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Toutankhamon : Mystères et découvertes

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LES GRANDS PHARAONS
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LES GRANDS PHARAONS

TOUTANKHAMON

Collection dirigée par Pierre Tallet


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MARC GABOLDE

LES GRANDS PHARAONS

TOUTANKHAMON

Pygmalion
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© 2015, Pygmalion, département de Flammarion


ISBN 978-2-7564-0990-0

Le Code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L. 122-5 (2° et 3° a), d’une
part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées
à une utilisation collective » et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but
d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le
consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite » (art. L. 122-4).
Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefa-
çon sanctionnée par les articles.L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
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INTRODUCTION

En janvier 1923, selon les colonnes du magazine L’Illustration,


Toutankhamon était devenu en à peine deux mois « l’homme le
plus populaire de la Grande-Bretagne 1 ». Depuis, sa notoriété n’a
fait que croître et le jeune roi est certainement le plus
universellement connu de tous les pharaons.
La découverte de son tombeau y est bien entendu pour beau-
coup, mais s’y ajoute un aspect romanesque qui n’était pas immé-
diatement perceptible au début du XXe siècle.
Tous les ingrédients d’une excellente histoire étaient effective-
ment là : un fabuleux trésor, des morts apparemment inexpliquées
et, en arrière-plan, l’essor et la chute du premier monothéisme his-
torique. L’étrange promoteur de ce culte solaire insolite, Akhena-
ton, avait de surcroît épousé la plus belle femme de l’Antiquité,
Nefertiti, dont la beauté intemporelle était en passe d’être révélée 2
et l’on ne doutait pas que le roi soudainement célébré leur était
apparenté. Toutankhamon était un bel adolescent ténébreux, aussi
riche que puissant et son règne apparaissait comme un moment
privilégié dans une époque déjà remarquable où l’art et les idées
frappaient par leur apparente modernité. En outre, les mystères
entourant l’existence de ce souverain à peine sorti de l’enfance, le
secret de ses origines et l’énigme de sa mort prématurée permet-
taient toutes les hypothèses et élucubrations ; elles fleurirent donc
aussitôt.
Pourtant, le trésor de Toutankhamon, par son omniprésence,
constitue une sorte d’écran éblouissant qui empêche d’apprécier la
véritable richesse documentaire de ce règne singulier. Pour y
parve- nir, il faut oublier l’or et procéder comme on le fait
lorsque l’on

7
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étudie les règnes de l’immense majorité des pharaons dont la


tombe a eu la « chance » d’être pillée. Il faut interroger chaque
relief, ques- tionner chaque statue, scruter chaque inscription,
examiner chaque tesson pour en extraire les quelques informations
qu’ils recèlent et qui, une fois assemblées et confrontées à d’autres
sources, pren- dront enfin un sens.

On pourrait, d’ailleurs, écrire une histoire du règne de Toutan-


khamon sans utiliser un seul objet provenant de son tombeau et, il
faut bien l’avouer, la tentation fut grande parfois de relever ce défi.
Car, depuis la découverte de 1922, la connaissance du règne de
Toutankhamon a bénéficié de l’apport de beaucoup de nouveaux
monuments et d’études particulières. Les temples de Faras et de
Kawa en Nubie ont ainsi fait l’objet de publications exhaustives 3
et tous les reliefs de la colonnade de Louqsor sont désormais
acces- sibles grâce aux relevés et études de l’Oriental
Institute de Chicago 4. Ces trente dernières années, plusieurs
tombes contempo- raines du roi ont également été découvertes
ou redécouvertes. À Saqqarah, ce sont celles de quelques-uns
des plus hauts person- nages de l’État comme le généralissime
Horemheb 5, le ministre des finances Maya 6 ou la nourrice de
Toutankhamon Maïa 7. À Akhmîm, l’hypogée d’un des
précepteurs du roi, Senqed, a été iden- tifié dans les années 1990 8
et à Thèbes c’est la chapelle du premier prêtre d’Amon
Parennefer/Ounnefer qui a surgi des décombres de la nécropole
civile 9. De son côté, la publication du mémorial construit par
Aÿ pour Toutankhamon à Karnak, actuellement en cours 10,
devrait bientôt être achevée 11. Le hasard a également, parfois,
permis des trouvailles inattendues. Ainsi, la découverte for- tuite
de la stèle de Penniout dans une oasis méridionale a donné un
éclairage inespéré sur le contrôle de la frontière méridionale de
l’Égypte 12. Les études du mobilier funéraire de Toutankhamon se
sont également poursuivies depuis la découverte. Les chapelles
dorées 13, les arcs 14, les chars 15, le naos doré 16, les trônes 17, les
modèles de navires 18, les inscriptions en cursive hiératique 19, les
restes végétaux 20 et le sarcophage de quartzite 21 ont ainsi été
publiés. Les restes humains, souvent examinés, ont reçu
récemment une attention particulière utilisant les technologies
modernes de
22
radiographie et d’étude du patrimoine génétique .
D’innombrables ouvrages ont également traité du règne du jeune
roi et du contexte historique. Beaucoup de ces volumes, écrits par

8
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des auteurs non égyptologues, encombrent les rayons des biblio-


thèques plus qu’ils n’informent véritablement sur le règne 23 et la
plupart des sources dont on s’est servi ici sont des articles savants
publiés dans des revues spécialisées à l’accessibilité variable. Dans
ce genre d’investigations, l’accès à des travaux inédits peut être
éga- lement une source inestimable et je ne saurais assez
remercier
N. Kawai qui m’a permis d’avoir accès à sa thèse inédite soutenue
à la Johns Hopkins University de Baltimore en 2005. Beaucoup
des enquêtes prosopographiques présentées ici doivent leur qualité
à ses patientes recherches 24.
L’image du règne a donc assurément gagné en lisibilité depuis
quatre-vingt-dix ans et les documents extérieurs à la tombe, que
l’on peut confronter avec des sources du même ordre pour
l’ensemble du Nouvel Empire, permettent une mise en perspective
que les seuls objets du tombeau, par leur isolement même, interdi-
saient. En effet, à part quelques pièces, souvent peu connues, qui
livrent d’avares confidences – une canne de roseau (Carter n° 229),
un éventail (Carter n° 242) –, la vie du souverain est pratiquement
absente de sa sépulture et l’Égypte dans laquelle il vécut est à peu
près ignorée.
On ne trouvera donc dans les pages qui suivent que peu de réfé-
rences au trésor de Toutankhamon. Cette discrétion est délibérée.
Le lecteur pourra s’étonner de l’absence d’une belle photographie
du magnifique masque d’or. Il cherchera vainement un cliché du
cercueil en or massif de 110 kg et ne reconnaîtra peut-être pas
« son » Toutankhamon. Mais il découvrira, on l’espère, un autre
Toutankhamon, moins clinquant, moins spectaculaire mais tout
aussi passionnant et inattendu et, surtout, beaucoup moins connu.
À tous ceux que les ors de Toutankhamon fascinent légitimement,
on ne pourra que conseiller, en plus de la consultation des dizaines
de catalogues des expositions Toutankhamon, les plus récentes
publications consacrées au trésor, notamment celle de T.G.H.
JAMES, illustrée par les excellentes photographies d’Araldo DE
LUCA 25 ou encore l’ouvrage de Zahi HAWASS enrichi des remar-
quables clichés de Sandro VANINI 26.
Les documents parvenus jusqu’à nous ne représentent qu’une
infime portion des monuments d’origine. Le travail de l’historien
consiste en quelque sorte à reconstituer une immense fresque à
partir de fragments infimes, sans continuité apparente. Non seule-
ment le nombre des pièces conservées du puzzle est dérisoire, mais

9
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on ignore encore les limites du tableau original comme le nombre


et la nature des motifs iconographiques qui le composaient.
Le recours à l’imagination est donc indispensable pour combler
les lacunes de la documentation. Contrairement à une opinion
généralement partagée, l’imagination n’est pas un dévoiement de
la méthode historique, mais son essence même. Elle seule permet
de relier les documents entre eux pour établir les faits ; elle seule
permet de leur donner un sens plus global en les inscrivant dans
un contexte. Réunir, trier, analyser les documents n’est qu’une pre-
mière étape et la vérité est souvent fuyante. Elle ne tient
quelquefois qu’à d’infimes traces de signes hiéroglyphiques
d’interprétation dif- ficile dans des inscriptions effacées ou
surchargées. C’est avec ces vestiges à peine palpables que
l’archéologie tente de faire surgir des événements dans lesquels
l’Histoire puisera les matériaux néces- saires à ses analyses. Pour
prendre une image plus moderne, la documentation archéologique
est à l’histoire de l’Antiquité ce qu’un cimetière de voitures est à
l’histoire de l’automobile. L’archéo- logue pourra établir la
composition du parc des véhicules, consti- tuer une typologie et
assurer une chronologie. Avec les mêmes éléments, l’historien
tentera en plus de reconstituer le statut socio- professionnel des
automobilistes et le code de la route. La part d’incertitude sera
toujours considérable, les tâtonnements inévi- tables et les résultats
provisoires. Quels que soient les efforts des spécialistes et la
qualité de leurs méthodes, le passé reste imprévisible.
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LA DÉCOUVERTE DE LA TOMBE
DE TOUTANKHAMON

LA PREMIÈRE MARCHE

Lorsque, le 4 novembre 1922, Howard Carter arriva dans la


Vallée des rois, vers 10 h, un silence et un calme inhabituels
régnaient sur le chantier. D’ordinaire, les coups des houes métal-
liques et les conversations des ouvriers témoignaient de loin de
l’activité de fouilles. La sixième campagne de Carter dans la
Vallée des rois avait commencé trois jours plus tôt, en contrebas de
l’entrée de la tombe débutée par Ramsès V et achevée par
Ramsès VI. Il fallait assez rapidement fouiller et libérer cet empla-
cement pour permettre aux quelques touristes qui bientôt se presse-
raient dans la nécropole royale de visiter la magnifique tombe
commune de ces deux rois. Depuis trois jours, les ouvriers avaient
enlevé environ un mètre et demi de gravats et des alignements irré-
guliers de pierres indiquaient la présence d’abris provisoires liés de
toute évidence au creusement de la tombe ramesside située au-
dessus. Ces « cabanes » étaient conservées sur environ cinquante
centimètres d’élévation au mieux. Après les avoir dégagées, Carter
les avait photographiées et avait tracé leur plan sur la grande carte
de la vallée qu’il enrichissait régulièrement 1. Le programme pour
le 4 novembre était de détruire ces cabanes pour sonder les
remblais sur lesquels elles étaient fondées jusqu’au sol rocheux qui
devait se trouver au moins un mètre et demi plus bas.
Mais, ce matin-là, les ouvriers étaient inactifs et attendaient sans
bruit l’arrivée de Carter 2. Il comprit immédiatement que quelque

