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Dualite LP

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Chapitre 3 : Dualité dans les Lp

Table des matières


1 Espaces Lp (X, C, ν) 1
2 Le théorème de dualité 3
3 Le théorème de Radon-Nikodym 5
3.1 Préliminaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
3.2 Enoncé et preuve . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
3.3 Discussion sur les hypothèses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9

4 Preuve de la surjectivité (p 6= 2) 9
5 Exercices 12
6 Application : le théorème de Rademacher 13
6.1 Enoncé et démonstration . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
6.2 Discussion autour du théorème de Rademacher . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
6.2.1 Intégration et dérivation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
6.2.2 Et les fonctions Höldériennes ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16

1 Espaces Lp (X, C, ν)
Denition 1 Soit (X, M) un espace mesurable (les éléments de M sont les ensembles mesurables).
Une mesure positive est une application ν : M → [0,P∞] telle que, pour toute suite (An )n∈N
d'ensembles mesurables 2 à 2 disjoints alors ν (∪n∈N An ) = ∞n=0 ν(An ). On dit alors que (X, ν) est
un espace mesuré.
La mesure positive ν est bornée si ν(X) < ∞.
Elle est σ-nie si X est la réunion d'une famille dénombrable d'ensembles mesurables de mesure
nie.
Soit (X, ν) un espace mesuré et p ∈ [1, ∞). On dénit
 Z 
Lp (X, R, ν) := f : X → R mesurable; |f (x)|p dν(x) < ∞ .
X

Sur cet espace, la quantité


Z 1/p
p
kf kLp := |f (x)| dν(x)
X
dénit une semi-norme : f ∈ et kf kLp = 0 implique f = 0 ν -p.p. Pour obtenir un evn, on
Lp
doit quotienter Lp par la relation d'équivalence 'f ∼ g ssi f = g ν -p.p.'. On obtient alors l'espace
Lp (X, R, ν) := Lp (X, R, ν)/ ∼.
Lorsque p = ∞, on dénit de même

L∞ (X, R, ν) := {f : X → R mesurable; ∃C > 0, |f | 6 C ν − p.p.} ,


kf kL∞ := min{C > 0; |f | 6 C ν − p.p.}
et L∞ (X, R, ν) := L∞ (X, R, ν)/ ∼.

EXERCICE 1 : Quelles relations d'inclusion entre les espaces Lp (X, C, ν) ?

1
 
1. Si ν(X) < ∞ alors Lp (X, C, ν) est décroissante pour l'inclusion et l'injection Lp ⊂ Lq
p∈[1,∞]
pour p > q est continue (Hölder).
2. Si ν n'est pas bornée alors il n'y a pas d'inclusion en général :
x 1[1,∞) (x) ∈ L (R) mais ∈ / L1 (R),
1 2

√1 1(0,1] (x) ∈ L1 (R) mais ∈/ L2 (R).


x
3. Si 1 6 r < p < s 6 ∞ alors Lp (X, C, ν) ⊂ Lr ∩ Ls (X, C, ν) et (inégalité d'interpolation,
conséquence de Hölder)

1 θ 1−θ
kf kp 6 kf kθr kf k1−θ
s , ∀f ∈ Lp , où θ ∈ (0, 1) est tel que = + .
p r s

4. Est ce que f ∈ ∩16p<∞ Lp (X, C, ν) implique f ∈ L∞ (X, C, ν) ? Non, pas necessairement. Par
exemple pour X = (0, 1) et ν la mesure de Lebesgue, la fonction ln ∈ Lp (0, 1) pour tout
p ∈ [1, ∞), mais ∈
/ L∞ (0, 1).
   
5. En revanche, f ∈ ∩16p<∞ Lp (X, C, ν) et kf kp 6 C , ∀p ∈ [1, ∞) ⇒ f ∈ L∞ (X, C, ν) .

En eet, si Am := {|f | > m} est de mesure > 0 alors C > kf kp > mν(Am )1/p pour tout
p ∈ [1, ∞) donc en passant à la limite [p → ∞], on obtient C > m. On en déduit que f ∈ L∞
et kf k∞ 6 C .

EXERCICE 2 : Comparaison des topologies


1. Sur Ls ∩ Lr , les suites convergentes pour [Link] et [Link] ne sont pas les mêmes :
fn := n1 1[0,n] (x) −→ 0 dans L2 (R) mais pas dans L1 (R) car kfn kL1 = 1.

fn := n1[0,1/n] (x) −→ 0 dans L1 (R) mais pas dans L2 (R) car kfn kL2 = 1.
2. Donc les normes [Link] et [Link] ne sont pas équivalentes sur Ls ∩ Lr , les topologies associées sont
diérentes.

EXERCICE 3 : Est ce que k.k∞ = limp→∞ [Link] ?


1. Si ν(X) < ∞ et f ∈ L∞ (X, C, ν) alors kf k∞ = limp→∞ kf kp .
En eet, pour tout p ∈ [1, ∞), on a kf kp 6 kf k∞ ν(X)1/p donc

lim sup kf kp 6 kf k∞ . (1)


p→∞

De plus, pour tout  > 0, A := {|f | > kf k∞ − } est de mesure > 0 et


Z 1/p Z 1/p  
p p
kf kp = |f (x)| dν(x) > |f (x)| dν(x) > kf k∞ −  ν(A )1/p
X A

donc lim inf p→∞ kf kp > kf k∞ − . Ceci est vrai pour tout  > 0 donc

lim inf kf kp > kf k∞ . (2)


p→∞

On déduit de (1) et (2) que (kf kp )p∈[1,∞) converge vers kf k∞ quand [p → ∞].
2. Si r ∈ [1, ∞), f ∈ ∩r6p<∞ Lp (X, C, ν) et f ∈
/ L∞ (X, C, ν) alors kf kp → ∞ quand [p → ∞].
En eet, pour tout M > 0, AM := {|f | > M } est de mesure > 0 et kf kp > M ν(AM )1/p pour
tout p ∈ [r, ∞) donc lim inf p→∞ kf kp > M . Ceci est vrai pour tout M > 0 donc kf kp → ∞
quand [p → ∞].

