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ADA N° 382 // JUILLET-AOÛT 2013

www.defense.gouv.fr

DOSSIER D’HIER À DEMAIN


LES BATAILLES

FOCUS
EUROPE ET
CYBERSECURITE
So m m a i r e
N° 382

FORCES EN ACTION
4 Baltic 2013, l’alerte permanente COMMÉMORATIONS Ce numéro plonge le lecteur dans le monde des
ÉDITORIAL

8 RMBS : sports à l’essai grandes batailles, qu’il s’agisse de celles qui ont
marqué l’histoire de notre pays, ou des batailles du
12 Sauver des eaux futur, notamment en matière de cyberdéfense.
Parce que la mémoire des conflits contemporains est
un outil essentiel de compréhension des enjeux pré-
16 Portrait : oiseau de nuit sents et des réponses à y apporter, le gouvernement

J. ROBERT
fait une priorité de la mise en valeur du cycle mémoriel
18 Les opérations en bref unique dans lequel nous sommes engagés.
Ainsi, les commémorations des mois et années à venir se structureront autour
ENJEUX de deux axes majeurs : le centenaire de la Grande Guerre et le 70e anniversaire
20 La recherche stratégique des libérations du territoire. Chacun de ces deux volets a son importance et
sa spécificité et, ensemble, ils participeront d’un même mouvement de ras-
MODERNISATION semblement des Français autour de leur histoire commune. Dans le cadre du
70e anniversaire des libérations du territoire, cette année 2013 met à l’honneur
22 Priorité à l’harmonisation la Résistance, en particulier la résistance intérieure, unifiée grâce à l’œuvre de
des données Jean Moulin. Nous célèbrerons également, en septembre et octobre, la libéra-
FOCUS DEFENSE tion de la Corse, premier département français libéré sous l’action conjointe de
la résistance locale, des commandos de choc et des goumiers marocains. L’an-
24 Un 14 Juillet très international née 2014 sera celle des commémorations des débarquements de Normandie
et de Provence, de la libération des grandes villes et du reste du territoire, avant
26 Mali, la Minusma prend le retour des camps l’année suivante.
le relais de la Misma Le centenaire de la Grande Guerre mettra à l’honneur la France comme champ
de bataille du monde. Plus de 90 États s’affrontèrent en effet sur notre sol,
plusieurs d’entre eux forgeant ici leur identité, à l’instar de l’Australie ou de la
28 À l’école de la coopération Nouvelle-Zélande. Les cérémonies organisées autour des grandes batailles
seront l’occasion d’un grand retour sur ce début de XXe siècle qui structura dura-
32 Atlas : un titan polyvalent blement les relations internationales, notamment avec la création de la Société
des Nations, préalable à l’Organisation des Nations unies.
34 Interview du secrétaire général Cette politique mémorielle est aussi conduite pour comprendre l’histoire de
du CSFM nos armées, de ces hommes qui se sont battus sous le drapeau français, des
valeurs qui ont guidé et guident toujours leur engagement pour notre pays. Pour
36 L’Europe prend en main reprendre les mots du président de la République, François Hollande, le 24 mai
dernier à l’Institut des hautes études de défense nationale, « nous veillerons à
sa cybersécurité
en faire des évocations citoyennes pour que les jeunes sachent bien ce qu’est
la guerre, pour mieux apprécier ce qu’est la paix ».
40 La Force navale franco-
allemande sur le pont Kader Arif ministre délégué auprès du ministre de la Défense,
chargé des Anciens Combattants
42 Repères
ARMÉES D’AUJOURD’HUI. Directeur de la publication : Pierre Bayle. Directeur de la rédaction :
DOSSIER colonel (terre) Alban des Courtils. Chef du bureau de la rédaction : lieutenant-colonel (air) Bruno
Cunat. Rédacteur en chef : lieutenant-colonel (terre) Philippe Dupas. Rédacteur en chef adjoint :
44 Les batailles, d’hier à demain commandant (terre) Xave Gaspard (01 44 42 48 01). Conception graphique : Olivier Spadaccini.
Secrétaire générale de rédaction : Sybile Prenel. Secrétariat de rédaction : Yves Le Guludec.
Chef des reportages : adjudant (air) Lionel Gioda (53 52). Rédaction : Carine Bobbera (48 07),
DÉTOURS CULTURE capitaine (terre) Flora Cantin (33 18), enseigne de vaisseau Grégoire Chaumeil (40 04), Paul Hessenbruch (55 05),
Samantha Lille (47 27), Nelly Moussu (46 29), capitaine (air) Lætitia Perier (45 83), aspirant (marine) Margaux
60 Renseignements, l’autre combat Thuriot (48 11). Prestations extérieures : Frédéric Charillon, lieutenant de vaisseau (marine) Cynthia Glock, Jean-
Claude Jaeger, Pierre Journoud, Frédéric Ramel. Service photo : CC1 (terre) Jean-Jacques Chatard (46 98). Service
icono : Christophe Deyres (48 35), Carole Vennin (45 09). Chef de fabrication : Thierry Lepsch : 01 44 42 32 42.
PERSPECTIVES Photogravure : Open Graphic Media. Impression : Imaye Graphic. Routage : EDIACA. Dépôt légal : février 2003.
Dicod – École militaire – 1, place Joffre – 75007 Paris. N° ISSN : 0338 - 3520. Abonnement payant (ECPAD) :
64 Histoire 01 49 60 52 44. [email protected]. Diffusion - abonnement gratuit : sergent-chef (air) Céline
Butaud : 01 44 42 40 07. [email protected] . Contact publicité (ECPAD) : Christelle Touzet :
KIOSQUE 01 49 60 58 56 / [email protected]. Couverture : Opération Castor, 20 novembre 1953 – ©ECPAD
FORCES EN ACTION

Baltic 2013
l’alerte permanente
Sous mandat de l’Otan, un détachement de l’armée de l’Air assure pour quatre mois
la surveillance de l’espace aérien des trois États baltes. Durant cette période, quatre
Mirage F1 CR de l’escadron Savoie et 90 militaires multiplient les entraînements.

PA R L A E T I T I A P E R I E R / P H O T O S : J E A N - J A C Q U E S C H ATA R D / D I C O D
Deux Mirage F1 CR
de l’escadron de
reconnaissance 2/33
Savoie effectuent une
mission de protection
de l’espace aérien de
l’Estonie, de la Lettonie
et de la Lituanie.
FORCES EN ACTION

« Protéger l’espace aérien balte consiste à décoller sur alerte


pour aller identifier, surveiller, voire arraisonner un aéronef. »
Ci-dessus : dans la salle opérationnelle, les pilotes vérifient les plans de vol.

En haut à droite : un pilote vient d’enfiler sa combinaison anti-G. Il doit déjà être équipé en cas d’alerte.

Ci-dessus à droite : la sirène a retenti. Un « chasseur » rejoint son avion, il a 15 minutes pour décoller.

Ci-contre : le tandem pilote-mécanicien effectue les derniers « checks » avant le départ.

Ci-dessous : au retour de vol, le mécanicien remet le Mirage en état et fait le plein.

En bas à droite : alerte réelle. Deux Mirage de l’escadron Savoie raccompagnent un Sukhoi-27 russe.
B
ase aérienne de Šiauliai, Lituanie, contrôleurs de défense aérienne », précise
8 heures. Le jour s’est levé il y a déjà le lieutenant-colonel Vinot-Préfontaine. Les
quatre heures sur la zone de QRA pilotes sont déjà équipés : combinaison anti-G
(Quick Reaction Alert, alerte de réac- pour limiter les effets de facteurs de charge
tion rapide) : çà et là, de vieux hangars élevés, combinaison étanche, dite « glou-
massifs rongés par la rouille et recouverts de la glou », s’ils viennent à s’éjecter dans l’eau
verdure de ce début de mois de juin rappellent froide de la mer Baltique. En dépit du thermo-
le passé soviétique de la base. Quelques pré- mètre qui frôle les 26 °C, le port de la tenue de
fabriqués, un grand bâtiment en construction vol est de rigueur afin de pouvoir décoller dans
et surtout des hangars flambant neufs abritant les 15 minutes qui suivent le déclenchement
des avions de chasse indiquent que la zone est d’une alerte.
encore en activité en dépit des herbes hautes.
Des Lituaniens montent la garde. Des militaires Hangar atteint en trente secondes
français travaillent ici. Leur mission : assurer, Les pilotes sont détendus mais restent concen-
pour l’Otan, la police du ciel, la surveillance de trés. À 10 heures, l’alarme retentit. Les autorités
l’espace aérien et une alerte opérationnelle per- otaniennes du CAOC (Combined Air Operation
manente au profit des trois États baltes (Esto- Center, le centre de coordination des opéra-
nie, Lettonie, Lituanie). Explication du chef du tions aériennes) d’Uedem (Allemagne) donnent
détachement, le lieutenant-colonel Benjamin un ordre d’engagement. Deux pilotes sortent
Vinot-Préfontaine : « Notre tâche consiste à en courant de la zone ops et sautent dans un
protéger l’espace aérien de ces pays. Concrè- véhicule. En trente secondes, ils atteignent
tement, il s’agit de décoller sur alerte pour aller les hangars et grimpent dans leurs cockpits.
identifier, surveiller, voire arraisonner un aéronef Une voiture de mécaniciens et un camion de
dont le comportement ne serait pas conforme pompiers les rejoignent. Les « chasseurs »
aux règles de la circulation aérienne. » contactent par radio le WOC (Wing Operations
Center, centre opérationnel aérien) situé non
Tango Scramble au programme loin de là pour obtenir les premiers éléments
Depuis 2004, l’Alliance atlantique conduit cette d’informations sur leur mission. Quelques ins-
opération à la demande des pays baltes, qui tants plus tard, les deux appareils évoluent déjà
ne possèdent pas d’avions de chasse. Ce sont dans le ciel balte.
des pays membres de l’Otan qui se portent Après une heure et demie de vol, ils atter-
volontaires pour effectuer cette mission sur la rissent. Leur exercice consistait à simuler une
base de rotations d’une durée de quatre mois. panne radio et ainsi à communiquer entre
Après une participation en 2007, 2010 et 2011, eux par gestes. Une fois leurs deux missiles
la France a pris le relais du Danemark le 30 avril Magic 2 et leurs canons de 30 mm neutralisés,
en projetant près de 90 militaires, essentiel- ils retournent dans leurs hangars. Le dernier
lement de l’armée de l’Air, du mécanicien au moteur éteint, les mécaniciens ont une heure
contrôleur en passant par le pompier, l’armurier pour faire le tour des avions, les remettre en
ou encore le médecin, et 4 Mirage F1 CR de état de vol et faire le plein.
l’escadron de reconnaissance 2/33 Savoie de Midi : pause déjeuner. Un nouveau binôme
Mont-de-Marsan. L’objectif est à chaque fois le enchaîne sur un briefing à 13 heures et un
même : assurer une permanence opérationnelle second Tango Scramble une heure plus tard.
24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. 17 heures : fin de la journée. Seule reste l’équipe
8 heures : Les personnels de jour arrivent, de permanence : deux pilotes, un contrôleur,
l’équipe d’astreinte est relevée. Dans l’ops cinq pompiers et sept mécaniciens. Les plus
room (la salle opérationnelle), sommairement courageux, de retour en ville, partent dans une
meublée, on s’agite. Lecture des mails, point salle de sport pour se maintenir en condition
météo, vérification des plans de vol, mise à jour physique sous la houlette du moniteur du déta-
de la situation aérienne. À 9 heures débute le chement. Dans la zone de QRA désertée,
premier briefing de la journée entre pilotes puis l’équipe d’astreinte veille. Soudain, à 17 h 35, la
avec les contrôleurs aériens. Pour être opéra- sonnerie retentit : « C’est un Alpha Scramble ! »
tionnel, il est impératif de s’entraîner. Aussi, Une alerte réelle. Les pilotes, qui discutaient
deux à trois Tango Scramble (entraînement tout en regardant la télévision, bondissent de
au décollage sur alerte) sont quotidiennement leur siège. La tension, inexistante il y a quelques
©ARMÉE DE L’AIR

programmés. « Nous effectuons au moins instants, est palpable. 17 h 50 : les moteurs des
huit missions d’entraînement par semaine, Mirage F1 CR rugissent dans l’air. L’entraîne-
aussi bien pour nos personnels que pour les ment laisse place à une mission réelle.

7
FORCES EN ACTION

Initiation au golf
sur le practice
du club de Bourges.
RMBS
Sports
à l’essai
Golf, escrime, aviron, équitation…
Cinquante-quatre soldats atteints d’un
handicap physique ou psychique ont pu
découvrir une cinquantaine de disciplines
lors des 2es Rencontres militaires blessures
et sports à Bourges. L’occasion de se
dépasser et de reprendre confiance en soi.

PA R C A R I N E B O B B E R A / P H O T O S : A R N A U D K A R A G H E Z I A N / E C PA D
FORCES EN ACTION

« Ces activités me
permettent de reprendre
goût au sport et
me donnent envie de
pratiquer comme avant. »
Ci-dessus : démonstration d’athlétisme
dans un gymnase de Bourges.
Des stagiaires essaient un fauteuil
adapté à la compétition.

Ci-contre : avec le vortex, petite balle


munie d’une queue aérodynamique,
le lanceur doit atteindre un cerceau
situé à une vingtaine de mètres.

En haut à droite : l’adjudant Christophe


Caron (à droite) pratique l’escrime
depuis cinq ans. Participant des RMBS,
il endosse ici le rôle de professeur
pour initier l’un de ses compagnons.

En bas à droite : Kader Arif, ministre


délégué chargé des Anciens
Combattants, a salué le sens du
dépassement des sportifs à l’occasion
de sa visite du 4 juin.
E
n ce début de matinée, une pluie mon handicap. J’ai ainsi découvert l’escrime,
U
fine tombe sur le terrain de golf de la qui m’a immédiatement plu et que je pratique
ville de Bourges. Les yeux rivés sur maintenant depuis cinq ans. Lorsque j’enfile
Te
le green, l’adjudant Christophe Caron ma tenue et que je commence à tirer, je pense
empoigne fermement son club. D’un à autre chose qu’à mon handicap. Et c’est une
geste assuré, il frappe la petite balle blanche. manière de me dire que je ne suis pas complè-
Celle-ci, comme téléguidée, monte dans les tement fini. » Un caporal est resté à l’écart du
airs et atterrit directement dans le trou. Ce groupe. « Je n’ai pas passé deux mois en fau-
coup parfait est d’autant plus spectaculaire teuil pour faire du sport assis dans un chariot »,
qu’il vient d’être réalisé depuis un fauteuil râle-t-il. Après un premier refus d’essayer le
roulant. Victime d’une explosion de roquette matériel, il se laisse cependant convaincre par
antichar, l’adjudant Caron a été amputé de un stagiaire et s’installe pour effectuer non pas
ses membres inférieurs. Avec une dizaine un tour du gymnase, mais deux tours ! Finale-
de militaires ayant un handicap physique ou ment, l’expérience aura été concluante.
psychique, il participe à une initiation au golf
dans le cadre des 2es Rencontres militaires Dans la salle, il pleut des… vortex
blessures et sports (RMBS). Cinquante-quatre Tandis qu’à l’extérieur la pluie redouble de
soldats des trois armées et des services se vigueur, dans la salle, il pleut des… vortex,
sont ainsi retrouvés à Bourges pour assister sortes de petites balles munies d’une queue
à des stages de découverte multisport. Pour aérodynamique. Les stagiaires alignés visent
ces blessés, ce rendez-vous offre l’occasion des cerceaux. Un exercice a priori facile, mais
de découvrir des activités sportives adaptées tenter d’atteindre une cible à une vingtaine de
à leur handicap et de repousser les limites mètres avec ce ballon n’est pas si évident.
physiques ou psychologiques liées à leurs Un peu à l’écart, des militaires formant un
blessures. Par ailleurs, ces rencontres per- petit groupe discutent. « Sur le terrain, on se
mettent de rassembler les principaux acteurs rencontre, on rit. C’est très convivial, témoigne
de l’accompagnement des blessés ainsi que l’adjudant Philippe Touboule. Je suis atteint
l’ensemble des partenaires de la réadaptation d’un syndrome de stress post-traumatique
médicale, professionnelle, sociale et psycho- tardif. Au cours de cette semaine de stage,
logique autour des problématiques liées à la j’ai pu évoquer mon parcours de blessé post-
pratique du handisport et du recours à de nou- traumatique avec de jeunes soldats. Ils sont
velles technologies adaptées. venus me poser de nombreuses questions sur
ce sujet et je me sens donc utile. Je n’ai pas pu
Plié en deux, la tête en avant faire de sport pendant longtemps et, pour moi,
Pour une dizaine de stagiaires, l’après-midi ces RMBS sont une manière de renouer avec la
débute dans un des grands gymnases du pratique physique malgré certaines restrictions
Centre de ressources, d’expertise et de per- médicales. Ces activités me permettent de
formances sportives de Bourges. Ils assistent reprendre goût au sport et me donnent envie
à une démonstration d’athlétisme en fauteuil de pratiquer comme avant avec des copains. »
au cours de laquelle un responsable de la fédé- La soirée arrive. Au programme : bowling. Un
ration française handisport d’athlétisme leur challenge est organisé entre les blessés et
présente un siège adapté à la compétition. l’équipe des encadrants – personnels médi-
Successivement, les militaires s’y installent caux et membres de la Cellule d’aide aux bles-
pour le tester. Arrive le tour de l’adjudant Chris- sés de l’armée de Terre, la Cabat. Sur les pistes,
tophe Caron. Avec un grand sourire, il s’assoit les joueurs s’appliquent à réaliser un maximum
dans le fauteuil. Plié en deux, la tête en avant, il de strikes. Les handicaps s’effacent. Valides et
s’élance à petite vitesse à travers le gymnase, invalides s’amusent ensemble dans une bonne
manœuvre pour prendre un virage et revient humeur générale. « Le sport, pour la majorité
tranquillement à son point de départ. « C’est de ces blessés, permet de reprendre confiance
sympa, mais je préfère le vélo de handbike qui en eux, de dépasser leurs limites », explique le
fonctionne sur le même principe, explique-t-il. lieutenant-colonel Thierry Maloux, chef de la
Je participe aux RMBS pour la première fois Cabat et organisateur de ces RMBS. « Depuis
et je trouve vraiment intéressant de pouvoir le début du stage s’est développée une grande
tester de nombreux sports. Le Cercle sportif cohésion entre tous ces blessés venus de régi-
de l’institution nationale des Invalides m’avait ments et d’unités différentes. C’est magique.
contacté lors de ma rééducation pour me pro- Je peux déjà vous dire que ces RMBS 2013
poser d’essayer des disciplines adaptées à sont une grande réussite ! »

11
FORCES EN ACTION
Avec Maine 2013, les hommes du 1er régiment d’instruction
et d’intervention de la sécurité civile ont mis en œuvre les
gestes essentiels au secours des personnes et des biens en
cas d’inondations. Un exercice qui colle à l’actualité.
PA R F L O R A C A N T I N / P H O T O S : M É L A N I E D E N N I E L / E C PA D

Sauver
des eaux
Deux sapeurs sauveteurs
ont été chercher une
victime dans l’eau et
l’ont placée dans une
barquette de sauve-
tage. Grâce à un bras
hydraulique, le blessé est
remonté sur la barge.
FORCES EN ACTION

« Nous rejouons ici ce qui a été mis en œuvre la


semaine dernière lors des inondations à Troyes. »
Ci-dessus : après avoir installé la victime dans une barquette, le sapeur
sauveteur accroche les sangles à la grue pour la remonter sur la barge.