11
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chose sortant de l’ordinaire avait été découvert. Les ouvriers lui


annoncèrent alors que, sous les remblais supportant la première
cabane de pierre qui avait été soigneusement démontée, ce qui
sem- blait une marche de pierre creusée dans le roc avait été
dégagée. Carter se rendit immédiatement à l’emplacement de la
trouvaille. Le lit asséché du torrent qui constituait le fond de la
vallée était effectivement interrompu par une dépression où se
distinguait un angle droit visiblement taillé dans le rocher. Ce
pouvait être le coin nord-est de l’entrée d’un hypogée. Pour en
avoir le cœur net, Carter fit nettoyer la partie sud du rocher et,
effectivement, une marche taillée dans le roc apparut dans son
intégralité. L’archéologue attri- bua à la « trouvaille » le n° 433.
C’est le dernier numéro porté sur sa carte dont la réalisation fut
suspendue à partir de ce jour (fig. 1). Une tombe, ou au moins
l’entrée d’un hypogée, avait donc bien été creusée là. Les murets
de pierre grossiers qui avaient été édifiés au-dessus assuraient
que cette entrée était antérieure à la XXe dynastie et qu’au
pire, s’il s’agissait d’une tombe pillée dans l’Antiquité comme la
Vallée des rois en offrait de multiples exemples, ce pillage
éventuel n’était en tout cas pas postérieur au
règne de Ramsès V.
Carter entreprit de commencer à dégager l’escalier le jour même
et de poursuivre le lendemain, 5 novembre. Le travail était
nécessai- rement lent : les déblais devaient être examinés avec soin
pour récu- pérer les quelques artéfacts abandonnés par les Anciens
lors du comblement de la volée de marches. Au nord-ouest de la
cavité, à l’aplomb du rocher taillé à la verticale sous un léger
ressaut, les restes d’une porte scellée recouverte de plâtre furent
peu à peu dégagés et, après qu’eurent été exposées au jour quatorze
marches, il devint évident que la porte scellée était intacte.
Sur l’enduit, rapidement lissé à mains nues autrefois, des
empreintes de sceaux avaient été appliquées avant que le plâtre eût
durci. En comparant plusieurs d’entre elles, Carter parvint à
reconstituer le dessin de la matrice originale : un chacal couché sur
neuf prisonniers. C’était là le sceau officiel de la nécropole. Il indi-
quait qu’après son ultime fermeture, des fonctionnaires, en appo-
sant solennellement leurs empreintes sur la porte du tombeau,
avaient officialisé l’achèvement de leur travail. L’escalier avait
alors été comblé et la tombe promise à l’oubli. En revanche, pour
Carter, ces sceaux ne donnaient aucune indication sur l’identité du
proprié- taire, ni sur l’époque précise à laquelle la tombe avait
été close.

12
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Fig. 1 : Détail de la carte manuscrite de Carter montrant la progression des travaux en 1922. Le
point n° « 433 », à quelques mètres devant l’entrée de la tombe de (Ramsès V et) Ramsès VI,
contre les alignements des murets des abris antiques, correspond à la première trace de la tombe
de Toutankhamon. La réalisation de la carte a été interrompue après cela. D’après Carter MSS.
I.G. 52
© Griffith Institute
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C’était néanmoins l’indice encourageant que la tombe renfermait


quelques vestiges de valeur. On n’aurait a priori certainement pas
maçonné une porte et marqué de sceaux une tombe vide 3.
Au sommet de la porte scellée, quelques éclats de plâtre étaient
tombés et laissaient voir un linteau de bois pris dans la
maçonnerie. Carter pratiqua un petit orifice juste en dessous afin
de voir au- delà du blocage. Ce simple coup d’œil lui permit
d’apercevoir un corridor descendant en pente, comblé presque
jusqu’au plafond de remblais. Il était clair que l’on avait pris un
grand soin à rendre hermétique la dernière fermeture du tombeau.
Malgré l’excitation, Carter décida de combler de nouveau l’esca-
lier et d’informer son mécène, Lord Carnarvon. Il recouvrit avec
les déblais des jours précédant l’entrée du tombeau et, à la fin de
la journée, il n’y avait plus trace de la tombe. Carter avoua
d’ailleurs qu’en voyant de nouveau son chantier tel qu’il l’avait
ouvert cinq jours plus tôt, sans tombe, il dut se persuader plusieurs
fois qu’il n’avait pas rêvé. Le lendemain, Carter envoya un télé-
gramme à Highclere, la résidence de Carnarvon : « Avons enfin fait
une merveilleuse découverte dans la Vallée : une magnifique
tombe avec sceaux intacts. Tout recouvert en attendant votre
arrivée. Féli- citations. »

LORD CARNARVON

Cela faisait maintenant quinze ans que George Edward Stan-


hope Molyneux Herbert, 5e comte de Carnarvon et Howard Carter
travaillaient ensemble en Égypte. Titulaire du deuxième permis de
conduire d’Angleterre – le premier ayant été accordé sans épreuve
à la reine Victoria –, l’aristocrate britannique, amateur de vitesse,
avait été également l’une des premières victimes de la route suite à
un accident survenu en 1901 près de Bad Schwalbach en Alle-
magne. Son médecin, pour guérir les conséquences douloureuses et
handicapantes de ses fractures, lui recommanda un climat sec et
chaud. L’Égypte était une convalescence parfaite. Les occupations
pour un Lord anglais amateur de sensations y étaient néanmoins
rares. L’archéologie y remédierait.
En 1907, suivant une recommandation de Gaston Maspero,
alors directeur du Service des Antiquités, Lord Carnarvon confia
la direction officielle de son chantier à Howard Carter, archéologue

14
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renommé pour le sérieux de son travail, son intransigeance et son


caractère parfois difficile.
Entre 1908 et 1916, les deux hommes fouillèrent dans la nécro-
pole civile de Thèbes, non loin du temple d’Hatchepsout à Deir
el-Bahary, et firent quelques découvertes qui leur assurèrent une
reconnaissance certaine en tant qu’archéologues. Carter et Carnar-
von découvrirent ainsi en 1913-1914 une tombe royale, connue des
populations locales, et qui appartenait soit à Amenhotep Ier, soit
à son épouse, la reine Ahmès-Nefertary. En 1916, les fouilleurs
britanniques eurent même la surprise de prendre possession pour
le compte du Service des Antiquités de la tombe d’Hatchepsout,
épouse royale de Thoutmosis II, creusée au milieu d’une falaise,
alors qu’elle était en cours de pillage par des villageois.
Carter attendait en fait que la concession accordée à l’avocat
d’affaires américain Theodore DAVIS dans la Vallée des rois expire
pour prendre le relais. Entre 1902 et 1914, Davis avait trouvé ou
dégagé plus d’une trentaine de tombes de la Vallée des rois, au
nombre desquelles on comptait celles d’Hatchepsout pharaon
(KV 20, 1903), de Thoutmosis IV (KV 43, 1903), de Youya et
Thouya, beaux-parents d’Amenhotep III (KV 46, 1905), d’Akhe-
naton (KV 55, 1907), d’Horemheb (KV 57, 1908) et de Siptah
(KV 47, 1907). Carter avait travaillé avec Davis et il savait que ce
dernier avait mis au jour en 1907 une cache avec des objets au nom
de Toutankhamon (KV 54). Davis avait jugé la trouvaille de peu
d’importance et accorda à H. W INLOCK, conservateur au Metro-
politan Museum of Art de New York l’essentiel de sa part du
dépôt. En l’examinant soigneusement, Winlock se rendit compte
qu’il s’agissait de rebut du matériel qui avait servi pour
l’embaume- ment et l’inhumation de Toutankhamon 4. Carter,
informé orale- ment par Winlock de son raisonnement, savait ainsi
que Toutankhamon avait été inhumé dans la Vallée des rois et,
comme aucune tombe à son nom n’y avait été découverte, il
pouvait donc supposer que celle-ci restait encore à trouver. Malgré
le constat désabusé de Davis en 1912 : « je crains que la Vallée
des rois ne soit maintenant épuisée », Carter était certain qu’il y
avait encore quelque espoir de retrouver un tombeau peut-être
intact. En effet, bien que le sol originel de la Vallée des rois ait été
atteint à de nombreux endroits, il était évident que d’énormes
masses de maté- riaux provenant du creusement des tombes
ramessides et des déblais des fouilles anciennes et modernes
recouvraient des niveaux

15
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antérieurs à l’ère des Ramsès, c’est-à-dire contemporains de la


XVIIIe dynastie. En déplaçant ceux-ci, la possibilité de trouver des
tombes non explorées depuis au moins le XIe siècle av. J.-C. était
loin d’être une vue de l’esprit.
En 1915, la concession de fouilles de Davis étant parvenue à son
terme, Carnarvon et Carter purent demander une autorisation de
travail pour la Vallée des rois. Carter commença les fouilles non
pas dans la vallée principale, mais dans la Vallée de l’ouest où se
trouvaient deux tombes royales de la fin de la XVIIIe dynastie,
celle d’Amenhotep III, WV 22 (commencée par Thoutmosis IV) et
celle d’Aÿ, WV 23, le successeur de Toutankhamon. La tombe
d’Amen- hotep III était probablement ouverte depuis l’Antiquité et
avait été explorée par les savants de l’Expédition d’Égypte en
1799. Celle d’Aÿ avait été grossièrement dégagée par Belzoni en
1816. L’appa- rition sur le marché local de l’art de trois plaques de
cornaline (actuellement au Metropolitan Museum of Art, New
York) suppo- sées provenir des environs de la tombe WV 22 avait
laissé penser à Carter que d’autres objets de ce type pouvaient être
encore enfouis dans la tombe ou à proximité de son entrée. Les
abords de la tombe fournirent un fragment de figurine funéraire au
nom de la reine Tiyi, épouse d’Amenhotep III et, devant l’entrée,
cinq dépôts de fondation – dont un au nom de Thoutmosis IV –
furent découverts. Dans la tombe, Carter vida le puits funéraire qui
livra d’autres fragments de mobilier funéraire.
Il se peut que, dès cette époque, Carter ait voulu poursuivre son
enquête sur l’éventuelle tombe « manquante » de Toutankhamon.
La Vallée de l’ouest était effectivement un emplacement possible
dans la mesure où le jeune roi avait régné entre Amenhotep III et
Aÿ et que ces deux rois avaient choisi ce vallon isolé et sauvage, à
l’ouest de la branche principale de la Vallée des rois, pour y faire
creuser leurs ultimes demeures. Seules cinq « tombes » de la
XVIIIe dynastie occupent ce site, dont une cache d’embaumement
ou de creusement à proximité de la tombe d’Amenhotep III
(WVA), une autre, probablement en relation avec l’hypogée d’Aÿ
(WV 24) et une amorce de tombe royale anonyme qui a été
envisagée par plusieurs chercheurs comme la tombe thébaine
d’Amenhotep IV Akhenaton avant que le futur Akhenaton ne
s’installe à Amarna (WV 25) 5.
Toutefois, la recherche de la tombe de Toutankhamon dans la
Vallée des rois ou dans la Vallée de l’ouest soulevait à l’époque
une

16
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objection majeure de la part de la communauté des égyptologues :


Davis avait trouvé en janvier 1909 dans la tombe KV 58 du
matériel inscrit au nom du roi et de son successeur, Aÿ, notamment
des feuilles d’or et, à proximité, avait dégagé de sous un rocher
une coupe en faïence portant le cartouche du pharaon. Avec la
trou- vaille à une centaine de mètres de là, à proximité de la tombe
de Ramsès X (KV 18), de la cache d’embaumement KV 54 où une
étoffe et des sceaux étaient marqués au nom de Toutankhamon, il
ne faisait guère de doute pour Davis que KV 58 était l’hypogée de
ce souverain obscur. Il avait d’ailleurs intitulé son rapport concer-
nant KV 57 et KV 58 The Tombs of Harmhabi and
Touatânkhama- nou. Carter, comme Winlock, avait une
interprétation différente de ces dépôts. Si la cache d’embaumement
était, aux yeux de Carter, l’assurance que Toutankhamon avait été
inhumé dans la Vallée des rois, la tombe KV 58, avec son entrée à
puits et sa chambre funé- raire modeste et sans décor, n’avait rien
d’une tombe royale. La tombe de Toutankhamon, il en était certain
maintenant, l’attendait quelque part dans la nécropole royale.
La Vallée de l’ouest où il fouillait alors était, cependant, très
éloignée de la cache d’embaumement KV 54. En outre, en homme
de terrain, Carter avait certainement exploré les moindres recoins
de ce vallon désertique ; ce qui avait dû le convaincre rapidement
qu’aucun autre hypogée enfoui ne se trouvait là. La présence d’une
tombe se signale généralement par des couches proches de la sur-
face constituées d’éclats de calcaire aux angles vifs d’un blanc
immaculé provenant du travail de creusement. Il faut croire qu’au-
cun indice de cette sorte n’était soupçonnable dans la Vallée de
l’ouest. En outre, cette vallée n’avait pas été occupée à l’époque
ramesside et il n’y avait aucune chance que des dépôts et structures
plus anciens aient été masqués par des déblais provenant du
creuse- ment de tombes plus récentes. Les monticules des fouilles
modernes qui encombraient la branche principale de la Vallée des
rois étaient également absents de ce côté-ci et la Vallée de
l’ouest était peu ou prou telle que l’avaient abandonnée les
ouvriers de la XVIIIe dynastie. Rien ne laissait présager qu’un
autre pharaon de cette période eut décidé d’y faire creuser sa
tombe 6.
La Première guerre mondiale avait ralenti l’activité archéolo-
gique. En 1917, Carter entreprit de retourner vers la partie centrale
de la Vallée des rois.

