Master Juriste D’affaires
Le crime en col blanc
Réalisé par : Sous l’appréciation
de :
Basma SAJID Pr. Loubna
OUAZZANI CHAHDI
‘’Cet article est concerné par la relation entre le crime et les affaires. Les
économistes sont concernées par les méthodes d’affaires mais ne sont pas
habitués à les considérer d’un point de vue criminel ; un bon nombre de
sociologues sont familiers au crime mais ne sont pas habitués à le considérer et
à comment il se manifeste dans les affaires. Cet article est une tentative qui
consiste à joindre ces deux corps de savoir.’’
C’est ainsi qu’Edwin Sutherland, criminologue affilié à l’école de Chicago, introduit son
célèbre discours du 27 décembre 1939. Il convient de rappeler brièvement la vie de celui qui
est considéré comme l’un des criminologues les plus influents de la criminologie nord-
américaine. Né dans le Midwest en 1883, Sutherland obtient son doctorat à l’université de
Chicago en 1913, bien que celui-ci ne soit pas lié à la criminologie. En 1924, il publie son
premier ouvrage sur cette discipline, à une époque où la criminologie attribuait les causes du
crime à des facteurs tels que la pauvreté, la désorganisation sociale, l’absence de structure
familiale ou les conditions de vie difficiles.
Au fil du temps, la pensée de Sutherland évolue vers de nouvelles perspectives. Après avoir
quitté l’université de Chicago, il rejoint l’université d’Indiana, où il consacre le reste de sa vie
à l’écriture. Au milieu des années 1930, il rebaptise son ouvrage précédent en Principes de
criminologie, considéré comme l’une de ses œuvres majeures. Par la suite, il développe la
célèbre théorie de l’association différentielle, qui met en lumière le rôle du processus
d’apprentissage dans la délinquance, cette dernière étant perçue comme un aspect de la
déviance. Selon cette théorie, le comportement délinquant résulte davantage de
l’apprentissage de normes et d’attitudes favorables à ce type de comportement, plutôt que de
traits de personnalité spécifiques.
En 1939, Sutherland est élu président de l'American Sociological Association. C’est à ce titre
qu’il prononce son célèbre discours sur le crime en col blanc, qu’il définit comme un crime
commis par une personne respectable et occupant une position sociale élevée dans le cadre de
ses fonctions.
Cependant, avant d’approfondir cette réflexion, il convient de poser une série de questions
préalables : qu’entend-on par criminalité ? Qu’est-ce que la criminologie ? Et quel lien peut-
on établir entre cette discipline et le droit pénal spécial ?
La criminalité est une réalité humaine et sociale, relevant d’une approche empirique, et ne se
limite pas à un simple acte nécessitant une répression, comme le postule l’approche juridique.
Elle englobe l’ensemble des actes illégaux, qu’ils soient délictueux ou criminels, commis dans
un contexte social et temporel spécifique. En substance, elle représente une transgression des
normes juridiques établies par un système social. Ces normes peuvent être universelles,
objectives et intemporelles, ou encore sociales, subjectives et variables selon les époques et
les lieux.
La criminologie, pour sa part, est une science pluridisciplinaire dont l’objet commun est
l’étude du phénomène criminel sous toutes ses facettes : son auteur, ses motivations, ses
victimes et ses impacts individuels et sociaux. Son objectif est de mettre à profit les
connaissances acquises pour lutter contre le crime en le limitant ou en le réduisant.
En parallèle, le droit pénal spécial se concentre sur l’analyse des éléments constitutifs et des
règles spécifiques qui encadrent la répression de chaque infraction. Il s’intéresse à leurs
particularités, qu’il s’agisse de leur structure, des sanctions ou des modalités d’application.
Ces deux disciplines, bien que liées, divergent dans leurs perspectives. La criminologie, en
tant que science empirique, s’intéresse davantage à la personne et à ses comportements
déviants qu’aux seuls actes. Elle cherche à comprendre les dynamiques du passage à l’acte et
le degré de dangerosité de l’individu, là où le droit pénal suppose une volonté délibérée de
commettre une infraction, sous l’hypothèse du libre arbitre. Le droit pénal se base sur trois
éléments fondamentaux : moral, légal et matériel, tandis que la criminologie explore les
mécanismes sociologiques et psychologiques conduisant au crime.