Ci-contre : isolé sur un îlot, un blessé a été repéré par l’équipe de la sécurité
civile. Le médecin établit un premier bilan médical.

Ci-dessous : tout est prêt pour accueillir le blessé sur le Stem, l’embarcation
semi-rigide pouvant naviguer avec seulement 50 centimètres de tirant d’eau.

En bas à droite : la victime est embarquée. Un emplacement spécifique


est prévu pour la barquette. Une ambulance les attend sur la terre ferme.
A
près des jours de fortes pluies, 7 jours sur 7, ces régiments sont dédiés à la sau-
le soleil angevin perce enfin les vegarde des personnes et des biens. « Lorsque
quelques nuages gris au-dessus de l’alerte se déclenche, nous avons entre une et
la Maine. Cet important affluent de trois heures pour quitter le régiment et inter-
la Loire a subi une rapide montée venir, en France comme à l’étranger. Tous nos
des eaux. Ce 24 mai, sur ses berges, chemins matériels sont aéroprojetables, poursuit le capi-
et troncs d’arbres disparaissent sous les flots taine. Entraînés pour lutter contre les risques
noirs. Sur la rivière en crue, des embarcations technologiques et naturels, nous sommes inter-
de la sécurité civile recherchent des victimes. venus lors du tremblement de terre en Haïti il
« Les secours sont là ! Si quelqu’un m’entend, y a trois ans, puis à Fukushima en 2011. Début
identifiez-vous, criez ! » lance un militaire dans 2013, nous étions dans la Manche après les
son mégaphone. Le caporal Menentaud, importantes chutes de neige. Là, nous venons
sapeur sauveteur au 1er régiment d’instruction de passer dix jours dans l’Aube, pour pomper
et d’intervention de la sécurité civile (1er RIISC) l’eau des entreprises inondées. Nous rejouons
de Nogent-le-Rotrou, est aussi pilote du Stem, ici ce qui a été mis en œuvre à Troyes. »
l’embarcation accueillant jusqu’à 20 personnes
et un blessé sur brancard. Il dirige avec précau- Demande de renfort
tion le bateau vers un arbre. Debout à la proue, Au même moment, une autre action est en
le caporal Lefieux, l’un de ses deux équipiers, cours. Un homme est tombé d’un pont qui relie
lève la main gauche : aucun obstacle n’est les deux rives de la Maine. L’embarcation pneu-
en vue. La recherche continue. « On est là ! matique de la sécurité civile fait des cercles
Par ici, vite ! » appelle un jeune homme cram- autour de la victime pour délimiter la zone de
ponné à une branche. Près de lui, une autre l’accident. Un sauveteur plonge puis établit rapi-
personne attend les secours. Les victimes dement un premier bilan : « Suspicion de jambe
sont conscientes. Le caporal Lefieux et le cassée, demande un renfort pour évacuation à
1re classe Guillin, tous deux sauveteurs aqua- plat », rend-il compte. C’est alors au tour de
tiques, se jettent à l’eau. Les capteurs du Stem l’équipage de la barge d’intervenir. L’embarca-
indiquent une profondeur de 6,4 mètres et une tion, équipée d’une grue de levage, s’approche
eau à 14,5 °C. Ils nagent jusqu’aux victimes, du blessé que le sauveteur, toujours dans l’eau,
les ramènent sur l’embarcation et entament le a installé dans une barquette de sauvetage. Le
premier bilan de santé : pouls, température et 1re classe Le Goff, aux manettes du bras hydrau-
tension. Noms, prénoms et âges sont deman- lique pouvant soulever jusqu’à 400 kilos, suit les
dés. Les gestes des secouristes sont sûrs, les instructions de son camarade, stabilisant le
procédures réalisées de manière automatique. brancard. Celui-ci est fixé à l’accroche, le bras le
« Nous rendons compte par radio au comman- soulève au-dessus de la barge. « Il est bien
dant des opérations de secours, généralement positionné, crie le second équipier qui le récu-
un officier des sapeurs-pompiers. Mais le pré- père sur l’embarcation. Tu peux baisser,
fet est le directeur des opérations », explique encore… Stop, je décroche ! » Un second bilan
le lieutenant Billant, chef de la section spécia- est envoyé par radio aux sapeurs-pompiers. Au
lisée dans le secours aquatique, la navigation loin, sur un îlot, une dizaine de rescapés attend
et le traitement de l’eau. Les deux hommes d’être évacuée grâce au ponton modulaire
secourus par les militaires sont bien connus de Cubisystem, une plate-forme supportant
la sécurité civile puisqu’ils en font partie, jouant jusqu’à 385 kilos au mètre carré. « Nous
le rôle de victimes dans le premier scénario de sommes formés pour mener des opérations
l’exercice Maine 2013 mené par le 1er RIISC. de crise. C’est-à-dire que nous intervenons en
dernier recours. Lorsque nous arrivons, il n’y a
Force de frappe de l’État pas de mouvement de panique, aucun refus de
Lors de situations d’urgence, lorsque le dépar- nous suivre de la part des victimes. Elles sont
tement ne peut plus faire face, le Centre opéra- heureuses de nous voir », souligne le capitaine
tionnel de gestion interministérielle des crises, Peucelle, chef de la section. « L’entraînement
à la demande du préfet, met à disposition des est quotidien, car aucune intervention n’est
moyens nationaux, parmi lesquels les régi- simple. Si on se dit que ça va être facile, l’acci-
ments de sécurité civile, « véritable force de dent est assuré », précise le capitaine Vaccani.
frappe de l’État », selon le capitaine Vaccani, Fin juin, les risques liés aux intempéries feront
commandant la 2e compagnie d’intervention. place à un autre danger, celui des feux de forêt.
Composés de militaires du génie appartenant à Les unités militaires de la sécurité civile sont
l’armée de Terre, d’astreinte 24 heures sur 24, déjà prêtes à intervenir.

15
FORCES EN ACTION

Formateur à l’école de l’Alat depuis dix-huit ans, le lieutenant Marc Le Bris


est le champion incontesté du vol opérationnel sous jumelles de vision
nocturne. À son palmarès : plus de 3 300 heures dans cette spécialité.

Oiseau de nuit
M
arco est au vol de nuit sous tage des hélicoptères Gazelle, Fennec cela demande beaucoup d’énergie. Pour-
jumelles de vision nocturne et Puma, le lieutenant Le Bris affiche tant, il faut maintenir une synergie dans
(JVN) ce que Clint Eastwood 6 800 heures de vol à son actif quand la l’équipage. C’est une question de sécu-
est au cinéma américain : plupart des pilotes terminent leur carrière rité. » Pour le lieutenant Toutain, chef de la
une star incontournable. avec une moyenne de 4 000 heures. brigade JVN, Marco est « très pédagogue
Marco, comme l’appellent ses collè- Sa particularité ? Avec 3 500 heures de et connaît toutes les subtilités des diffé-
gues, c’est le lieutenant Marc Le Bris, nuit dont 3 300 sous JVN, il détient le rents vols ». « Malgré sa stature, il reste
moniteur à l’École de l’aviation légère de record mondial du vol opérationnel sous accessible », commentent les lieutenants
l’armée de Terre (Ealat). À 48 ans, dont JVN depuis des années. « Ce vol est par- Megard et Rastouil, pilotes stagiaires.
trente ans de service, il forme les pilotes ticulier : il est plus technique, plus précis. Le soleil se couche. Il est 21 heures. Sur la
au vol de nuit opérationnel (combat et L’attention doit être plus soutenue. L’at- piste, face au massif des Maures, trois
sauvetage) sous JVN, savoir-faire propre mosphère est aussi plus calme que le jour. Gazelle se mettent en route. Le bruit des
à l’Alat. Marc découvre le plaisir du pilo- À travers les JVN, nous voyons le monde rotors s’intensifie : des stagiaires vont
tage à 8 ans : « Mon oncle, qui m'installait en vert, c’est magique ! » explique-t-il. décoller pour un exercice de vol de nuit en
à la place du pilote dans son petit avion, Pour se détendre, il délaisse parfois les patrouille. Marc Le Bris est à leurs côtés.
me faisait rêver en me parlant de l’Alat
et j’ai passé les tests dès que j’ai pu. » Il
intègre donc l’école nationale des sous- « Marco est très pédagogue et il connaît toutes
officiers de Saint-Maixent en 1983 et se
spécialise dans le pilotage de l’hélicoptère les subtilités des différents vols. »
Puma avant de rejoindre le 1er régiment
d’hélicoptères de combat, à Phalsbourg. airs pour la mer : « En plongée, je retrouve Alors que l’aéronef quitte le tarmac, le
« Avec ce régiment, j’ai participé à ma la technicité, l’attention, l’adrénaline. C’est colonel Doutaud, chef de corps de la base
première opération extérieure, au Tchad, un monde aussi calme et magique que école Général Lejay, témoigne : « Il a fallu
en 1986. Nous devions récupérer des celui de la nuit. Pour moi, la terre est un plusieurs décennies pour que nos équi-
soldats tchadiens blessés au combat. trait d’union entre ces deux univers. » pages sachent manœuvrer et combattre,
Cette expérience m’a marqué. Je me Dans une salle de cours de l’Ealat, qui en formation, de jour comme de nuit.
suis senti utile », se souvient Le Bris. Le fête ses 50 ans cette année, il décrit à Grâce à des hommes comme le lieute-
pilote enchaîne sur des missions en Cen- trois pilotes stagiaires les particularités du nant Le Bris, qui a formé des générations
trafrique, dans le golfe Persique – il par- vol sous JVN : « Avec 2,5 kilos sur la tête, de pilotes, l’Alat maîtrise les savoir-faire
ticipe notamment à la guerre du Golfe –, le poids du casque et des jumelles, vous particuliers du combat de nuit. Ce genre
en Nouvelle-Calédonie et sur les porte- avez mal au dos. Le champ de vision est de vol est particulièrement éprouvant. En
avions Foch et Clémenceau. En 1992, il limité à 40 degrés. L’image n’a aucun relief, moyenne, les formateurs restent quatre
vit sa première expérience d’instructeur l’appréciation des distances est faussée, ans dans la brigade JVN. Lui est là depuis
vos yeux n’arrêtent pas de balayer le pay- dix-huit ans ! » La majorité des pilotes
A. KARAGHEZIAN©ECPAD

JVN à l’Ealat, au Luc-en-Provence. Sept


ans plus tard, il s’envole pour le détache- sage. Comme vous ne pouvez pas voir engagés en Afghanistan, en Libye et au
ment de l’Alat de Djibouti comme chef de net à moins de 7 mètres, votre camarade Mali est assurément passée entre les
bord Puma. En 2001, devenu moniteur, il à côté de vous est flou. C’est déstabili- mains du lieutenant Le Bris.
retrouve la brigade JVN. Qualifié au pilo- sant ! Il faut une grande concentration, Flora Cantin

16 ARMÉES D’AUJOURD’HUI • NUMÉRO 382 • JUILLET-AOÛT 2013


> rencontre
A. KARAGHEZIAN©ECPAD

« Le vol sous JVN est


plus technique, plus
précis. L’attention doit
être plus soutenue »,
commente Marc Le Bris.
FORCES EN ACTION
04/06TCHAD
24/06 AFGHANISTAN VISITE DE JEAN-YVES LE DRIAN À KAIA RELÈVE POUR LES
FORCES TERRESTRES
L
e ministre de la Défense,
Jean-Yves Le Drian,
a rendu visite aux
D’ÉPERVIER
soldats français stationnés
sur le théâtre afghan et, en
particulier, à ceux déployés
D es tirailleurs arment
désormais pour quatre
mois l’état-major du
sur l’aéroport international
groupement Terre
de Kaboul (Kaia). Alors qu’en
de la force Épervier.
décembre 2012 s’achevait
Le colonel du Gardin, chef
le désengagement des
de corps du 1er régiment
forces combattantes, le
de tirailleurs d’Épinal,
désengagement logistique,
succède au colonel Waché,
lui, est aujourd’hui réalisé la Défense afghan. De l’ensemble du contingent
chef de corps du
à 90 %. Le camp de 2006 à 2013, l’emprise de français ne comprendra plus
110e régiment d’infanterie
Warehouse a été rétrocédé Warehouse a accueilli une que 500 militaires à travers le
de Donaueschingen,
aux autorités afghanes le quinzaine de nationalités commandement de Kaia,
en Allemagne.
19 juin, lors d’une cérémonie différentes. Près de le fonctionnement de l’hôpital
Le lieutenant-colonel
officielle, en présence de 15 000 militaires français y ont médico-chirurgical et
Chapuy, du 35e régiment
nombreuses autorités parmi servi et plus de 60 000 y ont des missions de formation
lesquelles Bismullah Khan séjourné au moins une fois. au profit de l’armée nationale
Mohammadi, ministre de Dans les semaines à venir, afghane.
R. PELLEGRINO©ECPAD – O. DEBES©ARMÉE DE TERRE / EMA – L. BERNARD©ARMÉE DE L’AIR – J.-C. THOREL©ARMÉE DE TERRE – J. PESCHEL©EMA / MARINE NATIONALE

MALI DISTINCTIONS MALIENNES


06/06 03-04/06TANZANIE
POUR LA FORCE SERVAL PASSAGE DU SOMME
ET DU NIVÔSE
L e bâtiment de
commandement et de
ravitaillement Somme et
la frégate de surveillance
Nivôse, engagés dans la
lutte contre le terrorisme d’artillerie parachutiste,
et la piraterie, ont fait et le chef de bataillon
escale en Tanzanie. Lors Begue, du 1er régiment
de leur rencontre, le d’artillerie de marine,
capitaine de vaisseau ont pris respectivement
Martinet, commandant la le commandement
TF150, et le major général des détachements de
Omar, commandant la l’opération Épervier
marine tanzanienne, ont stationnés à Abéché

U ne centaine de soldats
français a été décorée
à titre étranger lors d’une
et de l’ambassadeur de
France. Les soldats français
ont été nommés dans
rappelé l’importance
de la coordination entre
la coalition et les États
et à Faya-Largeau.
Les groupements
Terre et Air, ainsi que
cérémonie au palais l’Ordre national du Mali ou riverains de la zone. Les la base de soutien à
présidentiel, à Bamako. Le décorés de l’étoile d’argent équipages ont échangé vocation interarmées,
président de la république du Mérite national du Mali, sur leurs missions et assurent deux missions
du Mali était représenté par effigie Lion debout. Le rencontré différents acteurs permanentes : la
le ministre de la Défense et général de Saint-Quentin, diplomatiques et militaires protection des intérêts
des Anciens Combattants, commandant la force tanzaniens. Ces derniers français et l’appui
accompagné de nombreux Serval, a été nommé au ont découvert les méthodes renseignement aux forces
ministres, du chef d’état- grade de commandeur employées par les équipes armées et de sécurité
major général des armées de l’Ordre national du Mali. de visite françaises. tchadiennes.

18 ARMÉES D’AUJOURD’HUI • NUMÉRO 382 • JUILLET-AOÛT 2013


> Les opérations en bref
FLORA CANTIN

24/05-04/06 DEPUIS LE 18/06 FRANCE INONDATIONS, LES ARMÉES MOBILISÉES


COMORES LA LÉGION du 31e régiment du génie
À L’INSTRUCTION réalisait des expertises sur
le réseau routier coupé à
U n détachement
d’instruction
opérationnelle de la Légion
plusieurs endroits.
Le 20 juin, un hélicoptère
étrangère de Mayotte, Caracal de l’escadron
appartenant aux forces d’hélicoptères Pyrénées
armées en zone sud de de la base aérienne 120 de
l’océan Indien, a formé Cazaux a héliporté deux
une soixantaine de fusiliers groupes électrogènes dans
marins comoriens aux les villages de Barèges et
diverses missions de gardes- de Sers. Le Service des

A
côtes. Durant dix jours, sur près les inondations de l’eau dans les villages essences des armées du
l’île de Grande Comore, ils qui ont eu lieu sinistrés de Haute-Garonne. détachement de Pau a mis
ont réalisé des exercices dans le Sud-Ouest, Dans les Hautes-Pyrénées, en place un camion-citerne
de franchissement, des un détachement du un détachement du de carburant pour assurer
activités nautiques et de 3e régiment du matériel 1er régiment du train le soutien des aéronefs.
l’entraînement au tir. Une a transporté des équipes parachutiste a apporté son Un hélicoptère Cougar du
remise des diplômes a eu de secours d’urgence soutien aux autres services 5e régiment d’hélicoptères
lieu en présence du ministre et de reconnaissance de l’État pour la sécurité de combat a transporté
comorien de la Défense de la Croix-Rouge, puis des habitants alors que des équipes et du matériel
et d’autorités locales lors a acheminé des lits le détachement de liaison de secours dans
de la cérémonie de clôture. de camp, des vivres et et de reconnaissance les communes isolées.

04/06 LIBAN RITE, EXERCICE DE LA FINUL 25/06MALI L’AMIRAL GUILLAUD


AUX CÔTÉS DE LA FORCE SERVAL
R ite II-13 (Reserve
Integration Training
Exercise), exercice de la Force
fictif de plusieurs centaines
de manifestants, le bataillon
italien a déployé sa réserve, A ccompagné du général
Ibrahima Dembélé, chef
seront insérés au sein du
poste de commandement
intérimaire des Nations unies renforcée par celle du secteur d’état-major général des de la mission intégrée
au Liban qui s’est déroulé au Ouest. Le bataillon français a armées maliennes, l’amiral des Nations unies au Mali
Sud-Liban, a mobilisé une été envoyé en renfort afin de Guillaud, chef d’État-Major (Minusma), dès le 1er juillet.
vingtaine de Français de la sécuriser la zone et permettre des armées, a rencontré les L’amiral Guillaud a rappelé
Force Commander Reserve. le déploiement des Forces militaires français déployés que la France, par l’action
Face à un rassemblement armées libanaises. sur la base opérationnelle de la force Serval et par
avancée de Gao. À Bamako, la présence de militaires
il s’est entretenu avec français au sein de l’EUTM
les soldats français de et de la Minusma, soutenait
05-12/06 CAMEROUN FORMATION EN ESCALE la Mission européenne activement les autorités

L ’équipage de la frégate
anti sous-marine
(Fasm) Latouche-Tréville
après l’appareillage
du Latouche-Tréville. Puis,
au large du Gabon, les
de formation de l’armée
malienne (EUTM Mali)
maliennes comme
les forces internationales
et les cadres français qui engagées au Mali.
a mené des actions de marins de la Fasm ont
formation au profit d’une réalisé des manœuvres de
vingtaine de marins treuillage et d’appontage
camerounais. Ces derniers avec un hélicoptère Puma
ont pu s’entraîner dans les des Forces françaises
domaines de la navigation, au Gabon. À la fin de
de la détection et de la l’exercice, le Latouche-
mécanisation de visite. Tréville, engagé au sein
L’équipage du patrouilleur de l’opération Corymbe,
camerounais Akwayafe a a rejoint sa zone
effectué un exercice de de patrouille dans
contrôle de bâtiment peu le golfe de Guinée.

PLUS D’INFOS SUR : WWW.DEFENSE.GOUV.FR/EMA 19


ENJEUX POINT DE VUE
Frédéric Charillon, directeur de l’Institut de recherche stratégique de
atif » l’École militaire (Irsem) et Frédéric Ramel, directeur scientifique de l’Irsem

La recherche stratégique a-t-elle encore un sens ?

