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L'Âge Industriel en France: Thème 1

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L'Âge Industriel en France: Thème 1

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THÈME 1

L’ÂGE INDUSTRIEL
EN FRANCE
1. Quelles sont les révolutions techniques
du XIXe siècle ? ................................................................ p. 8
2. Quel nouveau monde nait au XIXe siècle ? .............. p. 17
3. Comment les campagnes se sont-elles
transformées au XIXe siècle ? ........................................ p. 26
4. Comment vivaient les bourgeois au XIXe siècle ? .... p. 33
5. Comment vivaient les ouvriers au XIXe siècle ? ....... p. 41
6. Pourquoi les enfants travaillaient-ils
dans l’industrie au XIXe siècle ? ................................... p. 48
7. Pourquoi les ouvriers
[Comprendre le monde] Histoire CM2 © Éditions Retz

se révoltent-ils au XIXe siècle ? ...................................... p. 57


8. Comment se passe la domination
du monde par l’Europe au XIXe siècle ? ....................... p. 65
Dossier interdisciplinaire :
industrialisation et architecture................................... p. 73

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SÉANCE 6
Pourquoi les enfants travaillaient-ils
dans l’industrie au XIXe siècle ?

L’ESSENTIEL À SAVOIR POUR L’ENSEIGNANT

Au sein de la question ouvrière qui émerge au contremaitres violents qui frappent, menacent,
XIXe siècle avec l’industrialisation, et que nous ou fouettent les enfants pour qu’ils tiennent les
verrons plus en détail séance suivante, le travail cadences sont très nombreux.
des enfants occupe une place à part.
LES REVENUS APPORTÉS
DES CHAMPS À L’ATELIER, PAR LES ENFANTS
À L’USINE OU À LA MINE Au début du XIXe siècle, le temps de travail était
D’abord parce qu’il est en quelque sorte la le même pour les adultes et les enfants. Leur
continuité du travail des champs que faisaient nécessité économique est telle que dans la
les enfants dans l’Ancien Régime. Dans un seconde partie du XIXe siècle, en France comme
monde sans école, les enfants (parfois très en Belgique, les enfants représentent parfois
jeunes, dès 4 ou 5 ans) constituent une force près de 20 % de la main-d’œuvre globale. Si
de travail d’appoint non négligeable, canton- les enfants sont une main-d’œuvre très avan-
nés à des tâches subalternes mais souvent tageuse pour les entreprises, ils sont aussi une
essentielles. Issus du monde rural et de l’exode source de revenu importante pour les parents
rural, le monde ouvrier et les schémas mentaux pour lesquels le salaire des enfants est très sou-
de toute la société perpétuent le travail des vent un moyen d’augmenter un budget familial
enfants. Accompagnant à l’usine ou à l’atelier très limité. Certains parents tentent de sous-
leurs parents qui ne peuvent pas les faire gar- traire leurs enfants en bas âge du travail (c’est
der, les enfants trouvent vite une place dans le cas des Maheut, dans Germinal de Zola, dont
l’économie industrielle. Leur petite taille, leur les deux derniers enfants restent avec la mère),
souplesse et leur agilité, mais aussi la finesse mais ce n’est pas toujours possible financière-
de leurs doigts et leur capacité à se mettre sous ment.
les machines les rendent importants dans l’in-
dustrie textile en pleine mécanisation comme UNE SITUATION DÉNONCÉE
dans les mines et les industries nouvelles. Dans PAR DES INTELLECTUELS
les mines, les enfants peuvent circuler dans des
La prise de conscience de la situation faite aux
galeries très étroites et pousser les charriots de
enfants dans les entreprises vient du courant
charbon et de fer. La main-d’œuvre enfantine a
hygiéniste : les médecins, souvent à la pointe
également l’intérêt de pouvoir être menée à la
de la modernité de la société européenne de
baguette, et l’expression n’est pas une image.
l’époque, dénoncent les conditions de travail et
Les témoignages sur les patrons sadiques, les
d’existence des enfants des milieux ouvriers. En
1840, les deux rapports rédigés par le docteur
Les historiens estiment qu’en Angleterre, Villermé (Tableau de l’état physique et moral
pays à la pointe de l’industrialisation, en des ouvriers employés dans les manufactures de
1850, la moitié des effectifs de l’industrie coton, de laine et de soie) et l’économiste Dupin
textile est enfantine. Les enfants présentent (Du travail des enfants qu’emploient les ateliers,
l’immense intérêt pour les entrepreneurs les usines et les manufactures) sont l’expres-
et patrons d’usines d’être corvéables à bas sion de toute une frange cultivée et humaniste
prix. On ne rémunère pas à la même hauteur de la bourgeoisie intellectuelle et savante qui
un enfant et son père. s’émeut de la condition des enfants. Ce sont

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Le travail des enfants • SÉANCE 6

eux qui, partout dans les pays en voie d’indus- Alphonse Daudet ou Jules Vallès) amplifieront
trialisation, vont tirer la sonnette d’alarme pour le mouvement vers une reconnaissance de la
dénoncer la condition terrible faite aux enfants cause des enfants dans la seconde partie du
ouvriers. Plus tard, un autre économiste, Karl XIXe siècle.
Marx, et des poètes (comme Victor Hugo,

P Chronologie
1801
Interdiction du travail des enfants de moins
de 8 ans en Angleterre

1813
Décret impérial interdisant le travail des enfants
de moins de 10 ans dans les mines

1840
Rapports du sénateur Charles Dupin
et du docteur Villermé sur la vie ouvrière
et le travail des enfants

1841
Première loi en France interdisant le travail
des enfants de moins de 8 ans et limitant à
12 heures par jour celui des enfants de 8 à 16 ans

1851
Durée de travail quotidien limitée à 10 heures
pour les moins de 14 ans, et à 12 heures entre
14 et 16 ans

1874
Interdiction en France du travail des enfants
de moins de 13 ans

1892
Loi du 2 novembre 1892 qui fixe la durée
maximum de travail à 10 heures quotidiennes
à 13 ans, à 60 heures hebdomadaires entre
16 et 18 ans
Rapport du docteur Villermé qui aboutira à la loi de
1841.

DÉROULEMENT DE LA SÉANCE

L’objectif de cette séance est de montrer non seulement en quoi consistait le travail des enfants
dans l’industrialisation de l’Europe de l’Ouest au XIXe siècle, mais aussi les fonctions qu’il recou-
vrait – économiques, industrielles et sociales. Il est important d’avoir à l’esprit que cette séance
prépare le travail qui sera fait sur la naissance de l’école à la fin du XIXe siècle, et notamment l’obli-
gation scolaire décidée par la IIIe République. Ce que condamnent Villermé comme Hugo, outre
les conditions de travail terribles et la dangerosité des tâches, c’est qu’en travaillant à l’usine, les
enfants ne vont pas à l’école. La conscience publique d’une enfance qui ne peut s’épanouir en
raison du travail précoce date de cette période précise.

Rappeler brièvement ce qui a été vu lors de la séance précédente :


La vie ouvrière au XIXe siècle est très difficile et précaire.

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Découvrir ce qu’était le travail
ÉTAPE 1 des enfants au xixe siècle

DURÉE 30 minutes
ORGANISATION collective
MATÉRIEL • la fiche document
• les documents de la fiche pour vidéoprojection

«N
1) ÉCOUTER L’INTRODUCTION RACONTÉE PAR L’ENSEIGNANT.

ous allons travailler aujourd’hui sur un aspect particulier de l’industrialisation :


le travail des enfants dans les mines et dans les usines.
On se souvient que des usines sont créées et que la population paysanne a ten-
dance à quitter les terres de la campagne pour rejoindre ces nouvelles entreprises.
Dans les usines et dans les mines de charbon, les enfants, filles et garçons (parfois très jeunes,
dès 4 ou 5 ans) vont être embauchés.
Pour réfléchir à cela et travailler cette question, nous disposons de quelques documents
qui ont tous un lien les uns avec les autres.
Nous devons nous poser deux questions :
– Que faisaient les enfants dans les usines et les mines ?
– Pourquoi les faisait-on travailler ?
C’est ce que nous allons voir tout de suite.
«
2) LIRE LES DOCUMENTS POUR EXPLIQUER.
Étudier collectivement les documents un par un et faire émerger les idées essentielles.
Il s’agit de mettre les élèves en activité afin de leur faire percevoir les liens qui existent entre
chaque document.

