Atlas des paysages de la Corse
Atlas des paysages de la Corse
Sommaire
Préambule et introduction
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Cahier des motifs de paysage (Légende commentée)
Les enjeux associés
- Les motifs du relief
- les motifs côtiers
- Les motifs liés à l’eau
- Les motifs de la végétation
- Les motifs du construit
- Les motifs des réseaux
- trajets et point de vue
Index général
Bibliographie
Préambule et introduction
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I- Le paysage, concept et outils
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I.2.2- L'analyse paysagère
Cette étape vise à comprendre et à formuler ce qui fonde l’identité des motifs, des sites et des
paysages préalablement explorés. Elle permet d'identifier, de localiser et de nommer les ensembles
paysagers ainsi que les unités qui les composent. Cette analyse prend appui sur les données
scientifiques qui nous aident à mieux comprendre la nature et les évolutions de l’espace concret ainsi
que les représentations culturelles dont il est l’objet. Les dynamiques géologiques,
géomorphologiques et biogéographiques étudiées par les sciences de la nature, tout comme les
dynamiques urbaines, sociales et historiques mises au jour par les sciences humaines, éclairent cette
phase de la démarche. Les motifs, leurs enchaînements et leurs évolutions sont décrits et représentés
notamment sous forme de coupes, de cartes ou de blocs diagrammes. La consultation de
nombreuses archives écrites ou photographiques, ainsi que les échanges avec des spécialistes de
différentes disciplines, ont nourri la description des entités paysagères et de brèves monographies
thématiques portant sur l’ensemble de l’île. La carte des structures en est largement issue.
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territoriaux. Elle a été identifiée sur le terrain, validée dans les ateliers de concertation cartographique
sur la carte au 1/25 000°, puis retranscrite sur la carte des paysages au 1/50 000° - ces cartes étant
réduites au 1/75 000° dans l'ouvrage.
Chaque unité correspond à une entité de convergence, tant du point de vue des structures
géographiques, qu’au regard des grands caractères du paysage, des ambiances perçues, des
caractéristiques du couvert végétal, de l’occupation du sol, des usages et de l’histoire humaine. Elle
se définit par un nom propre d’ordre géographique, suivi d’un toponyme qui l'identifie. Les limites
spatiales et la dénomination de l'unité tiennent compte de l'ensemble des données prises en
considération, mais aussi de l'expérience sensible des auteurs de l'atlas, et de la connaissance que
les habitants ont de leur territoire, telle qu'elle s'est exprimée dans le cadre des ateliers de
concertation cartographique.
Les villes apparaissent à l’échelle 1/50 000e sur la carte des paysages. Cependant les unités des
paysages urbains ont fait l’objet d’un travail spécifique cartographié. Une reconnaissance attentive du
tissu urbain et des ambiances perçues sur le terrain, ainsi qu'une approche de l’histoire des villes et
de leurs quartiers à travers les cartes et documents de planification, ont permis d’identifier et de
qualifier ces entités. Cependant les dimensions des villes corses ne permettent pas de les représenter
toutes à la même échelle. Si une échelle commune au 1/10 000e a été retenue (sous forme de carte
annexe), dans l’ouvrage ces cartes sont réduites afin d’en faciliter la lecture.
Chaque unité répertoriée dans l'atlas fait l'objet d'une courte description écrite, qui s'appuie sur une
sélection de photographies représentatives de l'entité considérée.
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I.4- Les outils de la représentation
La carte des paysages permet de rassembler et de partager en une seule et belle image des
impressions dispersées sur le vaste territoire de la Corse. Réalisée au pastel et au crayon de couleur
à l’échelle du 1/50 000°, elle a été retravaillée à l’ordinateur pour en contraster certaines textures et y
suggérer le relief par un ombrage approprié. Cette carte est à plusieurs titres l'une des pièces
maîtresses de l'atlas.
Bien que vue du ciel, la représentation tente d’offrir l’évidence d’un premier contact avec l’île.
L'absence de légende évite les allers et retours fastidieux entre l’image et le texte : ainsi l’attention
peut se porter directement sur la qualité des lieux, des milieux et des sites, tout en suggérant les
caractères et les limites des unités et des ensembles de paysage. Sous des allures d’objectivité, la
carte est orientée. Elle rehausse des motifs qui, sur le terrain, ont été notés comme importants, ou sur
lesquels se portent des enjeux ou des menaces plus ou moins prégnants – comme par exemple les
clairières cultivées perdues dans le maquis ou les zones humides au creux des vallons et des vallées.
Avec la carte IGN au 1/25 000°, cette carte des paysages a été le support des échanges dans les
ateliers de concertation cartographique. La présentation sous forme d’affichage ou de projection des
premières esquisses de la cartographie a contribué à faire naître une image partagée des paysages.
Elle a aidé par exemple à fixer les noms et les limites des ensembles et des unités paysagères. La
qualité plastique du document a également contribué à maintenir la focalisation des échanges sur la
valeur des paysages perçus sur un mode sensible.
Enfin, le 1/50 000° est une échelle moyenne qui permet de produire à la fois une vision d'ensemble de
la Corse, et une vision spécifique des sites sur lesquels s’engagent des actions de mise en valeur, de
protection ou de recommandation en termes d’aménagement. La carte des paysages, enrichie par
l'ajout de la couche de la carte des structures, pourra ainsi servir sous différentes formes (poster,
dépliants, publications, projections, expositions) à des actions de médiation qui seront mises en
œuvre sur le territoire.
I.4.2- Le texte
Le texte propose une description à la fois savante et sensible des paysages de la Corse. Sans la
formulation des qualités qui fondent un paysage, il est difficile de prendre celles-ci en compte dans le
cadre d’un projet. Les métaphores utilisées, les images et les correspondances sont autant de
sources d’inspiration pour mieux intégrer la « matière paysagère » dans les programmes
d’aménagement.
Concrètement, la présentation de chaque ensemble comporte quatre sous-parties :
- une description générale et synthétique de l'ensemble considéré,
- une description sommaire de chacune des unités composant cet ensemble,
- une revue non exhaustive des motifs et enjeux propres à l'ensemble,
- une bibliographie.
Les descriptions des unités et des ensembles se fondent sur le croisement de plusieurs sources de
connaissance :
- celle née de l'expérience sensible du rédacteur et des autres membres de l'équipe chargée de la
réalisation de l'atlas, de leur longue fréquentation du territoire insulaire et de ses paysages ;
- la connaissance des sites partagée avec des acteurs locaux dans le cadre des ateliers de
concertation géographique ;
- les analyses spécifiques produites par les paysagistes de l'équipe ;
- un large fonds bibliographique et documentaire, allant de la littérature aux études spécialisées
(historiques, géographiques, naturalistes...), en passant par les ouvrages de vulgarisation, les guides
de « pays » ou de voyage, ou encore les chartes d'aménagement locale. Mention particulière doit être
faite aux Diagnostics paysagers des départements de Corse-du-Sud et de Haute-Corse, publiés
respectivement en 1999 et en 2003 : ces études détaillées réalisées par le CETE Méditerranée ont
fourni une très riche base d'analyses et de contenus que l'atlas s'est efforcé d'intégrer, tout en les
dépassant.
De nombreux extraits d’œuvres littéraires, de récits de voyages ou de textes plus savants évoquant
les lieux de l'île sous l'angle du paysage viennent ponctuer la présentation des ensembles. Outre leur
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fonction illustrative, ces citations, tirées principalement d'ouvrages publiés au 19e siècle ou au tout
début du 20e, témoignent d'une certaine « intemporalité » des paysages corses. Malgré les
transformations importantes que le territoire a connu, et que les textes souvent mettent en exergue, on
retrouve dans ces évocations des éléments constitutifs d'une forme de pérennité ou de permanence
qui contribue à donner leur valeur à ces paysages.
D'une manière générale, le registre d'analyse répond au cadrage global de l'atlas. Suffisamment
précis et détaillé pour donner des clés de lecture paysagère à l'échelle des ensembles et même des
unités, il garde la hauteur indispensable à un outil qui a vocation à offrir une « porte d'entrée » dans la
problématique des paysages au niveau de la région Corse et de ses micro-régions.
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Tout ce qui se présente au regard n’est pas d’emblée un motif. Certains éléments de paysage n’ont
pas encore acquis ce statut, par manque de reconnaissance culturelle partagée. Tous les éléments
observables possèdent sans doute des potentialités paysagères, mais la qualité de « motif d’intérêt
paysager » exige deux pré-requis : une reconnaissance sociale et l'appartenance à un ensemble
harmonieux et lisible d'éléments apparaissant liés les uns aux autres. Un pont, une rivière, une prairie,
un verger, ne constituent pas un véritable paysage pris séparément. En revanche, réunis et
assemblés selon une certaine structure, ces motifs peuvent devenir paysage.
Les motifs de paysage, très nombreux, vont des plus modestes aux plus monumentaux. La carte des
motifs et des structures reprend les plus significatifs d’entre eux. L'atlas a ainsi construit une typologie
qui les regroupe par grandes familles :
- les motifs du relief,
- les motifs côtiers,
- les motifs liés à l’eau,
- les motifs de la végétation,
- les motifs du construit,
- les motifs des réseaux,
- trajets et points de vue.
Tous ces éléments qui se présentent à l’observateur n’ont pas la même importance ni ne présentent
les mêmes enjeux. C'est pourquoi l'ouvrage distingue les motifs à mettre en valeur, les motifs à créer,
les motifs à protéger et à préserver, les motifs à améliorer, les motifs à surveiller et les motifs à
reconquérir. A chacune de ces catégories correspond une couleur sur la carte des motifs et des
structures.
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Les cartes de la Corse : de la représentation d’un espace géographique à la représentation
d’un espace sensible
Le travail sur l’Atlas des paysages de la Corse nous a conduit à nous interroger sur la représentation
d’un territoire singulier : l’île. En ce bout de terre dans la mer, existent et subsistent des
représentations anciennes de paysages, témoignant à la fois de l’existence d’un regard exogène porté
sur cette île en Méditerranée, mais aussi d’une représentation endogène, liée à une spécificité
culturelle de l’espace insulaire situé entre France et Italie.
De nombreuses cartes géographiques permettent de restituer la Corse dans la mer Méditerranée,
d’en détailler la topographie et l’occupation humaine. Elles représentent l’archivage d’un savoir à une
époque donnée. Elles traduisent une vision extérieure, associée bien souvent à un souhait de maîtrise
des configurations insulaires (préoccupation intéressée des marchands navigateurs ou
d’administrateurs qui souhaitent mettre en valeur ses potentialités) et à la quête d’une connaissance
scientifique. On peut citer la carte de Ptolémée qui recense les « feux » insulaires (dans Ptolemei
Geographia, véritable traité de géographie daté du 2e siècle après J-C), la carte génoise de Leandro
Alberti (Descrittione di tutta Italia,1567), celle de Jaillot (1738), ou encore le Plan terrier établi lorsque
l’île est devenue française (1771-1796).
Cependant, s’interroger sur la pluralité des lieux dans l’espace de l’île implique une approche intégrant
les acteurs de l’espace traditionnel, même si l’entité insulaire peut être perçue comme un simple
découpage entre territoires de mer et de montagne, et même si, dans la langue, se font face i
piagjinchi (ceux qui occupent la plaine et le bord de mer) et i muntagnoli (ceux qui habitent les
montagnes).
