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Drogues, santé et société

Pharmacologie du cannabis
et synthèse des analyses
des principaux comités d’experts

Mohamed Ben Amar

D Transfert
de
connaissances

© Drogues, santé et société Extrait du


Montréal, 1e trimestre 2004 Volume 2, numéro 2 :
http://www.drogues-sante-societe.org Cannabis
ISSN 1703-8847 article thématique / transfert de connaissances
Pharmacologie du cannabis

Pharmacologie du cannabis
et synthèse des analyses
des principaux comités d’experts

Mohamed Ben Amar1,


Pharmacologue,
Université de Montréal, Facultés de l’éducation permanente
et des études supérieures, section des toxicomanies

Résumé

La première partie de cette étude est une exposition simplifiée de la pharmacologie du


cannabis, la substance illicite la plus consommée au Québec, au Canada et dans le monde.
Le cannabis contient plus de 460 produits connus, dont plus de 60 cannabinoïdes. L’ingré-
dient psychoactif majeur de la marijuana et du haschich est le delta-9-tétrahydrocannabinol
(THC).
Outre l’euphorie, le cannabis entraîne divers effets aigus et chroniques affectant
principalement les systèmes nerveux central et périphérique, respiratoire, cardiovasculaire,
endocrinien et immunitaire.
De nombreux rapports anecdotiques et quelques études cliniques sur un nombre peu
élevé de patients suggèrent les applications thérapeutiques suivantes du cannabis : sensation
de bien-être, anxiolyse, stimulation de l’appétit, effet antiémétique, analgésie, effet antispas-
modique et myorelaxant, soulagement du syndrome de la Tourette, effet anticonvulsivant,
diminution de la pression intraoculaire dans le glaucome et traitement du sevrage à certains
psychotropes. Au Canada, depuis le 31 juillet 2001, le Règlement sur l’accès à la marijuana
à des fins médicales permet à certains malades graves d’être admissibles à l’usage thérapeu-
tique du cannabis. Parallèlement, Santé Canada a instauré depuis juin 1999 un programme
de recherche sur l’emploi médicinal de la marijuana qui a débouché sur des essais cliniques
en cours.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et divers comités d’experts nord-américains
et européens concluent que le cannabis est moins dangereux pour la santé que beaucoup
d’autres psychotropes. Nous comparerons la toxicité du cannabis, de l’héroïne, de la cocaïne,
de l’alcool, de la nicotine (tabac) et de la caféine. Il n’y a pas d’évidence scientifique que le
cannabis soit une drogue « gateway » incitant à l’usage de drogues plus dures comme l’hé-
roïne ou la cocaïne. Contrairement à l’alcool et à plusieurs autres drogues, le cannabis ne

[email protected]

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Pharmacologie du cannabis

conduit ni à la violence ni au crime. En fait, il tend à supprimer l’agressivité et à apaiser le


récipiendaire.
La deuxième partie de cet article traite du débat sur la législation entourant le cannabis
puisque le Canada envisage une nouvelle politique dans ce domaine. Nous avons sélectionné
certaines conclusions d’une série de rapports officiels émanant d’autorités scientifiques du
Canada, des États-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne. Elles font le point sur les
effets du cannabis sur la santé et leurs retombées sur le plan législatif. La synthèse des
analyses de ces comités d’experts permettra au lecteur de comprendre le contexte national et
international qui a entouré le récent dépôt à la Chambre des communes du Canada du projet
de loi fédéral visant, entre autres, la décriminalisation de la possession de petites quantités
de cannabis.
L’examen des principales conclusions de ces commissions d’experts nous conduit à
constater que, jusqu’à récemment, les lois en matière de cannabis ont davantage été régies
par des objectifs politiques que par des considérations scientifiques.

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Pharmacologie du cannabis

Pharmacology of Cannabis Farmacología del cannabis


and Synthesis of the Analyses y síntesis de los análisis de los
of the Principal Expert Comities principales comités de expertos

Abstract Resumen

The first part of this article is a simplified review of La primera parte de este estudio es una exposición
the pharmacology of cannabis, the most consumed illicit simplificada de la farmacología del cannabis, la sustan-
substance in Quebec, Canada and worldwide. It contains cia ilícita más consumida en el Québec, en Canadá y en el
more than 460 known products, from which more than 60 mundo entero. El cannabis contiene más de 460 produc-
are cannabinoids. The main psychoactive ingredient of tos conocidos, de cuales más de 60 son cannabinoides. El
marijuana and hashish is delta-9-tetrahydrocannabinol principal ingrediente psicoactivo de la marihuana y del
(THC). hachís es el delta-9-tetrahidrocannabinol (THC).
Besides euphoria, cannabis induces different acute Además de la euforia, el cannabis produce varios
and chronic effects which affect mainly the central and efectos agudos y crónicos que afectan principalmente los
peripheral, respiratory, cardiovascular, endocrine and sistemas nerviosos central y periférico, respiratorio, car-
immune systems. diovascular, endocrino e inmunitario.
Numerous anecdotic reports and some clinical stud- Numerosos reportes anecdóticos y algunos estudios
ies on a reduced number of patients suggest the following clínicos en un número reducido de pacientes sugieren las
therapeutic applications for cannabis: feeling of well-be- aplicaciones terapéuticas siguientes del cannabis: sen-
ing, anxiolysis, stimulation of appetite, antiemetic effect, sación de bienestar, ansiolisis, estimulación del apetito,
analgesia, antispasmodic and muscle relaxing effect, efecto antiemético, analgesia, efecto antiespasmódico y
relief of Tourette’s syndrome, anticonvulsant effect, lower- miorelajante, alivio del síndrome de la Tourette, efecto
ing of intraocular pressure in glaucoma and treatment of anticonvulsivante, disminución de la presión intraocular
withdrawal symptoms to some psychotropes. In Canada, en el glaucoma y tratamiento de la privación de varios
since July 31, 2001, the Marijuana medical access regu- psicotropos. En Canadá, desde el 31 de julio de 2001, el
lations allow some patients suffering from grave illnesses Reglamento sobre el acceso a la marihuana con fines mé-
to be eligible to the therapeutic use of cannabis. In paral- dicos permite a ciertos enfermos graves de ser admisibles
lel, Health Canada instituted since June 1999 a research al uso terapéutico del cannabis. Paralelamente, Salud
program on the medicinal use of marijuana which has Canadá ha instaurado desde junio de 1999 un programa
lead to clinical trials currently in progress. de investigación sobre el empleo medicinal de la mari-
huana que ha conducido a ensayos clínicos que se llevan
The World Health Organization (WHO) and sev-
a cabo actualmente.
eral North-American and European expert committees
conclude that cannabis is less harmful for health than La Organización Mundial de la Salud (OMS) y va-
many other psychotropes. We will compare the toxicity rios comités de expertos norteamericanos y europeos con-
of cannabis, heroin, cocaine, alcohol, nicotine (tobacco) cluyen que el cannabis es menos peligroso para la salud
and caffeine. There is no scientific evidence that cannabis que muchos otros psicotropos. Compararemos la toxicidad
is a gateway drug conducting to the use of harder drugs del cannabis, de la heroína, de la cocaína, del alcohol,
such as heroin or cocaine. Contrary to alcohol and many de la nicotina (tabaco) y de la cafeína. No hay evidencia
other drugs, cannabis does not induce neither violence nor científica de que el cannabis sea una droga « puente » que
crime. In fact, it tends to suppress aggressiveness and to incite al uso de drogas más duras como la heroína o la co-
calm the consumer. caína. Contrariamente al alcohol y a varias otras drogas,
el cannabis no conduce ni a la violencia ni al crimen. De
The second part of this article deals with the debate
hecho, esta sustancia tiende a suprimir la agresividad y a
on the cannabis legislation as Canada is considering a
calmar al consumidor.