PRÉSENTATION DES DOCUMENTS POUR L’ENSEIGNANT

Document 1 • Le travail dans les mines


Ce document iconographique et le
texte associé présentent la réalité de ce
qu’était le travail des enfants dans les
mines. Ils décrivent leurs rôles, nombreux
et souvent importants. L’image montre la
pénibilité du travail (pousser des wagon-
nets dans des galeries étroites) et l’inté-
rêt qu’avaient les compagnies minières à utiliser cette main-d’œuvre enfantine : les plus jeunes
peuvent, par leur taille, se faufiler dans les galeries étroites et ont ainsi un rôle fondamental
dans l’économie du travail sous la terre. Faire remarquer que les enfants sont à peine vêtus (la
température est très élevée dans les mines) et à peine chaussés, alors que le travail était très
dangereux et comportait énormément de risques. Souvent, les corps se retrouvaient écrasés par
les wagons lourdement chargés, les amputations étaient nombreuses. Plus le siècle avance, plus
les tâches les plus dures sont interdites aux enfants les plus jeunes.

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Le travail des enfants • SÉANCE 6

Document 2 • Extrait du rapport du docteur Villermé sur le travail des enfants


dans l’industrie textile
Cet extrait de texte est issu du rapport du docteur Villermé : Tableau de l’état physique et moral
des ouvriers employés dans les manufactures de coton, de laine et de soie. Ce texte est une des-
cription très complète des industries textiles de cette époque. Villermé est un médecin reconnu
au début du XIXe siècle, spécialiste de l’épidémie de choléra de 1831. Il avait aussi rédigé un
rapport en 1826 sur la mortalité dans les quartiers riches et pauvres et montrait, à cette occa-
sion, qu’en fonction de son niveau de vie, on mourait plus ou moins jeune. Quand il décide de
s’occuper de la misère ouvrière, il découvre l’invraisemblable exploitation des jeunes enfants
dans les mines, mais aussi dans les industries textile et sidérurgique en France. Son rapport est
une véritable dénonciation des conditions d’existence de ces enfants soumis à l’exploitation
des patrons sans scrupule. Il y décrit minutieusement les conditions de travail, et notamment
celui des enfants chargés de ramasser sous les machines les restes de textile, de dénouer les
fils emmêlés à l’intérieur des métiers à tisser, etc. Faire ressortir l’âge mentionné des enfants
(6-8 ans), la durée du temps de travail (13 heures par jour) et de déplacement du logement à
l’usine (3 à 4 heures). Faire remarquer que les loisirs n’existent pas, ne peuvent pas même trou-
ver une place dans une journée entière consacrée à l’usine et au travail.
Document 3 • Extraits de la loi du 28 mars 1841 sur le travail des enfants
Parmi les acquis des premiers rapports publiés sur la condition ouvrière, et notamment celle
des enfants au travail, le pouvoir de l’époque (le roi Louis-Philippe, que nous retrouverons
séance 10) décide de promulguer une loi limitant les pouvoirs des patrons d’usines et de com-
pagnies minières, en les obligeant à respecter un semblant de cadre concernant le temps de
travail des enfants et l’âge minimum. Bien insister sur le fait que c’est un premier pas, que cette
loi a été faite pour ménager non seulement les considérations de santé physique dénoncées par
l’académie de médecine grâce à Villermé, mais aussi les nécessités du travail des enfants pour
les employeurs et certaines familles. Faire remarquer que si une loi est votée en 1841, limitant de
cette façon le temps de travail (déjà considérable !), cela signifie qu’avant cette loi, on pouvait
faire travailler les enfants la nuit, sans limite horaire, etc. Faire ainsi réfléchir à ce que le texte de
loi ne dit pas mais qu’il révèle sur la situation des enfants au travail avant la loi.
Document 4 • Extrait d’une lettre de l’instituteur d’Omerville
Le texte de l’instituteur d’Omerville témoigne de ce que, dans les faits, la loi de 1841 n’est presque
jamais appliquée. Faute d’un corps d’inspecteurs du travail, tel qu’il se développera à la toute fin
du XIXe siècle (1890-1910), les patrons continuent, en toute impunité, à faire travailler les enfants.
Les chefs d’entreprise résistent énormément, mais aussi les parents eux-mêmes, contraints
d’avoir recours au salaire de leurs enfants pour tenir un budget ouvrier très contraint. Au déses-
poir des instituteurs des écoles communales où existe un enseignement primaire. Il est bon
d’avoir à l’esprit qu’avant 1881 (lois Ferry), l’école n’est pas obligatoire et n’existe pas dans tous
les villages de France. C’est en revanche ce genre de constat qui poussera les Républicains à
demander des mesures pour une scolarisation massive des enfants, afin de les soustraire au
travail trop précoce. L’information essentielle à faire ressortir réside dans le fait que les patrons
d’usines et d’entreprises méprisent la loi au point de ne pas s’y conformer.
Document 5 • Budget d’une famille ouvrière dans le nord de la France au milieu
du XIXe siècle
Avec ce budget ouvrier, ce qui doit retenir notre attention, c’est le rôle de l’appoint financier du
travail des enfants. S’ils ne travaillent pas, les conditions d’existence deviennent plus que pré-
caires et obligent soit à avoir recours à la charité publique des institutions religieuses souvent,
soit à se priver de certaines choses. Or, tout, dans ce budget, relève de l’obligatoire. Noter la
place très faible de la viande (incluse dans la rubrique « autres »). Souvent, il s’agit de restes
de découpe de boucher, ou même du gras jeté à la poubelle (c’est le cas des gratons lyonnais,
aujourd’hui spécialité très recherchée et à la mode, mais à l’époque, une friture des ouvriers de la
soie lyonnais – les canuts – obligés d’aller le soir sur les quais du Rhône et de la Saône récupérer
les bouts de gras jetés par les restaurants ou les boucheries).

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Expliquer la situation
ÉTAPE 2 dans les familles ouvrières

DURÉE 30 minutes
ORGANISATION individuelle
MATÉRIEL • la fiche activité

1) LECTURE COLLECTIVE rapide des consignes.


2) TRAVAIL INDIVIDUEL sur la fiche.
3) CORRECTION COLLECTIVE rapide. Les travaux seront ensuite corrigés individuellement
par l’enseignant.
Corrigé dans le DVD-Rom

PROLONGEMENT INTERDISCIPLINAIRE POÉSIE, HISTOIRE LITTÉRAIRE ET HISTOIRE


DURÉE 10 minutes
ORGANISATION collective
MATÉRIEL • un extrait du poème de Victor Hugo : Melancholia
• enregistrement audio du poème

Lire collectivement, à haute voix, le poème de Victor Hugo. Suite à cette séance, il peut aussi être
donné à lire comme lecture à la maison.

Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?


Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?
Ces filles de huit ans qu’on voit cheminer seules ?
Ils s’en vont travailler quinze heures sous des meules ;
Ils vont, de l’aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison le même mouvement.
Accroupis sous les dents d’une machine sombre,
Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l’ombre,
Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,
Ils travaillent. Tout est d’airain, tout est de fer.
Jamais on ne s’arrête et jamais on ne joue.
Aussi quelle pâleur ! la cendre est sur leur joue.
Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las.
Ils ne comprennent rien à leur destin, hélas !
Ils semblent dire à Dieu : « Petits comme nous sommes,
Notre père, voyez ce que nous font les hommes ! »
Ô servitude infâme imposée à l’enfant ! (…)
Travail mauvais qui prend l’âge tendre en sa serre,
Qui produit la richesse en créant la misère,
Qui se sert d’un enfant ainsi que d’un outil !
Progrès dont on demande : « Où va-t-il ? que veut-il ? »
Qui brise la jeunesse en fleur ! qui donne, en somme,
Une âme à la machine et la retire à l’homme !
Que ce travail, haï des mères, soit maudit !
Victor Hugo, Les Contemplations, Livre III

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Le travail des enfants • SÉANCE 6

Demander aux élèves pourquoi le poète Victor Hugo a écrit ce poème : volonté de dénoncer la
situation des enfants ; sentiment d’injustice devant la misère et les conditions de leur existence.
Le relire éventuellement. Demander à l’oral de relever les mots qui décrivent la souffrance des
enfants. Et demander aux élèves les éléments qu’ils retrouvent de ce qui a été vu pendant la
séance.

Qu’avons-nous appris sur le travail


ÉTAPE 3 des enfants au xixe siècle ?

DURÉE 5 minutes
ORGANISATION collective

Collectivement, faire rassembler les idées de la séance pour synthétiser ce qui a été compris.

Exemple :
Au XIXe siècle, les enfants travaillent dans les mines et les usines. Ils font des activités que
les adultes ont du mal à faire. Ils travaillent beaucoup et durement.
Progressivement, des personnes condamnent le travail des enfants et des lois sont prises
pour le limiter. Mais les patrons résistent et les familles ont souvent besoin de ce salaire
supplémentaire pour vivre.

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[FICHE DOCUMENT]
6. Le travail des enfants

Pourquoi les enfants travaillaient-ils


dans l’industrie au XIXe siècle ?

Document 1 • Travail dans les mines

Ils approchent les bois (de soutènement) qui, vu l’exigüité des ateliers, sont de petites dimen-
sions. Ils écartent des charbons les fragments de schistes et de rochers, et rangent les remblais.
Ils graissent les chariots. Ils font les commissions de toute nature pour les mineurs, vont chercher
des outils, des cartouches, de l’eau. Enfin ils servent de portiers, c’est-à-dire ouvrent et ferment les
portes d’aérage. Au-delà de quatorze ans, ils participent au roulage, c’est-à-dire poussent, à deux,
les chariots de 4 à 5 hectolitres sur les voies de fer.
Bulletin de la Société protectrice des apprentis, Paris, 1868

Document 2 • Extrait du rapport du docteur Villermé sur le travail des enfants dans l’industrie textile

Ils restent 16 à 17 heures debout, dont 13 au moins dans une pièce


fermée, sans presque changer de place ni d’attitude. Ce n’est plus
là un vrai travail, une tâche. C’est une torture, et on l’inflige à des
enfants de 6 à 8 ans, mal nourris, mal vêtus, obligés de parcourir dès
5 heures du matin la longue distance qui les sépare de leur atelier,
et qu’achève d’épuiser, le soir, leur retour de ces mêmes ateliers.
Tableau de l’état physique et moral des ouvriers employés
dans les manufactures de coton, de laine et de soie, 1840

Document 3 • Extraits de la loi du 28 mars 1841 sur le travail des enfants


[Comprendre le monde] Histoire CM2 © Éditions Retz

Article 2. Les enfants devront, pour être admis, avoir au moins 8 ans. De 8 à 12 ans,
ils ne pourront être employés au travail effectif plus de huit heures sur vingt-quatre,
divisées par un repos. De 12 à 16 ans, ils ne pourront être employés au travail effectif
plus de douze heures sur vingt-quatre, divisées par des repos. Ce travail ne pourra
avoir lieu que de 5 heures du matin à 9 heures du soir. […]
Article 3. […] Tout travail de nuit est interdit pour les enfants au-dessous de 13 ans. […]

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[FICHE DOCUMENT (suite)]
6. Le travail des enfants

Document 4 • Extrait d’une lettre de l’instituteur d’Omerville

Omerville, le 10 octobre 1843


Monsieur le sous-préfet,
Depuis quatorze ans que j’exerce la profession d’instituteur
dans la commune d’Omerville, j’ai toujours vu la fabrique de
M. Provost (…) enlever les enfants de la commune d’Omerville au
travail et par là, la plupart sont privés d’instruction, attendu qu’ils
ne fréquentent aucune école. Lorsque j’ai vu la loi du 28 mars
1841, concernant le travail des enfants dans les fabriques, j’étais
l’homme le plus content ; mais aujourd’hui je suis désespéré en
voyant qu’elle n’est nullement exécutée ; au contraire, les enfants y
sont reçus encore plus jeunes et travaillent seize heures par jour et
n’ont qu’une heure un quart pour faire deux repas.
C’est pourquoi, monsieur le sous-préfet, je m’adresse à vous
afin que vous ayez la bonté de faire cesser cette infraction de loi
puisqu’aucun article de cette loi n’est observé.

Document 5 • Budget d’une famille ouvrière dans le nord de la France au milieu du XIXe siècle

Père : 220 francs

Salaire en un an d’une famille 300 francs Mère : 30 francs

3 enfants (6, 8, 10 ans) : 50 francs

Salaire de la famille sans les enfants ...................

Dépenses en un an de cette famille ouvrière :

Pain : 150 francs


Alimentation 196 francs
Autres : 46 francs

Logement + chauffage
80 francs
+ éclairage à la bougie
[Comprendre le monde] Histoire CM2 © Éditions Retz

Chaussures et nettoyage des vêtements 24 francs

Total des dépenses ...................

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[FICHE ACTIVITÉ]
6. Le travail des enfants

Pourquoi les enfants travaillaient-ils


dans l’industrie au XIXe siècle ?

❶ Relis le document 1 et souligne toutes les tâches qu’effectuent les enfants


dans les mines et les usines au xixe siècle.

❷ a) Selon ce que décrit le docteur Villermé (document 2), résume la journée de


travail d’un enfant ouvrier au xixe siècle en complétant l’emploi du temps ci-dessous.

4 h 1/2 Réveil

5h ..........................................................................

6h Arrivée au travail

......... Départ du travail

21 h L’heure de dormir

b) Calcule et complète :
Temps de travail dans la journée :
Temps de marche estimé entre la maison et l’usine :

c) Dans le texte, souligne en rouge le mot qu’utilise le docteur Villermé pour décrire
ce travail.

❸ Lis le document 3. Pourquoi une loi sur le travail des enfants a-t-elle été votée
en 1841 ? Qu’est-ce qu’elle est censée changer à ce que décrit le docteur Villermé ?

❹ Après avoir lu la lettre de l’instituteur d’Omerville (document 4), que peux-tu dire
de la loi de 1841 sur le travail des enfants ?

❺ a) Calcule les dépenses totales d’une famille ouvrière.


[Comprendre le monde] Histoire CM2 © Éditions Retz

Compare avec ce que la famille gagne par an. Que remarques-tu ?

b) Calcule ce que gagnerait la même famille sans le travail des enfants.


Que remarques-tu alors ? Qu’en déduis-tu ?

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THÈME 2
LE TEMPS
DE LA RÉPUBLIQUE
9. Pourquoi les rois ne peuvent-ils plus gouverner
comme avant ? ............................................................... p. 80
10. Qu’a apporté la révolution de 1848 ? .................... p. 88
11. Pourquoi Louis Napoléon Bonaparte
devient-il empereur ? ..................................................... p. 97
12. Quels symboles permettent de reconnaitre
la République ? ............................................................... p. 105
13. Pourquoi l’école de la République a-t-elle été fondée ? p. 114
14. Quelles libertés sont obtenues
avec la IIIe République ? ............................................... p. 122
[Comprendre le monde] Histoire CM2 © Éditions Retz

15. Pourquoi les femmes


demandent-elles le droit de vote ? ................................ p. 129
16. Quelles difficultés rencontre la IIIe République
avant la Première Guerre mondiale ? ......................... p. 135
Dossier interdisciplinaire : la laïcité ........................... p. 143

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SÉANCE 13
Pourquoi l’école de la République
a-t-elle été fondée ?

