Rapport sur la théorie analytique des nombres
Rapport sur la théorie analytique des nombres
Département de Mathématiques
Théorèmes de Gallagher
Présenté par :
Théo Gherdaoui
Encadré par :
Florent Jouve
3 Théorie de Galois 22
3.1 Définition et premières propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
3.2 Séparabilité et normalité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
1
Je tiens premièrement à remercier très chaleureusement toutes les personnes qui se sont inves-
ties et qui ont contribué au bon déroulement de mon stage.
Je tiens plus particulièrement à remercier Florent Jouve, mon maître de stage, qui s’est montré
très disponible, accueillant, et dévoué, qui a su m’aider, m’accorder du temps, mais aussi me lais-
ser travailler en autonomie. Je tiens également à souligner l’investissement indéfectible des autres
membres de l’université de Bordeaux, notamment Cyril, le responsable de la BMI, qui s’est toujours
montré très prévenant, et efficace.
Je tiens enfin à remercier Simon, pour l’hébergement sur Bordeaux, les moments passés en-
semble, et les conseils précieux qu’il a su m’apporter quant à la rédaction de ce rapport, Ophélie,
mon ancienne colocataire et élève au magistère d’Orsay, ainsi que mes parents, pour la relecture
de ce document.
2
Ce rapport est le fruit du travail que j’ai produit au cours de mon stage de fin de licence
3, qui a été effectué à l’université de Bordeaux, durant 4 semaines, sous la tutelle de Florent
Jouve. J’y ai partagé le quotidien des chercheurs, mais j’ai aussi assisté à un cours, dispensé
par mon tuteur de stage, intitulé : Graphes expanseurs et propriétés d’écart spectral, qui re-
joignait de près le thème de mes recherches. Vous pouvez retrouver le descriptif du cours ici :
https ://[Link]/script/[Link] ?mod=200735&site=edmi. J’ai enfin pu assister à cer-
taines conférences Iwasawa, qui avaient lieu à Bordeaux, fin juin.
L’objectif principal de ce stage a été de démontrer le résultat suivi, énoncé par Gallagher en
1973 :
Théorème
Alors,
]Er (N ) ln(N )
≤ Cr2 √
]Xr (N ) 2N + 1
où C est une constante absolue.
Théorème
Alors,
]Er (N ) ln(N )
≤ Cr3 √
]Xr (N ) 2N + 1
où C est une constante absolue.
3
1 Principe du grand crible
1.1 Premières définitions - axiomatiques
S(X, Ω, L∗ ) := {x ∈ X | ∀l ∈ L∗ , ρl (F (x)) ∈
/ Ωl }
Nous nous attacherons dans toute la suite à illustrer les outils développés à l’aide d’un exemple
fil-rouge, qui est le suivant :
Exemple. Considérons Y = Z, Λ = P
∀l ∈ P, ρl : Z → Z/lZ est le morphisme associant à un élément sa classe mod l.
X = [|M ; M + N |] et µ est la mesure de comptage. F est l’application identité, L∗ est un ensemble
fini de nombres premiers et ∀l ∈ L∗ , Ωl = {0}. Alors :
C’est l’ensemble des entiers d’un certain intervalle qui n’admettent aucun des éléments de L∗ dans
leur décomposition en produit de facteurs premiers.
Notation. On notera S(Λ) l’ensemble des parties finies de Λ. Il correspond dans le cas exposé
précédemment aux entiers sans facteur carré.
Notons l|m pour l ∈ m et m ∈ S(Λ). Nous considérons enfin L les sous-ensembles (finis) de L∗ .
C’est ici l’ensemble de tous les entiers sans facteur carré, seulement divisibles par les premiers de
L∗ .
Définition 2. Soit X un ensemble fini. On appelle densité sur X toute application v, définie sur
X à valeurs dans [0; 1] vérifiant :
- ∀x ∈ X, v(x) > 0
X
- v(x) = 1
x∈X
4
Démonstration. La quantité est bien définie puisque, par hypothèse, Yl est fini. L’application est
trivialement linéaire en la première variable, et semi-linéaire en la seconde, par linéarité de la
somme. Elle est donc sesquilinéaire.
X X
De plus, ∀f, g ∈ F(Yl , C) (f |g) = vl (y)f (y)g(y) = vl (y)f (y)g(y) = (g|f ) puisque vl est à
y∈Yl y∈Yl
valeurs réelles. Étant à valeurs X
dans un corps, c’est une forme hermitienne.
Enfin, ∀f ∈ F(Yl , C), (f |f ) = vl (y)|f (y)|2 , qui est une quantité positive, et vl ne s’annulant
y∈Yl
pas, on en déduit que l’application est définie positive, ce qui en fait un produit hermitien.
Proposition 2. Soit l ∈ Λ, et vl une densité sur Yl . L’espace L2 (Yl , vl ) := (F(Yl , C), (.|.)) est un
espace de Hilbert.
Démonstration. L’ensemble F(Yl , C) est bien un espace-vectoriel, et l’application (.|.) est un pro-
duit scalaire sur cet espace d’après la propositon 1. Montrons qu’il est complet pour la norme
(notée N ) associée au produit scalaire.
Soit (fn )n∈N une suite de Cauchy de (F(Yl , C), N ). Alors :
(∗) : ∀ > 0, ∃no ∈ N/∀n ≥ no , ∀p ≥ no , N (fn − fp ) ≤ s X := 0
1
vl (y)
y∈Yl
donc, X
vl (y)|fn − fp |2 (y) ≤ 02
y∈Yl
s
X 1 p X 1
∀y ∈ Yl , |fn (y) − fp (y)| ≤ p . vl (y)|fn − fp |(y) ≤ .0 =
vl (y) C.S vl (y)
y∈Yl y∈Yl
Par suite, (fn (y))n∈N est une suite de Cauchy à valeurs dans C qui est complet donc elle converge.
∀y ∈ Yl , notons f (y) := lim fn (y). f appartient à F(Yl , C). Vérifions enfin que la convergence a
n→+∞
lieu en norme N : il suffit de faire tendre p vers +∞ dans la relation (∗).
Y Y → Ym
Définition 3. ∀m ∈ S(Λ), on définit : Ym := Yl et ρm :=
y 7→ (ρl (y))l|m
l|m
Démonstration. ∀y = (yl ) ∈ Ym , vm (y) > 0 comme produit fini de telles quantités. De plus, si
X X X r
Y
m = (l1 , · · · , lr ) alors, v(y) = ··· vl1 (yl1 ) · · · vlr (ylr ) = 1=1
y∈Ym l1 ∈Y1 lr ∈Yr i=1
5
Proposition 4. Soit m ∈ S(Λ). Supposons donnée ∀ l|m, vl , une densité sur Yl . L’application
F(Ym , C)2 X
→C
(.|.) :=
(f, g) →
7 vm (y)f (y)g(y) munit F(Ym , C) d’un produit scalaire hermitien.
y∈Ym
X
Notation. ∀l ∈ Λ, on notera v(Ωl ) := v(y)
y∈Ωl
Remarque. On vérifie aisément que l’espace L2 (Ym , vm ) := (F(Ym , C), (.|.)) est un espace de
Hilbert.
