Magistère Interuniversitaire de Physique
Examen du cours Cohérence quantique et dissipation
Mercredi 16 novembre 2005, durée : 2 heures
Résonances noires et refroidissement subrecul
On considère dans ce problème un atome dont on modélise la structure interne par un
système à trois états (voir figure 2). Les deux états g1 et g2 , d’énergies respectives E1 et E2 ,
sont stables et correspondent par exemple à deux sous-niveaux Zeeman du niveau d’énergie
fondamental. L’état e, d’énergie Ee , est un état électronique excité, de durée de vie τ = Γ−1 .
ω1 ω2
g1 g2
Fig. 1 – Le système à trois états considéré dans le problème
Cet atome est éclairé par deux ondes lumineuses monochromatiques. La première onde, de
pulsation ω1 , excite la transition g1 ↔ e ; la deuxième onde, de pulsation ω2 , excite la transition
g2 ↔ e. On note δi = ωi − (Ee − Ei )/h̄, (i = 1, 2) les désaccords respectifs de ces deux ondes.
Après « passage dans le référentiel tournant », l’hamiltonien de l’atome couplé aux ondes
lumineuses s’écrit :
X X h̄Ωi
H = H0 + V H0 = h̄δi |gi ihgi | V = (|gi ihe| + |eihgi |) . (1)
i=1,2 i=1,2
2
Les quantités Ωi sont les fréquences de Rabi associées aux deux ondes lumineuses, proportion-
nelles au carré du champ électrique de l’onde.
On décrit l’émission spontanée de photons par l’atome à l’aide de l’équation pilote vérifiée
par la matrice densité atomique :
Γ Γ
ρee
ρ̇ii |em.spont. = ρ̇ie |em.spont. = − ρie ρ̇12 |em.spont. = 0 (i = 1, 2) ,
2 2
les autres termes s’en déduisant grâce aux propriétés canoniques de l’opérateur densité.
1. Evolution due à l’émission spontanée
Dans cette partie, on suppose que les ondes lumineuses ont une puissance nulle : Ωi = 0.
1.1. Quelle est l’évolution de la population de l’état excité ρee sous l’effet de l’émission spon-
tanée ?
1.2. L’atome est initialement dans l’état excité e. Quelle est la matrice densité correspondante ?
1.3. Déterminer la population de l’état excité à un instant t ultérieur.
1.4. En déduire la matrice densité à un temps t À Γ−1 .
1.5. Cette matrice densité correspond-elle à un cas pur ?
2. Evolution due aux ondes lumineuses
Dans cette partie, on néglige les phénomènes d’émission spontanée (Γ = 0). On pose Ω =
(Ω21 + Ω22 )1/2 et on introduit les deux états :
Ω1 Ω2 Ω2 Ω1
|gc i = |g1 i + |g2 i |gn i = |g1 i − |g2 i (2)
Ω Ω Ω Ω
2.1. Quelle est l’action de V sur les états e, gc et gn ? Les indices ‘c’ et ‘n’ signifient respecti-
vement couplé et non couplé ; justifier cette dénomination.
2.2. On suppose dans cette question que δ1 = δ2 .
(a) L’atome est préparé dans l’état gn à l’instant t = 0 ; quel est l’état de l’atome à l’instant
t?
(b) Indiquer qualitativement (i.e. sans faire de calcul) l’évolution de l’état de l’atome s’il est
initialement préparé dans l’état gc .
2.3. On suppose maintenant que δ1 6= δ2 . Le résultat trouvé précédemment pour un atome
initialement préparé dans l’état gn reste-t-il valable ?
3. Evolution sous l’effet combiné des ondes lumineuses
et de l’émission spontanée
On suppose désormais que Ωi 6= 0 et Γ 6= 0.
3.1. Écrire l’évolution de la matrice densité sous l’effet de l’émission spontanée ρ̇|em.spont. dans
la base {e, gn , gc }.
3.2. On choisit δ1 = δ2 = δ. Écrire l’évolution complète des trois populations ρee , ρnn , ρcc . On
montrera par exemple :
Ω
ρ̇ee = −Γρee + i (ρec − ρce )
2
Que vaut ρ̇ee + ρ̇cc + ρ̇nn ?