L’ESSENTIEL À SAVOIR POUR L’ENSEIGNANT

La IIIe République se pense comme l’héritière


La volonté de la majorité des Républicains,
du siècle des Lumières et de la Révolution fran-
de Jules Ferry et de Ferdinand Buisson est
çaise. Dans la continuité des idées défendues de soustraire les enfants à l’influence de
alors par Condorcet, l’instruction publique est l’Église. Âprement, la société débat sur l’op-
perçue comme émancipatrice, permettant de portunité même d’éduquer le peuple, ou sur
développer la liberté de conscience et destinée le fait d’éduquer le peuple sans la religion
à former des citoyens aptes à voter en toute comme fondement moral essentiel : d’un
indépendance (sous-entendu sans être sou- côté, les défenseurs d’une école de la foi et
mis aux forces de l’obscurantisme que consti- de la tradition, de l’autre ceux qui exigent
tue l’Église). L’école communale, qui existe une école de l’instruction de la science, du
depuis les lois de Guizot de 1833 (monarchie de progrès et du libre examen. Les opposants à
cette école républicaine refusent à la fois de
Juillet), devient obligatoire, gratuite et laïque.
voir Dieu quitter l’école, et que les enfants du
La IIIe République ne crée donc pas l’école en
peuple puissent recevoir un enseignement
France, mais elle contribue, par l’obligation et la
qui était jusqu’alors réservé aux classes
gratuité, à réduire les inégalités sociales comme sociales élevées.
géographiques – il existait alors en effet de pro-
fondes disparités concernant l’alphabétisation
Deux artisans œuvrent à cette entreprise sco-
et l’instruction entre les différentes régions
laire ; le premier est Jules Ferry, Républicain
françaises.
modéré, ministre de l’Instruction publique de
1879 à 1882 et président du Conseil (l’équivalent
Des écoles normales de filles d’un Premier ministre aujourd’hui) de 1880 à
et de garçons sont construites 1881. C’est lui qui fait voter les lois scolaires et leur
donne son nom. L’autre personnage majeur est
en nombre dans tous les départements. Ferdinand Buisson. Il est, au ministère de l’Ins-
truction publique, le directeur de l’enseignement
Des écoles sont créées dans toutes les com- scolaire de 1879 à 1896. C’est lui qui met en œuvre
munes et le matériel scolaire se développe, en la politique républicaine et qui définit les orienta-
même temps que les maisons d’édition qui sont tions majeures de l’école de la IIIe République.
dédiées à l’école (Hachette, Nathan, Armand De 1880 à 1910, l’école gagne l’ensemble ou
Colin…). presque de la population scolarisable, non
sans réticences. La fréquentation et l’assi-
UNE ÉCOLE LAÏQUE duité scolaire n’ont rien d’une évidence dans
C’est la dimension laïque de l’école qui nourrit un monde encore massivement rural où les
le plus grand nombre de débats. Dans l’esprit enfants travaillent aux champs, et où le salaire
des Républicains des années 1880, la consoli- des plus jeunes, dans le monde ouvrier, per-
dation du régime politique né en 1875 passe par met à certaines familles de vivre (cf. séances
l’instruction publique. En laïcisant l’école, ils 5 et 6). Cependant, si l’école attire malgré les
veulent affranchir les consciences de l’emprise résistances, c’est parce qu’elle assure une élé-
de l’Église et fortifier la patrie en formant les vation sociale et promet un avenir meilleur et
citoyens, toutes classes sociales confondues, plus sûr. Aller à l’école devient, pour beaucoup
sur les mêmes bancs. de familles, une véritable fierté.

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L’école de la République • SÉANCE 13

Encore aujourd’hui, l’école de la IIIe République


P Une école nationale ancrée est perçue comme une avancée majeure pour
dans les régions les droits démocratiques en France, d’une part
Contrairement à une idée encore très large- en donnant, à tous, une instruction fondée sur le
ment répandue, l’école de la IIIe République lire écrire compter, et plus profondément encore
n’a pas éradiqué les cultures ni les lan- autour d’une éducation morale et laïque ; et
gues régionales. Comme le montrent les d’autre part, en enseignant les premiers appren-
travaux de Jean-François Chanet et d’An- tissages disciplinaires. La leçon de choses et
ne-Marie Thiesse, l’école de la République l’histoire constituent des modèles d’apprentis-
a même valorisé les « petites patries » (les sages civiques, l’une pour apprendre à ne tenir
régions) afin qu’elles prennent place dans pour vrai que ce qui relève de l’observation et de
un ensemble plus grand, celui de la grande la vérification ; l’autre pour la fonction initiatrice
patrie. En faisant découvrir la vitalité et les
à un ensemble national plus large que celui de la
richesses locales, régionales, l’école sert la
commune et de la région dans lesquelles on vit.
patrie, riche de ses particularismes.

UNE ÉCOLE DE LA PATRIE


P Chronologie
Cette école du début de la IIIe République est
également fondée sur un patriotisme très fort, 1879
à l’heure où la France est amputée de la par- Loi créant les écoles normales
d’instituteurs primaires
tie est de son territoire : suite à la défaite de
1871 contre la Prusse, l’Alsace et une partie de
1881
la Lorraine appartiennent désormais à l’Alle- Loi sur la gratuité de l’école publique
magne. L’enseignement dispensé en France est
alors tout entier tourné vers le culte de la patrie 1882
et la déploration de ces territoires perdus. Loi sur l’obligation scolaire
et les enseignements laïques
Par ailleurs, cette école républicaine connait un
dualisme social très important, entre un pre- 1886
mier degré massivement réservé aux enfants Loi Goblet sur la laïcisation du personnel
du peuple, et dont très peu poursuivent des enseignant
études supérieures, et le secondaire, réservé
aux élèves des milieux sociaux supérieurs.

Une école de la IIIe République vue par Jean Geoffroy : En classe, le travail des petits, 1889

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DÉROULEMENT DE LA SÉANCE
L’objectif de cette séance est de comprendre quels sont les objectifs de l’école républicaine créée
par les lois scolaires de Jules Ferry et Ferdinand Buisson, de 1882 à 1886. Ne sont présentés ici que
les arguments pour l’école républicaine. Souvent en effet, les textes de ceux qui s’y opposent (les
catholiques intransigeants, l’Église, le pape lui-même ou les monarchistes) sont écrits dans une
langue trop complexe pour être présentés tels quels. Mais on doit les avoir en tête au moment de
faire la leçon avec les élèves. L’idée est de montrer ce qui anime les Républicains, et parmi eux Jules
Ferry et Ferdinand Buisson, dans la lignée des penseurs de l’école que furent Condorcet, Edgar
Quinet et Jean Macé notamment.

Rappeler brièvement la synthèse de la séance précédente : la IIIe République reprend les idées
et les symboles de la Révolution française : le drapeau tricolore, la Marianne. Et elle instaure la fête
du 14 juillet et La Marseillaise.

ÉTAPE 1 Découvrir l’école de la République

DURÉE 15 minutes
ORGANISATION collective puis individuelle
MATÉRIEL • fiches document et activité
• les documents de la fiche pour vidéoprojection

«N
1) ÉCOUTER L’INTRODUCTION RACONTÉE PAR L’ENSEIGNANT.

ous allons voir aujourd’hui comment est née l’école publique française. Nous
allons essayer de comprendre pourquoi, à partir des années 1880, les Républicains
revenus au pouvoir ont voulu faire une école pour toute la jeunesse. Quels étaient
les objectifs de cette école, qui est un peu l’ancêtre de la nôtre ?
«
2) LECTURE collective des documents.
Regarder collectivement les documents un par un et faire émerger les idées essentielles, sans
entrer dans le détail. Simplement orienter les élèves en fonction des difficultés liées à la nature
du document. Il s’agit juste de lever les implicites et de passer à la fiche activité dès que l’on est
assuré que la compréhension globale n’entraine pas des contresens.