L
e brouillard identifié par Clau- comme source de significations pour un ensemble d’actions réciproques, elle
sewitz ne pénètre plus seu- la pensée, et source d’orientations s’enracine aussi dans des situations
lement les théâtres d’opéra- pour l’action. d’anomie ou d’humiliation. Elle se nourrit
tions. Il affecte aussi et sur- de frustrations conduisant à la sortie du
tout le concept même de stra- Une source de significations politique à force de ne plus avoir rien à
tégie. Définie classiquement comme Utilisation des moyens militaires en perdre. Elle monte aux extrêmes par des
l’ensemble des logiques relatives à vue de réaliser des fins politiques (Clau- rhétoriques non plus seulement nationa-
l’emploi de la force armée, celle-ci sewitz). Dialectique des volontés qui listes, mais particularistes, communau-
fait l’objet d’une extension dans les emploient la force pour résoudre leurs taristes, développées par des entrepre-
langages courant et savant. N’importe conflits (Beaufre). « Ensemble des opé- neurs identitaires dont le « storytelling »
quelle entreprise, association, ou rations mentales et physiques requises résonne avec une redoutable efficacité
organisation non gouvernementale pour calculer, préparer et conduire toute dans des contextes de pertes de repères.
peut cultiver une stratégie, laquelle ne action collective finalisée, conçue et déve- Autant que la puissance d’État et son
serait plus le monopole de l’État. Der- loppée en milieu conflictuel » (Poirier). effet masse, c’est l’effondrement de
rière cette prolifération dans l’usage Ces différentes conceptions de la straté- celui-ci, laissant libre cours à « l’individu
du terme se cache une déconnexion : gie varient dans leur manière d’envisager totalitaire », ayant pour seul objectif l’an-
celle de la stratégie avec la guerre, leurs composants majeurs : la première nihilation de l’autre, qui est à redouter.
qu’elle soit latente ou ouverte. La stra- accorde au militaire une place centrale
tégie se confond alors avec la théorie alors que les deux suivantes intègrent Une source d’orientations
des choix rationnels que tout un pan des moyens autres que militaires dans La seconde fonction de la recherche stra-
de la science économique affectionne la réflexion. Toutefois, elles ont comme tégique consiste à proposer des orien-
tant. La spécificité de la force s’en dénominateur commun d’expliquer tations pour le futur proche, car les pro-
trouve diluée. Dans cette perspective, une action dans une situation de nature ductions universitaires ne « vaudraient
la recherche stratégique telle qu’éla- conflictuelle et, au premier chef, la guerre. pas une heure de peine si elles n’avaient
borée par les premiers stratèges (pra- À l’heure où les conflits armés d’utilité pratique » (Durkheim). D’ailleurs,
ticiens) ou stratégistes (théoriciens) demeurent, la mobilisation de ces le Livre blanc de 2013 reconnaît expli-
modernes se fragilise. Catégories et connaissances semble plus que jamais citement cette caractéristique. Dans le
chapitre destiné à la mise en œuvre de
la stratégie, elle est articulée avec la fonc-
« La recherche alimente la réflexion, qui se nourrit elle-même tion « connaissance et anticipation », une
plus grande coopération entre l’État et
de l’action. Il ne saurait y avoir d’action sans réflexion. »

J.-J. CHATARD©DICOD
les universités permettant « une amélio-
ration de notre capacité d’anticipation qui
approches stratégiques développées d’actualité. Le corpus désormais offert requiert liberté d’esprit, curiosité et apti-
sous la guerre froide se disloquent. par la pensée stratégique sur les tude à remettre en cause les vues domi-
Toutes sont incapables de saisir la batailles, la notion de guerre, ses appli- nantes » (p. 75). La recherche straté-
grammaire des « nouvelles guerres ». cations sur différents terrains, constitue gique peut offrir des postures, des idées,
Obsolescence et inadéquation de matière à réflexion, mêlant recul histo- des concepts, des approches dont le
cette recherche stratégique rendraient rique, lois politiques et connaissance décideur peut s’inspirer dans son action.
alors nécessaires le développement sociologique voire anthropologique. Elle attire également l’attention sur des
des études de sécurité et l’analyse Tout en utilisant les outils et concepts points aveugles qui méritent pourtant
des risques. classiques qui ont fait sa réputation considération.
À condition d’adopter une concep- (offensive/défensive, théories du rapport La recherche alimente la réflexion, qui
tion ouverte de la stratégie qui n’en de force, de l’équilibre…), la recherche se nourrit elle-même de l’action. Il ne
reconnaît pas moins la singularité de stratégique contemporaine doit en effet saurait y avoir d’action sans réflexion,
l’objet à étudier (le fait guerrier), nous s’ouvrir à d’autres ressources intellec- sauf à encourir le risque de nouvelles
considérons que la recherche straté- tuelles qui viennent enrichir la compré- étranges défaites. Et il ne saurait y avoir
gique a un sens aujourd’hui, à la fois hension du fait guerrier. Si la guerre est de réflexion sans recherche, sauf à recy-

20 ARMÉES D’AUJOURD’HUI • NUMÉRO 382 • JUILLET-AOÛT 2013


cler en cercles vicieux, à partir de seules doctrinal du terme : où les différentes la relation défense-société, notamment
pensées administratives internes et auto- puissances de la planète, et notam- dans les pays en transition, s’avère primor-
légitimantes, des idées déjà reçues. À ce ment les plus émergentes d’entre elles, diale également : quel lien les différentes
titre, le développement d’une recherche puisent-elles leur vision du monde et la armées du monde entretiennent-elles
stratégique ouverte et dynamique, sou- mise en œuvre de la défense de leurs avec les populations ? Les soulèvements
cieuse de renouveler constamment le intérêts ? Passée la vulgate sur l’influence arabes et les rôles différents qu’y ont
vivier des auteurs et le pluralisme des de Clausewitz en Occident, celle de Sun joués les militaires nous ont récemment
points de vue, est un impératif. Cette Tzu en Chine ou du Livre des ruses dans rappelé le caractère fondamental de cette
recherche, plus que jamais, doit croiser les le monde arabe, il faut bien approfondir le interrogation.
points de vue de l’acteur et de l’observa- propos… Or que savons-nous aujourd’hui Enfin, la réflexion sur l’économie de
teur. C’est-à-dire du décideur, du militaire, des mécanismes, notions, croyances, défense doit être revitalisée en France,
et du chercheur. Elle doit s’obliger à être interprétations, des pensées militaires tant les aspects à la fois budgétaires,
contre-intuitive, à intégrer des question- et stratégiques chinoises, japonaises, industriels, de finances publiques, consti-
nements inhabituels, à proposer des scé- indiennes, brésiliennes, turques, sud- tuent dans la phase actuelle un paramètre
narios déplaisants si nécessaire. Elle doit africaines, sud-coréennes, indonésiennes, contraignant.
J.-J. CHATARD©DICOD

Acteurs de la recherche stratégique, Thierry Widemann, docteur en histoire moderne, le colonel Michel Goya, docteur en histoire, spécialiste des
nouveaux conflits, et Maya Kandel, docteur en sciences politiques, sont chargés d’études à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire.

surtout s’imposer l’exercice de la compa- pakistanaises ? L’agenda, on le voit, est dense. La ques-
raison dans le temps et l’espace. L’ouver- Le deuxième axe a davantage trait aux tion de la recherche stratégique est un
ture du chantier d’une véritable pensée politiques de défense comparées, plutôt impératif qui réclame le concours des
stratégique comparée, elle-même ayant cette fois comme politiques publiques. décideurs comme des observateurs, des
des ramifications dans le champ des poli- Comment « fait-on » la politique de civils comme des militaires. La compéti-
tiques de défense comparées, est plus défense chez nos principaux partenaires tion internationale d’une part, l’obligation
que jamais d’actualité. comme chez les grands émergents, avec de réinventer notre puissance dans ce
Quatre axes de recherche paraissent quels acteurs, quels processus décision- monde de l’autre, nous le commandent.
urgents. Le premier est celui de la pen- nels, quelle gestion du budget ou des Les propos de cette
sée stratégique au sens conceptuel et ressources humaines ? En troisième lieu, rubrique n’engagent que leurs auteurs

PLUS D’INFOS SUR : WWW.DEFENSE.GOUV.FR/IRSEM 21


MODERNISATION

Priorité à l’harmonisation des données


Parce que le partage de l’information est un enjeu majeur pour l’opérationnel, Reynald Desmis, ancien
représentant de la France
les différents acteurs de la Défense doivent affiner un langage commun pour à l’Otan dans ce domaine.
uniformiser leurs données. Aux informaticiens de les mettre ensuite en réseau. Ces étapes fonctionnelles
relèvent des « métiers »
«

A
u ministère de la et en trouve les coordon- données de référence que qui s’échangent les don-
Défense, nous nées, puis le transmet à l’on peut partager de manière nées (logistique, ressources
devons améliorer la chaîne renseignement. univoque et compréhensible humaines, santé, comman-
le partage des Toutes ces données doivent par tous les services et les dement, etc.), c’est pour-
données entre être utilisables et comprises armées, par exemple les quoi la Direction générale
les différents systèmes par tous les acteurs sans grades, les pathologies, les des systèmes d’information
d’information. » Ce constat et de communication sou-
du général Lapprend , direc- ligne la nécessité de mettre
teur général des systèmes en place « des correspon-
d’information et de com- dants référents métiers ».
munication, en introduction Si la gouvernance des don-
du séminaire sur la gou- nées incombe aux opéra-
vernance des données du tionnels et aux fonctionnels,
30 mai dernier, explique la il faut par ailleurs tisser des
nécessité de sensibiliser liens entre eux et la commu-
à cette problématique les nauté technique puisque ce
grands décideurs du minis- sont les informaticiens qui
tère. mettent en œuvre les sys-
La donnée, information tèmes d’information et les
brute non contextualisée, bases de données. Ils per-
est la matière première des mettent in fine le partage de
acteurs « métiers », qu’ils données automatisé entre
soient opérationnels ou dans les acteurs idoines.
les fonctions support. Elle Le séminaire sur la gouver-
CHARLES FROMAGE©DGSIC

leur donne une représen- nance des données du


tation du monde afin qu’ils 30 mai s’inscrit dans la stra-
puissent travailler. « Lors tégie interministérielle de
d’une mission de reconnais- modernisation de l’action
sance au Mali par exemple, publique. À son terme, le
on prépare l’opération grâce général Lapprend a rappelé à
Le séminaire du 30 mai sur la gouvernance des données représentait une
à des informations comme première étape. Rendez-vous est pris en septembre pour entamer le travail. l’assistance que ce n’était
le plan des liaisons de don- qu’une première étape :
nées tactiques ou le plan ambiguïté, donc, en amont, nomenclatures de matériel, « Avec le Secrétariat général
de fréquences. Ensuite, le il faut les standardiser. » La etc. Il faut également s’ac- pour l’administration, nous
Rafale réalise des images gouvernance des données corder sur leur définition, allons organiser un sémi-
numériques en vol grâce est un enjeu majeur pour la sémantique utilisée, etc. naire de travail à la rentrée
au Pod Reco NG. Celles-ci l’opérationnel, puisqu’un « Imaginez que vous donnez pour les responsables de zone
sont ensuite transmises à problème de fiabilité de l’in- rendez-vous à quelqu’un au fonctionnelle et les adminis-
une station au sol, explique formation ou d’interpréta- bâtiment Surcouf : un terrien trateurs de données afin de
le lieutenant-colonel Fran- tion pourrait avoir un impact va chercher un immeuble, progresser ensemble. » Ren-
çois Tricot, commandant immédiat. Il en va de même un marin un bateau ! L’inter- dez-vous donc en septembre
de l’escadron de chasse dans le cadre des fonctions prétation peut différer, c’est pour commencer à uniformi-
Normandie-Niemen. Une support. pourquoi il est impératif de ser les pratiques.
équipe d’experts recherche Pour éviter la redondance – commencer par définir les Nelly Moussu
sur ces images un élément et par conséquent le risque besoins en échanges », sou- Pour accéder aux données
intéressant, le caractérise d’erreur – il faut identifier les ligne le lieutenant-colonel publiques : www.data.gouv.fr
FOCUS DEFENSE

UN 14 JUILLET TRÈS INT E


Des détachements de la Misma et de la Minusma,
des militaires de la Brigade franco-allemande
ainsi que 75 soldats croates participent cette
année au traditionnel défilé des forces armées
françaises sur les Champs-Élysées.

U
« ne armée d’avant-garde, fière de son histoire »
est le thème du défilé du 14 juillet 2013. Fête
nationale française depuis 1880, c’est aussi le
grand rendez-vous annuel entre la nation et
son armée. « Pour moi, le défilé du 14 Juillet
représente une tradition. Il s’agit aussi d’un moment
unique pour approcher de près le matériel militaire »,
explique Paul, 26 ans. Près de lui, Éléonore, 38 ans,
poursuit : « C’est un hymne aux armées, une recon-
naissance du travail effectué. En plus, les troupes sont
belles à regarder ! » Cette année, la manifestation revêt
une dimension internationale. « Le défilé mettra en
avant l’engagement opérationnel de nos armées et la
modernité de notre défense. 2013 est aussi riche en
anniversaires d’unités qui seront mises à l’honneur »,
explique le colonel Benoit Brulon, conseiller communi-
cation du gouverneur militaire de Paris, responsable de
l’événement.
En janvier dernier, la France a montré sa capacité à réa-
gir vite et efficacement sur le territoire malien après
l’appel à l’aide du président par intérim, Dioncounda Tra-
oré, face à l’avancée des islamistes armés. Les soldats
français ont mené des opérations de lutte contre le ter-
rorisme aux côtés des Maliens permettant le déploie-
ment de la Mission internationale de soutien au Mali
(Misma) puis de la Mission de formation de l’Union
européenne au Mali. De la place de l’Étoile à la celle de
la Concorde, des détachements africains de la Misma et
de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations
unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) défile-
ront à pied, suivis par près de 400 militaires français
engagés dans l’opération Serval au cours du premier
semestre. Le général Bernard Barrera, commandant

24 ARMÉES D’AUJOURD’HUI • NUMÉRO 382 • JUILLET-AOÛT 2013


T ERNATIONAL
les forces terrestres, et le général Jean-Jacques Borel,
commandant la composante aérienne, marcheront en
tête du détachement français.
Pour célébrer les cinquante ans du traité de l’Élysée,
symbole de l’amitié franco-allemande voulue par de
Gaulle et Adenauer, la brigade franco-allemande (BFA)
sera mise à l’honneur. Forte d’un état-major binatio-
nal, de trois bataillons d’outre-rhin, de deux régiments
français, d’un bataillon mixte et d’une compagnie de
génie allemand, la BFA contribue au renforcement
du lien entre les deux pays et œuvre pour la défense
européenne.
Enfin la France, membre fondateur de l’Union euro-
péenne, a souhaité célébrer l’entrée de la Croatie dans
l’Union le 1er juillet. C’est pourquoi le 28e État membre de
l’UE sera représenté par un détachement de 75 soldats.
Le colonel Benoit Brulon
d’ajouter : « Le défilé

« Le défilé du 14 Juillet mettra


également l’accent sur
mettra aussi les nouveaux matériels
comme l’A400M ainsi que
l’accent sur sur la part considérable
accordée à la préparation
les nouveaux opérationnelle des forces
avant projection » à
matériels. » travers la présence de
militaires du Centre
national d’entraînement
commando et du commandement des centres de
préparation des forces.
En fin de cérémonie, le président de la République ren-
dra hommage aux familles des soldats morts au combat
et aux blessés de l’année.

Flora Cantin

2013, année de célébrations


50 e anniversaire du traité de l’Élysée
50 e anniversaire de l’ordre national du Mérite
50 e anniversaire de la 9e brigade
d’infanterie de marine
60 e anniversaire de la Patrouille de France
70 e anniversaire de la médaille de la Résistance
70 e anniversaire de la 9e division
R.CONNAN©DICOD

d’infanterie coloniale
150 e anniversaire du combat de Camerone

25
FOCUS DEFENSE

Déployée à partir du 1er juillet, la Mission multidimensionnelle intégrée


des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) doit sécuriser le

J.-J. CHATARD©DICOD
territoire et concourir au rétablissement étatique, à la reconstruction et au
développement du pays. Ses effectifs, qui ont intégré les 6 000 militaires de la
Mission internationale de soutien au Mali, compteront 12 600 hommes.

MALI LA MINUSMA PREND L


M
ission multidimensionnelle intégrée des Si la mission de la Misma était de stopper l’offensive ter-
Nations unies pour la stabilisation au Mali ou roriste et de participer à la libération du territoire malien
Minusma. Tel est le nom de la nouvelle force aux côtés des forces françaises et en appui des troupes
déployée, sous l’égide des Nations unies, maliennes, la Minusma, opération de stabilisation, s’est vue
au Mali depuis le 1er juillet, qui succède à la confier un autre mandat. Mission multidimensionnelle, elle
mission internationale de soutien au Mali (Misma). Après comporte des aspects civils et militaires.
l’intervention des forces françaises et africaines en début Pour ce deuxième volet, à partir de juillet, les casques
d’année, les quinze membres du Conseil de sécurité avaient bleus de la Minusma, commandés par le général rwan-
adopté, le 25 avril, la résolution 2 100 autorisant le déploie- dais Jean-Bosco Kazura, doivent assurer la sécurisation de
ment de cette force internationale. Pour Jean-Yves Le Drian, l’ensemble du territoire malien. En accompagnant la tran-
ministre de la Défense, l’adoption, à l’unanimité, de cette sition politique, la force doit concourir au rétablissement
résolution « montre bien que l’intervention française au Mali de l’autorité étatique, à la reconstruction et au développe-
était nécessaire, opportune et soutenue au niveau interna- ment du Mali. Sur le terrain, elle va, si nécessaire, empê-
tional ». Le déploiement de la mission des Nations unies, cher le retour d’éléments armés dans les principales agglo-
sous le contrôle du Néerlandais Bert Koenders, ancien repré- mérations du pays et soutenir les autorités maliennes pour
sentant du secrétaire général des Nations unies en Côte- l’organisation des prochaines élections présidentielles, le
d’Ivoire, marque une étape importante dans ce conflit qui 28 juillet. Le mandat prévoit en outre l’accompagnement
entre désormais dans une phase de stabilisation. de la réforme du secteur de la sécurité, en particulier celui

26 ARMÉES D’AUJOURD’HUI • NUMÉRO 382 • JUILLET-AOÛT 2013


Militaires
sénégalais
de la Mission
internationale de
soutien au Mali.
Les membres
de cette force
ont intégré
la Minusma.