2
2 Le théorème de dualité
L'objectif de ce cours est de démontrer le théorème suivant.
Théorème 1 Soit (X, ν) un espace mesuré σ-ni et p, p0 ∈ [1, ∞] des exposants conjugués : p1 + p10 = 1.
1. Pour tout f ∈ Lp (X, C, ν)
0

Φ(f ) : Lp (X, C, ν) → RC
g 7→ X gf dν
est une forme linéaire continue sur Lp (X, C, ν).
0
2. Φ : Lp (X, C, ν) → Lp (X, C, ν) est une isométrie.
0


3. Si p < ∞ alors Φ est surjective : pour toute forme linéaire continue ξ sur Lp (X, C, ν), il existe
une unique fonction f ∈ Lp (X, C, ν) telle que
0

Z
ξ(f ) = f gdν , ∀g ∈ Lp (X, C, ν) ,
X

de plus kf kLp0 (X,C,ν) = kξkLp (X,C,ν)0 . Ceci permet d'identier Lp au dual de Lp .


0

4. L1 ⊂ (L∞ )0 mais L1 6= (L∞ )0 .


Preuve des énoncés 1, 2, 4 et 3 avec p=2 :
1. L'inégalité de Hölder justie la continuité et kΦ(f )k(Lp )0 6 kf kLp0 .
0
2. Soit f ∈ Lp (X, C, ν). Montrons que kΦ(f )k(Lp )0 = kf kLp0 . On a f = |f |u où u est une fonction
mesurable de module 1.
0
1er cas : 1 < p < ∞. La fonction g := u|f |p −1 appartient à Lp (X, C, ν) car p(p0 − 1) = p0 et
Z 1/p Z 1/p
p p 0 p0 /p
kgkLp = |g| dν = |f | dν = kf kLp0 .
X X
On a Z
0 0
Φ(f ).g = u|f |u|f |p −1 dν = kf kpLp0
X
et
p0 /p
|Φ(f ).g| 6 kΦ(f )k(Lp )0 kgkLp = kΦ(f )k(Lp )0 kf kLp0
donc
0 p0 /p
kf kpLp0 6 kΦ(f )k(Lp )0 kf kLp0
p0
ce qui fournit la conclusion, puisque p0 − p = 1.

2e cas : p = ∞. Alors g := u ∈ L∞ (X, C, ν), kgkL∞ = 1 et Φ(f ).g = kf kL1 donc kΦ(f )k(L∞ )0 >
kf kL1 .

3e cas : p = 1. Soit A ⊂ X mesurable de mesure nie. Alors g := u1A appartient à L1 (X, C, ν),
Z Z
Φ(f ).g = u|f |udν = |f |dν
A A
et
|Φ(f ).g| 6 kΦ(f )k(L1 )0 kgkL1 = kΦ(f )k(L1 )0 ν(A) ,
donc Z
|f |dν 6 kΦ(f )k(L1 )0 ν(A) .
A
On en déduit que kf k∞ 6 kΦ(f )k(L1 )0 (voir Lemme 1 ci-dessous).

3
3. Lorsque p = 2, c'est le théorème de Riesz [voir Hirsh-Lacombe].
4. Si on omet l'hypothèse d'espace σ -ni, alors un contre-exemple simple est X = {a, b} avec
ν({a}) = ∞ et ν({b}) = 0. Alors

L1 (X, R, ν) = {f : X → R ∪ {±∞}; f (a) = 0}


L∞ (X, R, ν) = {f : X → R ∪ {±∞}; |f (a)| < ∞}

donc L1 (X, R, ν) = {0} et L∞ (X, R, ν) = R.

Montrons également que L1 (R) 6= L∞ (R)0 , i.e. X = R et ν =mesure de Lebesgue.


Pour ϕ ∈ Cc∞ (R), on dénit ξ(ϕ) := ϕ(0). Alors ξ est une forme linéaire continue sur (Cc∞ (R), k.k∞ )
de norme = 1. D'après le théorème de Hahn-Banach, elle se prolonge en une forme linéaire conti-
nue ξe sur L∞ (R) de norme 1. Par l'absurde, supposons qu'il existe u ∈ L1 (R) telle que
Z
ξ(g) =
e u(x)g(x)dx , ∀g ∈ L∞ (R) .
R

Alors, en particulier, Z
ϕ(0) = u(x)ϕ(x)dx , ∀ϕ ∈ Cc∞ (R) .
R
Soit ρ ∈ Cc∞ (R) telle que ρ(0) = 1. Pour n ∈ N∗ , on considère ϕn (x) := ρ(nx). Alors ϕn ∈
Cc∞ (R) donc Z
1 = ϕn (0) = u(x)ϕn (x)dx , ∀n ∈ N∗ . (3)
R
Or,
ϕn (x)u(x) → 0 , pour presque tout x ∈ R ,
|ϕn (x)u(x)| 6 kρk∞ |u(x)| ∈ L1 (R) , ∀n ∈ N∗ ,
(chapeau intégrable indépendant de n) donc, par le théorème de convergence dominée,
Z
u(x)ϕn (x)dx −→ 0 .
R n→∞

Ceci contredit (3). En conclusion, la forme linéaire continue ξe sur L∞ (R) n'admet pas de repré-
sentant dans L1 (R).

Cette preuve se généralise facilement avec X = Ω ouvert de RN . 

Remarque 1 Le même argument montre que la distribution δ0 dénie par


hδ0 , ϕiD0 ,D := ϕ(0) , ∀ϕ ∈ Cc∞ (R)

n'admet pas de représentant dans L1loc (R) : δ0 ∈ D0 (R) mais δ0 ∈/ L1loc (R).
Lemme 1 Soit (X, ν) un espace mesuré σ-ni, f : X →C ν -mesurable et C > 0.
mesurable de mesure nie et .
R  
|f |dν 6 Cν(A) , ∀A ⊂ X ⇒ f ∈ L ∞ (X, C, ν) kf k ∞ 6 C
A L

Preuve : Soit (Xn )n∈N une partition de X en ensembles de mesure nie et B := {|f | > C}. Pour
tout n ∈ N, on a Z
06 1B∩Xn (|f | − C)dν car (|f | − C) > 0 sur B ∩ Xn ,
X

4
et Z Z
1B∩Xn (|f | − C)dν = |f |dν − Cν(B ∩ Xn ) 6 0 par hypothèse,
X B∩Xn

donc 1B∩Xn (x)(|f (x)| − C) = 0 pour ν -presque tout x ∈ X . Comme (|f | − C) > 0 sur B ∩ Xn , on en
déduit que ν(B ∩ Xn ) = 0. Alors ν(B) = n∈N ν(B ∩ Xn ) = 0. 
P

Dans le Théorème 1, seule la surjectivité, pour p 6= 2, est vraiment délicate à démontrer. La preuve
présentée dans ce cours suit celle de [Rudin, Analyse réelle et complexe, Chap 6]. Elle repose sur le
théorème de Radon-Nikodym.