17
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Entre 1917 et 1920, Carter explora divers endroits très espacés


de la vallée, mais revint régulièrement dans les environs de la
tombe de Merenptah (KV 8). En effet, entre les entrées des tombes
de Ramsès II (KV 7), Merenptah (KV 8) et Ramsès V et VI (KV
9), se situait un petit vallon qui avait été presque entièrement
comblé par les déblais de creusement des tombes de ces rois (fig.
2). S’y ajoutaient probablement des déblais provenant du
creusement des tombes des enfants de Ramsès II (KV 5) et de celle
de Ramsès IX (KV 6), situées à l’est du chemin, juste en face.
Tous les niveaux antiques antérieurs à ces tombes étaient donc
virtuellement intacts. La tâche était néanmoins considérable et la
quantité de déblais à évacuer nécessitait l’aménagement d’une voie
ferrée pour les wagonnets Decauville. Le ballast des rails, surélevé
par rapport au sol moderne de la vallée, avait d’ailleurs fini par
condamner prati- quement l’accès à la tombe de Ramsès II (fig. 3).
Les trouvailles étaient maigres. Près de la tombe de Merenptah,
une cache avec des vases de calcite aux noms de Ramsès II et de
Merenptah étaient les seuls objets remarquables parmi des cen-
taines d’ostraca figurés ou inscrits trouvés en 1920. Carnarvon
commençait à douter de l’existence de tombes inviolées dans le
secteur.
Entre décembre 1920 et janvier 1921, Carter fit un sondage pro-
fond juste au sud de l’entrée de la tombe de Ramsès V et VI
(KV 9). Il mit au jour des cabanes d’ouvriers de l’époque de ces
deux rois qui étaient dans la continuité de celles trouvées par Davis
en 1908. Le sondage montrait que le lit originel de la vallée,
serpen- tant en une sorte d’étroit canyon, était profondément
enfoui sous les gravats ramessides et que le sol de l’époque de
Ramsès V et VI se situait au moins entre 1,50 m et 2 m au-dessus
de celui de la XVIIIe dynastie. Il ne poursuivit cependant pas dans
ce secteur et le reste de la saison 1920-1921 fut consacré à
l’exploration des envi- rons de la tombe de Thoutmosis III (KV
34), au fond de la vallée. Ce n’est qu’à la toute fin de la campagne
que Carter revint dans le centre de la vallée et explora une zone
au sud de la tombe KV 55 découverte par Davis en 1907 et qui
était vraisemblablement la dernière demeure d’Amenhotep IV-
Akhenaton. Entre-temps, l’essentiel du vallon entre les tombes de
Ramsès V et VI (KV 9) et la tombe de Merenptah (KV 8) avait été
vidé et, une fois le chemin de fer Decauville démonté, il serait
possible de descendre à cet endroit jusqu’au fond du lit de l’oued
desséché.

18
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Fig. 2 et 3 : En haut, la Vallée des rois avant les fouilles de Carter. L’objectif
du fouilleur était en premier lieu d’enlever les déblais comblant le vallon
entre la tombe de Merenptah (à droite) et celle de Ramsès V et VI (au centre).
En bas, la zone au nord de la tombe de Ramsès V et VI (non visible) en
jan- vier 1918. L’entrée de la tombe de Toutankhamon, encore masquée, se
trouve à une dizaine de mètres à gauche du point le plus profond de la fouille.
D’après Carter MSS. I.J. 319 et Carter MSS. I.J. 327. © Griffith Institute

19
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Pourtant, au printemps 1922, Carter ne reprit pas le travail à cet


emplacement, mais décida de nettoyer un secteur près de la tombe
de Siptah (KV 47) découverte par Ayrton pour Davis en 1905.
Il est difficile de connaître les raisons de ce choix dans la mesure
où Davis avait apparemment exploré ce secteur en profondeur
auparavant 7.
L’absence de trouvailles commençait à désespérer Lord Carnar-
von dont la santé déclinait. En outre, le nouveau directeur du Ser-
vice des Antiquités, Pierre LACAU, était à l’écoute des exigences
nationalistes, et souvent antibritanniques, des Égyptiens dont le
leader SAAD ZAGHLOUL, avait été emprisonné par les Anglais.
Lacau voulait un contrôle beaucoup plus strict des activités de
fouilles et limiter la part revenant aux fouilleurs lors des partages.
À l’été 1922, Carter et Carnarvon eurent une longue et impor-
tante discussion dans la magnifique bibliothèque du château de
Highclere. Le mécène avait décidé de ne plus financer les travaux
dans la Vallée des rois. Trop peu de résultats l’avaient amené à la
conclusion que ces fouilles étaient vaines, dispendieuses et fati-
gantes. Carter, qui pouvait reprendre à son compte la concession,
informa le Lord qu’il était décidé à poursuivre l’exploration de la
vallée, quitte à le faire seul à l’aide de ses propres deniers. Carnar-
von savait que Carter n’avait pas de fortune et, devant tant de
pugnacité de la part de ce dernier et impressionné par sa convic-
tion, l’aristocrate, ému, se résolut à financer une ultime campagne.
Dans quelle mesure cette relation un peu mélodramatique de
l’entretien transmise par Sir Alan GARDINER est-elle exacte ? Nul
ne le saura sans doute jamais. Carter avait-il plus que sa conviction
et son opiniâtreté pour convaincre Carnarvon ? Souhaitait-il vrai-
ment poursuivre seul l’exploration et, en quelque sorte, écarter
Carnarvon 8 ? Voulait-il simplement l’émouvoir ?
Deux indices demeurent troublants. Le premier est lié à la poli-
tique archéologique de Carter. Pourquoi, après avoir fait un son-
dage profond au sud de l’entrée de la tombe de Ramsès V et VI et
après avoir exploré une zone au sud de la tombe KV 55 située à
moins de vingt mètres du précédent sondage, ne poursuivit-il pas
dans ce secteur mais choisit-il, pour le printemps 1922, d’aller
explorer les environs de la tombe de Siptah (KV 47) déjà passable-
ment remués par Davis ?
Le second indice est la présence dans la collection de Lord Car-
narvon pendant l’été 1922 – soit quelques mois avant la découverte

20
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de la première marche du tombeau –, d’une paire de cabochons en


faïence au nom d’Aÿ, le successeur de Toutankhamon.
Ces deux cabochons sont absolument semblables à une autre
paire retrouvée par Davis dans la tombe KV 58, toute proche de
la tombe de Toutankhamon 9. Les pièces de la collection Carnar-
von sont maintenant conservées dans les vitrines du Metropolitan
Museum of Art 10, mais furent exposées pendant l’été 1922 au Bur-
lington Fine Arts Club 11. Leur provenance est totalement incon-
nue 12. Ces boutons de faïence peuvent avoir été acquis sur le
marché local de l’art par Carter et Carnarvon, mais ils peuvent
également provenir des explorations de Carter dans la Vallée des
rois, bien qu’ils ne figurent dans aucun de ses inventaires. Leur
ressemblance avec les cabochons provenant de la tombe KV 58
suggère qu’ils viennent de la Vallée des rois et ils sont, peut-être,
un de ces indices qui amenèrent Carter à souhaiter une ultime cam-
pagne pour l’automne et l’hiver 1922.
Après tout, Davis, quelques années plus tôt, avait la réputation
de trouver une nouvelle tombe chaque année dans la vallée et,
malgré le constat pessimiste qu’il faisait en 1912, il n’y avait
aucune bonne raison pour qu’en remuant des déblais dans des
zones épar- gnées par Davis, Carter ne tombe pas lui aussi sur un
tombeau. C’était, en quelque sorte, presque une affaire de simples
statistiques et probabilités après quinze années de fouilles 13.

L’OUVERTURE DU TOMBEAU

Carnarvon répondit dès réception du télégramme à Carter par


deux câbles envoyés le 7 novembre. Le premier indiquait simple-
ment « arrive probablement bientôt » tandis que le second précisait
« propose d’arriver à Alexandrie le 20 [novembre] ».
Carter avait un peu plus d’une dizaine de jours pour préparer
l’ouverture du tombeau. Il demanda à CALLENDER, ingénieur et
architecte à la retraite avec lequel il avait collaboré à plusieurs
reprises, de le rejoindre, ce que ce dernier accepta.
Le 18 novembre Carter se rendit au Caire pour faire divers
achats et accueillir Carnarvon. Le 21, il était de retour à
Louqsor et le 23 Lord Carnarvon et sa fille, Lady Evelyn
HERBERT, étaient eux-mêmes sur le quai de la gare de Louqsor
14
.

21
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Carter, occupé avec Lord Carnarvon, demanda à Callender de


faire dégager de nouveau l’escalier pour une inspection dans
l’après-midi du 24 novembre. Lorsque Lord Carnarvon, sa fille et
Carter arrivèrent dans la vallée, il ne restait que quelques marches
à exposer. Carter en avait nettoyé quatorze le 5 novembre, mais
deux autres restaient encore à fouiller. C’est en dégageant ces der-
nières que Carter et Callender se rendirent compte que la base
du blocage de la porte était constituée d’une maçonnerie un peu
différente de celle que l’on voyait au-dessus. Il était évident que la
tombe avait été ouverte puis refermée au moins deux fois dans
l’Antiquité. Deux petites excroissances de plâtre dépassaient de la
surface de l’enduit. Elles avaient l’apparence de deux demi-loupes
collées à la paroi. Carter comprit alors que ces deux protubérances
de plâtre étaient en fait les négatifs de petites fosses, aménagées à
même le sol antique, contre le mur de fermeture, où l’on avait
gâché du plâtre lorsque la tombe avait été refermée. Tous les
sceaux portés sur les parties au-dessus de ces amas étaient ceux des
res- ponsables de la nécropole, le chacal sur les neuf prisonniers.
En revanche, au-dessous, Carter put lire des empreintes différentes
et pour lui d’une importance toute particulière, puisqu’y figurait de
manière claire le nom du roi dont il cherchait la tombe depuis si
longtemps : Toutankhamon.
Les sentiments des fouilleurs étaient partagés, entre déception et
espoir. Ils étaient certains que la tombe avait été pillée en deux
occasions dans le passé. Mais ils étaient tout aussi certains que des
responsables de la nécropole avaient scrupuleusement refermé le
tombeau après ces incursions, ce qui signifiait que l’hypogée
devait encore contenir des éléments du mobilier funéraire original.
Cette dernière fermeture du tombeau était, par ailleurs, antérieure
aux règnes de Ramsès V et VI puisque les abris d’ouvriers qui se
trou- vaient au-dessus de l’entrée dataient au plus tard du début du
creu- sement de l’hypogée de ces deux rois. La date était
d’importance, car les grands pillages de la nécropole royale avaient
commencé au plus tôt sous le règne de Ramsès IX, soit vingt ans
au moins après le règne de Ramsès V. Quelle qu’ait été l’étendue
des dommages subis par la tombe, ils n’auraient rien à voir avec
l’entreprise systé- matique de récupération du mobilier et des
métaux précieux qui avait caractérisé les pillages et
réinhumations de la fin de la XXe dynastie et du début de la
XXIe.

