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Détournement de fonds publics en bande organisée

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Cour d'Appel de Paris

Tribunal judiciaire de Paris


Cabinet de
Aude BURESI
Vice-présidente chargée de l'instruction

Cabinet de
Virginie TILMONT
Vice-présidente chargée de l'instruction

N° Parquet : 13108001454
N° de dossier : JIJI60119000011

ORDONNANCE de RENVOI devant le TRIBUNAL


CORRECTIONNEL de NON LIEU PARTIEL et de
REQUALIFICATION
Nous, Aude BURESI et Virginie TILMONT, vice-présidentes chargées de l'instruction au Tribunal
judiciaire de Paris,

Vu l'information suivie contre :

BUGSHAN Ahmed Salem


né le 6 mai 1965 à DJEDDAH (ARABIE SAOUDITE)
de BUGSHAN Salem Ahmed et de BUGSHAN Fatma
profession : homme d’affaires
nationalité : Saoudienne
demeurant : Chez Me PRADEL Martin TALMA AVOCATS 23, rue de Madrid 75008 PARIS
placé sous contrôle judiciaire : placement sous contrôle judiciaire en date du 5 juillet 2018

ayant pour avocat Maître PRADEL Martin avocat au barreau de PARIS, Maître SUR Pierre-Olivier avocat
au barreau de PARIS et Maître TREUILLAUD Raphaël avocat au barreau de GENEVE.

Mis en examen des chefs de :

COMPLICITÉ DE DÉTOURNEMENT DE FONDS PUBLICS


Pour avoir, en Suisse, en France, en Libye, à Panama, courant 2008, 2009 et depuis temps non couvert
par la prescription, été complice du délit de détournement de fonds publics reproché à Beshir SALEH,
en l’aidant ou en l’assistant sciemment dans sa préparation et sa consommation, en l’espèce en
acceptant de participer à un montage destiné à opacifier l’opération d’acquisition par le LAP Suisse
(Libyan African Portfolio) à un prix surévalué de la villa située au lieu-dit l’Etang, 342 avenue de Grasse
à Mougins (FRANCE), par l’interposition de la société panaméenne BEDUX MANAGEMENT dont il était

1
le bénéficiaire économique et de mettre à disposition ses comptes bancaires personnels au Crédit
Agricole Suisse de Genève pour faire transiter des flux financiers liés à cette opération.

Faits prévus et réprimés par les articles 121-6, 121-7, 432-15, 432-17 du code pénal (Natinf 12289),

RECEL DE DÉTOURNEMENT DE FONDS PUBLICS


Pour avoir, en Suisse, en France, en Libye, à Panama, courant 2008, 2009 et depuis temps non couvert
par la prescription, sciemment recelé le produit du détournement de fonds publics reproché à Beshir
SALEH, résultant de l’acquisition par le LAP Suisse pour le montant de 10.140.000 euros d’une villa
située au lieu-dit l’Etang, 342 avenue de Grasse, Mougins (FRANCE), dont la valeur réelle était d’environ
1,8 millions d'euros et qui était grevé d'un passif fiscal transmissible au nouvel acquéreur.

Faits prévus et réprimés par les articles 321-1 à 321-12, 432-15, 432-17du code pénal (Natinf 22048),

BLANCHIMENT DE DÉTOURNEMENT DE FONDS PUBLICS EN BANDE ORGANISÉE


Pour avoir à Paris et sur le territoire national, en Suisse, à compter de 2008, apporté son concours à
une opération de placement, de dissimulation ou de conversion du produit direct ou indirect du délit
de détournement de fonds publics, en l’espèce en participant à un montage financier consistant à faire
procéder à l’acquisition par le LAP Suisse à un prix surévalué, d’une villa située au lieu-dit l’Etang, 342
avenue de Grasse, Mougins (FRANCE), détenu par Alexandre DJOUHRI, en interposant des sociétés
écran, et notamment les sociétés AKLAL BV et BEDUX MANAGEMENT, et en utilisant les comptes
bancaires ouverts notamment aux noms de Beshir SALEH, Khalid Ali Abdullah BUGSHAN, Ahmed Salem
BUGSHAN, ALLIANT60, ROULI2000, BOUBA1823, au Crédit Agricole Suisse de Genève, avec cette
circonstance que les faits ont été commis en bande organisée.

Faits prévus et réprimés par les articles 324-1, 324-1-1, 324-2, 324-3, 324-4, 324-5, 324-6, 324-7 et
324-8, 432-15, 432-17 du code pénal (NATINF 32566)

COMPLICITÉ DE CORRUPTION ACTIVE ET PASSIVE D’AGENT PUBLIC ÉTRANGER


Pour avoir à Paris et sur le territoire national, en Suisse, courant 2007, 2008 et depuis temps non
couvert par la prescription, été complice des délits de corruption passive d’agent public étranger
reproché à Beshir SALEH et de corruption active d’agent public étranger reproché à Alexandre
DJOUHRI, en l’espèce en permettant la prise en charge, par l’homme d’affaires et intermédiaire
Alexandre DJOUHRI, à partir de son compte bancaire au Crédit agricole suisse, de frais de séjour à
l'hôtel RITZ à Paris courant 2007 et 2008 pour un montant d'environ 60.000 euros au bénéfice de Beshir
SALEH.

Faits prévus et réprimés par les articles 121-6, 121-7, 435-1, 435-3, 435-5, 435-14 du code pénal
(Natinf 25772 25771)

COMPLICITÉ DE CORRUPTION ACTIVE ET PASSIVE


Pour avoir à Paris et sur le territoire national, en Suisse, courant 2008, 2009 et depuis temps non
couvert par la prescription, été complice des délits de corruption passive reproché à Claude GUEANT
et de corruption active reproché à Alexandre DJOUHRI, en l’espèce en acceptant que le compte
bancaire ouvert au Crédit Agricole Suisse au nom de la société BEDUX dont il était le bénéficiaire
économique soit utilisé pour faire transiter des fonds liés au pacte de corruption conclu entre les
susvisés, en l’espèce le remboursement par Alexandre DJOUHRI de fonds avancés par Khaled BUGSHAN
dans le cadre de cette opération.

Faits prévus et réprimés par les articles 121-6, 121-7, 432-11, 432-17, 433-1, 433-22, 433-23 du code
pénal (Natinf 11707 et11713)

2
BLANCHIMENT DE CORRUPTION ACTIVE ET PASSIVE ET DE FRAUDE FISCALE EN BANDE ORGANISÉE
Pour avoir à Paris et sur le territoire national, en Arabie Saoudite, en Malaisie, en Suisse, courant 2008,
2009 et depuis temps non couvert par la prescription, facilité par tout moyen la justification
mensongère de l’origine des revenus provenant des délits de corruption passive et de fraude fiscale
reprochés à Claude GUEANT et de corruption active reprochée à Alexandre DJOUHRI, en l’espèce en
participant à un montage complexe destiné à justifier la perception de la somme de 500 000 euros par
la vente de deux tableaux du peintre hollandais Andries VAN EERTVELT à un acheteur malaisien, en
acceptant que le compte bancaire ouvert au Crédit Agricole Suisse au nom de la société BEDUX dont il
était le bénéficiaire économique soit utilisé pour faire transiter des fonds liés au pacte de corruption
conclu entre les susvisés, en l’espèce le remboursement par Alexandre DJOUHRI de fonds avancés par
Khaled BUGSHAN dans le cadre de cette opération, avec cette circonstance que les faits ont été commis
en bande organisée.

Faits prévus et réprimés par les articles 432-11, 432-17, 433-1, 433-22, 433-23, 435-1, 435-4, 324-1,
324-1-1, 324-2, 324-3, 324-4, 324-5, 324-6, 324-7 et 324-8 du code pénal (Natinf 31137 et 31018 )

BUGSHAN Khalid Ali


né le 19 décembre 1960 à JEDDAH (ARABIE SAOUDITE)
de BUGSHAN Ali Abdallah et de BUGSHAN Mariam Ahamed
Profession : homme d'affaires
nationalité : saoudienne
demeurant : 98 avenue Raymond Poincaré 75016 PARIS FRANCE
Mandat d'arrêt en date du 27 septembre 2022

Ayant pour avocat Maître KAMINSKI David-Olivier avocat au barreau de PARIS, Maître OHAYON
Philippe, avocat au barreau de PARIS

Mis en examen des chefs de :

BLANCHIMENT DE FRAUDE FISCALE EN BANDE ORGANISÉE


Pour avoir à Paris et sur le territoire national, en Arabie Saoudite et en Malaisie, de 2007 à 2009 et
depuis temps non couvert par la prescription, facilité par tout moyen, la justification mensongère de
l'origine des biens ou des revenus de Claude GUEANT, auteur d'un crime ou d'un délit lui ayant procuré
un profit direct ou indirect, et notamment une fraude fiscale, en versant sur le compte du cabinet
d'avocat malaisien RAJENDRAM Associates solicitors une somme de 500.000 euros destinée à financer
la vente fictive de deux tableaux de Claude GUEANT, avec cette circonstance que les faits ont été
commis en bande organisée

Faits prévus et réprimés par les articles 324-1, 324-2, 324-3, 324-4, 324-5, 324-6, 324-7, 324-8 du code
pénal (natinf 31019)

BLANCHIMENT DE FRAUDE FISCALE EN BANDE ORGANISÉE


Pour avoir à Paris et sur le territoire national, au Maroc, entre le 1er janvier 2010 et le 19 janvier 2021
et depuis temps non couvert par la prescription, facilité par tout moyen, la justification mensongère du
produit du délit de fraude fiscale susceptible d’être reproché à Wahib NACER, en l’espèce en détenant
pour son compte des biens immobiliers, et notamment un appartement sis 101 avenue Henri Martin,
un appartement sis résidence Georges V à la BAULE , une villa à Marrakech, de manière à lui permettre
d’éluder l’impôt de solidarité sur la fortune, avec cette circonstance que les faits ont été commis en
bande organisée.

Faits prévus et réprimés par les articles 324-1, 324-1-1, 324-2, 324-3, 324-4, 324-5, 324-6, 324-7 et 324-

3
8 du code pénal (Natinf 31018)
RECEL DE DÉTOURNEMENT DE FONDS PUBLICS
Pour avoir, en Suisse, en France, en Libye, à Panama, courant 2008, 2009 et depuis temps non couvert
par la prescription, sciemment recelé le produit du détournement de fonds publics reproché à Beshir
SALEH, résultant de l’acquisition par le LAP Suisse pour le montant de 10.140.000 euros d’une
propriété située au lieu-dit l’Etang, 342 avenue de Grasse, Mougins (FRANCE), dont la valeur réelle était
d’environ 1,8 millions d'euros et qui était grevé d'un passif fiscal transmissible au nouvel acquéreur.

Faits prévus et réprimés par les articles 321-1 à 321-12, 432-15, 432-17 du code pénal (Natinf 22048)

COMPLICITÉ DE DÉTOURNEMENT DE FONDS PUBLICS


Pour avoir, en Suisse, en France, en Libye, à Panama, courant 2008, 2009 et depuis temps non couvert
par la prescription, été complice du délit de détournement de fonds publics reproché à Beshir SALEH,
en l’aidant ou en l’assistant sciemment dans sa préparation et sa consommation, en l’espèce, en
acceptant de participer à un montage destiné à opacifier l’opération d’acquisition par le LAP à un prix
surévalué de la villa sise à Mougins, par la mise à disposition de ses comptes bancaires personnels au
Crédit Agricole Suisse de Genève et à la National Commercial Bank à Jeddah pour faire transiter des
flux financiers liés à cette opération.

Faits prévus et réprimés par les articles 121-6, 121-7, 432-15, 432-17 du code pénal (Natinf 12289),

BLANCHIMENT DE DÉTOURNEMENT DE FONDS PUBLICS EN BANDE ORGANISÉE


Pour avoir à Paris et sur le territoire national, en Suisse, à compter de 2008, apporté son concours à
une opération de placement, de dissimulation ou de conversion du produit direct ou indirect du délit
de détournement de fonds publics, en l’espèce en participant à un montage financier consistant à faire
procéder à l’acquisition par le LAP Suisse à un prix surévalué d’un ensemble immobilier située au lieu-
dit l’Etang, 342 avenue de Grasse, Mougins (FRANCE) détenu par Alexandre DJOUHRI, en interposant
des sociétés écran, et notamment les sociétés AKLAL BV et BEDUX MANAGEMENT, et en utilisant les
comptes bancaires ouverts notamment aux noms de Beshir SALEH, Khalid Ali Abdullah BUGSHAN,
Ahmed Salem BUGSHAN, ALLIANT60, ROULI2000 et BOUBA1823 au Crédit Agricole Suisse de Genève,
et au nom de Khaled BUGSHAN à la National Commercial Bank à Jeddah, avec cette circonstance que
les faits ont été commis en bande organisée.

Faits prévus et réprimés par les articles 324-1, 324-1-1, 324-2, 324-3, 324-4, 324-5, 324-6, 324-7 et 324-
8, 432-15, 432-17 du code pénal (Natinf 32566)

COMPLICITÉ DE CORRUPTION ACTIVE ET PASSIVE


Pour avoir à Paris et sur le territoire national, en Suisse, et de manière indivisible en Arabie Saoudite
entre 2006 et 2010 et depuis temps non couvert par la prescription, été complice des délits de
corruption passive reproché à Claude GUEANT et de corruption active reproché à Alexandre DJOUHRI,
en les aidant ou en les assistant sciemment dans sa préparation et sa consommation, en l’espèce en
acceptant l’utilisation de son compte bancaire à la National Commercial Bank à Jeddah pour faire
transiter des fonds liés au pacte de corruption conclu entre les susvisés, avec cette circonstance que
les faits ont été commis en bande organisée.

Faits prévus et réprimés par les articles 121-6, 121-7, 432-11, 432-17, 433-1, 433-22, 433-23 du code
pénal (Natinf 11707 et 11713)

BLANCHIMENT DE CORRUPTION ACTIVE ET PASSIVE EN BANDE ORGANISÉE


Pour avoir à Paris et sur le territoire national, en Arabie Saoudite, en Malaisie, en Suisse, entre 2006 et
2010 et depuis temps non couvert par la prescription, facilité par tout moyen la justification
mensongère de l’origine des revenus provenant des délits de corruption passive reproché à Claude

4
GUEANT et de corruption active reproché à Alexandre DJOUHRI, en l’espèce en participant à un
montage complexe destiné à justifier la perception par Claude GUEANT de la somme de 500 000 euros
par la vente de deux tableaux du peintre hollandais Andries VAN EERTVELT à un acheteur malaisien,
notamment par l’utilisation du compte bancaire à la RHB Bank Berhad du cabinet d'avocat de droit
malaisien RAJIENDRAM ASSOCIATES SOLICITORS et du compte bancaire de Khaled BUGSHAN à la
National Commercial Bank à Jeddah en Arabie Saoudite, avec cette circonstance que les faits ont été
commis en bande organisée.

Faits prévus et réprimés par les articles 432-11, 432-17, 433-1, 433-22, 433-23, 435-1, 435-4, 324-1,
324-1-1, 324-2, 324-3, 324-4, 324-5, 324-6, 324-7 et 324-8 du code pénal (Natinf 31137)

ASSOCIATION DE MALFAITEURS EN VUE DE DÉLITS PUNIS DE 10 ANS


Pour avoir, à Paris, sur le territoire national et de manière indivisible en Suisse, aux Bahamas, au
Panama, à Singapour, en Libye, et au Liban, depuis 2005 et en tout cas depuis temps non couvert par
la prescription, participé à un groupement formé ou une entente établie en vue de la préparation,
caractérisée par un ou plusieurs faits matériels d'un ou plusieurs délits punis de 10 ans
d'emprisonnement, en l'espèce :
- des détournements de fonds publics commis par un agent public au préjudice de l'État libyen,
- les délits de corruption active et passive d'agent public et corruption active et passive d'agent public
étranger
- et le blanchiment de ces délits,
en l'espèce, notamment en mettant à disposition d'Alexandre DJOUHRI via Wahib NACER ses multiples
comptes bancaires, ouverts à son nom ou au nom de sociétés qu'il détient pour lui permettre de
procéder à des opérations bancaires destinées à encaisser des commissions, à prélever des espèces
dont la destination est inconnue, à payer des prestations pour le compte de Bechir SALEH et de Claude
GUEANT, tous deux agents publics,

Faits prévus et réprimés par les articles 450-1, 450-3 et 450-5 du code pénal (Natinf 12214)

DJOUHRI Alexandre
né le 18 février 1959 à ST DENIS (Seine-Saint-Denis)
de DJOUHRI Akli et de LOUIBA Yamina
Profession : SANS
Nationalité : française et algérienne
demeurant : C/O Me CORNUT GENTILLE Pierre 146 Boulevard HAUSSMANN 75008 PARIS
placé sous contrôle judiciaire : Placement sous contrôle judiciaire en date du 27/11/2020

ayant pour avocats Maître CONSIGNY Charles avocat au barreau de PARIS, Maître CORNUT-GENTILLE
Pierre avocat au barreau de PARIS et Maître DELAS Jean-Marc avocat au barreau de PARIS.

Mis en examen des chefs de :

FAUX ET USAGE DE FAUX


Pour avoir à Paris, sur le territoire national et de manière indivisible en Malaisie, courant 2007 et 2008
et depuis temps non couvert par la prescription, par quelque moyen que ce soit, altéré
frauduleusement la vérité d'un écrit ou de tout autre support de la pensée destiné à établir la preuve
d'un droit ou d'un fait ayant des conséquences juridiques, en l'espèce en participant à la confection
d'un ensemble de documents (promesse d'achat, lettre, facture) destinés à formaliser la vente fictive
de deux tableaux du peintre flamand Andries VAN EERTVEL à un ressortissant malaisien non identifié
par l'intermédiaire du cabinet d'avocat malaisien RAJENDRAM ASSOCIATES SOLICITORS, pour la somme
de 500.000 euros et en faisant usage desdits faux.
Faits prévus et réprimés par les articles 441-1, 441-9, 441-10 et 441-11 du code pénal (Natinf 69 et 70)

5
CORRUPTION ACTIVE
Pour avoir à Paris et sur le territoire national, et de manière indivisible en Suisse et à Singapour entre
2006 et 2010 et depuis temps non couvert par la prescription, sans droit, à tout moment, proposé
directement ou indirectement des offres, promesses, dons, présents ou des avantages quelconques,
pour la personne ou pour autrui, en l’espèce la somme de 500 000 euros outre une montre PATEK
Philippe d'une valeur d'achat de 11 330 €, pour obtenir de Claude GUEANT, dépositaire de l’autorité
publique en sa qualité de Directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur puis de
Secrétaire Général de la Présidence de la République, qu'il accomplisse ou s'abstienne d'accomplir, un
acte de sa fonction, de sa mission ou de son mandat, ou facilité par eux, en l'espèce des interventions
en sa faveur auprès de la Direction d’EADS pour lui faire obtenir le paiement d'une commission liée à
la vente d'avions Airbus à la compagnie aérienne libyenne Afriqiah Airways, et des interventions auprès
du ministère du Budget concernant la dette fiscale grevant la société AKLAL BV concernant la propriété
sise au lieu-dit l’Etang, 342 avenue de Grasse à Mougins (FRANCE).

Faits prévus et réprimés par les articles 433-1, 433-22, 433-23 du code pénal (Natinf 11713)

CORRUPTION ACTIVE D’AGENT PUBLIC ÉTRANGER


Pour avoir à Paris et sur le territoire national, et de manière indivisible en Suisse et à Singapour, entre
2006 et 2010 et depuis temps non couvert par la prescription, sans droit, à tout moment, proposé
directement ou indirectement des offres, promesses, dons, présents ou des avantages quelconques,
pour la personne ou pour autrui, au bénéfice de Beshir SALEH, personne dépositaire de l'autorité
publique, chargée d'une mission de service public ou investie d'un mandat électif public dans un État
étranger, ou au sein d'une organisation internationale publique, en l'espèce directeur de cabinet du
chef d'État libyen Mouammar KADHAFI jusqu'en 2011 et directeur du fonds souverain libyen « Libyan
African Portfolio » (LAP) en prenant en charge ses frais de séjour à l'hôtel RITZ à Paris, pour un montant
d'environ 60.000 euros, à partir de fonds qu'il détenait sur le compte bancaire au Crédit agricole suisse,
de l'homme d'affaires saoudien Ahmed Salem BUGSHAN, pour faire procéder à l’acquisition par le LAP
Suisse à un prix surévalué d’un ensemble immobilier située au lieu-dit l’Etang, 342 avenue de Grasse,
Mougins (FRANCE), détenu par Alexandre DJOUHRI sous couvert de la société AKLAL, et pour qu'il
intervienne pour signer le contrat de vente de 12 avions Airbus à la compagnie aérienne libyenne
Afriqiah Airways au mois de novembre 2006,

Faits prévus et réprimés par les articles 435-3, 435-5, 435-14 du code pénal (Natinf 25772)

COMPLICITÉ DE DÉTOURNEMENT DE FONDS PUBLICS PAR UNE PERSONNE CHARGÉE D'UNE MISSION
DE SERVICE PUBLIC
Pour avoir en France, et de manière indivisible en Suisse, en Libye, à Panama, courant 2008, 2009 et
depuis temps non couvert par la prescription, été complice du délit de détournement de fonds publics
reproché à Beshir SALEH, en l’aidant ou en l’assistant sciemment dans sa préparation et sa
consommation, en l’espèce, en organisant, avec le banquier Wahib NACER et les hommes d'affaires
saoudiens Khalid Ali Abdullah BUGSHAN et Ahmed Salem BUGSHAN, à un montage destiné à opacifier
l’opération d’acquisition par le « Libyan African Portfolio » (LAP) détenteur de fonds publics libyens à
un prix surévalué d'une propriété sise au lieu-dit l’Etang, 342 avenue de Grasse à Mougins (FRANCE)
dont il était propriétaire, par l’interposition de la société panaméenne BEDUX MANAGEMENT et
l'utilisation des comptes bancaires des hommes d'affaires saoudiens Khalid Ali Abdullah BUGSHAN et
Ahmed Salem BUGSHAN au Crédit Agricole Suisse de Genève pour faire transiter des flux financiers liés
à cette opération.

Faits prévus et réprimés par les articles 121-6, 121-7, 432-15, 432-17 du code pénal (Natinf 12289),

6
RECEL DE DÉTOURNEMENT DE FONDS PUBLICS PAR UNE PERSONNE CHARGÉE D'UNE MISSION DE
SERVICE PUBLIC
Pour avoir en France, et de manière indivisible en Suisse, en Libye, à Panama, depuis 2008 en tous cas
depuis temps non couvert par la prescription, sciemment recelé le produit du détournement de fonds
publics reproché à Beshir SALEH, directeur de cabinet du chef d'État libyen Mouammar KADHAFI et
directeur du fonds souverain libyen « Libyan African Portfolio », résultant de l’acquisition par le LAP
pour le montant de 10.140.000 euros d’une propriété située au lieu-dit l’Etang, 342 avenue de Grasse,
Mougins (FRANCE), dont la valeur réelle était d’environ 1,8 millions d'euros et qui était grevé d'un
passif fiscal transmissible au nouvel acquéreur.

Faits prévus et réprimés par les articles 321-1 à 321-12, 432-15, 432-17du code pénal (Natinf 22048)

BLANCHIMENT DE DÉTOURNEMENT DE FONDS PUBLICS PAR UNE PERSONNE CHARGÉE D'UNE


MISSION DE SERVICE PUBLIC EN BANDE ORGANISÉE
Pour avoir à Paris et sur le territoire national, et de manière indivisible en Suisse, et à Panama, à
compter de 2008, apporté son concours à une opération de placement, de dissimulation ou de
conversion du produit direct ou indirect du délit de détournement de fonds publics, en l’espèce en
participant à un montage financier consistant à faire procéder à l’acquisition par le LAP Suisse à un prix
surévalué de sa propriété située au lieu-dit l’Etang, 342 avenue de Grasse, Mougins (FRANCE), en
interposant des sociétés écran, et notamment les sociétés AKLAL BV et BEDUX MANAGEMENT, et en
utilisant les comptes bancaires ouverts notamment aux noms de Beshir SALEH, Khalid Ali Abdullah
BUGSHAN, Ahmed Salem BUGSHAN, ALLIANT60, ROULI2000 et BOUBA1823 au Crédit Agricole Suisse
de Genève, et au nom de Khalid Ali Abdullah BUGSHAN à la National Commercial Bank à Jeddah, avec
cette circonstance que les faits ont été commis en bande organisée.

Faits prévus et réprimés par les articles 324-1, 324-1-1, 324-2, 324-3, 324-4, 324-5, 324-6, 324-7 et 324-
8, 432-15, 432-17 du code pénal (Natinf 32566)

BLANCHIMENT DE CORRUPTION ACTIVE ET PASSIVE EN BANDE ORGANISÉE


Pour avoir à Paris et sur le territoire national, et de manière indivisible en Arabie Saoudite, en Malaisie,
en Suisse, et à Singapour courant 2008, 2009 et depuis temps non couvert par la prescription, facilité
par tout moyen la justification mensongère de l’origine des revenus provenant des délits de corruption
passive reproché à Claude GUEANT et de corruption active reproché à lui-même, en l’espèce en
participant à un montage complexe destiné à justifier la perception par Claude GUEANT de la somme
de 500 000 euros par la vente de deux tableaux du peintre hollandais Andries VAN EERTVELT à un
acheteur malaisien, notamment par l’utilisation du compte bancaire de l'homme d'affaires saoudien
Khalid Ali Abdullah BUGSHAN à la National Commercial Bank à Jeddah, l'utilisation du compte bancaire
à la RHB Bank Berhad du cabinet d'avocat de droit malaisien RAJENDRAM ASSOCIATES SOLICITORS des
comptes bancaires de la société BEDUX MANAGEMENT, de Khaled BUGSHAN et Ahmed Salem
BUGSHAN au Crédit Agricole Suisse, et l’établissement d'un ensemble de documents (promesse
d'achat, lettre, facture) destinés à formaliser la vente fictive desdits tableaux, avec cette circonstance
que les faits ont été commis en bande organisée.

Faits prévus et réprimés par les articles 432-11, 432-17, 433-1, 433-22, 433-23, 435-1, 435-4, 324-1,
324-1-1, 324-2, 324-3, 324-4, 324-5, 324-6, 324-7 et 324-8 du code pénal (Natinf 20660)

BLANCHIMENT DE CORRUPTION ACTIVE ET PASSIVE D’AGENT PUBLIC ÉTRANGER EN BANDE


ORGANISÉE
Pour avoir à Paris et sur le territoire national, et de manière indivisible en Arabie Saoudite, en Malaisie,
en Suisse, à Singapour courant 2008, 2009 et depuis temps non couvert par la prescription, apporté
son concours à une opération de placement, de dissimulation ou de conversion du produit direct ou

7
indirect des délits de corruption passive par un agent public étranger reproché à Beshir SALEH et de
corruption active d’agent public étranger reproché à lui-même, en l’espèce en organisant la prise en
charge, à partir du compte bancaire de Ahmed Salem BUGSHAN au Crédit agricole suisse, de frais de
séjour à l'hôtel RITZ à Paris courant 2007 et 2008 pour un montant d'environ 60.000 euros au bénéfice
de Beshir SALEH avec cette circonstance que les faits ont été commis en bande organisée.

Faits prévus et réprimés par les articles 432-11, 432-17, 433-1, 433-22, 433-23, 435-1, 435-3, 435-4,
324-1, 324-1-1, 324-2, 324-3, 324-4, 324-5, 324-6, 324-7 et 324-8 du code pénal (Natinf 31137)

BLANCHIMENT DE FRAUDE FISCALE EN BANDE ORGANISÉE


Pour avoir à Paris, et sur le territoire national, en Suisse, en Malaisie, courant 2007, 2008 et 2009 et
depuis temps non couvert par la prescription, en organisant la vente fictive de deux tableaux du peintre
A. Van Artvelt prétendument détenus par Claude GUEANT depuis plus de douze ans à un acheteur
malaisien, apporté son concours à une opération de placement, de dissimulation ou de conversion du
produit direct ou indirect d'un crime ou d'un délit ayant apporté à Claude GUEANT un profit direct ou
indirect, et notamment une fraude fiscale à l'impôt sur le revenu par omission de déclaration de ce
revenu, matérialisé par la perception de 500.000 euros, avec cette circonstance que les faits ont été
commis en bande organisée.

Faits prévus et réprimés par les articles 324-1, 324-1-1, 324-2, 324-3, 324-4, 324-5, 324-6, 324-7 et 324-
8 du code pénal (Natinf 31019)

ASSOCIATION DE MALFAITEURS EN VUE DE DÉLITS PUNIS DE 10 ANS


Pour avoir, à Paris, sur le territoire national et de manière indivisible en Suisse, aux Bahamas, au
Panama, à Singapour, en Libye, et au Liban, depuis 2005 et en tout cas depuis temps non couvert par
la prescription, participé à un groupement formé ou une entente établie en vue de la préparation,
caractérisée par un ou plusieurs faits matériels d'un ou plusieurs délits punis de 10 ans
d'emprisonnement, en l'espèce :
 des détournements de fonds publics commis par un agent public au préjudice de l'État libyen,
 les délits de corruption active et passive d'agent public et corruption active et passive d'agent
public étranger
 et le blanchiment de ces délits,
en l'espèce, notamment en jouant le rôle d'intermédiaire occulte, en percevant des commissions de la
part d'intermédiaires d'AIRBUS, en retirant régulièrement des espèces sur ses comptes bancaires et sur
des comptes de tiers dont le destinataire final est inconnu, en organisant des rencontres entre Bechir
SALEH et Claude GUEANT hors de tout cadre officiel dans le but de commettre les infractions susvisées
et en participant à l'organisation de l'exfiltration de Bechir SALEH, pour le soustraire à des poursuites
pénales et éviter qu'il témoigne sur les faits

Faits prévus et réprimés par les articles 450-1, 450-3 et 450-5 du code pénal (Natinf 12214)

GAUBERT Thierry
né le 14 mai 1951 à PARIS 75016
de GAUBERT Armand et de PERELMAN Marianne
Profession : Gérant
demeurant : 5, place de Bagatelle 92200 NEUILLY SUR SEINE
placé sous contrôle judiciaire : Placement sous contrôle judiciaire en date du 31/01/2020

ayant pour avocat Maître ESCLATINE François avocat au barreau de PARIS.

8
Mis en examen du chef de :

PARTICIPATION A ASSOCIATION DE MALFAITEURS EN VUE DE LA PREPARATION D'UN DELIT PUNI DE


10 ANS D'EMPRISONNEMENT

Pour avoir, à Paris, sur le territoire national et de manière indivisible en Suisse, aux Bahamas, au
Panama, en Libye, et au Liban, depuis 2005 et depuis temps non couvert par la prescription, participé
à un groupement formé ou une entente établie en vue de la préparation, caractérisée par un ou
plusieurs faits matériels d'un ou plusieurs délits punis de 10 ans d'emprisonnement, en l'espèce les
délits de détournement de fonds publics par un agent public commis au préjudice de l'Etat libyen et de
corruption active et passive d'agent public, et le blanchiment de ces délits en l'espèce en ouvrant un
compte bancaire dans une banque suisse aux Bahamas au nom d'un trust CACTUS, en donnant les
coordonnées bancaires de ce compte bancaire à Ziad TAKIEDDINE, en réceptionnant des sommes
détournées au préjudice de l'Etat libyen via le compte libanais ROSSFIELD, ces sommes étant destinées
à corrompre des agents publics français, puis en retirant des espèces en 2006 et 2007 à hauteur de
80 000 à 100 000 € par an

Faits prévus et réprimés par les articles 450-1, 450-3 et 450-5 du code pénal. (Natinf 12214)

GUEANT Claude
né le 17 janvier 1945 à VIMY (Pas-De-Calais)
de GUEANT Robert et de LECLERCQ Madeleine
Profession : avocat
nationalité : française
demeurant : 32 rue de Monceau Chez Me Philippe BOUCHEZ EL GHOZI 75008 PARIS
placé sous contrôle judiciaire : Placement sous contrôle judiciaire en date du 7 mars 2015

ayant pour avocat Maître BOUCHEZ EL GHOZI Philippe avocat au barreau de PARIS.

Mis en examen des chefs de :

USAGE DE FAUX
Pour avoir à Paris et sur le territoire national, courant 2011 à 2013 et depuis temps non couvert par la
prescription, fait usage d'un faux dans un écrit ou tout autre support de la pensée destiné à établir la
preuve d'un droit ou d'un fait ayant des conséquences juridiques, en l'espèce un ensemble de
documents (promesse d'achat, lettre, facture prétendument établis en 2008) destinés à donner une
apparence de légalité auprès de l'administration fiscale et de l'autorité judiciaire à la vente fictive de
deux tableaux du peintre flamand A. Van Artvel à un ressortissant malaisien non identifié par
l'intermédiaire du cabinet d'avocat malaisien RAJENDRAM ASSOCIATES SOLICITORS, pour la somme de
500.000 euros

Faits prévus et réprimés par les articles 441-1, 441-9, 441-10 et 441-11 du code pénal (Natinf 70)

BLANCHIMENT DE FRAUDE FISCALE EN BANDE ORGANISÉE


Pour avoir à Paris, et sur le territoire national, en Malaisie, courant 2007, 2008 et 2009 et depuis temps
non couvert par la prescription, en organisant la vente fictive de deux tableaux du peintre A. Van Artvelt
prétendument détenus depuis plus de douze ans, apporté son concours à une opération de placement,
de dissimulation ou de conversion du produit direct ou indirect d'un crime ou d'un délit lui ayant
apporté un profit direct ou indirect, et notamment une fraude fiscale à l'impôt sur le revenu par
omission de déclaration de ce revenu, matérialisé par la perception de 500.000 euros, et en utilisant

9
cette somme pour financer une acquisition immobilière, avec cette circonstance que les faits ont été
commis en bande organisée

Faits prévus et réprimés par les articles 324-1, 324-2, 324-3, 324-4, 324-5, 324-6, 324-7, 324-8 du code
pénal (natinf 31019 )

CORRUPTION PASSIVE
Pour avoir à Paris et sur le territoire national, courant 2006, 2007, 2008, 2009 et depuis temps non
couvert par la prescription, étant dépositaire de l’autorité publique en sa qualité de directeur de
cabinet du Ministre de l'intérieur Nicolas SARKOZY puis de Secrétaire Général de la Présidence de la
République, sollicité ou agréé, sans droit, à tout moment, directement ou indirectement, des offres,
des promesses, des dons, des présents ou des avantages quelconques pour elle-même ou pour autrui,
en l’espèce la somme de 500 000 € outre une montre PATEK Philippe d'une valeur d'achat de 11 330 €
et une pièce d'or Russe de 1 kg d'une valeur de revente de 39 255 €, pour accomplir un acte facilité par
sa fonction, en l’espèce des interventions en faveur d’Alexandre DJOUHRI auprès de la Direction
d’EADS, et des interventions auprès du ministère du Budget concernant la dette fiscale grevant la
société AKLAL BV,

faits prévus et réprimés par les articles 432-11 et 432-17 du code pénal (Natinf 11707)

BLANCHIMENT DE CORRUPTION PASSIVE EN BANDE ORGANISÉE


Pour avoir à Paris et sur le territoire national, en Arabie Saoudite, en Malaisie, en Suisse, courant 2007,
2008, 2009 et depuis temps non couvert par la prescription, facilité par tout moyen la justification
mensongère de l’origine des revenus provenant du délit de corruption passive, en l’espèce en
participant à un montage destiné à justifier la perception de la somme de 500 000€ sur son compte
bancaire personnel par la vente de deux tableaux du peintre hollandais Andries VAN EERTVELT,
notamment par l’utilisation du compte bancaire à la RHB Bank Berhad du cabinet d'avocat de droit
malaisien RAJENDRAM ASSOCIATES SOLICITORS et du compte bancaire de Khaled BUGSHAN à la
National Commercial Bank à Jeddah, avec cette circonstance que les faits ont été commis en bande
organisée.

Faits prévus et réprimés par les articles 324-1, 324-2, 324-3, 324-4, 324-5, 324-6, 324-7, 324-8, 432-11
et 432-17 du code pénal (natinf 20659)

COMPLICITÉ DE CORRUPTION PASSIVE


Pour avoir à Paris et sur le territoire national, à compter du mois d’octobre 2005 et depuis temps non
couvert par la prescription, été complice du délit de corruption passive reproché à Nicolas SARKOZY, en
l’aidant ou en l’assistant sciemment dans sa préparation et sa consommation, en l’espèce, en nouant
des contacts et en participant à des discussions avec les collaborateurs de Mouammar KADHAFI en vue
d’organiser le financement par le régime libyen de la campagne électorale de Nicolas SARKOZY pour
les élections à la Présidence de la République française de 2007 et en réceptionnant des fonds versés
par les autorités libyennes

Faits prévus et réprimés par les articles 121-6, 121-7, 432-11, 432-15, 432-17 du code pénal (Natinf
11707)

COMPLICITÉ DE FINANCEMENT ILLÉGAL DE CAMPAGNE ÉLECTORALE


Pour avoir à Paris et sur le territoire national, à compter du mois d’octobre 2005 et depuis temps non
couvert par la prescription, été complice du délit de financement illégal de campagne électorale
reproché à Nicolas SARKOZY, en l’aidant ou en l’assistant sciemment dans sa préparation et sa
consommation, en l’espèce, en participant aux discussions sur le financement de sa campagne
électorale par le régime libyen, en réceptionnant des fonds, puis en organisant l’utilisation des fonds

10
dans le cadre de ses activités de directeur de campagne.
Faits prévus et réprimés par les articles 121-6, 121-7 du code pénal et L113-1 du code électoral (Natinf
10322)

RECEL DE CORRUPTION PASSIVE


Pour avoir à Paris et sur le territoire national, à compter du mois d’octobre 2005 et depuis temps non
couvert par la prescription, sciemment recelé le produit du délit de corruption passive reproché à
Nicolas SARKOZY, en l’espèce en réceptionnant des fonds versés par le régime libyen dans le cadre d’un
pacte de corruption passé avec Nicolas SARKOZY.

Faits prévus et réprimés par les articles 321-2, 321-3, 321-4, 321-9, 321-10, 321-11, 432-11, 432-15,
432-17 du code pénal (Natinf 22716)

ASSOCIATION DE MALFAITEURS EN VUE DE COMMETTRE UN DELIT PUNI DE ANS


Pour avoir, à Paris, sur le territoire national et de manière indivisible en Suisse, aux Bahamas, au
Panama, en Libye, et au Liban, depuis 2005 et en tout cas depuis temps non couvert par la prescription,
participé à un groupement formé ou une entente établie en vue de la préparation, caractérisée par un
ou plusieurs faits matériels d'un ou plusieurs délits punis de 10 ans d'emprisonnement, en l'espèce :
 des détournements de fonds publics commis par un agent public au préjudice de l'État libyen,
 les délits de corruption active et passive d'agent public,
 et le blanchiment de ces délits,
en l'espèce, en ayant, alors qu'il était directeur de cabinet du Ministre de l'intérieur Nicolas SARKOZY,
Directeur de l'équipe de campagne électorale de Nicolas SARKOZY candidat à l'élection présidentielle,
Secrétaire général de l'Élysée, Ministre de l'Intérieur mais agissant ainsi en dehors de ses fonctions,
avec des intermédiaires officieux, tels que Ziad TAKIEDDINE et Alexandre DJOUHRI qu'il rencontrait de
manière confidentielle en France, en Libye, dans des lieux privés et officiels (ministère de l'intérieur,
domicile de Ziad TAKIEDDINE, domicile d' Abdellah SENOUSSI, hôtels )
 agi afin d'obtenir ou tenter d'obtenir des soutiens financiers en vue du financement de la
campagne électorale de Nicolas SARKOZY,
 rencontré des collaborateurs officiels de Mouammar KADHAFI tels que Abdallah SENOUSSI et
Bechir SALEH, à l'occasion de voyages officiels mais de manière confidentielle et hors la
présence des autorités officielles françaises,
 organisé des transferts de fonds publics de la Libye vers la France, par virements via des
comptes off-shore et en espèces,
 participé à l'organisation de l'exfiltration de Bechir Saleh, susceptible d'apporter un
témoignage sur les faits
 et envisagé des contreparties diplomatiques (le retour de la Libye sur la scène internationale,
l'invitation de Mouammar KADHAFI en France), économiques (notamment contrat de matériel
de surveillance du territoire libyen, engagement sur le nucléaire civil, contrat d'exploitation
pétrolière/TOTAL), et juridiques (promesse de levée du mandat d'arrêt d'Abdallah SENOUSSI),

Faits prévus et réprimés par les articles 450-1, 450-3 et 450-5 du code pénal. (Natinf 12214)

HORTEFEUX Brice
né le 11 mai 1958 à NEUILLY SUR SEINE (Hauts-De-Seine)
de HORTEFEUX Claude et de SCHUHLER Marie-Claude
Profession : Député européen
demeurant : 37 rue Ernest Cognac 92300 LEVALLOIS PERRET FRANCE

ayant pour avocat Maître DUPEUX JEAN-YVES avocat au barreau de PARIS.

11
Mis en examen des chefs de :

ASSOCIATION DE MALFAITEURS
Pour avoir, à Paris, sur le territoire national et de manière indivisible en Suisse, aux Bahamas, au
Panama, en Libye, et au Liban, depuis 2005 et en tout cas depuis temps non couvert par la prescription,
participé à un groupement formé ou une entente établie en vue de la préparation, caractérisée par un
ou plusieurs faits matériels d'un ou plusieurs délits punis de 10 ans d'emprisonnement, en l'espèce :
 des détournements de fonds publics commis par un agent public au préjudice de l'État libyen,
 les délits de corruption active et passive d'agent public,
 et le blanchiment de ces délits,
en l'espèce, en ayant, alors qu'il était Trésorier de l'Association de Soutien de l'Action de Nicolas
SRKOZY et ministre délégué aux collectivités territoriales (rattaché au Ministère de l'intérieur), mais
agissant ainsi en dehors de ses fonctions et avec un intermédiaire officieux, Ziad TAKIEDDINE qu'il
rencontrait de manière confidentielle en France, en Libye, dans des lieux privés (domicile de Ziad
TAKIEDDINE, domicile d'Abdellah SENOUSSI, hôtels )
 agi afin d'obtenir ou tenter d'obtenir des soutiens financiers en vue du financement de la
campagne électorale de Nicolas SARKOZY,
 rencontré un collaborateur officiel de Mouammar KADHAFI, Abdallah SENOUSSI à l'occasion
d'un voyage officiel mais de manière confidentielle et hors la présence des autorités officielles
françaises,
 organisé des transferts de fonds publics de la Libye vers la France, par virements via des
comptes off-shore

Faits prévus et réprimés par les articles 450-1, 450-3 et 450-5 du code pénal. (Natinf 12214)

COMPLICITÉ DE FINANCEMENT ILLÉGAL DE CAMPAGNE ÉLECTORALE


Pour avoir à Paris et sur le territoire national, à compter du mois d'octobre 2005 et depuis temps non
couvert par la prescription, été complice du délit de financement illégal de campagne électorale
reproché à Nicolas SARKOZY, en l'aidant ou en l'assistant sciemment dans sa préparation et sa
consommation, en l'espèce notamment en participant, avec l'homme d'affaires Ziad TAKIEDDINE et
Abdallah SENOUSSI, chef des services de renseignement libyen, à l'organisation de transferts de fonds
dans le cadre du financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy par le régime libyen

Faits prévus et réprimés par les articles 121-6, 121-7 du code pénal et L113-1 du code électoral.

NACER Wahib
né le 3 septembre 1944 à DJIBOUTI (DJIBOUTI)
de NACER Ali Othman et de LOULA MOHMAMED Dileita
profession : retraité
nationalité : française et djiboutienne
demeurant : C/O Me Pierre-François VEIL 171 boulevard Haussmann 75008 PARIS
placé sous contrôle judiciaire : placement sous contrôle judiciaire en date du 8 mars 2021

ayant pour avocats Maître VEIL Jean avocat au barreau de PARIS et Maître VEIL Pierre-François avocat
au barreau de PARIS.

Mis en examen des chefs de :

COMPLICITÉ DE CORRUPTION ACTIVE ET PASSIVE


Pour avoir à Paris et sur le territoire national, en Suisse, courant 2008, 2009 et depuis temps non

12
couvert par la prescription, été complice des délits de corruption passive reproché à Claude GUEANT
et de corruption active reproché à Alexandre DJOUHRI, en les aidant ou en les assistant sciemment
dans sa préparation et sa consommation, en l’espèce en organisant les transferts financiers liés au
versement de la somme de 500 000 euros à Claude GUEANT au travers du compte bancaire à la RHB
Bank Berhad du cabinet d'avocat de droit malaisien RAJENDRAM ASSOCIATES SOLICITORS, du compte
bancaire de Khaled BUGSHAN à la National Commercial Bank en Arabie Saoudite, des comptes
bancaires de la société BEDUX MANAGEMENT, de Khaled BUGSHAN et Ahmed Salem BUGSHAN au
Crédit Agricole Suisse, du compte bancaire de Khaled BUGSHAN à la National Commercial Bank à
Jeddah

Faits prévus et réprimés par les articles 121-6, 121-7, 432-11, 432-17, 433-1, 433-22, 433-23 du code
pénal (Natinf 11707 et 11713)

BLANCHIMENT DE CORRUPTION ACTIVE ET PASSIVE EN BANDE ORGANISÉE


Pour avoir à Paris et sur le territoire national, en Arabie Saoudite, en Malaisie, en Suisse, courant 2008,
2009 et depuis temps non couvert par la prescription, facilité par tout moyen la justification
mensongère de l’origine des revenus provenant des délits de corruption passive reproché à Claude
GUEANT et de corruption active reproché à Alexandre DJOUHRI, en l’espèce en participant à un
montage destiné à justifier la perception par Claude GUEANT de la somme de 500 000€ par la vente de
deux tableaux du peintre hollandais Andries VAN EERTVELT à un acheteur malaisien, notamment par
l’utilisation du compte bancaire du cabinet d'avocat de droit malaisien RAJENDRAM ASSOCIATES
SOLICITORS à la RHB Bank Berhad, du compte bancaire de Khaled BUGSHAN à la National Commercial
Bank à Jeddah en Arabie Saoudite, des comptes bancaires de la société BEDUX MANAGEMENT, de
Khaled BUGSHAN et Ahmed Salem BUGSHAN au Crédit Agricole Suisse, avec cette circonstance que les
faits ont été commis en bande organisée.

Faits prévus et réprimés par les articles 432-11, 432-17, 433-1, 433-22, 433-23, 435-1, 435-4, 324-1,
324-1-1, 324-2, 324-3, 324-4, 324-5, 324-6, 324-7 et 324-8 du code pénal (Natinf 31137)

BLANCHIMENT DE FRAUDE FISCALE EN BANDE ORGANISÉE


Pour avoir à Paris et sur le territoire national, en Arabie Saoudite et en Malaisie, en Suisse courant 2007
et 2008 et depuis temps non couvert par la prescription, facilité par tout moyen, la justification
mensongère de l'origine des biens ou des revenus de Claude GUEANT, auteur d'un crime ou d'un délit
lui ayant procuré un profit direct ou indirect, et notamment une fraude fiscale, en l’espèce en
participant à un montage destiné à justifier la perception par Claude GUEANT de la somme de 500 000
euros par la vente de deux tableaux du peintre hollandais Andries VAN EERTVELT à un acheteur
malaisien, notamment par l’utilisation du compte bancaire du cabinet d'avocat de droit malaisien
RAJIENDRAM ASSOCIATES SOLICITORS à la RHB Bank Berhad, du compte bancaire de Khaled BUGSHAN
à la National Commercial Bank à Jeddah, des comptes bancaires de la société BEDUX MANAGEMENT,
de Khaled BUGSHAN et Ahmed Salem BUGSHAN au Crédit Agricole Suisse, avec cette circonstance que
les faits ont été commis en bande organisée.

Faits prévus et réprimés par les articles 324-1, 324-1-1, 324-2, 324-3, 324-4, 324-5, 324-6, 324-7 et
324-8 du code pénal (Natinf 31018)

COMPLICITÉ DE DÉTOURNEMENT DE FONDS PUBLICS


Pour avoir, en Suisse, en France, en Libye, à Panama, courant 2008, 2009 et depuis temps non couvert
par la prescription, été complice du délit de détournement de fonds publics reproché à Beshir SALEH,
en l’aidant ou en l’assistant sciemment dans sa préparation et sa consommation, en l’espèce en
organisant un montage destiné à opacifier l’opération d’acquisition par le LAP à un prix surévalué d’une
villa située au lieu-dit l’Etang, 342 avenue de Grasse à Mougins, propriété, sous couvert de la société
AKLAHL, d’Alexandre DJOUHIR, par l’interposition de la société panaméenne BEDUX MANAGEMENT

13
LTD et l’utilisation pour faire transiter des flux financiers liés à cette opération des comptes bancaires
ouverts notamment aux noms de Beshir SALEH, Khalid Ali Abdullah BUGSHAN, Ahmed Salem
BUGSHAN, ALLIANT60, ROULI2000, BOUBA1823, au Crédit Agricole Suisse de Genève et du compte de
Khalid Ali Abdullah BUGSHAN à la National Commercial Bank à Jeddah.
Faits prévus et réprimés par les articles 121-6, 121-7, 432-15, 432-17 du code pénal (Natinf 12289),

RECEL DE DÉTOURNEMENT DE FONDS PUBLIC


Pour avoir, en Suisse, en France, en Libye, à Panama, courant 2008, 2009 et depuis temps non couvert
par la prescription, sciemment recelé le produit du détournement de fonds publics reproché à Beshir
SALEH, résultant de l’acquisition par le LAP Suisse pour le montant de 10.140.000 euros d’une villa
située au lieu-dit l’Etang, 342 avenue de Grasse à Mougins, dont la valeur réelle était d’environ 1,8
millions d'euros et qui était grevé d'un passif fiscal transmissible au nouvel acquéreur.

Faits prévus et réprimés par les articles 321-1 à 321-12, 432-15, 432-17du code pénal (Natinf 22048),

COMPLICITÉ DE CORRUPTION ACTIVE ET PASSIVE D’AGENT PUBLIC D’UN ÉTAT ÉTRANGER


Pour avoir à Paris et sur le territoire national, en Suisse, courant 2007, 2008 et depuis temps non
couvert par la prescription, été complice des délits de corruption passive par un agent public étranger
reproché à Beshir SALEH et de corruption active d’un agent public étranger reproché à Alexandre
DJOUHRI, en l’espèce en organisant la prise en charge, par l’homme d’affaires et intermédiaire
Alexandre DJOUHRI, à partir du compte bancaire de Ahmed Salem BUGSHAN au Crédit agricole suisse,
de frais de séjour à l'hôtel RITZ à Paris pour un montant d'environ 60.000 euros au bénéfice de Beshir
SALEH, dirigeant du LAP libyen.

Faits prévus et réprimés par les articles 121-6, 121-7, 435-1, 435-3, 435-5, 435-14 du code pénal
(Natinf 25771, 25772)

BLANCHIMENT DE DÉTOURNEMENT DE FONDS PUBLICS EN BANDE ORGANISÉE


Pour avoir à Paris et sur le territoire national, en Suisse, à compter de 2008, apporté son concours à
une opération de placement, de dissimulation ou de conversion du produit direct ou indirect des délits
de détournement de fonds publics et de corruption active et passive, en l’espèce en mettant en place
un montage financier consistant à faire procéder à l’acquisition par le LAP Suisse à un prix surévalué
d’une villa située au lieu-dit l’Etang, 342 avenue de Grasse à Mougins, détenu par Alexandre DJOUHRI,
en interposant des sociétés écran, et notamment les sociétés AKLAL BV et BEDUX MANAGEMENT, et
en utilisant les comptes bancaires ouverts aux noms de Beshir SALEH, Khalid Ali Abdullah BUGSHAN,
Ahmed Salem BUGSHAN, ALLIANT60, ROULI2000, BOUBA1823, au Crédit Agricole Suisse de Genève,
avec cette circonstance que les faits ont été commis en bande organisée.

Faits prévus et réprimés par les articles 324-1, 324-1-1, 324-2, 324-3, 324-4, 324-5, 324-6, 324-7 et
324-8, 432-15, 432-17 du code pénal (Natinf 32566)

BLANCHIMENT DE CORRUPTION ACTIVE ET PASSIVE D’AGENT PUBLIC D’UN ÉTAT ÉTRANGER EN


BANDE ORGANISÉE
Pour avoir à Paris et sur le territoire national, en Suisse, à compter de 2008, apporté son concours à
une opération de placement, de dissimulation ou de conversion du produit direct ou indirect des délits
de corruption passive par un agent public étranger reproché à Beshir SALEH et de corruption active
d’agent public étranger reproché à Alexandre DJOUHRI, en l’espèce en l’espèce en organisant la prise
en charge, par l’homme d’affaires et intermédiaire Alexandre DJOUHRI, à partir du compte bancaire de
Ahmed Salem BUGSHAN au Crédit agricole suisse, de frais de séjour à l'hôtel RITZ à Paris courant 2007
et 2008 pour un montant d'environ 60.000 euros au bénéfice de Beshir SALEH.

Faits prévus et réprimés par les articles 432-11, 432-17, 433-1, 433-22, 433-23, 435-1, 435-3, 435-4,

14
324-1, 324-1-1, 324-2, 324-3, 324-4, 324-5, 324-6, 324-7 et 324-8 du code pénal (Natinf 31137)

BLANCHIMENT DE FRAUDE FISCALE EN BANDE ORGANISÉE


Pour avoir à Paris et sur le territoire national, au Maroc, entre le 1er janvier 2010 et le 19 janvier 2021
et depuis temps non couvert par la prescription, facilité par tout moyen, la justification mensongère du
produit du délit de fraude fiscale, en l’espèce en détenant des biens immobiliers, et notamment un
appartement sis 101 avenue Henri Martin, un appartement sis résidence Georges V à la BAULE, une
villa à Marrakech, une propriété sise à SAINT PAIR DU MONT, sous couvert de tiers de nationalité
saoudienne, et notamment de Khaled BUGSHAN, Ahmed Salem BUGHSAN, et Osama Abdul Rahman
Hayel SAEED, (directement ou par l'intermédiaire de la société MIDAL REAL ESTATE et de la SCI BENOIT
GEORGE V) de manière à éluder l’impôt de solidarité sur la fortune, avec cette circonstance que les
faits ont été commis en bande organisée.

Faits prévus et réprimés par les articles 324-1, 324-1-1, 324-2, 324-3, 324-4, 324-5, 324-6, 324-7 et 324-
8, du code pénal (natinf 31018)

SARKOZY DE NAGY-BOCSA Nicolas


né le 28 janvier 1955 à PARIS XVIIe
de SARKOZY DE NAGY-BOCSA Pal et de MALAH Andrée
Profession : avocat
demeurant : 47 rue Pierre Guerin 75016 PARIS
placé sous contrôle judiciaire : Placement sous contrôle judiciaire en date du 21 mars 2018

ayant pour avocats Maître HERZOG Thierry avocat au barreau de PARIS, Maître INGRAIN Christophe,
avocat au barreau de PARIS.

Mis en examen des chefs de :

RECEL DE DÉTOURNEMENT DE FONDS PUBLICS

Pour avoir à Paris et sur le territoire national, à compter à compter du mois d'octobre 2005 et depuis
temps non couvert par la prescription, sciemment recelé le produit d'un détournement de fonds
publics commis par les autorités libyennes, en l'espèce des fonds destinés notamment à financer
illégalement sa campagne électorale pour les élections à la Présidence de la République française des
22 avril et 6 mai 2007.

CORRUPTION PASSIVE

Pour avoir à Paris et sur le territoire national, entre 2005 et 2011 et depuis temps non couvert par la
prescription, étant dépositaire de l’autorité publique et chargé d’un mandat électif public, sollicité ou
agréé, sans droit, à tout moment, directement ou indirectement, des offres, des promesses, des dons,
des présents ou des avantages quelconques pour lui-même ou pour autrui, en l’espèce des fonds
publics libyens destinés notamment à financer sa campagne électorale en vue des élections à la
Présidence de la République française des 22 avril et 6 mai 2007, pour accomplir un acte facilité par sa
fonction, sa mission ou son mandat, en l’espèce pour favoriser les intérêts de l’État et du régime libyen.

FINANCEMENT ILLÉGAL DE CAMPAGNE ÉLECTORALE


Pour avoir à Paris et sur le territoire national, à compter du mois d'octobre 2005 et depuis temps non
couvert par la prescription, alors qu'il était candidat à l'élection à la Présidence de la République
française des 22 avril et 6 mai 2007 :
-recueilli des fonds en violation de l'article L. 52-4 du code électoral en vue de financer une campagne
électorale,

15
-accepté des fonds en violation des articles L. 52-8 ou L. 308-1 du code électoral,
-dépassé le plafond des dépenses électorales fixé en application de l'article L. 52-11 du code électoral,
-omis de respecter les formalités d'établissement du compte de campagne prévues aux articles L. 52-
12 et L. 52-13,
-fait état, dans le compte de campagne ou dans ses annexes, d'éléments comptables sciemment
minorés

Faits prévus et réprimés par les articles 321-2, 321-3, 321-4, 321-9, 321-10, 321-11, 432-11, 432-15,
432-17 du code pénal, L113-1 du code électoral (Natinf 10318, 10321, 10326, 10322, 10327,10328)

ASSOCIATION DE MALFAITEURS EN VUE DE COMMETTRE UN DELIT PUNI DE 10 ANS


Pour avoir, à Paris, sur le territoire national et de manière indivisible en Suisse, aux Bahamas, au
Panama, en Libye, et au Liban, depuis 2005 et depuis temps non couvert par la prescription, participé
à un groupement formé ou une entente établie en vue de la préparation, caractérisée par un ou
plusieurs faits matériels d'un ou plusieurs délits punis de 10 ans d'emprisonnement, en l'espèce :
 des détournements de fonds publics commis par un agent public au préjudice de l'Etat libyen,
 les délits de corruption active et passive d'agent public,
 et le blanchiment de ces délits,
en l'espèce, en ayant, alors qu'il était Ministre, Président de l'UMP et candidat à l'élection présidentielle
puis Président de la République, mais agissant ainsi en dehors de ses fonctions, laissé ses plus proches
collaborateurs et soutiens politiques sur lesquels il avait autorité et qui agissaient en son nom, à savoir
Claude GUEANT (directeur de cabinet, directeur de campagne, secrétaire général, ministre de
l'intérieur) et Brice HORTEFEUX (membre du bureau politique et secrétaire général de l'UMP, ministre
des collectivités territoriales, ministre de l'immigration, ministre du travail, ministre de l'intérieur), et
des intermédiaires officieux, tels que Ziad TAKIEDDINE et Alexandre DJOUHRI :
 agir afin d'obtenir ou tenter d'obtenir des soutiens financiers en vue du financement de sa
campagne électorale,
 se rencontrer de manière confidentielle en France, en Libye, dans des lieux privés et officiels
(ministère de l'intérieur, domicile de Ziad TAKIEDDINE, domicile d' Abdellah SENOUSSI, hôtels),
 rencontrer des collaborateurs officiels de Mouammar KADHAFI tels que Abdallah SENOUSSI et
Bechir SALEH, à l'occasion de voyages officiels mais de manière confidentielle et hors la
présence des autorités officielles françaises,
 organiser des transferts de fonds publics de la Libye vers la France, par virements via des
comptes off-shore et en espèces,
 organiser l'exfiltration de Bechir Saleh, susceptible d'apporter un témoignage sur les faits
 et envisager des contreparties diplomatiques (le retour de la Libye sur la scène internationale,
l'invitation de Mouammar KADHAFI en France), économiques (notamment contrat de matériel
de surveillance du territoire libyen, engagement sur le nucléaire civil, contrat d'exploitation
pétrolière/TOTAL), et juridiques (promesse de levée du mandat d'arrêt d'Abdallah SENOUSSI),

Faits prévus et réprimés par les articles 450-1, 450-3 et 450-5 du code pénal (Natinf 12214)

TAKIEDDINE Ziad
né le 14 juin 1950 à BAAKLINE (LIBAN)
de TAKIEDDINE Mounir et de MALEK Houda Abdel
Profession : homme d'affaires
nationalité : française et libanaise
demeurant : 40 avenue Georges Mandel, 75016 PARIS
mandat d'arrêt du 27 septembre 2022

ayant pour avocat ARFI Elise, avocat au barreau de Paris

16
Mis en examen des chefs de :

COMPLICITÉ DE CORRUPTION ET DE TRAFIC D'INFLUENCE ACTIFS ET PASSIFS COMMIS PAR DES


PERSONNES EXERÇANT UNE FONCTION PUBLIQUE
Pour avoir courant 2005, 2006 et 2007 et depuis temps non couvert par la prescription, à Paris, sur le
territoire national, en Libye, et de manière indivisible au Liban sciemment, par aide ou assistance, été
complice des délits de corruption et de trafic d'influence actifs et passifs commis par des personnes
dépositaires de l'autorité publique, chargées d'une mission de service public ou investies d'un mandat
électif public, en l'espèce en agissant en qualité d'intermédiaire entre des dirigeants libyens,
notamment Mouammar KADHAFI et Abdallah SENOUSSI et des dépositaires de l'autorité publique
français, en l'espèce notamment Nicolas SARKOZY, Brice HORTEFEUX et Claude GUEANT pour récupérer
des sommes d'argent par virements et en espèces remises par les autorités libyennes, en transportant
lesdites espèces entre la Libye et la France et en les remettant à leurs destinataires, en percevant sur
un compte bancaire ouvert au Liban des sommes provenant notamment du Trésor public libyen et des
services de renseignement libyens, puis en procédant à des retraits d'espèces et des virements,

Faits prévus et réprimés par les articles 121-6 et 121-7, 432-11, 432-15, 432-17, 433-1, 433-22, 433-23
du code pénal (Natinf 11707 et11713)

COMPLICITÉ DE DÉTOURNEMENT DE FONDS PUBLICS PAR UN AGENT PUBLIC


Pour avoir courant 2005, 2006 et 2007 et depuis temps non couvert par la prescription, à Paris, sur le
territoire national, en Libye, et de manière indivisible au Liban sciemment, par aide ou assistance, été
complice du délit de détournement de fonds publics libyens, en l'espèce en réceptionnant et en
transportant des sommes d'argent en espèces provenant de fonds publics libyens remis notamment
par Abdallah SENOUSSI, dépositaire de l'autorité publique, et en percevant sur un compte bancaire
ouvert au Liban des sommes provenant notamment du Trésor public libyen et des services de
renseignement libyens, sommes destinées à corrompre des agents publics français et en les remettant
à leurs destinataires.

Faits prévus et réprimés par les articles 121-6 et 121-7, 432-11, 432-15, 432-17, 433-1, 433-22, 433-23
du code pénal (Natinf 12289)

BLANCHIMENT DE DÉTOURNEMENT DE FONDS PUBLICS


Pour avoir à Paris et sur le territoire national, de manière indivisible en Suisse et au Liban courant 2005,
2006, 2007 et 2008 depuis temps non couvert par la prescription,apporté son concours à une opération
de placement, de dissimulation ou de conversion du produit direct ou indirect du délit de
détournement de fonds publics, en l’espèce en ouvrant des comptes bancaires au Liban et au
Liechtenstein pour la société ROSSFIELD LTD immatriculée aux BVI (dont il est bénéficiaire économique)
pour percevoir 6 millions d' € détournés au préjudice de l'Etat libyen, puis en transférant du compte
ROSSFIELD :
 900 000 € et 200 000 USD vers un compte ouvert en Suisse d'une société Bahaméenne GLOBS
Ltd dont il est également bénéficiaire économique pour les retirer en espèces
 440 000 € vers un compte du Trust Cactus dont Thierry GAUBERT est bénéficiaire économique,
compte ouvert aux Bahamas dans une banque suisse, sommes retirées en espèces
rendant ainsi intraçable la destination desdits fonds

Faits prévus et réprimés par les articles 324-1, 324-1-1, 324-2, 324-3, 324-4, 324-5, 324-6, 324-7 et 324-
8, 432-15, 432-17 du code pénal (Natinf 32566)

BLANCHIMENT DE CORRUPTION ACTIVE ET PASSIVE D’AGENT PUBLIC


Pour avoir à Paris et sur le territoire national, de manière indivisible en Suisse et au Liban, courant 2005,

17
2006, 2007 et 2008 depuis temps non couvert par la prescription, apporté son concours à une
opération de placement, de dissimulation ou de conversion du produit direct ou indirect des délits de
corruption passive par un agent public et de corruption active d’agent public, en l’espèce een ouvrant
des comptes bancaires au Liban et au Liechtenstein pour la société ROSSFIELD LTD immatriculée aux
BVI (dont il est bénéficiaire économique) pour percevoir 6 millions d' € destinés à commettre les délits
de corruption active et passive d'agents publics puis en transférant du compte ROSSFIELD :
 900 000 € et 200 000 USD vers un compte ouvert en Suisse d'une société Bahaméenne GLOBS
Ltd dont il est également bénéficiaire économique pour les retirer en espèces
 440 000 € vers un compte du Trust Cactus dont Thierry GAUBERT est bénéficiaire économique,
compte ouvert aux Bahamas dans une banque suisse, sommes retirées en espèces
rendant ainsi intraçable la destination desdits fonds

Faits prévus et réprimés par les articles 432-11, 432-17, 433-1, 433-22, 433-23, 324-1, 324-1-1, 324-2,
324-3, 324-4, 324-5, 324-6, 324-7 et 324-8 du code pénal (Natinf 31137 )

COMPLICITÉ DE FINANCEMENT ILLÉGAL DE CAMPAGNE ÉLECTORALE


Pour avoir à Paris et sur le territoire national, à compter du mois d’octobre 2005 et depuis temps non
couvert par la prescription, été complice du délit de financement illégal de campagne électorale
reproché à Nicolas SARKOZY, en l’aidant ou en l’assistant sciemment dans sa préparation et sa
consommation, en l’espèce, en remettant des sommes en espèces au candidat, et à son directeur de
campagne avant et pendant la campagne électorale de l'élection présidentielle 2007

Faits prévus et réprimés par les articles 121-6, 121-7 du code pénal et L113-1 du code électoral (Natinf
10322)

ASSOCIATION DE MALFAITEURS
Pour avoir, à Paris, sur le territoire national et de manière indivisible en Suisse, aux Bahamas, au
Panama, en Libye, et au Liban, depuis 2005 et en tout cas depuis temps non couvert par la prescription,
participé à un groupement formé ou une entente établie en vue de la préparation, caractérisée par un
ou plusieurs faits matériels d'un ou plusieurs délits punis de 10 ans d'emprisonnement, en l'espèce :
 des détournements de fonds publics commis par un agent public au préjudice de l'État libyen,
 les délits de corruption active et passive d'agent public,
 et le blanchiment de ces délits,
en l'espèce, en ayant agi en tant qu'intermédiaire officieux entre l'Etat libyen et l'équipe de campagne
de Nicolas SARKOZY, ministre de l'Intérieur agissant hors du cadre de ses fonctions, en particulier avec
Brice HORTEFEUX, Trésorier de l'Association de Soutien de l'Action de Nicolas SARKOZY et ministre
délégué aux collectivités territoriales (rattaché au Ministère de l'intérieur), Claude GUEANT, directeur
de cabinet du Ministre de l'intérieur Nicolas SARKOZY, Directeur de l'équipe de campagne électorale de
Nicolas SARKOZY candidat à l'élection présidentielle, organisé des rencontres confidentielles en France,
en Libye, dans des lieux privés et officiels (ministère de l'intérieur, à son domicile, au domicile
d'Abdallah SENOUSSI, en Libye, dans des hôtels) et Thierry GAUBERT, soutien officieux de Nicolas
SARKOZY,
 agi afin d'obtenir ou tenter d'obtenir des soutiens financiers en vue du financement de la
campagne électorale de Nicolas SARKOZY,
 fait rencontrer des collaborateurs officiels de Mouammar KADHAFI tels que Abdallah
SENOUSSI et Saïf Al ISLAM KADHAFI, à l'occasion de voyages officiels mais de manière
confidentielle et hors la présence des autorités officielles françaises,
 organisé des transferts de fonds publics de la Libye vers la France, par virements via des
comptes off-shore et en espèces,
 participé à négocier des contreparties diplomatiques (le retour de la Libye sur la scène
internationale, l'invitation de Mouammar KADHAFI en France), économiques (notamment

18
contrat de matériel de surveillance du territoire libyen, engagement sur le nucléaire civil,
contrat d'exploitation pétrolière/TOTAL), et juridiques (promesse de levée du mandat d'arrêt
d'Abdallah SENOUSSI),

Faits prévus et réprimés par les articles 450-1, 450-3 et 450-5 du code pénal (Natinf 12214)

ULLMO Edouard
né le 11 juillet 1964 à NEUILLY SUR SEINE (Hauts-de-Seine)
de ULLMO Fred et de BRUN Daniele
Profession : Gérant de société
demeurant : C/O Maitre Charlotte PLANTIN, 22, Place du Général Catroux, 75017 PARIS
placé sous contrôle judiciaire : Placement sous contrôle judiciaire en date du 18 mars 2022

ayant pour avocats Maître PLANTIN Charlotte, avocat au barreau de PARIS et Maître REYNAUD Martin
avocat au barreau de PARIS.

Mis en examen du chef de :

COMPLICITÉ DE CORRUPTION ACTIVE


Pour s'être à Paris, Toulouse, sur le territoire national, et de manière indivisible en Suisse, au Liban, à
Hong Kong, à Singapour et en Thaïlande entre 2006 et 2007 et depuis temps non couvert par la
prescription, rendu complice de la corruption active d'agent public commise par Alexandre DJOUHRI
sur Claude GUEANT en ordonnant au mois de novembre 2006 le transfert de la somme de 2 M € du
compte de la société NETWORK AVIATION Co sur le compte ouvert à Singapour par Alexandre DJOUHRI

Faits prévus et réprimés par les articles 121-6, 121-7, 433-1, 433-22, 433-23 du code pénal (Natinf
11713)

CORRUPTION ACTIVE D'AGENT PUBLIC ÉTRANGER (POUR LE COMPTE D'AIRBUS)


Pour avoir à Paris, Toulouse, sur le territoire national, et de manière indivisible en Suisse, à Singapour
et en Thaïlande entre 2006 et 2007 et depuis temps non couvert par la prescription, étant employé de
la société AIRBUS, sans droit, à tout moment, proposé directement ou indirectement des offres,
promesses, dons, présents ou des avantages quelconques, pour la personne ou pour autrui, en l'espèce
en promettant de payer et en faisant payer des commissions à Alexandre DJOUHRI, et M. Salah AL
JENIFEN, prétendument agents d'AIRBUS, pour qu'ils versent ces sommes à des agents publics
étrangers libyens, en l'espèce Bechir SALEH et Saïf Al ISLAM KADDHAFI, pour obtenir qu'ils
accomplissent ou s'abstiennent d'accomplir, un acte de leur fonction, de leur mission ou de leur
mandat, ou facilité par eux en l'espèce la signature du contrat de vente de 12 avions Airbus à la
compagnie aérienne libyenne Afriqiah Airways le 2 novembre 2006,

Faits prévus et réprimés par les articles 435-3, 435-5, 435-14 du code pénal (Natinf 25772)

ASSOCIATION DE MALFAITEURS EN VUE DE DÉLITS PUNIS DE 10 ANS


Pour avoir à Paris, Toulouse, sur le territoire national, et de manière indivisible en Suisse, à Singapour
et en Thaïlande entre 2006 et 2007 et en tout cas depuis temps non couvert par la prescription,
participé à un groupement formé ou une entente établie en vue de la préparation, caractérisée par un
ou plusieurs faits matériels d'un ou plusieurs délits punis de 10 ans d'emprisonnement, en l'espèce :
 les délits de corruption active et passive d'agent public et corruption active et passive d'agent
public étranger
 et le blanchiment en bande organisée de ces délits,
en entretenant des contacts avec Alexandre DJOUHRI intermédiaire occulte et en le rémunérant, hors

19
de tout contrat au mois de novembre 2006 dans le but de commettre les infractions susvisées, en
utilisant des montages financiers complexes passant par des agents officiels d'AIRBUS en Thaïlande,

Faits prévus et réprimés par les articles 450-1, 450-3 et 450-5 du code pénal (Natinf 12214)

BLANCHIMENT DE CORRUPTION ACTIVE ET PASSIVE ET DE CORRUPTION ACTIVE ET PASSIVE D'AGENT


PUBLIC ÉTRANGER EN BANDE ORGANISÉE
Pour avoir à Paris, Toulouse, sur le territoire national, et de manière indivisible en Suisse, à Singapour,
à Hong Kong et en Thaïlande entre 2006 et 2007 et en tout cas depuis temps non couvert par la
prescription, facilité par tout moyen la justification mensongère de l’origine des revenus provenant des
délits de corruption passive, corruption passive d'agent public étranger, de corruption active et
corruption active d'agent public étranger commis par Claude GUEANT, Bechir SALEH et Alexandre
DJOUHRI, en faisant procéder au mois de novembre 2006 au paiement de 2 M € sur le compte ouvert
au nom d' Alexandre DJOUHRI à UBS Singapour par le biais du compte NETWORK AVIATION CO ouvert
à Hong Kong

Faits prévus et réprimés par les articles 132-71, 432-11, 432-17, 433-1, 433-22, 433-23, 435-1, 435-4,
324-1, 324-1-1, 324-2, 324-3, 324-4, 324-5, 324-6, 324-7 et 324-8 du code pénal (Natinf 20660 et
31137)

WOERTH Eric
né le 20 novembre 1956 à CREIL (Oise)
de WOERTH Paul et de FELBACQ Nicole
profession : Député de l'Oise
nationalité : française
demeurant : 57 rue du Connétable, 60500 CHANTILLY

Ayant pour avocat Jean-Yves LE BORGNE, avocat au barreau de PARIS.

Mis en examen des chefs de :

COMPLICITÉ DE FINANCEMENT ILLÉGAL DE CAMPAGNE ÉLECTORALE


Pour avoir à Paris et sur le territoire national, courant 2006, 2007 et depuis temps non couvert par la
prescription, alors qu’il était Président de l’Association de Financement de la Campagne de Nicolas
SARKOZY, mandataire financier, été complice du délit de financement illégal de campagne électorale
reproché à Nicolas SARKOZY résultant, en ce qui vous concerne, du recueil de fonds en violation de
l'article L. 52-4 du code électorat, de l’acceptation de fonds en violation des articles L. 52-7-1, L. 52-8
ou L. 308-1 du code électoral, du non-respect des formalités d'établissement du compte de campagne
prévues aux articles L. 52-12 et L. 52-13, de la minoration d’éléments comptables dans le compte de
campagne ou dans ses annexes, en l’espèce en conservant et en utilisant sans les déclarer des fonds
en espèces dans le cadre de la campagne électorale, notamment pour verser des compléments de
rémunération au personnel employé dans la campagne.

