Dualite LP
Dualite LP
4 Preuve de la surjectivité (p 6= 2) 9
5 Exercices 12
6 Application : le théorème de Rademacher 13
6.1 Enoncé et démonstration . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
6.2 Discussion autour du théorème de Rademacher . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
6.2.1 Intégration et dérivation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
6.2.2 Et les fonctions Höldériennes ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
1 Espaces Lp (X, C, ν)
Denition 1 Soit (X, M) un espace mesurable (les éléments de M sont les ensembles mesurables).
Une mesure positive est une application ν : M → [0,P∞] telle que, pour toute suite (An )n∈N
d'ensembles mesurables 2 à 2 disjoints alors ν (∪n∈N An ) = ∞n=0 ν(An ). On dit alors que (X, ν) est
un espace mesuré.
La mesure positive ν est bornée si ν(X) < ∞.
Elle est σ-nie si X est la réunion d'une famille dénombrable d'ensembles mesurables de mesure
nie.
Soit (X, ν) un espace mesuré et p ∈ [1, ∞). On dénit
Z
Lp (X, R, ν) := f : X → R mesurable; |f (x)|p dν(x) < ∞ .
X
1
1. Si ν(X) < ∞ alors Lp (X, C, ν) est décroissante pour l'inclusion et l'injection Lp ⊂ Lq
p∈[1,∞]
pour p > q est continue (Hölder).
2. Si ν n'est pas bornée alors il n'y a pas d'inclusion en général :
x 1[1,∞) (x) ∈ L (R) mais ∈ / L1 (R),
1 2
1 θ 1−θ
kf kp 6 kf kθr kf k1−θ
s , ∀f ∈ Lp , où θ ∈ (0, 1) est tel que = + .
p r s
4. Est ce que f ∈ ∩16p<∞ Lp (X, C, ν) implique f ∈ L∞ (X, C, ν) ? Non, pas necessairement. Par
exemple pour X = (0, 1) et ν la mesure de Lebesgue, la fonction ln ∈ Lp (0, 1) pour tout
p ∈ [1, ∞), mais ∈
/ L∞ (0, 1).
5. En revanche, f ∈ ∩16p<∞ Lp (X, C, ν) et kf kp 6 C , ∀p ∈ [1, ∞) ⇒ f ∈ L∞ (X, C, ν) .
En eet, si Am := {|f | > m} est de mesure > 0 alors C > kf kp > mν(Am )1/p pour tout
p ∈ [1, ∞) donc en passant à la limite [p → ∞], on obtient C > m. On en déduit que f ∈ L∞
et kf k∞ 6 C .
donc lim inf p→∞ kf kp > kf k∞ − . Ceci est vrai pour tout > 0 donc
On déduit de (1) et (2) que (kf kp )p∈[1,∞) converge vers kf k∞ quand [p → ∞].
2. Si r ∈ [1, ∞), f ∈ ∩r6p<∞ Lp (X, C, ν) et f ∈
/ L∞ (X, C, ν) alors kf kp → ∞ quand [p → ∞].
En eet, pour tout M > 0, AM := {|f | > M } est de mesure > 0 et kf kp > M ν(AM )1/p pour
tout p ∈ [r, ∞) donc lim inf p→∞ kf kp > M . Ceci est vrai pour tout M > 0 donc kf kp → ∞
quand [p → ∞].
2
2 Le théorème de dualité
L'objectif de ce cours est de démontrer le théorème suivant.
Théorème 1 Soit (X, ν) un espace mesuré σ-ni et p, p0 ∈ [1, ∞] des exposants conjugués : p1 + p10 = 1.
1. Pour tout f ∈ Lp (X, C, ν)
0
Φ(f ) : Lp (X, C, ν) → RC
g 7→ X gf dν
est une forme linéaire continue sur Lp (X, C, ν).
0
2. Φ : Lp (X, C, ν) → Lp (X, C, ν) est une isométrie.