D LE RELAIS DE LA MISMA
de la police et de la gendarmerie, en coordination avec la
Mission d’entraînement de l’Union européenne Mali. En
dans le pays va augmenter. La Minusma, qui a intégré les
quelque 6 000 militaires de l’ancienne Misma et attend la
outre, la résolution 2 100 précise que cette force a égale- participation d’autres bataillons étrangers (Burundi, Chine,
ment pour tâche de défendre les droits de l’homme, de Bangladesh, Suède…), devrait atteindre un effectif total de
protéger les civils et le patrimoine culturel ainsi que de sou- 11 200 militaires et 1 400 policiers en décembre. Près de
tenir l’action humanitaire. 150 soldats français sont déjà affectés à l’état-major situé
Déployée sous chapitre 7 de la charte des Nations unies, la à Bamako ou auprès d’unités de la force internationale, à
Minusma est autorisée à faire usage de la force en cas de Tombouctou, Gao et Menaka, alors qu’environ 3 500 com-
légitime défense ou pour prévenir les attaques djihadistes, battants participaient toujours à l’opération Serval au 1er juil-
bien qu’elle ne soit pas chargée d‘opérations de contre- let. Ce contingent devrait compter 1 000 hommes d’ici la fin
terrorisme. Si le retrait de ses troupes est toujours en de l’année 2013. Principale intervenante dans le conflit aux
cours, la France reste engagée aux côtés du peuple malien côtés des forces africaines, la France va voir ses dépenses
et appuiera la force onusienne en cas de danger grave militaires diminuer, le financement des opérations incom-
et imminent. Ainsi, une force de sécurité reste au Mali bant désormais à l’ensemble des États membres de l’ONU.
pour « empêcher la reconstitution de groupes terroristes, Si les treillis des soldats de la Minusma portent chacun la
a annoncé Jean-Yves Le Drian. Nous conservons égale- couleur de son pays, le bleu ONU de leurs bérets reflète
ment des forces prépositionnées pour intervenir, si néces- désormais le ciel malien.
saire ». L’effectif des forces internationales présentes Flora Cantin

27
FOCUS DEFENSE

À L’ÉCOLE DE LA C
Développées par la France depuis 1998, les écoles nationales à vocation régionale forment les acteurs de
sécurité et de défense du continent africain. La France fournit programmes, coopérants et soutien financier
à ces 17 établissements spécialisés qui ont en retour obligation d’accueillir des élèves des pays voisins.

L
a coopération militaire peut revêtir de nombreuses répondent à la volonté de ne plus recourir à une coopération de
formes : assistance militaire à un État en difficulté, substitution et mettent à l’honneur le partenaire. Le troisième
unités binationales, voire multinationales, accords de objectif est l’appropriation des capacités développées dans ces
développement industriel… Moins connue, la création écoles par les pays qui les abritent. Cette appropriation offre
d’écoles nationales à vocation régionale (ENVR) est de multiples avantages : elle aide les pays à développer des
une pratique développée par la France depuis 1998. Sous cette structures d’enseignement de haut niveau et contribue à une
dénomination se cache un dispositif étendu et varié basé sur corrélation entre renforcement de la sécurité nationale et stabi-
des partenariats : la France aide les États africains qui le sou- lité régionale tout en favorisant les échanges.
haitent à développer des écoles nationales, sous condition que
celles-ci ouvrent leurs portes aux militaires, policiers et sapeurs- Brassage culturel : un atout pour l’avenir
pompiers de la région, comme l’indique l’expression « à voca- « Dans la perspective de la construction de l’unité africaine et
tion régionale », voire du continent. des armées nationales, l’ENVR représente le véritable creu-
« L’objectif de ces écoles interafricaines est de favoriser l’inté- set d’une culture d’excellence, explique le capitaine Kévin Ona
gration régionale et la coopération entre des élites formées Ndong, stagiaire à l’École d’état-major de Libreville (EEML), ini-
ensemble », explique le général de corps d’armée Bruno tialement formé à l’École de l’air de Salon-de-Provence. Je suis
Clément-Bollée, directeur de la coopération de sécurité et de dans la continuité de ma formation, et le brassage culturel qui
défense. Ces 17 écoles et centres nationaux à vocation régio- caractérise l’EEML est un avantage majeur pour l’avenir, notam-
nale, tous implantés sur le continent africain, traitent chacun de ment pour travailler dans des états-majors interarmées. » Le
domaines de compétences différents – formation initiale ou de capitaine béninois Charles Zocli est lui aussi stagiaire à l’EEML :
spécialité, domaines techniques allant de la santé au génie en « En nous formant ensemble, sur les mêmes standards, nous
passant par le maintien de la paix. Depuis le lancement du dis- aurons plus de facilités à travailler de concert. Et puis nous
positif, 15 000 stagiaires ont été formés dans des ENVR. apprenons à nous connaître, nous nouons des liens d’amitié. »
Ce système unique au monde s’inscrit dans une dynamique de Créer une ENVR commence par une demande de la part du
coopération structurelle de long terme. Les ENVR répondent pays d’accueil, qui fournit les infrastructures et les formateurs. PHOTOS©DCSD

à trois objectifs majeurs : en premier lieu, il s’agit de participer En vertu d’une convention bilatérale avec la France, celle-ci
à la formation (de haut niveau et spécialisée) des acteurs afri- apporte les programmes et les supports pédagogiques calqués
cains de sécurité et de défense. Par ailleurs, ces partenariats sur ceux des établissements français d’enseignement

En haut : formation à l’École navale de Bata, en Guinée équatoriale.


Ci-contre : cours dispensés à l’École d’état-major de Libreville, au Gabon (à gauche
et au centre), et à l’École supérieure internationale de guerre, à Yaoundé, au Cameroun.

28 ARMÉES D’AUJOURD’HUI • NUMÉRO 382 • JUILLET-AOÛT 2013


A COOPÉRATION
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PHOTOS©DCSD

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29
FOCUS DEFENSE

BURKINA FASO MALI NIGER


École militaire technique École de maintien de la paix École des personnels
de Ouagadougou (EMP) - Bamako paramédicaux
(EMTO) École militaire des armées de
Institut supérieur d'administration (EMA) - Niamey (Eppan)
d'études de protection Koulikoro
civile (ISEPC) -
Ougadougou
CAMEROUN
SÉNÉGAL Ecole supérieure
École d'application internationale de guerre
de l'infanterie (EAI) (Esig) - Yaoundé
- Thiès Pôle aéronautique
Cours d'application national à vocation
des officiers régionale (PANVR) -
de gendarmerie Garoua
(CAOG) - Ouakam Centre de
perfectionnement aux
techniques de maintien
de l'ordre (CPTMO) -
TOGO Awaé

École du service
de santé des
armées de Lomé
(Essal) BÉNIN
Centre de perfectionnement
de la police judiciaire (CPPJ) - CONGO
Porto-Novo École de génie-
Centre de perfectionnement travaux (EGT) -
aux actions post-conflictuelles Brazzaville
de déminage et de dépollution
(CPADD) - Ouidah GUINÉE
ÉQUATORIALE
Formation militaire générale
École navale (EN) -
Formation militaire technique ou spécialisée Bata
Formation militaire de santé
Formation en sécurité intérieure
Formation en protection civile GABON
Formation aux opérations de maintien de la paix École d'état-major
École de maintien de la paix de Libreville
(EEML) -
Cedeao (Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest) École d’application du
service de santé militaire
Ceeac (Communauté économique des États d'Afrique centrale) de Libreville (EASSML)

militaire, ainsi que des coopérants – qui occupent souvent première à s’installer dans un pays non-francophone. » Une
des postes au sein de la direction des études, le temps que des preuve du succès du concept. Le rayonnement est en effet une
officiers locaux soient formés pour les remplacer – et une par- dimension clé. Les ENVR centrées sur des thématiques univer-
tie du financement. Ainsi, l’effort financier fourni par la France selles (maintien de la paix, déminage, etc.) s’ouvrent aux parte-
s’élève à 10 millions d’euros par an pour l’ensemble des ENVR. naires internationaux : pays mais également organisations inter-
À Libreville, au Gabon, l’EEML possède le statut d’ENVR depuis nationales. Ainsi, à l’EMP Bamako (temporairement fermée en
2001. Unique dans la région, elle est devenue une référence raison du conflit malien), un effort important a permis la création
en Afrique avec 18 nationalités représentées. « C’est un tra- d’un conseil d’administration composé de représentants de la
vail absolument passionnant et un vrai luxe de pouvoir travailler France, du Japon, des États-Unis, du Canada, de l’Allemagne,
dans une telle multinationalité », souligne le lieutenant-colonel de la Cedeao… « La présence de partenaires internationaux est
Marc Jéké, directeur des études de l’établissement. Au Bur- importante pour ces écoles. C’est le cas pour l’EMP qui, grâce à
kina Faso, l’École militaire technique de Ouagadougou (EMTO) l’ONU, prodigue un enseignement sur des standards onusiens,
forme des spécialistes de la maintenance issus de 22 pays. ce qui accroît encore la légitimité et la compétence de l’ENVR »,
se félicite le général Bruno Clément-Bollée. Au Bénin, le Centre
Programme d’échanges avec West Point de perfectionnement aux actions post-conflictuelles de démi-
Dans le cadre d’un partenariat euro-africain en faveur de l’Ar- nage et de dépollution de Ouidah existe depuis 2003 et travaille
chitecture africaine de paix et de sécurité, l’Union européenne en collaboration avec d’autres écoles basées en Amérique
délivre le label « centre d’excellence » à des établissements mili- latine, au Cambodge ou avec des organisations internationales
taires ou civils. Huit écoles ont déjà reçu cette certification, qui comme le Comité international de la Croix-Rouge.
ouvre notamment l’accès à certains financements. Par ailleurs, À terme, les ENVR sont vouées à être totalement autonomes,
certaines ENVR travaillent en réseau. C’est le cas de l’École du sans participation de la DCSD. Et ce n’est pas qu’un vœu
maintien de la paix (EMP) de Bamako et de l’EEML. « Dans le pieux : certains établissements le sont aujourd’hui, à l’image de
cadre de leur formation en état-major, les stagiaires de l’EEML l’École nationale des officiers d’active au Sénégal et du Centre
suivent un module “soutien à la paix ” en coopération avec de formation de la gendarmerie en Roumanie.
l’EMP, indique le lieutenant-colonel Marc Jéké. Un programme Et des projets sont en cours pour l’ouverture de nouvelles
d’échanges avec l’académie militaire de West Point nous permet écoles, car le concept s’exporte ! Au lancement du dispositif,
également de recevoir des élèves américains et d’y envoyer des en 1998, il n’était pas question de dupliquer les écoles, mais le
stagiaires de l’EEML chaque année. » succès des ENVR et la demande ont eu raison de ce principe.
Le capitaine de frégate Jean-Jacques Poifol, directeur des « Le déminage ou la protection civile sont des domaines qui
études de l’École navale (EN) de Bata (Guinée équatoriale), concernent tous les pays. Nous allons donc établir une école de
a quant à lui participé à la création et au développement de protection civile en Tunisie, et une école de déminage au Liban,
l’établissement. « Créer une école est une expérience forte, toutes deux accessibles au niveau de leur région », annonce le
témoigne-t-il avec fierté. Aujourd’hui, l’EN Bata est en pleine général Clément-Bollée.
expansion, ce qui est d’autant plus remarquable qu’elle est la Margaux Thuriot

30 ARMÉES D’AUJOURD’HUI • NUMÉRO 382 • JUILLET-AOÛT 2013


FOCUS DEFENSE
Atlas, un titan polyvalent
Dix ans après le lancement de son programme, l’A400M entre en service cette année. Avion de transport tactique
et stratégique, l’Atlas – son nom de baptême – est destiné à renouveler la capacité de transport de l’armée de l’Air
française afin de répondre aux nouveaux besoins des forces en opérations. Capable de larguer des parachutistes,
de transporter des matériels lourds et volumineux, d’évacuer des blessés avec leur personnel soignant ou bien
encore, de ravitailler des aéronefs et des hélicoptères en vol, l’Atlas repousse les limites de la polyvalence.
FOCUS DEFENSE

Interview du contrôleur général des armées Christian Giner, secrétaire général du C

« Certains aspects de la concert at


Monsieur le contrôleur général, sion l’illustre parfaitement. Pour autant, certains aspects
pourriez-vous nous décrire votre de la concertation mériteraient d’être améliorés et je
parcours professionnel et ce qui vais vous en citer trois. Tout d’abord, la disponibilité des
vous a conduit à occuper votre membres : en raison de leurs missions, la présence des
fonction actuelle au CSFM ? titulaires est quelquefois difficile. Lors de la dernière
Après dix-huit ans dans l’ar- session, sur les 85 membres, 30 étaient suppléants,
mée de Terre, j’ai rejoint le dont trois siégeaient pour la première fois. En outre, les
contrôle général en 1997. services du ministère aimeraient disposer d’avis plus
J’y ai traité de ressources réguliers tout au long de l’élaboration des textes, sans
J. SALLES©ECPAD

humaines, en abordant devoir attendre la tenue des deux sessions, en juin et


notamment les questions en décembre.
de condition militaire. Mes L’expertise des représentants peut être améliorée.
visites dans les formations S’ils reçoivent une formation initiale de cinq jours, cela
m’ont conforté dans l’idée que la vision locale des pro- reste insuffisant à mon sens, compte tenu de la com-
blèmes est pertinente et éclaire les problématiques natio- plexité croissante des textes qui leur sont présentés :
nales. Je suis ravi que le ministre m’ait nommé secrétaire ce problème est souvent soulevé. Il est nécessaire
général, car ce poste représente un point d’équilibre entre d’être capable de dépasser la simple lecture de dispo-
le cabinet, les états-majors et les membres du Conseil. sitions réglementaires pour en apprécier les tenants et
les aboutissants, et savoir les replacer dans un corpus
Au terme de la 89e session que vous venez d’animer, existant, dont chacun reconnaît la densité. C’est un des
quel est votre sentiment ? enjeux majeurs dans l’avenir, même si la diversité des
Ce fut ma première vraie session, même si, depuis ma membres, et donc celle de leurs compétences, a sou-
nomination, s’est tenue celle du 29 avril consacrée au vent pallié cette difficulté.
Livre blanc. Je la qualifierais de tonique, car les sujets Troisième point à améliorer, la protection des membres
– fusion des fonds de prévoyance, groupe de liaison du du Conseil. Trop souvent, ceux-ci rapportent les dif-
CSFM ou présentation de certaines mesures statutaires ficultés diverses qu’ils rencontrent pour se rendre
– ont passionné les participants. Ce cycle de concertation disponibles. Certes, la situation des effectifs est par-
a bien fonctionné car les personnes présentes ont fran- fois difficile dans les formations, et un cycle complet
M. DENNIEL©ECPAD
chement exposé leurs avis au ministre qui a ainsi pu arbi- de concertation est long, depuis les conseils d’armée
trer conformément aux intérêts du ministère. Je tiens à jusqu’au CSFM. Mais assurer les fonctions de membre
souligner l’investissement des membres du CSFM qui, d’une instance de concertation est une mission comme
à travers la variété de leurs métiers et de leurs origines, une autre au bénéfice de la communauté militaire. À
constituent une somme de compétences. Sur le fond, ils cet effet, pour sensibiliser les futurs commandants de
ont exprimé au ministre leur sentiment d’inquiétude, en formation à l’utilité de la concertation, ceux-ci sont invi-
particulier sur le soutien des formations, le contenu de tés à la séance plénière.
certaines mesures qui pourraient accompagner la loi de
programmation et la future réforme des retraites. Le Livre blanc accorde une place à la concertation
en évoquant certaines pistes d’évolution. Pouvez-vous
Comment fonctionne la concertation aujourd’hui ? en citer quelques-unes ?
Le dialogue entre le ministre et le CSFM est très ouvert, Deux pages sont consacrées à la concertation, montrant
empreint de franchise et de confiance. La dernière ses- la nécessité d’une évolution. Ce chantier à venir devrait

34 ARMÉES D’AUJOURD’HUI • NUMÉRO 382 • JUILLET-AOÛT 2013


néral du Conseil supérieur de la fonction militaire (CSFM)

rt ation méritent d’être améliorés »


L’un des
membres du
CSFM lors de la
89e session qui
s’est tenue
du 17 au 21 juin.
M. DENNIEL©ECPAD

répondre à plusieurs exigences. Tout d’abord, améliorer aux intérêts de ses subordonnés. Enfin, les armées
l’effectivité de la concertation en corrigeant les trois dif- étant par nature composées de membres jeunes, il faut
ficultés évoquées. Citons, à ce stade, la mise en place mettre en place des outils plus participatifs et plus réac-
récente d’un groupe de liaison entre le CSFM et le tifs pour répondre aux exigences d’une société plus
ministre, composé de 18 personnes, qui permet un dia- ouverte. En résumé, il faut être proactif en matière de
logue plus direct et rapide avec le ministre sur les pro- concertation, tout en respectant la culture militaire qui
blèmes importants et sensibles. Il faut ensuite préser- reste par essence spécifique au vu de sa finalité.
ver le rôle du commandement, qui veille, selon le statut, Propos recueillis par la rédaction

35
FOCUS DEFENSE

L’EUROPE PREND EN MAIN


Au cœur de ces documents domine l’idée d’une coopération
renforcée entre États membres pour diffuser des alertes sur
les incidents informatiques et y répondre, notamment grâce
à la création d’un réseau européen des autorités nationales
de cybersécurité. À la demande d’un État ou sur sa propre
initiative, la Commission européenne pourrait ainsi deman-
der aux membres de l’UE de fournir des informations sur un
risque ou un incident. Après une alerte, les autorités compé-
tentes pourraient décider d’une inter-
vention coordonnée, conformément
Une stratégie et un projet de directive publiés en début d’année par au plan de coopération de l’Union en
différentes instances de l’Union européenne vont permettre une avancée matière de sécurité des réseaux et
de l’information.
majeure dans la sécurité des systèmes d’information européens. Le document d’orientation de la
Commission et du SEAE invite les

E
n mai dernier, le colloque du Sénat sur « Les pers- entreprises à s’engager plus fortement dans la cybersécurité
pectives en matière de cyberdéfense après le Livre en adoptant une véritable politique afin de se protéger des
blanc » abordait entre autres sujets la coopération cyberattaques. Pour le sénateur Jean-Marie Bockel, auteur
européenne dans ce domaine. Un thème incontour- d’un rapport d’information sur la cyberdéfense, « l’une des
nable avec la sortie, trois mois plus tôt, de deux publi- principales avancées de la directive tient à la création d’une
cations européennes sur le sujet. La première, une straté- obligation de déclaration des incidents informatiques signifi-
gie intitulée « un cyberespace ouvert, sûr et sécurisé », était catifs à l’autorité nationale compétente, qui serait applicable
signée par la Commission européenne et le Service euro- aux administrations publiques et aux opérateurs critiques tels
péen pour l’action extérieure (SEAE), tandis que Parlement que les entreprises de certains secteurs jugés stratégiques,
et Conseil européens diffusaient une proposition de direc- comme les banques, la santé, l’énergie et les transports ».
tive concernant des mesures pour renforcer la sécurité des
réseaux et de l’information dans l’Union européenne (UE). Soutien à l’innovation
La stratégie européenne de cybersécurité liste des recom- La stratégie préconise également de développer le secteur
mandations dont les objectifs sont multiples : développer de l’industrie cyber. « Afin de garantir la souveraineté des
une politique européenne de cyberdéfense, renforcer les opérations stratégiques ou la sécurité de nos infrastructures
moyens de prévention et d’opposition aux attaques, dévelop- vitales, il est crucial de s’assurer de la maîtrise de certaines
per les ressources industrielles et technologiques en matière technologies fondamentales dans des domaines comme la
de cybersécurité, faire reculer la cybercriminalité, etc. Afin cryptologie, l’architecture matérielle et logicielle et la produc-
d’aider les États membres à mettre en œuvre ces recom- tion de certains équipements de sécurité ou de détection »
mandations, l’Agence européenne chargée de la sécurité des détaille le sénateur.
réseaux et de l’information pourra les conseiller et diffuser « Cette proposition affirme l’importance de soutenir le déve-
les bonnes pratiques existant déjà dans certains pays. La pro- loppement d’une industrie européenne pérenne en matière
position de directive fixe quant à elle des obligations pour les de cybersécurité et de technologies de l’information et de
©AFP IMAGEFORUM