Faits prévus et réprimés par les articles121-6, 121-7 du code pénal et L113-1 du code électoral

dans une information suivie des chefs de :

 RI 19/04/2013 :
Corruption active et passive, trafic d'influence commis par des personnes exerçant une fonction
publique, faux et usage de faux, abus des biens sociaux, blanchiment de ces infractions, recel de ces
infractions, complicité de ces infractions

20
Fais prévus et réprimés par les articles 432-11 al.1, 432-17, 433 1 al.1, al.4, 433-22, 433-23, 441-1, 441-
9 à 441-12 du code pénal, L241-3, L249-1, L242-6 3°, L242-30, L243-1, L244-1, L244-5, L246-2 du code
de commerce, 324-1 al.3, 324-3, 324-7, 324-8, 321-1 al.3, 321-3, 321-9 du code pénal
 RS 7/03/2015 :
Blanchiment de crime ou délit notamment de fraude fiscale commis en bande organisée
Faits prévus et réprimés par les articles 324-1, 324-1-1, 324-2, 324-3, 324-4, 324-5, 324-6, 324-7, 324-
8 du code pénal, 1741 du code général des impôts
 RS 16/09/2016 :
De courant 2006 à fin 2010, faits commis notamment en France et à l'étranger notamment en Suisse,
au Panama, à Curaçao en Arabie Saoudite et aux Pays Bas et en Libye et depuis temps non couvert par
la prescription:
Détournement de fonds public par une personne chargée d'une mission de service public, au préjudice
du Lybian African Portfolio (LAP), (vente à la société BEDUX et tentative de vente à la société AW d'un
ensemble immobilier surévalué situé à MOUGINS en France).
Faits prévus et réprimés par les articles 432-16 et 432-17 du code pénal
Corruption active et passive d'agent public étranger (prise en charge des dépenses personnelles de
Bashir SALEH pour le déterminer à consentir à l'achat par le LAP, d'un bien immobilier surévalué situé
à Mougins en France
Faits prévus et réprimés par les articles 435-1 et 435-4 du code pénal
Blanchiment en bande organisée de ces infractions, notamment par l'utilisation de sociétés écran
notamment les sociétés AKLAL BV et NV, les sociétés BEDUX, AW et l'emploi de comptes bancaires de
tiers (notamment ouverts aux noms de Khaled BUGSHAN et Ahmed Salem BUGSHAN, ALLIANT60,
BOUBA1823, ROULI2000) et avec cette circonstance que les faits ont été facilités par l'exercice de la
profession de banquier.
Faits prévus et réprimés par les articles 324-1 à 324-9 du code pénal
De courant 1993 à ce jour et en tous cas depuis temps non couvert par la prescription à Paris et sur le
territoire national et à l'étranger:
Blanchiment de la fraude fiscale (patrimoine des consorts NACER), par dissimulation au moyens de
prête-noms (notamment Ahmed Salem et Khaled BUGSHAN, et de M SAEED), de sociétés écran et de
comptes de tiers notamment ouverts aux noms de Ahmed Salem et Khaled BUGSHAN, ROULI2000,
Faits prévus et réprimés par les articles 324-1 à 324-9 du code pénal et 1741 du CGI.
Recel en bande organisée de ces infractions
Faits prévus et réprimés par les articles 321-2 à 321-12 du code pénal.
Complicité de ces infractions
Faits prévus et réprimés par les articles 121-6 et 121-7 du code pénal.
 RS 31.01.2020 :
Association de malfaiteurs en vue de la préparation de délits punis de dix années d'emprisonnement
et notamment, ceux de détournement de fonds publics ainsi que de corruptions active et passive d'un
agent public,
commis depuis 2005 et depuis temps non couvert par la prescription à Paris, en tous cas sur le territoire
national et de manière indivisible en Libye, en Suisse, au Panama et au Liban,
Faits prévus et réprimés par les articles 450-1, 450-3 et 450-5 du code pénal. (Natinf 12214)
 RS 19.01.2021 :
Blanchiment de fraude fiscale aggravée (31018)
Recel et complicité de ce délit
commis depuis le 17 septembre 2016 et depuis temps non couvert par la prescription à Paris, en tout
cas sur le territoire national
 RS 13.04.2021:
Corruption active et passive, commis depuis 2006
 RS 16.03.2022 :
Corruption active et passive d'un agent public étranger, faits commis depuis 2006 et depuis temps non

21
couvert par la prescription à Paris, en tous cas sur le territoire national et de manière indivisible en
Libye, en Suisse, au Liban, à Singapour et en Thaïlande
Faits prévus et réprimés par les articles 435-1, 435-5, 435-14, 131-26-2 du code pénal
(Natinf : 25771, 25772)
Corruption active et passive par une personne dépositaire de l'autorité publique, faits commis depuis
2006 et depuis temps non couvert par la prescription à Paris, en tous cas sur le territoire national et de
manière indivisible en Libye, en Suisse, au Liban, à Singapour et en Thaïlande
Faits prévus et réprimés par les articles 432-11, 432-17, 131-26-2 du code pénal (Natinf 11708, 11714)

- Mme Catherine FILLIAU épouse NACER


ayant pour avocat : Me Jean VEIL et Me Pierre-François VEIL
- témoin assisté -

Parties civiles :

- ETAT DE LIBYE représentée par Ahamed Mukhtar Bazamah, chef de la division Contentieux
Ayant pour avocats : Me SPORTES Carole et Me SERANNE Marion

- Ass. SHERPA représentée par Franceline LEPANY


Ayant pour avocat : Me Vincent BRENGARTH

- LYBIAN AFRICAN INVESTMENT PORTFOLIO


Ayant pour avocats : Alexandre MALAN et Jean-Charles TCHIKAYA

Vu les articles 175, 176, 178, 179, 179-1, 179-2, 180, 181, 182-1, 183, 184 du code de procédure pénale

Vu l'article 175 du code de procédure pénale et les avis à partie en date du 21 octobre 2022 ;

Vu les observations de Maître ESCLATINE en date du 16 janvier 2023 ;

Vu les observations de Maître INGRAIN en date des 19 et 20 janvier 2023 ;

Vu les observations de Maître PRADEL en date du 21 octobre 2022 ;

Vu le réquisitoire définitif du procureur de la République en date du 10 mai 2023 ;

Vu l’envoi par voie électronique du réquisitoire définitif aux avocats des parties le 11 mai 2023 ;

Vu les observations de Maître Jean-Yves DUPEUX en date du 8 juin 2023 ;

Vu les observations de Maître David-Olivier KAMINSKI en date des 8 et 9 juin 2023 ;

Vu les observations de Maître Martin REYNAUD en date du 9 juin 2023 ;

Vu les observations de Maître Martin PRADEL en date du 9 juin 2023 ;

Vu les observations de Maître Christophe INGRAIN en date du 9 juin 2023 ;

22
Table des matières

1 Faits et procédure ......................................................................................................................... 31


1.1 L’origine de la procédure....................................................................................................... 31
1.1.1 Genèse de la procédure ................................................................................................ 31
1.1.2 Genèse de l’hypothèse d’un financement libyen de la campagne présidentielle de
Nicolas SARKOZY ........................................................................................................................... 33
1.1.3 Rappel des principales étapes procédurales ................................................................. 36
1.1.3.1 L’enquête préliminaire .............................................................................................. 36
1.1.3.2 L’information judiciaire ............................................................................................. 37
1.1.3.3 Les mises en examen ................................................................................................. 39
1.1.3.4 Les arrêts de la chambre de l’instruction .................................................................. 42
1.2 Sur le financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas SARKOZY ................... 43
1.2.1 Les investigations relatives à un éventuel pacte corruptif ............................................ 43
1.2.1.1 Les sources journalistiques........................................................................................ 43
1.2.1.1.1 La note de MEDIAPART ....................................................................................... 43
1.2.1.1.2 La déposition de Fabrice ARFI, journaliste à MEDIAPART ................................... 47
1.2.1.1.3 La déposition de Pascal HENRY ........................................................................... 48
1.2.1.1.4 L’article de Laurent LEGER .................................................................................. 48
1.2.1.1.5 Le livre de Catherine GRACIET............................................................................. 49
1.2.1.1.6 Les informations communiquées par Pierre PEAN ............................................. 50
1.2.1.2 Les témoignages et sources indirectes...................................................................... 52
1.2.1.2.1 Les renseignements collectés par la DCRI ........................................................... 52
1.2.1.2.2 Robert DULAS ...................................................................................................... 53
1.2.1.2.3 Bernard CHEYNEL ................................................................................................ 54
1.2.1.2.4 Michel SCARBONCHI ........................................................................................... 56
1.2.1.2.5 Jean-Luc SIBIUDE, ancien ambassadeur de France en Libye 2004-2007 ............ 57
1.2.1.2.6 François GOUYETTE, ancien ambassadeur de France à Tripoli 2008-2011 ......... 59
1.2.1.2.7 Jean-Charles BRISARD ......................................................................................... 60
1.2.1.2.8 Jean Guy PERES, attaché de sécurité intérieur en Libye en 2005 ....................... 63
1.2.1.2.9 Alain JUILLET........................................................................................................ 64
1.2.1.2.10 Les mémoires de Mohamed EL MEGARIEF ......................................................... 66
1.2.1.2.11 La déposition du témoin n°120 ........................................................................... 68
1.2.1.3 Les témoignages directs ............................................................................................ 69
1.2.1.3.1 L’interprète de la rencontre SARKOZY-KADHAFI : Yolla ABOU HAIDAR ............. 69
1.2.1.3.2 La déposition d’un témoin ancien proche de KADHAFI (témoin N°123) ............ 71
1.2.1.3.3 Zahra MANSOUR, chargée des relations avec la France au sein du Ministère des
Affaires Étrangères Libyennes ............................................................................................... 74
1.2.1.3.4 Moftah MISSOURI, ancien interprète de Mouammar KADHAFI ......................... 75

23
1.2.1.3.4.1 Les déclarations publiques de Moftah MISSOURI........................................ 75
1.2.1.3.4.2 Les manœuvres entreprises en marge de ses déclarations publiques ........ 76
1.2.1.3.4.3 Les tentatives d’audition de Moftah MISSOURI........................................... 79
1.2.1.3.4.4 Les notes déclassifiées concernant Moftah MISSOURI ................................ 80
1.2.1.3.5 Les déclarations publiques de Taher DAHEC (DAECH) ........................................ 80
1.2.1.3.6 Ahmed KADHAF EDDAM (AL DAM), cousin du colonel KADHAFI ....................... 81
1.2.1.3.7 Les archives de Choukri GHANEM ....................................................................... 84
1.2.1.3.8 Mabrouck Jomode Elie Getty, militant anti-KADHAFIste .................................... 84
1.2.1.3.9 Ahmed RAMADAN, directeur du bureau des renseignements ........................... 87
1.2.1.3.10 Abdel Rahman CHALGAM (Abdurrahman SCHALGAM), ancien ministre des
affaires étrangères ................................................................................................................ 90
1.2.1.3.11 Mabrouka CHERIF, ancienne responsable du protocole spécial de M. KADHAFI 92
1.2.1.3.12 Faisal GARGAB, président du conseil d’administration de la Libyan Post
Telecommunications and Information Technology Company (LPTIC) .................................. 94
1.2.1.3.13 Abdallah MANSOUR, ancien officier proche de Mouammar KADHAFI............... 94
1.2.1.3.14 M. Al Baghdadi Ali Ahmed Al Mahmoudi, ancien premier ministre ................... 95
1.2.1.3.14.1 L’avocat tunisien de Mahmoudi BAGHDADI .............................................. 95
1.2.1.3.14.2 Documents transmis par son avocat français ............................................ 95
1.2.1.3.14.3 Contact de Me HASSEN .............................................................................. 96
1.2.1.3.14.4 Déposition de M. Al BAGHDADI devant les autorités libyennes ................ 96
1.2.1.3.14.5 Déclarations devant les magistrats français............................................... 97
1.2.1.3.15 Abdallah Mohamed AL SENOUSSI AMER, chef du renseignement militaire et
beau-frère de Mouammar KADHAFI ..................................................................................... 97
1.2.1.3.15.1 Les déclarations devant la CPI .................................................................... 98
1.2.1.3.15.2 Les déclarations devant les autorités libyennes dans le cadre de
l’information judiciaire ...................................................................................................... 99
1.2.1.3.15.3 Les déclarations devant les magistrats français le 05 février 2019 ......... 101
1.2.1.3.16 Saïf Al Islam KADHAFI, fils de Mouammar KADHAFI ......................................... 105
1.2.1.3.16.1 Sur les déclarations à la presse avant l'enquête ...................................... 105
1.2.1.3.16.2 Sur son témoignage écrit ......................................................................... 105
1.2.1.3.17 Les accusations du colonel KADHAFI lui même................................................. 109
1.2.1.3.18 Les déclarations de Ziad TAKIEDDINE dans d’autres dossiers ........................... 110
1.2.2 Les déclarations des principaux mis en cause ............................................................. 116
1.2.2.1 Ziad TAKIEDDINE...................................................................................................... 116
1.2.2.1.1.1 Sur ses déclarations et témoignages dans le cadre de l'enquête .............. 116
1.2.2.1.1.2 Auditions comme mis en cause libre en novembre 2016 .......................... 117
1.2.2.1.1.3 Interrogatoire de 1ère comparution du 07 décembre 2016...................... 120
1.2.2.1.1.4 Interrogatoire au fond – juillet 2018 .......................................................... 121
1.2.2.1.1.5 Interrogatoire du 23 mai 2019 ................................................................... 129

24
1.2.2.1.1.6 Interrogatoire du 28 août 2019.................................................................. 131
1.2.2.1.1.7 Interrogatoire du 16 janvier 2020 (D3191) ................................................ 132
1.2.2.1.1.8 Les "revirements" de Ziad TAKIEDDINE...................................................... 133
1.2.2.1.1.9 Interrogatoire au Liban du 14 janvier 2021 ............................................... 133
1.2.2.2 Claude GUEANT ....................................................................................................... 134
1.2.2.2.1 Sur les éléments mis en exergue par l’enquête ................................................ 134
1.2.2.2.2 Sur les déclarations de Claude GUEANT............................................................ 136
1.2.2.3 Brice HORTEFEUX .................................................................................................... 139
1.2.2.4 Thierry GAUBERT ..................................................................................................... 145
1.2.2.5 Nicolas SARKOZY...................................................................................................... 153
1.2.2.6 Les investigations concernant Bechir SALEH ........................................................... 156
1.2.2.6.1 Renseignements généraux ................................................................................ 156
1.2.2.6.2 Les fonctions de Bechir SALEH dans la Libye de KADHAFI ................................ 157
1.2.2.6.3 Sur l’environnement relationnel de Bechir SALEH ............................................ 158
1.2.2.6.4 Sur l'exfiltration de Libye vers la France pendant la guerre.............................. 159
1.2.2.6.5 Sur l'exfiltration du 3 mai 2012 ......................................................................... 161
1.2.2.6.6 Les déclarations de Bechir SALEH ..................................................................... 164
1.2.3 Les contreparties ......................................................................................................... 167
1.2.3.1 Les contreparties diplomatiques ............................................................................. 168
1.2.3.2 Les contreparties économiques .............................................................................. 169
1.2.3.2.1 La fourniture de matériels de surveillance........................................................ 169
1.2.3.2.2 Le nucléaire et les déclarations d’Anne LAUVERGEON sur le rôle d’AREVA ..... 171
1.2.3.2.3 La vente de 12 AIRBUS par EADS à la compagnie Afriqiyah Airways ................ 172
1.2.3.2.3.1 Le rôle de Philippe BOHN ........................................................................... 172
1.2.3.2.3.2 Le rôle d’Alexandre DJOUHRI et de Bechir SALEH ..................................... 179
1.2.3.2.3.3 Le rôle d’Edouard ULLMO .......................................................................... 185
1.2.3.3 La contrepartie juridique : le règlement de la situation pénale d’Abdallah SENOUSSI
188
1.2.4 La mise en œuvre du pacte corruptif .......................................................................... 191
1.2.4.1 Le canal « Abdallah SENOUSSI » .............................................................................. 191
1.2.4.1.1 Sur l’existence de flux bancaires en provenance de Libye ................................ 191
1.2.4.1.2 Sur les remises d’espèces par l’intermédiaire de Ziad TAKIEDDINE ................. 211
1.2.4.2 Le « canal » Bechir SALEH ........................................................................................ 212
1.2.5 Sur le financement de la campagne présidentielle de 2007 ....................................... 214
1.2.5.1 Concernant la campagne présidentielle 2007 ......................................................... 214
1.2.5.2 Les associations de soutien à Nicolas SARKOZY ...................................................... 214
1.2.5.3 Les vérifications sur ses relations avec Kamel EL HOUARI ...................................... 215
1.2.5.4 Les comptes de la campagne présidentielle 2007 .................................................. 216

25
1.2.5.4.1 Les déclarations de Jérôme LAVRILLEUX ........................................................... 216
1.2.5.4.2 Les déclarations des collaborateurs directs de Nicolas SARKOZY durant la
campagne 2007 ................................................................................................................... 217
1.2.5.4.2.1 Les déclarations de Vanessa DOUILLEZ ...................................................... 217
1.2.5.4.2.2 Les déclarations de Séverine NITKOWSKI .................................................. 218
1.2.5.4.2.3 Les déclarations de Guillaume BAZAILLE ................................................... 218
1.2.5.4.2.4 Les déclarations de Chantal BORDAS SPANO ............................................. 219
1.2.5.4.2.5 Les déclarations de Nathalie GONZALEZ PRADO ....................................... 219
1.2.5.4.2.6 Les déclarations d’Alexandra GUILLET DE LA BROSSE................................ 219
1.2.5.4.2.7 Les déclarations de Aurélia JUBLIN CHARTIER ........................................... 219
1.2.5.4.2.8 Les déclarations de Marie Laure HAREL ..................................................... 220
1.2.5.4.2.9 Les déclarations de Caroline CORNELIE VALENTIN .................................... 220
1.2.5.4.2.10 Les déclarations de Laurent SOLLY ........................................................... 221
1.2.5.4.2.11 Les déclarations de Véronique WACHE.................................................... 221
1.2.5.4.2.12 Les explications d’Éric GONZALEZ ............................................................ 221
1.2.5.4.3 La circulation d’espèces pendant la campagne................................................. 222
1.2.5.4.3.1 Les explications alléguées sur l'origine des espèces distribuées : des dons
anonymes 222
1.2.5.4.3.2 L'origine des espèces utilisées pour les primes de campagne ................... 222
1.2.5.4.3.1 Sur le stockage de ces espèces................................................................... 224
1.2.5.4.4 Sur l'utilisation des espèces .............................................................................. 224
1.2.5.4.4.1 Les bénéficiaires des primes de fin de campagne ...................................... 225
1.2.5.4.4.2 Les explications données sur l’utilisation des espèces durant la campagne
226
1.2.5.4.4.3 Les remboursements de frais ..................................................................... 227
1.2.5.4.4.4 La comparaison du coût des meetings entre 2007 et 2012 ....................... 229
1.2.5.4.5 L’infirmation de l’hypothèse de dons numéraires anonymes .......................... 231
1.2.5.4.6 L'illustration de l'absence de sincérité des comptes de campagne .................. 233
1.2.5.4.7 Sur l’ampleur de la circulation d'espèces en marge de la campagne 2007 ...... 234
1.2.5.4.8 Sur l’absence de caractère inédit de la circulation d’espèces durant une
campagne électorale pour la présidence de la République ................................................ 236
1.3 Les investigations incidentes sur les liens d’intérêts entre les principaux mis en cause .... 236
1.3.1 Les investigations concernant Claude GUEANT .......................................................... 236
1.3.1.1 S’agissant des tableaux et de leur valeur ................................................................ 240
1.3.1.2 S’agissant du traitement par la BNP du virement de 500.000 € ............................. 242
1.3.1.3 S’agissant de l'analyse des comptes bancaires de Claude GUEANT........................ 247
1.3.1.4 Le redressement fiscal de Claude Guéant ............................................................... 249
1.3.1.5 S’agissant des surveillances téléphoniques de Claude GUEANT ............................. 249
1.3.1.6 La garde à vue de Claude GUEANT .......................................................................... 251

26
1.3.1.7 Concernant François GUEANT ................................................................................. 253
1.3.1.8 L'emploi occulte de la femme de ménage de la maison de campagne .................. 256
1.3.1.9 La consultation des archives du ministère de l'intérieur ........................................ 256
1.3.1.10 Auditions réalisées à la demande de Claude GUEANT ........................................ 258
1.3.1.11 Sur les saisies judiciaires réalisées....................................................................... 260
1.3.2 Les perquisitions réalisées dans les domiciles de Bechir SALEH ................................. 261
1.3.3 Concernant Khaled et Ahmed BUGSHAN .................................................................... 262
1.3.3.1 Concernant la famille BUGSHAN ............................................................................. 262
1.3.3.2 Concernant la garde à vue de Khaled Ali BUGSHAN ............................................... 262
1.3.3.3 Fady MOKAIESH....................................................................................................... 266
1.3.3.4 Sur les éléments recueillis chez Wahib NACER concernant Khaled BUGHSAN ....... 267
1.3.3.5 S’agissant d’Ahmed Salem BUGSHAN ..................................................................... 271
1.3.3.6 S’agissant des liens avec Dominique DE VILLEPIN................................................... 279
1.3.4 Concernant l’entente formée par le trio DJOUHRI – NACER - AREF ........................... 279
1.3.4.1 Sur son fonctionnement .......................................................................................... 279
1.3.4.1.1 Fonctionnement global ..................................................................................... 279
1.3.4.1.2 Le clan BUGSHAN, « banque » de l'équipe ....................................................... 280
1.3.4.1.3 La société ISCANDE............................................................................................ 301
1.3.4.2 S’agissant de Wahib NACER .................................................................................... 302
1.3.4.2.1 Sur l’environnement familial de Wahib NACER ................................................ 302
1.3.4.2.2 Sur l’activité professionnelle et les éléments de personnalité de Wahib NACER
303
1.3.4.2.3 Sur les éléments patrimoniaux de Wahib NACER ............................................. 305
1.3.4.2.4 Sur les éléments patrimoniaux propres à Catherine FILLIAU............................ 310
1.3.4.2.5 Sur les liens entre Wahib NACER et Sivajothi RAJENDRAM .............................. 313
1.3.4.2.6 Sur les liens entre Wahib NACER et Khaled BUGSHAN ..................................... 314
1.3.4.2.7 Sur les liens entre Wahib NACER et Hamidah Mohd Yussoff ............................ 315
1.3.4.2.8 Sur les déclarations de Catherine FILLAU et ses enfants .................................. 315
1.3.4.2.9 Sur les déclarations de Wahib NACER ............................................................... 320
1.3.4.3 S’agissant d’Alexandre DJOUHRI ............................................................................. 320
1.3.4.3.1 Environnement familial ..................................................................................... 320
1.3.4.3.2 Activités professionnelles et éléments de personnalité ................................... 321
1.3.4.3.3 Alexandre DJOUHRI et Maurice GOURDAULT MONTAGNE .............................. 327
1.3.4.3.4 Alexandre DJOUHRI et les opérations bancaires............................................... 327
1.3.4.3.5 Les recherches des Renseignements Généraux ................................................ 330
1.3.4.3.6 Le rapport ADIT de 2005 demandé par DASSAULT AVIATION .......................... 331
1.3.4.4 Investigations relatives à Mohamed AREF .............................................................. 331
1.3.4.5 La villa NABILA à Mougins (06) ................................................................................ 332

27
1.3.4.5.1 Identification de la Villa NABILA à Mougins ...................................................... 332
1.3.4.5.2 Historique des propriétaires ............................................................................. 332
1.3.4.5.3 Passif fiscal grevant la villa ................................................................................ 355
1.3.4.5.4 Evaluations du bien immobilier......................................................................... 361
1.3.4.5.5 Les projets associés à la villa ............................................................................. 363
1.3.4.5.6 Implications dans la reconstruction politique de la Libye ................................. 366
1.3.4.5.7 Les libéralités de Alexandre DJOUHRI vis à vis de Bechir SALEH....................... 367
1.3.4.6 Investigations propres à Siva RAJENDRAM ............................................................. 368
1.3.5 S’agissant des manœuvres en vue de parasiter les investigations ............................. 369
1.3.5.1 Bechir SALEH............................................................................................................ 369
1.3.5.2 Mohamed AREF ....................................................................................................... 370
1.3.5.3 Siva RAJENDRAM ..................................................................................................... 371
1.3.5.4 Khaled BUGSHAN..................................................................................................... 375
1.3.5.5 IBC Aviation ............................................................................................................. 377
1.3.5.6 Wahib NACER .......................................................................................................... 377
1.3.5.7 La stratégie d'évitement d'Alexandre DJOUHRI ...................................................... 378
1.3.5.8 Influences sur des organes de presse...................................................................... 379
1.3.6 Sur les explications des mis en examen ...................................................................... 381
1.3.6.1 Sur les explications de Claude GUEANT .................................................................. 381
1.3.6.2 Sur les explications d’Alexandre DJOUHRI .............................................................. 386
1.3.6.3 Sur les explications de Wahib NACER ...................................................................... 390
1.3.6.4 Sur les explications de Khaled BUGSHAN ................................................................ 395
1.3.6.5 Sur les explications d’Ahmed BUGSHAN ................................................................. 401
1.3.6.6 Sur les explications de Sivajothi RAJENDRAM ......................................................... 403
2 Les observations des avocats ...................................................................................................... 412
2.1 Thierry Gaubert ................................................................................................................... 412
2.2 Nicolas SARKOZY ................................................................................................................. 413
2.3 Brice HORTEFEUX ................................................................................................................ 423
2.4 Khaled BUGSHAN ................................................................................................................ 425
2.5 Ahmed Salem BUGSHAN ..................................................................................................... 427
2.6 Edouard ULLMO .................................................................................................................. 430
3 Discussion .................................................................................................................................... 434
3.1 Observations liminaires sur le déroulement de la procédure............................................. 434
3.2 Sur la légalité des poursuites............................................................................................... 437
3.2.1 A l’encontre de Nicolas SARKOZY à raison de faits possiblement commis dans l’exercice
de ses fonctions de ministre et de Président de la République .................................................. 437
3.2.1.1 Alors qu’il était ministre .......................................................................................... 437
3.2.1.2 Alors qu’il était Président de la République ............................................................ 438

28
3.2.2 A l’encontre de Brice HORTEFUX................................................................................. 439
3.3 Le financement de la campagne de Nicolas SARKOZY et les fonds libyens ........................ 440
3.3.1 La corruption et la question des preuves .................................................................... 440
3.3.1.1 Nicolas SARKOZY...................................................................................................... 441
3.3.1.2 Claude GUEANT ....................................................................................................... 453
3.3.1.3 Ziad Takieddine ....................................................................................................... 455
3.3.2 Sur le détournement de fonds public, le recel, le blanchiment et la complicité ........ 456
3.3.3 L’existence d’une association de malfaiteurs.............................................................. 458
3.3.3.1 Nicolas SARKOZY...................................................................................................... 460
3.3.3.2 Ziad TAKIEDDINE...................................................................................................... 462
3.3.3.3 Claude GUEANT ....................................................................................................... 463
3.3.3.4 Brice HORTEFEUX .................................................................................................... 464
3.3.3.5 Thierry GAUBERT ..................................................................................................... 468
3.3.3.6 Alexandre DJOUHRI ................................................................................................. 470
3.3.3.7 Khaled BUGSHAN..................................................................................................... 470
3.3.3.8 Edouard ULLMO ...................................................................................................... 471
3.3.3.9 Bechir SALEH............................................................................................................ 476
3.3.4 Le financement illégal de campagne électorale .......................................................... 476
3.3.4.1 Nicolas SARKOZY...................................................................................................... 480
3.3.4.2 Eric WOERTH ........................................................................................................... 482
3.3.4.3 Ziad TAKIEDDINE...................................................................................................... 485
3.3.4.4 Brice HORTEFEUX .................................................................................................... 485
3.3.4.5 Claude GUEANT ....................................................................................................... 486
3.4 La vente fictive de deux tableaux par Claude GUEANT et les infractions en découlant ..... 487
3.4.1 Le caractère fictif de la vente des tableaux ................................................................. 487
3.4.2 S’agissant des délits de faux et d’usage de faux ......................................................... 490
3.4.3 L’existence d’une bande organisée destinée à blanchir des fonds d’origine illicite ... 492
3.4.4 Les faits de blanchiment de fraude fiscale en bande organisée concernant Claude
GUEANT et la vente des tableaux................................................................................................ 496
3.4.5 Sur les faits de corruption reprochés à Alexandre DJOUHRI vis-à-vis de Claude GUEANT,
et leur requalification partielle.................................................................................................... 501
3.4.6 Les faits de blanchiment de corruption active et passive en bande organisée, complicité
de de corruption active et passive et leur requalification .......................................................... 505
3.5 Le délit de corruption active d’agent public étranger vis-à-vis de Bechir SALEH, la complicité
et le blanchiment de ces faits.......................................................................................................... 512
3.6 S’agissant des faits commis dans le cadre de la vente de la villa de Mougins .................... 518
3.6.1 S’agissant du délit de détournement de fonds publics par une personne chargée d'une
mission de service public (Villa de Mougins), de complicité et de recel ..................................... 518
3.6.2 Sur le blanchiment de détournement de fonds publics en bande organisée ............. 523

29
3.7 Sur le blanchiment de fraude fiscale de Wahib NACER en bande organisée ...................... 525
4 Renseignements et personnalités ............................................................................................... 526
4.1 Ahmed BUGSHAN ................................................................................................................ 526
4.2 Khaled BUGSHAN ................................................................................................................ 526
4.3 Alexandre DJHOURI ............................................................................................................. 526
4.4 Thierry GAUBERT ................................................................................................................. 527
4.5 Claude GUEANT ................................................................................................................... 527
4.6 Brice HORTEFEUX ................................................................................................................ 528
4.7 Wahib NACER ...................................................................................................................... 528
4.8 Sivajothi Muthia RAJENDRAM ............................................................................................. 528
4.9 Béchir SALEH ....................................................................................................................... 528
4.10 Nicolas SARKOZY ................................................................................................................. 528
4.11 Ziad TAKIEDDINE ................................................................................................................. 529
4.12 Edouard ULLMO .................................................................................................................. 529
4.13 Eric WOERTH ....................................................................................................................... 529
5 Non lieu partiels et requalifications ............................................................................................ 530
6 Renvoi devant le tribunal correctionnel...................................................................................... 531
6.1 Ahmed Salem BUGSHAN ..................................................................................................... 531
6.2 Khaled BUGSHAN (mandat d'arrêt) ..................................................................................... 533
6.3 Alexandre DJOUHRI ............................................................................................................. 535
6.4 Thierry GAUBERT ................................................................................................................. 539
6.5 Claude GUEANT ................................................................................................................... 539
6.6 Brice HORTEFEUX ................................................................................................................ 542
6.7 Wahib NACER ...................................................................................................................... 542
6.8 Sivajothi Muthia RAJENDRAM (mandat d'arrêt) ................................................................. 545
6.9 Béchir SALEH - Bashir AL SHARGHAWI (mandat d'arrêt) .................................................... 546
6.10 Nicolas SARKOZY ................................................................................................................. 547
6.11 Ziad TAKIEDDINE (mandat d'arrêt) ...................................................................................... 549
6.12 Edouard ULLMO .................................................................................................................. 551
6.13 Eric WOERTH ....................................................................................................................... 552

30
Attendu que l'information a permis d'établir les faits suivants :

1 Faits et procédure

1.1 L’origine de la procédure

1.1.1 Genèse de la procédure

Courant mars 2011, une agence de presse libyenne indiquait que Tripoli révèlerait bientôt un secret
de nature à mettre en péril la carrière politique du chef de l'Etat français Nicolas SARKOZY et le 16 mars
2011, Saïf Al Islam KADHAFI, fils de Mouammar KADHAFI déclarait dans un entretien accordé à la
chaine de télévision Euronews que le régime libyen avait financé la campagne de Nicolas SARKOZY.

Dans une interview du mois de mars 2011, diffusée ultérieurement, Mouammar KADHAFI lui-même
confirmait avoir financé la campagne électorale de Nicolas SARKOZY :

« C’est grâce à nous qu'il est arrivé à la présidence...c'est nous qui lui avons fourni
les fonds qui lui ont permis de gagner ».

Le 28 avril 2012 (D39 et D40), le site d'information en ligne Mediapart publiait un document présenté
comme une note issue des archives des services secrets libyens mentionnant l'accord de Mouammar
KADHAFI pour financer la campagne de Nicolas SARKOZY en 2007 à hauteur de 50 M€.

Cette note, datée du 10 décembre 2006, signée de Moussa KOUSSA, chef des services de
renseignements extérieurs de la Libye, était adressée à Bechir SALEH, ancien directeur de cabinet du
colonel KADHAFI et président du fonds libyen des investissements africains (LAP). Il y était mentionné
que le financement de la campagne électorale de Nicolas SARKOZY aurait été décidé lors d'une réunion
s'étant déroulée le 06 octobre 2006 en présence de Brice HORTEFEUX alors ministre délégué aux
collectivités territoriales, Ziad TAKIEDDINE, homme d'affaires franco libanais, Bechir SALEH précité et
Abdallah SENOUSSI, directeur des services de renseignements libyens.

Le 30 avril 2012, Nicolas SARKOZY, qui avait publiquement dénoncé ce document comme étant « un
faux grossier », déposait plainte auprès du Procureur de la République de Paris pour faux, usage de
faux, recel et publication de fausse nouvelle. Une enquête préliminaire était immédiatement ouverte
et confiée à la BRDP. Le 23 mai 2013, le Parquet versait à la présente procédure une copie de cette
enquête préliminaire (D36-D242) et une copie des demandes d'entraide pénale internationale (DEPI)
adressées aux autorités judiciaires de Libye (D243), du Qatar (D244) et de la Tunisie (D245).

Nicolas SARKOZY déposait ensuite une plainte avec constitution de partie civile le 12 juillet 2013
laquelle donnait lieu à l’ouverture d’une information judiciaire N°2426/13/21 (N° parquet
1319300373) dont la copie était communiquée à la présente instruction (D5281).

Le 25 octobre 2012, l'ancien Premier ministre libyen Baghdadi AL MAHMOUDI, comparaissait devant
la Cour d'appel de Tunis dans le cadre de l'examen d'une demande d'extradition. Selon ses avocats, il
affirmait alors avoir supervisé le dossier du financement de la campagne de Nicolas SARKOZY et avoir
fait transférer des fonds libyens en Suisse. Son avocat, Me Mohamed BACCAR indiquait qu'au cours de
parloirs entre octobre et novembre 2011, Baghdadi AL MAHMOUDI lui avait confirmé avoir fait
remettre des fonds à des collaborateurs de Nicolas SARKOZY début 2007, évoquant une remise

1
Les cotes suivies de la mention J1 sont les références dans le dossier joint en D528.

31
d'espèces dans un hôtel à Genève de 50 M€. Le marché avait été conclu par Moussa KOUSSA, ex-chef
des services de renseignements extérieurs, sur instruction de Mouammar KADHAFI. L'opération avait
été effectuée par le LAP.

Lors d’un procès-verbal d’interrogatoire en date du 19 décembre 2012 joint à la procédure (D33), Ziad
TAKIEDDINE dénonçait notamment des prestations fictives de trois sociétés françaises en Libye dont
une était gérée par le fils de Claude GUEANT. Il dénonçait également un financement de la campagne
de Nicolas Sarkozy de 2007 au-delà de 50 M€. Il déclarait: “Durant cette période, Bechir SALEH, que je
n'ai jamais rencontré de ma vie, est venu à plusieurs reprises voir M. GUEANT au Ministère de l'intérieur
quand il était directeur de cabinet du Ministre. Lors de ces rencontres, M. GUEANT donnait à M. SALEH
les indications bancaires nécessaires aux virements. Quand il rentrait, M. SALEH faisait des comptes
rendus écrits de ses visites en France destines à M. KADHAFI. Mahmoudi BAGHDADI, le dernier premier
ministre de M. KADHAFI a eu ces documents en sa possession. Il est prêt à vous les fournir”.

Il affirmait pouvoir « fournir les éléments existants sur le financement de la campagne de Nicolas
SARKOZY de 2007 au-delà de 50 M€... »,

Ces déclarations étaient complétées par deux auditions effectuées dans le cadre de l'enquête
préliminaire ouverte des chefs de faux, usage de faux et recel (D9 et D209).

Ziad TAKIEDDINE affirmait avoir travaillé au rapprochement entre la France et la Libye à partir de début
2005 à la demande de Saïf El Islam KADHAFI. Il ajoutait avoir été en contact avec Abdallah SENOUSSI,
ancien chef des services secret libyens pour ce qui est de la partie libyenne et côté français de Nicolas
SARKOZY, Ministre de l'intérieur et de deux membres de son entourage proche, Claude GUEANT et
Brice HORTEFEUX.

Il indiquait que Messieurs GUEANT, SARKOZY et HORTEFEUX avaient effectué plusieurs visites en Libye
entre 2005 et 2010 et que de hautes personnalités libyennes étaient également venues en France, tels
Bechir SALEH et Moussa KOUSSA.

Tout en prétendant ne pas y avoir participé, il affirmait avoir appris de la bouche de dirigeants libyens
que la Libye avait versé des fonds pour la campagne présidentielle de 2007 de Nicolas SARKOZY. Il
ajoutait que des commissions avaient également été versées en marge de grands contrats passés entre
des sociétés françaises et l'État libyen, et ce jusqu'en 2011.

Selon lui, Bechir SALEH s'était rendu à plusieurs reprises au cabinet de Claude GUEANT au Ministère
de l'intérieur afin que ce dernier lui communique les indications bancaires nécessaires aux virements.
S’agissant des versements, M. TAKIEDDINE indiquait qu'ils avaient pu avoir été effectués par Bechir
SALEH et/ou M. AL MAHMOUDI à Claude GUEANT. Une partie de ces versements avait pu être
effectuée en espèces, à Genève.

Enfin, Ziad TAKIEDDINE évoquait une société « PUBLICS », proche de François GUEANT, fils de Claude
GUEANT, comme ayant reçu des fonds en échange de prestations fictives.

Au cours de l'émission télévisée « On n’est pas couché » du samedi 5 janvier 2013 qui faisait l'objet
d'une retranscription (D82), Ziad TAKIEDDINE prétendait détenir des preuves d’un financement de la
campagne électorale de 2007 de Nicolas SARKOZY par la Libye. Dans cet entretien, Ziad TAKIEDDINE
liait le financement libyen de la campagne présidentielle 2007 de Nicolas SARKOZY aux relations entre
la France et l'Arabie Saoudite. Il confirmait ensuite qu'il y avait bien eu un financement de la campagne
présidentielle de l'ordre de 50 M€, mais que les relations franco-libyennes auraient permis des
paiements pour un montant qui dépassait les 400 M€ qui aurait dépassé le financement politique pour

32
de l'enrichissement personnel. Selon l'intermédiaire franco-libanais, ces opérations se seraient
déroulées jusqu'en 2011 (D1 D6, D175).

Les propos de Ziad TAKIEDDINE s’inscrivaient ainsi dans le prolongement d'autres déclarations
dénonçant des financements de personnalités politiques françaises par le régime libyen à partir de
2006.

Parallèlement à ces accusations, le 18 septembre 2012, le journal Les Inrockuptibles publiait un article
titré « Bernard SQUARCINI et Alexandre DJOUHRI ont-ils participé à l'exfiltration du Libyen Bechir
SALEH? ». Il pouvait notamment y être lu que Bechir SALEH avait été vu se promenant librement dans
les rue de PARIS, photographié par « PARIS MATCH », alors qu'il était recherché par INTERPOL à la suite
d'une plainte déposée par la Libye pour détournement de fonds et que le 2 mai 2012, le Président de
la République Nicolas SARKOZY avait déclaré sur RMC que si Bechir SALEH était « recherché » il serait
« livré à INTERPOL» or, toujours selon l'article, Bechir SALEH aurait mystérieusement disparu dans la
soirée du 3 mai 2012 après avoir eu des entretiens « à quelques enjambées de l'ascenseur » du pilier
est de la Tour Eiffel, avec l'homme d'affaires, Alexandre DJOUHRI. Ces entretiens auraient été
entrecoupés de plusieurs navettes que ce dernier faisait jusqu'à Bernard SQUARCINI, alors chef de la
Direction Centrale du Renseignement Intérieur, qui se tenait à quelques mètres de là.

1.1.2 Genèse de l’hypothèse d’un financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas


SARKOZY

Dans une déclaration faite le 9 mai 2012 devant le juge d'instruction dans le cadre de l'affaire de
KARACHI versée au dossier (D118), Ziad TAKIEDDINE évoquait le financement de la campagne
électorale de Nicolas SARKOZY de 2007 à hauteur de 50 M€ par le régime du colonel KADHAFI. Il
apportait un éclairage sur le contexte général de ce financement.

Parallèlement, une procédure en manquement à l'obligation déclarative était diligentée par le SNDJ,
le 05 mars 2011, contre M. TAKIEDINNE alors que ce dernier avait atterri au BOURGET en provenance
de TRIPOLI avec une somme en espèces de 1,5 M€ (D114). Il prétendait alors que son intention n'était
pas de se poser en France mais de se rendre à Londres. Cependant il y avait avec lui deux journalistes,
M. VALDIGUIE du JDD et un photographe M. BISSON qui devaient s'arrêter à Paris pour publier un
article. L'argent trouvé en sa possession était selon ses dires ses honoraires dans une transaction entre
la Libye et la société HONEYWELL. Il disait travailler pour les autorités libyennes depuis 2006, un peu
avant l’affaire des infirmières bulgares comme conseiller économique et financier afin de favoriser les
signatures de contrat. Il prétendait également avoir travaillé sur la préparation de visites de
responsables français, notamment Brice HORTEFEUX, Nicolas SARKOZY, Claude GUEANT. L'objet en
était l'ouverture de la nouvelle page avec la France.

Ziad TAKIEDDINE était réentendu le 05 février 2013 dans le cadre de l'enquête préliminaire ouverte
des chefs de faux, usage de faux et recel (D213), et après avoir émis des doutes sur la volonté du
parquet de faire la lumière sur tous ces faits, il disait maintenir ses déclarations en précisant :

33
« A ce stade, je peux vous dire que les éléments auxquels je fais référence tournent principalement
autour de sociétés françaises impliquées dans des contrats avec divers organismes d'état du régime
libyen de Monsieur KADHAFI, notamment avec la sécurité nationale libyenne (organisme traitant des
affaires réservées et placé directement sous l’autorité du Colonel KADHAFI et du Premier Ministre
BAGHDADI). S'agissant des autres éléments, il s'agit d'enregistrements vidéos relatant des réunions
avec de hauts responsables français et relatifs à des échanges. Je tiens à vous préciser que je ne suis
pas en possession des éléments de preuve dont je vous parle.

Cependant, en fonction de la volonté du parquet d’avancer vers une instruction, confiée à un juge
indépendant, il est très possible d'imaginer un échange de correspondance entre vous et les personnes
détenant ces éléments, dans lequel il sera stipulé leurs conditions éventuelles (non financières
évidemment) de collaboration avec la justice. ». Ce que j'ai vu () c’était la face apparente et que je n'ai
pas vu la face cachée où Monsieur GUEANT effectuait beaucoup de voyages en Libye sans que j'en sois
informé, dans des missions secrètes que je découvre aujourd'hui, et lors desquels il allait recueillir de
l'argent auprès du Premier Ministre. Je découvre ces faits aujourd'hui avec la connaissance des
éléments de preuve dont nous avons parlé précédemment (…) concernant ces éléments de preuve. J'ai
eu connaissance de certains éléments qui sont très probants. Ces éléments sont en possession à
d’autres personnes dont je ne souhaite pas vous communiquer l'identité tant qu'une information n'est
pas ouverte. (.) Je vous confirme que, à ma connaissance, trois sociétés françaises ont bénéficié de
prestations fictives. Je fournirai le nom de ces sociétés quand une information sera ouverte. Cependant,
je vous confirme que l’une de ces sociétés est la société « PUBLICS » dont j'ai évoqué le nom lors de
l'interrogatoire du juge VAN RUYMBEKE. Je ne souhaite pas vous donner plus d'éléments concernant
l’implication de cette société. C'est à vous de faire votre enquête maintenant. »

Ziad TAKIEDDINE était ensuite entendu par les juges d'instruction du présent dossier le 23 mai 2013
(D247). Il évoquait le rôle de Dominique de VILLEPIN, Alexandre DJOUHRI, le groupe saoudien AL
BUGHSHAN, Maurice GOURDAULT MONTAGNE. Il revenait sur la situation de Bechir SALEH lequel,
pourtant visé par une notice d'INTERPOL pour escroquerie d'à peu près 8 milliards de dollars, avait été
selon lui amené de Tunisie en France de la manière suivante : Dominique de VILLEPIN s'était déplacé à
Djerba où M. SALEH se trouvait pour négocier son retour en France. Cette négociation avait pris du
temps. M. de VILLEPIN était rentré en France et tout de suite après un avion de chez DASSAULT, un
FALCON 7X, était allé chercher Bechir SALEH qui avait été ramené par M. Boris BOILLON, alors
ambassadeur de France, accompagné d'Alexandre DJOURHI. Par la suite, juste avant de quitter ses
fonctions, Nicolas SARKOZY aurait fait exfiltrer Bechir SALEH par l'intermédiaire de Bernard
SQUARCINI, par avion au QATAR.

Ziad TAKIEDDINE évoquait le mandat d’arrêt délivré contre SENOUSSI, alors hospitalisé à MILAN et
exfiltré par Sylvio BERLUSCONI vers le Caire afin qu'il ne soit pas arrêté. Il affirmait que Nicolas
SARKOZY avait rencontré Abdallah SENOUSSI à Tripoli. Ziad TAKIEDDINE affirmait avoir servi de
traducteur à cette occasion et exposait que Nicolas SARKOZY avait dit à SENOUSSI « dès ma prise de
fonction à la présidence de la République française, pas le premier acte, mais le deuxième acte
d'amnistie sera pour M. SANOUSSI ».

François GOUYETTE, ambassadeur de France en Libye de janvier 2008 jusqu'au 26 février 2011, était
auditionné le 31 mars 2014 (D1241). A son départ de Tripoli, il rejoignait la cellule Libye au Ministère
des affaires étrangères avant d'être nommé ambassadeur de France en Tunisie le 13 septembre 2012,
pour succéder à Boris BOILLON. Il indiquait avoir eu connaissance de 4 visites officielles de Claude
GUEANT en Libye durant son mandat d’ambassadeur. Ces visites avaient eu lieu entre 2008 et 2010.
Leur objet était le suivi de la visite de KADHAFI a Paris en décembre 2007 et des engagements qui y

34
avaient été pris (engagements en termes de coopération dans tous les domaines). Il indiquait ne pas
avoir entendu parler du financement de la campagne de Nicolas SARKOZY jusqu’à que Saïf Al Islam
KADHAFI brandisse publiquement la menace de faire des révélations sur un financement. Il avait alors
interrogé Moftah MISSOURI (interprète de KADHAFI) qui lui avait confirmé qu’il y avait eu un
financement. Cette conversation avait eu lieu en février 2011, juste avant son départ de Tripoli. Un
autre contact de l’ambassadeur lui avait également indiqué qu’il y avait eu un financement. Cependant
l’un parlait de 5 millions et l’autre de 50 millions d’euros ou de dollars.

Ahmed KADAF AL DAM, cousin du Colonel KADHAFI, accordait une interview à deux journalistes
français (D1256). Il évoquait plusieurs dizaines de M€, distribués en plusieurs versements à partir de
2005 2006. Pour organiser ce financement, KADHAFI aurait mis en place un comité spécial composé
de Baghdadi AL MAHMOUDI, Premier ministre, Moussa KOUSSA, chef du renseignement intérieur et
Abderrahmane CHALGHAM, ministre des affaires étrangères. Par ailleurs, Béchir SALEH était très
informé de cela, en raison de sa qualité de directeur de cabinet de Mouammar KADHAFI. I1 connaissait
les sommes exactes versées « aux français ». Les notes que rédigeait le comité spécial transitaient par
lui, mais il n'aurait pas été décideur.

Des investigations diligentées par la Cour Pénale Internationale étaient jointes au dossier d’instruction
le 20 juin 2016. Il s'agissait notamment des déclarations d’Abdallah SENOUSSI, ancien directeur du
renseignement militaire libyen, auditionné le 20 septembre 2012 (D700/8). Il évoquait notamment le
versement d’une somme de 5 M€ versés pour la campagne du Président français Nicolas Sarkozy en
2006-2007 dont il avait personnellement supervisé le transfert.

Concernant les investigations sur Moussa KOUSSA, les enquêteurs obtenaient sur réquisitions
plusieurs notes émanant de Bernard SQUARCINI, Préfet, Directeur de la Surveillance du Territoire, et
à destination du Préfet des Hauts de Seine concernant la délivrance d’un titre de séjour en faveur de
Moussa KOUSSA (D150).

Lors d’une déposition en date du 9 janvier 2014, Zohra MANSOUR, qui travaillait au Ministère des
affaires étrangères de Libye, chargée des relations entre la France et la Libye et notamment de la visite
de Nicolas SARKOZY en juillet 2007 expliquait que le colonel KADHAFI lui avait dit “ la France et
SARKOZY sont des amis de la Libye et le peuple libyen a aidé SARKOZY à accéder à l'Elysée”. (D262)

Concernant Bechir SALEH, elle déclarait « il était très très proche du Colonel KADHAFI, et il était chargé
de tous les investissements libyens en Afrique représentant un portefeuille de 25 milliards USD. Mais
vous aurez du mal à obtenir un témoignage de BECHIR SALEH car Nicolas SARKOZY l’a aidé à sortir de
prison pour le faire venir en France, et de la France repartir en Afrique du Sud. Je suppose que
l'intervention de Nicolas SARKOZY devait faire suite à un accord passe avec BECHIR SALEH de le sortir
de prison, à condition qu'il s'engage à ne jamais rien dire. Je l'ai déduit du comportement de SARKOZY
qui ne s'est préoccupe que du sort de Bechir SALEH. Il n'a pas effectué les mêmes démarches pour
d'autres personnalités comme le Premier Ministre, ou le Mufti, ou le Ministre des affaires étrangères
ou le Président de l'Assemblée ».

Le témoin anonyme n° 123 (D 1248/1), un proche du colonel KADHAFI, était entendu sous X le 27 juin
2014 par les enquêteurs. Ce témoin indiquait avoir eu confirmation du financement de la campagne
de 2007 par Mabrouka CHERIF, chef du protocole, au mois de mars 2011. Il confirmait que Bechir
SALEH était resté en France jusqu'à l'entre-deux tours des élections, moment où il avait été exfiltré par
l'entremise d'Alexandre DJOUHRI pour se rendre au Niger. Quelques temps plus tard, des « proches de
SARKOZY » lui avaient conseillé de quitter le Niger pour l'Afrique du Sud, ce qu'il avait fait.

35
Le témoignage de Saïf Al Islam KADHAFI concernant le rapport du président français Nicolas SARKOZY
avec le régime libyen et son rôle dans le financement de sa campagne électorale était joint à la
procédure (D2570). Il expliquait :

« A travers ces contacts et concertations, il nous a été proposé de soutenir la campagne électorale de
Dominique DE VILLEPIN. Parmi les demandes de cette équipe figurait le paiement du reliquat des
sommes contractuelles conclues par la Libye pour la location d'un avion Falcon de fabrication française,
propriété d'Alexandre DJOUHRI. Ce point a en effet fait l'objet de discussions avec l'équipe et les dettes
ainsi que les intérêts relatifs au retard ont été règles. Et ce, bien que le ministère des Finances ait émis
des réserves contre le paiement des intérêts qu'Alexandre DJOUHRI avait maintenus »

Il indiquait également qu’après le retrait de Ziad TAKIEDDINE de la scène, Alexandre DJOUHRI était
apparu :

« Nous avons acquis la certitude que Ziad TAKIEDDINE avait été écarté du cercle des proches du
président SARKOZY, et qu'Alexandre DJOUHRI était en contact direct avec Bechir SALEH, et était devenu
l'ami de SARKOZY après avoir fait preuve d'hostilité à son égard. Des liens se sont tisses entre Bechir
SALEH et Alexandre DJOUHRI et les deux étaient lies par des relations de travail dont l'échelon supérieur
du commandement libyen n'était pas au courant à l'époque. Cela comportait l'acquisition de biens
immobiliers en Suisse, laquelle acquisition a été récemment dévoilée ».

“Toujours durant la guerre contre la Libye, Alexandre DJOUHRI menaçait Bechir SALEH de mort s'il
évoquait le soutien de la campagne de SARKOZY. A noter également dans ce contexte qu'après la date
du 20 aout 2011, Bechir SALEH a été arrêté à la capitale Tripoli par la milice de Zintan dirigée par Brahim
AL MADANI. Celui-ci aurait déclaré avoir subi des pressions de la part des français afin de libérer Bechir
SALEH et l'envoyer en France. Et, devant le tollé médiatique suscite par sa présence en France, il a été
transféré en Afrique du Sud. Les menaces de mort adressées par Alexandre DJOUHRI à Bechir SALEH, si
ce dernier évoquait le sujet du financement de SARKOZY, n'ont pas cessé. Ceci a été confirmé à maintes
reprises par Bechir qui redoutait d'être assassiné à cause de cette histoire”.

1.1.3 Rappel des principales étapes procédurales

1.1.3.1 L’enquête préliminaire

Le 17 janvier 2013, l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales
(OCLCIFF) de la police nationale était saisi aux fins de poursuivre, en enquête préliminaire des chefs de
corruption, abus de biens sociaux et blanchiment, conjointement avec la brigade de répression de la
délinquance contre les personnes (BRDP) de la Préfecture de police de Paris, les investigations
diligentées par ce service sur des soupçons de financement par la Libye de personnalités politiques
françaises. (D5, D33)

Le 27 février 2013, la perquisition du domicile de M. Claude GUÉANT, situé au 3 rue Weber – 75016
Paris (D13) révélait que celui-ci avait perçu le 3 mars 2008, une somme de 500.000 euros (499.983,75
euros après déduction des frais de la banque) en provenance d'une entité́ malaisienne RAJENDRAM
ASSOCIATES SOLICITORS, sise à Jaya Selangor (D26/5).

Le 27 février 2013, par un nouveau soit-transmis, le Parquet élargissait le champ des investigations à
des faits de blanchiment (D4).

36
Le 25 mars 2013, le Juge des libertés et de la détention (JLD) autorisait une perquisition sans
assentiment des domiciles de M. TAKIEDDINE en France, l'un étant situé au 40, avenue Georges
Mendel, 75016 PARIS, l'autre au 24/43, avenue des Pins du Cap, 06160 ANTIBES (D23). Le 11 avril ces
lieux étaient perquisitionnés (D29).

Le 12 avril 2013, les enquêteurs remettaient au Parquet un rapport sur la situation fiscale de M. Claude
GUEANT (D26) et retournaient le dossier le 17 avril 2013.

1.1.3.2 L’information judiciaire

Par réquisitoire introductif du 19 avril 2013, une information judiciaire était ouverte contre X des
chefs de corruption active et passive, trafic d’influence commis par des personnes exerçant une
fonction publique, faux et usage de faux, abus de biens sociaux, blanchiment de ces infractions, recel
de ces infractions et complicité de ces infractions. (D34)

L’information était ensuite étendue par réquisitoires supplétifs successifs :

- le 07 mars 2015 contre X du chef de blanchiment de crime ou délit, notamment du délit de fraude
fiscale, commis en bande organisée, (D491)

- le réquisitoire du 16 mars 2015, aux fins de continuer à informer concernant les faits en relation avec
la cession de la Villa NABILA à Mougins (D696).

- le 16 septembre 2016 contre X de faits commis, courant 2006 à fin 2010, notamment en France et à
l’étranger, de détournement de fonds publics par une personne chargée d'une mission de service
public, au préjudice du Libyan African Portfolio (LAP), (vente par la société BEDUX et tentative de vente
à la société AW d’un ensemble immobilier surévalué situé à MOUGINS en France), de corruption active
et passive d'agent public étranger (prise en charge des dépensés personnelles de Bechir SALEH pour le
déterminer à consentir à l'achat par le LAP, d’un bien immobilier surévalué situé à Mougins en France,
et de blanchiment en bande organisée de ces infractions, notamment par l'utilisation de sociétés écran
notamment les sociétés AKLAL BV et NV, les sociétés BEDUX, AW et l'emploi de comptes bancaires de
tiers (notamment ouverts aux noms de Khaled BUGSHAN et Ahmed Salem BUGSHAN, ALLIANT60,
BOUBA 1823, ROULI 2000) et avec cette circonstance que les faits ont été facilités par l'exercice de la
profession de banquier, ainsi que de faits commis de courant 1993 au 16 septembre 2016, à Paris, sur
le territoire national et à l'étranger de blanchiment de la fraude fiscale (patrimoine des consorts
NACER), par dissimulation au moyen de prête noms (notamment Ahmed Salem et Khaled BUGSHAN,
et de M SAEED), de sociétés écran et de comptes de tiers notamment ouverts aux noms de Ahmed
Salem et Khaled BUGSHAN, ROULI2000, de recel en bande organisée de ces infractions et de complicité
de ces infractions. (D1716)

- le réquisitoire du 22 janvier 2018 (D2083) sur ordonnance de soit communiqué du 14 septembre


2017, aux fins de continuer à informer du chef de financement illicite de campagne électorale, le
réquisitoire du 21 mars 2018 aux fins de mise en examen et de placement sous contrôle judiciaire de
Nicolas SARKOZY des chefs de recel de détournements de fonds publics libyens, corruption passive
facilitée par une fonction publique ou élective, financement illicite de campagne électorale, faits
commis entre 2005 et 2011. (D2330)

37
- le réquisitoire du 31 janvier 2020 du chef d’association de malfaiteurs en vue de la préparation de
délits punis de dix années d'emprisonnement et notamment, ceux de détournement de fonds publics
ainsi que de corruptions active et passive d'un agent public (D3201).

- le réquisitoire du 19 janvier 2021 des chefs de blanchiment de fraude fiscale aggravée, recel et
complicité de ce délit commis depuis le 17 septembre 2016 (D3463).

- le réquisitoire du 13 avril 2021 des chefs de corruption active et passive depuis 2006 (D3693).

- le réquisitoire du 16 mars 2022 des chefs de corruption active et passive d'un agent public étranger,
faits commis depuis 2006 et depuis temps non couvert par la prescription à Paris, en tous cas sur le
territoire national et de manière indivisible en Libye, en Suisse, au Liban, à Singapour et en Thaïlande
(D3990).

Pour conduire leurs investigations, les juges d'instruction confiaient, le 23 avril 2013, une commission
rogatoire à l'OCLCIFF qui faisait l’objet de plusieurs retours partiels, notamment les 7 mars 2015
(D300), 12 septembre 2016 (D1714), 7 septembre 2017 (D1799), 21 septembre 2017 (D2044), 21 mars
2018 (D2303), 6 juillet 2018 (D2421), 31 juillet 2018 (D2534), 18 juin 2019 (D2740), 9 décembre 2019
(D3164), 9 juillet 2021 (D3769), 16 mars 2022 (D3962), 4 août 2022 (D4187) et 3 octobre 2022 (D4456).

Une commission rogatoire était également adressée à l’OCBC le 15 septembre 2015 aux fins de
retracer l'origine des deux tableaux qui auraient été vendus par M. GUEANT en 2008 (D702).

Une commission rogatoire était enfin adressée à la PIAC (OCRGDF) le 30 mars 2018 (D3632) aux fins
de réaliser l’entourage patrimonial de Nicolas Sarkozy.

Des demandes d'entraide pénale étaient adressées aux autorités judiciaires de Genève (D1692 à
D1700, D2701, D3621, D4114), de Berne (D1673 à D1691), d'Autriche (D1648), des Pays Bas (D1655,
D1661, D1667, D2595), de Norvège (D2339), d'Afrique du sud (D1705, D1787 a D1797), de Libye
(D2574 et D2637), de Tunisie (D2708), d'Egypte (D1646), d'Irlande (D1650), de Grande-Bretagne
(D1652), du Qatar (D244, D1709), de Malaisie (D1706, D3129), d’Allemagne (D3225 et D4277), du
Liban (D2703, D4027, D4165, D4171), de Singapour (D2714), de Djibouti (D2657), d’Arabie Saoudite
(2651), d’Italie (D2567), du Liechtenstein (D4296 et D4307), des Emirats Arabes Unis (D3795) et
d’Algérie (D4144).

Etaient versées à la procédure :

- la procédure suivie au tribunal de grande instance de Paris à la suite de la plainte de Nicolas


SARKOZY pour faux concernant l’article paru dans Mediapart (enquête préliminaire en D37 à
D242 puis information judiciaire D528);
- la procédure d'information judiciaire suivie au tribunal de grande instance de Bordeaux à
l'encontre d’Éric WOERTH et Patrick de MAISTRE (D2034 à D2043), référence n°parquet
1034900203 - instruction E10/00020 ;
- Le 29 novembre 2016, une copie du dossier dit « KARACHI » (n° parquet 10 167 9602/7) était
communiquée au magistrat instructeur (D2121) en ce compris le jugement (D3336) ;
- la copie de la procédure relative à l'interpellation de Ziad TAKIEDDINE à l'aéroport du Bourget
le 5 mars 2011 de retour de Libye, en possession de la somme de cinq millions d'euros (parquet
1106992019 JIRSFF12/4) (D578 à 677 puis D2388);
- le 19 juillet 2018, un ensemble de documents extraits de la copie de travail du scellé JOHN 3
(renfermant les archives numériques de M. Ziad TAKIEDDINE) saisie dans le cadre de
l'information judiciaire N° 2069/10/9 (D2442)

38
- le 4 juin 2019, une copie numérisée de la procédure diligentée à la suite de l'interpellation le
31/07/2013 de M. BOILLON à la Gare du Nord à Paris en possession de 350 000€ et 40 000$
(D2736) ;
- la procédure suivie contre les époux Gaubert du chef de blanchiment de fraude fiscale
(D3402) ;
- le 19 avril 2019, des pièces du dossier n°P1129223017 (dossier AMESYS) (D2673) ;
- des extraits du dossier dit « Bygmalion » en ce compris le réquisitoire définitif et l’ORTC (D3403
à D3458) ;

1.1.3.3 Les mises en examen

Les principaux protagonistes de cette affaire étaient successivement mis en examen ou faisaient l’objet
de mandats d’arrêt.

Le 7 mars 2015, Khaled Ali BUGSHAN était mis en examen du chef de blanchiment de fraude fiscale
en bande organisée, à l'issue de son interrogatoire de première comparution et placé sous contrôle
judiciaire (D492). Il ne se présentait plus par la suite aux convocations qui lui étaient adressées.
Auditionné à nouveau en Arabie Saoudite sur demande d’entraide, il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt
le 12 avril 2018 (D3822) des chefs de recel de détournement de fonds publics, complicité de
détournement de fonds publics, blanchiment de détournement de fonds publics en bande organisée,
complicité de corruption active et passive, blanchiment de corruption passive en bande organisée et
blanchiment de fraude fiscale en bande organisée. Il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt supplétif le 27
septembre 2022.

Le même jour, Claude GUEANT était à son tour mis en examen des chefs de faux et usage de faux et
de blanchiment de fraude fiscale en bande organisée à l'issue de son interrogatoire de première
comparution et placé sous contrôle judiciaire (D493). Cette mise en examen était étendue le 11
septembre 2018 aux chefs de recel de détournements de fonds publics, complicité́ de corruption
passive, recel de corruption passive, complicité́ de financement illégal de campagne électorale,
corruption passive, blanchiment de corruption passive en bande organisée, blanchiment de fraude
fiscale en bande organisée (D2577).

Le 2 décembre 2020, Claude GUÉANT faisait l’objet d’une nouvelle mise en examen supplétive du chef
d'association de malfaiteurs (D3398).

Le 13 avril 2021, à l’issue d’un nouvel interrogatoire, il était à nouveau mis en examen supplétivement
du chef de corruption passive s'agissant de la montre Philippe PATEK d'une valeur d'achat de 11 330 €
offerte par Alexandre DJOUHRI en 2006, étant précisé que les faits de faux et usage de faux étaient
requalifiées en usage de faux (D3694).

Le 7 décembre 2016, à l'issue de son interrogatoire de première comparution, Ziad TAKIEDDINE était
mis en examen des chefs de complicité de corruption et de trafic d'influence actifs et passifs commis
par des personnes exerçant une fonction publique, complicité de détournement de fonds publics par
un agent public (D1732). Il ne comparaissait plus à la suite de son dernier interrogatoire France en
janvier 2020 (D3191) pour s’être réfugié au Liban à la suite de sa condamnation dans l’affaire dite de
« Karachi » (par ex. D3390). Il était entendu une ultime fois par les magistrat instructeurs en janvier
2021 en exécution d’une commission rogatoire internationale adressée aux autorités libanaises
(D3676-3678).

39
Le 21 mars 2018, à l'issue de son interrogatoire de première comparution, Nicolas SARKOZY était mis
en examen des chefs de recel de détournement de fonds publics, de corruption passive, de
financement illégal de campagne électorale (D2331). Le 12 octobre 2020, il faisait l’objet d’une mise
en examen supplétive du chef d'association de malfaiteurs (D3360).

Le 22 novembre 2016, Ahmed SALEM BUGSHAN était interrogé en Arabie Saoudite sur demande
d’entraide pénale internationale en présence des magistrats instructeurs. (D1763). Le 11 avril 2018, le
magistrat instructeur décernait un mandat d'arrêt à l'encontre d’Ahmed Salem BUGSHAN (D2394). Le
2 juillet 2018, après avoir été interpellé à l'aéroport de Genève, Ahmed Salem BUGSHAN était remis
aux autorités françaises (D2399). Le 5 juillet 2018, à l'issue de son interrogatoire de première
comparution, Ahmed Salem BUSGHAN était mis en examen des chefs de complicité de détournement
de fonds publics, de recel de détournement de fonds publics, de blanchiment de détournement de
fonds publics en bande organisée, de complicité de corruption active et passive d'agent public
étranger, de complicité de corruption active et passive, de blanchiment de corruption active et passive
et de fraude fiscale en bande organisée (D2411). Il était interrogé le 23 juillet 2018 (D2531).

Le 11 avril 2018, le magistrat instructeur décernait un mandat d'arrêt à l'encontre de Bechir SALEH
compte tenu des multiples tentatives infructueuses pour l’entendre (D3809). Le mandat d’arrêt visait
les chefs de détournement de fonds publics, corruption passive d'agent public étranger, et de
blanchiment de détournement de fonds publics et de corruption passive d’agent public étranger en
bande organisée. Un nouveau mandat d’arrêt aux fins de mise en examen supplétive pour Association
de malfaiteurs en vue de commettre des délits punis de 10 ans d’emprisonnement (D4512).

En 2014 et 2015, les enquêteurs essayaient plusieurs fois de contacter M. Sivajothi RAJENDRAM pour
programmer une audition. Ainsi, le 7 février 2014, les enquêteurs prenaient attache téléphoniquement
avec le cabinet RAJENDRAM mais n'arrivaient pas à prendre attache directement avec l'intéressé
(D359). Le 14 janvier 2015, les enquêteurs essayaient de le recontacter après un nouveau refus d'être
auditionné (D1276/4). Ils réessayaient à plusieurs reprises en mars 2015. Le 9 juin 2015, M.
SITHAMBARAM se présentant comme le conseil de M. RAJENDRAM fondait le refus de son client d'être
auditionné sur le secret professionnel (D1390/3). Le 25 juillet 2016, M. RAJENDRAM était convoqué,
sans succès, pour une audition devant se dérouler le 7 septembre 2016 (D1346/2).

Compte tenu de ces échecs, le 11 avril 2018, le magistrat instructeur décernait un mandat d'arrêt à
l'encontre de Sivajothi RAJENDRAM des chefs de faux et usage, complicité de corruption active et
passive, blanchiment de corruption active et passive en bande organisée (D3814). Le 16 mai 2019, M.
RAJENDRAM était entendu en Malaisie sur CRI en présence des magistrats instructeurs.

Le 29 mai 2018, à l'issue de son interrogatoire de première comparution, Eric WOERTH était mis en
examen pour complicité de financement illégal de campagne électorale (D2383).

Les 17 et 18 février 2019, une juge d'instruction de Djibouti, en présence d’un magistrat instructeur
français, procédait à l'interrogatoire de première comparution de Wahib NACER et procédait à sa mise
en examen des chefs de complicité́ de corruption active et passive, blanchiment de corruption active
et passive en bande organisée, blanchiment de fraude fiscale en bande organisée, complicité́ de
détournement de fonds publics, recel de détournement de fonds public, complicité́ de corruption
active et passive d'agent public d'un Etat étranger, blanchiment de détournement de fonds publics en
bande organisée, blanchiment de corruption active et passive d'agent public d'un Etat étranger en
bande organisée, blanchiment de fraude fiscale en bande organisée (D2648, D2649).

Le 8 mars 2021, à l’issue d’un nouvel interrogatoire en France, il était mis en examen supplétivement
du chef de blanchiment de fraude fiscale en bande organisée (D3602).

40
Pour sa part, Alexandre DJOUHRI était convoqué par les enquêteurs par téléphone et par SMS (D1342,
D1344). Il ne déférait à aucune de ces convocations. Plusieurs autres tentatives de le contacter étaient
demeurées vaines (D1591). Les interceptions téléphoniques révélaient que son adresse déclarée à
Genève était fausse (D882, D943) et que son domicile se trouvait dans une autre commune suisse.

Après délivrance d’un mandat d’arrêt et interpellation à Londres, Alexandre DJOUHRI était finalement
remis aux autorités françaises le 30 janvier 2020,

Le 31 janvier 2020, il était mis en examen pour des faits de faux et usage de faux, corruption active,
corruption active d'agent public étranger, complicité de détournement de fonds publics par une
personne chargée d'une mission de service publique, recel de détournement de fonds publics par une
personne chargée d'une mission de service publique blanchiment de détournement de fonds publics
par une personne chargée d'une mission de service publique en bande organisée, blanchiment de
corruption active et passive en bande organisée, blanchiment de corruption active et passive d'agent
publie étranger en bande organisée, blanchiment de fraude fiscale en bande organisé (D3199).

Le 31 janvier 2020, Thierry GAUBERT, à l'issue de son interrogatoire de première comparution, était
mis en examen des chefs de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation de
délits punis de dix ans d'emprisonnement (D3223).

Laissé témoin assisté le 1er août 2019, Brice HORTEFEUX, était mis en examen à l'issue de son audition
de témoin assisté le 8 décembre 2020, des chefs d'association de malfaiteurs et de complicité de
financement illégal de campagne électorale (D3049, D3066 D3399/25).

Le 29 juillet 2021, le magistrat instructeur procédait à la clôture partielle de l’information judiciaire


concernant les faits visés au réquisitoire introductif du 19 avril 2013 et aux réquisitoires supplétifs des
7 mars 2015, 16 septembre 2016, 19 janvier 2021 et 13 avril 2021, pour lesquels Catherine FILLIAU
était placée sous le statut de témoin assisté et étaient mis en examen : Khaled Ali BUGSHAN, Claude
GUEANT, Alexandre DJOUHRI, Wahib NACER, Ahmed Salem BUGHSAN, Sivajothi Muthia
RAJENDRAM et Beshir AL SHARGHAWI dit Béchir SALEH (D3843).

L'homme d'affaires et intermédiaire Alexandre DJOUHRI, dont l’enquête révélait la proximité avec
Claude GUEANT, Wahib NACER, Khaled BUGSHAN et Siva RAJENDRAM, apparaissait être le
dénominateur commun de l'ensemble des personnes impliquées dans les opérations suspectes liées à
la vente des tableaux, à l’acquisition de la villa de Mougins et aux utilisations des comptes bancaires
des cousins BUGSHAN.

L’information judiciaire se poursuivait s’agissant des faits dits du « financement libyen » visés au
réquisitoire introductif du 19 avril 2013 et du réquisitoire supplétif du 31 janvier 2020.

Toutefois, par soit-transmis du 16 mars 2022, l’avis de fin d’information partiel était retourné à la suite
du versement d’éléments nouveaux (D4003).

Le 18 mars 2022, Edouard ULLMO, ancien haut cadre d’Airbus (vice-président Business
Developpment), était mis en examen des chefs de complicité de corruption active, corruption active
d’agent public étranger pour le compte d’Airbus, participation à une association de malfaiteurs en vue
de la préparation de délits punis de dix ans d'emprisonnement (s’agissant des délits de corruption
active et passive d’agent public étranger et leur blanchiment) et blanchiment de corruption active et
passive et de corruption active et passive d’agent public étranger (D4002).

41
Une convention judiciaire d’intérêt public était public signée le 17 novembre 2022 et validée le 30
novembre 2022, entre la société Airbus et le Procureur de la République financier (D4448).

Un nouvel avis de fin d’information judiciaire concernant l’ensemble du dossier était notifié le 21
octobre 2022 (D4537).

1.1.3.4 Les arrêts de la chambre de l’instruction

La chambre de l’instruction était amenée à se prononcer sur la régularité de la procédure à plusieurs


reprises.

- 06/07/17 : confirmation de l’ordonnance de refus d'octroyer le statut de témoin assisté à pour


Khaled BUGHSAN (D1798) – pourvoi rejeté le 5 octobre 2017 (D2077)
- 15/01/18 : irrecevabilité de l’appel d'une ordonnance de saisie pénale d'une créance figurant
sur un contrat d'assurance vie pour Catherine FILIAU (D2086) ; arrêt cassé par la Chambre
criminelle le 20 mars 2019 (D3315) ;
- 17/05/18 : confirmation d'une ordonnance de remise au domaine pour attribution d'un bien
meuble place sous main de justice pour Catherine FILIAU (D2378) ;
- 04/06/20 : confirmation d'une ordonnance de saisie pénale d'une créance figurant sur un
contrat d'assurance vie pour Catherine FILIAU (D3324)
- 24/09/2020 : confirmation du rejet de contestation de la recevabilité de CPC de SHERPA
(D3345) ; pourvoi de Nicolas SARKOZY rejeté le 1er décembre 2021 (D3913)
- 24/09/2020 : irrecevabilité de l’appel d’une ordonnance de rejet de déclinatoire de
compétence de Brice HORTEFEUX
- 24/09/2020 : confirmation du rejet de la demande de constatation de prescription de l’action
publique pour Eric WOERTH (D3347) ; pas d’examen immédiat du pourvoi (D3514)
- 24/09/20 : arrêt disant n'y avoir lieu à annulation d'une pièce au bénéfice d’Eric WOERTH
(D3477) ; pas d’examen immédiat du pourvoi (D3481)
- 24/09/20 : arrêt disant n'y avoir lieu à annulation l’interrogatoire du 11 septembre 2018 de
Claude GUEANT ni d’une pièce de procédure (D3350) ; pas d’examen immédiat du pourvoi
(D3528)
- 24/09/20 : arrêt disant n'y avoir lieu à annulation de l'interrogatoire du 5 juin 2018 de Claude
GUEANT (D3352) ; pas d’examen immédiat du pourvoi (D3498)
- 24/09/20 : arrêt disant n'y avoir lieu à annulation d'une pièce pour Alexandre DJOUHRI
(D3549) ; pas d’examen immédiat du pourvoi (D3552)
- 24/09/20 : arrêt annulant une mention d’un article du code électoral dans la qualification de
mise en examen de Nicolas SARKOZY et confirmant le surplus (D3351) ; pas d’examen
immédiat du pourvoi (D3588)
- 15/04/21 : désistement de l'appel d'une ordonnance de refus de restitution pour Catherine
FILIAU (D3722)
- 25/05/21 : ordonnance disant qu'il n'y a pas lieu à saisine directe par Alexandre DJOUHRI de
la Chambre de l'instruction pour refus d’adjonction d’expert (D3730)
- 25/05/21 : ordonnance disant qu'il n'y a pas lieu à saisine directe par Catherine FILLIAU de la
Chambre de l'instruction (D3736)
- 18/11/21 : appel sans objet de l’ordonnance de rejet de restitution à Catherine FILLIAU
(D3873)
- 18/11/21 : confirmation de l'ordonnance de rejet de constatation de prescription de l'action
publique pour Claude GUEANT (D3881)
- 04/02/22 : ordonnance disant n'y avoir lieu à saisine de la Chambre de l’instruction sur l’appel
d’irrecevabilité de la demande de levée du mandat d’arrêt de Khaled BUGSHAN (D3933)

42
- 17/03/22 : arrêt ordonnant la cancellation et l'annulation de pièces (Khalid Ali BUGSHAN) +
Refus de transmission QPC (D4429)
- 14/02/23 ordonnance constatant le désistement d'appel d'Edouard ULLMO (contre le refus
d'octroi du statut de Témoin assisté) (D4599)
- 16/02/23 : arrêt sur saisine directe d’Edouard ULLMO donnant acte de son désistement de
demande d’actes du 20 septembre 2022
- 23/03/23 : arrêt rejetant la requête en nullité d’Edouard ULLMO (D4661) ; pas d’admission
immédiate du pourvoi (D4664).

1.2 Sur le financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas SARKOZY

Plusieurs sources journalistiques et témoignages indirects ou directs faisaient état d’un accord noué
entre Nicolas SARKOZY et ses proches collaborateurs d’une part, et l’Etat libyen du colonel KADHAFI
d’autre part.

Cet accord, susceptible de revêtir les atours d’un pacte corruptif, pouvait supporter plusieurs
contreparties dont le dénominateur commun était le renforcement voire la légitimation et le retour
sur la scène internationale du l’Etat libyen.

Ces éléments étaient soumis aux explications des principaux mis en cause.

1.2.1 Les investigations relatives à un éventuel pacte corruptif

1.2.1.1 Les sources journalistiques

1.2.1.1.1 La note de MEDIAPART

 Le document publié

Le 28 avril 2012, le site MEDIAPART publiait un article intitulé « SARKOZY KADHAFI : la preuve du
financement ». Une note libyenne était également publiée (D40). Le journal publiait la traduction
suivante de ce document (D40/4) :

« Que la paix soit sur VOUS

En référence aux instructions émises par le bureau de liaison du comité populaire général concernant
l'approbation d’appuyer la campagne électorale du candidat aux élections présidentielles, Monsieur
/Nicolas Sarkozy, pour un montant d’une valeur de cinquante M€. Nous vous confirmons l’accord de
principe quant au sujet cité ci-dessus, et ce après avoir pris connaissance du procès-verbal de la
réunion tenue le 6 10 2006, à laquelle ont participé de notre côté le directeur des services de
renseignements libyens, et le président du Fonds Libyen des investissements africains, et du côté
français, Monsieur /Brice Hortefeux, et Monsieur /Ziad Takieddine, et au cours de laquelle un accord
a été conclu pour déterminer le montant et le mode de paiement

Que la paix soit sur vous et la miséricorde de Dieu et ses bénédictions

43
Moussa Imuhamad KOUSSA

Chef du service de la sécurité extérieure ».

Ce document faisait l’objet d’une nouvelle traduction par un expert inscrit auprès de la Cour d’Appel
de Paris (D148) :

« Salutations

Concernant les consignes émanant du bureau de la communication du conseil populaire général au


sujet de l'accord portant sur le soutien à la campagne électorale du candidat aux élections
présidentielles Monsieur Nicolas SARKOZY pour un montant de 50 M€.

Nous vous avisons de notre accord de principe sur le sujet mentionné plus haut et ce après
consultation du procès-verbal de la réunion qui a eu lieu en date du 6.10.2006, réunion à laquelle ont
participé de notre côté le directeur des services de renseignements libyen, et le président de l'agence
libyenne pour les investissements africains, et du côté français, Monsieur Brice HORTEFEUX et
Monsieur Ziad TAKIEDDINE, et dans lequel il a été convenu du montant et des modalités de versement.

Salutations

Moussa lmuhamad Koussa, Chef du service de sécurité extérieure »

 La contestation de son authenticité et la procédure instruite des chefs de faux, usage de faux
et recel

Il était possible d’en extraire les éléments suivants.

Très rapidement après la publication de ce document par MEDIAPART du 28 avril 2012, son
authenticité était indirectement contestée par des voies s’exprimant pour le compte de Bechir SALEH,
via son avocat Me Pierre HAIK, et Moussa KOUSSA rapportée par un hebdomadaire.

Il ressortait d’une note N° 5069 émise le 07 mai 2012 par la DCRI (D586_J1), qu’Alexandre DJOUHRI
aurait demandé à Me HAIK d'adresser un démenti catégorique à la presse quand à un éventuel rôle de
Bechir SALEH dans un financement supposé de la campagne 2007. Messieurs HAIK et DJOUHRI auraient
indiqué à Bechir SALEH qu'il ne fallait alors faire aucune autre déclaration à la presse, Me HAIK ajoutant
qu'en déposant plainte, le Président « reprenait la main ».

L’organisation de la « communication » au nom de Bechir SALEH pouvait par ailleurs être illustrée par
une série d’échanges téléphoniques interceptés au printemps 2014 dans le cadre de la présente
instruction.

Le 20 mars 2014, une conversation était interceptée entre Alexandre DJOUHRI et Hervé SEVENO (com
N° 678 de la CRT 14-13 –D943/12-13). Alexandre DJOUHRI sollicitait son interlocuteur pour qu'il
prépare une esquisse de lettre au nom de Bechir SALEH dans laquelle ce dernier « dénoncerait » les
accusations de financement de la campagne de Nicolas SARKOZY.

Les écoutes téléphoniques révélaient que cette initiative d’Alexandre DJOUHRI n'était pas de son seul
fait. L'ex-Président de la République française et son entourage semblaient en effet demandeurs ou
pour le moins très « attentifs » à cette démarche.

44
En effet, le 21 mars, une conversation était interceptée entre Alexandre DJOUHRI et Michel GAUDIN
(com 693 de la CRT 14-13- D943-13 à 15). Le directeur de cabinet de Nicolas SARKOZY évoquait une
réunion au cours de laquelle le Président aurait parlé de la possibilité d'obtenir un document et
interrogeait Alexandre DJOUHRI sur le calendrier.

Alexandre DJOUHRI répondait : « Bah il faut qu'on le fixe nous... On le fixe nous. C'est à dire que, à
mon avis, ça serait pas opportun pendant les municipales là... Non ? ». Michel GAUDIN lui répondait :
« C'est à dire que compte tenu de l'accélération des choses, tout élément que nous avons comme...
entre nos mains, est intéressant. Après, on voit, mais vous pensez que ça pourrait se faire vite donc
d'après ce que je comprends ? ». Alexandre DJOUHRI poursuivait en s'interrogeant sur l'opportunité
de l'opération. Il concluait en disant : « moi je m'en fous, posez-lui la question […] et moi, moi j'attaque
tout de suite ».

Deux heures plus tard, Michel GAUDIN confirmait l'intérêt de Nicolas SARKOZY pour cette démarche.
Il rappelait Alexandre DJOUHRI pour lui indiquer que selon « le Président », « le plus tôt sera le
mieux... » (com N° 698 de la CRT 14-13 –D943-15).

Une conversation entre Alexandre DJOUHRI et Xavier BOUCOBZA, professeur de droit, était
interceptée le 25 mars 2014 (com N° 2687 de la CRT 13-198 – D882/26-27). Il y était précisé les
éléments que devait contenir cette lettre au nom de Bechir SALEH devant être adressés aux magistrats
en charge de la présente instruction. Selon Alexandre DJOUHRI, Bechir SALEH devrait contester tout
financement de la campagne de Nicolas SARKOZY.

Le 26 mars 2014, Alexandre DJOUHRI appelait Bechir SALEH (com N° 2691 de la CRT 13-198 – D882-27
et s). Il lui donnait connaissance du contenu de cette lettre qu'il préparait en son nom. Il indiquait lui
faire transmettre par l'intermédiaire de Me HAIK. Ce cheminement faisait évidemment échos aux
éléments révélés par la note DCRI N°5069 évoquée ci-dessus (D586_J1).

Il s’inférait des propos d’Alexandre DJOUHRI que l'idée de ce courrier, destiné aux juges d’instruction,
était de « démentir catégoriquement toute implication dans le moindre financement de la campagne
électorale de Monsieur Nicolas SARKOZY ».

Le 11 avril 2014, Alexandre DJOUHRI et Bechir SALEH se téléphonaient de nouveau (com N° 2868 de la
CRT 13-198 –D882/28). Le premier interrogeait le second concernant cette « lettre ». Bechir SALEH lui
indiquait n'avoir rien reçu de Pierre HAIK. Alexandre DJOUHRI indiquait rappeler cet avocat.

Le 17 avril 2014, Alexandre DJOUHRI cherchait à entrer en contact avec « le Président » en appelant
les bureaux de Nicolas SARKOZY situés au 77 rue de Miromesnil. Nicolas SARKOZY étant en congés, il
était mis en relation avec Michel GAUDIN (com N° 2953 de la CRT 13-198 –D882/28 et s). Il informait
alors le directeur de cabinet pour lui dire « ça va arriver... pas de problème ».

Toujours le 17 avril 2014, à 21h55, une conversation téléphonique était interceptée entre Bechir SALEH
et Sameh ZBIB (com 39 de la CRT 14-105 D1054/8). Dans cet échange, Bechir SALEH indiquait à son
interlocuteur qu'il allait lui envoyer « un courrier » pour avoir son avis.

Ces interceptions étaient opérées concomitamment à d’autres interceptions téléphoniques opérées


dans le présent dossier sur une ligne utilisée par Nicolas SARKOY, interceptions qui conduisaient à
l’ouverture d’une procédure incidente dite « affaire BISMUTH » en mars 2014 (D549-D550). Sans que
le lien avec ces différentes démarches soit formellement établi, les magistrats instructeurs ne
recevaient aucun courrier de Me HAIK pour le compte de Bechir SALEH.

45
Brice HORTEFEUX se joignait à la procédure en qualité de partie civile (D236 J1) et contestait le contenu
du document, affirmant ne pas avoir pu se rendre en Libye sur cette journée du 6 octobre 2006 (D114
et D230 J1); il justifiait ses affirmations en produisant son agenda (D153 J1).

Interrogée par les magistrats instructeurs (D262/6 et s), Zohra MANSOUR, ancienne fonctionnaire du
ministère des affaires étrangères libyen indiquait trouver ce document plausible. S’agissant de la
signature de Moussa KOUSSA sur ce document, elle précisait que ce dernier s’étant désolidarisé du
régime de KADHAFI, il était probable qu’il ne reconnaisse pas en être l’auteur.

 L’avis de Moussa KOUSSA sur ce document

Interrogé par les magistrats instructeurs en charge de l’information judiciaire ouverte du chef de faux
et usage de faux dans le cadre d’une commission rogatoire internationale au Qatar, Moussa KOUSSA
contestait avoir signé ce document qu’il présentait comme étant falsifié. Cependant, il utilisait cette
formule énigmatique concernant ce document : « le contenu n’est pas faux mais la signature est
fausse » (D436/9 J1). Il ajoutait : « Le contenu de ce document c'est ça qui est dangereux. C'est à vous
de savoir si c'est un faux ou un vrai. Je ne vous ai pas dit que c'était faux ou pas faux. Il y a ce qui est
mentionné sur ce document et quelqu'un qui a mis une fausse signature en dessous, à vous
d'enquêter. »

Il convient de souligner que si les magistrats instructeurs instruisant sur les faits de faux avaient très
rapidement été autorisés à se déplacer au Qatar (CRI du 5 mars 2014, audition le 5 août 2014), le
procureur général du Qatar n’autorisait pas les magistrats instructeurs à se déplacer. Il indiquait dans
le cadre du présent dossier le 8 mars 2015 « faisant suite à votre demande concernant la commission
rogatoire internationale, portant un numéro d'instruction 2203/13/4, formulée en décembre 2014 et
adressée au Parquet Général de l'Etat du Qatar, l'autorité compétente en la matière, je tiens à vous
informer que l'Etat physique et mental de l'intéressé ne permet pas pour l'heure son audition. ». Cette
position était confirmée le 11 janvier 2016 (D1713/3).

 L’expertise graphologique

Dans un premier temps, le département graphologie de l’IRCGN (D407_J1) était dans l’impossibilité de
se prononcer en raison du caractère contraint du modèle déposé sur les demandes de titres de séjour
déposées au nom de l’intéressé. La signature de Moussa KOUSSA sur le document publié par
MEDIAPART était ensuite comparée à la signature apposée, non seulement sur les demandes de titre
de séjour, mais aussi sur le procès-verbal d’interrogatoire réalisé par les juges d’instruction. Selon cette
expertise, la signature apposée sur le document publié par MEDIAPART était bien celle de Moussa
KOUSSA (D482_J1).

A l’issue de l’information judiciaire, selon le réquisitoire définitif du Procureur de la République de


Paris, malgré des investigations longues et approfondies les infractions de faux, usage de faux ou recel
de ces infractions n’apparaissaient pas caractérisées. Selon le parquet, aucune expertise ne permettait
de trancher de manière définitive la question de l’authenticité de ce document. Le parquet soulevait
l’existence de doutes sérieux quant à l’authenticité. Cependant, il complétait son affirmation en
constatant l’impossibilité de se prononcer sur cette authenticité, ce qui venait trancher avec les
virulentes dénégations de l’ex-chef de l’État, lequel avait qualifié ce document « faux grossier ».

Les magistrats instructeurs suivaient la position du parquet de Paris en prononçant un non-lieu le 30


mai 2016 (D872 J1).
La présente information judiciaire apportait un élément supplémentaire susceptible d’accréditer
l’authenticité de ce document, du moins de son contenu : il ressortait des auditions de Patrick

46
HAIMZADEH, diplomate ayant exercé en Libye, que ce document était susceptible d’avoir existé dès
2008, soit bien avant sa publication en 2012, puisqu’un journaliste du Canard Enchaîné l’avait contacté
en lui confiant être en possession de ce document depuis cette date (D357 J1 et D2541/4).

1.2.1.1.2 La déposition de Fabrice ARFI, journaliste à MEDIAPART

Fabrice ARFI, journaliste à MEDIAPART, était auditionné le 29 avril 2013 (D1195). Il lui était apparu que
« Ziad TAKTEDDINE se fai(sai)t l'émissaire en chef des relations franco libyennes en dehors de toutes
voies diplomatiques normales, qu'il organis(ait) à Tripoli des déplacements de Claude GUEANT,
Directeur de cabinet du ministre, de Nicolas SARKOZY ou même de Brice HORTEFEUX, alors ministre des
collectivités locales françaises» et qu’« à la lumière des documents en [sa] possession, Ziad TAKIEDDINE
a(vait) accompagné entre 2005 et 2007 la moindre des démarches politiques de Nicolas SARKOZY et de
son entourage, tout particulièrement messieurs Brice HORTEFEUX et Claude GUEANT ».

Le journaliste évoquait notamment une note de septembre 2005, préparatoire à un déplacement de


Claude GUEANT à Tripoli, dans laquelle Ziad TAKIEDDINE préconisait une « visite secrète », dont le quai
d'Orsay et la Présidence de la République ne devaient en aucun cas être informés. Durant cette visite,
M. GUEANT devait s'entretenir « de l'autre sujet important avec le Colonel KADHAFI ».

Selon certaines sources du journaliste, cet « autre sujet important » pourrait être lié à des « tractations
financières occultes entre le régime libyen et l'entourage de M. SARKOZY ».

Fabrice ARFI relevait également que Thierry HERZOG, proche ami et avocat de Nicolas SARKOZY, avait
été désigné par Abdallah SENOUSSI pour le défendre dans l'affaire du DC10 d'UTA.

Il relatait une note de Jean Charles BRISARD relative aux confidences qu'il aurait recueillies, confirmant
un financement de la campagne 2007 de M. SARKOZY à hauteur de 50 M€. Cette note évoquait
notamment une société au PANAMA et un protagoniste désigné sous les initiales « BH », pour Brice
HORTEFEUX. M. BRISARD aurait confirmé ces éléments à M. ARFI, et aurait même déclaré détenir
davantage d'éléments chez lui, avec « des noms et des dates ».

Par ailleurs, le journaliste évoquait les déclarations d'un certain Rami EL OBEIDI, ancien responsable
des services extérieurs libyens du Conseil National de Transition. Ce dernier « aurait parlé sans
conditionnel d'un financement de M. SARKOZY et de son entourage par le régime de KADHAFI ».

Enfin, Fabrice ARFI relatait les confidences d'une « source très haut placée dans l'ancien régime
libyen », laquelle aurait décrit un circuit de financement daté de la fin 2006, passant par une banque
libanaise, une banque allemande, un compte suisse et une société panaméenne.

L'analyse des documents en sa possession lui permettait de relever les faits suivants : une des sociétés
de TAKIEDDINE (ROSSFIELD TRADING LTD) avait engagé des paiements entre le 11 octobre et le 21
décembre 2006, passant par une banque libanaise (Intercontinental Bank of Lebanon) puis une banque
allemande (Deutsche Bank). D'autres documents en sa possession montraient que cette même société
ROSSFIELD TRADING LTD disposait d'un compte à la Blom Bank à Genève. Par ailleurs, la holding
chapeautant l'essentiel des activités de M. TAKIEDDINE, baptisée ALVESTON INTERNATIONAL SA,
domiciliée au Panama, était créée le 6 octobre 2006, soit le jour de la présumée rencontre évoquée
dans le document publié par MEDIAPART.

Fabrice ARFI publiait un article le 22 juin 2014 dans lequel il indiquait avoir recueilli les confidences de
Mohamed ISMAIL, ancien directeur de cabinet de Saïf Al Islam. Selon M. ISMAIL, une partie des fonds

47
ayant financé la campagne présidentielle de Monsieur SARKOZY en 2007 aurait transité « par la North
Africa Commercial Bank à Beyrouth, et, à partir de là, vers un compte bancaire en Allemagne relié à
Ziad [Takieddine]: d'autres montants ont été canalisés par l'entremise de comptes bancaires au
Panama et en Suisse ». Mohamed ISMAIL avait communiqué ces éléments dès 2012 mais ce n'était
qu'à l'annonce de l'ouverture de la présente information judiciaire qu'il avait accepté que ce circuit
soit rendu public. Mohamed ISMAIL poursuivait en affirmant que la libération des infirmières
bulgares « impliquait l'achat par la Libye d'un réacteur nucléaire d'AREVA et l'approvisionnement de
l'armée libyenne en missiles Milan ».

1.2.1.1.3 La déposition de Pascal HENRY

Pascal HENRY, journaliste réalisateur, était interrogé par le magistrat instructeur le 21 mars 2014
(D269). Il décrivait les circonstances dans lesquelles il avait été amené à se rendre en Libye à deux
reprises en 2011 au cœur du conflit en mai 2011 à BAB AL AZIZYA (camp retranché de KADHAFI) puis
fin juin 2011 sans pouvoir récupérer d’information pertinente: « Ce qui s'est passé c'est que lorsque je
me suis retrouvé là-bas, il n'était plus temps pour le régime de livrer un combat médiatique, il était
dans un combat physique pour la survie. Ils se sont fermés et ont cessé de communiquer. »

Le journaliste évoquait toutefois les confidences qu’il avait recueillies de Mohamed ISMAIL, proche de
Saïf Al Islam KADHAFI, par l’intermédiaire d’une certaine Jacky FRAZIER. Selon ces confidences, certains
financements politiques provenant de Libye seraient passés par des comptes bancaires ouverts par
Ziad TAKIEDDINE en Allemagne. Cependant, ces financements politiques étaient postérieurs à
l’élection de Nicolas SARKOZY comme Président de la République française en 2007. Ziad TAKIEDDINE
lui aurait confirmé les flux financiers par l'Allemagne, mais lui avait assuré que c'était pour lui et pas
pour un financement politique. Il n'avait pas dit à quel titre des sommes lui auraient été versées par
les libyens.

Pascal HENRY citait trois personnes susceptibles, outre Mohamed ISMAIL, de donner des
informations : Mustafa ZARTI, adjoint de Choukri GHANEM, ministre du pétrole retrouvé mort à Vienne
en 2012, un certain GALLOUSHI, directeur de cabinet de Mahmoud El BAGHDADI le premier ministre
libyen et Pierre BONNARD, homme d’affaires français.