PRÉSENTATION DES DOCUMENTS POUR L’ENSEIGNANT

Document 1 • L’accès à l’école avant les lois Ferry


La vie d’un simple est un ouvrage très important écrit par Émile Guillaumin en 1904. Dans ce
livre, Jean Guillaumin témoigne de la vie à la campagne, avant les lois scolaires de Ferry, d’une
famille paysanne pauvre. Le père tente de faire entrer son fils à l’école communale qui est alors
payante. Le refus du conseiller municipal d’intercéder pour obtenir une place gratuite pour le fils
du cultivateur est sans appel. Il repose sur un mépris social très marqué qu’il faut faire repérer
aux élèves – il l’appelle par exemple « Chose » et non par son prénom, ni « monsieur ». Sans
obligation et sans gratuité, les paysans et l’immense majorité du peuple ne pouvaient accéder
au savoir. La gratuité et l’obligation, ensemble, imposent aux communes d’ouvrir des classes et
permettent à tous les enfants de rejoindre les bancs de l’école.

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L’école de la République • SÉANCE 13

Document 2 • Extrait des lois scolaires de la République


L’objectif pédagogique est ici de montrer aux élèves que l’école est née de la loi, c’est-à-dire d’une
volonté politique forte. C’est le projet majeur des Républicains. Pour le gouvernement, libérer
l’enseignement de l’influence des religieux repose sur la création, dans chaque département,
des écoles normales où est assurée la formation d’instituteurs laïcs qui doivent progressive-
ment remplacer le personnel enseignant des Congrégations religieuses ou des hommes de foi
(loi du 9 aout 1879 sur l’établissement des écoles normales primaires). La première séparation
de l’Église et de l’État a donc lieu avant 1905, dans l’école en pleine fondation. Plusieurs dispo-
sitions sont prises en 1880 et 1881 afin que l’Église ne puisse intervenir dans l’enseignement
public. Ainsi, les Républicains prononcent la gratuité absolue de l’enseignement primaire dans
les écoles publiques (loi du 16 juin 1881) et exigent que les instituteurs obtiennent un brevet de
capacité pour pouvoir enseigner dans les écoles élémentaires – ils s’assurent ainsi une garantie
de formation intellectuelle et morale (loi du 16 juin 1881 relative aux titres de capacité de l’ensei-
gnement primaire). Ensuite, l’obligation scolaire est affirmée, pour les enfants des deux sexes,
de fréquenter l’école de 6 à 13 ans (loi du 28 mars 1882 sur l’enseignement primaire obligatoire).
Cette loi a pour objectif de rendre l’instruction obligatoire, bien sûr, mais aussi laïque – même
si la loi ouvre la possibilité d’inscrire les enfants dans des établissements privés ou de leur faire
donner une instruction à domicile. La scolarité est organisée de manière à se terminer par un
certificat d’études.
Une des grandes nouveautés réside dans le fait de supprimer l’enseignement de la morale reli-
gieuse au bénéfice d’une « instruction morale et civique ». La laïcité des enseignements s’affirme,
hors de tout dogme et de toute pression du clergé. La neutralité de l’État et des enseignants dans
le domaine religieux devient la règle (encore en service actuellement, et pour les mêmes raisons
de fond) afin de ne pas empiéter sur les options spirituelles et religieuses de chaque famille, dont
le droit à croire ou à ne pas croire est garanti. Ainsi, dans sa fameuse lettre aux instituteurs du
17 novembre 1883, Jules Ferry demande aux maitres de veiller à ne choquer aucune conscience
familiale. De ce fait, le jeudi est réservé, en plus du dimanche, à l’enseignement de tout caté-
chisme, dans le cas où les parents le souhaitent.
On pourra dire aux élèves que l’opposition à cette école est forte et parfois violente. L’« école
sans Dieu » est dénoncée et l’éducation civique fortement décriée.

Document 3 • Texte de Buisson au congrès du Parti radical de 1903


L’objectif pédagogique de ce texte est de faire comprendre toute la philosophie politique des
Républicains, qu’incarne Ferdinand Buisson, dans une époque où se joue encore en France le
devenir de l’école en construction. Ferdinand Buisson est le grand promoteur de l’école publique,
laïque, obligatoire et gratuite. C’est lui qui, sous l’autorité du ministère Ferry, organise l’enseigne-
ment de la République. Protestant, républicain, il écrit de nombreux textes, coordonne un diction-
naire de pédagogie rassemblant les plus grands pédagogues de l’époque, et fait des conférences
pour défendre ses idées et celles de la République émancipatrice. Au congrès de son parti poli-
tique, il définit l’importance de cette école et surtout le rôle des apprentissages pour les élèves,
et, plus largement, pour l’ensemble de la société. Ce rôle, c’est celui de l’affranchissement, de
la liberté à l’égard de toute tutelle. L’école rend libre. Les savoirs permettent de penser par soi-
même. L’élève est présenté comme un missionnaire des idées nouvelles, du progrès. En un mot,
il est l’avenir de la France. Ces idées sont reprises à chaque conférence, dans chaque texte que
Buisson rédige. La liberté individuelle est au cœur du projet de l’école, afin que chacun puisse
penser par lui-même, conformément au projet humaniste du XVIe siècle et à celui des Lumières.

Document 4 • Une école sous la IIIe République


et sa phrase de morale
L’instituteur de l’école de Buigny-les-Gamaches (dans la
Somme) est fier de se faire prendre en photo avec tous ses
élèves et de présenter une partie de la cour de récréation
de son école communale ! L’objectif de ce document n’est
pas de montrer une image ancienne – le CE1 et le CE2
l’auront déjà fait –, sur « l’école d’autrefois », mais au-delà

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des blouses, de la pose devant le photographe (nouvel instrument de modernité technologique)
et le tableau noir, plusieurs éléments doivent être repérés par les élèves. C’est précisément le
tableau noir disposé en plein centre de l’objectif qui donne tout son intérêt à ce document. La
phrase qui y est inscrite en lettres cursives, avec application (par le maitre, n’en doutons pas)
signifie deux choses : d’une part, le choix du progrès que suppose l’éducation de tous les enfants
du peuple. D’autre part, le fait que c’est l’école qui fait un peuple meilleur, plus apte à rayonner
dans le monde et à se battre pour défendre sa patrie s’il le faut. La défaite contre les Prussiens en
1871, la perte de l’Alsace et de l’actuelle Moselle ont laissé une plaie vivante. Pour de nombreux
Républicains, si le territoire français est amputé c’est parce que les Allemands avaient vaincu la
France impériale grâce à une supériorité conférée par un système scolaire de meilleure qualité.

3) TRAVAIL INDIVIDUEL SUR LA FICHE.

Expliquer la situation des familles pauvres


ÉTAPE 2 concernant l’école

DURÉE 30 minutes
ORGANISATION collective
MATÉRIEL • la fiche activité complétée

Les travaux seront corrigés collectivement puis individuellement par l’enseignant.


Corrigé dans le DVD-Rom

Qu’avons-nous appris sur la création


ÉTAPE 3 de l’école pour tous les enfants sous
la IIIe République ?

DURÉE 5 minutes
ORGANISATION collective

Collectivement, faire rassembler les idées de la séance pour synthétiser ce qui a été compris.

Exemple :
L’école de la République permet à tous les enfants de France d’apprendre à lire, écrire,
compter et les sciences, l’histoire, la géographie, etc. Pour cela, elle devient gratuite, obli-
gatoire et laïque, c’est-à-dire indépendante de la religion.