États membres. Par exemple, elle leur imposerait de se doter la communication afin d’éviter toute dépendance critique de
d’une autorité nationale de cybersécurité, d’élaborer une stra- l’Europe en la matière, notamment via un soutien à l’inno-
tégie nationale en la matière et de disposer d’une structure vation (recherche et développement, R&D) », ajoute Jean-
opérationnelle d’assistance en cas d’incidents informatiques. Baptiste Demaison, chargé des affaires européennes à

36 ARMÉES D’AUJOURD’HUI • NUMÉRO 382 • JUILLET-AOÛT 2013


MAIN SA CYBERSÉCURITÉ
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37
FOCUS DEFENSE Contrib
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Le 16 mai, la
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commission de la
Défense du Sénat ďƵƌĞĂƵ
organisait un
colloque ouvert De nom
au public sur

©GERARD BUTET
« Les perspectives ZĞĐĞǀĞ
en matière de ƵŶ ƉĂƌ
cyberdéfense après ĂīĞĐƚĂ
le Livre blanc ». ĚĠƉůŽŝĞ

Contac

l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’infor- péennes d’infrastructures et de services Cloud [serveurs dis- dŽƵƚĞ
ƉĞƌƐŽŶ
mation. Un enjeu pour les États et plus particulièrement pour tants servant à stocker de l’information, NDLR] de confiance
ĚĞ ů͛ĞŶ
le secteur de la défense : « Les militaires doivent être intero- en Europe, via un soutien à l’innovation et au développement ƐĞƌǀŝƌĂ
pérables entre alliés, et cette interopérabilité s’appuie forte- de normes européennes d’interopérabilité, de sécurité, etc. »
ment sur les systèmes d’information et de communication, Dans les mois à venir, le Parlement et le Conseil européens
souligne le lieutenant-colonel Patrice Tromparent, de la Délé- voteront pour décider de l’adoption de la stratégie euro-
gation aux affaires stratégiques. Nous sommes dépendants péenne de cybersécurité et de la proposition de directive.
de l’industrie, c’est pourquoi il faut soutenir la création d’une Mais seul ce dernier document obligerait les pays membres
base industrielle de technologie et de défense européenne à adapter leur législation. « Sans anticiper les discussions for-
spécialisée dans la cybersécurité. » melles qui se tiendront au Conseil de l’UE, il est possible d’in-
Pour éviter les doublons, la stratégie européenne invite diquer à titre préliminaire qu’une législation européenne en
notamment l’Agence européenne de défense à promouvoir le matière de cybersécurité ne devrait en aucun cas prescrire
un mode d’organisation spécifique du

« Nous sommes dépendants de l’industrie, c’est dispositif national de cybersécurité,


mais s’attacher davantage à décrire
pourquoi il faut soutenir la création d’une base industrielle des “fonctions” communes mini-
males. Une telle législation devrait
européenne spécialisée dans la cybersécurité. » également tenir pleinement compte
de la diversité existant entre les États
membres de l’UE en matière de déve-
développement cohérent de capacités et technologies cyber- loppement des capacités nationales de cybersécurité, et évi-
défense entre les États membres. Pour Jean-Baptiste Demai- ter toute harmonisation forcée au risque d’un résultat contre-
son, ces documents « identifient le cadre de financement de productif », prévient Jean-Baptiste Demaison.
la R&D “Horizon 2020” comme levier de soutien principal à En France, la commission des Affaires étrangères et de la
l’innovation en matière de cybersécurité et de technologies de Défense du Sénat a déjà adopté une proposition de résolu-
l’information et de la communication en Europe. Mais au-delà tion afin de faire connaître au gouvernement sa position sur
du soutien à la R&D devrait s’ajouter un appui au développe- ces deux textes. « Nous recommandons d’en approuver les
ment et à la promotion de standards européens, en assurant orientations générales et d’appeler les institutions euro-
notamment une meilleure coordination des travaux de norma- péennes et les États membres à une mise en œuvre rapide
lisation en matière de cybersécurité au niveau européen. L’UE de ces priorités, insiste Jean-Marie Bockel. Ces documents
devrait également encourager l’industrie européenne à identi- constitueront un progrès et permettront d’accélérer la prise
fier les défis technologiques stratégiques de demain et à sou- de conscience des enjeux liés à la cyberdéfense au niveau
tenir cette dernière afin qu’elle puisse y répondre. Elle pourrait européen. »
notamment œuvrer en faveur de l’émergence d’offres euro- Nelly Moussu

38 ARMÉES D’AUJOURD’HUI • NUMÉRO 382 • JUILLET-AOÛT 2013


FOCUS DEFENSE

Force de réaction
rapide non permanente
créée en 1991, la
Force navale franco-
allemande a été
activée du 13 au
23 mai dans le
cadre de l’exercice
multinational de
lutte anti-sous-
marine Spontex. Elle
Trois bâtiments
permet d’approfondir allemands et
trois français
l’interopérabilité composaient
et la cohésion entre la Force navale
franco-allemande
les deux marines. lors de Spontex.

LA FORCE NAVALE FRANCO-A


E
n mai, dans le cadre de l’exercice multinational de tion militaire, l’un des groupes de réflexion du Conseil franco-
lutte anti-sous-marine Spontex, la Force navale allemand de défense et de sécurité et le seul strictement mili-
franco-allemande (FNFA) était activée pour la dix- taire à irriguer la relation franco-allemande. Il s’agissait alors de
huitième fois en vingt-deux ans d’existence. Outre mettre sur pied l’équivalent naval – qui serait basé en France
le fait que cette participation coïncide avec les cin- – de la brigade franco-allemande de l’armée de Terre, installée
quante ans du traité de l’Élysée – qui scella la réconciliation de part et d’autre du Rhin. Une unité permanente n’étant pas
entre la France et l’Allemagne – elle permet de démontrer une envisageable, les deux marines ont proposé d’exploiter leur
volonté commune d’interopérabilité. Force de réaction rapide capacité à mettre en œuvre conjointement, dans des délais
non permanente, la FNFA est un outil que l’Allemagne et la très courts, une force dont la composition serait adaptable.
France peuvent décider d’utiliser dès lors que leurs intérêts En septembre 1991, cette proposition est agréée par les deux
communs l’exigent. Elle répond au souhait des deux nations nations, donnant naissance à la FNFA. Depuis, des entraîne-
de contribuer au développement de l’Europe de la défense ments significatifs et des échanges de personnel sont réalisés
et au renforcement du pilier européen de l’Otan. Elle permet régulièrement dans tous les domaines de lutte ainsi que dans
par conséquent d’approfondir sans cesse l’interopérabilité et le cadre de la formation des officiers-élèves. Depuis 1996, et
la cohésion entre les deux marines. « Parce que le renforce- avec l’accord des deux gouvernements, la FNFA peut se voir
ment de la coopération est essentiel, nous recherchons en confier des missions bilatérales, être mise à la disposition de
permanence des occasions de nous entraîner ensemble. Un l’Otan ou de l’Union européenne, ou bien agir sous mandat de
rendez-vous multinational majeur tel que Spontex est donc l’ONU. La FNFA a ainsi été engagée deux fois en opération, en
une excellente opportunité d’activation de la FNFA », com- 2003 puis 2005, dans le cadre de l’opération Enduring Freedom
mente le capitaine de frégate Torsten Ites, commandant le de lutte contre le terrorisme.
groupe de bâtiments allemands de la FNFA pendant Spontex. En 1963, lorsque le chancelier Adenauer et le général de
La force avait initialement été envisagée comme une unité de Gaulle ont signé le traité de l’Élysée, ils faisaient le vœu
guerre des mines par le groupe franco-allemand de coopéra- commun que leurs deux nations, désormais partenaires,

40 ARMÉES D’AUJOURD’HUI • NUMÉRO 382 • JUILLET-AOÛT 2013


S. DESCHAMPS©MARINE NATIONALE
O-ALLEMANDE SUR LE PONT
s’unissent pour avancer ensemble dans la reconstruction réalité opérationnelle, un socle commun sur lequel marins
de l’Europe. Cinquante ans plus tard, dans le domaine mili- allemands et français savent pouvoir compter lorsqu’ils
taire où la coopération maritime s’illustre par sa diversité, sont déployés ensemble sur des théâtres d’opération »,
le travail entre la France et l’Allemagne se révèle concret conclut le contre-amiral Dupuis, commandant adjoint de la
et dynamique. « Au-delà du symbole historique évident force aéromaritime de réaction rapide, qui a dirigé la FNFA
que la FNFA représente, l’interopérabilité des unités des pendant Spontex.
deux marines et la cohésion de leurs équipages sont une Cynthia Glock

Spontex, entraînement multinational de haut niveau


L’exercice de lutte anti-sous-marine Spontex s’est déroulé du 13 au 23 mai au large de la Bretagne. Il a réuni sept
nations et a compté dix bâtiments de surface, deux sous-marins, deux avions de patrouille maritime et des hélicoptères.
Activée pour l’occasion, la Force navale franco-allemande (FNFA) représentait la moitié du dispositif, soit trois navires
allemands – le bâtiment de soutien de force navale Frankfurt am Main et les deux frégates anti-sous-marines Bremen
et Emden – et trois bâtiments français – le transport de chalands de débarquement Siroco, la frégate anti-sous-marine
Primauguet et l’aviso Commandant L’Herminier.
Conduit par un état-major de vingt-cinq personnes de la Force aéromaritime française de réaction rapide, Spontex a
permis aux unités de la FNFA de s’entraîner dans un domaine de lutte complexe, au sein d’un environnement réaliste. En
éprouvant ensemble leurs procédures, leurs tactiques et leurs équipements pendant cet exercice de haut niveau, marins
français et allemands ont approfondi leur coopération binationale dans un cadre multinational.

41
FOCUS DEFENSE
17-23/06 SALON DU BOURGET, LE STAND DÉFENSE DANS TOUS SES ÉTATS
our la 50e édition du Salon Anciens Combattants, Kader commandos parachutistes Transall ou encore Tigre fran-
P international de l’aéronau-
tique et de l’espace du Bour-
Arif, des parlementaires ainsi
que les chefs d’état-major
ou encore ingénieurs étaient
présents aux côtés de maté-
çais et allemand ont retenu
l’attention des spectateurs.
get, le stand du ministère de d’armées. Les délégations riels emblématiques : Tigre, Ce rendez-vous a aussi
la Défense a connu un franc étrangères sont également NH90 Caïman TTH, Rafale, offert l’occasion au minis-
succès. venues en nombre, 98 au Mirage 2000 D, Mirage 2000 tère de soutenir par l’inno-
La manifestation, qui a total, pour s’entretenir avec banc d’essai et SAMP/T Mam- vation, la compétitivité de
attiré 315 0000 visiteurs, a les hommes et femmes de ba, installés à l’extérieur ou l’industrie aéronautique.
reçu autorités politiques et la Défense, acteurs des der- dans la partie abritée du stand. En effet, en marge de sa
militaires au premier rang niers engagements opéra- Celui-ci était divisé en cinq visite, Jean-Yves Le Drian a
desquelles le président de tionnels français. pôles : renseigner, acquérir la signé trois contrats de per-
la République, François Hol- Une centaine de personnes supériorité, projeter, protéger formance avec les pôles de
lande, arrivé au Bourget en des armées et de la Direc- et soutenir, plus une zone compétitivité spécialisés
A400M, le Premier ministre, tion générale de l’armement innovation présentée par la dans l’aéronautique et l’es-
Jean-Marc Ayrault, le mi- (DGA) ont animé le stand qui DGA et des PME. Dans les pace : Astech Paris Région,
nistre de la Défense, Jean- affichait comme thématique airs, Rafale, A400M, Patrouille Pôle Pégase et Aerospace
Yves Le Drian, le ministre « Les capacités d’un acteur de France, équipe de voltige Valley. Rendez-vous dans
délégué auprès du ministre majeur au sein d’une coali- de l’armée de l’Air, Caracal deux ans pour un 51e salon
de la Défense chargé des tion ». Pilotes, mécaniciens, et grappe de commandos, du Bourget.

R. PELLEGRINO©ECPAD – ©J. ROBERT – ©2E RPIMA – N.ROUSSEAU©ARMÉE DE TERRE


I. LANGSDON©AFP IMAGEFORUM – J.-J. CHATARD©DICOD

42 ARMÉES D’AUJOURD’HUI • NUMÉRO 382 • JUILLET-AOÛT 2013


> repères
PAR GRÉGOIRE CHAUMEIL ET SAMANTHA LILLE

LE MINISTRE DE LA DÉFENSE
02/06 CÉLÉBRATION DES 40 ANS
31/05
PREND LA PAROLE À SINGAPOUR DES FAZSOI À LA RÉUNION
ors de la 12e édition du toutes ses dimensions. La n 1973, les différentes la qualité des rapports noués,
L Dialogue Shangri-La sur
la sécurité et la Défense en
région est menacée par le ter-
rorisme, la prolifération des
E unités interarmées des
Forces armées de la zone
au cours des années, avec
la population réunionnaise.
Asie-Pacifique, Jean-Yves armes de destructions mas- sud de l’océan Indien Aujourd’hui, les 2 000 mili-
Le Drian a annoncé que « la sives, la cybercriminalité et (Fazsoi) quittaient Madagas- taires des Fazsoi garantissent
France entend rester résolu- la piraterie. Aussi, le ministre car (Diégo-Suarez pour les la protection des onze îles
ment engagée en faveur de la a rappelé les grandes lignes unités navales, Ivato-Tanana- françaises de l’océan Indien
sécurité de la zone Asie-Paci- de la politique française de rive pour l’état-major, la base et entretiennent des liens
fique ». Présente au cœur de coopération de défense et a aérienne 181 et le 2e RPIMa) forts avec les pays amis de
l’océan Indien et du Pacifique, souligné l’importance du dia- pour être transférées sur l’île leur zone de responsabilité,
la France contribue, aux côtés logue bilatéral et multilatéral, de la Réunion. Le 40e anni- tant dans le cadre de l’aide
de ses alliés et partenaires, à notamment dans le domaine versaire de cette installation humanitaire que dans celui
la sécurité régionale dans de la cybersécurité. a été célébré en soulignant de la coopération bilatérale.

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03-07/06
LA MARINE NATIONALE
R. PELLEGRINO©ECPAD – ©J. ROBERT – ©2E RPIMA – N.ROUSSEAU©ARMÉE DE TERRE

À NOUVEAU CHAMPIONNE EN OVALIE


n sixième titre de cham- nat, le XV de la Marine s’est

17/06CÉRÉMONIE D’HOMMAGE
U pion de France militaire
de rugby a été remporté par
imposé 28 à 10 face à l’armée
de l’Air et a ainsi brandi le bou-
À JEAN MOULIN AU PANTHÉON le XV de la Marine lors du clier de la victoire pour la deu-
11e championnat de France xième année consécutive.
ader Arif, ministre délé- tion nationale des amis de militaire de rugby organisé Des célébrités du monde du
K gué auprès du ministre
de la Défense chargé des
Jean Moulin, le chœur de
l’Armée française a inter-
à Castelsarrasin (Tarn-et-
Garonne) par le 31e régiment
rugby étaient présentes : le
coup d’envoi de l’ouverture
Anciens Combattants, a pré- prété Le chant des parti- du génie. En tout, 104 joueurs a été donné par Lionel Faure
sidé une cérémonie d’hom- sans. Le ministre s’est en- se sont affrontés avec déter- et Gillian Galan a clôturé la
mage à Jean Moulin au Pan- suite recueilli dans la crypte, mination et sens tactique compétition. L’événement a
théon. Le 17 juin 1940, le sur le tombeau du résistant. sur la pelouse du stade Alary également permis la sélec-
préfet d’Eure-et-Loir entrait Enfin une exposition sur les pour décrocher le titre de tion des joueurs du XV de la
en résistance. En présence grilles du Panthéon a été champion. Après cinq matchs Défense, qui participera à la
des membres de l’Associa- inaugurée. et trois jours de champion- coupe du monde en 2015.

PLUS D’INFOS SUR : WWW.DEFENSE.GOUV.FR/ACTUALITES 43


©ECPA
DOSSIER LES GRANDES BATAILLES

Dossier réalisé par Flora Cantin et Grégoire Chaumeil

LES BATAILLES, D
« C’est la Bérézina » ; « un coup
de Trafalgar » ; « Ça tombe
comme à Gravelotte », toutes
ces expressions passées
dans le langage commun font
référence à des batailles. Elles
ont marqué l’Histoire et forgé
des légendes. Mais qu’est-ce
qu’une bataille ? Son étude
présente-t-elle un intérêt ?
Qu’y a-t-il de commun entre
Marignan et Falloujah ? Où se
jouera le combat de demain ?
Entrez dans la bataille.

© ECPAD

20 novembre 1953. L’opération Castor, mise


en place du corps expéditionnaire, précède
de quatre mois la bataille de Diên Biên Phu.

D’HIER À DEMAIN
DOSSIER LES GRANDES BATAILLES

Les batail es ne sont plus c


À l’heure des opérations et des manœuvres, le terme de bataille tend à disparaître du vocabulaire
militaire. Le concept qu’il recouvre – une concentration de forces antagonistes qui s’affrontent par les
armes sur un espace déterminé – a, lui, évolué au fil du temps, mais il reste d’actualité au XXIe siècle.

e terme de bataille, si banal dans le voca- quoi reposait la puissance d’un État. Le point culminant

L bulaire historique, semble s’être effacé du


lexique militaire : on ne parlerait plus que
d’opérations et de manœuvres. Les batailles
existent-elles encore ?
Mais qu’est-ce qu’une bataille ? Dans l’histoire mili-
taire, elle peut se définir comme une concentration de
forces antagonistes qui s’affrontent
de la guerre que constitue la bataille fascine autant qu’il
effraye. Malgré une légende tenace, le Moyen Âge occi-
dental y répugne, préfèrant de loin les chevauchées,
raids où l’on accumule butin et gloire facile, aux grandes
rencontres incertaines dont l’issue demeure soumise à
la volonté de Dieu. Il n’y a d’ailleurs, à cette époque,
guère plus de deux ou trois grandes
par les armes sur un espace déter- batailles par siècle. Le XVIIIe siècle,
miné appelé champ de bataille. De
l’Antiquité jusqu’au début de l’ère
« Malgré une légende pour des raisons en grande partie
économiques (les armées profes-
industrielle, elle se présente comme tenace, le Moyen Âge sionnelles coûtent cher) partage
une scène soumise à la règle des les mêmes réserves, et le maré-
trois unités de la tragédie classique : préfère de loin chal de Saxe, pourtant vainqueur à
unités de temps, de lieu et d’action. Fontenoy, Raucoux et Lawfeld, écri-
De fait, le temps d’une bataille est le les chevauchées, raids vait dans ses Rêveries qu’un habile
plus souvent celui d’une journée. À général pouvait éviter la bataille
l’époque moderne, font figure d’ex-
où l’on accumule butin toute sa vie.
ceptions, Marignan qui dura deux
et gloire facile, C’est au XIXe siècle qu’on abandonna

©AFP IMAGE FORUM


jours, ou Rossbach, en 1757, où le progressivement ce principe de pré-
roi de Prusse Frédéric II régla son
affaire en deux heures.
aux grandes rencontres caution à travers le fantasme de la
bataille décisive qui articule idéale-
La bataille représente l’événement que sont les batailles. » ment la guerre et le politique, lorsque
par excellence à travers lequel des le vaincu est contraint d’accepter le
communautés humaines vont régler but de guerre du vainqueur. Elle se
leur conflit dans une action supposée traduit concrètement par la mise en
trancher au plus vite entre un vainqueur et un vaincu. œuvre d’une poursuite après la bataille afin d’achever la
D’où la place qu’elle occupe dans l’imaginaire guerrier désagrégation physique et morale de l’armée vaincue,
des sociétés : on y théâtralise les valeurs de courage, ce qui doit amener la soumission de l’autorité politique.
d’honneur et de sacrifice, on y célèbre les figures exem- C’est ce que Napoléon réalisa (le général Colin disait
plaires des grands capitaines, et l’on succombe parfois que l’Empereur avait « soudé » la poursuite à la bataille),
au charme d’une violence esthétisée, comme Voltaire particulièrement lors de la campagne de 1806 où les vic-
qui, bien que haïssant la guerre, compose un poème toires d’Iéna et d’Auerstaedt entraînèrent l’écroulement
enthousiaste sur la victoire de Fontenoy. de l’État prussien.
La bataille n’a pas été pour autant systématiquement L’accroissement des effectifs, puis l’industrialisation de
recherchée par les chefs de guerre. Dès l’Antiquité tar- la guerre ont considérablement étendu les théâtres
dive, le théoricien latin Végèce incitait à la plus grande d’opérations et allongé la durée des combats. Les
prudence avant d’engager en une seule action ce sur grandes batailles qui marquèrent la fin de la guerre de
Décryptage
s ce qu’elles étaient
©AFP IMAGE FORUM

Du 6 au 29 novembre 2004, la bataille de Falloujah a opposé 3 000 insurgés irakiens à 15 000 soldats américains au cœur de la ville irakienne.

