Verger Tropical
Verger Tropical
© Editions Orphie
www.orphie.net
Fabrice & Valérie Le Bellec
ISBN : 978-2-87763-384-0
Préface
par Francis Hallé
Le lecteur n’aura aucune difficulté à comprendre pourquoi j’aime ce livre, et pourquoi ce fut un plai-
sir d’en écrire la préface.
Les arbres sont mon sujet de recherches depuis plus de 40 ans ; j’adore les fruits et je suis convaincu
qu’ils pourraient me servir de nourriture exclusive ; quant aux Tropiques, ils me passionnent et j’ai la convic-
tion qu’en dépit des apparences, ce sont les régions les plus importantes pour comprendre notre planète.
L’ouvrage commence par une cinquantaine de pages techniques où le lecteur, amateur ou profes-
sionnel, trouvera l’essentiel de ce qu’il doit savoir sur les arbres fruitiers tropicaux : choix des plants et des
outils, méthodes de l’arboriculture, botanique et biologie des fruitiers, principales maladies, contrôle des
parasites et des prédateurs, écologie de la production, techniques de conservation, usages des fruits, etc.
Les principaux fruitiers tropicaux sont ensuite présentés par ordre alphabétique. Pour chaque
espèce – 120 au total - on trouvera son nom en plusieurs langues, son origine géographique, l’allure de la
plante et la description de ses fruits, la diversité variétale, les zones où se pratiquent les cultures, les précau-
tions à prendre, la production mondiale annuelle et encore beaucoup d’autres informations. Une nouveauté
utile : les meilleures collections conservant la variabilité génétique sont indiquées. Le tout est écrit de façon
LE VERGER TROPICAL de Fabrice et Valérie Le Bellec va rendre service à énormément de monde dans les
accessible et illustré de nombreuses photos en couleur.
régions tropicales d’expression française : les planteurs, les commerçants et les industriels y trouveront des
données de base indispensables, jamais réunies dans un même ouvrage de synthèse en français ; les parti-
culiers souhaitant cultiver des fruitiers derrière leur maison pour la consommation familiale, pourront aisé-
ment déterminer la variété la mieux adaptée au climat local, la plus précoce, la plus productive et celle qui
résistera le mieux aux attaques parasitaires ; les touristes pourront enfin identifier ces fruits inconnus qu’ils
voient sur les marchés, et donner un sens à ces mots qui les font rêver, Corossol, Ramboutan et Combava,
Mangoustan, Goyave, Durian ou Cupuaçu.
J’ai le sentiment que les utilisateurs ne résident pas seulement dans les « régions tropicales françai-
ses » et qu’en France métropolitaine aussi, cet ouvrage retiendra l’attention. Il rendra service aux enseignants
des Ecoles d’agriculture et aux Universitaires, aux amateurs de fruits exotiques, restaurateurs et collection-
neurs de fruitiers rares. Les botanistes et ethno-botanistes y trouveront les noms, les origines et les usages de
plantes tropicales qui les intéressent.
Le livre est devant vous, appétissant comme une Grenadille, une tranche d’Ananas ou une joue de
Mangue. Allez-y, consommez sans modération. Pour ma part, à une époque où les « fast-foods » tiennent
un peu trop de place et où la diversité alimentaire s’érode, je souhaite à cet ouvrage la superbe carrière qu’il
mérite.
ABCDaire technique
tes d’associations peuvent être imaginées (maïs, giraumons, tomates…), une règle doit cependant être respectée : des virus, des nématodes… Leur cycle de développement sur un hôte
la culture associée ne doit pas être une concurrente du jeune arbre, notamment pour les éléments minéraux, l’eau (un ravageur par exemple) est susceptible de causer une maladie à ce
ABCDaire technique
et la lumière. Ces associations peuvent prendre une toute autre dimension au sein du jardin créole. En effet, prati- dernier entraînant parfois sa mort. Un champignon, Beauveria bron-
quée de manière cohérente, l’association culturale est sans nul doute une véritable stratégie de lutte biologique. Les gniartii, a été par exemple très efficace pour lutter contre le ver blanc
plantes ‘associées’ aux plantes cultivées (fruits, légumes…) sont alors choisies de telle manière que leur voisinage (Hoplochelus marginalis) de la canne à sucre à la Réunion. La bactérie
ait une influence bénéfique, notamment grâce à leurs qualités protectrices ou répulsives ; elles écartent maladies et Bacillus thuringiensis (un produit microbiologique à base de cette bac-
ravageurs. L’utilisation de ces plantes permet d’éloigner par leur odeur certains ennemis à combattre : la menthe térie est vendu dans le commerce) permet de lutter efficacement contre
repousserait les rongeurs et les fourmis ; le romarin et le basilic, associés au chou, éloignerait les piérides… D’autres les chenilles de certains lépidoptères (comme par exemple Papilio
sont attractives, elles attirent et hébergent les demodocus) ou encore les nématodes du genre Stenernema sont actuel-
insectes utiles : les plantes à fleurs et à nectar lement utilisés pour lutter contre le charançon des agrumes.
