Lesvillesintelligentes - RAPPORT - Claude Rochet
Lesvillesintelligentes - RAPPORT - Claude Rochet
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1 author:
Claude Rochet
Aix-Marseille Université
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Le programme MUST :
Claude Rochet
Septembre 2014
!2
Suite aux travaux entrepris au sein du Service de Coordination à l’Intelligence
économique du Ministre de l’Economie et des Finances sur la modélisation
numérique des écosystèmes urbains durables, le directeur général de ESCP Europe
m’a confié la mission de réaliser une étude définissant un cadre de formation
commun à l’ESCP, l’Université de Tongji (Shanghai) et l’INSPER (Sao Paulo) à
l’intention des hauts responsables des politiques urbaines de chaque pays : le
programme MUST (Management of Urban Smart Territories)
Cette étude fait la synthèse de l’état de l’art sur la question des villes intelligentes –
ou smart cities – définit un cadre de référence et une amorce de méthodologie de
modélisation des villes comme écosystème complexe.
Les résultats préliminaires ont été présentés dans plusieurs forums scientifiques et
professionnels qui m’ont adressé de nombreuses critiques me permettant
d’améliorer ce document.
Elle n’aurait pas été possible sans l’appui du pôle de compétitivité Advancity et du
soutien réitéré de ses responsables.
Claude Rochet
!3
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés
!4
Table des matières
!6
Les villes intelligentes, enjeux et
stratégies pour de nouveaux
marchés1
Une approche par la modélisation systémique
• Enjeux géopolitiques
• Enjeux d’innovation
Compte tenu de ces enjeux, cette note propose des pistes d’action pour
une stratégie française.
1 Pour faciliter la lecture, les références ne sont pas mentionnées au fil du texte mais sont regroupées à la fin de
cette note.
!7
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés
!8
1. Les enjeux démographiques et économiques : vers un
changement de modèle économique
L’année 2008 a vu la population urbaine passer au-delà des 80% de la population
totale, y compris dans les pays émergents et en développement, en Amérique latine
et en Asie.
Ces coûts directs pèsent sur la croissance s’ils sont destinés à maintenir la ville à
modèle constant, alors qu'ils peuvent être des opportunités d’innovation. Les
considérer comme des coûts de gestion va entraîner le report des investissements
nécessaires, alors que, a minima si l’on intègre dans le calcul des coûts leur impact
sur les externalités, l’opération est largement bénéficiaire.
!10
!
L’investissement requis est de 84 milliards $ qui se traduiraient par une réduction des
coûts pour les entreprises, la protection de 700 000 emplois, 541 milliards en revenu
des ménages, 460 en PIB et 6 en export.
Dans tous les cas de figure le retour sur investissement en impact sur le PIB, les
exportations, les emplois et le budget des ménages est appréciable.
Mais c’est du côté des pays émergents que les enjeux de la transition vers la ville
intelligente sont les plus prégnants :
!11
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés
!12
!
Figure 1: l'architecture spaghetti des infrastructures de New York City.
!13
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés
La nature de cette croissance va changer de manière assez radicale : alors qu’en 2007,
23 mégacités (plus de 10 millions d’habitants) produisaient 14% du PIB mondial, on
trouvera en tête du classement des 600 230 villes de taille intermédiaire (entre 150
000 et 10 millions d’habitants), toutes dans des pays émergents. Contrairement à la
perception commune, ce ne sont pas les mégacités qui vont porter la croissance
urbaine à l’horizon 2025 : 423 des 600 villes, toutes dans des pays émergents, seront
des villes intermédiaires qui porteront 45% de la croissance.
Il ne faut toutefois pas en conclure qu’il ne faille se concentrer que sur ces villes de
tête : les villes secondaires (100 000 habitants et moins) contribuent à créer des
systèmes de villes autour des grandes villes, qui remplissent des fonctions
complémentaires spécialisées dont la performance est liée à la connexion au système
urbain. C’est un point important dans la stratégie latino-américaine, ces villes ne
recevant pas le volume d’investissement nécessaire en capital et en connaissance.
!14
!
!2 Formulée dans le mémo de Lawrence Summers, secrétaire d’Etat au Trésor de l’Administration Clinton, selon
lequel il est plus rationnel de délocaliser les activités polluantes vers les pays non industrialisés. « Les pays sous-
peuplés d’Afrique sont largement sous-pollués ; la qualité de l’air y est probablement d’un niveau inutilement élevé
par rapport à Los Angeles ou Mexico […] Il faut encourager une migration plus importante des industries
polluantes vers les pays les moins avancés […] et se préoccuper davantage d’un facteur aggravant les risques d’un
cancer de la prostate dans un pays où les gens vivent assez vieux pour avoir cette maladie, que dans un autre pays
où deux cents enfants sur mille meurent avant d’avoir l’âge de cinq ans. […] Le calcul du coût d’une pollution
dangereuse pour la santé dépend des profits absorbés par l’accroissement de la morbidité et de la mortalité. De ce
point de vue, une certaine dose de pollution devrait exister dans les pays où ce coût est le plus faible, autrement dit
où les salaires sont les plus bas. Je pense que la logique économique qui veut que des masses de déchets toxiques
soient déversées là où les salaires sont les plus faibles est imparable. »
!15
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés
urbain dans les pays émergents chez les entreprises des pays développés et ne
permet pas de répondre aux problèmes des atteintes à l’environnement au
niveau planétaire. Il souligne la nécessité d’avoir une comptabilité
environnementale qui réintègre dans le bilan des villes des pays développés les
coûts des atteintes à l’environnement importées par les produits fabriqués dans
des pays non industrialisés.