3 Le théorème de Radon-Nikodym

3.1 Préliminaires

Denition 2 Soit (X, M) un espace mesurable.


Une mesure à valeurs complexes sur (X, M) est une application P µ : M 7→ C telle que,
pour toute suiteP(An )n∈N d'ensembles mesurables 2 à 2 disjoints, alors µ(An ) converge dans C et
µ (∪n∈N An ) = ∞ n=0 µ(An ).
La mesure variation |µ| associée est dénie par

( )
et les An sont 2 à 2 disjoints
X
|µ|(A) := sup |µ(An )|; A = ∪n∈N An .
n=0

Remarque 2 Soit (An )n∈N une suite d'ensembles P mesurables 2 à 2 disjoints.


Si ν est un mesure positive, alors la série ν(An ) peut diverger.
Si µ est une mesure à valeurs complexes alors (µ(An ))n∈N est une famille sommable (voirP chapitre
suivant : changer l'ordre de sommation ne change pas la valeur de la somme), la série µ(An )
converge absolument.
Si ν est une mesure positive et µ = f ν avec f ∈ L1 (X, C, ν) alors |µ| = |f |ν (exercice).
Proposition 1 Soit (X, M) un espace mesurable et µ une mesure à valeurs complexes sur (X, M).
Alors |µ| est une mesure positive bornée sur (X, M).
Preuve : Vérions que |µ| est une mesure positive (son caractère borné est démontré dans [Rudin,
Théorème 6.4]).
Remarquons d'abord que, si A ⊂ B alors |µ|(A)| 6 |µ|(B). En eet, si (An )n∈N est une partition
de A alors on obtient une partition de B en lui ajoutant B \ A.
P∞
Soit (An )n∈N une suite d'ensembles mesurables 2 à 2 disjoints. On va montrer que n=0 |µ|(An ) =
|µ| (∪n∈N An ). On peut supposer le membre de droite ni.

Etape 1 : Montrons que n=0 |µ|(An ) 6 |µ| (∪n∈N An ). Comme le membre de droite est ni, alors
P∞
|µ|(An ) < ∞ pour tout n ∈ N, d'après la remarque précédente. Soit  > 0. Par dénition de |µ|, il
existe une partition An = ∪k∈N Bn,k telle que

X 
|µ|(An ) 6 |µ(Bn,k )| + .
2n+1
k=0

5
Alors (Bn,k )(n,k)∈N2 est une partition (dénombrable) de ∪n∈N An donc
  ∞ ∞  ∞
X X   X
|µ| ∪ An > |µ(Bn,k )| > |µ|(An ) − = |µ|(An ) −  .
n∈N 2n+1
n,k=0 n=0 n=0

Etape 2 : Montrons que |µ| (∪n∈N An ) 6 . Soit (Ck )k∈N une partition de ∪n∈N An .
P∞
n=0 |µ|(An )
Alors

X ∞ X
X ∞ ∞ X
X ∞ ∞
X
|µ(Ck )| = µ(Ck ∩ An ) 6 |µ(Ck ∩ An )| 6 |µ|(An ) .
n=0 n=0 k=0 n=0 k=0 n=0

On obtient la conclusion en passant au sup sur (Ck )k∈N . 

Proposition 2 Soit (X, M) un espace mesurable et µ une mesure à valeurs complexes sur (X, M).
Alors µ s'écrit µ = µ1 − µ2 + iµ3 − iµ4 où les µj sont des mesures positives bornées sur (X, M) telles
que µj 6 |µ|.
Preuve : Si µ est à valeurs réelles, on prend µ+ := 1
2 (|µ| + µ) et µ− := 21 (|µ| − µ). Si µ est à valeurs
complexes, on sépare < et =. 

Cette proposition permet de ramener le cas général des mesures complexes à celui des mesures
positives bornées.

Denition 3 Soit (X, M) un espace mesurable, ν une mesure positive sur (X, M) et µ une mesure
à valeurs complexes sur (X, M). µ est absolument continue par rapport à ν (ce qui se note
µ << ν ) si
∀A ∈ M , ν(A) = 0 ⇒ µ(A) = 0 .

Exemple : Si f ∈ L1 (X, C, ν) alors µ := f ν << ν .

Proposition 3 Si µ << ν alors |µ| << ν .


Preuve : Soit A ∈ M tel que ν(A) = 0. Soit (An )n∈N P une partition de A. Alors ν(An ) = 0 , ∀n ∈ N
donc (absolue continuité) µ(An ) = 0 , ∀n ∈ N. Alors ∞
n=0 |µ(An )| = 0. En passant au sup sur (An ),
on obtient |µ|(A) = 0. 

Lemme 2 Soit (X, ν) un espace mesuré et f : X → R+ mesurable. Il existe une suite croissante
(sn )n∈N∗ de fonctions étagées > 0 mesurables telles que f (x) = limn→∞ sn (x) pour ν -presque tout
x ∈ X.

Preuve [Rudin, Thm 1.17] : Pour tout n ∈ N∗ et t ∈ [0, ∞), on note kn (t) l'unique entier k ∈ N
tel que k
2n 6t< k+1
2n et (faire un dessin)
kn (t)
si 0 6 t < n ,

ϕn (t) := 2n
n si t > n .

Alors
1
|ϕn (t) − t| 6
, ∀t ∈ [0, n] .
2n
Soit f : X → R+ mesurable. Alors sn := ϕn of est étagée (son image est nie), mesurable [voir Rudin
Thm 1.12 (d) : composition borélienne/mesurable], croissante et converge simplement vers f . 

6
3.2 Enoncé et preuve

Théorème 2 Soit (X, M) un espace mesurable, ν une mesure positive σ-nie et µ une mesure com-
plexe (resp. positive). Les énoncés suivants sont équivalents.
1. µ << ν
2. Il existe g : X → C (resp. R∗+ ) mesurable telle que µ = gν .
g est unique, appelée 'dérivée de Radon-Nikodym de µ par rapport à ν ' et notée dµ
dν .

Remarque 3 A postoriori, on voit que g ∈ L1 (X, C, ν) puisque |g|dν = |µ|(X) < ∞.