favorisent non seulement les abeilles (très utiles à Ces auxiliaires sont souvent naturellement présents dans le verger (et Cochenille verte parasitée par un champignon
certaines espèces pour leur pollinisation) mais d’ailleurs souvent confondus avec des ravageurs), les traitements abusifs entomopathogène (Photo F. Leblanc, Cirad).
aussi les syrphes, les chrysopes et hémérobes qui et non raisonnés peuvent par contre facilement les faire disparaître : ne
eux sont de gros prédateurs de pucerons et autres traitez jamais sans savoir, informez-vous !
insectes. Planter capucines, bourraches et autres Pour tout savoir sur les auxiliaires nous vous conseillons ce précieux
plantes mellifères, c’est joindre l’utile à l’agréa- livre (près de 200 photos et illustrations) : Les auxiliaires des cultures
ble ! La diversité végétale du jardin créole est fruitières, 2003, S. Quilici, D. Vincenot et A. Franck, CIRAD Editions,
capable d’abriter une faune auxiliaire et une ISBN : 287614532-4, 168 p.
flore associée permettant ainsi de limiter les atta-
Coccophagus spp., micro-hyménoptère parasite
ques phytosanitaires : il suffit de ne pas déséqui-
de cochenille (Photo F. Leblanc, Cirad)
librer ce biotope.
Avant de planter
Culture intercalaire de papayers entre des agrumes.
Avant d’imaginer ‘cet acte ultime’ qui vous engagera pour plusieurs années : veuillez vous reporter aux rubriques
Une autre plante, annuelle (haricot, giromon…),
pourrait être également plantée afin de ‘rentabiliser’ suivantes de cet ABCDaire : analyse de terre, choix des espèces et verger (organisation).
l’espace et éviter aussi le désherbage chimique.
12 13
Pitahaya Hylocereus spp. (famille des Cactaceae)
L
es Hylocereus sont des plantes grasses rampante ou grimpante à voquer des nécroses sur tige chez
tiges vertes qui atteignent 6 à 12 mètres de long. Elles adhèrent certaines espèces. Même si les couvert de grands écailles folia-
aux supports grâce à des racines aériennes. Les tiges sont triangu- Hylocereus sont semi-épiphytes et cées, à chair blanche subacide),
laires, le bord des crêtes est ordinairement sinueux et plus ou préfèrent donc, à priori, des condi- H. costaricencis (gros fruit de 250
moins corné avec l'âge pour certaines espèces. Elles sont pourvues tions de culture semi-ombragée à 600 g, rouge lie de vin, rond,
d'épines plutôt courtes. Des très grandes fleurs nocturnes à péta- (conditions fournies dans la nature couvert d’écailles foliacées cas-
les blanc crème naissent des fruits toujours inermes mais couverts par les arbres), certaines espèces santes, à chair rouge au goût de
d’écailles foliacées rouges. La pulpe, blanche ou rouge selon l’es- peuvent croître parfaitement en mûre, des variétés ‘Lisa’, ‘Cebra’ et
pèce, est juteuse et contient de nombreuses petites graines noires. plein soleil ( H. undatus, H. costa- ‘Rosa’ sont connues au Costa
ricensis ou H. purpusii par exem- Rica), H. purpusii (gros fruit de
Culture d’Hylocereus sur pan incliné
ple). Cependant, un ensoleillement 200 à 500 g, ressemblant à H.
trop important et une alimentation undatus mais à chair rouge), H.
Origine et distribution native des Petites Antilles (Hylocereus trigonus). Leur en eau insuffisante provoquent des polyrhizus (fruit plus petit, de 130
En Amérique Latine, de nombreuses espèces cultivées distribution est aujourd’hui mondiale (monde tropical et brûlures de tiges. Par exemple, en Fleur d’Hylocereus trigonus à 350 g, rouge, oblong, à écailles
ou de cueillettes portent le nom de pitahaya, ce nom subtropical), mais Hylocereus undatus est l’espèce la Israël les conditions de croissance foliacées et à chair rouge) et H. tri-
générique vernaculaire contribuant à la difficulté de plus cosmopolite. Dans leur aire originelle, les fruits des optimale sont obtenues sous ombrière à 30 % d’om- gonus (petit fruit de 100 à 150 g, rouge lie de vin, écail-
classification botanique de ces dernières. Toutes ces Hylocereus font l’objet de cueillettes traditionnelles et brage, autre exemple, aux Antilles, la culture d’ H. trigo- les foliacées presque absentes, à chair blanche acide et
pitahayas sont cependant regroupées dans quatre princi- d’une consommation locale. Ces espèces ne sont que nus n’est possible qu’avec un ombrage de l’ordre de citronnée).