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[FICHE DOCUMENT]
13. L’école de la République

Pourquoi l’école de la République


a-t-elle été fondée ?

Document 1 • L’accès à l’école avant les lois Ferry

J’aurais bien voulu que mon Jean sût lire et écrire pour être à même ensuite de tenir nos
comptes.
Monsieur Frédéric étant conseiller municipal et ami du maire, je me crus autorisé à lui dire :
– Monsieur Frédéric, il lui faudrait à présent quelques années d’école. (…)
– L’école, l’école…, et pourquoi faire, sacrebleu ? Tu n’y es pas allé, toi, à l’école, ça ne t’empêche
pas de manger du pain. Mets donc ton gamin de bonne heure au travail ; il s’en portera mieux
et toi aussi !
– Pourtant, Monsieur Frédéric, il y a des fois que ça rendrait bien service de savoir un peu lire,
écrire et compter. Pour qu’il soit moins bête que moi, je tâcherai de me priver de lui encore
quelques années, au moins pendant l’hiver.
– Dis-moi un peu ce que tu aurais de plus si tu savais lire, écrire et compter ? (…) D’ailleurs, tu
dois savoir qu’une année d’école coûte au moins vingt-cinq francs. (…)
– Monsieur Frédéric, j’avais pensé que vous pourriez peut-être m’obtenir pour lui une place
gratuite.
– Une place gratuite ! Le nombre en est très limité, des places gratuites : il y a toujours dix
demandes pour chacune. N’y compte pas, Chose, n’y compte pas… Et je te répète qu’il vaut
mieux mettre ton gars à garder les cochons que de l’envoyer à l’école.
Extrait de La vie d’un simple, Émile Guillaumin, 1904

Document 2 • Extrait des lois scolaires de la République

Article 1er. – Tout département devra être pourvu d’une école normale* d’instituteurs et
d’une école normale d’institutrices. (Loi du 9 aout 1879 sur la création des écoles normales
primaires)
Article 1er. – Il ne sera plus perçu de rétribution scolaire dans les écoles primaires publiques,
ni dans les salles d’asile** publiques. (Loi du 16 juin 1881 établissant la gratuité absolue de
l’enseignement primaire dans les écoles publiques)
Art. 2. – Les écoles primaires publiques vaqueront un jour par semaine, en outre* du
dimanche, afin de permettre aux parents de faire donner, s’ils le désirent, à leurs enfants,
l’instruction religieuse, en dehors des édifices scolaires. (Loi du 28 mars 1882 sur l’ensei-
[Comprendre le monde] Histoire CM2 © Éditions Retz

gnement primaire obligatoire)


* Ici, « en outre » signifie « en plus ».
Art. 4. – L’instruction primaire est obligatoire pour les enfants des deux sexes âgés de
six ans révolus à treize ans révolus. (Loi du 28 mars 1882 sur l’enseignement primaire
obligatoire)
* école où l’on apprenait le métier de professeur
** ancien nom des écoles maternelles

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[FICHE DOCUMENT (suite)]
13. L’école de la République

Document 3 • Texte de Buisson au congrès du Parti radical de 1903

Pour faire un citoyen, il faut prendre l’être humain, si petit et si humble


qu’il soit, un enfant, un adolescent, une jeune fille. Il faut prendre l’homme
le plus inculte, le travailleur le plus accablé par l’excès de travail, et lui don-
ner l’idée qu’il faut penser par lui-même, qu’il ne doit ni foi ni obéissance à
personne, que c’est à lui de chercher la vérité et non pas à la recevoir toute
faite d’un maitre, d’un directeur, d’un chef, quel qu’il soit.

Document 4 • Une école sous la IIIe République et sa phrase de morale

[Comprendre le monde] Histoire CM2 © Éditions Retz

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[FICHE ACTIVITÉ]
13. L’école de la République

Pourquoi l’école de la République


a-t-elle été fondée ?

❶ Lis le document 1. Quel problème rencontre le père de Jean ?


Explique ce qui se passe.

❷ Lis le document 2. Qu’est-ce qui a changé à l’école avec les lois scolaires
de la République ? Précise les principales nouveautés.

❸ En t’appuyant sur les documents 1 et 2, imagine que le père de Jean recroise


monsieur Frédéric, une fois les nouvelles lois scolaires votées. Écris un court dialogue
entre les deux hommes.

❹ Lis le document 3. Pour Ferdinand Buisson, à qui s’adresse l’instruction ?


Et à quoi sert-elle ?

❺ Sur ce tableau d’école, imagine une autre phrase de morale que tu aurais pu écrire
si tu avais été maitre d’école après les lois Ferry.
[Comprendre le monde] Histoire CM2 © Éditions Retz

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THÈME 3
LA FRANCE, DES GUERRES
MONDIALES À L’UNION
EUROPÉENNE

17. Comment la Première Guerre mondiale éclate-t-elle ? ................... p. 148


18. Qui a été touché par la Première Guerre mondiale ? ..................... p. 156
19. Quelles traces gardons-nous de la Grande Guerre ? ..................... p. 165
20. Pourquoi l’Europe n’a-t-elle pas pu sauver la paix ? (1918-1939)... p. 172
21. Comment s’est déroulée la Seconde Guerre mondiale ? ................ p. 183
22. Comment est exécutée la volonté d’Hitler de détruire les juifs
d’Europe ? ................................................................................................. p. 191
23. Qui a soutenu Hitler en France ? ..................................................... p. 200
24. Que font les Français qui résistent à Pétain et à Hitler ? .............. p. 210
[Comprendre le monde] Histoire CM2 © Éditions Retz

25. Quels sentiments dominent à la Libération de la France ? ........... p. 218


26. Pourquoi les peuples colonisés demandent-ils leur indépendance ? p. 227
Dossier interdisciplinaire : la guerre d’Algérie ................................... p. 235
27. Pourquoi et comment a-t-on voulu construire l’Europe après
la Seconde Guerre mondiale ? ................................................................ p. 239
28. Quelle histoire à venir ? .................................................................... p. 247

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SÉANCE 17
Comment la Première Guerre
mondiale éclate-t-elle ?