Démonstration. Remarquons tout d’abord qu’une base orthonormée d’un tel espace existe, puisque
c’est un C-espace vectoriel de dimension finie. En effet, {x 7→ 1y (x)|y ∈ Yl } est une famille généra-
trice. O O
Soit ϕ = ϕl et ψ = ψl .
l|m l|m
X X Y Y Y Y
(ϕ|ψ) = vm (y)ϕ(y)ψ(y) = vl (yl ) ϕl (yl ) ψl (yl ) = (ϕl |ψl ) donc la famille est
y∈Ym (yl )∈Ym l|m l|m l|m l|m
bien orthonormée. Vérifions que c’est une base :
Soit f ∈ F(Ym , C), alors f = (fi )i=1,..,r avec m = {1, .., r}.
X li
Or pour tout 1 ≤ i ≤ r, ∃li , ∃(λij )1≤j≤li tel que fi = λij .φij avec φij ∈ Bi pour tout j. Donc,
j=1
Xli
f =( λij .φij )i=1,..,r ∈ Vect((φij )i , 1 ≤ i ≤ r, 1 ≤ j ≤ li ). On vérifie aisément qu’elle est libre.
j=1
Théorème 1. (Inégalité du grand crible) Soit ψ, γ, les deux triplets d’un crible, L∗ le support
premier du crible, L étant les sous-ensembles (finis) de ce dernier. Soit ∆ = f θ (X, L) la plus
petite constante positive vérifiant pour tout α : X → C, de carré intégrable sur l’espace de Hilbert
(L(X, µ), [Link] ) :
X X Z 2 Z
α(x)ϕ(ρm (F (x)))dµ(x) ≤∆ |α(x)|2 dµ(x)
m∈L ∗
ϕ∈Bm X X
Alors, ∀Ω = (Ωl ),
|S(X, Ω, L∗ )| ≤ ∆H −1
avec
XY v(Ωl )
H=
1 − v(Ωl )
m∈L l|m
6
Notation. ∀m ∈ S(Λ), ∀y ∈ Ym , ∀ϕ ∈ Bm , ∀α ∈ L2 (X, µ), notons :
Z
S(m, y) = α(x)dµ(x)
{ρm (F (x))=y}
Z
S(ϕ) = α(x)ϕ(ρm (F (x)))dµ(x)
X
Lemme 1.
X X |S(l, y)|2 Z 2
2
∀l ∈ Λ, |S(ϕ)| = − α(x)dµ(x)
∗
v(y) X
ϕ∈Bl y∈Yl
Or (ϕ)ϕ∈Bl est une base orthonormée de l’ensemble des fonctions sur Yl , donc, en introduisant δ
le symbole de Kronecker :
(δ(y, .)|ϕ) = v(y)ϕ(y)
donc,
X δ(y, z)
ϕ(y)ϕ(z) =
v(y)
ϕ∈Bl
ZZ
X δ(ρl (F (x)), ρl (F (y)))
Par suite, |S(ϕ)|2 = α(x)α(y) − 1 dµ(x)dµ(y) en ôtant la contri-
X2 v(ρl (F (x)))
ϕ∈Bl∗
bution due à la fonction constante égale à 1.
ZZ Z 2
X α(x)α(y)
Par suite, |S(ϕ)|2 = dµ(x)dµ(y) − α(x)dµ(x)
{ρl (F (x))=ρl (F (y))} v(ρl (F (x))) X
ϕ∈Bl∗
ZZ Z 2
X X 1
|S(ϕ)|2 = α(x)α(y)dµ(x)dµ(y) − α(x)dµ(x)
v(z) {ρl (F (x))=ρl (F (y))=z} X
ϕ∈Bl∗ z∈Yl
X X |S(l, y)|2 Z 2
|S(ϕ)|2 = − α(x)dµ(x)
v(y) X
ϕ∈Bl∗ y∈Yl
Lemme 2. Soit α : X → C, de carré intégrable sur l’espace mesuré (X, µ), supportée dans
S(X, Ω, L∗ ). ∀m ⊆ L∗ ,
Z 2
X
2
Y v(Ωl )
|S(ϕ)| ≥ α(x)dµ(x)
∗ X 1 − v(Ωl )
ϕ∈Bm l|m
Si m = {l} :
2
Z 2 X
α(x)dµ(x) = S(l, y) au vu de la condition portant sur le support de α.
X y∈Yl \Ωl
L’inégalité de Cauchy-Schwarz
assure
que :
Z 2 X X |S(l, y)|2 X |S(l, y)|2
α(x)dµ(x) ≤ v(y) = v(Yl \ Ωl )
X C.S. v(y) v(y)
y∈Yl \Ωl y∈Yl y∈Yl
7
Z 2 X Z 2
α(x)dµ(x) ≤ v(Yl \ Ωl ) |S(ϕ)|2 + α(x)dµ(x) par le lemme 1.
X ϕ∈Bl∗ X
Z 2
1 X
Donc, α(x)dµ(x) −1 ≤ |S(ϕ)|2
X v(Yl \ Ωl ) ∗ ϕ∈Bl
Posons β = α.ϕ1 (ρm1 (F (.))), elle est supportée dans S(X, Ω, L∗ ), donc, par hypothèse de ré-
currence, puis en sommant :
Z 2
X
2
X Y v(Ωl ) X Y v(Ωl )
|S(ϕ)| ≥ β(x)dµ(x) = |S(ϕ1 )|2
∗ ∗ X 1 − v(Ωl ) ∗
1 − v(Ωl )
ϕ∈Bm ϕ1 ∈Bm l|m2 ϕ1 ∈Bm l|m2
1 m2 1 1
Z 2
X Y v(Ωl )
|S(ϕ)|2 ≥ α(x)dµ(x)
∗
1 − v(Ωl ) X
ϕ∈Bm l|m1 m2 =m
1 m2
Z α = 1S(X,Ω,L∗Z
Démonstration. (du théorème) Soit ).
∗
Remarquons que |S(X, Ω, L )| = α(x)dµ(x) = α2 (x)dµ(x).