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Pharmacologie du cannabis

new policy for this psychotrope. We have selected some La segunda parte de este artículo trata del debate
conclusions of a series of official reports originating from de la legislación vinculada al cannabis, ya que el Canadá
scientific authorities of Canada, United States, France está estudiando una nueva política en este aspecto. Hemos
and Great Britain. They take bearings on the health ef- seleccionado ciertas conclusiones de una serie de informes
fects of cannabis and their impact on the legislative field. oficiales obtenidos de autoridades científicas del Canadá,
The syntheses of the analysis of these expert committees de los Estados Unidos, de Francia y del Reino Unido.
will allow the reader to understand the national and in- Las autoridades de estos países analizan los efectos del
ternational context which has surrounded the recent depo- cannabis sobre la salud y sus consecuencias en el ámbito
sition at the House of Commons of Canada of the federal legislativo. La síntesis de los análisis de estos comités de
law project intending, among others, the decriminaliza- expertos permitirá al lector entender el contexto nacional
tion of the possession of small quantities of cannabis. e internacional que ha rodeado el reciente depósito en la
Cámara de los Comunes de Canadá del proyecto de ley fe-
The examination of the main conclusions of these
deral que, entre otras cosas, espera la descriminalización
expert commissions allows us to ascertain that, until re-
de la posesión de pequeñas cantidades de cannabis.
cently, laws regarding cannabis were dictated rather by
political objectives than by scientific considerations. El examen de las principales conclusiones de estas
comisiones de expertos nos lleva a constatar que hasta
hace poco las leyes en materia de cannabis se regían mas
por objetivos políticos que por consideraciones científicas.

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Pharmacologie du cannabis

Le cannabis est la substance illicite la plus mentation de la confiance en soi, l’altération


consommée dans le monde, ainsi qu’au Québec et de la perception du temps, de l’espace et de
au Canada. Il contient plus de 460 produits con- l’image de soi, l’accentuation des perceptions
nus, dont plus de 60 sont des cannabinoïdes. Son sensorielles et les pensées magiques (impres-
principal ingrédient psychoactif est le delta-9-té- sion erronée de pouvoir s’acquitter plus facile-
trahydrocannabinol, communément appelé THC. ment d’une tâche ou d’une responsabilité) ;
Le cannabis se présente principalement sous la
2e phase :
forme de marijuana ou de haschich, administrés
état de torpeur (ralentissement physique et
généralement par voie intrapulmonaire (fumé) ou
mental) apparaissant graduellement quelque
orale (avalé). Les ingrédients actifs exercent leurs
temps (en général une heure ou plus) après le
effets en se liant aux récepteurs cannabinoïdes CB1
début de la consommation (coming down).
et CB21.
Chez la plupart des usagers, durant l’une ou
l’autre phase, on peut aussi observer la diminution
Propriétés pharmacologiques de la mémoire à court et à moyen terme, la diminu-
aiguës tion de l’attention et de la concentration, l’affaiblis-
sement des réflexes, le ralentissement du temps de
Il s’agit des effets à court terme résultant d’une
réaction, la baisse de la capacité à accomplir des
prise ponctuelle de cannabis.
tâches complexes, les troubles de la coordination
des mouvements et la baisse de la capacité à con-
Effets duire un véhicule moteur, aggravée par l’association
de l’alcool2,5.
Effets centraux habituels Ces effets sont fonction de la dose et peuvent
Deux phases caractérisent les effets cérébraux durer de 5 à 12 heures et même plus3-6.
du THC2-4 :
Effets périphériques habituels
1re phase :
euphorie et symptômes associés (high). Elle Le cannabis provoque généralement la rougeur
se caractérise par la sensation de bien-être et des yeux, la sécheresse de la bouche, la bronchodi-
de satisfaction, l’impression de calme et de re- latation, la tachycardie, l’hypotension orthostatique
laxation, la loquacité, la gaieté allant jusqu’à et l’hypoglycémie2,4,7,8.
l’hilarité, l’insouciance, la sociabilité, l’aug-

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Pharmacologie du cannabis

Autres effets possibles bles de l’attention, de la perception, de la coordina-


Chez les personnes sensibles ou lors de l’ad- tion et un ralentissement du temps de réaction. Ces
ministration de fortes doses de THC, le cannabis effets peuvent persister de 5 à 12 heures après la
peut aussi entraîner l’anxiété, la crise de panique, prise de cannabis et même plus3,6.
l’altération du jugement, la somnolence, la déso- Plusieurs études évaluant les effets du canna-
rientation, la confusion, la dépersonnalisation, les bis sur la conduite automobile observée sur la route
hallucinations, le trouble paranoïde, la psychose ou avec un simulateur démontrent une détérioration
aiguë (rare), l’altération des performances motrices, importante de certaines facultés sous l’influence du
les vertiges, les convulsions, les nausées et les vo- cannabis : affaiblissement des mécanismes d’atten-
missements2,3,8-10. tion, allongement du temps de décision, amoindris-
sement de la capacité de maintien de la trajectoire,
Surdosage ralentissement des réponses en situation d’urgence.
Dans une situation réelle ou sur simulateur, les
Le cannabis possède une marge de sécurité effets sont plus marqués avec de fortes doses de
très importante. Son indice thérapeutique de 40 000 cannabis1,8.
est le plus élevé parmi les psychotropes, et l’un des Bien que le cannabis puisse affecter signifi-
plus grands connus (l’indice thérapeutique de l’al- cativement la conduite d’un véhicule moteur, les
cool est de 4 à 10)2,8. travaux portant sur des situations réelles de con-
Il n’existe aucun cas rapporté de décès dû à un duite suggèrent qu’à des doses équivalentes (une
surdosage au cannabis. Une étude démontre qu’il consommation standard d’alcool correspond à une
faut administrer la quantité de THC fournie par dose moyenne se situant entre 5 et 20 mg de THC),
681 kg (1 500 lbs) de cannabis en 15 minutes pour cet effet est moindre que celui de l’alcool26-27.
atteindre la dose mortelle11. En outre, alors que le consommateur de can-
nabis a tendance à adopter un comportement plus
Cannabis et conduite de véhicules prudent, le buveur d’alcool conduit de manière plus
moteurs risquée. Ce phénomène s’explique vraisemblable-
ment par le fait que l’individu sous l’influence du
Après l’alcool, le cannabis est la substance cannabis est plus conscient de son état et tend à
que l’on retrouve le plus souvent dans le sang des compenser son déficit par des attitudes plus con-
conducteurs nord-américains impliqués dans des servatrices (p. ex., éviter les dépassements, ralentir,
accidents de véhicules moteurs12. En Australie et redoubler de vigilance, etc.). Par opposition, le
dans la majorité des pays européens, le cannabis est conducteur sous l’effet de l’alcool perçoit moins son
aussi le produit illicite le plus fréquemment retrou- état d’intoxication et, étant plus désinhibé, est plus
vé dans les échantillons biologiques des personnes audacieux28.
suspectées de conduire sous l’influence de l’alcool
ou d’une drogue13-21. Néanmoins, les concentrations Ainsi, l’alcool est le principal facteur respon-
sanguines de THC mesurées chez ces conducteurs sable des décès sur la route et sa contribution aux
ne démontrent pas nécessairement qu’ils étaient accidents mortels est beaucoup plus importante
intoxiqués au moment de l’accident. Au surplus, que celle du cannabis ou d’autres psychotropes
plusieurs de ces conducteurs étaient intoxiqués par tant licites (substances médicinales ou récréatives)
l’alcool12,16,18,22-23. qu’illicites18,22-23,29-34.

