Cours sur Croissance Économique 2020-2021
Cours sur Croissance Économique 2020-2021
POLE UNIVERSITAIRE
15 Av. Jean Mermoz, Cocody
08 B.P. 2088 Abidjan 08
Tel. : (225) 22 40 47 20/ Fax : (225) 22 44 84 38
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SYLLABUS
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1-Cours
2- Enseignants/Intervenants
Aujourd’hui, une littérature abondante est consacrée aux relations qui existent entre la
croissance et la libéralisation, l’ouverture sur l’extérieur, le système financier, le poids de la
dette extérieure, le climat des affaires, la bonne gouvernance et les guerres.
4-Objectifs
Ce cours a pour objectif général d’expliquer les écarts du taux de croissance économique
entre les pays.
De manière spécifique, il s’agit de présenter les principales études théoriques portant sur la
croissance. Il s’agit en outre de dégager, de ces modèles théoriques de croissance des
propositions relatives au fonctionnement à long terme des économies. Il s’agit enfin d’expliquer
les fluctuations économiques.
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5- Prérequis
Pour atteindre nos objectifs, les étudiants auront droit à des séances de cours marginaux et
de travaux dirigés. Ces derniers étant nécessaires pour la bonne compréhension du cours, il
appartient dès lors aux étudiants de traiter les exercices au préalable avant les corrections.
Date :…
Séance 2 : La croissance économique dans l’histoire : Adam Smith, Ricardo, Malthus, Marx et
Schumpeter, Les cycles et fluctuations économiques.
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Séance 6 : Le modèle de Kaldor, les théories de la croissance endogène : (éducation et
accumulation du capital humain) ; modèle de croissance avec recherche et développement),
les dépenses publiques et la croissance économique).
Séance 7 : Correction TD 2 et 3
Aucun
12-Code Ethique
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INTRODUCTION GENERALE
Pourquoi la richesse produite dans les pays développés n’a-t-elle cessée d’augmenter depuis
plusieurs années ? Pourquoi le Japon a-t-il pu se développer en moins d’un demi-siècle ?
Pourquoi la croissance en Afrique est-elle particulièrement faible ? En un mot pourquoi
certaines régions du monde sont-elles si riches alors que d’autres sont pauvres ?
Les théories de la croissance cherchent des réponses à ces questions. Depuis les années 80, elles
ont été profondément renouvelées à tel point qu’on parle aujourd’hui de nouvelles théories de
la croissance en faisant allusion aux théories de la croissance endogène.
Pour comprendre l’importance de la croissance, imaginons qu’un économiste trouve un moyen
d’augmenter le taux de croissance de 0.001%. Cela crée 2$ de richesse de plus par tête, soit au
total 500 millions de $ pour la seule année 1990 aux Etats Unis, soit 224 fois ce qu’il gagnera
dans sa vie ! Si une telle création de richesse est redistribuée dans le monde, combien de vie
sauvée !
Le revenu des pays africains sub-sahariens est moins de 30 fois celui des pays développés.
Comment contribuer à leur croissance ? Par un flux de capitaux, d’éducation, de missions
scientifiques ?
Le gouvernement de l’Inde peut-il agir de sorte que son pays croisse au même taux que
l’Indonésie ou l’Egypte Si oui, que doit-il faire ? Si "non" que peut-il y avoir dans la "nature de
l’Inde ?
Depuis Adam Smith et la richesse des nations, la croissance occupe l’esprit de nombreux
économistes. La croissance est ainsi associée à plusieurs qualificatifs : illimitée, limitée,
instable, inclusive…
La réflexion sur la croissance est une réflexion sur les économies agrégées dans le long terme.
A ce niveau de complexité, l’importance de la théorie est cruciale pour mettre en lumière les
mécanismes les plus importants.
La théorie de la croissance économique est la branche de l’analyse macroéconomique qui étudie
à long terme les tendances telles que le revenu national, la consommation des ménages ou
l’investissement des entreprises et également l’évolution de certains prix particulièrement
importants tels que le salaire et le taux d’intérêt. Elle se distingue de la macroéconomie
traditionnelle qui elle cherche à expliquer les fluctuations des mêmes variables mais avec un
horizon temporel beaucoup plus court.
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1. Pourquoi étudier la croissance économique ?
Ceci revient à dire que la croissance économique n’est pas un fait du hasard mais plutôt une
œuvre soutenue et qu’elle se traduit par un accroissement continu du produit réel de toute
l’économie.
La mesure de la production globale en comptabilité nationale est le PIB qui signifie produit
intérieur brut et se définit comme la production totale des biens et services produits sur le
territoire national.
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Il existe 3 manières de concevoir le PIB d’une économie (production, dépense, revenu) :
Du côté de la production : Le PIB est la valeur des biens et services finaux produits dans
l’économie durant une période donnée. C’est aussi la somme des valeurs ajoutées créées par
toutes les entreprises dans l’économie au cours d’une certaine période.
Du côté des dépenses : Le PIB est la valeur marchande des dépenses en biens et services
produits sur un territoire donné pendant une période donnée.
Du côté du revenu : Le PIB est la somme des revenus distribués dans l’économie au cours d’une
période donnée. Elle mesure donc la richesse créée sur le territoire national.
Le PIB nominal ou PIB en prix courant est la somme des quantités des biens finaux produits
multipliées par leur prix courant. Le PIB réel ou PIB en prix constant est la somme des quantités
des biens finaux multipliées par un prix constant.
Le PIB (Y) est la somme de la consommation (C) des investissements (I), des dépenses
gouvernementales (G) et des exportations nettes (X-M)
Pour apprécier le niveau de vie d’un pays, on rapporte le PIB à la population totale et on obtient
ainsi le produit par tête (ou encore GDP per capita).
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humain (formation des individus), l’accroissement des dépenses de recherche-développement
et d’infrastructures qui seront, à leur tour facteurs de croissance.
L’augmentation du PIB par tête n’est pas synonyme de progrès. Elle peut en effet
s’accompagner d’une dégradation des conditions de vie (pollution, nuisance, ...), des
équipements collectifs ou encore d’une aggravation des inégalités et de l’exclusion. En outre,
une mesure du bien être par le seul indicateur du PIB par tête peut induire en erreur. Ainsi la
Guinée équatoriale, qui bénéficie depuis le milieu des années 1990 d’importantes découvertes
pétrolières, affiche un PIB par habitant comparable à celui des européens. Cependant, sa
mortalité infantile est trente fois plus élevée et l’espérance de vie de ses 500 000 habitants
atteint à peine quarante-deux ans.
C’est pourquoi, le programme des Nations Unis pour le développement calcule depuis 1990,
un Indicateur pour le Développement Humain (IDH).
L’indicateur de développement humain (IDH) est un indicateur synthétique développé pour
mesurer le développement des nations. Il prend en compte plusieurs indicateurs :
- La longévité et la santé mesurées par l’espérance de vie à la naissance ;
- L’instruction mesurée par le taux d’alphabétisation ;
- Un niveau de vie décent mesuré par le PIB par tête.
C’est le Canada qui a l’indicateur de développement humain le plus élevé (0,932) et la Guinée
le plus faible (0,191).
L’IDH n’inclut cependant pas d’indicateurs importants tels que le respect des droits de
l’homme, la démocratie et l’égalité. L’indice de l’OCDE de Stiglitz permet quant à lui de
comparer le bien-être à partir de 11 critères : logement, revenu, travail, communauté, éducation,
environnement, gouvernance, santé, bien-être subjectif, sécurité et conciliation travail vie privé.
Ces limites ont favorisé la naissance de la notion de développement durable définie comme «
un développement répondant aux besoins du présent sans compromettre la capacité des
générations futures de répondre aux leurs ». Cela suppose la solidarité entre les générations
(réduction des émissions de gaz à effet de serre), et entre les peuples (commerce équitables),
participation de tous à la préservation de l’environnement.
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Enfin, il n’enregistre pas l’économie souterraine (travail au noir), l’économie domestique
(femmes au foyer) et l’économie illégale.
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CHAPITRE 1 : LES CYCLES ECONOMIQUES
Dans le monde naturel, l’existence de cycles récurrents et précis ne fait pas de doute : le jour
succède à la nuit ; les saisons se suivent et reviennent ; même les tempêtes, les tremblements de
terre et les cataclysmes suivent des cycles plus ou moins prévisibles. Dans le monde humain, le
cycle de la vie et de la mort est une évidence. Il y a aussi des cycles dans les affaires humaines,
économiques et politiques.