X X
Elle vérifie par défintion la condition de support et est de carré intégrable, donc, le lemme 2 affirme
que :
X Y v(Ωl ) X X Z
|S(X, Ω, L∗ )|2 ≤ |S(ϕ)|2 ≤ ∆ |α(x)|2 dµ(x) = ∆|S(X, Ω, L∗ )|
1 − v(Ωl ) ∗ X
m∈L l|m m∈L ϕ∈Bm
1.3 Interprétation de ∆
Proposition 6. Soit
L20 (Yl ) := f ∈ L2 (Yl ) | (f |1) = 0
8
!
M
(L2 (X, µ), [Link] ) → L20 (Ym )0 , k.k
T : Z m∈L
α 7→ f 7→ α(x)f (ρm (F (x)))dµ(x)
X m
est une application linéaire continue dont la carré de la norme subordonnée vaut ∆.
M X
Plus précisément, ∀f ∈ L20 (Ym )0 , ∃!(fm )m∈L ∈ L20 (Ym )0 tel que f = fm . Alors,
sX m∈L m∈L
M
kf k:= kfm k2Lc (L2 (Ym ),C) munit L20 (Ym )0 , d’une norme.
0
m∈L m∈L
Démonstration. Remarquons premièrement que l’espace L20 (Yl ) est l’orthogonal du sous-espace
vectoriel engendré par la fonction constante égale à 1. Par suite, Bl∗ en est une base orthonormée.
∗
Ainsi, Bm est une base orthonormée de L20 (Ym ). Soit m ∈ L, soit α ∈ L2 (X, µ). Considérons
l’application :
(L20 (YZm ), (.|.)) → (C, |.|)
α
Tm :
f 7→ α(x)f (ρm (F (x)))dµ(x)
X
∀f ∈ L20 (Ym ),
Z X Z
α(x)f (ρm (F (x)))dµ(x) = (f |ϕ). α(x)ϕ(ρm (F (x)))dµ(x)
X ∗
ϕ∈Bm X
1/2 1/2
X X Z 2
2
≤ |(f |ϕ)| . α(x)ϕ(ρm (F (x)))dµ(x)
C.S. ∗ ∗ X
ϕ∈Bm ϕ∈Bm
α
Le premier facteur correspondant à la norme de f induite par le produit scalaire, et Tm étant
α
linéaire, on en déduit que Tm est une application linéaire continue dont la norme d’opérateur
vérifie : 1/2
X Z 2
α
kTm kLc (L20 (Ym ),C) ≤ α(x)ϕ(ρm (F (x)))dµ(x)
∗
ϕ∈Bm X
Soit :
Ym → (C, |.|)"
Z #
f: 1
y 7→ pL20 (Ym )
vm (y)
α(x)dµ(x)
{ρm (F (x))=y}
9
Par suite, ∀α ∈ L2 (X, µ), on obtient grâce à (∗)
X X X Z 2
kT (α)k2 = α 2
kTm kL2 (Ym )0 = α(x)ϕ(ρm (F (x)))dµ(x)
0
m∈L ∗
m∈L ϕ∈Bm X
X X Z 2
α(x)ϕ(ρm (F (x)))dµ(x) = kT (α)k2 ≤ kT kLc (L2 (X,µ),Lm∈L L20 (Ym )0 ) kαk2L2 (X,µ)
m∈L ∗
ϕ∈Bm X
Définition 4. Soit E et F deux espaces vectoriels et u ∈ L(E, F ). Alors, ∃!t u ∈ L(F ∗ , E ∗ ) vérifiant
pour tout ϕ ∈ F ∗ ,
t
u◦ϕ=ϕ◦u
On appelle alors l’application t u transposée de u.
10
Proposition 8. Soit (E, k.k) un espace vectoriel normé de dimension finie, alors il existe un
isomorphisme isométrique entre E et son bidual.
Démonstration. Soit :
(E, k.k) →((E ∗ )∗ , [Link] (Lc (E,K),K) )
J: E∗ → K
x 7→ evx :
g 7→ g(x)
C’est évidemment une application linéaire. On sait de plus que dim(E) = dim(E ∗ ) = dim((E ∗ )∗ ).
Il suffit donc de montrer que l’application est injective, montrons donc que c’est une isométrie, cela
permettra de conclure :
On a, ∀x ∈ E, non nul,
kJ(x)kLc (Lc (E,K),K) = kevx kLc (Lc (E,K),K) = sup |evx (f )| = sup |f (x)| (∗)
kf kLc (E,K) =1 kf kLc (E,K) =1
Donc
kt u(ϕ)kLc (E,K) ≤ kϕkF ∗ .kukLc (E,F )
et
kt ukLc (F ∗ ,E ∗ ) ≤ kukLc (E,F )
De plus, la proposition 8 affirme que t (t (u)) et u sont de même norme d’opérateur. On applique
l’inégalité précédente à t u et cela permet de conclure.
Proposition 9. Avec les notations précédentes, ∆ est la plus petite constante vérifiant :
2
Z X X X X
β(m, ϕ)ϕ(ρm (F (x))) dµ(x) ≤ ∆ |β(m, ϕ)|2
X m∈L ϕ∈B∗ m∈L ∗
ϕ∈Bm
m
11
X
Écrivons g = gm ,
m∈L
Z X X
t
| T (f )(α)| = α(x) gm (ρm (F (x)))dµ(x) ≤ kαkL2 (X,µ) .k gm (ρm (F ))kL2 (X,µ)
X C.S.
m∈L m∈L
X
Traitons le cas d’égalité : Soit α0 = gm (ρm (F )) ∈ L2 (X, µ). Alors :
m∈L
#2 v " #2 2
Z "X uZ
u X
|t T (f )(α0 )| = gm (ρm (F (x))) dµ(x) = t gm (ρm (F (x))) dµ(x)
X m∈L X m∈L
la deuxième égalité valant puisque, par la proposition 8, J est une isométrie. (On ne précise pas ici
les normes, afin de ne pas alourdir davantage les notations, ce sont les normes d’opérateurs usuelles
qui munissent naturellement les espaces). Donc,
2
Z X X X X
β(m, ϕ)ϕ(ρm (F (x))) dµ(x) ≤ ∆ |β(m, ϕ)|2
X m∈L ϕ∈B∗ m∈L ∗
ϕ∈Bm
m
Proposition 10. Avec les notations précédentes, supposons donné un crible, alors,
X X
∆ ≤ max max∗ |W (ϕ, ϕ0 )|
m∈L ϕ∈Bm
n∈L ϕ0 ∈Bn
∗
Z
0 0
et ∀m, n ∈ S(Λ), ∀ϕ, ϕ ∈ Bm × Bn , W (ϕ, ϕ ) = ϕ(ρm (F (x)))ϕ0 (ρn (F (x)))dµ(x)
X
1 XXXX
≤ (|β(m, ϕ)|2 + |β(n, ϕ0 )|2 )|W (ϕ, ϕ0 )|
2 m n ϕ 0
ϕ
1 X X XX XX XX
≤ |β(m, ϕ)|2 |W (ϕ, ϕ0 )| + |β(n, ϕ0 )|2 |W (ϕ, ϕ0 )|
2 m ϕ n 0 n 0 m ϕ
ϕ ϕ
12
1 X X XX XX XX
≤ |β(m, ϕ)|2 max max∗ |W (ϕ, ϕ0 )| + |β(n, ϕ0 )|2 max max |W (ϕ, ϕ0 )|
2 m ϕ
m∈L ϕ∈Bm
n 0 n 0
n∈L ϕ0 ∈Bn
∗
m ϕ
ϕ ϕ
!
