé par le financement spécifique de

10
! Selon la définition donnée par l’AFIS (Association Française d’Ingénierie Système) : « Un système de systèmes
résulte du fonctionnement collaboratif de systèmes constituants qui peuvent fonctionner de façon autonome pour
remplir leur propre mission opérationnelle.. On recherche par cette collaboration l’émergence de nouveaux
comportements exploités pour améliorer les capacités de chaque système constituant ou en offrir de nouvelles,
tout en garantissant l’indépendance opérationnelle et managériale des systèmes constituants. ». Ces systèmes
peuvent avoir des lois de comportements très hétérogènes, à commencer par les systèmes conservatifs qui
obéissent aux lois de la physique (comme les smart grids) et les systèmes humains dont le fonctionnement ne peut
être modélisé par des lois physiques.

!11 Notamment au GREMI (Groupe de Recherche sur les Milieux Innovateurs) créé par Philippe Aydalot à
l’Université de Neuchâtel.

!23
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés

ces enabling technologies – ou technologies capacitantes - territorialisées. La


région Centre est actuellement pilote pour développer ce dispositif. Il
importe que les entreprises intègrent cela dans leur stratégie.

• La conception de la smart city ne peut se faire indépendamment des


caractéristiques du territoire, en identifiant sa dynamique de « milieu
innovateur » selon le concept développé par Philippe Aydalot et ses
dimensions anthropologiques : histoire, culture, démographie, …
L’intelligence sociale – qui est une des disciplines mères de l’intelligence
économique développée par Stevan Dedidjer – jouera donc un rôle critique
dans la réussite de la modélisation dès lors que l’on a intégré le fait que
c’est l’habitant qui est au cœur de la smart city en tant que producteur et
récepteur d’informations, d’utilisateur des artefacts et de décideur ultime
des choix d’usage des équipements. L’approche par les écosystèmes répond
aux besoins d’une société durable organisée autour du bien commun.

L’intelligence de la ville résultera de la convergence de plusieurs sphères :

- Le territoire intelligent se définit comme une atmosphère qui favorise la


prise de risques, avec des transactions riches entre individus et groupes
sociaux qui permettent l’évolution dans le temps du territoire.

!24
- Plus une industrie est enracinée dans son territoire, plus elle développe des
avantages concurrentiels spécifiques qui rendront, par exemple, les
délocalisations basées sur le coût du travail sans intérêt. Une offre
industrielle, pour produire une ville intelligente, ne peut se contenter
d’additionner des technologies mais doit rechercher les synergies par le
principe de coopétition12.

- La ville intelligente résultera de l’intégration des composantes humaines et


matérielles, ce qui nécessite le développement de méthodes d’ingénierie
des systèmes complexes adaptées à la conception des villes qui font
appel tant aux sciences dures qu’au sciences sociales qui permettent de
comprendre que l’habitant et citoyen jouent dans l’évolution de la ville, ce
qui est au coeur de la stratégie chinoise représentée ci-dessous13:

!12 Coopétition : obligation pour les entreprises d’être à la fois en compétition et en collaboration pour définir des
offres globales.

13Présentation du professeur Quangbin Wang, Doyen de la School of Economics and Management, Tongji
University, au Séminaire international sur les smart cities, Shanghai, oct. 2014.

!25
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés

4. Une méthodologie pour le pilotage de la complexité des


villes intelligentes.
En octobre 2012, au forum Eurocities de Vienne, un membre du groupe
« transports intelligents » de la direction pour la mobilité de l’Union européenne
faisait remarquer qu’aucun des projets pilotes financés ces dernières années par la
Commission européenne n’avait pu être formalisé et encore moins reproduit. Le but
de la modélisation systémique est précisément de pouvoir mesurer les impacts d’un
changement endogène ou exogène en cartographiant les liens entre les paramètres et
variables d’un écosystème.

La synthèse de l’approche méthodologique proposée est jointe en annexe dans un


papier scientifique, qui a fait l’objet de présentations et de discussions dans plusieurs
arènes scientifiques internationales14. On en reprend ici les concepts de base :

a) Définition d’un écosystème urbain


Un système est un ensemble dynamique de sous-systèmes en interaction (systèmes
de gestion de l’énergie, systèmes de transports, systèmes de gestion de l’eau,
systèmes sociaux, écosystèmes climatiques locaux, habitants …) et qui interagit avec
son environnement en étant capable de conserver son identité et d’enrichir sa
diversité interne.

La condition pour qu’un ville soit intelligente est qu’elle soit traitée comme un
système de systèmes, soit un ensemble de systèmes hétérogènes qui ont leur
dynamique systémique autonome mais qui sont en interaction dynamique pour créer
un méta système. L’échange d’information au sein d’un système de systèmes est
donc un point critique qui suppose une base d’information commune et une
interopérabilité des données reposant sur une sémantique et une syntaxe commune.

Un écosystème diffère donc d’un système en ce qu’il est capable, par la seule
interaction de ses éléments internes, de reproduire les règles de fonctionnement,
voire de produire de nouvelles règles de fonctionnement, en tout (comme dans le
cas des systèmes autopoïétiques) ou partie.

14 Dialogues transatlantiques de Lugano, juin 2014, Congrès de l’Institut International des Sciences
Administratives, Ifrane (Maroc) juin 2014, Living in a living city, Paris, et le Curso de Sostenibilidad de Ciudades: Modelos
para una mejor Gestión y Planificación, Banco Interamericano de Desarollo, Santander, juillet 2014, Smart cities
international seminar, Tongji university, Shanghai, Oct. 2014. Il a été accepté pour publication par le Complex Science
and Design Management, Springer Verlag, Nov. 2014.
!26
Par « écosystème urbain », nous entendons, par analogie avec le concept
d’écosystème naturel, un écosystème construit par l’homme intégrant l’ensemble des
éléments constitutifs d’une ville qui interagissent de manière naturelle, entre eux et
avec leur environnement, dans un état global d’équilibre qui permet la durabilité de
la ville dans ses échanges avec son environnement : prélèvement de ressources,
création de richesse et de bien-être, rejet et recyclage de déchet. L’écosystème ne
peut être durable au sens où il n’y aurait pas d’entropie. Il ne peut l’être que s’il a des
activités qui génèrent de l’entropie négative (ou néguentropie). Cette relation
entropie – néguentropie peut être définie par l’architecture système.

Par application de la loi de variété requise (ou loi de Ashby), plus est grande la
quantité de paramètres et de variables, plus on peut dessiner des écosystèmes
complexes, mais plus leur fonctionnement sera difficile à maîtriser. Par exemple,
plus grandes sont les sources d’énergie, plus on peut définir un « mix énergétique »
pour alimenter la ville, plus grande est la diversité d’architecture des écosystèmes.

Le choix de la frontière du système est donc critique au regard du problème à


traiter, ce qui est un point clé de l’ingénierie des systèmes complexes : définir ce qui
est « dedans » et ce qui est « dehors ». Dans la vie réelle, ce système sera soumis à des
actions déstabilisantes de l’extérieur dont certaines menaceront l’équilibre interne de
l’écosystème.

Aussi une caractéristique essentielle de l’écosystème urbain durable, comme des


écosystèmes naturels doit être la résilience, soit la capacité à s’adapter, par
apprentissage, à des fluctuations rapides de l’environnement, notamment les crises et
les catastrophes, et à générer de nouvelles règles qui lui permettent de faire face à un
accroissement de la turbulence externe.

