Le contrat racial est un impensé du contrat social, un contrat d’exploitation qui créée une
domination économique européenne mondiale. C’est pourquoi dès le début du texte, Mills
rappelle que les théoriciens du contrat social classique accordent au contrat social un rôle
moral et politique qui prétend garantir l’égalité des chances menant à un système
d’interactions et d’échange volontaires entre humain dont l’exploitation est exclu.
Cependant, Mills est convaincu que le vrai but du contrat social est économique parce que la
prospérité et la sauvegarde de l’économie constitue « la toile de fond » du contrat social.
C’est-à-dire, l’aspect économique est le fondement du contrat social. Car l’établissement de la
structure morale et politique n’a d’autre fonction que conservation des biens économiques,
« l’objectif de sortir de l’état de nature est en partie d’assurer un environnement stable pour
l’appropriation industrieuse du monde. » Charles Mills poursuit son argumentation en
montrant les limites de l’état moralisé de Locke qui est sous-tendu par des intérêts
économiques. La théorie Lockéenne comme tous autres contractualistes se base sur des
hypothèses pour expliquer le passage de l’état de nature à l’état social « la fin essentielle que
poursuivent des hommes qui s’unissent pour former une république, et qui se soumettent à un
gouvernement, c’est la préservation de leur propriété. » Cela démontre que ce n’est ni la
morale ou la politique qui prévaut pour le contrat social, mais plutôt la sauvegarde de
l’économie d’une partie de la société. Contrairement au contrat social qui passe sous silence
l’exploitation des non Blancs par les Blancs, le contrat racial expose au public sa vocation qui
est l’exploitation économique des non Blancs. Ce contrat octroie aux Blancs « l’avantage
matériel », c’est-à-dire que les européens Blancs et leurs descendants ont le droit d’exproprier
et d’exploiter les non Blancs chez eux et à l’étranger. C’est dans cette perspective que Charles
Mills affirme « Mondialement, le contrat racial fait de l’Europe le continent qui domine le
monde. » Cela veut dire qu’on assiste à une domination transcontinentale des européens sur
les autres peuples. Ainsi, nous sommes confrontés au défi d’apporter des explications sur le
développement fulgurant de l’Europe qui était une zone de « marasme économique » et
politiquement subordonné aux pays Arabes. Nous commençons d’abord par les explications
apportaient par les européens sur « l’ascension de l’Europe vers la domination mondiale » que
certains nomment par ironie « miracle européen », c’est-à-dire ce qui relève de la divinité. Les
majeures parties des européens se basent sur des thèses racistes, géographiquement
déterministes et culturalistes pour expliquer le développement de l’Europe. Mais, il essentiel
de noter que les Européens malgré leurs divergences sûr les causes du développement de
l’Europe s’accordent sur l’endogénéité du développement Européen. C’est dans ce sens que
s’inscrivent les lignes qui suivent « l’Europe s’est épanoui par elle-même, dit-on-en raison des
caractéristiques particulières à l’Europe et des Européens. » Cette vision du développement
Européen exclue toute prétention de l’apport étranger au développement de l’Europe. Ainsi,
les auteurs Européens passent sous-silence « le rôle de la conquête coloniale et de l’esclavage
des Africains sur l’économie de l’Europe. » Dans cette logique de justification du
développement endogène, les Européens se servaient d’arguments biologiques dans « les
perspectives pré- et post-darwinienne » pour défende la supériorité de la race blanche sur les
non Blancs. Aujourd’hui, ces thèses biologiques sont abolies, la suprématie Blanche a besoin
de réinventer ses arguments pour continuer à défende la thèse du développement endogène.