XX XX
≤ |β(m, ϕ)|2 max max
∗
|W (ϕ, ϕ0 )|
m∈L ϕ∈Bm
m ϕ n ϕ0
XX
Or, ∆ est la plus petite constante qui vérifie cette inégalité, par suite, ∆ ≤ max max∗ |W (ϕ, ϕ0 )|
m∈L ϕ∈Bm
n ϕ0
Nous avons développé les outils nécessaires afin de démontrer le théorème de Gallagher, ce qui
est l’objet de la seconde partie, il reste néanmoins à établir quelques résultats classiques liés à la
répartition des nombres premiers, et les polynômes irréductibles sur Fp .
Alors,
]Er (N ) ln(N )
≤ Cr2 √
]Xr (N ) 2N + 1
où C est une constante absolue.
1
∀f ∈ Flr [X], vl (f ) =
lr
S(X, Ω, L∗ ) := P ∈ Xr (N ) | ∀p ∈ P| p ≤ L, P̄ n’est pas irréductible
Tout polynôme unitaire (afin de conserver le même degré) irréductible dans Flr [X] où l ∈ P, l’est
dans Frac(Zr [X]) = Qr [X]. Par suite, la négation de cette proposition fournit :
Er (N ) ⊆ S(X, Ω, L∗ )
X v(Ωl ) X |Ωl |
Donc, ]Er (N ) ≤ ]S(X, Ω, L∗ ) ≤ ∆H −1 où H = ≥
v(Yl − Ωl ) lr
l∈P,l≤L l∈P,l≤L
13
2.2 Dénombrement des polynômes irréductibles de Flr [X], où l est pre-
mier
2.2.1 Fonction de Möbius
∗
N → {−1, 0, 1}
n 7→ 1 si n = 1.
Définition 5. On introduit la fonction µ de Möbius : µ :=
n 7→ 0 si n a un facteur carré.
n 7→ (−1)r si n = p1 · · · pr distincts.
Lemme 3.
- Soient n, m ∈ N∗ , si n ∧ m = 1, alors µ(nm) = µ(n)µ(m).
X
- µ(d) = 0, si n ≥ 2, 1 si n = 1.
d|n
Démonstration.
- Si n = 1, µ(mn) = µ(m) = 1.µ(m). On raisonne de façon analogue avce le cas m = 1.
Si n ou m a un facteur carré, alors nm aussi, et µ(nm) = µ(n)µ(m) = 0.
Si on suppose que n et m sont supérieurs à 2, sans facteurs carrés, alors : n = p1 · · · pr ,
m = q1 · · · qs , et puisque n ∧ m = 1, les pi et qi sont tous distincts, et
r r
X X X X r
Donc, µ(d) = µ(1) + µ(pi ) + µ(pi pj ) + · · · + µ(p1 · · · pr ) = (−1)j = 0
i=1 j=0
j
d|n 1≤i<j≤r
X
Démonstration. Supposons que g(n) = f (d)
d|n
X n XX X X X
g µ(d) = f (d0 )µ(d) = f (d0 )µ(d) = µ(d) f (d0 )
d 0 n 0 0 n
d|n d|n d | d dd |n d |n d| d0
X
Or, le lemme 3 affirme que µ(d) = 1 si n = d0 , 0 sinon.
d| dn0
Donc, X n
g µ(d) = f (n)
d
d|n
14
2.2.2 Extension de corps et corps de décomposition
Définition 6. Soit k un corps. On dit que K est une extension du corps k s’il existe j : k 7→ K un
morphisme de corps. K est alors une k−algèbre. Sa dimension est appelée degré de l’extension et
est notée [K : k].
Définition 7. Soit L un corps et k un sous-corps de L. Soit P une partie finie de L, alors l’ensemble
des sous-corps de L qui contiennent k et P admet un plus petit élément, il est noté k(P).
(Il suffit en effet de considérer l’intersection de tous les sous-corps de L qui contiennent k et P).
Définition 8. Soit k un corps et P ∈ k[X], irréductible. On dit que L est un corps de rupture de
P si c’est une extension monogène de k, engendrée par une racine de P .
Elle est également génératrice : Soit S ∈ K[X]/(P ), il existe T ∈ K[X] tel que S = π(T ). On
sait qu’il existe un unique couple (A, B) ∈ K[X]2 vérifiant : T = AP + B et deg(B) < deg(P ) = n.
Or,
S = π(T ) = π(AP ) + π(B) = π(B)
Ceci conclut puisque B ∈ V ectK (1, .., xn−1 ).
Proposition 13. Soit l un nombre premier, et Ωdl l’ensemble des polynômes irréductibles de degré
n
Y Y
d de Fl [X]. Alors, X l − X = P pour tout entier naturel n non nul.
d|n P ∈Ωd
l
Démonstration. Soit d|n et P ∈ Ωdl . Soit x une racine de P . On considère un corps Fl (x) de rupture
de P . On sait que, par la proposition 12, [Fl (x) : Fl ] = deg(P ) = d. Donc, Fl (x) ' Fld (Unicité des
corps finis).
d d(k+1)
dk ld dk
On a xl = x, donc, par récurrence, xl = xl = xl = x.
H.R.
Montrons que les racines de P sont simples : En effet, supposons par l’absurde que x soit une
racine double de P dans une extension L. Alors x est une racine de P 0 . Or, l’algorithme d’Euclide
affirme que le P.G.C.D. est invariant par extension de corps. Comme P est irréductible dans Fl ,
pgcdFl (P, P 0 ) = P ou 1 donc pgcdFl (P, P 0 ) = P car ils ont une racine commune. L’égalité des
degrés implique P 0 = 0, ceci donne P = Q(X l ) et contredit son irreductibilité.
n
Donc, P |X l − X, et, Y Y n
P |X l − X
d|n P ∈Ωd
l
par irréductibilité.