L’école des organisations à haute fiabilité (High-Reliability Organizations) permet de


définir les traits organisationnels en terme de design des processus, circulation et
traitement de l’information, compréhension et maîtrise des facteurs humains et
système de pilotage pour permettre la durabilité de l’organisation dans un
environnement turbulent intégrant les catastrophes prédictibles main non prévisibles
(submersion marine, activité sismique, terrorisme…).

La compétence critique est donc celle d’architecte et d’ingénierie des


systèmes complexes et l’attribution de cette compétence à un acteur central qui
pilotera les interactions entre les compétences d’architecte des propriétaires de sous-

!27
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés

systèmes. Il faut également définir les rôles et prérogatives des acteurs locaux qu’on
peut penser être détenteurs d’une forme de pensée collective et d’une énergie
créatrice difficile voire impossible à modéliser, mais qui doit être prise en compte par
les systèmes de rang supérieur.

La durabilité de la ville repose donc sur une architecture de compétences et de rôles


distribués dans des sous-systèmes. Cette compétence va devoir principalement se
développer chez l’aménageur public, mais aussi dans les modèles d’affaires de
chaque firme afin d’intégrer des métriques d’optimisation de l’ensemble de la ville et
non pas seulement de la firme.

b) Définition et conception du méta-modèle de l’écosystème urbain


de ville durable
Le concept d’écosystème urbain durable se définit – comme tout système – par sa
finalité, soit, dans le cas d’un système habité, un bien commun qui est supérieur à la
somme des parties, et les interactions entre les fonctions – que l’on analyse ici, dans
la logique des systèmes de systèmes, comme des sous écosystèmes - qui le
composent : eau, alimentation, santé, énergie, transports urbains et interurbains,
habitat, travail, économie numérique, loisirs, sports…

Le principe de la modélisation suppose que l’on puisse définir, au sein d’un cadre
de référence englobant les visions multiples de la réalité urbaine, des paramètres
valables pour toutes les villes où qu’elles soient, puisque toutes les villes ont à gérer
des fonctions transport, énergie, habitat, etc. et à les intégrer. C’est la valeur de ces
paramètres (les variables) qui va changer selon les contextes, paramètres qui ne
seront pas les mêmes partout (le paramètre « gestion des typhons » ne sera pris en
compte que dans les zones vulnérables connues) et ne peuvent être dénombrés de
manière définitive (le risque technologique peut faire apparaître de nouveaux
paramètres)15.

15 La notion de modélisation est mal interprétée dans la logique positiviste occidentale, française
particulièrement, en ce qu’elle entend par “modèle” un idéal-type de ville qui serait à reproduire à l’identique en
tout temps et en tout lieu, à l’image des cités-jardins du début du XX° siècle. Au contraire, nous entendons ici par
modélisation celle de la science des systèmes, à savoir une représentation abstraite d’une réalité reposant sur des
règles communes. Ici le processus de modélisation compte autant sinon plus que le modèle final comme
représentation, qui va permettre d’évaluer la pertinence de ce processus. La modélisation est un processus itératif
de résolution de problème entre des hypothèses et leur traduction dans une réalité future et encore abstraite.
!28
De plus, les interactions entre ces différentes fonctions du système sont génératrices
d’émergences incontrôlées, qui ne pourront l’être que par un travail de modélisation
évolutive et apprentissage renforçant la résilience.

Cela suppose que les parties prenantes aient les mêmes bases d’information et les
même règles de description des données (sémantique et syntaxe) pour entrer
dans des processus d’intégration. Dans le domaine de la construction des villes, le
standard BIM (Building information modeling) est un langage de modélisation
permettant aux maîtres d’oeuvre et maitres d’ouvrage d’intégrer leurs projets dans
une représentation en 6D (3D plus temps, coût et maintenance dans la durée). BIM
s’est développé à partir de 1987, date de la première version d’un logiciel de
virtualisation ArchiCAD par la société Graphisoft. Il permet de gérer l’ensemble du
cycle de vie du bâtiment, de la conception à la démolition, facilitant ainsi le recyclage
(empreinte écologique des matériaux, réutilisation, etc.) et s’intègre parfaitement
dans la logique du PLM (Product Lifecycle Management).

La logique sous-jacente de BIM est celle de l’architecture système: faire porter


l’effort dès l’amont sur l’intégration. L’absence d’intégration amont va entraîner la
saisie multiple des mêmes informations (on estime que les données géométriques
d’un bâtiment sont saisies sept fois au cours d’un processus de construction) avec la
multiplication d’erreurs inhérentes, et surtout décrites dans des langages et des
logiciels différents. Le coût en aval de ces erreurs (travail à refaire, contentieux…) est
estimé en France à 10 milliards d’euros. Dans BIM, ces informations représentées
dans un standard commun deviennent des building blocks réutilisables par chaque
système de métier grâce à un format d’échange commun IFC (Industry Foundation
Classes).

Limité initialement aux bâtiments eux-mêmes, ce langage s’étend aux impacts sur
l’environnement (Green BIM). Des variables physiques centrales, les outils de
modélisation s’étendent donc progressivement à l’environnement des projets pour
visualiser l’impact final des hypothèses.

Le standard BIM est un bien public développé par des groupements d’entreprises,
porté par des institutions académiques où l’Université de Stanford est en pointe.
Formant de nombreux diplômés chinois, elle bénéficie de ce fait d’un accès privilégié
aux marchés chinois et asiatiques. L’adoption du standard BIM est désormais
obligatoire à Singapour et va le devenir dans plusieurs pays d’Asie.

!29
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés

Cette approche de la modélisation nous fait écarter d’emblée l’hypothèse d’une


« ville verte » qui n’aurait aucune émission de carbone et aucun rejet de déchets, qui
ne saurait être une ville complète intégrant toutes les activités urbaines puisqu’il
faudrait lui imputer les émissions carbones et les atteintes à l’environnement des
activités importées.

Concevoir un écosystème urbain pose d’abord un problème d’architecture globale


des sous-systèmes qui la composent, et de compréhension et prise en compte des
critères comportementaux des humains qui habitent ces écosystèmes. L’hypothèse
de recherche, issue de l’architecture des systèmes complexes, est qu’il est
possible de définir un méta-modèle16 (framework) de référence d’un écosystème
urbain qui permettra d’intégrer ces fonctions et se déclinera en une grande variété de
modèles en fonction des valeurs attribuées aux paramètres. Ces méta-modèles
définissent des règles d’assemblage des fonctions de base (les building
blocks »), un langage commun pour les métiers, des méthodes d’interfaçage des
fonctions, des dictionnaires de données communs et des règles sémantiques de
traitement.

L’architecture de systèmes complexes intervient alors comme discipline


intégrative, permettant de réintroduire des possibilités de pilotage de ces
évolutions. D’une vision qui additionne les fonctions spécialisées, divisées par leur
technicité et préoccupées chacune de leur propre optimisation, elle propose une
approche qui intègre les interactions entre les différentes fonctions. En effet,
l’optimisation locale ne signifie pas optimisation globale; la sur-optimisation des
fonctions peut même déboucher sur la sous-optimisation du système dans son
ensemble.