L’ESSENTIEL À SAVOIR POUR L’ENSEIGNANT

Avec la Première Guerre mondiale – qu’après- de se développer. Cette course aux armements
guerre les contemporains appelleront « la et le contexte global font de l’Europe un « baril
Grande Guerre », n’imaginant pas qu’il puisse y de poudre ». Il ne reste qu’une étincelle, pour
en avoir une autre de cette ampleur –, s’ouvre reprendre les expressions d’alors, pour que le
la troisième partie du programme du CM2. La continent s’embrase. Le conflit marocain avait
guerre débute dans un monde profondément failli en fournir le prétexte.
troublé par les concurrences entre grandes
puissances. L’Europe de l’industrialisation et UN CONFLIT AUX ORIGINES
des progrès scientifiques et techniques qui CONJONCTURELLES
représente la foi dans le futur est brutalement L’archiduc héritier d’Autriche, François-
confrontée à un conflit dévastateur dont la vio- Ferdinand, futur empereur désigné à la cou-
lence inédite fera dire à Pierre Brossolette, en ronne impériale d’Autriche-Hongrie, est
juillet 1933 : « Nous sommes entrés dans la vie assassiné le 28 juin 1914 avec sa femme Sophie
à un moment où seule la mort avait de la gran- à Sarajevo, en Bosnie-Herzégovine, territoire
deur mais où elle était absurde. » annexé à l’Empire austro-hongrois depuis 1908.
Le meurtrier, Prinzip, jeune nationaliste serbe,
UN CONFLIT AUX ORIGINES prétend ainsi défendre les populations serbes
STRUCTURELLES contenues dans cette région de l’Empire. Un
Les origines du conflit sont d’abord structurelles. engrenage des alliances diplomatiques s’en-
Les rivalités coloniales attisent les tensions, clenche immédiatement. Chaque pays s’était
comme l’atteste le conflit larvé et permanent en effet allié avec d’autres pour promouvoir
entre la France et l’Allemagne sur la question leurs intérêts économiques et stratégiques. Dès
marocaine (voir précédente séance). Les ten- lors, quand l’Empire austro-hongrois menace
sions diplomatiques sont nombreuses entre de représailles militaires la petite royauté serbe,
le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Belgique et la considérée comme responsable et instigatrice
France qui tentent de se partager ou de capter de l’attentat, la Russie, alliée de la Serbie, mobi-
les terres coloniales les plus riches et les plus lise ses troupes. En France, Jean Jaurès se bat
prometteuses de profits économiques. De plus, pour la paix, pressentant les malheurs à venir.
le développement industriel rapide des trois Il est assassiné le 31 juillet 1914, alors qu’il dine
grandes puissances (France, Grande-Bretagne, au café le Croissant, à Paris. Dès lors, la guerre
Allemagne) crée un climat de constante semble inévitable à tous les acteurs européens.
concurrence économique qui pèse sur les rela- L’Allemagne, alliée de l’Autriche (avec l’Italie),
tions internationales. Dans ce contexte, l’anta- mobilise à son tour ses troupes le 1er aout. La
France et le Royaume-Uni, alliés de la Russie,
gonisme franco-allemand autour de l’Alsace
mobilisent le 2 aout. Rien ne semble pouvoir
et de la Lorraine renforce encore un peu plus
arrêter cet engrenage infernal.
les risques de déflagration européenne. Les
revendications nationales, principalement fran-
çaises, sur les territoires perdus en 1870 créent LES JEUNES HOMMES
un climat militaire de plus en plus tendu, à APPELÉS AU COMBAT
l’heure où l’industrie construit de plus en plus La guerre va massivement mobiliser les
d’armes et où les armées nationales ne cessent hommes jeunes, les obligeant à quitter leur tra-

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Le déclenchement de la Première Guerre mondiale • SÉANCE 17

vail, leur famille et leur vie quotidienne, sans que et qui se soucie en priorité de l’équilibre de
beaucoup ne comprennent vraiment pour quoi l’écosystème, du rythme des cultures et des
ils partent se battre. Comme nous le savons, champs. Enfin, toutes les populations partagent
nombreux sont ceux qui pensent que la guerre la conviction que cette guerre va être courte,
sera courte. D’autres au contraire redoutent de et qu’elle sera victorieuse. Il y eut donc peu de
longs combats. Un débat oppose à ce sujet les résistances et de révoltes. Et pourtant, de nom-
historiens : comment caractériser le départ des breux témoignages montrent toutes les straté-
hommes en 1914 dans les différents pays euro- gies mises en œuvre pour éviter l’enrôlement.
péens ? Y a-t-il eu consentement, ou contrainte Autrement dit, il n’y eut pas que contrainte des
par les autorités ? N’oublions pas le contexte : autorités, ni que consentement des popula-
nous sommes alors dans un monde encore tions. C’est cela qu’il convient de montrer aux
largement rural, déconnecté de l’information, élèves : la complexité de l’époque.

Les instituteurs suivent


en direct avec leurs élèves
l’actualité de la guerre. Ici, un
dessin d’écolier sur le thème
du départ à la guerre en 1914.

P Chronologie
28 JUIN 1914
Assassinat du prince héritier au trône impérial d’Autriche-Hongrie

28 JUILLET 1914
L’Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie

30 JUILLET 1914
La Russie, alliée de la Serbie, mobilise ses troupes

31 JUILLET 1914
L’Autriche-Hongrie décrète la mobilisation générale. L’Italie, pourtant dans la Triplice, se déclare neutre.
Jean Jaurès est assassiné.

1er AOUT 1914


L’Allemagne déclare la guerre à l’Empire russe.

2 AOUT 1914
La France mobilise.

3 AOUT 1914
L’Allemagne déclare la guerre à la France et envahit la Belgique et la France.

4 AOUT 1914
La Grande-Bretagne, pour défendre la Belgique, déclare la guerre à l’Allemagne

6 AOUT 1914
L’Autriche-Hongrie déclare la guerre à la France et à la Grande-Bretagne.

149

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DÉROULEMENT DE LA SÉANCE
Il s’agit ici de comprendre à la fois les raisons du déclenchement du conflit, mais aussi la façon dont
les sociétés européennes entrent dans ce que les contemporains vont appeler la Grande Guerre,
n’imaginant pas que, vingt ans plus tard, une Seconde Guerre mondiale éclaterait. La démarche
adoptée vise, au plus près des acteurs, à comprendre comment la politique et les tensions inter-
nationales entrainent le monde dans un conflit sans précédent. De ce point de vue, il faut avoir à
l’esprit que cette année 1914 est un tournant dans l’histoire mondiale. C’est l’objectif principal de
cette séance.

Rappeler brièvement la synthèse de la séance précédente : au début du XXe siècle, la République


rencontre des difficultés et l’armée est au cœur de toutes les préoccupations.

ÉTAPE 1 Observer des documents sur l’année 1914

DURÉE 15 minutes
ORGANISATION en collectif
MATÉRIEL • la fiche document

«A
1) ÉCOUTER L’INTRODUCTION RACONTÉE PAR L’ENSEIGNANT.

ujourd’hui, nous entamons le travail de fin d’année de votre CM2 qui porte désor-
mais sur le xxe siècle et qui va jusqu’à nos jours. Pour les historiens, comme je
vous l’avais déjà dit je crois, le xxe siècle ne démarre vraiment qu’en 1914, c’est-à-
dire l’année où commence la guerre. Pourquoi ? Parce qu’alors, tout change en France, en
Europe et aussi dans le monde. La guerre va bouleverser le monde et entrainer de grands
changements, dans tous les domaines. Durant cette séance, nous allons voir comment cette
Première Guerre mondiale débute et comment les populations vont s’engager dans ce conflit
très meurtrier. Beaucoup de témoignages nous sont parvenus par des lettres, des souvenirs
racontés plus tard dans des livres. Voyons comment la guerre éclate, et pourquoi, le 3 aout
1914, l’Allemagne envahit la Belgique et la France.
«
2) LECTURE collective des documents.
Regarder collectivement les documents un par un et faire émerger les idées essentielles, sans
entrer dans le détail. Simplement orienter les élèves en fonction des difficultés liées à la nature
du document. Il s’agit de lever les implicites et de passer à la fiche activité dès que l’on est assuré
que la compréhension globale n’entraine pas des contresens.

PRÉSENTATION DES DOCUMENTS POUR L’ENSEIGNANT

Document 1 • Carte des alliances entre pays européens en 1914


La carte a pour objectif pédagogique de rendre clair le système des Pays de la Triple Entente :
..................................................................................

..................................................................................

alliances diplomatiques entre les pays. De fait, deux camps se font


Océan Pays de la Triple Alliance (ou Triplice) :
Atlantique ..................................................................................

..................................................................................

face avant même le déclenchement du conflit. C’est ce système


Mer Pays allié de la Russie
du Nord M er
Baltique
ROYAUME- UNI

d’alliance, pour la plupart défensives (défendre le pays allié s’il est


E MPIRE RUSSE
EMPIRE
ALLEMAND

attaqué), qui explique en grande partie l’engrenage de la guerre. Le


E MPIRE
F RANCE AUSTRO-HONGROIS

M er No i re
Sarajevo

premier camp diplomatique est composé de la Grande-Bretagne, Mer


ITALIE

la France et l’Empire russe. C’est la Triple Entente. Le second, la Méditerranée

250 km

Thème 3 - Séance 17 : Les alliances entre pays européens en 1914

150

72563555_.indb 150 12/05/2017 10:06


Le déclenchement de la Première Guerre mondiale • SÉANCE 17

Triplice (Triple Alliance), est composé de l’Allemagne, l’Empire austro-hongrois et l’Italie (mais
l’Italie demandera sa neutralité dès le début du conflit, en 1915). Il est utile de faire remarquer que
la Triplice est prise en tenaille entre la Russie et les puissances occidentales. Cela aura son impor-
tance lorsque la Russie, en 1917, quittera la Triple Entente en raison de la révolution bolchevique.

