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Les coulisses du Moulin Rouge

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Dans les coulisses du Moulin

Installé depuis 132 ans au pied de la butte Montmartre, le Moulin Rouge


se dresse presque discrètement sur le boulevard de Clichy en cet après-
midi d’hiver. Ce soir, les lampions écarlates souligneront la silhouette
bucolique et insolite qui depuis le 6 Octobre 1889 renferme "Le Palais de
la danse et de la femme ", autrement dit le cabaret le plus célèbre du
monde. Comme tous les jours, deux spectacles s’enchaineront dans la
salle au décor Belle Epoque rythmé par les colonnes Moriss. Pour l’heure,
les 80 danseurs ne sont pas encore arrivés, mais une ruche s’active en
coulisses pour que la magie opère. La chorégraphie et les numéros sont
bien rôdés depuis que la revue Féérie a été crééé en 1999. En revanche,
s’il est un élément essentiel qui requiert une attention constante, ce sont
les costumes. Véritables étendards de la maison, les 1000 costumes et les
800 paires de chaussures sont fabriqués et réparés par le Moulin Rouge,
dans des ateliers où se perpétue un savoir-faire d’exception.
Nous traversons la salle où Toulouse Lautrec a croqué les vedettes du
siècle dernier, passons derrière le rideau, et découvrons l’autre spectacle,
la salle des machines en quelque sorte. Partout, des robes, des coiffes,
des bottes ; impossible pour la rétine d’embrasser d’un coup toutes ces
couleurs, toutes ces matières. Les portes s’enchaînent, le silence règne,
mais la tension propre au temps de l’avant-scène est palpable. En-
dessous de l’atelier de création de Mine Verges, nous pénétrons l’atelier
couture. C’est l’heure de la transmission entre l’équipe de jour et celle du
soir. Patricia Berthe, l’une des deux responsables de l’atelier couture veille
au strass depuis 37 ans, dans une atmosphère d’urgence et d’exigence.
« Notre objectif est toujours le confort du danseur, mais aussi de rendre le
travail facile à défaire. » Les costumes - et non pas les vêtements-
s’usent très vite (on ne danse pas le French cancan le plus endiablé de la
planète en pensant à épargner ses froufrous) d’une part, mais surtout, ils
ne doivent jamais perturber la concentration ou entraver le mouvement,
comme cet ourlet de Valentin le désossé qui, une fois n’est pas coutume,
avait été piqué à la machine. Le danseur est arrivé son pantalon à la
main, quelque chose n’allait pas, l’empêchait de danser. L’ourlet trop
rigide a été décousu et recousu, à la main cette fois.
Or c’est pour protéger et perpétuer ce « fait main » que le Moulin a acquis
ces dernières années trois ateliers, le bottier Clairvoy, le plumassier
Février et le brodeur Valentin.
Une politique de conservation du patrimoine artisanal français qui lui
assure la confection sur mesure de ses costumes, un SAV aux petits
oignons et surtout, l’avenir.
Car sans ces artisans dont le savoir-faire se transmet de manière de plus
en plus confidentielle (par exemple, il sort un(e) seul(e) vrai(e)
plumassier(e) de l’école chaque année), la revue du Moulin Rouge n’aurait
plus cette allure folle qui a convaincu de nombreux créateurs de mode de
faire appel à ses petites mains.
Aujourd’hui dans l’atelier immaculé de la maison Février, créée en 1929 et
dernière maison de plumasserie située au cœur de Paris, à 50 mètres du
Moulin, quelques plumassières travaillent sur un ouvrage très délicat à
base de barbules de plumes d’autruche. On ne connaîtra pas son nom,
mais il s’agit d’un client haute couture. Sur le métier d’à côté, un boa
rouge s’apprête à être monté sur le chapeau d’un client qui défilera au
carnaval de Rio. Sur un fil, au-dessus des têtes, d’autres boas, bien plus
fournis et spectaculaires, attendent leur tour. Ce sont ceux du Moulin,
nous explique Maxime Leroy qui a restructuré l’atelier avec son associé en
2019. Couleur R6, le rouge exclusif du Moulin, rose fluo ou jaune d’or, ils
représentent 2 à 3 tonnes de plumes, 1000 euros le mètre, et soumis à la
transpiration, au maquillage et aux lumières, ont une durée de vie sur
scène de 3 à 6 mois seulement. L’un des premiers métiers à avoir réguler
son activité pour préserver les espèces, la plumasserie ne travaille plus
qu’avec des plumes de mue. On ne verra donc plus d’aigrettes ou
d’oiseaux de paradis sur les coiffes des danseuses, mais pour Maxime ce
n’est pas un problème. De coq, faisan ou autruche, « la plume est un
matériau aux possibilités infinies, avec laquelle on peut créer l’illusion de
n’importe quelle matière, plumes rares mais aussi fourrure, maille,
velours, etc »
Non loin de son plumassier personnel, le Moulin Rouge dispose également
de son bottier, la maison Clairvoy. Une collaboration qui depuis 1963 voit
les habilleurs du cabaret dévaler la rue Fontaine pour apporter le lot de
souliers à réparer. Chaque danseuse possède environ 10 paires, contre 7
pour les danseurs, qu’ils et elles garderont en moyenne 5 ans. Les
pointures vont du 39 au 48. La bottine de cancan, qui a pour mission de
protéger la cheville durant les 12 minutes de performance, nécessite 25
heures de travail. Le petit atelier de 5 artisans qui a gardé son charme
d’antan et ses parfums baumés s’est spécialisé dans les arts du spectacle
du vivant de son fondateur Edouard Adabachian dit Clairvoy. Son directeur
actuel, Nicolas Maistriaux, continue de chausser le Lido, le Paradis Latin
ou le Crazy Horse. Une ligne de souliers sur mesure pour hommes lui a
permis également de séduire le cinéma et le théâtre. Mais lorsqu’un virus
fait tomber le rideau sur une industrie entière, il faut bien se réinventer.
Nicolas n’est pas du genre à rester les deux pieds dans le même sabot, il
a donc mis à profit son confinement et sa passion pour les Nike Air Jordan
de son adolescence, pour mettre au jour Rock your Body, une ligne de
sneakers haut de gamme (semelles cuir, cousues main etc) et dans un
esprit couture très Pigalle chic. Une danseuse du Moulin, qui a vu les
paires en vitrine, les a tout de suite postées sur son compte Instagram,
créant le buzz. « Les danseurs sont jeunes, relève Nicolas. Si eux portent
nos chaussures, sur scène comme à la ville, tout le monde les voudra. »
Une tatoueuse en vogue vient justement de lui commander une paire de
salomés exclusives, léopard et camouflage. Sur le même modèle que
celles portées par les danseuses du Moulin… pour danser sur l’asphalte,
ou au moins avoir des paillettes dans la tête quand on regarde ses
orteils…
En ces temps moroses et incertains, quoi de mieux qu’un peu de Féérie
dans nos vies?
Aurélie Galois

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