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Adolescentes

Adolescents.

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Comment prendre en compte

les élèves pour mieux enseigner ?

Les adolescent(e)s

Vincent LAMOTTE – STAPS Réunion - 2023


2

Les transformations corporelles s’imposent à


l’adolescent. Elles soulèvent la question du regard des
autres sur le jeune homme ou la jeune fille qu’il devient, l’ouverture
au désir et à la génitalité. Son corps échappe à son contrôle, de
même le statut qu’il acquiert au sein du social.
le jeune fait de sa peau un outil
En jouant de son apparence,
d’expérimentation de soi, d’exploration et de recherche
identitaire.
Mais aussi, le corps se fait projection du mal-être de
l’adolescent quand ses repères manquent et que s’affaiblit la solidité
du monde des adultes.
David Le Breton. Corps et adolescence, 2016
Des élèves adolescents
3

1 – Des élèves adolescents : points de repères


2 – Ce qu’il faut savoir des adolescents
3 – À l’adolescence, une nouvelle problématique du corps
4 – Quelle EPS pour les adolescents ?

Encadré vert : citation d’auteur Encadré rouge : texte officiel


4 1 – DES ÉLÈVES ADOLESCENTS : POINTS DE REPÈRES
1 – Des élèves adolescents. Points de repères
5
Le temps libre des collégiens (2022)

L’occupation du temps libre est très liée au niveau


scolaire et à la transmission familiale. Le sport constitue
l’un des loisirs le plus fédérateur, il est néanmoins l’un
des plus clivants. Les jeunes accordent une place
sensiblement différente aux relations avec leurs pairs.

Les générationnels Les rétifs au sport (15%) Les sportifs non scolaires Les équilibrés (12%) Les isolés (8%)
Les héritiers (20%)
(31%) Absence de pratique (15%) Pratiquent de Pratiquent une
Pratique sportive
Pratiquent très sportive qui ne profite Cumulent une pratique manière équilibrée activité sportive, mais
encadrée. Grande
régulièrement du pas aux pratiques sportive et une plusieurs activités. les liens avec leurs
place à la culture.
sport, écoutent culturelles et qui sociabilité soutenues Pratique sportive pairs sont faibles. Leurs
Relations avec les pairs
beaucoup de n’impacte pas les avec une assiduité modérée. Accordent parents pratiquent
moins soutenues. Bons
musique. Sociabilité relations avec leurs scolaire faible. Jouent du temps aux devoirs peu de sport. Les
élèves. Ressources
très soutenue. Passent pairs. Majorité de filles aux jeux vidéos. scolaires. Profil avec garçons sont
financières élevées.
beaucoup de temps et d’enfants d’ouvriers. Majoritairement des majoritairement des majoritaires. Ces
Reproduisent la
sur leurs devoirs. Leurs parents ont un garçons, enfants filles avec des parents jeunes sont plus
pratique de leurs
Niveau scolaire pas rapport au sport moins d’ouvriers, collégiens au cadres ou professions souvent en difficulté
parents.
très élevé. soutenu. faible niveau scolaire. intermédiaires. scolaire.
1 – Des élèves adolescents. Points de repères
6
Les pratiques physiques des adolescents hors EPS

83 % des collégiens pratiquent une Les collégiennes ont une appétence


activité sportive au moins une fois plus mesurée pour le sport que les
par semaine. garçons (78% ont une pratique
hebdomadaire contre 87% des
Parmi eux, 68% sont inscrits dans garçons). Quand elles sont sportives,
une association ou un club sportifs. elles sont moins souvent licenciées
que les garçons.

Les pratiques sportives des collégiens. INSEE, 2020

Plus la famille bénéficie d’un capital


92 % des collégiens pensent que faire scolaire et de revenus élevés, plus la
du sport permet de rester en bonne pratique sportive de l’élève est
santé, 89 % de se défouler et 83% de fréquente et encadrée (différences de
passer de bons moments avec ses rapport au sport des parents et des
amis. modalités des vacances d’été).
7 collégiens sur 10 suivent l’actualité sportive
1 – Des élèves adolescents. Points de repères
7
Les pratiques physiques des adolescents hors EPS

M. Travert. Les jeunes, les sports et l’EPS, 2013

69% des jeunes filles de 6-11 ans font du


sport en club, contre 53% chez les 12-
Enquête ANSES, 2020 17 ans (IRMES). Cette baisse s’explique
notamment par des modes de UCPA 2019
socialisation genrée.
1 – Des élèves adolescents. Points de repères
8
Les pratiques physiques des adolescents hors EPS