Document 2 • L’attentat de Sarajevo


La une de L’Ouest-Éclair, un des très nombreux jour-
naux né au XIXe siècle du fait de l’essor de la presse
écrite, témoigne à sa manière des évènements qui se
déroulent à l’étranger. Il convient de faire repérer la date
aux élèves : 29 juin, c’est-à-dire le lendemain même de
l’attentat. Cela signifie que la presse, en France comme
dans tous les États du monde, perçoit qu’au-delà de la
mort d’un des futurs chefs d’État d’Europe, un danger imminent apparait. Il est important que
les élèves comprennent que le jeune assassin est serbe, afin de travailler sur la fiche activité.

Document 3 • Tableau d’Albert Herter : Le Départ des poilus, aout 1914,


(gare de l’Est, Paris)
Albert Herter est un peintre américain né à New York.
Il a peint cette œuvre après la Grande Guerre, en hom-
mage à l’un de ses fils tombé au combat, lorsqu’en 1917
les Américains viennent en alliés défendre la France et la
Grande-Bretagne. Il s’est représenté, un bouquet de fleurs
à la main, à droite, en signe d’hommage à tous les poilus. L’intérêt pédagogique de ce tableau est
de repérer toutes les attitudes possibles : la résignation, l’enthousiasme, la peur d’y aller, le refus
de combattre, et le décalage qui va se créer entre les populations civiles et les troupes sur le front.

Document 4 • D’après Émilie Carles : Une soupe aux herbes sauvages


Dans ce roman très célèbre, Émilie Carles, institutrice de la région de Briançon, dans les hautes
Alpes, raconte avec précision ses propres souvenirs. L’évocation de la mobilisation a comme
intérêt pédagogique de montrer la diversité des réactions des populations face à l’annonce
de la guerre, encore largement irréelle. Il faut par exemple aller chercher de nombreux bergers
de montagne dans les alpages pour leur dire qu’ils doivent partir. Il faut imaginer ce que le fait
de quitter sa terre, souvent pour la première fois, pouvait avoir de bouleversant ; sans compter
le fait d’arriver au front, dans un contexte de guerre dont la plupart des paysans ne mesuraient
ni les tenants ni les aboutissants.

ÉTAPE 2 Comprendre l’année 1914

DURÉE 20 minutes
ORGANISATION individuelle
MATÉRIEL • les fiches document et activité

«E
1) PETIT RÉCIT DE L’ENSEIGNANT POUR PRÉPARER LA PREMIÈRE ACTIVITÉ.

n 1914, avant la guerre, les pays européens sont liés par des accords d’amitié. La plu-
part des traités entre les pays sont des accords de défense qui disent que si un pays
est attaqué, il doit être défendu par l’autre. La France et la Russie sont ainsi liées ; de
même que l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie, etc.
«
2) TRAVAIL INDIVIDUEL SUR LA FICHE.

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ÉTAPE 3 Mise en commun

DURÉE 20 minutes
ORGANISATION collective

Les travaux seront corrigés collectivement puis individuellement par l’enseignant.


Corrigé dans le DVD-Rom

ÉTAPE 4 Synthèse

DURÉE 5 minutes
ORGANISATION collective

Collectivement, faire rassembler les idées de la séance pour synthétiser ce qui a été compris.

Exemple :
La guerre éclate en 1914, après l’attentat de Sarajevo. L’Allemagne et l’Autriche-Hongrie
se battent contre le Royaume-Uni, l’Empire russe et la France.
Tous les hommes, dans tous les pays, doivent rejoindre le front.
Commence alors une guerre que l’on croyait courte, mais qui va durer plus de 4 ans.

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[FICHE DOCUMENT]
17. Le déclenchement de la Première Guerre mondiale

Comment la Première Guerre mondiale


éclate-t-elle ?

Document 1 • Les alliances entre pays européens en 1914


Pays de la Triple Entente :
..................................................................................

..................................................................................

Océan Pays de la Triple Alliance (ou Triplice) :


Atlantique ..................................................................................

..................................................................................

Me r Pays allié de la Russie


du Nord M er
B alt ique
R O YA UME - U N I

EMPIRE RUSSE
EMPIRE
ALLEMAND

EMPIRE
FR A N C E AUSTRO-HONGROIS

M er N oire
Sarajevo

ITALIE

Mer

Méditerranée

250 km

Document 2 • L’attentat de Sarajevo

Thème 3 - Séance 17 : Les alliances entre pays européens en 1914


[Comprendre le monde] Histoire CM2 © Éditions Retz

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[FICHE DOCUMENT (suite)]
17. Le déclenchement de la Première Guerre mondiale

Document 3 • Tableau d’Albert Herter : Le Départ des poilus, aout 1914

Document 4 • D’après Émilie Carles : Une soupe aux herbes sauvages

Aout 1914 : c’était la pleine moisson. Quand on a entendu les cloches sonner, on s’est
demandé pourquoi. […] C’est le garde champêtre qui nous a annoncé la nouvelle […]
« C’est la guerre » […] « Mais avec qui ? Ben avec les Allemands ! Les Allemands nous
ont déclaré la guerre ! » Quand les ordres de mobilisation et les feuilles de route*
sont arrivés dans les familles, les gens ont commencé à se rendre compte que la
guerre était bien réelle. Tous les hommes valides recevaient leur feuille ; la guerre
c’était d’abord ça : la séparation. Le village était complètement bouleversé. Il y en
avait qui prenaient ça à la rigolade, ça va nous faire des vacances en plein été, nous
qui n’en avons jamais eu, il faut en profiter. Mais, il y avait les autres, les inquiets, qui
voyaient tout en noir. Pour ceux-là, la guerre c’était la fin de tout et ils n’en voulaient
pas. Il y a eu des cas de bonshommes qui sont allés se cacher dans la forêt et ce sont
les femmes, qui les ont menacés de les dénoncer aux gendarmes, qui les ont décidés
à se rendre. Finalement, ils sont tous partis. En l’espace d’une semaine, le village
avait changé du tout en tout, il n’y avait plus un homme entre vingt et quarante ans.
* Instructions que chaque homme apte et en âge de combattre reçoit.

Propos recueillis par Robert Destanque, © éditions J.-C. Simoën, 1978.


[Comprendre le monde] Histoire CM2 © Éditions Retz

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[FICHE ACTIVITÉ]
17. Le déclenchement de la Première Guerre mondiale

Comment la Première Guerre mondiale


éclate-t-elle ?

❶ Regarde la carte (document 1) et complète la légende en indiquant les noms


des pays qui constituent chaque groupe en 1914.

❷ Lis le journal (document 2).


a) Que s’est-il passé le 29 juin 1914 ?

b) De quel pays est l’assassin de l’archiduc et de l’archiduchesse ?

❸ En représailles à cet attentat, l’Empire d’Autriche-Hongrie déclare la guerre


à la Serbie. Or, les pays alliés ont un accord entre eux : défendre celui qui est attaqué.
Essaye de comprendre ce qui va se passer alors.
La Russie veut défendre la Serbie et décide de se préparer à la guerre contre l’Autriche-Hongrie.
Du coup

❹ Observe le tableau (document 3) et lis le texte de Carles (document 4).


a) Imagine ce que peuvent se dire les personnages. Remplis les bulles.
[Comprendre le monde] Histoire CM2 © Éditions Retz

b) Que nous apprend le texte sur le départ à la guerre ? Comment réagissent


les hommes ? Que se passe-t-il au village ?

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