Au Canada et dans plusieurs pays, le cannabis Enfin, chez les adolescents, une proportion
est impliqué dans un nombre significatif d’accidents significative d’entre eux (19,7 % chez les étudiants
de véhicules moteurs12,16-18,23-25. Il produit des trou- ontariens) rapporte avoir conduit un véhicule mo-

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© Drogues, santé et société Cannabis 2
Pharmacologie du cannabis

teur après une consommation de cannabis35-37. Une aux conducteurs accidentés dans les enquêtes
étude effectuée en Nouvelle-Zélande révèle que épidémiologiques [...].
bien que l’usage du cannabis soit associé à un nom-
La recherche expérimentale et épidémiologique
bre accru d’accidents de la circulation au sein de
converge sur le fait que l’association entre le
cette catégorie de la population, cette augmentation
THC et l’affaiblissement du conducteur est
du risque semble refléter les caractéristiques de ces
reliée à la dose. Les rapports de risques de
adolescents qui consomment du cannabis plutôt
responsabilité dans un accident se sont avérés
que les effets de la substance sur la performance de
augmenter avec les hausses des concentrations
conduite25.
de THC dans le sang des conducteurs blessés.
En résumé, l’ensemble des données expéri- De même, les affaiblissements de la perfor-
mentales et épidémiologiques recueillies à ce jour mance dans les tests psychomoteurs ou cognitifs
permettent d’inférer une dangerosité routière liée à et la variabilité de la position latérale dans les
l’usage du cannabis. tests expérimentaux de conduite augmentent
graduellement avec la hausse des doses de THC
Une analyse exhaustive de l’affaiblissement de
[...].
la performance et du risque d’accident de véhicules
moteurs après l’usage du cannabis a été effectuée La relation claire dose/concentration – effet en-
par un comité d’experts associés conjointement aux tre le cannabis et l’affaiblissement ou le risque
ministères de la Santé d’Allemagne, de Belgique, de d’accident du conducteur soulève la question
France, des Pays-Bas et de Suisse. Voici leurs prin- de savoir si une limite ‘per se’ au-dessus de
cipales conclusions en date du 25 février 200238 : laquelle les conducteurs sont toujours à risque
peut être identifiée. Des méta-analyses de don-
La littérature épidémiologique et expérimen-
nées de performance expérimentale fournissent
tale a fourni une information conflictuelle sur
quelques bonnes indications que l’affaiblisse-
le rôle du THC dans l’affaiblissement de la
ment maximal de la performance sera atteint
performance et les accidents de véhicules mo-
à des concentrations de THC ≥ 14 ng/ml.
teurs. La plupart des études épidémiologiques
Cependant, il n’a pas encore été établi si l’af-
montrent peu d’évidence que les conducteurs
faiblissement de la performance observé à de
qui ont utilisé seulement du cannabis sont
telles concentrations coïncide aussi avec une
plus susceptibles de causer des accidents que
augmentation du risque d’accident [...].
les conducteurs dépourvus de drogue. Par
contre, les études expérimentales ont démontré Il est aussi absolument clair suite aux études
de façon convaincante et répétée que le THC à épidémiologiques et expérimentales que la com-
des doses jusqu’à 300 µg/kg provoque l’affai- binaison d’alcool et de THC joue un rôle majeur
blissement de diverses fonctions cognitives et dans l’affaiblissement de la performance et des
psychomotrices et de la performance de con- accidents des véhicules moteurs. L’évidence
duite tel que mesuré dans les simulateurs de épidémiologique montre que la combinaison
conduite ou les tests sur la route. La magnitude d’alcool et de THC est sur-représentée chez les
de cet affaiblissement de la performance était conducteurs blessés ou décédés, et en particulier
comparable à celle induite par l’alcool obser- chez ceux responsables de causer l’accident. Les
vée à une alcoolémie ≥ 0,05 g/dl, et doit être études expérimentales ont montré que l’alcool et
considérée comme pratiquement pertinente. La le THC combinés peuvent produire un affaiblis-
raison de cette discordance apparente entre les sement sévère de la performance même à faibles
résultats expérimentaux et épidémiologiques est doses. L’effet combiné de l’alcool et du cannabis
largement inconnue, mais pourrait être reliée à sur la performance et le risque d’accident s’est
l’attribution inadéquate de l’usage du cannabis avéré être additif en nature : i.e., les effets de

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Pharmacologie du cannabis

l’alcool et du cannabis combinés étaient tou- de déficits de la mémoire, de l’attention et de la


jours comparables à la somme des effets de concentration2,4,40. Généralement, ces symptômes
l’alcool et du THC pris séparément [...]. disparaissent graduellement dès l’arrêt de la con-
sommation (parfois après plusieurs mois).
Un commentaire final doit être fait concernant
la valeur des tests d’urine, de salive ou de sueur Le comité d’experts des ministères de la Santé
effectués sur la route pour détecter l’usage d’Allemagne, de Belgique, de France, des Pays-Bas
récent de cannabis. Aucun des dispositifs com- et de Suisse conclut39 : « Il n’y a pas assez d’éviden-
merciaux actuellement disponibles n’a démon- ce pour un ‘syndrome amotivationnel’ en relation
tré des taux élevés de précision ou de sélectivité avec l’usage du cannabis tel que suggéré dans les
comparativement aux tests sanguins. De plus, études initiales effectuées sur le terrain. L’absence
les tests de drogue effectués sur la route ne dé- de motivation peut être associée à l’intoxication
terminent que la présence/absence de cannabis chronique ou à un désordre médical ou psychiatri-
et n’offrent pas une analyse quantitative de la que pré-existant. »
concentration de la drogue [...].
Certaines études réalisées auprès de divers
Actuellement, les tests sanguins demeurent groupes des États-Unis, de la Jamaïque, du Costa
la procédure la plus efficace pour détecter et Rica, de la Grèce et de l’Égypte semblent indiquer
quantifier l’usage récent de cannabis chez les que le cannabis puisse être consommé à doses éle-
conducteurs. Cependant, il existe un consensus vées pendant des années sans entraîner de détério-
international à l’effet que les échantillons san- rations notables des fonctions mentales ou psychi-
guins ne devraient être prélevés que s’il existe ques41,42 ni de troubles fonctionnels cérébraux43,44.
un doute raisonnable que le conducteur est
Divers chercheurs se sont penchés sur la
sous l’influence d’une substance. Les tests de
relation entre cannabis et psychose. Alors qu’il a
drogue sur le site, particulièrement de l’urine,
été bien établi que le cannabis peut causer une
sont certainement appropriés pour fournir une
psychose aiguë, son rôle dans l’étiologie, l’évolution
première indication de l’usage du cannabis
et l’expression clinique des psychoses chroniques,
chez les conducteurs et pourraient supporter le
telles que la schizophrénie, est moins clair45. En
renforcement de la loi en matière de drogues en
effet, l’existence d’une psychose chronique induite
fournissant la justification légale de soumettre
par le cannabis demeure controversée, particulière-
un conducteur à un prélèvement sanguin.
ment du fait de lacunes méthodologiques dans les
études rapportées.
Propriétés pharmacologiques Jusqu’à récemment, l’évidence la plus con-
chroniques vaincante que le cannabis pouvait être un facteur de
risque pour la psychose venait d’une étude suédoise
Il s’agit des effets à long terme découlant de la
effectuée sur une cohorte de 45 570 conscrits. Elle
consommation répétée du cannabis.
rapportait que les usagers de cannabis présentaient
un risque de schizophrénie de 2,4 fois supérieur à
Effets sur le système nerveux central celui des non-consommateurs et de 6 fois supérieur
si les individus avaient pris du cannabis plus de 50
Bien que controversé8,39, l’usage abusif prolon- fois46. Cependant, la question du lien de causalité
gé de cannabis peut parfois conduire à un syndrome restait posée. En effet, trois critiques majeures
« d’amotivation », caractérisé par l’apathie, la avaient été soulevées :
passivité, l’indifférence, la perte d’intérêt et d’am-
bition, le manque d’initiative et le piètre rendement • l’étude ne permettait pas de savoir si la
dans les études et au travail. Il peut s’accompagner consommation de cannabis déclenchait la