!3 Economic backwardness in historical perspective (1962) : Gerschenkron montre que le développement ne suit pas une
trajectoire linéaire, contrairement au modèle par étapes de W.W. Rostow, mais peuvent faire du retard un avantage
sous les conditions suivantes : une stratégie institutionnelle de l’Etat qui draine le capital physique et humain, la
priorité au capital productif sur les biens de consommation et sur l’économie de main-d’œuvre, l’emprunt des
technologies des pays avancés, priorité aux gains de productivité et aux activités à rendements croissants par
rapport aux activités à rendement décroissant.
!16
vers une urbanisation non intelligente, soit elle adopte une stratégie innovante qui lie
croissance des villes et développement économique, politique et social4.
Les stratégies des pays industrialisés sont centrées sur les marchés sectoriels
correspondant à leurs offres technologiques. Ainsi le document anglais5, bien qu’il ‑
souligne la nécessité de développer – sans autre précision – des offres globales, est
structuré autour des cinq secteurs verticaux de l’offre britannique : eau, transport,
déchets, énergie, habitat. La stratégie française développée par l’ancien ministère du
commerce extérieur, bien qu’elle s’afficha comme voulant développer une offre
4Intervention du professeur Wu Zhiqiang, vice-président de l’Université Tongji, au séminaire sur les smart cities,
Shanghai, oct. 2014
5! The Smart City Market : Opportunities for UK. Dpt for Business Innovation and Skills, 2013
!17
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés
globale autour du « bien vivre en ville », est restée additive des offres des firmes
françaises. Le rapport du Commissariat Général au Développement Durable va
même à rebours de ces nouvelles approches en tentant d’organiser l’offre française
par secteurs d’activités, avant de constater la non-pertinence d’une telle démarche
puisque « la ville intelligente conduit les industriels à adopter une approche
décloisonnée »6. ‑
6 « La ville intelligente : état des lieux et perspectives en France », Etudes et Documents n° 73, 2012,CGDD
7China Human Development Report : 2013, Sustainable and Liveable Cities : Toward Ecological Urbanisation,
UNDP and Institute for Environmental Studies, Chinese Academy of Social Sciences.
!18
et une conception erronée que les très grandes villes sont toujours les
meilleures. Le rôle est ainsi mis sur le nécessaire leadership pour intégrer
les contributions des parties prenantes autour d’une vision stratégique
partagée de la ville.
!19
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés
Les pays émergents ont une stratégie basée sur l’intégration des technologies
existantes qu’ils peuvent se procurer dans les pays industrialisés, tandis que
ceux-ci ont des stratégies basées sur l’exportation. D’un côté des stratégies
intégratives à moyen terme de pays émergents qui dominent la demande, de l’autre
des stratégies addititives à court terme des pays industrialisés qui dominent l’offre.
Un cadre de référence commun basé sur le développement de la modélisation
systémique permettrait de rééquilibrer cette inversion probable de leadership au
profit des émergents.
!20
3. Les enjeux d’innovation : à la recherche de
l’intelligence de la ville
La vision holistique portée par les émergents souligne l’enjeu d’innovation porté par
les programmes de ville intelligente. La première question est de définir ce qui est
« intelligent », la seconde de coordonner les champs d’innovation concernés.
Le terme de « smart city » est généralement accolé à tout phénomène urbain basé sur
un effet cybernétique où une action est corrigée par l’information en retour de l’effet
sur la cause, générant un effet cumulatif d’apprentissage. Avec la convergence
numérique, il y a amplification de ces phénomènes, qui permettent de nouvelles
applications.
La base d’une « smart city » est donc son infrastructure numérique, qui s’enrichit
avec le déploiement des nouveaux modes d’interconnexion comme l’internet des
objets et la communication de machine à machine qui dispense de l’intervention
humaine. De fait, les approches « techno-pushed » - ou techno-centrées - sont
dominantes aujourd’hui dans les programmes de recherche.
Les villes ne sont toutefois pas que des artefacts matériels, ce sont avant tout
des systèmes sociaux complexes. Les besoins d’interactions humaines sont
grandement facilités par les technologies numériques, mais celles-ci ne sauraient
définir les finalités de la vie dans une ville. D’où une autre approche de l’innovation,
celle des living labs, des écosystèmes vivants impliquant toutes les parties prenantes
d’une ville et toutes les disciplines scientifiques concernées, qu’elles soient
« molles » (les sciences sociales ) ou « dures ». Le living lab doit représenter toute la
!8 On trouvera dans la bibliographie de nombreux exemples qui ne sont pas cités dans cette note pour ne pas en
alourdir la lecture.
!21
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés
trois importants fossés à combler : la capacité, tant des firmes que des citoyens, à
développer des solutions basées sur les technologies web ; un écart de créativité très
important entre les cœur des technologies web et leur capacité à produire des
applications utiles ; et un écart d’entrepreneuriat entre ces applications et leur
traduction en services innovants.
Un système adaptatif ne peut être défini en détail ex-ante selon les principes de
l’ingénierie détaillée. Le concepteur ne peut identifier de manière descendante tous
les problèmes qu’une ville va rencontrer et dessiner la ville idéale, comme tentèrent
de le faire au début du XX° siècle en Angleterre et aux Etats-Unis Ebenezer
Howard avec le mouvement des « Garden cities » ou Le Corbusier en France.