Une autre différence réside dans la manière dont ces disciplines appréhendent la criminalité.
Le droit pénal classe les infractions en crimes, délits et contraventions, tandis que la
criminologie privilégie des typologies basées sur les profils criminels (comme les criminels
d’occasion ou les tueurs en série). De plus, là où le droit pénal traite des infractions stricto
sensu, la criminologie englobe une définition plus large, intégrant des formes de déviance qui,
bien que non pénalement incriminées (comme la prostitution ou la mendicité), sont nuisibles
ou socialement inacceptables.
Malgré ces divergences, une complémentarité s’est progressivement imposée. D’un côté, la
criminologie ne peut ignorer le cadre juridique offert par le droit pénal, et de l’autre, le droit
pénal bénéficie des apports analytiques de la criminologie pour mieux s’adapter aux
évolutions sociales. Cette collaboration profite tant au législateur, en éclairant son travail,
qu’au juge, en l’aidant à individualiser les sanctions, et à l’administration pénitentiaire, en
favorisant une gestion adaptée des détenus.
En somme, la criminologie et le droit pénal, bien que différents dans leur approche, trouvent
des terrains d’entente pour mieux comprendre et combattre les diverses formes de criminalité.
Les contributions de la criminologie ont été précieuses à plusieurs niveaux : pour le
législateur, en l’éclairant et en lui fournissant des informations essentielles à l’élaboration des
lois ; pour le juge, en l’aidant à individualiser les sanctions en fonction des spécificités des
infractions et des auteurs ; et pour l’administration pénitentiaire, en facilitant un traitement
adapté à chaque détenu.
Dans ce contexte, la théorie d’Edwin Sutherland a marqué un tournant, non seulement pour la
criminologie mais également pour le droit pénal, en attirant l’attention sur un type de
criminalité encore peu étudié à l’époque : le crime en col blanc. Selon le FBI, cette catégorie
regroupe des infractions non violentes, mais aux conséquences dévastatrices. Ces crimes
peuvent anéantir des entreprises, ruiner les économies de toute une vie d’individus, faire
perdre des milliards de dollars aux investisseurs et miner la confiance du public dans les
institutions.
Au regard de la pluralité des évènements cités auparavant, il convient de se demander,
comment la théorie du crime en col blanc, à travers ses spécificités, permet-elle d’éclairer et
d’influencer son intégration dans le cadre juridique ?
Pour étudier cette problématique, nous aborderons dans un premier temps la genèse de la
théorie du crime en col blanc ainsi que ses spécificités (Chapitre I). Ensuite, nous
examinerons comment celle-ci se manifeste dans le domaine du droit (Chapitre II).
Chapitre I : La genèse et les spécificités du crime en col blanc
a- La théorie d’Edwin Sutherland
Le sociologue Edwin Sutherland, issu de l’école de Chicago, a contribué à démontrer que la
délinquance des classes populaires n’était pas le fruit d’une transmission génétique,
contredisant ainsi les théories biologiques en vogue à son époque. Selon les recherches de
cette école, des facteurs structurels jouent un rôle déterminant dans la déviance et la
transgression des normes juridiques. Par exemple, la concentration de la pauvreté et du
chômage dans certaines zones géographiques, souvent caractérisées par des logements
sociaux vétustes et insalubres, favorise ces comportements déviants.
Ainsi, la conduite délinquante résulte moins de caractéristiques génétiques ou ethniques que
de conditions territoriales spécifiques. Toutefois, l’école de Chicago souligne également le
rôle des facteurs personnels, comme les perturbations dans la vie familiale, lesquelles peuvent
être exacerbées par les conditions socio-économiques défavorables.
Pour Sutherland, cependant, ces facteurs sociaux et individuels ne suffisent pas à expliquer les
comportements criminels. Il critique l’idée selon laquelle la pauvreté serait la cause principale
de la délinquance, soulignant plutôt que ce sont les interactions sociales, qu’elles soient liées à
la richesse ou à la pauvreté, qui favorisent les transgressions. Insister uniquement sur
l’environnement défavorable revient, selon lui, à stigmatiser les classes populaires, en les
désignant comme les seules sources potentielles de danger moral et social. En réalité, la
criminalité découle d’un certain type de relations sociales, qu’elles émergent dans des
environnements favorables ou défavorables.