Chacune de ces fonctions peut être considérée comme un paramètre à affecter d’une
variable de pilotage qui varie selon les contextes entre des valeurs limites qui seront
données par les contraintes de l’environnement (par exemple la capacité maximale
d’alimentation ou de traitement des eaux) ou par le choix du concepteur qui décidera

!16 Un méta-modèle est « un ensemble d’outils utilisables pour développer une large gamme d’architectures » , soit
de règles et de méthodes de conception valable, dans des limites définies, pour tous les écosystèmes urbains
durables. Il ne faut pas le confondre avec un outil unique de modélisation qui encapsulerait tous les cas de figure,
ce qui est, en pratique, impossible.
!30
de limiter la taille de la ville à un nombre donné d’habitants. On choisira selon le
contexte de piloter en premier lieu le paramètre « énergie », le paramètre « eau », etc.

Il ne saurait donc s’agir de définir un modèle générique permettant de


concevoir tout type de ville dans tout type d’environnement. Le nombre de
paramètres et les valeurs limites qu’ils prendront ne pourront être déterminés ex-ante
de manière certaine, par exemple dans une zone aride et dans une zone de mousson,
même s’il est en théorie possible de monter dans les niveaux d’abstraction et de
définir le méta-modèle du méta-modèle, au fur et à mesure que s’accroît la
complexité, l’exercice de modélisation se fait à partir de la réalité d’un type de ville et
ne permettra que dans le moyen terme, par la multiplication de projets pilotes, de
définir ces méta-règles.

En pratique, chaque écosystème urbain sera différent puisqu’il sera le résultat


d’une combinatoire entre ces paramètres qui dépendra de critères politiques, sociaux
et économiques qui seront propres à chaque contexte.

c) Les conditions de durabilité de l’écosystème urbain


La durabilité de ces écosystèmes repose sur leurs capacités d’évolution en fonction
de la variation des paramètres internes et externes : cycle de vie des fonctions et de
leurs organes, changement technologique exogène et capacité d’absorption17 des
firmes. Dans cette perspective, l’écosystème est capable d’apprendre compte tenu du
phénomène de dépendance de sentier18 (ou trajectoire technologique) identifié par
les économistes évolutionnistes, qui implique d’évaluer l’histoire et la dynamique du
capital social de l’écosystème et de son territoire. La recherche, menée sous
l’impulsion de Erik Von Hippel, montre en outre que la connaissance est
« collée » (sticky) à un territoire et très difficile à déplacer.

Comme tous les systèmes, l’écosystème tend vers l’homéostasie soit la reproduction
à l’identique tout en étant capable d’évolution le long d’une trajectoire
technologique. C’est à la fois un avantage puisque le territoire est constitutif de son

17
! La capacité d’absorption est un concept fondamental en intelligence économique : c’est la capacité à reconnaître
la valeur d’une information, idée nouvelle ou avancée scientifique pour la transformer en opportunité économique.
Les firmes nord-américaines qui ont délocalisé leur R&D dans les pays émergents pilotent cet indicateur pour
mesure si elles sont toujours en possibilité de transformer plus rapidement les avancées réalisées à l’étranger.

!18 La dépendance de sentier résulte d’une chaîne de causalités cumulatives, chaque effet devenant plus dépendant
de la chaîne causale amont.

!31
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés

avantage concurrentiel (il n’est ni copiable ni délocalisable) et un inconvénient en cas


de rupture technologique qui impose des inflexions de trajectoire..

En tant que système de systèmes, l’écosystème urbain comprend deux types de


systèmes de régulation :

• d’une part, les systèmes de régulation des flux pouvant être modélisés
selon les lois de la physique – dits systèmes conservatifs - de type smart
grid pour l’électricité, mais dont le principe vaut aussi pour l’eau (smart
water), dont la performance dépend directement des systèmes
numériques à capter et traiter les données et à envoyer les instructions
appropriées.

• D’autre part, les systèmes qualitatifs – dits systèmes dissipatifs – basés


sur des interactions essentiellement organisationnelles et humaines, ne
pouvant être expliqués que par les principes de la sociologie et de
l’économie institutionnelle. Ainsi le système « la santé dans la ville », sera
l’émergence d’un système humain reflétant le type de vie sociale
permettant la vie en bonne santé (par exemple en maintenant les
personnes âgées dans un environnement de relations sociales riche et
aidant) et d’un système physique constitué de centre de santé allant du
dispensaire à l’hôpital lourd.

L’enjeu va résider dans la capacité à concevoir des systèmes focalisés sur des
paramètres spécifiques : les énergies décarbonées dans les pays développés, les
systèmes de traitement, de distribution et de gestion de l’eau dans les pays en
développement, puis des écosystèmes urbains complets comme des villes propres
par exemple. La Chine a ainsi commandé au cabinet anglais ARUP, à partir du
premier essai réalisé pour la ville de Dongtan, une écocité basée sur l’intégration
entre ville et campagne à Wanzhuang, qui serait en fait un cluster d’activités rurales
traditionnelles et économiques de pointe. Ceci dans la perspective de concevoir un
développement intégré des activités rurales traditionnelles de la Chine et industrielles
dans le cadre d’une ville moyenne de 400 000 habitants.

!32
d) L’architecture comme cadre de représentation
L’architecture propose un cadre de pensée pour intégrer ces sous-systèmes de
manière à concevoir un système régulable19. Le design de l’architecture systémique
pose plusieurs problèmes.

Figure 3: Extrait du chapitre 9 de Pattern language: scattered work

• Un système ne peut être intégré par l’addition de ses sous-systèmes : le


système possède des propriétés émergentes qui ne peuvent être
modélisées dans les sous-systèmes et sont le produits des interactions
entre eux. Classiquement, les fonctions « sécurité » ou « confort » dans
une automobile ne sont pas imputables à un système en particulier mais
sont une propriété émergente. Une ville à énergie positive n’est pas une
somme de bâtiments à énergie positive. Un système se structure par
interactions entre ses fonctions au service d’une finalité : le bien
commun.

• Le bien commun d’un système est une fonction émergente qui doit
être pilotée. Garett Hardin a illustré ce problème dans la Tragédie des biens
communs (1968) : si chaque berger optimise l’utilisation des communs
pour améliorer sa productivité, il fait décroitre la productivité du tout et
détruit le bien commun. Elinor Ostrom (1991) a montré, qu’à l’opposé,
les communautés étaient capables de faire émerger des institutions
pour éviter la tragédie des biens communs. La compréhension des
émergences est donc au cœur du travail du modélisateur.

!19 Un système régulable est un système dont on peut déterminer les paramètres de pilotage à partir de la
rétroaction des sorties sur les entrées. L’opposé d’un système régulable est un système chaotique, qui est un
système semi-déterministe dont on ne peut complètement comprendre les lois de comportement.

!33
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés

• La vision fonctionnelle est une représentation abstraite de ce que doit


faire le système, un « modèle » (« nous ne raisonnons que sur des modèles »,
Paul Valery) dont il faut d’abord définir les frontières (un système est
toujours le sous-système d’un système plus vaste) en fonction de la
finalité qu’on souhaite lui donner et la capacité à la piloter.