22
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Pour ajouter à la confusion, les dernières dizaines de centimètres


de déblais de l’escalier avaient fourni un peu de matériel inscrit.
Les éléments d’un coffret de bois portaient les noms d’Akhenaton
et de son successeur vraisemblablement féminin qui était alors
abu- sivement confondu avec l’énigmatique Smenkhkarê (Carter
n° 1k). Un fragment portait le nom d’Amenhotep III et un scarabée
était même inscrit au nom de Thoutmosis III.
Tant d’informations contradictoires laissaient perplexe. Les
fouilleurs avaient rencontré les noms de cinq rois différents de la
XVIIIe dynastie ; observé les traces d’au moins deux intrusions
antiques et, enfin, avaient pu constater que les dimensions
modestes de l’escalier et de la porte de la tombe étaient bien éloi-
gnées des normes pour les tombes royales. Carter ne put s’empê-
cher de songer à la tombe KV 55 découverte par Davis en 1907 et
dont l’entrée se trouvait à 30 m au nord-ouest de la tombe qu’il
venait de trouver. KV 55 était de plan non royal bien qu’un pha-
raon y ait été enterré. Le blocage de la porte de cette tombe mon-
trait au moins deux fermetures antiques et le matériel découvert
datait également de la fin de la XVIII e dynastie. Pour la poursuite
des travaux de fouilles, Carter et son équipe admirent momentané-
ment qu’ils avaient probablement trouvé une cache datant de
l’époque de Toutankhamon qui devait être liée à des inhumations
ou réinhumations de personnages de haut rang à Thèbes après le
retour de l’orthodoxie amonienne et l’abandon d’Amarna.
Le lendemain, le 25 novembre, après avoir photographié les
enduits et les empreintes qu’ils portaient, Carter et Callender
démantelèrent le blocage de la porte constitué d’éclats de calcaire
montés en pierre sèche et simplement liés entre eux par l’enduit
extérieur. Un corridor en pente, entièrement comblé d’éclats de
cal- caire s’ouvrait devant eux. Le coin supérieur gauche était
bloqué avec des pierres plus grosses et plus patinées. Carter y
reconnut un boyau creusé dans le premier remplissage et qui devait
corres- pondre à la dernière intrusion dans la tombe.
À la fin de la journée, le corridor n’était toujours pas vidé. Dans
le remplissage, des tessons, des vases fragmentaires, de petits
objets furent mis au jour.
Pendant la matinée du 26 novembre 1922, le lent travail de
déblaiement du corridor se poursuivit et, au milieu de l’après-midi,
une seconde porte scellée, identique à la première et portant les
mêmes traces de multiples fermetures antiques, apparut à environ

23
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dix mètres de la première, en léger contrebas. Carter se souvient


dans sa narration de la découverte que cette journée fut la « plus
merveilleuse qu’il ait jamais vécue 15 ». Il était pourtant, à cet instant
et malgré les sceaux au nom de Toutankhamon, encore
persuadé par les indices recueillis depuis deux jours d’avoir
affaire à une cache plutôt qu’à un véritable tombeau.
Dûment relevée et photographiée, la porte entièrement dégagée
était la dernière limite séparant les fouilleurs du dépôt antique qui
se trouvait derrière et dont ils imaginaient le contenu avec autant
d’espoir que d’appréhension. Malgré des trouvailles parfois exci-
tantes ou émouvantes, une fouille est généralement une suite de
déconvenues et de déceptions devant l’ampleur des destructions
dues au temps ou aux hommes. Carter avait sans doute encore à
l’esprit la désastreuse ouverture de la tombe de Bab el-Hossan (la
« porte du cheval ») en 1900 pour laquelle il avait sollicité nombre
d’officiels égyptiens et britanniques et qui se solda par la décou-
verte d’une statue de Monthouhotep II, d’un cercueil vide et, au
fond d’un puits de 30 m, d’une petite chambre sans mobilier de
valeur. La statue royale était certes magnifique, mais bien éloignée
des promesses d’une tombe royale que cette ouverture aurait dû
révéler et les assistants n’avaient pas ménagé leurs critiques à
l’égard de Carter.
Dans la Vallée des rois, le contexte était heureusement différent.
En dehors de l’équipe réduite des ouvriers égyptiens qui avaient
extrait pendant toute la journée le remplissage du corridor, seuls
Carter, Callender, Lord Carnarvon et Lady Evelyn étaient les
témoins et acteurs de ce qui allait être un moment historique.

À l’aide d’une barre à mine, Carter attaqua le coin supérieur


gauche du blocage de la porte, enlevant petit à petit les pierres à
peine maçonnées. La barre à mine ne rencontra plus, soudain, la
moindre résistance. Un souffle d’air chaud s’échappa de la petite
ouverture faisant vaciller les flammes des bougies. L’usage de cet
éclairage sommaire était la règle, car il permettait de détecter la
présence éventuelle de gaz carbonique toxique. Il n’en était rien et
Carter élargit l’orifice afin de pouvoir passer un bras et pouvoir
jeter un coup d’œil à l’intérieur.
À la lueur incertaine de la bougie, les yeux de Carter commen-
cèrent à s’habituer à la pénombre du tombeau. Peu à peu des

24
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formes devenaient plus distinctes et, partout, l’éclat de l’or ren-


voyait la faible lumière de la flamme vacillante. Carter était stupé-
fait et, comme il le rappelle, incapable de prononcer le moindre
mot. Il fallut, après d’interminables secondes, que Carnarvon lui
demande s’il voyait quelque chose pour qu’il sorte de l’état de
sidé- ration dans lequel il se trouvait. Il ne put que dire : « oui, des
choses merveilleuses ! ».
Remplaçant les bougies par une torche électrique (ou en détour-
nant le circuit électrique alimentant la tombe de Ramsès V et
VI [?]) 16, les uns après les autres, Carnarvon, Lady Evelyn et Cal-
lender jetèrent un œil au contenu de la tombe et chacun demeura
interdit devant le spectacle qui s’offrait à leurs yeux.
Devant eux, trois lits funéraires dorés étaient alignés contre le
mur faisant face à l’entrée. Sur les lits comme en dessous, des cen-
taines de pièces avaient été rangées avec un ordre plutôt sommaire.
À gauche, les fragments d’un ou plusieurs chars étaient identi-
fiables et, à droite, deux statues royales encadraient un mur où,
distinctement, les traces d’une porte scellée étaient visibles.
Comme il n’y avait aucun objet ressemblant à un sarcophage, à un
cercueil ou à un coffre à canope, les fouilleurs en conclurent
rapidement qu’ils n’étaient qu’au début de leurs découvertes et que
d’autres salles devaient exister dans cet hypogée.

UNE EXPLORATION APPROFONDIE

Ce qui s’est passé ensuite est plus incertain. Si l’on donne foi
au récit de Carter, après ces minutes d’émerveillement et d’intense
émotion, les archéologues britanniques firent une inspection aussi
précise que possible du contenu de la chambre depuis l’ouverture
pratiquée. L’hypogée fut ensuite refermé en colmatant la brèche
ouverte et quelques ouvriers de confiance furent chargés de garder
le tombeau. Chacun rentra alors silencieusement à la maison de
fouilles, la tête encore envahie par les images du tombeau. Pendant
la soirée, échangeant leurs impressions et souvenirs, Carter et ses
compagnons furent même frappés par le caractère sélectif de leurs
souvenirs. Certains détails importants pour l’un d’entre eux étaient
passés totalement inaperçus à un autre, et vice versa.
On sait, depuis l’enquête de Thomas HOVING, que cette relation
des événements pèche au moins par omission.

25
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Il est, en effet, assuré que les quatre Britanniques procédèrent à


une visite beaucoup plus étendue, à la limite de ce que leur permis
de fouilles autorisait. Dans quelle mesure cette expédition aventu-
reuse était simplement un enchaînement de décisions liées à l’exal-
tation du moment, ou bien avait été secrètement préméditée est
impossible à savoir. Pour un fouilleur moderne, il paraît déjà sur-
prenant qu’aucun inspecteur du Service des Antiquités n’ait été
présent sur les lieux à ce moment-là. Était-ce un simple concours
de circonstances ou bien Carter et Carnarvon avaient-ils délibéré-
ment fait en sorte qu’il en fût ainsi, en avançant, par exemple,
l’instant décisif du percement de la seconde porte scellée ? Nul ne
peut savoir le vrai dans cette affaire. Il est en tout cas probable
que Carter et ses compagnons n’étaient, à ce moment-là, pas trop
embarrassés de l’absence d’un encombrant représentant officiel de
l’organisme qui gérait les autorisations de fouilles.
L’après-midi même de l’ouverture, après avoir légèrement
agrandi la brèche, Carter descendit dans l’antichambre et pria Lady
Evelyn de le suivre 17. Elle fut suivie quelques instants plus tard
par Carnarvon et Callender. Ce dernier, qui était assez corpulent,
eut même quelques difficultés à franchir la maçonnerie de la porte,
haute encore de plus d’un mètre, et à descendre dans la première
pièce du tombeau, légèrement en contrebas.
À l’aide des bougies dans un premier temps, puis de l’éclairage
électrique ensuite, ils examinèrent le contenu de cette pièce et
Carter eut la satisfaction de constater que la plupart des objets
portaient le nom de Toutankhamon. La tombe qu’il recherchait
depuis tant d’années était bien celle dont il arpentait maintenant
l’antichambre.
Le rapide tour d’horizon des objets contenus dans cette pièce et
qui étaient tous plus excitants les uns que les autres les comblait
de satisfaction. La tombe de Youya et Thouya (KV 46) découverte
par Davis en février 1905 avait livré plusieurs objets du même
ordre avec des fauteuils luxueux, des chars et des coffres, mais ici
le tra- vail était d’une qualité infiniment supérieure et partout ce
qui était simplement peint chez les beaux-parents d’Amenhotep III
était plaqué d’or et d’incrustations précieuses. L’examen avait
révélé la présence de trois grands lits à destination funéraire dont
l’espace sous les sommiers tressés était encombré de coffres,
tabourets, sièges, trônes, boîtes contenant des offrandes. Plusieurs
pièces étaient à destination funéraire et les tombes royales
pillées de la

26
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XVIIIe dynastie avaient fourni des fragments d’objets semblables,


dépouillés de leurs ors néanmoins. En revanche, d’autres meubles
et bibelots semblaient sortir tout droit du palais royal et donnaient
quelque idée des fastes de la cour. Certains étaient totalement
inconnus. En raison du manque de place évident, le mobilier de
cette salle avait été empilé sur plusieurs niveaux, mais cet état
résul- tait également d’une remise en ordre partielle effectuée
durant l’Antiquité.
Derrière l’enchevêtrement des objets placés sous le lit situé au
sud, Carter, qui était à la recherche d’éventuelles autres salles,
découvrit une petite ouverture béante qui témoignait visiblement
d’une effraction ancienne. Il restait quelques traces du scellement
d’origine mais, manifestement, l’on n’avait pas pris le soin de
reboucher l’orifice pratiqué par les voleurs. À plat ventre, à moitié
engagé dans l’ouverture, Carter constata que cette pièce était sens
dessus dessous et que les objets avaient été jetés sans soin les uns
sur les autres. Il avait devant les yeux le résultat effarant d’un
joyeux pillage qui avait néanmoins probablement été interrompu
tant il restait de merveilles. Après le vol, hâtivement et sans beau-
coup d’espace pour manœuvrer, des officiels avaient utilisé cette
annexe encombrée et bouleversée pour empiler rapidement des
objets qui avaient été renversés ou fracassés dans l’antichambre ;
un peu comme l’on pousse la poussière sous le tapis.
Revenant dans l’antichambre, Carter se tourna de nouveau vers
la surface située entre les deux statues noires du roi rehaussées
d’or qui attirait irrésistiblement l’attention. C’était visiblement une
porte maçonnée et lissée grossièrement à mains nues. Le plâtre
avait reçu des dizaines d’empreintes de sceaux. Carter et sa petite
troupe étaient désormais convaincus que la tombe se poursuivait
au-delà. Les indispensables sarcophages et vases canopes, absents
de la pièce où ils se tenaient et de la petite annexe en désordre,
devaient nécessairement se trouver derrière cette porte murée.
La reconstitution des événements de cette fin d’après-midi du
26 novembre 1922 reste difficile à établir. Deux thèses sont envisa-
gées. Selon la première, défendue par T.G.H. James, après
l’examen de l’antichambre et de l’annexe, les quatre explorateurs
sortirent alors de l’hypogée et rebouchèrent la porte murée donnant
accès à l’antichambre. Selon Th. Hoving, Carter, Carnarvon,
Callender et Lady Evelyn poursuivirent leur exploration du
tombeau.