Sutherland a introduit le concept de "criminalité en col blanc", qu’il définit comme des
infractions commises par des individus de statut social élevé dans le cadre de leurs activités
économiques et professionnelles. Il met en évidence une caractéristique fondamentale de ces
crimes : ils sont souvent traités comme s’ils n’en étaient pas, éliminant ainsi tout stigmate
associé à la criminalité.
Ces infractions sont variées : restrictions commerciales, publicités mensongères, violations de
brevets ou de droits d’auteur, infractions au code du travail, fraudes fiscales, non-respect des
normes environnementales, abus de biens sociaux, corruption, trafic d’influence, entre autres.
La différence clé entre la délinquance des classes populaires et celle des élites réside dans le
fait que cette dernière bénéficie d’une puissance sociale et politique qui la protège souvent des
condamnations pénales.
Les criminels en col blanc, bien intégrés dans la société, disposent de ressources juridiques et
sociales pour dissimuler leurs délits ou influencer les lois à leur avantage. Ils sont rarement
poursuivis pénalement, les procureurs privilégiant des sanctions civiles, souvent limitées à des
amendes. Cette situation leur permet d’échapper non seulement à la prison, mais aussi aux
statistiques officielles de la délinquance, ce qui contribue à leur invisibilisation et, par
conséquent, à leur impunité.
Reconnaître et traiter cette forme de délinquance est essentiel pour lutter contre son
occultation et ses conséquences sur la société.
b- Caractéristiques de la criminalité financière
La criminalité en col blanc se distingue par son caractère rusé, intellectuel et peu visible,
souvent exercé à titre individuel. Edwin Sutherland, comme évoqué précédemment, a
introduit ce concept en explorant comment des individus respectables, parfois issus des
classes sociales élevées, deviennent des délinquants financiers. Contrairement à la criminalité
"en col bleu" des classes ouvrières, la criminalité en col blanc concerne la violation
systématique des lois régissant les activités professionnelles liées aux affaires, à l'industrie et
au commerce. Certains auteurs préfèrent qualifier ces délinquants de "criminels influents", car
ils appartiennent aux classes socio-économiques supérieures et bénéficient d’un pouvoir
politique et financier leur permettant d’échapper plus facilement aux arrestations et
condamnations.
Avant même l’apparition de cette théorie, Cesare Lombroso avait déjà distingué entre
criminalité violente et criminalité intellectuelle. Il établissait une relation entre l’instruction et
la criminalité, observant que l’éducation favorisait un glissement de la criminalité violente
(homicides, blessures) vers une criminalité intellectuelle (escroqueries, abus de confiance).
Toutefois, une instruction insuffisante ne suffit pas à expliquer les actes criminels commis par
des individus hautement éduqués et socialement favorisés.
Au Maroc, le manque de statistiques fiables ou d’études approfondies rend difficile
l’évaluation de ce phénomène. Cependant, des données pénitentiaires de 2016 montrent que la
réitération de certains crimes de droit commun est courante chez des personnes ayant un
faible niveau scolaire, laissant supposer que la criminalité financière pourrait être plus
fréquente chez les individus ayant un haut niveau d’éducation.
Il est crucial de différencier la criminalité réelle (les infractions effectivement commises), la
criminalité légale (les infractions connues des autorités et consignées dans les statistiques), et
la criminalité dissimulée, qui reste invisible aux institutions. La criminalité financière se
caractérise par son caractère caché, ce qui explique son "chiffre noir" important, surpassant
celui des autres infractions. Les poursuites pénales dans ce domaine sont entravées par
plusieurs obstacles, notamment les relations politiques et financières des suspects, l’apparente
insignifiance de certaines infractions, et la difficulté à réunir des preuves suffisantes.