1.2.1.1.4 L’article de Laurent LEGER

Le 17 mai 2013, Laurent LEGER publiait dans Charlie Hebdo un article intitulé « GUEANT : des
marchands d'armes aux marchands d'art » (D1209).

Dans cet article, le journaliste évoquait les relations entre la France et la Libye, et plus particulièrement
l'intervention de Claude GUEANT auprès d'EADS à l'occasion de la vente à la Libye de plusieurs AIRBUS
et de missiles Milan :

« Il faudra qu’il [Claude GUEANT] explique aussi pourquoi, lors de la vente de quelques dizaines
d’Airbus et de missiles Milan au régime de KADHAFI, il fit pression sur la direction d’EADS pour que
l’un de ses nouveaux copains bénéficie d’une juteuse commission, quelque 13 M€, via une société
amie appartenant à un groupe saoudien ».

48
Laurent LEGER précisait que ce « nouveau copain » était Alexandre DJOUHRI :

« l’intermédiaire Alexandre Djouhri, devenu soudainement l’homme à tout faire de la Sarkozie après
avoir été celui de la Chiraquie, devait percevoir la somme en échange de on ne sait trop quels
services. Guéant avait nié l’épisode. Pourtant ses SMS virulents adressés aux patrons d’EADS ne sont
sûrement pas passés à l’as. »

Il précisait également concernant Alexandre DJOUHRI :

qu’il « est un grand copain d’un avocat djiboutien aux confins des affaires, Mohamed Aref, qui
représente à Djibouti les intérêts de la Malaisie dans certains dossiers, aux côtés d’un autre proche
de Djouhri, le financier Wahib Nacer, comme la presse locale l’a évoqué à plusieurs reprises. »

1.2.1.1.5 Le livre de Catherine GRACIET

Catherine GRACIET publiait un livre intitulé « SARKOZY KADHAFI : histoire secrète d'une trahison »
(D1214). Elle affirmait dans cet ouvrage sa conviction sur la réalité du financement libyen de la
campagne présidentielle 2007 de Nicolas SARKOZY.

Elle y indiquait avoir reçu le témoignage de Zohra MANSOUR, ancienne responsable des amazones du
Colonel KADHAFI. Cette dernière aurait recueilli les confidences du Guide lui confirmant qu'il avait
financé la campagne 2007 du candidat SARKOZY.

Elle indiquait avoir recueilli les déclarations d'un certain Tahar qui évoquait un financement libyen
versé en deux fois, en numéraires, à hauteur de 57 M€. Sur ce montant, 7 millions auraient été prélevés
en paiement d'un intermédiaire libanais. Cet individu évoquait une remise de fonds à l'hôtel CORINTIA
à Tripoli, en présence de trois français, dont un connu du grand public. Deux frères, intermédiaires
libanais, étaient également présents. Cette remise de fonds aurait été filmée, à l'insu des participants.

Catherine GRACIET évoquait également la libération des infirmières bulgares. Elle faisait référence à
un montant de 300 millions versés par le Qatar via le Crédit Agricole Qatar, filiale du Crédit Agricole
suisse dans lequel apparaît Wahib NACER. Cette filiale Qatari aurait été créée le 31/03/2007 et fermée
en septembre 2011. Selon les propos rapportés de Zohra MANSOUR, ces 300 millions de dollars
n'auraient pas été versés à la Libye.

Concernant Wahib NACER, Catherine GRACIET précisait qu'il était le beau-frère de Mohamed AREF,
personne qui aurait investi 400.000 € dans le site internet Bakchich en janvier 2010.

Catherine GRACIET précisait les liens de proximité entre Claude GUEANT, Bernard SQUARCINI et
Alexandre DJOUHRI. Elle évoquait une commission de 12,8 M€ censée être versée à un intermédiaire
qu'elle soupçonne d'être M. DJOUHRI, pour la vente de 12 AIRBUS à la Libye. Elle précisait, elle aussi,
que Claude GUEANT serait intervenu pour accélérer le paiement de cette commission.

Enfin, Catherine GRACIET évoquait une rencontre entre Thierry GAUBERT et un émissaire de KADHAFI
pour négocier la reddition du Guide moyennant finances. Le Colonel refusait, ce qui mettait un terme
à ces négociations.

Contactée, la journaliste refusait de déposer, tous les éléments en sa possession étant déjà dans son
livre (D1215).

49
1.2.1.1.6 Les informations communiquées par Pierre PEAN

Un procès-verbal résumant des éléments affirmés par Pierre PEAN dans son livre « La République des
mallettes » était dressé par les enquêteurs (D1221).

Il en ressortait notamment les éléments suivants :

 Alexandre DJOUHRI aurait fait ses premières armes grâce à Farah M'BOW, fils de Amadou
Maktar M'BOW, ancien directeur de l'UNESCO.
 Il aurait fait la connaissance d'Hervé SEVENO dans la grande loge nationale de France.
 Il aurait été mis en relation avec Dominique DE VILLEPIN par l'intermédiaire de Me SZPINER.
 Il se vanterait de pouvoir « intoxiquer » la presse, notamment Hervé GATTEGNO.
 Il se serait intéressé à la politique à partir de la fin des années 1980.
 En 2004, Maurice GOURDAULT MONTAGNE aurait imposé Alexandre DJOUHRI dans la vente
de 12 AIRBUS et de missiles MILAN par EADS. Cette exigence Elyséenne avait été exprimée
auprès de Jean Paul GUT (président d'aérospatiale, Matra), puis Marwan LAHOUD (PDG de
MBDA Missiles Systems). La finalisation de ce deal avait lieu au salon aéronautique de
Farnborough. Alexandre DJOUHRI y portait un badge ISKANDAR. EADS se fera « tirer les
oreilles » pour payer les commissions dont une partie devait revenir à Bechir SALEH.
 Nicolas SARKOZY l'aurait approché au printemps 2006, avec l'aide de Maurice GOURDAULT
MONTAGNE. Un rendez-vous aurait été organisé au Bristol par Bernard SQUARCINI mi-avril
2006. Etaient présents à ce rendez-vous Alexandre DJOUHRI, Nicolas SARKOZY, Claude
GUEANT et Maurice GOURDAULT MONTAGNE.
 Toujours au printemps 2006, Alexandre DJOUHRI aurait retiré 6 M€ en espèces au guichet
genevois d'une banque Irlandaise.
 L'idée d'une intervention pour libérer les infirmières proviendrait d'Alexandre DJOUHRI. La
réussite de cette opération aurait facilité le rapprochement entre DJOUHRI et Claude GUEANT.
 Un contrat était signé le 17 juin 2011 entre DCNS et Rosoboronexport qui portait sur la vente
de 4 navires pour un montant de 1,12 milliards d'€. Djouhri aurait pu intervenir en marge de
ce contrat.

Pierre PEAN décrivait la chronologie suivante relative à la libération des infirmières bulgares :

 Le 30 mai 2007, Nicolas SARKOZY faisait sa première visite officielle à l'étranger au Qatar. Cette
visite était suivie de la signature de contrats avec EADS (couverture radar et vente de 80 Airbus
A350 à Qatar Airways).
 Le 10 juillet 2007, un accord était trouvé entre la Fondation internationale pour le
développement (créée en 1997, dirigée par Saïf Al Islam KADHAFI) et les familles des enfants
contaminés par le virus VIH.
 Le 11 juillet 2007, la condamnation définitive des infirmières bulgares était prononcée (peine
de mort).
 Le 12 juillet 2007, Voyage en Libye de Cecilia SARKOZY accompagnée de Claude GUEANT et
Boris BOILLON.
 Le 17 juillet 2007, la condamnation à la peine de mort des infirmières était commuée en peine
d'emprisonnement à perpétuité.
 Le 22 juillet 2007, second voyage en Libye de Cecilia SARKOZY en compagnie de Claude
GUEANT et Boris BOILLON avec la libération des infirmières et du médecin.

Pierre PEAN ajoutait que le Qatar aurait débloqué 452 M€ à l'occasion de cette libération. Une partie
de cet argent versé par le Qatar à l'été 2007 aurait été détournée pour régler des commissions.

50
Pierre PEAN était auditionné le 3 septembre 2014 (D1250). Il expliquait l'origine de ses interrogations
sur la Libye. Une de ses connaissances, Philippe COHEN (aujourd’hui décédé), préparait en 2006 un
projet de BD : « La face Karchée de Sarkozy ». A l'occasion de son travail préparatoire, il avait eu des
informations sur les liens troubles entre SARKOZY et KADHAFI par un ancien de la DGSE. Il avait alors
questionné Pierre PEAN à ce sujet, ce qui l'avait orienté sur ce thème.

Concernant le rôle d'Alexandre DJOUHRI dans la libération des infirmières bulgares, Pierre PEAN
déclarait, avec prudence, qu'il aurait été à l'origine de la mécanique, qu'il aurait eu l'idée d'organiser
la libération et d'en faire bénéficier à la fois Nicolas SARKOZY et Cécilia SARKOZY qui, à ce moment-là,
avait des envies de divorce.

Pierre PEAN indiquait avoir recueilli les confidences d'Hervé MORIN. Inquiet de la présence
d'Alexandre DJOUHRI dans les négociations relatives à la vente du RAFALE à la Libye, il avait demandé
une note à ses services concernant l'intermédiaire lorsqu'il était ministre de la défense. A la lecture de
celle-ci, il aurait mis en garde Nicolas SARKOZY sur la dangerosité des relations d'un Président de la
République avec un tel individu.

Concernant le rôle d'Alexandre DJOUHRI dans la vente d'AIRBUS et des missiles MILAN à la Libye, il
déclarait :

« J'ai plusieurs sources qui m'ont dit qu'Alexandre DJOUHRI avait vendu des AIRBUS et des missiles
et perçu des commissions suite aux ventes. J'ai même une liste des commissions qu'il a perçues que
je pourrai vous transmettre. Cette liste m'avait été remise par un proche de DJOUHRI.

J'ai rencontré un haut dirigeant d'EADS, qui a été troublé par mes informations, car si elles étaient
vraies, elles mettaient en cause Marwan LAHOUD.

Vous me demandez si j'ai eu depuis la confirmation de la véracité de ces informations, oui. Avec le
recul, je ne me souviens comment j'ai eu la confirmation, mais j'ai l'intime conviction que DJOUHRI
a perçu des commissions à la suite de ces contrats.

Je me souviens maintenant que DJOUHRI a reversé une partie à Bechir SALEH qui lui-même devait
en reverser une partie à un libyen installé à LONDRES.

Ce libyen installé à LONDRES a mené une action en justice, je ne sais plus dans quel pays, pour
récupérer les commissions non versées par Bechir SALEH, ce qui a mis ce dernier dans la difficulté ».

Selon lui, Claude GUEANT avait fait pression sur Marwan LAHOUD pour que les commissions soient
versées, notamment par l'envoi d'un SMS. Pierre PEAN soupçonnait Marwan LAHOUD d'avoir
chapeauté l'organisation des montages ayant permis le versement de ces commissions. Il suggérait
également que Louis GALLOIS, alors PDG d’Airbus, n'ait pu en ignorer l'existence.

Concernant les relations liant Alexandre DJOUHRI à Bechir SALEH, le journaliste évoquait « une
combine » qu'ils avaient montée « pour détourner des fonds du LAP », fonds d'investissement libyen
géré par Bechir SALEH : Alexandre DJOUHRI aurait cédé une maison située à MOUGINS (06) au LAP
pour un prix largement supérieur à sa valeur, d'autant que le bien était grevé d'une dette fiscale
importante.

Enfin, Pierre PEAN communiquait des références de comptes bancaires utilisés par Ziad TAKIEDDINE
ainsi que les références de la carte de résident de Moussa KOUSSA.

51
Il apparaissait que ce titre de séjour avait été délivré 10/06/2008 au nom de Musa A Abdussalam
KOUSA né le 15/12/1947 à Tajoura Libye, domicilié 55 Boulevard du Commandant Charcot à Neuilly
sur Seine. Le dossier supportait la mention « étranger ayant servi armées alliées ».

1.2.1.2 Les témoignages et sources indirectes

1.2.1.2.1 Les renseignements collectés par la DCRI

Le 10 mars 2011, alors que Nicolas SARKOZY recevait Mahmoud JIBRIL et Ali ISAWI membres du CNT,
le pouvoir libyen indiquait via un communiqué diffusé par la télévision officielle libyenne « qu'un secret
entraînant la chute du Président SARKOZY allait être révélé, et qu'il concernait le financement de sa
campagne électorale 2007 ».

Dans une note de synthèse N° 6853 rédigée le 30 mai 2013, la DCRI indiquait avoir reçu peu de temps
après ce communiqué officiel une information selon laquelle les autorités libyennes seraient en
possession d'un enregistrement vidéo prouvant que la somme de 20 millions d'€ aurait été versée au
candidat SARKOZY par l'entourage du guide, dans le cadre de la préparation de la campagne 2007
(D1643/113).

Dans une note N°1398275 datée du 07 avril 2011, la DCRI évoquait une conférence de presse donnée
par l'humoriste Dieudonné M'Bala M'Bala le 1er avril 2011 à son retour d'un voyage en Libye. Il aurait
déclaré que des officiels libyens lui avaient confirmé le financement libyen de la campagne 2007 de
Nicolas SARKOZY à hauteur de 4 millions d'€. Il était également affirmé que le régime libyen devait
prochainement dévoiler les preuves de cette information, et notamment un numéro de compte
bancaire (D1643/40).

Une longue note de la DCRI était également rédigée le 19 septembre 2011 (D1645). Elle était intitulée
« l'avocat Marcel CECALDI souhaite attirer l'attention des autorités françaises sur des révélations que
sont susceptibles de faire d'anciens dignitaires libyens ». Me CECCALDI avait peu de temps avant
sollicité un rendez-vous avec la DCRI pour partager des informations relatives à la situation et l'état
d'esprit de Bechir SALEH. Cette rencontre se déroulait le 16 septembre 2011.

Me CECCALDI indiquait se trouver à Tripoli pendant les 3 semaines qui précédaient la prise de la ville.
Il y aurait alors rencontré Saïf Al Islam KADHAFI, mais surtout Bechir SALEH. Me CECCALDI attirait
l'attention de la DCRI sur l'existence de preuves matérielles de remises de fonds par les autorités
libyennes à plusieurs personnalités politiques françaises, prétendant même y avoir eu accès durant
son séjour à Tripoli ; il évoquait des documents comptables faisant état d'importants décaissements
effectués auprès de la banque centrale libyenne, le vocable France étant inscrit en regard de ces débits.
Les dates de ces déplacements coïncideraient systématiquement à des déplacements en Libye de
personnalités françaises. Dans ce cadre, le nom de Patrick OLLIER était cité par l'avocat. Ces éléments
rejoignaient les déclarations faites sous serment par Jomode Elie Getty (cf infra).

Selon Me CECCALDI, les premiers transferts d'espèces, réalisés par l'intermédiaire d'Alexandre
DJOUHRI, étaient intervenus en 2007 au cours des mois précédent l'élection présidentielle, la
campagne du candidat SARKOZY ayant été ainsi financée à hauteur de 20 millions d'€.

Toujours selon l'avocat, ces mouvements de fonds se seraient poursuivis jusqu'en décembre 2010. Le
dernier en date ayant eu lieu sous couvert du « réveillon en Libye » d'un responsable français.

52
Selon Marcel CECCALDI, des documents « compromettants » étaient sur le point d'être rendus publics
dans la quinzaine qui avait précédé la chute de Tripoli, assortis d'enregistrements réalisés par des
libyens lors des remises de fonds. Bechir SALEH, qui avait été désigné par le Guide comme interlocuteur
principal des français, aurait cependant fait obstacle à leur diffusion, pourtant souhaitée par le guide.

Toujours selon Me CECCALDI, d'autres dignitaires libyens auraient eu connaissance de ces preuves,
notamment Saïf Al Islam KADHAFI et Abdallah MANSOUR, directeur de la sécurité intérieure et
Moustafa ZINTANI, haut responsable du protocole libyen.

Marcel CECCALDI soulignait l'intérêt qu'aurait le Gouvernement français à intervenir en faveur de


Bechir SALEH, et à s'appuyer sur cet homme d'expérience dans la construction de la Libye nouvelle.

Il affirmait ne détenir aucun de ces éléments de preuve et qu'il s'abstiendrait de participer à leur
éventuelle publication. Sa motivation à informer la DCRI découlait de sa volonté de servir au mieux les
intérêts de la France et de venir en aide à Bechir SALEH.

Me CECCALDI était convoqué pour audition (D1307). S'il reconnaissait se trouver à Tripoli dans les
jours précédant la chute, il précisait ne pas avoir été débriefé à son retour. Interrogé concernant la
note déclassifiée relatant un entretien effectué le 16 septembre 2011, il démentait formellement tant
la réalité de l'entretien que les propos qui lui étaient prêtés.

Plusieurs notes de la DCRI (N° 13808 et 1494877, D1643 ; D1645) rédigées le 30 novembre 2011 et le
16 octobre 2012 reprenaient des déclarations attribuées à Mustafa ZINTANI, ancien membre du
protocole libyen. Il aurait confirmé l'existence de preuves du financement libyen de la campagne 2007
de Nicolas SARKOZY. Ces preuves seraient constituées de photographies, de traces de virements
bancaires sur des comptes à l'étranger, et d'une signature contre remise d'argent liquide. Elles seraient
en possession d'un tchadien demeurant en France. Selon la DCRI, ce tchadien pouvait être Abakar
MANANY, relation de Mabrouka ABDELKARIM. Mustafa ZINTANI aurait été en mesure de les
récupérer et à les monnayer à hauteur de 2,5 millions d'€.

Dans une nouvelle note DCRI (n°1515981, D1645) en date du 13 février 2013, il était fait référence à
un entretien réalisé le 27 juin 2013 avec Mustafa ZINTANI au cours duquel ce dernier aurait évoqué
son souhait de s'entretenir avec l'avocat Marcel CECCALDI sur la question des preuves du financement
libyen. Selon la source de la DCRI, Mustafa ZINTANI disposerait de ces preuves mais souhaiterait « avoir
les reins solides » avant de les exploiter.

Enfin, au début du mois d'octobre 2012, une source de la DCRI ayant accès à Mabrouka ABDELKARIM
rapportait que selon cette dernière, les sommes remises par le régime Libyen à Nicolas SARKOZY ne
l'élevaient pas à 50 mais 200 millions d'€ (note N° 6853, D1645).

1.2.1.2.2 Robert DULAS

Le 29 octobre 2014, l'organe de presse MEDIAPART publiait une interview de Robert DULAS, auteur du
livre « mort pour la françafrique ». Dans cet ouvrage, M. DULAS retraçait les relations qu'il avait pu
entretenir avec le régime libyen sous KADHAFI et durant la révolution.

Robert DULAS était auditionné le 10 février 2015 (D1285, D1286 et D1287). Il déclarait avoir travaillé
depuis 2006-2007 avec Pierre MARZIALI au sein de la société de ce dernier : SECOPEX. Il s'agissait d'une
société militaire privée. M. DULAS indiquait s'être rendu à quatre reprises en Libye : la première fois à
la fin des années 80, la deuxième fois en 2009 et à deux reprises en 2011. Il indiquait avoir furtivement

53
rencontré le Colonel KADHAFI en mars 2009 en vue de proposer la création d'une académie militaire
et « préparer le terrain » pour les entreprises françaises. Cette démarche était réalisée à l'initiative de
Bechir SALEH. Robert DULAS indiquait avoir fait la connaissance de Bechir SALEH en 2006, dans les
locaux du LAP situé à Genève, en présence de Philippe GAGO.

Une seconde rencontre avait lieu en mars 2011, à la demande de Bechir SALEH. Là encore, la rencontre
avec le Colonel était furtive. Robert DULAS pouvait cependant s'entretenir avec Abdallah MANSOUR,
ministre de la communication et neveu du Guide. Les libyens souhaitaient négocier une sortie de crise,
acceptant l'idée d'un retrait de Mouammar KADHAFI.

Au retour de cette mission, Pierre MARZIOLI transmettait le message à Bernard SQUARCINI et Claude
GUEANT, par l'intermédiaire de Marc GERMAN.

Fin mars début avril 2011, Robert DULAS retournait en Libye, à la demande d'Abdallah MANSOUR,
pour récupérer un mandat du Colonel KADHAFI les autorisant à préparer des réunions de concertation
en vue de son éventuel abandon du pouvoir.

Sur place, il était contacté par Thierry OBERLE, rédacteur en chef du Figaro, qui sollicitait qu'il facilite
un rendez-vous de sa journaliste Delphine MINOUI avec le Colonel KADHAFI. Robert DULAS sollicitait
Bechir SALEH à cet effet.

Le lendemain de cette interview, Robert DULAS et Pierre MARZIOLI étaient reçus par le Premier
Ministre libyen : Al Mahmoudi BAGHDADI. Ce dernier sollicitait une assistance logistique militaire et
humanitaire. Devant le refus concernant l'aide militaire, le Premier Ministre libyen s'emportait :

« Vous êtes un peu fleur bleue, 11 fois en six mois, Monsieur GUEANT était à la place où vous êtes,
est-ce que vous pensez que c'était uniquement pour venir nous saluer ? »

Robert DULAS confirmait les propos qu’il avait tenus dans Mediapart selon lesquels : « personne n'allait
voir KADHAFI sans repartir avec une enveloppe » puis « à un certain niveau ce n'était plus des
enveloppes mais des valises ». La confirmation lui avait été donnée par Achraf, l'aide de camp
d'Abdallah MANSOUR, le jour où il avait vu les gardes d'Abdallah MANSOUR remonter d'une cave deux
sacs de sports remplis de dollars à Ashraf et avait vu qu'ils extrayaient et se répartissaient de fortes
sommes d'argent.

Dans une nouvelle audition, Robert DULAS tenait à faire ressortir dans la présente procédure qu'il avait
fait l'objet d'un étrange cambriolage fin octobre 2014 au cours duquel le seul objet de valeur dérobé
était son ordinateur. Étrangement, la journaliste avec laquelle il avait co-rédigé son ouvrage était elle
aussi victime d'un troublant cambriolage quelques semaines plus tard au cours duquel seuls les
matériels informatiques étaient dérobés, les « malfaiteurs » laissant sur place tous les autres objets de
valeur.

1.2.1.2.3 Bernard CHEYNEL

Bernard CHEYNEL, intermédiaire en vente d'armes, était auditionné le 9 octobre 2014 (D1262).

Il indiquait avoir été introduit dans le métier d'intermédiaire par le truchement d’Alexandre DE
MARENCHES à l'époque où ce dernier dirigeait le SDECE. Il expliquait avoir tenté de travailler avec la
Libye avant même la levée de l'embargo. Ses contacts étaient le général KAROUBI, Saïf Al Islam,

54
Moustafa ZARTI et le général AOUN. Bernard CHEYNEL « œuvrait » pour le compte de THALES et
DASSAULT.

Durant cette période, Bernard CHEYNEL avait été approché par Thierry GAUBERT pour tenter de le
convaincre de travailler avec Ziad TAKIEDDINE. Dans les arguments présentés par Thierry GAUBERT, il
avait évoqué ses liens avec François PEROL et Alexandre DE JUNIAC.

Selon lui, Ziad TAKIEDDINE aurait été introduit en Libye grâce à une lettre de recommandation que
Nicolas SARKOZY aurait rédigée, es qualité de Ministre de l'intérieur. Dans ce courrier, M. TAKIEDDINE
était présenté comme un interlocuteur de choix pour les autorités libyennes souhaitant faire affaire
avec des industriels français tels que THALES et DASSAULT entre autres. TAKIEDDINE s'était présenté
à l'ambassadeur de France à Tripoli, Jean Luc SIBIUDE, avec cette lettre. Ce dernier l'avait alors mis en
relation avec Abdallah SENOUSSI, de la part de Nicolas SARKOZY.

Ziad TAKIEDDINE expliquait à SENOUSSI qu'il était l'ami de Nicolas SARKOZY. Il aurait affirmé que ce
dernier serait le futur Président de la République, qu'il était capable de lever le mandat d'arrêt délivré
à son encontre, contrairement à Jacques CHIRAC.

Cette anecdote était racontée à Bernard CHEYNEL par Giamal BASHA AGHA dont le frère était l'aide
de camp d'Abdallah SENOUSSI.

Bernard CHEYNEL évoquait un certain Mustafa ZARTI. Il s'agissait du bras droit de Choukri GHANEM. Il
aurait été très proche de Saïf Al Islam. ZARTI aurait été à la tête d'un fonds souverain libyen. Il se
trouverait actuellement à Abu Dhabi. Bernard CHEYNEL aurait obtenu confirmation de la façon dont
TAKIEDDINE avait été introduit en Libye par Mustafa ZARTI.

Bernard CHEYNEL évoquait une mésaventure survenue en août 2004 et organisée, selon lui, par les
« sarkoboys » et notamment Thierry GAUBERT, notoirement proche de TAKIEDDINE. Il devait accueillir
Saïf Al Islam au Bourget pour l'accompagner à l'Elysée où il devait être reçu par Jacques CHIRAC et
Maurice GOURDAULT MONTAGNE. Bernard CHEYNEL aurait été interpellé, sans raison valable, par la
police de Deauville qui l'aurait détenu jusqu'au lendemain afin qu'il ne soit pas présent à ce rendez-
vous.

Il évoquait une autre anecdote relative à Alexandre DJOUHRI. Elle concernait un certain Bruno COTTE,
neveu de Roland DUMAS. Bruno COTTE était directeur des affaires internationales chez DASSAULT
avant de passer chez THALES. Patrick KRON le débauchait au profit d'ALSTOM. Lors de ce recrutement,
Patrick KRON lui aurait indiqué que les commissions étant désormais pénalement interdites, il fallait
trouver des « solutions de substitution ». La seule contrainte qu'imposait alors Patrick KRON à Bruno
COTTE était de ne travailler ni avec Ziad TAKIEDDINE, ni avec Alexandre DJOUHRI.

Lors du marché du métro d'Alger, Bruno COTTE passait par l'intermédiaire d'une société de génie civil
égyptienne pour faire verser les commissions au frère de Bouteflika. Mais peu de temps avant de
signer, il était démarché par Alexandre DJOUHRI qui souhaitait s'insérer dans le dispositif et lui
opposait un refus. En réponse, Alexandre DJOUHRI le menaçait. Finalement, Patrick KRON se séparait
de Bruno COTTE. Selon Bernard CHEYNEL, Alexandre DJOUHRI avait eu « sa tête » par l'intermédiaire
de Nicolas SARKOZY et Patrick KRON.

Bruno COTTE sollicitait alors de Bernard CHEYNEL une aide afin qu'il puisse rejoindre THALES. Bernard
CHEYNEL sollicitait Alexandre DE JUNIAC, successeur envisagé pour THALES, par l'intermédiaire de Jean
Paul PERRIER. DE JUNIAC refusait après s'être renseigné auprès de Patrick KRON, lequel lui aurait
affirmé que « COTTE avait fait chier SARKOZY en refusant de travailler avec DJOUHRI ».

55
Finalement, Bruno COTTE trouvait refuge chez SAFRAN.

1.2.1.2.4 Michel SCARBONCHI

Le 5 mars 2011, l'homme d'affaires Ziad TAKIEDDINE, déjà suspecté dans un autre dossier d'avoir servi
d'intermédiaire sur des contrats d'armement ayant donné lieu à des rétro-commissions au bénéfice
d'hommes politiques français, était trouvé porteur de la somme de 1,5 millions €, lors de son arrivée
à l'aéroport du Bourget, en provenance de Tripoli.

Selon les dires de l'intéressé, il revenait de Libye où il avait rencontré Mouammar KADHAFI avec deux
journalistes. L'avion qui les ramenait avait été affrété par Bechir SALEH, Directeur de cabinet du chef
d'État libyen. Une copie de cette procédure était versée partiellement puis complètement (D578 à 677
puis D2388).

Dans le cadre de cette enquête, Michel SCARBONCHI, consultant, ancien député européen Radical de
gauche et cousin de Bernard SQUARCINI, était auditionné le 25 avril 2013 (D587).

Michel SCARBONCHI évoquait, concernant la libération des infirmières bulgares, ses soupçons qu'une
partie des fonds destinés à la Libye ait été détournée pour des commissions.

Michel SCARBONCHI confirmait la pratique habituelle de remise d'espèces par le colonel KADHAFI à
chaque visite d'un dignitaire étranger. Des registres étaient tenus de ces remises d'espèces,
mentionnant les montants remis et les pays concernés. Ces registres n'auraient pas été détruits et
seraient, selon lui, en possession du CNT.

Michel SCARBONCHI évoquait les relations qu'il avait entretenues avec Bechir SALEH, notamment
durant la période où ce dernier était réfugié en France après la chute du régime de Tripoli. Il évoquait
une semaine de villégiature en Corse partagée avec l'ancien directeur de cabinet de KADHAFI durant
l'entre deux tours de la présidentielle 2012.

C'était à ce moment que l'entourage de Nicolas SARKOZY, notamment Bernard SQUARCINI, avait fait
pression sur Bechir SALEH pour qu'il quitte la France.

Michel SCARBONCHI déclarait par ailleurs avoir recueilli en mars 2012 les confidences de Mohamed
ALBICHARI qui aurait eu en sa possession 70 cartons contenant des cassettes d'enregistrements de
nombreux entretiens réalisés par le colonel KADHAFI avec différents visiteurs. Parmi ces visiteurs
enregistrés se trouvaient des français.

Une bande était remise le 12 mars 2012 par un certain Akim, contact d'ALBICHARI. M. SCARBONCHI
l'aurait remise à Bernard SQUARCINI pour authentifier une voix qui était présentée comme étant une
voix française. Lors de ce rendez-vous en présence d'ALBICHARI, SCARBONCHI, SQUARCINI et une
personne de la DGSE, Akim avait affirmé vouloir négocier avec la France la remise du reste des bandes.

Seulement, 72 heures après ce rendez-vous, ALBICHARI rappelait Michel SCARBONCHI pour signaler
un problème : son groupe se trouvant en Libye avait été obligé de « s'enterrer » en raison de
nombreuses recherches engagées sur place par un service non identifié.

Peu de temps après, ALBICHARI décédait en Tunisie d'une crise de diabète.

56
Toujours selon les déclarations de Michel SCARBONCHI, Bernard SQUARCINI ne lui communiquait
jamais le nom de la personne qui apparaissait sur l'échantillon communiqué, mais il pensait à
Hortefeux, Guéant ou Balkany.

Enfin, toujours selon les confidences recueillies par Michel SCARBONCHI auprès d'ALBICHARI,
Alexandre DJOUHRI serait lié à la transaction qui avait eu lieu sur les infirmières bulgares, sans en
préciser le rôle.

Michel SCARBONCHI était réentendu en qualité de témoin par le magistrat instructeur (D3050). Il
indiquait n’avoir jamais entendu parler du financement de la campagne de Nicolas SARKOZY avant les
déclarations de Saïf Al Islam KADHAFI. A chaque fois qu’il évoquait ce sujet avec Bechir SALEH, celui-ci
éludait. Néanmoins, Michel SCARBONCHI se disait persuadé que les fortes pressions de « l'entourage
du Président SARKOZY » et notamment Claude GUEANT pour que Bechir SALEH quitte le territoire
français entre les deux tours de l’élection présidentielle était liée à « la crainte que peut-être un jour il
ne dise des choses ». La seule raison pour laquelle on voulait lui faire quitter le territoire était, selon
lui, liée à la question du financement de la campagne.

1.2.1.2.5 Jean-Luc SIBIUDE, ancien ambassadeur de France en Libye 2004-2007

Jean Luc SIBIUDE était interrogé par les juges d’instruction en charge de l’information sur le document
attribué à Moussa KOUSSA le 26 février 2014 (D281_J1). Il précisait avoir été ambassadeur de France
en Libye de septembre 2004 à décembre 2007. M. SIBIUDE décrivait les contacts qu’il avait eus auprès
des différents intervenants libyens mais il indiquait ne pas en avoir eu avec Abdallah SENOUSSI sur
instruction du Quai d’Orsay, celui-ci ayant été condamné par une juridiction française pour des faits
de terrorisme.

En tant qu’Ambassadeur de France en Libye, M. SIBIUDE confirmait deux déplacements ministériels en


2005, un pour Nicolas SARKOZY précédé de la visite de son directeur de Cabinet, Claude GUEANT, et
un pour Brice HORTEFEUX, son ministre délégué.

 Les déclarations concernant le voyage en Libye de Claude GUEANT

S’agissant du déplacement de Claude GUEANT, ce dernier arrivait à Tripoli le samedi 1er octobre 2005.
Il ressortait des archives de Ziad TAKIEDDINE que Claude GUEANT ne serait pas arrivé à Tripoli le 1er
octobre mais la veille, le 30 septembre.

Selon M. SIBIUDE, Claude GUEANT aurait eu le 2 octobre 2005 une réunion de travail avec le Ministre
de l’Intérieur Libyen, en sa présence.

 Les déclarations concernant le voyage en Libye de Nicolas SARKOZY

S’agissant du déplacement officiel de Nicolas SARKOZY en Libye, M. SIBIUDE le datait au 6 octobre


2005. Il indiquait que Brice HORTEFEUX ne faisait pas partie de la délégation. Messieurs Michel
GAUDIN (alors directeur général de la Police Nationale), BOUSQUET DE FLORIAN (directeur de la
surveillance du territoire) et David MARTINON (conseiller diplomatique du Ministre), eux, étaient
présents.

Dès son arrivée à Tripoli le 6 octobre 2005, Nicolas SARKOZY était accueilli par le Colonel KADHAFI dans
un entretien élargi d’abord avec les principaux collaborateurs de l’un et de l’autre (dont notamment
M. SIBIUDE et Bechir SALEH), puis ensuite, messieurs SARKOZY et KADHAFI avaient un long entretien

57
en tête à tête, en présence des seuls interprètes. Ensuite, M. SARKOZY se rendait au Ministère de
l’Intérieur pour rencontrer son homologue en présence de toute la délégation française. Côté libyen,
Moussa KOUSSA participait également. Puis, M. SIBIUDE raccompagnait M. SARKOZY à l’hôtel
CORINTHIA.

M. SIBIUDE précisait qu’à la date du 6 octobre 2005, messieurs Claude GUEANT et Moussa KOUSSA se
connaissaient, ce dernier se rendant régulièrement en France.

Le programme de M. SARKOZY se poursuivait par la visite d’un centre de transit d’immigrés clandestins,
par une réunion de sympathisants UMP en Libye puis par un dîner de rupture de jeune (le déplacement
se déroulant en période de ramadan), avant de prendre la direction de l’aéroport vers 21h pour un
retour vers Paris.

 Les déclarations concernant le voyage en Libye de Brice HORTEFEUX

Jean-Luc SIBIUDE évoquait un déplacement en Libye de Brice HORTEFEUX. A sa connaissance, il


s’agissait de son unique déplacement sur la période septembre 2004-décembre 2007.

Le déplacement en Libye de Brice HORTEFEUX avait suscité l’étonnement de l’ambassadeur de France


et cela, à plusieurs égards. Tout d’abord, il semblait à M. SIBIUDE que la visite du Ministre d’État
SARKOZY se suffisait à elle-même. Ensuite, M. SIBIUDE indiquait que la visite de Brice HORTEFEUX avait
débouché sur un accord entre les collectivités territoriales françaises (M. HORTEFEUX étant alors
Ministre délégué aux collectivités territoriales) et libyennes, « ce qui n’avait pas grand sens dans le
contexte libyen, ces entités n’existant pas en Libye ».

L’ambassadeur SIBIUDE précisait son analyse ainsi : « A posteriori, il m’a semblé que cet accord pouvait
venir justifier un déplacement qui n’avait pas grand sens ». Il ajoutait que cette visite avait été
organisée à l’initiative de la France. Informé par les magistrats que la visite avait été opérée sur
invitation libyenne, M. SIBIUDE rétorquait que cette invitation libyenne avait dû être suggérée par le
côté français. L’ambassadeur n’avait pas été informé, à ce moment-là, de la rencontre entre messieurs
HORTEFEUX et SENOUSSI.

 Les discussions sur le sort d’Abdallah SENOUSSI

Jean-Luc SIBIUDE souhaitait formuler les observations suivantes. Dans les relations entre le Ministère
de l’Intérieur français en 2005 et la Libye, il y avait essentiellement trois sujets :

=> la maîtrise des flux migratoires.

=> la lutte anti-terroriste.

=> la situation personnelle de Monsieur SENOUSSI qui avait été condamné par
contumace en France mais qui surtout faisait l’objet d’un mandat d’arrêt INTERPOL
(sujet non officiel, mais qui avait été évoqué à l’ambassadeur par Claude GUEANT).

M. SIBIUDE ajoutait que c’était au cours de discussions non officielles que les libyens demandaient à
leurs interlocuteurs du Ministère de l’Intérieur français ce qu’ils pouvaient faire pour faire évoluer
cette situation favorablement.

M. SIBIUDE ajoutait que selon lui, le fait que M. HORTEFEUX ait été reçu par Abdallah SENOUSSI n’était
pas sans rapport avec ces demandes des libyens.

58
1.2.1.2.6 François GOUYETTE, ancien ambassadeur de France à Tripoli 2008-2011

François GOUYETTE, ambassadeur de France en Libye de janvier 2008 jusqu'au 26 février 2011, était
auditionné à l’OCLCIFF le 31 mars 2014. A son départ de Tripoli, il rejoignait la cellule Libye au Ministère
des affaires étrangères avant d'être nommé ambassadeur de France en Tunisie le 13 septembre 2012,
pour succéder à Boris BOILLON.

M. GOUYETTE avait été préalablement auditionné dans le cadre d’une information judiciaire distincte
relative aux « faux Mediapart » attribué à Moussa KOUSSA le 31 janvier 2014 (D266_J1). Il déclarait
alors n’avoir jamais entendu parler durant toute la période où il avait été ambassadeur de France en
Libye, d’un supposé financement libyen de la campagne électorale 2007 de Nicolas SARKOZY. La
première fois qu’il prenait connaissance de ces accusations, c’était à l’occasion de déclarations de Saïf
Al Islam que M. GOUYETTE datait au 22 février 2011.

François GOUYETTE ajoutait avoir, à ce moment-là, interrogé un ancien proche du clan KADHAFI sur
ces accusations de soutien financier apporté en 2007 à Nicolas SARKOZY. Son interlocuteur lui aurait
alors affirmé que « c’était une chose connue parmi les proches du pouvoir libyen, qu’il y avait
effectivement eu un financement de la campagne présidentielle de Monsieur SARKOZY ». En revanche,
l’intéressé, dont M. GOUYETTE ne souhaitait pas révéler l’identité ou les fonctions, ne communiquait
aucun élément s’agissant du montant de ce soutien financier.

Fin 2011, M. GOUYETTE rencontrait Moftah MISSOURI, l’ex-interprète de KADHAFI, à Paris. Celui-ci lui
confirmait également les accusations de financement, que des fonds avaient bien été versés par la
Libye.

Lors de son audition par le service enquêteur, François GOUYETTE apportait les précisions suivantes
(D2744).

Durant la période où il assurait les fonctions d'ambassadeur de France à Tripoli, il avait connaissance
de 4 visites officielles de Claude GUEANT. Ces visites avaient eu lieu entre 2008 et 2010. L'objet de ces
visites était le suivi de la visite de KADHAFI à Paris en décembre 2007 et des engagements qui y avaient
été pris. Lors des deux premiers voyages, Claude GUEANT était reçu par le colonel KADHAFI, en
présence de Bechir SALEH. Il était reçu par BAGHDADI pour les deux dernières visites. Lors de ces
voyages, Claude GUEANT était accompagné du conseiller diplomatique compétent : Boris BOILLON
puis Nicolas GALEY. Il avait également pu être accompagné par le Général PUGA, chef d'Etat-major
particulier de l'Elysée ou le colonel NOGUIER, son adjoint.

Durant toute sa mission d'ambassadeur de France en Libye, M. GOUYETTE n'avait jamais eu


connaissance de la présence sur le territoire libyen de Ziad TAKIEDDINE ou Alexandre DJOUHRI.

S'agissant des allégations de financement de la campagne 2007 de Nicolas SARKOZY par la Libye, M.
GOUYETTE déclarait :

« Je tiens à signaler que lors de ma mission, je n'ai jamais entendu le moindre bruit à ce sujet. Ce
n'est qu'après que Saïf El Islam ait brandi publiquement la menace de faire des révélations sur un
financement que j'ai interrogé un contact libyen (l'interprète de KADHAFI : M. Moftah MISSOURI).
Celui-ci m'a répondu alors qu'il y avait eu quelque chose, qu'il y avait eu un financement. C'était
avant que je quitte Tripoli et c'était la première fois qu'on m'en parlait en février 2011, on était en
plein soulèvement. Il y a eu un autre contact dont je préfère taire le nom, que j'ai vu alors, qui m'a
effectivement qu'il y avait eu un financement. Des montants m'ont été cités, et je ne me souviens

59
plus qui de mes contacts avançait l'un ou l'autre de ces montants sachant que l'un parlait de 5
millions et l'autre de 50 M€ ou de dollars. J'ai été étonné par l'écart de 1 à 10 entre les montants
avancés. Ces informations, assez discordantes, n'étant pas recoupées par ailleurs, je n'en ai pas fait
état. Je n'ai jamais évoqué cette question avec mon prédécesseur ».

Invité à préciser le moment où il avait eu connaissance des accusations de Saïf Al Islam, M. GOUYETTE
(D2744) confirmait en avoir eu connaissance entre « les premiers tirs à balles réelles le 17/02/2011 à
Benghazi et la fermeture de notre ambassade le 26/02/2011 ». L’information était dans un premier
temps diffusée par la télévision libyenne avant d’être reprise ensuite par les médias internationaux. Il
n’avait pas informé sa hiérarchie de ces déclarations car il avait eu à gérer l’évacuation de l’ambassade
dans des conditions très difficiles : « La priorité était d'assurer l'évacuation de la communauté
française, ce que nous avons fait le 22 ou le 23 février. Le lendemain, il a fallu assurer le rapatriement
des français qui étaient dans le sud, dispersés sur les sites du Sahara libyen. Et de toute façon, on ne
faisait même plus de télégramme diplomatique à ce moment-là, on préparait la fermeture de
l'ambassade et on procédait à la destruction des documents confidentiels dans des conditions qui
n'étaient pas des plus simples. »

1.2.1.2.7 Jean-Charles BRISARD

Dans le cadre du dossier dit « KARACHI » (dont une copie est jointe au dossier), un certain Jean-Charles
BRISARD contactait les enquêteurs et sollicitait son audition le 27 septembre 2011 (D1308 issue de
D2121_2). Il se présentait alors comme consultant international domicilié en Suisse. Il indiquait avoir
fait partie de l’équipe de campagne d’Edouard BALLADUR en 1995 et plus précisément au sein de la
« cellule jeunes ».

Le 18 octobre 2011, en marge de son audition, Jean-Charles BRISARD (D1309 issue de la D2121_2)
remettait une fiche qu’il avait établie et sur laquelle il était possible de lire notamment les annotations
suivantes (D1199/3 de la D2121_2) :

GEN/CAMP TEMOIN
REMISE D’ESPECES PAR BRICE HORTEFEUX POUR LA CAMPAGNE
(mention suivie d’une note manuscrite « Tel Grossk »)

GEN/NS V. MEMO DG

Jean-Charles BRISARD était auditionné par la BRDP le 25 juin 2012 (D116 du dossier CROS). Il déclarait
être un ami de Didier GROSSKOPF, médecin ayant été proche de Ziad TAKIEDDINE jusqu’à ce qu’il
entretienne une relation « inappropriée » avec son épouse. M. GROSSKOPF aurait échangé avec Ziad
TAKIEDDINE sur divers sujets, notamment sur le financement de la campagne présidentielle 2007 de
Nicolas SARKOZY.

M. GROSSKOPF aurait confié à Jean-Charles BRISARD qu’à la suite d’une réunion le 6 octobre 2005 en
Libye à laquelle aurait participé tant M. TAKIEDDINE que M. HORTEFEUX, le financement de la
campagne par le régime libyen aurait alors été acquis. Lors de cette audition, M. BRISARD reconnaissait
être l’auteur de la note reproduite ci-dessus et remise lors de son audition par la DNIF en octobre 2011.

En revanche, Jean-Charles BRISARD était interrogé concernant une seconde note (produite par
MEDIAPART dans le cadre de la plainte déposée par Nicolas SARKOZY, D45/209 de l’instruction suivie
par M. CROS). Cette seconde note était composée des annotations suivantes :

60
Si Jean-Charles BRISARD déclarait ne pas être l’auteur de cette note, il précisait en avoir rédigé une
quasiment identique. Il en contestait donc la forme mais en authentifiait le contenu. Ces éléments
résultaient, selon lui, d’une conversation qu’il avait eue avec M. GROSSKOPF. Lors d’une rencontre en
2012, il leur en donnait connaissance. Les journalistes l’auraient reconstituée pour la publier.

Le 4 juillet 2012, Jean Charles BRISARD transmettait à la BRDP les mémos qu’il reconnaissait avoir
rédigés suite aux confidences de M. GROSSKOPF. Il était possible de lire les annotations suivantes
(D66/3_J1) :

61
Toutefois, à son tour entendu, Didier GROSSKOPF (D211_J1) contestait avoir pu faire de telles
confidences à M. BRISARD, n’étant pas détenteur des informations en question.

Réauditionné le 8 septembre 2020 dans le cadre de la présente procédure, Jean-Charles BRISARD


maintenait l’ensemble de ses déclarations (D4194). Invité à s’expliquer sur les premiers mémos versés
dans la procédure « Karachi », il indiquait : « C'est à une époque où j'ai été entendu pour Karachi. Je
m'étais fait un mémo sur ce que je savais sur les uns ou les autres.
GEN signifie général, chose générale.
Camp pour campagne.
Témoin, le fait qu'il y ait des enveloppes qui circulaient dans la campagne d'Edouard Balladur.
C'était un copain qui travaillait dans la campagne aussi qui me l'avait dit, mais moi, je n'avais jamais
rien vu.
La référence à Hortefeux, c'était aussi par rapport à la campagne de Balladur.
Pour la mention « GEN/NS », c'est Général aussi, et Nicolas SARKOZY, là, on change de campagne. Je
renvoi au mémo DG pour Didier GROSSKOPF dont je viens de vous parler. »

Il précisait : « Concernant la note de décembre 2006, j'ai relevé les éléments qui m'ont été indiqués par
Didier GROSSKOPF. CAMP07 signifie qu'elle concerne la campagne présidentielle 2007 de Nicolas
SARKOZY.
Les modalités de ce soutien financier apporté par la Libye à Nicolas SARKOZY ont été réglées lors du
déplacement du 6 octobre 2005.
NS+BH vise Nicolas SARKOZY et Brice HORTEFEUX.
Didier m'a parlé de plusieurs entretiens préalables à la visite d'octobre 2005 entre Ziad TAKIEDDINE et
Saïf Al Islam KADHAFI.
Je n'ai pas plus de détail, tout ce qu'il m'a dit, je l'ai noté.
Il m'a confirmé que Ziad TAKIEDDINE était chargé du montage, c’est-à-dire qu'il était chargé de mettre
en place les structures, les comptes bancaires j'imagine. Faire en sorte que l'argent parvienne bien au
destinataire, c'est ce que je comprends à l'époque.
Le montant de ce soutien était de 50 millions d'euros.
MONTAGE INCLUS SOC BH PAN + BANQUES SUISSES (ND) : montage inclus une société créée par Brice
Hortefeux au Panama et des banques suisses (non déterminées pour Grosskopf).
Takieddine lui aurait confirmé que le financement de la campagne aurait été totalement réglé. »

A la demande des enquêteurs sollicitant le fichier source de ces notes afin de déterminer la date de
l’enregistrement du « mémo DG » sur son ordinateur, Jean-Charles BRISARD répondait par mail :
« Concernant le fichier source de mes notes de 2006 et 2008, je ne retrouve pas le disque dur "Advance"
où elles avaient été enregistrées, mais elles ont été par la suite copiées sur un autre disque dur en 2012
après fusion des fichiers de 2006 et de 2008. La date du premier enregistrement (le soir même de mon
entretien avec Didier Grosskopf en 2006) figure toujours dans les propriétés du document ci-joint.
Je recherche le disque dur d'origine (qui avait été saisi par les autorités suisses lors de la perquisition
de mon domicile en 2015), et je vous adresserai le fichier d'origine dès que possible. »

La capture d’écran jointe au mail de M. BRISARD laissait apparaître une date de création du contenu
le 20 décembre 2006 à 18h07 (D4195/2).

Auditionnée au sujet de la possibilité que Ziad TAKIEDDINE ait fait des confidences à Didier GROSSKOPF
qui les aurait relayées à Jean-Charles BRISARD, Nicola JOHNSON, ex-épouse de Ziad TAKIEDDINE
indiquait : « Je pense que c'est crédible. Pourquoi vous n'interrogez pas GROSSKOPF ? Vous m'indiquez
qu'il conteste.
Il était complètement dans le coup GROSSKOPF, ça le fascinait tout ce monde politique, le pouvoir, la
Libye, l'argent.... Tout ça ». (D4219/9) Elle précisait que Didier GROSSKOPF avait accompagné Ziad
TAKIEDDINE en Libye à trois reprises.

62
1.2.1.2.8 Jean Guy PERES, attaché de sécurité intérieur en Libye en 2005

Dans le cadre de l’instruction consécutive à la plainte de Nicolas SARKOZY contre MEDIAPART, Jean
Guy PERES était entendu comme témoin (D415_J1). Il était commissaire divisionnaire à la retraite
depuis 2010 et avait occupé le poste d’attaché de sécurité intérieure à l’Ambassade de France en Libye
de septembre 2005 à septembre 2008. Il s’agissait d’une création de poste dont le but était de relancer
une coopération policière avec la Libye qui revenait alors dans le concert des nations. M. PERES prenait
ses fonctions à Tripoli quelques jours avant le déplacement de Claude GUEANT, lui-même précédent
le déplacement ministériel de M. SARKOZY.

M. PERES avait souvenance de la visite à Tripoli de Claude GUEANT mais son témoignage ne
développait pas le sujet. Il détaillait davantage le voyage de Nicolas SARKOZY qu’il avait préparé et
suivi. Il citait Michel GAUDIN (DGPN), Monsieur BOUSQUET DE FLORIAN (DST) et David MARTINON,
Conseiller diplomatique du Ministre, comme faisant partie de la délégation. Il évoquait également M.
LE DOUARON (DCPAF), mais sans certitude. Dès sa sortie de l’avion, Nicolas SARKOZY avait été conduit
dans la tente de Mouammar KADHAFI située dans l’enceinte de la caserne Bab Al-Aziya. Cette
rencontre durait plus d’une heure. A l’issue de cet entretien, il avait été demandé aux personnes
présentes de quitter la tente et de laisser les deux personnages principaux seuls à seul. M. PERES
évaluait la durée de cet entretien à une dizaine de minutes.

Nicolas SARKOZY était ensuite invité à signer, dans la même enceinte, le livre d’or de la maison détruite
par les américains. Ensuite, M. SARKOZY était allé visiter un centre de rétention pour immigrés
clandestin avant de rejoindre l’hôtel CORINTHIA où une réunion était organisée avec les sympathisants
UMP.

M. PERES évoquait également le déplacement de Brice HORTEFEUX à la fin de l’année 2005, qu’il situait
en novembre ou en décembre 2005. A la demande de l’ambassadeur, M. PERES avait préparé un texte
en matière de coopération sur les collectivités territoriales mais le Ministère libyen n’en avait pas
voulu.

Interrogé sur la possibilité que ces personnes aient eu d’autres déplacements en Libye, M. PERES
répondait ne pas en avoir connaissance. Il ajoutait « ce qui ne veux pas dire que les personnes citées ou
d’autres ne sont pas revenues. Il était très facile de passer par la Tunisie ou par Bengazi ».

Réentendu dans le cadre de la présente information judiciaire (D4224), ce dernier déclarait que Claude
GUEANT ne pouvait ignorer qui était Abdallah SENOUSSI et qu’il était hautement improbable qu’il ait
pu être mis en sa présence par surprise. Il manifestait le même étonnement concernant la rencontre
prétendument fortuite entre Brice HORTEFEUX et Abdallah SENOUSSI en ces termes :

QUESTION : Comme Claude GUEANT, Brice HORTEFEUX était lui aussi mis en présence de Abdallah
SENOUSSI. Comment l'expliquez-vous ?
Réponse : Ils se sont fait avoir deux fois... Qu'est-ce que vous voulez que e vous dise. C'est la faute à
pas de chance. Et lui non plus, je ne savais pas qui était SENOUSSI?
Par contre, je ne vois pas bien où il se sont retrouvés. Si, il y a le soir où je n'étais plus avec lui. Au
moment du repas, je faisais le compte rendu, et j'ai rejoint le repas après.
Vous m'indiquez que M. SENOUSSI a reçu Brice HORTEFEUX, vraisemblablement à son domicile.
Cette rencontre n'était sûrement pas au programme et je n'en ai pas entendu parler par la suite.

QUESTION: Comment expliquez-vous qu'à quelques semaines d'intervalle, le directeur de cabinet


du ministre de l'intérieur, puis un ministre délégué de ce même Ministre de l'Intérieur puisse être

63
mis en présence d'un individu sous le coup d'un mandat d'arrêt sans que les membres de la
représentation française sur place n’aient pu, à défaut de les protéger, au moins les alerter sur ce
risque ?
Réponse : Ils disent ce qu'ils veulent...

QUESTION: Avez-vous souvenir de l'organisation d'une conférence ministérielle Union européenne


— Afrique sur la migration et le développement qui s'est déroulé à Tripoli les 22 et 23 novembre
2006 ?
Réponse : Il y a un ministre qui est venu, mais je ne me souviens plus lequel. C'était une conférence
sur l'immigration. Il y avait beaucoup de monde. Nous, on s'est occupés de l'hôtellerie. Il y avait des
représentants français qui étaient venus de Paris. Moi je ne suis pas intervenu dans cette conférence
qui avait lieu dans un hôtel à Tripoli.
Vous me demandez si M. HORTEFEUX est venu. Je ne m'en souviens plus. Il me semble qu'un ministre
est venu, mais je ne sais plus qui.
Vous m'indiquez que Brice HORTEFEUX était initialement prévu mais la France aurait été représentée
par Brigitte GIRARDIN.
Je ne m'en rappelle pas.

Concernant le texte en matière de coopération sur les collectivités territoriales, Jean-Guy PERES le
qualifiait lui-même de « fumeux » et concluait au sujet du voyage Brice HORTEFEUX : « On peut se
demander pourquoi il est venu. »

1.2.1.2.9 Alain JUILLET

Entendu par le magistrat instructeur le 26 juin 2019 (D3046), Alain JUILLET déclarait avoir exercé la
fonction de responsable de l’intelligence économique auprès du Premier Ministre de 2003 à 2009.
Auparavant, il avait été directeur du renseignement à la DGSE et se présentait comme un spécialiste
du renseignement économique. Il déclarait avoir eu ses premiers contacts avec Ziad TAKIEDDINE à
l’époque où il exerçait comme responsable de l’intelligence économique auprès du Premier Ministre,
Jean Pierre RAFFARIN. Il y avait alors un problème en Libye lié au refitting des avions de chasse détenus
par les libyens. M. JUILLET avait été informé que Ziad TAKIEDDINE se « promenait en Libye avec une
lettre de Nicolas SARKOZY disant que si on trouvait une solution constructive, en passant par lui, Nicolas
SARKOZY s’engagerait à faire lever les charges qui pesaient sur SENOUSSI suite à l’attentat du DC10
d’UTA ». M. JUILLET ajoutait qu’il ne pouvait pas « penser une seconde que Nicolas SARKOZY avait pu
écrire une lettre selon laquelle SENOUSSI, qui était responsable de ne je sais combien de morts, allait
être blanchi ».

Alain JUILLET découvrait les relations nouées par Nicolas SARKOZY et le régime de Mouammar
KADHAFI à l’époque de la libération des infirmières bulgares. Avant cela, il savait seulement que Ziad
TAKIEDDINE se présentait comme un émissaire de M. SARKOZY, ajoutant même que cela lui revenait
de partout.

Alain JUILLET évoquait la concurrence entre Ziad TAKIEDDINE et Alexandre DJOUHRI, le premier étant
de longue date du côté de Nicolas SARKOZY quand Alexandre DJOUHRI était aux côtés du Président
CHIRAC et de Dominique De VILLEPIN. Mais quand il avait vu Alexandre DJOUHRI arriver auprès de
Nicolas SARKOZY et Claude GUEANT, il avait compris qu’il y avait alors une rupture entre Nicolas
SARKOZY et Ziad TAKIEDDINE. Mais Alain JUILLET reconnaissait être ignorant des circonstances de cette
rupture.

64
Interrogé sur les deux rencontres que M. SENOUSSI avait eues, successivement avec messieurs
GUEANT puis HORTEFEUX, rencontres présentées par les intéressés comme fortuites, M. JUILLET
répondait que la réponse des deux anciens ministres n’était pas crédible : « Des personnes comme
Claude GUEANT ou Brice HORTEFEUX en mission officielle ne vont pas, comme ça, rencontrer quelqu’un
sans avoir eu les éléments ». M. JUILLET ajoutait que ces évènements confortaient ses
questionnements quant au fait de savoir si la lettre dont M. TAKIEDDINE s’était vantée d’avoir reçue
de M. SARKOZY avait bel et bien existé.

Informé des démarches entreprises par Me Thierry HERZOG vis à vis de M. SENOUSSI, ou plus
précisément de son avocate libyenne Azza MAGHUR, M. JUILLET répondait ne pas en avoir été informé,
précisant : « Mais plus vous en ajoutez et plus je me dis que si c’est vrai, c’est terrible. C’est contraire à
toutes les règles. Là on n’est plus dans la politique, on est dans le milieu des voyous ».

M. JUILLET déclarait ne pas avoir été informé de ce rapprochement entre le Ministre de l’Intérieur
SARKOZY et la Libye. Il ajoutait ne pas avoir non plus été informé, par la suite, des déplacements que
M. GUEANT, devenu secrétaire général de l’Elysée faisait à Tripoli : « on a appris qu’il partait le week
end en Libye, ce qui fait qu’on ne pouvait pas le savoir. On le voyait la semaine, et on ne se doutait pas
que le week end il était en Libye. D’autant que s’il prenait un avion qui part du Bourget et qui revient
au Bourget, à l’époque, personne ne pouvait être au courant parce qu’il n’y avait aucun contrôle ».

S’agissant du rôle de Ziad TAKIEDDINE dans la vente par la France de matériel de surveillance à la Libye,
par le biais de la société AMESYS, M. JUILLET déclarait que cette opération devait impérativement
passer par le contrôle de la CIEMG. Il contestait y avoir participé. Il doutait de la participation de Ziad
TAKIEDDINE à ces démarches. Quant à l’intervention du Ministère de l’Intérieur auprès de la CIEMG, il
la considérait comme possible.

Interrogé sur la possibilité que le Ministère de l’Intérieur soit intervenu afin d’éviter à AMESYS le
passage par la CIEMG, M. JUILLET n’écartait pas cette hypothèse mais précisait que déroger aux règles
lui semblait tout de même difficile.

S’agissant des soupçons de financement libyen de la campagne 2007 de Nicolas SARKOZY, Alain JUILLET
déclarait en entendre parler pour la première fois au moment de l’affaire des infirmières bulgares, soit
à l’été 2007. Alain JUILLET déclarait ne pas avoir eu connaissance d’élément tangible mais s’être
toujours étonné de la disparition d’un certain nombre d’acteurs, comme le ministre qui s’était
« suicidé » dans le Danube.

Parmi les choses curieuses, Alain JUILLET relevait la réception du Colonel KADHAFI qui avait pu planter
sa tente à Paris mais aussi le paiement de la rançon des infirmières bulgares par le Qatar.

C’est pourquoi Alain JUILLET n’avait pas été étonné par les accusations portées par Saïf Al Islam à la fin
de l’hiver 2011.

Alain JUILLET était enfin interrogé concernant la présence sur le territoire français de Bechir SALEH en
2012. A ce sujet, il déclarait : « C’est clair qu’il a été protégé. La question qui se pose dans ce cas-là,
c’est pourquoi il a été protégé. Ce qui se disait dans les milieux du renseignement, c’est que Bechir
SALEH était un intermédiaire avec les équipes de Nicolas SARKOZY, qu’il voyait Claude GUEANT, qu’il
savait beaucoup de choses en lien avec ce financement, et que c’est pour ça qu’on l’a fait partir.
D’ailleurs, au départ il s’est tu, mais plus tard, quand il a commencé à parler en disant qu’il reviendrait
bien en Libye, il s’est pris une balle de façon très suspecte ce qui montre qu’il était certainement surveillé
de près par certains ».

65
1.2.1.2.10 Les mémoires de Mohamed EL MEGARIEF

Mohamed EL MEGARIEF, premier Président Libyen après la destitution du colonel KADHAFI,


démissionnait de ses fonctions en mai 2013. Il publiait en France ses mémoires co-écrites avec Mme
Sihem SOUID en février 2014.

Un article de MEDIAPART (D1236) dénonçait le retrait de certains passages des mémoires de


Mohamed EL MEGARIEF confirmant le financement libyen de la campagne 2007 de Monsieur
SARKOZY.

Selon la version publiée par MEDIAPART de ces passages censurés, le financement libyen aurait porté
sur 50 M€. Des versements auraient également été effectués postérieurement à l'élection de 2007,
jusqu'en 2009. Au sein de l'appareil libyen, le financement aurait été acheminé par un proche de
M. SENOUSSI et supervisé par Bechir SALEH.

Sihem SOUID était auditionnée le 2 avril 2014 (D1242). Elle déclarait avoir fait la connaissance de
Mohamed EL MEGARIEF à l'occasion d'une interview réalisée en 2012 à la demande du journal LE
POINT. Quelques temps plus tard, M. EL MEGARIEF la sollicitait pour rédiger sa biographie. Un contrat
était signé en décembre 2012. Sihem SOUID rédigeait une première version en français. Son éditeur,
les éditions du Cherche Midi, procédait à la traduction en arabe, en avril ou mai 2013.

Dans cette première version, le financement de la campagne 2007 de Nicolas SARKOZY par le Colonel
KADHAFI y était évoqué. A la relecture, M. EL MEGARIEF demandait que ce passage soit retiré. Il s'était
justifié en précisant ne pas souhaiter de polémique, sachant que Nicolas SARKOZY était toujours très
apprécié en Libye en raison de son rôle dans la chute de KADHAFI, et qu'il ne voulait pas se mettre son
peuple à dos.

Concrètement, selon les propos retirés de Mohamed EL MEGARIEF, le financement avait été opéré par
l'intermédiaire du frère d'Abdallah SENOUSSI qui percevait les fonds en France. Tout était organisé par
Bechir SALEH, Abdallah SENOUSSI et Claude GUEANT.

Il était également question de comptes offshore, sans plus de précision.

Ces éléments avaient été recueillis lors des auditions de Saïf Al Islam réalisées après sa capture.

Les entretiens de Sihem SOUID avec M. EL MEGARIEF avaient fait l'objet d'enregistrements, mais ceux-
ci lui avaient été dérobés en mars 2013. Le dossier était suivi au sein des éditions du Cherche Midi par
Philipe HERACLES et Laurent LEMIRE. A la lecture de la première version, le service juridique s'était
interrogé sur le risque de poursuites judiciaires.

Après la publication par MEDIAPART des passages retirés, M. EL MEGARIEF avait contacté Sihem SOUID
pour s'offusquer de cette parution. A cette occasion, il lui aurait indiqué avoir été contacté par
l'entourage de Nicolas SARKOZY, des membres de son cabinet, lui mettant la pression pour qu'il
démente.

Le 12 février 2014 à 18h56, le magazine L'EXPRESS publiait un démenti de M. EL MEGARIEF (D1238).


L'hebdomadaire mentionnait avoir reçu ce démenti par l'intermédiaire de la journaliste Roumiana
OUGARTCHINSKA.

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Une conversation entre Michel GAUDIN et Véronique WACHE interceptée le 12 février 2014 à 19h52
révélait que ce démenti était attendu, et donc connu à l'avance, de l'entourage de Nicolas SARKOZY
(com N° 5996 de la CRT 13-114 D750/10).

Ce suivi du démenti de M. EL MEGARIEF résultait d'instructions de Nicolas SARKOZY qu'il avait rappelé
à demi-mots à l'occasion d'une conversation téléphonique passée avec Michel GAUDIN depuis la ligne
de Véronique WACHE le 12 février 2014 à 15h29 (com N° 3069 de la CRT 13-233 – D909/5).

Cette attente du démenti à venir de M. EL MEGARIEF renforçait les soupçons de pression évoqués par
Sihem SOUID entre l'entourage de Nicolas SARKOZY et celui de M. EL MEGARIEF. Cela révélait
également que Nicolas SARKOZY était particulièrement attentif aux effets de ces pressions (ou à tout
le moins contacts) entre entourages. Il convient de constater que l’article de L’EXPRESS était
immédiatement transmis selon note du 13 février 2014 par l’avocat de Nicolas SARKOZY aux juges
d’instruction en charge d’instruire les faits de faux (D267_J1).

Pour confirmer ses propos, Mme SOUID invitait le service à contacter M. MOHSEN, ancien directeur
de cabinet de M. EL MEGARIEF, ou son amie Lila BENALI avec qui elle avait réalisé plusieurs entretiens
au cours desquels le financement de la campagne 2007 avait été évoqué.

M. MOHSEN aurait également évoqué le nom d'Alexandre DJOUHRI comme étant lié au financement
de la campagne 2007 en qualité d'intermédiaire, mais EL MEGARIEF n'abordant pas ce point, Mme
SOUID n'y faisait pas référence dans sa biographie.

Fabrice ARFI était auditionné par le magistrat instructeur (côtes D295). Lors de cette audition, le
journaliste communiquait des copies de mails échangés, notamment par Sihem SOUID. Le premier mail
daté du 15 janvier 2013 de Sihem SOUID à Philippe HERACLES (responsable des éditions du Cherche
Midi) comprenait les 4 premiers chapitres du livre. Le chapitre 4 tel qu’annexé au mail comprenait
notamment l’extrait suivant (D297) :

La seule campagne électorale dont je puisse parler ici est celle de Nicolas Sarkozy en 2007.
L'information a été révélée par Kadhafi avant sa mort, puis confirmée par Seif al Islam qui répondra
de ses actes devant la Justice. Il est vrai qu'une affirmation de cette teneur dans la bouche d'un
monstre sanguinaire et de son fils machiavélique, nul n'a envie d'y croire. Il me semble que cela a
été la ligne de défense de l'ancien Président. Et c'était intelligent. Il n'est pas question de blâmer
Nicolas Sarkozy, son engagement pour la libération de la Libye a été exemplaire et le peuple libyen
lui en est reconnaissant. Mais pourquoi mentir ou nier? Oui Kadhafi a financé la campagne
électorale de Nicolas Sarkozy et a continué à le financer encore après 2007. Pendant la campagne,
Bachir Saleh rencontra des proches de Nicolas Sarkozy. Kadhafi voulait « aider son ami »,
comprendre se racheter une virginité en France. Les circonstances ont fait que son crédit a toujours
été déficitaire auprès de Mitterrand ou de Chirac. Une ère nouvelle se levait et le Fou n'allait pas
laisser filer l'occasion. Saleh proposa l'aide de la Libye pour l'élection de Nicolas Sarkozy. La
propagande aurait été contre-productive. C'est avec de l'argent que l'on est efficace. 50 millions ont
donc été versés pendant la campagne électorale. Cela paraît énorme pour un pays où les comptes
de campagne sont limités et scrutés. Mais le Fou avait beaucoup d'argent. 50 millions, cela ne
représentait rien pour lui. Dans un pays en crise comme la France, où la pauvreté et le chômage
explosent, ça peut paraître invraisemblable mais pour la nomenklatura libyenne, c'était dérisoire.
Les hommes de main des deux dirigeants faisaient le « sale boulot » discrètement. Les rencontres
étaient planifiées et organisées dans le plus grand secret. Peu de gens, de part et d'autre - étaient
dans la confidence. Enfin... C'était la base du contrat tacite passé entre les deux parties. Mais croire
Kadhafi est sinon de la folie au moins la preuve d'une grande naïveté. Kadhafi s'en vantait auprès
de ses invités. Il finançait un homme respectable, il voulait que tout le monde le sache... mais cela

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Nicolas Sarkozy aurait dû s'y attendre. Kadhafi aimait se mettre en avant et Sarkozy n'a pas
suffisamment cerné le personnage avant de lui accorder sa confiance. Rien ni personne n'avait de
valeur pour le Fou, cela est un élément essentiel pour comprendre qui était ce sinistre personnage:
les gens, il les achetait ou il les tuait. (…)

Dans un autre message envoyé par Philippe HERACLES à Sihem SOUID au sujet du financement de la
campagne de 2007, indiquant pourquoi le manuscrit n’était pas publiable en l’état il évoquait un
courrier signé par M. EL MEGARIEF, ajoutant que ce simple courrier, même validé, n'éviterait pas un
procès en diffamation (D298).

Fabrice ARFI produisait également un mail dans lequel Mme Sihem SOUID adressait une version arabe
du manuscrit à M. EL MEGARIEF sur une adresse [email protected].

Un entretien vidéo conférence via Skype était entrepris le 20 janvier 2015 (D1281) avec Mohamed EL
MEGARIEF. L'intéressé indiquait alors ne pas être l'auteur des propos tenus dans le livre écrit par Sihem
SOUID. Il indiquait ne rien savoir sur la réalité du financement libyen de la campagne 2007 de Nicolas
SARKOZY. Il évoquait des excuses reçues de la part de l'éditeur du livre de Mme SOUID. Il ajoutait ne
pas être en mesure de confirmer si un démenti officiel avait été rendu public en France.

Roumiana OUGARTCHINSKA était auditionnée le 17 février 2015 (D1288). Elle souhaitait, en propos
liminaire, rappeler le secret des sources. Elle déclarait avoir simplement recueilli le démenti de
l'entourage de M. EL MEGARIEF. Elle ne fournissait pas plus de précisions. Ce démenti était
communiqué le matin, et publié dans la soirée par l'EXPRESS après un travail de vérifications propre à
cet organe de presse.

La journaliste indiquait avoir rencontré M. EL MEGARIEF à l'époque où celui-ci exerçait les fonctions
de chef de l'Etat libyen. Elle confiait ses doutes quant à la crédibilité du successeur de KADHAFI, tant
concernant ses déclarations supposées relatives au financement libyen de Nicolas SARKOZY que
s'agissant du démenti.

Mme OUGARTCHINSKA indiquait avoir recueilli les confidences de plusieurs dirigeants de la Libye post-
KADHAFI selon lesquelles il n'aurait pas été possible de retrouver de documentation susceptible de
confirmer la réalité du financement libyen de politiques français.

Néanmoins, la journaliste confiait son sentiment :

« ma conviction est qu'il y a eu financement dans la mesure où j'ai eu vent de plusieurs éléments.
Ces éléments auxquels je fais référence, je souhaite les exploiter et donc les conserver secret pour le
moment ».

1.2.1.2.11 La déposition du témoin n°120

Entendu sous couvert d’anonymat (témoin N° 120 – D265), une personne communiquait l'identité de
trois personnes susceptibles de détenir des renseignements sur le financement par la Libye de la
campagne présidentielle de Nicolas SARKOZY :

 Une femme d'affaire jordanienne, domiciliée à Londres, prénommée Daad.

Cette personne était une conseillère du Guide et se rendait régulièrement en Libye. Elle était
également présente à Paris en décembre 2007 lors de la visite de Mouammar KADHAFI. Elle avait servi

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d'intermédiaire pour l'achat par la Libye d'un avion appartenant à l'homme d'affaire saoudien Walid
BIN TALAL.

Cette femme d'affaire était identifiée comme étant Daad SHARAB (D1271).

 Mohamad ou Ahmad AL JAMANI, homme d'affaire libanais, résident à Londres.

Il s'agissait d'une relation de Moussa KOUSSA. Il était soupçonné d'entretenir des relations avec le
MOSSAD.

 Ziad TAKIEDDINE.

Il accompagnait fréquemment Claude GUEANT lors de ses déplacements en Libye, alors qu'il était
secrétaire Général de l'Elysée.

Le témoin N° 120 précisait une des manières de transférer de l'argent de la Libye vers la France sous
le régime de KADHAFI. Deux banques étaient utilisées pour transférer de l'argent liquide à l'ambassade
de Libye. L'ambassadeur était autorisé à remettre de l'argent à telle ou telle personne. Ces transferts
étaient enregistrés dans les registres comptables de l'ambassade avec comme mention « volet
politique ».

L'ambassade détenait des comptes dans ces banques. L'argent y était viré depuis la Libye, puis, en
fonction des instructions qu'il recevait, l'ambassadeur effectuait des retraits espèces ou des virements.
L'identité des bénéficiaires d'espèces n'était pas consignée, c'était confidentiel. Les banques
concernées étaient :

 La Banque Intérieure Arabe.


 La Banque UBAF, située à Neuilly.

Le témoin N° 120 conseillait de contacter Ali TREIKI, ambassadeur libyen en France de 1996 à 2000,
qui, s'il n'était pas associé aux financements politiques, était demeuré très proche du Colonel KADHAFI.
Il vivrait actuellement au Caire.

Enfin, le témoin N° 120 évoquait la possibilité de sortir des fonds de Libye par l'intermédiaire de la
NOC, gérée par Choukri GHANEM, ou par le LAP, géré par Bechir SALEH.

1.2.1.3 Les témoignages directs

1.2.1.3.1 L’interprète de la rencontre SARKOZY-KADHAFI : Yolla ABOU HAIDAR

Dans la continuité des déclarations de Jean Luc SIBIUDE, l’interprète de la rencontre SARKOZY-KADHAFI
était identifiée en la personne de Yolla ABOU HAIDAR, interprète du Quai d’Orsay. Cette dernière était
auditionnée le 20 juillet 2016 (D1341). Elle était rattachée auprès du Ministère des affaires étrangères,
mais travaillait prioritairement pour le Président de la République. Elle débutait cette activité en 2003.
Elle se souvenait avoir accompagné Jacques Chirac en Libye une seule fois.

Concernant Nicolas SARKOZY, elle déclarait l'avoir accompagné à deux reprises, alors qu'il exerçait les
fonctions de Président de la République française : une fois juste après son élection, et la seconde

69
après la chute de Tripoli. Elle l'avait précédemment accompagné lors de deux voyages réalisés par
Nicolas SARKOZY alors qu'il était Ministre de l'Intérieur en 2005 (sans certitude concernant la date de
ces voyages).

Elle confirmait qu’à l’occasion des deux déplacements en Libye de Nicolas SARKOZY en qualité de
Ministre de l'Intérieur, il avait été reçu par le Colonel KADHAFI en personne. S'agissant du fait que M.
SARKOZY, Ministre de l'intérieur, soit reçu par un Chef d'Etat, et non par son homologue, elle
relativisait :

« Dans un pays comme la Libye, il n'y avait que KADHAFI qui décidait. Tous les ministres français
que j'accompagnais étaient reçus par les chefs d'Etat arabe et par leurs homologues. La France est
un poids lourd sur la scène internationale, pas seulement au niveau européen. A mon sens, il n'y a
aucune singularité à ce que KADHAFI ait reçu Nicolas SARKOZY, ministre de l'intérieur. »

Elle déclarait ne pas se souvenir d'un voyage de Brice HORTEFEUX dans ce pays.

Concernant Claude GUEANT, elle déclarait qu'il avait participé à tous les voyages de Nicolas SARKOZY
en Libye, avant comme après son élection. Elle ajoutait avoir accompagné Claude GUEANT en Libye,
se déplaçant sans M. SARKOZY, une seule fois. C'était juste après l'élection de M. SARKOZY en 2007.

Interrogée concernant le long entretien privé entre Nicolas SARKOZY et Mouammar KADHAFI dont
avait parlé l'ambassadeur de l'époque, elle confirmait la réalité de cet entretien confidentiel mais
refusait catégoriquement de s'exprimer quant à la teneur des échanges, préférant opposer le secret
professionnel. A la question : « Si votre autorité de tutelle vous délie de ces obligations, accepteriez-
vous de répondre à ces interrogations ? », elle répondait : « Non. Il y a un code de déontologie. Jamais
les interprètes n'ont parlé. Je ne serai pas la première. Les gens parlent librement devant moi parce
qu'ils savent que je ne parlerai jamais. Jamais un interprète n'a été interrogé par la police sur le contenu
d'échanges d'une autorité ».

A la question : « Avez-vous conscience que la question qui vous est posée ne porte pas sur un secret
d'Etat mais sur la question de savoir si un dirigeant politique qui a exercé, et qui prétend toujours aux
plus hautes fonctions, ait pu demander un soutien financier occulte auprès d'un dictateur ? Votre code
de déontologie ne prohibe-t-il pas de contribuer à de tes agissements ? », l'interprète se contentait de
rappeler sa simple mission de traducteur, de canal de transmission, ajoutant qu'elle n'émettait pas de
jugement de valeur. Elle poursuivait en précisant ne pas distinguer les hommes de la fonction.

Interrogée sur son expérience de la diplomatie, elle déclarait qu'il n'entrait pas dans les pratiques
diplomatiques de demander une aide financière à son interlocuteur. Ramenant la question sur la
situation de Nicolas SARKOZY, il lui était demandé si une telle demande de soutien financier formulée
par lui serait, en écho à ce qu'elle venait de déclarer concernant les pratiques diplomatiques,
improbable ou impossible ; elle répondait : « Je ne peux pas donner mon avis. Je ne sais pas comment
répondre à votre question », laissant le soin à chacun d'interpréter ses absences de réponse.

Mme ABOU HAIDAR était le premier témoin à évoquer un second voyage en Libye opéré par Nicolas
SARKOZY durant la période où il était Ministre de l’Intérieur. Au cours d’une seconde déclaration
(D2539), elle attestait de sa certitude à ce sujet puisqu’ayant vérifié dans ses archives du Ministère des
Affaires étrangères. Le premier voyage à Tripoli de Nicolas SARKOZY avait lieu le 6 octobre 2005, le
second était opéré le 21 décembre 2005. Mme ABOU HAIDAR affirmait n’avoir pas passé de nuit sur
place lors de ces deux déplacements du Ministre SARKOZY.

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Cette date du 21 décembre 2005 correspondait au voyage officiel de Brice HORTEFEUX à Tripoli.
Pourtant, Mme ABOU HAIDAR était catégorique : elle n’avait pas accompagné M. HORTEFEUX en Libye
sur la période juillet 2005 à fin avril 2007.

Convoquée par les magistrats instructeurs pour préciser la teneur des propos échangés par Messieurs
SARKOZY et KADHAFI, Mme ABOU HAIDAR opposait cette fois ci une défaillance de sa mémoire (D701).

Ultérieurement, lors de son interrogatoire du 06 octobre 2020, Nicolas SARKOZY indiquait : « Mme
Yolla ABOU HAIDAR peut être libérée de toute entrave sur l'obligation de secret professionnel. Non
seulement, je l'y autorise mais je lui demande solennellement de le faire ». (D3356/24)

C’est ainsi qu’elle était à nouveau convoquée par les magistrats instructeurs auxquels elle objectait
d’abord la nécessité de recueillir l’autorisation du ministère des affaires étrangères pour lequel elle
travaillait toujours (D3604) avant d’accepter de témoigner (D3605). A cette occasion, elle indiquait ne
pas avoir conservé de souvenirs précis des échanges entre Nicolas SARKOZY et Mouammar KADHAFI,
ne pas être en mesure d’affirmer qu’ils avaient pu s’entretenir seuls à seuls sans son truchement, que
le « guide » libyen comprenait vraisemblablement le français et ne jamais avoir été interprète à
l’occasion d’échanges avec Abdallah SENOUSSI.

Il ressortait des investigations menées auprès du MEAE (D2536) et de ses déclarations que Yolla ABOU-
HAIDAR avait accompagné Nicolas SARKOZY lors d’un déplacement en Libye le 06 octobre 2005, Brice
HORTEFEUX (remplaçant Nicolas SARKOZY) le 21 décembre 2005, déplacement dont elle disait n’avoir
gardé aucun souvenir ce qui expliquait ses précédentes dénégations à ce sujet, et avait été interprète
pour un entretien entre le ministre de l’intérieur français et son homologue libyen, à Paris, le 25
novembre 2005.

Confrontée aux déclarations de Brice HORTEFEUX qui expliquait avoir été convié, de manière
impromptue, à un entretien avec Abdallah SENOUSSI sans que son propre officier de sécurité n’ait pu
l’accompagner, elle confirmait ne pas avoir été présente et trouvait cela très inhabituel voire inédit.
Elle confirmait également avoir accompagné Claude GUEANT en Libye, ce qui était confirmé par les
archives libyennes lesquelles faisaient état de deux déplacements les 26 août 2008 et 05 décembre
2009 (D2697/3 et /8). A ce propos elle déclarait :

« Je me souviens l'avoir accompagné. L'image qui me reste en tête, c'est moi attendant dehors dans un
salon, pendant que Claude GUEANT rencontrait quelqu'un dans une maison, c'était un bâtiment en dur
et non la tente de Mouammar KADHAFI. L'image m'est restée car il y avait une femme en treillis et on
disait que c'est elle qui dirigeait l'unité qui assurait la sécurité de Mouammar KADHAFI. Vous me
demandez si c'était une maison à part, non, c'était dans les locaux de la Présidence, car elle était là. »

1.2.1.3.2 La déposition d’un témoin ancien proche de KADHAFI (témoin N°123)

Un proche de KADHAFI souhaitant conserver l'anonymat (témoin N°123) était auditionné sous X le 27
juin 2014 (D1248).

Il avait croisé Nicolas SARKOZY en mai 2006, alors que celui-ci, ministre de l'intérieur français, venait
rencontrer le Colonel KADHAFI. Le témoin était alors étonné de cette rencontre, un ministre étranger
ne rencontrant habituellement que son homologue libyen et non pas le Guide lui-même.

Le témoin évoquait la rencontre chaleureuse entre Cecilia SARKOZY et Mouammar KADHAFI préalable
à la libération des infirmières bulgares. C'était en étant témoin de cette scène que le témoin

71
comprenait que le Guide avait financé l'accession au pouvoir de Nicolas SARKOZY. Il convenait
cependant de préciser que lors de son audition le 1er juin 2022, Cecilia ATTIAS (ex-épouse SARKOZY)
déclarait être demeurée totalement ignorante d’un quelconque financement occulte de la campagne
de son époux et décrivait sa première rencontre avec le Guide en 2007 à Paris non pas comme
chaleureuse mais comme « diplomatiquement violent », précisant même qu’elle avait « un peu peur »
(D4229).

Toutefois, il concédait n'avoir eu confirmation de cela que bien plus tard par Mabrouka CHERIF
(responsable du protocole spécial et de la vie de la résidence) :

« Quand Mabrouka m’a raconté cette histoire, je lui ai demandé de comprendre ce qui s’était passé
avant l'élection de SARKOZY. Elle m'a alors parlé de Bechir. Elle m'a dit que Bechir avait enregistré
SARKOZY lors d’entretiens qui s’étaient tenus entre le Guide, lui et/ou SARKOZY, Claude GUEANT et
d’autres responsables de l'entourage de Nicolas SARKOZY. Etait également évoquée une colère de
Saif al Islam KADHAFI et d’Abdallah SENOUSSI à l'encontre de Bechir SALEH lesquels lui reprochaient
d’être un agent de la France. Mabrouka SHERIF pensait que Bechir SALEH en sa qualité de Secrétaire
du Guide avait eu les enregistrements (preuves du financement) à disposition dans les archives qu'il
contrôlait. Selon elle, il (Bechir) avait caché ces preuves et cela en raison des négociations qu'il
menait secrètement avec les services français ».

Mabrouka CHERIF lui confiait en mars 2011 que le Colonel KADHAFI avait fait une erreur de refuser la
demande formulée courant 2010 par Claude GUEANT de financer à hauteur de 20 M€ la campagne
présidentielle de 2012. Claude GUEANT aurait formulé cette demande en appelant Mabrouka CHERIF
directement sur son portable.

Le choix du Guide de ne pas financer la campagne 2012 de Nicolas SARKOZY était un choix politique.
Mabrouka CHERIF avait évoqué des enregistrements des entretiens entre Mouammar KADHAFI et
Nicolas SARKOZY, Claude GUEANT ou d'autres collaborateurs.

Ces enregistrements auraient été récupérés par Bechir SALEH qui les aurait dissimulés, en raison des
négociations qu'il menait secrètement avec les services français.

Le témoin 123 croyait d'autant plus ces affirmations de Mabrouka CHERIF lorsqu'il apprenait les
conditions de l'exfiltration de Bechir SALEH de Libye pour être accueilli dans la résidence de
l'ambassadeur de France à Tunis : Boris BOILLON. A ce sujet, il déclarait :

« Je vous rappelle que Bechir avait été arrêté par les rebelles de la région de Zintan (groupe de
rebelles dirigé par Brahim Madani) et que MADANI a contacté Mustapha ABDELJALLIL, chef du CNT
pour l'informer. ABDELJALLIL a alors donné l'instruction de libérer Bechir qui n'avait pas de sang sur
les mains. Ils l'ont alors mis dans un 4X4 pour l'emmener en convoi à destination de Tunis,
directement à l'ambassade de France. Là, Bechir a couché dans les locaux de l'ambassade la
première nuit de son arrivée.

Ensuite, il a été hébergé dans un hôtel durant deux jours, ce séjour étant payé par le fils de Bechir,
Mohamed qui réside en Suisse et qui l'avait rejoint. Il s'agissait de l'Hôtel MOVENPIK.