• l’énergie dissipée en transports (de biens et de personnes) croit plus vite que
la population, mais aussi les opportunités économiques et le potentiel
d’innovation ;
9 Fireball White paper : Smart Cities as Innovation Ecosystems Sustained by the Future of Internet.
!22
• tandis que le rapport entre l’efficacité sociale de la ville et les pertes d’énergie
dues au transport est constant quelle que soit la taille de la ville.
En ne jouant que sur les paramètres physiques on va donc rapidement tomber dans
des impasses (perdre d’un côté ce que l’on gagne de l’autre). En appréhendant la
ville comme un écosystème complexe vivant de relations sociales, on va considérer
l’intelligence de la ville à partir des interactions que peuvent maintenir entre eux les
habitants : la conception de la ville devient un problème de modélisation des
systèmes complexes, plus précisément de systèmes de systèmes10. ‑
b) Le territoire intelligent
Dans le bilan que font les Chinois de leur politique passée de développement urbain,
une critique récurrente est d’avoir négligé l’héritage culturel et sociologique de la
Chine pour singer le mode de développement occidental qui a produit des villes
inhumaines et polluantes. Tant les enseignements de l’urbanisation dysfonctionnelle
des XIX° et XX° siècles que des projets pilotes en cours, montrent que la ville ne
peut être conçue en apesanteur territoriale et a besoin d’être enracinée dans un
territoire porteur d’une histoire et d’un capital social :
10
! Selon la définition donnée par l’AFIS (Association Française d’Ingénierie Système) : « Un système de systèmes
résulte du fonctionnement collaboratif de systèmes constituants qui peuvent fonctionner de façon autonome pour
remplir leur propre mission opérationnelle.. On recherche par cette collaboration l’émergence de nouveaux
comportements exploités pour améliorer les capacités de chaque système constituant ou en offrir de nouvelles,
tout en garantissant l’indépendance opérationnelle et managériale des systèmes constituants. ». Ces systèmes
peuvent avoir des lois de comportements très hétérogènes, à commencer par les systèmes conservatifs qui
obéissent aux lois de la physique (comme les smart grids) et les systèmes humains dont le fonctionnement ne peut
être modélisé par des lois physiques.
!11 Notamment au GREMI (Groupe de Recherche sur les Milieux Innovateurs) créé par Philippe Aydalot à
l’Université de Neuchâtel.
!23
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés
!24
- Plus une industrie est enracinée dans son territoire, plus elle développe des
avantages concurrentiels spécifiques qui rendront, par exemple, les
délocalisations basées sur le coût du travail sans intérêt. Une offre
industrielle, pour produire une ville intelligente, ne peut se contenter
d’additionner des technologies mais doit rechercher les synergies par le
principe de coopétition12.
!12 Coopétition : obligation pour les entreprises d’être à la fois en compétition et en collaboration pour définir des
offres globales.
13Présentation du professeur Quangbin Wang, Doyen de la School of Economics and Management, Tongji
University, au Séminaire international sur les smart cities, Shanghai, oct. 2014.
!25
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés
La condition pour qu’un ville soit intelligente est qu’elle soit traitée comme un
système de systèmes, soit un ensemble de systèmes hétérogènes qui ont leur
dynamique systémique autonome mais qui sont en interaction dynamique pour créer
un méta système. L’échange d’information au sein d’un système de systèmes est
donc un point critique qui suppose une base d’information commune et une
interopérabilité des données reposant sur une sémantique et une syntaxe commune.
Un écosystème diffère donc d’un système en ce qu’il est capable, par la seule
interaction de ses éléments internes, de reproduire les règles de fonctionnement,
voire de produire de nouvelles règles de fonctionnement, en tout (comme dans le
cas des systèmes autopoïétiques) ou partie.
14 Dialogues transatlantiques de Lugano, juin 2014, Congrès de l’Institut International des Sciences
Administratives, Ifrane (Maroc) juin 2014, Living in a living city, Paris, et le Curso de Sostenibilidad de Ciudades: Modelos
para una mejor Gestión y Planificación, Banco Interamericano de Desarollo, Santander, juillet 2014, Smart cities
international seminar, Tongji university, Shanghai, Oct. 2014. Il a été accepté pour publication par le Complex Science
and Design Management, Springer Verlag, Nov. 2014.
!26
Par « écosystème urbain », nous entendons, par analogie avec le concept
d’écosystème naturel, un écosystème construit par l’homme intégrant l’ensemble des
éléments constitutifs d’une ville qui interagissent de manière naturelle, entre eux et
avec leur environnement, dans un état global d’équilibre qui permet la durabilité de
la ville dans ses échanges avec son environnement : prélèvement de ressources,
création de richesse et de bien-être, rejet et recyclage de déchet. L’écosystème ne
peut être durable au sens où il n’y aurait pas d’entropie. Il ne peut l’être que s’il a des
activités qui génèrent de l’entropie négative (ou néguentropie). Cette relation
entropie – néguentropie peut être définie par l’architecture système.
Par application de la loi de variété requise (ou loi de Ashby), plus est grande la
quantité de paramètres et de variables, plus on peut dessiner des écosystèmes
complexes, mais plus leur fonctionnement sera difficile à maîtriser. Par exemple,
plus grandes sont les sources d’énergie, plus on peut définir un « mix énergétique »
pour alimenter la ville, plus grande est la diversité d’architecture des écosystèmes.
!27
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés
systèmes. Il faut également définir les rôles et prérogatives des acteurs locaux qu’on
peut penser être détenteurs d’une forme de pensée collective et d’une énergie
créatrice difficile voire impossible à modéliser, mais qui doit être prise en compte par
les systèmes de rang supérieur.