0
3. Si p < ∞ alors Φ est surjective : pour toute forme linéaire continue ξ sur Lp (X, C, ν), il existe
une unique fonction f ∈ Lp (X, C, ν) telle que
0
Z
ξ(f ) = f gdν , ∀g ∈ Lp (X, C, ν) ,
X
2e cas : p = ∞. Alors g := u ∈ L∞ (X, C, ν), kgkL∞ = 1 et Φ(f ).g = kf kL1 donc kΦ(f )k(L∞ )0 >
kf kL1 .
3e cas : p = 1. Soit A ⊂ X mesurable de mesure nie. Alors g := u1A appartient à L1 (X, C, ν),
Z Z
Φ(f ).g = u|f |udν = |f |dν
A A
et
|Φ(f ).g| 6 kΦ(f )k(L1 )0 kgkL1 = kΦ(f )k(L1 )0 ν(A) ,
donc Z
|f |dν 6 kΦ(f )k(L1 )0 ν(A) .
A
On en déduit que kf k∞ 6 kΦ(f )k(L1 )0 (voir Lemme 1 ci-dessous).
3
3. Lorsque p = 2, c'est le théorème de Riesz [voir Hirsh-Lacombe].
4. Si on omet l'hypothèse d'espace σ -ni, alors un contre-exemple simple est X = {a, b} avec
ν({a}) = ∞ et ν({b}) = 0. Alors
Alors, en particulier, Z
ϕ(0) = u(x)ϕ(x)dx , ∀ϕ ∈ Cc∞ (R) .
R
Soit ρ ∈ Cc∞ (R) telle que ρ(0) = 1. Pour n ∈ N∗ , on considère ϕn (x) := ρ(nx). Alors ϕn ∈
Cc∞ (R) donc Z
1 = ϕn (0) = u(x)ϕn (x)dx , ∀n ∈ N∗ . (3)
R
Or,
ϕn (x)u(x) → 0 , pour presque tout x ∈ R ,
|ϕn (x)u(x)| 6 kρk∞ |u(x)| ∈ L1 (R) , ∀n ∈ N∗ ,
(chapeau intégrable indépendant de n) donc, par le théorème de convergence dominée,
Z
u(x)ϕn (x)dx −→ 0 .
R n→∞
Ceci contredit (3). En conclusion, la forme linéaire continue ξe sur L∞ (R) n'admet pas de repré-
sentant dans L1 (R).
n'admet pas de représentant dans L1loc (R) : δ0 ∈ D0 (R) mais δ0 ∈/ L1loc (R).
Lemme 1 Soit (X, ν) un espace mesuré σ-ni, f : X →C ν -mesurable et C > 0.
mesurable de mesure nie et .
R
|f |dν 6 Cν(A) , ∀A ⊂ X ⇒ f ∈ L ∞ (X, C, ν) kf k ∞ 6 C
A L
Preuve : Soit (Xn )n∈N une partition de X en ensembles de mesure nie et B := {|f | > C}. Pour
tout n ∈ N, on a Z
06 1B∩Xn (|f | − C)dν car (|f | − C) > 0 sur B ∩ Xn ,
X
4
et Z Z
1B∩Xn (|f | − C)dν = |f |dν − Cν(B ∩ Xn ) 6 0 par hypothèse,
X B∩Xn
donc 1B∩Xn (x)(|f (x)| − C) = 0 pour ν -presque tout x ∈ X . Comme (|f | − C) > 0 sur B ∩ Xn , on en
déduit que ν(B ∩ Xn ) = 0. Alors ν(B) = n∈N ν(B ∩ Xn ) = 0.
P
Dans le Théorème 1, seule la surjectivité, pour p 6= 2, est vraiment délicate à démontrer. La preuve
présentée dans ce cours suit celle de [Rudin, Analyse réelle et complexe, Chap 6]. Elle repose sur le
théorème de Radon-Nikodym.
3 Le théorème de Radon-Nikodym
3.1 Préliminaires
Etape 1 : Montrons que n=0 |µ|(An ) 6 |µ| (∪n∈N An ). Comme le membre de droite est ni, alors
P∞
|µ|(An ) < ∞ pour tout n ∈ N, d'après la remarque précédente. Soit > 0. Par dénition de |µ|, il
existe une partition An = ∪k∈N Bn,k telle que
∞
X
|µ|(An ) 6 |µ(Bn,k )| + .