• La complexité du modèle est fonction du nombre d’interactions entre


ses composantes. Cette complexité est accrue par le non-alignement
de trois référentiels : les « opérations » sont réalisées par des
« fonctions » qui peuvent servir à plusieurs opérations, et qui sont
servies par des « organes » qui servent à plusieurs fonctions.

!
Figure 2: Schéma générique d'intégration système (source: Daniel Krob)

On voit que l’enjeu de l’intégration est un art délicat qui devra, d’une part, adopter le
bon niveau d’abstraction du modèle à piloter, identifier les interactions souhaitables
et non-souhaitables, et, d’autre part, rechercher le maximum d’interopérabilité des
fonctions et des organes. Il s’agit donc de définir un niveau de complexité pertinent
qui allie trois qualités : la capacité à remplir une mission, la pilotabilité et l’économie.

!34
L’architecture système permet de répondre à la contradiction entre l’idée de faire
une ville parfaite et celle, opposée, d’une absence totale de référentiel. Christopher
Alexander, anthropologue et architecte, a écrit un ouvrage qui reste un des plus lu
sur l’urbanisme A Pattern Language. Alexander a compilé une boite à outils de
configurations urbaines (les patterns) pouvant présenter les réponses apportées par le
passé aux problèmes de conception des villes. L’idée fondamentale d’Alexander est
que la très grande majorité des questions qui se posent aujourd’hui se sont posées
par le passé et on trouvé des réponses dont on peut s’inspirer. La travail de
l’architecte peut donc être facilité en utilisant cette banque de solutions, en évitant de
les réinventer et en faisant porter son effort sur l’intégration qui est le lieu de la
véritable innovation20. Par exemple, Alexander pour lutter contre les effets négatifs
de la séparation des lieux de travail et d’habitation, définit des règles génériques sur
le « travail réparti » (Figure 3).

!20 Les idées d’Alexander ont trouvé leur application dans le développement de l’architecture système appliquée
aux logiciels avec les architectures objet et les logiciels de gestion intégrés qui sont bâtis à partir de processus
représentant les meilleures pratiques démontrées. L’enseignement des pratiques de l’architecture des systèmes
d’information souligne que le travail créatif est dans l’intégration de ces outils – ou processus – au regard d’une
situation spécifique et non dans leur copie.

!35
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés

5. Quelle formation pour les acteurs de la ville


intelligente ?
La planification urbaine de la ville intelligente ne pourra plus être la planification
descendante du XX° siècle. Elle combinera des « master plans » fixant des lignes
directrices incarnant la vision stratégique des parties prenantes de la ville. La
conception systémique modulaire à partir de « building blocks » devra permettre la
mise à jour de la ville en fonction des changements dans la société, l’économie et
l’environnement. Il s’agira de marier le long terme et le temps réel et d’intégrer les
habitants dans la conception, ce qui n’a rien d’évident. La ville de Christchurch en
Nouvelle-Zélande a été détruite par un tremblement de terre en septembre 2010. Un
processus participatif des habitants a permis de définir un nouveau master plan
pour la ville, mais ce processus ascendant heurte de front les plans
gouvernementaux : les deux approches ne se rejoignent pas, le conflit est en cours.

L’accès aux données ouvertes permet aux habitants d’imaginer un nouveau futur
pour leur ville et le développement des outils de simulation numérique leur donne
un réel pouvoir faisant de la stratégie urbaine un processus politique. Ce qui
change dans la planification urbaine par rapport au XIX° et au XX° siècle, ce que
nous avons une abondance de données de toute nature que nous n’avions pas, des
moyens de communication instantanés et des outils de modélisation du futur qui
vont aller en se développant.

Former les acteur de la ville intelligente doit donc passer par :

- des projets pilotes de construction de ville. Il faut profiter de l’expérience


des pays émergents qui peuvent construire des villes à partir de rien,
comme Benguerrir et Zenata au Maroc, au Brésil et en Chine. Ces projets
doivent appliquer les approches descendantes et ascendantes qui intègrent
les habitant et la résolution de problème au quotidien.

- Une expérimentation à la fois d’architectures physiques et humaines,


avec des processus délibératifs qui mettent en avant le rôle de l’habitant
comme utilisateurs final (« end-user ») mais aussi comme producteur
primaire de données et d’information (« prod-user ») par l’usage, actif ou
passif, des technologies de l’information ( le smart phone, notamment).

!36
- Une intégration des disciplines scientifiques qui suppose une
convergence des institutions académiques et industrielles21 et le
développement d’une culture et d’un langage commun aux disciplines et
aux structures. Cela prend du temps et ne peut progresser que par des
pratiques en commun de résolution de problème. Le système français est
ici handicapé par la rivalité entre disciplines et la compétition pour les
financements, propre au système académique, tandis que le développement
des pôles de compétitivité peut apporter un espace pour que se créé cette
convergence autour de projets de recherche appliquée. Là encore les
émergents sont plus dynamiques: lors des séminaires internationaux
organisés par l’université Tongji de Shanghai22 (qui est une université
d’ingénierie) une large place a été faite aux sciences sociales et cette
université compte un département de management public qui est en pointe
sur les projets pilotes de smart cities.

- La formalisation d’un corpus de méthodes et d’outils de modélisation


des systèmes complexes commun à toutes les parties prenantes (voir ci-
après l’approche ULM), notamment intégrant les domaines “durs”
modélisant en ayant recours aux lois de la physique et les domaines “mous”
des systèmes humains qui ne peuvent être que partiellement modélisés en
ayant recours aux sciences sociales. Les premiers peuvent être travaillés en
développant les approches basées sur BIM, mais là encore la politique
publique en France est très en retard. Ce n’est qu’en juin 2014 qu’une lettre
de mission a été donnée par la ministre du logement au président du CSTB
qui, si elle reprend le concept de BIM (en français Bâtiment et
Informations Modélisées), n’en retient en pratique que l’aspect visualisation
numérique, soit une approche strictement 3D limitée à la visualisation
finale des plans, qui n’aborde pas la question du processus de modélisation
et de l’intégration23.

- Orienter les financements de la recherche sur les approches de


modélisation systémique pluridisciplinaires. Les tentatives de montage de
ce type de projet s’est heurté d’un côté à la rigidité corporative disciplinaire

!21 La nécessité d’une telle convergence est soulignée par le rapport des National Academies, 2014, « Convergence,
facilitating Transdisciplinary integration of lifre sciences, physical sciences, engineering and beyond »

22The International Symposium on Sustainable Development of Eco-Smart City, Tongji University, Shanghai,
Oct. 2014.

23 Lettre de mission à M. Bertrand Delcambre, Pdt du CSTP, juin 2014

!37
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés

de l’ANR et du rejet par le Ministère de l’Economie des projets n’ayant de


débouchés industriels et commercial immédiats. La stratégie dite « d’offre
globale » développée par l’ancien ministère du commerce extérieur au
travers de Vivapolis24 reste additives, recherchant des convergences
commerciales à partir de l’offre actuel des entreprises françaises plutôt que
de développer des approches intégratives qui demandent un effort de
recherche. Tant les financements FASEP que FUI des projets portés en ce
sens par le pôle de compétitivité Advancity ont été refusés.