n
Réciproquement, si α est une racine de X q − X dans un corps K, contenant Fq . Soit Pα son
polynôme minimal sur Fq . Il est unitaire, de degré deg(α). Considérons
n n
o
E = racine de X q − X
15
C’est un corps à q n éléments. Par suite,
Y
(X − β)|Pα
β∈E,Pα (β)=0
r
Y Y X X X
Conséquence : X l − X = P , donc lr = deg(P ) = d|Ωdl |
d|r P ∈Ωd
l
d|r P ∈Ωd
l
d|r
Par suite,
lr lr lr l(lr/2 − 1) lr l(lr/2 − 1)
1 X
d 1 X d
|Ωl | = + µ(r/d)l ≥ + (−1)l = − = 1− r
r r r r r r(l − 1) r l (l − 1)
d|r,d≤r/2 d≤r/2
l
Or, ≤ 2 (puisque l ≥ 2), et lr/2 − 1 ≤ lr/2
l−1
lr
2
|Ωl | ≥ 1 − r/2
r l
On remarque que si r > 2, alors,
2 9
≤
lr/2 10
Donc,
lr
|Ωl | ≥
10r
Introduisons la fonction de comptage des nombres premiers :
n
X \
π(n) := 1P (n) = ]P {0, .., n}
k=0
Ainsi,
1 X π(L)
H≥ 1=
10r 10r
l∈P,l≤L
16
Proposition 15.
1 1
∀a, b ∈ N, 1 ≤ b ≤ a, I(a, b) = a
= a−1
b b a b−1
Démonstration.
1 a−b 1 Z 1
(1 − x)a−b
b (1 − x)
Z
b a−b−1 b
I(a, b + 1) = x (1 − x) = −x + bxb−1 = I(a, b)
0 IP P a−b 0 0 a−b a−b
(b − 1)...1 (b − 1)!
I(a, b) = I(a, 1) = (a−1)! I(a, 1)
(a − b + 1)...(a − 1)
(a−b)!
et,
1 1
(1 − x)a
Z
1
I(a, 1) = (1 − x)a−1 = − =
0 a 0 a
Donc,
b!(a − b)!
I(a, b) =
b.a!
D’où le résultat.
Lemme 4.
∀n ≥ 2, ∆2n+1 ≥ n.4n
On sait de plus que ∆2n+1 est un multiple commun des entiers 1, ..., 2n + 1, donc en particulier des
entiers compris entre 1 et 2n. Par suite, on a : ∆2n |∆2n+1 , donc,
2n
n |∆2n+1 (∗)
n
17
De plus, I(a, b)∆a ∈ N donc, en prenant a = 2n + 1 et b = n + 1, on déduit :
2n
(2n + 1) |∆2n+1 (∗∗)
n
2n
Par (∗), ∃k ∈ N tel que ∆2n+1 = kn Ainsi,
n
2n 2n
(∗∗) ⇒ (2n + 1) kn ⇒ 2n + 1|kn
n n
Or (2n + 1) ∧ n = 1, donc par Gauss, 2n + 1|k, donc k = (2n + 1)k 0 Par suite,
2n 2n
n(2n + 1) |∆2n+1 donc n(2n + 1) ≤ ∆2n+1
n n
2n 2n
n 2n
X 2n X 2n 2n
Enfin, 4 = 2 = ≤ = (2n + 1) Donc,
k n n
k=0 k=0
2n
∆2n+1 ≥ n(2n + 1) ≥ n4n
n
Proposition 17.
∀n ≥ 7, ∆n ≥ 2n
Démonstration.
- Si n est impair, alors, n = 2k + 1. La condition n ≥ 7 est équivalente à la condition k ≥ 3
et, par le lemme 4,
∆n = ∆2k+1 ≥ k4k ≥ 2.4k = 22k+1 = 2n
- Si n est pair, étant supérieur à 2, on peut écrire n = 2k + 2, et,
Lemme 5. Y
∀n ∈ N∗ , ∆n = pvp (∆n )
p∈P,p≤n
Or, c’est le plus petit multiple commum aux n premiers entiers. Ainsi, sa décomposition en produit
de facteurs premiers ne contient que les premiers nécessaires à la décomposition des entiers 1, .., n,
qui sont eux mêmes plus petit que n. D’où le résultat.
18
Lemme 6.
∀n ∈ N∗ , ∀p ∈ P, pvp (∆n ) ≤ n
Démonstration. On sait que vp (∆n ) est l’exposant de la décomposition en produit de facteurs
premiers de ∆n . Il peut apparaître avec différents exposants dans les décompositions en produits
de facteurs premiers des entiers 1, ..., n mais ∆n étant divisible par les n premiers entiers, cet
exposant est maximal, et
vp (∆n ) = max vp (i)
1≤i≤n
Théorème 4.
n
∀n ≥ 3, ln(2) ≤ π(n)
ln(n)
Démonstration. On sait que :
Donc on a, Y
∆n = pvp (∆n ) ≤ nπ(n) par le lemme 5
p∈P,p≤n
ln(2)L
On en déduit enfin H ≥
10r ln(L)
On pourrait montrer que
n
π(n) ∼+∞
ln(n)
à l’aide d’outils d’analyse complexe.
Nous nous plaçons dans le cas de base du crible, cité précedemment. On sait que le théorème
1
des restes chinois permet d’identifier Ym à Z/mZ. Choisissons la densité vl (y) = . Ainsi, pour
l
1
tout entier m sans facteur carré, vm (y) = .
m
Proposition 18. Une base orthonormée de Yl pour le produit scalaire associé à la densité uniforme
∗
Z/lZ → C
est : ϕa := 2iπax ∀a ∈ Z/lZ
x 7→ exp
l
19
Démonstration. Montrons que la famille est orthonormée : ∀a, a0 ∈ Z/lZ, a 6= a0
l−1 k̄
−2iπa0 x 2iπ(a − a0 ) 1 1 − exp(2iπ(a − a0 ))
X 2iπax 1 1X
(ϕa |ϕa0 ) = exp exp = exp = =0
l l l l l l 1 − exp( 2iπ(a−a0 ) )
x∈Z/lZ k=0 l
Enfin,
X 1
(ϕa |ϕa ) = =1
l
x∈Z/lZ
F(Z/lZ, C) → F(Z/lZ,
C)
C’est évidemment une base, puisque : ϕ := 2iπax est une application
1x 7→ (x 7→ exp )
l
linéaire bijective, elle transforme donc une base en une base.