Sécession se sont déroulées sur plusieurs jours. En « bataille » devient alors plus littéraire que militaire.
Europe, à partir de l'année 1914, elles se comptent en Mais l’objet a-t-il pour autant disparu ? Plusieurs affron-
semaines, puis en mois, comme à Verdun en 1916. tements contemporains de haute intensité méritent
Depuis, le terme de bataille s’est appliqué à des pourtant bien d’être qualifiés de bataille, à commencer
ensembles très divers d’actions militaires auxquelles par celle de Falloujah, en 2004, où 3 000 insurgés ira-
on a voulu donner, pour l’Histoire, une impression kiens affrontèrent près de 15 000 combattants améri-
d’unité. Ainsi, la bataille d’Angleterre, de 1940 à 1941, cains pendant trois semaines, sur un terrain urbain de
étend le champ de bataille aux dimensions d’un pays. 16 kilomètres carrés. Elle représente actuellement la
La bataille de l’Atlantique se déroule à l’échelle d’un plus grande bataille du XXI e siècle.
océan de 1940 à 1944. Quant à la bataille d’Alger, en Thierry Widemann,
1957, elle consistait en une série d’opérations de police Institut de recherche stratégique
qui durèrent près de neuf mois. La signification du mot de l’École militaire
DOSSIER LES GRANDES BATAILLES

« L'étude des batail es reste riche e


L’analyse des combats permet d’élaborer de précieux “fondamentaux”. Mais il ne faut cependant
jamais perdre de vue que chaque engagement est différent du précédent.
Entretien avec le lieutenant-colonel Rémi Porte, du Centre de doctrine et d’emploi des forces

Quels sont les enseignements que l’histoire d’une bataille peut puisqu’elle oblige à se plonger dans le détail des ordres et de
apporter en matière de doctrine ? la conduite d’une campagne ou d’un fait militaire, en essayant
L’analyse des combats du passé a longtemps été au cœur de de prendre en compte tous les paramètres qui contraignent
la formation militaire, les auteurs classiques considérant que ou qui influent sur la décision du chef au niveau concerné.
l’étude de « l’exemple » des aînés était la méthode la plus Elle permet de comprendre les « fondamentaux », mais il faut
pertinente pour former les générations suivantes. Il ne faut ensuite impérativement adapter leur application aux nouvelles
toutefois jamais oublier le fameux « brouillard de la guerre » : conditions du combat.
chaque engagement est toujours différent du précédent, le
terrain change, les technologies progressent et, bien sûr, Apprend-on autant d’une victoire que d’une défaite ?
l’adversaire n’est jamais le même, affichant des motivations Cette question est particulièrement pertinente. Autant que
évolutives. Il ne faut donc jamais rechercher dans l’histoire l’on puisse en juger, une armée victorieuse n’a pas tendance
une hypothétique check-list dont le respect assurerait de à se remettre en question. Or le monde autour d’elle ne
la victoire. En revanche, l’étude des batailles n’en reste pas cesse d’évoluer. Il peut donc rapidement se créer un déca-
moins exceptionnellement riche en termes d’enseignements lage qui va croissant entre le souvenir entretenu des suc-

©AFP IMAGEFORUM

1940, acheminement de provisions sur la ligne Maginot. Conséquence directe du bilan traumatisant de la Première Guerre mondiale, ce réseau
de forts souterrains sur les frontières de l’Est a été élaboré pour assurer la défense du pays en faisant le moins de victimes possible.
Interview
he en termes d’enseignements »
cès passés et la réalité possible d’un prochain conflit. Les
enseignements dont on conserve la mémoire et dont on
favorise l’apprentissage ne sont plus adaptés aux conditions
nouvelles de la guerre, toujours changeantes, et le risque
est alors grand de connaître une défaite aussi cuisante que
la victoire précédente avait été prestigieuse. L’exemple de
ce type le plus connu pourrait être celui de l’armée française
qui aborde la campagne de 1939-1940 avec un règlement
d’emploi diffusé en 1936, qui commence par rappeler les
conditions de la victoire de 1918…

OD
ARD©DIC
Le concept de bataille est-il pertinent dans les conflits modernes ?

J.-J. CHAT
Les conflits les plus récents laissent penser que la bataille,
au sens traditionnel du terme, n’est plus d’actualité, en
particulier parce que les groupes armés rebelles ou insur-
gés refusent le choc frontal. Mais cette donnée n’est peut-
être pas définitive, comme le montre l’exemple récent du
déploiement des groupes terroristes dans le massif des Ifo- périence, le processus a été formalisé et systématisé : à par-
ghas au Nord-Mali, alors que la logique récente voulait qu’ils tir de l’étude de situations concrètes, extraites des comptes
s’exfiltrent pour disparaître par petits groupes dans l’immen- rendus de fin de mission rédigés par les différents niveaux de
sité du Sahel. En histoire, et en particulier en histoire mili- commandement, il s’agit d’accélérer les travaux d’examen des
taire, rien n’est jamais vraiment définitif et des phénomènes engagements en cours afin d’en faire des « leçons apprises »,
que l’on croyait oubliés peuvent parfaitement ressurgir sous selon l’expression des Anglo-Saxons, pour modifier autant que
des formes renouvelées. de besoin la doctrine d’emploi. Il s’agit d’un processus itératif
entre le Centre de doctrine et d’emploi des forces, les états-
majors et les grands commandements, et les écoles. Des
intervenants spécialisés peuvent
y être associés. À l’issue de ces
« Analyse historique et retour d’expérience constituent deux échanges, chaque enseigne-
ment validé est diffusé aussi
approches indiscutablement différentes mais complémentaires. » largement que possible en direc-
tion des forces, puisque ce sont
bien elles qui sont la première
Et le retour d’expérience ? préoccupation et le premier destinataire des travaux.
Ce que l’on nomme aujourd’hui retex est un processus extrê- Analyse historique et retex constituent indiscutablement
mement ancien et finalement très classique dans les armées, deux approches différentes, mais complémentaires. Le pro-
puisqu’il s’agit d’analyser les expériences les plus récentes ou cessus de retour d’expérience s’applique dans l’immédiateté
en cours pour en tirer des enseignements pertinents. Dans le de l’engagement. L’histoire apporte une plus-value en amont,
©AFP IMAGEFORUM

passé, les chefs militaires et les commandants de corps expé- à la fois dans le domaine de la formation individuelle et collec-
ditionnaires ont toujours rédigé des comptes rendus de fin tive (niveau tactique) et dans la compréhension et la connais-
de campagne, comme le rapport Ély de fin de guerre d’Indo- sance précise que l’on a d’un éventuel théâtre d’intervention
chine que le Service historique de la Défense vient de rééditer. (complémentaire du renseignement du temps de paix).
Depuis 2004, qui a vu la création de la Direction du retour d’ex- Propos recueillis par Paul Hessenbruch
DOSSIER LES GRANDES BATAILLES

La Malmaison, le triomphe
En octobre 1917, pour reconquérir le Chemin des Dames, l’armée française mise sur la primauté
du feu. Durant 6 jours, sur 10 kilomètres de front, la VIe armée déclenche un déluge de feu sur les lignes
allemandes. Les 2,3 millions d’obus tirés modèlent le champ de bataille et permettent une réelle victoire.

n 1917, la guerre industrielle du XXe siècle l’obliger à se redéployer complètement, lui interdisant

E finissait de prendre forme dans les tranchées,


l’homme semblant s’éclipser devant la force
brutale de la machine. Le feu consumait les
forces vives des armées dans un charnier de
sang et de boue. L’artillerie, et plus particulièrement l’ar-
tillerie lourde, devenait indispensable à toute action sur
le front français.
ainsi d’appuyer son infanterie pendant l’installation de
l’infanterie française sur le terrain conquis ».
L’étude du rapport de force lui-même ne s’établissait
plus sur les armes de mêlée mais sur l’artillerie. La den-
sité des pièces d’artillerie de la VIe armée était de 40 bat-
teries par kilomètre de front. La phase du modelage du
champ de bataille était donc décisive et elle reposait sur
Le primat du feu dans la doctrine française débouchait sur une planification parfaite et sur d’importants moyens
un modelage planifié du champ de d’acquisition du renseignement d’ob-
bataille d’armée. Il s’agissait, grâce à jectifs pour rentabiliser l’emploi d’un
des canons toujours plus puissants,
tirant à des portées pouvant aller
« Les Français nous ont nombre aussi important de batteries
et pour garantir la réussite de la pré-
jusqu’à 40 kilomètres, d’encager le
champ de bataille pour isoler les uni-
tellement menés par paration d’artillerie. Pour gérer un tel
nombre de batteries d’artillerie, le
tés du premier échelon, d’interrompre le bout du nez que nous haut commandement en vint à créer
les courants logistiques, d’anéantir la dans chaque état-major de grandes
défense adverse et d’appuyer la pro- ne savions que faire. unités à partir du niveau division-
gression de l’infanterie. Pour mener à naire comprenant jusqu’au niveau de
bien cette tâche écrasante, l’artillerie À trois reprises, leurs l’armée une cellule spéciale, le ser-
française avait adopté, dès 1915, une vice de renseignement d’artillerie.
nouvelle organisation. Elle était répar-
feux roulants se sont Celui-ci est chargé à la fois de mettre
tie entre une artillerie divisionnaire,
déclenchés de façon en œuvre la recherche du renseigne-

©ECPAD
de corps d’armée et d’armée. ment d’objectifs, puis, en fonction
Les Français tirèrent d’énormes
quantités de munitions. Ainsi,
à nous faire croire des ordres reçus, d’établir la pla-
nification des tirs d’artillerie et des
lors de la bataille de la Malmaison qu'ils allaient sortir. » missions aériennes des escadrilles
en octobre 1917, la VIe armée d’observation. Le renseignement
consomma, pour une préparation était au centre de la doctrine
d’artillerie de 6 jours sur 10 kilomètres de front, 17 500 La VIe armée, pour s’emparer du plateau de la Malmaison,
tonnes d’obus de 75 mm, 36 000 tonnes d’obus d’artille- avait décidé de traiter l’ensemble des objectifs jusqu’à la
rie lourde et enfin 15 000 tonnes d’artillerie de tranchée. vallée de l’Ailette. La portée de l’artillerie française détermi-
Soit 2,3 millions d’obus en tout. nait la portée de l’offensive terrestre.
Pour reconquérir le Chemin des Dames, l’effet majeur du À J-6, l’artillerie d’armée entama ses tirs, principalement
général Paul Maistre, commandant la VIe armée reposait de contrebatterie, puis, pendant cinq jours, elle effectua
sur la primauté du feu ; il fallait « rendre impossible une des tirs d’interdiction (encagement) et des tirs de destruc-
contre-attaque permettant la reconquête du terrain perdu tion dont 1 640 obus de 400 et de 370 contre les postes
en atteignant les positions de batteries ennemies pour de commandement. À J-1, les tirs de l’artillerie d’armée se
Armée de Terre
phe de l’artillerie française
©ECPAD

Obusier allemand pris à l’ennemi. Grâce à l’artillerie, la bataille de la Malmaison est une victoire : 200 canons et 700 mitrailleuses passent
aux Français et 11 000 soldats allemands sont faits prisonniers.

concentrèrent sur les premières lignes, notamment pour croire qu’ils allaient sortir. » Le résultat du déluge de feu
aveugler les défenses. L’artillerie de corps d’armée obéit à qui s’abattit sur le front allemand fut tel que les premières
la même chronologie à partir de J-3 dans sa zone d’action. lignes ennemies furent nivelées, ses réserves tactiques
L’attaque du 23 octobre fut précédée par une opération décimées, ses mouvements rendus impossibles au point
de déception mettant en jeu l’ensemble de l’artillerie de la qu’une dépression morale s’empara de ses combattants.
VIe armée. Un officier allemand a noté dans son rapport : Bilan : 11 000 prisonniers, 200 canons et 700 mitrailleuses
« Les Français nous ont tellement menés par le bout du pris aux Allemands.
nez que nous ne savions que faire. À trois reprises, leurs Colonel Jean-Marc Marill,
feux roulants se sont déclenchés de façon à nous faire Service historique de la Défense
DOSSIER LES GRANDES BATAILLES

Béveziers, une victoire au g


10 juillet 1690, 70 vaisseaux français canonnent les 59 navires anglo-hollandais adverses, en détruisant
une douzaine. La France, qui n’a subi aucune perte, domine totalement la Manche. Mais en refusant
de poursuivre ses adversaires sur la Tamise, l’amiral de Tourville rend cette victoire sur mer inutile.

ntre la paix de Nimègue (1678) et la guerre de rale avec une coalition à la fois maritime et continentale.

E la Ligue d’Augsbourg (1689), l’Europe vit une


sorte de guerre froide avant la lettre durant
laquelle l’Angleterre et les Pays-Bas, dirigés
depuis 1688 par un même prince, Guillaume
d’Orange, animent l’opposition à Louis XIV. Ayant établi
la prépondérance française sur le continent, ce dernier
doit maintenant relever le défi d’une confrontation géné-
Cette situation, inédite dans les annales militaires de la
France, donne à sa jeune marine une importance straté-
gique nouvelle.
La guerre qui éclate en 1689 trouve la France à la fois
en position de force et d’isolement. Isolement, car
l’agressivité de la politique des Réunions, c’est-à-dire de
l’annexion des petits États à sa frontière, telle la ville de

P. DANTEC©MUSÉE NATIONAL DE LA MARINE

La bataille de Béveziers par le peintre du XXe siècle Albert Brenet. Jamais une armée navale rassemblée par la France n’avait été si importante.
Marine
u goût d’inachevé
Strasbourg en 1681, inquiète l’Europe. Mais elle reste avantage de l’espace ouvert entre leurs flottes par la
forte de sa situation centrale ainsi que du nombre et de témérité hollandaise et la prudence anglaise… Ainsi, les
la valeur de ses troupes, appuyées sur la « ceinture de navires hollandais formant l’avant-garde et, engagés au
fer » de Vauban. De plus, sa flotte a poursuivi la montée plus près de la ligne française, sont enveloppés par les
en puissance amorcée au début du règne. Le corps de escadres des lieutenants généraux de Villette-Mursay
bataille proprement dit a été renforcé en nombre et en et de Château-Renault. Cette manœuvre aurait pu être
qualité sous l’impulsion du secrétaire d’État à la Marine, contrée par l’escadre anglaise d’Herbert, mais celui-ci
Colbert, auquel succède son fils Colbert de Seignelay. se contente d’une canonnade lointaine. Il permet ainsi
À l’image du célèbre Soleil royal, ces navires richement au centre français, mené par le vice-amiral de Tourville,
décorés portent avec magnificence la puissance du roi de compléter l’encerclement des Hollandais. Enfin, à
sur les mers, mais ils sont aussi de redoutables instru- l’arrière-garde, les escadres françaises et anglaises
ments de guerre, bénéficiant des s’affrontent franchement, mais sans
derniers progrès de la construction résultats nets. La bataille s’achève
navale.
Les plans de campagne des années
Les instructions à la nuit tombée, et la faiblesse du
vent permet aux Anglo-Hollandais
1689-1690 attribuent donc un rôle
capital à la Marine, chargée de favori-
du secrétaire d'État de remorquer leurs navires par cha-
loupes et de limiter leurs pertes.
E
ser la restauration du roi d’Angleterre à la Marine poussent Celles-ci sont pourtant importantes m
en exil, Jacques II, dans l’espoir de si l’on tient compte des résultats de
rompre la coalition anglo-hollandaise. Tourville à rechercher la poursuite des jours suivants : une ru
Pour cela, l’Irlande sert de tête de douzaine de vaisseaux et cinq brûlots
pont à un corps de 6 000 hommes « un avantage tel sont détruits, alors qu’aucune perte jo
débarqué dans la baie de Bantry en n’est à déplorer du côté français.
mai 1689. À cette occasion, la flotte que les ennemis soient La victoire est donc très nette, mais le
du lieutenant général de Château-
Renault met en fuite l’escadre
hors d’état de paraître elle n’est pas exploitée. Malgré les
injonctions de Seignelay, Tourville
anglaise qui tente d’intervenir, sans
toutefois rechercher un succès
à la mer de rechigne à tenter un « grand coup »
dans la Tamise, et il se contente
décisif. C’est dans la Manche que cette campagne. » d’insulter les côtes anglaises avant
celui-ci doit être obtenu, par l’action de rallier Le Havre. En Angleterre,
du gros de la flotte commandé par pourtant, le choc moral est d’abord
Tourville. Des instructions déterminées de Seignelay le très rude : « Il n’y eut pas de journée plus triste dans
poussent à rechercher « un avantage tel que les enne- les annales de Londres », commente l’historien Thomas
mis soient hors d’état de paraître à la mer de cette cam- Macaulay. Mais l’absence de débarquement et la défaite
pagne ». L’entrée dans la Manche, le 25 juin 1690, de l’ar- de Jacques II à la bataille de la Boyne, le 12 juillet, per-
P. DANTEC©MUSÉE NATIONAL DE LA MARINE

mée navale la plus importante jamais rassemblée par la mettent finalement de surmonter la crise.
France est en soi une telle provocation que la flotte com- Superbe victoire tactique, Béveziers illustre l’inutilité du
binée de l’amiral Herbert ne peut qu’y répondre, malgré contrôle des espaces maritimes pour eux-mêmes. Maître
son infériorité numérique. Le 10 juillet, au large du cap des mers, il faut encore trouver le point d’application de
Béveziers (Beachy Head en anglais), la rencontre oppose cette puissance sur le territoire adverse, soit par le blocus,
70 vaisseaux français (à titre de comparaison, la flotte soit par la projection de force, jusqu’à la victoire finale.
franco-espagnole de Trafalgar n’en comptera que 35) aux
59 vaisseaux anglo-hollandais. Si le combat se résume à Dominique Guillemin,
une canonnade en ligne, les escadres françaises tirent Service historique de la Défense
DOSSIER LES GRANDES BATAILLES