La croissance économique n’est pas régulière. A une période d’expansion succède une période
de récession voire de dépression. Depuis les 20 dernières années, les crises se sont succédées
et, en 2008, les Etats Unis et sur toute la zone euro sont entrés en récession à cause de la crise
des «subprimes». Les crises financières, bancaires, économiques, et la crise de la dette
souveraine en Europe menacent de plonger le monde dans la dépression. La croissance
économique n’est donc pas toujours continue et harmonieuse. On parle alors d’instabilité de
la croissance.
La récurrence des crises économiques au XIXème siècle a depuis longtemps retenu l’attention
des économistes. L’irrégularité de la conjoncture, l’alternance de mouvements à la hausse ou à
la baisse des différentes variables (activité, emploi, profit, prix…) ont conduit les économistes
à utiliser certaines expressions. On trouve ainsi fréquemment le terme de « cycle » pour
désigner des mouvements se reproduisant avec une amplitude et une périodicité relativement
régulière (comme celles engendrées par une sinusoïde, par exemple). Aussi, les termes de
« fluctuations » ou « d’oscillations » sont fréquemment utilisés, la dénomination de cycle
mettant plutôt en évidence l’idée de mouvements récurrents et réguliers de l’activité.
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Evolution du trend de croissance de l’économie française (Taux de croissance annuel
moyen en %)
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La dépression suppose une chute de la production forte et durable (la crise de 1929 par exemple)
qui s’accompagne d’une déflation (baisse des prix et des salaires).
La croissance de long terme dépend des quantités de facteurs de production disponibles dans
une économie et de l’état des technologies. Cette croissance de long terme permet
d’appréhender la croissance potentielle d’une économie, c’est-à-dire le sentier de croissance de
long terme que l’économie devrait suivre en l’absence de chocs exogènes et de tensions. La
croissance économique potentielle est évaluée par le taux de croissance du PIB potentiel, c’est-
à-dire le PIB maximal qui pourrait être réalisé grâce à la pleine utilisation des facteurs de
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production disponibles. La croissance effective est le plus souvent différente de la croissance
potentielle.
Lorsque la croissance effective est supérieure à la croissance potentielle, cela conduit à des
tensions inflationnistes (on parle de « surchauffe ») ; lorsque la croissance effective est
inférieure à la croissance potentielle, on assiste à une montée du chômage. L’écart (« gap » en
anglais) entre croissance effective et croissance potentielle permet donc d’appréhender
l’instabilité de la croissance. Face à une situation où la croissance est insuffisante pour assurer
le plein emploi, il convient de déterminer si cela résulte d’une croissance effective inférieure à
la croissance potentielle (ce qui relève d’une politique conjoncturelle) ou d’une croissance
potentielle insuffisante (ce qui relève d’une politique structurelle).
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On peut donc s’interroger sur les causes des variations du rythme de la croissance.
• Les fluctuations économiques peuvent être liées à des chocs d’offre ou des chocs de
demande.
« Un choc de demande est un événement qui déplace la courbe de demande globale ». « On
appelle choc d’offre un événement qui déplace la courbe d’offre globale à court terme, telle une
variation du prix des produits de base, des salaires nominaux ou de la productivité ».
Les chocs de demande se réalisent quand une des composantes de la demande se modifie.
Lorsque la demande est affectée par des chocs positifs, sa hausse permet une phase d’expansion.
A l’inverse, si des chocs de demande négatifs se produisent, ils peuvent provoquer une
diminution de la demande globale et conduire à une récession.
La demande globale est composée de la demande intérieure (consommation et investissement)
et de la demande extérieure (les exportations). L’accroissement de la demande intérieure crée
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des débouchés aux entreprises et stimule l’activité économique. L’augmentation des
exportations favorise également la croissance économique en offrant de nouveaux débouchés
aux entreprises.
Inversement, une baisse de la demande, est source de récession. Lorsque la consommation des
ménages ralentit et que l’investissement des entreprises diminue, la croissance économique est
freinée. Une baisse des exportations réduit les débouchés extérieurs et constitue un frein à
l’activité économique.
- Les chocs d’offre sont des variations des conditions de la production. Ils découlent de
la hausse ou de la baisse de la productivité ou du prix des facteurs de production.
Ils peuvent être négatifs : Ils sont causés, généralement par une hausse du coût des
matières premières, des augmentations de salaires supérieures aux gains de productivité
ou par un alourdissement de la fiscalité des entreprises.
Les innovations permettent des gains de productivité et abaissent les coûts de
production. Elles produisent des chocs d’offre positifs. La situation des producteurs
s’améliore par la diminution des coûts de production, ce qui stimule la croissance
économique.
Exemples de chocs d’offre :
- « Les États-Unis ont connu un choc d’offre positif entre 1995 et 2000, au moment où la
génération de l’usage d’internet et d’autres technologies de l’information entraîna une
forte croissance de la productivité ».
- La forte hausse des prix du pétrole en 1973-1974 a constitué un choc d’offre qui a
fortement freiné l’économie mondiale.
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Ainsi les activités financières et monétaires peuvent engendrer des fluctuations économiques.
Les banques centrales peuvent amplifier les comportements spéculatifs et d’endettement des
agents économiques en pratiquant en période d’expansion des taux d’intérêt trop bas, les
banques commerciales en prêtant à des agents économiques ayant des projets trop risqués. Une
crise financière peut être la conséquence de ces excès et plonger l’économie réelle dans
d’importantes difficultés.
Schumpeter a abouti à une classification des cycles : les cycles courts ou Kitchin, les cycles
moyens ou cycles Juglar et les cycles longs ou cycles Kondratiev.
Les cycles courts mineurs, dits aussi cycles de Kitchin, durent 3 à 4 ans (environ 40 mois).
C'est un économiste Américain qui estime qu'un cycle économique dure environ 40 mois.
Ils sont dus aux variations des stocks des entreprises. En période de croissance, les entreprises
augmentent leur production pour répondre à la demande mais elles constituent aussi des stocks.
En période de récession, elles réduisent leur production et déstockent, ce qui accentue le
ralentissement de l'activité.
Les cycles moyens, également appelés cycles des affaires ou cycles Juglar du nom d’un
économiste français sont essentiellement liés aux variations de l’investissement et ont une durée
de sept à huit ans et comportent quatre phases : expansion, crise, récession et ou dépression et
reprise.
Pour lui, l’évolution de la conjoncture s’explique par l’évolution de l’investissement. En phase
d’expansion, les investissements sont élevés du fait de taux d’intérêts encore faibles. La période
de surchauffe correspond à une période de surinvestissement. Puis, peu à peu, avec l’élévation
des taux d’intérêts (pour freiner l’inflation), la demande de crédit diminue peu à peu et
l’investissement devient moins important. La phase de récession commence alors.
Les cycles longs ou cycles Kondratiev, d’une périodicité de 40 à 60 ans, présentent une phase
ascendante pendant laquelle les prix, la production, et l'emploi augmentent et une phase
descendante pendant laquelle ces indicateurs baissent. Pour Schumpeter, chaque cycle
s’explique par l’introduction d’innovations majeures (machine à vapeur, automobile...) qui
apparaissent par « grappes » entraînant dans un premier temps une phase d’expansion. Une fois
ces innovations diffusées dans l’ensemble de l’économie, leur effet dynamique s’épuise et on
entre dans une phase de ralentissement prolongé jusqu’à que de nouvelles innovations
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provoquent le phénomène de « destruction créatrice » et la reprise de la croissance. On peut
donc s’interroger sur les causes des variations du rythme de la croissance.
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CHAPITRE 2 : LA CROISSANCE A TRAVERS L’HISTOIRE
A. Les précurseurs
Depuis plus de deux siècles, les économistes s’interrogent sur les causes de la croissance. Adam
Smith, Thomas Malthus, David Ricardo et Karl Marx sont les véritables précurseurs de cette
réflexion.
a) Le rôle de du capital
La croissance est le résultat de variables exogènes et endogènes :
Les variables exogènes sont :
- Les institutions qui permettent la sécurité des échanges, assurent la sécurité des individus,
réduisent les coûts de transaction dans les échanges. Les individus ne peuvent les influencer.
- Les ressources naturelles : données géologiques, météorologiques, etc. qui influencent la
richesse des individus mais ces derniers ne peuvent les modifier.
- L’environnement politique est aussi considéré comme une variable exogène.