Par suite, la base orthonormée correspondante, pour l’espace Ym ' Z/mZ est :
2iπax
x 7→ exp
m a∈Z/mZ
pour toute suite de complexes (an ). En effet : Supposons M = 0. Remarquons que, pour toute
fonction régulière, f , une simple intégration par partie donne :
Z 1 Z 1/2 Z 1
0
f (t)dt + tf (t)dt + (t − 1)f 0 (t)dt = f (1/2)
0 0 1/2
20
Donc, Z 1
1 0
|f (1/2)| ≤ |f (t)| + |f (t)| dt
0 2
Par un changement de variable,
Z x+δ/2 Z x+δ/2
1 1
|f (x)| ≤ |f (t)|dt + |f 0 (t)|dt
δ x−δ/2 2 x−δ/2
On applique l’inégalité à :
2
X
f (t) = an exp(2iπnt)
1≤n≤N
Les intervalles ]a/q − δ/2; a/q + δ/2[ ne contiennent pas d’entier premier avec q. En utilisant la
périodicité et la positivité, on en déduit :
2 2
[ Z 1
X X X 2iπna X
an exp( ) ≤ L2 an exp(2iπnt) dt+
q 0
q≤Q a∧q=1 1≤n≤N 1≤n≤N
Z 1 X X
an exp(2iπnt) 2iπ an n exp(2iπnt)
0 1≤n≤N 1≤n≤N
Le [ indiquant que la somme ne se fait que sur les entiers sans facteur carré. En utilisant à gauche
l’identité de Parseval, et à droite, l’inégalité de Cauchy-Schwarz, on en déduit :
2 !1/2 !1/2
[
X X X 2iπna 2
X
2
X
2
X
2 2
an exp ≤L |an | + 2π |an | n |an |
q n n n
q≤Q a∧q=1 1≤n≤N
Enfin,
2
[
X X X 2iπna X
an exp ≤ (L2 + 2πN ) |an |2
q n
q≤Q a∧q=1 1≤n≤N
On en déduit que √
∆ ≤ ( 2N + 1 + L)2r
Il s’ensuit :
√ 10r ln(L)
]Er (N ) ≤ ( 2N + 1 + L)2r
ln(2)L
√
Prenons L = r−1 2N + 1. Alors,
√ √
√ √ 10r ln(r−1 2N + 1) 1 10r2 ln(r−1 2N + 1)
]Er (N ) ≤ ( 2N + 1+r−1 2N + 1)2r √ = (2N +1)r−1/2
1 +
ln(2)r−1 2N + 1 r ln(2)
21
Enfin,
]Er (N ) ≤ Cr2 (2N + 1)r−1/2 ln(2N + 1)
]Er (N ) ln(N )
≤ Cr2 √
]Xr (N ) 2N + 1
ce qui conclut la preuve.
On remarque donc qu’en rendant les coefficients arbitrairement grands, la proportion de poly-
nômes réductibles tend vers 0.
3 Théorie de Galois
3.1 Définition et premières propriétés
Définition 9. On appelle automorphisme d’un corps K tout morphime de K dans K bijectif, com-
patible avec les deux lois de composition interne, et laissant fixe le neutre.
Définition 10. Soit K un corps et L une extension. On appelle K−automorphisme du corps L tout
automorphisme de L, laissant fixe les élements de K.
Définition 11. Soit K un corps et L une extension. On appelle groupe de Galois de L sur K et on
note Gal(L/K) l’ensemble des K−automorphismes de L.
Lemme 7. (Lemme de Dedekind) Soit G un groupe, K un corps, et une famille (σi )i∈I de mor-
phismes de G dans K∗ , tous distincts. Alors, la famille est libre sur K.
Démonstration. On raisonne par récurrence sur |I|. La proposition est vraie au rang 1, puisque, si
λσ = 0, il suffit d’évaluer cette égalité en l’élément neutre de G pour conclure que λ = 0.
22
On suppose le résultat acquis au rang n. Soient σ1 , ..σn+1 des morphismes distincts de G dans K∗ .
n+1
X
Soient λ1 , .., λn+1 tels que λi σi = 0. Par suite,
i=1
n+1
X
∀x, y ∈ G, λi σi (x)σi (y) = 0
i=1
Or,
n+1
X
∀x, y ∈ G, λi σi (x)σn (y) = 0
i=1
Donc,
n
X
∀x, y ∈ G, λi σi (x)(σi (y) − σn (y)) = 0
i=1
Or, on sait que les σi sont distincts deux à deux, donc, on peut appliquer (∗) pour un y tel que
σi (y) − σn (y) 6= 0. Par suite, ∀i ∈ {1, ..., n} , λi = 0, on reporte ceci dans l’égalité de départ et on
obtient, λn+1 σn+1 = 0. L’initialisation conclut.
Le résultat est désormais vrai pour un intervalle I quelconque puisque toute combinaison linéaire
est nécessairement finie.
|Gal(L/K)| ≤ [L : K]
Démonstration. On raisonne par l’absurde. On note n = [L : K]. Supposons que |Gal(L/K)| > n.
Alors, on peut trouver (n + 1) K−automorphismes de corps L, distincts. Soit (x1 , .., xn ) une base
du K−espace vectoriel L. On note M = (σj (xi ))(i,j)∈{1,..,n}×{1,..,n+1} . Les vecteurs colonnes de la
matrice sont au nombre de n + 1 dans un espace vectoriel de dimension n, donc sont liés. On peut
donc trouver λ1 , .., λn+1 des scalaires non tous nuls tels que :
n+1
X n+1
X
λk Ck = 0 i.e. ∀i ∈ {1, .., n} , λk σk (xi ) = 0
k=1 k=1
n+1
X
Donc, l’application linéaire λk σk s’annule sur une base, elle est par conséquent nulle. Or, les
k=1
scalaires ne sont pas tous nuls. La famille est donc liée. Or, le lemme précédent affirme que la
famille est libre, ce qui fournit la contradiction cherchée.
Définition 12. Soit K un corps. On appelle extension galoisienne finie de K toute extension L, de
degré fini vérifant : |Gal(L/K)| = [L : K]
23
3.2 Séparabilité et normalité
C’est un idéal non nul de K[X], qui est principal donc, ∃πaK unitaire tel que I(a) = πaK K[X]. Ce
polynôme est appelé polynôme minimal de a sur K.
Démonstration. Pour le sens direct, le polynôme est bien unitaire et vérifie P (a) = 0 par définition.
Montrons qu’il est irréductible.
Soit D ∈ K[X] tel que D|P = πaK , alors ∃G ∈ K[X] tel que P = πaK = D.G, donc, D(a)G(a) = 0
Si G(a) = 0, alors P = πaK |G, donc les polynômes sont associés, par suite, D est constant.
Sinon, D(a) = 0, donc D est associé à P = πaK
Réciproquement, on sait que ∀P ∈ K[X] tel que P (a) = 0, P ∈ πaK K[X], donc, πaK |P . Or, P est
irréductible, donc les polynômes sont associés, étant unitaires, on peut conclure à leur égalité.
Définition 14.
1. Soit K un corps et P ∈ K[X] un polynôme de degré ≥ 1. On dit que P est séparable si P et
P 0 sont premiers entre eux (dans K[X]).
2. Soit L une extension de K. À tout élément algébrique α sur K, on associe son polynôme
minimal παK . On dit que α est séparable sur K si son polynôme minimal l’est.