Verdun,qui va à la chasse
Afin de contrer l’armada aérienne allemande, le commandant de Rose est chargé de mettre sur pied
le premier groupement de chasse français et obtient la participation des “as” du moment – Guynemer,
Brocard, Garros… En quelques mois, le ciel de Verdun est reconquis. L’aviation de chasse française est née.

i la bataille de Verdun demeure à jamais le sym- À la célèbre injonction « de Rose, balayez-moi le ciel ! Je

S bole de l’enfer des tranchées, on oublie trop


souvent que la lutte fut tout aussi âpre dans
les airs. Les combats qui s’y sont déroulés,
entre février et septembre 1916, ont incon-
testablement contribué à accroître l’importance de l’aéro-
nautique au sein des armées. En outre, ils se sont révélés
déterminants du point de vue doctrinal avec la formulation
suis aveugle ! » prononcée par Pétain, le chef de l’aéronau-
tique de la Ve armée répond en mettant sur pied le premier
groupement de chasse, constitué d’escadrilles dotées des
appareils les plus modernes – les Nieuport XI –, auquel il
fixe une mission simple : l’offensive à outrance. Persuadé
depuis longtemps que les monoplaces rapides et équipés
d’une arme automatique tirant dans l’axe de l’hélice sont
des concepts de « maîtrise de l’air » et de « supériorité voués à devenir les maîtres du ciel, de Rose obtient la par-
aérienne », ainsi que par leur mise en ticipation des pilotes les plus chevron-
œuvre par l’aviation de chasse, entité nés du front qui viennent rejoindre
définitivement structurée à travers le
groupement de chasse du comman-
Pour de Rose, « il faut « la sentinelle de Verdun », le célèbre
Jean Navarre. Toute la pépinière des
dant de Rose. À l’issue de cette lutte
titanesque, les responsables militaires
préférer la modestie « as », les Guynemer, Brocard, Gar-
ros, Heurtaux et bien d’autres, est
allemands comme français ont com- de ceux qui s’associent ainsi rassemblée. Privilégiant le tra-
pris que désormais le contrôle des airs vail en équipe sur l’exploit individuel,
pour combattre au

©SERVICE HISTORIQUE DE LA DÉFENSE


était un corollaire indispensable à la de Rose est en effet convaincu qu’un
conduite de la bataille terrestre. « chasseur doit tendre vers un idéal
Quand ils lancent leur attaque, le triomphe passager très sublime, mais avec des moyens
21 février, les Allemands ont rassem- très pratiques » et qu’« il faut préférer
blé devant Verdun une formidable
de celui qui s'isole. » la modestie de ceux qui s’associent
armada aérienne de 270 avions, dont
une quarantaine de monoplaces de
Mais certains as qui pour combattre au triomphe passager
de celui qui s’isole ». Aussi impose-t-il
chasse. Ils s’abattent sur les quelque
70 appareils français de la région for-
renâclent sont autorisés une stricte discipline à ses pilotes qui
doivent évoluer en patrouilles de trois,
tifiée de Verdun avec pour mission à combattre seuls. six voire neuf, créant ainsi un effet de
d’aveugler l’artillerie française en la pri- masse, et détruire systématiquement
vant de ses avions de reconnaissance tous les appareils ennemis.
et de ses ballons chargés d’assurer le réglage des tirs. En Les As renâclent et les plus grands d’entre eux, tels Guyne-
quelques heures, les équipages allemands dominent le ciel mer, Nungesser, et Navarre sont finalement autorisés à
de Verdun où ils s’imposent en maîtres, tandis que le fort combattre seuls à condition de voler à 300 mètres au-des-
de Douaumont, pivot de la défense française, tombe quatre sus d’une patrouille. De Rose s’attache également à
jours plus tard. Pour le général Pétain, cette reconquête résoudre le problème de l’emploi général de l’aviation et de
pour la maîtrise du ciel s’avère indispensable car, sans elle, sa mise à disposition des unités terrestres. En accord avec
la paralysie guette les armées terrestres. Il faut donc livrer le colonel Barès, responsable de l’aéronautique au grand
une bataille aérienne, la première de l’histoire, en lançant quartier général, il crée donc cinq secteurs aéronautiques
en masse des appareils de chasse. calqués sur chacun des corps d’armée, avec, à la tête de
Armée de l'Air
sse gagne sa place
©SERVICE HISTORIQUE DE LA DÉFENSE

Considéré comme le père de la chasse française, le commandant Charles de Tricornot de Rose (1876-1916) met en œuvre, à Verdun, sa doctrine
de l’offensive à outrance et de l’effet de masse pour obtenir la maîtrise de l’air.

chacun d’eux, un commandant de l’aéronautique dépen- doctrine de la chasse dont l’élément essentiel réside
dant du général commandant le corps d’armée. Toutes les dans le concept de maîtrise de l’air, lequel ne peut s’ac-
mesures prises par de Rose — regroupement d’unités de quérir que par l’offensive à outrance et l’effet de masse.
chasse, stricte discipline de vol, création de secteurs aéro- Jusqu’alors, les responsables de l’aéronautique avaient
nautiques — portent leurs fruits rapidement. L’aviation fran- donné la priorité à l’observation et au bombardement, la
çaise réussit à reconquérir la maîtrise du ciel, permettant chasse restant cantonnée dans un rôle de protection peu
ainsi aux avions de reconnaissance de travailler à nouveau reconnu. La chasse est bien née à Verdun.
en toute liberté au profit de l’artillerie. Charles de Rose peut Marie-Catherine Villatoux,
donc à juste titre être considéré comme le fondateur de la Service historique de la Défense
DOSSIER LES GRANDES BATAILLES

LA BATAILLE DE LA MOSKOWA
e 24 juin 1812, une armée de plus de les flèches sur la gauche russe sont prises. L’objectif

L 450 000 hommes, composée de contingents


de vingt nations et placée sous le commande-
ment de Napoléon Ier, entre sur le territoire de
l’empire russe. Son objectif est d’obtenir une
bataille, de détruire l’armée russe, de prendre des gages
et de ramener ainsi Alexandre Ier à la table des négo-
ciations. Mais les Russes appliquent une stratégie de la
principal devient le centre russe protégé par la grande
redoute. Il faut que les combats se poursuivent
jusqu’à 18 heures en attaques et contre-attaques
pour que la Grande Armée réussisse à prendre les
positions russes. Mais la gauche française a été un
moment menacée par une attaque de diversion russe
et les troupes sont épuisées.
terre brûlée qui épuise les forces françaises et évitent Napoléon ne veut pas engager ses dernières réserves,
la bataille. Du 26 juin au 7 septembre 1812, plus de la Garde impériale, et le combat se poursuit à coups
850 kilomètres sont parcourus, avec pertes et combats d’artillerie jusqu’à la nuit tandis que les Russes se
continus, mais sans aucune décision. Arrivé à moins de replient sans être poursuivis. La bataille leur a coûté
150 kilomètres de Moscou, Koutouzov, qui commande 45 000 morts et blessés et 1 000 prisonniers. La
l'armée russe, ne peut cependant pas abandonner la Grande Armée a perdu officiellement 6 547 hommes
ville sans combat. La bataille du 7 septembre sera livrée et 21 453 blessés.
pour des raisons plus politiques que militaires. Tactiquement, la victoire est indiscutablement fran-
Celle-ci débute à 6 heures du matin. La Grande Armée çaise : l’armée russe s’est repliée avec des pertes
commandée par Napoléon Ier comprend de 105 000 à supérieures à celles de ses ennemis et le général
130 000 hommes et 580 canons, l’armée russe, comman- Koutouzov n’a pas pu empêcher l’entrée de Napo-
dée par Koutousov, entre 120 000 et 145 000 hommes léon dans Moscou. Mais ce dernier n’a pas réussi
et 640 canons. Une première attaque française contre à détruire l’armée adverse, ce qui était son objec-
la ligne russe est dirigée contre la gauche et le centre tif stratégique originel, et surtout ne parvient pas à
couverts par des fortifications de campagne (flèches – obliger Alexandre Ier à s’asseoir à la table des négo-
fossés et talus triangulaires – et redoutes). Le village de ciations. La bataille de la Moskowa n’aura, malgré
Borodino est pris, mais l’offensive ne débouche sur rien son ampleur, décidé de rien…
malgré des pertes déjà importantes des deux côtés. Patrick Bouhet, Délégation à la mémoire,
À 8 heures, Napoléon renforce l’attaque et à 10 heures au patrimoine et aux archives

Durée
de 6 heures à 22 heures environ
1. Au petit matin, Napoléon lance Davout
à l'assaut des flèches de Bagration Français Russes
qui sont prises, perdues et reprises dans

M
une grande confusion. Bagration appelle

os
Infanterie

ko
Barclay à l’aide. Murat lance sa cavalerie

wa
qui est gênée par la masse des cadavres.
2. Pendant ce temps, le prince Eugène Cavalerie
prend Borodino, puis passe la Kalatcha avec Baggovout
Broussier et Morand et part à l’assaut de Artillerie
la redoute Raïevski qui est prise et perdue. 3 2e

3. Vers midi, la cavalerie cosaque de Platov Ostermann


et Ouvarov lance un raid de diversion sur les Ornano 4e Barclay
arrières de l’aile gauche française. Ce qui Koutouzovv 2e (1e armée)
force le prince Eugène à retarder de deux Prince
heures une nouvelle attaque sur la redoute Eugène 4e Platov
Raïevski. Un délai qui permet aux Russes Borodino
de renforcer leur aile gauche, très éprouvée. Grouchy 2
6e 3e
5e 4. Vers 14 heures, nouvel assaut massif
et extrêmement meurtrier sur la redoute
sk Broussier 4 4 e
Raïevski qui est prise.
Smolen
ute de
e
e ro Morand Grande 7
Nouvell Dessaix
D redoute Raïevski 5. Depuis la matinée, Poniatowski a du mal
Junot 8e Montbrun à déborder Toutchkov et Karpov sur la vieille
6 Napoléonn Che Chevardino
Borojdine route de Smolensk et autour du village
e 1er
h a Garde Ney 3 1 d’Outitsa qui est pris, perdu et repris.
at c impériale Davout Bagration Les renforts envoyés par Barclay stoppent
Kal 1er (2e armée) la progression française.
k
r-Mau b o u rg olens 6. Vers 15 heures, la plupart des maréchaux
Murat
La Tou t e d e Sm
e rou demandent à Napoléon de lancer la Garde
Nansouty Vieill impériale pour achever l’armée russe qui
Redoute de Chevardino 3e faiblit. Napoléon refuse. Épuisés,
(prise le 5 septembre)
Outitsa
5 Toutchkov les Français n'ont plus assez de force pour
Poniatowski Karpov bousculer les Russes qui tiennent le front
derrière les redoutes jusqu’à 18 heures.
Le lendemain, toute l’armée russe
quitte le terrain.
Étendue du champ de bataille : un quadrilatère de 6 km sur 4

Effectifs
France : entre 105 000 et 130 000 hommes, 580 canons
Russie : entre 120 000 et 145 000 hommes, 640 canons

Pertes
France : 6 547 morts et 21 453 blessés
d'après les états de situation
Russie : environ 45 000 morts et blessés, 1 000 prisonniers

Densité de feu
3 coups de canon par seconde
et 430 coups de fusil par minute
pour les dix premières heures de la bataille

www.salon-du-bourget.fr/
DOSSIER LES GRANDES BATAILLES

De nouveaux champs de b
La guerre de demain prend forme dès aujourd’hui avec de nouveaux terrains et outils de combat.
Ainsi, espace et cyberespace deviennent des théâtres de démonstration de force et d’affrontements pour
un nombre croissant de nations tandis que les robots soldats, à l'image des drones, investissent la scène.

vec la sortie annoncée en 2015 de nouveaux épi- programme nucléaire iranien endommageait le réacteur de la

A sodes de Star Wars, les combats dans l’espace


ont encore de beaux jours devant eux en science-
fiction. Dans la réalité, il est encore trop tôt pour
concevoir une guerre des étoiles. Pourtant, l’exten-
sion de la notion de champ de bataille est résolument engagée.
Dans l’esprit des traités internationaux, l’espace a toujours
gardé une vocation pacifique, mais dans les faits, depuis plus
centrale nucléaire de Bouchehr, détruisant un millier de centri-
fugeuses du site d’enrichissement d’uranium de Natanz. Selon
certaines sources, cette attaque aurait permis de retarder de
six mois à deux ans le programme nucléaire militaire de l’Iran.
L’ancien directeur de la CIA, Michael Hayden, n’hésita pas à
la comparer à celles d’août 1945 :« C’est la première attaque
majeure de cette nature qui parvient à entraîner des destruc-
de cinquante ans, les évolutions des tions physiques affectant une infrastruc-
politiques spatiales des grandes puis- ture importante. »
sances ouvrent la voie à sa militarisation
« L’espace est d’ores et déjà un espace
« L’espace est d’ores Le 28 mai 2012, un nouveau virus bap-
tisé Flame, vingt fois plus puissant que
de confrontation, le théâtre de luttes d’in-
fluence plus ou moins militarisées. Il tend
et déjà un espace Stuxnet, frappait les systèmes d’infor-
mation de pays du Moyen-Orient.
à devenir un nouveau théâtre d’affronte- de confrontation, Selon les spécialistes mandatés par les
ment des nations », expliquait dans nos Nations unies, parmi lesquels l’éditeur
colonnes, en avril 2012, le général Yves le théâtre de luttes russe d’antivirus Kaspersky, ce logiciel
Arnaud, qui dirige le Commandement malveillant serait comparable à « une
interarmées de l’espace. Depuis 1957 d’influence plus ou boîte à outils » capable d’espionner et de
et les débuts de l’aventure spatiale, les contrôler les ordinateurs.
États n’ont eu de cesse de vouloir y exer- moins militarisées. Il tend La France n’est pas épargnée par ce
cer leur influence pour en tirer un béné-
fice, notamment militaire.
à devenir un nouveau fléau. En 2012, plusieurs attaques infor-
matiques ont été portées contre des
S’il est peu probable de voir graviter au-
dessus de nos têtes des armes pointées
théâtre d’affrontement administrations et des entreprises fran-
çaises. Dans son rapport annuel, la délé-
vers la Terre, les tirs antisatellites opérés des nations. » gation parlementaire au renseignement
dernièrement à titre de démonstration par soulignait que « les attaques contre les
les Américains et les Chinois prouvent la systèmes d’information et de commu-
volonté des grandes puissances à maîtriser les menaces spa- nication, l’espionnage économique […] constituent d’ores et
tiales. En 2007, la Chine a ainsi réussi à détruire l’un de ses déjà des menaces tout aussi importantes pour la France que
anciens satellites météorologiques en orbite à 800 kilomètres le terrorisme. »
d’altitude au moyen d’un missile lancé depuis son territoire. Le ministre de la Défense a rappelé lors d’un colloque début juin
En 2008, un missile tactique tiré depuis un croiseur américain que « la France ne se contentera pas de protéger ses réseaux,
parvenait à détruire un satellite se trouvant à 250 kilomètres mais se dotera aussi d'une capacité offensive avec des moyens
©AFP IMAGEFORUM

d’altitude. qui seront plus ou moins réversibles, plus ou moins discrets,


En termes de cyberdéfense aussi, les dernières attaques mon- mais toujours proportionnés à l'ampleur et à la gravité de la
diales préfigurent déjà les menaces pour les États. En 2010, situation ». Ainsi, le cyberespace est progressivement introduit
le virus Stuxnet introduit dans les systèmes informatiques du dans la préparation opérationnelle des forces et le personnel
Futur
e batail e
sensibilisé à l'hygiène informatique, qui consiste à se protéger décision de tir. Ce drone marque là un tournant technologique
du piratage en appliquant des règles simples de sécurité. Au- majeur et peut être considéré comme le véritable premier
delà, c’est toute la chaîne des systèmes d’information et de robot soldat. En la matière, la France et l’Europe ne sont pas en
communication qui s’est renforcée avec la consolidation de la reste. En décembre 2012, le premier essai en vol du Neuron, le
protection du matériel et le cryptage des liaisons. Le ministère démonstrateur de drone de combat furtif, a eu lieu sur la base
joue aussi son rôle en accompagnant le développement d’une arienne d’Istres. Ce vol ouvre la voie aux campagnes d’essai en
filière d'ingénieurs en cybersécurité. vol de ce projet européen qui auront pour objectifs de tester
Il marque également un effort dans le domaine anticipation- ses aptitudes en vol, d’évaluer sa furtivité et ses aptitudes au
renseignement à travers les drones. Ces dernières années, les combat.
États-Unis ont procédé à des centaines de frappes aériennes Satellites, écrans, drones, l’usage des robots représente un
ciblées sur des personnes en Afghanistan, au Pakistan ou au changement stratégique profond. Les batailles de demain
Yémen, au moyen de drones armés, pilotés depuis une base s’écriront peut-être avec moins de combattants jetés face à
du Nevada. Le X-47B, drone armé supersonique, toujours en face et se mèneront sur des terrains que l’histoire militaire n’a
phase d’essai par la marine américaine, présente la particula- pas encore explorés…
rité d’être complètement autonome dans sa navigation et sa Paul Hessenbruch

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p
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s
t
©AFP IMAGEFORUM

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Un drone de combat furtif X-47B est catapulté du pont d'envol du porte-avions américain USS George H.W. Bush. Ce drone armé supersonique
est complètement autonome dans sa navigation et sa décision de tir. Il peut être considéré comme le premier robot soldat.
DETOURS CULTURE
PHOTOS : J. LEMPIN©ECPAD

Ci-dessus : poste émetteur dissimulé


dans une petite valise.
Ci-contre : manipulateur de télégraphie.

60 ARMÉES D’AUJOURD’HUI • NUMÉRO 382 • JUILLET-AOÛT 2013


Struthof,
l’ancien camp
de concentration
de Natzweiler,
abrite le Centre
européen
du résistant
déporté.