Les variables endogènes sont :
- La population, la main d’œuvre : dépendent du capital. Les salaires sont du capital « avancé
» par les capitalistes aux salariés (« capital circulant »). Le salaire du marché « gravite » autour
du salaire naturel c’est à dire le salaire de subsistance qui est exogène.
- L’accumulation du capital est considéré comme le moteur du progrès économique.
L’accroissement du capital est déterminé par l’épargne qui est nécessairement égale à
l’investissement (loi des débouchés). L’épargne dépend du rendement des capitaux investis, le
taux de profit.
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b) La division du travail : « l’opulence naît de la division du travail »
Dans « Recherches sur la nature et les causes de la Richesse des Nations (1776) », Adam
Smith met en évidence le rôle de la division du travail comme facteur de croissance.
Cette division du travail se trouve renforcée par la participation du pays au commerce
international (théorie des avantages absolus). L’optimisme de Smith apparaît à travers les traits
d’une croissance illimitée (elle dure tant que l’on peut étendre la division du travail et le
marché).
L’exemple de la fabrique d’épingles : La division du travail permet de réaliser des gains de
productivité. On a une certaine habileté à travailler (spécialisation) qui entraine une économie
de temps d’où un progrès technique.
La division du travail est la conséquence de l’échange. Les individus ont un « penchant naturel
à échanger ». Le penchant à échanger pousse à d’adonner à une activité particulière et d’y
exploiter ses aptitudes particulières afin de dégager un surplus qui pourra être échangé.
Les gains de productivité réalisés par la division du travail permettent l’accroissement des
revenus donc la croissance. Celle-ci qui accroît le revenu favorise donc l’extension du marché
qui stimule à son tour la division du travail. On y voit donc l’existence d’un mécanisme pour
que la croissance soit auto-entretenue.
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progression géométrique. La sortie de cet état passe par la mortalité, la baisse de la natalité et
le célibat.
b) L’état stationnaire
Le modèle de croissance s’appuie sur une théorie répartition du revenu :
- les travailleurs reçoivent des salaires (de subsistance) consommés intégralement ;
- Les propriétaires fonciers perçoivent la rente foncière consommée intégralement ;
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- Les capitalistes détiennent le capital constitué d’avances nécessaires à la subsistance des
travailleurs pendant la période production. Ils retirent un profit de leurs activités de production
qui est réinvesti. D’où l’importance du taux de profit pour l’accumulation et la croissance.
La valeur ajoutée se répartit donc entre trois agents : les propriétaires fonciers (rente foncière),
les salariés (salaire de subsistance) et le capitaliste (profit). Le profit des capitalistes est résiduel,
c’est-à-dire qu’il intervient une fois le salaire et la rente foncière payés. Lorsque la population
s’accroît, il convient d’augmenter la production agricole, or les nouvelles terres mises en culture
sont de moins en moins productives. La production agricole se heurte à la fertilité décroissante
de la terre. Ricardo explique que les agents rationnels s’intéressent en premier lieu aux terres
fertiles ; avec l’accroissement de la population, il devient nécessaire d’augmenter la production
et de mettre en culture des terres de moins en moins fertiles. Le coût de production va donc
s’élever, entraînant inévitablement la hausse des salaires et de la rente foncière. Les profits vont
se réduire jusqu’au moment où les capitalistes ne seront plus incités à investir. L’économie
atteint la situation d’état stationnaire.
Ainsi il arrive un moment où les profits atteignent un niveau jugé minimum par les capitalistes
qui ne les incite plus à investir. Le taux de profit est nul. L’accumulation cesse, l’économie est
à l’état stationnaire, contrainte par la disponibilité des ressources.
Il ne s’agit pas d’un effondrement économique, mais d’une stagnation. L’état stationnaire, c’est
un capitalisme sans croissance tout à fait viable selon Ricardo. Et dans sa théorie, la réduction
graduelle du taux de profit ne traduisait pas des limites liées au type d’organisation de
l’économie (le capitalisme), mais celles imposées par la nature à l’accroissement de la
population humaine.
Afin de retarder cette situation, Ricardo préconise d’augmenter les gains de productivité dans
l’agriculture grâce au progrès technique et de s’ouvrir au commerce international (théorie des
avantages comparatifs).
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capitaliste (crise). C’est la loi tendancielle de la baisse du taux de profit : plus il y a
accumulation du capital, plus le profit se réduit. Par conséquent, pour Marx, le système
capitaliste porte en lui les germes de sa destruction. La croissance ne peut être que de courte
durée.
Afin de mieux comprendre l’idée de Marx, nous allons dans un premier temps examiner la
théorie de la plus-value et de l’exploitation avant de nous intéresser à la loi de la baisse
tendancielle du taux de profit.
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value, est à la base du profit. En diminuant sa part dans la composition organique du capital, le
capitaliste diminue donc son taux de profit.
Là où Ricardo attribuait la baisse du taux de profit aux contraintes objectives imposées par la
nature, le raisonnement de Marx impute la baisse du taux de profit uniquement à la forme
spécifique de l'économie qu'est le capitalisme. Là où chez Ricardo, la baisse du taux de profit
était causée par l'absence de progrès technique (en matière agricole), chez Marx la baisse du
taux de profit est au contraire la conséquence inéluctable de ce même progrès technique et de
la forme qu'il prend en économie capitaliste.
Pour Marx, le taux de profit est le rapport entre les profits récoltés et les capitaux investis. Or,
à l'échelle de l'ensemble de l'économie, pour Marx, les profits sont égaux à la plus-value, ce
travail non payé arraché aux salariés. Quant aux capitaux investis, ils se divisent en deux
catégories : d'une part, le capital dit constant, celui qui dans la production, se contente de
transmettre sa valeur aux marchandises (bâtiments, machines, matières premières, etc.) ; d'autre
part, le capital variable, qui dans la production, crée une valeur supplémentaire, ajoute de la
valeur aux marchandises qu'il sert à fabriquer (les salaires). En utilisant les notations
traditionnelles (pl représentant la plus-value, C le capital constant et V le capital variable), on
écrit que le taux de profit r est égal à :
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A la différence de Ricardo, Marx ne croit pas en la possibilité d'un capitalisme se stabilisant
paisiblement sur une croissance zéro. La baisse du taux de profit entraînera la multiplication
des convulsions, des crises, des guerres, et surtout, des luttes sociales qui abattront
l'organisation capitaliste pour la remplacer par un autre type d'économie et de société.
Conclusion
Marx et Ricardo quoique par des raisonnements différents, parviennent unanimement à une
conclusion que l'on peut qualifier de pessimiste : l’impossibilité d'assurer une croissance
durable dans le cadre du capitalisme. Mais ces économistes ne partagent pas seulement une
question (« Comment évoluera la croissance sur le très long terme ? ») et une réponse (« Elle
va ralentir jusqu'à s'épuiser ») : au centre de leur analyse, on trouve toujours la même variable
: le taux de profit. Celui-ci, ils en sont tous convaincus, est au cœur du système capitaliste et de
sa dynamique. Un taux de profit élevé signifie en effet des revenus élevés pour les capitalistes,
donc une épargne forte, autrement dit des ressources disponibles pour l'investissement : il
signifie également des perspectives de profits accrus pour l’avenir, donc l'incitation à
transformer effectivement cette épargne en investissements.
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CHAPITRE 3 : LES FAITS STYLISES DE LA CROISSANCE
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•
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Des figures présentées plus hauts on retient :
- L’importante augmentation du niveau de vie depuis 1950.
- La baisse de la croissance depuis le milieu des années 70 et
- La convergence de la production par habitant au sein des pays riches.
Ce sont ces différents faits que nous allons essayer d’expliquer.
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2. Le capital par tête est croissant.
3. Le taux de rendement du capital est constant (rentabilité du capital stable au cours du
temps).
4. Le ratio entre le capital et la production est constant (stable au cours du temps).
5. Les parts de la rémunération du capital et du travail dans le revenu national sont constantes.
6. Les pays ont des taux de croissance de la productivité du travail différents ou bien il existe
d'importantes différences de taux de croissance de la productivité et du revenu par habitant entre
pays.
Il existe des différences considérables dans l’évolution de la population des pays. Il est donc
crucial de comparer les PIB par tête.
On remarque une croissance massive du PIB par tête dans tous ces pays. Il y a aussi une
convergence des niveaux de vie : les écarts sont beaucoup plus faibles en 1989 qu’en 1820. La
RFA et la France ont rattrapé l’Angleterre. Les pays partant des niveaux les plus bas (Japon et
RFA) ont les croissances les plus élevées : phénomène de rattrapage.