Le principe de la modélisation suppose que l’on puisse définir, au sein d’un cadre
de référence englobant les visions multiples de la réalité urbaine, des paramètres
valables pour toutes les villes où qu’elles soient, puisque toutes les villes ont à gérer
des fonctions transport, énergie, habitat, etc. et à les intégrer. C’est la valeur de ces
paramètres (les variables) qui va changer selon les contextes, paramètres qui ne
seront pas les mêmes partout (le paramètre « gestion des typhons » ne sera pris en
compte que dans les zones vulnérables connues) et ne peuvent être dénombrés de
manière définitive (le risque technologique peut faire apparaître de nouveaux
paramètres)15.
15 La notion de modélisation est mal interprétée dans la logique positiviste occidentale, française
particulièrement, en ce qu’elle entend par “modèle” un idéal-type de ville qui serait à reproduire à l’identique en
tout temps et en tout lieu, à l’image des cités-jardins du début du XX° siècle. Au contraire, nous entendons ici par
modélisation celle de la science des systèmes, à savoir une représentation abstraite d’une réalité reposant sur des
règles communes. Ici le processus de modélisation compte autant sinon plus que le modèle final comme
représentation, qui va permettre d’évaluer la pertinence de ce processus. La modélisation est un processus itératif
de résolution de problème entre des hypothèses et leur traduction dans une réalité future et encore abstraite.
!28
De plus, les interactions entre ces différentes fonctions du système sont génératrices
d’émergences incontrôlées, qui ne pourront l’être que par un travail de modélisation
évolutive et apprentissage renforçant la résilience.
Cela suppose que les parties prenantes aient les mêmes bases d’information et les
même règles de description des données (sémantique et syntaxe) pour entrer
dans des processus d’intégration. Dans le domaine de la construction des villes, le
standard BIM (Building information modeling) est un langage de modélisation
permettant aux maîtres d’oeuvre et maitres d’ouvrage d’intégrer leurs projets dans
une représentation en 6D (3D plus temps, coût et maintenance dans la durée). BIM
s’est développé à partir de 1987, date de la première version d’un logiciel de
virtualisation ArchiCAD par la société Graphisoft. Il permet de gérer l’ensemble du
cycle de vie du bâtiment, de la conception à la démolition, facilitant ainsi le recyclage
(empreinte écologique des matériaux, réutilisation, etc.) et s’intègre parfaitement
dans la logique du PLM (Product Lifecycle Management).
Limité initialement aux bâtiments eux-mêmes, ce langage s’étend aux impacts sur
l’environnement (Green BIM). Des variables physiques centrales, les outils de
modélisation s’étendent donc progressivement à l’environnement des projets pour
visualiser l’impact final des hypothèses.
Le standard BIM est un bien public développé par des groupements d’entreprises,
porté par des institutions académiques où l’Université de Stanford est en pointe.
Formant de nombreux diplômés chinois, elle bénéficie de ce fait d’un accès privilégié
aux marchés chinois et asiatiques. L’adoption du standard BIM est désormais
obligatoire à Singapour et va le devenir dans plusieurs pays d’Asie.
!29
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés
Chacune de ces fonctions peut être considérée comme un paramètre à affecter d’une
variable de pilotage qui varie selon les contextes entre des valeurs limites qui seront
données par les contraintes de l’environnement (par exemple la capacité maximale
d’alimentation ou de traitement des eaux) ou par le choix du concepteur qui décidera
!16 Un méta-modèle est « un ensemble d’outils utilisables pour développer une large gamme d’architectures » , soit
de règles et de méthodes de conception valable, dans des limites définies, pour tous les écosystèmes urbains
durables. Il ne faut pas le confondre avec un outil unique de modélisation qui encapsulerait tous les cas de figure,
ce qui est, en pratique, impossible.
!30
de limiter la taille de la ville à un nombre donné d’habitants. On choisira selon le
contexte de piloter en premier lieu le paramètre « énergie », le paramètre « eau », etc.
Comme tous les systèmes, l’écosystème tend vers l’homéostasie soit la reproduction
à l’identique tout en étant capable d’évolution le long d’une trajectoire
technologique. C’est à la fois un avantage puisque le territoire est constitutif de son
17
! La capacité d’absorption est un concept fondamental en intelligence économique : c’est la capacité à reconnaître
la valeur d’une information, idée nouvelle ou avancée scientifique pour la transformer en opportunité économique.
Les firmes nord-américaines qui ont délocalisé leur R&D dans les pays émergents pilotent cet indicateur pour
mesure si elles sont toujours en possibilité de transformer plus rapidement les avancées réalisées à l’étranger.
!18 La dépendance de sentier résulte d’une chaîne de causalités cumulatives, chaque effet devenant plus dépendant
de la chaîne causale amont.
!31
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés
• d’une part, les systèmes de régulation des flux pouvant être modélisés
selon les lois de la physique – dits systèmes conservatifs - de type smart
grid pour l’électricité, mais dont le principe vaut aussi pour l’eau (smart
water), dont la performance dépend directement des systèmes
numériques à capter et traiter les données et à envoyer les instructions
appropriées.
L’enjeu va résider dans la capacité à concevoir des systèmes focalisés sur des
paramètres spécifiques : les énergies décarbonées dans les pays développés, les
systèmes de traitement, de distribution et de gestion de l’eau dans les pays en
développement, puis des écosystèmes urbains complets comme des villes propres
par exemple. La Chine a ainsi commandé au cabinet anglais ARUP, à partir du
premier essai réalisé pour la ville de Dongtan, une écocité basée sur l’intégration
entre ville et campagne à Wanzhuang, qui serait en fait un cluster d’activités rurales
traditionnelles et économiques de pointe. Ceci dans la perspective de concevoir un
développement intégré des activités rurales traditionnelles de la Chine et industrielles
dans le cadre d’une ville moyenne de 400 000 habitants.