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© Drogues, santé et société Cannabis 4
Pharmacologie du cannabis

maladie (cause) ou si elle était secondaire à 2003, portant sur cette corrélation possible entre
la présence de schizophrénie (conséquence), la consommation de cannabis et le développement
le cannabis pouvant avoir été pris comme de psychoses, permet de retenir trois observations
forme d’automédication pour soulager certains principales48 :
symptômes de la psychose ou pour atténuer
1. Certaines études soulèvent un lien de causa-
les effets indésirables des médicaments anti-
lité entre cannabis et psychose49,50 :
psychotiques
• L’étude sur les conscrits suédois a été
• des traits de personnalité prémorbide pou-
reprise et fournit des données actualisées
vaient avoir prédisposé les sujets à développer
(2002) sur les 50 087 jeunes hommes
la schizophrénie et à prendre du cannabis ;
(49 321 étaient âgés entre 18 et 20 ans)
• les résultats pouvaient être attribués à la con- convoqués pour effectuer leur service
sommation d’autres psychotropes tels que des militaire en 1969-1970. Après 27 ans de
amphétamines. suivi, les auteurs concluent que l’usage
du cannabis est associé à un risque accru
Face à ces lacunes et en l’absence d’autres
de développer la schizophrénie et que ce
travaux probants publiés jusqu’à la fin de 2001,
risque dépend de la quantité consommée :
un comité d’experts mis en place à l’initiative com-
plus la dose est élevée, plus le risque est
mune des ministères de la Santé d’Allemagne, de
grand. Ils affirment que cette association
Belgique, de France, des Pays-Bas et de Suisse arri-
n’est pas expliquée par l’usage d’autres
vait aux conclusions suivantes le 25 février 200247 :
psychotropes, par des traits de personnalité
« Le lien entre l’usage du cannabis et la psychose
ou par l’automédication49.
est une question très controversée. En ce moment,
nous manquons d’un corpus d’études comparables, • L’équipe de van Os (2002) rapporte qu’aux
méthodologiquement solides rapportant de façon Pays-Bas, l’usage du cannabis augmente
répétée des conclusions similaires. Les résultats l’incidence de psychose aussi bien chez
d’études existantes sont souvent complexes et am- les personnes sans antécédents de psy-
bigus et les opinions personnelles des chercheurs chose que chez les sujets présentant une
interfèrent avec les interprétations. Un approfon- vulnérabilité pré-existante établie pour
dissement supplémentaire de nos connaissances cette maladie. Ce risque de développer des
scientifiques est encore nécessaire [...]. Il n’y a pas troubles psychotiques est proportionnel à
d’évidence que l’usage massif de cannabis puisse la dose de cannabis consommé. Il est plus
conduire à une psychose chronique spécifique au élevé, et particulièrement marqué, chez les
cannabis. L’incertitude demeure quant à la relation sujets dont la vulnérabilité à la psychose a
entre l’usage du cannabis et la schizophrénie. Jus- été déterminée antérieurement50.
qu’à maintenant, il n’a pas été prouvé que l’usage
• Nuñez et Gurpegui (2002) constatent que
du cannabis puisse déclencher la schizophrénie.
la consommation continue de fortes quan-
Cependant, les résultats de différentes études mon-
tités de cannabis peut induire un trouble
trent que le cannabis peut potentiellement aggraver
psychotique dont les caractéristiques sont
son évolution. Comment interpréter au mieux tous
distinctes de celles de la schizophrénie51.
ces résultats est l’objet d’un chaud débat dans la
communauté psychiatrique. » 2. Les équipes d’Arsenault (2002)52 et de Fergus-
son (2003)53 démontrent que la consommation
Qu’en est-il depuis la sortie de ce rapport
à long terme de cannabis accroît le nombre
intitulé « Cannabis 2002 » ? L’examen des travaux
de symptômes psychotiques sans toutefois
publiés entre le 1er janvier 2002 et le 1er octobre

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Pharmacologie du cannabis

augmenter le nombre de diagnostics de psy- comme présentant un risque très élevé de


chose : développer la psychose. Malgré la prédis-
position génétique de tous ces individus,
• Arsenault et collaborateurs (2002), dans
les auteurs concluent que le cannabis ne
une étude prospective conduite en Nou-
joue pas un rôle dans le développement
velle-Zélande auprès de 1 037 adolescents
de la psychose chez cette cohorte de sujets
nés en 1972-1973, soulignent que les
ayant ce type d’antécédents familiaux54.
individus ayant consommé au moins trois
fois du cannabis entre 15 et 18 ans ont plus • En rapportant en Australie une hausse dra-
de risques de présenter des troubles schi- matique de la consommation de cannabis
zophréniformes à l’âge de 26 ans. L’usage depuis les 30 dernières années et un déclin
précoce du cannabis (15 ans) confère un substantiel de l’âge d’initiation de son usa-
risque plus élevé que l’usage ultérieur (18 ge, Degenhardt et collaborateurs (2003) ont
ans). Dix pour cent des sujets qui fumaient voulu tester les quatre hypothèses suivantes
du cannabis à l’âge de 15 ans ont manifesté dans ce pays :
des symptômes schizophréniformes à 26
- Le cannabis cause la psychose
ans, comparativement à 3 % dans le groupe
contrôle. Les auteurs ne précisent pas de - Le cannabis précipite la psychose chez
quels types de symptômes il s’agit et ne les personnes vulnérables
constatent pas d’incidence plus élevée de - Le cannabis exacerbe la psychose et ag-
diagnostic de schizophrénie ou d’autres grave le pronostic de cette maladie
psychoses52.
- Les sujets atteints de schizophrénie ont
• Fergusson et collaborateurs (2003), dans plus tendance à devenir des usagers ré-
une recherche menée aussi en Nouvelle- guliers de cannabis.
Zélande auprès de 1 265 jeunes âgés de 18
et 21 ans, constatent des taux plus élevés Tout en constatant que l’usage du cannabis est
de symptômes psychotiques chez les in- plus fréquent chez les patients schizophrènes que
dividus ayant développé une dépendance dans la population générale, ces chercheurs con-
au cannabis. Soulignons, toutefois, que cluent que le cannabis n’est pas relié de manière
ces observations ne s’accompagnent pas causale à l’incidence de schizophrénie, mais qu’il
de diagnostics accrus de schizophrénie ou peut précipiter les désordres chez les individus
d’autres psychoses53. vulnérables au développement de la psychose et
qu’il peut aggraver l’évolution de la maladie chez
Il est important de noter pour ces deux études les personnes déjà atteintes55.
qu’il n’existe pas de relation entre une éventuelle
échelle de symptômes psychotiques et des niveaux Que dire devant ces résultats quelque peu
cliniques de psychose. contradictoires ? À l’heure actuelle, alors qu’un
consensus existe quant aux effets du cannabis sur
3. Les équipes de Phillips (2002)54 et de Degen- une psychose déjà existante (amélioration, modi-
hardt (2003)55 ne sont pas parvenues à démon- fication ou aggravation de certains symptômes ;
trer un lien de causalité entre le cannabis et rechutes et hospitalisations plus fréquentes), la
la psychose : controverse demeure pour ce qui est du rôle étio-
• Les observations de Phillips et collabora- logique du cannabis dans la schizophrénie et dans
teurs (2002) sont particulièrement révé- les psychoses en général56. Il est prématuré de tirer
latrices à cet égard puisqu’elles ont été des conclusions sur le lien de causalité entre le
effectuées auprès de 100 jeunes reconnus cannabis et la psychose chronique. Des recherches