Renseignements,
l’autre
Avec l’exposition « L’heure des combats
viendra », le Centre européen du résistant
déporté met à l’honneur le travail des femmes
et des hommes chargés de faire passer des
informations aux Alliés.

combat L
’heure des combats alliées. L’exposition est
viendra » annonçait conçue en deux parties.
la BBC le 5 juin Dans un premier espace,
1944. Derrière cette deux réseaux clandes-
simple phrase diffu- tins emblématiques de la
sée sur les ondes se cache livraison d’informations
un code pour que les résis- militaires aux Alliés sont
tants déclenchent des opé- présentés, accompagnés
rations de sabotage prépa- de quelques objets utili-
ratoires au débarquement sés par leurs membres
allié en Normandie. Un – pilules de cyanure,
exemple qui illustre l’impor- un stylo lance-gaz, une
tance des transmissions et brosse cache-message…
du renseignement durant la On découvre ainsi Alliance,
Seconde Guerre mondiale. une structure à caractère
C’est pourquoi le Centre militaire dont 107 membres
européen du résistant ont été exécutés au Stru-
déporté, situé au Struthof, thof en 1944. Parmi eux,
l’ancien camp de concen- Jacques Stosskopf. Cet
tration de Natzweiler, en ingénieur en chef du génie
Alsace, a choisi ce message maritime en poste à Lorient
codé comme titre de son en 1940 était une sorte
actuelle exposition tempo- d’agent double. Censé tra-
raire. Un hommage à tous vailler pour les Allemands,
ces combattants de l’ombre il transmettait à Londres
qui ont œuvré pour trans- des renseignements sur les
mettre des renseignements sous-marins allemands qui
à Londres, et faciliter ainsi mouillaient dans le port.
les opérations militaires Sa biographie, des

61
DETOURS CULTURE
et de parachutage… Des niques animées par les Fran-
objets prêtés par le musée çais libres depuis Londres,
du Plan Sussex à Hochfel- à Radio-Paris, vecteur de la
den, le musée de l’ordre propagande allemande.
de la Libération de Paris, le Beaucoup de résistants ont
musée de l’Abri de Hatten, payé de leur vie ces actions
l’Amicale de la guerre élec- de transmission et de ren-
tronique de l’armée de Terre seignement. Le camp de
de Mutzig et par Maurice Natzweiler-Struthof a été la
Ancel, un collectionneur de destination finale d’un
postes de radio. grand nombre d’entre eux.
Les progrès techniques « Parmi ces hommes, on
de l’époque ont permis la compte des militaires qui
miniaturisation du matériel ont bravé leur hiérarchie et
offrant ainsi de cacher cer- les ordres, remarque Frédé-
tains appareils dans un pied rique Neau-Dufour. Certains
de lit, un fer à repasser ou ont été déportés à Struthof,
lettres ainsi que des l’exposition des acteurs de un livre… Des radios étaient comme le général Deles-
objets personnels illustrent cette guerre secrète ainsi insérées dans des valises – traint, chef de l’armée
sa vie de résistant. que les objets qu’ils utili- la plus petite pèse 8 kilos et secrète. Pour avoir choisi la
Autre réseau sous les pro- saient et qui racontent une la plus grande 13 kilos – qui Résistance, il a ensuite été
jecteurs, le Plan Sussex, époque. » permettaient aux résistants exécuté au camp de Dachau.
une organisation britan- En fond sonore, des extraits de se déplacer souvent afin Le Centre européen du
nique mise en place par la de la BBC et de Radio Paris de ne pas être repérés. Car résistant déporté est donc
France, le Royaume-Uni et se succèdent. Des messages les Allemands menaient une un lieu de mémoire pour
les États-Unis qui a apporté codés comme « je n’aime impitoyable chasse aux opé- les militaires, et notam-
un important soutien aux pas les crêpes suzette » rateurs, notamment grâce ment pour les régiments
armées alliées au moment parent le mur qu’il faut lon- aux radiogoniomètres, des de transmissions. »
du Débarquement. Ses ger pour atteindre le second récepteurs radio permettant Nelly Moussu
membres étaient formés
outre-Manche aux tech-
niques de renseignement,
de radio et de clandesti-
nité avant d’être envoyés
en France. Parmi eux,
Georges Soulier, qui était
chargé de communiquer
à Londres, par radio, des
informations sur les mou-
vements de troupes nazies
au moment du Débarque-
ment. On découvre, grâce En haut : stylo
à l’exposition, cet homme lance-gaz et
qui a survécu à la Seconde brosse cache-
message.
Guerre mondiale. « Derrière Ci-contre :
les progrès techniques des l’espace
moyens de communication, présentant
l’organisation
il y a l’histoire de ces êtres britannique
humains qui utilisaient un Plan Sussex.
appareil de transmission
ou écoutaient la radio, espace de l’exposition. de déterminer la position INFORMATIONS
souligne Frédérique Neau- Les visiteurs y découvrent d’appareils émetteurs. Exposition jusqu’au
Dufour, directrice du Centre toutes sortes de matériels : L’exposition présente éga- 23 décembre, sur le site
européen du résistant postes radio émetteurs et lement plusieurs postes à de l’ancien camp de
déporté. Ces actes engagés récepteurs clandestins ou transmission sans fil (TSF) concentration de Natzweiler-
pouvaient leur coûter la vie. militaires, armes, maté- pour illustrer la guerre des Struthof en Alsace.
C’est pourquoi nous avons riel de renseignement, de ondes qui opposait la BBC Renseignements au 03 88 47 44 67
placé au premier plan de détection, d’espionnage et ses émissions radiopho- et sur www.struthof.fr

62 ARMÉES D’AUJOURD’HUI • NUMÉRO 382 • JUILLET-AOÛT 2013


PERSPECTIVES DOCUMENT

DresdeAllemagneAllemagneAll

Le Bataillon français de l’ONU en Corée (1950-1953)


Le président de la République sud-coréenne Syngman Rhee décore de l’Ulchi Distinguished Military
Service Medal le lieutenant-colonel François Borreill, qui commanda le Bataillon français de l’ONU de
décembre 1951 à décembre 1952. Après l’invasion de la Corée du Sud par la Corée du Nord le 25 juin 1950,
la France s’associe à la mise sur pied d’un contingent international sous mandat des Nations unies. C’est
la première fois que l’ONU déploie une force armée, car, lors de la guerre israélo-arabe de 1948-1949 en
Palestine, la représentation militaire onusienne n’était composée que d’observateurs.
©ECPAD

64 ARMÉES D’AUJOURD’HUI • NUMÉRO 382 • JUILLET-AOÛT 2013


> histoire

de sécurité dont les cinq membres

ONU permanents n’ont pas changé depuis


1945. D’où sa tragique impuissance
dans la plupart des conflits de la deu-

Guerre et paix
xième moitié du XXe siècle et son atti-
tude ambigüe, par exemple avec le
régime génocidaire du Kampuchéa
démocratique (Cambodge), pourvu
d’un siège à l’ONU jusqu’au début des
années 1990…

Gérer les défis récents


Créée le 24 octobre 1945, l’Organisation des Nations unies À plusieurs reprises, néanmoins, les
incarne l’espoir d’une pacification des relations internationales. échanges qu’elle a favorisés au sein du
Si l’institution a été impuissante à régler nombre de conflits du Conseil de sécurité et de l’Assemblée
générale , le rôle diplomatique qu’elle a
XXesiècle, elle a cependant permis de limiter la spirale de la violence. Lé
pu jouer ont contribué à limiter la spirale
cr
de la violence et à faciliter les sorties
m

N
ée d’une guerre mondiale, pour crédibiliser leurs engagements de guerre. Ainsi, pendant la guerre de
l’ONU a été conçue pour militaires, comme dans la guerre du Corée, première « guerre de l’ONU »,
préserver la paix interna- Golfe en 1991 ou, mais sans y parvenir, la tribune onusienne a permis aux
tionale. Du « machin » lors de l’intervention militaire en Irak alliés européens d’atténuer les velléi-
dédaigné par le général de en 2003. L’ONU ne saurait évidem- tés d’escalade militaire manifestées par
Gaulle à l’heure des décolonisations ment empêcher la guerre à elle seule. les États-Unis contre la Chine de Mao
à la « tour de Babel » dénoncée dans Le « multilatéralisme ambigu » dont Zedong. Même dans la guerre du Viet-
les années 2000 par l’ancien ambas- on l’accuse à juste titre n’est souvent nam, pendant laquelle l’ONU ne pouvait
sadeur Dore Gold, peu d’organisations que l’expression des intérêts contradic- qu’être marginalisée en tant que telle
L’
internationales, sinon son ancêtre la toires de ses membres, qui n’ont d’ail- puisque ni le Vietnam ni la Chine com-
gu
Société des nations, ont été à ce point leurs jamais été aussi nombreux, des munistes n’en étaient encore membres
critiquées. Et pourtant, aucune n’a été limites de leur générosité financière dans les années 1960, le rôle discret
autant investie ni autant sollicitée. Com- et du fonctionnement institutionnel de mais actif du secrétaire général U Thant
ment expliquer ce paradoxe onusien ? l’organisation, dominé par un Conseil a facilité l’ouverture de négociations. Int
Dans les années 2000, le relatif succès me
L’ONU ne saurait empêcher de certaines opérations de maintien de
la guerre à elle seule la paix, en Afrique ou en Asie du Sud-
L
Incarnation de l’éternel espoir d’une Est, a redonné espoir aux partisans d’un
i
pacification des relations internatio- rôle accru des Casques bleus (deux fois
nales, l’ONU reste cependant dominée prix Nobel de la paix) et d’un meilleur
par l’affirmation des intérêts nationaux équilibre entre « Nord » et « Sud ».
de ses membres et par l’expression Confrontée à des obstacles structurels Im
des rapports de force qui en résultent. qu’elle peine à surmonter, malgré d’im- de
Elle représente donc une opportunité portantes réformes institutionnelles et
en même temps qu’une contrainte. une professionnalisation croissante du
Les acteurs les plus modestes y ont maintien de la paix, l’ONU doit en
trouvé très tôt un moyen de démul- même temps gérer des défis plus
C. FIARD©DICOD

tiplier l’écho de leurs revendications, récents : l’interopérabilité dans des ter-


à l’instar du Front de libération natio- ritoires de plus en plus morcelés ; l’arti-
nale algérien (FLN) qui a conduit une culation avec les organisations régio-
véritable bataille diplomatique à New nales… Elle n’en demeure pas moins,
York pendant la guerre d’Algérie. Les soixante-dix ans après sa naissance, un
PIERRE JOURNOUD
plus puissants, États-Unis en tête, ont chargé d’études à l’Institut de recherche acteur incontournable de la guerre et
recherché la légitimation onusienne stratégique de l’École militaire (Irsem) de la paix dans le monde.

65
KIOSQUE SELECTION
STRATAGÈMES L
MOURIR POUR SARAJEVO ? D
Duperies, tromperies Les États-Unis et l’éclatement de la Yougoslavie
intoxications pendant la Comment les États-Unis se sont-ils peu à peu
u
Seconde Guerre mondiale convaincus que seule une intervention militaire
u
massive pouvait mettre un terme à la guerre en Bos-
En décembre 2008 disparaissait
nie ? Au moment où la Yougoslavie s’effondre sur
Jean Deuve. Officier de la coloniale l
elle-même, en 1991, les Américains n’envisagent
au Niger, parachutiste dans l’armée d
pas un seul instant de « mourir pour Sarajevo ». En-
britannique des Indes, attaché mili-
gager des troupes combattantes en Europe ?… Ce
taire au Japon, spécialiste reconnu de
serait une première depuis 1945. Pourtant, derrière
l’histoire médiévale du
l’attentisme de surface, une logique de riposte se
duché
duc de Normandie,
met en place. Un jeu diplomatique serré, l’impact
Jean
Jea Deuve a vécu plu-
considérable des images diffusées par la chaîne
sieurs
sie vies. Son dernier
CNN, le travail en sous-main de nombreux lobbys,
ouvrage,
ouv paru en 2008
enfin, la prise de conscience des velléités génocidaires de certains leaders
et aujourd’hui réédité,
serbes, notamment après le massacre de Srebrenica en juillet 1995, furent
décrit
dé les nombreux
autant d’éléments qui précipiteront la décision américaine. Celle-ci, une fois
stratagèmes
str utilisés
votée, sera portée par des moyens colossaux et un volontarisme sans faille.
par
pa les belligérants de
Issu d’une thèse de doctorat, cet ouvrage est la première grande synthèse
la Seconde Guerre
française sur la politique américaine en ex-Yougoslavie de 1989 à 1995.
mondiale.
m Car l’ancien
Maya Kandel, CNRS Éditions, 384 p., 25 €
offi
of cier de rensei-
gnement
g savait que
subterfuges,
s ruses et c
tromperies
tr supposent l
un exercice tout aussi exigeant que celui HISTOIRE DE LA CAVALERIE g
du combattant. Que l’art de la guerre, en Chargé de cours à l’Université de Rennes, Frédéric Chauviré r
somme, c’est aussi de contraindre l’en- retrace l’histoire de l’un des plus vieux couples de la guerre :
nemi à réaliser la combinaison qu’on lui l’homme et le cheval. De l’Antiquité à la Première Guerre (
a déjà préparée. Barbarossa, Torch, Over- mondiale, cette histoire a été façonnée par les doctrines d
lord : toutes les grandes opérations de la militaires et l’évolution des techniques, mais aussi par la l
guerre 1939-1945 sont ainsi racontées à permanence d’un esprit chevaleresque. Travail scientifique l
la lumière des parties d’échecs qui, dans précis et méthodique, ce livre est également le récit vivant n
l’ombre, les ont précédées. des grandes batailles qui, de Bouvines à Eylau, ont bâti la n
Jean Deuve, Nouveau Monde grande geste de la cavalerie. B
éditions, 332 p., 8 € Frédéric Chauviré, éd. Perrin, 384 p., 24 € 4

NOTRE GUERRE SECRÈTE AU MALI DE LA DÉFENSE CONTRE-AVIONS I


Les nouvelles menaces À LA DÉFENSE SOL-AIR o
L’artillerie antiaérienne est aujourd'hui une A
contre la France arme de « non-emploi ». Depuis 1945, un s
seul tir de guerre a été effectué par l’armée d
Tous deux journalistes au Figaro, Isabelle Lasserre
française. C’était en 1987, contre un Tupolev p
et Thierry Oberlé reviennent sur l’entrée en guerre
libyen qui s’apprêtait à bombarder la capitale c
des armées françaises au Mali. Les raisons
du Tchad, N’Djamena. L’arme antiaérienne, r
de l’intervention militaire, la chronologie
cependant, ne cesse d’évoluer, mobilisant l
des opérations, les coulisses diploma-
des technologies toujours plus précises et
tiques, ainsi que les enjeux géopolitiques,
complexes. Conservatoire du patrimoine
économiques et humains sont exposés
militaire, mais aussi lieu de rencontres
méthodiquement. Une enquête qui
pour les universitaires, le musée de l’Artillerie de Draguignan
confirme l’importance qu’occupera dé-
a organisé le 28 mai 2010 une série de conférences sur l’his-
sormais l’Afrique de l'Ouest dans la lutte
toire méconnue de ces armes « sol-air ». Riche d’une dizaine
contre le terrorisme international.
d’articles, ce petit ouvrage est la publication des actes de
Isabelle Lasserre et Thierry Oberlé,
cette journée d’études.
éd. Fayard, 252 p., 17 €
Direction de Gilles Aubagnac, éd. Lavauzelle, 152 p., 28 €

66 ARMÉES D’AUJOURD’HUI • NUMÉRO 382 • JUILLET-AOÛT 2013


JEAN-CLAUDE JAEGER

LES GUERRES D’AFRIQUE LA TRAQUE DU BISMARCK, les derniers jours d’un mythe
Des origines à nos jours Au sud du Groenland, le 24 mai 1941, deux
navires de guerre allemands sont repérés par
Retracer des millénaires de conflits sur la flotte britannique. Fierté de la Couronne et
un continent aussi vaste est forcément de tout un peuple, symbole de l’invincibilité de
une entreprise ambitieuse. Bernard la Royal Navy sur toutes les mers du monde, le
Lugan, africaniste passionné, a relevé croiseur de bataille HMS Hood engage le combat.
le gant. Dès les premières pages, trois Face à lui, le Prinz Eugen et un tout nouveau cui-
définitions – de l’ethnie, de la tribu et du rassé, le Bismarck.
clan – rappellent que En une salve d’une précision inouïe le cuirassé al-
ces notions sont in- lemand fait exploser le Hood qui coule en quelques
trinsèques
trin à l’histoire minutes, puis il mutile sévèrement le HMS Prince
guerrière
gu africaine of Wales qui doit rompre le combat. La stupeur
et nécessaires à sa s’abat sur l’amirauté britannique. Mais le Bis-
compréhension.
co Un marck, lui aussi touché, doit abandonner sa chasse.
livre
liv de référence et Commence alors une gigantesque traque dans l’Atlantique Nord au cours de
d’ « opportunité », laquelle se joue la suprématie de l'Angleterre en mer. Quoiqu’il en coûte, « il
qu’on
qu ouvre pour faut couler le Bismarck » martèle Winston Churchill à ses amiraux.
s’instruire
s’i sur telle Spécialiste de l’histoire maritime allemande, François-Emmanuel Brézet re-
ou telle question. trace de façon magistrale l’histoire haletante de la première et dernière mis-
Un
U ouvrage com- sion du navire corsaire d’Adolf Hitler.
plet,
p enrichi de François-Emmanuel Brézet, éd. Perrin, 252 p., 21 €
cartes
c et orga-
nisé
n selon un plan
chronologique. Le récit est factuel tant
la question est complexe et l’auteur se LES AGENTS SECRETS DE LA FRANCE LIBRE
garde bien de tirer des conclusions géné- Le Bureau central de renseignements et d’action
rales. Souvent à contre-courant, Bernard Souvent méconnue, l’action du BCRA, le Bureau central de ren-
Lugan livre un autre regard sur l’actualité seignements et d’action mis en place par de Gaulle dès 1940,
(Libye, Mali) grâce à un savant éclairage fut la principale source d’informations des Alliés en France avant
du passé. L'auteur est professeur à le débarquement. Qui étaient les agents de ce « Bureau » ?
l’École de guerre à Paris, conférencier à Comment fonctionnaient leurs différentes sections ? Que ris-
l’Institut des hautes études de la défense quaient-ils ? L’historien Pascal Le Pautremat retrace l’histoire de
nationale et expert auprès du tribunal pé- ce réseau d’espionnage et détaille l’ensemble de ses missions
nal international pour le Rwanda. durant les cinq années d’Occupation. Un récit synthétique et
Bernard Lugan, éd. du Rocher, vivant servi par une iconographie irréprochable.
408 p., 32 € Pascal Le Pautremat, éd. Histoire et Collections, 144 p., 24,95 €

IRAN-ÉTATS-UNIS Les amis de demain LA DÉMILITARISATION DE L’EUROPE


ou l’après Ahmadinejad Un suicide stratégique ?
Ardavan Amir-Aslani est avocat en droit international et
spécialiste des contentieux commerciaux entre États. Son Où en sont les armées européennes depuis
dernier ouvrage, publié juste avant les élections qui ont la chute du Mur de Berlin ? La démilitari-
porté à la présidence iranienne Hassan Rohani, analyse les sation de l’Europe s’accélère, notamment
conditions qui permettront à Washington et à Téhéran de depuis 2009. Selon Jean-Baptiste Vouil-
renouer le dialogue. Selon l’auteur, le dossier du nucléaire, loux, chef d’escadron breveté de l’École
la situation de l’économie intérieure de l’Iran, les tensions de guerre, cette logique de réduction des
politiques
p en Afghanistan et au Pakistan capacités de combat des États du Vieux
sont
s autant de sujets qui rendront néces- Continent doit être analysée en termes
saire
s un rapprochement diplomatique entre budgétaires, mais aussi à la lumière des
les
le deux pays. Un essai dont l’enjeu explicite nouvelles donnes stratégiques qui se des-
est
es aussi de corriger certains préjugés pe- sinent peu à peu aux portes de l’Europe.
sant
sa sur l’Iran et de rappeler les fondements Un essai incisif qui a alimenté les récents débats
ancestraux
an de sa civilisation. autour du Livre blanc.
A. Amir-Aslani, éd. Pierre-Guillaume Jean-Baptiste Vouilloux, éd. Argos, 164 p., 12 €
de Roux, 128 p., 17 €

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