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Le revenu mensuel moyen par habitant en Côte d’Ivoire pour l’année 2019 s’élève à 191 $, soit
2290 $ par habitant et par an.
En 40 ans le capital par tête a été multiplié par 2 aux Etats-Unis et par 12 au Japon.
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Fait 4 : Le ratio capital-produit est constant
Fait 5 : Les parts de la rémunération du capital et du travail dans le revenu national sont
constantes.
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Fait 6 : Les pays ont des taux de croissance de la productivité du travail différents.
La croissance de la productivité du travail détermine celle des salaires et celle du produit par
tête.
Le salaire ouvrier moyen a été multiplié par 10 entre 1820 et 1995 aux Etats Unis par exemple.
Ainsi, le rendement du capital est constant, le rendement du travail augmente.
Les taux de croissance peuvent différer nettement entre les pays
Les taux de croissance peuvent être très différents entre les pays. Les pays développés ont des
taux de croissance comparables. Les pays en développement ont des taux de croissance qui
peuvent être élevés ou négatifs. Les taux de croissance élevés sur une longue période
proviennent des économies en développement. C’est le cas notamment pour plusieurs pays
d’Asie qui montrent des taux de croissance inconnus dans l’histoire.
Pourquoi donc certains pays décollent, d’aucun parle de miracle tandis que d’autres stagnent
dans la misère, notamment les pays africains ?
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En 1989 Paul Romer reprend ces faits stylisés en 1989, et en ajoute 5 nouveaux :
1) Le taux de croissance moyen n’est pas fonction du revenu par tête ;
2) La croissance de la population est corrélée négativement avec le niveau de revenu par tête ;
3) La croissance du commerce international est positivement corrélée à celle de la production ;
4) La croissance du capital n’est pas suffisante pour expliquer la hausse de la production ;
5) Les travailleurs qualifiés ou non tendent à migrer vers les économies les plus riches (là où la
dotation en progrès technique et la rémunération du travail sont les plus fortes).
En 2009, le même Paul Romer fait le point avec Charles Jones. D’après les auteurs, les
nouveaux faits stylisés identifiés soulignent l’importance de quatre variables :
1) Les idées,
2) Les institutions,
3) La population,
4) Le capital humain.
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CHAPITRE 4 : L’ANALYSE KEYNESIENNE DE LA CROISSANCE :
LE MODELE DE HARROD-DOMAR
Origine du modèle
Le 20ème siècle est marqué par trois désastres majeurs :
- La 1ère guerre mondiale avec des dizaines de millions de morts directs ou indirects ;
- La dépression mondiale des années 29 à 32 qui a fait chuter le PIB de 18% dans les pays
qui constitueront l’OCDE (Maddison, A. 1995), et qui a provoqué un effondrement des
marchés des capitaux et du système monétaire international ;
- La 2ème guerre mondiale avec plus de 40 millions de morts en Europe et 10 millions en
Asie.
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La première guerre mondiale a rompu l’ordre international issu du 19ème siècle qui entraine
une période d’instabilité économique et de conflits majeurs qui influence l’analyse économique
contemporaine.
L’analyse keynésienne a pour objectif de mettre en évidence les obstacles à la croissance
équilibrée de plein emploi càd le caractère déstabilisant de la croissance et les difficultés de
l’économie à croître de façon régulière. L’étude des origines de la croissance n’est donc plus
pertinente. On a donc un déplacement de l’analyse : les keynésiens et plus généralement
l’ensemble des économistes étudient la relation entre la croissance et l’équilibre.
Le modèle de Harrod-Domar a été présenté dans des formulations proches par deux
économistes keynésiens : Roy Forbes Harrod en 1939 dans un article intitulé « An essay in
dynamic theory », publié dans l’Economic Journal, repris et complété en 1948 dans l’ouvrage
« Toward a dynamic economics » et Evsey Domar en 1947 dans un article intitulé « Expansion
and Employment » publié dans l’American Economic Review.
Le modèle de Harrod et celui de Domar sont proches, même si leurs problématiques ne sont pas
identiques. En effet, les analyses de Domar et Harrod ont été publiées séparément, mais il existe
des similitudes dans leurs approches ce qui tend à les présenter de manière complémentaire.
Domar (1946, 1947) met en évidence les conditions de la croissance équilibrée alors qu’Harrod
(1939) insiste sur le caractère instable de la croissance.
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1 La double nature de l’investissement
Domar essaie d’établir une équation qui représente les deux natures de l’investissement : l’effet
revenu du côté de la demande et l’effet capacité du côté de l’offre.
l’équilibre sur le marché des biens sur la longue période c.à.d. celui où les décisions
d’épargne des ménages sont égales aux décisions d’investissement des entreprises sur
le long terme, permettant ainsi aux investissements désirés par les entrepreneurs d’être
réalisés.
- Le taux de croissance réalisé c.à.d. le taux de croissance effectif de l’économie.
- Le taux de croissance naturel de la population active, qui est supposé exogène à
l’économie.
Harrod s'interroge sur la capacité des économies capitalistes à réaliser une croissance qui
respecte l'équilibre du marché du bien et de celui du travail simultanément. Deux questions
essentielles se posent donc pour Harrod :
• Un problème de court terme d'existence de l'équilibre c à d à quelle condition le taux de
croissance réalisé peut-il être égal au taux de croissance garanti ?
• Un problème de long terme de stabilité de l'équilibre c à d que le taux de croissance
garanti est-il compatible avec le taux de croissance naturel ? autrement dit le taux de
croissance d’équilibre de l’économie est-il suffisant pour que l’augmentation de la
population active ne débouche pas sur une augmentation du chômage ?
Ces deux questions sont désignées sous les noms de premier et deuxième problème de Harrod.
41
∆𝑌 𝑠
𝑔𝑤 = =
𝑌 𝑣
gw (w: warranted=garanti) est le taux de croissance du revenu qui assure l'équilibre du marché
des biens : les anticipations des producteurs et le comportement des consommateurs sont
compatibles dans le temps si l'économie croît au taux gw. Le taux de croissance garanti est celui
qui garantit aux entrepreneurs la réalisation de leurs anticipations.
Si les producteurs n'anticipent pas correctement l'évolution de la demande, le taux de croissance
effectif de l'économie peut être différent du taux garanti et impliquer ainsi un déséquilibre sur
le marché des biens (le premier problème de Harrod).
Il n’y a à priori aucune raison pour que l’investissement des entreprises qui dépend de leurs
anticipations sur la demande soit égal à la valeur qui assure l’équilibre de la croissance. En
d’autres termes, il n’existe aucune raison pour que le taux de croissance garanti (ex ante) soit
égal au taux de croissance effectif (ex post).
Il n’existe pas de mécanisme qui corrige l’écart entre la croissance effective g et la croissance
garantie gw. Les investisseurs prennent des décisions qui les éloignent de plus en plus du sentier
de croissance équilibrée. La tendance à l’essor ou à la dépression n’a pas de limite, le sentier
de croissance équilibrée s’apparente au « fil du rasoir ».
Il existe deux possibilités :
• Un déséquilibre inflationniste, g > gw : investissement excessif, ce qui est fréquemment
le cas en période de reprise (croissance effective supérieure à la croissance garantie),
accroissement de la demande plus importante que celui de l’offre d’où risque
d’inflation.
• Un déséquilibre déflationniste, gw > g : investissement insuffisant, surcapacité de
production c’est à dire insuffisance de la demande.
42
On suppose que la population active croît au même taux n que la population totale.
On a la condition d’équilibre suivante :
Offre d’emplois (L) = Demande d’emplois (N)
∆𝑌 ∆𝐿
= =𝑛
𝑌 𝐿
Où est le taux de croissance de la population. C’est le taux de croissance naturel qui rend
compatible l'évolution de la production et celle de la population active de manière à ne pas créer
du chômage.
Or :
• provient du comportement de consommation des ménages;
• v est déterminé par la technologie ;
• est déterminé par les lois démographiques.
Par conséquent ces quatre variables sont exogènes et la réalisation de la condition d’équilibre
simultané ne peut être que fortuite : il n’y a aucune raison pour que la croissance soit équilibrée.