Volume 2, Numéro 2
© Drogues, santé et société Cannabis 6
Pharmacologie du cannabis

complémentaires sont nécessaires avant d’élucider Effets sur le système immunitaire


cette question.
Certaines études démontrent qu’une consom-
mation excessive et continuelle de cannabis affai-
Effets sur le système respiratoire blit le système immunitaire, pouvant ainsi diminuer
la résistance aux infections3,58,65.
À poids égal, le cannabis fumé fournit 50 %
plus de goudron qu’une marque populaire de tabac
fort57,58. La technique d’inhalation du cannabis, Effets cancérigènes
le fait que la fumée de cannabis ne soit pas habi-
tuellement filtrée et les quantités plus grandes de Le cannabis renferme plus de goudron que le
benzopyrène et de benzanthracène (deux agents tabac et certains agents cancérigènes, notamment
cancérigènes) contenues dans le goudron de can- le benzopyrène et le benzanthracène, y sont plus
nabis expliquent pourquoi les fumeurs invétérés concentrés5,66. De plus, il affaiblit le système im-
de cannabis risquent plus à la longue de souffrir munitaire. Ces effets combinés et la technique d’in-
de pharyngite, de rhinite, d’asthme, de bronchite, halation propre au fumeur de cannabis pourraient
d’emphysème et de cancer du poumon59,60. Ainsi, accroître le risque de cancer65-67.
une cigarette de marijuana peut théoriquement
causer autant de problèmes pulmonaires que 4 à 10 Effets néfastes de l’exposition
cigarettes ordinaires57.
pendant la grossesse
Effets sur le système cardiovasculaire Bien que le THC traverse le placenta, des do-
ses extrêmement élevées sont nécessaires pour pro-
Certains chercheurs font état d’artériopathies duire des anomalies observables64,68,69. Néanmoins,
présentes chez des consommateurs réguliers de dans certains cas, le cannabis peut causer une
cannabis âgés entre 18 et 40 ans61,62. Une inflam- toxicité fœtale caractérisée par une incidence plus
mation progressive des artères a aussi été associée à élevée de morts fœtales précoces et de décès péri-
l’usage du cannabis63. nataux, de naissances prématurées, de diminution
de poids, de malformations d’organes, de retard de
croissance, de retard mental et de troubles de com-
Effets sur le système endocrinien
portement de l’enfant à un âge plus avancé57,64,69-71.
La consommation chronique de fortes quanti- En outre, le THC se retrouve dans le lait ma-
tés de cannabis provoque des perturbations hormo- ternel8, de sorte que la mère devrait s’abstenir de
nales qui peuvent entraîner une diminution de la consommer du cannabis pendant l’allaitement.
libido. Chez l’homme, on peut observer une baisse
des taux de testostérone, une diminution du nombre Par ailleurs, l’exposition prénatale à la mari-
de spermatozoïdes et des anomalies dans la forme et juana peut affecter certains aspects du développe-
la composition de ces derniers. Ces effets peuvent ment de l’enfant et de l’adolescent, notamment les
vraisemblablement entraîner une réduction de la fonctions cognitives. Ainsi, une étude récente effec-
fertilité. En outre, une gynécomastie (développe- tuée auprès d’enfants âgés de 10 ans dont la mère
ment des seins) peut parfois s’observer2,3. Chez la avait consommé de la marijuana pendant la gros-
femme, l’abus de cannabis peut entraîner, à la lon- sesse révèle une perturbation du développement
gue, des interruptions de l’ovulation et des périodes neuropsychologique à cet âge : les enfants souffrent
imprévisibles de stérilité57,64. de troubles d’apprentissage et de mémoire et mani-
festent une plus grande commission d’erreurs lors
d’un test d’évaluation de l’attention, ce qui est un

Volume 2, Numéro 2
© Drogues, santé et société Cannabis 7
Pharmacologie du cannabis

indicateur d’une impulsivité accrue. La magnitude bis : sensation de bien-être, anxiolyse, stimulation
de ces effets de la marijuana est cependant faible et de l’appétit, effet antiémétique, effet analgésique,
limitée à quelques aspects de la cognition72. effet antispasmodique et relaxant musculaire, sou-
lagement du syndrome de la Tourette, effet anticon-
Ces résultats ont été confirmés dernièrement
vulsivant, diminution de la pression intra-oculaire
par les travaux de l’équipe de Fried de l’Université
dans le glaucome et traitement du sevrage à certains
d’Ottawa : des enfants exposés prénatalement à la
psychotropes1,56,82-92.
marijuana manifestent à l’âge de 13-16 ans des
troubles cognitifs caractérisés par une baisse de Il faut cependant noter que l’utilisation du
la mémoire visuelle et de la capacité d’analyse et cannabis contre le glaucome n’est pas satisfaisante,
d’intégration73. car ses effets bénéfiques sont limités par sa courte
durée d’action (quelques heures), par l’incidence de
Ces deux études longitudinales ainsi que
réactions indésirables centrales et périphériques,
d’autres suivis effectués auprès des enfants révèlent
particulièrement marquées chez les personnes
que l’exposition au cannabis pendant la gestation
âgées, et par le recours possible à d’autres médica-
peut avoir un impact négatif sur le comportement
ments plus efficaces et moins toxiques1,2,82,93.
cognitif de l’enfant à différents stades de la vie, soit
à l’âge de 3 ans, 4 ans, 6 ans, 9-12 ans et 13-16 Deux dérivés du cannabis sont actuellement
ans74-80. Notons cependant que ces effets sont géné- commercialisés au Canada pour l’usage thérapeuti-
ralement subtils69. que : le dronabinol ou Marinol® (THC synthétique)
et la nabilone ou Cesamet® (analogue synthétique
du THC). Ces produits sont administrés par voie
Utilisations thérapeutiques orale et doivent être prescrits par un médecin94.
Consommé depuis des millénaires à des fins Depuis le 31 juillet 2001, le Règlement sur
récréatives ou thérapeutiques, le cannabis a été l’accès à la marijuana à des fins médicales permet
présent dans de nombreuses pharmacopées jusque aux patients canadiens atteints d’une maladie grave
dans les années 1930-1940, après quoi il a été d’être admissibles à la consommation thérapeuti-
progressivement retiré en raison de ses effets psy- que de marijuana95. De plus, l’article 56 de la loi
chotropes81. réglementant certaines drogues et autres substances
Il existe de nombreux rapports anecdotiques confère au ministre fédéral de la Santé le pouvoir
et quelques études cliniques contrôlées portant sur discrétionnaire d’accorder une exemption à des fins
des échantillons restreints de la population, qui éva- médicales aux personnes pour lesquelles l’usage du
luent les applications thérapeutiques du cannabis. cannabis est une nécessité médicale96. Grâce à ces
deux dispositions, au 6 février 2004, 717 Canadiens
Les publications de divers organismes mé-
bénéficiaient d’une autorisation de Santé Canada
dicaux et gouvernementaux ainsi que des études
de fumer du cannabis à des fins médicales (tableau
récentes suggèrent les bénéfices suivants du canna-
1)97.

Volume 2, Numéro 2
© Drogues, santé et société Cannabis 8
Pharmacologie du cannabis

Tableau 1 : Statistiques canadiennes sur l’accès médical au cannabis, au 6 février 2004


717 personnes sont autorisées à posséder la marijuana à des fins médicales, dont
• 612 détiennent une autorisation de possession de marijuana séchée en vertu du Règlement sur l’accès à la marijuana à
des fins médicales (RAAM)
• 105 détiennent une exemption de possession en vertu de l’article 56 de la Loi réglementant certaines drogues et autres
substances (LRCDAS)

Nombre de médecins par province ayant appuyé une demande d’autorisation de possession en vertu du Règlement sur l’accès
à la marijuana à des fins médicales (RAMM) :

Nombre de médecins qui


Autorisations ont appuyé une demande
de possession totales d’autorisation de possession
Ontario 258 141
Colombie-Britannique 115 66
Québec 69 46
Alberta 57 33
Nouvelle-Écosse 45 27
Saskatchewan 24 15
Île-du-Prince-Édouard, Yukon, Nunavut
14 4
et Territoires du Nord-Ouest
Manitoba 12 8
Nouveau-Brunswick 9 10
Terre-Neuve et Labrador 9 7
612 357

537 personnes sont autorisées à cultiver/produire de la marijuana à des fins médicales, dont
• 382 détiennent une licence de production à des fins personnelles en vertu du Règlement sur l’accès à la marijuana à des
fins médicales (RAAM)
• 65 détiennent une licence de production à titre de personne désignée en vertu du Règlement sur l’accès à la marijuana à
des fins médicales (RAAM)
• 87 détiennent une exemption de culture/production en vertu de l’article 56 de la Loi réglementant certaines drogues et
autres substances (LRCDAS)
• 3 détiennent une exemption à titre de personne désignée de culture/production en vertu de l’article 56 de la Loi réglemen-
tant certaines drogues et autres substances (LRCDAS)
Source : Santé Canada, 200497