Ces arguments se tournent maintenant dans le domaine des sciences et technologies. Selon les
Européens, « le rationalisme et la science’ innovation et l’inventivité, ont trouvé un foyer
spécial en Europe. » C’est-à-dire, l’Europe est le centre de la science et de l’innovation et que
les peuples non Européens se réduisent aux périphéries, à la subordination, à l’ignorance, de
la « stagnation intellectuelle » et du « traditionalisme. » Du coup, ces thèses « euro
centrique » qui placent l’Europe au centre du monde en réduisant les autres à la barbarie
justifie la domination économique de l’Europe sur les autres peuples. C’est cet ensemble
d’arguments touchant les domaines « théologique, culturelle, biologique, géographique,
technologique » utilisaient de manière idéologiques par les Européens pour justifier la
domination économique des Européens sur les non Européens que James Blaut appelle
« super-théorie ». Dans cas, le développement européen est « naturel » parce qu’il est le
produit du géni européen et détermine la marche du monde. C’est dans ce contexte que
s’inscrivent les propos de Sandra Harding qui dans son ouvrage anthologie sur
l’économie « raciale » de la science cite ceci « l’Europe fonctionne indépendamment
des autres partie du monde ; |…| que l’Europe et les personnes de descendance Européenne
dans les Amériques et ailleurs ne doivent rien au reste du monde. » Cet argument de Sandra
illustre l’exclusivisme Européen, le paternalisme et le complexe de supériorité de l’européen
qui impose sa vision du monde au non Blanc. Cependant, les « théoriciens noirs et tiers-
mondistes » contestent cette idée du développement endogène de l’Europe et tentent de
démonter la causalité entre l’expropriation, l’exploitation des colonies et la prospérité de
l’Europe. C’est sous cet angle qu’Éric Williams dans son ouvrage, Capitalisme et
Esclavage soutient ceci « les profits de l’esclavage des Africains ont contribué à rendre
possible la révolution industrielle. » Les études menaient par les non Blancs sur les bénéfices
générés par l’esclavage et la colonisation sur l’économie de l’Europe déconstruisent les thèses
« internalistes » et placent l’exploitation du non Blanc comme moteur du développement de
l’Europe. Donc, c’est la rencontre avec le reste du monde qui a permis à l’Europe son
développement, c’est la position « externaliste ». La Découverte de l’Amérique en 1492,
l’implantation des comptoirs commerciaux dans côtes Africaines au début du XVI SIÈCLE, la
déportation de millions d’esclaves Africains vers les Amériques puis la colonisation de la
quasi-totalité des pays du sud ont permis le redressement de l’économie européenne et sa
domination mondiale. D’où la pertinence de ces propos « l’exploitation de l’empire |…| était
plus sous moins cruciale afin de permettre l’essor et la consolidation de ce qui était
auparavant une zone de marasme économique. » De ce fait, en deux siècles auparavant,
l’Europe n’était pas au même niveau de développements techniques et culturels que beaucoup
de contrées du monde. L’Europe était sous la domination Arabe, les villes du sud de l’Europe
de l’ouest comme Andalousie, Tolède étaient les centres d’échanges entre l’Europe et les Pays
Arabes. L’or des premières rencontres entre l’Europe et l’Afrique, il y avait de grandes
universités en Afrique comme celle de Sankoré à Tombouctou créée au XVe siècle où l’on
enseignait plusieurs cursus universitaires, l’administration politique Africaine était plus
avancée que celle de l’Europe. Toutefois, « l’ascension Européenne a scellé cette avenue de
développement à d’autres, car elle les a insérés de force dans un réseau colonial dont les
relations d’exploitations et les mécanismes d’extractions empêchaient la croissance
autonome. » De ce fait, une fois que les Européens s’installaient dans les colonies, ils
mettaient en place des idéologies pour aliéner les autochtones vis-à-vis de leurs histoires. Le
colon utilisait même la violence pour effacer tous ceux qui rappellent au colonisé son passé
pour procéder de manière drastique à l’exploitation économique du colonisé. Puisque la
colonisation est une entreprise bénéfique pour l’économie des Européens, à lors les différentes
puissances Européennes se battent entre eux pour le contrôle du maximum de colonies afin
d’étendre leurs influences. Ceci se justifie les propos de Victor Kiernan pour qui « Tous les
pays de l’orbite européenne ont cependant bénéficié, comme Adam Smith démontré, des
contributions coloniales à un stock commun de richesse, même s’ils se querellaient âprement
à-propos de la propriété de tel ou tel territoire. » Le contrat racial est un contrat d’exploitation
mondial des Blancs sur les non Blancs. Donc, c’est « l’exploitation transcontinental du monde