C'est alors qu'une des connaissances de Bechir, un français nommé Alexandre DJOURI (il fallait
comprendre DJOUHRI), un homme de SARKOZY, est venu à Tunis par un avion spécial, pour conduire
Bechir dans un Hôtel 5 étoiles, un hôtel pour VIP, d'une gamme supérieure au précédent. Là,
Alexandre DJOURI a payé son séjour (une nuit) ainsi que le séjour de Bechir (2 nuits) avec sa carte
bancaire.

72
Alexandre DJOURI est reparti dès le lendemain alors que Bechir est resté. Cependant des costumes
et des tenues de rechange sont arrivés de France pour que Bechir soit présentable. Au bout des deux
jours, Alexandre est revenu à bord d'un avion spécial en provenance de Suisse pour emmener Bechir
en France à PARIS par l'aéroport du Bourget ».

Le témoin 123 confirmait que Bechir SALEH demeurait en France jusqu'à l'entre-deux tours où il était
exfiltré, toujours par Alexandre DJOUHRI pour le conduire au Niger.

Quelques temps plus tard, des « proches de SARKOZY » auraient conseillé à Bechir de quitter le Niger
pour l'Afrique du Sud. Il obtempérait.

Plus précisément sur le financement, le témoin 123 évoquait des rumeurs qui circulaient dans
l'entourage de KADHAFI selon lesquelles il y aurait eu le versement de 20 M€ en espèces, et de 30 M€
par des virements adossés à des structures liées à la NOC, compagnie chargée de gérer les affaires
pétrolières sous l'égide de Choukri GHANEM, ministre du pétrole mystérieusement décédé depuis.

Concernant la remise des 20 millions en espèces, elle aurait eu lieu à Syrte auprès de Claude GUEANT
et Boris BOILLON.

Le témoin 123 s'engageait à communiquer les coordonnées du vol qui ramenait messieurs GUEANT et
BOILLON de Syrte au Bourget. Les billets avaient été remis par des personnes qui travaillaient sous
l'autorité de Hamed RAMADAN, chef de cabinet du Guide. M. RAMADAN serait actuellement détenu
par la milice de Misrata.

Interrogé sur l'identité des dignitaires libyens au courant des modalités du financement de Nicolas
SARKOZY, il citait Bechir SALEH, Baghdadi AL MAMHOUDI, Abdallah SENOUSSI, Choukri GHANEM et
Moussa KOUSSA.

Parallèlement à ce financement, Boris BOILLON et Claude GUEANT venaient régulièrement en Libye,


sachant qu'à chaque visite, ils repartaient avec de « l'argent de poche » : en effet, des espèces (€ ou
dollars) étaient remises à chaque visiteur, pour des montants variant aux alentours de 50 à 70.000 €.

Selon le témoin 123, le Colonel KADHAFI aurait également offert à Boris BOILLON des bijoux en or
blanc.

Interrogé sur le financement d'autres candidats par le régime de KADHAFI, le témoin 123 indiquait que
Bechir SALEH avait tenté d'approcher l'entourage de Mme Ségolène ROYAL, par l'intermédiaire de Jean
Pierrot MAHI et des frères HOUNDETE, Franck et Arnaud. Ces tentatives auraient essuyé des refus.

Enfin, concernant la libération des infirmières bulgares, le témoin 123 aurait su des services de
renseignements du Guide que des qataris auraient versé des fonds à Cecilia SARKOZY à hauteur de 30
M€. Selon le témoin, les qataris ont agi ainsi car ils avaient dans l'idée de faire lâcher la pression en
Libye pour que les forces révolutionnaires puissent s'exprimer.

Concernant le dossier de la libération des infirmières bulgares et le rôle qu'aurait joué l'ex-épouse de
M. SARKOZY, il semblait utile de faire ressortir les éléments recueillis à l'occasion de l'écoute
téléphonique du portable de Michel GAUDIN et plus précisément de la communication N° 498 (CRT
13-114 D750/3). Cette conversation concernait Michel GAUDIN et un certain Jean Michel pouvant être
Jean Michel GOUDARD. Ce dernier déclarait concernant Nicolas SARKOZY :

73
« Je l'ai vu céder d'une manière incroyable devant Cecilia au point de lui donner une carte de crédit
pour qu'elle aille faire son shopping Faubourg St Honoré payé par les français, et l'envoyer aux
infirmières bulgares qui étaient déjà libérées... »

1.2.1.3.3 Zahra MANSOUR, chargée des relations avec la France au sein du Ministère des Affaires
Étrangères Libyennes

Zahra MANSOUR, chargée des relations avec la France au sein du Ministère des Affaires Étrangères
Libyennes, et, faisant partie de la garde rapprochée du Colonel KADHAFI était entendue à deux reprises
par les magistrats instructeurs (D262 et D684).

Elle déclarait avoir préparé la visite de Nicolas SARKOZY courant juillet 2007 en Libye. A cette occasion
elle avait échangé avec le Colonel KADHAFI qui lui avait expliqué que « la France et SARKOZY sont des
amis de la Libye et le peuple libyen a aidé SARKOZY à accéder à l'Élysée ». Elle demandait des précisions
au Colonel KADHAFI et celui lui-ci aurait explicité « nous avons soutenu la campagne électorale de
SARKOZY jusqu'à son accès à l'Élysée » (D262/3). Zahra MANSOUR en déduisait qu'il s'agissait d'un
soutien financier de la campagne électorale. Elle rapportait plusieurs éléments, qui selon elle, avaient
vocation à confirmer cette hypothèse. Elle avait connaissance de la visite d'un libanais « Taki quelque
chose » et d'un autre libanais associé à Moussa KOUSSA. De plus, elle assurait avoir entendu parler de
« visites de personnalités françaises en Libye », elle rapportait l'existence d'une femme d'affaires
venant de France mais également d'une personne nommée « Claude », dont elle apprenait par la suite
qu'il s'agissait de Claude GUEANT à l'occasion de la visite de Cécilia SARKOZY en Libye (D262/3).

A l'occasion de son rapport sur la visite en France du Colonel KADHAFI, Zahra MANSOUR avait recueilli
la confirmation d'un financement de la campagne électorale de Nicolas SARKOZY « le Colonel KADHAFI
m'a dit textuellement « les libyens ont soutenu financièrement la campagne de SARKOZY et SARKOZY
en a eu une profonde reconnaissance pour le peuple libyen » c'était la raison pour laquelle il avait était
accueilli ainsi lors de sa visite en France.

Elle nommait plusieurs individus en lien avec le financement de la campagne : Béchir SALEH, Saif EL
ISLAM le fils de Mouammar KADHAFI, Baghdadi EL MAHMOUDI, l'ancien Premier ministre et enfin
Abdellah SENOUSSI l'ancien responsable des renseignements libyens, beau-frère de KADHAFI (262/5 ;
D684/2). Plus tard, elle évoquait Salma Abdallah ABOU KRESS, épouse du consul libyen en Hongrie
Mohamed Khaled KHALIFA MOHAMED, qui détiendraient des informations sur les personnes qui ont
reçu des sommes relatives au financement de la campagne de Nicolas SARKOZY dont l'un d'eux se
nommant « Salem » et résidant à Paris. (D684/4).

L'affaire des infirmières Bulgares

Zahra MANSOUR relatait, dans le cadre de l'affaire dite « des infirmières bulgares », qu'« un accord a
été passé entre l'Elysée et l'Emir HAMAD EL KHALIF du Qatar pour un virement de 300 millions
USD (…) Ce montant correspondait à la garantie exigée par la Libye, dans le cadre des négociations sur
la libération des infirmières, pour l'indemnisation des enfants libyens contaminés par le virus du sida ».
Elle avait été chargée de classer le document provenant du Qatar qui confirmait cette transaction, sans
savoir pourquoi ce pays était intervenu. Seule la négociation entre la France et la Libye dans le cadre
de cette affaire lui était connue, à ce titre, elle indiquait que l'ancien Premier Ministre EL BAGHDADI
s'était occupée de celle-ci. Elle concluait son propos en précisant ne pas savoir la destination du
virement de 300 millions USD mais évoquait néanmoins la possible construction d'un Hôpital financé
par la France et l'indemnisation de chaque victime de l'affaire (D262/3).

74
Sur l'authenticité de la lettre de Moussa KOUSSA

Dans sa déposition du 9 janvier 2014, Zahra MANSOUR indiquait que cette lettre lui paraissait plausible
car « MOUSSA KOUSSA était le chef des renseignements extérieurs et en cette qualité c'est lui qui
donnait son approbation préalable à tout soutien de la Libye à un pays étranger » (D262/5). Elle
expliquait qu'il était probable que Moussa KOUSSA ne reconnaisse pas avoir signé ce document car il
s'était désolidarisé du régime libyen.

Les accords conclus dans le cadre des relations franco-libyennes

Zahra MANSOUR indiquait qu'au cours de la visite officielle de Nicolas SARKOZY en Libye, « douze
accords avaient été signés sous un intitulé « cadre stratégique des relations franco-libyennes » portant
sur l'achat d'avions Rafale, sur l'achat d'avions AIRBUS, sur l'agriculture, la santé, l'enseignement,
l'énergie nucléaire à objectif civil et autres » (D262/4). Elle précisait que Claude GUEANT s'était rendu
seul en 2009 ou 2010 en Libye pour rencontrer Saïf Al Islam KADHAFI à propos de la vente des rafales.
Elle rapportait l’existence d’un problème car « SAIF EL ISLAM avait appris que la France avait passé un
accord pour la vente de Rafales aux Émirats Arabes Unis mais avec une technologie différente et un
prix préférentiel » (D262/7). La Libye demandait les mêmes conditions de vente, par conséquent
Claude GUEANT rencontrait SAIF EL ISLAM seul, puis ABDEL RAHMAN SAYD responsable des achats au
ministère de la défense ainsi que EL BAGHDADI EL MAHMOUDI.

Béchir SALEH

Zahra MANSOUR indiquait que Béchir SALEH, proche du Colonel KADHAFI, était chargé des
investissements libyens pour un portefeuille de 25 milliards USD (D262/6). Elle indiquait « je suppose
que l'intervention de Nicolas SARKOZY devait faire suite à un accord passé avec BECHIR SALEH de le
sortir de prison, à condition qu'il s'engage à ne jamais rien dire. Je l'ai déduit du comportement de
SARKOZY qui ne s'est préoccupé que du sort de BECHIR SALEH. Il n'a pas effectué les mêmes démarches
pour d'autres personnalités [...] » (D262/6)

1.2.1.3.4 Moftah MISSOURI, ancien interprète de Mouammar KADHAFI

1.2.1.3.4.1 Les déclarations publiques de Moftah MISSOURI

Dans le cadre de l’émission « complément d’enquête » diffusée le 20 juin 2013, Moftah MISSOURI était
interrogé (D223_J1). Tristan WALECKX, le journaliste qui l’avait contacté, pensait initialement recueillir
un témoignage contestant tout financement libyen car il avait été précédemment cité par Le Figaro
qui lui aurait fait démentir la réalité de ce financement libyen (D510_J1). Selon M. WALECKX, Moftah
MISSOURI était très « crédible, très naturel, très droit. Sa version n’a jamais bougé » alors que le
journaliste lui avait fait raconter une bonne cinquantaine de fois.

Lors de cet entretien, Moftah MISSOURI révélait avoir appris directement du colonel KADHAFI que la
Libye avait versé une vingtaine de millions de dollars à Nicolas SARKOZY à l'occasion de sa campagne
2007.

Lors de son audition, M. WALECKX insistait sur la prudence de M. MISSOURI dans les accusations qu’il
portait sur la réalité du projet de financement de la campagne 2007 de Nicolas SARKOZY par la Libye.
Il affirmait avoir tenté de piéger l’intéressé en prêchant le faux pour savoir le vrai, en suggérant des
montants erronés, mais l’intéressé revenait toujours à ses déclarations.

75
Néanmoins, Moftah MISSOURI déclarait ne pas avoir été témoin de la réalisation de ce projet de
financement évoqué dans le document publié par MEDIAPART.

1.2.1.3.4.2 Les manœuvres entreprises en marge de ses déclarations publiques

La surveillance téléphonique du portable de Michel GAUDIN (D744, D747 et D750), directeur de


cabinet de Nicolas SARKOZY, permettait d'intercepter la succession de communications suivantes qui
faisaient suite à la diffusion de l'émission « complément d'enquête » diffusée le 20 juin 2013, et de la
diffusion de l’interview de Moftah MISSOURI. :

 Appel de Jean Louis FIAMENGHI reçu par Michel GAUDIN le 21 juin 2013 à
14h44 (D747/2):

Jean Louis FIAMENGHI souhaitait mettre Michel GAUDIN en relation avec


Monsieur Philippe BOHN, qui avait des choses assez « pointues » à annoncer
à Monsieur Sarkozy.

Jean Louis FIAMENGHI justifiait le caractère pressant de sa démarche en


précisant : « je force un peu, mais c'est important ». Rendez-vous était donné
le jour même à 16h00.

 Rappel de M. Patrick CALVAR (directeur central du renseignement intérieur) le 21


juin 2013 à 19h02 (D747/3):

Le contact entre messieurs GAUDIN et CALVAR était pris sur instructions de


M. SARKOZY après qu'il ait appris que la DCRI aurait eu contact avec Moftah
MISSOURI.

Selon M. GAUDIN, MISSOURI habiterait en Jordanie et serait à la recherche de


papiers.

Toujours selon M. GAUDIN, Nicolas SARKOZY pensait que « cela » pouvait


correspondre à un montage réalisé pour qu'il puisse obtenir des papiers.

M. CALVAR niait tout contact de ses services avec M. MISSOURI. Mais M.


GAUDIN rectifiait immédiatement en affirmant avec certitude que MISSOURI
aurait été reçu par quelqu'un de la DCRI. M. CALVAR persistait dans ses
dénégations mais s'engageait néanmoins à effectuer des vérifications.

M. GAUDIN sollicitait que lui soient communiqués les éléments recueillis le


cas échéant, ce que M. CALVAR s'engageait à faire.

 Appel de Nicolas SARKOZY le 24 juin 2013 à 18h39 (D747/5):

Michel GAUDIN rendait compte d'un contact qu'il avait eu avec Philippe
BOHN. Ce dernier devait tenter de passer le 25 juin au matin parce qu'il avait
rendez-vous avec « leur homme » à 11h30.

Michel GAUDIN rassurait Nicolas Sarkozy sur la « fidélité » de Philippe BOHN,


son épouse ayant été élue à Neuilly.

76
Nicolas SARKOZY interrogeait plusieurs fois Michel GAUDIN pour savoir si
Philippe BOHN croyait à ces « fables ».

M. SARKOZY apparaissait énervé que « l'autre » (Patrick CALVAR) n'ait pas


rappelé comme il s'y était engagé. Cela ne pouvait donc être que le signe qu'il
avait découvert que quelqu'un de la DCRI avait bien vu MISSOURI.

A la question posée par Nicolas SARKOZY de savoir si CALVAR leur était


« fidèle », Michel GAUDIN répondait par l'affirmative. Il ajoutait qu'il était
proche de son prédécesseur, Bernard SQUARCINI, mais dans un style
différent ; selon M. GAUDIN, M. CALVAR serait plus du style DST, pas le style
RG qu'il qualifiait lui-même de « olé olé ».

 Appel de Nicolas SARKOZY le 24/06/2013 à 18h55 (D747/5):

Nicolas SARKOZY donnait connaissance à Michel GAUDIN du contenu de la


conversation qu'il avait eue avec Patrick CALVAR. Il lui aurait expliqué qu'il
avait « obtenu des éléments très précis » et qu'il ne se « contenterait pas d'un
simulacre d'enquête », menaçant de communiquer à la presse les éléments
qu'il détenait. Selon M. SARKOZY, Patrick CALVAR semblait « embêté ».

Les éléments en possession de M. SARKOZY seraient les suivants : « c'est


l'individu [Missouri] qui dit qu'il a été en contact avec vos services et qu'il a
demandé des papiers et que bien sûr, s'il retrouvait la mémoire, ce serait plus
facile ».

Michel GAUDIN se réjouissait de l'échange entre messieurs CALVAR et


SARKOZY, indiquant : « C'est bien comme ça, et puis ça sème un peu le trouble
et l'inquiétude... »

Nicolas SARKOZY demandait à Michel GAUDIN de rappeler Patrick CALVAR


pour « savoir comment il a réagi ».

 Appel à Nicolas SARKOZY le 24 juin 2013 à 19h08 (D747/7):

Michel GAUDIN informait M. SARKOZY qu'il avait eu Patrick CALVAR. Ce


dernier lui aurait confié ne rien savoir. Selon M. GAUDIN, ces déclarations de
CALVAR seraient intéressantes à « voir avec notre ami BOHN ». Nicolas
SARKOZY répondait en indiquant « ce n'est pas bon signe quand même pour
lui de ne pas [nous] avoir rappelé ».

 Appel de Philippe BOHN à Michel GAUDIN le 25 juin 2013 à 16h51 (D747/8):

Philippe BOHN indiquait qu'il venait d'avoir une conversation avec « la


personne ». Il se proposait de passer voir Michel GAUDIN pour lui faire un
compte rendu. Rendez-vous était fixé pour le quart d'heure qui suivait.

Ces échanges démontraient que Nicolas SARKOZY, inquiet des propos que pourrait tenir Monsieur
MISSOURI, cherchait, à tout le moins, à obtenir des éléments couverts par le secret professionnel et le
secret défense.

77
De plus, ces échanges confirmaient l'efficacité des circuits d'informations remontant à l'ancien chef de
l'Etat, notamment s'agissant d'éléments ne figurant pas encore dans la présente instruction.

Cette démarche auprès de M. CALVAR paraissait avoir également pour objectif de « bloquer » certains
témoignages susceptibles d'intéresser la présente enquête, avant que ces éléments ne puissent être
intégrés en procédure.

Philippe BOHN, cadre d’EADS en charge du développement sur la zone incluant la Libye, était
auditionné le 26 mars 2014 (D1613). Concernant ses contacts avec Michel GAUDIN à l'été 2013, il
déclarait avoir cherché à rencontrer cette personne en sa qualité de directeur de cabinet de l'ex-
président de la République. Il était mis en relation par Jean Louis FIAMENGHI qui avait été son
collaborateur à la Préfecture de Police de Paris. M. BOHN affirmait avoir sollicité cet entretien sans
raison particulière, mais afin de se présenter à lui.

Interrogé sur l'urgence avec laquelle le rendez-vous était sollicité par M. FIAMENGHI, M. BOHN
nuançait : « J’ai sollicité un entretien, et je l’ai obtenu rapidement, ce qui est différent ».

A la question « M. GAUDIN vous a-t-il demandé de rencontrer des personnes et de lui en rendre
compte ? », Philippe BOHN répondait : « Pas formellement », refusant de préciser.

A la question « Des investigations effectuées, il ressort que lorsque Jean Louis FIAMENGHI a souhaité
vous présenter à Michel GAUDIN, il lui a indiqué que vous auriez des choses un peu pointues à lui
apprendre rapidement, insistant sur l’importance des éléments pour obtenir un rendez-vous rapide. De
quoi pouvait-il s’agir ? », Philippe BOHN se contentait de répondre « Je ne me souviens pas de cet
élément. Pointu, qu’est-ce que ça veut dire ? Et sur quel sujet ? »

Les déclarations de Monsieur BOHN semblaient en contradiction avec les propos interceptés entre
Michel GAUDIN et Nicolas SARKOZY, ayant provoqué les échanges avec et sur Patrick CALVAR,

Par la suite, Michel GAUDIN évoquait les contacts qu’il avait eus avec Philippe BOHN dans une
conversation avec Alain GARDERE interceptée le 16 mai 2014, depuis sa ligne fixe pour déjouer les
interceptions (com N°830 de la CRT 14-41, D1002).

Dans les propos tenus à M. GARDERE, Michel GAUDIN affirmait que Philippe BOHN était entré en
contact avec lui par rapport à la situation de son épouse qui souhaitait revenir au conseil municipal de
Neuilly sur Seine. Lors de ce rendez-vous BOHN-GAUDIN, seul le conseil municipal de Neuilly aurait été
évoqué. Il n'aurait pas alors été question d'affaires libyennes.

Ces déclarations étaient contradictoires avec les interrogations formulées par Nicolas SARKOZY à
Michel GAUDIN pour savoir si Philippe BOHN croyait à ces « fables », faisant alors référence au
financement libyen de sa campagne 2007 (com N° 97 de la CRT 13-114, D747/5). Ces interrogations de
l'ex-président confirmaient bien que les démarches de M. BOHN avaient un rapport avec les
accusations de financement libyen de la campagne 2007 de Nicolas SARKOZY.

Toujours dans cette communication avec M. GARDERE, concernant les communications avec
M. CALVAR, Michel GAUDIN se justifiait en indiquant qu'il avait entendu dire que Moftah MISSOURI
tentait de négocier un témoignage contre Nicolas SARKOZY en échange de l'obtention de papiers.
Michel GAUDIN soupçonnait que les autorités françaises (du ministère) aient proposé à M. MISSOURI
des papiers en échange d'un faux témoignage affirmant que M. SARKOZY aurait « touché du Fric ».
M. GAUDIN précisait qu'il souhaitait simplement savoir si M. CALVAR était au courant de cette
démarche, il niait avoir exercé quelque pression.

78
Là encore, les interceptions révélaient des démarches plus « poussées » que ce que M. GAUDIN pouvait
confesser à Alain GARDERE.

Patrick CALVAR était interrogé par le magistrat instructeur le 28 mars 2014 (D272). Le directeur central
du Renseignement intérieur confirmait la teneur des échanges interceptés mais contestait avoir
communiqué quelque information que ce soit à l’ancien président et son directeur de cabinet, ayant
préféré une solution d’esquive selon ses propres termes. Il précisait avoir conscience que toute
communication d’information aurait été constitutive de compromission. Sur le fond, il opposait le
secret défense au magistrat instructeur.

1.2.1.3.4.3 Les tentatives d’audition de Moftah MISSOURI

Plusieurs contacts téléphoniques étaient établis par le service d’enquête avec Moftah MISSOURI,
interprète officiel de Mouammar KADHAFI, le 10/09/2013 et le 17/01/2014 (D1212 et D1232). Malgré
ces tentatives, il n’était pas possible d’organiser une audition.

Lors de ces échanges téléphoniques, l'intéressé indiquait alors avoir reçu les confidences du Colonel
KADHAFI en mars 2011 selon lesquelles il aurait « contribué au financement de la campagne de Nicolas
SARKOZY de 2007. Le guide aurait évoqué avoir financé Monsieur SARKOZY à hauteur d'une vingtaine
de millions de dollars ».

M. MISSOURI ajoutait ne pas être en mesure de préciser si les propos du Colonel KADHAFI reflétaient
la réalité ou s'il s'agissait simplement de discréditer M. SARKOZY.

M. MISSOURI affirmait ne détenir aucune preuve de ce financement.

Moftah MISSOURI confirmait la pratique d'enregistrement de ses rendez-vous par Mouammar


KADHAFI.

Il invitait les enquêteurs à interroger les personnes suivantes :

 Bechir SALEH, ancien directeur de cabinet du Guide de la révolution.


 Salem GAMOUDI, occupait les fonctions de chef comptable, actuellement détenu en Libye, à
Zaouïa.

Lors d'un nouveau contact téléphonique avec Moftah MISSOURI le 22 janvier 2014 (D1233), ce dernier
confirmait sa volonté de témoigner dans le cadre de la présente procédure. Il évoquait néanmoins des
difficultés financières pour venir en France et des craintes vis-à-vis de personnes qu'il désignait comme
« les sbires de Sarkozy ».

Les tentatives d’organiser une audition demeuraient vaines. Notamment une demande d’entraide
adressée aux autorités tunisiennes le 9 avril 2018 aux fins de l’auditionner restait sans exécution pour
des motifs apparaissant peu pertinents, le magistrat tunisien indiquant qu’il ne savait pas où
convoquer le juge d’instruction français qui souhaitait procéder à l’audition de Moftah MISSOURI
(D2708-2713).

Néanmoins, Moftah MISSOURI donnait à Tunis un entretien à Karl LASKE, journaliste à Mediapart le 5
avril 2018, ce qui donnait lieu à parution d’un article le 10 avril 2018 (D2540/3). Il donnait également
une interview à Elise LUCET dans le cadre d’un magazine « Cash investigation » dont le verbatim était
reproduit par les enquêteurs (D2551). Lors de ces deux interviews il indiquait avoir eu accès à un

79
enregistrement de la rencontre en tête à tête entre Nicolas SARKOZY et Mouammar KADHAFI,
entretien en anglais. Leur conversation a porté sur la condamnation en France d'Abdallah SENOUSSI
et la candidature de Nicolas SARKOZY à l’élection présidentielle. M. KADHAFI s’était engagé à lui
apporter son soutien, ces propos correspondant au fait de « donner de l'argent » car la Libye n’a rien
d’autre à offrir. Il affirmait également avoir vu le document publié par Mediapart sur le bureau du
Guide. Toutefois, le soutien initialement prévu de 50 millions de dollars avait été revu à la baisse à 20
millions.

Ultérieurement, à l’occasion d’un déplacement en Libye aux fins d’exécution d’une demande
d’entraide pénale en juin 2022, un contact téléphonique avait lieu entre le magistrat instructeur
présent sur place et M. MISSOURI (D4154/6). A cette occasion, l’interprète qui se trouvait
manifestement à l’étranger indiquait ne rien avoir à dire de plus que ce qu'il avait déjà dit dans ses
interviews. Il acceptait d’être entendu à condition que son séjour en France soit pris en charge tout en
se déclarant peu confiant dans la justice et la police françaises. Il finissait en déclarant ne pas vouloir
être pris pour un « collabo ».

1.2.1.3.4.4 Les notes déclassifiées concernant Moftah MISSOURI

Plusieurs notes déclassifiées de la DGSE et de la DGSI évoquaient Moftah MISSOURI (D1642, D1643).

Selon une note du 21 mars 2008 du contre-espionnage français, Moftah MISSOURI aurait fait part à
Nicolas SARKOZY, lors de sa visite à Tripoli, de son intention de devenir ambassadeur de Libye en
France. Le président français aurait fait passer le message mais le Guide aurait refusé (D1645).

La DGSE établissait également une note le 08 juillet 2011 dans laquelle étaient évoquées les critiques
que formulait Moftah MISSOURI en privé à l'encontre des agissements du Guide vis à vis des insurgés
de BENGHAZI. Néanmoins, à ce moment-là, il n'envisageait pas de faire défection (D1644).

1.2.1.3.5 Les déclarations publiques de Taher DAHEC (DAECH)

Le 29 janvier 2014 Mediapart publiait un article intitulé Sarkozy-Kadhafi : « Un témoin de l'accord


financier s'exprime » signé par le journaliste Karl LASKE. Le même jour une interview filmée de Taher
DAHEC était diffusée dans l’émission « Pièces à conviction » sur France 3 (D309_J1 ; D1236)

Taher DAHEC, se présentant comme journaliste tunisien et « ancien responsable des comités
révolutionnaires libyens » indiquait avoir été présent lors des négociations fixant à 57 millions d'euros
le montant du financement libyen de Sarkozy, en octobre 2006, à l’Hôtel Corinthia à Tripoli avec Bechir
SALEH et Abdallah SENOUSSI. Il déclarait lors d’une conférence de presse tenue dans le bureau de son
avocat Me Moutet : « La Libye a aidé Sarkozy, tout le monde le sait, le montant est connu, mais moi
j'étais témoin et présent au moment des négociations ».

Taher DAHEC indiquait avoir été arrêté à Tripoli et torturé par les Français en 2011. Il avait déposé
plainte en France et avait été entendu par un juge d’instruction.

Taher DAHEC déclarait lors de sa conférence de presse qu’il se tenait à disposition des magistrats pour
être entendu et qu’il donnerait les preuves du financement.

Convoqué dans le cadre de la présente information judiciaire le 13 juin 2014, il ne se présentait pas,
son avocat indiquant que son client était coincé en Libye (D273).

80
Convoqué dans le cadre de l’enquête ouverte des chefs de faux le 18 mars 2015, il ne se présentait pas
non plus (D568-J1).

Taher DAHEC donnait en 2018 une interview à Elise LUCET dans le cadre du magazine « Cash
investigation » dont le verbatim était reproduit par les enquêteurs (D2551/5). Il maintenait ses
déclarations antérieures tout en indiquant qu’il était « dangereux » de parler de ce sujet en
mentionnant « l’entourage de SARKOZY ».

1.2.1.3.6 Ahmed KADHAF EDDAM (AL DAM), cousin du colonel KADHAFI

Michel DESPRATX, journaliste, était convoqué le 23 juillet 2014 (D1249) suite à des échanges
téléphoniques interceptés sur la ligne de Véronique WACHE, membre du cabinet de Nicolas SARKOZY.
Le journaliste refusait de répondre à toutes les questions qui lui étaient posées, opposant le secret
professionnel et le secret des sources.

Les surveillances téléphoniques révélaient que le journaliste était alors sur le point de publier un
entretien avec Ahmed KADHAF EDDAM, cousin du colonel KADHAFI, dont la ligne était de confirmer le
financement de la campagne en 2007 de Nicolas SARKOZY par la Libye.

Les communications suivantes étaient interceptées :

 Appel de Michel DESPRATX à Véronique WACHE le 11/07/2014 à 17h12 (D909/9) :

Le journaliste informait Mme WACHE de son article à paraître la semaine d'après dans LE POINT et
sollicitait une réaction de l'entourage de Nicolas SARKOZY.

 Appel de Véronique WACHE à Michel GAUDIN le 12 juillet 2014 à 09h29 (D909/10) :

Elle lui rendait compte de la teneur de l'article à paraître.

 Appel de Véronique WACHE à Jérôme BEGLE, du POINT, le dimanche 13 juillet 2014 à 12h19
Jérôme BEGLE (D909/10) :

Elle venait au renseignement concernant l'article à paraître dans le Point. Jérôme BEGLE lui répondait
ne pas être au courant.

 Appel de Véronique WACHE à Jérôme BEGLE, du POINT, le dimanche 13 juillet 2014 à 12h22
(D909/11) :

Elle lisait comme suit la teneur du mail qui lui avait été adressé par M. DESPRATX : « Nous sortons dans
LE POINT une interview du cousin de KADHAFI, Ehmed KADHAF AL DAM aujourd'hui exilé au Caire. L'ex
diplomate libyen raconte plusieurs épisodes des relations franco-libyennes. Le colonel KADHAFI affirme-
t-il aurait décidé en 2005 après le voyage de Nicolas SARKOZY à Tripoli de financer sa campagne
électorale de 2007. Il indique que plusieurs versements ont été effectués à des intermédiaires français
en 2006 et 2007. Nous aimerions savoir si Nicolas SARKOZY souhaiterait réagir à ces informations ».
Jérôme BEGLE indiquait ne pas connaître les journalistes concernés. Véronique WACHE lui rétorquait
qu'elle allait appeler Étienne GERNELLE.

81
 Message laissé sur répondeur par Véronique WACHE à Étienne GERNELLE, du POINT, le
dimanche 13 juillet 2014 à 12h24 (D909/12).

 Appels d’Étienne GERNELLE vers Véronique WACHE le dimanche 13 juillet 2014 à 12h29 et à
12h32 (D909/10) :

Véronique WACHE lui expliquait avoir été démarchée par Michel DESPRATX pour obtenir une réaction.
Elle demandait à Étienne GERNELLE : « comment je gère ça ? T'es au courant de cette histoire ? ».
M. GERNELLE semblait dans la difficulté pour répondre. Il précisait que l'article traitait davantage du
fonctionnement du régime de KADHAFI, que les déclarations concernant le financement libyen
faisaient partie d'une interview plus générale. Véronique WACHE interrogeait alors Étienne GERNELLE
sur la réaction à avoir. Le directeur de la rédaction du POINT lui conseillait « tu trouves une phrase qui
est... euh... en disant on ne prend pas ça au sérieux et on en a rien à foutre ».

 Appels de Véronique WACHE à Michel GAUDIN le 14 juillet 2014 à 12h31, 12h33 et 12h35
(D909/14) :

Elle lui rendait compte des échanges qu'elle venait d'avoir avec Étienne GERNELLE. Michel GAUDIN lui
conseillait de répondre qu'il s'agissait « une fois de plus d'un témoignage fantaisiste sans aucune
crédibilité ». Mme WACHE s'exécutait dans un SMS transmis à Michel DESPRATX le jour même à 12h41.

Étrangement, l'entretien était publié ultérieurement, le 17 septembre 2014, et dans le magazine


L'EXPRESS (D1256) au lieu du POINT.

La première partie de l'article présentait Ahmed KADHAF AL DAM, cousin du guide de la révolution qui
était dépeint comme ayant été l'émissaire attitré du Colonel jusqu'à sa défection le 24 février 2011,
mais, contrairement à ce qu'avait pu en dire Étienne GERNELLE, l'essentiel de l'article portait sur les
soupçons de financement libyen de la campagne 2007 de Nicolas SARKOZY.

Concernant ce financement, Ahmed KADHAF AL DAM déclarait que c'était un comité spécial, sous
l'autorité directe de son cousin Mouammar, qui aurait été chargé d'aider le candidat Sarkozy. Il
indiquait que la corruption d'un futur président ou d'un parti politique étranger n'avait rien
d'exceptionnel, que c'était une façon de contrôler l'avenir.

Les démarches en ce sens auraient débuté en octobre 2005, lors d'une visite à Tripoli de Nicolas
SARKOZY qui était venu pour vendre des armes et du matériel de surveillance. A l'issue d'un entretien
entre Nicolas SARKOZY et le guide libyen, ce dernier aurait confié à Ahmed KADHAF AL DAM qu'il
admirait M. SARKOZY, qu'il avait besoin du soutien de Nicolas SARKOZY pour réaliser son projet d'Etats
Unis d'Afrique. En conséquence, il estimait devoir « aider SARKOZY à devenir Président », il lui fallait
« un ami à l'Elysée ».

Interrogé concernant les montants en jeu, Ahmed KADHAF AL DAM parlait de « dizaines de M€,
distribués en plusieurs versements à partir de 2005-2006 ».

Ahmed KADHAF AL DAM aurait eu confirmation de ce financement par plusieurs autres sources que le
guide lui-même.

Selon Ahmed KADHAF AL DAM, l'extradition de Baghdadi Al Mahmoudi de la Tunisie vers la Libye aurait
été la conséquence des propos tenus par ce dernier, confirmant le financement libyen de la campagne
2007 de Sarkozy. Suite à ces déclarations, la France aurait activé le nouveau régime de Tripoli, qui
aurait manœuvré et payé des millions pour que cet « encombrant témoin » soit réduit au silence.

82
Pour organiser ce financement, KADHAFI aurait mis en place un comité spécial composé de Baghdadi
AL MAHMOUDI, Premier ministre, Moussa KOUSSA, chef du renseignement intérieur et Abderrahmane
CHALGHAM, ministre des affaires étrangères.

Par ailleurs, Bechir SALEH était très informé de cela, en raison de sa qualité de directeur de cabinet de
Mouammar KADHAFI. Il connaissait les sommes exactes versées aux français. Les notes que rédigeait
le comité spécial transitaient par Bechir SALEH, mais il n'aurait pas été décideur.

Les véritables têtes de ce comité étaient Moussa KOUSSA et Baghdadi AL MAHMOUDI.

Concrètement, le comité spécial examinait les demandes formulées par Sarkozy et son entourage. Ils
rencontraient les émissaires français puis transmettaient les demandes au Colonel. La décision de
verser ou pas appartenait au guide. En cas d'accord, le comité spécial gérait les procédures de
versement.

Les versements auraient été opérés par des retraits de plusieurs millions au guichet d'une banque
européenne. Ces retraits étaient effectués par des libyens appointés par le comité spécial.

Selon Ahmed KADHAF AL DAM, plusieurs remises de cash ont fait l'objet d'enregistrements audio et/ou
vidéo dans lesquels on entend les propos échangés. Pendant la guerre, une partie de ces
enregistrements avaient été détruits ou volés par des insurgés. Mais certaines avaient pu être sauvées
et cachées en lieu sûr.

Ahmed KADHAF AL DAM justifiait ainsi le deal entre messieurs KADHAFI et SARKOZY : Nicolas SARKOZY
avait promis au dirigeant libyen que s'il était élu, il l'aiderait à réaliser son rêve panafricain : une union
africaine économique, monétaire et politique. Il était question de 100 milliards de dollars de
commandes à des sociétés européennes, dont une bonne partie pour des entreprises françaises.

A l'été 2007, les bonnes relations se poursuivaient avec la libération des infirmières bulgares, la
signature à Tripoli de contrats commerciaux et la visite à Paris, en décembre 2007.

Ahmed KADHAF AL DAM indiquait que c'était lors de cette visite que Sarkozy leur avait « planté un
couteau dans le dos ». Selon le Guide, les déclarations de Rama YADE (un paillasson sur lequel KADHAFI
venait s'essuyer les pieds du sang de ses forfaits) ne pouvaient avoir été prononcées sans l'aval de
Nicolas SARKOZY.

Mouammar KADHAFI aurait alors confié à Ahmed KADHAF AL DAM : « On termine cette visite officielle,
comme prévu, puis on rentre en Libye. Mais la France, c'est fini ».

Ces propos allaient dans le sens de la déposition du témoin 123 qui évoquait le choix politique fait en
2010 par le Guide de ne pas aider Nicolas SARKOZY en 2012.

Une conversation relative à cet article était interceptée sur la ligne téléphonique utilisée par Bechir
SALEH (com N° 464 de la CRT 14-105 – D1054/50). Son interlocuteur était un certain Hisham.

Dans cette communication, Bechir SALEH commentait l'article paru dans l'Express. Hisham l'informait
que dans cet article, le cousin du Guide affirmait que Bechir n'était pas un décideur, que le financement
de Nicolas SARKOZY était organisé par CHALGHAM, Moussa KOUSSA et BAGHDADI, Bechir SALEH étant
peut-être au courant, mais pas décideur.

Bechir SALEH répondait en indiquant que c'était un bon article et que ces affirmations étaient vraies.

83
Ahmed KADHAF AL DAM semblait également intéresser Wahib NACER puisque ce dernier envoyait à
Catherine FILLIAU un mail le 16 janvier 2015 en lui demandant d'imprimer la décision des autorités
britanniques du 22/12/2014 de retirer le cousin du Guide de la liste des anciens dignitaires libyens
faisant l'objet de sanctions financières.

Les documents à imprimer avaient été transmis à Wahib NACER par Fathia KHALIFA utilisant la
messagerie [email protected] (scellé CF-HM-15).

Une commission rogatoire internationale était transmise aux autorités égyptiennes aux fins d'audition
de Monsieur KADHAF AL-DAM (D1299). Il confirmait les propos rapportés par les journalistes. Il
précisait ne pas connaître les modalités par lesquelles le régime libyen avait financé la campagne
électorale 2007 de Nicolas SARKOZY.

1.2.1.3.7 Les archives de Choukri GHANEM

Une copie du disque dur contenu dans l'ordinateur de Choukri GHANEM était transmise par le service
national de Norvège pour la Répression de la criminalité économique et écologique (D2338-D2348).

Pour faire suite à une demande d'entraide, les autorités hollandaises communiquaient des extraits du
journal intime de Choukri GHANEM (D1300). L'intéressé y avait porté les indications manuscrites
suivantes confirmant le versement de fonds libyens à hauteur de 6,5 millions destinés à Nicolas
SARKOZY à la page du 29 avril 2007 :

« A midi, j'ai déjeuné avec El Baghdadi et Bechir SALEH à la ferme de Bechir. Bechir a parlé, disant
avoir envoyé 1,5 M€ à Sarkozy quand Saïf donnait 3 millions à Sarkozy. Mais on leur a dit que
l'argent n'était pas arrivé. Il semblerait que les « mecs » en chemin l'ont détourné, tout comme ils
lui ont pris 2 millions en provenance de Abdallah Senoussi. J'ignore s'ils croient vraiment qu'ils
peuvent changer la politique de la France moyennant cet argent. D'abord, les montants qu'ils
engagent sont dérisoires à l'échelle de l'Europe. Et puis d'autres pays paient bien plus. Bechir a
également dit avoir vendu l'Airbus (l'avion d'Al Walid) à Abdoulaye Wade pour 127 millions. Je doute
que nous recevions la somme ».

Les autres extraits communiqués concernaient des éléments de contextes liés à la libération des
infirmières bulgares, les négociations de solution diplomatique durant la guerre ou les modalités de
l'exfiltration de Bechir SALEH par la France à la fin de l'année 2011, avec l'aide de Boris BOILLON, alors
ambassadeur de France à Tunis.

Ces éléments donnaient du crédit aux déclarations du témoin 123.

1.2.1.3.8 Mabrouck Jomode Elie Getty, militant anti-KADHAFIste

Concernant Mabrouck Jomode Elie Getty, dont les coordonnées avaient été retrouvées au domicile de
Ziad TAKIEDDINE sur un document supportant des mentions manuscrites en lien avec la Libye, son
domicile était perquisitionné. Des documents en langue arabe étaient saisis mais ne présentaient pas
d'intérêt pour l'enquête en cours (D1351).

M. Getty était auditionné à deux reprises le 24 juin et le 3 juillet 2013 (D1198 et D1202).

84
L’intéressé, de double nationalité libyenne et tchadienne, expliquait son passé de militant anti-
Kadhafiste établi en France depuis 2000.

En août 2010, il était informé par un proche du gouvernement libyen qu'il avait été surveillé en France
par les services de renseignements français.

Fin mars 2011, il avait rencontré Ziad TAKIEDDINE qui agissait en tant qu'intermédiaire pour négocier
la libération de certains prisonniers mais ces négociations n'aboutissaient pas. Il ne revoyait M.
TAKIEDDINE qu'en mars 2012. C'est à cette occasion que M. GETTY apprenait la présence de Bechir
SALEH sur le territoire français, sous la protection de M. SARKOZY.
M. GETTY précisait comment il avait obtenu des informations concernant les liens financiers entre la
France de SARKOZY et la Libye de KADHAFI :

« Depuis 2011, je faisais des allers retours en Libye. A l'occasion d'un de mes voyages en Libye, en
novembre 2011, j'ai consulté les archives du ministère des affaires étrangères mais plus précisément
du renseignement extérieur, à Sebha. C'est une ville stratégiquement importante. A l'époque, je ne
pensais pas trouver ce que j'ai trouvé car je ne cherchais pas du tout ça. En fait je cherchais mon
dossier, car j'ai vu qu'un dossier avait été constitué sur moi. Dans ce dossier, il y avait des documents
confirmant les relations très fortes franco-libyennes, notamment des paiements, des achats de
matériel, des dons aux partis politiques français par la Libye. Ces documents sont des comptes-
rendus de l'Etat libyen. Par exemple, dans les achats de matériel, les documents expliquaient que
les facturations étaient augmentées pour pouvoir en retirer une commission. C'était surtout du
matériel de défense. En fait, l'accord de KADHAFI était qu'il acceptait de signer un contrat d'achat
de matériel avec la France ou la Belgique, que si ces pays faisaient taire les opposants à KADHAFI.
J'ai vu des compte rendus également qui expliquaient que des sociétés étaient créées, sans réelles
activités, qui étaient très rapidement vendues puis rachetées avec une plus-value. »

« Il y avait aussi une autre technique, par exemple les achats de cadeaux comme les montres ou des
ordinateurs, du matériel pour des sommes exagérées avec la publicité de KADHAFI. »

M. GETTY évoquait également un détournement commis à l'occasion de la privatisation partielle de la


banque libyenne AL WAHDA :

« La personne qui était chargée de la privatisation, était à la banque Rothschild de PARIS. Dans ce
cadre de la privatisation, il y a eu détournement de fonds au profit du parti de droite, il s'agit
vraisemblablement de l'UMP. C'était la période entre 2005 et 2006. L'argent versé au parti arrivait
par les donateurs de l'UMP qui eux-mêmes recevaient ces fonds du régime libyen par l'intermédiaire
de Bechir SALEH. »

M. GETTY poursuivait :

« c'était la même chose pour le parti de gauche. Pour tous les partis français à l'exception de celui
de François BAYROU et du Front National, il y a eu des versements à hauteur de 8,6 M€. Cela faisait
partie de la campagne de séduction de KADHAFI. Le guide depuis 2003 avait dégagé un budget de
plusieurs M€ pour recouvrer une bonne image à travers le monde surtout en Afrique Noire et dans
les pays occidentaux. »

85
Interrogé concernant les interlocuteurs de Bechir SALEH s'agissant du financement politique, M. GETTY
déclarait :

« C'est Claude GUEANT (il n'est pas nommé, Bechir mentionne : « mon ami qui est Ministre de
l'Intérieur »), Bernard SQUARCINI (mentionné : « patron de la DCRI »), beaucoup d'africains qui
avaient des sociétés civiles, Alexandre DJOUHRI (mentionné : « Ahmed »), certaines célébrités
comme DIEUDONNE ».

Parmi les documents déclassifiés par la DGSI suite à une demande du magistrat instructeur figurait une
note N° 4239 en date du 16 avril 2012 (D1643/53). Cette note portait sur cet individu qui aurait pris
contact avec le contre-espionnage français. Il leur aurait remis des documents récupérés dans une
antenne du renseignement libyen située à Sebha. Selon les documents déclassifiés, pendant la guerre,
M. GETTY communiquait des informations opérationnelles facilitant les opérations militaires. Ces
éléments consolidaient le crédit à accorder aux déclarations de l'intéressé.

Mabrouck Jomode Elie GETTY était mis sous surveillance téléphonique. Ces écoutes permettaient
d'intercepter les conversations suivantes :

 Com N° 439 du 02/05/2013 avec Laurent LEGER (D727/2)

→ M. GETTY indiquait que KADHAFI ne finançait pas uniquement en fournissant des espèces. Il faisait
des cadeaux d’œuvres d'art, de montres. Il faisait racheter ces tableaux par des sociétés fictives, à un
prix supérieur, produisant ainsi une fausse plus-value.

→ Claude GUEANT aurait reçu des espèces de Bechir SALEH, par l'intermédiaire d'Alexandre DJOUHRI
et de Ziad TAKIEDDINE.

→ Parmi les bénéficiaires de fonds libyens, il évoquait également Hervé de CHARETTE et Patrick OLLIER.

 Com N° 500 du 03/05/2013 avec Ziad TAKIEDDINE (D727/7)

→ M. GETTY indiquait que les tableaux de Claude GUEANT correspondaient aux opéra ons montées
par Bechir SALEH pour effectuer des cadeaux.

 Com N° 2839 du 21/06/2013 avec Pierre BONNARD (D727/8)

→ Jomode GETTY évoquait le détournement par Bechir SALEH de 1,5 M€ à l'occasion de la privatisation
de la banque AL WAHDA. 900.000 € seraient revenus à l'UMP par l'intermédiaire du cercle des grands
donateurs qui se réunissaient à l’hôtel LE CRILLON.

 Com N° 5254 du 02/05/2013 avec Pierre BONNARD (D727/13)

→ Ils évoquaient Mustafa Zar , proche de Saïf Al Islam, réfugié à Vienne en Autriche.

Des recherches en sources ouvertes étaient initiées concernant la privatisation de la banque AL


WAHDA (D1211). Il ressortait que la banque ROTHSCHILD avait conseillé l’État libyen dans le cadre de
l'opération de privatisation partielle de cette banque réalisée en 2008. Certains articles évoquaient un
retrait « in extremis » de la Société Générale le 12/02/2008, à une semaine de la désignation finale.
L'opération était finalement réalisée par l'Arab Bank.

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L'interception de la ligne téléphonique de Mabrouck Getty révélait que la personne chargée de ce
dossier au sein de la banque ROTHSCHILD était François PEROL (com 6535 interceptée le 20/08/2013
D727/14).

Pour rappel, François PEROL était secrétaire général adjoint de l’Élysée de 2007 à février 2009.

Pierre BONNARD, qui semblait très informé des sujets libyens, faisait l’objet d’une perquisition le 14
août 2013 (D1207). Il était auditionné le jour même (D1208).

Pierre BONNARD apparaissait comme l'intermédiaire entre Mohamed ISMAIL et MEDIAPART pour la
transmission des éléments relatifs au circuit financier décrit dans l'article du 22/06/2014 (D1197).
Pierre BONNARD avait également produit, par le même circuit, la retranscription en arabe d'une
conversation entre Nicolas SARKOZY et Mouammar KADHAFI du 27 mai 2007.

Dans les échanges de mails entre Pierre BONNARD et Mohamed ISMAIL (D1213), ce dernier évoquait
les négociations relatives à la libération des infirmières bulgares au cours desquelles la Libye s'était
engagée dans l'achat d'un réacteur nucléaire à AREVA et de missiles anti-char MILAN (à MBDA). Un
accord confidentiel aurait été signé à ce sujet.

Mohamed ISMAIL évoquait également ce qu'il qualifiait d’« anecdote intéressante » : durant la visite
de KADHAFI en France, les autorités françaises auraient [détenu/retenu] des dissidents libyens qui
étaient venus en France pour organiser des protestations anti-KADHAFI, à la demande des autorités
Libyennes, demande relayée à Claude GUEANT par l'intermédiaire de Ziad TAKIEDDINE.

Un mail était transmis à Mohamed ISMAIL le 14 janvier 2015 en vue de programmer une audition.
Cette demande restait sans réponse à ce jour.

Une note de la DCRI N° 1402619 en date du 06/05/2011 évoquait Mohamed ISMAIL en qualité de
garde du corps de Saïf Al Islam (D1643/43).

1.2.1.3.9 Ahmed RAMADAN, directeur du bureau des renseignements

A l’occasion de l’exécution, en Libye en juin 2022, d’une demande d’entraide judiciaire et du


déplacement de magistrats français, lecture et copie de deux auditions d’Ahmed RAMADAN réalisées
par le parquet général de Tripoli étaient transmises.

L’intéressé, ancien directeur du bureau d’information de Mouammar KADHAFI, exposait, dans une
première audition (D4163), que Bechir SALEH assistait à toutes les réunions que Mouammar KADHAFI
organisait avec ses invités, surtout les français en raison de sa qualité de francophone.

Interrogé sur la visite de Nicolas SARKOZY en Libye, il situait le début des relations avec Nicolas
SARKOZY en 1994-1995 alors que celui-ci était Ministre de l’Intérieur (manifestement une confusion
ou une erreur de retranscription s’agissant de la date, M. SARKOZY n’étant pas ministre de l’intérieur
à cette époque). La première visite de Nicolas SARKOZY avait ainsi eu lieu à l'époque où Omar
MONTASSA était ministre des affaires étrangères.

Le ministère des affaires étrangères aurait appris à Bechir SALEH que Nicolas SARKOZY voulait venir en
Libye et rencontrer le Colonel KADHAFI. Ce dernier avait donné son accord, puis Nicolas SARKOZY
s’était déplacé avec son « secrétaire » (directeur de cabinet) en octobre 2005. Pendant cette visite

87
étaient présents, Ibrahim BAKKAR, ministre de l'intérieur, Omar AL-MOUNTASSER (du MAE) et Ibrahim
ALI qui dirigeait le bureau du renseignement au sein du commandement de Mouammar KADHAFI.

« Lors de la rencontre avec le leader, M. Ibrahim Ali, du Bureau des renseignements, était présent et
c'est lui qui a présenté au Guide la demande de Nicolas Sarkozy pour le soutien financier et moral dans
sa campagne électorale pour se présenter à la présidence de la République française. »

Selon Ahmed RAMADAN, un procès-verbal avait ensuite été rédigé pour retranscrire les propos
échangés lors de cette rencontre : la demande de Nicolas SARKOZY et l'accord de Mouammar
KADHAFI. Ce procès-verbal avait été rédigé par le commandement de Mouammar KADHAFI.
Ahmed RAMADAN affirmait avoir pu lire ce document dont le contenu était fidèle.

A la question de la valeur du soutien ou d'une somme d'argent, Ahmed RAMADAN avait répondu que
cette question n’avait pas été évoquée. Seul le principe d’un soutien avait été acté et le fait que
BAGHDADI, Bechir SALEH et Abdallah SENOUSSI devaient être tenus au courant.

Suite à cette rencontre et la validation du soutien à apporter à N. SARKOZY, Mouammar KADHAFI avait
chargé BAGDHADI, SALEH et SENOUSSI de sa mise en œuvre. Abdallah SENOUSSI n'était pas présent
lors de cette réunion mais Mouammar KADHAFI lui avait fait part du contenu.

Ahmed RAMADAN confirmait également que des sommes d’argent avaient été effectivement payées
pendant la campagne et faisait état de preuves de ce déblocage de fonds, à savoir des reçus
mentionnant les montants.

Ahmed RAMADAN affirmait avoir vu des reçus pour 7 millions de dollars (dans sa seconde audition, il
rectifiait et parlait alors d’€) que Bechir SALEH lui avait montrés. Avant que les reçus ne soient remis à
Bechir SALEH, des photos avaient été réalisées puis conservés dans un coffre dans ses bureaux.

Les fonds provenaient du budget affecté en application d'un article concernant le soutien politique,
financé par le comité populaire de liaison extérieure via le Ministère des affaires étrangères. Le
paiement avait été effectué sur instruction du commandement général (Mouammar KADHAFI).

Abdallah SENOUSSI était selon lui le seul à savoir à qui l’argent avait été remis ensuite puisque c’est lui
qui s’était chargé de la remise des fonds au représentant de Nicolas SARKOZY qu'Ahmed RAMADAN
ne connaissait pas. BAGHDADI avait pour sa part reçu la somme du ministère du trésor avant de la
transmettre à Abdallah SENOUSSI en espèces.

Les reçus étaient signés de Achour TRIBEL en sa qualité de secrétaire général du trésor, et approuvés
par BAGDAHDI en sa qualité de donneur d’ordre.

Dans une seconde audition (D4164), Ahmed RAMADAN revenait sur l’origine des relations et les
modalités de versement.

Il évoquait une conversation de Mouammar KADHAFI avec le premier ministre espagnol de l’époque
qui avait précédé l’invitation de Nicolas SARKOZY. La Libye préparait alors la tenue d'une conférence
au siège de la conférence islamique sur l'immigration clandestine en se coordonnant avec les pays
africains. Les préparatifs s'effectuaient à travers Nasr AL MABROUK, ministre de l'intérieur. C'est à
cette occasion qu'une invitation avait été envoyée à Nicolas SARKOZY pour assister à cette réunion.

88
Une fois sur place, ce dernier avait rencontré Mouammar KADHAFI accompagné de son chef de cabinet
et d'autres personnes. Avaient assisté à l'entretien : Nasr EL MABROUK et Bechir SALEH. Au cours de
cette réunion avait été évoqué le soutien financier.

Le procès-verbal de retranscription des échanges KADHAFI-SARKOZY avait été réalisé par Issa KOUSSA,
le frère de Moussa KOUSSA. Ahmed RAMADAN affirmait bien que c'était Nicolas SARKOZY qui avait
pris l’initiative de solliciter un soutien pour la campagne électorale à venir.

Les traducteurs présents étaient Bechir SALEH et Moftah MISSOURI.

Lors de cette seconde audition, il indiquait que le montant du soutien était de 7 M€ (il évoquait des
dollars dans la première). Il confirmait à nouveau que les sommes avaient été payées sur le fondement
de l'article du soutien financier par le biais d'Achour TRIBEL. Plus exactement, il précisait que le
montant avait été prélevé sur le Trésor Public via le compte « soutien politique » du ministère des
affaires étrangères :

« (…) C'était le compte "soutien politique" au ministère des Affaires étrangères, mais le montant a été
prélevé sur le Trésor public directement par l'intermédiaire d'Achour Tribel. (…) (D4164/2)

Il précisait que le soutien avait été opéré par virement et en espèces. Les fonds étaient partis de la
banque libyenne de l’extérieur vers une banque en Grèce [le traducteur indiquait alors qu’il pouvait y
avoir une confusion en arabe entre la Grèce et le Liban, les deux pays s’écrivant de manière très proche,
Liounan et Loubnan].

Parmi les reçus dont Ahmed RAMADAN avait pu prendre connaissance, le nom de Ziad TAKIEDDINE
apparaissait sur l’un d’entre eux.

Bechir SALEH aurait confié à Ahmed RAMADAN qu’il avait de son côté remis 8 M€ à Claude GUEANT
en France dans le même temps en recourant à des fonds provenant du LAP. Ces fonds avaient été
transportés en France par un vol privé depuis Tripoli. Lors de ce transfert, Bechir SALEH était
accompagné par Nuri AL ABHANI.

Ce transfert avait été opéré quelques temps après les reçus, durant la campagne présidentielle en
France.

S'agissant de la réunion concernant le principe du financement et contrairement à ce qu'il avait indiqué


dans un premier temps, Ibrahim ALI et Omar AL MOUNTASSER n'étaient pas là. Ce dernier était en
effet décédé. Il confirmait qu’Abdallah SENOUSSI avait supervisé le processus de transfert de fonds.,
Nasser El MABROUK et Bechir SALEH.

Les traducteurs présents pendant la rencontre entre SARKOZY/KADHAFI étaient Bechir SALEH et
Moftah MISSOURI. Ahmed RAMADAN ne se rappelait pas si l’interprète française était présente ou
non. Concernant les transferts opérés par A. SENOUSSI et Ziad TAKIEDDINE, ils auraient été effectués
en deux fois sur une banque en Grèce (ou au Liban), espacés par une courte période. Il évoquait à cet
égard un intervalle d’un mois.

Concernant les reçus originaux, ils étaient conservés au siège du commandement de KADHAFI.
Toutefois, en raison des bombardements et des pillages pendant la guerre de 2011, tout avait été volé,
brûlé et détruit.

89
Il précisait que les 8 millions procurés par Bechir SALEH à Claude GUEANT provenaient des fonds du
LAP mais, que suite à un audit des comptes, Bechir SALEH avait remboursé le LAP via le budget du
trésor public sous couverture du soutien politique. Ahmed RAMADAN ignorait si d’autres financements
étaient intervenus en compléments des flux évoqués. Il confirmait cependant qu’après les élections
françaises, les relations entre les deux pays s’étaient réchauffées et qu’un grand rapprochement avec
beaucoup d'accords signés était intervenu. Il évoquait ainsi une promesse d'achat de Rafales et de
construction d'une centrale nucléaire.

Selon lui, la personne la mieux informée de ces financements était l’ancien premier ministre
BAGHDADI.

1.2.1.3.10 Abdel Rahman CHALGAM (Abdurrahman SCHALGAM), ancien ministre des


affaires étrangères

A l’occasion d’une audition réalisée par les autorités libyennes le 27 février 2018 (dont les magistrats
instructeurs ont obtenu copie en 2022) par le truchement de l’entraide pénale (D4160), Abdel Rahman
CHALGAM évoquait une discussion avec Mouammar KADHAFI dans le bureau de Béchir SALEH en
présence de ce dernier. A cette occasion, Mouammar KADHAFI lui avait demandé s’il était au courant
du financement de la campagne de Nicolas SARKOZY en France. Il comprenait des propos de
Mouammar KADHAFI que celui-ci avait des doutes sur certaines personnes impliquées dans cette
histoire concernant l’argent. Il déclarait ne plus se souvenir si des montants avaient été évoqués en sa
présence s’agissant du financement de la campagne électorale de Nicolas SARKOZY mais en avait
déduit que Mouammar KADHAFI soupçonnait Bechir SALEH, Mabrouka CHERIF et peut-être Nuri
MISMARI d’avoir détourné une partie des fonds.

En conséquence, Mouammar KADHAFI lui avait demandé de vérifier si les sommes destinées au
financement de la campagne de Nicolas SARKOZY avaient bien été transmises à Claude GUEANT.

Il expliquait parallèlement que Mabrouka CHERIF entretenait avec Nicolas SARKOZY et sa famille « une
relation très étroite » et que par son intermédiaire les deux dirigeants se faisaient passer des messages.

Il ignorait si le sujet financier avait été évoqué entre Béchir SALEH et BAGHDADI mais ce dernier était
en colère car il n’avait pas été mis au courant du financement de Nicolas SARKOZY.

Il expliquait qu’il n’était pas rare que le régime libyen finance des campagnes électorales étrangères
et que, lorsque tel était le cas, « cela se faisait généralement par des intermédiaires de confiance des
deux côtés ».

Plus précisément, il exposait (D4160/2) :

- Question : Lorsque cela était adopté, et je parle de financement financier, est-ce que cela se faisait
par des transferts bancaires officiels ou par transport direct des fonds ?
- Réponse : En espèces ; cela se faisait dans un cadre très étroit, et (p.85) les transferts financiers se
faisaient sur des comptes de personnes autres.

Il indiquait, en tout état de cause, ne pas avoir été impliqué dans cette opération de financement et
ne pas en avoir entendu parler autrement, infirmant en cela les déclarations de son ancien premier
ministre Baghdadi MAHMOUDI. Il réfutait l’idée que le budget du ministère des affaires étrangères ait
pu servir de support à un quelconque financement politique en France, notamment via l’ambassade

90
de Libye à Paris. A cet égard, il convenait de préciser que ses déclarations n’entraient pas
nécessairement en contradiction avec celles d’Ahmed RAMADAN selon lequel un montant de 7
millions USD avait été prélevé certes, via le compte « soutien politique » du ministère des affaires
étrangères, mais directement sur le Trésor Public par Achour TRIBEL (D4164/2).

Interrogé sur la visite de Claude GUEANT en Libye, il déclarait que celle-ci avait été programmée par
Béchir SALEH sans que lui-même, bien que ministre des affaires étrangères, n’en ait été informé. Il la
qualifiait de « secrète » et la décrivait comme une « visite de consultation et de coordination politique
entre Béchir SALEH et Claude GUEANT ». Il était allé se plaindre auprès de Mouammar KADHAFI de ne
pas avoir été informé de cette visite et le Guide avait demandé à Bechir SALEH de ne plus s’ingérer
dans les affaires du ministère des affaires étrangères. Selon M. CHALGAM, il n’y avait pas eu de
contrats signés par la suite entre la France et la Libye.

Selon lui, les ingénieurs de cette opération de financement politique étaient Bechir SALEH, d’une part,
et Ahmed KADAF EL DAM, cousin de Mouammar KADHAFI. Il ajoutait que Bechir SALEH, francophone,
s’occupait de toutes les affaires en lien avec la France et l’Afrique francophone.

A la suite de son audition, M. CHALGAM retournait en Italie où sa résidence était établie (D2569).

Il y était auditionné le 23 mars 2018 sur demande d’entraide pénale en présence des magistrats
instructeurs français (D2569/56).

Il déclarait avoir eu des contacts avec le Procureur de Tripoli mais n’avoir « jamais parlé avec (lui) de
l’affaire du financement de Sarkozy » ce qui était manifestement faux au vu de son audition réalisée le
mois précédent.

Il indiquait à ce sujet :

« Concernant la question du financement de la campagne électorale de SARKOZY, je fais observer que


des financements destinés à l'étranger ne pouvaient être exécutés que de trois façons: soit par
l'intermédiaire du Ministère des Affaires Étrangères, soit par le bureau de KADHAFI, soit par les
services de renseignement. Le Ministère des Affaires Étrangères ne pouvait le faire qu'en justifiant les
transferts d'argent. Le chef de cabinet de KADHAFI, Béchir SALEH, pouvait disposer d'argent liquide.
SENOUSSI, pour les services de renseignement, pouvait lui aussi faire transiter des sommes d'argent
vers l'étranger. »

Puis :

« J'avais de bonnes relations avec CHIRAC et De VILLEPIN, pas avec SARKOZY, comme je l'ai déjà dit.
Je n'ai jamais eu connaissance de financements au bénéfice de SARKOZY pour sa campagne électorale
de 2007. S'il y en avait eu, j'en aurais eu connaissance, ne serait-ce que de façon informelle, par les
personnes avec qui j'étais quotidiennement en rapport. D'ailleurs les services du renseignement
extérieur relevaient du Ministère des Affaires Étrangères, je connaissais leur budget et tous leurs
mouvements de fonds, je visais les décisions les concernant, je devais tout contresigner. Il m'a
d'ailleurs été dit, à propos des faits qui font l'objet de cette procédure, que le document concernant
ces financements serait un faux. »

Il indiquait ne pas connaître Ziad TAKIEDDINE, tout en précisant penser qu’Abdallah SENOUSSI avait
très bien pu le payer en vue de faire annuler sa condamnation. Il affirmait que personne n’était en
possession de documents contre SARKOZY.

91
Interrogé au sujet de Choukri GHANEM, l’ancien ministre du pétrole, il confirmait qu’il s’agissait d’un
très proche ami et il ajoutait :

« On dit que SARKOZY est derrière la mort de l'ancien ministre libyen du pétrole, et que [celui-ci] a
laissé des documents écrits concernant le financement au bénéfice de SARKOZY. J'ai toujours été son
ami et celui de sa famille. Il est venu en Italie avec moi après la chute de KADHAFI, sa femme est une
des amies de la mienne, nous avons passé ensemble à peu près un mois au Qatar avec nos deux
familles, mais il ne m'a jamais parlé de financements en faveur de SARKOZY, alors qu'il pouvait même
le faire publiquement

La copie de la page du 29 avril 2007 du journal intime de Choukri GHANEM lui était présentée en
version arabe. Il déclarait alors reconnaître l’écriture de son ami :

« Je prends acte de ce que la date est largement antérieure à la chute de KADHAFI. Je suis en mesure
de dire que je connais bien l'écriture de GHANEM et je sais qu'il tenait son journal quotidiennement.
Je n'ai donc pas de doutes sur le fait qu'il s'agit de son journal. Je connais aussi très bien son fils, qui
travaille à Bahreïn et que j'ai parfois rencontré à Dubaï. Le fils ne m'a jamais parlé des faits dont il est
question.
GHANEM me parlait de beaucoup de problèmes, d'ordre politico-institutionnel ou non, mais il ne m'a
jamais parlé de l'affaire SARKOZY.
Réponse: GNANEM n'est pas un menteur. Je prends acte de ce qu'il écrit que SAÏF, le fils de KADHAFI,
a donné trois millions d'euro à SARKOZY et que SENOUSSI en a envoyé deux millions. À cet égard, je
ne peux que répéter que GHANEM est un homme sincère.

Il contestait toutefois les déclarations d’Ahmed KHADAF AL DAM quant à l’existence d’un comité dédié
à cette question du financement de la campagne électorale, dont il aurait fait partie.

En fin d’audition, M. CHALGAM indiquait qu’il avait l’intention de présenter sa candidature à la


prochaine élection présidentielle en Libye.

1.2.1.3.11 Mabrouka CHERIF, ancienne responsable du protocole spécial de M. KADHAFI

Si l’intéressée ne pouvait être entendue directement en dépit des efforts déployées dans le cadre de
la présente information judiciaire (CRI en Algérie non exécutée D4144 et CRI en Libye non exécutée
sur ce point D4154), son témoignage était néanmoins recueilli par écrit en octobre-novembre 2019
(D4143).

Elle attestait d’abord de sa proximité avec Nicolas et Cécilia SARKOZY, à l’époque des faits, par l’envoi
de photographies (D4143/20 à /22).

Elle expliquait ensuite avoir été affectée au protocole général depuis 1999 sous l’autorité de Nuri
MESMARI tout en dépendant, plus particulièrement, du cabinet du Guide pour lequel elle œuvrait en
tant que chargée de mission ou comme envoyée spéciale. C’est à ce titre qu’elle confirmait avoir
transmis des lettres privées entre Mouammar KADHAFI et Nicolas SARKOZY (D4143/27), confirmant
ainsi les déclarations d’Abdel CHALGAM précitées.

Elle confirmait la demande de soutien formulée par Nicolas SARKOZY auprès du dirigeant libyen,
expliquant (D4143/31) :

92
« Pour ce qui est du premier financement, c’est Sarkozy qui avait abordé le sujet, il avait dit au Guide
"j'envisage de me présenter aux élections", et le Guide de lui répondre "c'est une bonne chose qu'un
ami de la Libye et un ami personnel soit président de la République française". Il a donc demandé au
feu le Guide Mouammar KADHAFI de le soutenir et de l'aider dans sa campagne électorale. J'ai
entendu dire que le montant payé serait de 20 millions.
(…)
La demande a été formulée par le président Sarkozy à son ami le Guide. »

Elle confirmait également que le principe du financement avait été acté entre les deux responsables
politiques lors d’une discussion en présence de l’interprète Moftah MISSOURI à la faveur de la visite
de Nicolas SARKOZY en Libye en 2005.

Surtout, elle confirmait que l’apurement de la situation pénale d’Abdallah SENOUSSI constituait une
contrepartie à l’octroi d’un financement politique. Elle précisait ainsi :

« Ce qui a été évoqué au sujet d'Abdallah Senoussi est exact. Senoussi cherchait uniquement à trouver
un règlement à l’affaire en justice intentée contre lui en France, cela faisait partie de l’accord passé
selon lequel, après la victoire de Sarkozy, celui-ci réglerait l’affaire de Senoussi. Et, en effet, l’avocat
de Sarkozy, Herzog, a pris contact avec l’avocate de Senoussi, Azza Maghur, afin de trouver une issue
à cette affaire. »

Autre élément recoupant les précédents témoignages ainsi que les éléments mis en évidence lors des
investigations, Mabrouka CHERIF évoquait l’existence d’un second volet de financement. Selon elle, il
existait un deuxième financement que Nicolas SARKOZY avait demandé en 2010. Claude GUEANT, Boris
BOILLON et Abakar MANNANI, homme d’affaires français d’origine Tchadienne, étaient ses émissaires.
Elle précisait ainsi :

« Oui, plusieurs personnalités françaises ont effectué le déplacement entre Tripoli et Syrte. Claude
Guéant, Boris Boillon et Abakar Mannani, afin d'aborder plusieurs sujets concernant la France, dont
celui du financement, celui des avions, entre autres.
(…)
Le montant du second financement de la campagne de Sarkozy a été fixé à 20 millions d'€.
(…)
Aucun des responsables libyens n'est au courant de la dernière visite de Claude Guéant et Abakar
Mannani, hormis le secrétaire du Guide Mouammar KADHAFI, le Colonel Mohamed Beshir, le chef de
cabinet Ahmed Ramadan, et Le Colonel Mohamed Beshir a organisé leur accueil à l'aéroport et a
fourni le véhicule qui les a transportés à Bab El Azizia pour rencontrer le Guide Mouammar KADHAFI.
La réunion s'est déroulée à huis clos, en présence du Colonel Mohamed Beshir. Je n'ai pas assisté à la
réunion en raison d'empêchements sociaux, mais je les ai tous accompagnés à l'aéroport et ils étaient
satisfaits car la réunion fut une réussite.
C'est Monsieur Sarkozy qui a demandé à ce que Monsieur Beshir Salah soit écarté. »

Enfin, elle évoquait une autre typologie de contrepartie au renforcement des liens entre la France et
la Libye, à savoir l’acquisition, par le régime libyen, du bateau Phoenicia pour 550 millions € (D4143/32
et/33) :

(…) Les discussions ont directement eu lieu avec le Guide Mouammar KADHAFI, notamment
concernant l’acquisition du bateau Phoenicia, et le contrat a en effet été passé moyennant 550
millions d'€.
(…)

93
Note : lorsque j'ai visité la France en décembre 2010, Mouammar KADHAFI m'a chargée d’un message
verbal à Monsieur Sarkozy, selon lequel la transaction du bateau, objet du contrat d'acquisition, avait
été effectuée dans le but de maintenir les relations entre la Libye et la France. (…)

1.2.1.3.12 Faisal GARGAB, président du conseil d’administration de la Libyan Post Telecommunications


and Information Technology Company (LPTIC)

Entendu en qualité de témoin dans le cadre de la procédure libyenne (D4162), Faisal GARGAB
déclarait :

« En fait, en 2016, Stewart Simpson, qui est le directeur du Bureau juridique du LAP Green Network,
qui appartient à la (LPTIC), m'a dit qu'un journaliste l'aurait appelé et l'aurait interrogé sur les
investissements de LAP Green dans le domaine des communications dans l'État du Togo, un projet
dont la propriété a été transférée du LAP vers la (LPTIC) en septembre 2015. Pour ce projet, qui est le
LAP Green Network, le LAP avait acheté une licence d'opérateur auprès du gouvernement togolais
d'une valeur d'environ 45 millions de dollars, dans le but de constituer un Opérateur de téléphonie
mobile au Togo. Mais ce projet n'a pas été mis en œuvre, et nous avons été informés par le LAP, après
le transfert de la propriété, qu'il n'avait pas reçu de licence. En effectuant des recherches dans les
dossiers de la société, il nous est apparu que le gouvernement du Togo n'avait pas accordé de licence
à cette société (LAP Green) pour mettre en place ce projet, que celle-ci n'avait pas de siège social, et
que le montant de 45 millions destiné à la mise en place de ce projet et à l'achat de la licence avait
été transféré par virement bancaire du compte du LAP auprès de la (Libyen Arab Foreign Bank) vers
le compte d'un cabinet d'avocats appartenant à un avocat français (p.102) dont je ne me souviens
plus du nom ni du siège, mais je l'ai dans mes documents que je vais vous apporter, et ce entre 2007
et 2009. »

1.2.1.3.13 Abdallah MANSOUR, ancien officier proche de Mouammar KADHAFI

Sur réquisition, Mediapart communiquait au service d’enquête un enregistrement vidéo présenté


comme étant un interrogatoire de Abdallah MANSOUR (D2294). Abdallah MANSOUR, officier, était
selon les déclarations de Robert DULAS, le neveu de Mouammar KADHAFI et son directeur ou ministre
de l’information.

Selon l'enregistrement communiqué, le financement libyen aurait transité par l'intermédiaire


d'Abdallah SENOUSSI, de son fils et de Ziad TAKIEDDINE. Lors d'un entretien entre Mouammar
KADHAFI et Nicolas SARKOZY, ce dernier aurait demandé la somme de 200 millions de dollars. Le
montant finalement remis s'élevait à 18 ou 25, somme de laquelle Abdallah SENOUSSI aurait prélevé
une partie. M. MANSOUR évoquait des bruits selon lesquels des fonds auraient été transférés par
l'entremise de la banque Libyenne d'Afrique du Nord et que ces fonds auraient été émis vers la Suède
ou le Danemark.

Abdallah MANSOUR était interrogé le 02 janvier 2017 (D2141/19) en exécution d’une demande
d’entraide adressée aux autorités libyennes. A cette occasion, il exposait avoir appris le financement
libyen de la campagne de Nicolas SARKOZY a posteriori, durant la guerre de 2011. Selon les éléments
qui lui étaient parvenus, ce financement avait été opéré tant par des remises d'espèces que par des
transferts bancaires, confirmant en cela les déclarations d’Ahmed RAMADAN.

94
Suite aux déclarations publiques de Saïf Al Islam faites en mars 2011 selon lesquelles les éléments de
preuve de ce financement seraient rendus publics, les dossiers en question disparaissaient.

Selon ce que lui en avait dit Mabrouka CHERIF (Vice directrice du Protocole), Mouammar KADHAFI
était furieux de la disparition de ces éléments. Cette disparition aurait été imputable à Ahmed
RAMADAN ou à Bechir SALEH, chacun des deux prétendant que c'est chez l'autre que les documents
se trouvaient.

Les tentatives pour réentendre M. MANSOUR s’avéraient vaines. Lors d’un déplacement en Libye au
mois de juin 2022, les autorités libyennes confirmaient avoir réauditionné M. MANSOUR en 2020, et
s’engageaient à communiquer une copie de cette audition, engagement non tenu.

En outre, l’audition du témoin Abdallah MANSOUR ne pouvait être réalisée lors du déplacement du
magistrat instructeur en Libye pour des motifs fallacieux selon lesquels ce déplacement avait été
précipité (D4154/6) alors que celui-ci avait nécessairement été organisé après accord du procureur
général et planifié au mois d’octobre 2021 (D4153).

1.2.1.3.14 M. Al Baghdadi Ali Ahmed Al Mahmoudi, ancien premier ministre

Mahmoudi BAGHDADI était nommé premier ministre le 5 mars 2006. Selon la DGSE, il était proche de
Choukri GHANEM (D1644).

1.2.1.3.14.1 L’avocat tunisien de Mahmoudi BAGHDADI

Mohamed BACCAR, avocat tunisien de Mahmoudi BAGHDADI, était auditionné le 24 octobre 2013
(D1216). L'avocat déclarait sous serment avoir recueilli les confidences de son client, à l'occasion de
parloirs à Tunis, dans lesquelles l'ancien Premier Ministre de KADHAFI confirmait la remise de fonds à
des collaborateurs de Nicolas SARKOZY au début de l'année 2007.

Il évoquait notamment une remise de fonds dans un hôtel de Genève à Messieurs BOILLON et GUAINO,
en présence d'un garde du corps. Cette remise était de 50 M€.
Une nouvelle audition était tentée concernant Me BACCAR afin de vérifier les noms communiqués,
une confusion ayant pu être faite entre Messieurs GUAINO et GUEANT. De plus, Me BACCAR produisait
les minutes d'une audience au cours de laquelle M. BAGHDADI avait confirmé, dans les grandes lignes,
un financement libyen de la campagne électorale de M. SARKOZY.

1.2.1.3.14.2 Documents transmis par son avocat français

Le 18 novembre 2016, le bâtonnier SUR, avocat de Monsieur Baghdadi Mahmoudi, dernier Premier
Ministre de KADHAFI, transmettait au magistrat instructeur un plumitif de l’audience d’extradition du
25 octobre 2011 dont son client avait fait l’objet en Tunisie (D1733).
Ce document révélait que, lors de cette audience, un de ses avocats, Me Slim Ben Othmane avait
demandé à M. BAGHDADI s’il avait participé au financement de la campagne électorale de SARKOZY.
L’intéressé avait alors confirmé (D1735/3).

95
1.2.1.3.14.3 Contact de Me HASSEN

En juin 2016, l’OCLCIFF en charge de l’enquête était contacté par un avocat tunisien, Me HASSEN, se
présentant comme conseil de M. EL BAGHDADI (D1337) lequel indiquait que l’ancien Premier Ministre
libyen, alors détenu à Tripoli, souhaitait être entendu dans le cadre de la présente enquête afin de
confirmer le financement libyen de la campagne présidentielle 2007 de Nicolas SARKOZY par le biais
de remises d’espèces qui auraient été opérées en France et en Libye. Le correspondant français ayant
suivi ces opérations aurait été Claude GUEANT. Enfin, Me HASSEN ajoutait que M. SENOUSSI, lui aussi
détenu à Tripoli, était également prêt à déposer dans la présente instruction.

1.2.1.3.14.4 Déposition de M. Al BAGHDADI devant les autorités libyennes

Dans le cadre d’une commission rogatoire internationale, les autorités libyennes procédaient à
l’interrogatoire de M. EL BAGHDADI (D2139 pour l’original en arabe et D2141/8 pour la traduction).
M. AL BAGHDADI évoquait à cette occasion les bonnes relations entre la France et la Libye sous la
présidence de Jacques CHIRAC, ce dernier étant particulièrement attentif aux causes arabes,
notamment irakienne et palestinienne. Nicolas SARKOZY devenait Ministre de l’Intérieur et
commençait à traiter de questions politiques et sécuritaires avec les libyens.

Il exposait que Claude GUEANT, une fois chargé de diriger la campagne de Nicolas SARKOZY (sans qu’il
soit indiqué si cela faisait référence à la désignation formelle ou informelle), prenait attache auprès de
Bechir SALEH pour solliciter un soutien matériel mais aussi moral. Bechir Saleh exposait la demande
au Colonel KADHAFI qui donnait son accord. C’est ainsi que ce dernier commençait à remettre des
fonds provenant de la Présidence, fonds qu’il avait obtenus en raison de sa qualité de directeur de
cabinet du Colonel KADHAFI.

Ces fonds provenant du budget de la Présidence étaient remis à Claude GUEANT. Les remises étaient
de 1, 2 voire 3 millions de dollars chacune. Toutefois le Colonel KADHAFI avait commencé à avoir des
doutes sur l’honnêteté de Bechir SALEH, craignant que ce dernier ne remette pas à Claude GUEANT
l’intégralité des fonds qu’il était censé lui fournir.

Ce procédé de soutien financier alimenté par des fonds provenant de la Présidence avait irrité le
ministre des affaires étrangères, Abderrahmane CHALGHAM, lequel était contrarié de ne pas en avoir
été informé, un tel financement devant, selon lui, passer par ses services. Celui-ci se plaignait auprès
du Guide en présence de M. BAGDHADI qui était finalement chargé de s’assurer de la non évaporation
des fonds que Béchir Saleh devait remettre à Claude GUEANT.

M. BAGHDADI provoquait une réunion avec Bechir SALEH et Abderrahmane CHALGHAM lors de
laquelle le premier avait exposé la genèse de l’opération de financement. La demande lui avait été
faite par Claude GUEANT à l’occasion d’un de ses voyages à Paris. C’est lors de cette réunion que Bechir
SALEH évoquait une remise dans un hôtel parisien d’une somme tellement importante qu’elle ne
contenait pas dans la valise qui avait été prévue à cet effet. En tout cas, Bechir SALEH confirmait avoir
remis les sommes à Claude GUEANT, à charge pour ce dernier de l’affecter à la campagne de Nicolas
SARKOZY.

A partir de cette réunion, il était décidé de poursuivre ces remises mais que les fonds ne soient plus
retirés de la Présidence mais du Ministère des affaires étrangères. En effet ces fonds provenant de la
présidence étaient exempts de tout contrôle. Les fonds provenant du Ministère des affaires étrangères
au titre du soutien politique faisaient, elles, l’objet d’une inscription à un registre et d’un contrôle
financier.

96
Très rapidement après son élection, Nicolas SARKOZY revenait en visite en Libye. M. EL BAGHDADI
constatait ce qu’il qualifiait comme une « grande intimité entre Sarkozy et Mouammar KADHAFI ».

Concernant Cecilia SARKOZY, M. BAGHDADI confirmait qu’elle était au courant de tous les
financements libyens de la campagne 2007 avec la complicité de messieurs GUEANT et SALEH.
Entendue ultérieurement par les enquêteurs, Cecilia ATTIAS (ex-SARKOZY) déclarait avoir été laissée
dans l’ignorance de ces agissements, expliquant qu’à l’époque du voyage de Nicolas SARKOZY en Libye
son entourage ne lui manifestait plus sa confiance puisqu’elle avait déjà quitté une première fois ce
dernier (D4229).

1.2.1.3.14.5 Déclarations devant les magistrats français

Monsieur AL BAGHDADI était interrogé à Tripoli, en présence des magistrats français, le 5 février 2019
(D2643).

Lors de cet entretien, l’intéressé se montrait très économe de paroles se déclarant malade et fatigué.
Il se contentait de valider les propos qu’il avait tenus lors de son interrogatoire par les autorités
libyennes et confirmait n’avoir jamais directement évoqué la question du soutien financier avec
Nicolas SARKOZY.

Interrogé sur les fonds remis à Claude GUEANT en provenance du ministère des affaires étrangères,
M. AL BAGHDADI confirmait ces remises. Il précisait que le budget de ce ministère prévoyait une
enveloppe pour « l’appui politique » dans le but de supporter tous les partis politiques ou les
personnes qui étaient favorables à la Libye. Abderrahmane CHALGAM, en tant que Ministre des
affaires étrangères, était le principal responsable des dépenses effectuées à partir de ce compte. Selon
M. BAGHDADI, si M. CHALGHAM affirmait le contraire, c’était parce qu’il était « parti de l’autre côté ».

Interrogé sur la possibilité qu’une partie des fonds destinés à la campagne 2007 de Nicolas SARKOZY
ait pu être détournée, M. BAGHDADI répondait :

« Bechir SALEH est toujours vivant. Bechir SALEH est l’homme de la France. S’il ne veut pas venir
vous voir, c’est une preuve qu’il est impliqué ».

1.2.1.3.15 Abdallah Mohamed AL SENOUSSI AMER, chef du renseignement militaire et beau-frère de


Mouammar KADHAFI

Homme de confiance du Guide et marié à sa sœur cadette, Fatma FARKASH EL HADDAD, il était
condamné par contumace par la Cour d'assises spéciale antiterroriste de Paris en 1999 à la réclusion
criminelle à perpétuité pour avoir commandité et organisé dans le cadre de ses activités au sein de
l'Office de la Sécurité Extérieure l'attentat contre le DC10 d'UTA en 1989, attentat qui avait fait 170
morts dont 54 français (D1643/93).

Il était à la tête de la direction du renseignement militaire entre 2002 et 2007.

En 2006-2007, Abdallah SENOUSSI était consulté sur le dossier des infirmières bulgares et serait à
l'origine d'une demande d'échanger leur libération contre celle du libyen Abdelbaset AL MEGRAHI
impliqué dans l'attentat de Lockerbie. Il serait également intervenu dans le règlement du conflit avec
la Suisse, consécutif à l'arrestation en juillet 2008 de Hannibal KADHAFI.

97
Abdallah Senoussi était présenté par la DGSE (D1642/47) comme influent sur les marchés d'armement.
Il semblait être une des rares personnalités en mesure d'influencer les choix des généraux
Abderrahman ALI As Sid Az Zwai (directeur de la logistique et de la production du ministère de la
défense) et Ali RIFFI (Chef d'état-major de l'armée de l'air et de la défense aérienne).

Selon une note de la DGSI, Abdallah Senoussi était proche de Saïf Al Islam KADHAFI et disposait d'un
bureau au sein de la Fondation KADHAFI. En revanche, il entretenait de très mauvaises relations avec
Moussa KOUSSA (Note DGSI du 27/06/2006, D1643/99). Depuis avril 2009, Abdallah SENOUSSI était
avec Ahmed KHADAF EL DAM et Moussa KOUSSA le conseiller politique, sécuritaire et diplomatique le
plus écouté du Guide.