Cannabis, violence et criminalité généralement un état d’apaisement et une atténua-


tion des tendances agressives chez la plupart des
Contrairement à l’alcool et à plusieurs autres
gens4,99.
drogues, le cannabis ne conduit ni à la violence ni
au crime98-100. En fait, plutôt que d’induire un com- Les actes criminels commis sous l’influence
portement violent, il tend à le supprimer. On note du cannabis s’expliquent davantage par des facteurs

Volume 2, Numéro 2
© Drogues, santé et société Cannabis 9
Pharmacologie du cannabis

psychosociaux que par des variables pharmacolo- pour la cocaïne et de 15 % pour l’alcool42,44,84,103.
giques99. La consommation fréquente de doses élevées de
cannabis entraîne une dépendance psychologique
modérée et peut provoquer une légère dépendance
Progression vers d’autres physique qui touche une faible proportion de con-
drogues sommateurs2,15,44,57,84,100.
Bien que la consommation de cannabis pré-
cède, chez un nombre élevé de personnes, l’usage Comparaison de la toxicité
de drogues plus fortes et donc plus dangereuses, ce
phénomène n’est pas lié à une prédisposition phar-
générale du cannabis avec celle
macologique induite par le cannabis, mais au con- d’autres psychotropes
texte social d’utilisation et au fait que les individus Des mythes et des réalités entourent les effets
tendent à prendre différentes drogues à différents adverses du cannabis. Au cours des dernières dé-
âges4,43,84,98,101. cennies, diverses commissions dans les principaux
Il n’y a pas d’évidence scientifique que le pays industrialisés se sont appliquées à préciser la
cannabis, même à des quantités élevées, soit une toxicité du cannabis et celle des principaux psycho-
drogue « gateway » qui incite ses consommateurs à tropes. En se basant sur les conclusions de ces co-
utiliser des drogues plus dures4,58. mités d’experts, le tableau 2 compare la toxicité du
cannabis à celle de la nicotine (tabac), de la caféine,
de l’alcool, de la cocaïne et de l’héroïne1.
Tolérance
Il est important de noter que ce tableau a été
Il existe peu de tolérance chez le consom- élaboré en respectant la comparaison de la dange-
mateur épisodique de cannabis102. Par contre, la rosité des principaux psychotropes effectuée par
tolérance est marquée si les doses et la fréquence diverses équipes de spécialistes nationaux et inter-
d’administration sont élevées3. nationaux citées comme sources bibliographiques
en bas du tableau. La terminologie « très élevée »,
« élevée », « modérée » et « faible » ne peut pas
Pharmacodépendance
être précisée davantage et reflète les conclusions de
Selon les critères du DSM-IV-TR, on estime ces comités d’experts.
que 9 % des personnes qui prennent du cannabis à
un moment donné de leur vie deviennent dépendan-
tes, comparativement à des taux de dépendance de
32 % pour le tabac, de 23 % pour l’héroïne, de 17 %

Volume 2, Numéro 2
© Drogues, santé et société Cannabis 10
Manifestations Cannabis Nicotine (tabac) Caféine Alcool Cocaïne Héroïne
Oui Oui Oui Oui Oui Oui
Modification du sommeil En cours d’intoxication En cours d’intoxication En cours d’intoxication En cours d’intoxication En cours d’intoxication
En cours de sevrage En cours de sevrage En cours de sevrage En cours de sevrage En cours de sevrage En cours de sevrage
Oui Oui
Oui
En cours d’intoxication En cours d’intoxication Oui
Troubles de la mémoire Non Non
et lors d’un usage chro- et lors d’un usage chro- En cours d’intoxication
En cours de sevrage
nique nique
Oui Oui Oui Oui Oui Oui
Anxiété En cours d’intoxication En cours d’intoxication En cours d’intoxication En cours d’intoxication
En cours de sevrage En cours de sevrage En cours de sevrage En cours de sevrage En cours de sevrage En cours de sevrage

© Drogues, santé et société


Oui Oui Oui Oui Oui Oui
Troubles de l’humeur En cours d’intoxication En cours d’intoxication En cours d’intoxication En cours d’intoxication
En cours de sevrage En cours de sevrage En cours de sevrage En cours de sevrage En cours de sevrage
Oui Oui Oui Oui
Troubles psychotiques En cours d’intoxication Non Non En cours d’intoxication En cours d’intoxication En cours d’intoxication
En cours de sevrage
Risques d’abus et
Modérés Élevés Faibles Élevés Très élevés Très élevés
pouvoir toxicomanogène
Tolérance Faible Modérée Faible Élevée Très élevée Très élevée
Dépendance
Modérée Très élevée Faible Très élevée Très élevée Très élevée
psychologique
Dépendance physique Faible Élevée Faible Très élevée Faible Très élevée
Sevrage Faible Très élevé Faible Très élevé Très élevé Très élevé

Cannabis
Faible Faible Faible Modéré Élevé Modéré
Délire En cours d’intoxication En cours de surdosage En cours de surdosage En cours d’intoxication En cours d’intoxication En cours d’intoxication
En cours de sevrage

Volume 2, Numéro 2
Risque de surdosage Faible Faible Faible Modéré Élevé Très élevé
Risque
Faible Faible Faible Modéré Élevé Très élevé
d’intoxication mortelle
Grande marge de sécurité 400 mg / 100 ml de sang
100 mg à 5 g
Dose mortelle Indice thérapeutique 60 mg 3 à 10 g (1 consommation standard ≥ 1,4 g
à cause du phénomène de
(fonction de la tolérance et 40 000 (le fumeur absorbe en (1 tasse de café cor- chez un homme de 80 kg (1 ligne de cocaïne équi-
tolérance acquise
de la durée de l’épisode de (une dose moyenne se moyenne 1 à 2 mg de nico- respond en moyenne à ou 175 lbs correspond vaut approximativement
(1 dose moyenne corres-
consommation) situe entre 5 et 20 mg de tine par cigarette) 100 mg de caféine) à une alcoolémie de à 25 mg
pond à environ 20 mg
THC) 25 mg %)
Effets néfastes sur le
fœtus en cas d’exposition
pendant la grossesse
Consommation modérée Faibles Faibles Faibles Faibles Faibles Faibles
Consommation forte Modérés Modérés Modérés Très élevés Très élevés Très élevés

Sources : - Grande-Bretagne : British Medical Association, 199782 ; Iversen, 200042 ; Conseil consultatif sur la
- OMS : Hall, Room et Bondy, 1999100 consommation de drogues, 2002108
- Canada : Brands, Sproule et Marshman, 1998102 ; Riley, 1998104 ; Rapport Nolin, 2002105 - Pays-Bas : Ministère de la Santé, du Bien-être et des Sports, 1999109
- États-Unis : Anthony, Warner et Kessler, 1994103 ; Institute of Medicine, 199984 ; Association psy- Ce tableau est extrait du chapitre16 (« Cannabis ») de : Mohamed Ben Amar et Louis Léonard, Les psy-
chiatrique américaine, 2000106

11
Pharmacologie du cannabis

chotropes : pharmacologie et toxicomanie, édité sous la direction de Louis Léonard et Mohamed Ben Amar
- France : Roques, 199881 ; Reynaud, Parquet et Lagrue, 1999107 ; Inserm, 20018 et publié par les Presses de l’Université de Montréal (novembre 2002).
Pharmacologie du cannabis