2n+1
k=0
5
Alors (Bn,k )(n,k)∈N2 est une partition (dénombrable) de ∪n∈N An donc
∞ ∞ ∞
X X X
|µ| ∪ An > |µ(Bn,k )| > |µ|(An ) − = |µ|(An ) − .
n∈N 2n+1
n,k=0 n=0 n=0
Etape 2 : Montrons que |µ| (∪n∈N An ) 6 . Soit (Ck )k∈N une partition de ∪n∈N An .
P∞
n=0 |µ|(An )
Alors
∞
X ∞ X
X ∞ ∞ X
X ∞ ∞
X
|µ(Ck )| = µ(Ck ∩ An ) 6 |µ(Ck ∩ An )| 6 |µ|(An ) .
n=0 n=0 k=0 n=0 k=0 n=0
Proposition 2 Soit (X, M) un espace mesurable et µ une mesure à valeurs complexes sur (X, M).
Alors µ s'écrit µ = µ1 − µ2 + iµ3 − iµ4 où les µj sont des mesures positives bornées sur (X, M) telles
que µj 6 |µ|.
Preuve : Si µ est à valeurs réelles, on prend µ+ := 1
2 (|µ| + µ) et µ− := 21 (|µ| − µ). Si µ est à valeurs
complexes, on sépare < et =.
Cette proposition permet de ramener le cas général des mesures complexes à celui des mesures
positives bornées.
Denition 3 Soit (X, M) un espace mesurable, ν une mesure positive sur (X, M) et µ une mesure
à valeurs complexes sur (X, M). µ est absolument continue par rapport à ν (ce qui se note
µ << ν ) si
∀A ∈ M , ν(A) = 0 ⇒ µ(A) = 0 .
Lemme 2 Soit (X, ν) un espace mesuré et f : X → R+ mesurable. Il existe une suite croissante
(sn )n∈N∗ de fonctions étagées > 0 mesurables telles que f (x) = limn→∞ sn (x) pour ν -presque tout
x ∈ X.
Preuve [Rudin, Thm 1.17] : Pour tout n ∈ N∗ et t ∈ [0, ∞), on note kn (t) l'unique entier k ∈ N
tel que k
2n 6t< k+1
2n et (faire un dessin)
kn (t)
si 0 6 t < n ,
ϕn (t) := 2n
n si t > n .
Alors
1
|ϕn (t) − t| 6
, ∀t ∈ [0, n] .
2n
Soit f : X → R+ mesurable. Alors sn := ϕn of est étagée (son image est nie), mesurable [voir Rudin
Thm 1.12 (d) : composition borélienne/mesurable], croissante et converge simplement vers f .
6
3.2 Enoncé et preuve
Théorème 2 Soit (X, M) un espace mesurable, ν une mesure positive σ-nie et µ une mesure com-
plexe (resp. positive). Les énoncés suivants sont équivalents.
1. µ << ν
2. Il existe g : X → C (resp. R∗+ ) mesurable telle que µ = gν .
g est unique, appelée 'dérivée de Radon-Nikodym de µ par rapport à ν ' et notée dµ
dν .
Etape 1 : hypothèses supplémentaires et conclusion plus forte. On suppose, de plus, que ν est bor-
née et µ(A) 6 ν(A) pour tout A ∈ M et on va exhiber g telle que 0 6 g(x) 6 1 pour ν -presque tout
x ∈ X.
Par linéarité, on a Z Z
f dµ 6 f dν ,
X X
pour toute fonction f étagée > 0 (combinaison linéaire nie, à coe > 0, de fonctions caracté-
ristiques d'ensembles mesurables) donc pour toute fonction f : X → [0, ∞) mesurable > 0, par
convergence monotone grâce au Lemme 2. La forme linéaire
Φ : L2 (X, C, ν) → RC
f 7→ X f dµ
donc f ∈ L1 (X, C, µ) et
Z Z p
|Φ(f )| = f dµ 6 |f |dµ 6 ν(X)kf kL2 (ν) .