De plus l’équilibre, même quand il existe, est très instable. Si le taux de croissance garanti est
inférieur au taux de croissance naturel il y a chômage. Dans le cas inverse, on a contrainte de
main d’œuvre qui limite la croissance donc qui introduit la stagnation.
En résumé la croissance équilibrée de plein emploi est subordonnée à la double égalité taux de
croissance effectif = taux de croissance garanti = taux de croissance naturel. Celle-ci est peu
probable donc le déséquilibre est la règle.
« Laissée à elle-même une économie ne peut assurer la croissance avec le plein emploi, et
cela essentiellement en raison de la mauvaise coordination des décisions, d’une part de ceux
qui épargnent, d’autre part de ceux qui investissent.
Implication politique : intervention de l’Etat pour corriger les déséquilibres qui ne se
résorbent pas d’eux-mêmes »
Guerrien, B. 2002.
43
A. Le modèle de Harrod Domar de 1939
Harrod et Domar reprennent le modèle de Domar en intégrant le facteur travail.
Hypothèses du modèle
• Relation directe entre le stock de capital d’une économie (K) et le revenu (Y) : Ratio
capital-output constant et exogène. V : coefficient du capital ou ratio capital-output.
C’est la quantité de capital nécessaire pour produire une unité d’output par unité de
𝐾
temps donc 𝑣 = . La fonction de production par tête est donc une fonction de court
𝑌
K (t ) L(t )
terme ayant la forme suivante : Y (t ) = min ; . La production est donnée
v u
par Y (t ) =
K (t )
. Pour atteindre un niveau de production Y a (t ) , il faudra donc un
v
capital égal à K a (t ) = vY a (t ) . On en déduit que le taux de croissance anticipé du
capital doit être égal au taux de croissance de la production anticipée soit
K a (t ) Y a (t )
= a = ga .
K (t ) Y (t )
a
L (t )
• La force de travail croît à un taux constant : = n.
L(t )
• La fonction de consommation est donnée par C = cY
• L’épargne totale est une proportion s du revenu national (Y) : S = sY
• La fonction d’investissement (I), est définie comme la variation du stock de capital,
(K) : 𝐼 = ∆𝐾 et est fonction de la production attendue.
• L’épargne nationale nette S doit être égale aux investissements nets I, on a : S = I.
• L’égalité emploi ressource est : Y(t) = C(t)+I(t) ou bien y(t) = c(t)+gak(t)
k (t ) 1
Y s (t ) = min ; .
v u
La demande est donnée par :
ys(t) = c(t)+gak(t)
44
Nous allons étudier les cas d’équilibre. Deux cas se présentent soit l’offre est inférieure à la
demande, soit la demande est inférieure à l'offre.
Résolution du modèle
Situation de demande excédentaire
1er cas : y (t ) =
k (t ) v
s
càd k .
v u
La demande est :
y d (t ) = c + g a k (t ) .
k (t )
v
L’offre est inférieure à la demande si :
k (t )
y s (t ) y d (t ) + g a k (t ) g a .
k (t ) s
c
v v v
Dans ce cas, l’offre est contrainte par le manque de capital et la demande n’est pas satisfaite.
Pourtant, il existe dans l'économie assez de travailleurs pour produire plus mais le système de
production manque cruellement de capital. Comme la fonction de production est à facteur
complémentaire, il y a des chômeurs dans cette économie. On parle de chômage classique
puisque c'est l’offre (qui pourrait être plus importante) qui est à l'origine du chômage.
Comme le taux de croissance anticipé par les producteurs est supérieur à la valeur s/v et que
l’offre (contrainte par un manque de capital) est inférieure à la demande, ce sont les quantités
qui s'ajustent et donc les producteurs vont augmenter leurs investissements de façon à
augmenter leur production pour répondre à une demande excédentaire. Ainsi, le taux de
croissance anticipé de l'économie est reconsidéré à la hausse.
Les variations du capital par tête dépendent de la différence entre le taux de croissance anticipé
et le taux de croissance de la population. Si le taux de croissance anticipé est inférieur au taux
de croissance de la population, le capital par tête diminue. Le capital augmente moins vite que
la population. En revanche, si le taux de croissance anticipé de la production est supérieur au
taux de croissance de la population, le capital par tête augmente. Le capital augmente plus vite
que la population.
Synthèse de ce premier cas :
45
v s
Il y a chômage keynésien si : k et g a . Les anticipations des producteurs
u v
augmentent g a .
2ème cas : y (t ) =
1 v
s
càd k .
v u
Dans ce cas, l’offre est constante. C’est le nombre de travailleurs qui détermine les quantités
offertes. Il n’y a donc pas de chômage. On parle encore de plein emploi du facteur travail. La
production est contrainte par le manque de travailleurs.
La demande est :
y d (t ) = c + g a k (t ) .
1
u
L’offre est inférieure à la demande si :
y s (t ) y d (t ) c + g a k (t ) g a
1 1 s 1
.
u u v k (t )
Si le taux de croissance anticipé par les producteurs est supérieur à la valeur (s/(vk(t)) alors
l'offre (qui ne peut plus augmenter puisque tout le monde travaille) restera inférieure à la
demande. Dans un paradigme Keynésien, ce sont les quantités qui s'ajustent. Mais hélas,
augmenter l'investissement ne permettra pas d'augmenter l'offre, car on ne peut plus embaucher
(sauf à faire appel à l'immigration). Ainsi, le taux de croissance anticipé de l'économie est
reconsidéré à la baisse.
Les variations du capital par tête dépendent de la différence entre le taux de croissance anticipé
et le taux de croissance de la population.
Si le taux de croissance anticipé est inférieur au taux de croissance de la population, le capital
par tête diminue. Le capital augmente moins vite que la population. En revanche, si le taux de
croissance anticipé de la production est supérieur au taux de croissance de la population, le
capital par tête augmente. Le capital augmente plus vite que la population.
Synthèse de ce deuxième cas :
v s 1
Il y a chômage keynésien si : k et g a
u v k (t )
Les anticipations des producteurs diminuent.
46
Situation d’offre excédentaire
Ici l’économie produit des biens et services mais la demande est trop faible. En d’autres termes,
l’effet de capacité de l’investissement est supérieur à l’effet créateur de revenu.
v s
Le premier cas est celui pour lequel : k et g a
u v
Dans cette situation, l’offre est supérieure à la demande. Si l’effet créateur de revenu était plus
important, l’offre pourrait être écoulée. On parle de chômage keynésien puisqu'il suffit de
"payer" plus les travailleurs de façon à ce qu'ils augmentent leur demande et puissent acheter
l'offre excédentaire. Mais les producteurs n'anticipent pas cette possibilité, ne pouvant écouler
leur production, révisent leurs anticipations à la baisse.
Cette situation ne change rien à la dynamique du capital.
v s 1
Le second cas est celui pour lequel : k et g a
u v k (t )
Nous nous trouvons encore dans une situation de chômage keynésien. Le problème dans ce cas
est que l'offre est constante déterminée par le nombre de travailleurs disponibles dans
l’économie. Mais la demande est inférieure à l’offre. Les producteurs vont chercher à réduire
leur production pour s'ajuster à la demande. Leurs anticipations sont donc revues à la baisse.
Cette situation ne change rien à la dynamique du capital :
47
• Le modèle ne pose pas de limites à la croissance d’une économie. Tout ce qui est
nécessaire c’est qu’il faut plus d’investissements. La productivité du capital étant
supposée constante, le modèle suggère que le seul moyen pour un pays en
développement d’accroître son taux de croissance passait par une augmentation de son
épargne.
La figure suivante présente la relation entre les taux d’épargne et les niveaux de revenus. On
remarque qu’il n’y a pas de relation claire entre le taux d’épargne et la croissance de l’output.
• L’hypothèse d’une fonction de production à coefficient fixes est une hypothèse trop
restrictive. Toute augmentation de la production implique un accroissement
proportionnel du capital et de la main d’œuvre. Or en longue période, les entrepreneurs
peuvent par exemple substituer de la main d’œuvre au capital, si le prix relatif de la
main d’œuvre baisse par rapport à celui du capital.