En 2017, 18 % des adolescents en


classe de troisième sont en
surcharge pondérale et 5 % sont
obèses.
Mais fortes inégalités sociales : 24
% des enfants d’ouvriers sont en
surcharge pondérale et 8 % sont
obèses, contre respectivement 12
% et 3 % des enfants de cadres.
DREES, 2019

- 80% des collégiens font du sport en dehors de l’école (68% en club)


- La sociabilité constitue l’un des motifs principaux de la pratique
physique des adolescents.
- La pratique féminine décroche nettement dès l’entrée au collège
- Le milieu social d’origine impacte la pratique sportive
- 2/3 des adolescents passent plus de 2h par jour devant un écran
1 – Des élèves adolescents. Points de repères
9

Les pratiques physiques des adolescents : ce qu’ils vivent en EPS

L’EPS au collège, IGEN 2016

Offre de formation Acad. Dijon


Offre de formation Acad. Nancy
1 – Des élèves adolescents. Points de repères
10
Les pratiques physiques des adolescents : ce qu’ils « valent » en EPS

En 40 ans, les collégiens ont perdu environ 25 %


de leur capacité physique (course 600 m).
University of South Australia, Adelaide, 2016

Bac G/T Bac Pro CAP


Moyenne Globale 14,70 13,93 13,69

Notes aux examens d’EPS (2022)


L’EPS au collège, IGEN 2016

- L’EPS est une matière appréciée, surtout par les garçons.


Niveau 1 : nager en sécurité - L’EPS est une matière où les élèves ont de bonnes notes.
- Mais l’EPS est une matière où tous les élèves ne sont pas évalués.
- Mais les capacités physiques des élèves ont baissé depuis 40 ans.
1 – Des élèves adolescents. Points de repères
11
Dans l’enseignement secondaire (collège et lycée), l’EPS s’adresse à des élèves âgés de
12 à 18 ans. Soit pleinement la période dite « d’adolescence ».

Les pratiques physiques des adolescents : ce qu’ils pensent de l’EPS

Pour les ados, à quoi sert l’EPS ? Goût pour l’EPS. Pour 60,5 % des élèves, l’EPS est l’une des disciplines
qu’ils préfèrent. 29,1 % l’aiment autant que les autres. Pour 10,5 %
- Construction de soi et recherche de la santé des élèves, l’EPS est une des matières qu’ils apprécient le moins.
(3 élève sur 4 : mieux se connaître)
69 % des garçons et 45% des filles veulent plus d’EPS, alors que 18 %
- Apprendre des sports nouveaux (64% des des garçons et 37 % des filles sont contre.
garçons et 72% des filles)
Ce qu’ils apprécient le plus: se défouler (se dépenser) (61 %),
- Améliorer sa moyenne (surtout pour les travailler en coopération (41 %), se sentir bien et développer sa santé
garçons de LP et collège) (42 %), le plaisir de dépasser ses limites (41 %), apprendre et découvrir
de nouvelles APSA (39 %).
- Se reconstituer : se reposer des autres cours ;
dimension récréative (surtout chez les garçons) APSA préférées: sports collectifs (52 %), APPN (46 %), sports de
raquette (42 %), activités de la forme (33 %), sports de combats (26
- Lieu d’apprentissage de la vie collective %), activités aquatiques (23 %), activités gymniques (23 %), activités
athlétiques (22 %), activités artistiques (18 %), activités réflexives (9 %)
B. Lefort, Le prof. d’EPS face à des adolescents, 2011
Enquête SNEP 2022
1 – Des élèves adolescents. Points de repères
12
Les pratiques physiques des adolescents à l’UNSS
Le sport scolaire (UNSS, 2020)

- Un élève sur cinq fréquente le sport scolaire


- Les collégiens sont plus sportifs que les lycéens
- Les filles représentent 40% des effectifs
- Il existe plus de 110 activités à l’UNSS Filles Garçons
13 2 – CE QU’IL FAUT SAVOIR DES ÉLÈVES ADOLESCENTS
2 – Ce qu’il faut savoir des élèves adolescents
14

adolescere = grandir vers

Puberté : phénomène biologique Adolescence : phénomène psychosocial

Au sens large, l’adolescence correspond à la « transformation biologique souvent brusque et


modifications importantes de la personnalité » (J. Drevillon, in G. Mialaret, Vocabulaire de
l’éducation, 1979)