Sous l’ère génoise, l’île était constituée d’un ensemble de mondes multiples et séparés, une image qui
restera ancrée dans les mentalités. L’espace s’est alors structuré sur la base des pieve1, unités
admnistratives épousant elles-mêmes assez étroitement la découpe des nombreuses vallées, dont les
limites physiques seront pendant longtemps difficile à dépasser. Et ces multiples espaces d’ordre
administratif et géographique se superposent : les vallées se dessinent depuis les montagnes,
lesquelles donnent à l’île sa forme où le littoral s’inscrit. L’île est divisée en deux grandes régions, l’En-
Deçà-des Monts et l’Au-delà-des Monts, que séparent la grande chaîne de montagnes insulaire.
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Comme d’autres populations du pourtour de la Méditerranée, les anciens Corses, principalement les
bergers, lisaient l’avenir dans une omoplate de mouton sur laquelle étaient préfigurés et ordonnés des
zones ou territoires géographiques, en référence au monde vivant. Le berger (u pughjale) était placé
au centre de ce dispositif spatial, à mi-chemin entre les deux parties extrêmes de l’os : une situation
qui permettait de dominer les deux versants de cet espace configuré. Sur l’un des côtés, on trouvait u
fucone (le foyer, ce qui est lié à la maison), a muntagna (la montagne), a scaffa (la planche sur
laquelle on égoutte les fromages), a piaghja (la plage, les basses terres littorales). Et de l’autre côté, a
callaghja qui met en relation les deux versants, a macchja (le maquis), a ghjesa (l’église), u mare (la
mer), a sima (la poutre faîtière de la maison).
Ainsi l’espace géographique du berger était-il traduit en référence à la fois aux limites du monde et à
l’espace quotidien (le maquis, a scaffa). Cette représentation se basait sur l’expérience sensible, le
parcours de l'éleveur, « une géographie qui traduit une intelligence quotidienne du monde, une
géographie autant vécue que pensée » et place cet univers perçu « devant les yeux, et sous la
main »3. Toutes les composantes physiques de l’île y sont figurées : la montagne et la plaine (lieux
de transhumance) bien évidemment, mais aussi l’espace littoral, la mer, la plage qui ne font pas partie
de l'univers du berger, par principe montagnard. A travers cette représentation géographique d’un
monde, apparaît une conscience de la réalité du territoire de l’île toute entière.
Cela amène une dernière remarque, sans doute la plus porteuse de sens : où que l’on soit, où que
l’on se positionne, l’espace de l’île est toujours construit mentalement. Ainsi, s’il existe une opposition
entre a casa (la maison) et e fora (le dehors, l'ailleurs), « hè fora » (« il est dehors ») traduit tout à la
fois la position de celui qui se tient au-dehors de la maison mais aussi au-dehors de l’île. La
représentation du paysage de l’île est de l’ordre de la matrice originelle, et au-delà de cet espace
concret, de ce monde fini, existent des zones opaques où s’exercent des forces surnaturelles que l’on
désigne par l’expression : « cose di l’altru mondu » (choses de l’autre monde). Ce n’est pas sans
rappeler que, dans la langue corse, le parcours est rendu par le mot girà (tourner). On parle de girà
mondu (parcourir le monde) ou girandulà (vadrouiller) ; et l’emploi de ce mot suppose un retour
(puisqu’on tourne), donc un espace fini.
1- Alain Graziani écrit à propos de la pieve : « C’est à l’origine l’église principale, située au centre de chaque bassin fluvial de
quelque importance, correspondant soit à une vallée bien individualisée, soit à la partie haute, centrale ou basse d’une vallée,
soit à plusieurs vallées convergentes, soit enfin, dans le Cap-Corse, à plusieurs vallées courtes collatérales » (Notes et
traduction de Description de Corse d’A. Giustiniani, Ed.Piazzola, Ajaccio,1993 , introduction).
2- D’après Georges Ravis-Giordani, Pieve e paese : communautés rurales corses, CNRS.
3- J.M. Besse, Face au monde, Desclée de Brouwer, 2003.
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II- Les paysages de la Corse : ensembles paysagers et unités
de paysages
11
II.1.2- Massifs littoraux
Ce type de paysage, présent surtout sur la rive occidentale de l'île, se singularise par la proximité du
relief et du littoral, mais aussi par la brusquerie de la rencontre entre les mondes terrestre et marin : la
montagne semble littéralement « tomber dans la mer ». Par ailleurs, les reliefs possèdent ici une
cohérence, une masse intrinsèque, qui justifient de les distinguer de la catégorie des « versants
abrupts ». Ils se détachent de la chaîne de montagnes qui forme la grande dorsale de l'île, tout en
présentant des caractères propres qui ne sont pas sans évoquer ceux des massifs montagneux :
versants raides, émergences rocheuses, routes souvent absentes ou très étroites et sinueuses,
sentiers escarpés, vues « aériennes »…
L'ambiance dominante très minérale, la faiblesse des réseaux hydrologiques à régime généralement
temporaire, la rareté des voies « pénétrantes » au cœur des massifs, les difficultés d'accès au littoral
escarpé sont autant d'éléments qui concourent à créer une sensation d’isolement. L’habitat est
d’ailleurs très clairsemé, constitué de hameaux dispersés et de rares villages. Pourtant ces espaces
ont fait autrefois l'objet d'une intense mise en valeur agropastorale, conduisant à les considérer parfois
– à l'instar de l'Agriate – comme de véritables greniers d’hiver pour les populations des montagnes
voisines. Il reste aujourd’hui la mémoire de ce passé matérialisée par d'innombrables vestiges d’un
patrimoine bâti rural enfoui pour l'essentiel sous le tapis vert du maquis.
Aujourd'hui, même lorsqu'ils sont situés à proximité d'un pôle urbain, les massifs littoraux sont
relativement épargnés par l’urbanisation littorale. Le relief escarpé contribue à les préserver. Et
surtout, leurs paysages sont depuis longtemps reconnus comme exceptionnels et à ce titre, ils font
souvent l’objet de protections spécifiques (acquisitions du Conservatoire du littoral, sites inscrits et
classés...). Leur caractère naturel, lié à la singularité d'un paysage qui marie si intimement la
montagne et la mer, doit être à tout prix sauvegardé.
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II.1.3- Vallées
C’est le type de paysage le plus représenté en Corse. A l'échelle de l'île, il est structuré en « arêtes de
poisson » qui descendent vers le littoral depuis la colonne vertébrale des massifs montagneux. Les
vallées ont ainsi pour fonds de décor les hauts sommets des massifs, et à proximité de l'embouchure
des cours d'eau, les plaines littorales et la mer. Hormis en partie haute, où leur forme plus évasée
rappelle l'existence passée d'anciens glaciers, elles présentent un profil en « V » plus ou moins
émoussé selon la nature des étroites plaines inondables, plus ou moins ramifié, qui se referme
souvent en gorges spectaculaires avant de déboucher sur une plaine. La rivière ou le fleuve qui coule
au fond de ce « relief en creux » garde sur la plus grande partie de son cours un régime torrentiel ; le
cours d'eau n'est guère visible, son lit étant masqué par une ripisylve abondante et parfois
inextricable.
Sauf à proximité immédiate des villages ou hameaux, les versants – jadis défrichés et cultivés – sont
désormais revêtus d'un manteau dense de maquis ou de forêt, selon l'altitude et l'exposition. Les
routes qui passent en fond de vallée ou en balcon sur les versants profitent de la présence de
« fenêtres » ouvertes dans cette végétation. Elles ouvrent de beaux points de vue qui rendent lisibles
les grandes structures et révèlent les paysages intérieurs.
Le relief contribue à une compartimentation parfaite. Les anciennes voies de communication, à savoir
quelques cols et les sentiers franchissant les crêtes, reliaient autrefois aisément une cuvette à une
autre, un bassin versant à ses voisins, en favorisant les échanges. De nos jours, les routes privilégient
les axes des vallées, en confluant vers le littoral. Les communications entre vallées ont été au fil du
temps ramenés vers la côte.
C’est sur les replis des versants des vallées, autour de 600 mètres d'altitude, que sont installés la
majorité des villages et noyaux anciens d’habitat. C’est là que l’on trouve aussi la grande majorité des
forêts, châtaigneraies, vergers, cultures vivrières et élevages. Ces motifs et activités contribuent à
façonner des paysages d’une grande qualité, qu'il importe de préserver en respectant les caractères
qui fondent leur identité.
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II.1.4- Versants abrupts
Ce type de paysage a beau être rare – il n'est représenté en Corse que par trois ensembles –, il est
intimement associé à l'image de l'île. L’expression « plonger dans la mer » prend ici tout son sens.
Elle caractérise des versants à forte déclivité et très minéraux, dessinant au niveau de la mer une
frange côtière rocheuse aux contours en dentelle. Les falaises, éperons, calanques, caps et pointes
s’élançant vers le large, les anses ou baies inaccessibles par voie terrestre y constituent des motifs
récurrents. Les routes peu nombreuses, accrochées en balcon ou creusées dans les parois, suivent
généralement les sinuosités du rivage ; les ouvrages d’art anciens qui les accompagnent sont
remarquables de prouesses techniques et esthétiques.
A l’exception des côtes de Capicciola à la Chiappa, relativement plus accessibles, la vigueur du relief
limite naturellement la pression urbanistique. La prise de conscience collective de la qualité des
paysages et des milieux naturels contribuent également à préserver ces bords de mer : une protection
assurée notamment grâce à la présence des réserves naturelles de Scandola et des Bouches de
Bonifacio, de nombreux sites classés et d'importantes acquisitions du Conservatoire du littoral.
Ce type de paysage ne se rencontre guère que sur la façade orientale de l’île. L'interaction entre la
plaine et son contrefort montagneux en est le trait principal. Bien que très différents par leur faciès et
leur morphologie, ces deux paysages apparaissent indissociables. Les processus naturels comme les
activités humaines sont liés à la coexistence des deux espaces que tout unit et tout sépare.
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Le contrefort abrite les villages et hameaux, avec leurs terrasses de jardins et leur écrin de vergers et
de forêts. La vue sur la plaine bocagère et la frange littorale est omniprésente et souvent
spectaculaire. Le parcellaire agricole, les mosaïques de cultures, les linéaires du littoral sableux et de
la route nationale parallèle à la côte, donnent au paysage qui s'étend jusqu'à la mer une ordonnance
plus ou moins géométrique.
Animée de petits vallonnements alluvionnaires, la plaine accueille les cultures, haies, canaux, marais,
mais aussi les zones d’activités et urbaines plus récentes, concentrées aux abords de la route
nationale ou sur le front de mer. Ici aussi, la perception du paysage est dominée par la vue sur le
contrefort, son relief, ses crêtes et ses villages perchés ou accrochés à flanc.
Préserver la qualité paysagère de ces espaces intermédiaires entre mer et montagne, en maintenant
le riche dialogue de la plaine et de son contrefort, représente un enjeu majeur. Les liens entre ces
paysages se brisent très rapidement dès que l’urbanisation linéaire s’installe en suivant l'axe
longitudinal du réseau routier principal.
Au débouché de certaines grandes vallées de la côte ouest de l’île, là où les golfes sont assez ouverts
et où le substrat rocheux a été fortement érodé et couvert de sédiments, se sont installées des plaines
ponctuées de collines qui marquent une transition douce vers les piémonts. Du fait de leur ouverture,
ces espaces se prêtent bien à l’agriculture, la proximité de la mer les rend également propices au
développement de centres urbains côtiers.
Dans ces espaces littoraux, l'évolution des pratiques culturales se traduit par la disparition fréquente
des motifs « verticaux » – haies et alignements d’arbres – qui créaient une diversité de rythmes en
rompant la monotonie horizontale de la plaine. D'où une certaine banalisation des paysages lorsqu'ils
ne sont plus structurés par ces motifs bocagers.