Enfin, cette forme de criminalité s’exerce souvent individuellement, reflet de l’individualisme
économique dominant dans les sociétés modernes. Ce système de valeurs pousse les individus
à rechercher avant tout l’argent et le prestige social. Les criminels financiers, bien qu’intégrés
dans des structures hiérarchisées, adoptent une approche individualiste et rationnelle,
acceptant les risques dès lors qu’ils apportent des bénéfices. Selon une perspective
économique, ces individus agissent comme des agents rationnels cherchant à maximiser leur
utilité personnelle en fonction des contraintes de revenu et de risque.
I) Le crime en col blanc : Manifestation juridique
a- Le droit pénal des affaires au Maroc : enjeux, insuffisances et perspectives de
renforcement
Le droit pénal des affaires regroupe l’ensemble des infractions commises dans le cadre des
activités économiques et commerciales. Il constitue une branche spécifique du droit pénal, qui
sanctionne les atteintes à l’ordre économique, financier et social, ainsi qu’à la qualité de vie, à
la propriété, à la foi publique et à l’intégrité physique, lorsque ces actes sont réalisés dans le
cadre d’une entreprise ou pour son compte.
En droit marocain, la "criminalité d’affaires" désigne les infractions qui violent les normes
légales établies pour réglementer les activités économiques. Ces infractions peuvent être
commises soit dans le cadre d’une entreprise, soit par des professionnels utilisant les
mécanismes de l’entreprise à leur profit ou pour ses intérêts. Ces infractions se répartissent en
deux grandes catégories :
Les infractions directement liées à l’entreprise : Ces infractions ne peuvent être commises
que dans un cadre entrepreneurial. Elles concernent, par exemple, la violation des législations
relatives aux sociétés commerciales, au droit du travail, ou encore aux normes d’hygiène et de
sécurité.
Les infractions pouvant être commises à l’intérieur ou en dehors de l’entreprise : Il s’agit
d’actes tels que le vol, l’escroquerie, l’abus de confiance, la fraude fiscale ou douanière, ainsi
que les actes de pollution. Ces infractions, bien qu’appartenant au droit commun, peuvent
relever du droit pénal des affaires lorsqu’elles se produisent dans un contexte entrepreneurial.
Le droit pénal des affaires englobe ainsi des infractions de droit commun appliquées au
monde économique, mais aussi des infractions spécifiques comme celles relatives au droit des
sociétés (constitution, fonctionnement, capital social), aux infractions financières
(banqueroute, délit d’initié) ou à celles affectant la moralité des affaires (corruption,
blanchiment de capitaux).
Cependant, au Maroc, la réalité pratique révèle certaines insuffisances. La loi 43-12, qui
encadre les activités de l’Autorité Marocaine du Marché des Capitaux (AMMC), prévoit des
sanctions pour les infractions boursières, notamment le délit d’initié. Pourtant, en pratique,
ces dispositions restent peu appliquées. À ce jour, l’AMMC n’a encore jamais saisi la justice
pénale pour ce type d’infractions, et l’absence de jurisprudence dans ce domaine souligne une
faiblesse dans la mise en œuvre de la répression pénale.
Le déclenchement des poursuites pour infractions boursières dépend largement de l’AMMC,
principal organe chargé de surveiller et détecter ces infractions. Malgré une coopération
renforcée entre l’AMMC et les autorités judiciaires sur le plan légal, les résultats concrets sont
encore limités.
À titre de comparaison, en France, le traitement des délits d’initiés est plus développé, avec
une jurisprudence abondante. Un exemple marquant est l’affaire Pechiney-Triangle des
années 1980, qui impliquait un délit d’initié autour d’une offre publique d’achat. Cette affaire,
ayant fait l’objet d’enquêtes judiciaires approfondies, a conduit à des condamnations, y
compris de personnalités influentes.
Pour renforcer l’efficacité du droit pénal des affaires au Maroc, il est crucial de surmonter les
lacunes actuelles. Cela nécessite un renforcement des capacités des autorités administratives
et judiciaires, telles que le Conseil de la Concurrence, l’Instance Centrale de Lutte contre la
Corruption et les juridictions pénales, afin de mieux détecter, poursuivre et réprimer les
infractions complexes liées à la criminalité économique et financière.
b- La dépénalisation du droit pénal des affaires
Le droit pénal des affaires, avec sa multitude d’infractions, occupe une place importante dans
la régulation du monde économique, permettant de sanctionner des comportements frauduleux
et déloyaux. Toutefois, de nombreux spécialistes en droit commercial estiment qu’il est
préférable de résoudre les litiges à l’aide de mécanismes civils et commerciaux, évitant ainsi
le recours à l’appareil pénal, souvent perçu comme intimidant. Cette approche vise à ne pas
décourager l’esprit entrepreneurial, déjà confronté à la complexité des règles régissant les
affaires.