3. Soit L une extension de K. On dit que L est une extension séparable si tout élément de L
est séparable dans K.
Définition 15. Soit K un corps, et L une extension algébrique de K. On dit que L est une extension
normale (ou quasi-galoisienne) si, chaque fois qu’un polynôme irréductible à coefficients dans K a
une racine dans L, alors il est scindé sur L.
Théorème 6. (Admis) Soit K un corps et L une extension de degré fini. Alors, les conditions
suivantes sont équivalentes :
1. L/K est une extension galoisienne, i.e. |Gal(L/K)| = [L : K]. (définition 12)
2. L/K est normale et séparable.
Définition 16. Soit K un corps, et L une extension de K. Soit P ∈ K[X] avec n = deg(P ). On dit
que L est un corps de décomposition de P si
1. ∃a ∈ L, ∃(α1 , .., αn ) ∈ L telle que P = a(X − α1 ) · · · (X − αn ).
2. L = K(α1 , · · · , αn ).
Définition 17. Soit K un corps. On appelle groupe de Galois d’un polynôme f ∈ K[X] le groupe
de Galois de son corps de décomposition Kf sur K.
24
Proposition 22. Soit f ∈ K[X] un polynôme de degré d ≥ 1. On peut plonger GalK (f ) dans le
groupe symétrique Sd .
Démonstration. Soit f un polynôme de degré d. On considère le corps de décomposition de f ,
Kf = K(α1 , · · · , αd ), où les αi sont les racines de f dans une clôture algébrique, L, de K.
∀σ ∈ GalK (f ), on sait que σ vaut l’identité sur K. Son action consiste donc en une permutation
(car elle est bijective) des racines de f , donc elle s’identifie naturellement à un élément de Sd .
Définition 18. Soit A un anneau commutatif et B une A−algèbre. On dit que b ∈ B est entier
sur A s’il existe un polynôme unitaire à coefficients dans A qui annule b.
Définition 19. Soit A et B deux anneaux commutatifs, A ⊆ B. On dit que B est finiment
engendré sur A, ou de type fini sur A, s’il existe b1 , .., br ∈ B tels que tout élément de B puisse
r
X
s’écrire ai bi avec ∀i ∈ {1, .., r} , ai ∈ A.
i=1
Réciproquement, si A[b] est finiment engendré, alors : on peut trouver b0 , .., br qui engendre
Xr X r
A. Par suite, on sait que b = ai bi . Le polynôme X − ai bi convient.
i=0 i=0
2. On note {b1 , .., br } et {c1 , .., cs } les familles génératrices respectives. On sait que :
s
X
∀c ∈ C, ∃β1 , .., βs ∈ B tel que c = β j cj
j=1
r
X
Or, ∀1 ≤ j ≤ s, ∃α1j , .., αrj vérifiant : βj = αij bi . Par suite,
i=1
s X
X r
c= αij bi cj
j=1 i=1
25
Lemme 8. Soit f ∈ Z[X] un polynôme unitaire, irréductible, de degré d. Soit p un nombre premier
et fp l’image de f dans Fp [X]. Supposons que fp admette d racines dans une clôture algébrique de
Fp , alors, GalFp (fp ) est isomorphe à un sous-groupe de GalQ (f ).
Démonstration. Admis
puisque σ est générateur, et t est le plus entier naturel non nul, vérifiant σ t (α11 ) = α11 .
Montrons que t = n1 .
Remarquons d’abord que, pour tout j,
r
X Xr
g1 (σ j (α11 )) = ai (σ j (α11 ))i = σ j ( i
ai α11 ) = σ j (g1 (α11 )) = 0
i=1 i=1
Par suite, les σ j (α11 ) sont racines de g1 , donc, t ≤ n1 . Enfin, si on se donne α1j une racine de g1 ,
alors, on peut trouver un isomorphisme de corps, τ qui envoie α11 sur α1j . On étend cet élément en
un élément de GalFp (fp ), et, puisque σ est générateur, on a : τ = σ s pour un certain s, et α1j est
dans l’orbite de α11 . Il s’ensuit t = n1 , donc, une partie de la décomposition en produit de cycles
à supports disjoints de σ est le n1 −cycle : (α11 , .., σ n1 −1 (α11 )).
On réitère le principe avec les racines de g2 ,..gr et on a déterminé une décomposition en produits
de cycles de σ. Étant unique à l’ordre près des facteurs, on en déduit le résultat.
On utilise l’isomorphisme entre GalFp (fp ) et un sous-groupe de GalQ (f ) pour conclure (lemme
8).
Définition 20. Soit G un groupe et X un ensemble, on dit que G agit transitivement sur X si X
est non vide, et si ∀x, y ∈ X, ∃g ∈ G tel que y = g.x, où . représente l’action du groupe.
26
Démonstration. Puisque Sn est engendré par les transpositions, il suffit de vérifier que G contient
toutes les transpositions, c’est-à-dire, en considérant les graphes de sommets 1, 2.., n, qu’il est
complet. (On considère un graphe où une arête entre deux sommets i et j symbolise la présence
de la transposition (ij) dans le groupe G).
Supposons (ij), (jk) ∈ G. Alors, (ik) = (ij)(jk)(ij) aussi. Chaque composante connexe de G est
donc complète.
Or G agit transitivement, donc les composantes connexes sont de même cardinal, d, avec d|n.
Si l’on suppose qu’il existe une composante connexe de G qui ne laisse pas stable le p−cycle, alors,
il y a au moins p composantes, puisque l’équation au classe assure qu’il existe une orbite de cardinal
p et, dp ≤ n ce qui assure d = 1, impossible car G contient une transposition. Par suite, d = n,
Ainsi, le graphe est connexe, donc complet.
Lemme 10. Soit c la classe de conjugaison de σ ∈ Sr , une permutation de type (n1 , .., nr ), i.e.
possédent n1 cycles de taille 1 (point fixe), ..., nr cycles de taille r. Alors,
r
Y 1
|c| = r! ni n !
i=1
i i
27
Démonstration. On note :
Ωrl irr
= {f ∈ Fl [X], deg(f ) = r, unitaire irréductible}
Ωrl transp
= {f ∈ Fl [X], deg(f ) = r, de type : irréductible de degré 2 × irréductibles de degré impair}
Ωrl p−cy
= {f ∈ Fl [X], deg(f ) = r, possédant un facteur irréductible de degré p, premier, p > r/2}
On remarque premièrement que :
- Si f mod p appartient à Ωrl transp , alors le groupe GalQ (f ) possède une permutation dont
la décomposition en produit de cycles s’écrit : σ = τ.γ1 , .., γq (par le théorème 7). Ainsi,
σ ppcm(o(γ1 ),..,o(γq )) = τ ∈ GalQ (f ) donc le groupe possède une transposition.