En outre, la rareté en Corse des sites à topographie ouverte et plane conduit à concentrer dans les
plaines littorales existantes les réseaux routiers et une urbanisation linéaire qui perturbent tant
l’organisation du parcellaire agricole que les dynamiques paysagères.
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II.1.7- Plateau littoral
Ce type n'est représenté que par un seul ensemble-unité, U Piale, dénotant son caractère absolument
unique en Corse. Il est constitué d’un plateau calcaire qui s'avance dans la mer à la pointe sud de l’île,
protégé des tempêtes par un impressionnant appareil de falaises auquel s'accroche la vieille ville de
Bonifacio.
II.1.8- Ilots
Peu nombreux par rapport à l’importance du linéaire côtier et généralement très proches du rivage, les
îlots viennent prolonger dans la mer l'armature de pointes ou de caps. Ils forment néanmoins un type
de paysage bien particulier qu’il est difficile de raccrocher à la côte voisine, bien qu'entretenant avec
celle-ci un dialogue permanent. A l’exception de la Giraglia, bloc massif aux allures de paquebot en
mouvement, ces « poussières d'îles » s’égrènent en chapelets.
Véritables balises naturelles annonçant la terre, les îlots accueillent souvent des phares ou des
sémaphores. Ces bouts du monde sont devenus des refuges de biodiversité – ils abritent notamment
de nombreuses espèces d'oiseaux de mer et de reptiles –, en même temps que des points d’attraction
touristiques. La difficulté de concilier ces dimensions rend indispensable une protection active de ces
espaces naturels, laquelle passe la plupart du temps par une stricte interdiction d'accès au public.
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Figure 1
17
II.2- Les paysages urbains
II.2.1- Une approche et une échelle spécifiques : du paysage de la ville aux paysages urbains
Les villes de Corse correspondent dans l’atlas à des unités paysagères, incluses dans ces territoires
plus larges que recouvrent les ensembles de paysages. A l’échelle de l’ensemble, la perception de la
ville renvoie à la veduta (peinture d’un paysage de ville ou panorama, genre apparu au 16e siècle) :
c'est-à-dire la représentation d'une « ville-campagne » dans laquelle les lieux construits se laissent
embrasser du regard, saisis dans leur totalité dans un contexte paysager plus large. Cette
appréhension lointaine de l'entité urbaine, dans un regard globalisant, caractérise le « paysage de la
ville ».
Cependant le paysage est construction, composition, et donc artefact. Et lorsqu’on découvre la ville,
lorsqu’on la parcourt, l’ensemble bâti se donne à lire par fragments. Non pas que la ville soit morcelée,
mais l'expérience de sa découverte révèle des lieux singuliers qui s’emboîtent et se juxtaposent dans
l’ensemble construit. Ces « paysages urbains » donnent à la ville formes, textures, couleurs, mais
aussi temporalité, car ils traduisent une volonté de maîtrise physique (et symbolique) de l’espace, à un
instant donné. D'une manière générale, même s'il ne révèle pas partout ni toujours des temporalités
longues, le paysage n’est jamais le fruit de la brièveté.
Ce sont ces paysages urbains des villes insulaires, qui apportent une diversité et une richesse
spécifiques aux paysages de l’île, que nous avons cherché à traduire dans l’atlas. Les unités urbaines
s’inscrivent dans des ensembles de paysages de massifs ou de plateaux littoraux, de vallées ou de
plaines. Elles appartiennent à deux grandes « familles » de villes :
- les villes de bord de mer : Ajaccio, Bastia, Bonifacio, Calvi, l’Ile-Rousse, Porto-Vecchio et Propriano,
qui ponctuent et matérialisent un trait de rivage, tout en symbolisant l'ouverture de l'île sur le monde
extérieur ;
- les villes de l’intérieur : Corté et Sartène, villes-forteresses et villes de confluence qui s’inscrivent
dans un territoire de montagnes et dans un rapport plus intériorisé à la mémoire de l'île.
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II.2.2.3 La ville moderne
C’est la ville du 20e siècle qui résulte d'une nouvelle répartition des surfaces bâties et non
bâties, inscrite dans la planification, associée à l'intervention de nouveaux acteurs et à la mise
en place de nouvelles réglementations. Le système routier s’est développé avec l’usage de la
voiture, tandis que les lieux habités et les typologies d'habitat se sont multipliés et diversifiés. La
physionomie urbaine s'en est trouvée considérablement transformée. Le type de la ville
moderne demande à être décliné car il génère une diversité de nouveaux paysages spécifiques.
Plusieurs « sous-types » ont été ainsi distingués dans l'atlas.
- L’habitat individuel groupé de ville : des maisons individuelles regroupées, que prolongent des
petits jardins, formant îlots ou petits quartiers, s’inscrivent de manière isolée dans le tissu dense
de la ville. Ce mode d'habitat offre un paysage urbain particulier, comme une forme de
campagne dans la ville.
- La ville étendue recomposée : ce sont les quartiers de la ville bâtis au cours de la seconde
moitié du siècle dernier. Ils composent un paysage issu d’un fait urbain global, d’une
planification rationnelle de l’évolution de la ville, renvoyant à des archétypes construits en
référence à une déclinaison de l’architecture « moderne ».
- La ville étalée : en périphérie de la ville dense, s’initie la périurbanisation, processus
d’extension spatiale des entités urbaines qui s'est intensifié en Corse depuis la fin des années
1970. Cette forme d'occupation de l’espace, dans laquelle la standardisation se traduit par une
multiplication des « pavillons », s’accompagne d’une uniformisation des paysages.
- Les secteurs d’activités de bord de route : si les centres-villes sont des lieux d’activités
administratives et économiques, offrant biens et services aux populations résidentes ou de
passage, le développement des activités urbaines a aussi donné lieu à des répartitions
spatiales, modelant des territoires plus spécialisés, en fonction des facilités de transports et
d’accès, mais aussi de la disponibilité de surfaces foncières constructibles. En Corse, ce type
de paysage, marqué fortement par la présence de « zones d'activités » sans charme ni
cohérence urbanistique, se concentre le long des grands axes routiers.
- Les ports : ports de pêche, de plaisance ou maritimes, les infrastructures portuaires
circonscrivent sur la mer des territoires qui contribuent à donner épaisseur aux rivages urbains
et à animer la façade maritime des villes de bord de mer.
- Les rives et rivages urbains : une topographie singulière et la présence de l’eau (mer ou cours
d’eau) singularisent ces paysages. Ce type regroupe des territoires-frontières entre terre et eau,
encore naturels ou bien aménagés, auxquelles le substrat physique confère une forte
originalité.
3.09 A – CORTE
6.01 G – CALVI
3.19 D – SARTENE
6.02 A – AJACCIO
3.19 E – PROPRIANO
6.03 E – PORTO VECCHIO
5.02 A – BASTIA
7.01 A - BONIFACIO
6.01 C – ILE ROUSSE
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II.3- Les ensembles et les unités
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3.07 U Bozziu 3.17C Vallons d'Ornano
3.07A Cirque du Haut Boziu 3.17D Bassins d'Ornano - Panicali
3.07B Vallons di U Mercuriu 3.17E Versants de Cruscaghja - Istria
3.17F Haute vallée du Talavu
3.08 Haute Vallée du Golu - Niolu
3.08A Paese di u Niolu 3.18 Alta Rocca
3.08B Scala di Santa Regina 3.18A Piémont de Tallà
3.08C Forêt de Valdu Niellu 3.18B Piémont de Carbini
3.18CPiémontdel'AltaRocca-
3.09 U Curtinese Scopamena
3.09A Ville de Corte
3.09B I Piani di 8 Curtinese 3.19 Vallées du Sartenais
3.09C Vallons di U Curtinese 3.19A Cirque de Baracci et versants
3.09D Vallons du Feo d'Olmeto
3.09E Versants du Cardu 3.19B Plaine du Valincu - Rizzanese
3.19C Plaines et piémonts du Sartenais
3.10 U Vechju 3.19D Ville de Sartène / 3.19E Ville de Propriano
3.10A Vallée du Vechju 3.19F Versants de Belvedere - Campomoro
3.10B Forêt de Vizzavona
3.20 Vallées du Fium'Orbu
3.11 Vallées de la Bravona et de 3.20A Vallée de Poggio
Cursigliese 3.20B Vallée de l'Abatescu
3.11A Haute vallée de la Bravona - A Serra 3.20C Vallée du Travu
3.11B Vallée de la Bravona
3.11C Vallée de Cursigliese 3.21 (Vallées littorales de Bavella) Tre
Fiuma
3.12 Basse vallée du Tavignanu 3.21A Vallée de la Solenzara
3.12A Vallée du Tavignanu 3.21B Vallée de Favone
3.12B Vallée de Tagnone 3.21C Vallée de Tarcu
3.12C Vallée du Fium'Orbu
3.22 Vallée de l'Ortolu
3.13 Vallée du Golu 3.22A Haute Vallée de l'Ortolu
3.13A Canale di Omessa - Castirla - Soveria 3.22B Vallée de l'Ortolu
3.13B Contreforts de Popolasca et
Rundinaia 4.01 Côtes de Luzzipeu
3.13C Cirque de Ponte a Leccia 4.01A Pointe de la Revellata
3.13D &RVWD5RGDHWOLW du Golu 4.01B Côte de Nichiareto
4.01C l’Argentella
3.14 Sevi Ingrentu
3.14A Vallée de la Lonca 4.02 Sevi Infora
3.14B Vallée d'Aitone 4.02A Punte di Scandola
3.14C Vallée de Tavulella 4.02B Cirque de Girolata
4.02C U Sia
3.15 Liamone 4.02D Vallée de Porto
3.15A Plaine du Liamone 4.02E Calanche de Piana
3.15B Haut Liamone
3.15C Cinarca - Liscia 4.03 Côtes de la Chiappa à Capicciola
3.15D Vallée de Cruzinu 4.03A Pointe de la Chiappa
3.15E Sorru in su 4.03B Versants di U Circhiu
3.15F Vallée de Sagone 4.03C Versants de Porto Novo - Santa
3.15G Haute vallée de Sagone Giulia
4.03D Versants de Balistra - Rondinara
3.16 Vallées de la Gravona et du Prunelli 4.03E Pointe de Capicciola
3.16A Vallée du Celavu
3.16B Vallée de Mezzana 5.01 Nebbiu - Conca d'Oru
3.16C Cirque du Prunelli 5.01A Plaine et versants du Nebbiu
3.16D Gorges du Prunelli 5.01B Strette de San Angelo
3.16E CRteaux du Prunelli 5.01C Coteaux de Patrimonio
5.01D Vallée du bevincu
3.17 Vallée du Taravu
3.17A Vallons de Cupabia
3.17B Coteaux et plaine du Taravu
21
5.02 Bastia Marana 602 Plaines et piémonts du golfe
5.02A Ville de Bastia d'Ajaccio
5.02B Versants de Bastia 6.02A Ville d'Ajaccio
5.02C Versants de la Marana 6.02B Plaines de Campo dell'Oro
5.02D Plaine de la marana 6.02C Coteaux du Monte Gozzi
5.02E Etang de Biguglia 6.02D Bassin de Lava
6.02E Versants sud du golfe d'Ajaccio
5.03 Casinca 6.02F Pointes de Capu di Muru et Castagna
5.03A Plaine de la Casinca
5.03B Versants de la Casinca 603 Plaines et piémonts de Porto Vecchio
6.03A Cirque de Conca
5.04 Costa Verde 6.03B Plaine de Santa Lucia
5.04A Versants de Tavagna et piémonts de 6.03C Plaine de l'Osu
Morianinccu 6.03D Crêtes de Contra - Fumaja
5.04B Plaine de Campuloru 6.03E Plaine du Stabbiacciu et de Saint
5.04C Versants de Campuloru Martin
6.03F Ville de Porto Vecchio
5.05 Plaines Orientales
5.05A Plaine de Bravona - Alesani 604 Plaines et piémonts de Figari
5.05B Etang de Diana 6.04A Plaine de Figari
5.05C Plaine d'Aleria 6.04B Pointes de Monaccia - Pianotolli
5.05D Etang d'Urbinu 6.04C Testa Ventilegne
5.05E Plaines du Fium'Orbu et de Tagnone
5.05F Plaine de l'Abatescu - Travu 701 U Piale
5.05G Versants de Verde et d'Alesani 7.01A Ville de Bonifacio
5.05H Vallons d'Antisanti 7.01B Plateau de Bonifacio
22
Cahier des motifs de paysage (Légende commentée)
23
III- Les substrats du paysage
A l’ouest, la Corse cristalline est structurée par la chaîne montagneuse la plus étendue en longueur et
la plus élevée. « Véritable charpente de l’île »*, cette grande dorsale granitique, d’épaisseur
décroissante en allant du nord au sud, culmine à 2710 mètres au Monte Cintu, chef de file d'une série
de montagnes qui dépassent les 2000 mètres d’altitude. Elle présente des dénivelés très importants,
les plus hauts sommets se dressant en général à moins de 40 kilomètres de la mer. Les principaux
massifs montagneux (Tenda pour partie, Cintu, Ritondu, Oru, Renosu, Incudine-Bavella et Ospedale-
Cagna) se détachent de cette colonne vertébrale. Les ramifications secondaires de la chaîne et les
vallées qui s’en écoulent vers l’ouest et le sud-ouest, déterminent sur la rive occidentale un trait de
côte tourmenté. Les golfes profondément échancrés (Porto, Sagone, Ajaccio, Valincu), abritant
quelques plaines et piémonts (Balagne, plaine d'Ajaccio entre autres), y alternent avec les versants
abrupts, les caps et les pointes, quelques massifs littoraux (Agriate, Ravu et Calazzu, la Punta-
Sanguinaires, Campomoro-Senetosa) s'individualisant sur cette côte rocheuse. Par ailleurs, la ligne
de crête de la grande chaîne opère dans l'île une césure à la fois physique et historique : elle sépare
« l’Au-Delà-des Monts » de « l’En-deçà-des Monts », lesquels communiquent par des cols
relativement élevés – cols de Verghju (1484 m), Vizzavona (1164 m), Sorba (1364 m), Verde (1283
m)... –, utilisés depuis toujours comme voies naturelles de communication. Les plus grands cours
d’eau de l’île, qui ont creusé ses principales vallées, naissent des contreforts de cette montagne
granitique. S'écoulant vers l'ouest, on trouve ainsi, du nord au sud, la Figarella, le Fangu, le Liamone,
la Gravona, le Prunelli, le Taravu, le Baracci, le Rizzanese et l'Ortolu ; et vers l'est, le Golu, le
Tavignanu et le Fium’Orbu.