- Promouvoir les approches basées sur l’ingénierie des systèmes


complexes appliquées à la ville intelligente. De telles approches sont
actuellement portées par le CSDM (Complex Science Design and Management),
créé en 2009 par le CERAMES, qui est très rapidement devenu une
événement international à la fois scientifique et industriel qui se tient
chaque automne à Paris. Pour 2015, le thème du CSDM portera sur la
conception des smart cities et il a demandé à se tenir à Bercy. Le
soutien à cette manifestation par le ministère de l’Economie aurait une
portée tant symbolique que méthodologique pour le développement de ces
approches à la ville intelligente.

- Le rapprochement des cadres références des acteurs. Paradoxalement,


les acteurs industriels rencontrés sont plus conscients que les pouvoirs
publics de la nécessité
d’une approche
intégratrice car ils se
rendent compte que la
viabilité de leur offre
est tributaire de ses
synergies avec celles
des autres industriels.
Si aujourd’hui des
industriels sont
capables de
Figure 4: la citybox concevoir des « city
box » faisant
converger flux électriques et numériques à travers l’éclairage urbain, ils se

24 [Link]
!38
heurtent à l’absence d’intégration de ces fonctions chez les gestionnaires
publics.

C’est non seulement le modèle d’affaire des firmes qui doit évoluer, mais surtout
celui de la gestion publique pour qu’elle développe des compétences
d’architecte et d’intégrateur de la complexité.

C’est dans cette perspective qu’a été conçue l’offre de formation MUST
(Management of Urban Smart Territories) par ESCP Europe en partenariat avec
l’Université Tongji de Shanghai et l’INSPER de Sao Paolo. Ce projet a été
abandonné par ESCP Europe sur décision de sa tutelle consulaire. Il est repris par le
CESAMES (Centre d’Excellence sur l’Architecture, l’Economie et le Management
des Systèmes), association sans but lucratif issue de la Chaire d’ingénierie des
systèmes complexes de l’Ecole Polytechnique et de ParisTech.

Les planches ci-après en résument la structure :

- Un voyage de découverte et d’apprentissage (learning expedition) dans trois


contextes économiques et culturels différents rassemblant des parties
prenantes publiques et privées de la politique urbaine de trois pays France,
Chine, Brésil.

- Un processus d’apprentissage en trois temps : apports théoriques sur la


conception des écosystèmes urbains, visites in situ et rencontres avec des
acteurs, travail de groupe sur un cas imaginaire.

- Chaque pays est responsable de l’organisation du séminaire local et du


recrutement des participants. La partie française assure l’intégration
pédagogique. L’expertise en matière de modélisation des systèmes complexes
est fournie par le CESAMES, institut de formation conventionné avec la
chaire d’ingénierie des systèmes complexes de l’Ecole polytechnique.

!39
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés

!40
!41
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés

!42
!43
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés

!44
Présentation de l’approche méthodologique Urban LifeCycle
Management (ULM)

Article retenu pour publication Complex Design and System


Management, 2014,
Springer Verlag 2014

URBAN LIFECYCLE MANAGEMENT :


SYSTEM ARCHITECTURE APPLIED TO THE CONCEPTION AND MONITORING
OF SMART CITIES

Claude Rochet 1, Florence Pinot de Villechenon 2

1 Professeur des universités


Aix Marseille Université
IMPGT AMU CERGAM EA 4225
ESCP Europe Paris
Service de Coordination à l’intelligence économique – Ministère de l’Economie et des Finances Paris
[Link]@[Link]

2 Directeur CERALE Centre d'Etudes et de


Recherche Amérique latine Europe
ESCP Europe Paris
pinot@[Link]

Abstract: At date, there is no standardized definition of what a smart city is, in spite many apply to propose a definition that
fit with their offer, subsuming the whole of the city in one of its functions (smart grid, smart mobility…). Considering the smart
cities as an ecosystem, that is to say a city that has systemic autopoeitic properties that are more than the sum of its parts, we
develop an approach of modeling the smartness of the city. To understand how the city may behave as a sustainable ecosystem, we
need a framework to design the interactions of the city subsystems. First we define a smart city as an ecosystem that is more than
the sum of its parts, where sustainability is maintained through the interactions of urban functions. Second, we present a
methodology to sustain the development over time of this ecosystem: Urban Lifecycle Management. Third, we define the tasks to
be carried out by an integrator of the functions that constitute the smart city, we assume public administration has to play this role.
Fourth, we present what should be a smart government for the smart city and the new capabilities to be developed.

!45
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés

At date, there is no standardized definition of what a smart city is, in spite many
apply to propose a definition that fit with their offer, subsuming the whole of the
city in one of its functions (smart grid, smart mobility…). First we define a smart
city as an ecosystem that is more than the sum of its parts, where sustainability is
maintained through the interactions of urban functions. Second, we present a
methodology to sustain the development over time of this ecosystem: Urban
Lifecycle Management. Third, we define the tasks to be carried out by an integrator
of the functions that constitute the smart city, we assume public administration has
to play this role. Fourth, we present what should be a smart government for the
smart city and the new capabilities to be developed.

This paper is based on case studies carried out within the cluster Advancity (France)
for the urban ecosystem issue, and other case studies on the intention to design new
business models based on the concept of extended enterprise and extended
administration. It relies on the state of the art in complex system architecture as
developed in information system and system engineering in complex products such
as aircrafts, to envisage how these competencies may be adapted to public services
in their collaborative work with private firms.

A. What is an urban ecosystem?


A smart city is more than the sum of “smarties” (smart grids, smart buildings, smart
computing…) but there is not, at the present time, a precise and operational
definition of what a smart city is (Lizaroiu & Roscia, 2012). Several pretenders exist
on what a smart city could be (Songdo in Korea, Masdar in Abu Dhabi,…) but they
are not cities to live in, they are demonstrators, propelled by big companies (e.g.
Cisco in Songdo) who apply a particular technology to the conception of a city.

In the literature, the smart city is recently defined as an ecosystem, that is to say a
system where the whole is more than the sum of the parts and has autopoeitic
properties (Neirotti et a., 2013).

For the systems architect this approach implies:

!46
· Defining a perimeter that comprehends all the components that have a
critical impact on city life: the city needs to be fed, imports products that may
have been manufactured on a basis that does not fit with sustainable
development requirements (pollution, children work or underpaid workers,
carbon emissions…). These costs and environmental impact must be charged
to the city balance.

· Considering the system as a living system where the behavior of inhabitants


determines the sustainability of the ecosystemic properties of the city. The
underlying assumptions are material systems in addition to immaterial ones –
as history, culture, anthropology and social capital – play their role. A recent
trend in the literature on development economics, which is contrary to the fad
of mainstream economics that consider all territories alike, put the emphasis
on the “smart territory” as an unstructured cluster of tradition, culture, and
informal institutions able to shape an innovative milieu (Aydalot, 1986).

If the city is an ecosystem, according to the laws of general system theory (Ashby,
1962) it may be represented as shown in figure 1:

A) It has a finality made of strategic vision borne by stakeholders (public and


economic actors), people living in the city and sustaining this finality through
theirs activities, and preserves its identity by interactions with its environment.