Selon une note DGSE datée du 11 juin 2012 (D1642/105), il avait séjourné au nord du Mali d'octobre
2011 à janvier 2012 et se serait ensuite rendu au Maroc où il était arrêté le 06 mars 2012. Après
quelques jours d'incarcération à Rabat, il prenait un vol à destination de Nouakchott où les autorités
mauritaniennes l'interpellaient dans la nuit du 16 au 17 mars 2012. Il était ensuite en résidence
surveillée et, depuis, incarcéré en Libye.

1.2.1.3.15.1 Les déclarations devant la CPI

Le 20 juin 2016, les magistrats instructeurs étaient informés par un conseiller en coopération judiciaire
au bureau du Procureur à la Cour Pénale Internationale que Abdallah SENOUSSI avait été interrogé
dans le cadre d’une procédure conduite par la CPI sur des crimes de guerre commis durant la guerre
de 2011. Dans cette audition, M. SENOUSSI aurait évoqué le financement de la campagne électorale
2007 de Nicolas SARKOZY (D697). Cette audition, rédigée en langue arabe, était communiquée par
mail le 23 juin 2016 (D698) et elle faisait l’objet d’une traduction par un expert près la Cour d’Appel de
Paris (D700). Une seconde transmission était communiquée en août 2016 (D1227).

Ainsi, Abdallah SENOUSSI avait effectué les déclarations suivantes à l’occasion d’un interrogatoire qui
avait pu être opéré en Libye le 20 septembre 2012.

Si la plus grande partie de cet interrogatoire portait sur la gestion de la rébellion en 2011, était tout de
même posée la question de savoir si de l’argent avait été remis à des personnalités internationales
pour entraver la résolution de l’ONU permettant à l’OTAN de protéger la population libyenne. A ce
sujet, Abdallah SENOUSSI apportait le complément suivant à sa réponse (D700/8) :

« Pour ce qui est du soutien apporté à des personnalités occidentales pour leur permettre d'accéder
au pouvoir, la somme de 5 M€ a été versée pour la campagne du Président français Nicolas Sarkozy
en 2006-2007. J'ai personnellement supervisé le transfert de cette somme via un intermédiaire
français, en la personne du directeur de cabinet du ministre de l'intérieur. Sarkozy était alors
ministre de l'intérieur. Il y avait aussi un second intermédiaire, le nommé Takieddine, un Français
d'origine libanaise installé en France. A ce propos, je dois préciser que Sarkozy m'a, en personne,
demandé d'éviter que Saïf KADHAFI ou Béchir Saleh ne soient mis au courant. Et jusqu'à la livraison
de la somme, rien n'a en tout cas filtré. Mais je confirme que cette somme a bien été réceptionnée
par Sarkozy. »

Abdallah SENOUSSI mettait donc principalement en cause Claude GUEANT, assisté de Ziad TAKIEDDINE
comme intermédiaire ayant supervisé le versement de 5 M€.

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Abdallah SENOUSSI confirmait également avoir eu au moins un échange direct avec Nicolas SARKOZY,
cette rencontre ayant été l’occasion pour ce dernier de demander à Abdallah SENOUSSI de ne pas
informer Saïf Al Islam ni Béchir Saleh de ce soutien de 5 millions.

1.2.1.3.15.2 Les déclarations devant les autorités libyennes dans le cadre de


l’information judiciaire

Interrogé le 02 janvier 2017 (D2141/13 à /18) en présence de son avocat par les autorités libyennes
en exécution d’une demande d’entraide pénale internationale, il confirmait la réalité du soutien libyen,
notamment financier, aux activités politiques de Nicolas SARKOZY.

Il exposait ainsi qu’en 2005, José Maria AZNAR, ancien premier Ministre espagnol, recommandait à
Mouammar KADHAFI de se rapprocher du ministre de l'intérieur français qui avait de fortes chances
de succéder à Jacques CHIRAC. Mouammar KADHAFI sollicitait alors M. SENOUSSI pour qu'il établisse
un contact avec l'entourage de M. SARKOZY en vue de lui procurer un appui matériel.

Abdallah SENOUSSI contactait Ziad TAKIEDDINE par le biais de son fils, aujourd'hui décédé, Mohamed
SENOUSSI qui était alors établi en Grande Bretagne. Ziad TAKIEDDINE contactait directement Abdallah
SENOUSSI pour l'informer que M. SARKOZY était favorable à un rapprochement. M. TAKIEDDINE lui
annonçait se rendre alors en Libye afin de coordonner cela. L'intérêt libyen de ce rapprochement avec
la France était de pouvoir compter sur le soutien d'un pays qui était membre permanent du Conseil de
Sécurité à l'ONU et très présent sur le continent africain.

Pour se crédibiliser, Ziad TAKIEDDINE affirmait avoir de fortes relations avec Nicolas SARKOZY. Il
ajoutait avoir déjà servi d'intermédiaire par le passé entre Nicolas SARKOZY et plusieurs Etats,
dirigeants et hommes politiques, notamment en Arabie Saoudite ou au Pakistan. Au cours de cette
rencontre, Ziad TAKIEDDINE évoquait le soutien financier demandé par Nicolas SARKOZY, soutien que
ce dernier chiffrait à 20 M€. C'est au cours de cette rencontre que M. SENOUSSI proposait une
rencontre en Nicolas SARKOZY et le Guide de la révolution libyenne.

Le lendemain de cette visite, Ziad TAKIEDDINE appelait M. SENOUSSI pour l'informer de l'accord de
Nicolas SARKOZY pour un déplacement en Libye, à la condition que cela transite par les canaux
diplomatiques classiques.

Une invitation officielle était alors émise par le Ministre de l'intérieur Libyen. Cette invitation était
remise à Ziad TAKIEDDINE qui la remettait à son tour à son destinataire. Quatre jours plus tard,
Abdallah SENOUSSI recevait Claude GUEANT durant deux jours à l'hôtel CORINTHIA de Tripoli, en
présence de Ziad TAKIEDDINE.

Lors de ces échanges avec Claude GUEANT, ce dernier abordait sous un angle favorable les questions
de coopération avec la France, questions intéressant le côté libyen, notamment pour un aspect
sécuritaire et technique. En contrepartie, Claude GUEANT indiquait attendre le soutien du régime
libyen à la campagne électorale de Nicolas SARKOZY.

Lors de la visite en Libye de Nicolas SARKOZY, alors qu'il avait été invité par son homologue Nasr AL
MABROUK, le ministre français était directement reçu sous la tente par Mouammar KADHAFI. Cet
accueil réservé à un dirigeant de haut rang était un message clair valant soutien au candidat SARKOZY.

M. SARKOZY étant accompagné de l'interprète habituelle de Jacques CHIRAC, la demande de soutien


matériel à la campagne électorale n'avait ainsi pas été opérée à l'occasion du tête-à-tête SARKOZY-

99
KADHAFI. Le soir, M. SARKOZY appelait Abdallah SENOUSSI pour lui demander de venir le voir à son
hôtel. Etant donné la réputation en France de Monsieur SENOUSSI, notamment par rapport à sa
condamnation par la Cour d'assises spéciale, il avait été fait le choix de communiquer par
l'intermédiaire de Claude GUEANT et Ziad TAKIEDDINE.

Abdallah SENOUSSI tentait alors de convaincre le Colonel KADHAFI d'accorder à Nicolas SARKOZY le
montant demandé, soit 20 M€. Après moult efforts de la part de SENOUSSI, il finissait par obtenir
l'accord du Guide pour une aide d'un montant de 7 millions.

Pour rappel, ces déclarations étaient, sur ces points, confirmées par Ahmed RAMADAN (cf. supra).

M. SENOUSSI demandait alors à Ziad TAKIEDDINE de faire venir une personnalité officielle de
l'organigramme de campagne de M. SARKOZY afin de définir les procédés retenus pour transmettre le
financement. Brice HORTEFEUX se déplaçait alors en Libye en marge d'un sommet des ministres de
l'intérieur de l'Union Européenne et de l'Union Africaine tenu à Tripoli et dédié aux questions de
l'immigration clandestine dont le Colonel KADHAFI en personne ouvrait les travaux.

Le soir, Brice HORTEFEUX et Ziad TAKIEDDINE étaient reçus au domicile de M. SENOUSSI. A la fin de
l'entretien, Brice HORTEFEUX remettait à M. SENOUSSI un document sur lequel le nom d'une banque
et un numéro de compte étaient inscrits. Ce compte devait recevoir les fonds versés par la Libye pour
soutenir financièrement la campagne de M. SARKOZY.

Cette somme était virée en plusieurs opérations par la Libyan Foreign Bank, sur instruction de la
banque centrale de Libye et à la demande de la direction du renseignement.

Ziad TAKIEDDINE confirmait la réception de ces sommes à M. SENOUSSI et affirmait avoir remis cet
argent personnellement en espèces à Nicolas SARKOZY dans son bureau, en plusieurs fois.

Durant les échanges, Nicolas SARKOZY avait fait demander à M. SENOUSSI, par l'intermédiaire de Ziad
TAKIEDDINE, que Saïf Al Islam et Bechir SALEH ne soient pas informé du soutien matériel apporté à sa
campagne. Pour justifier de cette discrétion, Monsieur SARKOZY, ou plus précisément M. TAKIEDDINE,
son intermédiaire, se méfiait de ces personnes, Saïf Al Islam parce qu'il était trop proche des
journalistes et qu'il craignait ses confidences ; Bechir SALEH, parce qu'il entretenait des relations
étroites parmi lesquelles une personne d'origine algérienne proche de Jacques CHIRAC et de ses
conseillers. La description de cette personne semblait désigner Alexandre DJOUHRI.

Après l'élection de M. SARKOZY, ce dernier appelait Mouammar KADHAFI, ainsi qu'il en avait été
convenu. Cependant, le Guide refusait de répondre au jeune Président français au motif que ce dernier
avait fait des déclarations concernant l'affaire des infirmières bulgares, M. KADHAFI estimant qu'il
s'agissait d'une immixtion dans une affaire interne libyenne. Pour faire accepter ce refus, M. SENOUSSI
répondait aux français que le guide était souffrant. Quelques jours plus tard, le Guide acceptait
d'appeler celui qui était devenu son homologue en France.

Interrogé pour savoir si au cours de ces tractations, il avait profité de l'occasion pour défendre sa
situation personnelle vis à vis de la justice française, M. SENOUSSI contestait. Il confessait avoir reçu la
visite de Claude GUEANT, un ou deux ans après l'élection de M. SARKOZY. Le secrétaire général de
l’Elysée l'informait que l'avocat du Président Français se présenterait pour obtenir mandat pour le
défendre dans le dossier UTA avec pour objectif de faire tomber l'accusation au motif qu'il n'existe
aucune preuve de son implication. Quelques temps plus tard, l'avocat en question se présentait en
Libye en compagnie d'autres confrères à lui pour rencontrer des autorités judiciaires locales. M.
SENOUSSI délivrait un mandat à cet avocat mais il ignorait les suites advenues.

100
Pour compléter ces déclarations, M. SENOUSSI ajoutait avoir appris, pendant le déroulement de la
campagne électorale en 2007, que Bechir SALEH avait, lui aussi, fourni un appui matériel pour soutenir
la campagne électorale de M. SARKOZY. Après l'élection, M. SENOUSSI interrogeait Bechir SALEH qui
lui confirmait avoir financièrement soutenu la campagne électorale de M. SARKOZY par le biais de
Claude GUEANT ce qui avait également été confirmé par le témoignage d’Ahmed RAMADAN.

1.2.1.3.15.3 Les déclarations devant les magistrats français le 05 février 2019

Abdallah SENOUSSI était entendu une nouvelle fois en Libye le 5 février 2019 à l’occasion d’un
transport des magistrats instructeurs français à Tripoli. L’intéressé était auditionné en présence des
magistrats français et de son avocate. Cet interrogatoire faisait l’objet d’une double rédaction, une
première rédigée en français, signée par l’intéressé après traduction, et une seconde en arabe, signée
elle aussi par l’intéressé (D2642, D2698 et D2700).

Interrogé sur des pressions qu’il aurait pu avoir subies de la part d’une partie ou d’une autre pour qu’il
apporte ou qu’il modifie son témoignage, Abdallah SENOUSSI répondait par la négative.

Plusieurs thèmes étaient abordés à cette occasion.

 Sur l’entrée en relation avec l’entourage de Nicolas SARKOZY

Invité à s’exprimer spontanément sur les circonstances dans lesquelles les premières accusations de
financement de la campagne de M. SARKOZY avaient été portées, M. SENOUSSI renvoyait à ses
précédentes déclarations qu’il qualifiait de « très claires ». Il acceptait néanmoins de répondre aux
questions complémentaires.

Originellement, M. SENOUSSI déclarait ne pas connaître Ziad TAKIEDDINE. Il décidait d’entrer en


contact par l’intermédiaire de son fils Mohamed SENOUSSI. Ainsi, sur recommandation de M. AZNAR
qui l’avait présenté comme le futur Président de la République française, Abdallah SENOUSSI prenait
contact avec l’entourage de Nicolas SARKOZY par l’intermédiaire de Ziad TAKIEDDINE. Abdallah
SENOUSSI évoquait une rencontre directe entre Ziad TAKIEDDINE et Nicolas SARKOZY au cours de
laquelle ce dernier aurait indiqué être ravi de nouer des relations avec la Libye.

Puis Abdallah SENOUSSI rencontrait Claude GUEANT, évoquant un dîner dans un restaurant où seul
Ziad TAKIEDDINE assistait et opérait la traduction. Lors de cette rencontre, Abdallah SENOUSSI
informait Claude GUEANT de la volonté libyenne de soutenir le candidat Sarkozy. Dans le même temps,
il était accepté le principe que la France fournisse à la Libye des appareils pour écouter et surveiller le
trafic internet et toutes les communications afin que le régime en place puisse espionner l’opposition.
Lors de cette rencontre, Abdallah SENOUSSI insistait pour que Nicolas SARKOZY se rende à Tripoli en
visite officielle où il serait reçu avec les plus grands égards. Avait alors était évoqué un soutien à la
candidature de Nicolas SARKOZY en contre partie de la fourniture de matériels et surveillance et
d’alliance au sein de conseil de sécurité des Nations Unies. Ce jour-là, aucun montant n’était évoqué,
pas plus que les modalités de transfert.

 Sur la visite ministérielle du 6 octobre 2005

Suite à cette rencontre, une invitation était adressée à Nicolas SARKOZY par les canaux diplomatiques
habituels. A sa demande, une copie de cette invitation était également remise à Ziad TAKIEDDINE afin
qu’il puisse renforcer sa crédibilité auprès de Nicolas SARKOZY en lui remettant en mains propres.

101
Claude GUEANT avait insisté pour que l’accueil de Nicolas SARKOZY soit à la hauteur et effectivement,
pour la première fois, le Guide recevait un ministre dès sa descente de l’avion. Il s’agissait d’un accueil
digne d’un chef d’État.

Lors de l’entretien entre le Colonel KAHDAFI et Nicolas SARKOZY, seules des discussions générales
étaient engagées en raison de l’interprète habituelle du Président CHIRAC, par crainte que celle-ci ne
dévoile la teneur des échanges.

A ce stade, Abdallah SENOUSSI contestait avoir évoqué sa situation personnelle lors des différentes
discussions, précisant que cela aurait été « humiliant » pour lui de parler de cela.

Il évoquait également un dîner au cours duquel messieurs KADHAFI et SARKOZY auraient échangé sans
interprète. Du récit de cette anecdote, il apparaissait que Abdallah SENOUSSI confondait les deux
visites à Tripoli de Nicolas SARKOZY, celle du 6 octobre 2005 et celle du 25 juillet 2007 au cours duquel
un dîner officiel était donné au Palais de Bab Al Azizia.

Après avoir rencontré le Guide dès sa descente de l’avion, Nicolas SARKOZY aurait visité l’association
de la paix islamique. Dès son arrivée à l’hôtel, Nicolas SARKOZY contactait Abdallah SENOUSSI par
l’intermédiaire de Ziad TAKIEDDINE pour l’informer qu’il l’attendait dans sa suite. Inquiet de la
présence de journaliste, Abdallah SENOUSSI déclinait.

Abdallah SENOUSSI contestait les déclarations de Ziad TAKIEDDINE évoquant une rencontre entre
Nicolas SARKOZY et lui-même à l’hôtel CORINTHIA, se contentant de reconnaître une conversation
téléphonique. Lors de cette conversation téléphonique, Abdallah SENOUSSI assurait Nicolas SARKOZY
du soutien libyen.

Questionné sur les déclarations de Moftah MISSOURI évoquant des échanges en anglais entre Nicolas
SARKOZY et le Colonel KADHAFI, Abdallah SENOUSSI répondait ne pas avoir assisté à cet entretien. Il
confessait ne pouvoir ni le confirmer, ni l’infirmer. Néanmoins, il rappelait la prudence du Colonel
KADHAFI en raison de la présence de l’interprète habituelle du Président CHIRAC envers lequel il était
reconnaissant d’avoir refusé le survol du territoire français par les avions américains en avril 1986.

Concernant l’existence d’une seule visite en Libye de Nicolas SARKOZY en tant que Ministre de
l’Intérieur, Abdallah SENOUSSI répondait n’avoir été informé que d’une seule.

 Les modalités du soutien financier à la campagne de Nicolas SARKOZY

Invité à préciser les modalités de ce soutien financier accordé à Nicolas SARKOZY, il déclarait que Ziad
TAKIEDDINE avait demandé 20 M€ pour la campagne du candidat SARKOZY, mais que seuls 7 millions
avaient été accordés.

Abdallah SENOUSSI évoquait la venue de Brice HORTEFEUX à l’occasion d’un séminaire sur l’Afrique et
l’Europe. En marge de cette conférence, Brice HORTEFEUX se serait rendu au domicile de M. SENOUSSI
avec Ziad TAKIEDDINE. M. HORTEFEUX lui aurait remis un papier supportant un numéro de compte sur
lequel les fonds devaient être transférés. Abdallah SENOUSSI se doutait que le compte appartenait à
Ziad TAKIEDDINE mais il expliquait avoir eu besoin, en guise de preuve, de se faire remettre le
document par un proche de Nicolas SARKOZY, en l’occurrence, Brice HORTEFEUX. Le montant était
transféré en deux fois. Une fois les fonds encaissés, Ziad TAKIEDDINE effectuait des retraits espèces et
les remettait à Nicolas SARKOZY.

102
Interrogé sur ses souvenirs de la banque, du pays ou du titulaire du compte sur lequel ces fonds
devaient être envoyés, Abdallah SENOUSSI déclarait avoir conservé une copie de ce document à son
domicile, mais que sa maison avait été détruite par les bombardements de l’OTAN. Les fonds devaient
être transférés à partir de la Banque Centrale libyenne, à travers la Libyan Foreign Bank.

Invité à préciser ces modalités (D2642/6), Abdallah SENOUSSI évoquait 7 M€ virés en deux fois. Il ne
se rappelait plus quel collaborateur avait été chargé de faire ces transferts côté libyen. Abdallah
SENOUSSI recevait la confirmation de la remise de ces fonds par le seul Ziad TAKIEDDINE.

Informé des déclarations de Ziad TAKIEDDINE concernant trois mallettes de billets qu’il lui aurait remis,
Abdallah SENOUSSI les infirmait. Il affirmait ne jamais lui avoir remis de liquide, sauf durant la crise de
2011 où il lui remettait 1,5 millions en liquide pour qu’il fasse du lobbying.

 Les « retours » accordés à Abdallah SENOUSSI

A la question « y a-t-il eu un remerciement de la part de Ziad TAKIEDDINE ou de Claude GUEANT ou de


quelqu’un d’autre ? » pour les fonds libyens envoyés pour soutenir la campagne présidentielle de
Nicolas SARKOZY, Abdallah SENOUSSI répondait qu’il était « gêné de parler de certaines choses ».

Abdallah SENOUSSI évoquait un déplacement à Syrte de Claude GUEANT après l’élection de Nicolas
SARKOZY. Au cours de ce déplacement, Claude GUEANT lui aurait présenté un document et lui aurait
assuré que sa situation en France serait réglée sous 6 mois. Cette conversation était opérée en anglais.

Abdallah SENOUSSI souhaitait évoquer une deuxième chose importante pour répondre à la question :
l’envoi par Nicolas SARKOZY de son avocat personnel, Maître Thierry HERZOG. A ce stade de l’audition,
le pouvoir figurant au dossier (D2505/7) lui était présenté. Il le reconnaissait.

Selon Abdallah SENOUSSI, Thierry HERZOG serait venu en Libye par avion privé, avec une délégation.
Il aurait été reçu par le président de la Cour suprême, Me Azza MAGHUR et un certain nombre de juges
pour discuter la situation judiciaire de M. SENOUSSI. M. SENOUSSI déclarait ne pas s’être investi dans
le détail de ces discussions ; il renvoyait pour cela à son avocate, Me Azza MAGHUR.

 Les autres soutiens financiers apportés à Nicolas SARKOZY

Selon Abdallah SENOUSSI, Nicolas SARKOZY lui aurait demandé de ne pas parler du soutien financier
qu’il avait reçu de lui à Saïf Al Islam ou Bechir SALEH.

Abdallah SENOUSSI aurait par la suite appris, directement de sa bouche, que Bechir SALEH aurait donné
8 M€ directement à Claude GUEANT pour financer la campagne.

 Sur les documents libyens

Les magistrats présentaient à Abdallah SENOUSSI quatre documents (D2642/8 D2641/2) :


- un courrier du 04/10/2006 de Abdallah SENOUSSI à Moussa KOUSSA relatif au déroulement
de l'élection présidentielle française pour l'année 2006-2007 (D2632/1 et 2, D2642/26,
D2641/2) ;
- une convention dressée à Paris le 20/11/2006 et signée par Bechir SALEH et Nicolas SARKOZY
(D2642/28 à D2642/30),
- la note du 10 décembre 2006 signée par Moussa KOUSSA (D2642/32) et adressée à Bechir
SALEH mentionnant que le financement de la campagne électorale de Nicolas SARKOZY avait

103
été décidé lors d’une réunion le 06 octobre 2006 impliquant Brice HORTEFEUX, Ziad
TAKIEDDINE et Abdallah SENOUSSI, (dit document Mediapart)
- ainsi qu’un courrier du 12/12/2006 adressé par Bagdhadi EL MAHMOUDI à Abdallah SENOUSSI
et Béchir SALEH concernant le financement de la campagne électorale de Nicolas SARKOZY
(D2642-31).

Devant ces documents, Abdallah SENOUSSI indiquait n’avoir émis aucun document lié à ce soutien
financier. Il indiquait ne pas avoir signé le courrier du 4 octobre 2006 (document produit par Ali Kazouz)
mais ne portait aucune appréciation sur le caractère authentique ou non des différents documents
présentés.

 Sur la libération des infirmières bulgares

Abdallah SENOUSSI évoquait la présence de Ziad TAKIEDDINE lors de la venue de Cecilia SARKOZY à
Tripoli à l’été 2007. A travers Ziad TAKIEDDINE, Abdallah SENOUSSI demandait à ce qu’elle aille à
BENGHAZI pour rencontrer les familles des enfants, ce qu’elle faisait. Et lors de ce voyage, elle
annonçait le financement d’un hôpital et de l’envoi de soignants français pour s’occuper des malades.
Mais finalement, cette insistance de Nicolas SARKOZY à évoquer le sort des infirmières bulgares irritait
le Colonel KADHAFI qui estimait au final qu’il s’agissait d’une affaire purement libyenne. Abdallah
SENOUSSI déclarait que cette visite avait été opérée avant l’élection de son mari à la Présidence de la
République. Néanmoins, il semblait confondre avec une première visite opérée le 12 juillet 2007 en
qualité de première dame au cours de laquelle Cecilia SARKOZY visitait les infirmières, puis ensuite, les
enfants.

Abdallah SENOUSSI déclarait spontanément qu’il était convenu que, le soir de son élection, il y ait un
contact direct entre le Président tout juste élu et le Colonel KADHAFI. Seulement, dans son discours,
M. SARKOZY évoquait de nouveau les infirmières bulgares. En conséquence de quoi le Colonel KADHAFI
annulait l’entretien téléphonique. Abdallah SENOUSSI œuvrait auprès du Guide afin qu’il maintienne
son soutien au Président SARKOZY et l’entretien téléphonique était opéré 15 jours après.

Finalement, les infirmières bulgares étaient condamnées à mort en dépit des efforts dont se targuait
M. SENOUSSI pour défendre leur cause. Des négociations avaient été engagées pour le versement de
250 millions de dollars de dédommagement des familles d’enfant malades, versement qui aurait été
garanti par un état tiers, le QATAR. Cela se passait alors que Cecilia SARKOZY était en Libye. Finalement,
le montant été réévalué et après des discussions ardues, le QATAR donnait son accord. Le premier
ministre de cet Etat, en qui M. SENOUSSI avait confiance, lui demandait si les infirmières seraient
libérées dès réception des fonds, il répondait par l’affirmative. Concernant les détails du déblocage de
ces fonds, M. SENOUSSI passait le relais à M. BAGHDADI, Premier Ministre libyen.

Ainsi, contrairement à certaines affirmations, Abdallah SENOUSSI confirmait que ces fonds avaient
bien été versés en Libye (D2642/8).

Le premier ministre du QATAR se trouvait alors en Sicile, il avait reçu le chèque en question, l’avait
signé et ce chèque était arrivé à Tripoli par avion spécial. Les infirmières auraient ensuite été libérées
sans que l’information ne parvienne au Guide qui ne l’aurait appris qu’a posteriori.

Concernant les relations avec Brice HORTEFEUX, Abdallah SENOUSSI indiquait ne l’avoir rencontré
qu’une seule fois. Il ajoutait que Brice HORTEFEUX entretenait davantage de relations avec son fils
Mohamed SENOUSSI. Pour illustrer ces relations, Abdallah SENOUSSI déclarait que son fils et
M. HORTEFEUX s’échangeaient des « cadeaux aux anniversaires ».

104
Une nouvelle tentative pour entendre Abdallah SENOUSSI en Libye lors du déplacement du magistrat
instructeur en Libye en juin 2022 demeurait infructueuse pour les mêmes motifs que ceux invoqués
pour M. Abdallah MANSOUR (D4154/6).

1.2.1.3.16 Saïf Al Islam KADHAFI, fils de Mouammar KADHAFI

1.2.1.3.16.1 Sur les déclarations à la presse avant l'enquête

Pour rappel, en mars 2011, une agence de presse libyenne indiquait que Tripoli révélerait bientôt un
secret qui mettrait en péril la carrière politique du chef de l'État français Nicolas SARKOZY. Le 16 mars
2011, Saïf Al-Islam KADHAFI déclarait dans un entretien accordé à la chaîne de télévision «Euronews»
que le régime libyen avait financé la campagne présidentielle de Nicolas SARKOZY. Il annonçait des
révélations prochaines et la production de documents (documents, opérations de transferts, comptes
bancaires). Ces menaces n'étaient pas exécutées.

1.2.1.3.16.2 Sur son témoignage écrit

Un témoignage écrit était rédigé par Saïf Al Islam et transmis aux magistrats instructeurs le 10 août
2018. Ce témoignage était rédigé en arabe et communiqué par l’intermédiaire des avocats anglais de
l’intéressé (D2571 et D2573).

Ce témoignage était intitulé : « témoignage concernant le rapport du président français Nicolas


SARKOZY avec l’État libyen et son rôle dans le financement de la campagne électorale ».

Il débutait par un rappel du contexte : les relations entre Nicolas SARKOZY et la Libye avaient débuté
après la levée de l’embargo international prononcé à l’encontre de la Libye et à la clôture de l’affaire
de Lockerbie. Des discussions avaient alors été engagées avec plusieurs entreprises européennes en
vue de développer le système de transport aérien et de remettre à niveau plusieurs secteurs vitaux.
Ce sont ces discussions qui avaient permis une série de contacts ayant abouti ultérieurement à la
connaissance de Nicolas SARKOZY et de son cercle proche.

 Sur le début des relations franco-libyennes

Plusieurs négociations afin de signer des contrats avaient été engagées, notamment concernant la
vente d’avions AIRBUS. Parmi les intermédiaires qui gravitaient en marge de ces négociations
apparaissait un certain Mansour OJJEH, homme d’affaire français d’origine saoudienne. Celui-ci
s’intéressait, outre la vente d’AIRBUS, à des contrats d’armement avec la France. Il suggérait que les
relations puissent être opérées par l’intermédiaire de la société SOFRESA afin de ne pas être pénalisées
par des réminiscences de l’embargo, bien qu’il ait été levé.

A l’occasion des différentes discussions, les négociateurs libyens avaient eu à faire à messieurs Michel
MAZENS (représentant de la SOFRESA) et Alexandre DJOUHRI qui se vantait de ses bonnes relations
avec Jacques CHIRAC. En outre, M. DJOUHRI se targuait de faciliter les démarches en vue de l’obtention
d’un réacteur nucléaire auprès de AREVA mais plus généralement de fournir « toutes autres facilités
au gouvernement libyen ».

Les contacts avec Alexandre DJOUHRI s’étaient alors multipliés et Saïf Al Islam lui présentait Bechir
SALEH qui était en charge, côté libyen, des relations avec la France.

105
 Sur le soutien financier à l'action politique : SARKOZY ou DE VILLEPIN

A cette époque, Nicolas SARKOZY, alors Ministre de l’Intérieur, apparaissait bien positionné pour
candidater à l’élection présidentielle 2007 qui se profilait. Cependant, le Président CHIRAC lui préférait
à ce moment-là Dominique DE VILLEPIN. Au travers des contacts mentionnés ci-dessus, en particulier
Alexandre DJOUHRI, il avait été demandé au régime libyen de soutenir la future campagne électorale
de Dominique DE VILLEPIN.

Parmi les demandes présentées par l’entourage de Dominique DE VILLEPIN était évoqué un reliquat
de paiement relatif à la location d’un avion FALCONE qui serait la propriété d’Alexandre DJOUHRI. Les
demandes liées à ce reliquat étaient honorées. Selon les propos qu’aurait alors tenus Alexandre
DJOUHRI, les intérêts de retard ainsi obtenus auraient été utilisés par ce dernier pour verser des « pots
de vin » au Président CHIRAC dans le cadre du soutien de la coopération avec la Libye.

Concomitamment, un autre personnage avait émergé : Ziad TAKIEDDINE. Ce dernier faisait


connaissance d’Abdallah SENOUSSI par l’intermédiaire de son fils, Mohamed. Ziad TAKIEDDINE se
présentait alors comme un proche de Nicolas SARKOZY et proposait l’organisation d’une visite de ce
dernier à Tripoli. C’était Abdallah SENOUSSI qui avait abordé la question du soutien financier de
M. SARKOZY avec le Colonel KADHAFI.

 Sur le choix du candidat Nicolas SARKOZY

Alors que Dominique DE VILLEPIN, rival de Nicolas SARKOZY à la course à la candidature, n’avait que
peu de chance de gagner cette course, ce qui était confirmés par des rapports commandés par le
régime libyen, le Colonel KADHAFI avait choisi de soutenir le candidat SARKOZY.

 Sur la visite du 06/10/2005 : origine d’un versement de 2,5 M€

Ziad TAKIEDDINE coordonnait la visite ministérielle du 6 octobre 2005 en Libye. Saïf Al Islam confirmait
que lors de l’entretien du 6 octobre 2005 entre MM. SARKOZY et KADHAFI, la question du soutien
financier au futur candidat à l’élection présidentielle française avait été abordée.

Saïf Al Islam indiquait que le soutien à cette campagne s’était alors traduit par le versement de 2,5 M€
(D2573/2).

Pour cela, Nicolas SARKOZY dépêchait sur place son directeur de cabinet, Claude GUEANT pour
recevoir l’argent. Saïf Al Islam obtenait la confirmation de cette remise de fonds à Claude GUEANT par
Bechir SALEH dans le bureau de ce dernier lequel se plaisait à raconter une anecdote selon laquelle la
quantité de billet était telle que la valise prévue par Claude GUEANT n’était pas suffisamment grande,
l’obligeant à monter dessus pour la fermer. Claude GUEANT serait alors reparti en France avec ces 2,5
M€ en espèces. Selon Saïf Al Islam, Ziad TAKIEDDINE était informé de ces faits.

 La sollicitation d’un versement complémentaire de 2 millions

Ultérieurement, Abdallah SENOUSSI avait informé Saïf Al Islam KADHAFI que Nicolas SARKOZY lui avait
fait savoir, par l’intermédiaire de Ziad TAKIEDDINE, qu’il serait prêt à intervenir dans les efforts visant
à prouver son innocence dans l’affaire du DC10 d’UTA. A cette fin, Nicolas SARKOZY aurait missionné
son ami et avocat : Me Thierry HERZOG.

Quelques temps plus tard, Abdallah SENOUSSI revenait solliciter Saïf Al Islam suite à une demande
provenant de Nicolas SARKOZY pour le versement d’un complément de 2 M€ supplémentaires. Saïf Al

106
Islam se rapprochait alors du Premier Ministre, M. BAGHDADI. Ce dernier lui répondait que la demande
serait étudiée et que des concertations avaient lieu à un échelon supérieur afin de débloquer ce
montant pour soutenir la campagne présidentielle de M. SARKOZY. Il ajoutait que les fonds seraient
prélevés sur le budget alloué à la politique ou aux honoraires d’avocat dans les affaires internationales
connues. Cette demande supplémentaire était finalement acceptée mais Saïf Al Islam n’était pas
informé des modalités de paiement.

 Sur L'appel téléphonique SARKOZY-SENOUSSI en juillet 2007

Saïf Al Islam KADHAFI relatait également une anecdote dont il avait souvenir concernant la première
visite en Libye de Nicolas SARKOZY, jeune Président de la République (D2573/3).

Lors de cette visite, il disposait d’une chambre à l’hôtel Al Mahary. Alors qu’il était prévu qu’Abdallah
SENOUSSI rencontre le Président SARKOZY à son hôtel, cette rencontre avait été annulée par le
protocole français en raison de la condamnation qui avait été prononcée contre M. SENOUSSI. Des
journalistes étant présent, il fallait éviter de mettre le Président SARKOZY dans l’embarras. Il était alors
convenu que les deux hommes se contentent d’une communication téléphonique.

Lors de cette communication téléphonique avec Abdallah SENOUSSI, Nicolas SARKOZY avait remercié
la Libye pour son soutien. Ils évoquaient également la situation personnelle de M. SENOUSSI, le jeune
Président français l’assurant de l’imminence de la clôture de cette « affaire », la justice devant se
prononcer pour classement sans identifier les responsables.

Saïf Al Islam affirmait que cette conversation téléphonique avait fait l’objet d’un enregistrement qu’il
avait pu écouter par la suite. Il affirmait également que cette sauvegarde avait été effectuée en au
moins deux exemplaires, un premier étant conservé par les archives des renseignements libyens, le
second étant conservé par Abdallah SENOUSSI lui-même, probablement à son domicile.

Selon Saïf Al Islam, lors de cette visite, Nicolas SARKOZY rencontrait une nouvelle fois le Guide. C’était
l’occasion pour lui de le remercier du soutien apporté durant la campagne. Cette entrevue se déroulait
en présence de Moftah MISSOURI, traducteur du guide.

 Sur la proposition d’acquisition des RAFALES

Saïf Al Islam évoquait l’insistance avec laquelle Nicolas SARKOZY avait, à diverses reprises, tenté de
vendre des avions RAFALE. Selon Saïf Al Islam, Nicolas SARKOZY se transformait ainsi en commercial
du RAFALE afin d’obtenir le soutien médiatique et financier de Serge DASSAULT qui était par ailleurs,
le patron du journal LE FIGARO.

 Sur les contreparties françaises au soutien financier

Outre les démarches entreprises par rapport à la situation judiciaire de M. SENOUSSI, Saïf Al Islam
évoquait d’autres contreparties au soutien financier apporté par le régime de KADHAFI au candidat
SARKOZY.

La Libye avait ainsi cherché à faire l’acquisition d’hélicoptères TIGRE auprès de la société européenne
EUROCOPTER mais les autorités allemandes avaient posé leur véto. Selon Saïf Al Islam, Nicolas
SARKOZY avait contourné ce véto en procédant à la vente de ces appareils réalisés directement par
l’armée française. Ce « service » était réalisé en contrepartie du soutien financier apporté par la Libye
à sa campagne présidentielle.

107
Selon Saïf Al Islam, Nicolas SARKOZY s’était engagé à œuvrer pour que la Libye puisse obtenir divers
techniques et matériels. Cela concernait le nucléaire, le matériel sécuritaire, le matériel d’espionnage
mais également la coopération en matière de renseignement (D2573/4).

 Sur le rôle de Boris BOILLON

Saïf Al Islam listait un certain nombre de personnes ayant été informées voire partie prenante dans ce
soutien financier à la campagne présidentielle 2007. Parmi les noms cités apparaissait Boris BOILLON.

L’intéressé aurait notamment accompagné Mabrouka CHERIF pour servir d’intermédiaire entre
Messieurs SARKOZY et KADHAFI (D2573/4).

 Sur la demande de soutien pour la campagne présidentielle de 2012

En 2010, Mabrouka CHERIF présentait un courrier de Nicolas SARKOZY qui la présentait comme étant
porteuse d’un message. Le message qu’elle communiquait verbalement était le suivant : Nicolas
SARKOZY espérait un soutien financier pour s’engager dans les élections présidentielles prévues pour
2012.

Cela confirmait les déclarations du témoin N°123.

 Sur la mise à l’écart de TAKIEDDINE au profit de DJOUHRI

Saïf Al Islam ajoutait avoir constaté la mise à l’écart de Ziad TAKIEDDINE par l’entourage de Nicolas
SARKOZY, l’intermédiaire étant alors remplacé par Alexandre DJOUHRI en dépit de l’hostilité qui
pouvait exister entre lui et Nicolas SARKOZY.

 Sur les menaces de mort proférées par Alexandre DJOUHRI à l’encontre de Bechir SALEH

Saïf Al Islam indiquait que durant la guerre en 2011, Alexandre DJOUHRI avait menacé Bechir SALEH
de mort si ce dernier évoquait le soutien libyen à la campagne de Nicolas SARKOZY (D2573/5).

Ces menaces n’auraient pas cessé par la suite, y compris durant le séjour de Bechir SALEH en Afrique
du Sud qu’il ne quittera qu’après s’être fait tirer dessus.

 Sur la libération des infirmières bulgares

Saïf Al Islam évoquait l’engagement que la Libye avait reçue de Nicolas SARKOZY de trouver les fonds
pour indemniser les victimes, pour fournir aux malades un traitement sans limitation de durée et à
équiper le centre médical de Bengazi à cet effet (D2573/5-6).

Les libyens, étonnés que Nicolas SARKOZY s’engage à faire indemniser les victimes, avaient décidé
d’enquêter. Ils découvraient que Cecilia SARKOZY n’était pas heureuse dans son couple, qu’elle
entretenait une relation adultérine et qu’elle souhaitait alors divorcer. Sachant que le sort des
infirmières tenait particulièrement à son épouse, Nicolas SARKOZY avait cherché à lui faire plaisir. C’est
pour cela qu’il se rapprochait des qataris pour prendre en charge l’indemnisation des familles.
L’opération avait été réalisée physiquement par l’ambassadeur du Qatar en France qui s’était déplacé
en Libye muni du montant de l’indemnisation réglée ensuite aux familles. Le conseil supérieur de la
Magistrature libyen avait alors donné son accord pour la commutation de peine et l’extradition des
condamnées en Bulgarie pour qu’elles y accomplissent leur peine.

108
Les autorités libyennes avaient reçu confirmation par les autorités Qataries du paiement réalisé par
elles.

A ce sujet Saïf Al Islam avait accordé un entretien au journal « Le Monde » le 2 août 2007 évoquant
une contrepartie française à la libération des cinq infirmières et du médecin bulgare : « L'accord
recouvre des exercices militaires conjoints (..). Nous allons acheter à la France des missiles anti-chars
Milan, à hauteur de 100 millions d'euros (...). Ensuite, il y a un projet de manufacture d'armes, pour
l'entretien et la production d'équipements militaires ». Saïf Al-Islam KADHAFJ se félicitait du fait qu'il
s'agissait du « premier accord de fourniture d'armes par un pays occidental à la Libye » (D1643/14).

Selon une source de la DGSI (note N° 659625 du 03 août 2007, D1643/13) figurant parmi l'entourage
de Saïf Al Islam, ces déclarations seraient liées à des règlements internes à l'Etat libyen. La note
poursuivait en indiquant que certains caciques du régime (Bechir SALEH et Abdallah SENOUSSI)
pouvaient se voir reprocher la gestion de cette libération ; Moussa KOUSSA qui n'était pas apparu au
premier plan concernant cette affaire était susceptible de tirer profit de la situation.

 Sur les déclarations publiques de Saïf Al Islam amendées par Nicolas SARKOZY

Après la libération des infirmières bulgares, la Libye obtenait la vente de matériel militaire, notamment
de missiles Milan. Saïf Al Islam se rappelait avoir évoqué l’obtention de ces contrats aux médias
français. Sa démarche avait pour but d’inciter d’autres pays européens à suivre le chemin ouvert par
la France. Nicolas SARKOZY aurait été gêné par ses déclarations et lui aurait demandé de temporiser
et modérer ses déclarations (D2573/3).

 Sur l’accusation d’un soutien financier Qatari à la campagne 2007

En marge de ces manœuvres et arrangements, les autorités Qataries auraient ajouté avoir, elles aussi,
apporté un soutien financier à la campagne présidentielle du candidat SARKOZY en 2007 (D2573/6).
En contrepartie de ce soutien financier, Nicolas SARKOZY devait apporter son soutien à l’entrée des
Qataris au capital de EADS. Ce soutien impliquait que Nicolas SARKOZY devait convaincre les
partenaires européens au sein d’EADS (Allemagne, Italie, et Espagne). Ce soutien aurait été confirmé
de vive voix à Saïf Al Islam par Jean Paul GUT.

1.2.1.3.17 Les accusations du colonel KADHAFI lui même

Dans une interview accordée en mars 2011 à une journaliste du FIGARO, Delphine MINOUI Mouammar
KADHAFI lui-même confirmait avoir financé la campagne électorale de Nicolas SARKOZY.

Cependant, si cette interview était réalisée en mars 2011, cette partie concernant le financement
libyen de la campagne de Nicolas SARKOZY n’était rendue publique qu’en janvier 2014 dans le cadre
de l’émission « pièces à conviction » réalisée par Pascal HENRY (cf supra).

L’interview du Colonel KADHAFI par Mme MINOUI avait fait l'objet d'un enregistrement sonore.
M. KADHAFI s’exprimait ainsi (D263) :

« Moi je pense que mon ami, mon cher ami SARKOZY a un désordre mental. Moi, j'étais étonné. Je
n'ai rien dit. Notamment, c'est moi qui l'ai fait arriver au pouvoir en France. (...).
Nous lui avons donné le financement nécessaire pour qu'il puisse gagner les élections chez lui. Il était
venu ici sous cette tente là et il m'a demandé un soutien financier si vous voulez, et on l'a soutenu
financièrement. Et il a gagné les élections ».

109
La journaliste demandait alors au Colonel KADHAFI pour quelles raisons celui-ci avait accepté de
financer la campagne de Monsieur Nicolas SARKOZY. Le Colonel lui répondait en ces termes:

« Pour nous, en tant que libyens, si le Président de la République française gagne les élections grâce
à nos fonds, c'est vraiment un gain pour nous ».
A la suite de cette interview la journaliste avait dû rentrer en France. Mouammar KADHAFI lui avait fait
savoir six mois plus tard par l’intermédiaire de Moftah MISSOURI que le soutien s’était élevé à une
vingtaine de millions de dollars.

Un autre journaliste avait pu interviewer Mouammar KADHAFI le 4 mars 2011 par l’intermédiaire de
Ziad TAKIEDDINE, Laurent VALDIGUIE (D2379). A la fin de l’interview, le journaliste avait demandé :
« est-ce que vous avez aidé des politiques français ? ». Selon lui à ce moment-là TAKIEDDINE avait
poussé de grands cris :

« MISSOURI n'a pas traduit la question immédiatement. KADHAFI a demandé quelque chose.
J’imagine de traduire, et a fait une réponse en arabe. MISSOURI a traduit en disant « le guide
comprend parfaitement le sens de votre question, mais le moment n'est pas venu d'y répondre. Vous
reviendrez ». Puis il s'est levé et l'interview était finie. »

A la suite de cette interview, l’avion qui ramenait M. VALDIGUIE et M. TAKIEDDINE en France était
contrôlé à l’aéroport du Bourget. M. TAKIEDDINE était retrouvé en possession d’1,5 millions d’euros
en espèces.

1.2.1.3.18 Les déclarations de Ziad TAKIEDDINE dans d’autres dossiers

 Dossier du manquement aux obligations déclaratives (1,5 M€) le 06 mars 2011

A l’occasion d’un retour de Libye en possession d’une somme d’1,5 M€, Ziad TAKIEDDINE était entendu
par un fonctionnaire du service national des douanes judiciaires le 6 mars 2011 (D114). Lors de cette
audition, il évoquait le contexte de son voyage à Tripoli la veille avec Laurent VALDIGUIE.

Ziad TAKIEDDINE précisait travailler pour les autorités libyennes depuis 2006, ce qui occasionnait des
déplacements en Libye environ 8 fois par an. Il indiquait y jouer un rôle de conseiller économique et
financier afin de favoriser les signatures de contrat en instaurant un climat de confiance.
Concrètement, sa mission consistait à faire préciser les besoins des autorités libyennes et leurs
attentes exactes. Cela portait sur des domaines comme le contrôle aux frontières, la désalinisation de
l’eau de mer, le domaine médical, des structures aéroportuaires ou des concessions pétrolières. Pour
illustrer cela, il citait la société HONEYWELL qu’il avait aidée à s’implanter en Libye.

A cette occasion, il évoquait la préparation des visites en Libye de Nicolas SARKOZY, Brice HORTEFEUX
et Claude GUEANT. L’objet de ce travail était de permettre l’ouverture d’une nouvelle page dans les
relations entre la France et la Libye.

Le fonctionnaire des douanes demandait à Ziad TAKIEDDINE si ce transfert de 1,5 M€ réalisé le 5 mars
2011 était son premier transfert d’espèces en provenance de Libye. Il répondait par l’affirmative. Il
ajoutait qu’avant la guerre, il procédait par virements, mais que cela n’était plus possible depuis le
début des troubles.

110
 Sur ses déclarations du 12 octobre 2011 dans le dossier KARACHI

Ziad TAKIEDDINE était entendu par un juge d’instruction dans le cadre du dossier Karachi le 12 octobre
2011 (D115).

Dans cet interrogatoire, il évoquait la tentative de relance des négociations sur le dossier MIKSA en
2003, à l’initiative de l’Arabie Saoudite. Côté français, Ziad TAKIEDDINE traitait avec le Ministère de
l’Intérieur, plus précisément au travers, déjà, de messieurs Claude GUEANT et Brice HORTEFEUX.
Finalement, les discussions étaient stoppées, sur instruction venant de l’Elysée, à l’époque de Jacques
CHIRAC. Le message élyséen avait été transmis par Maurice GOURDAULT MONTAGNE.

Lors de cet interrogatoire, Ziad TAKIEDDINE confirmait l’authenticité des documents qui avaient été
remis à la Justice par son épouse. Il précisait, notamment concernant les notes relatives à la Libye,
qu’elles avaient été réalisées par ses soins. Ziad TAKIEDDINE les remettait à Claude GUEANT qui lui-
même les remettait à celui qui était alors Ministre de l’Intérieur : Nicolas SARKOZY. Ce dernier était
surnommé « LE PATRON » (D115/3).

 Sur ses déclarations du 09 mai 2012 dans le dossier KARACHI

Ziad TAKIEDDINE était entendu par un juge d’instruction dans le cadre du dossier Karachi le 09 mai
2012 (D118). A cette occasion, il évoquait pour la première fois le financement libyen de la campagne
présidentielle de Nicolas SARKOZY.

Dès le début de cet interrogatoire, il souhaitait en effet faire des déclarations spontanées sur les
soupçons de financement libyen de la campagne de 2007, cet interrogatoire intervenant quelques
jours seulement après la publication par MEDIAPART du document évoqué plus haut.

Ziad TAKIEDDINE déclarait que les informations évoquant un financement de la campagne 2007 de
Nicolas SARKOZY à hauteur de 50 M€ étaient « tout à fait crédibles ».

Pour justifier cette opinion, il évoquait une discussion qu’il avait eue avec Saïf El Islam KADHAFI le 04
mars 2011 pour faire suite à des déclarations publiques de ce dernier. Au cours de cette discussion, le
fils KADHAFI lui avait confirmé la véracité de ses accusations. Ziad TAKIEDDINE lui faisait part de son
étonnement de ne pas avoir été au courant, Saïf Al Islam lui aurait rétorqué que cela faisait partie des
« affaires réservées » qui ne le concernaient pas.

Ziad TAKIEDDINE se trouvait alors en Libye pour accompagner Laurent VALDIGUIE, journaliste officiant
alors au JDD lequel devait interviewer le Colonel KADHAFI. A l’issue de l’entretien, le journaliste posait
une question sur les soupçons de financement libyen. Ziad TAKIEDDINE refusait de traduire,
néanmoins, le Colonel KADHAFI, qui comprenait le français, lui aurait répondu : « chaque chose en son
temps ».

Ziad TAKIEDDINE était supposé profiter de sa rencontre avec le Colonel KADHAFI pour transmettre un
message provenant de Claude GUEANT l’invitant à quitter le pouvoir et la Libye et lui assurant que la
France était prête à faciliter ce départ et son exil. La réponse du Colonel KADHAFI était qu’il refusait
l’ingérence, mais qu’il voulait préserver l’intégrité de la Libye, éviter une guerre civile et qu’il allait de
toute manière quitter le pouvoir.

Ziad TAKIEDDINE était interpellé à son retour au Bourget, ce qui l’empêchait de transmettre cette
réponse à Claude GUEANT. Lors de cet interrogatoire, Ziad TAKIEDDINE indiquait que le montant en

111
numéraires qu’il transportait en provenance de Libye correspondait alors à un paiement qui lui était
dû par la société HONEYWELL Libye.

Ziad TAKIEDDINE affirmait alors être convaincu de la réalité du financement libyen de la campagne
2007 de M. SARKOZY. Il ajoutait que son interpellation au retour de Tripoli le 05 mars 2011 avait été
initié par Claude GUEANT qui devait le soupçonner de ramener les preuves de ce financement.

 Sur ses déclarations du 19 décembre 2012 dans un dossier distinct

Ziad TAKIEDDINE était à nouveau entendu dans le cadre du dossier KARACHI le 19 décembre 2012
(D33/3 et s). Lors de cet interrogatoire, il évoquait des dérives en marge des relations entre la France
et la Libye.

Il précisait tout d’abord que des sociétés françaises avaient obtenu des contrats pour des prestations
fictives. Il évoquait une société PUBLICS comme étant une de ces sociétés, dans laquelle le fils de
Claude GUEANT aurait des intérêts (D33/6).

Ziad TAKIEDDINE profitait de l’occasion pour revenir sur le financement libyen de la campagne
présidentielle 2007 de Nicolas SARKOZY. Il indiquait que le montant dépassait le montant de 50 M€.
Ce financement aurait été principalement opéré entre décembre 2006 et janvier 2007. Durant cette
période Bechir SALEH était venu rencontrer Claude GUEANT à plusieurs reprises. Lors de ces
rencontres, Claude GUEANT aurait communiqué les indications bancaires nécessaires aux virements.
Lorsque Bechir SALEH rentrait en Libye, il consignait les détails de ces rencontres sur des comptes
rendus écrits destinés au Colonel KADHAFI. Le Premier Ministre Mahmoudi Baghdadi aurait eu ces
documents en sa possession.

 Sur ses déclarations devant la police le 22 juin 2012

Ziad TAKIEDDINE était entendu une première fois dans la procédure initiée sur la plainte de Nicolas
SARKOZY suite à la publication de son document libyen par MEDIAPART (D209). Il déclarait alors avoir
tenté de travailler au rapprochement entre la France et la Libye à partir de 2004, sous l’impulsion de
Saïf Al Islam KADHAFI et s’était alors rapproché de Claude GUEANT qui était directeur de cabinet du
Ministre de l’Intérieur.

Le travail de rapprochement entre la France et la Libye le conduisait à rencontrer Abdallah SENOUSSI


lequel lui faisait part d’un grief fait à la France, celui d’avoir ouvert une enquête et poursuivi plusieurs
ressortissants libyens, dont lui-même, suite à l’attentat du DC10 d’UTA.

Concernant le soutien financier de la Libye à la campagne 2007 de Nicolas SARKOZY, il persistait dans
sa version. Ziad TAKIEDDINE indiquait ne détenir aucune preuve de ce financement. Il déclarait
cependant que ces preuves pouvaient certainement se trouver entre les mains de Bechir SALEH, ce
dernier ayant pu quitter la Libye avec l’appui de la France. Selon les informations que Ziad TAKIEDDINE
détenait d’un tiers dont il ne souhaitait pas communiquer l’identité, ces documents évoqueraient des
remises de fonds par Bechir SALEH à Claude GUEANT qui se monteraient à 27,5 M€.

Sur ses relations avec Nicolas SARKOZY, il déclarait ne l’avoir rencontré qu’à deux reprises, une fois en
présence de Philippe SEGUIN et une seconde fois en novembre 2003, dans son appartement au
Ministère de l’Intérieur, dans le cadre des négociations MIKSA (D209/4).

Lors de cette audition, Ziad TAKIEDDINE contestait avoir rédigé des notes communiquées à la justice
par son ex-épouse qu’il avait pourtant déjà authentifiées devant un autre magistrat. Ainsi en était-il

112
(D209/5) d’une note intitulée « Visite du Ministre le 6 octobre 2005 » (D66) laquelle détaillait le
déplacement ministériel à venir de Nicolas SARKOZY à Tripoli et suggérait un déplacement préparatoire
de Claude GUEANT, directeur de cabinet du Ministre. Le rôle de Ziad TAKIEDDINE apparaissait là plus
actif que ce qu’il voulait alors bien concéder. Il ressortait de cette note que le voyage préparatoire de
Claude GUEANT devait être réalisé « sans fanfare ». Il était évoqué un « secret défense absolu » devant
entourer les « préparations parallèles ». Enfin, le caractère discret du déplacement de Claude GUEANT
devrait ainsi permettre d’être « plus à l’aise pour évoquer l’autre sujet important, de la manière la plus
directe ».

Bien que Ziad TAKIEDDINE contestait être l’auteur de cette note, elle était retrouvée en version
« traitement de texte ». Les métadonnées de ce fichier indiquaient qu’il avait bien été créé en 2005
(06/09/2005) et que l’auteur était bien Ziad TAKIEDDINE (D2266/4).

Ziad TAKIEDDINE contestait également être l’auteur d’une note intitulée « Réunion avec : Saïf El Islam
KADHAFI, Abdallah Al Sanusi » (D73). Cette note portait sur le dossier « Patton&Boggs » et des
démarches dans lesquelles intervenaient Claude GUEANT mais aussi le Premier Ministre Qatari.

Ziad TAKIEDDINE contestait également être le rédacteur d’une note résumant le déroulé d’une visite
en Libye les lundi 11 et mardi 12 avril 2005 (D125 et D2266/9) au cours de laquelle il aurait rencontré
Abdallah SENOUSSI, Saïf Al Islam et Mohamed SENOUSSI, fils de Abdallah. S’il contestait en avoir été
l’auteur, il en validait pourtant le contenu. Dans cette note, parmi les préoccupations des libyens, la
situation personnelle d’Abdallah SENOUSSI par rapport à sa condamnation apparaissait en bonne
place. Cette problématique était retranscrite ainsi dans cette note :

« Affaire personnelle de AS avec la France, et voir comment régler ce « contentieux », en application


de la promesse de Chichi a MK lors de la visite du Président en Libye. Voire pour le paiement des
dettes de la Libye envers la France (50 M€ ?) »

Sa présence à cette réunion était objectivée par la confirmation d’un voyage en Libye de Ziad
TAKIEDDINE aux mêmes dates (vol Paris-Tripoli le 11/04/2005 et Tripoli-Paris le 12/04/2005)
(D2266/9).

Une autre note (D126) évoquait la visite ministérielle de Nicolas SARKOZY à Tripoli et suggérait l’envoi
d’un courrier à ce dernier pour proposer l’invitation de Brice HORTEFEUX2. Ziad TAKIEDDINE contestait
avoir rédigé la partie dactylographiée. Cependant, il revendiquait les écritures en arabe qui figuraient
sur la partie inférieure du document.

Ainsi, les contestations par Ziad TAKIEDDINE de l’authenticité de certains documents extraits de ses
archives semblaient davantage motivées par la précaution qu’il prenait, à cette époque, à ne pas
s’auto-incriminer que par une logique factuelle. En effet, certaines métadonnées ou la présence
d’annotations qu’il reconnaissait être de sa main sur des documents qu’il contestait le démontraient.

 Sur ses déclarations dans l’émission ONPC du 05 janvier 2013

Ziad TAKIEDDINE était invité de l’émission « On n’est pas couché » diffusée le 05/01/2013 (D175).

Il y redécrivait le point de départ de ses relations avec Nicolas SARKOZY mais surtout Claude GUEANT,
depuis les négociations sur le contrat MIKSA jusqu’à l’entrée en relation avec le régime de KADHAFI.

2
Cette note comporte une erreur sur la date du voyage de Nicolas SARKOZY : il est mentionné la date du 16
octobre 2005 alors qu’il s’agissait du 6 octobre 2005.

113
Ziad TAKIEDDINE y revendiquait la libération des infirmières bulgares. Il déclarait l’avoir faite « de A à
Z ».

Acculé de questions sur ses intérêts financiers découlant des relations avec la Libye, Ziad TAKIEDDINE
contestait avoir reçu quelque rémunération, y compris en lien avec les activités de AMESYS, ce qui
apparaissait comme étant faux (comme en attestaient les versements effectués sur ses sociétés
offshore COMO et TRISTAR).

S’agissant plus précisément sur le financement libyen de la campagne 2007 de Nicolas SARKOZY, Ziad
TAKIEDDINE déclarait l’avoir appris en mars 2011 de la bouche de Saïf Al Islam. Il ajoutait ne pas y avoir
cru à ce moment-là.

Sa conviction avait été emportée par une rencontre avec le mystérieux neveu de « quelqu’un super
important là-bas ». Cet individu, dont Ziad TAKIEDDINE réservait prétendument l’identité à la justice,
lui aurait montré des documents sur format numérique. Selon ces documents, au-delà du financement
de la campagne électorale de Nicolas SARKOZY, il y aurait eu des flux corruptifs de l’ordre de 400 M€,
de 2007 à 2011.

 Sur ses déclarations devant les gendarmes le 13 mars 2014

Ziad TAKIEDDINE était entendu une nouvelle fois par les gendarmes de la section de recherche de Paris
saisis par M. CROS, juge d’instruction, en lieu et place de la BRDP (D345_J1).

Interrogé sur le nombre de voyages effectués par Brice HORTEFEUX en Libye, ce dernier n’en
reconnaissant qu’un seul, Ziad TAKIEDDINE persistait à évoquer deux déplacements de M. HORTEFEUX,
ces deux déplacements étant officiels. Il était formel sur le fait qu’il avait accompagné Brice
HORTEFEUX à Tripoli, et lors de chacun de ces deux voyages, ce dernier en aurait profité pour
rencontrer Abdallah SENOUSSI.

Interrogé sur les participants, français comme libyens, à des réunions auxquelles il avait assisté, Ziad
TAKIEDDINE évoquait les noms de Nicolas SARKOZY, Claude GUEANT et Brice HORTEFEUX pour la
partie française ; pour la partie libyenne, il citait Mouammar KADHAFI, Abdallah SENOUSSI, Saïf Al
Islam KADHAFI et des personnes de leur entourage, comme une certaine Wadad, secrétaire du Guide.

S’agissant plus particulièrement du voyage ministériel de Nicolas SARKOZY en Libye le 6 octobre 2005,
Ziad TAKIEDDINE confirmait avoir été sur place lui aussi. Il affirmait avoir participé à la préparation de
ce déplacement et des rendez-vous qui étaient organisés. Ziad TAKIEDDINE rapportait que l’entretien
entre Nicolas SARKOZY et Mouammar KADHAFI s’était terminé par un tête à tête, sans interprète.

A la fin de cette journée du 6 octobre 2005, Ziad TAKIEDDINE rapportait s’être rendu, en compagnie
d’Abdallah SENOUSSI, à l’hôtel CORINTHIA où se trouvait Nicolas SARKOZY. Selon Ziad TAKIEDDINE, il
aurait rejoint la suite de Nicolas SARKOZY où ce dernier aurait alors reçu Abdallah SENOUSSI, en
présence de Claude GUEANT. Ziad TAKIEDDINE précisait que Claude GUEANT s’était engagé à plusieurs
reprises à ce qu’une telle rencontre puisse être organisée. Or de nombreux témoins déclaraient que
cette réunion n’avait pas eu lieu par prudence, en raison de la présence de journalistes.

Le soir, Ziad TAKIEDDINE débriefait cette visite ministérielle de Nicolas SARKOZY avec Abdallah
SENOUSSI à son domicile. C’est alors que Abdallah SENOUSSI lui demandait le coût d’une campagne
présidentielle en France, question à laquelle il répondait il répondait que c’était de l’ordre de 20 M€.
Intrigué par une telle question, il demandait des précisions à Abdallah SENOUSSI qui lui précisait : « ton
ami a demandé une aide pour le financement de sa campagne présidentielle au leader », et Mouammar

114
KADHAFI voulait savoir combien cela pouvait coûter. Ziad TAKIEDDINE faisait part de son étonnement
mais il précisait qu’il allait se renseigner auprès de Claude GUEANT.

Quelques temps plus tard, à l’hôtel SOFITEL situé à proximité du Ministère de l’Intérieur, Ziad
TAKIEDDINE interrogeait Claude GUEANT à ce sujet. Celui qui allait devenir le directeur de campagne
du candidat SARKOZY lui répondait :

« Peut-être il a pu demander une aide mais en tous les cas pas un financement de la campagne. »

Ziad TAKIEDDINE rétorquait que cela ne correspondait pas à la demande de M. SENOUSSI. Il insistait
pour connaître le coût et Claude GUEANT, bien qu’il affirme qu’aucune aide financière n’ait été
sollicitée, finissait par lui donner le montant de 22 M€.

Ziad TAKIEDDINE retournait en Libye et rapportait à Abdallah SENOUSSI le contenu de la conversation


qu’il avait eue avec Claude GUEANT en lui demandant de s’assurer si M. KADHAFI avait « bien compris
la demande formulée par M. SARKOZY ou s’il s’agissait d’autre chose ». M. SENOUSSI confirmait qu’il
s’agissait bien d’une demande « très claire de M. SARKOZY ».

Ziad TAKIEDDINE était interrogé sur une note extraite de ses archives dont il contestait la rédaction,
tout en reconnaissant être l’auteur des annotations manuscrites qu’elle supportait (D126). Il indiquait
que, comme pour tous les déplacements qu’il préparait, il rédigeait des notes qu’il adressait à ses
interlocuteurs. Les annotations manuscrites de ce document concernaient la préparation de la visite
ministérielle à venir de Brice HORTEFEUX. Cette note était destinée à Abdallah SENOUSSI.

Ziad TAKIEDDINE affirmait que lors de ce déplacement ministériel de Brice HORTEFEUX, il n’avait jamais
été question d’une rencontre avec le Colonel KADHAFI. Bien que Brice HORTEFEUX soit en charge des
collectivités locales, cette visite se situait uniquement sur un plan sécuritaire avec M. SENOUSSI.

Le sujet qui animait la conversation entre messieurs HORTEFEUX et SENOUSSI était la maîtrise des flux
migratoires. Selon Ziad TAKIEDDINE, cette rencontre avait duré minimum une heure. Ziad TAKIEDDINE
affirmait avoir traduit l’intégralité des propos échangés. Il ajoutait que la perspective de l’élection
présidentielle 2007 et d’une éventuelle candidature de Nicolas SARKOZY n’avaient pas été abordées.

Ziad TAKIEDDINE apportait des précisions sur le déroulement de son séjour à Tripoli en mars 2011.

Dans l’attente du rendez-vous avec le Guide et après la conversation avec Saïf Al Islam au cours de
laquelle ce dernier lui avait confirmé la réalité du soutien financier que la Libye avait apporté à la
campagne de Nicolas SARKOZY, il serait allé voir Abdallah SENOUSSI qui, à son tour, lui avait confirmé
ce soutien financier. Abdallah SENOUSSI aurait ajouté que la personne la plus importante dans ce
dispositif était désormais le Premier Ministre BAGHDADI, Bechir SALEH ayant perdu de sa proximité
avec le Leader.

Ziad TAKIEDDINE précisait avoir échangé quelques mots avec le Colonel KADHAFI, après que Laurent
VALDIGUIE ait terminé son interview et quitté les lieux. Ziad TAKIEDDINE comptait profiter de
l’occasion pour transmettre un message de Claude GUEANT proposant au Guide de quitter le pouvoir.
Ce dernier opposait un refus cinglant, reprochant au Qatar d’organiser la révolution. Il était furieux
contre le fait d’avoir « continuellement financé M. SARKOZY et que celui-ci se retournait contre lui ».
KADHAFI appelait SARKOZY « le mendiant ».

115
1.2.2 Les déclarations des principaux mis en cause

1.2.2.1 Ziad TAKIEDDINE

1.2.2.1.1.1 Sur ses déclarations et témoignages dans le cadre de l'enquête

Ziad TAKIEDDINE était entendu à de multiples reprises dans le cadre de la présente procédure, que ce
soit par les enquêteurs de l’OCLCIFF (D9, D1728, D1729) ou par les magistrats instructeurs en qualité
de témoin (D247) ou de mis en examen (D1732, D2533, D2731, D3082, D3191 et D3563).

Ses domiciles français étaient perquisitionnés le 11 avril 2013 (D29). Les opérations menées dans le
domicile parisien permettaient la découverte d’éléments en lien avec le nommé Jomode Elie Getty
dont les déclarations étaient évoquées ci-dessus.

 Sur ses déclarations devant les enquêteurs le 05 février 2013

Ziad TAKIEDDINE était entendu la première fois dans le cadre de la présente procédure le 5 février
2013 (D9). Il confirmait à cette occasion ses précédentes déclarations et les complétait par la
formulation de craintes sur la volonté réelle qu’aurait le ministère public de mener l’enquête à son
terme.

Il évoquait des vidéos captées à l’occasion de réunions entre hauts responsables français et libyens,
sans communiquer de nom.

Ziad TAKIEDDINE déclarait avoir découvert a posteriori les nombreux voyages réalisés par Claude
GUEANT en Libye, sans qu’il ait été informé. L’objet de ces voyages de Claude GUEANT était de se faire
remettre des espèces auprès du Premier Ministre libyen. Il confirmait également la venue en France
de Bechir SALEH pour rencontrer Claude GUEANT et communiquer à ce dernier des informations
bancaires pour adresser des virements.

Il ne souhaitait pas développer ses précédentes accusations portant sur des prestations fictives de trois
sociétés françaises et ne souhaitait pas en dire davantage sur la finalité réelle des fonds ainsi versés.

 Sur ses premières déclarations en qualité de témoin devant le juge d’instruction du 23 mai
2013

Ziad TAKIEDDINE était entendu en qualité de témoin dès l’ouverture de la présente information par
les magistrats instructeurs le 23 mai 2013 (D247).

A cette occasion, il faisait part de son souhait ne pas se contenter de traiter « une vulgaire affaire de
50 millions touchés ou pas par Nicolas SARKOZY pour sa campagne » mais élargir le sujet à « une
corruption très vaste qui infecte toutes les institutions ».

Ziad TAKIEDDINE revenait sur les démarches entreprises en vue du rapprochement entre la France et
la Libye. Avant de s’engager dans cette voie, il demandait et obtenait l’accord de Claude GUEANT. Dans
le cadre de ces discussions, et plus précisément lors de la visite sur place de Claude GUEANT, ce dernier
rencontrait Abdallah SENOUSSI qui exprimait un souhait officiel, à savoir que le régime libyen et ses
dirigeants ne soient pas reconnus comme responsables, à charge pour la Libye de les rechercher et de
les condamner. Cependant, le juge BRUGUIERE persistait et Abdallah SENOUSSI était condamné. Lors

116
de cette rencontre, Claude GUEANT aurait formulé la réponse suivante concernant la situation
judiciaire de M. SENOUSSI (D247/3) :

« Pour le moment, on ne peut rien faire. On va regarder le dossier, et dès son accession au pouvoir,
si nous y arrivons, nous ferons enlever la note rouge et nous résoudrons le problème ».

Ziad TAKIEDDINE évoquait ensuite le déplacement ministériel de Nicolas SARKOZY en Libye d’octobre
2005. Là aussi, le sort d’Abdallah SENOUSSI était évoqué. Ziad TAKIEDDINE traduisait en arabe les
propos suivants qu’il attribuait à Nicolas SARKOZY :

« Dès ma prise de fonction à la Présidence de la République française, pas le premier acte, mais le
deuxième acte d’amnistie sera pour M. SANOUSSI [SENOUSSI] ».

Concernant son déplacement à Tripoli le 5 mars 2011 pour accompagner Laurent VALDIGUIE, Ziad
TAKIEDDINE confirmait la version qu’il avait déjà communiquée lors des auditions déjà réalisées.

Ziad TAKIEDDINE persistait à se présenter comme un personnage central dans la libération des
infirmières bulgares. Au cours des négociations, les libyens auraient exigé, par la voix d’Abdallah
SENOUSSI, que la France verse 135 M€ à la Fondation créée au profit des familles des 135 enfants
infectés par le VIH. Cela n’étant pas réalisable, Ziad TAKIEDDINE suggérait à Claude GUEANT que la
France sollicite le Qatar. L’accord était obtenu en quelques minutes et il était communiqué à Abdallah
SENOUSSI directement par le Premier Ministre Qatari, Ahmed BEN JASSEM. Enfin, Ziad TAKIEDDINE
aurait suggéré que ce soit Cecilia SARKOZY qui se déplace à Tripoli pour les récupérer à la place du seul
Claude GUEANT, ce dernier n’étant pas d’un rang suffisant. Cependant, selon Ziad TAKIEDDINE, les
fonds en question ne seraient pas parvenus en Libye, sans pour autant qu’il communique quelque
élément ce que ce soit concernant la destination réelle de cet argent.
Entendue sur son rôle dans la libération des infirmières, Cécilia ATTIAS (ex-épouse SARKOZY) déclarait
avoir été totalement ignorante d’un quelconque rôle joué par Ziad TAKIEDDINE dans cette opération.
Elle reconnaissait néanmoins ne pas avoir été partie prenante des négociations financières
susceptibles d’avoir entourée celle-ci (D4229).

1.2.2.1.1.2 Auditions comme mis en cause libre en novembre 2016

Le 15 novembre 2016, le site MEDIAPART publiait une interview sous forme de vidéo de Ziad
TAKIEDDINE. Le titre de l’article associé était : « Takieddine : j’ai remis trois valises d’argent à Gueant
et Sarkozy » (D1727).

Pour faire suite à ces nouvelles déclarations publiques, Ziad TAKIEDDINE était de nouveau auditionné
les 15 et 17 novembre 2016, en qualité de mis en cause libre cette fois ci (D1728 et D1729).

Il rappelait avoir été démarché en octobre 2005 par les autorités libyennes afin d'instaurer une
collaboration entre les services de renseignements français et libyens. Il était démarché dans un
premier temps par Saïf Al Islam KADHAFI, à Paris. La relation ainsi établie se poursuivait à Tripoli où
Ziad TAKIEDDINE allait le rencontrer. Il avait ensuite fait la connaissance d’Abdallah SENOUSSI et du
Colonel KADHAFI. Tous les trois lui ont indiqué le souhait pour la Libye de rétablir des relations étroites
avec la France, notamment autour de trois axes :

 l’immigration
 l’application d’accords internationaux autour de la Méditerranée (Espagne,
France, Italie, Malte, Algérie, Tunisie et Libye)
 Accompagnement de la politique africaine de KADHAFI

117
Ces thématiques relevant de la compétence du Ministère de l’Intérieur, Ziad TAKIEDDINE reprenait
contact avec Claude GUEANT, directeur de cabinet du Ministre, qu’il connaissait depuis les
négociations avortées du contrat saoudien MIKSA.

C’est dans ce contexte que s’était ainsi opéré le voyage de Claude GUEANT à Tripoli en septembre
2005, voyage préparatoire au voyage ministériel qui devait suivre le 6 octobre 2005.

Lors du déplacement ministériel en Libye, un accord de collaboration aurait été conclu entre les deux
pays, accord prévoyant notamment la formation d'équipes libyennes. M. TAKIEDDINE ajoutait avoir
participé aux déplacements de Claude GUEANT puis à celui de Brice HORTEFEUX. Les premières
formations de libyens se seraient déroulées en France dès 2006. Les interlocuteurs libyens des français
étaient alors Abdallah SENOUSSI et ses collaborateurs.

Ziad TAKIEDDINE rapportait avoir assisté, lors du voyage officiel du 6 octobre 2005, à un tête-à-tête
entre Nicolas SARKOZY et le Colonel KADHAFI, ce dernier ayant demandé à ce que même l'interprète
du ministre français sorte, la traduction étant alors assurée par M. TAKIEDDINE uniquement. Parmi
diverses flatteries diplomatiques, la candidature de Nicolas SARKOZY à la future campagne
présidentielle était abordée. Il s’agissait de la première fois qu’une telle scène était décrite en présence
de ces trois hommes.

Aucun autre participant à cette entrevue entre messieurs KADHAFI et SARKOZY, pas même
M. TAKIEDDINE lui-même, n’avait évoqué, jusque-là, la présence de ce dernier lors du tête-à-tête.
Cette version venait même contredire une version précédemment avancée par M. TAKIEDDINE
évoquant une rencontre entre les deux hommes, les échanges ayant pu être opérés en anglais
(D345_J1 page 3).

M. TAKIEDDINE rencontrait ensuite M. SENOUSSI pour débriefer la visite. A cette occasion, ce dernier
lui posait la question du coût d'une campagne présidentielle en France. N’étant pas très au fait du
montant, Ziad TAKIEDDINE donnait un ordre d’idée situé autour de 20-25 M€, que les campagnes
étaient financées par les partis, mais qu’il allait se renseigner. Dès son retour à Paris, M. TAKIEDDINE,
qui avait été intrigué d'une telle interrogation de la part de M. SENOUSSI, interrogeait Claude GUEANT
afin de savoir si Nicolas SARKOZY avait demandé à M. KADHAFI un quelconque financement de sa
campagne. M. GUEANT répondait : « Je ne pense pas mais s'il l'a fait, il s'agit peut-être d'une aide,
comme tout le monde fait », sous entendant que chacun était libre de contribuer à la campagne du
futur candidat. Néanmoins, Claude GUEANT, à qui visiblement une telle demande ne semblait pas
improbable, lui confirmait malgré tout que le budget d’une campagne était de 20-25 M€.

Ce n’est que suite à ces échanges que Ziad TAKIEDDINE aurait compris que la question d’un
financement aurait été évoqué lors de cette rencontre du 6 octobre 2005 entre Nicolas SARKOZY.

Si dans ses versions précédentes, Ziad TAKIEDDINE avait déclaré ne pas avoir assisté à l’aparté entre
les deux hommes, il évoquait désormais sa présence tout en contestant avoir assisté à une telle
discussion. Il émettait la possibilité que cette problématique de financement ait été abordée sur le
chemin du retour vers les véhicules.

A l'occasion d'un nouveau déplacement en Libye, Ziad TAKIEDDINE communiquait à M. SENOUSSI le


coût officiel d'une campagne présidentielle en France et lui demandait pourquoi avoir formulé pareille
question. Selon M. TAKIEDDINE, Abdallah SENOUSSI lui aurait répondu : « qu'il voulait avoir ces
informations, notamment le montant, parce que Monsieur SARKOZY avait indiqué au Colonel KADHAFI
qu'une campagne coûtait beaucoup plus, sans évoquer de montant ».

118
Ziad TAKIEDDINE déclarait avoir convoyé par la suite, à la demande de M. SENOUSSI, plusieurs valises
contenant des espèces pour un montant global de 5 M€.

Le premier voyage avait lieu en novembre 2006. Abdallah SENOUSSI en personne lui remettait (en
présence de son frère Homayda SENOUSSI) une valise contenant 1,5 M€ en lui demandant de la
remettre à Claude GUEANT. La remise s'effectuait dès son arrivée à Paris, dans le bureau de Claude
GUEANT au Ministère de l'Intérieur. L’arrivée au Ministère se faisait très simplement : Ziad TAKIEDDINE
se présentait à pied à la grille principale du Ministère, déclinait son identité avant d’être accompagné
jusqu’au bureau de Claude GUEANT. Il y déposait la valise contenant les espèces en indiquant que
c’était de la part de Monsieur SENOUSSI. Monsieur GUEANT ne relevait pas. Il ne vérifiait pas non plus
le contenu de la mallette. La présence de M. TAKIEDDINE ne durait que quelques instants, puis il
repartait.

Lors d'un second voyage, une dizaine de jours après le premier, M. TAKIEDDINE remettait une valise
contenant 2 M€, toujours à Claude GUEANT dans son bureau de directeur de cabinet du Ministre de
l'Intérieur. M. TAKIEDDINE ne s’éternisait pas sur place. En partant, il passe devant le salon du Ministre.
C’est alors que M. SARKOZY le saluait et proposait qu’ils se voient « la prochaine fois ».

Un troisième convoyage était organisé à la fin du mois de janvier 2007, aux alentours du 27. Il s'agissait
cette fois ci de 1,5 M€ selon les dires de M. SENOUSSI. La remise avait lieu cette fois-ci dans les
appartements du Ministre de l'Intérieur en présence de celui-ci. Ziad TAKIEDDINE déposait la valise.
M. SARKOZY ne lui posait aucune question à ce sujet. Les deux hommes ont alors évoqué la Libye et
leurs « espoirs » pour ce pays. Les deux hommes évoquaient également la situation des infirmières
bulgares, Ziad TAKIDDINE donnant son sentiment d’une libération possible avant même le
déroulement des élections présidentielles, comme le Colonel KADHAFI s’y était engagé. Cela aurait
permis au candidat SARKOZY de se mettre en avant dans cette campagne.

Les billets étaient neufs. Il s’agissait de liasses de coupures de 500 ou 200 € enveloppées dans du film
plastique. Pour ces voyages, Monsieur TAKIEDDINE empruntait les lignes régulières et prenait lui-
même en charge les billets.

Lors de cette audition, Ziad TAKIEDDINE feignait de croire que ces remises d’espèces avaient pour
justification la rémunération d’actions de formation que le Ministère de l’Intérieur français aurait
accompli au bénéfice de fonctionnaires libyens. Il affirmait n’avoir fait le lien entre ces espèces et les
soupçons de financement politique après avoir pris connaissance de déclarations faites par
M. SENOUSSI à des enquêteurs de la Cour Pénale Internationale en 2012 (détaillées plus haut). A cette
explication burlesque, Ziad TAKIEDDINE ajoutait pourtant que M. SENOUSSI lui avait demandé de la
discrétion concernant ces acheminements vis à vis des autres dignitaires libyens.

La vidéo de son interview diffusée par MEDIAPART lui était montrée. Il indiquait que le passage durant
lequel il évoquait cette fable de rémunération de services entre états par des transferts de numéraires
avait été évoquée mais non retenue au montage (D1729/5). La communication des rushes réalisés
était requise des journalistes mais ces derniers la refusaient pour des raisons déontologiques (D2057).

Ziad TAKIEDDINE déclarait ne s’être livré à ces révélations qu’après avoir pris connaissance des
accusations de M. SENOUSSI faites en 2012 devant des enquêteurs de la Cour Pénale Internationale,
accusations qui auraient été portées à sa connaissance par les journalistes ayant réalisé cette
interview. Cette version était contestée par les journalistes qui affirmaient publiquement que les
déclarations de M. SENOUSSI n’avaient été évoquées qu’après ces confidences de M. TAKIEDDINE sur
les transferts d’espèces qu’il avait opérés entre Tripoli et Paris.

119
Il justifiait les déclarations de M. SENOUSSI évoquant un financement politique par de la rancœur
ressentie vis à vis de Nicolas SARKOZY.

Un listing récapitulatif des voyages en Libye de M. TAKIEDDINE figurant dans le dossier Karachi était
obtenu. Des voyages de l'intéressé étaient bien constatés aux dates de transport des espèces
mentionnés par lui dans ses déclarations (D2069).

Interrogé sur ses activités rémunérées en lien avec la Libye, Ziad TAKIEDDINE évoquait une
rémunération d’environ 4 millions USD qu’il aurait perçue en 2008 en lien avec les activités de la
société AMESYS. Il lui était opposé le fait qu’il percevait, sur le compte libanais de sa société ROSSFIELD,
un virement de 2 millions USD dès le 21 novembre 2006. Les fonds provenaient des services de M.
SENOUSSI. Malgré le décalage dans les dates, Ziad TAKIEDDINE persistait à faire le lien entre ces fonds
et les activités en Libye de la société AMESYS.

Concernant le rôle d’Alexandre DJOUHRI dans les relations entre la France de SARKOZY et la Libye de
KADHAFI, Ziad TAKIEDDINE indiquait que son concurrent était intervenu pour introduire les réseaux
de Béchir SALEH et de Moussa KOUSSA. Cela était opéré à partir de 2007-2008 (D1729/7).

1.2.2.1.1.3 Interrogatoire de 1ère comparution du 07 décembre 2016

Dans la continuité de ses deux auditions sous le statut de mis en cause libre, Ziad TAKIEDDINE était
convoqué pour un interrogatoire de première comparution le 07 décembre 2016 (D1732). Il refaisait
l’historique des démarches qu’il avait entreprises en lien avec Nicolas SARKOZY et ses équipes, puis la
manière dont les relations avaient pu reprendre en 2005 sur le sujet libyen.

Lors de cet interrogatoire, Ziad TAKIEDDINE déclarait, pour la première fois clairement, avoir organisé
une entrevue entre Claude GUEANT, directeur de cabinet du Ministre de l’Intérieur, et Abdallah
SENOUSSI, beau-frère du Guide mais surtout condamné par la Cour d’Assises spéciale pour des faits
de terrorisme, réunion au cours de laquelle M. TAKIEDDINE servait de traducteur (D1732/3). Ziad
TAKIEDDINE évoquait 3 visites en Libye de Claude GUEANT pour les années 2005-2006. Il confirmait
deux visites de Brice HORTEFEUX et une pour Nicolas SARKOZY.

Ziad TAKIEDDINE confirmait avoir assisté au tête à tête entre messieurs SARKOZY et KADHAFI le 6
octobre 2005. Bien que KADHAFI ait demandé à ce que la traductrice officielle de M. SARKOZY quitte
les lieux, ce tête-à-tête à trois n’aurait donné lieu, selon M. TAKIEDDINE, qu’à un échange de
généralités. A l’issue, messieurs SARKOZY et KADHAFI marchaient ensemble, tous les deux dans le
jardin pour regagner les véhicules ; ils profitaient de l’occasion pour converser sans que Ziad
TAKIEDDINE ne perçoive la teneur des propos.

Ziad TAKIEDDINE évoquait le débrief qu’il avait eu ensuite avec Abdallah SENOUSSI au cours duquel ce
dernier lui aurait demandé le coût d’une campagne présidentielle en France. Il lui répondait, sans
certitude, une vingtaine de M€. Le soir, une autre réunion se tenait à l’hôtel de Nicolas SARKOZY. Les
participants étaient messieurs SARKOZY, GUEANT, SENOUSSI et TAKIEDDINE. Le sujet portait sur les
relations entre la France et la Libye mais M. SENOUSSI évoquait sa condamnation. Nicolas SARKOZY
indiquait que s’il était élu président, il prononcerait son amnistie.

Ziad TAKIEDDINE débriefait ce déplacement avec Claude GUEANT à leur retour en France et il
l’interrogeait à son tour sur le coût d’une campagne. Il demandait à Claude GUEANT pourquoi
SENOUSSI lui avait posé cette question, s’ils avaient demandé quelque chose. Claude GUEANT
répondait que rien n’avait été demandé mais que dans toutes les campagnes, il y avait des

120
contributions. Il confirmait ensuite ses déclarations sur les transferts d’espèces qu’il avait reconnu
avoir réalisé lors de ses auditions sous le statut de mis en cause libre. Il persistait à associer ces remises
d’espèces à un paiement par la Libye de formations dispensées par le Ministère de l’Intérieur français.

Lors d’une réunion qui organisée au domicile de Ziad TAKIEDDINE, Claude GUEANT aurait affirmé à Saïf
Al Islam qu’il avait « entamé des démarches auprès de magistrats pour s’assurer de la levée du mandat
d’arrêt contre SENOUSSI » (D1732/4).

1.2.2.1.1.4 Interrogatoire au fond – juillet 2018

Ziad TAKIEDDINE était interrogé au fond les 25 et 26 juillet 2018 (D2533). Il revenait à cette occasion
sur plusieurs points déjà évoqués au cours de ses multiples auditions.