Préadolescence (dès 8-9 ans) Phase pubertaire (12-15 ans) Phase juvénile (16-25 ans)
Début des modifications du Transformations physiques et Jeunesse : restructuration et
comportement rejet du monde de l’enfance intégration dans le monde adulte
2 – Ce qu’il faut savoir des élèves adolescents
15
Phase pubertaire (12-15 ans) : transformations biologiques

Accès à la sexualité
génitale adulte Augmentation du volume
pulmonaire et des capacités
cardiaques
Croissance staturale et pondérale
(pas toujours harmonieuse)
Évolution morphologiques
Sous l’action de modifications Augmentation de la
hormonales, se déclenchent masse musculaire
des transformations corporelles
(pic 12-13 ans pour les filles et
Maladresses passagères 14-15 ans pour les garçons)
(liées aux changements
morphologiques rapides).

Différences inter
individuelles marquées
2 – Ce qu’il faut savoir des élèves adolescents
16
Transformations biologiques de l’adolescent

La testostérone est l'hormone mâle par


excellence. C'est elle qui fait la différenciation entre les
filles et les garçons à la puberté et qui entraîne les
2017. L. Kenney, J. Wilmore, D. Costill.
caractères sexuels masculins secondaires avec des Physiologie du sport et de l'exercice
variations au niveau osseux, musculaire, de la stature.

Variation
du gain de
taille

Évolution de la consommation maximale d’oxygène

Variation de la force (rapportée au Kg de poids corporel)


2 – Ce qu’il faut savoir des élèves adolescents
17
Phase pubertaire (12-15 ans) : transformations affectives

Phase d’opposition, de remise en Modification de l’image corporelle


question, de déstructuration ; d’autres (avec des points de fixation sur une
normes, celles des pairs, celles du partie du corps).
groupe, deviennent le cadre légitimant.

Quête identitaire Forte poussée libidinale :


décalage entre maturité
Âge ingrat : impulsivité, sexuelle et maturité
Estime de soi souvent plus
instabilité, hyper émotivité, affective.
élevée chez les garçons
que chez les filles.
fatigabilité, repli sur soi,
narcissisme, pudeur.

Impulsivité et fluctuation de l’état affectif (sautes d’humeur, changements d’intérêts).


Les zones qui traitent les émotions (système limbique) sont matures avant celles qui les
contrôlent (cortex préfrontal) à une période de grande production hormonale.
2 – Ce qu’il faut savoir des élèves adolescents
18
Phase pubertaire (12-15 ans) : transformations psychologiques

Analyses logiques et métacognition


Réflexions et analyses : raisonnement (capacité à réfléchir sur le
abstrait sur la base d’hypothèses. fonctionnement de sa propre pensée).

Développement de la pensée
hypothético-déductive Modification du
fonctionnement cérébral
Discussions
métaphysiques, soif Doutes, inquiétudes,
d’absolu, idéaux. « écroulement du sol des
évidences » (S. de Mijolla-Mellor,
Le plaisir de pensée, 1992).

Pensée autonome : l’adolescent se rend compte qu’il peut penser par lui-
même, et donc différemment de son entourage. Acquisition des notions de
conscience morale et de responsabilité.
2 – Ce qu’il faut savoir des élèves adolescents
19
Phase pubertaire (12-15 ans) : transformations sociales

Construction de l’identité personnelle : le look, les


Modification des relations sociales goûts (musique, sports…), le langage (« parler
(changement d’établissement primaire – jeune »). Importance de l’apparence.
collège – lycée) Renforcement des différences de genre.

Fragilité narcissique et
hypersensibilité à la
Le groupe devient un
Période sociale sensible moquerie (risque de perdre
lieu de socialisation et
la face devant les pairs) qui
d’expérimentation
peuvent déclencher des
(réseaux sociaux Fluctuation des centres comportements violents.
permettent de se d‘intérêts, des relations
reconnaître entre pairs). amicales ou amoureuses

De manière générale, les garçons ont une meilleure estime de


soi que les filles, ainsi que des perceptions de compétence plus
élevées dans les domaines scolaire, athlétique et physique.
2 – Ce qu’il faut savoir des élèves adolescents
20
Phase juvénile : restructuration et intégration dans le monde adulte