B) This system may be broken down in tree structures of subsystems: the


functions. These functions belong to hard and soft domains. Hard domains
include energy, water, waste, transport, environment, buildings, and healthcare
infrastructures. Soft domains include education, welfare, social capital, public
administration, work, civic activity and economy. What makes the city
intelligent is the richness of connections between branches. We speak of a
tree structure here in the sense of Herbert Simon’s architecture of complex
systems (1969) where the designer will connect the subsystems to make the
system emerge according to the aim it pursues. In his seminal paper “a city is
not a tree” (1965) Christopher Alexander, an architect initially trained as
mathematician and Professor at Berkeley, criticized the conception of the
urban planning movement in America, considering it as a “fight against
complexity”, with no connections between branches. Modern cities conceived
for cars, compared to ancient cities, offer a very poor web of connections.

!47
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés

Alexander formalized his idea of the city conceived as a rich overlapping of


building blocks in his 1977 book A pattern language. This insight of
considering the whole as a combination of modular and reusable building
blocks lingered on the margins of architecture but has had an enormous
influence in the development of object oriented architecture in software
design.

C) These functions are operated using tools and artifacts of which end-users
are people, specialized workers and ordinary citizens. The critical point is that
people must not fit the tools but, on the contrary, tools and artifacts will fit to
people only if the right societal and institutional conditions are met.

Figure 1.0: architecting the ecosystem

Modeling the ecosystem implies answering three questions (Krob, 2009):

- The first question is WHY the city: what is the raison d’être and what are the
goals of the city regarding WHO are the stakeholders and which activities will
support it? Beginning with this question may avoid the drift towards a techno
pushed approach relying on technological determinism, one may find in
Songdo or Masdar.

- The question why is then deployed in questions WHAT: What are the
function the smart city must perform to reach these goals? These functions
!48
are designed in processes grouped in subsystems aligned with the goal of the
main system.

- The third set of questions concern HOW these functions will be processed
by technical organs operated by the people who are the city executives and
employees, and the city dwellers as end users.

The issue is not to define an ideal type of smart city since all the “fitting conditions”
that make the city smart will be different according to the context, but to define
modeling rules to conceive and sustain the ecosystem.

B. The global framework: Urban Lifecycle Management©

Since the advent of the “death of distance” with the revolution of transportation by
the middle of the XIX° century, the appearance of networks of infrastructure
technologies and the spread of the telegraph that transformed the government of
the city, critical obstacles to the growth of cities were removed. Today digital
technologies amplify this move, providing new tools such as smart phones that
became a digital Swiss knife that allows inhabitants to be active actors in the city life,
communicating and coordinating with each other, using and feeding databases.
Doing this, digital technologies may produce the best and the worst. The point is
each city contains the DNA of its own destruction. Smart cities digital infrastructure
amplifies the possibilities of manifestation of discontent, worsening the gap
between have and have-nots. Smart cities incur the risk to become the digital
analogue of the Panopticon Jeremy Bentham’s prison design (Townsend, 2013).

We assume that the rules of complex system modeling and system architecture may
apply to the city as well as they apply to products through PLM (Product Lifecycle
Management) in that case according to a framework we call Urban Lifecycle
Management© (ULM). The difference is a city never dies and must permanently
renew its economic and social fabric as well as its infrastructure. An unsmart city
will continuously expand according to the laws identified by G. West and L.
Bettencourt (2007) that reveal an increasing return in infrastructure investment that
allow the city to sprawl indefinitely. The complexity will grow out of control,
resulting in a city being the sum of heterogeneous boroughs with strong social and
economic heterogeneity and spatial dystrophy.

!49
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés

We define ULM first and foremost as a tool to design an ecosystem which will be
coherent with the political, social and economic goal people assign to the city
according to the principle of sustainable development: stability, waste recycling, low
energy consumption, and controlled scalability, but in a way that allows to foresee its
evolution and to monitor the transition in different ages of the city.

ULM has to counterweight the appeal of technological determinism: in the past,


technologies have always dwarfed their intended design and produced a lot of
unintended results. ULM has to monitor the life of the smart city alongside its
evolution, as represented in figure 2.0

- A city can’t be thought out of its historical and cultural context that is
represented by the territory of which the city is the expression. The smart city
embarks a strategic vision that is based on a strategic analysis of the context
and material and immaterial assets of the territory (GREMI, 1986). The
smartness of a city profoundly relies on what has been coined as “social
intelligence” by prof. Stevan Dedijer in the years 1970s as the capability to
build consensus where each social actor relies on others to create new
knowledge. Intelligence doesn’t operate in a vacuum but is socially and
culturally rooted (1984).

Figure 3.0: Urban Lifecycle Management©

- To be livable, the city may not be a prototype city: the system architect must
focus on the task of integration that needs to be reliable to proceed from off-
!50
the-shelf components that already have an industrial life and may be
considered stable and reliable, in the same way the classical architect does not
invent the brick in the same time as he designs the house. This will imply
coordination between innovation cycles as we will see further.

- The process carried out on the principles represented in figure 1 leads to a


first release of the city 1.0 in case of a new city. Just as well in a new or old
city, we need to understand how the city lives and the unavoidable
discrepancies between intended design and real result, an observatory must be
implemented that will collect data produced by the city. Corrections are made
according to classical principles of quality process management.

- Alongside the lifecycle, exogenous innovation will occur that will need to be
endogenized by the model. For example, Songdo in his initial design relied on
RFID devices to track city dwellers. Today, smart phones have become the
Swiss knife of the city dwellers, rendering the use of RFID devices obsolete.
Innovation is ubiquitous in all subsystems of the city. Innovation in smart
cars interacts with the architecture of transportation (hard subsystem) as well
as in human behavior (soft subsystem). Coordination will be needed through
common frameworks such as projects management office extended to the
global smart city’s complexity.

- Innovation challenges the equilibrium of the smart city. Not all innovations
are compulsorily good for the city: Civic and political life have to evaluate the
consequences of an innovation and to frame it so that it fits with the
common good and the sustainability of the city.

- All along its lifecycle, the city may lose its smartness with two undesirable
consequences: the city may continue to sprawl on a non-sustainable basis
leading to today clogged cities. In case of a disruption in its core activity, the
city may collapsed as it happened in the past when things become too
complex to be monitored, as studied for past civilizations by archeologist
Joseph Tainter (1990). Reducing the size of the city is then the only solution
to reduce the complexity. A similar thing appears today in Detroit, a city that
has lost its goals and population, leading to the decision of reducing the size
of the city as the only means of avoiding bankruptcy. A similar pattern exists
with the Russian monocities.

!51
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés

C. The rationale for extended public administration in the process of


integration in ULM

No two cities are alike however smart they are, but the principles of system
architecture ULM are based on the assumption that common rules of modeling may
be defined. One of the key rules is to understand the interactions between economic
development and human capital: economic development is critical to draw financial
resources for investment in new transportations, infrastructures and education.
Cities with a greater economic development appear more attractive to people who
wish to increase their standard of life and who are more fitted to increase the smart
cities human capital. The more a smart city has a high level of human capital, the
more she has end users able to develop, test and use new tools that improve the
quality of urban life (Neirotti & a. 2014). It is all the more true in the digital era were
the end-user is not only a consumer but also a prod-user – according to the
definition by sociologist Axel Burns – who is involved in a continuing process of
producing never finished artifacts. On the other hand, the city has to take care to
not create a digital divide.