48
• La croissance n’est stable que si le taux de croissance de la population est strictement
égal à s/v. Or cette condition est extrêmement difficile à réaliser avec le taux de
croissance de la population, le taux d’épargne et le coefficient de technologie donnés et
exogènes. Il suffirait de rendre endogène l’un de ces trois paramètres pour retrouver une
stabilité de la croissance économique :
Conclusion du chapitre
Bien qu’il existe une identité formelle entre le modèle de Harrod et celui de Domar, les
problèmes qu’ils posent sont sensiblement différents. Chez Harrod, il s’agit de savoir à quel
taux doit croître l’économie pour réaliser le double plein-emploi du capital et du travail. Domar
de son côté se préoccupe de savoir à quel taux doit progresser l’investissement pour éviter
l’apparition de ressources oisives et maintenir l’économie sur le sentier de croissance de plein-
emploi. La conclusion principale à laquelle aboutit ce modèle (Harrod-Domar) est que la
croissance est instable.
49
50
CHAPITRE 5 : L’ANALYSE NEOCLASSIQUE DE LA CROISSANCE : LE MODELE
DE SOLOW1
A. Le modèle de base
Le modèle fait un certain nombre d'hypothèses :
H1 : Les pays produisent et consomment un seul bien homogène (le produit );
H2 : La production se fait en concurrence parfaite ;
H3 : La technologie est exogène et est représentée par une fonction de production de type
néoclassique basée sur des facteurs substituables : le capital (K) et le travail (L) ;
H4 : La consommation agrégée est représentée par :
Y = C + I ; C = cY et S = I S = (1 − c)Y = sY
H5 : La force de travail est toujours pleinement employée et le taux participation à l'emploi de
la population ou le taux de croissance annuel de la population est constant et est égal à n.
Pour la suite du cours, nous simplifierons l’analyse en supposant que la fonction de production
est de type Cobb-Douglas :
Y F (K , L ) K
= = F ,1 soit y = f (k ) = F (k ,1) .
L L L
1
Solow, Robert, 1956, A Contribution to the Theory of Economic Growth, Quarterly Journal of Economics, 70,
65-94. (Prix Nobel : 1987).
51
En utilisant notre fonction de production Cobb-Douglas, on obtient la fonction de production
par tête de la manière suivante :
(1)
C’est la forme intensive de la fonction de production.
(2)
K = sY − K
52
D'autre part, nous avons :
(3)
L
En utilisant le taux de croissance du facteur travail on a : = n.
L
L'équation (1) devient donc
(4)
1. Le diagramme de Solow
Les deux équations fondamentales du modèle de Solow sont donc (1) et (4). Si l’économie part
d'une situation initiale ( k0 = K0/L0), la première équation nous donne, pour chaque période, la
production donc l'épargne et l'investissement, la seconde, la manière dont ces éléments
déterminent l'accumulation du capital.
On peut donc dérouler l'évolution de l'économie dans le temps en utilisant ces deux équations.
C’est l’état stationnaire ou l’état régulier et le capital par tête ne change plus à partir de cet
état. Les rendements décroissants imposent une limite supérieure au stock de capital par tête.
L’économie finit par atteindre un état dans lequel l’épargne est juste suffisante pour compenser
les effets de la dépréciation et de la croissance de la population.
53
Figure 1 : Le diagramme de Solow
(6)
L’état stationnaire représente l’équilibre de long terme de l’économie. Lorsqu’il est atteint, le
niveau de capital de cette économie est stationnaire (ne varie plus) quel que soit le volume de
départ. La valeur d’état stationnaire du capital par tête est notée k et est déterminée par la
condition :
sf (k ) = (n + )k
Cela donne une première réponse à la question : Pourquoi certains pays sont riches et d’autres
sont pauvres ?
Proposition 1 Les pays qui ont un taux d'épargne ou d’investissement plus élevé ont tendance
à être plus ``riches'' et ceux qui ont un taux de croissance démographique plus élevé ont
tendance à être plus ``pauvres''.
54
2. Statiques comparatives
La statique comparative permet d’étudier l’évolution du capital par tête à partir d’un état
stationnaire suite à un choc qui provient d’un changement dans l’environnement économique.
Une hausse du taux d’épargne implique que le volume de l’investissement pour tout stock de
capital est supérieur. Il s’en suit donc un glissement vers le haut de la fonction d’épargne. A
l’ancien état stationnaire, l’investissement est désormais supérieur à l’amortissement et au taux
de croissance démographique. Le stock de capital augmente jusqu’au moment où l’économie
atteint un nouvel état stationnaire avec davantage de capital et de production. Une hausse du
taux d’épargne augmente donc le stock de capital de l’état stationnaire.
Le modèle de Solow montre que le taux d’épargne est le déterminant clé du stock de capital
d’état stationnaire. Si s est élevé, l’économie se dote d’un stock de capital important qui lui
permet de produire un volume élevé de production. Si s est faible, la réduction du stock de
capital ne permet à l’économie de produire qu’un volume de production moins important.
Une épargne élevée accélère la croissance mais seulement pour un temps. La hausse du taux
d’épargne accroît la croissance jusqu’au moment où l’économie atteint un nouvel état
stationnaire. Si cette économie conserve un taux d’épargne élevé, elle gardera un stock de
55
capital et un volume de production important mais elle ne pourra maintenir indéfiniment un
taux de croissance élevé.
Toute hausse du taux de croissance démographique n déplace vers le haut la droite représentant
la croissance démographique et l’amortissement. Au nouvel état stationnaire, le volume de
capital par tête est inférieur.
Proposition 2 : Le modèle de Solow prévoit donc que les économies caractérisées par des taux
de croissance démographique plus élevés sont dotées de volumes de capital par tête inférieurs
et bénéficient donc de revenu (PIB par habitants) également inférieurs.
En choisissant un état stationnaire donné, les décideurs politiques souhaitent maximiser le bien-
être des citoyens. Ces derniers se soucient peu du volume de capital dont est dotée l’économie,
voire du niveau de sa production. Ce qui les intéresse est la quantité de biens et services qu’ils
peuvent consommer. Le décideur politique attentif à ce souci choisira donc l’état stationnaire
*
qui induit le niveau maximal de consommation possible. Ce niveau appelé k or est régi par la
56
3. La règle d’or d’accumulation du capital
Étant données les valeurs de et de δ chaque valeur de correspond à une valeur unique
avec
C’est la règle d'or de l’accumulation du capital. Elle correspond à une variation du produit par
tête qui compense exactement la dépréciation globale du capital par tête. sor est le taux d'épargne
qui est dynamiquement efficace. Grâce à ce taux d'épargne, nous avons un sentier de croissance
équilibré qui maximise la consommation par tête et donc, le bien-être social.
57
4. Croissance économique dans le modèle simple
Dans cette version simplifiée, les variables par tête sont constantes à l’état stationnaire. Les
variables absolues (Y, S, C, K) croissent au même taux que la population.
Puisque le stock de capital par tête converge vers k , le niveau d’output par tête converge à
son tour vers la valeur d’état régulier correspondante y = f (k ) . Une fois cette valeur d’état
régulier atteinte, l’output et le stock de capital continuent de croître, mais seulement au taux de
croissance de la population. La croissance, mesurée par le taux de croissance de l’output par
tête cesse donc à long terme.
Le modèle ne peut donc générer un fait stylisé très important : la croissance soutenue des
revenus par tête (y).
Dans ce modèle les économies peuvent croître à court terme mais pas à long terme : même si
un pays s'écarte à un moment donné de l'état stationnaire, il suivra un sentier de transition et
finira par atteindre le nouvel état stationnaire. La croissance se ralentit en plus au fur et à
mesure que l'économie s'approche de l'état stationnaire.
Taux de croissance de
58
B. Introduction de la technologie exogène dans le modèle
Le modèle précédent nous permet de conclure que la persistance à long terme de la croissance
de l’output par tête observée dans les pays développés depuis la révolution industrielle ne peut
s’expliquer que par la prise en compte du progrès technique qui compense continuellement
l’effet négatif des rendements décroissants.
Afin de le faire apparaître supposons qu’il y ait un paramètre de productivité noté A dans la
fonction de production, reflétant l’état de la connaissance à un moment donné. Ce paramètre de
productivité croît au taux constant g. la valeur exogène de g est supposée traduire les progrès
scientifiques.
Soit la fonction de production
(7)
En suivant la même démarche que dans le modèle simple, la production par unité de travail
efficace est :
~ ~ Y ~
y = f (k ) = =k
AL
K = sY − K
~
Comme précédemment, la variation nette de k est définie par la combinaison de ces trois forces
de la manière suivante :
~ ~ ~
k = sk − (n + g + )k
59
Cette équation est quasiment identique à l’équation à l’exception d’un changement de notation
~
( k à la place de k) et du remplacement du taux de croissance de la population n par le taux de
croissance n+g du nombre d’unités efficaces de travail.
