Retrouver ce titre sur Numilog.
com
Retrouver ce titre sur [Link]
Lumière volée
Retrouver ce titre sur [Link]
Retrouver ce titre sur [Link]
Sylvain Corthay
Lumière volée
Collection
« Chemins profonds »
EDITIONS SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS
17, rue des Grands-Augustins — 75006 Paris
Retrouver ce titre sur [Link]
ternelle qu'il n'existe pas et que c'est vous qui lui
donnez naissance à chaque fois, alors qu'en fait,
c'est le contraire qui a lieu.
Il est dangereux parce qu'il est vivant. Et c'est aussi
pour ça qu'il est bienfaisant : les crocodiles en ont
une trouille bleue.
Dans le désert, il n'a pas son pareil pour trouver le
puits. C'est la fourmi de Salomon.
Il enseigne le regard juste et la confiance artisanale
au voyageur.
Les avaleurs de cathédrales et les amateurs de culs
de sac de salons le détestent parce qu'en sa présence,
ils s'effritent. De ce fait, ils l'évitent. Sans jeu de
mots. Hélas !
De la mémoire des mémoires, il tire une langue
inconnue que celui qui a des oreilles entend, et que
celui qui n'en a pas écoute quand même, on ne sait
jamais.
De la mémoire des mémoires, il tire le temps le plus
présent qui soit, réveillé et pêché dans le temps hors
du temps. Avec lui, tout se passe toujours tout de
suite, même s'il ne se passe rien.
Et quand il ne se passe vraiment rien, c'est encore
lui qui est là pour le voir, même si vous n'en savez
rien.
C'est lui qui peut carboniser en vous toute tendance
à l'imitation, faste ou nuisible. C'est un grand chas-
seur et un grand pêcheur, mais sans filet : à la main.
Le fleuve coule aux pieds de la grande araignée de
pierre hérissés de goules tendues vers les sources du
vent.
Dans la solitude de celui qui essaie de la dire pour la
rendre plus habitable, il n'y a pas d'autre ambition
que de marcher dans le désert en compagnie d'un
homme de lumière.
Quelquefois.
IX
Sûrement on l'avait oublié.
Qu'y avait-il en lui qui fût inoubliable ?
C'était juste qu'on l'oubliât !
Qu'on l'effaçât ! Comme un souvenir, une ombre vitri-
fiée sur un mur et que le temps transforme en signe
flou d'une présence jadis à peine esquissée, quoique
avec ferveur en son temps, par une frénésie à exister
qui ne faisait qu'agacer l'entourage, si occupé par
ailleurs.
On était en train d'oublier soigneusement, activement
l'un d'entre eux de ses « Moi » qui n'avait plus de rai-
son d'être.
Il allait falloir mourir simplement et dignement.
Comme on salue le soleil la première fois qu'on se
lève avant lui. Après tout, la naissance de quelqu'un
n'est rien d'autre que l'effacement de quelqu'un d'autre.
Était-il à ce point absolument rien pour que l'oubli
semblât si naturel ? Comme une reconnaissance.
Reconnaître sa mort, c'est naître.
Comme une aide apportée par les quelques mémoires
susceptibles de retenir encore quelques frottis de sa pré-
sence et qui, lors d'un grand nettoyage : « Qu'est-ce que
c'est que ce graffiti qui traîne ? »
Coup d'éponge ! Plus de trace ! Plus de trace de trace !
Rester vivant pour mourir à plein corps.
L'homme de Lumière avait dit que, pour qu'il y ait un
vrai passage, il ne fallait surtout pas résister à l'oubli.
Car c'était là qu'était la source de la mémoire des
mémoires. Et qu'être oublié vraiment, c'est être choisi.