R
X

Le preuve du théorème de Radon Nikodym (1 ⇒ 2) repose essentiellement sur le théorème de


Riesz dans L2 (X, C, ν). Pour s'y ramener, on utilise les résultats préliminaires des Propositions 2 et
3, ainsi que le Lemme 3 ci-dessous.

Preuve de 1 ⇒ 2 : En vertue des Propositions 2 et 3, il sut de le démontrer pour µ positive bor-


née. En eet, sinon µ = µ1 − µ2 + iµ3 − iµ4 où µj 6 |µ| << ν et on conclut avec g = g1 − g2 + ig3 − ig4 .

Etape 1 : hypothèses supplémentaires et conclusion plus forte. On suppose, de plus, que ν est bor-
née et µ(A) 6 ν(A) pour tout A ∈ M et on va exhiber g telle que 0 6 g(x) 6 1 pour ν -presque tout
x ∈ X.
 Par linéarité, on a Z Z
f dµ 6 f dν ,
X X
pour toute fonction f étagée > 0 (combinaison linéaire nie, à coe > 0, de fonctions caracté-
ristiques d'ensembles mesurables) donc pour toute fonction f : X → [0, ∞) mesurable > 0, par
convergence monotone grâce au Lemme 2. La forme linéaire

Φ : L2 (X, C, ν) → RC
f 7→ X f dµ

est bien dénie et continue car, pour f ∈ L2 (X, C, ν)


Z Z Z 1/2
p 2
|f |dµ 6 |f |dν 6 ν(X) |f | dν
X X X

donc f ∈ L1 (X, C, µ) et
Z Z p
|Φ(f )| = f dµ 6 |f |dµ 6 ν(X)kf kL2 (ν) .
X X

D'après le théorème de Riesz, il existe g ∈ L2 (X, C, ν) telle que


Z
Φ(f ) = f gdν , ∀f ∈ L2 (X, C, ν) . (4)
X

En prenant f = 1E où E ∈ M (qui est bien dans L2 (ν) car ν est bornée) on obtient
Z Z Z
µ(E) = 1E dµ = Φ(1E ) = 1E gdν = gdν
X X E

c'est-à-dire µ = gν .

7
 En particulier, avec E = {g < 0}, on obtient
Z
0 6 µ({g < 0}) = gdν 6 0
{g<0}

donc ces quantités sont nulles et ν({g < 0}) = 0. Avec E = {g > 1}, on obtient
Z Z Z
ν({g > 1}) > µ({g > 1}) = gdν = 1{g>1} gdν > 1{g>1} dν = ν({g > 1}),
{g>1} X X

donc ces quantités sont toutes égales. En particulier,


Z
1{g>1} (g − 1)dν = 0
X

donc ν({g > 1}) = 0.


Etape 2 : On démontre R-N lorsque ν est bornée. L'Etape 1 s'applique avec µ et νe := µ + ν . On
obtient ainsi une fonction νe-mesurable g telle que 0 6 g 6 1 νe-p.p. et µ = g(µ + ν). En particulier,
on a (convergence monotone)
Z Z
f (1 − g)dµ = f gdν , ∀f : X → R+ ν − mesurable .
X X

Notons A := {x ∈ X; g(x) = 1}. On a


Z Z Z
0 = (1 − g)dµ = gdν = dν = ν(A)
A A A

donc µ(A) = 0 (absolue continuité). Soit B ∈ M. On a


Z Z Z
c c 1B∩Ac 1B∩Ac g1Ac
µ(B) = µ(B ∩ A) + µ(B ∩ A ) = µ(B ∩ A ) = (1 − g)dµ = gdν = dν
X 1 − g X 1 − g B −g
1
1B∩Ac dµ g1Ac
car 1−g est mesurable > 0. Ceci fournit la conclusion avec dν = 1−g .

Etape 3 : On démontre R-N dans le cas général. En vertue du Lemme 3, il existe f ∈ L1 (X, R∗+ , ν)
telle que µ << ν << f ν . Or f ν est une mesure positive et bornée donc l'Etape 2 s'applique : il existe
g : X → R+ f ν -mesurable telle que µ = gf ν . On obtient la conclusion avec dµ
dν = gf . 

Lemme 3 Soit (X, ν) un espace mesuré σ-ni. Il existe une fonction f ∈ L1 (X, R∗+ , ν) telle que
f ν << ν et ν << f ν . ('mesures équivalentes').

Preuve : Comme ν est σ -nie, alors il existe une partition (Xk )k∈N de X formée d'ensembles mesu-
rables de mesure nie. On obtient la conclusion avec

X 1 1Xk
f := k
. 
2 1 + ν(Xk )
k=0

Remarquons que notre preuve de R-N démontre aussi la décomposition de Lebesgue-Radon-


Nikodym.

Théorème 3 Soit (X, M) un espace mesurable, ν une mesure positive σ-nie et µ une mesure com-
plexe (resp. positive) sur (X, M). Alors il existe h : X → C (resp. R+ ) ν -mesurable et µ1 mesure
étrangère à ν telle que µ = µ1 + hν .
Preuve : Prendre µ1 := 1A µ lorsque µ n'est pas << ν . 

8
3.3 Discussion sur les hypothèses

Le Théorème 2 reste valable si µ est une mesure positive non bornée et σ -nie. Pour le démontrer,
on considère une partition X = ∪Xn où µ(Xn ) < ∞ pour tout n ∈ N, ce qui fournit des fonctions
gn ∈ L1 (Xn , R+ , ν) qu'on recolle. Toutefois, il n'est plus vrai que g est L1 (X, C, ν).

L'hypothèse 'ν est σ -nie' est nécessaire.


Contre-exemple : [Rudin, n de paragraphe 6.10] Considérons
 ν = mesure de comptage sur la σ -algèbre des ensembles Lebesgue-mesurables : elle est positive,
mais pas σ -nie.
 µ = λ=mesure de Lebesgue sur (0, 1) : elle est positive bornée.
Il n'existe pas de fonction h ∈ L1 ((0, 1), R+ , ν) telle que λ = hν .