A l’est et au nord-est, la Corse alpine, dite aussi Corse schisteuse, est charpentée par des montagnes
plus modestes et moins abruptes. Depuis le massif littoral du Cap Corse, la ligne de reliefs qui
descend vers le sud culmine à 1307 m au Monte Stellu, puis se poursuit au-delà du col de Teghime
par le coude nord du massif de Tenda. Après la tranchée du Golu, elle se prolonge par le massif
montagneux du San Pedrone-Pianu Maggiore, dont la cime du Monte San Pedrone (1767 m)
constitue le point le plus haut. C'est dans ce massif très arrosé que le Fium’Altu, l’Alesani et la
Bravona prennent leur source. Ces cours d'eau drainent les versants de la Castagniccia, avant de
rejoindre plus ou moins rapidement la (les) plaine(s) orientale(s), étendue alluvionnaire et
sédimentaire fertile, doucement vallonnée par endroits et parsemée d’étangs côtiers se déployant
depuis Bastia jusqu’à la Solenzara (étangs de Biguglia, Diana, Urbinu, Palu...). En marge nord-ouest,
le bassin versant de l’Alisu, né des contreforts du massif de Tenda, forme la Conca d’Oru ou bassin
du Nebbiu.
Ces deux grandes entités montagneuses sont séparées par une dépression centrale, dénommée le
« sillon ». Longue de presque 150 kilomètres, elle se compose d'une succession de petits bassins
arrosés par l’Ostriconi, le Golu entre Ponte Leccia et Francardu, puis le Tavignanu à partir de Corte.
Depuis les deux grandes dorsales de montagnes, orientées dans le sens nord-sud, les reliefs
secondaires s’étirent presque perpendiculairement en « arêtes de poisson », cloisonnant ainsi le
ruissellement et les bassins versants des rivières et des fleuves.
Le réseau hydrique de la Corse apparaît très dense. Il totalise 3000 kilomètres de cours d'eau de
faible longueur (80 km au maximum, moins de 30 km pour la plupart) et de nombreux bassins
versants de faible superficie (1 000 km² au maximum, dix seulement s'étendent sur plus de 150 km²).
Plus que l’altitude moyenne (568 m), ce sont les dénivelés très marqués et la quasi omniprésence des
fortes pentes qui ont une influence majeure sur le régime hydraulique. Parmi les rivières de l'île, les
quatre fleuves dont la longueur dépasse 50 kilomètres (Golu, Tavignanu, Taravu et Rizzanese) sont
les seuls à présenter une pente moyenne inférieure ou égale à 4 %. Les autres montrent une forte
24
dominance du régime torrentiel de type fluvio-nival, marqué par de fortes variations de débit liées à
des pluies intenses mais irrégulières.
Le relief très accusé détermine aussi l'organisation du territoire et son occupation : isolée par sa
frontière maritime, la Corse est en outre compartimentée par le cloisonnement des bassins versants,
qui composent autant d’entités paysagères et matérialisent le type de paysage le plus fréquemment
rencontré. L'île offre peu d’espaces plans et ouverts. Les rivières ont creusé de profondes et étroites
vallées, façonnant souvent des gorges et défilés spectaculaires. Si l'on peut rencontrer sur les
versants proches de la côte de nombreux petits ruisseaux au régime temporaire (de type oued), les
plus grands cours d’eau ont formé à l’embouchure des bassins les plus amples quelques plaines
alluvionnaires. A la lisière des milieux marins et terrestres, se sont développés dans ces plaines (outre
quelques estuaires, deltas et rias), des chapelets de zones humides qui se déclinent en étangs ou
lagunes (stagni), marais (padule), marécages et vasières. Autrefois hantées par la malaria (le
« mauvais air », c'est-à-dire le paludisme), et désormais assainies, ces étendues plus ou moins vastes
d'eaux plus ou moins saumâtres, à forte valeur écologique et économique, forment également des
paysages singuliers, particulièrement bien représentés sur la côte orientale de l'île.
L'eau douce est partout présente en Corse, sous des formes variées, depuis les sommets des reliefs
jusqu'aux arrières-plages. Ainsi, de nombreux cirques cachés sur les plus hauts versants abritent des
lacs d'altitude d’origine glaciaire, joyaux paysagers sertis dans l’écrin des montagnes. Les
innombrables sources qui jaillissent sous les sommets, mais aussi des flancs des vallées que dévalent
les torrents, jouent un rôle très important dans l’alimentation en eau des villages et hameaux de
l’intérieur (sources captées, fontaines). Cette ressource est due aux fortes précipitations qui
remplissent les aquifères du socle : l'île reçoit 900 mm d'eau en moyenne annuelle, soit 8 milliards de
m3 en volume, ce qui en fait un véritable « château d'eau » au cœur de la Méditerranée. Mais si les
précipitations sont globalement abondantes, le régime climatique fait qu'elles sont inégalement
réparties, tant d'un point de vue spatial – le littoral est peu arrosé (moins de 700 mm par an) tandis
que la montagne bénéficie d'une forte pluviométrie (plus de 1000 mm) – que saisonnier – l'alternance
des pluies fréquentes d'octobre à avril et des périodes de sécheresse estivales entraînant de très
fortes variations de débits. Par ailleurs, du fait des pertes en écoulement très importantes et de la
nature géologique du substrat, les nappes et aquifères sont peu nombreux et de taille limitée. Des
ouvrages hydroélectriques à vocation énergétique et/ou agricole ont été construits dans quelques
vallées, créant des lacs artificiels qui ont transformé localement les paysages (barrages de
Calacuccia, de Tolla, du Rizzanese – ce dernier en cours de construction –, de Sampolo dans le
Fium’Orbu, de l’Alesani). S'y ajoutent des retenues à usage agricole aménagées dans les plaines,
principalement sur la côte orientale.
Bibliographie
Cuenca J. C., Gauthier A., Alesandri J. Des étangs pour Luculus. L’aquaculture en Corse. CRDP
Ajaccio, 1987.
25
26
27
28
III.2- Le substrat de la géologie
Introduction
La géologie d’un territoire constitue au sens premier le substrat (la sous-strate), c'est-à-dire la toute
première couche, celle d’en dessous, la base première et primordiale sur laquelle va se construire et
se modeler ce territoire. Les caractéristiques physiques de ce substrat auront une influence directe sur
la morphologie dudit territoire. Avec le climat, il va conditionner le type de relief, dans une certaine
mesure le type de végétation, et d'une manière générale l’abondance (ou non) et la disponibilité des
ressources au sens large. Par des contraintes spatiales, il va également conditionner le mode
d’occupation du territoire.
L’apparente immuabilité des éléments géologiques n’est due qu’à la vision du temps à l’échelle
humaine : cette vision statique n'est pas celle du temps géologique, qui nous montre au contraire une
dynamique, une capacité de mouvement, de transformation, de transmutation, de modelage et de
remodelage, bref une plasticité de ces éléments qui forment le substrat d'un territoire. Il importe donc
de souligner qu’à travers l’observation d’un objet géologique – une roche dans son contexte –, on
observe en fait un phénomène, et souvent on peut expliquer sa cause (comment la roche s’est formée
et pourquoi) et retracer son histoire (les translocations, transformations ou déformations subies) sur
des millions d’années. Cette lecture nous donne des clés essentielles pour comprendre l'histoire du
territoire et de son paysage. L’empreinte des objets géologiques est en effet parfois si prégnante dans
le paysage, qu’ils en matérialisent les composantes principales. Bien que parfois presque invisibles, ils
constituent presque toujours des éléments structurants, et c'est par leur compréhension que l’on
appréhendera mieux la logique d’un paysage et que sa représentation s’en trouvera enrichie. Car
« cette mémoire d'avant la mémoire de l'Homme » est « une mémoire inscrite dans les profondeurs et
sur la surface, dans les roches, les fossiles et les paysages, une mémoire qui peut être lue et
traduite »*.
Ainsi, les grandes entités géologiques discernables aujourd’hui en Corse ont fortement conditionné les
paysages naturels et historiques de l’île. Très schématiquement, on peut distinguer les structures
suivantes.
29
modestes mais caractérisés par de spectaculaires chaos rocheux sculptés par l’érosion : montagnes
de l’Ospedale-Cagna, de la Trinité-Petra Longa, ainsi que quelques pointes et presqu’îles
tourmentées des côtes sud-ouest et sud, comme le Capu di Muru, les pointes de Campomoru et de
Senetosa, la pointe de Capicciola.