X X
En prenant f = 1E où E ∈ M (qui est bien dans L2 (ν) car ν est bornée) on obtient
Z Z Z
µ(E) = 1E dµ = Φ(1E ) = 1E gdν = gdν
X X E
c'est-à-dire µ = gν .
7
En particulier, avec E = {g < 0}, on obtient
Z
0 6 µ({g < 0}) = gdν 6 0
{g<0}
donc ces quantités sont nulles et ν({g < 0}) = 0. Avec E = {g > 1}, on obtient
Z Z Z
ν({g > 1}) > µ({g > 1}) = gdν = 1{g>1} gdν > 1{g>1} dν = ν({g > 1}),
{g>1} X X
Etape 3 : On démontre R-N dans le cas général. En vertue du Lemme 3, il existe f ∈ L1 (X, R∗+ , ν)
telle que µ << ν << f ν . Or f ν est une mesure positive et bornée donc l'Etape 2 s'applique : il existe
g : X → R+ f ν -mesurable telle que µ = gf ν . On obtient la conclusion avec dµ
dν = gf .
Lemme 3 Soit (X, ν) un espace mesuré σ-ni. Il existe une fonction f ∈ L1 (X, R∗+ , ν) telle que
f ν << ν et ν << f ν . ('mesures équivalentes').
Preuve : Comme ν est σ -nie, alors il existe une partition (Xk )k∈N de X formée d'ensembles mesu-
rables de mesure nie. On obtient la conclusion avec
∞
X 1 1Xk
f := k
.
2 1 + ν(Xk )
k=0
Théorème 3 Soit (X, M) un espace mesurable, ν une mesure positive σ-nie et µ une mesure com-
plexe (resp. positive) sur (X, M). Alors il existe h : X → C (resp. R+ ) ν -mesurable et µ1 mesure
étrangère à ν telle que µ = µ1 + hν .
Preuve : Prendre µ1 := 1A µ lorsque µ n'est pas << ν .
8
3.3 Discussion sur les hypothèses
Le Théorème 2 reste valable si µ est une mesure positive non bornée et σ -nie. Pour le démontrer,
on considère une partition X = ∪Xn où µ(Xn ) < ∞ pour tout n ∈ N, ce qui fournit des fonctions
gn ∈ L1 (Xn , R+ , ν) qu'on recolle. Toutefois, il n'est plus vrai que g est L1 (X, C, ν).
Preuve : Par l'absurde, supposons qu'il existe h ∈ L1 (X, R+ , ν) telle que λ = hν . Notons Supp(h) :=
{a ∈ (0, 1); h(a) 6= 0}. Alors
X X
1 = λ(0, 1) = h(a) = h(a)
a∈(0,1) a∈Supp(h)
4 Preuve de la surjectivité (p 6= 2)
Soit (X, M, ν) un espace mesuré σ -ni, p ∈ [1, ∞) et ξ ∈ (Lp (X, C, ν))0 . On cherche f ∈
p0
L (X, C, ν) tel que Φ(f ) = ξ , c'est-à-dire
Z
ξ(g) = gf dν , ∀g ∈ Lp (X, C, ν) .
X
Preuve lorsque ν est bornée : Pour tout A ∈ M, 1A ∈ Lp (X, C, ν) parce que ν est bornée donc
µ(A) := ξ(1A ) est bien deni.
Etape 1 : Montrons que µ est une mesure à valeurs complexes << ν et appliquons R-N.
Soit (An )n∈N une suite d'ensembles mesurables 2 à 2 disjoints. Comme ν est bornée alors
ν(∪n∈N An ) < ∞ donc la série ν(An ) converge dans [0, ∞) (cf dénition de 'mesure positive').
P
Ainsi p
R 1An dν car les An sont 2 à 2 disjoints
R P R P
X n>N 1An dν = P X n>N
= Pn>N X 1An dν par Fubini Tonelli (positif)
= n>N ν(An ) −→ 0 quand N → ∞ .