 Sur les modalités des rencontres avec Claude GUEANT

Il situait la première rencontre après la nomination de Nicolas SARKOZY comme Ministre de l’Intérieur
en 2005. Il avait alors pris rendez-vous avec Claude GUEANT par l’intermédiaire de son secrétariat. Par
la suite, il évoquait une dizaine de visites au directeur de cabinet dans l’enceinte même de son bureau
au sein du Ministère.

Ziad TAKIEDDINE rencontrait Claude GUEANT beaucoup plus souvent au bar de l’hôtel SOFITEL qui se
trouvait aux abords du Ministère de l’Intérieur. Il se voyaient le matin, aux environs de 08h00. La
fréquence de ces rencontres au SOFITEL pouvait aller jusqu’à trois fois par semaine.

L’homme d’affaires indiquait avoir vu très régulièrement Claude GUEANT, notamment en 2007, pour
s’entretenir de trois sujets « très chauds et très importants » tels que :

1. la visite du Président SARKOZY en Libye, suivie de celle de KADHAFI à Paris.


2. la réhabilitation des relations franco-syriennes avec Bachar El Assad
3. le développement de l’affaire SENOUSSI.

Claude GUEANT avait également reçu Ziad TAKIEDDINE dans son logement de fonction qui se trouvait
Quai Branly, après l’élection de Nicolas SARKOZY, mais à ce moment-là, le sujet portait davantage sur
la Syrie que sur la Libye.

Enfin, Ziad TAKIEDDINE avait souvenir d’avoir rencontré Claude GUEANT à deux reprises dans
l’enceinte même de l’Elysée, à l’époque où il était secrétaire général (2007-2011).

Toujours postérieurement à l’élection de Nicolas SARKOZY, Ziad TAKIEDDINE organisait deux


rencontres à son domicile entre Claude GUEANT et Saïf Al Islam KADHAFI. Dans le même ordre d’idée,
des réunions avaient également été organisées à son domicile entre Claude GUEANT et d’autres
personnalités comme Bachar EL ASSAD.

 Sur la validation des notes extraites de ses archives

Ziad TAKIEDDINE était confronté aux notes issues de ses archives personnelles (D2519/2 et D2492/6).

Pour mémoire, la note D2519/2 correspondait à une note confidentielle relative à la visite ministérielle
du 6 octobre 2005. S’il avait contesté avoir été l’auteur de cette note devant les fonctionnaires de la
BRDP lors de son audition du 22 juin 2012 (D209), il reconnaissait là son authenticité. De la même

121
manière la note cotée D2492/6 était elle aussi authentique. Il s’agissait d’une note détaillant les points
à aborder lors de la visite de Claude GUEANT à Tripoli pour préparer la visite ministérielle de Nicolas
SARKOZY.

La note D2519/2 évoquait cette visite préparatoire de Claude GUEANT, la qualifiant d’inhabituelle.
Ziad TAKIEDDINE indiquait qu’elle devait revêtir un caractère « secret ». Cette visite secrète devait être
réalisée « sans fanfare », ce qui permettait ainsi d’évoquer « l’autre sujet important, de la manière la
plus directe ».

Invité à détailler à quoi l’expression « l’autre sujet important » faisait référence, Ziad TAKIEDDINE
indiquait qu’il s’agissait de la situation d’Abdallah SENOUSSI au regard de sa condamnation par la
justice française. Ziad TAKIEDDINE indiquait que les discussions entre MM. SENOUSSI et GUEANT sur
cet aspect avaient été stoppées net lorsque l’avocat Thierry HERZOG, ami du Président SARKOZY, avait
formulé une demande d’honoraires excessive (D2533/5). A partir de cette période, Claude GUEANT
ne s’était plus rendu en Libye pour rencontrer M. SENOUSSI. Ziad TAKIEDDINE rappelait néanmoins la
possibilité que Claude GUEANT avait pu rencontrer Béchir SALEH en Libye, le transport étant
discrètement opéré par des avions privés contrôlés par les autorités libyennes.

Interrogé sur les déplacements de Nicolas SARKOZY, Ziad TAKIEDDINE concédait penser qu’il n’y en
avait eu qu’un avant son élection, le voyage du 6 octobre 2005. Il ajoutait que Nicolas SARKOZY n’avait
pas besoin de se déplacer de nouveau « puisque ses soldats travaillaient pour lui ».

Ziad TAKIEDDINE ne contestait pas davantage avoir été l’auteur des autres documents extraits de ses
archives qui lui étaient présentés pas plus qu’il ne contestait l’authenticité des documents extraits de
la clé remise par son ex épouse.

Contrairement à ce que les intéressés déclareraient, Ziad TAKIEDDINE affirmait que les rencontres
entre messieurs GUEANT puis HORTEFEUX et Monsieur SENOUSSI n’étaient pas fortuites. Il ajoutait :
« J’affirme qu’ils savaient parfaitement qu’ils allaient le rencontrer puisque la rencontre avec SENOUSSI
était l’objet même de leur visite » (D2533/5).

 Sur la visite ministérielle de N. SARKOZY du 06 octobre 2005

Ziad TAKIEDDINE revenait sur le déplacement ministériel de Nicolas SARKOZY le 6 octobre 2005.

Il expliquait avoir été déjà sur place, à l’intérieur de la tente, lors de l’arrivée du Ministre. Il revenait
sur ses déclarations (audition comme MEC libre ou IPC) puisqu’il contestait avoir assisté au tête à tête
entre Mouammar KADHAFI et Nicolas SARKOZY.

Ziad TAKIEDDINE apprendrait par la suite, de la bouche de Saïf Al Islam KADHAFI, que les propos
échangés lors de ce tête-à-tête avaient fait l’objet d’un enregistrement (D2533/11).

Après cette entrevue sous la tente, Ziad TAKIEDDINE se rendait à l’hôtel CORINTHIA. Il croisait Claude
GUEANT qui l’informait que la visite serait écourtée et que Nicolas SARKOZY, qui devait ne repartir que
le lendemain, quitterait Tripoli dans la soirée. A ce moment-là, Nicolas SARKOZY rencontrait les
militants UMP. Abdallah SENOUSSI était arrivé à l’hôtel et avait attendu dans le bureau du directeur
de l’hôtel que Nicolas SARKOZY soit disponible. La réunion étant terminée, Nicolas SARKOZY regagnait
sa suite. Il prenait l’ascenseur avec Messieurs GUEANT, SENOUSSI et TAKIEDDINE tandis que l’équipe
de sécurité en empruntait un autre.

122
Un entretien avait alors lieu entre M. SENOUSSI et Nicolas SARKOZY. Ce dernier indiquait qu’une fois
élu, il y aurait une grâce pour les contraventions comme c’est l’habitude, et qu’ensuite, il y aurait une
grâce pour M. SENOUSSI. M. SARKOZY ajoutait qu’il avait commencé à regarder le dossier et qu’il l’avait
confié à un avocat de confiance. Ziad TAKIEDDINE ne comprendra que plus tard qu’il s’agissait de
Thierry HERZOG, avocat et ami de Nicolas SARKOZY.

Ce n’est que le lendemain que M. SENOUSSI évoquait le coût d’une campagne présidentielle avec Ziad
TAKIEDDINE. Cette demande faisait suite à une demande d’aide formulée par Nicolas SARKOZY auprès
du Colonel KADHAFI.

A son retour en France, Ziad TAKIEDDINE débriefait du déplacement ministériel avec Claude GUEANT.
Après avoir évoqué tous les sujets officiels, Ziad TAKIEDDINE demandait s’il était exact que Nicolas
SARKOZY avait demandé une aide au Guide pour sa campagne. Claude GUEANT répondait que cela ne
s’était pas passé comme ça, que c’était le Colonel KADHAFI qui avait proposé son aide. Claude GUEANT
confirmait le montant de 20-25 M€ mais que c’était le parti qui paierait.

Interrogé sur la visite à Abdallah SENOUSSI par Claude GUEANT lors de sa visite préparatoire de
septembre 2005, Ziad TAKIEDDINE confirmait qu’une question d’aide à la campagne de Nicolas
SARKOZY avait été évoquée par les deux hommes. Ziad TAKIEDDINE indiquait ne pas avoir compris à
ce moment-là qu’il s’agissait d’une aide financière, mais plutôt d’un soutien des projets.

Enfin, Ziad TAKIEDDINE déclarait que ce déplacement avait été l’occasion pour Mouammar KADHAFI
de promettre à Nicolas SARKOZY la libération des infirmières bulgares (D2533/15).

 Sur la visite ministérielle de B. HORTEFEUX de décembre 2005

Ziad TAKIEDDINE revenait ensuite sur le déplacement ministériel de Brice HORTEFEUX. Il indiquait que
ce voyage n’était pas opéré à la demande des libyens, ces derniers ne sachant pas qui était Brice
HORTEFEUX.

Il indiquait avoir travaillé à la préparation de ce déplacement ministériel à la demande de Brice


HORTEFEUX lui-même. Ce dernier lui avait alors indiqué devoir se déplacer à Tripoli pour discuter avec
Abdallah SENOUSSI des accords en cours mais aussi pour voir de quelle manière les libyens pourraient
aider Nicolas SARKOZY dans sa démarche pour l’élection présidentielle.

Lors de l’entretien entre messieurs HORTEFEUX et SENOUSSI, pour lequel Ziad TAKIEDDINE jouait le
rôle de traducteur, M. HORTEFEUX remettait à M. SENOUSSI un papier portant les coordonnées d’un
compte bancaire. Brice HORTEFEUX demandait à Ziad TAKIEDDINE d’expliquer à M. SENOUSSI que
c’était au cas où ils auraient besoin de coordonnées bancaires pour l’éventuelle aide (D2533/9). Il n’y
avait pas eu d’autres échanges à ce sujet entre les deux hommes. Cette discussion avait lieu lors du
déplacement ministériel de Brice HORTEFEUX de décembre 2005, Ziad TAKIEDDINE étant formel à ce
sujet.

Interrogé sur les déclarations d’Abdallah SENOUSSI évoquant un rendez-vous en 2006, il répondait « je
ne crois pas avoir assisté à un entretien entre SENOUSSI et HORTEFEUX en novembre 2006. Je ne pense
pas non plus que HORTEFEUX ait revu SENOUSSI sans moi. SENOUSSI doit faire une confusion sur les
dates » (D2533/9).

123
 Sur le virement de 2 M€ reçu par ROSSFIELD le 21 novembre 2006

Ziad TAKIEDDINE était interrogé sur le virement de 2 M€ qu’il recevait sur le compte libanais de sa
société ROSSFIELD le 21 novembre 2006. Ces fonds provenaient de la direction des renseignements
libyens.

Pour justifier la perception de cette somme, il fournissait une nouvelle explication aux termes de
laquelle il s’agissait de rémunérer les démarches qu’il avait entreprises pour résoudre un problème
relationnel que la Libye avait avec le Liban suite à la disparition d’un Imam. Ces discussions
n’aboutissaient pas, les interlocuteurs faisant preuve de trop de « gourmandise » selon
M. TAKIEDDINE.

 Sur le déplacement en Libye de mars 2011

Ziad TAKIEDDINE précisait que ce déplacement avait un double objectif : tout d’abord permettre à
Laurent VALDIGUIE la réalisation d’une interview du Colonel KAHAFI et, ensuite, de transmettre au
régime libyen un message de Claude GUEANT.

M. SENOUSSI avait en effet souhaité voir les questions qui seraient posées au Guide par le journaliste.
En évoquant cette demande avec M. VALDIGUIE, ce dernier indiquait à Ziad TAKIEDDINE qu’une
information circulait selon laquelle Saïf Al Islam s’apprêtait à faire une déclaration à la presse selon
laquelle la Libye avait financé des hommes politiques européens comme BERLUSCONI, mais que celui
qui avait touché le plus était Nicolas SARKOZY. Ziad TAKIEDDINE s’opposait à ce que M. VALDIGUIE
aborde cette thématique avec le Guide.

Si, dans ses premières déclarations, Ziad TAKIEDDINE évoquait la déclaration de Saïf Al Islam reprise
par EURONEWS le 16 mars 2011, soit plus de 10 jours après son retour de Libye, élément repris par
Nicolas SARKOZY pour affirmer que cela démontrait le mensonge de l’intermédiaire, il indiquait que
cette information circulait déjà à TRIPOLI au début du mois de mars, ce qui était confirmé par le
témoignage de l’ambassadeur de France en Libye qui avait écho de ces accusations avant son départ
de Tripoli fin février 2011.

C’est suite à cette information selon laquelle des révélations allaient être faites que Ziad TAKIEDDINE
souhaitait s’entretenir avec Saïf Al Islam. Ce dernier lui confirmait la réalité de ce financement. Selon
Saïf Al Islam, ce financement avait transité par Béchir Saleh et Mohamed ISMAIL.

S’agissant du second objectif de déplacement, à savoir le message à transmettre de Claude GUEANT


pour le Colonel KADHAFI, il y avait une question brutale à poser au Guide sur son acceptation à quitter
le pouvoir, en laissant l’intérim à son fils Saïf Al Islam le temps que des élections puissent être
organisées. Ziad TAKIEDDINE trouvait la question abrupte à tel point qu’il s’interrogeait sur la volonté
des dirigeants français d’éviter la guerre. Il reformulait donc la question ainsi :

« quels sont vos projets dans le cadre des évolutions en cours en Libye qui devraient
amener l'organisation d'élection en Libye et pour la période transitoire durant
laquelle votre fils pourrait exercer le pouvoir? »

L’interview se déroulait. En arrivant, Ziad TAKIEDDINE prévenait le Guide qu’une question non prévue
pourrait être rajoutée par le journaliste, au sujet des financements politiques, mais qu’il ne devait pas
répondre sans qu’ils aient pu en parler ensemble au préalable. Et Laurent VALDIGUIE introduisait
effectivement sa question en évoquant des informations qui allaient paraître dans la presse étrangère,

124
relatées par Saïf Al Islam. Ziad TAKIEDDINE avait refusé de traduire et rétorquait à M. VALDIGUIE que
s’il persistait, il le laisserait tout seul en Libye.

En raccompagnant Messieurs TAKIEDDINE et VALDIGUIE, le Colonel KADHAFI, qui avait compris la


question, indiquait : « j’ai bien compris la question. D’accord, mais chaque chose en son temps ».

Ziad TAKIEDDINE lui demandait de confirmer les accusations formulées par Saïf Al Islam. Le Colonel
confirmait, en ajoutait qu’ils en parleraient plus tard. Il faisait alors le reproche à M. TAKIEDDINE de lui
avoir amené Nicolas SARKOZY qu’il qualifiait alors de « fou », de « criminel » et « d’animal »
(D2533/12).

 Sur les démarches relatives au sort judiciaire de M. SENOUSSI

Ziad TAKIEDDINE était confronté aux pièces D2505/9 et D2505/7 extraites de ses archives.

La première correspondait à un courrier de l’avocat libyenne Azza MAGHUR adressé à Me HERZOG


concernant une réunion sur la situation de M. SENOUSSI qui se serait tenue dans les bureaux de cette
avocate le 26 novembre 2005.

Il apparaissait d’ailleurs que cette date coïncidait avec un déplacement à Tripoli de Ziad TAKIEDDINE
(D2069/2).

Ziad TAKIEDDINE déclarait ne pas avoir été informé de cette réunion sur le moment. Il en aurait eu
connaissance par M. SENOUSSI longtemps après, en 2008. M. SENOUSSI lui confirmait avoir rencontré
Me HERZOG en 2005. Il confirmait également la présence de Me SZPINER lors de cet entretien, ce
dernier ne se contentant pas d’assister puisqu’il aurait, selon M. TAKIEDDINE, organisé le rendez-vous.

Ziad TAKIEDDINE, qui suivait la situation de M. SENOUSSI, avait récupéré ce courrier de Me MAGHUR
ainsi que le pouvoir qui était accordé à Me HERZOG par Abdallah SENOUSSI (D2505/7).

Plus tard, à l’occasion d’une visite de Saïf Al Islam KADHAFI à Paris, Ziad TAKIEDDINE organisait une
rencontre avec Claude GUEANT (D2533/12). Le rendez-vous avait lieu au domicile parisien de Ziad
TAKIEDDINE. Lors de cet entretien Claude GUEANT / Saïf Al Islam KADHAFI, la situation d’Abdallah
SENOUSSI était abordée. Claude GUEANT affirmait alors que des démarches auraient été entamées
auprès de magistrats de la Cour de Cassation. Selon Ziad TAKIEDDINE, Claude GUEANT aurait indiqué
avoir « déjà six juges de leur côté et qu’il leur en fallait encore un de plus et qu’ils travaillaient sur
deux ». Claude GUEANT aurait également ajouté qu’un déplacement à Paris de M. SENOUSSI serait
nécessaire.

Toujours selon Ziad TAKIEDDINE, Claude GUEANT lui demandait alors d’aller voir Thierry HERZOG pour
discuter de cela. Ziad TAKIEDDINE s’exécutait dans les jours qui suivaient cette demande. L’avocat
expliquait alors que Nicolas SARKOZY ne pourrait pas délivrer de grâce à M. SENOUSSI car il avait décidé
de n’accorder aucune grâce suite à son élection, y compris pour les contraventions. Thierry HERZOG
aurait avancé que l’affaire allait être couteuse et demandait de prévoir des honoraires d’au moins
5 M€. Ziad TAKIEDDINE trouvait ce coût d’autant plus exorbitant que cet « examen » du sort judiciaire
de M. SENOUSSI découlait d’une promesse qui avait été faite par Nicolas SARKOZY.

Ziad TAKIEDDINE se rendait à Tripoli pour rendre compte à M. SENOUSSI de ces avancées et du souhait
de Me HERZOG de se rendre à Tripoli pour signer une convention pour 5 M€ d’honoraires. Abdallah
SENOUSSI opposait son refus pour payer un tel montant. En outre, il indiquait avoir déjà rencontré
Thierry HERZOG à l’occasion d’un déplacement que ce dernier avait opéré en compagnie de Me

125
SZPINER, juste après la visite ministérielle de Nicolas SARKOZY en octobre 2005. La convention
d’honoraires n’étant pas signée, l’entreprise prenait ainsi fin.

A ce stade, il convenait d’observer que le listing des déplacements opérés par Ziad TAKIEDDINE ne
comprenait que des éléments antérieurs à 2009, or l’enquête établissait que Claude GUEANT avait
reçu M. TAKIEDDINE à l’Elysée le 16 mai 2009. Une note personnelle de M. TAKIEDDINE révélait que
les conclusions de Me HERZOG avaient été abordées lors de cette rencontre. Il n’était donc pas possible
de se baser sur ce listing pour dater plus précisément le déplacement à Tripoli pour informer
M. SENOUSSI de la demande de 5 M€ d’honoraires par Me HERZOG, cette demande étant
nécessairement postérieure au 16 mai 2009.

 Sur l’influence persistante de Ziad TAKIEDDINE post élection

Il ressortait de la documentation personnelle de l’intéressé que ce dernier avait poursuivi les relations
avec l’entourage direct de Nicolas SARKOZY, en particulier Claude GUEANT. Ainsi, ce dernier avait remis
à Ziad TAKIEDDINE un courrier qu’il avait rédigé en sa qualité de Secrétaire Général de l’Elysée pour
remercier Mouammar KADHAFI de l’évolution du sort des infirmières bulgares (D2514/14 et 15).

Comme cela avait déjà été rappelé, selon Ziad TAKIEDDINE, la libération des infirmières bulgares faisait
partie des promesses réciproques opérées à l’occasion de la réception du Ministre SARKOZY en Libye
le 6 octobre 2005 (D2533/15). Toujours selon Ziad Takieddine, il était relancé fin 2006 début 2007 par
Claude GUEANT sur ce sujet. Ziad TAKIEDDINE se retournait vers son interlocuteur, Abdallah SENOUSSI.
Ce dernier lui opposait un blocage tant que Jacques CHIRAC serait au pouvoir. Ziad TAKIEDDINE
informait donc Claude GUEANT que cette libération ne pourrait être obtenue avant l’élection.

Ziad TAKIEDDINE revenait à la charge en juin 2007 mais Abdallah SENOUSSI lui indiquait que le Colonel
KADHAFI avait alors changé d’avis. En juillet, M. SENOUSSI contactait téléphoniquement Ziad
TAKIEDDINE pour l’informer d’une possible libération.

Ziad TAKIEDDINE, qui se trouvait dans sa résidence à Antibes, écourtait ses vacances et se rendait donc
en Libye avec Claude GUEANT pour discuter avec SENOUSSI de savoir qui viendrait chercher les
infirmières. Claude GUEANT proposait Bernard KOUCHNER qui était le nouveau Ministre des Affaires
Etrangères, mais les libyens s’y opposaient. Jean-Marie BOCKEL était alors proposé, mais son statut de
secrétaire d’État à la coopération ne suffisait pas au libyens. Abdallah SENOUSSI avait suggéré que
Nicolas SARKOZY vienne en personne mais Claude GUEANT lui répondait que lors de la venue du
nouveau Président français, les infirmières devraient avoir quitté la Libye auparavant. Finalement, Ziad
TAKIEDDINE suggérait que ce soit l’épouse du Président, Cecilia SARKOZY. Cette proposition était
validée, tant côté libyen que côté français. Cecilia SARKOZY arrivait le lendemain en Libye (D2533/16).

Le premier voyage de Cecilia SARKOZY (avec Boris BOILLON) en Libye ayant eu lieu le 12 juillet 2007,
ces discussions avaient donc dû se dérouler le 11 juillet 2007.

La consultation des voyages de Ziad TAKIEDDINE confirmait effectivement qu’il avait opéré un Nice
Tripoli via Paris le 11 juillet 2007. Il n’était rentré que le 13 juillet. Il était donc bien à Tripoli le 12 juillet
2007, date de l’échange entre Claude GUEANT et Abdallah SENOUSSI à laquelle il aurait assisté ; il
aurait également été présent à Tripoli lors du premier déplacement de Cécilia SARKOZY.

Durant le déplacement à Tripoli de Cecilia SARKOZY le 12 juillet 2007, Abdallah SENOUSSI formulait les
exigences suivantes en contre partie de la libération des infirmières :

126
 Construction d’un hôpital de 1000 lits à BENGHAZI.
 Création d’une école d’infirmière en Libye
 Envoi d’une équipe médicale pour former les libyens

Selon Ziad TAKIEDDINE, ce 12 juillet 2007, le Colonel KADHAFI était souffrant et il n’avait reçu
personne. Ces discussions avaient été menées à son insu.

Ziad TAKIEDDINE restituait ces exigences à Claude GUEANT et Cecilia SARKOZY dans un local qui abritait
les membres de l’escorte. Ziad TAKIEDDINE ajoutait que Cecilia SARKOZY devrait aller visiter l’hôpital
de Benghazi et qu’elle devrait alors faire preuve de compassion en prenant soin de ne pas évoquer la
Bulgarie. Claude GUEANT était mécontent que des demandes soient ainsi formulées, estimant que la
France ne devrait pas payer. Cecilia SARKOZY se retirait mais les négociations se poursuivaient avec les
délégations. Les libyens demeurant fermes sur le fait que les infirmières soient jugées en Libye et qu’il
n’y aurait pas d’amnistie, la France y consentait. Cecilia SARKOZY rentrait alors en France. Ces
déclarations entraient toutefois en contradiction avec celle de Cecilia ATTIAS (ex-épouse SARKOZY),
laquelle déclarait tout ignorer d’un éventuel rôle joué par l’intermédiaire franco-libanais (D4229).

Lors d’un débriefing ultérieur, Claude GUEANT manifestait auprès de Ziad TAKIEDDINE son
mécontentement quant au fait que les libyens exigeaient que la France garantisse un paiement de 130
millions de USD à un fonds libyen créé pour les familles des victimes, somme devant être dégagée sur
les contrats à venir susceptibles de porter sur plusieurs milliards. Claude GUEANT rétorquait ne pas
avoir de garantie sur la finalisation de ces contrats. Ziad TAKIEDDINE suggérait alors de solliciter le
Qatar. Il appelait Abdallah SENOUSSI pour savoir si les libyens ne seraient pas opposés au principe
lequel validait ce mode opératoire.

Ziad TAKIEDDINE communiquait alors le numéro de téléphone d’Abdallah SENOUSSI au 1er Ministre
Qatari, Hamad BEN JASSEN. Les deux hommes s’appelaient et tombaient d’accord pour que le Qatar
paye 300 millions, au lieu des 130. L’augmentation du montant était justifiée par le fait que le nombre
d’enfants contaminés allait augmenter.

Il apprenait par la suite que les 300 millions versés par le Qatar n’étaient pas parvenus aux familles des
enfants contaminés (D2533/25). Il évoquait le rôle trouble de la succursale qatari du Crédit Agricole
Suisse mais sans plus de précisions.

Cecilia SARKOZY revenait en Libye pour récupérer les infirmières et les ramener en Bulgarie. A leur
arrivée, elles étaient acclamées et n’étaient pas emprisonnées. Les infirmières étaient invitées en
France. Un déjeuner était organisé à l’Elysée en leur honneur. La France reniait l’accord qu’elle avait
passé avec les libyens qui s’en trouvaient fortement irrités.

Pour tenter de « rattraper » la situation, Ziad TAKIEDDINE rédigeait une déclaration pour le Colonel
KADHAFI qu’il avait coécrite avec Saïf Al Islam. Ziad TAKIEDDINE avait communiqué le projet de
déclaration à Claude GUEANT qui l’avait modifiée.

Parmi les documents présentés par le juge figurait plusieurs bordereaux de télécopie. Parmi ces
documents figurait un fax émis le 29 août 2007 supportant une mention manuscrite confirmant le rôle
d’intermédiaire de Ziad TAKIEDDINE entre l’Elysée et les dignitaires libyens: « merci d’acheminer cette
nouvelle version à Saïf Al Islam Quaddafi ». Ziad TAKIEDDINE attribuait cette écriture à Claude GUEANT
ou sa secrétaire (D2514/25).

En septembre 2007, Ziad TAKIEDDINE préconisait la constitution d’une société du type SOFRESA pour
les contrats d’État avec la Libye, sous le contrôle de Claude GUEANT. Ce dernier y aurait été favorable

127
mais le projet n’aurait pas été concrétisé, la partie libyenne préférant placer Mohamed ISMAIL à la
tête (D2505/92).

Ensuite, Ziad TAKIEDDINE apparaissait associé aux préparatifs de la visite d’État du Colonel KADHAFI à
Paris de décembre 2007. En effet, dans ses archives (D2505/44,46), il détenait le programme de cette
visite qui lui aurait été remis par Claude GUEANT afin que M. TAKIEDDINE en discute avec les libyens.
Ziad TAKIEDDINE aurait également été destinataire de documents liés à ces préparatifs provenant du
côté libyen (D2533/17).

 Sur I2E devenue AMESYS

Ziad TAKIEDDINE s’était fait présenter le Président de cette société, Philippe VANNIER, par
l’intermédiaire d’un employé de GEMPLUS dont il avait été actionnaire et administrateur. Lors de cette
rencontre, Philippe VANNIER, dont la société commercialisait des équipements ultra performants en
matière d’écoutes téléphoniques, diffusions, analyses, s’était montré intéressé pour proposer son
matériel à la Libye. Philippe VANNIER lui avait indiqué que ce matériel nécessitait une autorisation de
la CIEMG pour pouvoir être exporté. C’est la raison pour laquelle Ziad TAKIEDDINE en parlait à Claude
GUEANT en 2006.

Ziad TAKIEDDINE organisait un déplacement de Philippe VANNIER en Libye pour présenter son matériel
à Abdallah SENOUSSI et Omar SALEM. C’est ce dernier qui gardait le contact avec Philippe VANNIER et
qui se déplaçait au siège de la société, à Aix en Provence, pour former ses équipes sur le matériel.

Philippe VANNIER aurait indiqué à Ziad TAKIEDDINE avoir obtenu l’autorisation d’exportation et que le
contrat avait été honoré.

 Sur le convoyage d’espèces de Tripoli au ministère de l’intérieur place Beauvau

Ziad TAKIEDDINE confirmait une nouvelle fois avoir transporté à trois reprises des sacs contenant des
espèces en provenance de M. SENOUSSI et à destination de Messieurs GUEANT et SARKOZY
(D2533/24). Lors de ces déplacements, il déclarait ne subir aucun contrôle en Libye, allant même
jusqu’à être accompagné au pied de l’avion par un proche d’Abdallah SENOUSSI. En France en
revanche, il était soumis aux contrôles habituels de passeport et douane.

Dès l’atterrissage en France, il appelait Claude GUEANT pour le prévenir qu’il arrivait. Ziad TAKIEDDINE
trahissait la conscience de l’illégalité de ces opérations en reconnaissant avoir eu peur d’être contrôlé.
De son propre aveu, il n’était « pas très tranquille ».

Même lors du troisième voyage qui se serait achevé dans le bureau de Nicolas SARKOZY, Ziad
TAKIEDDINE appelait Claude GUEANT dès l’atterrissage.

Pour pénétrer dans le Ministère, il expliquait se présenter à pied à l’entrée piéton de la grille principale.
Le fonctionnaire en charge de l’accueil s’assurait de son identité, vérifiait qu’il était bien attendu, et
quelqu’un venait le chercher pour le conduire jusqu’au lieu de rendez-vous.

Pour les deux premières remises opérées auprès de Claude GUEANT, dès les fonds déposés, Ziad
TAKIEDDINE appelait Abdallah SENOUSSI, en présence de Claude GUEANT, pour lui confirmer la bonne
réception. Pour la troisième remise opérée auprès de Nicolas SARKOZY, il procédait de la même
manière en appelant le beau-frère de KADHAFI devant le Ministre SARKOZY.

128
Lors des deux premiers voyages, Ziad TAKIEDDINE transportait 1,5 M€. Le montant était de 2 millions
lors du 3ème voyage. Cette répartition différait des déclarations faites précédemment, Ziad
TAKIEDDINE ayant déclaré avoir remis 3,5 millions à Claude GUEANT et 1,5 à Nicolas SARKOZY.

A chaque remise de fonds, Ziad TAKIEDDINE précisait oralement le montant contenu dans la mallette
tel que cela lui avait été indiqué par M. SENOUSSI. Il contestait une nouvelle fois tout lien entre sa
société ROSSFIELD et le soutien financier à la campagne de Nicolas SARKOZY (D2533/25).

1.2.2.1.1.5 Interrogatoire du 23 mai 2019

Lors d’un nouvel interrogatoire, alors qu’il était confronté aux déclarations d’Abdallah SENOUSSI selon
lesquelles ce dernier contestait lui avoir remis des espèces à l’exception de 1,5 millions remis en mars
2011, Ziad TAKIEDDINE maintenait s’être fait remettre à trois reprises par Abdallah SENOUSSI des
mallettes contenant des espèces pour un montant global de 5 M€.

La veille de son retour à Paris pour ramener ces espèces, Ziad TAKIEDDINE appelait Claude GUEANT
pour le prévenir. Pour illustrer la parfaite conscience que les deux hommes avaient sur la nature de
leurs actes, ils avaient convenu d’utiliser le terme de « papier » pour évoquer le contenu de ces
mallettes.

Lors de cet interrogatoire, Ziad TAKIEDDINE revenait néanmoins sur ses premières déclarations
concernant la répartition des sommes contenues dans les trois mallettes qu’il avait déposées à
Beauvau : 3,5 millions déposés à Claude GUEANT puis 1,5 millions à Nicolas SARKOZY (D2731/2).
Concernant les 1,5 M€ avec lesquels il avait été contrôlé en mars 2011 de retour de Tripoli, il contestait
les affirmations de M. SENOUSSI selon lesquelles cette somme lui avait été remise afin de faire du
« lobbying », la relation entre la France et la Libye s’étant alors considérablement dégradée. Il
persistait à indiquer que cette somme lui appartenait et qu’elle provenait de ses activités en Libye dans
le secteur pétrolier. Cette somme lui était remise par Mohamed SENOUSSI, fils d’Abdallah décédé au
début de la guerre.

Ziad TAKIEDDINE évoquait la remise d’un document par Brice HORTEFEUX lors de sa rencontre avec
Abdallah SENOUSSI. Il confirmait que ce document était un Relevé d’Identité Bancaire et qu’il devait
servir aux autorités libyennes à envoyer de l’argent pour la campagne de Nicolas SARKOZY. Il indiquait
néanmoins ne pas savoir si ce RIB avait servi.

Ziad TAKIEDDINE revenait ensuite sur l’entretien que Claude GUEANT avait eu avec M. SENOUSSI. Il
confirmait que les deux hommes avaient alors évoqué la question du financement de la campagne. Il
avait également été question de vente de matériel sécuritaire par la France à la Libye et de la situation
pénale d’Abdallah SENOUSSI (D2731/3).

Concernant l’entretien entre Nicolas SARKOZY et Abdallah SENOUSSI à l’occasion de la visite


ministérielle de M. SARKOZY en Libye en octobre 2006, Ziad TAKIEDDINE confirmait que ces échanges
avaient eu lieu par téléphone, comme indiqué par M. SENOUSSI. Il ajoutait que lors de cet échange, il
se trouvait dans la suite du Ministre en compagnie de Claude GUEANT (D2731/3).

Invité à justifier l’origine des fonds crédités sur le compte libanais de la société ROSSFIELD, Ziad
TAKIEDDINE confirmait que le montant de 2 M€ crédité le 24 novembre 2006 correspondait à la
rémunération de ses démarches concernant la disparition de l’Imam SADR en Libye en 1978.

129
Concernant le virement de 1 M€ du 25 mai 2006 provenant d’une société pétrolière libyenne, Ziad
TAKIEDDINE affirmait que cela correspondait à ses activités dans le domaine pétrolier au travers de la
société RHIDA TECHNICAL SERVICES. C’était pour le travail entamé pour le compte de la société TOTAL.

Enfin, concernant le virement de 2,9 M€ crédités le 31 janvier 2006 sur le compte libanais de ROSSFIELD
en provenance du Trésor Public libyen, Ziad TAKIEDDINE affirmait que cela correspondait à son activité
dans le pétrole également. Il affirmait avoir œuvré pour rapprocher les points de vue entre le régime
libyen et la société TOTAL. Selon lui, comme il avait participé aux négociations ayant conduit à ce que
la répartition des bénéfices soit plus profitable à TOTAL par rapport à ce que lui laissait précédemment
l’État libyen, ce dernier aurait donc rémunéré l’intermédiaire à hauteur de 2,9 M€. Il ajoutait que cette
opération était sans lien avec le financement de la campagne de Nicolas SARKOZY par le régime libyen.

Ziad TAKIEDDINE était également interrogé sur les opérations enregistrées au débit du compte libanais
de ROSSFIELD. Il justifiait ces dépenses à son profit, que ce soit à titre personnel ou professionnel
(D2731/4).

Plus précisément, concernant un virement de 440.000 € émis le 08 février 2006 à destination d’une
société OLINE, il indiquait qu’il s’agissait d’une de ses sociétés personnelles à Genève dont il se servait
pour ses déplacements et autres dépenses personnelles. Il ajoutait avoir alors beaucoup de dépenses
familiales pour soutenir sa sœur en train de divorcer pour financer les études de ses enfants, etc...

Ziad TAKIEDDINE détaillait ensuite ses déclarations concernant le rôle du Qatar en marge de la
libération des infirmières bulgares (D2731/5). Il confirmait avoir été présent lors des discussions
téléphoniques entre Hamad BEN JASSEN et Abdallah SENOUSSI au cours desquelles un accord était
trouvé pour le versement de 335 millions de dollars à la fondation KADHAFI. Ultérieurement, il faisait
des recherches personnelles et découvrait la création de la filiale du Crédit Agricole Suisse au Qatar le
31 mars 2007 pour une fermeture le 9 janvier 2012. C’est également sur internet qu’il découvrait que
Wahib NACER, apparaissant dans le dossier Karachi, exerçait des fonctions de gouvernance de cette
filiale. Il déclarait avoir appris de Saïf Al Islam en mars 2011 que les fonds promis à la Fondation
KADHAFI n’étaient jamais arrivés à destination.

Enfin, il revenait sur l’apparition de Me Thierry HERZOG dans l’équipe chargée d’examiner la situation
d’Abdallah SENOUSSI (D2731/5). Selon Ziad TAKIEDDINE, messieurs SARKOZY et GUEANT s’étaient
engagés à arranger la situation du beau-frère du Guide. Cela faisait l’objet d’une discussion entre
Claude GUEANT, Saïf Al Islam KADHAFI et Ziad TAKIEDDINE au domicile de ce dernier. Claude GUEANT
avait indiqué à Ziad TAKIEDDINE que Thierry HERZOG allait intervenir dans ce dossier, qu’il s’agissait
d’obtenir que quelques magistrats prennent la décision attendue. Claude GUEANT était confiant quant
à l’obtention de cette décision. Il fallait également que Abdallah SENOUSSI accepte de venir en France,
qu’il subisse un procès aux Assises et qu’il serait innocenté.

Selon Ziad TAKIEDDINE, il rencontrait Thierry HERZOG au cabinet de l’avocat. Ce dernier indiquait que
la situation était plus compliquée que ce qu’avaient pu en dire messieurs GUEANT ou SARKOZY, mais
qu’il était un spécialiste et qu’il allait s’en occuper. Thierry HERZOG aurait affirmé devoir ou s’être déjà
rendu en Libye et demandait 5 M€ de provisions. Devant ce montant excessif, SENOUSSI refusait de
rencontrer l’avocat français. Ziad TAKIEDDINE confirmait donc ses déclarations sur ce point.

130
1.2.2.1.1.6 Interrogatoire du 28 août 2019

Ziad TAKIEDDINE était de nouveau entendu le 28 août 2019 (D3082).

 Sur les rencontres SENOUSSI / HORTEFEUX

Ziad TAKIEDDINE confirmait avoir accompagné Brice HORTEFEUX à deux reprises en Libye (D3082/2),
une première fois à l’occasion du déplacement officiel le 2 décembre 2005 et une seconde fois,
probablement à la fin de l’année 2006. Ces deux rencontres secrètes n’étaient pas imprévues.

C’est lors de ce second voyage qui avait lieu fin 2006 que Brice HORTEFEUX aurait remis un RIB à
Abdallah SENOUSSI. Il aurait posé la question « est ce que je peux remettre le RIB ? » à Ziad TAKIEDDINE
qui lui aurait répondu « allez-y ». Cette rencontre aurait été très brève. Brice HORTEFEUX aurait eu
une discussion courtoise avec M. SENOUSSI et il l’aurait rassuré sur la situation pénale en France en
disant que Nicolas SARKOZY allait s’en occuper dès son élection.

A chacun des voyages, Brice HORTEFEUX et Ziad TAKIEDDINE voyageaient séparément, ils se
retrouvaient à l’hôtel.

Interrogé sur le déplacement en Libye initialement prévu les 22 et 23 novembre 2006 par Brice
HORTEFEUX mais finalement annulé, Ziad TAKIEDDINE soulignait la possibilité que M. HORTEFEUX ait
annulé ce déplacement parce qu’il y serait allé avant pour remettre le RIB, n’ayant donc plus besoin
d’y aller (D3082/3).

 Sur les relations TAKIEDDINE/HORTEFEUX (D3082/2 et 3)

Ziad TAKIEDDINE faisait la connaissance de Brice HORTEFEUX en 1994-1995 grâce à Thierry GAUBERT,
les deux hommes faisant partie du cabinet de Nicolas SARKOZY alors que celui-ci était Ministre du
Budget. A cette époque, Brice HORTEFEUX n’était pas bien positionné sur un plan politique car cela
correspondait à la période « anti SARKOZY » de Jacques CHIRAC.

En 2003, Brice HORTEFEUX accompagnait Ziad TAKIEDDINE en Arabie Saoudite avec Claude GUEANT
dans le cadre de la négociation du contrat MIKSA, jusqu’à ce que Jacques CHIRAC y mette un terme.

En 2004, Ziad TAKIEDDINE était victime d’un accident. Les relations reprenaient en 2005, à l’occasion
de « l’ouverture de la page libyenne ». Brice HORTEFEUX était alors devenu, avec Claude GUEANT, un
de ses interlocuteurs. Ziad TAKIEDDINE confessait avoir eu l’impression que messieurs HORTEFEUX et
GUEANT se surveillaient mutuellement. Il ajoutait que si Nicolas SARKOZY avait envoyé Brice
HORTEFEUX en Libye, c’était pour contrôler ce que Claude GUEANT y avait fait.

A partir de cette période, les deux hommes s’étaient vus régulièrement, au domicile parisien de Ziad
TAKIEDDINE, dans sa villa à Antibes ou sur son bateau.

 Sur les documents MEDIAPART (D3082/4)

Ziad TAKIEDDINE revenait sur le document publié par MEDIAPART dans l’entre deux tours de la
présidentielle 2012, suite aux accusations lancées par un certain El Mahfoud LADIB selon lequel Ziad
TAKIEDDINE aurait été en possession du document en question avant sa publication. M. LADIB
suggérait même à demi-mots que Ziad TAKIEDDINE aurait pu en être le concepteur. Tout cela était
contesté par Ziad TAKIEDDINE, de même que le contexte évoqué par M. LADIB. Par ailleurs, le nommé
LADIB revendiquait un non-paiement d’intéressement que Ziad TAKIEDDINE ne lui aurait pas versé.

131
Entendu par les enquêteurs (D3188), El Mahfoud LADIB refusait de communiquer l’identité des seules
personnes susceptibles de confirmer ses déclarations lesquelles, au regard des éléments matériels
recueillis alliés à son parcours et au litige qui l’opposait à Ziad TAKIEDDINE, faisaient l’objet d’une
certaine circonspection.

 Sur la rencontre SENOUSSI-SARKOZY le 6 octobre 2005

Ziad TAKIEDDINE revenait sur le déplacement ministériel de Nicolas SARKOZY en Libye le 6 octobre
2005, et plus précisément sur la rencontre entre le ministre français et le beau-frère du Guide sous le
coup d’une condamnation par la Cour d’assises spéciale de Paris pour des faits de terrorisme
(D3082/4). Il confirmait une rencontre physique entre les deux hommes. Cette rencontre avait lieu le
6 octobre en fin de journée à l’hôtel CORINTHIA, dans la suite de M. SARKOZY. Ziad TAKIEDDINE
incombait le fait que M. SENOUSSI n’ait évoqué qu’une conversation téléphonique que par confusion,
découlant du temps passé depuis l’évènement.

 Sur le rôle de Thierry HERZOG

Ziad TAKIEDDINE revenait également sur ce qui avait été, selon lui, le rôle de Thierry HERZOG, avocat
et ami de Nicolas SARKOZY (D3082/5). Il déclarait parfaitement se souvenir du moment où Thierry
HERZOG avait affirmé qu’il ne lui manquait plus qu’un magistrat pour refaire le procès de SENOUSSI.
Ziad TAKIEDDINE s’appuyait sur une procédure incidente à la présente (affaire dite « BISMUTH ») au
cours de laquelle messieurs SARKOZY et HERZOG étaient suspectés d’être intervenus auprès de
magistrat de la Cour de cassation pour obtenir une décision favorable dans le cadre d’une autre
procédure (affaire dite « BETTENCOURT »).

1.2.2.1.1.7 Interrogatoire du 16 janvier 2020 (D3191)

A cette occasion, Ziad TAKIEDDINE revenait sur ses relations avec Thierry GAUBERT avec lequel il avait
coupé les ponts à partir de 2007. Il reconnaissait lui avoir transféré des fonds, présentant cela comme
une aide financière afin de prendre en charge des travaux en Colombie.

Interrogé sur les affirmations de Catherine GRACIET selon lesquelles Thierry GAUBERT aurait eu des
« entrées » en Libye, Ziad TAKIEDDINE contestait. En revanche, il confirmait la proximité de Thierry
GAUBERT avec Brice HORTEFEUX mais également Nicolas SARKOZY.

A nouveau interrogé sur le virement de 440.000 € opéré le 08 février 2006 depuis le compte libanais
de ROSSFIELD vers le compte OLINE, opération sur laquelle il avait déjà été interrogé le 23 mai 2019
(D2731/3), Ziad TAKIEDDINE indiquait s’être trompé. Il précisait désormais que cette société OLINE
était une structure de Thierry GAUBERT. L’envoi de ces fonds aurait été justifié par le rachat par Thierry
GAUBERT d’une propriété détenue par Thierry DELABROSSE, décédé depuis.

Ziad TAKIEDDINE persistait à justifier l’origine des fonds détenus par ROSSFIELD et ayant servi
notamment à effectuer ce transfert (notamment un virement de 3 M€ crédité le 31 janvier 2006 en
provenance du trésor public Libyen) (D2707/3) comme sa rémunération en marge du contrat AMESYS.

Interrogé sur une seconde visite en Libye de Brice HORTEFEUX opérée en novembre 2006, Ziad
TAKIEDDINE la confirmait. Il ajoutait ne plus se souvenir avec précision de la date exacte de ce
déplacement, eu égard à l’ancienneté des faits, mais il était catégorique quant à la réalité d’un second
déplacement en Libye de Brice HORTEFEUX en novembre 2006.

132
Les déclarations d’Abdallah SENOUSSI selon lesquelles le montant destiné à soutenir la campagne de
Nicolas SARKOZY avait été versé par virement « en deux parties » suite à la remise du RIB par Brice
HORTEFEUX et que les fonds étaient ensuite retirés en espèces par Ziad TAKIEDDINE lui étaient
opposées. M. TAKIEDDINE contestait tout lien entre ROSSFIELD, le RIB remis à Abdallah SENOUSSI par
Brice HORTEFEUX et la campagne présidentielle 2007.

1.2.2.1.1.8 Les "revirements" de Ziad TAKIEDDINE

Le 11 novembre 2020, PARIS MATCH et BFM TV annonçaient un revirement de Ziad TAKIEDDINE


(D3381) qui dédouanerait désormais Nicolas SARKOZY. PARIS MATCH titrait ainsi : « Il prétend
aujourd’hui avoir accusé SARKOZY pour dire ce que les juges voulaient entendre ».

Désormais, Ziad TAKIEDDINE contestait avoir remis des fonds en espèces à Nicolas SARKOZY. Il
persistait néanmoins avoir remis 5 millions en liquide, mais au seul Claude GUEANT.

« Nicolas SARKOZY n’a pas reçu de moi les 5 millions d’euros. Il n’y a jamais eu d’argent pour sa
campagne. Tout ce que j’ai fait, c’est donner 5 millions en cash à Claude GUEANT, à la maison, en
application des termes d’un accord de sécurité entre la France et la Libye ».

Selon le rédacteur de l’article, Takieddine prétendait qu'un des magistrats lui aurait carrément suggéré
d'arranger son témoignage. Il expliquait avoir choisi de dire « ce qu'ils voulaient entendre ». « J'avais
peur d'être mis en examen, de ne pas m'en sortir ».

En fin d’interview, Ziad TAKIEDDINE était interrogé sur les 440.000 € adressés à Thierry GAUBERT en
février 2006. Ziad TAKIEDDINE les justifiait pour la réalisation d’une piscine en Colombie.

Dès le 19 novembre 2020, MEDIAPART publiait un article intitulé « Financements libyens : dans les
coulisses de la « rétractation » de Takieddine » (D3389) dans lequel les journalistes soulevaient des
interrogations sur les circonstances ayant conduit Ziad TAKIEDDINE à revenir sur une partie de ses
accusations.

Le 22 décembre 2020, un courrier était adressé au juge d’instruction en provenance de Ziad


TAKIEDDINE. Ce courrier contenait une « sommation interpellative » signée chez un notaire le 12
décembre 2020 et à travers laquelle l’intéressé souhaitait approfondir les propos qu’il avait tenus dans
PARIS MATCH et BFM TV. Il expliquait l’ensemble de ses précédentes déclarations par un « deal »
conclu avec les juges d’instruction de l’affaire KARACHI et du présent dossier, ces magistrats lui ayant
fait des promesses en échange de déclarations à charge contre Nicolas SARKOZY (D3556).

Ces déclarations à la presse ainsi que ladite sommation interpellative, sous-tendue par les articles de
presse s’interrogeant sur les dessous de cette opération de communication, conduisaient à l’ouverture
d’une enquête puis d’une information judiciaire distincte pour, notamment, subornation de témoin.

1.2.2.1.1.9 Interrogatoire au Liban du 14 janvier 2021

Les déclarations médiatisées de Ziad TAKIEDDINE susceptibles de s’apparenter à un revirement


conduisaient les magistrats instructeurs à se transporter au Liban où ce dernier se trouvait, fuyant
l’exécution de la peine à laquelle il avait été condamné dans le cadre de l’affaire dite « Karachi ».
(D3563-D3678)

133
Cette audition était l’occasion, pour l’intéressé, de nuancer la portée de ses déclarations en indiquant
que les journalistes avaient largement sur-interprété ses propos. Ainsi il expliquait que ses déclarations
n’invalidaient pas celles qu’il avait pu faire dans le cadre de la procédure et les motivait, notamment,
par la crainte d’une nouvelle mise en examen pour association de malfaiteur.

S’il confirmait avoir bien remis des fonds en espèce à Claude GUEANT, il maintenait ne jamais en avoir
remis en main propre à Nicolas SARKOZY. Toutefois, il expliquait que, dans son esprit, remettre des
fonds au premier revenait à les remettre au second :

« (…) que ce soit Claude GUEANT ou Nicolas SARKOZY c'est la même chose. C'est pour cela que j'ai
parlé de Nicolas SARKOZY. De toute façon, c'est la même chose. (…) » (D3563/12 et D3678/6).

S’agissant des accusations portées contre les juges d’instruction Renaud VAN RUYMBEKE et Serge
TOURNAIRE dans la « sommation interpellative » qu’il avait adressée en décembre 2020 et publiée par
Paris Match, il revenait sur leur portée en expliquant que ce qu’il qualifiait, notamment, de rencontres
« off » correspondait aux auditions dont il avait fait l’objet en qualité de témoin antérieurement à son
statut de mis en examen dans le dossier Libye. Il reconnaissait avoir opéré une confusion ou une
méconnaissance du cadre procédural de ses auditions et avait bien confirmé n’avoir jamais rencontré
aucun des deux juges en marge des procédures dites « Karachi » et « du financement libyen ».

1.2.2.2 Claude GUEANT

1.2.2.2.1 Sur les éléments mis en exergue par l’enquête

 Sur les voyages préparatoires de Claude GUEANT en Libye

Différents témoignages recueillis (François GOUYETTE, Yolla ABOU HAIDAR, Ziad TAKIEDDINE…)
faisaient état de deux voyages de Claude GUEANT à Tripoli à deux reprises à la fin de l’année 2005 :
une première fois du 30 septembre au 02 octobre pour préparer le déplacement officiel de Nicolas
SARKOZY alors ministre de l’intérieur puis une seconde fois lors de la visite officielle de ce dernier le
06 octobre 2005.

David Martinon, conseiller diplomatique de Nicolas SARKOZY depuis 2002 puis chef de cabinet pendant
la campagne électorale était entendu et indiquait qu’il n’avait pas été associé à la visite préparatoire
de Claude GUEANT en Libye, confirmant le caractère secret de cette visite. Il confirmait avoir
accompagné la délégation de Nicolas SAKOZY avec Claude GUEANT le 6 octobre 2005 (D4225). Au sujet
de l’affaire il déclarait de manière très ambiguë ne pas y croire :

« Je n'y ai pas cru parce que c'était complètement con. Pour 2 raisons. On n'avait jamais eu de
relation particulière avec la Libye. Kadhafi était un ennemi. J'ai compris que ça c'était toujours fait
de demander du pognon à des états proches, Chirac l'a fait avec Bongo. Mais Kadhafi... Ce serait
aussi stupide que d'accepter des costards de Bourgi. S'il fallait accepter du pognon, de quelqu'un
d'autre, mais pas de Kadhafi(…). J'ai quitté l'Elysée, après une aventure ratée à Neuilly, ratée parce
que je suis trahi par le fils du Président et des proches comme Arnaud TEULLE ou Pierre CHARON.
Un an après, je vois un entrefilet dans la presse où le fils SARKOZY devait prendre la tête de l'EPAD
[Etablissement public pour l’aménagement de la région de la Défense]. Ça m'a semblé fou parce

134
qu'il avait 21 ans, mais en fait, si, c'était vrai. Donc même le plus con peut arriver parfois, c'est pour
cela que je suspends mon jugement sur cette affaire libyenne. »

David MARTINON ignorait si Ziad TAKIEDDINE avait joué un rôle dans les déplacements de Claude
GUEANT, Nicolas SARKOZY et Brice HORTEFEUX en Libye.

Pourtant, l’exploitation des archives numériques de Ziad TAKIEDDINE établissait que l’homme
d’affaires avait été étroitement associé aux voyages effectués en Libye au cours du second semestre
2005 (D2510). Etaient ainsi retrouvés dans la clé USB remise par son épouse :

- des documents en arabe qui seraient les invitations officielles des autorités libyennes du 22
juin 2005 (D2510/17 à 19) ;

- le courrier émis par Nicolas SARKOZY le 10 septembre 2005, ministre d'État, Ministre de
l'intérieur et de l'aménagement du territoire. Ce courrier était adressé à Nasr El Mabrouk
ABDALLAH. Dans ce courrier, M. SARKOZY remerciait son homologue de l'invitation et
proposait la date du 6 octobre 2005, sous réserve de disponibilités (D2510/15) ;

- un courrier de Claude GUEANT en sa qualité de directeur de cabinet du Ministre l'intérieur,


adressé à Nasr Et Mabrouk ABDALLAH, en date du 23 septembre 2005. Claude GUEANT y
indiquait que pour préparer le déplacement de M. SARKOZY prévu le 6 octobre 2005, il se
déplacerait à Tripoli du 30 septembre 2005 au 02 octobre 2005 (D2510/16) ;

- Un projet de lettre à envoyer par Nasr El Mabrouk ABDALLAH et adressé à Nicolas SARKOZY le
09 octobre 2005. Par ce courrier, et pour approfondir les liens désormais noués, il était
demandé à M. SARKOZY qu'il désigne des interlocuteurs sous son autorité pour poursuivre les
échanges. (D2510/10)

Deux notes rédigées par Ziad TAKKIEDDINE relatives aux visites de Claude GUEANT et de Nicolas
SARKOZY en Libye en septembre et octobre 2005 étaient également retrouvées dans ses archives
numériques :

- la première, datée du 06 septembre 2005 s'intitulait «Confidentiel - Visite du Ministre le 6


octobre 2005 ». Elle listait les sujets à aborder lors de la visite ministérielle à venir. Etait
également évoqué le caractère fondamental de la visite du directeur de cabinet en précurseur,
à savoir Claude GUEANT. Le document mentionnait que la visite préparatoire (du directeur de
cabinet) était inhabituelle, et que par conséquent, elle devait rester secrète. Ce caractère
secret de la visite préparatoire devait permettre, en outre, d'évoquer « l'autre sujet
important », de la manière « la plus directe ». (D2519/2)

- La seconde s'intitulait « VISITE DE CG » et listait 11 points à aborder. Parmi ces points,


figuraient la référence à des livres de « NS », le «CV de NS » [Nicolas SARKOZY] et « BH » [Brice
HORTEFEUX] destinés à remis au « Leader », Le 8e point correspondait à un tête-à-tête avec
« le leader » (D2492/6).

Un autre document annoté, datant vraisemblablement de 2006, était également retrouvé dans les
archives de Ziad TAKIEDDINE intitulé « note confidentielle » (D2522). Il s'agissait d'un exposé sur les
développements de l'affaire Clearstream, les intentions des juges. Il était indiqué que cette affaire
« sape l'autorité du Premier Ministre Dominique de VILLEPIN » et renforçait Nicolas SARKOZY. Il était
ensuite indiqué « Nicolas SARKOZY souhaite vous informer qu'il devient plus que jamais le leader de la

135
droite ». Pour mémoire, Ziad TAKIEDDINE indiquait que cette note lui avait été remise par Claude
GUEANT qui avait pour objectif de lui fournir les éléments de langage destinés à convaincre les Libyens
que Nicolas SARKOZY était le candidat le plus sérieux à droite pour l'élection présidentielle à un
moment où il pouvait apparaître en concurrence par Dominique de VILLEPIN.

Concernant ses souvenirs du tête-à-tête entre Nicolas SARKOZY et le Colonel KADHAFI, David
MARTINON déclarait :

« J'ai des flashs. Je visualise un entretien sous la tente, mais je ne sais plus pour quelle visite c'était,
la visite ministérielle ou présidentielle.
J'ai souvenir d'un entretien sous la tente, Guéant était là et la grande difficulté était qu'on entendait
rien de ce qui se disait. De plus, l'interprète pourrait vous le dire, mais Kadhafi parlait dans sa barbe,
et à voix très basse. Donc Sarkozy et Yola l'entendaient. Moi, je n'entendais rien. Et je me souviens
Que Gueant était obligé de faire de la gymnastique pour approcher son oreille.
Je ne peux pas vous en dire plus J'ai aussi souvenir d'un moment où on a attendu. Mais je peux pas
situer ce moment-là. »

 Sur la connaissance des faits par Claude GUEANT

Les investigations permettaient l’interception de conversations téléphoniques entre Claude GUEANT


et sa fille, Marie-Sophie CHARKI susceptibles d’éclairer les faits objets de l’enquête.

Ainsi, dans la conversation N° 51 de la CRT 13-110 interceptée le 11 juin 2013 (D468/2 et /3), sa fille
lui opposait que l'UMP était « nulle » parce que ses membres ne le défendaient pas. Claude GUEANT
répondait :

« et puis quand tu vois certains qui disent..., enfin qui disent pas forcément des choses négatives,
qui disent... mais qui défendent pas quoi... Et que tu sais qui ils sont, et ce qu'ils ont fait, ou font,
bon, tu peux... hein ? Parce que je sais quelques petits trucs quand même !!! Tu vois ? On n'est pas
ministre de l'intérieur en vain !!! ».

Ce à quoi sa fille opposait : « ce serait bien qu'un jour tu les balances… ». Claude GUEANT répondait
dans la conversation N° 53 interceptée sur la même ligne quelques heures plus tard : « Je dirai peut-
être des trucs de façon générale mais pas... Ben je vais pas débiter Dupont, Durand etc... »

Ce thème était poursuivi dans la conversation N°74 de la CRT 13-110 (D468/6) entre Claude GUEANT
et sa fille, interceptée le 13 juin 2013. Marie Sophie CHARKI expliquait à son père qu'elle n'était pas
contente que Nicolas SARKOZY n'ait rien fait pour aider Claude GUEANT. Elle poursuivait en déclarant :
« il a intérêt à se méfier parce que le jour où tu vas décider de balancer, tu vas voir... ». Claude GUEANT
répondait aussitôt : « Oh bah je vais pas balancer... ».

1.2.2.2.2 Sur les déclarations de Claude GUEANT

Claude GUEANT était interpellé à son domicile et placé en garde à vue le 06 mars 2015 (D374) alors
que M. Khaled BUGSHAN avait été interpellé la veille. Il était interrogé à plusieurs reprises par les
magistrats instructeurs au cours de la procédure (D493, D2386, D2577, D3398, D3694).

 Concernant la Libye

136
Claude GUEANT déclarait s'être rendu en Libye entre 5 et 7 reprises, en qualité de directeur de cabinet
du ministre de l'intérieur, puis en tant que secrétaire général de l'Elysée. Ces visites avaient toutes eu
lieu à Tripoli à l'exception d'une à Syrte.

Lors des déplacements en qualité de directeur de cabinet du ministre de l'intérieur, en 2005-2006,


Claude GUEANT était accompagné de David MARTINON, conseiller diplomatique. Pour les
déplacements liés aux affaires de défense, il était accompagné du chef d'Etat-major particulier, l'Amiral
GUILLAUD ; pour ce qui concernait l'union de la Méditerranée, il était accompagné par David
MARTINON ou Boris BOILLON ; enfin, il était accompagné de Cecilia SARKOZY pour les déplacements
liés aux infirmières bulgares.

Interrogé concernant Ziad TAKIEDDINE, Claude GUEANT précisait :

« Honnêtement, il a joué un rôle, car il était en liaison très fréquente avec le beau-frère de KADHAFI,
qui s'appelait Abdallah SENOUSSI. Et il me donnait de temps à autre, un peu la température, le
climat du côté libyen. Je me souviens que peu de temps avant de partir à nouveau pour la LIBYE, il
m'avait fait passer le message qu'il était important pour les libyens que nous puissions démarrer le
fonctionnement de l'hôpital de BENGHAZI qui était la ville où les enfants avaient été contaminés par
le SIDA. Et j'en avais référé au Président. Et quand nous sommes arrivés, nous avions la réponse que
nous savions attendue par la partie libyenne. Et pendant que nous négociions la libération des
infirmières, TAKKIEDINNE se disait à TRIPOLI, je n'ai aucune raison d'en douter, mais nous ne l'avons
jamais vu ».

S’il admettait avoir été mis en garde par Pierre BOUSQUET de FLORIAN, ancien directeur de la DST à
l’époque, sur l’intermédiaire qu’était Alexandre DJOUHRI, il ne se rappelait pas si la même mise en
garde lui avait été adressée à l’encontre de Ziad TAKIEDDINE (D3398/12).

Confronté aux déclarations de Ziad TAKIEDDINE sur leurs rencontres régulières, lesquelles étaient
corroborées par les témoignages des chauffeurs de ce dernier (D3174 et D3175), Claude GUEANT
déclarait : « Je n'exclue pas de l'avoir reçu, mais si je l'ai reçu c'est très peu de fois » (D2386/21). S’il
reconnaissait des rencontres entre juin 2005 et janvier 2007, il précisait que celles-ci ne s’étaient
jamais déroulées en dehors du ministère alors que, pour rappel, Ziad TAKIEDDINE évoquait avoir eu de
multiples rendez-vous avec lui à compter du retour de Nicolas SARKOZY au ministère de l'intérieur en
juin 2005, notamment au sujet du dossier libyen (soit une dizaine de visite à son bureau Place Beauvau,
de nombreux rendez-vous matinaux dans le bar de l'hôtel Sofitel, près du ministère de l'intérieur, deux
ou trois rencontres à votre domicile Quai Branly, trois réunions à son domicile lorsqu’il était secrétaire
général de l'Élysée, deux visites au Secrétariat général de l'Élysée les 16 et 29 mai 2009 (D2559) dont
la trace avait d’ailleurs été retrouvée sur les registres de la Présidence).

En substance, Claude GUEANT ne niait ainsi pas avoir rencontré Ziad TAKIEDDINE à plusieurs reprises
mais en infirmait la quantité et l’objet. Il précisait que ces rencontres, en particulier celle à l‘hôtel
ASTOR, concernaient la situation en Syrie. Au cours d’un de ses interrogatoires, il dénombrait ainsi
plusieurs rencontres régulières tôt le matin à l’hôtel en lien avec la Syrie, une ou deux à son domicile
le dimanche relativement à la libération des infirmières bulgares ainsi que deux fois au domicile de
Ziad TAKIEDDINE « pour une rencontre avec Saïf El Islam KADHAFI qui portait sur les intérêts respectifs
de nos deux pays en matière de coopération, et une autre fois pour un dîner autour de personnalités
libanaises » (D3398/13). En revanche il niait toute rencontre au ministère de l’intérieur, infirmant en
cela les témoignages des chauffeurs de Ziad TAKIEDDINE et en particulier celui de Ludovic DELMOTTE
qui avait expliqué avoir, à une reprise, conduit directement Ziad TAKIEDDINE de l'aéroport où il arrivait
de Tripoli jusqu’au ministère de l'intérieur (D3174).

137
Il expliquait par ailleurs ne pas avoir eu besoin d’informer Nicolas SARKOZY de ces entretiens avec
l’homme d’affaires franco-libanais bien qu’ayant sans doute mentionné certains de ces contacts en
particulier au moment de l’épisode de la libération des infirmières bulgares en 20073 (D3398/15).

Interrogé concernant les « gratifications » que le Colonel KADHAFI offrait à ses visiteurs, Claude
GUEANT affirmait ne pas en avoir bénéficié. Il ajoutait même n'avoir jamais vu quiconque en
bénéficier.

Concernant la pratique du Colonel d'enregistrer ses entretiens, M. GUEANT indiquait « On a dit ça. La
presse en a parlé de toute façon. Dont acte ». Interrogé sur la possession d'un échantillon de ces
enregistrements par les services secrets français, M. GUEANT rétorquait : « Le souvenir que j'en ai,
c'est que je n'en ai pas été avisé à cette époque. Je l'ai appris par la presse après avoir quitté mes
fonctions officielles ».

 Concernant Bechir SALEH

Claude GUEANT déclarait avoir été informé de la présence de Bechir SALEH en France en 2011 tout en
prétendant ignorer les moyens utilisés par celui-ci pour venir de Libye. Ceci paraissait incompatible
avec le fait que les autorités françaises s’étaient directement impliquées dans son exfiltration vers la
France (voir paragraphe infra et notes de la DGSE D1642). Il évoquait une rencontre avec Bechir SALEH,
en présence d'Alain JUPPE. L'objectif de cette rencontre était de convaincre KADHAFI de quitter le
pouvoir afin de mettre un terme aux hostilités.

Interrogé sur la possibilité que Bechir SALEH soit passé par l'Ambassade de France à Tunis avant de
rejoindre Paris en 2011, Claude GUEANT recouvrait alors la mémoire et confirmait le rôle de
l'ambassadeur de France à Tunis qui était alors Boris BOILLON.

Concernant le départ précipité de Bechir SALEH dans l'entre deux tours de la présidentielle 2012,
Claude GUEANT reconnaissait avoir été informé de ce départ, mais ne pas en connaître les modalités
si ce n'est qu'il avait utilisé un vol privé. Claude GUEANT prenait soin de ne pas développer davantage.

 Concernant la campagne présidentielle 2007

Claude GUEANT affirmait, en qualité de directeur de cette campagne, qu'elle avait été financée dans
les enveloppes prévues par les textes et de la façon la plus normale qui soit.

Il affirmait qu'en raison de la réglementation en vigueur, il était impossible d'intégrer dans les comptes
de campagne des sommes qui ne soient pas régulières. Plusieurs fois relancé concernant le règlement
de frais non inclus dans les comptes officiels de campagne, Claude GUEANT se réfugiait derrière le
travail de la commission des comptes de campagne, laquelle n'aurait pas manqué de déceler, selon lui,
tout paiement non intégré aux comptes officiels... Il contestait les accusations portées par Ziad
TAKIEDDINE.

3
Sur ce point, Nicolas SARKOZY déclarait, au début de son interrogatoire du 6 octobre 2020 (D3356) : « Encore une fois,
j'émets des réserves sur la réalité des visites de Ziad TAKIEDDINE à Claude GUEANT. Je vous redis que je ne les connaissais pas,
je ne les ai pas demandées et que Ziad TAKIEDDINE est un menteur éhonté. » Confronté aux pièces prouvant une relation
beaucoup plus importante entre Ziad TAKIEDDINE et Claude GUEANT, il indiquait ensuite : « Pourquoi Claude GUEANT a-t-il
développé des relations dont je ne connais pas la nature avec Ziad TAKIEDDINE, je ne peux pas vous l'expliquer et d'ailleurs,
ce n'est pas à moi de l'expliquer parce que ces relations de mon point de vue n'étaient pas professionnelles au sens où je ne
les avais pas demandées. J'observe la très grande habileté de Ziad TAKIEDDINE pour essayer de m'approcher. Il faut croire que
s'agissant de Claude GUEANT, il a partiellement réussi.»

138
Il prenait connaissance des déclarations d’un témoin, Kamel EL HOUARI, salarié de la campagne 2007,
selon lesquelles des rémunérations auraient été versées en espèces (cf. infra). Il se contentait de
répondre : « Quant à une rémunération en espèces, j'en ignore tout ».

S’agissant des déductions sur les fiches de paye pour absence avec un complément de salaire réglé en
espèces, M. GUEANT renvoyait les enquêteurs vers Eric WOERTH (trésorier) et son équipe. Interrogé
quant à la possibilité que lui-même puisse avoir des fiches de paye mentionnant un abattement pour
absence, Claude GUEANT rétorquait : « Je n'en ai aucun souvenir et il eut été, compte tenu de
l'amplitude de mon travail, difficile d'imaginer des absences ».

 Concernant les propos interceptés sur ses écoutes

S'agissant des propos échangés avec sa fille, notamment la conversation N° 51 de la CRT 13-110
(D468/2), Claude GUEANT se contentait d'un laconique : « c'était une conversation d'humeur ».

1.2.2.3 Brice HORTEFEUX

Brice HORTEFEUX était entendu à plusieurs reprises sur les faits objets de la présente information
(D208, D2306 à 2307, D3049, D3066, D3399). D’abord placé sous le statut de témoin assisté, il était
mis en examen des chefs d’association de malfaiteurs (en vue de la préparation des délits de
détournements de fonds publics commis par un agent public au préjudicie de l’Etat Libyen, corruption
active et passive d’agent public et leur blanchiment) et de complicité de financement illégal de
campagne électorale le 08 décembre 2020 (D3399).

Le 27 septembre 2017, son domicile situé au 7 rue Ernest Cognacq, Levallois Perret (D2280), scellé
provisoire BH/DOM/UN), son coffre à la SOCIETE GENERALE (D2284) ainsi que le domicile de Mme
Valérie DAZZAN, épouse HORTEFEUX situé au 47 avenue Georges Mandel à Paris XVI (D2281, scellé n°
VHD-DOM-UN à VHD-DOM-CINQ et VHD-DOM-PROVISOIRE) et son coffre à la HSBC (D2283, scellé
n°VHD/COFFRE/UN) étaient perquisitionnés.

Sa première déposition s’inscrivait dans le cadre d’une procédure distincte suite à la plainte déposée
par Nicolas SARKOZY le 12 juillet 2013 contre Mediapart et ayant fait l’objet d’un non-lieu le 30 mai
2016. Au cours de cette audition (D208), Brice HORTEFEUX exprimait, en substance, une position dont
il ne se départira pas par la suite. A cette occasion, il remettait en particulier son emploi du temps du
05 au 07 octobre 2006 indiquant sa présence constante en France (D153) et expliquait qu’il ne pouvait
se trouver en Libye lors de la réunion évoquée par le document évoqué par Mediapart car il était
retenu en France par des réunions publiques mais reconnaissant s’y être rendu un an plus tôt en 2005
dans un cadre officiel.

Il était en effet établi, pour rappel, que, le 22 octobre 2005, Brice HORTEFEUX alors ministre des
collectivités territoriales avaient été invité par le ministre de l’intérieur libyen pour le 15 novembre,
invitation finalement reportée. C’est donc le 21 décembre 2005 que Brice HORTEFEUX se rendait à
Tripoli ce qui, pour mémoire, n’avait pas manqué d’interpellé M. SIBIUDE ambassadeur de France en
poste en Libye (cf. supra).

La réalité de ce déplacement était objectivée par des documents officiels retrouvés au cours des
investigations :

139
- l'invitation adressée le 22 octobre 2005 par Nasr El Mabrouk ABDALLAH à Brice HORTEFEUX laquelle
se situait dans le prolongement de la visite de Nicolas SARKOZY effectuée le 05/10/2005. La date
proposée pour la visite est le 15 novembre 2005 (D2510/5 et /8) ;
- un courrier émis le 15 novembre 2005 par Brice HORTEFEUX, Ministre délégué aux collectivités
territoriales et adressé à Nasr El Mabrouk ABDALLAH dans lequel le ministre français acceptait
l'invitation de son homologue et espérait pouvoir l'honorer dans le courant de l'année 2005 (D2510/7).

Le 23 novembre 2020, les agendas de M. HORTEFEUX étaient versés à la procédure (D3391) et faisaient
l’objet de constatations du service enquêteur confirmant la réalité de ce déplacement (D4205).
Cette visite avait donné lieu, selon les propres déclarations de Brice HORTEFEUX, en plus des visites
officielles, à une nouvelle rencontre avec Abdallah SENOUSSI qui s’était effectuée exactement dans les
mêmes conditions que pour Claude GUFANT c’est-à-dire sans que l'ambassade n'en ait été informée,
sans la présence d’un interprète officiel et en présence de Ziad TAKEEDDINE. Tout comme Claude
GUEANT, Brice HORTEFEUX présentait cette rencontre comme imprévue, dans laquelle il s'était trouvé
entraîné à son insu.

Brice HORTEFEUX soutenait toutefois ne s'être rendu qu'à une seule reprise en Libye.

Or, pour mémoire, Abdallah SENOUSSI expliquait que lors de son entretien avec Brice HORTEFEUX, en
présence de Ziad TAKIEDDINE, le ministre français lui avait remis un numéro de compte sur lequel
envoyer les fonds promis. Selon lui, ce numéro était celui d'une société de l’homme d’affaire franco-
libanais, chargée de réceptionner les fonds. A cette occasion, il avait indiqué que cet entretien avait
eu lieu « en marge du sommet Union Européenne de Tripoli sur l'immigration ». Or, un tel sommet avait
bien eu lieu les 22 et 23 novembre 2006 et l'enquête a révélé que Brice HORTEFEUX devait y
représenter la France, ayant même réservé un avion de l’ETEC pour la circonstance, avant d'annuler
brusquement ce déplacement, la France étant finalement représentée par la ministre Brigitte
GIRARDIN. Pour sa part Ziad TAKIEDDINE avait expliqué qu’Abdallah SENOUSSI avait dû opérer une
confusion sur les dates (D2533/9).

Alors que le principe même de son déplacement en Libye en qualité de ministre délégué aux
collectivités territoriales interrogeaient, les investigations établissaient qu’en sa qualité de ministre,
Brice HORTEFEUX avait effectué un grand nombre de déplacements en Province mais très peu à
l’étranger (Chine, Russie, Qatar, et Maroc) (D2679/22). Ce constat renforçait le caractère pour le moins
atypique du déplacement libyen. Pour autant Brice HORTEFEUX objectait que ce déplacement avait
été effectué à l‘invitation des autorités locales à un moment où celles-ci souhaitaient nouer des liens
avec plusieurs gouvernements européens. Il en justifiait le principe par la signature d’un protocole
concernant les collectivités locales appelé « Déclaration de Tripoli » visant à permettre à la direction
générale des collectivités locales de proposer son expertise pour former, accompagner et favoriser les
relations entre collectivités et la formation d’agents territoriaux, accords similaires à ceux qu’il avait
pu signer avec d’autres Etats en particulier du Maghreb (3399/7 et /8).

Il maintenait que ce déplacement avait été initié par les autorités libyennes (D3399/9). Toutefois, il
ressortait d’un un fichier intitulé « déplacement Hortefeux 2005 » (scellé n°MAE-ARCHIVES-Un) un
télégramme diplomatique N° 496 du 30 octobre 2005 à 17h48 rédigé par Jean Guy PERES par lequel
l'ambassade indiquait avoir été informée par le comité populaire général à la Sécurité Générale que le
Ministre HORTEFEUX était invité pour une visite avec une date possible le 15 novembre 2005. Dans le
corps du télégramme, il était précisé que cette invitation répondait à ce qui était présenté comme
étant une demande du Ministère de l'Intérieur français.

Confronté aux documents extraits des archives de Ziad TAKIEDDINE de nature à corroborer son rôle
actif d’intermédiaire dans l’organisation de sa venue en Libye, Brice HORTEFEUX se contentait

140
d’objecter que l’intéressé agissait là comme conseil de plusieurs personnalités Libyennes ou conseiller
du gouvernement libyen. A ce titre, il précisait que lors de leur entrevue le 10 octobre 2005, ce dernier
lui avait seulement fait part de l’invitation des autorités libyennes. (D3399/10)

Interrogé sur ses relations avec l’homme d’affaires franco-libanais, Brice HORTEFEUX confirmait avoir
fait sa connaissance dans les années 2000 lors d’une soirée et précisait qu’il avait repris son attache
en 2003 alors qu’il était mandaté par autorités saoudiennes dans le cadre de la signature d’un contrat
MIKSA. Leurs relations avaient perduré jusqu’en 2005 avant de totalement disparaître en 2009 ou
2010 : « donc c’était des relations régulières en 2003, très irrégulières ensuite et inexistantes à la fin »
(D3399/10).

Les investigations tendaient à établir que Brice HORTEFEUX minimisait la fréquence de ses rencontres
avec Ziad TAKIEDDINE. En effet, alors qu’il faisait état de 7 ou 8 visites au domicile de l’intéressé, Ridha
BALDI, chauffeur de Ziad TAKIEDDINE à l’époque, déclarait : « HORTEFEUX est venu des centaines de
fois au domicile de Ziad TAKIEDDINE » tout en confirmant que Thierry GAUBERT, ami proche de Brice
HORTEFEUX, était « pratiquement tous les jours » chez son employeur (D3157/6). Pour sa part, s’il
admettait que les déclarations de son chauffeur pouvaient être excessives, Ziad TAKIEDDINE expliquait
que les visites de Brice HORTEFEUX étaient fréquentes. Brice HORTEFEUX maintenait néanmoins ne
pas l’avoir fréquenté avec l’assiduité décrite à l’exception, peut-être, de l’année 2003 (D3399/10).

S’agissant des modalités d’organisation de son voyage en Libye, il exposait qu’il n’était pas illogique
que Claude GUEANT, alors directeur de cabinet du ministre de l’intérieur, n’en ait pas été informé, son
secrétariat d’Etat bénéficiant d’une autonomie d’action et que ce voyage avait été organisé par son
cabinet (D3399/12) bien que Thierry COUDERT, directeur de cabinet, indiquait ne pas se souvenir de
l’organisation de ce voyage ni d’avoir préparé un dossier à l’attention du ministre dans cette
perspective (D3166).

Ces éléments pouvaient néanmoins être mis en relation avec le contenu de la lettre d'invitation de la
Libye en date du 22 octobre 2005 laissant supposer que cette visite s’inscrivait clairement dans celle
précédente de Nicolas SARKOZY : « Monsieur Nasr EL Mabrouk ABDALLAH, Secrétaire du Comité
populaire Général de l'Intérieur, à Monsieur le Ministre Brice Hortefeux Son Excellence Monsieur Brice
Hortefeux Ministre Délégué aux Collectivités Territoriales du Ministère de l'Intérieur. Pour faire suite et
confirmer notre volonté commune de poursuivre la mise en application de ce qui a été décidé lors de la
visite de Monsieur Nicolas Sarkozy, le Ministre de l'Intérieur de la République Française à la Grande
Jamahiriya le 5/10/2005, nous vous adressons notre invitation pour une visite à la Grande Jamahiriya
le 15/11/2005. Je saisis cette opportunité pour vous exprimer notre souhait de développer la
coopération entre nos deux pays amis. Nasr EL Mabrouk ABDALLAH Secrétaire du Comité Populaire
Général de l'Intérieur. Tripoli le 22/10/2005 » (D2510/5).

David MARTINON décrivait ainsi les souvenirs de ce déplacement :

« Je suis probablement allé avec Brice à Tripoli. Mais j'ai souvenir d'un voyage hyper relax, au sens
où il a fallu que je le fasse, parce qu'il n'avait pas de conseiller diplomatique, mais de mon point de
vue, il n'y avait pas d'enjeu. C'était presque une journée de vacances. Mais de vacances un peu
ennuyeuses, parce que ce n'est pas si marrant que ça d'aller se cogner les libyens. C'était une journée
sans enjeu.

Je me souviens d'une demi-heure, ou 45 minutes où on s'est promené dans une Médina, on était
vraiment les mains dans les poches, Je me demandais ce qu'on foutait là... Un programme dont je
ne retiens rien d'autre que le fait qu'il était banal, super banal. »

141
Il n’avait pas connaissance de la rencontre de Brice HORTEFEUX avec Abdallah SENOUSSI, précisant
que « s'il avait été question qu'il rencontre SENOUSSI officiellement, j'en aurais été informé et je m'en
souviendrais parce que je n'aurai pas accepté »

Au-delà des circonstances de sa visite officielle en Libye, Brice HORTEFEUX était interrogé sur son
déroulement et, en particulier, son entrevue avec Abdallah SENOUSSI. A cet égard, il
déclarait (D2307/6) :

« A aucun moment, dans ce qui m'a été traduit, il n'a été question, avec quelque interlocuteur, de
la situation de M. SENOUSSI. Je rappelle que je n'étais pas informé que j'allais le rencontrer, mais
que c'était le chef de l'état que je devais voir ».

S’agissant du contenu de son entretien avec A. SENOUSSI, il exposait :

« A aucun moment, à aucune étape de ce déplacement, cela n'a été évoqué, et Abdallah SENOUSSI,
dans ce qui m'a été traduit, ne m'en pas parlé. Lors de cet entretien imprévu il n'a pas évoqué le
sujet du mandat d'arrêt à aucun moment, et peut-être avait-il l'intention de le faire à l'occasion
d'autres déplacements car j'ai été invité à d'autres déplacements En tout état de cause, cela n'a pas
été évoqué avec lui ou avec le Ministre de l'intérieur. La preuve y est apportée par le fait que je n'ai
initié aucune démarche, participé à aucune rencontre sur ce thème à mon retour. »

Ces explications étaient toutefois discréditées par les déclarations de M. DE BOUSQUET DE FLORIAN
(D3339) qui indiquait avoir sensibilisé Nicolas SARKOY et Claude GUEANT sur le risque qu’Abdallah
SENOUSSI ne s’invite au cours de réunions officielles pour évoquer sa situation judiciaire.

De même, il ressortait du témoignage de M. HAIMZADEH (D2541/5), diplomate spécialiste de la Libye,


que la situation judiciaire d’Abdallah SENOUSSI constituait une préoccupation réelle du régime de
Tripoli. A cet égard, il déclarait :

« Par contre, ce que je sais, c'est que l'affaire UTA de M. SENOUSSI était une préoccupation majeure
du régime libyen parce que c'était un personnage central du régime. A chaque visite d'une
personnalité, il était question de sa situation. Cela ne m'étonnerait pas qu'ils aient mis ça en balance
pour négocier quelque chose ».

Confronté au caractère atypique et dérogatoire aux procédures habituelles de sa rencontre avec le


gendre du colonel KADHAFI et au fait qu’en l’espace de deux mois, deux très hauts responsables
politiques proches de Nicolas SARKOZY se soient retrouvés à dîner avec ce dernier ou à se rendre à son
domicile en dépit du risque réputationnel évident, Brice HORTEFEUX se contentait de nier la finalité
corruptive de son déplacement et de cette entrevue, expliquant qu’Abdallah SENOUSSI n’avait pas
évoqué sa situation judiciaire, et d’objecter que ce déplacement n’avait, à ses yeux, aucune importance
particulière puisqu’il l’avait d’ailleurs décalée. (D3399/15)

A cet égard il convenait toutefois d’observer que le décalage de cette visite initialement prévue le 15
novembre pouvait trouver une autre explication. Outre le fait qu’aucun élément n’indiquait les motifs
officiels de ce report, il était établi que, le 26 novembre 2005, Thierry HERZOG et Francis SZPINER
auraient, selon les documents confirmés par Me Azza MAGHUR, pris l'engagement de faire réviser la
situation d’Abdallah SENOUSSI. Dès lors, il apparaissait loisible de considérer que la visite de Brice
HORTEFEUX concernant les aspects financiers ne pouvait avoir lieu que postérieurement à cette
assurance. Pour autant, Brice HORTEFEUX se refusait à y voir une quelconque corrélation (D3399/15).
Il refusait de considérer que les conditions de cette rencontre, en marge d’un dîner officiel avec
transport au domicile d’Abdallah SENOUSSI et hors la présence du conseiller diplomatique du ministre

142
de l’intérieur (David MARTINON) et de l’interprète de la délégation mais en présence de Ziad
TAKIEDDINE dépourvu de toute fonction officielle, aient pu être singulières ou atypiques. Tout au plus
concédait-il avec le recul avoir eu le sentiment de s’être fait piéger (D3399/17).

Alors que Ziad TAKIEDDINE indiquait que « Les deux rencontres secrètes entre Brice HORTEFEUX et
SENOUSSI n'étaient pas imprévues, évidemment, mais programmées. Brice HORTEFEUX était envoyé,
comme Claude GUEANT, par Nicolas SARKOZY » (D3082), l’intéressé maintenait ses dénégations.

Il convenait toutefois d’observer, qu’alors qu’il exposait avoir eu le sentiment d’avoir été piégé, Brice
HORTEFEUX entretenait à l’époque des relations de proximité avec Ziad TAKIEDDINE et que ce dernier
avait manifestement fait en sorte d’être présent en Libye du 19 au 22 décembre 2005 soit pour la visite
officielle de l’intéressé survenue le 21 décembre.

De manière plus décisive, Brice HORTEFEUX était confronté au contenu du télégramme diplomatique
n°613 du 19 décembre 2005 (D2775/3) contenant le projet d’une lettre d’entente faisant suite à la
réunion sécuritaire qui s’était déroulée à Tripoli le 06 octobre 2005 dans le cadre de la visite de Nicolas
SARKOZY et retraçant l’objet de la visite à venir en Libye de Brice HORTEFEUX, soit :

1. mise en œuvre des programmes de formation durant l'année 2006 ;


2. la France apportera son concours aux autorités libyennes pour remédier à l'immigration
clandestine pour la surveillance des frontières, pour limiter l'afflux d'immigrants clandestins ;
3. participation de la France au renforcement de l'action libyenne pour la protection des frontières
terrestres et maritimes ;
4. participation de la France à la création d'une unité opérationnelle de la police libyenne ;
5. développement de compétences de la protection civile, les actions techniques et scientifiques de la
police par le biais d'aides et d'expertises françaises dans ce domaine ;
6. La partie française offrira toute l'aide possible dans la gestion de grands programmes financés par
la commission européenne. Dans ce cadre le service de coopération technique internationale et la
société CIVIPOL (société de conseil et de service du MININT) agiront en coordination directe avec la
partie libyenne ;
7. La France aidera à la constitution d'une unité spécialisée dans la lutte contre le terrorisme en Libye,
à l'image du RAID ;
8. Création de groupes de travail mixtes chargés de la mise en œuvre de ce qui précède.