!32
d) L’architecture comme cadre de représentation
L’architecture propose un cadre de pensée pour intégrer ces sous-systèmes de
manière à concevoir un système régulable19. Le design de l’architecture systémique
pose plusieurs problèmes.
• Le bien commun d’un système est une fonction émergente qui doit
être pilotée. Garett Hardin a illustré ce problème dans la Tragédie des biens
communs (1968) : si chaque berger optimise l’utilisation des communs
pour améliorer sa productivité, il fait décroitre la productivité du tout et
détruit le bien commun. Elinor Ostrom (1991) a montré, qu’à l’opposé,
les communautés étaient capables de faire émerger des institutions
pour éviter la tragédie des biens communs. La compréhension des
émergences est donc au cœur du travail du modélisateur.
!19 Un système régulable est un système dont on peut déterminer les paramètres de pilotage à partir de la
rétroaction des sorties sur les entrées. L’opposé d’un système régulable est un système chaotique, qui est un
système semi-déterministe dont on ne peut complètement comprendre les lois de comportement.
!33
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés
!
Figure 2: Schéma générique d'intégration système (source: Daniel Krob)
On voit que l’enjeu de l’intégration est un art délicat qui devra, d’une part, adopter le
bon niveau d’abstraction du modèle à piloter, identifier les interactions souhaitables
et non-souhaitables, et, d’autre part, rechercher le maximum d’interopérabilité des
fonctions et des organes. Il s’agit donc de définir un niveau de complexité pertinent
qui allie trois qualités : la capacité à remplir une mission, la pilotabilité et l’économie.
!34
L’architecture système permet de répondre à la contradiction entre l’idée de faire
une ville parfaite et celle, opposée, d’une absence totale de référentiel. Christopher
Alexander, anthropologue et architecte, a écrit un ouvrage qui reste un des plus lu
sur l’urbanisme A Pattern Language. Alexander a compilé une boite à outils de
configurations urbaines (les patterns) pouvant présenter les réponses apportées par le
passé aux problèmes de conception des villes. L’idée fondamentale d’Alexander est
que la très grande majorité des questions qui se posent aujourd’hui se sont posées
par le passé et on trouvé des réponses dont on peut s’inspirer. La travail de
l’architecte peut donc être facilité en utilisant cette banque de solutions, en évitant de
les réinventer et en faisant porter son effort sur l’intégration qui est le lieu de la
véritable innovation20. Par exemple, Alexander pour lutter contre les effets négatifs
de la séparation des lieux de travail et d’habitation, définit des règles génériques sur
le « travail réparti » (Figure 3).
!20 Les idées d’Alexander ont trouvé leur application dans le développement de l’architecture système appliquée
aux logiciels avec les architectures objet et les logiciels de gestion intégrés qui sont bâtis à partir de processus
représentant les meilleures pratiques démontrées. L’enseignement des pratiques de l’architecture des systèmes
d’information souligne que le travail créatif est dans l’intégration de ces outils – ou processus – au regard d’une
situation spécifique et non dans leur copie.
!35
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés
L’accès aux données ouvertes permet aux habitants d’imaginer un nouveau futur
pour leur ville et le développement des outils de simulation numérique leur donne
un réel pouvoir faisant de la stratégie urbaine un processus politique. Ce qui
change dans la planification urbaine par rapport au XIX° et au XX° siècle, ce que
nous avons une abondance de données de toute nature que nous n’avions pas, des
moyens de communication instantanés et des outils de modélisation du futur qui
vont aller en se développant.
!36
- Une intégration des disciplines scientifiques qui suppose une
convergence des institutions académiques et industrielles21 et le
développement d’une culture et d’un langage commun aux disciplines et
aux structures. Cela prend du temps et ne peut progresser que par des
pratiques en commun de résolution de problème. Le système français est
ici handicapé par la rivalité entre disciplines et la compétition pour les
financements, propre au système académique, tandis que le développement
des pôles de compétitivité peut apporter un espace pour que se créé cette
convergence autour de projets de recherche appliquée. Là encore les
émergents sont plus dynamiques: lors des séminaires internationaux
organisés par l’université Tongji de Shanghai22 (qui est une université
d’ingénierie) une large place a été faite aux sciences sociales et cette
université compte un département de management public qui est en pointe
sur les projets pilotes de smart cities.
!21 La nécessité d’une telle convergence est soulignée par le rapport des National Academies, 2014, « Convergence,
facilitating Transdisciplinary integration of lifre sciences, physical sciences, engineering and beyond »
22The International Symposium on Sustainable Development of Eco-Smart City, Tongji University, Shanghai,
Oct. 2014.
!37
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés
24 [Link]
!38
heurtent à l’absence d’intégration de ces fonctions chez les gestionnaires
publics.
C’est non seulement le modèle d’affaire des firmes qui doit évoluer, mais surtout
celui de la gestion publique pour qu’elle développe des compétences
d’architecte et d’intégrateur de la complexité.
C’est dans cette perspective qu’a été conçue l’offre de formation MUST
(Management of Urban Smart Territories) par ESCP Europe en partenariat avec
l’Université Tongji de Shanghai et l’INSPER de Sao Paolo. Ce projet a été
abandonné par ESCP Europe sur décision de sa tutelle consulaire. Il est repris par le
CESAMES (Centre d’Excellence sur l’Architecture, l’Economie et le Management
des Systèmes), association sans but lucratif issue de la Chaire d’ingénierie des
systèmes complexes de l’Ecole Polytechnique et de ParisTech.