L’identité et l’affirmation de soi L’autonomie Le dépassement


(ou défi à soi-même)
- Différenciation avec les autres. - Élargissement de l’horizon
L’opposition peut se manifester par temporel : soif d’absolu ; idéal - Éprouver sa personnalité en
de l’agressivité, de la rêverie, de à concrétiser. poussant jusqu’à ses nouvelles
l’idéalisme, de l’intransigeance ou limites.
de la distanciation. - Construction d’une conscience
morale autonome : principes - Appétence pour les pratiques
- « Désidéalisation » parentale. de justice, réciprocité, égalité… sportives à risque avec
l’objectif de vaincre sa peur,
- Identifications successives (= - Développement de la de gagner en confiance en soi,
recherche de son identité). métacognition (capacité à de s’affirmer devant les autres.
réfléchir sur le fonctionnement
- Rôle d’intégration permis par le de sa propre pensée). - Conduites ordaliques = mises
groupe. Mais risque de pression en danger consistant à « se
sociale, d’isolement, de - Désir d’autonomie et mettre sur le fil du rasoir » (jouer
conformisme. d’indépendance. avec la mort, revitaliser sa vie).

Après le « désir d’adolescence » vient donc, vers 15 ans, le « déni d’adolescence » (M. Fize, Carte blanche, 2015)
2 – Ce qu’il faut savoir des élèves adolescents
21

La quête identitaire

Évolution du processus d’affirmation de soi


PG. Coslin. Psychologie de l’adolescence, 2002

- Par opposition systématique avec l’ordre établi (filles : 12-13 ;


garçons : 12-15). La recherche du plaisir dans la transgression de La quête identitaire est
l’interdit rend l’adolescent imprévisible, refusant les ordres et particulièrement saillante lors de la
provocant. C’est la période du « je n’veux pas ».
phase de transition entre l’enfance et
- Par affirmation du Moi (filles : 13-16 ;
l’âge adulte
garçons : 15-17). Les revendications sont
systématiques avec demande
d’indépendance et liberté. C’est la Les adolescents ont besoin d’un délai pour
période du « je veux ». définir les contours de leur identité et initier
un travail de synthèse « réalisé à partir
- Par insertion (filles : 16-18 ; garçons : 18- d’éléments du passé (histoire personnelle),
20). L’adolescent s’identifie à l’adulte de des caractéristiques du présent (besoins,
façon stable, avec toutefois moins traits de personnalité, etc.) et des attentes
d’idéalisation. C’est la période de du futur (L. Lannegrand-Willems. Psychologie
recherche d’indépendance affective et de l’adolescence, 2014).
économique.
2 – Ce qu’il faut savoir des élèves adolescents
22
La prise de risque

Comportement de transgression, de mal-être ou conduite


exploratoire identitaire ?

Le risque renvoie à la « possibilité que les actions humaines aient des conséquences qui peuvent
affecter ce que les êtres humains valorisent » (O. Renn, 1998).

Les conduites à risque peuvent être envisagées comme des « conduites d’exploration
dans la résolution des processus identitaires, d’individuation et de socialisation au
cours de cette période développementale » (G. Zimmermann, 2017).

« Il n’y a pas d’adolescence sans


prise de risque »
D. Marcelli, A. Braconnier. Adolescence
et psychopathologie, 2008

Les conduites à risque peuvent contribuer au sentiment d’identité, mais également survenir en
réponse à une forme de défaillance de la construction identitaire (l’un n’excluant pas l’autre).
2 – Ce qu’il faut savoir des élèves adolescents
23
L’adolescence : angoisse ou bien-être ?

Des turbulences angoissantes Une situation paradoxale


« Aucun jeune ne peut passer le cap de l’adolescence sans Enquête IPSOS 2021 sur les adolescents âgés de 11 à 15 ans
avoir des idées de mort, puisqu’il faut qu’il meure à un mode 7 % des adolescents déclarent ne pas aller bien alors
de relation d’enfance » que 25 % sont touchés par un trouble anxieux. Un
C. Dolto-Totlich, Paroles pour adolescents ou le complexe du homard, 1989
trouble qui touche aussi bien les garçons que les filles,
Enquête EnCLASS 2018 qui se retrouve dans toutes les classes d’âge et qui
- 9 élèves sur 10 (collège) et 8 sur 10 (lycée) se perçoivent en frappe de façon égale toutes les catégories
bonne santé et ont une perception plutôt positive de leur vie. socioprofessionnelles
- 1/3 des élèves de 4e et de 3e présente un risque modéré ou
patent de dépression (manque d’énergie,
découragement…).
- Globalement, les filles présentent une moins
bonne santé mentale que les garçons
(dégradation entre la 6e et la 3e).
- Plus d’un lycéen sur dix déclare avoir tenté de se
suicider.