27
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Toutes les études récentes s’accordent néanmoins pour affirmer


que la chambre funéraire et le trésor furent visités par Carter et ses
compagnons avant l’ouverture officielle du 16 février 1923. Cette
exploration eut nécessairement lieu entre le 26 novembre et le
1er décembre 1922. En effet, le 2 décembre, Lady Evelyn quittait
Louqsor pour retourner au Caire.
Deux témoignages directs de cette intrusion dans le reste de la
tombe ont été donnés incidemment par Lady Evelyn. Dans l’émou-
vante lettre de vœux qu’elle envoya à Carter le 26 décembre 1922,
la fille de Carnarvon écrivait : « Lorsque [Carnarvon] se sent
épuisé, il me demande de lui raconter encore et encore [la
découverte du] ‘Saint des Saints’, ce qui agit comme [le ferait
l’ouverture] d’un magnum de champagne ! Je ne pourrais jamais
assez vous remercier de m’avoir permis de pénétrer dans cette
enceinte sacrée. Ce fut le grand moment de mon existence 18. » Le
Saint des Saints et l’enceinte sacrée ne peuvent que faire allusion à
la chambre sépul- crale. D’un autre côté, le demi-frère de Lord
Carnarvon, Mervyn HERBERT, qui était présent lors de l’ouverture
« officielle » de la chambre funéraire au mois de février 1923, fut
renseigné par sa nièce sur le chemin de la Vallée des rois des
merveilles qu’il allait bientôt entrevoir. Il note dans son journal son
« secret » : « Tous deux [Carnarvon et Lady Evelyn] avaient été
[auparavant] dans la seconde chambre. Après la découverte, ils
n’ont pas pu résister [à la tentation]. Ils pratiquèrent un petit
orifice dans le mur (qu’ils rebouchèrent par la suite) et
s’engagèrent à l’intérieur 19. »
Une confirmation de cette intrusion qui, par le soin porté à en
masquer les traces, était d’évidence illicite, fut apportée huit ans
après la mort de Carter en 1939 par le chimiste et restaurateur
Alfred Lucas dans un article et une note (posthume) des Annales
du Service des Antiquités publiés en 1942 et 1947 et passés, du
reste, totalement inaperçus à l’époque 20. Lucas était entré au
service de Carter le 20 décembre 1922, soit un peu moins d’un
mois après la petite expédition de Carter, et avait remarqué
quelques faits trou- blants. Dans son article, il donnait des
compléments d’information à la publication du tombeau par Carter
et Mace dont l’édition s’était échelonnée entre 1923 et 1933. Lucas
s’arrêtait sur les p. 101- 102 du premier volume de l’ouvrage où
Carter évoquait la brèche pratiquée dans l’Antiquité par les «
voleurs » et rebouchée par la suite : « lorsque je vis le tombeau
pour la première fois vers le 20 décembre [1922] 21, l’orifice était
masqué par une large corbeille

28
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– ou un couvercle – de vannerie et des joncs ramassés sur le sol


placés au-devant par Carter […]. La planche XLII [de l’ouvrage de
Carter & Mace] montre l’orifice obturé, mais Lord Carnarvon, sa
fille et M. Carter avaient certainement pénétré dans la chambre funé-
raire et la pièce de stockage [adjacente : le « trésor »] avant
l’ouver- ture officielle, cette dernière étant dépourvue de porte 22 ».
Toujours sous la forme de compléments à la publication de Carter,
Lucas poursuivait : « ([II] pp. 90 et 255) Cette boîte à onguent
parfumé [Carter n° 240 bis, JE 61496] ne fut pas trouvée dans le
sarcophage comme l’affirme Carter, mais soit à l’extérieur, soit à
l’intérieur de la première chapelle dorée – à l’intérieur, je pense. Je
l’ai vue dans la maison de Carter avant l’ouverture officielle de la
chambre sépulcrale et elle fut bien évidemment trouvée lorsque
Lord Carnarvon et M. Carter pénétrèrent dans la chambre funéraire.
Cette boîte et quelques autres objets, dont la coupe d’albâtre
[calcite] (vol. I, pl. XLVI) [Carter n° 014, JE 62125] et quelques
éléments fragmentaires de joaillerie qui furent découverts
ultérieurement sur le sol de l’anti- chambre à l’emplacement de
l’orifice, furent emportés dans la maison de Carter pour des raisons
de sécurité jusqu’à ce que l’atelier [de restauration] ait été muni
d’une porte d’acier. Ils furent montrés à
M. Lacau, directeur général du département des Antiquités, et furent
ensuite emportés dans l’atelier où ils demeurèrent jusqu’à leur trans-
fert au Caire 23. » Dans une courte note additionnelle, Lucas revient
sur la brèche dans la maçonnerie de la porte donnant accès à la
chambre funéraire : « Carter affirme qu’“un examen approfondi
avait révélé le fait qu’une petite brèche avait été pratiquée vers la
partie inférieure [de la maçonnerie] et que l’orifice qui avait été
creusé avait par la suite été rebouché et scellé à nouveau”. Cette
affirmation est trompeuse car l’orifice, contrairement à celui de la
porte extérieure [du tombeau], n’avait pas été comblé et scellé de
nouveau par les responsables de la nécropole, mais par M. Carter
[lui-même]. Peu de temps après que j’ai commencé à travailler avec
M. Carter, il me montra en détail la fermeture et les nouveaux
scelle- ments et, tandis que je lui faisais remarquer que ceci ne
paraissait pas être un travail bien ancien, il admit que ce n’était
effectivement pas le cas et que c’est lui qui l’avait fait 24. »

Quel qu’ait été le déroulement des faits, en pénétrant dans la


tombe le 26 novembre sans inspecteur du Service à ses côtés,
Carter pouvait deviner qu’il était déjà à la limite de la légalité.
Il avait

29
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certes pris soin d’avertir Rex E NGELBACH, alors inspecteur en chef


de Louqsor, de la découverte, mais suffisamment tard pour être sûr
que celui-ci ne pourrait se rendre sur le chantier le jour même.
L’absence de représentant officiel du Service des Antiquités fut-
elle une opportunité mise à profit pour satisfaire discrètement une
excusable, sinon légitime curiosité ? C’est d’autant plus possible
que le constat que la tombe avait déjà été visitée par deux fois
dans l’Antiquité offrait une occasion de dissimuler les traces d’une
intrusion moderne en les faisant passer pour antiques.
En faveur d’une visite le jour même de l’ouverture demeure le
fait qu’après les inspections d’IBRAHIM EFFENDI le 27 novembre,
d’Engelbach le 28 et de Lacau le 30, le maquillage de la brèche
pouvait laisser des indices difficiles à dissimuler et attirer la suspi-
cion de ces personnes par la suite. Toutefois, l’indication « après
la découverte » donnée par Mervyn Herbert semble plaider en
faveur des jours suivant l’ouverture de l’antichambre plutôt que le
jour même pour cette visite. En outre, si l’on peut admettre que du
plâtre pouvait être à disposition dès le 26 novembre même dans la
Vallée des rois en prévision de l’ouverture du tombeau et de sa
fermeture en soirée afin d’en garantir de nouveau la sécurité après
une courte observation, il n’en va pas de même pour la réalisation
des sceaux. Ceux-ci avaient demandé la confection d’une matrice,
probablement avec de la cire à cachet, à partir des impressions
retrouvées sur l’une ou l’autre des portes scellées du corridor. Il est
douteux que cette opération complexe ait été imaginée dans le feu
de l’action et n’ait pas été préparée à l’avance. Ce n’est peut-être
pas un hasard si, de toutes les empreintes qui avaient été apposées
sur la porte murée de la chambre funéraire, les seules qui n’aient
pas été dessinées ni enregistrées par Carter sont celles qui avaient
été imprimées sur le bouchage de la « percée des voleurs » comme
il la désigna régulièrement par la suite 25.
Un brouillon de la main de Carnarvon donne des indications sur
la première visite du tombeau, le 26 novembre, mais on ne peut le
tenir pour une relation nécessairement exacte des événements dans
la mesure où cet écrit était certainement destiné à être diffusé à la
presse et ne pouvait que livrer des informations « officielles 26 ».
Le récit semble bien correspondre à l’exploration du 26 novembre
du fait que Carnarvon insiste au début sur l’éclairage avec des
chan- delles. À la fin de sa relation, Carnarvon déclare : « en
examinant de nouveau la première chambre, nous découvrîmes,
entre les deux

30
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grandes statues grandeur nature du roi, une partie murée sur la paroi
nord de la première chambre. Celle-ci était également recouverte
d’empreintes de sceaux, mais, au niveau du sol, au centre de ce
mur, il y avait les traces d’une petite brèche qui avait été pratiquée, à
peine large pour permettre l’accès à un homme de petit gabarit.
Celle-ci avait été rescellée ultérieurement, probablement par des
inspecteurs ramessides 27 ». Il n’est pas question de la chambre
funéraire mais il reste curieux que Carnarvon insiste sur la période
probable à laquelle l’orifice fut rebouché, donnant d’ailleurs une
information en contradiction avec les autres empreintes retrouvées
dans la tombe qui ne vont pas au-delà de la fin de la XVIIIe
dynastie 28. En tout état de cause, la corbeille et autres débris de
vannerie que l’on voit à la base du mur sur toutes les
photographies de Burton sont absents des relations
contemporaines. Il est vrai que les pre- miers clichés de Burton ne
furent pris que le 20 décembre, un peu moins d’un mois plus tard.
Par ailleurs, un indice sérieux que les voleurs antiques qui, par
deux fois semble-t-il, pénètrent dans la tombe, n’allèrent pas au-
delà de l’antichambre et de l’annexe, réside dans le fait qu’il n’y a
aucun raccord ni lien possible entre le moindre objet de la chambre
funéraire ou du trésor et l’un ou l’autre des objets retrouvés dans
l’antichambre ou l’annexe 29, alors que l’on possède quelques
séries de pièces mobilières ayant perdu leur intégrité et dont les
éléments se trouvaient pour partie dans l’antichambre et pour
partie dans l’annexe 30. Si des voleurs s’étaient introduits
anciennement dans la chambre funéraire et le trésor, il ne fait guère
de doute que des objets de la chambre funéraire et du trésor
auraient été ouverts, déplacés, brisés et leurs vestiges éparpillés
dans les autres chambres de la tombe, ce qui n’est pas le cas.
On ne peut porter de jugement moral abrupt et sans nuance
sur la conduite de Carter. Certes, son attitude était en apparence
répréhensible et il devait s’en douter, mais dans l’exaltation du
moment, nul ne peut dire ce qu’il aurait fait à sa place. Peut-être
pensait-il que les précautions prises et la rigueur scientifique dont
il ne s’était jamais départi jusqu’à présent malgré les émotions qui
le submergeaient l’autorisaient à ce qui pouvait être considéré
comme un écart modeste ? La curiosité de Carnarvon et de sa fille
fut-elle déterminante ? Est-ce, par souci de ne contrarier ni son
mécène ni la jeune Lady, que Carter laissa s’évanouir les quelques
réticences que son statut d’archéologue ramenait à son esprit ? Il

31
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est difficile de le savoir, d’autant plus qu’on ne peut écarter la


possi- bilité d’une inspection beaucoup plus soigneusement
programmée de sa part.
Que l’expédition secrète ait eu lieu les 26, 27, 28, 29,
30 novembre ou le 1er décembre 1922 n’est pas essentiel. On peut,
en revanche, en reconstituer approximativement le déroulement :
Dans un premier temps, Carter fit un orifice au ras du sol dans la
maçonnerie de la porte, entre les deux statues, après avoir déplacé
plusieurs objets qui en gênaient l’accès. Le trou était juste suffisant
pour que Carter, Lady Evelyn et Carnarvon puissent passer. Cal-
lender, trop corpulent resterait dans l’antichambre à faire le guet.