Cette perception d’un "excès de sévérité" a rapidement suscité des critiques. À mesure que
les affaires se développaient et nécessitaient une protection accrue, le risque pénal est apparu
comme un frein à l’activité entrepreneuriale. Comme le rappellent certains auteurs, "passer
des menottes aux dirigeants, c’est entraver l’entreprise et museler la croissance." C’est dans
ce contexte qu’est née l’idée de dépénaliser certaines infractions du droit des affaires.
La dépénalisation se définit comme l’action de retirer des comportements du champ de la
répression pénale. Cette idée a été largement partagée par des acteurs politiques, comme en
témoigne une déclaration du président français Nicolas Sarkozy en 2007. Il y dénonçait la
pénalisation du droit des affaires comme une "grave erreur", insistant sur la nécessité de
réduire les risques pénaux pour encourager la prise de risque et l’innovation dans
l’entrepreneuriat.
En réponse, un groupe de travail dirigé par le magistrat Jean-Marie Coulon a remis en 2008
un rapport à la ministre de la Justice, proposant de dépénaliser une quarantaine d’infractions
mineures, jugées désuètes ou redondantes. Parmi ces propositions figuraient la suppression de
certaines infractions spécifiques, comme celles liées au Code de la consommation, tout en
maintenant les sanctions pour les délits les plus graves, notamment l’abus de biens sociaux,
l’abus de confiance, l’escroquerie, le faux en écritures comptables ou encore le délit d’initié,
dont la peine maximale d’emprisonnement a été augmentée de deux à trois ans.
Un exemple emblématique de cette démarche en France est la dépénalisation du délit
d’émission de chèques sans provision, qui illustre une évolution vers une approche moins
répressive des infractions liées aux affaires.
Au Maroc, la démarche de dépénalisation a également été amorcée avec l’adoption de la loi
20-05. Cette loi a supprimé certaines dispositions pénales, réduit des amendes et, dans
certains cas, remplacé les sanctions pénales par des amendes. L’objectif était de redonner aux
entrepreneurs imprudents mais de bonne foi la confiance nécessaire pour innover, tout en
maintenant l’attractivité économique du pays dans un cadre éthique.
Par exemple, des faits résultant d’erreurs ou d’omissions, auparavant lourdement sanctionnés,
ont vu leurs peines réduites. Dès la promulgation de la loi 17-95 en 1996, de nombreuses voix
s’étaient élevées contre la surpénalisation du droit des affaires, qualifiant le Maroc de "paradis
pénal". Des infractions liées à l’émission d’actions, comme l’absence de libération d’un quart
de leur valeur à la souscription, ne sont désormais plus passibles de prison, tout comme
certains manquements aux formalités préalables.
Cette évolution reflète une volonté d’équilibrer la rigueur nécessaire à la régulation des
affaires avec un cadre plus favorable à la croissance économique et à l’innovation, tout en
préservant une moralité essentielle dans le monde des affaires.
En conclusion, ce type de criminalité se distingue par sa subtilité, sa faible visibilité, son
caractère individuel et son ancrage dans un individualisme économique. Une question centrale
se pose : les facteurs qui expliquent cette criminalité sont-ils exclusivement d’ordre socio-
économique ?
Par ailleurs, l’analyse a mis en lumière la transposition de cette théorie dans le cadre législatif,
le déficit de jurisprudence concernant certaines infractions financières et la volonté affichée
de dépénaliser une partie du droit pénal des affaires. Par exemple, le fait qu’un chèque sans
provision puisse être poursuivi sous l’incrimination d’escroquerie soulève une interrogation
cruciale : la dépénalisation du droit pénal des affaires est-elle réellement envisageable ou
demeure-t-elle une utopie ?