3.3. Toujours pour δ1 = δ2 = δ, écrire l’évolution des trois cohérences ρec , ρen , ρcn . On montrera
par exemple :
Γ Ω
ρ̇ec = (iδ − )ρec + i (ρee − ρcc )
2 2
3.4. Déterminer l’état stationnaire de l’équation pilote pour le cas particulier δ1 = δ2 . Pour
cela, on pourra montrer successivement que dans l’état stationnaire :
1. la cohérence ρec est reliée à la population de l’état couplé ρcc par :
Ω
ρec = ρcc ,
2δ + iΓ
2. les deux cohérences ρec et ρce sont égales : ρec = ρce .
En déduire la valeur du taux d’émission de photons de fluorescence Γρee pour cet état station-
naire.
3.5. Sans mener de calculs compliqués, indiquer si la propriété remarquable trouvée pour l’état
stationnaire dans le cas δ1 = δ2 se généralise au cas où les deux désaccords sont différents.
3.6. Dans une expérience1 menée à Pise par A. Gozzini et ses collaborateurs en 1975, une vapeur
de sodium (atomes correspondant au schéma étudié ci-dessus) est éclairée par des faisceaux laser
de pulsation ω1 et ω2 , quasi-résonnants avec la raie jaune (D2) du sodium (λ=589 nm). Ces
faisceaux se propagent dans le même sens le long de l’axe Ox. Les atomes sont placés dans un
gradient de champ magnétique de telle sorte que la différence d’énergie E1 −E2 entre deux sous-
niveaux Zeeman du niveau d’énergie fondamental dépend du point x. Un phénomène baptisé
résonance noire a alors été observé : à une abscisse x donnée, la fluorescence des atomes s’éteint
(voir figure de principe ci-dessous).
Interpréter ce résultat et caractériser le point où la zone sombre est observée. Expliquer pourquoi
l’effet Doppler ne joue pas de rôle dans cette interprétation.
gradient de champ magnétique
x
lumière de fluorescence
Lasers
Zone à
vapeur de sodium
fluorescence
réduite
Fig. 2 – Le principe de l’expérience mettant en évidence les résonances noires.
1
G. Alzetta et al., Nuovo Cimento B36, 5 (1976).
4. Le refroidissement par résonances noires
On suppose dans cette partie que les atomes peuvent se déplacer le long de l’axe x et que
les deux ondes 1 et 2 se propagent en sens inverse le long de cet axe. On traite classiquement le
mouvement du centre de masse de l’atome et on note v sa vitesse. En raison de l’effet Doppler,
(0) (0)
les désaccords δ1 et δ2 s’écrivent donc δ1 = δ1 − kv et δ2 = δ2 + kv.
(0) (0)
On prendra dans ce qui suit δ1 = δ2 = 0.
4.1. On considère un atome de vitesse rigoureusement nulle et on suppose que sa matrice
densité interne a atteint son état stationnaire. Comment évolue la vitesse de l’atome ?
4.2. On considère maintenant un atome de vitesse v non nulle à un instant donné. La vitesse
atomique va-t-elle rester indéfiniment égale à v ?
4.3. On modélise le mouvement de l’atome par une marche au hasard dans l’espace des vitesses.
Si l’atome a la vitesse v à l’instant t, il peut prendre une vitesse v 0 aléatoire à l’instant t + dt.
Cette vitesse v 0 est située dans l’intervalle [v−2vrec , v+2vrec ], où vrec = h̄k/M (h̄k est l’impulsion
d’un photon et M la masse de l’atome). La probabilité de saut pendant l’intervalle de temps
[t, t + dt] est notée G(v) dt, et on suppose que G(0) = 0. En quoi ce modèle reproduit-il la
physique du problème ?
4.4. Indiquer qualitativement comment la distribution en vitesse de l’atome va évoluer. Y a-t-il
une largeur minimale au pic étroit susceptible d’apparaı̂tre dans cette distribution en vitesse ?
4.5. La notion de vitesse atomique utilisée dans cette partie vous semble-t-elle légitime ? Com-
ment pourrait-on améliorer la description de la dynamique de l’atome ?