Lady Evelyn, Carter et Carnarvon s’engagèrent donc dans le


boyau qu’ils venaient de percer. Devant eux, ce n’était pas une
suite de corridors mais, à quelques dizaines de centimètres, une
paroi verticale dorée incrustée d’éléments de faïence bleue qui se
dressait. Il y avait si peu de place entre le revers de la porte murée
et cet objet monumental que les trois membres de la petite équipe
durent, l’un après l’autre, longer la paroi étincelante pour essayer
de la contourner vers la droite. C’était un immense coffre doré qui
occu- pait presque complètement la salle où ils se trouvaient
maintenant. Le petit côté est de ce coffre laissait deviner deux
battants de porte maintenus par un lien sur lequel une boule
d’argile avait été pressée puis estampillée avec des sceaux. Le
cachet était probablement intact et les voleurs antiques n’avaient
visiblement pas pénétré jusque-là, malgré les nombreux
témoignages de Carter et de ses collaborateurs affirmant que cette
porte était dépourvue de sceaux. La pièce où ils se tenaient, bien
qu’ils ne puissent en avoir une vue complète, était décorée de
peintures d’une étonnante fraîcheur. Carter put constater que les
scènes ressemblaient fort à celles qui ornaient la chambre funéraire
du roi Aÿ, le successeur de Toutank- hamon, dans la Vallée de
l’ouest (WV 23). Il était évident que le grand coffre doré était une
chapelle funéraire très semblable à celle, plus petite cependant, qui
avait été confectionnée par Akhenaton pour sa mère Tiyi et qui
avait été retrouvée en assez mauvais état dans la tombe toute
proche KV 55. Une conclusion s’imposait : ce grand coffre abritait
certainement la dépouille du roi Toutankha- mon dont le nom était
omniprésent dans la chambre.
Une porte s’ouvrait sur la paroi orientale de la salle et donnait
accès à une annexe qui fut désignée comme le « trésor » par la

32
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suite. Une magnifique effigie de chacal couché placée sur un coffre


brancardé semblait en garder l’entrée. Un châle à franges envelop-
pait le corps de l’animal, amplifiant sa dignité un peu terrifiante.
Derrière lui, une tête de vache en bois doré avait été posée à terre,
juste devant une grande châsse dorée dont les côtés étaient placés
sous la protection des quatre déesses Isis, Nephthys, Neith et
Selkis représentées sous la forme d’exquises jeunes femmes
drapées ouvrant légèrement les bras. La sensualité de ces figurines
qui rap- pelaient l’art de l’époque d’Akhenaton était inégalée.
Autour de la pièce, plusieurs coffres étaient alignés, mais au-
dessus d’eux d’autres pièces avaient été empilées dans un ordre
tout relatif qui pouvait évoquer un rangement hâtif après
profanation. On y remarquait des modèles de barques, des armes,
des coffrets pour les figurines funéraires et les statues de divinités.
Au passage, le petit groupe entrebâilla l’une de ces chapelles qui
abritait deux figurines dorées du roi enveloppées d’une étoffe et
portées par des félins.
Revenant vers la chambre funéraire, les trois Britanniques ne
purent refréner leur curiosité et brisèrent le sceau de la première
chapelle dorée pour examiner son contenu. Selon Carter, lors de
l’ouverture « officielle » le 16 février 1923, la porte de la chapelle
était dépourvue de sceau 31, ce que ne conteste pas Hoving 32. Cette
affirmation est néanmoins très surprenante. Si la quatrième cha-
pelle dorée n’avait apparemment, elle non plus, pas reçu de scelle-
ment 33, en revanche les deux autres en possédaient 34. Il est très
probable non seulement que la première chapelle dorée ait été scel-
lée, mais en outre, que ce sceau – dont l’apposition attestait de la
fin des rites funéraires proprement dits effectués en présence du
successeur de Toutankhamon – était au nom du roi Aÿ. Un témoi-
gnage indirect semble aller en ce sens, bien qu’il ait été rédigé
long- temps après la découverte. Il émane de B. Bruyère,
archéologue français qui fouillait alors la nécropole et le village de
Deir el- Medineh où avaient vécu et étaient enterrés les ouvriers
qui avaient creusé et décoré les tombes de la Vallée des rois. En
1967, à l’occa- sion de l’exposition Toutankhamon au Petit Palais,
il livra une courte relation de sa visite de la tombe en 1922 qui fut
publiée dans Les Nouvelles Littéraires 35. Il rapportait alors que le
sceau de la première chapelle était au nom d’Aÿ et qu’il tenait cette
indica- tion de Carter lui-même. Or, cette information s’accorde
pleine- ment avec la présence au Musée du Caire d’un sceau au
nom d’Aÿ

33
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[JE 62624] qui aurait été trouvé « dans un état fragmentaire sur le
sol de l’antichambre 36 ». Curieusement, comme quelques objets
de la tombe, ce sceau ne porte pas de n° d’inventaire distinct dans
les listes de Carter, bien qu’il l’ait dessiné. Ceci est d’autant plus
navrant que ce sceau d’Aÿ portait à l’origine deux cartouches et
que le second a disparu lorsque le scellement fut brisé, emportant
un morceau d’histoire. En effet, il est tout à fait envisageable que
ce sceau n’ait pas porté les deux cartouches d’Aÿ, mais seulement
son nom de couronnement, et que le second cartouche ait été
inscrit au nom de la reine Ankhesenamon, la veuve de Toutankha-
mon, selon un modèle que l’on retrouve sur l’anneau Blanchard
associant les mêmes individus avec exactement la même graphie
rare du nom de couronnement d’Aÿ 37.
Carter, Carnarvon et Lady Evelyn revinrent alors sur leurs pas
et sortirent de la chambre funéraire pour se retrouver dans l’anti-
chambre où Callender les attendait. Il fallait désormais sortir du
tombeau sans tarder en prenant soin de dissimuler toutes les traces
de leur visite. Le témoignage de Lucas montre clairement qu’à cet
instant Carter avait à sa disposition à la fois du plâtre à gâcher
pour reboucher l’ouverture menant à la chambre funéraire et de
quoi faire imprimer sur l’enduit encore humide des sceaux iden-
tiques à ceux utilisés par les responsables de la nécropole qui
avaient, dans l’Antiquité, rebouché par deux fois la tombe en scel-
lant de nouveau les deux portes en haut et en bas du corridor
d’entrée. Ensuite, Carter plaça contre la maçonnerie des morceaux
de vannerie, dont une grande corbeille ou un couvercle, qui dissi-
muleraient la brèche et son comblement. L’apparence de ce
dernier, d’après le témoignage de Lucas, était, en effet, loin de
pouvoir tromper un œil expérimenté et mieux valait en interdire le
plus longtemps possible les occasions d’observation directe.

Les visiteurs déplacèrent certainement plusieurs des objets qui


se trouvaient autour d’eux. Il est dommage que Carter n’ait pas
enre- gistré la position originale de certaines pièces, quitte à ce que
cela ne soit connu qu’après sa mort. Un tombeau pratiquement
intact permettait en effet d’avoir un instantané des dernières traces
lais- sées par les prêtres et officiels qui quittèrent le tombeau avant
qu’il ne soit scellé. On aurait pu savoir quels avaient été les
derniers objets déposés en fonction des emplacements et connaître
ainsi les

34
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ultimes actes rituels pratiqués. Les voleurs antiques et les premiers


visiteurs modernes en décidèrent malheureusement autrement.

Carter et les Carnarvon ne purent résister à la tentation


d’emporter quelques souvenirs. Il en est ainsi de la tête du roi
enfant sortant du lotus (Carter n° 08, JE 60723) qui fut trouvée
soit dans le remplissage du corridor (selon Carter), soit, plutôt,
dans l’antichambre. Cette pièce magnifique fut en fait extraite
d’une caisse de vin de chez Fortnum & Mason un an et demi plus
tard par Pierre Lacau, directeur français du Service des Antiquités
lors d’une inspection de routine du magasin où étaient entreposés
les objets provenant de la tombe, alors que Carter, rentré à
Londres, s’apprêtait à partir pour une tournée de conférences aux
États-Unis. La stupéfaction des officiels fut énorme et Lacau dut
par courrier et grâce à divers intermédiaires interroger très
sérieuse- ment Carter dont il obtint un peu plus tard des
éclaircissements expliquant pourquoi cet objet n’était ni enregistré
ni numéroté. L’habileté de Lacau permit de faire accepter le
discours justificatif de Carter auprès des Égyptiens alors en pleine
fièvre nationaliste. L’honnêteté de Carter ne fut pas mise en
question, mais son atti- tude demeura certainement propre à jeter le
trouble aux yeux de nombre de participants. Le témoignage de
Lucas permet également de ranger parmi les objets alors emportés
par Carter et Carnarvon la coupe de calcite [Carter n° 014, JE
62125] et la boîte à onguent [Carter n° 240bis, JE 61496]. Hoving
suppose également que plu- sieurs objets actuellement au
Metropolitan Museum of Arts de New York furent dérobés ce
jour-là. Il en est ainsi d’une remar- quable statuette de gazelle
(Acc. n° 26.7.1292) et d’un manche de chambrière ou de fouet
orné d’un cheval en extension absolument admirable (Acc. n°
26.7.1293) (voir Annexe II).