~
Comme précédemment, k converge à long terme vers une valeur d’état stationnaire unique
~ ~
k . De même, ~y converge vers sa valeur d’état régulier ~
y = ( k ) .
Bien que le taux de croissance de l’output par unité de travail efficace s’annule à long terme,
cela n’est plus vraie pour l’output par tête. En effet :
~ ~
Y ~ ~ A k ~ k
= Ay = Ak dont le taux de croissance est égal à : g (Y / L) = + ~ k = g + ~ .
L A k k
~ ~
A long terme, lorsque k converge vers k , la dérivée par rapport au temps du capital par unité
~
de travail efficace k , tend vers zéro (0), ce qui implique que le taux de croissance g (Y / L ) tend
Grâce au progrès technique, le capital et le PIB par tête augmentent donc sur le sentier de
croissance équilibré. Sans la productivité technique, l'accumulation du capital finit par subir les
rendements décroissants. Le progrès technique implique une amélioration continue de la
technologie qui permet d'éliminer l'effet des rendements décroissants en renforçant la
productivité du travail. Cela conduit alors à une croissance par tête dans le modèle avec progrès
technique.
Cependant à court terme, nous conservons les propriétés que nous avons mises en évidence
dans la partie précédente. Ainsi le taux de croissance peut temporairement être supérieur à g à
cause d’une augmentation du taux d’épargne s. En effet comme le montre l’EDF, cette
augmentation se traduit par une hausse du taux du taux de croissance du stock de capital par
~
unité de travail efficace k .
Intuitivement, le taux de croissance de l’output par tête ne s’annule pas parce que lorsque le
capital s’accumule. Bien que la hauteur du sentier de croissance à l’état régulier soit déterminée
par des paramètres tels que le taux d’épargne s, le taux de dépréciation et le taux de
croissance de la population n, le seul paramètre affectant le taux de croissance est le taux de
progrès technique exogène g.
60
C. Etudes empiriques du modèle de Solow
1. Convergence absolue dans le modèle de Solow
L’une des implications du modèle de Solow est que les conditions initiales de l’économie
n’entrent pas dans la détermination de son état stationnaire, qui dépend seulement de paramètres
tels que le taux d’épargne, la dépréciation du capital et le taux de croissance de la force de
travail.
Deux économies comparables par la valeur de ces paramètres mais partant de conditions
initiales différentes devraient donc converger vers le même état stationnaire : si l’une d’elles
était plus pauvre au départ, elle devrait rattraper la seconde. Cette prédiction est appelée «
convergence inconditionnelle » ou « convergence absolue.
(Convergence absolue) La convergence devrait avoir lieu entre les économies qui ont des états
stationnaires identiques : parmi ces pays, les ``pauvres'' devrait croître plus rapidement que les
riches.
Plus une économie est sous son état stationnaire, plus vite sera sa croissance, plus une économie
est au dessous de son état stationnaire plus lente sera sa croissance.
Cette approche cherche à évaluer si les niveaux de vie des différentes économies tendent à se
rapprocher dans le temps en s’attachant au rattrapage des pays riches par les pays pauvres.
Les économies initialement pauvres ont-elles connu des taux de croissance par tête plus élevés
que les économies initialement riches ? Si cette hypothèse est vérifiée, on dit qu’il y a
“convergence absolue”.
61
Les premiers travaux réalisés sur la convergence des revenus par tête dans le monde ont,
contraints par les statistiques disponibles, concerné les seuls pays industrialisés. Ils ont fourni
une image optimiste de l’évolution des inégalités entre nations : les écarts de niveaux de vie
entre pays apparaissaient plus faibles qu’un siècle auparavant. Étendus ultérieurement à un plus
grand nombre de pays, ces travaux ont cependant montré que le phénomène n’était pas
généralisable : le rattrapage des pays riches par les pays pauvres ne s’observait pas à l’échelle
de l’ensemble du monde.
Les tests statistiques réalisés sur un large échantillon de pays et sur près de quarante ans
conduisent à rejeter cette hypothèse : sur les années 1960-1997, la croissance des pays
initialement les plus pauvres n’a pas été systématiquement plus rapide que celle des pays riches.
En moyenne, les écarts de niveaux de vie entre pays se sont creusés.
Dès lors, une autre génération d’études s’est appuyée sur les modèles théoriques de croissance
à long terme pour tenter de dégager les facteurs qui empêchaient ce rattrapage. Ces analyses
ont donné naissance à de nouveaux concepts : la “convergence conditionnelle” et les “ clubs de
convergence”. Ce faisant, la notion de convergence s’est diversifiée.
Si la convergence inconditionnelle n’est pas vérifiée, une forme plus faible de convergence,
dite « conditionnelle », a une meilleure chance. Elle prédit que chaque pays converge vers son
état stationnaire propre, caractérisé par des valeurs particulières des paramètres de son
économie pouvant différer de celles d’autres pays.
62
La convergence absolue entre pays se réalise si les pays ont le même sentier d’équilibre de long
terme (pays 1 et 2 sur le graphique 2). Pour cela, il suffit qu’ils aient les mêmes caractéristiques
structurelles (taux d’investissement, taux de croissance de la population, niveau de la
technologie.) puisque ce sont ces caractéristiques qui déterminent, selon le modèle de Solow,
les sentiers d’équilibre de long terme. Dans ce cas, pour rejoindre le même sentier d’équilibre,
le pays le plus pauvre initialement (pays 2) connaît une croissance plus rapide que le pays riche
(pays 1) : il y a bien convergence absolue au sens défini plus haut. En revanche, si les pays
n’ont pas les mêmes caractéristiques structurelles, leurs sentiers d’équilibre diffèrent.
Dès lors, la croissance du pays pauvre peut être moins rapide que celle du pays riche si le pays
pauvre est plus proche de son équilibre de long terme que le pays riche du sien (pays 3 et 2 sur
le graphique 2). Il y a bien convergence au sens du modèle de Solow: les pays convergent vers
leur sentier d’équilibre de long terme d’autant plus vite qu’ils en sont éloignés; mais il n’y a
pas convergence absolue (le PIB par tête du pays 3 ne converge pas à long terme vers celui des
pays 1 et 2).
Les études empiriques valident cette hypothèse de convergence conditionnelle, autrement dit
confirment qu’il existe bien une relation inverse entre taux de croissance par tête et PIB par tête
initial dès lors que sont prises en compte les différences de caractéristiques structurelles entre
pays.
63
mondial. L’idée est qu’il pourrait y avoir convergence entre pays d’un même groupe ou “ club
” (on pourrait trouver un modèle de croissance commun aux pays appartenant à ce club) et
absence de convergence entre pays appartenant à différents clubs (les modèles seraient
différents d’un club à l’autre).
les pays qui partagent les mêmes caractéristiques structurelles peuvent converger dans le long
terme seulement si leurs “ conditions initiales ” sont similaires. Les conditions initiales
concernent l’acquis des économies, notamment le capital humain et physique accumulé.
Dans le modèle néoclassique, la convergence est liée aux caractéristiques convergence
structurelles quelque soient les conditions initiales. Au contraire, dans l’approche des clubs de,
ce sont ces conditions initiales qui permettent de définir un club de pays parmi lesquels il peut
y avoir convergence si les caractéristiques structurelles sont identiques.
64
CHAPITRE 6 : LE MODELE DE KALDOR
Nicholas Kaldor2 part de l’idée que la flexibilité de la propension à épargner permet de parvenir
à une croissance équilibrée de plein emploi. Il considère deux classes : les travailleurs et les
capitalistes. La classe qui détient les capitaux a alors une position dominante dans la répartition
du revenu et dans la fixation d'un taux d'épargne global compatible avec la réalisation d'un
sentier de croissance équilibrée. La réponse post-keynésienne met donc l'accent sur la relation
entre la répartition du revenu et l'accumulation du capital.
A. Répartition du revenu
Kaldor élimine de l'analyse l'utilisation d'une fonction de production explicite. Il considère une
économie à deux classes : les travailleurs et les capitalistes se partageant le revenu national et
n’ayant pas les mêmes comportements. Cette économie a les caractéristiques suivantes :
H1 : Les travailleurs reçoivent uniquement les revenus du travail et les capitalistes, uniquement
les revenus du capital.
H2 : Le comportement d'épargne est différent entre les deux classes. Les travailleurs ont une
propension à épargner sw et les capitalistes sc avec 0 < sw < sc.