Ceci montre que la série An converge dans L (X, C, ν). Alors, par linéarité
p et continuité de
P
1P
p , la série ξ(1An ) converge dans C (cad que la série µ(An ) converge) et
P
ξP: L (X, C, ν) → RP
∞ ∞
n=0 ξ (1An ) = ξ ( n=0 1An ). On a donc
∞ ∞ ∞
!
X X X
µ (∪n∈N An ) = ξ 1∪n∈N An = ξ 1An = ξ (1An ) = µ(An ) .
n=0 n=0 n=0
9
Soit A ⊂ X mesurable tel que ν(A) = 0. Alors 1A (x) = 0 pour ν -presque tout x ∈ X donc
1A = 0 dans Lp (X, C, ν) et µ(A) = ξ(1A ) = ξ(0) = 0. Ceci montre que µ << ν .
Le théorème de R-N fournit f ∈ L1 (X, C, ν) telle que µ = f ν :
Z
ξ(1A ) = 1A f dν , ∀A ⊂ X mesurable .
X
Soit g ∈ L∞ (X, C, ν). Il existe une suite (gn )n∈N de fonctions étagées qui converge uniformément vers
g : kgn − gkL∞ (X,ν) → 0. [voir la preuve du Lemme 2]. Alors
n→∞
Z
ξ(gn ) = f gn dν , ∀n ∈ N . (6)
X
On a d'une part Z Z
f gdν − f gn dν 6 kf kL1 (X,ν) kg − gn kL∞ (X,ν) −→ 0
X X n→∞
et d'autre part
1er cas : p > 1, i.e. p0 < ∞. Notons Ck := {|f | 6 k} et gk := u|f |p −1 1Ck Alors gk ∈ L∞ (X, C, ν)
0
donc Z Z
0
ξ(gk ) = f gk dν = |f |p dν
X Ck
et Z 1/p Z 1/p
p(p0 −1) p0
kgk kLp = |f | = |f | .
Ck Ck
donc Z
0 0
|f |p dν 6 kξkp(Lp )0 .
Ck
0
Ceci est vrai pour tout k ∈ N donc (CVM) f ∈ Lp (X, C, ν).
10
2e cas : p = 1, i.e. p0 = ∞. Pour tout A ⊂ X mesurable g := u1A ∈ L∞ (X, C, ν) donc
Z Z
ξ(g) = f gdν = |f |dν .
X A
Etape 4 : Montrons que ξ = Φ(f ). ξ et Φ(f ) sont deux formes linéaires continues sur Lp (X, C, ν),
qui coincident sur le sev dense L∞ (X, C, ν), donc elles coincident sur tout l'espace.
Preuve lorsque ν est seulement σ -nie : Il existe une suite croissante (Cn )n∈N d'ensembles
mesurables de mesure ν nie tels que X = ∪Cn .
Le premier cas s'applique, pour tout n ∈ N, à l'espace mesuré (Cn , ν1Cn ) et la forme linéaire
0
ξn (g) := ξ(g1Cn ) pour g ∈ Lp (Cn , C, ν1Cn ). Ainsi, pour tout n ∈ N, il existe fn ∈ Lp (Cn , C, νn )
unique tel que Z
ξ(g1Cn ) = fn gdν , ∀g ∈ Lp (Cn , C, νn ) ,
Cn
de plus, Z
0 0 0
|fn |p dν 6 kξn kp(Lp (Cn ,C,νn ))0 6 kξkp(Lp (X,C,ν))0 , ∀n ∈ N . (7)
Cn
L'unicité de fn (Φ est une isométrie) implique que fn+1 |Cn = fn , ν -p.p. Alors on peut dénir
f : X → C mesurable telle que f |Cn = fn pour tout n ∈ N. L'inégalité (7) implique alors
0
f ∈ Lp (X, C, ν) par CVM.
Montrons que Φ(f ) = ξ , c'est à dire
Z
ξ(g) = f gdν , ∀g ∈ Lp (X, C, ν) .