- De la même façon, si f mod p appartient à Ωrl p−cy
, alors GalQ (f ) possède un p − cycle,
avec p premier, et p > r/2.
Par suite, le lemme 9 montre que :
1
∀f ∈ Flr [X], vl (f ) =
lr
Elle affirme que : −1 −1 −1
]Er (N ) ≤ ∆ Hirr + Htransp + Hp−cy
√
La majoration établie dans le grand 2 est toujours valable et, ∆ ≤ ( 2N + 1 + L)2r .
−1 −1 10r ln(L)
De plus, la majoration de Hirr a déjà été établie dans le grand 2, et on a : Hirr ≤ .
L ln(2)
−1 −1
Il est donc nécessaire d’estimer Htransp et Hp−cy .
Or
|Ωrl p−cy
| X | {σ ∈ Sr σ contient un p-cycle} |
∼
lr r!
r/2<p≤r
28
r
(r − p)!(p − 1)!
|Ωrl p−cy |
X p X 1 ln(r)
∼ = ≥ C [ln(ln(r)) − ln(ln(r/2))] = C ln
lr r! p ln(r) − ln(2)
r/2<p≤r r/2<p≤r
La première inégalité valant par le théorème de Mertens, qui est démontré dans l’annexe. Donc,
|Ωrl p−cy |
ln(2) ln(2)
≥ C ln 1 + ≥C
lr ln(r) ln(r)
La constante C est absolue, elle change de ligne en ligne, sans modification de notation, pour ne
pas les alourdir. Par suite,
X ln(2) L
Hp−cy ≥ C ≥C
ln(r) ln(r) ln(L)
l∈P,l≤L
par l’encadrement de la fonction de répartition des nombres premiers qui a été établi précédemment.
29
5 Annexe : Majoration de π(n) et théorème de Mertens
5.1 Majoration de π(n)
Lemme 11.
Y 2m + 1
∀m ∈ N∗ , p|
m+1
p∈P
m+1<p≤2m+1
Par suite,
Y 2m + 1
p m!
m+1
p∈P
m+1<p≤2m+1
Proposition 24. Y
∀n ∈ N∗ , p ≤ 4n
p∈P,p≤n
D’où
2m + 1
≤ 22m = 4m
m+1
Soit Y
Pn : ∀k ∈ {1, .., 2n} , p ≤ 4k
p∈P,p≤k
Supposons le résultat acquis au rang n, il faut prouver Pn+1 . Grâce à l’hypothèse de récurrence,
il suffit
Y de montrer Yque le résultat est vrai pour k = 2n + 1 et k = 2n + 2. Or, 2n + 2 étant pair,
p= p et il suffit de montrer le résultat pour k = 2n + 1.
p∈P,p≤2n+1 p∈P,p≤2n+2
Y Y Y
n+1 2n + 1
p= p p≤4 .
n+1
p∈P,p≤2n+1 p∈P,p≤n+1 p∈P
n+1<p≤2n+1
30
en utilisant l’hypothèse de récurrence et la relation de divisibilité du lemme 11. Par la remarque
formulée en début de preuve, Y
≤ 4n+1 .4n = 42n+1
p∈P,p≤2n+1
Proposition 25.
∀n ≥ 2, π(n)! ≤ 4n
Démonstration.
π(n)
Y Y
π(n)! ≤ pi = p ≤ 4n
i=1 p∈P,p≤n
où (pn )n∈N est la suite ordonnée des nombres premiers, la dernière inégalité valant en vertu de la
proposition 24.
Lemme 12.
∀n ≥ 2, (ln(π(n)) − 1)π(n) ≤ n ln(4)
Théorème 9.
n
∀n ≥ 3, π(n) ≤ e
ln(n)
n0
Démonstration. On raisonne par l’absurde en supposant qu’il existe n0 ≥ 3 tel que π(n0 ) > e
ln(n0 )
f : x 7→ x ln(x) − x est une application strictement croissante sur [1; +∞[.
n0 n
De plus, n0 ≥ 3 ⇒ > 1, donc π(n0 ) ≥ e ≥ e > 1, il vient :
ln(n0 ) ln(n)
n
f (π(n0 )) > f e
ln(n)
i.e.
ln(ln(n0 ))
n0 ln(4) ≥ π(n0 ) ln(π(n0 )) − π(n0 ) > en0 − en0
ln(n0 )
en exploitant le lemme 12. D’où,
e − ln(4) ln(ln(n0 ))
<
e ln(n0 )
31
ln(x)
Or, une simple étude de fonction fournit que x 7→ admet un maximum global : e−1
x
Par suite,
e − ln(4)
< e−1
e
ce qui est faux, d’où le résultat.
Théorème 10. X 1
= O+∞ (ln(ln(L))
p
p∈P,p≤L
Démonstration.
L L−1 L−1
X 1 X π(k) − π(k − 1) π(L) X π(k) π(k) π(L) 1 X π(k)
= = + − = + +
p k L k k+1 L 6 k(k + 1)
p∈P,p≤L k=2 k=2 k=3
Or,
n n
ln(2) ≤ π(n) ≤ e
ln(n) ln(n)
Donc,
L−1 L−1
π(L) 1 X 1 X 1 π(L) 1 X 1
+ + ln(2) ≤ ≤ + +e
L 6 ln(k)(k + 1) p L 6 ln(k)(k + 1)
k=3 p∈P,p≤L k=3
D’autre part,
L−1 L−1 L−1
X 1 X 1 X
≤ ≤ [ln(ln(k)) − ln(ln(k − 1))] = ln(ln(L − 1)) − ln(ln(2))
ln(k)(k + 1) ln(k)k
k=3 k=3 k=3
Enfin, puisque
ln(2) π(n) e
≤ ≤
ln(n) n ln(n)
Alors,
ln(2) 1 X 1 e 1
γ(L) := + +ln(2)(ln(ln(L))−ln(ln(4)) ≤ ≤ + +e(ln(ln(L))−ln(ln(2)) := δ(L)
ln(L) 6 p ln(L) 6
p∈P,p≤L
On a de plus :
γ(L) δ(L)
lim = ln(2) et lim =e
ln(ln(L))
L→+∞ L→+∞ ln(ln(L))
ce qui conclut.
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Références
[1] Emmanuel KOWALSKI. The Large Sieve and its Applications : Artithmetic Geometry,
Random Walks and Discrete Groups.. Cambridge University Press, 2008.
[3] À propos d’un théorème de Techbychev sur la répartition des nombres premiers, 2008,
sujet de la deuxième épreuve du C.A.P.E.S. externe de Mathématiques.
[4] A.J. Hildebrand. Introduction to Analytic Number Theory, Lecture Notes, accès :
http ://[Link]/ hildebr/ant.
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