Pourtant, Michel Fize, estime que les


transformations de l’adolescence sont loin
d’être anxiogènes.
2 – Ce qu’il faut savoir des élèves adolescents
24

Des adolescences

- L’adolescence est une véritable étape du développement (plus qu’une crise) qui se décline sur les plans
physiques, affectifs, psychologiques et sociaux.

- L’adolescence est marquée par une forte évolution du processus d’affirmation de soi.

- L’adolescence est marquée par une culture : individualisation des valeurs, désengagement vis-à-vis des
structures collectives, prises de risque…

- « Il n’y a pas une adolescence mais des adolescents. Cette diversité fait même partie des caractéristiques
de l’adolescence » (A. Braconnier, D. Marcelli, Psycho-pathologie de l’adolescent, 1988).

Un bornage temporel large et mouvant

- Les « adonaissants » : les jeunes grandissent plus tôt et différemment.


- Les « adulescents » : syndrome de Peter Pan ou le prolongement de l’adolescence.
25 3 – À L’ADOLESCENCE, UNE NOUVELLE
PROBLÉMATIQUE DU CORPS
3 – À l’adolescence, une nouvelle problématique du corps
26

L'adolescent ne s'aime pas ou plutôt s'aime mal. Il se sent menacé,


étranger à lui-même dans ce corps en mutation.
M-C. Aubry, La question du corps convoqué, 1995.

Le corps est pour l’adolescent le champ de bataille de son identité


en voie de constitution, la ligne de front de son ajustement propice
au monde.
D. Le Breton, La scène adolescente : les signes d’identité. Adolescence, 53. 2005

Les transformations physiques des jeunes peuvent se traduire par


une mise à distance du corps.
F. Mottot, Adolescence, l’introuvable crise, Revue Sciences Humaines n°193, 2008.
3 – À l’adolescence, une nouvelle problématique du corps
27

Transformation du corps
- Augmentation de la taille (+ 20 à 30 cm)
- Prise de poids (4 à 5 kg par an)
- Caractères sexuels secondaires (pilosité…)

La tyrannie du regard des autres Remise en jeu de l’image du corps


(D. Le Breton, La scène adolescente, 2005)
- Le bouleversement somatique rend le corps
- Chez les adolescentes, nécessité de séduire
de l’adolescent étranger à lui-même.
pour exister.
- Le corps en sexuation. L’explosion libidinale
- Chez les adolescents, le souci du paraître se fait
d’affects et la proximité d’une possible
sous le regard des pairs, dans une concurrence
réalisation sont sources d’angoisses.
constante, à travers des valeurs « masculines »,
surtout chez les jeunes de milieux populaires.

La puberté aurait pour effet d’éloigner le soi réel des filles de leur soi idéal, alors qu’elle permettrait aux
garçons de rapprocher leur soi réel de leur soi idéal. A la puberté les changements corporels des garçons
consistent en un gain de leur masse musculaire et squelettique, alors que chez les filles, ces changements
s’expriment par une prise de poids comme conséquence d’un gain adipeux. Or les standards et les
stéréotypes sociaux valorisent la minceur chez les filles et le tonus musculaire chez les garçons.
S. Harter, La construction de soi, 1999
3 – À l’adolescence, une nouvelle problématique du corps
28

Le corps révélateur d’angoisse


Sentiment d’ambivalence à l’égard du corps : Nécessité d’un travail de
entre stratégies d’évitement (peur de l’échec, reconstruction et de conquête
du ridicule, des réactions de son corps…) ou du corps
au contraire surinvestissement (pratique
« narcissante »).

L’E.P.S., parce que c’est le lieu où les corps se rencontrent, se confrontent, met à
nu la problématique du corps adolescent. Ainsi, cette discipline accentue le mal
être d’adolescent peu performants qui se voient confrontés directement aux
compétences et aux corps des autres, modèles référents, qui eux ne craignent ni
la compétition, ni le regard de l’autre car ils répondent à la norme d’excellence.
C. Garcia, Cet « autre » inaccessible, 2000
3 – À l’adolescence, une nouvelle problématique du corps
29

Manière dont le sujet ressent et pense son


corps (image subjective)
Image du
corps Construction liée aux expériences et ressentis
vécus, ainsi qu’à la valeur attribuée aux
dimensions du corps.