X
Soit g ∈ Lp (X, C, ν). Alors (g − g1Cn ) → 0 ν -p.p. et |g − g1Cn |p 6 |g|p ∈ L1 (X, ν) donc (CVD)
kg − g1Cn kLp (X,ν) −→ 0. Par construction, on a
n→∞
Z
ξ(g1Cn ) = f g1Cn dν , ∀n ∈ N . (8)
X
11
5 Exercices
Exercice 1 : Soit p ∈ [1, ∞) et f ∈ L1loc (R) telle que
Z
f ϕdx 6 kϕkLp (R) , ∀ϕ ∈ Cc∞ (R) .
R
Que dire de f ?
0
On va montrer que f ∈ Lp (R).
Cc∞ (R) est dense dans (Lp (R), [Link] (R) ) et la forme linéaire ϕ ∈ Cc∞ (R) 7→ R f ϕdx est continue
R
sur (Cc∞ (R), [Link] (R) ) donc (théorème de prolongement des applications uniformément continues), elle
0
se prolonge en ξ ∈ (Lp (R))0 . Par le théorème de dualité, il existe h ∈ Lp (R) telle que ξ = Φ(h). En
particulier, Z Z
f ϕdx = hϕdx , ∀ϕ ∈ Cc∞ (R) .
R R
Ainsi, (f − h) ∈ L1loc (R) et (f − h) = 0 dans D0 (R) donc f = h p.p. (revoyez la preuve de cette
implication dans [Hirsh-Lacombe Prop 2.2 page 234] ou la preuve alternative par convolution ci-
0
dessous]) En particulier, f ∈ Lp (R).
Lemme 4 Soit f ∈ L1loc (R) telle que f = 0 dans D0 (R) alors f = 0 p.p.
Preuve : Soit f ∈ L1loc (R) telle que
Z
f (x)ϕ(x)dx = 0 , ∀ϕ ∈ Cc∞ (R) .
R
et ρn (x) := nρ(nx) pour n ∈ N∗ . Soit x0 ∈ R. Alors f 1(x0 −2,x0 +2) ∈ L1 (R) donc ρn ∗ f 1(x0 −2,x0 +2)
converge vers f 1(x0 −2,x0 +2) dans L1 (R), en particulier, elle converge vers f dans L1 (x0 − 1, x0 + 1).
Or, Z x0 +2 Z
ρn ∗ f 1(x0 −2,x0 +2) (x) = f (y)ρn (x − y)dy = f (y)ρn (x − y)dy
x0 −2 R
car la dernière intégrande est nulle quand y ∈ / (x − 1/n, x + 1/n). Par hypothèse, on a donc ρn ∗
f 1(x0 −2,x0 +2) ≡ 0 sur (x0 −1, x0 +1) pour tout n ∈ N∗ . On en déduit que f = 0 dans L1 (x0 −1, x0 +1).
Ceci est vrai pour tout x0 ∈ R donc f = 0 p.p.
Exercice 2 : Soit p ∈ [1, ∞) et T : Lp (R) → Cb0 (R) une application linéaire continue qui commute
avec les translations :
12
est bien dénie (car T (g) est continue donc peut être évaluée en x = 0) et continue car
Soit g ∈ Lp (R) et x ∈ R. On a
Z Z
T (g)(x) = τ−x [T (g)](0) = T [τ−x g](0) = f (y)g(y + x)dy = f (z − x)g(z)dz
R R
Indication : approcher f ∈ L (R), en norme [Link] (R) par une fonction Cc (R) lorsque 1 6 q < ∞).
q ∞
2. il existe une fonction g ∈ L∞ (I) telle que f (x) − f (y) = yx g(t)dt pour tous x, y ∈ I ,
R
2 ⇒ 3 résulte du théorème de Lebesgue [reproduit dans le thm 5 ci-dessous ; voir Rudin, Analyse
réelle et complexe, Thm 7.7]. 3 ⇒ 1 est facile. Nous allons démontrer 1 ⇒ 2.