!39
Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés
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Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés
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Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés
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Présentation de l’approche méthodologique Urban LifeCycle
Management (ULM)
Abstract: At date, there is no standardized definition of what a smart city is, in spite many apply to propose a definition that
fit with their offer, subsuming the whole of the city in one of its functions (smart grid, smart mobility…). Considering the smart
cities as an ecosystem, that is to say a city that has systemic autopoeitic properties that are more than the sum of its parts, we
develop an approach of modeling the smartness of the city. To understand how the city may behave as a sustainable ecosystem, we
need a framework to design the interactions of the city subsystems. First we define a smart city as an ecosystem that is more than
the sum of its parts, where sustainability is maintained through the interactions of urban functions. Second, we present a
methodology to sustain the development over time of this ecosystem: Urban Lifecycle Management. Third, we define the tasks to
be carried out by an integrator of the functions that constitute the smart city, we assume public administration has to play this role.
Fourth, we present what should be a smart government for the smart city and the new capabilities to be developed.
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Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés
At date, there is no standardized definition of what a smart city is, in spite many
apply to propose a definition that fit with their offer, subsuming the whole of the
city in one of its functions (smart grid, smart mobility…). First we define a smart
city as an ecosystem that is more than the sum of its parts, where sustainability is
maintained through the interactions of urban functions. Second, we present a
methodology to sustain the development over time of this ecosystem: Urban
Lifecycle Management. Third, we define the tasks to be carried out by an integrator
of the functions that constitute the smart city, we assume public administration has
to play this role. Fourth, we present what should be a smart government for the
smart city and the new capabilities to be developed.
This paper is based on case studies carried out within the cluster Advancity (France)
for the urban ecosystem issue, and other case studies on the intention to design new
business models based on the concept of extended enterprise and extended
administration. It relies on the state of the art in complex system architecture as
developed in information system and system engineering in complex products such
as aircrafts, to envisage how these competencies may be adapted to public services
in their collaborative work with private firms.
In the literature, the smart city is recently defined as an ecosystem, that is to say a
system where the whole is more than the sum of the parts and has autopoeitic
properties (Neirotti et a., 2013).
!46
· Defining a perimeter that comprehends all the components that have a
critical impact on city life: the city needs to be fed, imports products that may
have been manufactured on a basis that does not fit with sustainable
development requirements (pollution, children work or underpaid workers,
carbon emissions…). These costs and environmental impact must be charged
to the city balance.
If the city is an ecosystem, according to the laws of general system theory (Ashby,
1962) it may be represented as shown in figure 1:
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Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés
C) These functions are operated using tools and artifacts of which end-users
are people, specialized workers and ordinary citizens. The critical point is that
people must not fit the tools but, on the contrary, tools and artifacts will fit to
people only if the right societal and institutional conditions are met.
- The first question is WHY the city: what is the raison d’être and what are the
goals of the city regarding WHO are the stakeholders and which activities will
support it? Beginning with this question may avoid the drift towards a techno
pushed approach relying on technological determinism, one may find in
Songdo or Masdar.
- The question why is then deployed in questions WHAT: What are the
function the smart city must perform to reach these goals? These functions
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are designed in processes grouped in subsystems aligned with the goal of the
main system.
- The third set of questions concern HOW these functions will be processed
by technical organs operated by the people who are the city executives and
employees, and the city dwellers as end users.
The issue is not to define an ideal type of smart city since all the “fitting conditions”
that make the city smart will be different according to the context, but to define
modeling rules to conceive and sustain the ecosystem.
Since the advent of the “death of distance” with the revolution of transportation by
the middle of the XIX° century, the appearance of networks of infrastructure
technologies and the spread of the telegraph that transformed the government of
the city, critical obstacles to the growth of cities were removed. Today digital
technologies amplify this move, providing new tools such as smart phones that
became a digital Swiss knife that allows inhabitants to be active actors in the city life,
communicating and coordinating with each other, using and feeding databases.
Doing this, digital technologies may produce the best and the worst. The point is
each city contains the DNA of its own destruction. Smart cities digital infrastructure
amplifies the possibilities of manifestation of discontent, worsening the gap
between have and have-nots. Smart cities incur the risk to become the digital
analogue of the Panopticon Jeremy Bentham’s prison design (Townsend, 2013).
We assume that the rules of complex system modeling and system architecture may
apply to the city as well as they apply to products through PLM (Product Lifecycle
Management) in that case according to a framework we call Urban Lifecycle
Management© (ULM). The difference is a city never dies and must permanently
renew its economic and social fabric as well as its infrastructure. An unsmart city
will continuously expand according to the laws identified by G. West and L.
Bettencourt (2007) that reveal an increasing return in infrastructure investment that
allow the city to sprawl indefinitely. The complexity will grow out of control,
resulting in a city being the sum of heterogeneous boroughs with strong social and
economic heterogeneity and spatial dystrophy.
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Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés
We define ULM first and foremost as a tool to design an ecosystem which will be
coherent with the political, social and economic goal people assign to the city
according to the principle of sustainable development: stability, waste recycling, low
energy consumption, and controlled scalability, but in a way that allows to foresee its
evolution and to monitor the transition in different ages of the city.