Preuve : Par l'absurde, supposons qu'il existe h ∈ L1 (X, R+ , ν) telle que λ = hν . Notons Supp(h) :=
{a ∈ (0, 1); h(a) 6= 0}. Alors
X X
1 = λ(0, 1) = h(a) = h(a)
a∈(0,1) a∈Supp(h)

donc Supp(h) est dénombrable. Alors λ[Supp(h)] = 0. Or


X
λ[Supp(h)] = h(a) = 1 : contradiction. 
a∈Supp(h)

4 Preuve de la surjectivité (p 6= 2)
Soit (X, M, ν) un espace mesuré σ -ni, p ∈ [1, ∞) et ξ ∈ (Lp (X, C, ν))0 . On cherche f ∈
p0
L (X, C, ν) tel que Φ(f ) = ξ , c'est-à-dire
Z
ξ(g) = gf dν , ∀g ∈ Lp (X, C, ν) .
X

Preuve lorsque ν est bornée : Pour tout A ∈ M, 1A ∈ Lp (X, C, ν) parce que ν est bornée donc
µ(A) := ξ(1A ) est bien deni.

Etape 1 : Montrons que µ est une mesure à valeurs complexes << ν et appliquons R-N.
 Soit (An )n∈N une suite d'ensembles mesurables 2 à 2 disjoints. Comme ν est bornée alors
ν(∪n∈N An ) < ∞ donc la série ν(An ) converge dans [0, ∞) (cf dénition de 'mesure positive').
P
Ainsi p
R 1An dν car les An sont 2 à 2 disjoints
R P R P
X n>N 1An dν = P X n>N
= Pn>N X 1An dν par Fubini Tonelli (positif)
= n>N ν(An ) −→ 0 quand N → ∞ .
Ceci montre que la série An converge dans L (X, C, ν). Alors, par linéarité
p et continuité de
P
1P
p , la série ξ(1An ) converge dans C (cad que la série µ(An ) converge) et
P
ξP: L (X, C, ν) → RP
∞ ∞
n=0 ξ (1An ) = ξ ( n=0 1An ). On a donc
∞ ∞ ∞
!
 X X X
µ (∪n∈N An ) = ξ 1∪n∈N An = ξ 1An = ξ (1An ) = µ(An ) .
n=0 n=0 n=0

Ainsi, µ est une mesure à valeurs complexes.

9
 Soit A ⊂ X mesurable tel que ν(A) = 0. Alors 1A (x) = 0 pour ν -presque tout x ∈ X donc
1A = 0 dans Lp (X, C, ν) et µ(A) = ξ(1A ) = ξ(0) = 0. Ceci montre que µ << ν .
 Le théorème de R-N fournit f ∈ L1 (X, C, ν) telle que µ = f ν :
Z
ξ(1A ) = 1A f dν , ∀A ⊂ X mesurable .
X

Par linéarité, on en déduit que


Z
ξ(g) = f gdν , ∀g : X → C étagée .
X

Etape 2 : Montrons que


Z
ξ(g) = f gdν , ∀g ∈ L∞ (X, C, ν) . (5)
X

Soit g ∈ L∞ (X, C, ν). Il existe une suite (gn )n∈N de fonctions étagées qui converge uniformément vers
g : kgn − gkL∞ (X,ν) → 0. [voir la preuve du Lemme 2]. Alors
n→∞
Z
ξ(gn ) = f gn dν , ∀n ∈ N . (6)
X

On a d'une part Z Z
f gdν − f gn dν 6 kf kL1 (X,ν) kg − gn kL∞ (X,ν) −→ 0
X X n→∞

et d'autre part

|ξ(g) − ξ(gn )| 6 kξk(Lp )0 kgn − gkLp 6 kξk(Lp )0 kgn − gkL∞ ν(X)1/p .

On obtient (5), en passant à la limite dans (6).


0
Etape 3 : Montrons que f ∈ Lp (X, C, ν). On a f = u|f | où u est une fonction mesurable de mo-
dule = 1 ν -p.p.

1er cas : p > 1, i.e. p0 < ∞. Notons Ck := {|f | 6 k} et gk := u|f |p −1 1Ck Alors gk ∈ L∞ (X, C, ν)
0

donc Z Z
0
ξ(gk ) = f gk dν = |f |p dν
X Ck
et Z 1/p Z 1/p
p(p0 −1) p0
kgk kLp = |f | = |f | .
Ck Ck

L'inégalité |ξ(gk )| 6 kξk(Lp )0 kgk kLp se ré-éecrit


Z Z 1/p
p0 p0
|f | dν 6 kξk(Lp )0 |f |
Ck Ck

donc Z
0 0
|f |p dν 6 kξkp(Lp )0 .
Ck
0
Ceci est vrai pour tout k ∈ N donc (CVM) f ∈ Lp (X, C, ν).

10
2e cas : p = 1, i.e. p0 = ∞. Pour tout A ⊂ X mesurable g := u1A ∈ L∞ (X, C, ν) donc
Z Z
ξ(g) = f gdν = |f |dν .
X A

L'inégalité |ξ(g)| 6 kξk(L1 )0 kgkL1 se ré-écrit


Z
|f |dν 6 kξk(L1 )0 ν(A) , ∀A ⊂ X mesurable.
A

Donc, d'après le Lemme 1, f ∈ L∞ (X, C, ν).

Etape 4 : Montrons que ξ = Φ(f ). ξ et Φ(f ) sont deux formes linéaires continues sur Lp (X, C, ν),
qui coincident sur le sev dense L∞ (X, C, ν), donc elles coincident sur tout l'espace. 

Preuve lorsque ν est seulement σ -nie : Il existe une suite croissante (Cn )n∈N d'ensembles
mesurables de mesure ν nie tels que X = ∪Cn .
 Le premier cas s'applique, pour tout n ∈ N, à l'espace mesuré (Cn , ν1Cn ) et la forme linéaire
0
ξn (g) := ξ(g1Cn ) pour g ∈ Lp (Cn , C, ν1Cn ). Ainsi, pour tout n ∈ N, il existe fn ∈ Lp (Cn , C, νn )
unique tel que Z
ξ(g1Cn ) = fn gdν , ∀g ∈ Lp (Cn , C, νn ) ,
Cn

de plus, Z
0 0 0
|fn |p dν 6 kξn kp(Lp (Cn ,C,νn ))0 6 kξkp(Lp (X,C,ν))0 , ∀n ∈ N . (7)
Cn

L'unicité de fn (Φ est une isométrie) implique que fn+1 |Cn = fn , ν -p.p. Alors on peut dénir
f : X → C mesurable telle que f |Cn = fn pour tout n ∈ N. L'inégalité (7) implique alors
0
f ∈ Lp (X, C, ν) par CVM.
 Montrons que Φ(f ) = ξ , c'est à dire
Z
ξ(g) = f gdν , ∀g ∈ Lp (X, C, ν) .
X

Soit g ∈ Lp (X, C, ν). Alors (g − g1Cn ) → 0 ν -p.p. et |g − g1Cn |p 6 |g|p ∈ L1 (X, ν) donc (CVD)
kg − g1Cn kLp (X,ν) −→ 0. Par construction, on a
n→∞
Z
ξ(g1Cn ) = f g1Cn dν , ∀n ∈ N . (8)
X

Or, on a, d'une part,

|ξ(g) − ξ(g1Cn )| 6 kξk(Lp )0 kg − g1Cn kLp −→ 0


n→∞

et d'autre part (Hölder)


Z Z
f gdν − f g1Cn dν 6 kf kLp0 kg − g1Cn kLp .
X X

On conclut en passant à la limite dans (8). 