The modeling rules consist of three main principles:

[Link] analysis: As represented in figure 1.0 the first task is to define


the issues with the stakeholders. The functions needed to reach these issues
are then defined, and deployed in organs and specific competencies and
resources, as represented in figure 3.0

2. Inventorying the building blocks: There is no absolute definition of


what is a smart city is and in spite we may define general rule of modeling,
the definition of the smartness of a city will always be specific to the context,
e.g. geographical and climate constraints (a city exposed to tropical floods or
earthquake will embark functions that a city in a temperate country won’t
need), economic activity (specialization, search for synergies, position on the
commercial routes and worldwide supply chains). The selection of these
functions is essential to build a resilient city, e. g. with the climate change new
phenomenon occur such as flood, marine submersion, extreme frost the city
was not prepared for.

!52
Nevertheless, common functions will exist in every city and their organization
may proceed from off-the-shelf patterns.

Figure 3.0: The building blocks

3. Integrating the ecosystem:

In complex systems dynamics, the behavior of a system as a whole is an


emergence, that is to say that the property of the system can’t be attributed to
one function in particular but is the result of interactions between these
functions. The “good life” is the basic question of political philosophy since
Aristotle. It is an ethical issue that will result from political and strategic
debates among the stakeholders. Jane Jacobs (1995) has criticized the
utilitarian approach that prevailed in America in the city planning movement.
The ancestor of the urban planning movement, Ebenezer Howard, thought
of the smart city as an ideal city conceived from scratch as a mix of country

!53
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés

and city.

His insight was to conceive the city as an interaction between a city with jobs
and opportunity but with pollution, and the countryside with fresh air and
cheap land but with fewer opportunities, each one acting as magnets
attracting and repelling people. He
invented a third magnet, the Garden city,
which combined the most attractive
elements of both city and countryside
(Howard, 1902). Garden city was the
Songdo of its day (Townsend 2013) that
galvanized architects, engineers and
social planners in search of a rational
and comprehensive approach of
building city. Howard’s approach was
excoriated by Jane Jacobs in his Death
and Life of Great American Cities (1961)
for not giving room to real life: “He
conceived of good planning as a series of static acts; in each case the plan
must anticipate all the needed… He was uninterested in the aspects of the
city that could not be abstracted to serve his utopia”. In fact, the city garden
dream, not relying on a global systemic architecture, has degenerated in the
banal reality of suburban sprawl.

The same risk exists today with digital technologies, which could revive the
ideal city dream, under the impulse of the big players such as Cisco, IBM,
Siemens, GE who have interest in a top-down and deterministic approach
that reduce smart cities to the adoption of their “intelligent” technology. To
avoid this bias system architecture must be on the top of the agenda of
extended public administration. This activity may be summed up in four
points:

a) Soft and hard subsystems: Today’s prototypes of would be smart cities


are techno pushed and put emphasis on the possibilities of technology to
make the city smart but mainly forget the inhabitants. City dwellers have the
main role to play since it is their behavior and their use (and more and more
the production) of information and technology that make the day to day

!54
decisions that render the ecosystem smart or no. Figure 4.0 represent both
parts of the ecosystem the soft or human subsystem and the hard one, the
group of technical subsystems. Integration of these subsystems obeys
different laws: human subsystems are dissipative ones, difficult to model, not
obeying physical laws with important entropy. Reducing their uncertainty
relies on the sociology of uses, social consensus based on accepted formal
and informal institutions, and a close association of inhabitants to the design
of the system, which is a common feature of complex system design. Physical
subsystems are conservative ones that can be modeled through the laws of
physics with a possibility to reduce entropy, but keeping in mind that the
decider in last resort is the city dweller who will use it.

b. Outside/inside: The urban ecosystem is not reducible to the city itself,


with perhaps the exceptions of city-states as Singapore where the limits of
the city are given by nature. A city must be fed and have exchanges with a
close periphery which produces goods (services, agriculture, food…) in
interaction with the center. The design of a system relies on the definition of
the border of the system. According to the laws of complex system modeling
(Ashby law) the inner complexity of a system must be appropriate to the
complexity of its environment. So, the urban ecosystem will have to define
three perimeters: the first is the city itself inside which the synergies and
interactions are the stronger and have the most “eco” properties. The second
is the periphery: one may refer here to the model defined by Thünen at the
beginning of the XIX° century representing the city with a succession of
concentric rings going from the highest increasing return activities at the
center city to decreasing return activities at the periphery (Schwarz, 2010).
The first represents the exchanges between the ecosystem and the rest of the
country. This represents logistic costs that may have a negative impact on
pollution and carbon emission that may be reincorporated in the balance of
the city to measure it smartness. The third is the external environment with
witch the city exchanges, that is, in a age of a globalized world, the rest of the
world: the larger this perimeter, the more the system is subject to external
factors of instability and the less the ecosystem is coherent as a Thünen
zone25.

25We may give as an example the city of Quimper at the heart of the granitic massif of Brittany (France) who
choses to import its granite from China.

!55
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés

• Figure 4: The smart city as an emergence



c. Combining top down and bottom-up integration: Each industry has
today its model for the integration of its activities. Smart grids, water
suppliers, transport operators, IT providers … have model for systemic
integration of their subsystem and to evaluate its impact on the global
functioning of the city. On the other hand, we know that the urban
ecosystem being more than the sum of the subsystems we need another
approach that starts from the top, that is from the strategic goals of the city
deployed in functions as represented in figure 1.0. Where will be the meeting
point of these two approaches? Proceeding bottom-up will raise problems of
system interoperability, data syntax and semantics, while the top-down
approach is more relevant to define strategic issues but will have to integrate
all the existing businesses and functions. A possibility is that storing data in
common data warehouses and completing it with the exploitation of big data
will provide common references. In any case, the answer will proceed from
applied research projects in building cities.

!56
d. Defining new business models and competencies: Conceiving
ecosystems needs the enterprises to cooperate to share a common strategic
view so as to form a conception ecosystem based on the principle of
“coopetition” (cooperation and competition). Each enterprise must define its
performance indicators according to the performance of the whole and not
only to that of its parts. The same concern is for public management: with
the silo organization of public administration, no one is in charge of a global
view of the city. This calls for new business models of enterprises extended
not only to the partners of one enterprise but to the global value chain of the
ecosystem. The same applies to public administration in its very organization
to develop the competencies needed to deal with complex system design as
well as its strategic thinking. The French public administration still consider
its industrial strategy in terms of “filières” (channels) that are the vertical
integration of similar activities (such as aerospace, automotive…), as it was
relevant in the paradigm of mass production, while the locus of disruptive
innovation is in the overlaps of different industries.

The French government was baffled when GE announced his intention to


take over Alsthom. Would the French administration have understood the
strategic issues at stake with smart cities as ecosystem and not only with the
hard subsystems (water, sanitation, transportation…) where France has
traditionally strong positions, she would have valued differently the smart grid
activity of Alsthom and its interest for competitors who aim to preempt the
smart city market which value is estimated, for the sole so-called smart
infrastructures, at 100 billion USD for the coming decade (Townsend 2013)26.

Another strategic issue is the battle for norms: a smart city is not, at the
present time, defined with norms, metrics and metrology. Defining the norms
(in terms of ISO standards) will allow lock-in the conception of smart cities
by shaping all the tenders.