- A city can’t be thought out of its historical and cultural context that is
represented by the territory of which the city is the expression. The smart city
embarks a strategic vision that is based on a strategic analysis of the context
and material and immaterial assets of the territory (GREMI, 1986). The
smartness of a city profoundly relies on what has been coined as “social
intelligence” by prof. Stevan Dedijer in the years 1970s as the capability to
build consensus where each social actor relies on others to create new
knowledge. Intelligence doesn’t operate in a vacuum but is socially and
culturally rooted (1984).
- To be livable, the city may not be a prototype city: the system architect must
focus on the task of integration that needs to be reliable to proceed from off-
!50
the-shelf components that already have an industrial life and may be
considered stable and reliable, in the same way the classical architect does not
invent the brick in the same time as he designs the house. This will imply
coordination between innovation cycles as we will see further.
- Alongside the lifecycle, exogenous innovation will occur that will need to be
endogenized by the model. For example, Songdo in his initial design relied on
RFID devices to track city dwellers. Today, smart phones have become the
Swiss knife of the city dwellers, rendering the use of RFID devices obsolete.
Innovation is ubiquitous in all subsystems of the city. Innovation in smart
cars interacts with the architecture of transportation (hard subsystem) as well
as in human behavior (soft subsystem). Coordination will be needed through
common frameworks such as projects management office extended to the
global smart city’s complexity.
- Innovation challenges the equilibrium of the smart city. Not all innovations
are compulsorily good for the city: Civic and political life have to evaluate the
consequences of an innovation and to frame it so that it fits with the
common good and the sustainability of the city.
- All along its lifecycle, the city may lose its smartness with two undesirable
consequences: the city may continue to sprawl on a non-sustainable basis
leading to today clogged cities. In case of a disruption in its core activity, the
city may collapsed as it happened in the past when things become too
complex to be monitored, as studied for past civilizations by archeologist
Joseph Tainter (1990). Reducing the size of the city is then the only solution
to reduce the complexity. A similar thing appears today in Detroit, a city that
has lost its goals and population, leading to the decision of reducing the size
of the city as the only means of avoiding bankruptcy. A similar pattern exists
with the Russian monocities.
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Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés
No two cities are alike however smart they are, but the principles of system
architecture ULM are based on the assumption that common rules of modeling may
be defined. One of the key rules is to understand the interactions between economic
development and human capital: economic development is critical to draw financial
resources for investment in new transportations, infrastructures and education.
Cities with a greater economic development appear more attractive to people who
wish to increase their standard of life and who are more fitted to increase the smart
cities human capital. The more a smart city has a high level of human capital, the
more she has end users able to develop, test and use new tools that improve the
quality of urban life (Neirotti & a. 2014). It is all the more true in the digital era were
the end-user is not only a consumer but also a prod-user – according to the
definition by sociologist Axel Burns – who is involved in a continuing process of
producing never finished artifacts. On the other hand, the city has to take care to
not create a digital divide.
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Nevertheless, common functions will exist in every city and their organization
may proceed from off-the-shelf patterns.
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Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés
and city.
His insight was to conceive the city as an interaction between a city with jobs
and opportunity but with pollution, and the countryside with fresh air and
cheap land but with fewer opportunities, each one acting as magnets
attracting and repelling people. He
invented a third magnet, the Garden city,
which combined the most attractive
elements of both city and countryside
(Howard, 1902). Garden city was the
Songdo of its day (Townsend 2013) that
galvanized architects, engineers and
social planners in search of a rational
and comprehensive approach of
building city. Howard’s approach was
excoriated by Jane Jacobs in his Death
and Life of Great American Cities (1961)
for not giving room to real life: “He
conceived of good planning as a series of static acts; in each case the plan
must anticipate all the needed… He was uninterested in the aspects of the
city that could not be abstracted to serve his utopia”. In fact, the city garden
dream, not relying on a global systemic architecture, has degenerated in the
banal reality of suburban sprawl.
The same risk exists today with digital technologies, which could revive the
ideal city dream, under the impulse of the big players such as Cisco, IBM,
Siemens, GE who have interest in a top-down and deterministic approach
that reduce smart cities to the adoption of their “intelligent” technology. To
avoid this bias system architecture must be on the top of the agenda of
extended public administration. This activity may be summed up in four
points:
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decisions that render the ecosystem smart or no. Figure 4.0 represent both
parts of the ecosystem the soft or human subsystem and the hard one, the
group of technical subsystems. Integration of these subsystems obeys
different laws: human subsystems are dissipative ones, difficult to model, not
obeying physical laws with important entropy. Reducing their uncertainty
relies on the sociology of uses, social consensus based on accepted formal
and informal institutions, and a close association of inhabitants to the design
of the system, which is a common feature of complex system design. Physical
subsystems are conservative ones that can be modeled through the laws of
physics with a possibility to reduce entropy, but keeping in mind that the
decider in last resort is the city dweller who will use it.
25We may give as an example the city of Quimper at the heart of the granitic massif of Brittany (France) who
choses to import its granite from China.
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Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés
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d. Defining new business models and competencies: Conceiving
ecosystems needs the enterprises to cooperate to share a common strategic
view so as to form a conception ecosystem based on the principle of
“coopetition” (cooperation and competition). Each enterprise must define its
performance indicators according to the performance of the whole and not
only to that of its parts. The same concern is for public management: with
the silo organization of public administration, no one is in charge of a global
view of the city. This calls for new business models of enterprises extended
not only to the partners of one enterprise but to the global value chain of the
ecosystem. The same applies to public administration in its very organization
to develop the competencies needed to deal with complex system design as
well as its strategic thinking. The French public administration still consider
its industrial strategy in terms of “filières” (channels) that are the vertical
integration of similar activities (such as aerospace, automotive…), as it was
relevant in the paradigm of mass production, while the locus of disruptive
innovation is in the overlaps of different industries.