11
5 Exercices
Exercice 1 : Soit p ∈ [1, ∞) et f ∈ L1loc (R) telle que
Z
f ϕdx 6 kϕkLp (R) , ∀ϕ ∈ Cc∞ (R) .
R

Que dire de f ?
0
On va montrer que f ∈ Lp (R).
Cc∞ (R) est dense dans (Lp (R), [Link] (R) ) et la forme linéaire ϕ ∈ Cc∞ (R) 7→ R f ϕdx est continue
R

sur (Cc∞ (R), [Link] (R) ) donc (théorème de prolongement des applications uniformément continues), elle
0
se prolonge en ξ ∈ (Lp (R))0 . Par le théorème de dualité, il existe h ∈ Lp (R) telle que ξ = Φ(h). En
particulier, Z Z
f ϕdx = hϕdx , ∀ϕ ∈ Cc∞ (R) .
R R

Ainsi, (f − h) ∈ L1loc (R) et (f − h) = 0 dans D0 (R) donc f = h p.p. (revoyez la preuve de cette
implication dans [Hirsh-Lacombe Prop 2.2 page 234] ou la preuve alternative par convolution ci-
0
dessous]) En particulier, f ∈ Lp (R).

Lemme 4 Soit f ∈ L1loc (R) telle que f = 0 dans D0 (R) alors f = 0 p.p.
Preuve : Soit f ∈ L1loc (R) telle que
Z
f (x)ϕ(x)dx = 0 , ∀ϕ ∈ Cc∞ (R) .
R

Soit ρ ∈ Cc∞ (R) telle que


Z
0 6 ρ 6 1, Supp(ρ) ⊂ (−1, 1) , ρ(x)dx = 1
R

et ρn (x) := nρ(nx) pour n ∈ N∗ . Soit x0 ∈ R. Alors f 1(x0 −2,x0 +2) ∈ L1 (R) donc ρn ∗ f 1(x0 −2,x0 +2)
converge vers f 1(x0 −2,x0 +2) dans L1 (R), en particulier, elle converge vers f dans L1 (x0 − 1, x0 + 1).
Or, Z x0 +2 Z

ρn ∗ f 1(x0 −2,x0 +2) (x) = f (y)ρn (x − y)dy = f (y)ρn (x − y)dy
x0 −2 R

car la dernière intégrande est nulle quand y ∈ / (x − 1/n, x + 1/n). Par hypothèse, on a donc ρn ∗
f 1(x0 −2,x0 +2) ≡ 0 sur (x0 −1, x0 +1) pour tout n ∈ N∗ . On en déduit que f = 0 dans L1 (x0 −1, x0 +1).
Ceci est vrai pour tout x0 ∈ R donc f = 0 p.p. 

Exercice 2 : Soit p ∈ [1, ∞) et T : Lp (R) → Cb0 (R) une application linéaire continue qui commute
avec les translations :

kT (g)kL∞ (R) 6 CkgkLp (R) et T (τa g) = τa T (g) , ∀g ∈ Lp (R) , a ∈ R

où τa g(x) := g(x − a). Que dire de T ?


0
On va montrer qu'il existe f ∈ Lp (R) telle que T (g) = f ∗ g pour tout g ∈ Lp (R). La forme
linéaire
ξ : Lp (R) → R
g 7→ T (g)(0)

12
est bien dénie (car T (g) est continue donc peut être évaluée en x = 0) et continue car

|ξ(g)| 6 kT (g)kL∞ (R) 6 CkgkLp (R) , ∀g ∈ Lp (R) .


0
Par le théorème de dualité, il existe f ∈ Lp (R) tel que ξ = Φ(f ), cad
Z
T (g)(0) = f gdx , ∀g ∈ Lp (R) .
R

Soit g ∈ Lp (R) et x ∈ R. On a
Z Z
T (g)(x) = τ−x [T (g)](0) = T [τ−x g](0) = f (y)g(y + x)dy = f (z − x)g(z)dz
R R

ainsi T (g) = g ∗ fe où fe(x) = f (−x).


0
Réciproquement, on peut montrer que Lp ∗ Lp ⊂ C00 (R) lorsque 1 < p < ∞ et L1 ∗ L∞ ⊂ Cu,b 0 (R).

Indication : approcher f ∈ L (R), en norme [Link] (R) par une fonction Cc (R) lorsque 1 6 q < ∞).
q ∞

6 Application : le théorème de Rademacher

6.1 Enoncé et démonstration

Le but de cette section est de démontrer le théorème de Rademacher.

Théorème 4 Soit I un intervalle de R et f : I → R. Il y a équivalence entre les énoncés suivants


1. f est lipschitzienne sur I : il existe M > 0 telle que
|f (x) − f (y)| 6 M |x − y| , ∀x, y ∈ I .

2. il existe une fonction g ∈ L∞ (I) telle que f (x) − f (y) = yx g(t)dt pour tous x, y ∈ I ,
R

3. f est dérivable p.p., f 0 ∈ L∞ (I) et f (x) − f (y) = yx f 0 (t)dt pour tous x, y ∈ I .


R

2 ⇒ 3 résulte du théorème de Lebesgue [reproduit dans le thm 5 ci-dessous ; voir Rudin, Analyse
réelle et complexe, Thm 7.7]. 3 ⇒ 1 est facile. Nous allons démontrer 1 ⇒ 2.