A l’adolescence, les très importantes modifications


corporelles bouleversent l’image du corps de
l’adolescent dans un environnement marqué par les
stéréotypes sociaux : valorisation de la minceur chez les
filles et développement musculaire chez les garçons.
C. Gou'as, J-F. Granier, A. Mathé, Les trois corps adolescents, 2012
3 – À l’adolescence, une nouvelle problématique du corps
30

Corps sensible (expressif)


Corps performant Corps socialisant

Le corps en EPS
Un sujet hautement sensible chez les adolescent(e)s

Corps entretenu
Corps hédoniste
Corps maîtrisé

- L’adolescence, par les transformations corporelles radicales qu’elle apporte, peut


provoquer chez l’adolescent le sentiment d’une étrangeté à soi-même, comme si
son corps ne lui appartenait plus.

- L’EPS, qui est un lieu où les corps sont exposés, mesurés, confrontés, peut conduire
l’adolescent vers un épanouissement en évitant des comportements de violence ou
de fuite : faire vivre différents usages du corps.
31 4 – QUELLE EPS POUR LES ADOLESCENTS ?
4 – Quelle EPS pour les adolescents ?
32

L’adolescence dans les programmes scolaires

Collège (arrêté 9/11/2015)


Lors des trois ans de collège du cycle 4, les élèves, qui sont aussi des adolescentes et des adolescents en
pleine évolution physique et psychique, vivent un nouveau rapport à eux-mêmes, en particulier à leur corps,
et de nouvelles relations avec les autres.

Collège (Programme EPS cycle 4, arrêté 9/11/2015)


Au cours du cycle 4, les élèves passent de la préadolescence à l'adolescence et connaissent des
transformations corporelles, psychologiques importantes qui les changent et modifient leur vie sociale. Dans
ce cadre, l'éducation physique et sportive aide tous les collégiens et collégiennes à acquérir de nouveaux
repères sur soi, sur les autres, sur l'environnement, pour construire une image positive de soi dans le respect des
différences.

Lycée professionnel (Programme EPS voie professionnelle, Arrêté 3/4/2019)


Étonnement, le programme de la voie professionnel ne mentionne pas explicitement le terme d’adolescence
Il évoque par contre la « forte diversité des publics et des motivations ».
4 – Quelle EPS pour les adolescents ?
33

Ce que peut offrir l’EPS aux adolescents

Le développement et l’exploration de nouveaux pouvoirs moteurs (dimension physique)


Endurance, force, coordination

Le développement du goût des pratiques physiques


(dimension affective)
Développer le plaisir de pratique. Mieux gérer ses
émotions. Développer son estime de soi

Le développement des stratégies d’actions


(dimension psychologique)
Être plus autonome, réfléchi et efficace

Le développement moral et le rapport aux autres


(dimension sociale)
Comprendre l’intérêt de la règle. S’intégrer dans un Y. Bruant, Revue EPS n°366, 2015
groupe. Place et rôle du professeur d’EPS
4 – Quelle EPS pour les adolescents ?
34
Le développement et l’exploration de nouveaux pouvoirs moteurs (dimension physique)

Des coordinations à reconstruire


L’âge d’or du développement de VO2max - La coordination connait un déficit transitoire lié à
- J. Weineck (Biologie du sport, 1992), il existe l’augmentation brutale de la taille décalée par
une période sensible du développement de la rapport à l’augmentation de la force.
consommation maximale d’oxygène durant la - Du coup, l’adolescent utilise prioritaire des
première phase de la puberté (11/12 ans pour informations visuelles pour assurer son équilibre (au
les filles et 12/13 ans pour les garçons). détriment d’informations proprioceptives.
- Valoriser le travail à VMA et PMA au collège. - Les mouvements rapides et précis ne peuvent être
réalisés que lorsque la myélinisation des fibres
nerveuses est achevée (fin puberté)
Développer la force, mais surtout dans la
seconde phase de la puberté (lycée)
- L’adolescence est marquée par des fragilités Chacun son rythme
ostéo-articulaires, notamment au niveau du - Des différences de développement inter
cartilage de conjugaison lors de la poussée de individuelles
croissance (risque maladie d’Osgood). - Différence entre l’âge biologique et l’âge civil
- Ne pas dépasser un travail à plus de 70% de la - Nécessité d’adapter les charges de travail aux
charge maximale (15 répétitions). caractéristiques des élèves
4 – Quelle EPS pour les adolescents ?
35

Le développement et l’exploration de nouveaux pouvoirs moteurs (dimension physique)

Pour développer de nouveaux pouvoirs moteurs chez l’adolescent

S’assurer que les mobilisations


proposées soient en prises avec son
Confronter l’élève à des situations lui
niveau de ressources (différenciation
permettant de se tester (importance
inter-individuelles ; décalage optimal)
de la mesure)