Il était observé, d’une part, qu’alors que Claude GUEANT avait contesté que cette visite eut été le
prolongement de celle de Nicolas SARKOZY du 06 octobre 2005, la lecture de cette lettre d'entente qui
devait être signée par Brice HORTEFEUX établissait au contraire que ce déplacement avait bien pour
objet la concrétisation d'engagement de principe pris par Nicolas SARKOZY et, d’autre part, que son
objet n’était pas en lien avec les attributions officielles de Brice HORTEFEUX en sa qualité de ministre
délégué aux collectivités locales lesquelles ne comprenaient ni l’immigration ni les affaires étrangères.

A cet égard, il était relevé que le télégramme diplomatique N° 608 du 18 décembre 2005 à 16h44
rédigé par M. PERES (D2775) apportait une critique sur le projet de déclaration en forme d'accord
cadre pour un partenariat sur la coopération décentralisée. En effet, selon le télégramme, le Ministre
de l'intérieur libyen ne disposait pas de compétence particulière concernant les collectivités
territoriales. Ainsi avant même la visite de Brice HORTEFEUX en Libye, il apparaissait que le ministère
des affaires étrangères avait fait part de l'inutilité de rencontrer le Ministère de l'intérieur libyen pour
évoquer le sujet des collectivités territoriales.

143
Brice HORTEFEUX se contentait de répondre qu’il n’avait pas choisi ses interlocuteurs libyens lesquels
avaient été selon lui identifiés par le Ministère de l’intérieur (D3399/19). Confronté aux déclarations
de M. SIBIUDE, diplomate, lequel estimait : « A posteriori il m'a semblé que cet accord pouvait venir
justifier un déplacement qui n'avait pas grand sens », il répondait que l’ambassadeur ne lui avait pas
fait part de ses réserves à l’époque.

Enfin, confronté aux déclarations réitérées d’Abdallah SENOUSSI (D700, D2141/6, D2700), lequel
confirmait que cette entrevue avait pour objet le financement de la campagne présidentielle de Nicolas
SARKOZY à hauteur de 7 M€ et la remise par Brice HORTEFEUX des coordonnées d’un compte bancaire
pour la remise des fonds, Brice HORTEFEUX les niaient en bloque en arguant notamment de l’erreur
de date opérée par A. SENOUSSI (à l’occasion d’une conférence internationale en 2006 et non une
rencontre officielle en 2005). Alors qu’en dépit de cette erreur, Abdallah SENOUSSI maintenait avoir
rencontré Brice HORTEFEUX à une seule reprise comme l’affirmait du reste ce dernier et que la remise
du RIB était confirmée par Ziad TAKIEDDINE (D2731/2 et D3191/4), l’ancien ministre français
maintenait ses dénégations.

S’agissant de sa relation avec Thierry GAUBERT et de la fréquence de leurs rencontres entre 2005 et
juin 2007 (au moins à 20 reprises au regard de ses agendas), Brice HORTEFEUX ne contestait pas leur
relation d’amitié mais expliquait que leurs rendez-vous avaient un objet très général et varié sans lien
avec la campagne présidentielle à venir et son financement (demandes de services, renouvellement
de passeport, mondanités…). Il confirmait par ailleurs que Thierry GAUBERT et Nicolas SARKOZY lui
avaient tous deux confirmé ne plus se fréquenter à partir de la fin de leur collaboration professionnelle
en 1996 (D3399/27).

Avec la même légèreté il écartait les allégations tirées d’un SMS que lui avait adressé Rachida DATI le
11 septembre 2013 (D763) et dont le contenu était le suivant :

« Salut le facho. Je t'ai entendu dire à ton OS que tu allais me faire sauter la pseudo facilité de
passage (que je n'ai pas) que j'aurais à l'aéroport. Je vais te donner un dernier avertissement par ce
SMS dont la copie est envoyée à N. SARKOZY. Soit tu me lâche, soit je vais déposer l'assignation qui
date de deux ans dans laquelle tu figures avec d'autres pour atteinte à ma vie privée et écoutes
illicites, mise en danger de la vie de ma fille, etc... (Sarkozy l'avait reçue et m'avait demandé de ne
pas la déposer au tribunal) en ta qualité de ministre (naze) de l'intérieur. De plus, je vais dénoncer
l'argent liquide que tu as perçu pour organiser des rdv auprès de Sarko quand il était président, des
relations tout aussi liquides que tu as eues avec Takieddine, l'emploi fictif de ton ex à la caisse
d'épargne grâce à Gaubert, et l'emploi illégal de ta compagne actuelle au PE. Et je peux continuer
avec les avantages que tu as eu et as encore à l’UMP à l'insu de ceux qui paient! Alors maintenant
je te préviens très fermement. Tu me fous la paix! Je ne te lacherai pas espèce de voyou ! »

Il ressortait par ailleurs d’une note datant de 2006, retrouvée dans les archives de Ziad TAKIEDDINE,
que Bernard SQUARCINI aurait indiqué à Nicolas SARKOZY que Brice HORTEFEUX avait fait des voyages
dans des pays arabes et au Moyen Orient pour « récupérer de l'argent » mais « sans le remettre au
ministre » (D2476/9). L’intéressé contestait de telles allégations (D3399/29 et /30).

Il contestait de la même manière avoir déjà remis de l’argent en espèce à son ex-épouse, Valérie
DAZZAN (D2307 et D3399/30), laquelle expliquait pourtant au sujet d’une somme en liquide (50 875 €
au domicile et 3800 € dans un coffre détenu auprès de la HSBC) retrouvée au cours d’une perquisition
dans le cadre d’une procédure distincte (D2281 et D2283): « cette somme provient de retraits que j'ai
fait sur mon compte ou peut-être est-ce de l'argent qui vient du père de mes enfants » (D2287). Les

144
enquêteurs observaient que certains de ces billets étaient des coupures de 500 €. Des recherches
étaient diligentées concernant ces billets et l’un d’eux, saisi chez Mme DAZZAN, avait été fabriqué en
2001 et 2007. (D3176, D3177)

En tout état de cause, il faisait sien les propos de Nicolas SARKOZY fustigeant la légèreté coupable dont
Claude GUEANT puis lui-même avaient témoigné en s’en remettant au seul Ziad TAKIEDDINE pour
traduire les propose d’Abdallah SENOUSSI lors de ces rencontres prétendument impromptues
(D3399/31).

1.2.2.4 Thierry GAUBERT

Les investigations mettaient en évidence le rôle de Thierry GAUBERT qui présentait la particularité
d’être à la fois proche de Nicolas SARKOZY et Brice HORTEFEUX d’une part, et de Ziad TAKIEDDINE,
d’autre part.

Outre sa proximité amicale ancienne avec Nicolas SARKOZY, celle-ci avait également été
professionnelle puisque Thierry GAUBERT avait exercé les fonctions de chef adjoint du cabinet de
l’intéressé lorsqu’il était ministre de la communication de 1993 à 1994, étant précisé que le chef de
cabinet de l’époque n’était autre que Brice HORTEFEUX.

L’intéressé était entendu tant par les enquêteurs dans le cadre d’une mesure de garde à vue (D3211,
D3212 et D3217) que par le magistrat instructeur à l’occasion de sa mise en en examen du chef
d’association de malfaiteurs (D3223) puis d’un interrogatoire (D4501).

 Sur l’origine et l’usage des fonds du trust CACTUS

Thierry GAUBERT était en particulier confronté à :

- la concomitance entre la réception, le 08 février 2006, de la somme de 440.000 € sur le compte


CACTUS ouvert aux Bahamas dont il était bénéficiaire économique depuis le compte libanais
de la société ROSSFIELD animée par Ziad TAKIEDDINE (cf. supra) et le virement préalable de la
somme de 3 M€ sur ce dernier compte en provenance du Trésor public libyen ;
- le constat de retraits d’espèces significatifs en 2006 et 2007 depuis le compte CACTUS ;

A cet égard, il décorrelait ces retraits d’espèces de tout financement illicite de la campagne de Nicolas
SARKOZY. Pour ce faire, il objectait que ces retraits avaient débuté dès 2004 (30.000 €) avant de se
prolonger annuellement jusqu’en 2009 (80.000 € en 2005 et en 2006, 30.000 € en 2007, 100.000 € en
2008 et 90.000 € en 2009).

Il justifiait l’origine de ce virement par son rôle de simple intermédiaire entre Ziad TAKIEDDINE et un
ami commun, Thierry de la BROSSE, pour permettre à ce dernier de financier la fin de travaux dans une
villa acquise en Colombie, pays où Thierry GAUBERT possédait également une résidence.

Or il convenait de rappeler que cette explication divergeait de celle fournie par Ziad TAKIEDDINE qui
indiquait que Thierry GAUBERT lui avait demandé de lui prêter la somme de 440 000€ pour finir sa
piscine en Colombie (D3563). Cette explication laissait d’ailleurs dubitative son ex-épouse, Hélène
KARAGEORGEVITCH, laquelle observait : « J'ai vu dans la presse qu'il avait une histoire de piscine qui a
été faite pour un montant pas possible. Mais c'est pas possible. C'est pas cher là-bas. Ce n'est pas
possible ce que j'ai lu dans la presse. Dès la construction, il y a eu une piscine de construite. Quelques
temps plus tard, il y a eu une fuite. Donc il y a eu des travaux, mais des petits trucs » (D4208).

145
Thierry GAUBERT expliquait les déclarations de Ziad TAKIEDDINE en les mettant sur le compte de la
confusion mentale dont il pouvait faire l’objet après le grave accident cérébral dont il avait fait l’objet
en 2005 (D4501/4).

De la même manière, il justifiait les retraits d’espèces substantiels et réguliers par les besoins de la vie
courante : « ces espèces servaient pour la vie courante, elles étaient essentiellement utilisées par mon
épouse pour les dépenses familiales » (D3212/6).

Ses déclarations étaient toutefois invalidées par celles de son ex-épouse qui expliquait : « Thierry m'a
remis des espèces. Oui, mais c'était 500 € de temps en temps. Parfois 1.500 €. Mais c'est tout. Sinon,
j'avais une carte bancaire. Ce qui est certain, c'est qu'il ne me donnait pas 80 à 100.000 € par an. »
(D4208). Thierry GAUBERT maintenait cependant ses explications : « d'abord, je redis que c'est une
pratique qui s'étend de 2004 à 2009. Après 2009, la banque a arrêté sinon ça aurait continué au moins
jusqu'en 2010. Elles servaient à la vie courante évidemment. Mon épouse n'a jamais travaillé et
j'assurais totalement son train de vie c'est à dire son loyer, tous ses frais (assurance, téléphone,
électricité...), ses vacances avec mon fils » (D4501/1).

De façon plus significative, Thierry GAUBERT était confronté à la gestion singulière du compte GLOBS
ouvert en Suisse par Ziad TAKIEDDINE.

En effet, pour mémoire, le compte GLOBS détenu par l’homme d’affaires franco-libanais avait perçu
200 000 USD et 900 000 € en trois virements les 5 juin 2006, 10 juillet 2006 et 30 novembre 2006
depuis le compte ROSSFIELD, lui-même crédité de fonds publics libyens. Dans un tableau concernant
les dépenses de Ziad TAKIEDDINE entre 2001 et 2008 GLOBS figurait dans une colonne intitulée
« paiements secrets » pour un total de 6 286 206 € en 2005 et 2006 (D4417/15). Il apparaissait que
Ziad TAKIEDDINE avait effectué pour 1,2 M€ de retraits d'espèces sur ce compte entre octobre 2005
et janvier 2007 (D4123 et 4125).

Ce constat était mis en perspective avec le schéma révélé dans le cadre de l’affaire KARACHI dans
laquelle Thierry GAUBERT avait été condamné pour recel de délits. Or à la faveur de cette procédure,
l’ex-épouse de Ziad TAKIEDDINE, Nicola JOHNSON, avait expliqué : « j'ai appris par mon amie Hélène
que son mari et Ziad faisaient de fréquents voyages à Genève, à cette époque-là, et qu'ils allaient voir
Maurizio SAFDIE à Genève et qu'ils revenaient avec des valises d'argent numéraire » (D4417/24).

Thierry GAUBERT se contentait d’expliquer que le compte évoqué par Mme JOHNSON avait été ouvert
postérieurement à la campagne de 2007 (D4501/6).

 Sur son rôle pendant la campagne électorale de 2007 et son intérêt pour les affaires
libyennes

Interrogé sur son rôle au cours de la campagne de 2007, il était confronté aux déclarations de son ex-
épouse (D4208) aux termes desquelles elle précisait au sujet de ses relations avec Nicolas SARKOZY :

« Non, ce n'était pas un simple collaborateur. Nous étions amis. On se voyait plusieurs fois par
semaine. Oui, il m'avait dit qu'il allait de temps en temps place Beauvau, je ne me rappelle pas les
dates, mais je sais qu'il y allait. Il me le disait, comme c'est un menteur… » (…)
« QUESTION: Thierry GAUBERT a-t-il participé à la première campagne présidentielle de Nicolas
SARKOZY en 2007 ? Réponse : Je pense que oui, mais je ne sais pas en quoi. Il en parlait beaucoup.
Il disait qu'il était sûr qu'il allait devenir Président. Quand Thierry disait ça, il avait l'air réjoui. Je ne

146
sais pas s'il a fait partie de l'équipe de campagne, par contre. C'était son candidat. Quand il en
parlait, il donnait l'impression d'être toujours ami avec lui. »

Confronté à différents courriels issus de l’exploitation des supports informatiques saisis dans le cadre
du dossier KARACHI qui mettaient en évidence son rôle d’intermédiaire entre Ziad TAKIEDDINE et le
ministère de l’intérieur via Brice HORTEFEUX à partir de 2003 (D4222/9), Thierry GAUBERT
reconnaissait avoir rempli ce rôle mais sans s’impliquer dans les sujets qui animaient l’homme
d’affaires et dont il ne conservait plus le souvenir (D4501/8).

Thierry GAUBERT était également interrogé sur la fréquence de ses rencontres avec Brice HORTEFEUX
durant la période 2005-2007 mises en évidence par l’exploitation de ses agendas (D3085, D3391 et
D4205), à savoir :

- 9 février 2005 avec B. Millot et JF Copé


- 13 avril 2005 avec A. Meglio et Thierry Gaubert
- 25 mai 2005 Déjeuner Ch. MILHAUD/TG/NS
- 7 décembre 2005 à 19h
- 23 février 2006 à 12h30
- 11 juin 2006 à 18h00
- 22 juin 2006 à 20H (en option Thierry Gaubert)
- 19 juillet 2006 à 11h30
- 29 août 2006 à 18h00
- 25 septembre 2006 à 15h
- 2 octobre 2006 à 14h30
- 20 novembre 2006 à 12h30
- 8 janvier 2007 à 11h45
- Dimanche 4 mars 2007 mention 19h TG
- 4 avril 2007 à 11h30
- 17 avril 2007 (sous réserve) à 12h20 (rendez-vous de 10 minutes)
- 19 avril 2007 à 14h30
- 25 avril 2007 à 17h30
- 2 mai 2007 à 20h00 diner télé (soirée débat entre deux tours)
- 8 mai 2007 à 21h chez APICIUS
- 23 mai 2007 à 18heures
- 28 mai 2007 : en option RV privé TG
- 4 juin 2007 à 15h30 (TG)
- 12 juin 2007 à 19h30 (TG)puis le 14 juin à 14h30 (en option TG)
- 16 octobre 2007 à 18h00

Il expliquait qu’à ces occasions, Brice HORTEFEUX lui parlait principalement de ses difficultés
conjugales. Il ne faisait pas davantage de lien entre leur rendez du 07 décembre 2005 et le voyage du
ministre délégué aux collectivités territoriales en Libye des 21 et 22 décembre.

Plusieurs éléments étaient de nature à présumer que Thierry GAUBERT avait officieusement été
associé aux préparatifs de la campagne électorale de Nicolas SARKOZY : une note de calendrier du 23
janvier 2006 portant la mention « NS-campagne », de nombreux rendez-vous avec Brice HORTEFEUX,
des mails datés du 29 janvier 2006 avec Ziad TAKIEDDINE ayant pour objet « Pour date rdv » lequel
sollicitait l’intermédiation de Thierry GAUBERT pour obtenir un rendez-vous le 02 ou le 03 février avec
un tiers et auquel M. GAUBERT répondait : « Je ne pourrais pas te le confirmer avant lundi car son
secrétariat doit le valider. Fais un bon voyage et j'attends ton appel ».

147
La temporalité de ce rendez-vous sollicité par Ziad TAKIEDDINE intriguait. En effet, elle s’inscrivait dans
la chronologie suivante : Brice HORTEFEUX s'était rendu en visite officielle à Tripoli les 21 et 22
décembre 2005 et une note datée du 06 janvier 2006 figurant dans les archives de Ziad TAKIEDDINE
évoquait un déplacement à venir à Tripoli et les propos qu'il s'apprêtait à tenir Abdallah SENOUSSI.
Selon ses archives, Ziad TAKIEDDINE avait par ailleurs effectuer un aller-retour Paris TRIPOLI du 23 au
25 janvier puis y serait retourné le 30 janvier 2006, soit le lendemain de ses échanges avec Thierry
GAUBERT, puis le 04 février 2006, soit le lendemain du rendez-vous évoqué dans le message précité
(date du 02 ou 03 février…). Au surplus, il convenait de rappeler qu’à la même période, le compte
libanais de la société ROSSFIELD avait été crédité de 3 000 000 € le 31 janvier 2006 en provenance de
Libye et que le 08 février 2006 ROSSFIELD transférerait la somme de 440.000 € vers compte détenu
par Thierry GAUBERT aux BAHAMAS.

Pour autant, ce dernier se contentait d’y voir de simples conjectures et démentait tout lien entre la
demande de rendez-vous adressée par Ziad TAKIEDDINE et ses activités en Libye. Il n’était du reste pas
davantage en mesure de préciser avec quelle personnalité l’homme d’affaires franco-libanais sollicitait
un rendez-vous à cette période charnière (D4501/14).

De manière générale, Thierry GAUBERT réfutait tout intérêt pour les affaires libyennes de Ziad
TAKIEDDINE. Il lui était pourtant opposé un échange de mails du 27 mars 2006 avec ce qui semblait
être la secrétaire de Brice HORTEFEUX alors ministre délégué et évoquant Ziad TAKIEDDINE (ZT) et une
note à récupérer que Claude GUEANT devait remettre à Brice HORTEFEUX (D4228) :

« De. GAUBERT Thierry fmailto:[email protected]]


Envoyé : lundi 27 mars 2006 10:16
À . SP HORTEFEUX
Objet:
Bonjour Martine
Hier rdv avec zt-2 dossiers a faire:
-note que je dois récupérer aujourd'hui (CG doit la donner a BH)
-BH ok pour déjeuner avec Mr Philip (Lagardere) me donner une date et organise (à l’extérieur)
BH va t’il a la remise de LH de Namias (TF1)aujourd'hui?
Merci de suivre...»

Or une note datée du 27 mars 2006 figurait effectivement dans les archives de Ziad TAKIEDDINE
(D2477/2) laquelle, relative à la Libye, était intitulée : « Enquête consécutive à la séquestration dans
une chambre de l'Hôtel Meurice de la nourrice du petit-fils de Muhammad KADHAFI, Président Libyen ».

Une fois encore, Thierry GAUBERT se contentait d’éluder en expliquant qu’il s’agissait là d’un sujet
mineur qui ne le concernait pas mais sans expliquer pour quelle raison il prenait soin de jouer lui-même
l’intermédiaire dans une affaire relative à la Libye et alors même que Ziad TAKIEDDINE jouissait lui
aussi d’une certaine proximité avec Brice HORTEFEUX.

De même, dans une note de calendrier du 12 juin 2007 intitulée « BH », il était mentionné :

« RG
Cavok
Loi immigration
N° de tel CG pour sanous
Voyage L- date
Doc ZT
Min libanais dimanche soir »

148
Or il apparaissait au sujet du « Doc ZT » que la veille, le 11 juin 2007, avait été créée une note retrouvée
dans la clé de Ziad TAKIEDDINE intitulée « La Libye finale », note qui énumérait les sujets de discussions
à avoir avec la Libye, en prévision d'un déplacement de Brice HORTEFEUX, déplacement qui n'aura
finalement pas lieu. A cet égard, la mention « Voyage L-date » était susceptible de faire référence à ce
voyage en Libye et la mention « N° de tel CG pour sanous » ne manquait pas d’évoquer le fait de donner
le numéro de téléphone de Claude GUEANT à Abdallah SENOUSSI.

Là encore, Thierry GAUBERT ne trouvait pas d’explications, se contentant d’indiquer qu’il s’agissait là
de sujets « assez fourre-tout » et que ces mentions pouvaient évoquer tout autre chose sans préciser
pour autant ce dont il s’agissait selon lui (D4501/15).

L’intérêt porté par Thierry GAUBERT aux questions libyennes était pourtant confirmé par un échange
de courriels avec Ziad TAKIEDDINE du 15 décembre 2009 dans lequel ce dernier rendait compte au
premier de réunions qu'il organisait à son domicile compte tenu de leur caractère officieux,
notamment une réunion entre Saïf Al Islam KADHAFI et Claude GUEANT. Il proposait à ce titre
d'organiser le même type de réunions pour Brice HORTEFEUX. (D4228/5 et /6)

De même, il convenait d’observer qu’à l’occasion de la perquisition de son domicile dans le cadre du
dossier KARACHI avait été saisi un télégramme INTERPOL par lequel le bureau INTERPOL de Tripoli
sollicitait l'arrestation de Nuri Al Mismari chef du protocole de Mouammar KADHAFI. Ce document
était daté du 22 octobre 2010, date à laquelle Brice HORTEFEUX était ministre de l'intérieur
(TG/DOM/DEUX feuillet 2 - D4270). Sur ce point, il se contentait de répondre que cela était
manifestement dû à Ziad TAKIEDDINE qui avait utilisé une fois son ordinateur personnel à son domicile
car il rencontrait des problèmes informatiques.

La persistance des liens entre Brice HORTEFEUX, Thierry GAUBERT et Ziad TAKIEDDINE à l’époque des
élections présidentielles était également illustrée par la découverte d’un vol Paris-Le Bourget-Clermont
Ferrand en date du 10 mai 2007 avec la mention « avec M. Ziad TAKIEDDINE ». Or il était confirmé par
l’exploitation des agendas de Brice HORTEFEUX (D4205) qu’il était bien à Clermont-Ferrand à cette
date. Thierry GAUBERT confirmait ce voyage en commun mais ne s’en rappelait plus l’objet
(D4501/19).

Autre élément troublant, le Trust CACTUS dont Thierry GAUBERT ne contestait pas être le bénéficiaire
avait pour protector un certain Jacques LEJEUNE (D3336, D4417 par ex). Or l’exploitation des courriels
de Thierry GAUBERT permettait la découverte d’un message envoyé le 19 juin 2006 sur l’adresse
ministérielle de Brice HORTEFEUX et vraisemblablement gérée par sa secrétaire
([email protected]) ayant pour objet « BH » et dans lequel Thierry GAUBERT écrivait :
« Lui rappeler qu'il doit téléphoner aujourd'hui à Jacques LEJEUNE +41 79 203 34 11 Merci de me
confirmer quand fait ». Cet élément établissait donc un rapport entre Brice HORTEFEUX et le trust
CACTUS ayant bénéficié de fonds libyens. Toutefois, une nouvelle fois, Thierry GAUBERT ne se rappelait
plus l’objet de cette rencontre entre les deux hommes et expliquait qu’ils étaient seulement amis.
(D4501/20)

 Sur ses liens avec Nicolas SARKOZY durant la période de prévention

Interrogé sur la fréquence de ses rencontres avec Nicolas SARKOZY, Thierry GAUBERT confirmait les
déclarations de ce dernier aux termes desquelles ils ne s’étaient plus fréquentés à compter de 1996
(cf infra) : « De mémoire, quand monsieur SARKOZY était ministre de l'intérieur, j'ai dû y aller une ou
deux fois au maximum. Et encore... A cette époque-là, mes rapports avec M. SARKOZY était très
distendus et je ne l'ai vu qu’extrêmement rarement. (...) je n'y suis allé qu'une ou deux fois et cela devait
être pour des visites de courtoisie. Je ne me souviens pas de motifs particuliers. » (D3223)

149
De son côté, Nicolas SARKOZY exposait : « je n'ai plus vu Thierry GAUBERT depuis 1996 » (D3356/9)
puis « Je n'ai plus de relations personnelles avec Thierry GAUBERT depuis 1996, cela signifie ne plus
avoir un déjeuner, un diner ou même ne plus avoir un rendez-vous en tête à tête ensemble. Il m'est
arrivé de le recroiser ça ou là lors d'événements publics, mais je peux dire sans crainte d'être démenti,
que ce que je vous dis est la stricte vérité » (…) « Je ne pense pas que l'on puisse trouver trace d'un
déjeuner ou d'un diner ensemble. J'ai le souvenir d'une exception, à la suite d'un diner ou déjeuner je
ne sais plus, d'une demande du directeur des Caisses d'épargne à l'époque, Charles MILHAUD,
d'inauguration d'une des caisses. Je situe cela au milieu des années 2000. Charles MILHAUD était venu
me voir, Thierry GAUBERT travaillait avec lui et peut- être accompagné de Brice HORTEFEUX étaient
venus me voir pour que je fasse cette inauguration. Je ne me souviens pas d'une autre occasion avec
Thierry GAUBERT. » (D3357)

Toutefois, l’exploitation des supports informatiques saisis dans le cadre du dossier KARACHI révélaient
des rencontres entre les deux hommes postérieurs à 2002.

En effet, de très nombreuses mentions de Nicolas SARKOZY figuraient dans l’agenda et les mails (D4222
et D4228) de Thierry GAUBERT, notamment :

- Note de calendrier : 6 juillet 2002 « Diner NS »


-5 décembre 2002: note de calendrier portant la mention « GENDRE/NS »
-7 janvier 2003: note de calendrier portant la mention « NS/Arnaud Claude »
-10 janvier 2003: note intitulée « NS/CM » attestant d'un rendez-vous de Nicolas SARKOZY avec Charles
MILHAUD, note portant la mention « NS/express »
-5 mai 2023: note de calendrier mentionnant « NS 23/24 »
-20 juin 2003 : mail évoquant un déplacement dans lequel est indiqué : « Nous pouvons partir après le
dej avec NS ».
-12 janvier 2004: note de calendrier portant la mention « CM » « réponse cadeau/NS ».
-29/02/2004: note de calendrier intitulée «T-BH» contenant les mentions:
« Diner ce soir rdv NS
VOYAGE TAK
JFC »
-29/02/2004: note de calendrier intitulée «T-NC» contenant la mention suivante : « Note NS»
-20 avril 2004 : échange de mail avec Charles MILHAUD, l'objet du mail est « N. SARKOZY V1 » et le
corps du mail est « Pour moi c'est absolument ok- je vous suggère de lui faire porter la lettre je viens
de parler avec NS qui met en place le rdv ».
-23 avril 2004: Thierry GAUBERT confirme à Nicolas MERINDOL que le RDV Nicolas SARKOZY est « fixé
le 7 mai »
- 4 mai 2004 note de calendrier « T Perol » « Rdv Nicolas SARKOZY participation au rdv »
- 30/06/2004 mention « Nicolas SARKOZY hier au T »
- 19 juillet 2004 note « CM » portant mention : « rdv NS septembre participation NS convention 4
novembre. »
- 30/08/2005: Echanges de mails entre Thierry GAUBERT et Martine COCHIN sur la présence de NS au
congrès des Sapeur pompiers
- 30/11/2005: Echanges de mails avec Charles MILHAUD les 29 et 30 novembre 2005.
L'objet des mails est « Rdv NS ».
Le contenu des échanges porte sur l'organisation d'un rendez-vous avec NS prévu le vendredi 23
décembre.
- 23 janvier 2006 : note de calendrier contenant la mention « NS-campagne »
- 24 janvier 2006 « Remise insignes Officier de LH à Maître Jacques ROSSI par NS. »
- 29/01/2006: Echange de mails entre Thierry GAUBERT et Ziad TAKIEDDINE. L'objet des mails est :
« Pour date rdv ». Ces échanges avaient lieu sur la seule journée du 29 janvier 2006. Ziad TAKIEDDINE

150
le sollicitait pour obtenir un rendez-vous le jeudi 2 février entre 14h30 et 17h00 ou le vendredi 3 février
à partir de 15h auprès d'un tiers non mentionné. Thierry GAUBERT répond : « Je ne pourrais pas te le
confirmer avant lundi car son secrétariat doit le valider. Fais un bon voyage et j'attend ton appel »
- 10 avril 2006: note de calendrier : « Remise LH à François PEROL par NS » dans les salons de l'hôtel
de Beauvau
- 19 mai 2006 : échanges avec Laura Tenoudji qui travaillait avec William Lemergie : à laquelle Thierry
GAUBERT indiquait : « William : je pense avoir fait progresser ton projet avec NS (t'en parle mercredi)»
- 5 octobre 2006 : « Remise rapport EDM à NS » Place Beauvau
- 17 octobre 2006: note de calendrier : « Remise des insignes de la LH à Thierry SAUSSEZ par NS. »
Place Beauvau
- 23 octobre 2006 : « Remise LH à Stéphane RICHARD par NS. RSVP: 01 40 07 22 42 » Place Beauvau
- 8 janvier 2007: « Réception Nouvel An en présence de NS à l'invit. De Louis-Charles BARY ». Hôtel de
Ville de Neuilly S/ Seine
- 12 janvier 2007 : échanges avec le secrétariat de Brice HORTEFEUX au sujet de la cérémonie
d'investiture UMP de Nicolas SARKOZY le dimanche 14 janvier. Thierry GAUBERT s’assurait d'avoir la
couleur de bracelet la plus « top » ce sur quoi il était rassuré : « le top c'est le rouge comme le ministre »
- 22 janvier 2007 : « Vœux du Nouvel An de l'OPHLM en présence de NS » à Levallois
- 5 avril 2007 : échange de mails au sujet de ses déboires judiciaires dans lequel il indique : « je fais les
frais de ma proximité avec NS dans cette période sensible. »
- 6 mai 2007 (2eme tour des élections présidentielles) : Thierry GAUBERT indique être au Ministère de
l'intérieur dans lequel il obtient les résultats à 16h45
- 30 mai 2007 : « Audience Solennelle Nomination du Président de la Cour de Cassation en présence
de NS/ Cour de Cassation - 5 Quai de l'Horloge - 1er (fermeture des portes à 13h 30) ».
- 11 mars 2008 note de calendrier : « Dedicaces livre NS - me popis »
- 10 juin 2008 « Remise LH Didier BANQUY par NS » Palais de l'Elysée
- 18 décembre 2008: « Remise LH Régine par NS » Palais de l'Elysée
- 8 avril 2009 : « Cérémonie remise insignes de Commandeur de l'Ordre National du Mérite à Philippe
Parini par NS » Palais de l'Elysée
- 2 février 2010: note d'agenda intitulée « BH »:
« Europe ce matin - Corse? TF1/ maman
Copé/NS
PS
Tak / recu / rv risk
Gleeson / il faut delivrer le message/ rv bientôt
VH
ST/ CG
Déco Mariani
Article Tunisie »
- 19 janvier 2011 : Thierry GAUBERT était présent aux vœux de Nicolas SARKOZY au Monde de
l'éducation et de la culture.

Thierry GAUBERT se limitait à considérer que ces éléments ne sauraient établir l’existence d’un lien
personnel avec Nicolas SARKOZY durant cette période et expliquait qu’il ne s’agissait là que de rendez-
vous institutionnels.

Il apparaissait également (D4206) dans les extraits d'agendas de Nicolas SARKOZY versés dans le
dossier KARACHI (D2292/7 et 9) que Thierry GAUBERT l'avait rencontré lors qu'il était à l'Elysée, le 15
mars 2008 puis le 16 mai 2008. Ce dernier n’était toutefois pas en mesure de se rappeler de ces
rencontres au palais présidentiel figurant pourtant dans les bases de l’Elysée (D4501/16).

De même, son agenda portait la trace d’un trajet Paris-Bourges puis Bourges-Bordeaux le 15
septembre 2005 avec la mention des noms de MM. GAUBERT, MILHAUD et SARKOZY. Si Thierry

151
GAUBERT évoquait un trajet en avion avec Charles MILHAUD, président du directoire de la Caisse
nationale des Caisses d’Epargne, il indiquait que Nicolas SARKOZY n’avait pas participé à ce voyage en
dépit de la mention de son nom (D4501/19).

Outre ses agendas, Thierry GAUBERT semblait également contredit par l’exploitation de certains de
courriels qui révélaient la persistance de liens avec Nicolas SARKOZY.

Ainsi, par exemple, à l’occasion d’échanges entre le 22 mai 2010 et le 16 juin 2010, sur l’opportunité
de témoigner sur Nicolas SARKOZY dans l'émission « Un jour, un destin » en raison de son procès à
venir dans l'affaire du 1% logement. A cette occasion, Thierry GAUBERT obtenait le feu vert de Franck
LOUVRIER, conseiller en communication du Président de la République et indiquait : « Autre argument:
en soulignant par mon témoignage, une fois de plus ma proximité qui n'est pas contestable, j'oblige à
me soutenir. Sinon il lui sera reproché de lâcher ses fidèles ». Puis (...) « je pourrais arguer du fait que
l'on s'acharne contre moi parce que je suis un proche. (Ce qui est assez vrai). » Ce à quoi, Nicolas
SARKOZY semblait avoir donné son accord : « Finalement après avoir quasi décidé de renoncer, le PR
m'a donné son accord (thème: il vaut mieux des témoignages d’amis.) ». Thierry GAUBERT expliquait
que le contenu du message n’était pas incompatible avec l’absence de liens depuis 1996 puisque le
reportage se concentrait, selon lui, sur la période 1983-1995 durant laquelle ils étaient effectivement
amis. (D4501/20)

A titre plus anecdotique mais non moins évocateur, Thierry GAUBERT s’était chargé en février 2006,
pour le compte de la Caisse d’Epargne, d’offrir à Nicolas SARKOZY un vélo de prestige de marque
Pinarello aux mesures de ce dernier et aux couleurs de l’équipe de cyclisme professionnelle espagnole
sponsorisée par la banque. (D4222 et D4228/13)

Il ressortait également d’échanges de courriels que Thierry GAUBERT, qui occupait à l’époque des
fonctions au sein de la Caisse d’Epargne, avait joué un rôle d’intermédiaire entre Nicolas SARKOZY et
Charles MILHAUD pour que la Caisse d’Epargne travaille plus étroitement avec le cabinet d’avocat
Arnaud CLAUDE dans lequel l’ancien président de la République était associé. Confronté à ces
différents échanges, Il se contentait de répondre qu’il remplissait son rôle de chargé des relations du
président des Caisses d’épargne avec les ministères et ministres (D4501/13).

 Sur ses relations avec Ziad TAKIEDDINE

Il n’était pas inutile de relever que Thierry GAUBERT avait eu recours aux services de Ziad TAKIEDDINE
dans le cadre de son activité au sein de la Caisse d’Epargne. En effet, l’exploitation du scellé MAIL UN
comportant la boite mail de Thierry GAUBERT (D4222) révélait qu’au mois d'octobre 2007, Ziad
TAKIEDDINE avait proposé des placements financiers aux autorités libyennes par l'intermédiaire des
Caisses d'Epargne.

Ainsi, le 12 octobre 2007 Charles MILHAUD écrivait à Thierry GAUBERT un courriel dont l'objet était :
« ZT ». Le corps du message était : « C'est bien aujourd'hui que ZT a RDV avec JC [Julien CARMONA
était membre du directoire (Finances et Risques) de BPCE et ancien conseiller économique de Jacques
CHIRAC, note du juge] et AO [Anthony ORSATELLII]? ». Thierry GAUBERT répondait : « ZT très satisfait
du RV A bcp apprécié la qualité de ses interlocuteurs et a le sentiment d'avoir répondu positivement à
leurs préoccupations (origine des fonds, intervenants, mode de gestion attendu, etc.) Il attend la
proposition et sitôt enclenche les RV avec les « L ».

Dans un mail émis par Julien CARMONA le 12 octobre 2007 à Charles MILHAUD, Nicolas MERINDOL et
Thierry GAUBERT, l’ancien conseiller économique de Jacques CHIRAC résumait son entretien
manifestement confidentiel avec Ziad TAKIEDDINE : « A la demande du président, j'ai vu ce matin Ziad
TAKIEDDINE. J'étais accompagné d'Anthony Orsatelli. Argumentaire la Libye a 80 Mds USD de réserves

152
de change (revenus pétroliers) et voudrait mieux les gérer (meilleure performance, moins de
corruption). »

Thierry GAUBERT expliquait que Ziad TAKIEDDINE avait proposé aux Caisses d’Epargne de gérer un
fonds souverain pour le compte de la Libye. (D4501/15 et /16)

Les relations entre les deux protagonistes étaient aussi de nature pécuniaire comme en attestait un
mail adressé par Thierry GAUBERT à Ziad TAKIEDDINE le 02 août 2007 (D4228/3) :

1) 5 000 à remettre à la banque à mon nom


CIC Banque Transatlantique
26 Avenue Franklin D Roosevelt
PARIS 08
numéro de compte
30568 19004 000125 288 01 43
2)1 000 a Daizy (l'appeler avant)
5 bis bd richard Wallace Neuilly
06 21 40 77 13
3) 4 000 si possible a une personne a Paris auprès de laquelle je puisse le récupérer le 19 aout
Merci »

Une fois encore, Thierry GAUBERT expliquait ne plus avoir aucun souvenir de cet évènement et des
motifs de ces remises d’argent.

De même, il n’était pas en mesure d’expliquer les raisons d’une remise d’argent attendue de la part de
Ziad TAKIEDDINE et révélée par la mention d’un mail du 15 mars 2010 adressé à ce dernier : « PS: les
40 ne sont jamais arrivés? » (D4501/18).

Thierry GAUBERT était également confronté au témoignage de Bernard CHEYNEL (D1262) dans lequel
celui-ci exposait que plusieurs de ses relations lui avaient déconseillé de travailler avec lui et qu’à la
faveur d’un séjour à Deauville où il avait croisé Thierry GAUBERT, ce dernier lui avait mis à plusieurs
reprises la pression pour faire travailler Ziad TAKIEDDINE. L’intéressé se contentait toutefois de
répondre : « Je n'ai jamais rencontré M. CHEYNEL et n'ai jamais entendu parler de lui. Je pense que
c'est un gros mythomane ». (D4501/20)

1.2.2.5 Nicolas SARKOZY

Nicolas SARKOZY était entendu d’abord par les enquêteurs dans le cadre d’une mesure de garde à vue
(D2313, D2314, D2316, D2318, D2323 et D2324) avant d’être interrogé à plusieurs reprises par les
magistrats instructeurs (D2331, D2735, D3356, D3357, D3359 et D3360).

Il était mis en examen des chefs de recel de détournement de fonds publics, corruption passive,
financement illégal de campagne électorale et association de malfaiteurs en vue de réaliser les délits
de détournements de fonds publics commis par un agent public au préjudice de l'Etat libyen, de
corruption active et passive d'agent public et le blanchiment de ces délits.

En substance, il démentait fermement les accusations portées à son encontre.

Ainsi il expliquait celles de pacte de corruption proférées à son encontre par d’anciens responsables
du régime libyen par une volonté de vengeance motivée par le fait qu’il avait pris la tête de la coalition

153
ayant contribué, en 2011, à la chute du régime KADHAFIste et que celles-ci n’étaient étayées par
aucune preuve documentaire (D2318). Il éludait à cet égard, le fait que Sihem SOUID (D1242), auteure
des mémoires de Mohammed EL MEGARIEF, opposant et dirigeant ayant succédé à Mouammar
KADHAFI, ait expliqué que ce dernier avait bien confirmé l’existence d’un tel financement mais refusé
que cet élément soit publié pour éviter toute polémique. (D2318)

En substance, il décrivait ces allégations comme une « fable libyenne » reposant sur de faux documents
(D3356) et expliquait que cette théorie n’avait débuté qu’en mars 2011 et qu’aucun élément n’en
faisait état auparavant (D2318). Confronté toutefois au contenu du carnet de Choukri GHANEM
relatant ce financement à une période bien antérieure à 2011 (la page du 29 avril 2007 contenant des
éléments tendant à confirmer la réalité d'un soutien financier à sa campagne électorale de 2007),
Nicolas SARKOZY contestait que ceux-ci aient pu être rédigés avant le déclenchement de la guerre en
2011 (D2318).

Il exposait s’être rendu à deux reprises en Libye : en octobre 2005 en qualité de ministre de l’intérieur,
déplacement au cours duquel il confirmait avoir rencontré Mouammar KADHAFI en tête à tête, puis le
22 juillet 2007 comme Président de la République. Il niait en revanche que Ziad TAKIEDDINE ait tenu
le rôle de traducteur lors de son entretien individuel de 2005. (D2316)

Interrogé en détail sur ses relations et contacts avec Ziad TAKIEDDINE ainsi que sur le rôle joué par ce
dernier auprès des autorités libyennes, il expliquait avoir rencontré, en tout et pour tout, l’homme
d’affaires franco-libanais à deux reprises en 2002 et 2003 dont la dernière fois au ministère de
l’intérieur dans le cadre de la venue d’un prince saoudien en vue du projet de conclusion du contrat
dit « Miksa ». Il ignorait que Brice HORTEFEUX et Claude GUEANT étaient en relation avec ce dernier
et niait que Ziad TAKIEDDINE ait joué un quelconque rôle dans la libération des infirmières bulgares.
De manière plus générale, il déniait à l’intéressé tout rôle d’émissaire officieux auprès des autorités
libyennes. Confronté au fait que Claude GUEANT lui-même avait reconnu le rôle joué par Ziad
TAKIEDDINE, Nicolas SARKOZY objectait que son directeur de cabinet de l’époque ne l’en avait jamais
informé. (D2313)

En tout état de cause il invalidait les déclarations de Ziad TAKIEDDINE selon lesquelles les 5 M€ qu’il
déclarait avoir transporté en espèce aient pu servir au financement de sa campagne électorale tout
comme il infirmait l’explication émise par ce dernier sur le fait que ces fonds aient pu servir à financer
la formation de policiers libyen en France. (D2318)

Il émettait l’hypothèse selon laquelle si Ziad TAKIEDDINE avait agi auprès des libyens ça ne pouvait être
que pour détourner les fonds libyens.

Selon lui, aucun soutien financier extérieur n’était nécessaire dans la mesure où son parti, l’UMP,
comptait à l’époque plus de 350.000 adhérents et que les soutiens affluaient et il ignorait tout de la
location, par Claude GUEANT, d’un coffre-fort de très grande taille auprès de la BNP à la même période
(D2323).

A cet égard, il n’était pas en mesure de fournir d’explications aux déclarations d’Abdallah SENOUSSI
selon lesquelles un soutien financier à hauteur de 7 M€ lui avait été accordé et au fait que ce montant
coïncidait avec les 5 M€ transportés en espèces par Ziad TAKIEDDINE et aux 2 M€ de virement identifiés
depuis les comptes de ce dernier. (D2323)

Il n’était pas davantage en mesure d’expliquer l’origine des primes en espèces versées, via Eric
WOERTH alors trésorier de sa campagne pour l’élection présidentielle, en marge de celle-ci. Il ne
fournissait pas plus d’explications sur les contradictions nombreuses relevées dans les déclarations de

154
ce dernier et de M. TALVAS. Il estimait d’ailleurs que tout cela ne relevait pas de sa responsabilité
(D2323).

S’agissant des conditions du déplacement de Brice HORTEFEUX à Tripoli en décembre 2005, Nicolas
SARKOZY le justifiait par la nécessité de signer des accords avec son homologue libyen en charge des
collectivités territoriales et par la nécessité de lutter contre la problématique de l’immigration
irrégulière (D2323). Contrairement à ce que déclarait l’ancien ministre délégué aux collectivités
territoriales, il indiquait que ce dernier avait été mis en garde contre toute tentative de rencontre avec
Abdallah SENOUSSI. A cet égard, il n’expliquait ni les circonstances atypiques de la rencontre entre ce
dernier et Brice HORTEFEUX ni la présence de Ziad TAKIEDDINE lors de celle-ci. (D2323)

Nicolas SARKOZY revenait également sur ses relations avec Alexandre DJOUHRI. Il expliquait avoir fait
sa connaissance courant 2006 lors d’une rencontre à l’hôtel Bristol à Paris au même titre que le
diplomate Maurice GOURDAULT-MONTAGNE. Il précisait qu’à l’inverse de Ziad TAKIEDDINE, Alexandre
DJOUHRI lui avait été recommandé à l’époque par certains grands noms du capitalisme français (Serge
DASSAULT et Henri PROGLIO) en qualité d’ancien chiraquien susceptible de jouer un rôle dans le
rapprochement entre leurs deux camps politiques. Cette explication tranchait toutefois avec les
déclarations de Claude GUEANT qui, au sujet d’Alexandre DJOUHRI, évoquait « une vieille
connaissance » et de l’intéressé lui-même qui déclarait connaître Nicolas SARKOZY depuis 1986.

Alors qu’Alexandre DJOUHRI n’avait, selon lui, jamais joué un rôle de conseiller ni ne lui avait rendu de
service si ce n’est avoir œuvré à un rapprochement avec Dominique DE VILLEPIN, il interprétait les
accusations de Ziad TAKIEDDINE comme l’expression d’une forme de jalousie.

Confronté au contenu de leurs échanges, Nicolas SARKOZY nuançait grandement sa proximité avec
Alexandre DJOUHRI en banalisant l’emploi, par ce dernier, d’expressions familières à son égard telle
que, par exemple, la formule « je t’embrasse ». (D2314)

Il déclarait tout ignorer des liens d’amitié ou financiers entre Alexandre DJOUHRI et Claude GUEANT
ou des éventuelles intercessions du second en faveur du premier (D2314 et D2316).

A cet égard, il niait fermement qu’Alexandre DJOUHRI ait pu jouer un quelconque rôle dans un
financement libyen de sa campagne, financement dont il contestait avec la même énergie le principe.

Il ne connaissait pas davantage Wahib NACER et Khaled BUHSHAN (D2313).

Nicolas SARKOZY se trouvait toutefois confronté aux relations entre Alexandre DJOUHRI et Béchir
SALEH. A cet égard, il confirmait avoir rencontré ce dernier à une ou deux reprises dont une fois dans
le bureau de Claude GUEANT à l’Elysée et infirmait les déclarations publiques de Béchir SALEH aux
termes desquelles Alexandre DJOUHRI les avait présentés. (D2316)

Confronté au fait qu’alors qu’il était emprisonné en Libye à la suite de la chute du régime KADHAFIste,
Béchir SALEH avait sollicité les services de renseignement français pour qu’il le rassure sur son sort,
Nicolas SARKOZY ne s’expliquait pas cette démarche. Il ne fournissait pas davantage d’explication sur
le rapatriement de Béchir SALEH depuis la Tunisie et, surtout, le rôle qu’Alexandre DJOUHRI avait joué
ni si Claude GUEANT en avait été informé.

De la même manière, il niait que le dignitaire libyen ait quitté précipitamment la France
consécutivement aux pressions de son entourage en lien avec la révélation de l’affaire par Mediapart.
A cet égard, Nicolas SARKOZY n’était pas en mesure de fournir la moindre explication sur les conditions
de l’exfiltration de Béchir SALEH et, en particulier, par le recours à un vol privé affrété par Alexandre
DJOUHRI pour la somme de 94.700 € ni sur le fait qu’à l’issue de cette opération, Bernard SQUARCINI

155
alors directeur de la DCRI avait immédiatement contacté le conseiller spécial auprès du ministre de
l’intérieur (Claude GUEANT), Hugues MOUTOUH. (D2324)

En marge de la précédente procédure, il était découvert que Nicolas SARKOZY s’était acquitté du
paiement en espèces de deux statuettes anciennes auprès de Christian DEYDIER, expert reconnu en
civilisation et statuaire chinoise. Cet achat s’élevait à 2000 € et remontait à 2017. Ce qui interpellait
les enquêteurs est que cet achat avait été réalisé avec des billets de 500 €. Dans un courrier transmis
au service d’investigation, Nicolas SARKOZY expliquait avoir prélevé cette somme sur le compte
bancaire de son association de soutien (ASANS) dont le président était Brice HORTEFEUX et le trésorier
Michel GAUDIN (D4402). Si l’achat de ces statuettes à partir des fonds retirés de l’ASANS étaient bien
confirmés par ce dernier (D4406) et Fernanda SOARES DA SILVA, collaboratrice de l’ancien président
de la République (D4407), aucun élément ne permettait de justifier l’usage de coupures si importantes,
Mme SOARES DA SILVA expliquant, notamment, ne retirer que des petites coupures au distributeur
automatique de billet pour le compte de l’ASANS. Confrontée au fait que l’analyse des comptes de
l’association ne faisait pas ressortir de retrait susceptible de correspondre, Mme SOARES DA SILVA
expliquait finalement retirer chaque mois la somme de 2000 € auprès de la banque privée où Nicolas
SARKOZY dispose de comptes bancaires et ce, à sa demande. Elle précisait qu’à ces occasions des
coupures de 500 € pouvaient lui être remises (D4407/3).

1.2.2.6 Les investigations concernant Bechir SALEH

1.2.2.6.1 Renseignements généraux

Francophone et anglophone, Bechir SALEH était né le 24 juillet 1946 à Traghen en Libye, issu de la tribu
toubou (D1643). Il était marié à une libanaise : Kafa KACHOUR.

En 2008, M. Bechir SALEH était titulaire d'un passeport diplomatique libyen sur lequel étaient apposés
3 visas (D287 de l’annexe D2388) :
- le 13 juillet 2008, sur instruction du Cabinet du Ministère des Affaires étrangères, il lui a été
délivré, à Tripoli, un visa de circulation de 3 ans pour l'espace Schengen, valide jusqu'au 23
juillet 2011 en tant que Directeur de Cabinet du Guide de la Révolution, le Colonel Mouammar
Kadhafi mais également en tant que Président de la « Libyan African lnvestment Portfolio »
- en mai puis juin 2011, quelques jours avant que son visa de circulation ne soit périmé, et sur
instruction de l'Elysée pour "intérêt national", deux nouveaux visas lui ont été délivrés, à Tunis,
valides jusqu'au 21 septembre et pour la France uniquement (visas territorialement limités). »
Cette instruction de délivrance était émise par l’ambassadeur Boris Boillon sur instruction de
l’Elysée
- Le 28 décembre 2011, M. BASHIR a déposé une nouvelle demande de visa, à Niamey, sur un
passeport diplomatique nigérien en tant que conseiller de de la présidence. Cette demande a
été classée sans suite.

Le 07 février 2012, Bernard SQUARCINI rédigeait deux courrier destinés au Préfet de Police de Paris en
vue de solliciter une autorisation provisoire de séjour de 6 mois pour Bechir SALEH et sa nouvelle
compagne ABUGHRARA Intesar Ibrahim née le 31 mars 1971 (D1644).

Bechir SALEH résidait à Paris de novembre 2011 à mai 2012 avec un titre de séjour provisoire tout en
étant visé par une notice rouge d’Interpol délivrée à la demande du nouveau gouvernement libyen
pour des faits de détournements de fonds publics en marge d'investissements immobiliers surévalués
en Afrique du Nord avec des suspicions de rétro-commissions (D2548/2). Interpol France avait reçu
une demande d’arrestation provisoire le 15 mars 2012.

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Les démarches des autorités françaises en faveur de Bechir SALEH étaient en outre illustrées par une
note de recommandation de Boris BOILLON au préfet (D122) dans le cadre d’une demande de
naturalisation de l'épouse de Bechir SALEH, Kafa KACHOUR, datée du 30 juin 2008. Cette lettre faisait
suite à un mail adressé le 20 juin 2008 par Mme Muriel MATHIEU au sous-préfet de GEX indiquant que
le palais de l’Elysée l'avait contacté en la personne de Boris BOILLON en vue d’un traitement favorable
de la situation de l’épouse de Bechir SALEH qui ne remplissait pourtant pas les conditions nécessaires
pour être naturalisée, son époux et ses enfants ne résidant pas en France.

Un article de presse faisait également état d’interventions des autorités politiques françaises pour
interférer –sans succès – dans une enquête ouverte en 2009 pour esclavage moderne contre Kafa
KACHOUR, enquête qui aboutissait à sa condamnation le 25 avril 2012 (D582).

Il apparaissait que le domicile dans lequel Bechir SALEH résidait en France en 2012, 23, avenue FOCH
avait par la suite été occupé par un certain Noël DUBUS (D604). Entendu, celui-ci indiquait que
l’appartement était loué par Swiss Life à une SCI FAYDA dans laquelle un certain Tarek SHADI
« portefeuille de M. SALEH » était associé avec Georges LAUDRAIN (avocat) et ABUGHRARA Intesar.
Noël DUBUS prétendait que Béchir SALEH après être parti précipitamment le 3 mai 2012 de France,
était revenu une quinzaine de jours plus tard et que la famille SALEH n'avait quitté les lieux
définitivement que vers la mi-juillet 2012.

Auditionné, M. Tarek SHADI confirmait avoir rendu service à Bechir SALEH, sa femme et ses enfants en
leur prêtant l’argent destiné à la constitution de la SCI pour louer l’appartement, et ce sur les conseils
de Me LAUDRAIN. Il pensait qu’il pourrait rapidement obtenir un retour sur investissement de ce prêt.
Il citait « Jean-Pierrot MAHI » comme le porteur de billets de Bechir SALEH (D611). Cependant, il
apparaissait aussi que Tarek SHADI était le frère du Capitaine Sabri SHADI, Président de la compagnie
libyenne AFRIQIYAH AIRWAYS ayant acquis des avions AIRBUS par l’intermédiaire de Bechir SALEH
(D1241/4 et D4104). Sabri SHADI paraissait particulièrement bien placé dans l’appareil d’état libyen et
aurait été le pilote de Mouammar KADHAFI qui lui accordait une confiance totale (D2978/20).

Noël DUBUS prenait spontanément attache avec les services de police au mois d’octobre 2012 se
déclarant « chargé par des proches de Bachir SALEH et de Mahmoudi BAGHADI, de prendre contact
avec le juge VAN RUYMBEKE, car ceux-ci auraient des preuves sur le financement de la campagne
électorale française de 2007, et des preuves de versements de commissions sur des marchés libyens
impliquant les entreprises françaises telles que TOTAL ou VINCI et le pouvoir libyen », preuves qu’il ne
remettait jamais (D22_J1). Il était également au cœur des manœuvres ayant entouré la rétractation
de Ziad TAKIEDDINE fin 2020 (D3709).

1.2.2.6.2 Les fonctions de Bechir SALEH dans la Libye de KADHAFI

Il était ambassadeur de Libye en Tanzanie de 1981 à 1984, puis en Algérie en 1985. Il avait été élu
maire de Tripoli. En 1996, il était nommé directeur général du protocole du ministère des affaires
étrangères. A la fin des années 90, il intégrait la structure « Qalam » (la plume) chargée, entre autres
choses, de centraliser les renseignements pour le Colonel KADHAFI. C'était à cette époque qu'il
devenait également le directeur de cabinet du Guide.

En 2006, il se voyait confier la gestion du Libyan African Portfolio (LAP), un fonds d'investissement
disposant d'un capital de 5 milliards d'€. Dans le cadre de ces activités, il ouvrait des bureaux à Genève.
Ces bureaux seront fermés suite à la crise diplomatique consécutive à la garde à vue de Hannibal
KADHAFI en juillet 2008.

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A partir de 2009, Bechir SALEH était démis de ses fonctions à la tête du LAP. Selon la DCRI, cette éviction
pouvait résulter d'une offensive de Saïf Al Islam qui souhaitait désormais avoir la mainmise sur les
grands contrats engageant son pays, mais également de sanctions suite à des détournements de fonds
commis par Bechir SALEH. Il était fort probable que ces détournements correspondent, au moins pour
partie, aux opérations liées à l’acquisition de la villa de Mougins (cf infra).

Une note du 04 janvier 2010 du contre-espionnage français confirmait l'éviction de Bechir SALEH de la
direction du LAP en raison de détournements dont il se serait rendu coupable (note N°1135083
D1643/30). La note ne précisait pas la date de cette éviction. Il aurait alors été remplacé par Issa
KOUSSA, frère de Moussa, et par Ahmed RAMADAN, secrétaire du Guide. Cette note liait cette éviction
à une offensive de Saïf Al Islam. Mais selon des propos rapportés de Mustafa ZINTANI, Bechir SALEH
avait été réintégré ses fonctions de directeur de cabinet.

Selon une note de la DGSE du 12 mai 2011, Bechir SALEH avait été démis temporairement de ses
fonctions à la fin du mois d'août 2009 (D1643).
A la faveur d’une audition de M. SCARBONCHI effectuée dans le cadre de l'instruction suivie par
M. CROS (D528-D359 J1), l'ex député européen déclarait que Bechir SALEH lui avait confié avoir été
écarté du régime en 2009 jusqu'en 2011, date à laquelle il avait été rappelé par le Colonel KADHAFI
pour servir de lien avec les occidentaux en marge de la rébellion. De 2009 à 2011, il vivait alors en exil
dans sa ferme située à une quarantaine de kilomètres de Tripoli.

1.2.2.6.3 Sur l’environnement relationnel de Bechir SALEH

Confirmant les déclarations de Pierre BONNARD et du témoin N° 123, les services de renseignements
faisaient état de liens entre Bechir SALEH et les frères Arnaud et Franck HOUNDETE. Pierre BONNARD
précisait que ces derniers servaient de « porte valise » pour Bechir SALEH.

Une note DGSE mentionnait qu'Arnaud HOUNDETE gérait les fonds libyens pour le Bénin et le Togo
(D1643). Ces informations étaient confirmées par la DGSI (note N°2138 du 23 février 2012, D1644).

Les services de renseignement français identifiaient également dans les relations en France de Bechir
SALEH les personnes suivantes :

=> Ahmed KAILAN, ancien directeur de cabinet de l'ex président du Tchad Goukouni WEDDEY. Ce serait
une connaissance de Bechir SALEH depuis 1985. En 2011, Ahmed KAILAN serait intervenu pour faciliter
la libération d'une partie de la famille de Bechir SALEH, retenue par des Toubous à Traghen en Libye.
Il se serait ensuite occupé de la famille de Bechir SALEH une fois celle-ci arrivée en France.

=> Cheik Amadou KANTE, alias Bani KANTE, conseiller du président Amadou Toumani Toure. Plusieurs
sources ont signalé que pendant la crise libyenne, Bechir SALEH aurait procédé au transfert d'énormes
sommes d'argent en direction du Mali. Sur place, Bani KANTE se serait chargé de gérer ces opérations.

=> Alexandre DJOUHRI (cf infra)

La surveillance de la ligne utilisée par Bechir SALEH permettait d'intercepter le 09 juin 2014 une
conversation avec Franck HOUNDETE dans laquelle l'ex chef de cabinet de Mouammar KADHAFI aurait
reçu 20.000 dollars de la part de leur ami, d'un certain « AD » ou « Alpha » (D1056/2-com N° 187 de la
CRT 14-105). « AD » ou « alpha » était régulièrement utilisé pour désigner Alexandre DJOUHRI.

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Une autre conversation (D1054/32 et/33-com 253, CRT 14-105) était interceptée le 07 juillet 2014
entre Bechir SALEH et un de ses fils qui se trouvait alors à Genève. Sachant où son fils se trouvait,
Bechir SALEH lui demandait d'aller voir un homme qu'il ne nommait pas pour lui faire savoir qu'il
« n'avait plus un rond ». Son fils rétorquait que l'intéressait se trouvait alors à Londres et qu'il ne
souhaitait pas évoquer cela par téléphone. Bechir SALEH insistait néanmoins pour que l'intéressé lui
envoie de l'argent.

Une conversation entre Bechir SALEH et un prénommé HISHAM était interceptée le 16 octobre 2014
(D1054/64-/65 et /66-com N° 563 de la CRT 14-105). Dans cette communication, « Alexandre » était
évoqué par Hisham. Selon Hisham, DJOUHRI s’emploierait à discréditer Bechir SALEH, utilisant même
le terme d'assassinat et de mercenaires. Bechir demandait quel serait l'intérêt. Hisham lui répondait
« ils disent que Djouhri a des choses à rendre à Bechir, des choses qu'il sait, et veut finir ». Bechir SALEH
rétorquait qu'il n'y avait rien.

=> Samih ZBIB, franco libanais proche de la famille KACHOUR, à la tête d'une société brestoise
d'import-export.

Les interceptions téléphoniques révélaient la volonté de Bechir SALEH de participer à la reconstruction


politique de la Libye et d'y obtenir un rôle central. Il disposait d'un « relais » en France lui permettant
de réaliser diverses démarches en Europe que cette notice rouge INTERPOL lui interdisait de faire
personnellement. Ce relais était ZBIB Samih (notamment D1054/46 et/47-com N° 429 de la CRT 14-
105). Selon les interceptions téléphoniques, ce dénommé ZBIB transférait des fonds à Bechir SALEH,
par des virements réalisés notamment depuis le Liban et crédités sur le compte de la compagne de
Bechir SALEH : Intissar Brahim Abou Ghanem (D1054/14/18/21-com 134, 167, 178 de la CRT 14-105).

L'analyse de la téléphonie de Bechir SALEH, comparée à celle de Pierre BONNARD permettait d'isoler
deux numéros de téléphones utilisés par Mustafa ZINTANI. Il apparaissait que cet individu (déjà
évoqué dans les documents déclassifiés) était suivi par les services de renseignements français au motif
qu'il était un « membre du protocole libyen en charge des missions opérationnelles sensibles
directement commanditées par le colonel KADHAFI ». Les lignes utilisées par Mustafa ZINTANI étaient
mises sous surveillance (D1078 à 1085 et D1086 à 1092).

La surveillance de son numéro tunisien (D1083-CRT 14-225) permettait d'intercepter une


communication avec Michel SCARBONCHI. Cela faisait apparaître les démarches de ce dernier vis à vis
de son « ami » Bechir, vraisemblablement dans l'optique de faire lever par les autorités libyennes de
Tobrouk sa notice rouge INTERPOL. M. ZINTANI semblait alors peu enclin à appuyer cette démarche.

Sur cette même ligne était également interceptée une conversation entre Mustafa ZINTANI et Cecilia
ATTIAS (ex épouse de Nicolas SARKOZY). Dans cette communication, M. ZINTANI sollicitait « un coup
de pouce » de l'ex première dame, en France ou aux Etats Unis. Elle répondait qu'elle devait y
réfléchir... Aucune autre conversation n'était interceptée sur cette question.

1.2.2.6.4 Sur l'exfiltration de Libye vers la France pendant la guerre

Selon une note de la DGSE du 06 mai 2011, Bechir SALEH aurait été missionné par le Colonel KADHAFI
pour prendre contact avec les autorités françaises en vue de trouver une issue à la crise (D1644).

Début août 2011, il rencontrait Dominique de VILLEPIN à Djerba dans le cadre des négociations de paix.
Cette note mentionnait la volonté de Bechir SALEH de faire passer le message aux autorités françaises
selon lequel il était bien traité par les rebelles et qu'il était prêt à jouer un rôle dans la sortie de crise.

159
Enfin, Bechir SALEH demandait que les services français prennent contact avec Alexandre DJOUHRI
afin que ce dernier rassure Nicolas SARKOZY sur le sort de Bechir SALEH. Il se disait alors à disposition
des plus hautes autorités françaises.

Depuis sa défection, Bechir SALEH se trouvait désormais sous la protection d'un groupe armé de
l'insurrection situé à proximité de Tripoli. Ce groupe était dirigé par Ibrahim MADANI. Relevons que
cet élément avait déjà été évoqué par le témoin N°123.

Selon la DCRI, Bechir SALEH se mettait en retrait de la vie politique libyenne à la chute de Tripoli le 21
août 2011. Il faisait ensuite l'objet d'une mesure de placement en résidence surveillée dès le mois de
septembre 2011, sous le contrôle des forces de ZENTAN (note N° 2138 du 23 février 2012, D1645).

Le 30 août 2011, Bechir SALEH aurait eu, selon la DGSE, un contact téléphonique direct avec Claude
GUEANT. Au cours de ce contact, il aurait évoqué avec le ministre de l'Intérieur français le sort de sa
famille : en préalable à toute action dans la recomposition de la Libye, Bechir SALEH exigeait que sa
famille soit mise en sécurité en Tunisie dans un premier temps, puis en France. La DGSE relevait que le
principal obstacle à cette exfiltration était l'absence de toute pièce d'identité pour les intéressés.

Une note de la DGSE datée du 03 septembre 2011 rendait compte d'un entretien avec Bechir SALEH.
Ce dernier conseillait la France de soutenir Ibrahim Al MADANI en qui il voyait un homme très influent
dans la Libye post-KADHAFI, par opposition à Abdelhakim BELHADJ. Bechir SALEH profitait de l'occasion
pour rappeler son action à la tête du LAP ayant permis à EADS de vendre 30 avions à la compagnie
aérienne libyenne AFRIQIYAH.

Concernant un hypothétique rôle à venir dans la nouvelle Libye, Bechir SALEH ajoutait qu'il n'en
tiendrait un que si le Président SARKOZY le lui demandait.

Enfin, sur un plan opérationnel, pour l'exfiltration, Bechir SALEH souhaitait que son ami Alexandre
DJOUHRI lui mette à disposition un Jet à Djerba.

Une seconde note DGSE datée elle aussi du 03 septembre 2011 reprenait les « exigences » de Bechir
SALEH s'agissant de la mise en sécurité de sa famille comme préalable à toute action de sa part. Selon
la DGSE, le libyen aurait tenu ces propos en présence de Pierre SEILLAN, diplomate français affecté à
Tripoli.

La DGSE rédigeait un nouveau compte rendu d'entretien avec Bechir SALEH le 07 septembre 2011. Un
individu, dont le nom n'était pas déclassifié, avait informé le libyen de la décision de ne pas recourir
au jet d'Alexandre DJOUHRI. Bechir SALEH prenait acte de cette décision.

Selon une conversation qu'il venait d'avoir avec son ami DJOUHRI, et après contact de ce dernier avec
leur « ami commun » (pouvant être Nicolas SARKOZY), des instructions devaient être données pour
que Mohamed SALEH soit lui aussi exfiltré.

Une note DGSE du 09 septembre 2011 faisait état d'informations selon lesquelles Abderrahmane
CHALGHAM, désormais représentant du Conseil National de Transition à l'ONU, avait menacé Bechir
SALEH de saisir la Cour Pénale Internationale pour crime contre l'humanité.

Dans un compte rendu d'entretien avec Bechir SALEH de la DGSE (compte rendu daté du 19 septembre
2011), Bechir SALEH remerciait le Président français d'avoir mis sa famille en sécurité. Il déclarait qu'il
n'oublierait jamais ce geste et qu'il resterait fidèle à la France quoi qu'il advienne.

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Dans un autre compte rendu d'entretien avec Bechir SALEH de la DGSE (compte rendu daté du 26
septembre 2011), Bechir SALEH indiquait être en contact quotidien avec Alexandre DJOUHRI et qu'il
avait pu rencontrer Dominique DE VILLEPIN grâce à lui, à plusieurs reprises. Il ajoutait que sa famille,
récemment exfiltrée, était hébergée par Alexandre DJOUHRI.

Dans un nouveau compte rendu d'entretien avec Bechir SALEH de la DGSE (compte rendu daté du 13
novembre 2011), Bechir SALEH indiquait avoir rencontré Mustafa ABDELJALIL le 12 novembre 2011.
Ce dernier lui aurait affirmé ne rien avoir à lui reprocher et ne pas être opposé à son départ du territoire
libyen.

Une note de la DGSE datée du 16 novembre 2011 mentionnait que Bechir SALEH était parti pour Zintan
puis la Tunisie et l'ambassade de France le 15 novembre 2011 au soir. Selon les propos de l'intéressé,
il était attendu en Tunisie par Boris BOILLON.

Selon une note de la DCRI (note N°2138 du 23 février 2012, D1645), Bechir SALEH était exfiltré dans le
plus grand secret vers la France le 23/11/2011, grâce à l'intervention de certains de ses proches. Les
zentanis, tribu qui le détenait, ressentaient une certaine rancune en raison de la méthode utilisée pour
l'exfiltrer, cette opération n'ayant dû son succès qu'à la vénalité des hommes de mains en charge de
le surveiller.

Une nouvelle note de la DCRI (N° 1494877, D1645) rédigée le 16 octobre 2012 rapportait des propos
tenus par Mustafa ZINTANI concernant cette exfiltration. Cet ancien membre du protocole libyen
s'était rapproché de Boris BOILLON, alors ambassadeur de France à Tunis, afin d'obtenir un visa au
bénéfice de l'ancien directeur de cabinet du Guide. Les autorités françaises auraient donné de l'argent
aux geôliers de Bechir SALEH pour que ce dernier puisse fuir son pays. Il aurait ensuite été pris en
charge par Alexandre DJOUHRI qui l'aurait rapatrié à bord de son avion personnel, service pour lequel
il aurait été rémunéré à hauteur de 2 M€.

1.2.2.6.5 Sur l'exfiltration du 3 mai 2012

L'enquête relative à la saisie de 1,5 millions d’euros d’espèces en possession de Ziad TAKIEDDINE avait
permis de confirmer des éléments rapportés dans un article paru dans les INROCKUPTIBLES selon
lesquels Bechir SALEH aurait été exfiltré par Alexandre DJOUHRI et Bernard SQUARCINI le 03 mai 2012
à l'issue d'une conversation s'étant déroulée au pied de la Tour Eiffel.

Les investigations effectuées sur ce point permettaient de confirmer la teneur de cet article.

En effet, dans le cadre de cette procédure distincte ouverte pour manquement aux obligations
déclaratives, des investigations portant sur la téléphonie visaient à vérifier l’existence de ce rendez-
vous. Ainsi les « fadets » et le bornage des différents téléphones utilisés par les trois protagonistes
démontraient qu'Alexandre DJOUHRI avait été en contact téléphonique ce jour-là, à plusieurs reprises,
tant avec Bechir SALEH qu'avec Bernard SQUARCINI ainsi qu'avec un dénommé Hervé SEVENO, proche
de Bernard SQUARCINI, dont le téléphone bornait non loin de la Tour Eiffel à partir de 18h03. A cet
égard, les téléphones utilisés par Bechir SALEH et Alexandre DJOUHRI déclenchaient également des
bornes de la zone de la Tour Eiffel entre 18h0O et 19h00 ce 03 mai 2012 (D578, D646).

Dans le même trait de temps, il ressortait que le téléphone utilisé par Bernard SQUARCINI était coupé
entre 18h24 et 18h43, jusqu'à ce qu'Alexandre DJOUHRI l'appelle à 18h44 avant que Bernard
SQUARCINI lui-même, appelle Me CECCALDI, l'avocat de Bechir SALEH, à 18h46.

161
Ces investigations sur la téléphonie permettaient également de constater que d'une part, Alexandre
DJOUHRI avait contacté à 3 reprises entre 19h14 et 20h47, la compagnie de jets prives MASTERJET
AVIACO EXECUTIVA du Bourget alors que d'autre part, à 19h16, Bernard SQUARCINI appelait un
conseiller de Claude GUEANT, ministre de l'intérieur, et ce pendant 48 secondes. Des vérifications
étaient alors entreprises sur la société MASTERJET AVIACO EXECUTIVA. Il pouvait ainsi être relevé que
cette société avait affrété le 3 mai 2012 un vol à destination de NIAMEY (Niger), facturé à une société
Djiboutienne dénommée DATCO, cette dernière étant représentée par un avocat, Me Mohamed AREF,
une connaissance d'Alexandre DJOUHRI (Mohamed AREF s'adressant à Alexandre DJOUHRI en
l'appelant « Grand Frère »).

Plus concrètement, les investigations permettaient d'établir la chronologie suivante :

 Le 02/05/2012 : Nicolas SARKOZY déclarait sur RMC que Bechir SALEH serait interpellé et remis
à INTERPOL s'il se trouvait sur le territoire national.
 Le 03/05/2012 : Bechir SALEH était appelé en début d'après-midi pour un rendez-vous en
urgence à la Tour Eiffel (source: article des Inrockuptibles).
 Le 03/05/2012 à 16h49 : conversation A. Djouhri-B. Squarcini pendant 3mn37.
 Le 03/05/2012 à 17h06 : conversation Djouhri-Bechir SALEH pendant 1mn52.
 Le 03/05/2012 à 18h00 : rendez-vous au pied de la Tour Eiffel (source: article des
Inrockuptibles).
 Le 03/05/2012 à 18h44 : Jean Pierrot MAHI (activant des bornes couvrant le lieu du rendez-
vous) appelle Georges LAUDRAIN pendant 86 secondes.
 Le 03/05/2012 à 18h44 : conversation A. Djouhri-B. Squarcini pendant 2mn.
 Le 03/05/2012 à 18h46 : Conversation B. Squarcini-Me CECCALDI pendant 1mn29.
 Le 03/05/2012 à 18h52 : B. Squarcini rappelait A. Djouhri pendant 35 secondes.
 Le 03/05/2012 à 19h00 : Bechir SALEH montait dans une voiture qui le conduit au Bourget
(source : article des Inrockuptibles).
 Le 03/05/2012 à 19h00 : Bechir SALEH passait son dernier appel sur sa ligne française.
 Le 03/05/2012 à 19h14 : A. Djouhri appelait la directrice générale de la compagnie aérienne
MASTERJET AVIACO.
 Le 03/05/2012 à 19h16 : B. Squarcini appelait Hugues MOUTOUH pendant 48 secondes.
 Le 03/05/2012 à 19h24 : Contact de 25 secondes entre A. Djouhri et la directrice générale de
Masterjet Aviaco.
 Le 03/05/2012 à 19h26 : A. Djouhri appelle B. Squarcini pendant 15 secondes.
 Le 03/05/2012 à 20h04 : A. Djouhri appelle B. Squarcini pendant 14 secondes.
 Le 03/05/2012 à 20h12: Décollage de l'avion avec Bechir SALEH

Il apparaissait que suite à ce rendez-vous, après que Bechir SALEH montait dans une voiture qui le
conduisait au Bourget, après plusieurs échanges téléphoniques entre Alexandre DJOUHRI et Bernard
SQUARCINI, ce dernier contactait Hugues MOUTOUH, conseiller de Claude GUEANT, alors ministre de
l'Intérieur.

A titre d'information, Hugues MOUTOUH contactait téléphoniquement Claude GUEANT le 18 octobre


2013. Il sollicitait que ce dernier le rappelle d'un autre téléphone pour lui communiquer une
information plutôt réjouissante et qui « valait le coup ». (D480/19-com N° 2260 de la CRT 13-91).

Claude GUEANT ne rappelait d'aucune de ses deux lignes portables.

Le vol à bord duquel Bechir SALEH quittait le territoire le 3 mai 2012 était identifié comme étant affrété
par la compagnie MASTERJET AVIACO. Le vol était à destination de Niamey, au Niger.

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Le vol emprunté ce jour-là par Bechir SALEH faisait l'objet d'une facture N° FC120381 adressée à la
société djiboutienne DATCO (représentée par Me AREF) par la société MASTERJET, pour un montant
de 94.700 € hors taxes (D1265).

Un virement était encaissé par MASTERJET le 05 novembre 2012. Le libellé de ce virement était « AREF
MOHAMED CABINET ».

La perquisition des bureaux genevois de Wahib NACER permettait la saisie de documentation bancaire
concernant cette opération (D1447) laissant supposer une participation de Wahib NACER dans le
processus de règlement de cette prestation.

Concernant cette société DATCO, dans le cadre de la perquisition réalisée au domicile parisien de
Wahib NACER, un mail mentionnant, entre autres, le nom de cette structure était édité (scellé N°
CF/HM/16 – D1447).

Dans ce mail, Wahib NACER indiquait : « AMEC détient certains accords impliquant sa sœur
Djiboutienne, et couvre aussi les opérations financières de DATCO en Suisse ».

L'équipage ayant procédé à l'exfiltration de Bechir SALEH était composé de Laurent CORAZZA, Bastien
BREZULIER et Banyen KIRIVONG. L'avion ne contenait qu'un passager.

Selon les documents communiqués, le passager déclaré était Alexandre DJOUHRI né le 18 février 1959,
passeport N° 09PV19208.

Or les investigations effectuées sur la téléphonie confirmaient qu'Alexandre DJOUHRI continuait à


passer des appels via des opérateurs français après le décollage. Il ne pouvait par conséquent pas être
le passager de ce vol, contrairement aux documents conservés par la compagnie aérienne.

Des recherches étaient diligentées auprès de la Police aux Frontières du Bourget. Il apparaissait que le
vol par lequel Bechir SALEH quittait la France pour le Niger, avec la mention du nom d'Alexandre
DJOUHRI comme passager dans les documents communiqués par la compagnie aérienne, n'était
étrangement pas enregistré sur la main courante informatique de la Police aux Frontières (D1606).

Gilles DE RANCE, personne au service de Bechir SALEH lorsqu'il vivait à Paris, était auditionné. Il
reconnaissait avoir conduit Bechir SALEH au rendez-vous de la Tour EIFFEL mais il précisait ne pas avoir
vu ses contacts. Etait également présent Jean Pierre MAHI. A l'issue du rendez-vous de Bechir SALEH,
ce dernier partait par des moyens ignorés de M. DE RANCE. (D1603)

La participation de Bernard SQUARCINI, directeur central du renseignement intérieur, à cette


exfiltration apparaissait d'autant plus étrange à la lecture de plusieurs notes de la DCRI (N° 5429 datée
du 16 mai 2012 et N° 5069 datée du 07 mai 2012 - D1645). Il apparaissait que les services dirigés par
Monsieur SQUARCINI disposaient d'informations moins précises que leur directeur, indiquant
timidement que « selon des éléments recueillis par la DCRI, Bechir SALEH aurait quitté la France le 3 ou
le 4 mai 2012 ». Ce départ aurait été initié sur les conseils de son ami Alexandre DJOUHRI. La note du
16 mai évoquait également un possible retour sur le territoire et une volonté de Bechir SALEH de
s'exprimer dans les médias, mais elle ne précisait pas les thèmes que Bechir SALEH souhaitait aborder
devant la presse.

Selon la note N° 5069 du 07 mai 2012, Alexandre DJOUHRI aurait demandé à Pierre HAIK, avocat
parisien, d'adresser un démenti catégorique à la presse quand à un éventuel rôle de Bechir SALEH dans
un financement supposé de la campagne 2007. Messieurs HAIK et DJOUHRI auraient indiqué à Bechir

163
SALEH qu'il ne fallait alors faire aucune autre déclaration à la presse, Me HAIK ajoutant qu'en déposant
plainte, le Président « reprenait la main ».

Une nouvelle note DCRI N° 1492533 en date du 03 octobre 2012 évoquait cette exfiltration (D1645).
Une source informait la DCRI des propos tenus par Mustafa ZINTANI selon lesquels Bechir SALEH aurait
été exfiltré dans l'entre deux tours de la présidentielle sur demande d'Alexandre DJOUHRI qui aurait
lui-même reçu la consigne de Claude GUEANT. Cette note ajoutait que le lendemain de l'exfiltration
de Bechir SALEH, Claude GUEANT osait déclarer publiquement que s'il était « localisé sur le territoire
national, il serait interpellé ».

Dans une note de la DCRI (n°1525785 - D1645), il était mentionné que Bechir SALEH « serait dans un
état d'esprit relativement agressif, car il est toujours furieux contre notre ancien Président en raison de
son départ précipité de France. Néanmoins, il n'aurait pas de projet de vengeance ».

D'autre part, il était également constaté que le jour de son exfiltration, Bechir SALEH avait été en
relation téléphonique avec un dénommé Michel SCARBONCHI, consultant à l'international
(notamment pour l'Afrique de l'Ouest) pour le compte de compagnies françaises, et cousin de Bernard
SQUARCINI.

Auditionné, Michel SCARBONCHI expliquait avoir rencontré Bechir SALEH en mars 2011 par
l'intermédiaire de Mohamed ALBICHARI, homme d'affaires libyen, fils de Ibrahim ALBICHARI, ancien
ministre de KADHAFI décédé depuis plusieurs années. Il indiquait que Bechir SALEH après avoir été
sorti de Libye, avait été récupéré à DJERBA (Tunisie) par un avion militaire français et qu'il avait ensuite
été débriefé par les services secrets (DGSE ou DCRI). Michel SCARBONCHI poursuivait son propos en
précisant qu'avant le premier tour des élections présidentielles 2012, il avait passé quelques jours en
Corse en compagnie de Bechir SALEH qui séjournait en famille au SOFITEL de PORTICCIO et subissait
alors des pressions pour quitter le territoire national de la part « de la bande de Sarkozy ». A cette
occasion, Bechir SALEH lui aurait déclaré qu'une comptabilité de toutes les remises de sommes en
espèces à des autorités étrangères était tenue par la banque centrale libyenne, avec les dates de
remise, les montants et les pays bénéficiaires.

1.2.2.6.6 Les déclarations de Bechir SALEH

Les nombreuses tentatives pour entendre Bechir SALEH demeuraient vaines. Dès le 24 juin 2013,
Marcel CECCALDI, avocat de Bechir SALEH écrivait aux magistrats instructeurs que dès que la France
aurait donné l’assurance que son client ne serait pas interpellé en exécution de sa notice rouge
Interpol, il répondrait à toutes les questions. Le 16 septembre 2013, les magistrats instructeurs
écrivaient à la DACG pour obtenir la levée de l’inscription FPR de Bechir SALEH. Celle-ci était effective
le 6 décembre 2013, ce que son avocat était invité à constater (D1234). Pour autant, Bechir SALEH ne
se présentait pas.

Le conseil de Bechir SALEH listait les raisons pour lesquelles il avait fait le choix de ne pas se présenter
(D1355) ; il ajoutait que son client était disposé à répondre à toutes les questions en Afrique du sud où
il résidait. Après deux demandes d’entraide (D1788 puis D1792). Les magistrats instructeurs
obtenaient l’autorisation des autorités sud-africaines pour entendre Bechir SALEH. Celui-ci
comparaissait devant le tribunal de Pretoria le 24 janvier 2017 et faisait valoir son droit au silence. Il
déposait par la suite devant le tribunal de Johannesburg expliquant qu’il ne répondrait aux questions
qu’en qualité de témoin et non de suspect (D1797/2).

164
En revanche, il n'hésitait pas à accorder diverses interviews. Comme celle accordée à Jeune Afrique en
septembre 2017 (D2071). Il y rappelait avoir rencontré à plusieurs reprises le Président CHIRAC et son
conseiller Maurice GOURDAULT-MONTAGNE, mais aussi Nicolas SARKOZY en tant que ministre de
l'intérieur et son directeur de cabinet, Claude GUEANT. Après l'élection de M. SARKOZY, Mouammar
KADHAFI lui téléphonait pour le féliciter, Bechir SALEH servait alors de traducteur. Durant la guerre de
2011, Bechir SALEH aurait servi d'intermédiaire entre messieurs KADHAFI et SARKOZY. Il confirmait
avoir rejoint la France via l'ambassade de France à Tunis après sa libération de 2011. Il rejoignait la
France à bord d'un jet mis à disposition par Alexandre DJOUHRI.

C'est ce dernier qui aurait présenté Bechir SALEH à Nicolas SARKOZY lorsque celui-ci était ministre de
l'intérieur.

Interrogé concernant les pratiques de gratification remises aux visiteurs des dignitaires libyens sous
l'ère KADHAFI, Bechir SALEH reconnaissait avoir remis « de l'argent de poche » à des chefs d'Etat
africains en visite. Il précisait qu'il ne s'agissait que de traditions, pas de corruption. Il n'était pas
relancé.

Bechir SALEH accordait une nouvelle interview au journal Le Monde en octobre 2017 (D2073). Il y
tenait notamment les propos suivants : « KADHAFI a dit qu'il avait financé Sarkozy. Sarkozy a dit qu'il
n'avait pas été financé. Je crois plus KADHAFI que Sarkozy ».

Il témoignait également dans l’émission « Cash investigation » diffusée en 2018. Dans un premier
temps, il contestait le financement politique : « je n'ai jamais donné de l'argent, comme ça pour les
élections. Non non non non, je donne pas. Non non non, pas moi. Pas moi. »

Cependant, confronté aux déclarations d’un témoin anonyme qui indiquait que Bechir SALEH
supervisait ce système de financement en cash, il déclarait « S’il considère l'argent de poche des
africains, tout ça, c'est vrai. Moi je donne de l'argent à des africains » tout en contestant en avoir donné
à des européens ou à M. SARKOZY.

La suite de l’interview était la suivante :


Nicolas VESCOVACCI : Monsieur Saleh, ça veut dire que tous ces libyens, le Professeur MISSOURI et
d'autres mentiraient ? Ne diraient pas la vérité ?
Bechir Saleh : Ils disent la vérité, mais où sont les preuves ? SARKOZY, va dire « NON, je n'ai pas reçu »
Moi, je vais vous dire quelque chose. Il faut comprendre que j'étais avec KADHAFI. Et je garde son secret.
Un chef sa vie, c'est secret. Tu vois ?

