Charles Baudelaire est un poète français 1821- 1867
«Tourné vers le classicisme, nourri de romantisme » à la croisée entre
le Parnasse et le symbolisme, chantre de la « modernité », il occupe une
place considérable parmi les poètes français pour un recueil certes bref
au regard de l’œuvre de son contemporain Victor Hugo (Baudelaire s’ouvrit à
son éditeur de sa crainte que son volume ne ressemblât trop à une
plaquette…), mais qu’il aura façonné sa vie durant : Les Fleurs du mal.
Au cœur des débats sur la fonction de la littérature de son époque, Baudelaire
détache la poésie de la morale, la proclame tout entière destinée
au Beau et non à la Vérité.
Comme le suggère le titre de son recueil, il a tenté de tisser des liens entre le mal et la beauté,
le bonheur fugitif et l’idéal inaccessible (À une Passante), la violence et la volupté (Une martyre), mais
aussi entre le poète et son lecteur (« Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère ») et même entre les
artistes à travers les âges (Les Phares). Outre des poèmes graves (Semper Eadem) ou scandaleux
(Delphine et Hippolyte), il a exprimé la mélancolie (Mœsta et errabunda), l’horreur (Une charogne) et
l’envie d’ailleurs (L’Invitation au voyage) à travers l’exotisme.
L’albatros
Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.
A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.
Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !
L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !
Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher. Les Fleurs du mal,
1857