H3 : L'équilibre du marché des biens est assuré et il correspond à St = It ou, plus exactement à
H4 : La part de la demande d'investissement dans le revenu est une donnée exogène qui vérifie
l'inégalité
L’hypothèse 1 définit le rôle des deux classes, en excluant notamment la possibilité de recevoir
des revenus salariaux pour les capitalistes. De même, les travailleurs n'ont pas accès aux profits.
L’hypothèse 2 tient principalement compte du fait que les capitalistes doivent faire des réserves
et donc leur épargne doit être plus forte. L’hypothèse 3 limite l'analyse à des situations
d'équilibre et l'hypothèse 4 assure l'existence de l'équilibre. De plus, en considérant I/Y comme
une donnée, elle élimine le problème du choix de technique en considérant qu'il est effectué de
manière optimale. Dans ce cas, le coefficient de capital (v) respecte l'équilibre dynamique si :
2
Kaldor, N. (1967) “A Model of Economic Growth”, Economic Journal.
65
K K L
= 0 = = n
L K L
I
t = nv
Yt
On a :
66
*
It P I
vérifie la condition (2.1) (donc H4) et l'équilibre existe pour t . Avec t ,
Yt 0 Yt Yt 1
l'équilibre n'existe pas. De plus la répartition d'équilibre est déterminée selon un mécanisme de
multiplicateur :
1
Où joue le rôle du multiplicateur. Quand la part de l'investissement augmente sans
sc − s w
mettre en cause l'existence de l'équilibre, la part des profits augmente aussi à l'équilibre.
P 1 s
= = gK − w
K ( sc − s w ) v
Où g K = K / K ( g w ) est le taux de croissance du capital et représente le taux de profit.
Cette équation met donc en relation le taux de profit et le comportement d'épargne des deux
classes. On a plusieurs cas :
• Si l'épargne des travailleurs est négligeable (sw = 0) la condition précédente devient
Dans ce cas, pour un niveau donné de g, plus les capitalistes consomment (plus faible est sc),
plus leur taux de profit est élevé : les travailleurs dépensent ce qu’ils gagnent et les capitalistes
gagnent ce qu’ils dépensent.
Si les travailleurs n’épargnent pas, la totalité du profit est réinvestie, on a . C’est la règle
d’or de l’accumulation : le taux de profit est égal au taux de croissance.
Conclusion
Selon Kaldor, un modèle de croissance devait prendre en compte certaines régularités:
•Une croissance régulière et continue de la production, de l’emploi et de la productivité du
travail,
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•Un stock de capital qui croît à un taux supérieur à celui de l’emploi, c’est-à-dire une croissance
continue du capital par travailleur,
•Un coefficient de capital v relativement stable au cours de la croissance,
•Un taux de profit relativement stable.
Si l’on considère que le revenu national est composé uniquement de salaires et de profits
𝑃 𝑃𝐾
(Y=W+P). La relation 𝑌 = 𝐾 𝑌 = 𝑟𝑣 est justifiée si le taux de profit ainsi que la part des profits
𝑃
dans le revenu national sont stables. Donc, si r et v sont constants, 𝑌 est constant et la part des
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CHAPITRE 7 : LES THEORIES DE LA CROISSANCE ENDOGENE
Dans les théories de la croissance jusqu’aux années 70, la croissance du progrès technique est
considérée comme un phénomène exogène, c’est-à-dire que son origine n’est pas analysée dans
le cadre de ces modèles. Le modèle de Solow (1956) comporte ainsi l’hypothèse d’un taux de
croissance constant du progrès technique, qui intervient comme un cadeau tombant du ciel.
A la fin des années 80 et les années 90, la théorie de la croissance endogène s’est développée.
Elle prend comme point de départ l’explication du progrès technique en tant que phénomène
économique. Les connaissances sont des biens économiques, qui sont produits et consommés,
mais dans des conditions particulières. En effet, la consommation de connaissances par un agent
n’entame pas la quantité de connaissances disponibles pour les autres (non-rivalité). Ce ne sont
pourtant pas nécessairement des biens publics, parce qu’on peut très bien (pour les idées
nouvelles, non encore diffusées) mettre au point des mécanismes institutionnels permettant
d’interdire à ceux qui ne veulent pas payer ces biens de les connaître ou de les utiliser (le brevet
industriel et le droit d’auteur par exemple).
La théorie de la croissance endogène a été développée principalement par Paul Romer, Robert
Lucas et Robert Barro. Leurs modèles sont basés sur l’innovation et ils appartiennent à deux
branches parallèles :
L’une de ces branches est le modèle à variété des biens de Romer (1990) selon lequel
l’innovation provoque une hausse de la productivité grâce à la création de nouvelles variétés de
biens.
L’autre branche de la théorie basée sur l’innovation s’est développée à la suite des travaux de
Aghion et Howitt (1992), à partir d’une théorie de l’organisation industrielle communément
appelée théorie de la croissance schumpétérienne. Cette théorie se concentre sur les innovations
qui améliorent la qualité des biens, rendant ainsi obsolètes les biens les plus anciens. Par
conséquent, la force que Schumpeter a appelé la destruction-créatrice est au cœur de cette
théorie.
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à la différence du premier, il est produit selon un processus de rendements croissants par rapport
à lui-même parce qu’il est son propre facteur de production : les professeurs forment les élèves
qui utilisent leur connaissance présente pour en acquérir de nouvelles.
L’approche de la croissance par Lucas présente 2 variantes :
- L’une est centrée sur l’accumulation du capital humain par les salariés.
- L’autre sur les effets des affectations des facteurs de production entre secteurs.
Le modèle suppose que les salariés choisissent de manière rationnelle d’affecter leur temps à 2
activités distinctes : soit à la production directe, soit à la formation qui leur permet d’améliorer
leur connaissance de façon continue.
Ici apparait une légère différence avec le modèle de Romer car le capital humain accumulé par
les salariés reste un bien privé. Mais l’augmentation du capital humain a des effets collectifs
car elle exerce une externalité sur le reste de l’économie. L’idée est que de la rencontre de
plusieurs individus naît une compétence collective qui est le fruit des échanges d’idées. Ainsi,
un individu qualifié aura d’autant plus de chance d’être efficace qu’il appartient à une
collectivité où la moyenne de la qualification est élevée.
Ainsi plus un pays aura au départ des dotations en capital humain importantes par rapport à un
autre pays, plus les écarts auront tendance à se maintenir dans le temps et le phénomène de
convergence n’aura pas lieu à cause de cet effet cumulatif du capital humain.
On explique ainsi que contrairement aux enseignements de la théorie néoclassique les capitaux
ne vont pas des pays les plus avancés vers les pays les moins avancés, mais que conformément
à l’observation, l’essentiel des mouvements de capitaux se déroule entre pays avancés.
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Le modèle de Romer
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Le modèle d’Aghion et Howitt (1992)
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Conclusion
La théorie de la croissance endogène a identifié quatre facteurs principaux de croissance : les
rendements d'échelle, la recherche (ou innovation), la connaissance (ou capital humain), et
l'intervention judicieuse de l'État.
• Si les rendements d'échelle sont majoritairement constants, certains investissements
peuvent entraîner des rendements croissants, qui augmentent ainsi le capital physique
et poussent la croissance. Par exemple, les infrastructures publiques causent des
externalités positives en permettant des économies internes chez les producteurs privés.
• Le progrès technique est réintégré au cœur de la croissance, ce n'est plus un « résidu »
par rapport à l'apport des facteurs de production traditionnels (ressources naturelles,
capital, travail). C'est le modèle fondateur de Romer qui rend endogène l'innovation car
il la fait dépendre du comportement, des initiatives et du développement des
compétences des agents économiques. L'innovation est alors une activité à rendement
croissant qui augmente le stock de connaissances, et le « débordement » de ces
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connaissances finit par être bénéfique à tous, au lieu de se limiter à la firme innovante.
Les firmes sont alors interdépendantes, la « course à l'innovation » de chaque firme
bénéficie à l'ensemble des firmes et tire l'économie vers la croissance.
• L'action publique peut augmenter la productivité de l'économie, par exemple en
augmentant le stock de connaissances (le capital humain) ou les infrastructures
publiques; respectivement popularisé par Lucas et Barro. Dans le cas des infrastructures
publiques, Barro conclut qu'elles facilitent la circulation des biens, des personnes, et de
l'information, et que leur financement par l'impôt est alors bénéfique.
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