paux genres : Stenocereus, Cereus (page 247), très rarement cultivées à grande échelle, hormis en 60%. L’eau en excès provoque systématiquement la
Selenicereus et Hylocereus. Seules seront présentées Colombie, au Costa Rica et au Nicaragua. Au Vietnam, chute des fleurs et des jeunes fruits. Les Hylocereus peu- Culture
dans cet ouvrage, les principales espèces fruitières de ce H. undatus, a par contre connu un réel développement : vent s’adapter à de nombreux types de sols pourvus Les pitahayas sont des plantes semi-épiphytes, elles ram-
dernier genre. Il existe de nombreuses contradictions près de 2.000 ha y sont cultivés. Ailleurs, les pitayas sont qu’ils soient drainants. pent, grimpent et s’accrochent naturellement à tous les
quant à la classification botanique des Hylocereus pro- considérées comme des espèces fruitières nouvelles pro- types de support naturel ou artificiel qu’elles rencontrent
Pitahaya
bablement expliquées par des caractéristiques morpho- metteuses et sont cultivées à plus ou moins grande Multiplication et variété (arbres, poteaux en bois ou en béton, murs de pierre,
logiques similaires et/ou influencées par des conditions échelle comme en Australie, en Israël ou encore à Les pitahayas se multiplient naturellement et très facile- etc.). Elles s’accrochent à ces derniers grâce à leurs raci-
environnementales. Les pitahayas sont principalement Réunion. ment par bouture de tiges dès que ces dernières touchent nes aériennes. Les pitahayas sont donc cultivées sur
originaires d’Amérique Latine, (probablement du le sol. Le semi de graines et la multiplication de jeunes tuteurs vivants ou morts. De nombreux types de palis-
Mexique et de la Colombie), une autre serait cependant pousses in vitro sont également possibles. Cependant, en sage sont utilisés : palissage vertical sur poteaux de
176 177
Pitahaya Hylocereus spp. (famille des Cactaceae)
bois, de béton ou en fer et le palissage horizontal (table La pollinisation des Hylocereus libres sont généralement de moindre qualité que ceux
de récolte) ou sur pan incliné (voir photo page 176). La Les Hylocereus issus de pollinisations croisées manuelles. Ce manque
Pitahaya
provoquer des dommages importants, les premiers sur teurs efficaces – des croisements entre ces deux espèces médicinales aux Hylocereus, l’extrait de la plante
fleurs et sur fruits ; les seconds sur fruits à maturité. sont en effet possibles – semblent être responsables de entière aiderait notamment à dissoudre les lithiases et à
L’activité butineuse des abeilles (Apis mellifera) gêne et cette improductivité. Les abeilles sont tout de même très en empêcher la formation.
peut même compromettre la pratique de la pollinisation attirées par le pollen de ces fleurs. Les visites répétées de
manuelle lorsque cette dernière est obligatoire (dans le ces insectes peuvent contribuer à leur fécondation, Fruits d’Hylocereus trigonus
cas des clones auto incompatibles par exemple). cependant la qualité des fruits issus de ces pollinisations
178 179
Poix doux Inga laurina (Swartz) Benth. (famille des Légumineuses, Mimosaceae) Pomme cierge Cereus hexagonus Mill. (famille des Cactaceae)
Autres noms : Autres noms :
Arbre à miel - Jackysac (anglais) - Guamo rosario (espagnol) Dato (portugais) – pitaya - Cacto columnar (espagnol)
L
e cierge est originaire du Brésil. Ce cactus est fréquem-
O
riginaire de l’Amérique Centrale et des Antilles, le pois ment rencontré dans toutes les contrées tropicales, mais
doux est un arbre de forêt étalant sa couronne en forme peu de personnes savent que ce cierge peut donner des
de parasol jusque 15 m de haut. Il sert d’ombrage aux fruits comestibles. Ce fruit est en effet peu connu en
cultures de café ou borde les allées et rues d’Amérique dehors de son berceau d’origine, hormis en Israël où sa
Centrale et du Sud. Ses feuilles sont composées de 2 pai- culture a débuté il y a quelques années. Cette plante,
res de grands folioles elliptiques. Ses fleurs, blanches et pouvant atteindre 15 mètres de hauteur, est ramifiée dès
très belles, se regroupent dans de longues inflorescences la base. Les tiges sont dressées et souvent pourvues
de 10 à 15 cm de long rappelant un goupillon. Elles sont d'épines. Des très grandes fleurs (20 à 25 cm de lon-
prisées des abeilles. Elles donnent naissance à des gousses gueur) naissent des fruits de forme ovoïde et de couleur
plates de couleur vert tendre qui ne s’ouvrent pas à matu- rouge-violacé. La pulpe du fruit est molle, juteuse, de
rité. Elles contiennent 6 à 10 graines noires qui ont la par- couleur blanche à rosâtre et pourvue de nombreuses
ticularité de pouvoir germer dans la gousse. Les enfants petites graines noires. Cette pulpe est consommée crue.
apprécient beaucoup la pulpe blanche et sucrée qui Sa texture se rapproche de celle des pitahayas (page
entoure les graines. Pour l’atteindre, ils ouvrent la gousse 176), sa saveur est différente, au goût d'abricot très
sur sa longueur. Cette pulpe est juteuse et de saveur dou- agréable. La plupart des variétés de pomme cierge sont
ceâtre. Elle est généralement consommée crue. autostériles et seules des pollinisations croisées entre
variétés peuvent assurer leur fructification. Même si la
floraison est nocturne (comme celle des pitahayas, voir
246 247
www.orphie.net