Il est vraisemblable qu’après l’émerveillement de cette journée


du 26 novembre 1922, Carter, Carnarvon, Lady Evelyn et Callen-
der eurent quelque difficulté à trouver le sommeil la nuit suivante.
Beaucoup d’images et d’idées se bousculaient dans leur tête. Il fal-
lait néanmoins envisager la journée du lendemain et l’inspection
officielle qui devait avoir lieu. Engelbach avait été averti trop tard
dans la soirée, comme Carter l’avait probablement souhaité. En
outre, il avait des obligations le 27 au matin et envoya Ibrahim

35
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Effendi, l’un de ses adjoints, effectuer l’inspection officielle du


tom- beau. Ibrahim devait se rendre au tombeau en début d’après-
midi. Pendant toute la matinée, Carter et Callender s’occupèrent de
tirer une ligne électrique jusqu’à la tombe à partir du réseau qui
éclairait depuis quelque temps les hypogées royaux de la vallée.
Dans la tombe, après avoir soigneusement noté les sceaux sur ce
qui avait été épargné la veille de la porte menant à l’antichambre,
Carter fit enlever le reste du blocage. Lorsque Lady Evelyn et
Carnarvon, peu avant midi et, plus tard, Ibrahim Effendi arrivèrent,
il n’y avait plus de trace de cette porte et, par la même occasion,
plus aucun vestige des intrusions antiques ou plus modernes dans
l’anti- chambre 38.
Ibrahim Effendi ne remarqua probablement rien de particulier
en dehors de l’exceptionnelle qualité de la découverte.
L’éblouisse- ment naturel que les objets provoquaient n’invitait
pas à être soup- çonneux. Depuis la matinée, le sol de
l’antichambre avait été arpenté en long et en large et l’inspecteur
ne vit rien de plus que ce que l’on avait bien voulu lui montrer.
Le lendemain, le supérieur d’Ibrahim Effendi, Rex Engelbach,
inspecteur de la région de Thèbes, était de retour de Qena, à 50 km
au nord de Louqsor. Il arriva en motocyclette dans la Vallée des
rois afin, à son tour, d’inspecter le tombeau. Carter avait prévu
pour le jour suivant, le 29 novembre, une ouverture « officielle »
du tombeau à laquelle, paradoxalement, ne pourraient être
présents ni Pierre Lacau, le directeur du Service des Antiquités, ni
Paul Tottenham, le conseiller britannique auprès du ministère des
Tra- vaux Publics pour les affaires Culturelles et Archéologiques
qui ne seraient disponibles que le 30 novembre. Pour cette
cérémonie du 29, Carter et Carnarvon avaient invité, outre
Engelbach et son épouse, Lord Allenby, haut-commissaire
britannique pour l’Égypte et le Soudan 39, ainsi que Mme Allenby,
M. et Mme de Garis Davies 40, l’archéologue Brunton et son
épouse et quelques autres personnalités anglo-saxonnes de Louqsor
41
. Les Égyptiens conviés pour cet événement étaient
essentiellement des représentants de l’administration locale 42 et,
apparemment, aucun membre du gou- vernement n’avait été
sollicité, ce qui était certainement une mal- adresse. Carter et
Carnarvon avaient en outre demandé à Arthur Merton et sa femme
de les rejoindre. Merton était le correspondant du Times et l’accord
d’exclusivité que Carnarvon et Carter devaient

36
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bientôt passer avec lui allait susciter un nombre incroyable de


jalousies, de protestations et, finalement, d’embarras.
Le 30 novembre 1922, Lacau et Tottenham purent à leur tour
visiter le tombeau. Lacau était émerveillé et enchanté. Carter, qui
avait un certain nombre de préventions et de réserves à son égard,
le décrit comme particulièrement enthousiaste 43. Tottenham pro-
mettait de son côté de tout faire pour que le gouvernement égyp-
tien récompense Lord Carnarvon comme il le méritait et lui
fournisse toute l’aide nécessaire.
Carter devait aussi faire face pour la première fois à la foule des
notables égyptiens de Louqsor et ses environs qui se pressaient
dans la Vallée des rois et jugeaient légitime, en tant que natifs de
ce pays, d’être reçus en audience par le pharaon, leur ancêtre, dans
son tombeau. À ceux-ci s’ajoutaient les touristes attirés par la
rumeur et qui voulaient également avoir accès à la trouvaille. Ils
venaient de si loin qu’ils pensaient avoir droit à une visite de ce
simple fait (fig. 4). L’espace de circulation dans l’antichambre était
très limité et ne pouvait accueillir plus de dix personnes au grand
maximum. Le mobilier était à portée de main des visiteurs et ris-
quait à tout moment d’être détérioré par des gestes malencontreux,
sans compter, chez certains visiteurs, la tentation d’emporter un
« souvenir ». Carter convint donc d’interdire l’accès au tombeau à
toutes les personnes qui n’avaient rien à y faire d’un point de vue
archéologique. Comme souvent chez Carter, la décision – assuré-
ment légitime – manquait de nuance et elle eut le don de fâcher
immédiatement des personnes influentes.
Dès le lendemain, Carter prit des mesures pour faire réaliser une
grille de fer qui isolerait l’antichambre. Le 6 décembre il quitta
Louqsor pour Le Caire. Lady Evelyn l’avait précédé le 2 et Carnar-
von le 4. La tombe avait été refermée et l’escalier de nouveau
comblé par sécurité. Carter reçut d’Albert L YTHGOE, directeur de
la mission archéologique du Metropolitan Museum of Arts de New
York à Thèbes, l’assurance de la collaboration d’Harry B URTON,
membre de son expédition, et qui était certainement le meilleur
photographe pour l’archéologie à l’époque. Arthur M ACE, autre
collaborateur du Metropolitan Museum of Arts, fut également mis
à la disposition de Carter. Au Caire, Carter acheta en grande
quantité des bandes chirurgicales, des tampons de ouate, des
produits chi- miques et, accessoirement, une automobile. Alfred
LUCAS, le chimiste du Service des Antiquités, fut également enrôlé
pour l’analyse des

37
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Fig. 4 : Officiels dans la tombe de Sethy II qui servait de laboratoire entre


1923 et 1930. On reconnaît, au premier rang et de gauche à droite, Morcos
HANNA PACHA, Abdelhamid BADAOUY PACHA, Pierre LACAU, directeur
du Service des Antiquités de l’Égypte, une élégante jeune femme non identi-
fiée et Ali CHAMSI PACHA. Howard CARTER, tout sourire, se tient derrière
Lacau. Cliché Burton PVK 87 © Griffith Institute

matériaux et la consolidation des objets. Le 13 décembre, la grille


d’acier était prête et Carter retourna à Louqsor.
Quatre jours plus tard, la tombe était de nouveau ouverte et la
grille métallique fixée. Les collaborateurs de Carter arrivèrent peu
à peu, Burton le 18, Lucas le 20 et Mace le jour de Noël. L’égypto-
logue américain James Henry B REASTED fut également convié
pour s’occuper de relever les différentes empreintes de sceaux pro-
venant des portes scellées, soit à partir des fragments provenant
des deux premières portes du tombeau maintenant détruites, soit

38
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en examinant les restes présents sur les vestiges de la porte


enfoncée de l’annexe et ceux encore en excellent état de la
maçonnerie menant à la chambre funéraire, à l’exception de la
partie masquée par les roseaux et vanneries.
Trois jours avant Noël, afin de calmer la presse locale outrée de
l’exclusivité officieuse accordée au Times, Carter ouvrit la tombe à
la presse égyptienne et à plusieurs notables égyptiens qui avaient
été éconduits auparavant.
Le lendemain, Burton commença le travail de photographie dans
l’antichambre et le poursuivit jusqu’à la veille de Noël.
Le 27 décembre, le premier objet (le coffre Carter n° 21) put
sortir officiellement de la tombe pour être entreposé dans la tombe
de Sethy II (KV 15) aménagée en laboratoire.
Début janvier 1923, Sir Alan H. GARDINER, le plus fameux
des égyptologues anglais et l’auteur de la grammaire égyptienne de
référence, commença à copier les inscriptions de l’antichambre
après que Carnarvon l’eut personnellement recommandé à Carter.
Le 25 du même mois Carter retourna au Caire pour accueillir Car-
narvon et régler avec Lacau et les membres concernés du
gouverne- ment égyptien le problème de l’accès au tombeau pour
les personnalités égyptiennes. La signature le 10 janvier par
Carnarvon du contrat d’exclusivité avec le Times avait envenimé
les relations avec la presse locale, très influente. Il fut convenu que
la tombe serait accessible une fois par semaine pour la presse et les
visites, le mardi.
De retour à Louqsor, le travail de photographie, d’enregistre-
ment des objets de l’antichambre, de consolidation et de transport
vers le laboratoire se poursuivit jusqu’à mi-février. Le 16 de ce
mois eut lieu l’ouverture « officielle » de la chambre funéraire en
présence de représentants du gouvernement égyptien et de plu-
sieurs invités et le 18 ce fut au tour d’Élisabeth de Bavière, reine
des Belges, de contempler le tombeau. La souveraine, qui avait une
réelle passion pour l’Égypte ancienne, était à l’origine de la fonda-
tion qui porte son nom et qui soutient encore aujourd’hui une
partie des activités de l’égyptologie belge en Égypte. Les derniers
jours du mois de février furent consacrés à la poursuite de
l’enregis- trement des objets avant la fermeture de la fouille
proprement dite le 28. Le mois de mars serait consacré au travail
sur les objets dans le « laboratoire » qu’était devenue la tombe de
Sethy II. Carnarvon en profita pour faire une excursion à
Assouan. À son retour à

39
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Louqsor, une méchante piqûre d’insecte sur la tempe commença à


s’infecter et à le faire souffrir terriblement. Le 14 mars 1923, il
quittait Louqsor pour Le Caire, alors que son état ne faisait que
s’aggraver. Six jours plus tard, Carter fut appelé en urgence
au Caire. Le lendemain, 21 mars, il nota dans son journal : « ai
trouvé L[or]d C[arnarvon] très malade avec une sévère attaque
d’érysipèle 44 et une septicémie 45 ». Avant la découverte de la
péni- cilline, ce genre d’infection pouvait se révéler mortelle si elle
s’en prenait à un organisme fatigué, ce qui était le cas de Lord
Carnar- von. Cinq jours plus tard, une pneumonie s’était installée
et Lady Almina, l’épouse de Carnarvon, arrivait au chevet de son
époux 46. Le 5 avril 1923 Lord Carnarvon décédait. La malédiction
de Tou- tankhamon pouvait naître.

LA MALÉDICTION DE TOUTANKHAMON

Indissociable de l’histoire de la découverte du tombeau, celle de


la malédiction a fait récemment l’objet d’une étude exhaustive de
la part de R. Luckhurst qui en examine les origines, les développe-
ments et la replace dans le contexte particulier de l’époque. Depuis
la fin du XIXe siècle, la mode du spiritisme était en vogue en
Europe et l’idée selon laquelle les anciennes momies avaient des
pouvoirs défiant les millénaires était bien installée. La remar-
quable conservation de certaines momies d’Égypte forçait l’admi-
ration et, puisqu’il semblait qu’il ne leur manquait que la parole,
les dépouilles se mirent à parler. En 1845, E.A. Poe réveillait dans
une de ses nouvelles une momie à l’aide d’électrochocs, la rendant
soudain volubile 47, peu avant que Th. Gautier ne dévoile la vie et
la momie de Tahoser en 1857 pour le premier roman égyptoma-
niaque de l’histoire de la littérature. La première malédiction de
momie apparut quant à elle vers 1896 sous la plume de l’amiral
Charles BERESFORD qui publia une rumeur londonienne dont un
écho figure déjà dans la correspondance entre R. K IPLING et R.
HAGGARD de 1889. Le récit de Beresford évoquait le sort malheu-
reux de Walter Herbert INGRAM, fils du fondateur de l’Illustrated
London News 48, qui, après avoir acheté à Louqsor une momie en
1885, fut tué trois ans plus tard lors d’une chasse à l’éléphant au
Somaliland. Sa dépouille ne put être récupérée à temps et, après