Preuve de 1. ⇒ 2 avec I=R : Soit f : R → R M -lipschitzienne. On dénit une forme linéaire ξ


sur Cc∞ (R) par Z
ξ(ϕ) := − f (x)ϕ0 (x)dx , ∀ϕ ∈ Cc∞ (R) .
R
(en fait ξ = f0 au sens des distributions D0 (R)).

Etape 1 : Montrons que ξ est continue sur Cc∞ (R) muni de la norme k.kL1 (R) . Soit ϕ ∈ Cc∞ (R),
R > 0 tel que Supp(ϕ) ⊂ (−R, R) et
   
1
ϕn (x) := n ϕ x + − ϕ(x) , ∀x ∈ R , n ∈ N∗ .
n

Alors
f (x)ϕn (x) −→ f (x)ϕ0 (x) , ∀x ∈ R ,
n→∞
|f (x)ϕn (x)| 6 kϕ0 kL∞ (R) |f (x)|1[−R−1,R+1] (x) , ∀x ∈ R , n ∈ N∗ , par IAF

13
le 2nd membre de droite est L1 (R) et indépendant de n ∈ N∗ donc, par le théorème de convergence
dominée Z Z
0
ξ(ϕ) := − f (x)ϕ (x)dx = − lim f (x)ϕn (x)dx .
R n→∞ R
Or, pour tout n ∈ N∗ , on a
= RR f (x)n ϕ x + n1  − ϕ(x) dx
R R   
R f (x)ϕn (x)dx
= RRϕ(x)n f x − n1 − f (x) dx par CVAR
6 M R |ϕ(x)|dx .
Ceci montre que
|ξ(ϕ)| 6 M kϕkL1 (R) , ∀ϕ ∈ Cc∞ (R) .
Etape 2 : Prolongeons ξ à L1 (R) et appliquons le théorème de dualité. Cc∞ (R) est dense dans L1 (R)
(preuve par convolution et troncature, voir Brézis). Le théorème de prolongement
 des applications

uniformément continues permet de prolonger ξ en une forme linéaire continue ξ : L1 (R), k.kL1 → R
e
continue . Le théorème de dualité fournit alors g ∈ L∞ (R) tel que
Z
ξ(ψ)
e = ψ(x)g(x)dx , ∀ψ ∈ L1 (R) .
R
En particulier, on a Z Z
0
− f (x)ϕ (x)dx = g(x)ϕ(x)dx , ∀ϕ ∈ Cc∞ (R) ,
R R
c'est-à-dire f 0 = g dans D0 (R).

Etape 3 : Montrons que (f − h)0 = 0 dans D0 (R), où h(x) := g(t)dt. Soit ϕ ∈ Cc∞ (R). On a
Rx
0

R ϕRixD0 ,D par
hh0 , ϕiD0 ,D = −hh,  dénition de la dérivée dans D0 (R)
0

= − R 0 g(t)dt ϕ0 (x)dx par dénition de la distribution


 associée à une fn L1loc (R)
R∞ Rx R0 R0
= − x=0 t=0 g(t)dt ϕ (x)dx + x=−∞ t=x g(t)dt ϕ0 (x)dx
 0
R∞ R∞ R0 Rt
= − t=0 g(t) x=t ϕ0 (x)dxdt + t=−∞ g(t) x=−∞ ϕ0 (x)dxdt par le théorème de Fubini
R∞ R0
= R0 g(t)ϕ(t)dt + −∞ g(t)ϕ(t)dt
= RRg(t)ϕ(t)dt
= − R f (x)ϕ0 (x)dx par dénition de g
= hf 0 , ϕiD0 ,D ,
L'application du théorème de Fubini est légitime car
Z Z x  Z R Z x 
0
|g(t)|dt |ϕ (x)|dx = |g(t)|dt |ϕ0 (x)|dx 6 2RkgkL∞ kϕ0 kL1 < ∞ .
R 0 −R 0

Etape 4 : Montrons que f (x) − f (y) = g(t)dt pour tous x, y ∈ R. On déduit de l'Etape 3 et
Rx
y
du Lemme 1 du cours sur les topologies faibles qu'il existe C ∈ R tel que (f − h)(x) = C pour
presque tout x ∈ R. Comme (f − h) est continue (par hypothèse
Rx sur f et par CVD pour h) alors
f (x) = h(x) + C pour tout x ∈ R et donc f (x) − f (y) = y g(t)dt pour tous x, y ∈ R. 

Preuve de 1. ⇒ 2 lorsque I = (a, b) et −∞ < a < b < ∞ : On étend f par continuité sur [a, b]
(elle satisfait une condition de Cauchy aux extrémités) et on dénit
 f (a) si x 6 a ,

fe(x) := f (x) si a < x < b ,


f (x) = f (b) si x > b .

Alors fe est lipsichitzienne sur R donc on peut lui appliquer le résultat précédent. 

14
6.2 Discussion autour du théorème de Rademacher

6.2.1 Intégration et dérivation


Il est important de méditer la section 'Théorème fondamental du calcul' dans le Chapitre 7 de
[Rudin, analyse complexe] avant de passer l'oral de l'agrégation.

L'escalier du diable est un exemple classique, à garder en tête : il fournit un exemple de fonction
f : [0, 1] → R continue, strictement croissante, vériant f (0) = 0, f (1) = 1, dérivable p.p. avec f 0 = 0
p.p. Il montre que, pour pouvoir écrire
Z x
f (x) − f (y) = f 0 (t)dt
y

il ne sut pas que f soit dérivable p.p et de dérivée (p.p.) L1 .

Il est bon de connaître les 2 énoncés suivants (leurs preuves ne sont pas indispensables pour
l'agrégation) [voir Rudin, Analyse réelle et complexe, Thm 7.7 et Thm 7.18], ne serait-ce que pour
produire facilement des contre-exemples.

Théorème 5 (Théorème de Lebesgue) Soit f ∈ L1 (R). Alors, pour presque tout x ∈ R, on a


Z x+r
1
|f (t) − f (x)|dt −→ 0 .
2r x−r r→0

En particulier, la fonction Z x
F (x) := f (t)dt
0
est dérivable p.p. et F 0 = f p.p.
Ce théorème démontre l'implication 2 ⇒ 3 du théorème de Rademacher.
Théorème 6 (Théorème fondamental du calcul) Soit I = [a, b] un intervalle de R et f : I → R.
Il y a équivalence entre les énoncés :
1. f est absolument continue : pour tout  > 0, il existe δ > 0 tel que, pour Pn tout n ∈ N et toute

famille (α1 , β1 ),..., (αn , βn ) d'intervalles 2 à 2 disjoints de I vériant j=1 |βj − αj | < δ alors
n
X
|f (βj ) − f (αj )| <  .
j=1

2. f est dérivable p.p. sur I , sa dérivée appartient à L1 et


Z x
f (x) − f (y) = f 0 (t)dt , ∀x, y ∈ I .
y

Et donc l'escalier du diable n'est pas absolument continu...