Le troisième épisode, situé il y a 240 à 280 Ma, est venu enrichir l'héritage géologique des deux
précédents, en laissant des plutons (granites alcalins) intrusifs très puissants qui émergent de façon
spectaculaire voire vertigineuse, ainsi que des épandages de roches volcaniques non moins
spectaculaires formant de grands complexes de type caldeira. La majorité des éléments visibles de
nos jours participe des grands paysages naturels de l’île sur des sites parmi les plus emblématiques :
le cirque de Bonifatu ; l’essentiel de la grande barrière du massif du Cintu, avec ses rhyolites et
ignimbrites aux teintes rouges et ocres taillées en parois verticales, pics acérés et crêtes dentelées ; le
golfe de Porto avec la réserve de Scandula où les falaises maritimes offrent une débauche de
couleurs et de formes témoignant des fureurs volcaniques (orgues rhyolitiques, coulées
d’ignimbrites…) ; les Calanches de Piana et le Capu Rossu ; mais aussi les gorges de la Spelunca,
les aiguilles de Popolasca, la Scala di Santa Regina, les gorges de l’Ascu et celles du Prunelli, ou
encore les aiguilles de Bavella.
Le sillon central
(3) Entre le cours moyen de l’Ascu et le Tavignanu, on observe la présence d'une dépression
subméridienne, d’altitude moyenne inférieure à 800 mètres, qui offre la seule véritable voie de
communication de l’intérieur de l’île. C'est par là que passent la RN193 et la ligne de chemin de fer
reliant Ajaccio et Bastia. Ce sillon central est formé de plusieurs unités complexes à dominante
sédimentaire peu ou pas métamorphisées, déposées durant le mésozoîque et cénozoïque (ères
secondaire et tertiaire). Il montre des lambeaux de roches calcaires datant pour la plupart du
Jurassique – écailles de Corte, falaises calcaires de Caporalino, Sant’Angelo de Lano, Pedani –,
divers conglomérats d’origine et d’âges distincts, des marnes mais aussi des lambeaux
métamorphisés du batholite et ceux d’un ancien océan ligure. Certaines de ces roches témoignent
d’un milieu marin calme et peu profond typique d’une marge continentale, tandis que d’autres sont
caractéristiques d’une mer plus profonde. Parmi les éléments les plus marquants dans ces paysages,
on peut citer les falaises gris-bleu des calcaires de Caporalino et de Sant’Angelo, le blanc-gris des
écailles cortenaises (promontoire de la citadelle de Corte, Razzu Biancu de Venaco) dont certains
gisements furent exploités comme « marbre » d’ornement (pavage de certaines rues de Corte), et les
petits sommets et collines qui ponctuent le sillon (Monte Tomboni, Monte Cecu).
(2) Le sillon se prolonge au nord de Ponte Leccia par la faille de l’Ostriconi. « U Canale », selon son
toponyme évocateur, forme un couloir naturel emprunté par la RN197 qui relie le centre le l’île à la
côte nord occidentale et à la Balagne. La faille marque le contact avec les roches magmatiques et
métamorphiques des massifs du Tenda et de l’Agriate au nord. Au sud-ouest s’étend la nappe de
Balagne, grand ensemble en majorité allochtone, montrant une mosaïque complexe de roches
d’origines et d’histoires diverses : schistes lustrés et autres roches sédimentaires marines profondes,
accompagnés de formations ophiolitiques dont les plus remarquables ici sont les laves en coussin,
calcaires, grès et conglomérats. Cette nappe englobe grossièrement l’ensemble Ostriconi, ainsi que
les unités A Culese, plaine et vallée de Tartagine, et vallée de Lagani. Elle se caractérise par des
paysages aux reliefs relativement doux mais densément ramifiés, avec de nombreuses crêtes
secondaires et des fonds de vallons où serpentent des cours d'eau. Certaines roches générant
naturellement des sols rachitiques, comme les basaltes et serpentines, accentuent l’aridité de milieux
fortement déboisés et dévastés par les incendies.
(4) Vers le sud-est, ce même sillon trouve un autre prolongement avec la vallée du Fium'Orbu et le
spectaculaire défilé de l’Inzecca, creusés dans de dures serpentines et basaltes émaillés des
placages rouge vineux de radiolarites (qui ont certainement donné son nom au hameau de Rosse).
Dans la partie orientale de la vallée et des versants du Fium’Orbu, on retrouve une couverture
autochtone en grande partie composée de sédiments détritiques provenant de l’érosion du batholite,
ponctuée de quelques éperons et corniches d’origine ophiolitique.
30
composent ces terrains, on peut déduire qu’ils sont les témoins de l’ancien océan liguro-piémontais
d’âge mésozoïque. Les couches sédimentaires déposées au fond de cet océan, associées à des
lambeaux de croûte océanique, ont été plus ou moins métamorphisées, déformées et transportées à
partir du Crétacé supérieur par un phénomène d’obduction. Plus tard, à partir de 11 Ma, ces mêmes
éléments ont été à nouveau remodelés puis exhumés lors de plusieurs épisodes de plissement
contemporains de la formation des Alpes, donnant naissance aux reliefs actuels de la Corse
schisteuse, dite aussi « Corse alpine ».
Bien que d’altitude et de vigueur plus modestes que les montagnes de la Corse cristalline, cet
ensemble culminant au Monte San Pedrone (1767 m) n'en forme pas moins « un pays de relief
tourmenté, découpé par un réseau hydrographique très ramifié » (Rossi et al. 1994). Comme le note
Alain Gauthier, « les paysages constitués par les schistes et les ophiolites, s’ils sont moins célèbres
que ceux de la Corse granitique, n’en sont pas moins attachants » : « Vue de loin, en particulier des
sommets de la Corse occidentale, la Corse schisteuse est massive, formée de croupes lourdes, mais
les petites routes qui serpentent dans la Corse orientale révèlent un tout autre aspect. L’opposition
entre les schistes qui se débitent facilement et les ophiolites beaucoup plus résistantes, donne une
succession de reliefs aigus, de crêtes étroites, multipliant les vallées, localisant les villages sur des
éperons rocheux. Les schistes ont donné naissance à des sols épais supportant sur les longues
pentes la masse sombre des châtaigniers, alors que les roches vertes sont traversées en gorges
étroites et profondes par les rivières » (Gauthier, 1983).
(1) Coincée au nord-ouest de ce grand ensemble structural entre l’Agriate et le massif du Cap Corse,
la nappe du Nebbiu, autre système allochtone complexe, occupe la plus grande partie de
l’amphithéâtre de l’ensemble Nebbiu-Conca d’Oru, lové au pied du croissant du massif de Tenda.
Hormis la coquille d’huître formée par le calcaire d’âge miocène des Strette (formation sédimentaire,
voir paragraphe suivant), on y retrouve en majorité des roches détritiques telles que conglomérats et
grès, mais aussi et encore des lambeaux océaniques. Cette nappe, bien que grandement recouverte
d’alluvions anciennes formant un sol où ont pu se développer le vignoble de Patrimonio et un bocage
fertile, affleure en collines et promontoires qui compartimentent les coteaux et la plaine, en
individualisant quelques éperons des versants.
31
lacs, bourrelets linéaires ou en croissant des moraines, cornes effilées... Autre motif très
caractéristique de la Corse, celui des tafoni : ces cavités de tailles et de formes variables observables
depuis le bord de mer jusqu’en montagne sur de nombreux types de roches, résultent du lent travail
de creusement de la matière minérale sous l'effet conjugué du vent et de l'alternance de périodes
d'humidité et de sécheresse. Les tafoni qui ont servi parfois d'abris pour les hommes, contribuent à
l'originalité de nombreux paysages de l’île. Certains granites relativement friables, subissant une
altération progressive à partir de cassures de la roche, finissent par former des « boules », masses
arrondies enveloppées et enfouies sous les arènes produites par l'érosion ; lorsque ces sables sont
lessivés, ils peuvent mettre au jour de gigantesques empilements chaotiques, comme ceux
représentatifs des paysages du massif de Cagna. Sur des granites plus résistants, on peut observer la
formation de grandes dalles polies convexes qui se débitent en pelures d’oignon, et où le
ruissellement de l’eau laisse apparaître des bandes noires dans le sens de l’écoulement ; sur les
parois les plus raides et les plus massives se forment parfois des cannelures caractéristiques.
Allochtone, autochtone
Allochtone désigne ici des terrains déplacés d’un substratum à un autre par l’effet d’un processus
tectonique (nappe de charriage par exemple). Autochtone est un antonyme d’allochtone.
Amiante
Minéraux silicatés fibreux textiles, résistant au feu. En corse il s’agit souvent de serpentines. L’amiante
a été exploité dans le gisement de Canari (Cap Corse).
Arsenic
Corps proche des métaux. On le trouve souvent associé au nickel, au cobalt ou à l’argent dans les
filons sous la forme de minerais tels que l’arsénopyrite, le réalgar et l’orpiment.
Depuis l’âge du bronze et l’antiquité jusqu’à nos jours, l'arsenic a fait l'objet d'usages multiples : utilisé
en métallurgie pour améliorer la résistance et la dureté de certains métaux, il entre aussi dans la
fabrication de pigments, poisons, pesticides, et applications industrielles diverses (batteries, électricité,
électronique).
Batholite
Se dit d’un massif étendu de quelques kilomètres à plus de cent kilomètres, constitué de roches
magmatiques plutoniques et montrant sur une carte une section circulaire à elliptique.
Caldeira
Cratère géant de quelques km à quelques dizaines de km, à contour circulaire ou elliptique, ou encore
festonné s’il s’est constitué en plusieurs étapes. De tels cratères sont produits le plus souvent par
effondrement de la partie centrale des volcans, la chambre magmatique sous-jacente ayant été en
partie vidée par des éruptions.
Conglomérat
Roche sédimentaire détritique formée au moins pour moitié de débris de roches plus ou moins
grossiers (supérieurs à 2 mm et souvent centimétriques à décimétriques), liés par un ciment. Ces
32
conglomérats dus le plus souvent à l’érosion de roches préexistantes mises en relief, sont à ce titre
les témoins de phases orogéniques.
Faille
Cassure de terrain avec déplacement relatif des parties séparées (compartiments).
Ignimbrite
Du latin ignis, feu et imbris, pluie.
Roche formée par accumulation de débris de laves de type rhyolitiques soudés à chaud, à aspect de
ponce ou de lave un peu fluidale. Ces roches d’aspect massif proviennent d’éruptions explosives
catastrophiques (nuées ardentes) et peuvent couvrir très rapidement des surfaces de plusieurs
dizaines de milliers de km².
Magmatisme
Ensemble des phénomènes liés à la formation, aux déplacements et à la cristallisation des magmas.
Un magma étant un liquide constitué d'une roche fondue à haute température (au moins 600°C), qui
se retransforme en roche par solidification après refroidissement.
Marnes
Roches sédimentaires formées d’un mélange de calcaire et d’argile. Moins compactes que les
calcaires, elles ont souvent un aspect terreux.
Métamorphisme
Transformation d’une roche à l’état solide du fait d’une élévation de température et/ou de pression.
Dans les grandes chaînes plissées, le métamorphisme est responsable de la formation de schistes,
micaschistes et gneiss.
Ophiolite
Appelées aussi serpentines ou « roches vertes ». On parle également de cortège ou de série
ophiolitique. Ces termes désignent un ensemble complexe de roches magmatiques basiques à
ultrabasiques (péridotites, gabbros et basaltes en coussin (effusions sous-marines). Il représenterait
des portions de croûte océanique et du manteau supérieur d’anciens océans, qui auraient été
charriées sur de la croûte continentale.