D. Smart government, the keystone of smart cities

Far as back as 1613, the Napolitano Antonio Serra, in a memoir presented at the
vice-king of Naples, analyzed the city as the place where activities with the biggest

26 The total market of smart cities is estimated as much as $350 trillion needed to build, maintain, and operate the world's cities

over the next forty years (WWF report “Reinventing the Cities”, 2012)

!57
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés

increasing returns take place, with a strong correlation between economics and
politics (Reinert S., 2011). The frescoes of the Siena town hall by Ambroggio
Lorenzetti depict “the good government” as a dynamic equilibrium between intense
economic activities and an active political life that gives the people of citizens the
power to rule the city according to the principles of the common good.
Contemporary evolutionary economics correlates the evolution of institutions with
that of economic activity (Reinert E. 2012).

The growing complexity of cities and the predominance of top-down urban


planning have made us forgetful of these lessons from the past. In their analysis of
present smart cities initiative, Neirotti & a. (2013) notice that there is no practice
that encompasses all the domains, hard and soft, of the cities. On the contrary, the
most covered domains are hard ones: transportation and mobility, natural resources
and energy. Government is the domain in which the cities report the lowest number
of initiatives. More, there is an inverse correlation between investment in hard and
soft domains, and smart government is still the poor relative in smart cities
initiatives and cities that have invested in hard domains are not necessarily more
livable cities. In fact, two models emerge form Neirotti & a. survey: one focused on
technology (with a strong impetus of technology vendors) and one focused on soft
aspects, the hard model being dominant. The problem is there are no vendors for
soft domains apart the citizens themselves whereas systemic integration relies on
soft domains, mainly taking in account the context and valuing social capital.

Smart cities conceived as ecosystems should provide policy makers with some
practical guidelines to integrate soft and hard domains. Three areas for smart
government appear:

Economic development: In the past, smart cities have been built without central
planning (except in the case of Roman cities which reflected the imperial objective
of the Roman Empire) but with a clear, although not explicitly formulated, founding
purpose: defense, commerce, religion, power, geography… The pattern of the city
emerged out of the interactions of key stakeholders: The lord, the barons, the
merchants, the shopkeepers, the craftsmen, the bankers and the people. The design
of ancient cities made them intelligent since they were ecosystem that sustained and
reinvented themselves along time… till the point their capacity to self-reinvent came
to an end when the core of their strategic activity reached a tipping point (e.g Italian

!58
cities after the Renaissance, Russian monocities from the USSR era, Detroit today).
The design of these cities obeyed to the real interactions underlying economic life
(roads, markets, fairs, harbors, work, industry…) and civic activities (agora, city hall,
structure of power). Their global ecosystem may be referred to as the ideal type
conceptualized by J.H Thünen at the beginning of the XIX° century, that is to say a
center where the core of the city is with the strongest interactions and the returns
are the highest, surrounded by concentric zones going of decreasing returns
activities (Schwarz, 2010).

The task of government is to search for the activities that produce the highest
increasing returns, no thanks to high technology but to synergies between activities
(Reinert, 2012), that will constitute the center of the Thünen zones. The Russian
monocities built on a unique industry (coal, oil, cars, aerospace….) linger as long as
this industry has a leading role but have very poor capabilities to reinvent itself due
to the lack of synergies between different economic activities.

A vibrant political life: With cities emerged political philosophy. The most
perspicacious analyst of what makes a city great was undoubtedly Machiavelli who
put emphasis on the necessity of the common good : “it is the common good and not
private gain that makes cities great » he wrote in his Discourse on Livy. Machiavelli
conceived the common good in the Thomas Aquinas’ tradition as a whole superior
to the sum of its parts. Its systemic equilibrium is permanently challenged by the
corruptive forces of fortuna that must be offset by the virtù of the Prince and the
dynamism of the vivere politico (Rochet, 2010). Emphasis has been put on the
topicality of Machiavelli to understand the systemic character of public management
(Rochet, 2009). The vitality of the system is sustained with permanent interactions
within thanks to a vibrant political life that provide a space for controversies.
Machiavelli praised the Roman republic for his institution of the tribunate that
managed the confrontation between the many of the citizens and the few of the
ruling class that allowed the Republic to upgrade his institutions according the
principles of the common weal advocated by Cicero. The conservative French
politician and historian François Guizot attributed the success of the European
civilization to the permanence of the classes struggle as a means to build political
compromises as a guarantee of sustainability, under the conditions that no class
wins. In contemporary complex societies, Elinor and Vincent Oström have

!59
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés

developed the concept of polycentric governance that is organizing governance on


one hand on a vertical axis from upper to lower levels of complexities, and on the
other hand on an horizontal axis which consists of overlappings between
organizations (Östrom, 2010). Elinor and Vincent Ostrom have criticized the excess
of rationality that defines strict boundaries within missions and attributions of
public organizations, since the reality doesn’t know these boundaries and the
adaptive character of public systems may be found in their overlaps.

Supporting open innovation: In the contemporary smart cities, information


technologies give more power than before to citizens to use and produce
information, and also applications. The experience of cities opening their database
to the public to trigger the development of apps has proved the payoff of bottom-
up approaches: in Washington DC, a contest “apps for democracy” challenged the
local developers to create software exploiting public resources. For a cost of 50 000
US$ the pay-off was blazingly fast with forty seven apps developed in thirty days,
representing an estimated 2 million worth of services, about 4000% return on the
city investment (Townsend 2013).

But one should not conclude that bottom-up approaches are the killing solution:
theses apps are V 1.0 developed by techies on the basis of a fascination for
technologies while the city needs V 7.0 tested and reliable and based on the real
needs and problem solving of citizens as end-users not familiar with technology. We
rediscover here one of the law of innovation emphasized by Von Hippel (1986): the
key role of lead users in the innovation process which is furthermore not a specific
aspect of innovation in the digital era but a permanent, although forgotten, feature
of the innovation process in the industrial era as reminds us François Caron, a
leading academic in history of innovation (Caron, 2012).

In the same manner national innovation systems exist (Freeman, 1995) and provide
a framework that gives incentives to cooperation between industry, research and
investors to steer their activities toward risk taking innovations, extended public
administration could structure an urban innovation system that would structure the
innovation process in a way that would guarantee that innovation, research and
development of so-called smart apps are focused on the real needs of the city
dwellers.

Conclusion: Extended administration as art of systemic integration


!60
In the absence of a definition of how intelligent may be cities to be sustainable,
today’s initiatives are techno-pushed since tangible goods of the hard domains of
smart cities drive the market. Digital economy seems to be the keystone of smart
cities, but we have shown that the keystone in last resort is the end-users of
technologies: the citizens. This requires a combination between soft and hard
domains that can be achieved through complex systems architecture (Godfrey,
2012), a new discipline, methodology and competency in public management that
we coin as urban lifecycle management©.

Although according to system theory self-regulating systems exist – but once their
genetic codes have been written - as they exist in nature and in small-scale human
system such as those studied by Elinor Östrom for the management of the
commons (Östrom, 1991), large complex systems such as smart cities need to be
framed by a central architect before reaching its resilient and sustainable stage. The
newborn concept of extended administration finds here its application in its
intention to encompass and to design the global value chain of public
administration and its interaction with – and between - all the stakeholders. This
implies a sea change in the competencies and business model of public
administration. This new field would be carried out through research in action
projects building cities as ecosystem tending toward resilience where humans are
first to decide for the ends.

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