Etape 1 : Montrons que ξ est continue sur Cc∞ (R) muni de la norme k.kL1 (R) . Soit ϕ ∈ Cc∞ (R),
R > 0 tel que Supp(ϕ) ⊂ (−R, R) et
1
ϕn (x) := n ϕ x + − ϕ(x) , ∀x ∈ R , n ∈ N∗ .
n
Alors
f (x)ϕn (x) −→ f (x)ϕ0 (x) , ∀x ∈ R ,
n→∞
|f (x)ϕn (x)| 6 kϕ0 kL∞ (R) |f (x)|1[−R−1,R+1] (x) , ∀x ∈ R , n ∈ N∗ , par IAF
13
le 2nd membre de droite est L1 (R) et indépendant de n ∈ N∗ donc, par le théorème de convergence
dominée Z Z
0
ξ(ϕ) := − f (x)ϕ (x)dx = − lim f (x)ϕn (x)dx .
R n→∞ R
Or, pour tout n ∈ N∗ , on a
= RR f (x)n ϕ x + n1 − ϕ(x) dx
R R
R f (x)ϕn (x)dx
= RRϕ(x)n f x − n1 − f (x) dx par CVAR
6 M R |ϕ(x)|dx .
Ceci montre que
|ξ(ϕ)| 6 M kϕkL1 (R) , ∀ϕ ∈ Cc∞ (R) .
Etape 2 : Prolongeons ξ à L1 (R) et appliquons le théorème de dualité. Cc∞ (R) est dense dans L1 (R)
(preuve par convolution et troncature, voir Brézis). Le théorème de prolongement
des applications
uniformément continues permet de prolonger ξ en une forme linéaire continue ξ : L1 (R), k.kL1 → R
e
continue . Le théorème de dualité fournit alors g ∈ L∞ (R) tel que
Z
ξ(ψ)
e = ψ(x)g(x)dx , ∀ψ ∈ L1 (R) .
R
En particulier, on a Z Z
0
− f (x)ϕ (x)dx = g(x)ϕ(x)dx , ∀ϕ ∈ Cc∞ (R) ,
R R
c'est-à-dire f 0 = g dans D0 (R).
Etape 3 : Montrons que (f − h)0 = 0 dans D0 (R), où h(x) := g(t)dt. Soit ϕ ∈ Cc∞ (R). On a
Rx
0
R ϕRixD0 ,D par
hh0 , ϕiD0 ,D = −hh, dénition de la dérivée dans D0 (R)
0
Etape 4 : Montrons que f (x) − f (y) = g(t)dt pour tous x, y ∈ R. On déduit de l'Etape 3 et
Rx
y
du Lemme 1 du cours sur les topologies faibles qu'il existe C ∈ R tel que (f − h)(x) = C pour
presque tout x ∈ R. Comme (f − h) est continue (par hypothèse
Rx sur f et par CVD pour h) alors
f (x) = h(x) + C pour tout x ∈ R et donc f (x) − f (y) = y g(t)dt pour tous x, y ∈ R.
Preuve de 1. ⇒ 2 lorsque I = (a, b) et −∞ < a < b < ∞ : On étend f par continuité sur [a, b]
(elle satisfait une condition de Cauchy aux extrémités) et on dénit
f (a) si x 6 a ,
Alors fe est lipsichitzienne sur R donc on peut lui appliquer le résultat précédent.
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6.2 Discussion autour du théorème de Rademacher
L'escalier du diable est un exemple classique, à garder en tête : il fournit un exemple de fonction
f : [0, 1] → R continue, strictement croissante, vériant f (0) = 0, f (1) = 1, dérivable p.p. avec f 0 = 0
p.p. Il montre que, pour pouvoir écrire
Z x
f (x) − f (y) = f 0 (t)dt
y
Il est bon de connaître les 2 énoncés suivants (leurs preuves ne sont pas indispensables pour
l'agrégation) [voir Rudin, Analyse réelle et complexe, Thm 7.7 et Thm 7.18], ne serait-ce que pour
produire facilement des contre-exemples.
En particulier, la fonction Z x
F (x) := f (t)dt
0
est dérivable p.p. et F 0 = f p.p.
Ce théorème démontre l'implication 2 ⇒ 3 du théorème de Rademacher.