Les implications suivantes sont vraies

lipschitzienne ⇒ absolument continue ⇒ uniformément continue

mais les réciproques sont fausses.

15
Preuve : Pour montrer que M -lipschitzienne ⇒ √
absolument continue prendre δ = /M . Pour montrer
que la réciproque est fausse, considérer f (x) = x : elle est absolument continue sur (0, 1) (elle est
C 1 de dérivée L1 (0, 1)) mais elle n'est pas lipschitzienne sur (0, 1) (sa dérivée n'est pas L∞ (0, 1)) :

f (2h) − f (h) 2−1
= √ → ∞ quand [h → 0] .
h h
Pour montrer que AC ⇒ UC, prendre n = 1. L'escalier du diable montre que la réciproque est
fausse : elle est uniformément continue sur [0, 1] grâce au théorème de Heine, mais elle n'est pas
absolument continue. Un contre-exemple plus élémentaire est

x sin πx si x ∈ (0, 1] ,
 
f (x) :=
0 si x = 0 .

qui est uniformément-continue sur [0, 1] (Heine), mais pas absolument continue sur [0, 1], car sa dérivée
p.p. π  π π 
f 0 (x) = sin − cos , ∀x ∈ (0, 1)
x x x
n'est pas L1 (0, 1). Voir [Hauchecorne, Les contre-exemples en mathématiques, Chap 5, Section 11,
Page 54] pour une preuve directe. 

6.2.2 Et les fonctions Höldériennes ?


Denition 4 Soit I un intervalle de R et α ∈ (0, 1). Une fonction f :I→R est α-Höldérienne sur
I - et on note f ∈ C 0,α (I, R) - s'il existe M > 0 tel que

|f (x) − f (y)| 6 M |x − y|α , ∀x, y ∈ I .

Exemple 1 : f (x) = xα est α-Höldérienne sur (0, 1).


Preuve pour α = 21 : Pour a, b > 0, on a
√ √ √ √ √ √
0 6 a + b 6 a + b + 2 ab = ( a + b)2 donc a+b6 a+ b.

On en déduit que, pour 0 6 y < x alors


√ √ √ √ √
| x − y| = x − y 6 x − y .

Traiter le cas α général en exercice. 

Exemple 2 : f (x) = x ln(x) − x est α-Höldérienne sur (0, 1) pour tout α ∈ (0, 1), mais elle n'est pas
lipschitzienne sur (0, 1).
Preuve : f ∈ C 1 ((0, 1), R) et f 0 (t) = ln(t) pour tout t ∈ (0, 1). Comme f 0 ∈/ L∞ (0, 1), alors le
théorème de Rademacher montre que f n'est pas lispchitzienne. Mais ceci se montre aussi de façon
élémentaire, en exploitant la divergence de f 0 (t) quand [t → 0] :
|f () − f (0)|
= | ln() − 1| −→ ∞ .
 →0+

Pour 0 < x 6 y < 1, on a


Z x Z 1 1/p
p 0
|f (x) − f (y)| = ln(t)dt 6 | ln(t)| dt |x − y|1/p
y 0

pour tout p ∈ (1, ∞) grâce à l'inégalité de Hölder (notons que ln(t)p est bien intégrable en t = 0
puisque ln(t)p = o(t−a ) lorsque 0 < a < 1). Pour α ∈ (0, 1) xé, on choisit p ∈ (1, ∞) de sorte que

16
1
p + α = 1 et alors l'inégalité ci-dessus montre que f est α-Höldérienne. 
 
Ainsi, sur [0, 1], Lipschitzienne ⇒ Höldérienne , mais la réciproque est fausse. C 0,α (0, 1) ⊂
C 0,β (0, 1) quand 0 < β < α 6 1 mais l'inclusion réciproque est fausse.

Remarque 4 La notion de fonction α-Höldérienne n'est pertinente que lorsque α 6 1, car si f ∈


C 0 (I, R) satisfait
|f (x) − f (y)| 6 M |x − y|α , ∀x, y ∈ I
avec α > 1 alors f est constante. En eet,
f (x + h) − f (x)
6 M |h|α−1 −→ 0 , ∀x ∈ I ,
h h→0

donc f est dérivable, de dérivée nulle.


Contrairement aux fonctions lipschitziennes, les fonctions Höldériennes ne sont pas forcément
dérivables p.p / absolument continues. L'exemple type de fonction α-Höldérienne, x ∈ (0, 1) 7→ xα ,
a donc tendance à induire en erreur parce qu'il est beaucoup plus régulier (C ∞ ) que la plupart des
fonctions Höldériennes.

Proposition 4 Pour tout α ∈ (0, 1), il existe une fonction α-Höldérienne et nulle part dérivable.
Preuve : On peut construire une contre-exemple sous forme de fonction de Riemann
∞ iλn t
X e
f (t) =
λn
n=1

avec λn adéquate, voir [Zuily Queelec, Thm VI.16]. 

Proposition 5 Soit 1 < p < ∞. Alors W 1,p (0, 1) ⊂ C 0,α (0, 1) avec α = 1 − p1 , mais l'inclusion
réciproque est fausse.
Preuve : Soit p ∈ (1, ∞) et f ∈ W 1,p (0, 1) : f ∈ Lp (0, 1) et sa dérivée distributionnelle f 0 ∈ D0 (0, 1)
est dans Lp (0, 1). Comme on l'a fait avec p = 2 dans le chapitre sur les topologies faibles (section
consacrée à H 1 (0, 1)), on peut montrer que
Z x
f (x) − f (y) = f 0 (t)dt pour presque tout x, y ∈ (0, 1)
y

alors l'inégalité de Hölder montre que f est α-Höldérienne.


Pour montrer que l'inclusion réciproque est fausse, considérer f : x ∈ (0, 1) 7→ xα : f est α-
Höldérienne, mais f 0 (x) = αxα−1 n'appartient pas à Lp (0, 1) avec p = 1−α
1
, donc f ∈/ W 1,p (0, 1).


17

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