Orogénie
Tout processus conduisant à la formation de reliefs.
Radiolarite
Roche sédimentaire siliceuse à radiolaires (protozoaires marins pélagiques à squelette siliceux),
colorée en général en rouge ou rouge violacé par des oxydes de fer. Ces roches constituent
fréquemment la couverture sédimentaire des ophiolites.
Rift
Il s’agit de fossés d’effondrement aux bords surélevés présentant une activité volcanique plus ou
moins forte. On les trouve en milieu océanique et continental. Ils sont directement liés à des zones
d’extension de plaques, et marquent généralement les stades précoces d’ouvertures océaniques ou
de séparation de plaques continentales.
Roches magmatiques
Roches résultant de la cristallisation d’un magma.
Lorsque la solidification se fait en profondeur au cours d’un refroidissement lent on parle de roche
plutonique montrant des cristaux bien formés, ou roche cristalline. C’est le cas par exemple des
granites.
Lorsque la solidification du liquide ou de la pâte (lave) se produit en surface (à l’air libre ou sous l’eau),
le refroidissement plus rapide ne laisse pas ou peu de temps à la formation de gros cristaux. On
obtient alors une roche vitreuse contenant de petits cristaux, dite aussi roche volcanique, extrusive ou
effusive. C’est le cas par exemple des basaltes et des rhyolites
33
Schistes lustrés
Ensembles métamorphiques composés principalement de calcschistes du faciès des schistes verts
et/ou des schistes bleus constituant, dans les Alpes, de grandes nappes issues du domaine interne
piémontais (Foucaud & Raoult, 2006).
On regroupe sous le nom de « schistes lustrés » des roches sédimentaires variées, associées
géométriquement à des ophiolites et inégalement transformées par les tectoniques et les
métamorphismes alpins. Ces formations sont constituées de roches vertes de nature ophiolitique ainsi
que de leur couverture sédimentaire, d'âge jurassique supérieur à crétacé (Loÿe-Pilot et al, 1994).
Tectonique
C'est l’ensemble des déformations ayant affecté des terrains géologiques postérieurement à leur
formation ; par extension, le terme désigne également les mécanismes d'acquisition de ces
déformations ainsi que leur étude.
Bibliographie
Arrighi J., Giorgetti F., Les roches ornementales de Corse. Editions Le Temps Retrouvé, 1991.
Gauthier A., Roches et paysages de la Corse. Parc Naturel Régional de Corse, 1983.
Gauthier et al., Structure et histoire géologique de la Corse in La Corse, une île-montagne au cœur de
la Méditerranée. Delachaux et Niestlé, 2002.
Gauthier A, Des roches, des paysages et des hommes. Géologie de la Corse. Albiana, 2006.
Loÿe-Pilot M. D., Lahondère J. C., Ferrandini J., Carte Géologique de la France 1/50000 - Cervione -
Notice explicative de la feuille, 1994.
Loÿe-Pilot M. D., Lahondère J. C., Rossi P., Carte Géologique de la France 1/50000 - Saint Florent -
Notice explicative de la feuille,1994.
Rossi P., Durand Delga M., Caron J. M., Guieu G., Conchon O., Libourel G., Loÿe-Pilot M. D., Carte
Géologique de la France 1/50000 - Corte - Notice explicative de la feuille, 1994.
Rossi P., Marre J., Cocherie A., Caballero Y., Carte Géologique de la France 1/50000 - Vico-Cargèse
- Notice explicative de la feuille ; 2010.
Marre J., Rossi P., Conchon O., Gauthier A., Carte Géologique de la France 1/50000 - Roccapina -
Notice explicative de la feuille, 1994.
34
* Déclaration internationale des droits de la mémoire de la Terre, adoptée lors du 1er symposium
international sur la protection du patrimoine géologique sous le patronage de l'UNESCO, à Digne en
1991.
35
III.3- Le substrat de la végétation
L'étage thermoméditerranéen
De 0 à 100 mètres, expositions sud et sud-ouest.
Comme son nom l’indique, il s’agit d’un étage de stations chaudes, protégées des vents froids
hivernaux et où les températures minimales descendent rarement sous les 5°C. Il est souvent réduit à
un liseré côtier, interrompu au débouché des grandes vallées (à cause des vents froids hivernaux qui
y circulent), se développant en mosaïque avec les milieux littoraux ou formant des ceintures
irrégulières entre les groupements littoraux et les maquis.
L'étage thermoméditerranéen se caractérise par des formations arbustives à feuillage persistant ou
perdant leur feuillage durant la période sèche, où dominent le lentisque, le genévrier de Phénicie, la
bruyère arborescente et l’arbousier. Dans les secteurs les plus exposés aux vents, cette végétation
forme un matorral dense sculpté par le vent et les embruns. Sur les sols les plus dégradés ou sur les
côtes rocheuses et les falaises, on trouve des groupements à euphorbe arborescente, aux couleurs
changeantes au fil des saisons, du vert tendre au rouge en passant par le jaune des floraisons. Les
sols sableux (en général les sables littoraux fixés et dunes) accueillent des fourrés et bois de
genévriers de Phénicie et/ou de genévriers à gros fruit. A l'arrière de certaines plages ont été
introduits le pin d’Alep (Saleccia) et le pin pignon (Palombaggia), mais aussi l'eucalyptus (sur la côte
orientale notamment), formant de beaux peuplements devenus indissociables du paysage de ces
sites. Ce n’est que sur le piale bonifacien que se développent des maquis et bois de chênes verts
thermophiles recolonisant d’anciennes cultures d’oliviers.
Les rives des cours d’eau intermittents présentent quant à elles une végétation de fourrés à gattilier,
parfois de lauriers roses (dans la région de Saint-Florent) et de tamaris.
Les milieux ouverts se caractérisent par des pelouses où dominent les espèces annuelles.
En raison de sa situation, cet étage, tout comme les milieux littoraux avec lesquels il s’imbrique, est
souvent fortement « perturbé ». En effet, la douceur du climat et la proximité de la mer en font un
espace privilégié pour l’installation de centres de villégiature balnéaires, de lotissements et d'un
habitat résidentiel secondaire diffus (rive sud du golfe d’Ajaccio, côtes entre Solenzara et Bonifacio,
golfe du Valincu). Par ailleurs, de nombreuses espèces introduites à vocation ornementale ont
tendance à s’y naturaliser (agaves, figuiers de barbarie, griffes de sorcière...).
L'étage mésoméditerranéen
Horizon inférieur : 0-400 m (exposition nord), 100-600 m (exposition sud).
Horizon supérieur : 400-700 m (exposition nord), 600-1000 m (exposition sud).
C’est l’étage dont la végétation occupe en Corse les superficies les plus importantes. Domaine par
excellence des maquis, il se déploie depuis le bord de mer jusqu’à près de 1000 mètres d'altitude aux
adrets dans son horizon supérieur. D'un point de vue climatique il se caractérise par des températures
relativement douces, et malgré la grande amplitude des précipitations qui peuvent varier de 500 à
1100 mm par an, par l'existence d'un creux pluviométrique estival de trois à quatre mois typique des
régimes de type méditerranéen. La végétation s'est adaptée à ces contraintes, et surtout à longue
période de sécheresse annuelle. Dans les zones les plus chaudes et/ou à sols peu développés, les
maquis et forêts sont ainsi composés d’arbres et arbustes sempervirents, montrant des adaptations
morphologiques telles que sclérophyllie ou microphyllie. Parmi les herbacées on note la présence de
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plantes grasses (Sedum), tandis que les espèces annuelles dominent dans les pelouses de cet étage.
Dans les milieux aux sols plus épais et plus humides, donc principalement à l’horizon supérieur, on
voit apparaître des arbres caducifoliés tels que le châtaignier et le chêne pubescent.
C’est certainement l’étage où l’occupation humaine a le plus durablement transformé, marqué et
façonné les paysages. En effet, ces espaces de piémonts et de moyenne montagne ont été très tôt
modelés par l’homme et ses activités : ouverture de milieux favorables aux cultures, exploitation du
bois, impacts du pastoralisme et des incendies... C’est aussi à ce niveau qu'ont été implantés la quasi-
totalité des villages de l’intérieur. Depuis la déprise agricole, la plupart des vestiges de ces paysages
d'autrefois – vergers d’oliviers, terrasses de cultures, paillers, murs de pierre sèche, charbonnières,
aires à blé (aghje), chemins…– disparaissent sous la couverture forestière (forêt de chêne vert
principalement) qui recolonise les pentes. Il faut se promener à pied sur les sentiers gardés ouverts
dans la végétation dense, pour redécouvrir tout ce petit patrimoine rural abandonné. Retournés à leur
évolution « naturelle », les versants ne sont plus guère perturbés que par les incendies qui laissent de
grandes cicatrices et des paysages désolés pour plusieurs décennies, quand ils ne sont pas
complètement dégradés. Seuls les fonds de vallées les plus amples et les plaines fertiles conservent
encore bien vivants des paysages agricoles ou bocagers (pâturages, vignes, vergers de fruitiers…),
néanmoins menacés par les expansions péri-urbaines et l’habitat résidentiel diffus qui les grignotent
quand ils sont proches de centres urbains (ensembles des plaines et piémonts, des plaines et des
vallées).
Les principales formations végétales de l'étage mésoméditerranéen sont les maquis à bruyères et
arbousier, composant un « paysage végétal sobre, parfois sévère, mais beau » (Collectif, 2002). Cette
végétation haute et dense semble avoir dominé la flore primitive de l’étage et c’est la main de
l’homme, en ouvrant les milieux (coupes, feux), qui a ensuite favorisé l’expansion des chênes. On
trouve divers stades de maquis mais c’est certainement cette formation qui couvre les plus vastes
superficies, au point que l’on peut souvent contempler des « mers de maquis ».
Les forêts de chêne vert (yeuseraies) se sont surtout bien développées là où la pression humaine ne
s’est pas exercée trop fortement au cours du dernier siècle (vallée du Fangu, vallée du Taravu) ; plus
généralement on les retrouve en mosaïque avec les maquis. De leur côté, les forêts de chêne liège
(suberaies), autrefois favorisées par l’homme pour la culture en vergers clairs (encore pratiquée dans
les plaines et piémonts du sud-est de l’île), sont cantonnées à l’horizon inférieur de l’étage et sur les
substrats meubles.
On rencontre encore à ce niveau de belles et importantes forêts de pin maritime, hélas menacées par
un ravageur, la cochenille du pin (Matsucoccus feytaudi, découvert en 1994), qui se répand lentement
et risque de décimer les peuplements à plus ou moins long terme. A l’horizon supérieur apparaissent
des bois de chêne pubescent qui profitent de la baisse de la pression anthropique pour regagner du
terrain sur les sols profonds bien conservés. Le châtaignier est le plus souvent localisé dans les
vallons frais près des villages, sauf en Castagniccia où il occupe des surfaces beaucoup plus
étendues.
Viennent ensuite toutes les formations de fruticées basses ou naines, résultant de la dégradation des
maquis et forêts par les incendies, ou s’installant dans les anciennes cultures et pâturages. Les cistes
et les nombreuses espèces d'arbustes nains aromatiques qui y abondent fournissent les composantes
les plus épicées du paysage olfactif de l’île. En outre, lavandes, romarins, genêts, stachys,
germandrées, immortelles, santolines, myrtes, etc., parent le maquis au printemps d’une vaste palette
colorée.