Puis une fois l’interview terminée, l’enregistrement continuait à l’insu de Bechir SALEH qui déclarait :
Bechir Saleh: Moi, je crois qu'il donne de l'argent. Abdallah SENOUSSI a dit qu'il donne de l'argent à
Nicolas SARKOZY.
Nicolas VESCOVACCI: Mais, on est d'accord. Là, vous venez de me dire que oui, ça a eu lieu
Bechir Saleh: Oui, c'est vrai. Mais avec qui? Moi, c'est pas mon canal.
Nicolas VESCOVACCI : Quel est le canal alors ?
Bechir Saleh: Le canal qui donne de l'argent?
Nicolas VESCOVACCI : Ouais, c'est qui?
Bechir Saleh : Là, c'est le Ministère des finances
Nicolas VESCOVACCI : Moi je crois, vous voulez mon avis? Je vais vous dire mon avis. Je pense que vous
ne dites pas tout ce que vous savez. Que vous protégez encore pas mal de monde, parce que cette
histoire est risquée
Bechir Saleh : Risquée de quoi ?

165
Nicolas VESCOVACCI : Bah parce que c’est pas facile de reconnaître une affaire aussi importante que
celle-ci.
Bechir Saleh: Non non. Qu'est-ce que je dis, c'est la vérité.

Voix OFF : Béchir Saleh ne sait pas que notre caméra continue de tourner. Sur le chemin du retour, il va
nous en dire un peu plus.

Nicolas VESCOVACCI : C'est une affaire secrète entre deux Etats.


Bechir Saleh : Entre chef et chef. Les chefs ils ont des méthodes pour ne pas découvrir les choses.
Kadhafi, il a un budget spécial pour les personnes [inaudible]
Nicolas VESCOVACCI : Donc Kadhafi avait un budget aussi pour donner de l'argent à ses visiteurs
Bechir Saleh : Ah oui. Des centaines de millions d'euros. 350. Comme ça
Nicolas VESCOVACCI : Hum. A part les valises, quel autre canal peut-il exister? ça peut être un transfert
bancaire à travers une société offshore ?
Bechir Saleh: Il n'y a personne qui accepte les transferts. SARKOZY, il va accepter un transfert?
Nicolas VESCOVACCI : Donc ça peut être que du cash?
Bechir Saleh : Que du cash. C'est ça.

A la suite d’une agression subie en Afrique du Sud, Bechir SALEH se réfugiait à Dubaï. Une demande
d’entraide était adressée aux Emirats Arabes Unis (D3795). Les autorités des Emirats Arabes Unis
refusaient d’exécuter la CRI au motif que Bechir SALEH ne se trouvait pas dans le ressort du parquet
général fédéral depuis 2012, ce qui était faux, le procureur général libyen ayant réussi à l’auditionner
à Dubaï en 2019 (D4154).

Bechir SALEH se déclarait prêt à répondre aux questions qui lui avaient été remises en Afrique du Sud.
Compte tenu de ses engagements, des questionnaires écrits lui étaient adressés par l’intermédiaire de
son avocat. Ces questions lui avaient déjà été remises lors de sa tentative d’audition en Afrique du Sud.
Il répondait au questionnaire relativement au sujet « villa de Mougins » mais ne renvoyait jamais le
questionnaire relatif au financement de la campagne de 2007 (D3380).

Lors d’un déplacement en Libye en juin 2022, le magistrat instructeur ne parvenait pas à obtenir la
copie des déclarations de Bechir SALEH devant le procureur Général en dépit de demandes
renouvelées. Néanmoins, lecture lui en était donnée et un résumé de l’audition était pris en notes de
la manière suivante (D4154) :

« Bechir SALEH a assisté à certaines réunions mais pas à d'autres, en fonction de la demande émise par
Mouammar KADHAFI. Il lui a été demandé s'il a préparé une visite ou proposé une visite ou transféré
des instructions de la part de Mouammar KADHAFI concernant Nicolas SARKOZY ou un de ses
collaborateurs, avant ou après que Nicolas SARKOZY soit président. Il a répondu qu'il a connu Nicolas
SARKOZY à travers Saïf Al Islam KADHAFI. Alexandre DJOUHRI, français d'origine algérienne qui a de
bonnes relations politiques en France, qu'il connaît depuis 2001 lui a fait connaître Nicolas SARKOZY.
Comme il parle couramment français il a considéré qu'il pouvait exploiter cette relation pour construire
de bonnes relations France/Libye.
Il était en relation avec Jacques CHIRAC avant Nicolas SARKOZY.
Mouammar KADHAFI lui a demandé d'être un chaînon dans la chaîne alors que Nicolas SARKOZY était
président.
C'est lui qui traduisait les appels téléphoniques entre Mouammar KADHAFI et Nicolas SARKOZY.
Il a entendu que Nicolas SARKOZY a demandé à Mouammar KADHAFI de l'aider dans sa campagne mais
il ne sait pas comment cette aide a été versée.
Mouammar KADHAFI a répondu à Nicolas SARKOZY quand il était ministre de l'intérieur en visite
officielle : « si mon ami Chirac ne se présente pas, je suis prêt à vous aider ».

166
Il lui a été demandé si Nicolas SARKOZY a envoyé des représentants pour rencontrer Mouammar
KADHAFI ou Bechir SALEH. Bechir SALEH a répondu qu'il n'a jamais rencontré personne en Libye mais il
a rencontré Alexandre DJOUHRI avant, pendant et après la campagne puisque Alexandre DJOUHRI est
son ami.
Il lui a été demandé s'il connaît Claude GUEANT et Ziad TAKIEDDINE. Il a nié connaître Ziad TAKIEDDINE,
ne l'avoir rencontré ni en Libye, ni ailleurs.
Concernant Claude GUEANT, il l'a rencontré à deux reprises, 1 fois en tant que directeur de cabinet, une
fois comme ministre de l'intérieur.
Il était en contact au téléphone avec lui. Il l'a rencontré en 2011.
Il lui a été demandé si Nicolas SARKOZY ou toute autre personne ont reçu des sommes d'argent au cours
de la campagne ou après ou à travers d'autres services, Bechir SALEH a répondu qu'il n'était pas
responsable, le seul responsable au sein du bureau de Mouammar KADHAFI était Nouri AL ABAHNI
[décédé en 2011 d'après M. ASKILIH, qui nous précise qu'il existait effectivement un bureau financier
chargé de gérer un budget spécial visiteurs/cadeaux et que M. AL ABAHNI travaillait là-bas et recevait
ses instructions de Bechir SALEH et Ahmed RAMADAN].
Bechir SALEH ne sait s'il y a eu des sommes d'argent transférées.
Confronté aux déclarations d'Abdallah SENOUSSI et Baghdadi MAHMOUDI disant qu'il était en très
bonnes relations avec Nicolas SARKOZY ou Claude GUEANT, il ne se souvient plus de ce qu'évoque
Baghdadi concernant le financement à travers le ministère des affaires étrangères.
S'agissant des déclarations d'Abdallah SENOUSSI, il a répondu que cela ne le concerne pas, ça ne
concerne que lui.
C'est Nouri AL ABAHNI qui payait les frais des voyages de Bechir SALEH. Alexandre DJOUHRI payait ses
factures d'hôtels puis allait voir Nouri AL ABAHNI pour se faire rembourser.
A la question de contrats avec des entreprises françaises qui auraient été conclus, il répond qu'il ignore
toute contrepartie en faveur de Nicolas SARKOZY et ses proches.
Bechir SALEH indique qu'il y a eu un deal sur l'achat d'avion, Airbus accordé par le portefeuille Afrique
mais les prix étaient ceux du marché.
Il ne sait pas si des sommes ont été dépensées du compte des services des renseignements militaires
pour la compagne de Nicolas SARKOZY. Si c'était le cas, Mouammar KADHAFI et Salem Gahmoudi en
sont responsables.
Bechir SALEH a contesté les déclarations d'Abdallah SENOUSSI.
S'agissant du soutien du régime libyen, en 2011 et pendant l'interview de KADHAFI, quand il a indiqué
que la campagne de Nicolas SARKOZY a été financée à hauteur de 20 M de USD, il a cru à ce que disait
Mouammar KADHAFI.
Mais cette aide n'est pas passée par son intermédiaire. »

A l’occasion de ce déplacement en Libye, il était indiqué au magistrat instructeur que Bechir SALEH
était revenu de manière clandestine en Libye fin 2021 pour annoncer sa candidature à l'élection
présidentielle, y était resté quelques jours puis était ressorti clandestinement par un vol privé.
Bechir SALEH faisait l’objet d’un mandat d’arrêt le 11 avril 2018 puis d’un mandat d’arrêt pour mise en
examen supplétive le 20 octobre 2022.

1.2.3 Les contreparties


L’octroi de fonds libyens dans la perspective d’un financement politique pouvaient trouver des
contreparties de différente nature, à la fois diplomatiques, économiques et juridiques.

167
1.2.3.1 Les contreparties diplomatiques

La Libye a été dirigée par le Colonel KADHAFI depuis un coup d’état commis en 1969, et jusqu’à son
décès en octobre 2011. Mise au ban de la scène internationale dans les années 1980 en raison de son
soutien à des luttes armées notamment irlandaises et palestiniennes, et à des attentats attribués à ses
services de renseignement (Lockerbie en 1988 et DC10 UTA en 1989) la Libye a subi un embargo de
1992 à 2003. Le pays est peu à peu revenu sur la scène internationale en 2003 après le règlement des
dommages de l’attentat de Lockerbie, ce retour étant acté par la visite du premier ministre britannique
Tony Blair à Tripoli (notamment D2673 et suivants).

Il ressortait de manière constante des auditions d’anciens responsables libyens et de Ziad TAKIEDDINE
qu’une des contreparties essentielles au financement illégal de la campagne électorale française de
2007 résidait dans le fait de faciliter ce mouvement de retour de la Libye sur la scène internationale.

Ce retour était en particulier illustré en France par deux évènements majeurs à la résonnance
internationale : l’invitation marquante de Mouammar KADHAFI en 2007 par Nicolas SARKOZY en sa
qualité de Président de la République nouvellement élu d’une part et la participation de la France et
l’implication personnelle du Président de la République dans le processus de libération des infirmières
bulgares d’autre part.

La précipitation à inviter Mouammar KADHAFI à Paris, l’année de même de son élection était vivement
commentée. La secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme, Rama YADE déclarait ainsi dans une
interview : « Le colonel Kadhafi doit comprendre que notre pays n'est pas un paillasson, sur lequel un
dirigeant, terroriste ou non, peut venir s'essuyer les pieds du sang de ses forfaits. La France ne doit pas
recevoir ce baiser de la mort ». Elle était visiblement peu au fait de la volonté de normaliser les relations
diplomatiques et économiques avec la Libye, et cette normalisation lui apparaissait manifestement
incongrue.

Zahra MANSOUR qui travaillait au Ministère des affaires étrangères, en charge des relations avec la
France avait accompagné le Colonel KADHAFI à Paris. Elle déclarait :

« Ensuite a eu lieu la visite du Colonel KADHAFI en France. Vous devez savoir que le Ministre des affaires
étrangères Bernard KOUCHNER était opposé à cette visite, ainsi que la Ministre des droits de l'homme
Rama YADE. Malgré ces déclarations hostiles, le Colonel KADHAFI a été accueilli comme un chef d'État
et la France lui a déroulé le tapis rouge. On lui a permis de dresser sa tente. La France a accueilli un
nombre considérable de libyens qui accompagnaient le Colonel. La présidence de la République
française a interdit les manifestations dans les lieux où le Colonel KADHAFI allait se déplacer. Cela a été
un accueil exceptionnel de la France pour le Colonel KADHAFI. (…)

Il est vrai que les conditions dans lesquelles la visite du Colonel KADHAFI en France s'étaient déroulées
étaient tout à fait exceptionnelles. Cela ne s'était passé dans aucun autre pays de cette manière-là.
Tout lui avait été facilité. Il avait pu rencontrer qui il voulait : les représentants des communautés
kurdes, africaines, des hommes d'affaires, des artistes etc... Le Colonel KADHAFI m'a bien dit
textuellement que c'est parce que le peuple libyen avait soutenu financièrement sa campagne qu'il
avait été accueilli de la sorte par le Président SARKOZY. Il faut comprendre que la décision du Colonel
KADHAFI de soutenir financièrement Nicolas SARKOZY n'est pas arrivée comme cela : la Libye
entretenait déjà de bonnes relations avec la France au moment de la présidence CHIRAC (malgré le
procès de l'attentat du DC 10) et le Colonel KADHAFI souhaitait vivement que la droite se maintienne

168
au pouvoir en France, sachant que notre pays était dans une situation difficile sur le plan international,
étant soumis depuis plusieurs années à un embargo : le soutien de la France était important dans ce
contexte. »

Nicolas SARKOZY avait tenu à ce que la France s’implique particulièrement dans la libération des
infirmières Bulgares. Cependant dans la première conversation téléphonique échangée après son
élection avec Mouammar KADHAFI le 27 mai 2007 (D120/5), il mettait d’abord en avant l’offre
française en matière d’énergie nucléaire, dans le domaine de la défense et dans le domaine de la lutte
contre le terrorisme.

Et il proposait d’emblée une invitation à Paris du Colonel KADHAFI « pour discuter des propositions
d'indemnisation des victimes » et finalement, et « je serai très heureux si vous effectuez vous même
une visite, et le meilleur c'est que cette visite permette de trouver une solution au problème des
infirmières et du médecin. »

S’agissant de l’obtention de la libération des infirmières il apparaît que tout le monde en a revendiqué
la paternité même si au final c’est bien le Qatar qui a payé les centaines de millions en contrepartie de
cette libération.

Ainsi, jusqu’en 2011 les relations diplomatiques de la France avec la Libye étaient normalisées.

1.2.3.2 Les contreparties économiques

Pour rappel, il résultait des déclarations de Saïf Al Islam que Nicolas SARKOZY s’était engagé à œuvrer
pour que la Libye puisse obtenir divers techniques et matériels. Cela concernait le nucléaire, le matériel
sécuritaire, le matériel d’espionnage mais également la coopération en matière de renseignement
(D2573/4). Les investigations permettaient en effet de découvrir l’existence d’engagements de la
France envers la Libye dans de tels domaines, contreparties négociées par l’intermédiaire de Ziad
TAKIEDDINE d’une part pour ce qui concerne notamment le pétrole et les services de renseignement,
et Alexandre DJOUHRI de l’autre pour les contrats d’aviation.

Ces contreparties étaient à mettre en parallèle avec les déclarations de Ziad TAKIEDDINE dans une
procédure distincte (Total NGO) relative à des faits de corruption susceptibles d’avoir été commis par
le groupe Total aux fins d’obtention d’une concession gazière (D4140).

1.2.3.2.1 La fourniture de matériels de surveillance

Une des hypothèses de contreparties au financement politique de Nicolas SARKOZY résidait dans
l’octroi, par la France à la Libye, de matériel de surveillance

Cette hypothèse était confortée par le témoignage d’Abdallah SENOUSSI lequel déclarait (D2642/3-
D2700/2) :

«(…) L’idée était de proposer un soutien à la France en contrepartie d'un soutien de Nicolas SARKOZY
après l'accès à la présidence, fourniture de matériels, contre-terrorisme et alliance au sein du conseil
de sécurité des Nations unies. Lors de la 1ère réunion il a été question d'un soutien financier mais sans
évoquer de montants ou de modes de transfert d'argent. Il s'agissait d'un soutien financier dont le
montant n'avait pas été défini de façon générale. (…)

169
Pendant cet entretien, on s'est mis d'accord que la France fournisse à la Libye via une entreprise
spécialisée dans la sécurité des appareils pour écouter et surveiller le trafic internet et toutes les
communications. Ces instruments existent encore car la sécurité les utilise actuellement. C'était très
important pour nous de pouvoir espionner à l'intérieur et à l'extérieur notamment l'opposition libyenne.
»

Abdallah SENOUSSI faisait ici référence à la fourniture de matériels de surveillance et les investigations
révélaient effectivement qu’une société française, AMESYS, avait bien fourni un tel matériel à la Libye.
Cet élément était objectivé par la découverte, dans les archives de Ziad TAKIEDDINE, de nombreux
documents sur son rôle d'intermédiaire quant à la livraison de matériel par les sociétés I2E et AMESYS
à la Libye

Entendu, Ziad TAKIEDDINE expliquait que le Ministère de l'intérieur et Claude GUEANT avaient été
parties prenantes dans la livraison du matériel d'écoutes. Plus particulièrement, il déclarait à ce sujet
(D2673/193) :

« La Libye avait besoin de matériel et de personnels formés pour protéger ses frontières, c'est dans ce
cadre que la France a proposé des échanges entre les deux pays, pour la formation des collègues
Libyens, et de signer un contrat d'achat de matériels et équipements de sécurité pour doter les services
Libyens de moyens pour la lutte contre l'immigration clandestine. C'est à ce moment que la société
française I2E qui était la seule à exercer dans le domaine des équipements de sécurités (écoutes,
brouillages des communications) est intervenue. Cette société travaillait dans ce domaine pour le
compte du ministère de l'intérieur et ne pouvait exporter ce matériel qu'après autorisation du secrétaire
général de la défense nationale agissant sur ordre de MATIGNON où se trouve le CIEEMG, commission
interministérielle pour les études et l'exportation du matériel de guerre, présidée à l'époque par M.
Alain JUILLET. À la mi-2007, voir octobre 2007, M. ABDALLAH EL SENOUSSI demande à M. GUEANT de
faire faire des propositions dans le domaine de la protection de ses frontières par une société française
garantie par l'Etat Français. C'est là que I2E est entré en relation avec l'État Libyen, dont des
représentants se sont rendus en Libye pour rencontrer M. El SANOUSSI et ses équipes en ma présence.
Le président de cette société à cette époque était M. VANNIER Philippe. C'est lui qui m'a accompagné
avec deux autres personnes que je ne connaissais pas. J'ai présenté M. VANNIER à M. EL SANOUSSI,
pour que par la suite ils puissent, continuer les discussions ensemble et ne faire appel à moi qu'en cas
de problèmes. M. VANNIER m'a expliqué que le CIEEMG serait sollicité pour tout équipement qui serait
à fournir dans le cadre de cet échange avec la Libye. Je pense que c'est ce qui a été fait puisque le
contrat a été signé je pense en 2008. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé par la suite. »
« J'ai évoqué la question avec Claude GUEANT car VANNIER [le responsable de I2E] m'a dit qu'il avait
besoin d'une autorisation d'exportation de ce matériel comme ça s'était passé dans les autres pays.
C'était en 2006 et Claude GUEANT est intervenu auprès de Alain JUILLET. [...] Pour résumer, j'ai
beaucoup discuté avec Claude GUEANT de cette affaire. Il était parfaitement au courant. Il était
indispensable pour que ce contrat aille jusqu'à son terme. »

Claude GUEANT niait toutefois toute connaissance et participation à la conclusion du contrat AMESYS
et expliquait sa mise en cause par Ziad TAKIEDDINE comme un possible moyen, pour ce dernier, de se
faire valoir auprès d’Abdallah SENOUSSI (D3398/24).

Il était toutefois découvert dans les archives de Ziad TAKIEDDINE, en marge de documents relatifs à la
question de l’indemnisation des victimes de catastrophes aériennes (à travers une comparaison avec
le dossier américain de la Pan Am), une note du 23 avril 2008 intitulée « Suite à notre réunion » (cf.
infra). Cette note mentionnait, notamment : « Confirmation du choix par les autorités Libyennes du
cabinet d'avocats, RP, Lobbying, PATTON BOGGS, pour mener à bien la totalité des dossiers.
Responsable David Dunn. Mr. Dunn rencontrera CG pour l'informer sur cette démarche et solliciter ses

170
avis pour la suite. » (D2505/23). Surtout, cette même note portait la mention suivante : « Contrats de
sécurité : accord avec CG » (D2505/27), ce qui ne manquait pas de faire écho aux contrats AMESYS.

1.2.3.2.2 Le nucléaire et les déclarations d’Anne LAUVERGEON sur le rôle d’AREVA

Dans un livre intitulé « La femme qui résiste » (D348), Anne LAUVERGEON, ancienne dirigeante
d’AREVA, évoquait la mise en place d'un « axe » composé de Claude GUEANT, Jean Louis BORLOO,
François ROUSSELY, Jean Dominique COMOLLI et Alexandre DJOUHRI, chacun ayant son rôle. Elle
précisait « La machine étatique pour certains, l'entreprise et les contrats lucratifs pour huiler les
relations pour d'autres ».

Elle retranscrivait comme suit une conversation qu'elle avait eue avec Nicolas SARKOZY :

« AL : Tu as laissé s'installer un système parallèle, opaque, qui obéit à ses propres règles et qui ne
sont pas les intérêts du nucléaire. J'ai vu à l’œuvre Claude GUEANT...

NS : Non, Anne, quand même, je ne peux pas te laisser dire ça, tu exagères.

AL : Claude GUEANT. Tu vois, ce que je suis en train de te dire actuellement, je le dis devant Jean
CASTEX. Je ne le connais pas mais il a une bonne réputation. Je n'aurai pas parlé ainsi si Claude
GUEANT avait été avec nous.

NS : Claude s'est beaucoup dévoué à notre cause ».

Contactée par le service enquêteur, Anne LAUVERGEON ne souhaitait pas être auditionnée. Elle était
finalement auditionnée par le magistrat instructeur le 25 mai 2018 (D2381). Elle rappelait alors avoir
été Présidente du directoire de AREVA de 2001 jusqu’en juin 2011.

Anne LAUVERGEON déclarait ne pas avoir été informée de discussions menées avec la Libye en 2005-
2006 concernant le nucléaire civil. La seule discussion dont elle avait souvenir portait sur la reprise du
stock d’uranium possédé par la Libye, discussion qui impliquait une des organisations de l’ONU : l’AIEA.
Mme LAUVERGEON précisait ne pas avoir participé à ces discussions qui n’auraient pas abouti.

Elle déclarait que peu de temps après la libération des infirmières bulgares, un accord de coopération
nucléaire avait été signé à Tripoli entre Bernard KOUCHNER et son homologue. Cet accord avait pour
objectif l’exportation de réacteurs et combustibles nucléaires. Elle ajoutait que AREVA n’avait pas été
associé aux discussions ayant conduit à cet accord dont la rapidité avait été « atypique ». La finalité de
cette technologie nucléaire était de l’utiliser pour le dessalement d’eau de mer, ce qui ne changeait
absolument rien quant aux problématiques de sécurité (D2381/6).

AREVA avait alors une grande réticence à ventre des réacteurs à la Libye du Colonel KADHAFI. Pour
Mme LAUVERGEON, le régime n’était pas suffisamment rationnel pour être capable de gérer le
nucléaire civil de manière sûre.

Illustrant son propos, Anne LAUVERGEON évoquait une réunion qui s’était tenue à l’Elysée au
printemps 2010 concernant l’Afrique du Sud. Les participants étaient Claude GUEANT, Henri PROGLIO
et Xavier MUSCA. En fin de réunion, Claude GUEANT indiquait que le sujet du nucléaire libyen lui
paraissait très intéressant. Mme LAUVERGEON rétorquait qu’elle préférait passer son tour. Claude
GUEANT se rabattait alors vers Henri PROGLIO et l’encourageait à aller là-bas. M. PROGLIO ne
répondait rien de particulier mais, selon Mme LAUVERGEON, cela ne semblait pas lui « poser de

171
problème ». Selon Mme LAUVERGEON, les réticences d’AREVA à vendre du nucléaire aux libyens
étaient partagées par le Quai d’Orsay mais également par Matignon. Cette idée était soutenue par
l’Elysée.

1.2.3.2.3 La vente de 12 AIRBUS par EADS à la compagnie Afriqiyah Airways

Il ressortait des révélations des journalistes Laurent LEGER et Pierre PEAN rappelées supra qu’EADS
avait conclu une vente d’AIRBUS avec la compagnie libyenne Afriqiyah et ce, grâce à l’intermédiation
d’Alexandre DJOUHRI.

Pour mémoire, Pierre PEAN écrivait dans son ouvrage :

En 2004, Maurice GOURDAULT MONTAGNE aurait imposé Alexandre DJOUHRI dans la vente de 12
AIRBUS et de missiles MILAN par EADS. Cette exigence Elyséenne avait été exprimée auprès de Jean
Paul GUT (président d'aérospatiale, Matra), puis Marwan LAHOUD (PDG de MBDA Missiles
Systems). La finalisation de ce deal avait lieu au salon aéronautique de Farnborough. Alexandre
DJOUHRI y portait un badge ISKANDAR. EADS se fera « tirer les oreilles » pour payer les commissions
dont une partie devait revenir à Béchir Saleh.

1.2.3.2.3.1 Le rôle de Philippe BOHN

Les investigations mettaient notamment en exergue le rôle de Philippe BOHN, cadre d’EADS en charge
du développement sur la zone incluant la Libye, ainsi que sa proximité avec Nicolas SARKOZY et
Alexandre DJOUHRI. Ces éléments révélaient également que les contacts entre EADS et les autorités
libyennes s’étaient intensifiés après l’élection présidentielle de 2007.

Son domicile et son bureau au sein d'EADS étaient ainsi perquisitionnés le 26 mars 2014 (D1611 et
D1613).

Ses agendas 2012 et 2014 faisaient état de nombreux rendez-vous avec Marwan LAHOUD, Tristan
ASTIER de la DCRI, Jean Louis FIAMENGHI, Michel GAUDIN ou Nicolas SARKOZY. L'agenda 2013 de M.
BOHN faisait apparaître un rendez-vous avec Nicolas SARKOZY le 7 janvier. Plusieurs rendez-vous avec
Tristan, parfois associé à « DCRI » ou à « Libye » étaient constatés.

Etaient notamment saisis les documents suivants :

 Concernant des éléments généraux :

→ plusieurs courriers de Philippe BOHN adressés à Nicolas SARKOZY, M. BOHN tutoyant celui qui était
alors Président de la République.

→ Une réponse d'Interpol Berne sur les antécédents judiciaires d'un nommé Omar HARFOUCH (feuillet
1 du scellé BOHN 22- D1615)

→ une fiche confiden elle sur Alexandre DJOUHRI et ses antécédents judiciaires contenant
notamment la fiche de signalisation d'Alexandre DJOUHRI du 16/09/1981 (feuillet 4 du scellé N° BOHN
22- D1615).

172
→ Une a esta on de moralité concernant Alexandre DJOUHRI émise par Bernard SQUARCINI le
19/12/2005 (feuillets 7 et 8 du scellé N° BOHN 22-D1615).

→ Un échange de courriers en anglais des 22 et 23 septembre 2007 entre Philippe BOHN et Saadi
KADHAFI relatif à l'organisation de la visite en Libye de Marwan LAHOUD.

→ un courrier à entête des autorités libyennes adressé à Mr. Philippe le 23 septembre 2007 et signé
par Saadi Gaddafi relatif à la visite de Monsieur LAHOUD à TRIPOLI et un document non daté à entête
de ALSHAMS BUREAU LEGAL TRANSLATION & CONSULTATIONS relative à des ventes de missiles pour
rafales, hélicoptères tigres notamment (scellé N° BOHN 6-D1616).

→ un ar cle rela f à la remise des insignes de chevalier dans l'ordre national du mérite à Philippe
BOHN par Henri PROGLIO, en juin 2008. Se trouvaient dans l'assistance Alain MADELIN, Hervé NOVELLI,
Bernard SQUARCINI, Pierre LIEUTAUD, François ANTONA, Alexandre DE JUNIAC, alors DGA de Thales
International et Siah Jnifen, intermédiaire présenté comme un ami de Saïf El Islam KADHAFI. (feuillet
4 du scellé N° BOHN 8-D1615).

→ un mail d'Ollivier à Philippe BOHN le 04/01/2010. Il était question de la nouvelle implantation en


Libye de la société Energy / oil & Gas du groupe allemand Schenker SA, représentée par Vincent TRINH.
Philippe BOHN était sollicité afin de trouver « un sponsor local digne de ce nom, à la hauteur des
enjeux ». Concernant ce « sponsor », il était précisé que plusieurs scénarii de partenariat seraient
envisageables : partage des profits, refacturation via une tierce personne, JV... (feuillets 15 et 16 du
scellé N° BOHN 8- D1615).

→ une note sur le circuit décisionnel en matière de marché d'armement en Libye, daté du 17/11/2005
(feuillets 9 et 10 du scellé N° BOHN 8- D1615- D4104/94). Cette note rappelle le rôle majeur d'Abdallah
SENOUSSI, et des généraux SID (chef état major des armées) et RIFFI (chef d'état-major air). Le général
SID assurerait l'interface entre les industriels et Mouammar KADHAFI qui restait le décideur final.

Le Général RIFI semblait impliqué dans les sociétés d'intermédiation suivantes :

 International Company for Transport, commerce and publics works (société dont RIFI serait
propriétaire).
 PRIVAIR, société marocaine.
 Société DALILA import-export.

Moussa KOUSSA était impliqué dans les entités suivantes :

 AL DUWALIYA International, fondée par Mohammed MAJDUR, sous contrôle de l'office de


sécurité extérieur, Moussa KOUSSA.

Saïf Al Islam (en relation avec Nuri EL MESMARI, chef du protocole libyen) était impliqué dans les
entités suivantes, qui lui appartenaient :

 RAS HILAL MARINES SERVICES, société propriété de Saïf Al ISLAM, dirigée par Mustafa ZARTI.
 Fondation QADDAFI, SALEH Abdul SALAM était directeur exécutif. Moundher Ben RAMADAN
était chef de cabinet de Saïf Al ISLAM.
 National Engeneering and Supplies Company (NESSCO), dirigée par Abdul Rahman KORFAKH.
 SCI Morgan, dirigée par Salah JENNIFEN.

173
→ un courrier d’EADS (P. BOHN) à M. MACDONALD, société ARD CHOILLE BV, alexanderstraat 23, 2514
JM DEN HAAG, Pays-Bas, en date du 15-04-2008 dans lequel M. BOHN expliquait à ce dernier qu’il lui
avait fait rencontrer M. Salaheddin Jenifen en Libye car ce-dernier avait de bonnes relations sur place
et y avait déjà travaillé pour EADS. M. BOHN souhaitait que les relations entre EADS et M. Salaheddin
Jenifen soient prises en compte au travers de la société de M. MACDONALD pour être intégrées dans
un contexte plus large, en conformité avec l’OCDE (feuillet 30 du scellé N° BOHN 23- D1616).

Selon toute vraisemblance, Salah JENNIFEN dirigeant de la SCI MORGAN, Salaheddin Jenifen et Siah
Jnifen (feuillet 4 du scellé N° BOHN 8- D1615) étaient une seule et même personne.

→ Un memorandum of Understanding entre the general authority for communica on and transport
et EADS signé le 25/11/2004 entre Osama.N. Seddigh et Jean-Paul GUT prévoyant une coopération
dans les thèmes suivants : développement d’une flotte commerciale, vente d’avions commerciaux de
grande capacité, vente d’avions pour VIP, d’avions régionaux, création d’un centre de formation, la
sécurité intérieure (hélicoptère pour la police, les douanes, la sécurité civile...)... (feuillets 18 à 19 du
scellé BOHN 17- D1616).

→ un courrier du 6/05/2007 adressé au groupe Bouygues par Dr Mohamed SHLEBIK, secretary of civil
aviation authority pour un projet d'aéroport international à Tripoli (feuillets 18 à 19 du scellé BOHN
17- D1616).

→ Un récapitula f des contrats majeurs obtenus par EADS en Libye (feuillet 10 du scellé BOHN 18-
D1616) :

- AIRBUS : 12 avions en 2006

- MBDA : 3 Milan en 2007

- Eurocopter : 3 Dauphin (1980)

→ Un mail de Philippe BOHN adressé à Claude GUEANT le 19/07/2007 par lequel il informait ce dernier
de « l'actualité des contrats EADS prêts à être signés à Tripoli ». M. BOHN précisait n'avoir besoin
d'aucun soutien particulier. La note jointe à ce mail citait les contrats TETRA (réseau de communication
sécurisée pour la police libyenne) et MILAN (missiles anti-chars pour la lutte antiterroriste, client :
forces armées libyennes, Général Abdul Ahman El Seid). (Feuillet 14 du scellé BOHN 8- D1615).

Pour rappel, cet élément matérialisait les déclarations de plusieurs témoins (Saïf Al Islam KADHAFI,
Pierre PEAN, Mohamed ISMAIL) et le contenu de courriels (D1213 : messages de M. ISMAIL
notamment) évoquant le fait, qu’après la libération des infirmières bulgares, la Libye avait obtenu la
vente de matériel militaire, notamment de missiles Milan. Saïf Al Islam KADHAFI se rappelait en
particulier avoir évoqué l’obtention de ces contrats aux médias français. Sa démarche avait pour but
d’inciter d’autres pays européens à suivre le chemin ouvert par la France mais Nicolas SARKOZY aurait
été gêné par ses déclarations et lui aurait demandé de temporiser et modérer ses déclarations
(D2573/3).

→ Bulle ns d’EADS concernant les ac ons à mener à l’international, en date du 27-11-2007.


Concernant la Libye, Philippe BOHN stipulait que pour le projet TIGER : C. GUEANT était
personnellement en charge de la communication avec la chancellerie allemande. Jusqu’à présent, il
n’avait pas semblé anxieux de la réaction allemande, les problèmes pouvant éventuellement venir des
Etats-Unis (feuillet 57 à 64 du scellé BOHN 18- D1616)

174
→ Une fiche sur la Libye et les contrats AIRBUS, datée du 12/12/2007, men onnant les signatures
pendant le Bourget pour 26 avions (10 A350, 4 A330 et 12 A320). (Feuillet 16 du scellé BOHN 18-
D1616)

→ Une annexe d'une proposition de consultant concernant John WILLEKES MACDONALD & Jacob
BROERS de la société ARD-CHOILLE BV relatif à MBDA, concernant la promotion de plusieurs contrats
(Eryx anti-tank systems, MPCV Mistral, rafale, tigre Magic ½ program, l'armement tigre...). Ce
document était signé par Philippe BOHN (le 01/10/2008), A. GRAVEINSTEIN (vice-président Middle East
1), JL LAMOTHE (directeur export), et F. GIULIANINI (executive group director SBD) (feuillets 3 à 8 du
scellé N° BOHN 15- D1616).

 Concernant plus particulièrement la vente de missile MILAN à la Libye :

→ Un récapitula f du 08/01/2008 des différents contrats signés par EADS avec la Libye (feuillet N° 22
du scellé N° BOHN 23- D1616). Ce récapitulatif faisait apparaître notamment un contrat signé en août
2007 concernant des missiles MILAN, pour 169 M€.

→ Documents récapitula fs de la chronologie du contrat MILAN liant EADS avec la Libye, contrat signé
le 02/08/2007 pour 168,959 M€ (feuillet N° 26 à 32 du scellé N° BOHN 23- D1616).

 Concernant plus particulièrement le projet TETRA :

→ Le projet TETRA portait sur un réseau de radio communica ons de sécurité (feuillets 46-47 du scellé
N° BOHN 23- D1616)

→ Le projet TETRA associait Miguel STUCKY en qualité de consultant (cf ci-dessous et les feuillets 15 à
36 du scellé N° BOHN 15- D1616).

→ Document selon lequel, sur le projet TETRA, EADS fait porter ses contrats par l'intermédiaire de sa
filiale finlandaise EADS SECURE NETWORKS OY (feuillets 49 du scellé N° BOHN 23- D1616).

 Concernant plus particulièrement le projet création d’un centre de maintenance :

→ un MEMORANDUM OF AGREEEMENT daté de 2006 entre EADS (représentée par Jean-Paul GUT) et
LIBYAN AFRICAN POTFOLIO FOR INVESTMENT représenté par Bechir SALEH. Il prévoyait la création
d'une « joint-venture» pour un centre de maintenance aéronautique d'avions civils, militaires et
hélicoptères, une école de l'air et un centre de météorologie. Il était signé par Bechir SALEH, et pour
EADS par Jean-Paul GUT et Vincent LARNICOL (scellé N° BOHN 13, feuillets 1 à 16- D1616).

→ Un MEMORANDUM OF AGREEEMENT non signé, daté de 2006 entre EADS N.V. (le carré,
Beechavenue 130-132, 1119 PR Schiphol, Rijk Netherlands, représentée par Jean-Paul GUT) et LIBYAN
AFRICAN POTFOLIO FOR INVESTMENT représentée par Bechir SALEH. Le projet concernait la création
d’un centre de maintenance aéronautique, d’une école de l'aviation et d’un centre de météorologie et
la création d’une joint-venture entre les deux parties à cette fin (feuillets 1 à 9 du scellé BOHN 17-
D1616).

→ Un document d'émargement adressé le 4 mars 2010 par Fabienne THIBAULT (EADS) à Jean-Pierre
TALAMONI au sujet de OPEN'UP AERO. Contrat du 20/02/2010 au 31/05/2010 pour 40.000 € plus les
frais, sur la Libye. Le document était signé par Philippe BOHN, Olivier BRUN et S. MEYNIER. Le contrat
entre EADS représentée par Jean-Pierre TALAMONI et OPEN'UP AERO SARL, 6 avenue Neil Armstrong
33700 MERIGNAC (RCS 503 571 275) représentée par Jean-Philippe RENAUD était joint.

175
Le consultant devait aider EADS pour ses obligations dans le contrat signé en 2006 avec la LIBYAN
AFRICAN AVIATION HOLDING COMPANY, notamment la création d’un centre de maintenance (scellé
N° BOHN 10- D1616).

 Concernant plus particulièrement le projet AERINVEST (création d'une académie de l'air) :

→ Un contrat de coopération entre EADS SAS (Paris 16) représentée par Jean-Pierre TALAMONI et
LIBYAN AFRICAN AVIATION HOLDING COMPANY représentée par Sabri Shadi (chairman of LAAHCO)
pour la création d’une académie de l’Air (feuillets 10 à 14 du scellé BOHN 17- D1616).

→ un document d'émargement adressée le 7 janvier 2009 par Fabienne THIBAULT (EADS) à Georg
BUCKSCH au sujet de AERINVEST SARL, contrat du 01 janvier 2009 au 30 juin 2009 pour 54.000 €, sur
la Libye. Ce document était signé par Fabienne THIBAULT, Sophie MEYNIER, Philippe BOHN, Jean-Pierre
TALAMONI et Olivier BRUN le 29 janvier 2009. Etait joint un avenant N°6 au « SERVICE PROVIDER
AGREEMENT » signé le 30 novembre 2005 entre la société AERINVEST SARL (36 rue principale à Lagny
60310 RCS Compiègne 452609472) représentée par Jean-Marc de RAFFIN DOURNY avec EADS
représentée par Georg BUCKSCH. Cet avenant avait pour objectif de rallonger la date de validité du
contrat jusqu’au 30 juin 2009. Le contrat était signé par Jean-Marc de RAFFIN DOURNY pour
AERINVEST et Georg BUCKSCH pour EADS SAS. Un avenant à ce contrat était signé pour le prolonger
sur l'année 2010, pour 108.000 € plus 80.000 € pour les architectes plus les frais, sur la Libye (scellé N°
BOHN 10- D1616).

 Concernant le consultant Miguel STUCKY (scellé BOHN 15-D1616) :

→ Un courrier adressé le 27 février 2006 par EADS (Philippe BOHN) à Miguel STUCKY, président de
STUCKY, 33 rue du Lac, case postale, SUISSE 10210 RENENS VD 1. M. BOHN confirmait à M. STUCKY
qu’ils allaient collaborer pour une assistance commerciale pour des opérations en Libye, dès validation
du département juridique (feuillet 1 du scellé BOHN 15- D1616)

→ Un courriel de M. STUCKY à Philippe BOHN sur la Libye daté du 21 avril 2006 au sujet d'une rencontre
prévue le 23 avec un décisionnaire libyen.

→ Un contrat de consultant entre EUROCOPTER représentée par Olivier LAMBERT et STUCKY


Consulting Engineering LTD représentée par Miguel STUCKY (chairman of the board) et Marc BALISSAT
(chief executive officer). Ce document non signé était daté du 22 septembre 2006. Le consultant devait
promouvoir les hélicoptères (Tigres, EC725 et AS550) auprès des autorités libyennes, dans l'objectif de
créer une « special forces helicopter squadron ». Le document mentionnait pour la société STUCKY SA
un compte à l'UBS Lausanne N° 0243-FS101329.8 € (feuillets 41 à 80).

→ Un courriel de M. STUCKY à Philippe BOHN du 17 juillet 2006 au sujet de la signature d'un contrat.
M. STUCKY proposait à Philippe BOHN que le juriste d'EADS prenne contact avec son propre avocat :
Me Nicola MEIER à Genève.

→ Un mail de Bruno DE-SOULTRAIT à Philippe BOHN du 03/10/2006 relatif à une difficulté liée à la
signature d'un contrat avec un consultant (dont le nom n'est pas cité) dont l'activité est différente de
l'objet du contrat (Feuillet 40).

→ Le contrat signé le 30 mars 2007 par Miguel STUCKY représentant STUCKY SA et EADS Secure
Networks SAS à Montigny le Bretonneux (78). Il était mentionné la création d'une branche locale de
STUCKY située en Libye ; STUCKY Consulting Engineering Ltd, enregistrée à TRIPOLI sous le numéro
56305. La société STUCKY SA détenait un compte à l'UBS Lausanne (N° 0243-FS101329.8 €).

176
→ Une facture de STUCKY Consulting Engineering, Janzour Alsharquia Tripoli Libye, adressée à
EUROMISSILE (Jean Pierre MYANT à Fontenay aux Roses (92), daté du 19 novembre 2007 pour 1,5 M€.
Le compte était ouvert à l'UBS Lausanne (CH 4100 2423 4344 1764 01T). La somme demandée
correspondait à 3 % du premier versement du contrat à hauteur de 50 M€.

 Concernant des sociétés tierces :

→ contrat entre MECHANICAL AND ELECTRICAL MANUFACTURING HOLDING COMPANY (Gaser ben
Gasher à Tripoli Libye) et EADS International signé le 18 novembre 2005 par Doctor Milad Abdallah
Taher et Jean Marc de RAFFIN DOURNY pour EADS. Ce contrat était relatif à un projet sur l’expertise
en matière de flotte commerciale incluant les aéroports et le contrôle du trafic aérien (scellé N° BOHN
10- D1616).

→ Contrat (non signé) de consultant entre la SAS EUROCOPTER représentée par Olivier LAMBERT, vice-
président des ventes et des relations commerciales et la société DUKHAS LIMITED, 21 bloomsbury
Sreet London WC1B 3XD N°4847637 et 6th Floor 94 Wigmore Street LONDON SW1Y 6AW, à Londres
représentée par David SOLLY, directeur de ANNAN LIMITED. L'objet du contrat est d'assister pour la
commercialisation, le lobbying et l'aide administrative et financière. L'objet est précisé dans l'annexe
1 : le territoire concerné est la Libye pour des hélicoptères de lutte contre le feu, hélicoptères 3 EC 145.
Le compte bancaire de DUKHAS LIMITED est à la Barclays Bank Pic, PO Box 391, 38 hans Crescent
Knightsbridge LONDON SW1X0LZ, compte N° 87303699 EUR, IBAN GB79 BARC 2047 3587 3036 99. Le
contrat était valable du 01 janvier 2006 au 30 juin 2007 (scellé N° BOHN 10- D1616).

Pour mémoire, il ressortait des déclarations de Saïf Al Islam qu’outre les démarches entreprises par
rapport à la situation judiciaire de M. SENOUSSI, d’autres contreparties avaient été envisagées au
soutien financier apporté par le régime libyen à la candidature de Nicolas SARKOZY. En particulier, la
Libye avait cherché à faire l’acquisition d’hélicoptères TIGRE auprès de la société européenne
EUROCOPTER mais les autorités allemandes avaient posé leur véto. Selon Saïf Al Islam, Nicolas
SARKOZY avait contourné ce véto en procédant à la vente de ces appareils réalisés directement par
l’armée française. Ce « service » était réalisé en contrepartie du soutien financier apporté par la Libye
à sa campagne présidentielle. (D2573)

→ un fax reçu par Philippe BOHN (EADS Interna onal) le 20 avril 2007 adressé par Lydie VERTUEL,
M&IS International Compliancy (EADS défense & security) au sujet de la Libye. Le document concernait
un avenant au contrat avec la société DUKHAS, pour laquelle elle sollicite l'accord puis la signature de
M. BOHN. L'objet était de solliciter le consultant pour une mission supplémentaire d'aide pour la
sélection de partenaires locaux. Le courrier expliquant cette mission, daté du 19 mars 2007, est co-
signé par Étienne HAMMER (VP, International Operations BU Representative) et EADS International
Philippe BOHN (SVP Africa) et est adressé à J-C CADUDAL (EADS SVP International Operations).
L'avenant n'était pas signé ; étaient mentionnés comme signataires pour EADS Secure Networks Jean-
Marc NASR et pour DUKHAS David SOLLY (scellé N° BOHN 10).

→ un courrier à l'entête de EADS ASTRIUM du 12/07/2010 de Christian GREBAUT à Philippe BOHN,


relatif à un consultant : la société « COBALT LLC » PO Box 804, P.C. 133, Sultanate of Oman. Le contact
était Usama AL SHUKAILI. Etait mentionnée une autre personne Mrs Zulfa AL BUSAIDI. Le compte
bancaire était ouvert à la LF FINANCE 86 rue du Rhône PO BOX 3667 1211 GENEVE Suisse, compte N°
035313.000.0.S (scellé N° BOHN 10- D1616).

→ une facture numérotée B 5758 du 1er novembre 2012 établie par MEDEK SERVICES LIMITED
adressée à MAZARS domiciliée à HONG-KONG relatif à des frais de liquidation et mentionnant comme

177
référence la société RENAISSANCE ENERGY LIMITED et un second feuillet contenant les références d’un
virement swift correspondant à la facture précitée (scellé N° BOHN 5- D1616)

→ Facture émise par la société MEDEK SERVICES LIMITED le 1er novembre 2012 relative à des frais de
liquidation d'une société, mentionnant en références la société RENAISSANCE ENERGY LIMITED (scellé
N° BOHN 5- D1616).

→ Une carte de visite de Philippe BOHN – Renaissance ENERGY (scellé N° BOHN 5- D1616).

Une première audition de Philippe BOHN était réalisée dans la continuité des perquisitions (D1613).

Il précisait son parcours professionnel : ELF, OBERTHUR, VIVENDI puis EADS. Il était recruté au sein
d'EADS par Jean Paul GUT et Jean-Luc LAGARDERE. Il s'occupait dans un premier temps de diriger les
activités d'EADS en Afrique subsaharienne. Au bout d'un certain temps, 2005 selon sa mémoire, son
secteur de compétence était étendu au Maghreb et la Libye. Depuis fin 2010-2011, Philippe BOHN
occupait les fonctions « attrape tout » de patron du business developpement.

Le chef du bureau de Tripoli jusqu'en 2009-2010 était Vincent LARNICOL, il travaillait sous l'autorité de
M. BOHN.

Interrogé sur les soupçons de financement libyen de politiques français lors de la campagne
présidentielle 2007, il déclarait ne détenir aucune information. Il complétait sa réponse :

« je n’ai jamais été entrepris par les libyens pour ce type de questions. Sur un plan français, nous
n’avons pas eu besoin de soutien politique ».

S’agissant de Moftah MISSOURI, Philippe BOHN déclarait ne pas le connaître. Interrogé sur sa
connaissance de rumeurs selon lesquelles M. MISSOURI se serait rapproché des services français afin
de négocier un quelconque témoignage, M. BOHN affirmait ne pas en être informé.

Au sujet de Tristan ASTIER de la DCRI, M. BOHN se limitait à déclarer qu'il s'agissait d'une relation
professionnelle, travaillant au sein du ministère de l'intérieur.

Concernant ses contacts avec Michel GAUDIN à l'été 2013, Philippe BOHN déclarait avoir cherché à le
rencontrer en sa qualité de directeur de cabinet de l'ex-président de la République. Il était mis en
relation par Jean Louis FIAMENGHI qui avait été son collaborateur à la Préfecture de Police de Paris.

M. BOHN affirmait avoir sollicité cet entretien sans raison particulière mais plus afin de se présenter à
lui.

Interrogé sur l'urgence avec laquelle le rendez-vous était sollicité par M. FIAMENGHI, M. BOHN
nuançait : « J’ai sollicité un entretien, et je l’ai obtenu rapidement, ce qui est différent ».

A la question « M. GAUDIN vous a-t-il demandé de rencontrer des personnes et de lui en rendre
compte ? », Philippe BOHN répondait : « Pas formellement », refusant de préciser.

A la question « Des investigations effectuées, il ressort que lorsque Jean Louis FIAMENGHI a souhaité
vous présenter à Michel GAUDIN, il lui a indiqué que vous auriez des choses un peu pointues à lui
apprendre rapidement, insistant sur l’importance des éléments pour obtenir un rendez-vous rapide. De
quoi pouvait-il s’agir ? », Philippe BOHN se contentait de répondre « Je ne me souviens pas de cet
élément. Pointu, qu’est-ce que ça veut dire ? Et sur quel sujet ? »

178
Les déclarations de Monsieur BOHN semblaient en contradiction avec les propos interceptés entre
Michel GAUDIN et Nicolas SARKOZY, ayant provoqué les échanges avec et sur Patrick CALVAR,
directeur de la DCRI.

De surcroît, M. BOHN indiquait ne plus « traiter » de la Libye. Toutefois, les quelques mentions relevées
dans ses agendas, notamment 2014, révélaient que cela figurait toujours parmi ses centres d'intérêt.

Michel GAUDIN évoquait les contacts avec Philippe BOHN dans une conversation avec Alain GARDERE
interceptée le 16 mai 2014, depuis sa ligne fixe pour déjouer les interceptions (D1002/2).

Dans les propos tenus à M. GARDERE, Michel GAUDIN affirmait que Philippe BOHN était entré en
contact avec lui par rapport à la situation de son épouse qui souhaitait revenir au conseil municipal de
Neuilly sur Seine. Lors de ce rendez-vous BOHN-GAUDIN, seul le conseil municipal de Neuilly aurait été
évoqué. Il n'aurait pas alors été question d'affaires libyennes.

Ces déclarations étaient contradictoires avec les interrogations formulées par Nicolas SARKOZY à
Michel GAUDIN pour savoir si Philippe BOHN croyait à ces « fables », faisant alors référence au
financement libyen de sa campagne 2007 (D747/5). Ces interrogations de l'ex-président confirmaient
bien que les démarches de M. BOHN avaient un rapport avec la Libye.

De plus, ces propos apparaissaient également en contradiction avec les déclarations fantaisistes de M.
BOHN, pourtant faites « sous serment ».

Toujours dans cette communication avec M. GARDERE, concernant les communications avec M.
CALVAR, Michel GAUDIN se justifiait en indiquant qu'il avait entendu dire que Moftah MISSOURI
tentait de négocier un témoignage contre Nicolas SARKOZY en échange de l'obtention de papiers.
Michel GAUDIN soupçonnait que les autorités françaises (du ministère, voire au-dessus) aient proposé
à M. MISSOURI des papiers en échange d'un faux témoignage affirmant que M. SARKOZY aurait
« touché du Fric ». M. GAUDIN précisait qu'il souhaitait simplement savoir si M. CALVAR était au
courant de cette démarche, il niait avoir exercé quelque pression.

Là encore, les interceptions révélaient des démarches plus « poussées » que ce que M. GAUDIN pouvait
confesser à Alain GARDERE.

Philippe BOHN qui avait effectué de très nombreuses visites à l'Élysée entre juin 2007 et juillet 2011
(D2559/13) dont une trentaine pour Claude GUEANT en quatre années, indiquait quant à lui (D3019) :
« Selon moi, DJOUHRI n'a jamais été d'une quelconque utilité pour que EADS ou AIRBUS vende quoi que
ce soit. J'ai eu des échanges à son sujet avec Marwan LAHOUD sur un point spécifique. Il y a eu des
rumeurs selon lesquelles DJOUHRI allait ou devait être rémunéré sur des contrats en Libye. Je m'en suis
ouvert une fois avec Marwan. Il m'a répondu qu'il était sous la pression et qu'il recevait des instructions
du secrétariat général de l'Élysée. Je ne me rappelle pas de l'année précisément, c'était plus tard.... Je
pense aux environs de 2009-2010. »

1.2.3.2.3.2 Le rôle d’Alexandre DJOUHRI et de Bechir SALEH

 Les sollicitations d’Alexandre DJOUHRI pour le paiement d’une commission en lien avec la
vente d’Airbus à la Libye

La perquisition du domicile genevois d'Alexandre DJOUHRI permettait de saisir un badge AIRBUS pour
un certain « Mr ISKANDAR ». La date du 18 juillet 2006 » était notée sur ce badge (D2428).

179
Selon un article paru le même jour dans la publication « Challenges », cette date correspondait à la
date de l'annonce par AIRBUS de la signature d'un protocole d'accord avec la compagnie aérienne
AFRIQIYAH AIRWAYS pour 12 avions avec une option d'achat pour 8 autres appareils (D2430). En effet,
pour l’année 2006, EADS n’avait signé qu'un seul contrat le 25 octobre 2006 avec la compagnie
aérienne AFRIQIYAH AIRWAYS pour 12 avions : 3 A139, 6 A320 et 3 A330-200.

La perquisition réalisée dans le bureau de Philippe BOHN dans les locaux d'EADS permettait quant à
elle de saisir un courrier de ce dernier daté du 15 juin 2006 et adressé à Dr AL-BAGHDADI Ali Al-
MAHMUDI. Il évoquait la possibilité de discuter de la coopération entre EADS et la Libye à l'occasion
de la signature le 26 juin d'un accord avec le Libyan African Portfolio For Investment par Jean Paul GUT,
directeur d'EADS (feuillet 38 du scellé N° BOHN 15). Cette perquisition permettait de saisir également
un historique des relations entre EADS/AIRBUS et la Libye (feuillets 9 et 10 du scellé BOHN 23). Dans
cet historique apparaissait en juillet 2006 la signature d'un protocole d'accord avec la compagnie
Afriqiyah portant sur l'achat de 3 A320-200, 3 A319 et 6 A 320.

Pour rappel, les commissions perçues par Alexandre DJOUHRI, selon Pierre PEAN, découlaient de ce
contrat.

Une note rédigée le 15 avril 2005 et déclassifiée par la DGSI évoquait l'activité en Libye d'Alexandre
DJOUHRI à la fin de l'année 2004. Elle mentionnait que la rumeur prêtait à Alexandre DJOUHRI d'être
en relation avec Jean Paul GUT mais également avec la SOFRESA. Alexandre DJOUHRI aurait œuvré
pour ces deux sociétés en Libye (D1645).

Une note datée du 25 juin 2005 était saisie dans le bureau de Bernard SQUARCINI (D1592/4 et/5). Elle
était intitulée : « Ahmed DJOUHRI, dit Alexandre DJOUHRI ». Le corps de la note précisait :

« Homme d'affaires de nationalité française, résident en Suisse, Alexandre DJOUHRI est mandaté
par Jean Paul GUT pour diriger en Libye et au Qatar les négociations de marchés intéressant EADS.
Cependant, lors de ses contacts d'affaires, Alexandre DJOUHRI se présente également comme un
envoyé officieux de l'Elysée. Nous relevons que Michel MAZENS, le président de la SOFRESA,
accrédite cette qualité en demandant à plusieurs interlocuteurs de s'adresser à Alexandre DJOUHRI
au motif que sa présence dans des dossiers commerciaux implique un soutien tacite de la présidence
de la République (en particulier en Libye). En outre, dans ses activités d'intermédiation, Alexandre
DJOUHRI se prévaut de relations de parenté avec la famille du Président algérien Abdelaziz
Bouteflika, dont nous ne parvenons pas à établir la réalité. Après une jeunesse marquée par des
accointances avec des organisations criminelles, il semble que le parcours professionnel d'Alexandre
DJOUHRI ait connu d'heureux développements en étroite relation avec le passage dans le privé du
commissaire de la DST Pierre Yves GILLERON. Entre 1997 et 1998, par l'entremise de diverses
opérations de portage, ce dernier assurait le suivi des dossiers de financement de la FIBA, la banque
de l'ex groupe Elf Aquitaine »

Aux termes d’une note de la DCRI en date du 30 juillet 2010, les services de renseignements libyens
basés en France (Idris BUSREIDA) auraient reçu l'ordre de suivre les déplacements parisiens de Bechir
SALEH, celui-ci étant soupçonné d'avoir négocié avec Alexandre DJOUHRI « soit la vente d'AIRBUS à la
Libye, soit la vente et des commissions en rapport avec ce marché ». Les services de renseignements
libyens craignaient que Bechir SALEH ne multiplie les détournements de fonds pour préparer sa
retraite (note N° 1356414, D1645).

Selon la note DGSE N°47415 du 12 mai 2011 (D1644), Bechir SALEH aurait joué un rôle important dans
l'attribution du marché d'avions civils AIRBUS à la compagnie Afriqiyah Airways.

180
Ces éléments étaient confirmés lors d'un entretien avec la DGSE par Bechir SALEH. Cette confirmation
ressortait de la note N°2651 datée du 03 septembre 2011: alors qu'il négociait son exfiltration de Libye
vers la France pour sa famille et pour lui, Bechir SALEH rappelait aux autorités françaises que c'était
grâce à lui si la compagnie aérienne Afriqiyah Airways avait acheté 30 avions à EADS à l'époque où il
dirigeait le LAP (D1644).

Le 09 février 2016, le domicile et le bureau de Marwan LAHOUD étaient perquisitionnés (D1302 et


D1303). L'analyse de son téléphone professionnel révélait la présence dans son carnet d'adresse de
Alexandre (Ahmed) DJOUHRI. Le numéro de téléphone enregistré était le 41 79 613 42 92 ; était
également associée une adresse mail : [email protected].

Marwan LAHOUD se justifiait ainsi d'avoir les coordonnées d’Alexandre DJOUHRI (D1304) :

« Je le connais pour l'avoir reçu en 2008 dans mon bureau. Il avait demandé à me voir car il réclamait
le versement de sommes qu'il pensait dues par EADS en lien à la vente d'AIRBUS à deux compagnies
aériennes libyennes. A l'époque de la signature des contrats, je faisais partie de MBDA, je ne me suis
pas occupé de ces contrats. Lors cet entretien, j'avais répondu à Monsieur DJOUHRI que s'il avait un
contrat, on l'exécuterait. Mais il n'avait pas de contrat, on ne lui a rien versé. »

Dans les notes associées à ce numéro apparaissaient les coordonnées d'un certain « F. GLEESON ».

Marwan LAHOUD était auditionné le 25 février 2016 (D1304). Il indiquait avoir pris les fonctions de
Directeur Général délégué d'EADS en charge de la stratégie et de l'international le 13 juin 2007 en
remplacement de Jean Paul GUT. Il exerçait précédemment les fonctions de PDG de MBDA, société de
missiles détenue par EADS, BAE et FINMECCANICA.

Concernant les agents locaux travaillant en Libye pour le compte de EADS, M. LAHOUD évoquait un
certain M. JENIFEN qui était traité en interne chez EADS par Philippe BOHN.

Or la perquisition réalisée au domicile genevois d'Alexandre DJOUHRI permettait de découvrir la carte


de visite et les coordonnées portables de Philippe BOHN (D2428).

Interrogé sur les démarches initiées en 2008 par Alexandre DJOUHRI, il confirmait avoir été approché
par ce dernier qui réclamait le paiement d’une commission sur le contrat libyen à hauteur de 12-13 M€.
Toutefois, en raison de l’incapacité d’Alexandre DJOUHRI à produire un contrat au soutien de sa
prétention et après confirmation de l’absence de tout engagement contractuel d’EADS à son égard par
Jean-Paul GUT, les choses étaient demeurées en l’état et EADS n’avait pas payé ce qu’Alexandre
DJOUHRI réclamait. Marwan LAHOUD faisait toutefois état de trois rendez-vous avec l’intéressé, lequel
était accompagné à une reprise d’un certain Franck GLEESON, avocat ou homme d’affaires, et se
prévalait de sa proximité avec Jacques CHIRAC et Nicolas SARKOZY pour impressionner son
interlocuteur.

Il confirmait par ailleurs que Philippe BOHN avait suivi les négociations du contrat libyen pour le
compte d’EADS ainsi que l’intervention de M. JENIFEN dans ces tractations.

Enfin, il précisait avoir été une fois entrepris par Claude GUEANT, alors Secrétaire général de l’Elysée,
qui lui avait relayé la demande d’Alexandre DJOUHRI auquel il avait répondu que si un contrat existait
ce dernier serait payé 4.

4
Ces faits font l’objet de développements ultérieurs sur les relations d’intérêt unissant Claude GUEANT et
Alexandre DJOUHRI.

181
La perquisition des bureaux genevois de Wahib NACER5 permettait la découverte d'un mail émis par
Wahib NACER le 04 janvier 2009 (D1332). Le destinataire était un certain Philippe MIHAIL du Crédit
Agricole. Dans ce message, Wahib NACER évoquait un rendez-vous prévu le 19 janvier 2009 avec un
certain « Frank GLISSEN », en lien avec le dossier AIRBUS. Cet interlocuteur pouvait correspondre au
Frank GLEESON ayant accompagné Alexandre DJOUHRI lors de ses démarches auprès de Marwan
LAHOUD.

L'analyse des Ipad de Bernard Squarcini révélait la présence de Frank GLEESON parmi ses contacts :
[email protected] (D1347).

Les perquisitions réalisées au domicile et dans les bureaux d'Hervé SEVENO permettait de découvrir
les coordonnées de Frank GLEESON dans son téléphone. Plusieurs messages avaient été échangés
entre Frank GLEESON et Hervé SEVENO concernant un blocage de carte bancaire que ce dernier aurait
subi aux Etats Unis. M. GLEESON l'invitait se rapprocher de la banque en rappelant que l'adresse de la
société était 5 schoolhouse lane east Dublin 2 (D2423).

Rappelons à ce stade, pour mémoire, que le virement débité de BEDUX ayant alimenté le compte
irlandais de M. DJOUHRI fils le 16 octobre 2009 (cf infra) était reversé à hauteur de 50.000 € vers une
société VERCE PROPERTIES domiciliée à cette même adresse. De plus, cette société avait été dirigée
par un certain John GLEESON. Des recherches en source ouvertes permettaient de découvrir des
articles relatifs aux relations de Frank GLEESON et Navin RANGOOLAM, ancien premier ministre
mauricien. Selon certains articles, John et Frank GLEESON étaient frères.

Olivier BRUN, ancien directeur des opérations internationales chez EADS devenu AIRBUS, était
auditionné (D2063). Interrogé sur Alexandre DJOUHRI, il expliquait l'avoir rencontré lorsqu'il avait
réclamé le versement de commissions qu'il estimait lui être dues suite à la vente de 12 avions à
Afriqiyah en 2006.

Il présentait Franck GLEESON comme un homme d'affaire lié à l'île Maurice. Il ajoutait qu'il faisait partie
des partenaires qui avaient été suspendus pour des raisons de compliance, l'opération ayant laissé
entrevoir des soupçons de corruption. Il identifiait cette personne comme étant quelqu'un basé du
côté de Toulouse. Les recherches engagées sur Frank GLEESON permettaient de localiser deux
domiciles pour lui : une propriété située villa Montmorency à Paris, 12 avenue des Peupliers (l'identité
du propriétaire officiel étant Thomas Francis GLEESON, né le 20 juin 1953) et une propriété située 12
avenue de la gare à Carbonne (31).

Si aucun contrat avec Alexandre DJOUHRI n’était retrouvé, il apparaissait qu’EADS (Olivier BRUN) avait
contracté le 5 octobre 2009 à Beyrouth et le 23 octobre 2009 à Paris avec une société AL WADAN S.A.L.
domiciliée au Liban comme agent associé à la signature de ce contrat (D2799 et 2798). Cette société
immatriculée le 9 juin 2009 était représentée par un certain Mahmoud KHALIFE (D2785/2789),
propriétaire d'une chaîne de boulangeries (D2800 rapport de l'ADIT).

L'accord EADS/AL WADAN d'octobre 2009 portait sur un paiement 8 millions d'euros. Ce montant était
réduit de moitié, et 4 millions d'euros étaient finalement versés le 22 janvier 2010 sur le compte d'AL
WADAN (D2817). Ce paiement était suivi au mois d'avril 2010 d'un versement de 3 990 025 euros du
compte d'AL-WADAN vers un compte ouvert par M. JENIFEN au nom de BERLON TRADING Limited
(société domiciliée aux BVI) auprès du Crédit Agricole Suisse à Genève (D3169/29), banque où
travaillait Wahib NACER.

5
Cf . infra pour une présentation plus détaillée de ce dernier.

182
M. Salah Al JENIFEN, intermédiaire régulier d'AIRBUS avec la LIBYE, était notoirement proche de Saïf
Al Islam KADDHAFI.

Il était par ailleurs reçu par Claude GUEANT à l'Elysée le 29 octobre 2010, soit six mois après le
paiement intervenu, sans que l'objet de ce rendez-vous soit connu.

Selon les déclarations d'Olivier BRUN et Marwan LAHOUD, le contrat AL WADAN/EADS était venu
valider « des accords antérieurs » de 2007 dont aucune trace n'avait été retrouvée, pas plus que de
traces de travail de M. JENIFEN pour la conclusion du contrat.

Une diapositive d'une présentation powerpoint du 19 octobre 2009, communiquée par AIRBUS, qui
avait pour titre « AL WADAN S.A.L - 2006 deal Afriqiyah Airways » indiquait que cette entité aurait
réalisé une mise en relation s'agissant de la vente de 2006 précitée. Cette diapositive précisait qu'à
cette date, cette entité n'avait pas fait l'objet d'une « external due diligence » (D2798). Cependant, le
même jour le comité dédié d'EADS validait le contrat avec AL WADAN (D2805).

Le 20 août 2019, M. JENIFEN était auditionné (D3169). Il indiquait qu'il était le bénéficiaire économique
réel de la société AL-WADAN et que cette structure n'avait été créée que pour percevoir la
rémunération des 4 millions d'euros après qu'EADS ait refusé de contracter avec ses sociétés
domiciliées aux BVI. Il ne voulait pas apparaître directement : « Je n'aime pas qu'on voit que je suis
l'ami de Saif Al Islam et qu'après j'ai pris des commissions. Cela peut prêter à interprétation, créé des
soupçons de corruption, voilà...tout ca. » (D3169/4). Il transmettait un ordre de virement (D3169/29)
du 8 avril 2010 de 3 990 000 euros depuis le compte d'AL WADAN vers le compte de sa société BERLON
Trading LTD domiciliée aux BVI.

Il convenait de relever qu'un certain Mohamed Fadel ZAYAN représentant sa société GEMAFA avait
également prétendu avoir contribué à la signature de ce contrat et revendiqué le versement
d'honoraires, ce qu'AIRBUS avait contesté. Pourtant, Monsieur ZAYAN adressait un courrier à AIRBUS
en la personne d’Edouard ULLMO le 18 juin 2007 (D ) puis engageait un contentieux avec AIRBUS qui
débouchait sur une sentence arbitrale le 24 mars 2010 puis la signature d'un accord transactionnel au
terme desquels AIRBUS versait 6 millions de dollars US à M. ZAYAN et à sa société.

Or, au-delà du fait qu'il avait effectivement été établi par l'enquête que M. ZAYAN était l'agent régulier
d'AIRBUS en Libye et que la société était capable de fournir la preuve d'un travail effectué par cet agent
(par exemple de D2949 à D2955), il apparaissait que son contrat d’agent avait été renouvelé par
Edouard ULLMO et 2003 puis 2004 jusqu’en 2005, période à laquelle le contrat AFRIQIYAH commençait
à être négocié.

Interrogé sur le contrat signé en octobre 2009 avec la société AL WADAN SAL, Olivier BRUN expliquait
qu’il venait valider, a posteriori, un accord verbal conclu par Edouard ULLMO. L'accord initial portait
sur 8 millions € mais le montant était finalement réduit à 4 millions à la signature de l'accord écrit.
Interrogé sur la régularisation d'un partenariat informel quand il affirmait que cela n'avait pas été
accordé à Alexandre DJOUHRI, M. BRUN se retranchait derrière une matérialité de service dont il ne
pouvait pourtant pas justifier.

 Les flux financiers au bénéfice d’Alexandre DJOUHRI en lien avec la vente d’Airbus avec la
Libye

L’information judiciaire permettait de découvrir - au moyen d’une demande d’entraide pénale


internationale adressée aux autorités singapouriennes - que la somme de 2 M€ qui avait été versée
sur le compte d’Alexandre DJOUHRI ouvert auprès de l’agence de la banque UBS située à Singapour

183
provenait de la société Network Aviation Co Ltd. - société dont le bénéficiaire économique était Sunate
BURAKASIKORN - depuis son compte ouvert dans les livres de la banque Crédit Suisse Singapour, étant
précisé que cette somme provenait initialement d’une autre société détenue par Sunate
BURAKASIKORN, la société SB Network Aviation Co. Ltd, depuis le compte de cette société ouvert dans
les livres de la banque Crédit Suisse Hong Kong) (D2719/48, D3953/211).

Alors que les documents d’ouverture de son compte UBS à Singapour mentionnaient que le dit compte
était, notamment, destiné à recevoir une commission de 2 M€ pour son rôle d’initiateur dans la
transaction entre Airbus et la compagnie AFRIQIYAH AIRWAYS lors du salon de Farnborough en 2006
(D2719/29)6, Alexandre DJOUHRI se contentait d’expliquer que son banquier avait inventé cette
histoire… (D3249/21)

Il résultait pourtant des pièces remises sur réquisition judiciaire par Airbus (D2781) qu'aucun paiement
n'avait été réalisé directement sur son compte ouvert à Singapour. Toutefois Alexandre DJOUHRI avait
effectivement reçu les 2 M€ annoncés à sa banque comme des commissions Airbus (le 21 novembre
2006 un virement de 500 000 € (D2719/161) et le 23 novembre 2006 1.500 000 € en provenance d’une
société « Network » (D2719/162). Par le fait du hasard, un virement de 2 M€ était envoyé le 24
novembre 2006 du compte des services de renseignement libyens sur le compte libanais Rossfield de
Ziad TAKIEDDINE. Alexandre DJOUHRI niait cependant toute relation avec ce dernier et avoir perçu des
commissions en provenant de Libye.

Le 18 octobre 2021 les autorités de Singapour répondaient à une commission rogatoire internationale
complémentaire adressée en juillet 2020, et adressaient aux juges d'instruction la copie des SWIFT
correspondant aux virements du 21 novembre 2006 (500.000 €) et du 23 novembre 2006 (1.5 millions
d’€) crédités sur le compte d'Alexandre DJOUHRI. Il en résultait que ces fonds provenaient d'une
société Network aviation Ltd ouvert au Crédit Suisse à Singapour société thaïlandaise d'intermédiation
en aviation immatriculée en 2003 et comptant Sunate BURAKASIKORN parmi ses bénéficiaires
économiques.

Par ailleurs, l'analyse des mouvements au crédit du compte Singapourien Network mettait en évidence
que les 2 millions d’€ adressés à Alexandre DJOUHRI depuis le compte Crédit Suisse à Singapour
provenaient du compte d'une société SB Network ouvert au Crédit Suisse à Hong Kong. L'ordre de
virement était signé par Sunate BURAKASIKORN avec pour motif « commission to friend ».

Sunate BURAKASIKORN apparaissait avoir été un agent habituel d'AIRBUS, de très longue date, dans
les campagnes de vente à Thaï Airways.

Par voie d’une réquisition judiciaire datée du 20 décembre 2021 adressée à son conseil en raison de
l’éloignement géographique de M. BURAKASIKORN, le magistrat instructeur sollicitait que celui-ci
s’explique sur l’origine de ces virements (D3958).

6
Une première commission rogatoire adressée à Singapour permettait de révéler que le compte bancaire UBS AG n°0199425
ouvert à Singapour au mois d’octobre 2006 au nom d'Alexandre DJOURI avait été crédité le 21 novembre 2006 de la somme
de 500 000 € et le 23 novembre 2006 de la somme de 1 500 000 € en provenance de la société NETWORK au travers de la
banque correspondante UBS DEUTSCHLAND AG ULMENSTRASSE 30 6000 FRANKFURT/MAIN 1 W. GERM. Dans la
présentation du client DJOUHRI à UBS, il était mentionné que ce client avait été présenté aux services d'UBS SINGAPOUR par
M. Pascal CORNU, d’UBS GENEVE, et que Alexandre DJOUHRI détenait un compte dans les livres d'UBS GENEVE depuis 1995.
Il était également précisé : « Les revenus de M. AD proviennent principalement de ses activités en tant que consultant dans
l’industrie de l’eau et du pétrole et son activité en tant qu’administrateur d'Ardemis SA. Ardemis paie un salaire mensuel de
CHF 15 000. Ses activités de consultant et d’intermédiaire sont très bien rémunérés et les honoraires ou commissions dans les
6 ou 7 m ne sont pas inhabituelles. Les fonds à virer sur le compte proviendront d'une transaction qu’il a initiée entre Airbus
et Afriqiyah Airvvays au Salon international de l’aéronautique de Farnborough en 2006. Voir l’intégralité du communiqué de
presse d’Airbus du 18 juillet 2006 : M. AD recevra un montant d’environ 2 M€ payés en tant que d’Airbus. M. AD me fournira
des informations supplémentaires des preuves sur la transaction qui a mené à mon voyage d’octobre ».

184
Ce dernier répondait par la voie de ses conseils français et indiquait que la somme de 2 M€ avait été
versée sur le compte en cause à la demande d’Edouard ULLMO, vice-président exécutif d'Airbus à de
2002 à 2008 l’époque et dirigeant du BDC (l'instance collégiale d'AIRBUS amenée à donner son avis sur
les commissions), lequel lui avait fourni le RIB sans que cela corresponde à une activité
d'intermédiation en matière aéronautique ou se raccroche à un contrat (D3961/3) et qu’Alexandre
DJOUHRI qualifiait lui-même « d’ami » (D3354/12).

Ces déclarations faisaient écho à celles de Jean-Paul GUT, au sujet d’Edouard ULLMO : « C'était lui, par
exemple dans le cas Libye, si Djouhri se manifestait, qui était chargé d'assurer la relation avec lui. »

Il indiquait également : « Suite aux demandes de rentrer dans les affaires évoquées plus haut par
Alexandre DJOUHRI, j'en avais parlé avec Louis GALLOIS et j'avais proposé qu'Edouard ULLMO se charge
de gérer la relation sans jamais toutefois conclure/promettre d'accord. C'est ce qui a été fait. Je vous
précise que Philippe BOHN n'avait pas connaissance de cela ». Jean-Paul GUT, ami et associé d’Edouard
ULLMO confirmait ainsi que ce dernier était le contact d’Alexandre DJOUHRI chez AIRBUS.

1.2.3.2.3.3 Le rôle d’Edouard ULLMO

Edouard ULLMO, résidant habituellement à Milan était interpellé à l’occasion de vacances à la


montagne en France.

Interrogé en garde à vue sur ces différents points, Edouard ULLMO niait avoir donné la moindre
instruction à Sunate BURAKASIKORN (D3976/3 à /5 et D4002/7). Il précisait avoir rencontré Alexandre
DJOUHRI en 2003 ou 2004 dans le cadre de ses activités chez AIRBUS où « on [lui] avait donné une
instruction extrêmement claire, je ne peux pas préciser qui est « on », mais c'est la direction du groupe
EADS-AIRBUS. L'instruction était de garder des relations cordiales en cas de contact ou d'appel de
Alexandre DJOUHRI mais en aucun cas avoir de relations contractuelles ou financières. » Il s’en était
tenu à cette consigne. Il indiquait également connaître Wahib NACER qu’il avait rencontré à l’occasion
de la livraison du jet privé de Khaled BUGSHAN. Il avait également rencontré Béchir SALEH à la
signature du MoU à Farnborough en compagnie d’Alexandre DJOUHRI. Il réfutait l’idée avancée par
Alexandre DJOUHRI selon laquelle il était intervenu pour que « Bechir SALEH choisisse AIRBUS contre
BOEING (alors que) Saïf Al Islam KHADDAFI voulait absolument prendre BOEING », dans la mesure où
les avions acquis par la Libye étaient de toute façon financés par le fonds souverain « Libyan African
Portfolio » (LAP) présidé par Béchir SALEH.

Il confirmait avoir revu Alexandre DJOUHRI à plusieurs reprises après son départ d’AIRBUS, gardant
avec lui des relations cordiales.

Il contestait formellement avoir demandé à Sunate BURAKASIKORN de faire le virement de 2 M € au


bénéfice d’Alexandre DJOUHRI et affirmait qu’il était impossible que quiconque chez AIRBUS ait pu
ordonner ce virement.

Il indiquait n’avoir pas été informé des interventions de Claude GUEANT auprès de Marwan LAHOUD
pour le versement de commissions à Alexandre DJOUHRI. Et contestait tout autant l’existence
d’accords verbaux avec JENIFEN pour le paiement de 8 M € tels que relatés par Olivier BRUN.

Il contestait également avoir été informé des liens entre JENIFEN et Saïf Al Islam KADHAFI dans le circuit
décisionnel libyen, les « Key Men for procurments » (« les hommes clés pour les marchés publics »)
selon des notes retrouvées en perquisition chez Philippe BOHN (D1615/5). Il reconnaissait toutefois

185
l’avoir croisé 5 à 10 fois dans sa vie dans un cadre social. Salah JENIFEN ne faisait pas partie des agents
AIRBUS.

Il lui était présenté un procès-verbal d'une réunion du comité de crise EADS-AIRBUS qui s'était tenue
le 22/03/2007 à la suite d’allégations publiées dans l'EXPRESS de versement de pots de vin sur un
compte tunisien concernant la vente d'appareils, notamment à la Libye. Il était fait référence au
contrat conclu avec AFRIQIYAH Airways en octobre 2006 et la transmission d'une proposition
commerciale à Libyan Airways. Le document mentionnait que la politique d’AIRBUS était de n'avoir
recours à aucun consultant en Libye : « M. ULLMO a indiqué que AIRBUS avait été approché par des
parties libyennes mais qu'il n'y avait pas eu de suites.
Concernant EADS, M. CADUDAL indiquait qu'il y avait deux agents en Libye : Jenifen et Zayan.
Zayan revendiquait une commission sur la vente d'appareils à AFRIQIYAH, ce que AIRBUS refusait. »
(D2896 et D2781/6)
Edouard ULLMO ne se souvenait toutefois plus des « parties libyennes » qui l’avaient approché.

Aux termes de son interrogatoire de première comparution, il était mis en examen des chefs de
complicité de corruption active, corruption active d'agent public étranger (pour le compte d'AIRBUS),
association de malfaiteurs en vue de délits punis de 10 ans et blanchiment de corruption active et
passive et de corruption active et passive d'agent public étranger en bande organisée (D4002).

Sunate BURAKASIKORN maintenait pour sa part ses déclarations à deux reprises lors d'une audition et
d'une confrontation avec Edouard ULLMO en visioconférence. Il confirmait ainsi avoir autorisé le Crédit
Suisse Hong-Kong à communiquer les relevés du compte SB NETWORK ouvert dans ses livres. Il en
ressortait que le 20 novembre 2006, le compte de cette société avait été crédité par virement de 2 M €
ordonné le 6 novembre 2006 en provenance de la société ELTRA Consulting Ltd à Hong Kong.

Sur réquisition, AIRBUS confirmait qu'ELTRA Consulting était un consultant habituel du groupe. Cette
société représentée par Michel PELINE avait perçu plus de 19 millions d'€ d'honoraires entre 2004 et
2007, dont un paiement de 2,28 M € le 31 août 2006 et un paiement de 5 M € le 20 décembre 2006
pouvant correspondre à l'avance ou au remboursement des sommes virées sur le compte NETWORK.

Les éléments produits par AIRBUS attestaient qu'Edouard ULLMO était signataire des « consultant
agreement » du 26 juillet 2004 signé entre AIRBUS et ELTRA Consulting (représenté par Michel PELINE)
et du « marketing agreement » du 7 décembre 2004 signé entre AIRBUS et ELTRA CONSULTING
(D4474/14 et annexe D4422- documents sur clé USB).

Placé en garde à vue et interrogé au sujet de ce contrat de marketing agreement, M. PELINE indiquait
« Ce n'est pas un contrat de vente mais un contrat de modification de cabine qui ne s'est jamais passé,
je ne me souviens pas. Sincèrement il n'y a eu aucune modification de cabine ». Puis interrogé au sujet
de l'amendement N°4 au « marketing agreement » en date du 10 juillet 2006 signé par Christian
ROBACH, concernant la vente d'un avion VIP à l'Arabie Saoudite engendrant une rémunération de
3,5 % du montant de la vente, Michel PELINE répondait « ce n'est pas ma signature. L'inscription de
mon nom n'est pas de ma main » et également « ELTRA n'a jamais eu d'activité au Moyen Orient, en
particulier pas en Arabie Saoudite », et « ELTRA n'a jamais participé à le vente d'avions AIRBUS ».

Il convenait d’ailleurs de constater qu'Edouard ULLMO était bien présent au BDC du mois de juin 2006
au cours duquel cette rémunération d'ELTRA avait été discutée, deux membres du BDC (M. Brunon et
M. Fabre) inscrivant de manière manuscrite sur le procès-verbal : « je trouve que 3,5 % est a priori une
rémunération très élevée- moi aussi » (D4509/1).

186
L'exploitation du téléphone d'Edouard ULLMO permettait en outre d'établir que Michel PELINE,
résidant à Hong-Kong, était particulièrement proche de lui, et qu'encore aujourd'hui Michel PELINE
gérait des opérations financières pour le compte d'Edouard ULLMO en Asie.

Le virement de 2 millions d'€ du compte d'ELTRA sur le compte NETWORK, alors que M. PELINE
indiquait ne pas connaître M. BURAKASIKORN apparaissait dès lors avoir été effectué à l'initiative
d'Edouard ULLMO, interlocuteur de Michel PELINE chez AIRBBUS, et qui était par ailleurs son ami.

Il ressortait également des enregistrements audio des échanges entre Sunate BURAKASIKORN et le
Crédit Suisse datant de janvier 2005 que Sunate BURAKASIKORN avait bien demandé à sa banque
Crédit Suisse Singapour de lui ouvrir, à la demande de son client AIRBUS, un compte et une société à
Hong Kong (D4093/2) : « Ils ont refusé plein de fois, d'avoir de l'argent à Singapour. C'est pourquoi j'ai
dû ouvrir la société à... à Hong Kong. Et le compte est chez Crédit Suisse Hong Kong. », cette société
n'ayant aucun employé.

L'avocate de M. ULLMO indiquait qu'AIRBUS imposait simplement à ses partenaires de détenir un


compte dans le pays dans lequel ils étaient immatriculés afin de participer « à la transparence
financière nécessaire à la conclusion de tout partenariat par AIRBUS » et qu'il ne s'agissait pas d'une
coquille vide puisqu'elle était la société mère de SB NETWORK. Les mouvements financiers constatés
à la fois sur les comptes de Sunate BURAKASIKORN, et sur les documents remis par AIRBUS concernant
les paiements à ELTRA permettaient d'affirmer que la « transparence financière » n'était
manifestement pas l'objectif recherché dans le paiement des commissions d'AIRBUS.

Edouard ULLMO produisait son passeport en présentant celui-ci comme une pièce déterminante
concernant son absence en Thaïlande entre septembre et novembre 2006 démentant avoir fourni le
RIB d’Alexandre DJOUHRI à M. BURAKASIKORN.

Il reconnaissait toutefois avoir vu Sunate BURAKASIKORN le 30 août et le 28 septembre en Thaïlande


comme cela ressortait des comptes rendus d'activité: « du fait de cette crise des retards de livraison de
l'A380, Messieurs Edouard Ullmo et Sunate BURAKASIKORN se sont ainsi rencontrés les 30 août et 28
septembre 2006 en Thaïlande ».

Alexandre DJOUHRI reconnaissait lui-même, en fin d'information judiciaire, avoir été intermédiaire
pour le compte d'AIRBUS dans cette vente, mais n'avoir pas été payé en totalité des sommes promises.
Il exposait avoir demandé la somme de 15 M€ à Airbus mais n’avoir perçu que 2 M€ et avoir réclamé
directement son dû à Marwan LAHOUD (D4136/6). De fait, il était établi que quelques semaines après
la signature du contrat, les sommes de 500 000 € puis de 1.5 millions d’€ avaient été créditées les 21
et 23 novembre 2006, sur le compte bancaire d'Alexandre DJOUHRI ouvert auprès d'UBS Singapour.

Pour le surplus des sommes qu'il estimait lui être dues, il ressortait à la fois des témoignages d'Olivier
Brun (D2063) et Marwan LAHOUD (D1304) qu'Alexandre DJOUHRI avait effectivement réclamé de
manière très insistante en 2009 auprès d'AIRBUS 12 ou 13 millions d'€ en sa qualité d'intermédiaire
dans le cadre du contrat avec AFRIQIYAH AIRWAYS.

Il avait manifestement sollicité Claude GUEANT pour que ce dernier fasse pression sur AIRBUS pour
verser le complément, ce dont témoignait Marwan LAHOUD.

Alexandre DJOUHRI n’expliquait pas pour quelle raison Airbus avait parallèlement rémunéré un autre
intermédiaire pour cette vente à la Libye à hauteur de 4 M€, à savoir Salah AL JENIFEN (D4136/8), un
proche de Saïf Al Islam KADHAFI.

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Les investigations révélaient par ailleurs une grande proximité entre Alexandre DJOUHRI et Edouard
ULLMO. Ainsi de nombreux échanges whatsapp étaient exploités et concernaient essentiellement la
présente information judiciaire (D4074). Par exemple, Alexandre DJOUHRI allait même jusqu’à
envoyer à celui qu’il n’hésitait pas à qualifier de « pote » et dont il expliquait que leurs familles se
connaissaient depuis les années 90 (D4136/6) un message comprenant une attestation de Wahib
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