Analyse scientifique du cannabis sont l’alcool, puis à certains égards les am-
par divers comités d’experts phétamines et, pour des raisons très différentes,
l’héroïne.
Les propriétés pharmacologiques du cannabis
et les aspects législatifs découlant de son efficacité En 1975, à la suite des recommandations de
et de son innocuité ont été examinés par divers la commission Le Dain, le projet de loi S-19 visant
comités d’experts à travers le monde. Nous résu- à réduire les peines liées à la simple possession de
mons ici les principaux rapports qui examinent les cannabis est adopté par le Sénat canadien, mais dé-
opinions des autorités scientifiques du Canada, des fait à la Chambre des communes.
États-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne.
Fondation de la recherche sur la toxicomanie
Sans avoir la prétention de rapporter toutes (1999) 100
leurs conclusions, nous faisons ici une synthèse des
analyses qui pourraient aider le lecteur à compren- Une étude de l’Organisation mondiale de la
dre le contexte national et international dans lequel santé (OMS) et de la Fondation de la recherche sur
le projet de loi visant, entre autres, à décriminaliser la toxicomanie de Toronto, mise à jour par plus de
la possession simple de petites quantités de canna- 70 experts mondiaux et contenue dans le livre inti-
bis a été récemment présenté par le gouvernement tulé The Health Effects of Cannabis, précise :
fédéral du Canada (projet de loi C-38). Ce projet de L’usage du cannabis présente des risques pour
loi, déposé à la Chambre des communes le 27 mai la santé, spécialement quand il est consommé
2003, fait l’objet actuellement d’une évaluation par quotidiennement sur une période d’années ou
une commission parlementaire. de décennies. Une incertitude considérable
demeure quant à savoir si ces effets sont at-
Canada tribuables à l’usage du cannabis seul, et sur
la relation quantitative entre la fréquence, la
quantité et la durée de l’usage du cannabis et le
Commission Le Dain (1972) 98 risque de ressentir ces effets […]. En se basant
Mise sur pied en 1969, cette commission sur les habitudes de consommation actuelles,
constate que l’usage du cannabis ne conduit pas à le cannabis présente un problème de santé pu-
la consommation de drogues dures et conclut qu’il blique beaucoup moins sérieux que celui posé
n’y a aucune évidence que le cannabis est une cause actuellement par l’alcool et le tabac dans les
de crime sérieux ou que ses usagers s’engagent de sociétés occidentales.
façon significative dans des activités criminelles
pour satisfaire à leurs habitudes de consommation. Rapport Nolin (septembre 2002) 105
Elle recommande de décriminaliser la possession
Après avoir entendu 234 experts nationaux et
simple de cannabis et la culture d’un plant pour
internationaux, commandé 23 rapports scientifiques
usage personnel.
et tenu des consultations publiques dans huit villes
Voici un extrait de son rapport : canadiennes, le Comité spécial sur les drogues illi-
Depuis 75 ans, les principaux travaux effec- cites a produit un rapport de 706 pages. Il conclut
tués pour le compte des gouvernements sur la que le cannabis est moins nocif que l’alcool et le ta-
question du cannabisme concluent qu’il n ‘y a bac à leurs niveaux respectifs actuels de consomma-
pas de relation de cause à effet entre l’usage du tion et ne conduit pas à l’usage de drogues dures.
cannabis et la criminalité. Il est évident aussi Voici quelques extraits de ses conclusions :
que le cannabisme n’augmente pas l’agressi-
vité. Les drogues criminogènes par excellence

Volume 2, Numéro 2
© Drogues, santé et société Cannabis 12
Pharmacologie du cannabis

Consommé de manière modérée, le cannabis en


soi présente peu de dangers pour les usagers ou
États-Unis
pour la société, mais certaines formes d ‘usage
présentent des risques pour les usagers. Rapport La Guardia (1944) 111
Le Comité recommande que le Règlement sur Commandé en 1938 par le maire de New York,
l ‘accès à la marijuana à des fins médicales après l’imposition par le gouvernement américain
soit modifié afin de prévoir de nouvelles règles en 1937 du Marihuana Tax Act, ce rapport réalisé
concernant l’admissibilité, la production et la par 31 médecins, psychiatres, pharmacologues,
distribution de cannabis aux fins thérapeuti- psychologues et sociologues de l’Académie de mé-
ques. De plus, la poursuite de la recherche sur decine de New York conclut :
le cannabis thérapeutique est essentielle.
La marijuana ne change pas la personnalité de
Le Comité recommande que le Code criminel l’individu.
soit modifié pour abaisser le seuil d’alcoolémie
Ceux qui ont fumé de la marijuana pendant
à 40 mg d’alcool par 100 ml de sang lorsqu’il
plusieurs années ne montrent aucune détério-
y a présence de drogues, notamment mais pas
ration mentale ou physique qui pourrait être
exclusivement de cannabis.
attribuée à la drogue.

Rapport de la Chambre des communes Fumer de la marijuana peut être cessé de façon
(décembre 2002) 110 abrupte sans conséquence de détresse mentale
ou physique comparable à celle du sevrage à la
À la suite de l’audition de 222 experts et de morphine.
la tenue de consultations publiques dans 10 villes
canadiennes, le rapport de 202 pages mentionne : L’usage de la marijuana ne conduit pas à la
dépendance à la morphine, à l’héroïne ou à la
Il est nocif pour la santé de fumer n’importe cocaïne.
quelle quantité de marijuana à cause des fortes
teneurs en goudron et en benzopyrène.
National Commission on Marihuana and Drug
La majorité des membres du Comité sont per- Abuse (1972) 112
suadés qu’il faut réformer la législation sur le
Cette commission recommande la décrimina-
cannabis pour diverses raisons [...]. Ils convien-
lisation de la possession de marijuana pour usage
nent également que les conséquences d’une con-
personnel et s’oppose à sa légalisation.
damnation au criminel pour simple possession
de cannabis sont sans commune mesure avec les
méfaits potentiels associés à une consommation Institut de médecine (mars 1999) 84
personnelle. Cela est particulièrement vrai lors- Composé de 11 experts américains indépen-
qu’on songe au tort que cause tous les jours la dants désignés par la Maison blanche, cet institut a
consommation de substances licites comme le produit un rapport intitulé Marijuana and Medicine.
tabac, l’alcool et certains médicaments en vente Assessing the Science Base. Il précise :
libre d’usage courant.
Les progrès réalisés sur la science des can-
nabinoïdes au cours des 16 dernières années
ont donné lieu à une abondance de nouvelles
opportunités sur le développement de médica-
ments à base de cannabinoïdes qui sont utiles
sur le plan médical. Les données accumulées

Volume 2, Numéro 2
© Drogues, santé et société Cannabis 13
Pharmacologie du cannabis