Veiller à ce que l’élève ne soit pas


Cibler les sollicitations en fonction de l’âge :
en situation de ridicule ou d’échec
endurance (âge d’or au début de
programmé
l’adolescence), force (à développer plutôt
au lycée), coordination (déficit transitoire
lors du pic de croissance)…
4 – Quelle EPS pour les adolescents ?
36

Le développement et l’exploration de nouveaux pouvoirs moteurs : exemple du step

Personnaliser progressivement son projet d'action

Il s'agit d'accompagner l'élève dans


la mise en relation de données
subjectives délivrées par son corps
grâce à des activités et des outils
adaptés (exemples : échelle d'effort,
sensations internes d'inconfort,
picotements, douleurs, organes
criants, etc.), avec les données
objectives (exemples: fréquence
A. Paintendre, C. Bishoff, Revue EPS n°366, 2015 cardiaque, essoufflement).

La répétition de ce processus contribue à améliorer la connaissance de soi et


l'ajustement plus fin de repères pour ensuite réguler voire modifier son projet.
4 – Quelle EPS pour les adolescents ?
37
Le développement du goût des pratiques physiques (dimension affective)

Jouer sur la programmation des APSA selon le genre, tout en planifiant des activités « neutres ».
Valoriser les activités artistiques qui engagent le corps sur un mode expressif et les activités du CA
5 qui engagent le corps sur un mode d’entretien et de développement (et non sur un mode
compétitif).

Différencier les modes d’entrées des APSA de façon à répondre aux motifs d’agir dominants des
filles et des garçons.

Construire des formes de pratiques scolaires pour que les élèves puissent se sentir valorisés :
progrès, responsabilités, travail autonome, travail coopératif en groupes, mise en projet…).

Associer à la pratique physique et sportive un vécu émotionnel positif : plaisir (« ludicisation » des
pratiques), fierté, surprise… et prévenir le ressenti de ridicule, de honte…

Cibler les contenus prioritaires à enseigner et développer des feed-backs pour favoriser les
progrès.

Éviter l’abus de la compétition et les classements pour relativiser le poids du résultat.


4 – Quelle EPS pour les adolescents ?
38

Le développement du goût des pratiques physiques (dimension affective)

Pour faire ressentir à l’adolescent le plaisir de la pratique physique

Lui offrir le sentiment Valoriser son sentiment de


d’autodétermination compétence

Renforcer les sensations Faire vivre l’aventure


éprouvées collective
4 – Quelle EPS pour les adolescents ?
39

Le développement du goût des pratiques physiques (dimension affective)

Pour aider l’adolescent à mieux gérer ses émotions

Mettre en place des situations Donner à l’élève les moyens


porteuses d’émotions de reconnaître d’exprimer et
« adaptées » d’interpréter ses émotions

Aider l’élève à contrôler ses


affects et ses comportements par Faire vivre la situation
la mise en place de nouveaux porteuse d’émotion forte au
repères et l’acquisition de sein d’un collectif
nouvelles capacités
4 – Quelle EPS pour les adolescents ?
40

Le développement du goût des pratiques physiques (dimension affective)

Pour aider l’adolescent à développer son estime de soi

Faire expérimenter le succès Rendre les progrès visibles

Éviter la comparaison sociale Jouer sur les attributions


et le regard des autres causales pour expliquer les
réussites et échecs
4 – Quelle EPS pour les adolescents ?
41

Le développement des stratégies d’actions (dimension psychologique)

Pour aider l’adolescent à être plus efficace dans ses actions

Lui permettre d’agir de manière


autonome et stratégique : Développer ses capacités d’abstraction
- Sur la façon d’apprendre, et de raisonnement
- De réaliser une performance, - Sensibilité à la contradiction logique,
- De se confronter aux évaluations. - Utilisation du raisonnement ouvrant le
plus de déductions,
- Création de critères et règles
personnels,
Rechercher des collaborations - Utilisation de feedbacks
plus efficaces avec ses pairs
- Utiliser les interactions sociales entre apprenants.
- Vivre des situations d’apprentissage coopératif, de
projets collectifs pour placer les élèves en situation de
co-construction des connaissances.
4 – Quelle EPS pour les adolescents ?
42

Le développement moral et le rapport aux autres (dimension sociale)

Les règles en EPS


(J-A Méard et S. Bertone, L'élève qui ne veut pas apprendre, Revue EPS n°259, 1996)