Another strategic issue is the battle for norms: a smart city is not, at the
present time, defined with norms, metrics and metrology. Defining the norms
(in terms of ISO standards) will allow lock-in the conception of smart cities
by shaping all the tenders.
Far as back as 1613, the Napolitano Antonio Serra, in a memoir presented at the
vice-king of Naples, analyzed the city as the place where activities with the biggest
26 The total market of smart cities is estimated as much as $350 trillion needed to build, maintain, and operate the world's cities
over the next forty years (WWF report “Reinventing the Cities”, 2012)
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increasing returns take place, with a strong correlation between economics and
politics (Reinert S., 2011). The frescoes of the Siena town hall by Ambroggio
Lorenzetti depict “the good government” as a dynamic equilibrium between intense
economic activities and an active political life that gives the people of citizens the
power to rule the city according to the principles of the common good.
Contemporary evolutionary economics correlates the evolution of institutions with
that of economic activity (Reinert E. 2012).
Smart cities conceived as ecosystems should provide policy makers with some
practical guidelines to integrate soft and hard domains. Three areas for smart
government appear:
Economic development: In the past, smart cities have been built without central
planning (except in the case of Roman cities which reflected the imperial objective
of the Roman Empire) but with a clear, although not explicitly formulated, founding
purpose: defense, commerce, religion, power, geography… The pattern of the city
emerged out of the interactions of key stakeholders: The lord, the barons, the
merchants, the shopkeepers, the craftsmen, the bankers and the people. The design
of ancient cities made them intelligent since they were ecosystem that sustained and
reinvented themselves along time… till the point their capacity to self-reinvent came
to an end when the core of their strategic activity reached a tipping point (e.g Italian
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cities after the Renaissance, Russian monocities from the USSR era, Detroit today).
The design of these cities obeyed to the real interactions underlying economic life
(roads, markets, fairs, harbors, work, industry…) and civic activities (agora, city hall,
structure of power). Their global ecosystem may be referred to as the ideal type
conceptualized by J.H Thünen at the beginning of the XIX° century, that is to say a
center where the core of the city is with the strongest interactions and the returns
are the highest, surrounded by concentric zones going of decreasing returns
activities (Schwarz, 2010).
The task of government is to search for the activities that produce the highest
increasing returns, no thanks to high technology but to synergies between activities
(Reinert, 2012), that will constitute the center of the Thünen zones. The Russian
monocities built on a unique industry (coal, oil, cars, aerospace….) linger as long as
this industry has a leading role but have very poor capabilities to reinvent itself due
to the lack of synergies between different economic activities.
A vibrant political life: With cities emerged political philosophy. The most
perspicacious analyst of what makes a city great was undoubtedly Machiavelli who
put emphasis on the necessity of the common good : “it is the common good and not
private gain that makes cities great » he wrote in his Discourse on Livy. Machiavelli
conceived the common good in the Thomas Aquinas’ tradition as a whole superior
to the sum of its parts. Its systemic equilibrium is permanently challenged by the
corruptive forces of fortuna that must be offset by the virtù of the Prince and the
dynamism of the vivere politico (Rochet, 2010). Emphasis has been put on the
topicality of Machiavelli to understand the systemic character of public management
(Rochet, 2009). The vitality of the system is sustained with permanent interactions
within thanks to a vibrant political life that provide a space for controversies.
Machiavelli praised the Roman republic for his institution of the tribunate that
managed the confrontation between the many of the citizens and the few of the
ruling class that allowed the Republic to upgrade his institutions according the
principles of the common weal advocated by Cicero. The conservative French
politician and historian François Guizot attributed the success of the European
civilization to the permanence of the classes struggle as a means to build political
compromises as a guarantee of sustainability, under the conditions that no class
wins. In contemporary complex societies, Elinor and Vincent Oström have
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Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés
But one should not conclude that bottom-up approaches are the killing solution:
theses apps are V 1.0 developed by techies on the basis of a fascination for
technologies while the city needs V 7.0 tested and reliable and based on the real
needs and problem solving of citizens as end-users not familiar with technology. We
rediscover here one of the law of innovation emphasized by Von Hippel (1986): the
key role of lead users in the innovation process which is furthermore not a specific
aspect of innovation in the digital era but a permanent, although forgotten, feature
of the innovation process in the industrial era as reminds us François Caron, a
leading academic in history of innovation (Caron, 2012).
In the same manner national innovation systems exist (Freeman, 1995) and provide
a framework that gives incentives to cooperation between industry, research and
investors to steer their activities toward risk taking innovations, extended public
administration could structure an urban innovation system that would structure the
innovation process in a way that would guarantee that innovation, research and
development of so-called smart apps are focused on the real needs of the city
dwellers.
Although according to system theory self-regulating systems exist – but once their
genetic codes have been written - as they exist in nature and in small-scale human
system such as those studied by Elinor Östrom for the management of the
commons (Östrom, 1991), large complex systems such as smart cities need to be
framed by a central architect before reaching its resilient and sustainable stage. The
newborn concept of extended administration finds here its application in its
intention to encompass and to design the global value chain of public
administration and its interaction with – and between - all the stakeholders. This
implies a sea change in the competencies and business model of public
administration. This new field would be carried out through research in action
projects building cities as ecosystem tending toward resilience where humans are
first to decide for the ends.
References:
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Les villes intelligentes, enjeux et stratégies pour de nouveaux marchés