suggèrent une variété d’indications, particu- France


lièrement pour le soulagement de la douleur,
l’antiémèse et la stimulation de l’appétit [...]. Il
Association des intervenants en toxicomanie,
existe une large préoccupation sociale suivant
commission Henrion et Comité national
laquelle l’autorisation de l ‘usage médical de d’éthique pour les sciences de la vie et de la
la marijuana peut entraîner une augmentation santé (1994 à 1997) 113
de son utilisation dans la population générale.
À ce stade, il n’y a aucune donnée convain- Ces trois organismes se sont prononcés en fa-
cante pour supporter cette préoccupation. Les veur de la décriminalisation du cannabis.
données existantes suggèrent que l’usage mé- Le Comité national d’éthique pour les scien-
dical de la marijuana ne représenterait pas un ces de la vie et de la santé estime aussi que la dis-
problème s’il était aussi étroitement réglementé tinction entre drogues licites et illicites ne repose
que celui d’autres médications présentant un sur aucune base scientifique.
risque d’abus [...]. Il n’y a aucune évidence
concluante que les effets pharmacologiques de
Rapport Roques (mai 1998) 81
la marijuana aient un lien de causalité avec
l’abus subséquent d’autres drogues illicites [...]. Intitulé Problèmes posés par la dangerosité des
La marijuana n’est pas une substance complète- drogues et rédigé par un groupe d’experts français
ment bénigne. C’est une drogue puissante avec et étrangers à la demande du secrétaire d’État à la
une variété d’effets. Cependant, à l’exception Santé et aux Affaires sociales, ce rapport rejette la
des méfaits associés à l’action de fumer, les distinction opérée par la loi entre drogues licites et
effets adverses de l’usage de la marijuana sont drogues illicites et propose de classer les psychotro-
comparables aux effets tolérés pour d’autres pes en trois catégories selon leur dangerosité :
médicaments. • 1er groupe (le plus dangereux) : héroïne et
autres opiacés, cocaïne, alcool
Association psychiatrique américaine
(2000) 106
• 2e groupe : psychostimulants, hallucinogènes,
tabac, benzodiazépines
Dans le DSM-IV-TR, contrairement à l’alcool,
au tabac, à la cocaïne, à l’héroïne et à plusieurs psy- • 3e groupe (le moins dangereux) : cannabis.
chotropes pour lesquels l’Association psychiatrique Ce comité d’experts conclut que le cannabis
américaine a établi des critères précis de diagnostic est moins dangereux que l’alcool et le tabac et qu’il
de sevrage, cet organisme ne retient aucun critère présente une toxicité générale faible.
de ce type pour le cannabis et se limite à rapporter
les faits suivants : Rapport Reynaud, Parquet et Lagrue (juillet
Les symptômes d’un sevrage possible au canna- 1999) 107
bis (p. ex., irritabilité ou humeur anxieuse ac- Portant pour titre Les pratiques addictives :
compagnée de changements physiologiques tels usage, usage nocif et dépendance aux substances
que tremblements, transpiration, nausées, trou- psycho-actives et préparé par ces trois experts fran-
bles de l’appétit et du sommeil) ont été décrits çais à la demande du Secrétaire d’État à la Santé et
en association avec l’usage de très fortes doses, aux Affaires Sociales, ce rapport relativise les effets
mais leurs signification clinique est incertaine. nocifs et les dangers du cannabis en les comparant à
ceux de l’alcool, du tabac, de l’héroïne, de l’ecstasy
et de la cocaïne.

Volume 2, Numéro 2
© Drogues, santé et société Cannabis 14
Pharmacologie du cannabis

Rapport de l’Inserm (novembre 2001) 8 Conseil consultatif sur la consommation de


drogues (juillet 2002) 108
À la demande de la Mission interministérielle
de lutte contre la drogue et la toxicomanie (MIDLT), À la suite des recommandations du Conseil
14 experts de l’Institut national de la santé et de la consultatif sur la consommation de drogues (un
recherche médicale (Inserm) ont rédigé un rapport comité d’experts), qui estimait que « la classifi-
intitulé Cannabis : Quels effets sur le comportement cation actuelle est disproportionnée par rapport
et la santé ? Après un examen rigoureux d’environ au caractère nocif et à la nature du cannabis », le
1200 publications scientifiques parues jusqu’en gouvernement a annoncé un assouplissement de
septembre 2001, ce rapport conclut : sa législation anticannabis et émis des directives
pour transférer le cannabis de la classe B, celle des
Le cannabis, sans être inoffensif, est loin de pré-
drogues douces et des amphétamines, à la classe C,
senter tous les dangers qu’on lui prête : aucun
celle des médicaments psychothérapeutiques et des
décès après une intoxication aiguë isolée n’est
stéroïdes.
recensé, les signes somatiques aigus sont sou-
vent mineurs et ressentis de façon irrégulière, Ainsi, la détention de petites quantités de
l’altération de certaines performances cogni- cannabis ne sera plus passible à l’avenir d’une ar-
tives et psychomotrices est réversible et, dans restation par la police, qui se limitera à confisquer
deux cas sur trois, la dépendance est modérée la drogue et à donner « un avertissement ».
ou faible. Ce projet de loi a été déposé au parlement en
Le rapport constate que le lien de dépendance septembre 2003.
au cannabis est le plus faible de tous les psychotro-
pes et souligne que le cannabis a généralement peu
de pouvoir addictif.
Conclusion
Le cannabis est une substance controversée
qui a fait l’objet dans le passé de nombreux préju-
Grande-Bretagne
gés. Ce n’est pas un produit inoffensif et ce message
doit être clairement transmis aux jeunes. Bien que
Rapport Wooten (1969) 58 le cannabis puisse entraîner des effets néfastes
Ce rapport conclut que la consommation de pour la santé, particulièrement à fortes doses et à la
cannabis à des doses modérées sur une longue pé- suite d’un usage régulier, il est à plusieurs égards,
riode n’a pas d’effets nuisibles importants. mais pas à tous, moins dangereux que l’alcool ou
le tabac. La légalité ou l’illégalité d’une substance
doit essentiellement se baser sur ses propriétés et
Travaux de Leslie Iversen (2000) 42 ses effets sur la santé. Or, jusqu’à récemment, la
L’analyse de Leslie Iversen, consultante pour législation du cannabis a été davantage guidée par
le gouvernement britannique, est contenue dans le des considérations politiques que par des aspects
livre intitulé The Science of Marijuana : relevant de la médecine ou de la pharmacologie.
Le cannabis a été démonisé dans le débat pu-
blic et l’information scientifique disponible est
largement ignorée ou déformée par des groupes
variés qui utilisent la science comme une arme
de propagande.

Volume 2, Numéro 2
© Drogues, santé et société Cannabis 15
Pharmacologie du cannabis

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Volume 2, Numéro 2
© Drogues, santé et société Cannabis 21
Drogues, santé et société
Volume 2, numéro 2

CANNABIS
Responsable : Mohamed Ben Amar

Présentation du numéro Cannabis : 7) Le statut pénal du cannabis au Canada


Mohamed Ben Amar Marie-Andrée Bertrand
Article de transfert de connaissances
Articles 8) Les vedettes de la prohibition du
1) Pharmacologie du cannabis et synthèse cannabis
des analyses des principaux comités Nicolas Carrier
d’experts Article de réflexion théorique
Mohamed Ben Amar 9) La politique américaine en matière de
Article de transfert de connaissances drogues et l’état des connaissances
2) Schizophrénie et cannabinoïdes : sur le cannabis
données cliniques, expérimentales Mitch Earlywine
Article de transfert de connaissances
et biologiques
Stéphane Potvin, Emmanuel Stip, Jean- 10) Dépénalisation de la consommation du
Yves Roy cannabis : expériences en Europe occi-
Article de transfert de connaissances dentale, aux États-Unis et en Australie
3) La recherche médicale sur le cannabis Verena Maag
Article de transfert de connaissances
dans le traitement de la douleur au
Canada : passé, présent et futur ? Annexes
Pierre Beaulieu, Mark Ware 1- La Reine c. Marc St-Maurice et Alexandre Néron
Article de transfert de connaissances Décision du Juge Cadieux
2- Le cannabis et autres drogues illicites du point de
4) La question du cannabis thérapeutique : vue de la santé publique
les lois, les professionnels de la santé, Mémoire présenté par l’Association médicale cana-
les mouvements activistes et… dienne
les patients ! 3- Communication
Pierre-Charles Boudrias Association médicale du Québec
Article de réflexion théorique 4- Prise de position sur le Règlement sur l’accès à la
marihuana à des fins médicales adopté par le Gou-
5) La prévalence de l’usage du cannabis vernement fédéral
Ordre des pharmaciens du Québec
chez les élèves canadiens
5- Illigal Drug Resolution
Edward M. Adlaf
Canadian Association of Chiefs of Police & Canadian
Article de transfert de connaissances Police Association
6) Entre la liberté et la sécurité : 6- Drogues et criminalité : réflexions sur la légalisa-
tion des drogues et autres substances illégales
une irréductible tension. Tim Quigley, Chuck Doucette et Pierre Lescadre
Analyse de quelques prises de position Service de sensibilisation aux drogues de la GRC
sur le cannabis et la loi 7- Réplique de Monsieur Pierre Ducharme
Guy Bourgeault Secrétaire général, l’Ordre des pharmaciens du Qué-
Article de réflexion théorique bec
8- Réplique de Monsieur Pierre Lescadre
Coordonnateur provincial, Service de sensibilisation
aux drogues de la GRC

Volume 2, Numéro 2
© Drogues, santé et société Cannabis 22

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