L'étage supraméditerranéen
700-1000 m (exposition nord).
1000-1300 m (exposition sud).
Matérialisé par une ceinture de végétation sur la frange inférieure des massifs d'altitude supérieure à
1000 mètres, cet étage se singularise sur le plan climatique par une augmentation des précipitations
par rapport aux étages inférieurs (800 à 1500 mm par an), des températures hivernales plus
rigoureuses et une saison sèche estivale plus courte. Cela se traduit par une forte progression des
bois et forêts où dominent les essences caducifoliées. Les ambiances sylvatiques y sont très
marquées et très diverses, avec en général une forte présence des espèces d’origine eurosibérienne.
On y trouve ainsi des taillis et futaies de chêne pubescent (en mélange avec le chêne sessile),
toutefois peu étendus, car en phase de recolonisation après quelque 2000 ans de contention par la
37
main de l'homme. On peut les observer entre autres dans la Castagniccia intérieure, le Giussani, le
haut Taravu, les vallées du Prunelli et du Fium’Orbu. Des châtaigneraies sont disséminées sur toute
l’île, à proximité des villages. Elles subsistent le plus souvent sous la forme de vergers, leur
exploitation économique ayant largement contribué au maintien voire à l’expansion de « l’arbre à
pain » de longs siècles durant. Le quasi abandon actuel de cette culture laisse la plupart des
châtaigniers sans soins ; alors que de nombreuses maladies les ont déjà affaiblis, parfois décimées, la
présence d'un nouveau ravageur – le cynips du châtaignier – vient d’être confirmée en Corse malgré
des mesures de prévention. Cependant en Castagniccia intérieure et sur les versants et piémonts de
Tavagna, Morianincu et Campuloru, là où la châtaigneraie a pris en Corse sa plus grande extension,
ces vergers délaissés se diversifient grâce à l’arrivée de l’aulne cordé et du charme-houblon. Ces
micro-régions possèdent encore de vraies forêts mixtes peu impactées par l’homme, où les
châtaigniers cohabitent avec les espèces citées plus haut et une riche strate arbustive de frênes,
tilleuls cordés, houx, et mêmes noisetiers (rares en Corse). La strate herbacée y est elle aussi très
riche, notamment en espèces d’affinités eurosibériennes.
Dans l’horizon supérieur, aux conditions beaucoup plus fraîches, on trouvera essentiellement, sur les
sols en général plus épais de la Corse dite alpine, des bois d’aulne cordé et des buxaies mixtes
(formations plus basses et plus ouvertes) présentant des cortèges similaires à celui de la
châtaigneraie mais où l’if et le houx peuvent être abondants. Ces derniers forment d’ailleurs dans le
Tenda des peuplements spécifiques résiduels, derniers représentants des anciennes formations
arborées du massif, désormais confinés aux reliefs d’accès difficile. A ce niveau supérieur on peut
aussi rencontrer ponctuellement les franges inférieures des hêtraies de l'étage montagnard,
généralement confinées dans des ravins assez humides.
Hormis ces peuplements caducifoliés, l'étage supraméditerranéen abrite également des forêts de
chêne vert, formant aux expositions ouest et sud et dans les secteurs à sols superficiels ou dégradés
une ceinture de transition entre les forêts mésoméditerranéennes et les hêtraies de l’étage supérieur
(entre 800 et 1100 md’altitude). Des forêts de pin laricio – souvent pionnières des milieux en phase de
fermeture – et de pin maritime – ce dernier à l’horizon inférieur – se développent parfois en mélange.
Les formations suivantes viennent compléter la végétation de l'étage :
- de remarquables peuplements relictuels de genévrier thurifère (ou genévrier porte-encens)
disséminés dans le Niolu et l’Ascu,
- des maquis à bruyères en général liés aux feux,
- des fruticées de recolonisation forestière où dominent les ronces, églantiers, aubépines, poiriers
sauvages et pruneliers ainsi que la fougère aigle,
- des fruticées naines à genêt en coussin (genêt de Salzmann) et immortelle d’Italie, en mosaïque sur
les sols les plus maigres et régulièrement pâturés, et quelques pelouses où dominent les herbacées
vivaces.
L'étage montagnard
Variante eurosibérienne : 1000-1600 m (exposition nord).
Variante méditerranéenne : 1300-1800 m (exposition sud).
Cet étage connaît des précipitations moyennes de 1300 à 2000 mm par an, fréquemment sous forme
de neige en hiver, et une saison sèche n’excédant pas un mois toutefois souvent atténuée par des
nébulosités. La rudesse des hivers exclut les arbres et arbustes sclérophylles. S'agissant des
groupements forestiers, l'étage se caractérise ainsi par la présence des hêtraies, sapinières et forêts
de pin laricio, puis des bosquets d’if et de houx.
Les peuplements forestiers sont exploités depuis longtemps par l’homme, et la gestion de sylviculture
actuelle favorise parfois des forêts mixtes où hêtres et laricio se mélangent ou forment des mosaïques
(forêt de Sant’Antone dans le haut Taravu par exemple), bien que le plus souvent la sélection se fasse
en faveur du laricio ; mais beaucoup de forêts ont été coupées afin de favoriser les milieux ouverts
propices au pâturage.
Les fruticées naines où dominent le genévrier nain, l’épine-vinette de l’Etna et le genêt faux lobel sont
bien présentes. Les pelouses d'altitude abritent des cortèges d’espèces essentiellement vivaces ;
elles se maintiennent généralement grâce au pâturage qui leur donne un aspect de gazon ras. Celles
installées sur les sols épais et humides, voire tourbeux, prennent l’aspect de pozzines (ou pozzi), ces
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joyaux paysagers des zones humides de la montagne corse – présents à ce niveau bien que plus
spécifiques de l’étage subalpin.
C’est à l’adret de l'étage montagnard que l’on trouve la plupart des bergeries, si typiques des
paysages de montagne de l’île avec leur maisonnettes de pierre sèche, leurs enclos et couloirs de
traite, ainsi que leurs casgile – ces petites constructions plus ou moins rondes, basses et au toit plat
en terre végétalisée qui servent à la maturation et conservation du fromage fabriqué pendant les
estives. Les activités pastorales ont grandement contribué à façonner, maintenir et même étendre les
fruticées de cet étage, dominées par les buissons bas, le plus souvent épineux et en coussinets,
adaptations efficaces tant contre le pâturage des troupeaux que contre la sécheresse.
Les hêtraies présentes dans tous les grands massifs de l’île, à l'exception de celui de Tenda (où elles
sont remplacées par des bosquets d’if et de houx) et des zones rhyolitiques (massif du Cintu), se
répartissent essentiellement aux ubacs et dans les fonds de vallons. Elles peuvent toutefois occuper
tout l’étage si le climat est très humide et nébuleux, comme c’est le cas dans le massif du San
Pedrone et sur le nord du plateau du Cuscionu. Le sapin, bien qu’occupant une niche écologique très
proche de celle du hêtre, montre une répartition plus restreinte et éparse car il semble préférer des
températures plus basses. Il se substitue au hêtre dans les secteurs les plus froids de l’étage. Mais on
trouve également des peuplements mixtes (hêtraies sapinières), et en absence du hêtre, le sapin peut
occuper tout l’espace comme sur le massif de Bavella et celui de Cagna.
Les forêts de pin laricio occupent quant à elles l’adret de l’étage, ainsi que les secteurs presque
dépourvus de sols ou dégradés où cet arbre joue alors un rôle de pionnier. Certains replats
alluvionnaires et reliefs peu accusés sont occupés par de superbes formations denses de laricio,
donnant une sensation de forêt cathédrale au sous-bois sombre. C’est cette capacité à occuper les
substrats rocailleux et surtout rocheux qui permet à l'espèce d’« habiller » les versants et falaises
rocheux les plus inaccessibles, formant un motif du paysage naturel si emblématique de la montagne
corse, avec ses individus énormes au fût droit et long, et le port en drapeau du houppier.
Le bouleau constitue un dernier élément forestier important à ces altitudes en Corse : aimant la
lumière, c’est un pionnier de recolonisation forestière, comme le laricio mais plus exigeant en
humidité, qui prépare le milieu pour les autres espèces arborées ayant besoin d’ombre pour se
développer, tels le hêtre ou le sapin. Dans les grands massifs forestiers (Valdu Niellu par exemple), le
bouleau peut ainsi occuper d’amples clairières ou d’anciennes pâtures abandonnées, enrichissant les
palettes des paysages forestiers par son feuillage léger aux tons vert tendre.
L'étage cryo-oroméditerranéen
1800-2200 m, exposition sud
Bien développé sur les adrets et crêtes des principaux massifs montagneux, c’est le pendant de
l’étage subalpin, qui occupe les zones d’ubac à peu près à la même tranche altitudinale. Cet étage se
caractérise par la disparition des espèces arborées et donc des milieux forestiers. Il nous plonge au
cœur même du type paysager du massif montagneux. C’est le domaine des fruticées naines qui
forment l’essentiel du paysage végétal, en mosaïque avec des pelouses vivaces mais rases et
souvent très écorchées, laissant apparaître le sol nu, arénacé et soumis à une forte érosion éolienne,
des éboulis et des affleurements rocheux.
La végétation de l'étage cryo-oroméditerranéen est soumise à de fortes rigueurs climatiques, avec
une période sèche inférieure à un mois et des précipitations qui tombent essentiellement sous forme
de neige. La fonte précoce du manteau neigeux expose les végétaux à de fortes températures dès la
fin du printemps puis à une intense insolation en été. Ces contraintes climatiques, auxquelles s’ajoute
l’absence de couverture arborée, entraînent un important assèchement des sols qui favorise les
espèces d’affinités méditerranéennes adaptées à la sécheresse, bien souvent épineuses et au port en
coussinets, avec plus de 40 % d’espèces endémiques.
L’influence directe de l’homme est bien moindre ici qu'aux autres niveaux, si ce n’est la présence de
quelques rares bergeries et surtout des troupeaux en estive qui entretiennent les maigres pelouses,
localisées fréquemment à proximité immédiate des crêtes. Les zones de reposoirs sont souvent
dénudées par le pâturage et le piétinement des troupeaux. Les fruticées de cet étage sont également
soumises à un pâturage intense multiséculaire qui a sans doute grandement contribué à façonner ces
milieux, favorisant localement l’érosion des sols et sélectionnant par refus les espèces épineuses.
Parmi les espèces les plus spécifiques, on trouve le genêt faux lobel, l’erba barona (thym corse),
l’anthyllide faux Hermannia, l’astragale du Gennargentu ainsi que l’épine-vinette de l’Etna et le
genévrier nain.
39
L'étage subalpin
1600-2100 m (exposition nord)
Cet étage s'étend aux ubacs et sur certains substrats humides et frais enclavés dans le niveau cryo-
oroméditerranéen, depuis le massif du Cintu jusqu’à celui de Bavella. On est ici au dessus des limites
forestières, sauf dans certains secteurs de l’horizon inférieur où l’on trouve encore des sapinières,
comme par exemple dans la vallée du Verghjellu ou dans le massif de Bavella où elles occupent de
grandes surfaces.