Institutionnelle Jeux sportifs Groupale Apprentissage Sécurité

L’attribution du sens de la règle

Hétéronomie Auto-régulation Autonomie


Anomie
(obéissance avec (reconnaissance de la (fonctionnement et
(absence de règle)
contrôle extérieur) nécessité d'une règle) négociation de la règle)

Pour que l’adolescent perçoive l’intérêt et l’utilité de la règle, il faut…

Qu’il y ait un problème ou Que soit élaborée et Que cette règle puisse ensuite
une situation rendant la négociée une règle de s’exercer, notamment en cas de
règle nécessaire (utilité) conduite commune (portée) contestation (fonctionnalité)
4 – Quelle EPS pour les adolescents ?
43
Le développement moral et le rapport aux autres (dimension sociale)

Le groupe en EPS

Structure d’accueil Lieu de souffrance


Reconnaissance, loyauté, entraide Isolement, relation pathologique aux objet

Pour que l’adolescent s’inscrive dans un projet collectif, il faut…

un but communément des rôles identifiés et un climat affectif positif une régulation des
partagé complémentaires d’écoute et d’entraide actions menées

Pour que l’adolescent puisse exercer des responsabilités au sein d’un groupe, il faut…

Traduire ces connaissances à Créer un contexte permettant


Acquérir les connaissances
travers des actes et gestes d’assumer et de réguler les
permettant d’exercer le rôle
appropriés conséquences des décisions
4 – Quelle EPS pour les adolescents ?
44
Le développement moral et le rapport aux autres (dimension sociale)

La place et le rôle du professeur d’EPS

L’exemplarité L’exigence
L’exemplarité et l’éthique du Une relation pédagogique qui
professeur constitue deux évite le copinage, le
piliers centraux dans chantage affectif, la rigidité,
l’intervention avec des l’hostilité ou l’indifférence,
adolescents. sans renoncer à l’autorité
permet de répondre aux
besoins simultanés
d’autonomie et d’autorité, de
liberté et de sécurité des
La bienveillance La tolérance
adolescents.
Mettre en valeur les élèves est Un style d’enseignement
un ferment dans le démocratique faisant place à la
déclenchement, l’intensité et la coopération, à l’autonomie et à la
persistance de l’engagement responsabilité des adolescents favorise
des adolescents en EPS. une bonne dynamique de groupe.
4 – Quelle EPS pour les adolescents ?
45

Autonomes et dépendants, individualistes et


fascinés par le groupe, péremptoires et sujets
au doute, les adolescents sont les champions
du paradoxe
A. Braconnier, D. Marcelli, 1998
Les 7 besoins capitaux des adolescents
(M. Fize, Antimanuel d’adolescence, 2009)

L’EPS permet de vivre en actions et en émotions une large palette de relations à soi et aux autres
et de les symboliser. Elle participe ainsi à la découverte de soi, à une investigation de l’intime et à
la construction de certains savoirs pratiques concernant la relation sociale. Elle est aussi l’occasion
d’intégrer les préoccupations des adolescents, les transformations pubertaires auxquelles ils sont
confrontés qui modifient la relation à l’autre et à l’activité physique. Ces transformations constituent
une préoccupation centrale pour les ados qui peuvent perdre leur aisance motrice et surtout le
goût pour la pratique. Participer à la construction de savoirs concernant la gestion des émotions, la
communication, l’identité et la préservation mutuelle : espace dans lequel l’EPS peut contribuer à
la gestion de la vie physique actuelle et à venir.

C. Perrin, D. Motta (1998). Analyse d’un cas de contenus interdisciplinaires visant la prévention du sida.
Recherches en EPS, Bilan et perspectives
4 – Quelle EPS pour les adolescents ?
46

- En EPS, et notamment au collège, l’importance de la sollicitation corporelle à un


âge de bouleversement somatique (souvent synonyme de fragilité narcissique) doit
conduire l’enseignant à créer un contexte affectif sécuritaire de manière à ce que
l’élève puisse explorer et apprivoiser les nouveaux pouvoirs de son corps.

- « Le corps n’est pas un objet. La conscience que j’en ai n’est pas une pensée (...)
Je n’ai pas d’autre moyen de connaître le corps humain que de le vivre (...) Je suis
donc mon corps » (M. Merleau-Ponty. Phénoménologie de la perception, 1945).

- « L’EPS aide tous les collégiens et collégiennes à acquérir de nouveaux repères sur
soi, sur les autres, sur l’environnement, pour construire une image positive de soi
dans le respect des différences » (Programme de l’EPS pour le cycle 4, arrêté
9/11/2015).
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