Théorème 6 (Théorème fondamental du calcul) Soit I = [a, b] un intervalle de R et f : I → R.
Il y a équivalence entre les énoncés :
1. f est absolument continue : pour tout > 0, il existe δ > 0 tel que, pour Pn tout n ∈ N et toute
∗
famille (α1 , β1 ),..., (αn , βn ) d'intervalles 2 à 2 disjoints de I vériant j=1 |βj − αj | < δ alors
n
X
|f (βj ) − f (αj )| < .
j=1
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Preuve : Pour montrer que M -lipschitzienne ⇒ √
absolument continue prendre δ = /M . Pour montrer
que la réciproque est fausse, considérer f (x) = x : elle est absolument continue sur (0, 1) (elle est
C 1 de dérivée L1 (0, 1)) mais elle n'est pas lipschitzienne sur (0, 1) (sa dérivée n'est pas L∞ (0, 1)) :
√
f (2h) − f (h) 2−1
= √ → ∞ quand [h → 0] .
h h
Pour montrer que AC ⇒ UC, prendre n = 1. L'escalier du diable montre que la réciproque est
fausse : elle est uniformément continue sur [0, 1] grâce au théorème de Heine, mais elle n'est pas
absolument continue. Un contre-exemple plus élémentaire est
x sin πx si x ∈ (0, 1] ,
f (x) :=
0 si x = 0 .
qui est uniformément-continue sur [0, 1] (Heine), mais pas absolument continue sur [0, 1], car sa dérivée
p.p. π π π
f 0 (x) = sin − cos , ∀x ∈ (0, 1)
x x x
n'est pas L1 (0, 1). Voir [Hauchecorne, Les contre-exemples en mathématiques, Chap 5, Section 11,
Page 54] pour une preuve directe.
Exemple 2 : f (x) = x ln(x) − x est α-Höldérienne sur (0, 1) pour tout α ∈ (0, 1), mais elle n'est pas
lipschitzienne sur (0, 1).
Preuve : f ∈ C 1 ((0, 1), R) et f 0 (t) = ln(t) pour tout t ∈ (0, 1). Comme f 0 ∈/ L∞ (0, 1), alors le
théorème de Rademacher montre que f n'est pas lispchitzienne. Mais ceci se montre aussi de façon
élémentaire, en exploitant la divergence de f 0 (t) quand [t → 0] :
|f () − f (0)|
= | ln() − 1| −→ ∞ .
→0+
pour tout p ∈ (1, ∞) grâce à l'inégalité de Hölder (notons que ln(t)p est bien intégrable en t = 0
puisque ln(t)p = o(t−a ) lorsque 0 < a < 1). Pour α ∈ (0, 1) xé, on choisit p ∈ (1, ∞) de sorte que
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1
p + α = 1 et alors l'inégalité ci-dessus montre que f est α-Höldérienne.
Ainsi, sur [0, 1], Lipschitzienne ⇒ Höldérienne , mais la réciproque est fausse. C 0,α (0, 1) ⊂
C 0,β (0, 1) quand 0 < β < α 6 1 mais l'inclusion réciproque est fausse.
Proposition 4 Pour tout α ∈ (0, 1), il existe une fonction α-Höldérienne et nulle part dérivable.
Preuve : On peut construire une contre-exemple sous forme de fonction de Riemann
∞ iλn t
X e
f (t) =
λn
n=1
Proposition 5 Soit 1 < p < ∞. Alors W 1,p (0, 1) ⊂ C 0,α (0, 1) avec α = 1 − p1 , mais l'inclusion
réciproque est fausse.
Preuve : Soit p ∈ (1, ∞) et f ∈ W 1,p (0, 1) : f ∈ Lp (0, 1) et sa dérivée distributionnelle f 0 ∈ D0 (0, 1)
est dans Lp (0, 1). Comme on l'a fait avec p = 2 dans le chapitre sur les topologies faibles (section
consacrée à H 1 (0, 1)), on peut montrer que
Z x
f (x) − f (y) = f 0 (t)dt pour presque tout x, y ∈ (0, 1)
y
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