Dans cette strate aux hivers rigoureux, la plupart des précipitations se font sous forme de neige entre
novembre et mai avec un creux estival d’un mois environ, fortement atténué par de fréquentes
nébulosités et un faible ensoleillement. Ce dernier entraîne une fusion lente du couvert neigeux
alimentant régulièrement en eau le sol et les végétaux. Dans de telles conditions de fraîcheur, l'une
des formations dominantes, présente sur de grandes étendues, est l’aulnaie odorante avec son
espèce éponyme : l’aulne odorant, essence caractéristique du paysage végétal de la haute montagne
corse, par son odeur autant que par ses couleurs qui soulignent les ubacs de larges taches vert
sombre en été. Ramifié dès la base et dépourvu d'un vrai tronc, cet arbuste est doté de branches et
de rameaux très flexibles – une adaptation lui permettant de supporter le poids de la neige sans
casser – qui s’entremêlent pour créer des fourrés denses, d’accès peu aisé et qu’il vaut mieux éviter
de traverser. Au dessus de l’aulnaie, on trouve quelques petites essences arborées agrémentant cette
formation, tel que le sorbier des oiseleurs avec ses troncs couleur rouille parfois tortueux, sa belle
floraison blanche et parfumée, et surtout ses grappes écarlates saupoudrant le paysage dès la fin de
l’été. L’érable sycomore et dans une moindre mesure le bouleau comptent parmi les autres essences
de la strate arborée. Dans les clairières de l’aulnaie ou en mosaïque se développent des fruticées à
genévrier nain ainsi que des pelouses vivaces, d’aspect ras, riches en espèces endémiques dont la
benoîte des montagnes, la sagine corso-sarde, le plantain corso-sarde, l’euphrasie naine, le nard et
d’autres graminées et luzules présentes en abondance.
En marge des aulnaies ou bien dans les couloirs et ravins frais, l'étage subalpin abrite des
groupements à hautes herbes : les mégaphorbiaies, caractérisées par leur grand feuillage et leurs
fleurs voyantes où l’on trouve fréquemment la valériane à feuilles rondes, l’adénostyle de Briquet,
l’impératoire, quelques luzules et la myrtille.
Enfin, des pelouses humides, les pozzines, véritables tourbières d’altitude propres à la Corse,
composent des ensembles remarquables. Leur couleur profondément verte qui tranche en été sur les
paysages environnants, et l’impression de fraîcheur qui s’en dégage, donnent à ces pelouses
régulièrement broutées par le bétail (bovins et équins surtout) l’aspect d’un gazon bien entretenu.
« Lorsque à cela s’ajoute la présence de nombreux trous d’eau (pozzi), aux formes particulièrement
harmonieuses, on a l’impression de contempler là l’œuvre d’un paysagiste génial » (Gamisans, 1999).
Outre leur esthétique intrinsèque, ces pozzines sont les témoins d’une évolution géodynamique des
montagnes corses depuis la fonte des glaciers qui l’occupaient il y a 12 000 ans : les vallées, cirques
ou cuvettes creusés par les formations glaciaires ont ensuite abrité des lacs qui par comblement
sédimentaire progressif, se sont lentement transformés en tourbières. Tous les stades d'évolution
lacustre y sont représentés. Les pozzines marquent singulièrement les paysages naturels de la
montagne insulaire et constituent un attrait touristique indéniable, comme en témoigne la très forte
fréquentation estivale de certains sites comme les pozzi du Renosu ou le lac de Ninu.
L'étage alpin
2100 (2200)-2700 m
Cet étage occupe la dernière tranche altitudinale des plus hautes montagnes de l’île : les massifs du
Cintu, du Ritondu-Monte d'Oru et plus marginalement celui du Renosu. D’un point de vue climatique, il
est très proche du subalpin, avec toutefois des températures moyennes annuelles plus faibles,
proches ou inférieures à 0°C, et des écarts journaliers très importants. Là aussi, le creux estival des
précipitations, d'une durée moyenne d'un mois, est grandement compensé par les fréquents
brouillards qui baignent les sommets à partir de la mi journée, et par l’eau provenant de la fonte
progressive du manteau neigeux qui peut persister par endroits jusqu’au début du mois de juillet. A
ces conditions climatiques s'ajoutent des vents fréquents et violents ainsi que de fortes insolations.
En dehors de la période allant de la fin de l’automne au printemps, où le manteau neigeux recouvre
les sols, les paysages très sauvages de cet étage sont marqués par la présence éparse d'une maigre
40
végétation herbacée. Il ne pousse plus ici aucun arbuste. Les sols rachitiques se résument à des
sables grossiers et graviers, et le substrat est constamment visible, sous forme de falaises et de
parois rocheuses, ou d’éboulis et de pierriers anguleux aux sonorités métalliques. Sur ces hauteurs on
a souvent la sensation d’être dans un désert d’altitude : cette ambiance de désert minéral est
particulièrement sensible là où les conditions sont les plus sévères, c'est-à-dire au niveau des adrets
et des crêtes, où les arènes et pierriers dominent sur les petites taches éparses des pelouses. C’est
pourtant là que l'on trouve le plus grand nombre d’espèces endémiques de l’étage, tels que le
calament corse, la marguerite tomenteuse, l’erba muvrella ou l’erba di u Babbu. La végétation d’ubac,
bénéficiant d’une plus longue persistance de la neige – jouant ici un rôle protecteur pour les
végétaux –, se singularise quant à elle par la présence de pelouses vivaces rases à fort
recouvrement, même si les surfaces occupées restent réduites.
Mis à part les timides mouflons, seuls des troupeaux de chèvres ou de brebis et quelques
randonneurs ou montagnards en quête de sommets à conquérir fréquentent en été les pelouses
d'altitude les plus accessibles.
41
- une végétation submergée et flottante à lentilles d’eau, potamots, nénuphars et certaines renoncules
aquatiques ;
- des roselières parfois luxuriantes, dépassant souvent les trois mètres de hauteur, où poussent en
association avec le roseau différentes espèces telles que des scirpes, des iris, la massette, la grande
salicaire ou la guimauve officinale ;
- puis souvent en transition avant la terre ferme, des groupements à grandes herbes.
Dans les sols très humides ou marécageux de basse altitude, se développent des aulnaies
marécageuses, des aulnaies d’embouchures et plus rarement (essentiellement sur la plaine orientale)
des peuplements de chêne pédonculé sur alluvions bien hydromorphes. Des ormaies relictuelles
subsistent parfois dans les espaces agricoles adjacents aux aulnaies, fortement dégradés et
fréquentés par le bétail.
Les rives des fleuves et cours d’eau sont souvent propices à la formation de ripisylves qui soulignent
admirablement les fonds de vallées ou de vallons d’un ruban forestier. Le plus souvent il s’agit
d’aulnaies où dominent l’aulne glutineux et quelques espèces de saules, mais l’on trouve également
des ripisylves à frêne et peuplier au niveau de la plaine orientale et dans le Cap Corse. Des saulaies
pionnières peuvent s’installer sur des alluvions grossières et instables (galets, cailloux) régulièrement
remaniées par les crues. De l’étage montagnard supérieur jusqu’à l’étage alpin, les essences
arborées sont absentes mais l'aulne odorant peut participer des groupements végétaux qui bordent
les torrents ou les sources.
Sur les rives des étangs et marais salés ou saumâtres, les sols présentent généralement des teneurs
en sel non négligeables. Aussi sont-ils colonisés par des cortèges d’espèces dites hygrohalophiles,
dont la plupart sont des plantes succulentes, notamment les salicornes et limonium. Divers
groupements se succèdent en fonction de la durée d’inondation et des concentrations en sel :
groupements à salicornes annuelles, salicornes rampantes ou arbustives, groupements de prés salés
où dominent les joncs et graminées. La plupart de ces formations animent le paysage par la variation
de leurs couleurs au fil des saisons ; la période la plus spectaculaire étant l'automne où les tapis de
salicornes prennent des teintes qui vont du roux à l'orangé en passant par le rouge vif.
Références :
L’aspect de la végétation et des milieux naturels ayant été très bien traité dans les ouvrages suivants,
dont les lignes qui précèdent s'inspirent largement, nous recommandons vivement leur consultation
pour de plus amples informations.
Gamisans J., La Végétation de la Corse. Edisud, 1999
Gamisans J., Le Paysage végétal de la Corse. Albiana, 2010.
Collectif, La Corse. Une île-montagne au cœur de la Méditerranée. Delachaux et Niestlé, 2002.
42
43
44
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III.4- Le substrat du bâti et des réseaux
Considérons cet élément minuscule qui ne constitue qu’un point à l’échelle du maillage paysager : le
village, lieu de sociabilité à partir duquel se structure la représentation d’un monde autour de
l’habitant. En Corse, comme partout ailleurs, l’homme découpe et ordonne l’espace, l’occupe sans le
modeler et la langue, qui renvoie au « mot-motif » encore utilisé, contribue à donner sens à une
réalité.
L’espace traditionnel de vie communautaire sur l’île a pour centre le village situé dans la montagne. Il
se structure de manière concentrique, autour de la maison (a casa), du groupement des maisons (u
paese), des jardins et terres cultivées (u circulu). On trouve ensuite a campagna (les terres non
cultivées) jusqu’aux limites des terres communales (a confine). Le village n’est pas seulement un
agrégat de maisons, mais possède son autonomie et ses équipements propres : fontaine, école,
chapelle, commerces et café.
Le besoin d’investir l’ensemble du paysage visible se manifeste jusqu’aux limites de « l’ailleurs ». Tout
lieu est identifié, réellement ou symboliquement, en référence à une pratique, ou par le biais de
métaphores qui renvoient à l’imaginaire. Ainsi, même les territoires que constituent a campagna (les
espaces non cultivés encore naturels) et a confine (les zones de confins), au-delà de l’aire d’influence
du village, sont porteurs de sens. En ces lieux, seuls les hommes s’aventurent car c’est le lieu des
mazzeri, mortuloni, streie, esprits, revenants et sorcières. L’espace est ainsi pensé sous toutes ses
formes et dans tous ses aspects. Il est signifié jusqu’aux limites des vallées, depuis la cime des
montagnes jusqu’au bord de mer, comme configuré sur la carte de a spalla. Et c’est la topographie de
l’île qui permet sans doute cette perception du sentiment d’étendue. On trouve ainsi des mots qui
traduisent la vision entière de l’œil : « a visa d’ochju » (à vue d’œil), « da alture » (d’en haut), « a
sbalura » (la vue porte souvent très loin). Mais aucune valeur esthétique n’est portée sur ces
paysages, de l’ordre du « beau panorama ».
On observe aussi la perception persistante d’une morphologie du territoire, celle que traduit le relief.
Un grand nombre de qualificatifs témoignent des accidents de terrains : « elpa » (falaise, paroi
rocheuse), « calanca » (masse rocheuse abrupte), « cavone » (espace escarpé), « pinzuta »
(rochers), « tieghja », (pierres), etc., en ce que la montagne est riche en aspérités, et peu de
qualificatifs pour nommer le plat, la plaine, le littoral (a piaghja). Dès que l’on doit situer un lieu, c’est
toujours en référence entre les deux points extrêmes que constituent la mer et la montagne. On
énonce ainsi : « Chidazzu hè più piaghja cà muntagna » (Chidazzu est plus en bord de mer qu’en
montagne) ; « più muntagna » (plus montagne) ; ammuntagnà (monte à l’estive) ; impiaghjà (se rendre
sur les basses terres)…
La perception du paysage du territoire de la vallée est entière, au-delà de l’espace pratiqué mais
toujours fragmentaire et particularisée. Et c’est à partir de la reconnaissance de chaque élément,
fragment lui-même d’un territoire plus vaste, et du jeu de renvoi de l’un à l’autre, que se met en place
la carte sensible du territoire. La représentation de l’espace local est ainsi constituée de fragments.
Peu importe la valeur des images qu’on lui attribue, cet espace structure le monde sensible sans
lequel la représentation de l’île ne pourrait exister.
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