non Européen » qui unit les différentes puissances Européennes malgré leurs divergences
profondes. Par conséquent, dans notre époque contemporaine où les pays ont accédé à leurs
souverainetés politiques, l’Europe et ses descendants réinventent leurs stratégies pour
continuer de « pomper la richesse d’une partie du globe en direction d’une autre. » Dou la
création des institutions financières telles que la Banque Mondiale (BM), le Font Monétaire
International (FMI).C’est sous cet angle que s’inscrit les propos de Charles Mills pour qui
« bien qu’une décolonisation ait eu lieu en Afrique et en Amérique |…|, les anciennes
puissances coloniales, ainsi que leurs institutions financières dominent essentiellement
l’économie mondiale. » Cela justifie que la décolonisation politique n’a pas pu mettre fin à
l’exploitation économique du tiers monde. Mais, le contrat d’exploitation se réécrit sous
d’autres formes pour se perpétuer, c’est ce que Quijano appelle la colonialité du pouvoir. De
ce fait, « la chute du bloc soviétique a donné au FMI et au G7 la direction du monde et la
possibilité d’instaurer une nouvelle ère impériale. » La chute du bloc de l’est dans les années
1990 a permis à l’occident de résigner en maître, d’imposer sa vision du monde et de dérouler
sans entraves son agenda économique. Le contrat racial est un contrat qui accorde des
privilèges aux individus désignés en tant que Blancs /personnes. C’est pour quoi, l’objectif de
« l’établissement d’une hiérarchie morale et de la division juridique en fonction de la race est
de garantir et de légitimer le privilège Blanc. » Dans ce cas, le Blanc est considéré comme une
personne à part entière et le non Blanc comme une sous personne par la morale et les lois en
vigueur dans une société raciste. Ainsi, le Blanc bénéficie d’une impunité morale et juridique
de commettre des crimes de toutes sortes. De même, le contrat racial engendre une répartition
inégale des richesses du monde en fonction de la race. Nous constatons que « les chances de
réussite dans la vie sont significativement et objectivement meilleures pour les Blancs. » Cela
ne signifie pas que tous les Blancs sont plus riches que les non Blancs, mais de manière
générale les Blancs ont plus de moyens pour réussir dans la vie. Surtout dans les pays ou le
système éducatif est privatisé, les Blancs ont le privilège de fréquenter les universités les plus
prestigieuses. D’ailleurs, la discrimination entre Blanc et non Blanc n’est pas seulement
mondiale, mais au niveau local « où se trouve une présence non Blanche significative |…|, les
Blancs continuent de d’être privilégiés vis-à-vis des non Blancs. » Le privilège Blanc a été
instauré non seulement au niveau mondial, mais aussi local. Malgré les multiples tentatives de
créer l’équilibre entre les races, l’avantage d’être Blanc demeure toujours. Le contrat racial
Américain crée une société compartimenté qui se base sur l’hégémonie Blanche pour accorder
aux Blancs/personnes des faveurs sur les non Blancs/sous personnes. C’est dans ce sens que
Mills affirme qu’en Amérique « matériellement, les Blancs et les Noirs constituent deux
nations. » Mills continue dans la même logique de pensée que Fano qui qualifiait le système
coloniale d’un système manichéiste et compartimenté représenté par le quartier Blanc et le
quartier indigène. Dans ce sens, nous constatons un grand écart de revenu entre les familles
Blancs et Noirs de mêmes classes aux États-Unis. Par exemple, « le ménage Blanc moyen
détient 6999 $ en actifs financiers nets tandis que le ménage Noir moyen n’a pas le moindre
ces actifs comme coussin financier. » Enfaite, les États-Unis est un Etat suprématiste Blanc
qui fonctionne de manière discriminatoire en faveur des WASP. C’est dans ce sens que le
recueil, the Wealth of race relate les différentes variétés de discriminations auxquelles les
Noirs ont été soumis « discrimination en emploi, discriminations salariales, discrimination
raciale sur le prix des biens de consommation, du logement, des services, des assurances etc. »
Des statistiques révèlent que les discriminations sur le marché de l’emploi Américain sur une
période de quarante ans entre 1929 et 1969 tourne au tour de 1,6 Milliards de dollars en 1983.
Malgré les avancées apportaient par les mouvements des droits civiques des années 1960 aux
États-Unis unis pour l’équité entre les races, les disparités économiques persistent en faveur
des Blancs. Les « espoirs intégrationnistes » se heurtent à « l’intransigeance et l’hostilité
croissante des Blancs qui pensent en avoir fait assez ». Ainsi, par peur que toutes les races
soient aux mêmes nivaux de possessions de revenues, la suprématie Blanche Américaine s’est
hâté d’obstruer les Noirs dans leur processus d’intégration.