40
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quelques pérégrinations nuisibles à son intégrité, finit par être dis-


persée par les pluies torrentielles. Or, la momie qu’il avait acquise,
achetée par Henry MEUX et ultérieurement étudiée par Wallis
BUDGE, conservateur des Antiquités égyptiennes du British
Museum, aurait porté un texte vouant tout profanateur à décéder
de mort violente et être privé de sépulture 49. Bien que Budge ait
constamment démenti l’existence d’une telle inscription prémoni-
toire, la malédiction était trop belle pour disparaître et elle perdura.
Il est vrai que les incidents dramatiques qui émaillaient régulière-
ment les activités archéologiques étaient propres à entretenir
l’inquiétude. Arthur WEIGALL relate ainsi la mort mystérieuse en
1905 de cinq pillards dans une tombe de Thèbes suite visiblement
aux émanations de gaz toxiques provenant des caveaux 50. De tels
accidents étaient rares, mais la mort inattendue de Carnarvon en
1923 venait à point nommé raviver ces traditions et leur donner
une publicité inattendue. L’exclusivité donnée au Times par
l’aristocrate était un affront aux journalistes des autres périodiques
qui virent dans le décès du lord aussi bien une juste vengeance du
pharaon contre l’injustice faite à la presse qu’un moyen
d’alimenter à bon compte les colonnes de leurs journaux avec des
histoires fantas- tiques et macabres, faute de disposer de vraies
nouvelles archéolo- giques du tombeau. Plusieurs écrivains
prêtèrent main-forte aux folliculaires dans cette entreprise. Marie
CORELLI, dont les romans étaient très appréciés de la reine
Victoria, fut, un peu à son corps défendant, une des premières à
nourrir la rumeur. Deux semaines avant la mort de Carnarvon dont
la dégradation de l’état de santé était connue, Marie Corelli écrivit
au journal The World son avis sur la pneumonie dont souffrait son
compatriote archéologue. L’information fut reprise le 26 mars
1923 par le quotidien The New York Times dans un article dévolu
au traitement des infections pulmonaires. Marie Corelli y faisait
part de sa conviction que les Anciens Égyptiens maîtrisaient le
secret de substances empoison- nées susceptibles de survivre des
millénaires et de provoquer des infections bactériennes. Il semble
qu’après la mort de Carnarvon ses propos aient été interprétés
comme un plaidoyer en faveur de la malédiction alors qu’à
l’origine ils s’efforçaient simplement de proposer une explication
supposée rationnelle à la maladie sou- daine du lord. Le 6 avril, le
New York Times publiait à la suite de l’annonce de la mort de
Carnarvon un petit exposé sur la croyance grandissante en la «
malédiction ». Marie Corelli était de nouveau

41
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citée indirectement dans un démenti de Wallis Budge. Elle aurait


évoqué un ouvrage qu’elle possédait, traduit de l’arabe par un pro-
fesseur de Louis XVI qui affirmait que les tombes égyptiennes
conservaient des récipients contenant du poison afin, sans doute,
de nuire aux éventuels pillards. Budge réfutait simplement ces allé-
gations en rappelant que le traducteur « Mr Vatir » (François Vau-
tier [?], médecin de Louis XIV et adepte des thérapies à base
d’antimoine) était mort en 1667 et n’avait donc jamais pu être le
professeur de Louis XVI 51.
On prête encore à Marie Corelli la diffusion du fameux texte,
« La mort vient ailée à quiconque pénètre dans la tombe d’un pha-
raon » qui aurait été inscrit dans la tombe. En fait, aucune inscrip-
tion du tombeau ne s’approche de près ou de loin de cette formule
et, s’il existe bien quelques textes mettant en garde les éventuels
profanateurs dans un petit nombre de tombes égyptiennes, aucun
n’adopte la composition ni le vocabulaire de celui-ci 52.
Dans ce genre d’enquête, il semble presque naturel qu’au rang
des experts on ait sollicité le créateur de Sherlock H OLMES qui
était aussi habile à concocter des énigmes que son héros l’était à
les résoudre. Sir Arthur CONAN DOYLE, convaincu de l’existence
des revenants dont il avait, croyait-il, des preuves photographiques,
ne put effectivement s’empêcher de surenchérir en affirmant qu’un
« esprit malin pourrait être la cause de la maladie fatale à Lord
Car- narvon 53 ». Il rappelait à cet effet le sort infortuné de Walter
Her- bert INGRAM au Somaliland en 1888 54. G.E. WRIGHT,
secrétaire de l’Alliance spiritualiste londonienne, répondit
néanmoins que ceci lui paraissait peu probable du fait que « Lord
Carnarvon lui-même était un spirite 55 ». On ne s’étonne guère
que, dans ce climat de fièvre irrationnelle, une jeune auteure, alors
peu connue, fisse paraître dans la revue The Sketch du 26
septembre 1923 « L’Aven- ture du tombeau égyptien ». Un certain
Hercule POIROT tentait de débrouiller l’énigme de plusieurs morts
suspectes suite à la décou- verte d’un tombeau. Agatha Christie
commençait ainsi sa carrière littéraire avec l’Égypte qui sera de
nouveau le cadre de l’inoubliable Mort sur le Nil et du sublime La
mort n’est pas une fin 56.
La science essaya, plus tard, de se montrer à la hauteur de la
littérature. Après les poisons anciens, on invoqua les champignons
et autres germes pathogènes qui auraient pu contaminer certains

42
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des explorateurs. On cite ainsi le Docteur Caroline STENGER-


PHILIP qui aurait mis en cause en 1986 les aliments desséchés pré-
sents dans le tombeau, lesquels auraient provoqué, par les pous-
sières et sporules, des allergies fatales. En 1999, ce serait le
microbiologiste Gotthard KRAMER de l’Université de Leipzig qui
aurait identifié des spores de moisissures susceptibles de résister
à l’obscurité, la sécheresse et les millénaires et d’avoir des effets
pathogènes. Ces travaux auraient été confirmés par le dermato-
logue Hans MERK de l’Université d’Aix-la-Chapelle qui aurait
identifié, parmi les spores provenant de tombeaux égyptiens,
Asper- gillus flavus, Aspergillus terreus et Cephalosporium
(Acremonium) ; toutes espèces toxiques et susceptibles de causer
de graves désordres chez des personnes âgées au système
immunitaire défi- cient 57. Malgré ces résultats incertains, la «
malédiction » de Tou- tankhamon est utilisée encore comme
exemple emblématique pour l’expérimentation de modèles
mathématiques mettant en relation la longévité des micro-
organismes et leur toxicité, mais cet emploi relève de la pure
métaphore et non de la véritable démonstration scientifique qui se
situe ailleurs 58. Il reste d’ailleurs difficile d’expli- quer les décès
attribués à la malédiction par ces germes pathogènes, notamment
en raison de la très grande sélectivité dont aurait fait preuve l’agent
contaminant en regard du nombre considérable des visiteurs de
l’hypogée à partir de 1922.

Toute malédiction a besoin de nouveaux morts pour rester cré-


dible et être à la hauteur de sa réputation. Entre 1923 et 1930, les
décès qui lui furent donc imputés sont en nombre variable : d’une
quinzaine à une trentaine dont le lien avec la tombe de Toutankha-
mon est souvent assez distendu. Un simple examen du calendrier
des décès suspects généralement portés en compte à la malédiction
est instructif et permet de rappeler le prudent conseil de Fontenelle
à propos de la dent d’or : « assurons-nous bien du fait avant de
nous en inquiéter de la cause » :

26 novembre 1922 : ouverture de la tombe.


1) 5 avril 1923 : décès de Lord CARNARVON à l’âge de cin-
quante-six ans 59 d’une infection généralisée suite à une piqûre de
moustique. Il était de santé fragile depuis un accident de voiture
en 1901.

43
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2) avril-mai 1923 : [?] LAFLEUR, à l’âge de (?). Ce personnage


est un absolu mystère. Les articles relatifs à la malédiction le quali-
fient tantôt d’« ami intime de Carter », tantôt de « collaborateur
de Carter » et lui attribuent les titres d’« archéologue », de «
profes- seur de littérature ». On le prétend d’origine canadienne et,
même, rattaché à l’Université McGill de Montréal. Le Journal et
les Dia- ries de Carter comme le Diary de Mace au Griffith
Institute ne mentionnent jamais cet énigmatique individu qui
semble en réalité n’avoir jamais existé 60. Le Dictionnaire
Biographique du Canada ne connaît qu’un universitaire de ce nom
pour cette période, l’avocat Eugène L AFLEUR, né le 12 avril 1856
et décédé le 29 avril 1930 à Ottawa sans avoir apparemment jamais
rencontré Carter, ni encore moins visité la tombe de
Toutankhamon 61.
3) 16 mai 1923 : mort de George Jay G OULD I, à cinquante-
neuf ans 62, sur la Côte d’Azur. Gould dirigeait plusieurs
compa- gnies ferroviaires américaines et souffrait d’une pneumonie.
Il avait visité cet hiver-là l’Égypte et avait, semble-t-il, pénétré
dans la tombe de Toutankhamon.
4) 26 septembre 1923 : mort du colonel Aubrey Nigel Henry
Molyneux HERBERT, demi-frère de Carnarvon, à quarante-trois
ans 63.
5) 13 novembre 1923 : mort à trente et un ans 64 de Woolf JOEL
à Willesden, Middlesex. Il était le fils de Solomon Barnato J OEL,
financier sud-africain qui avait fait fortune dans les diamants. Rien
de son éventuel passage en Égypte n’est connu.
6) 15 janvier 1924 : décès d’Archibald DOUGLAS-REID, radio-
logue, à Chur en Suisse à l’âge de cinquante-trois ans 65. Le British
Medical Journal publia une notice nécrologique 66 où il apparaît
qu’il avait eu de sérieux ennuis de santé trois ans auparavant et que
son exposition répétée aux rayons de Röntgen avait provoqué chez
lui une radiodermatite extrêmement invalidante. Il est générale-
ment indiqué qu’il aurait pratiqué un examen radiologique de la
momie de Toutankhamon. Carter ne mentionne aucune utilisation
de radiographies pour la momie et, d’ailleurs, rien n’indique qu’un
appareil de radiographie portable ait jamais pu être acheminé dans
la Vallée des rois à cette époque. Enfin, la momie n’aurait pu être
radiographiée qu’après l’ouverture du cercueil d’or absolument
opaque aux rayons X. Or, cet événement n’eut lieu que le
28 octobre 1925, soit un an et neuf mois après la mort de Dou-
glas-Reid.

44
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7) été 1924 : mort d’Hugh Gerard E VELYN-WHITE à l’âge de


quarante ans. Evelyn-White, papyrologue et coptisant, est men-
tionné, semble-t-il, à deux reprises dans le Diary de Carter, le
31 décembre 1922 pour un déjeuner avec Fitzerald et le 15 mars
1924 pour un autre repas. Rattaché à la mission du Metropolitan
Museum of Art, sa santé était fragile puisqu’il fut, pendant la I re
guerre mondiale, par deux fois relevé de son poste pour raison
de santé 67.
8) 19 novembre 1924 : Sir Lee Oliver Fitzmaurice S TACK, gou-
verneur britannique du Soudan égyptien, est assassiné dans les rues
du Caire à l’âge de cinquante-six ans. Carter mentionne dans son
Journal sa visite du tombeau le 22 novembre 1923.
9) 25 décembre 1925 : mort de Francis G. NEWTON à
quarante- sept ans 68 à Assiout. Newton fouillait le palais nord
d’Amarna où Toutankhamon avait peut-être résidé. Il mourut le
jour de Noël sans, cependant, avoir jamais vu la tombe du jeune
roi 69.
10) 23 mars 1926 : mort à Louqsor de Georges B ÉNÉDITE,
conservateur en chef des Antiquités égyptiennes du Louvre, à l’âge
de soixante-neuf ans 70. Il venait, semble-t-il, de visiter le tombeau
de Toutankhamon.
11) 6 avril 1928 : mort d’Arthur C. MACE à l’âge de cinquante-
quatre ans 71. Il était un cousin éloigné de Sir Matthew Flinders
PETRIE qui l’avait invité en Égypte. Collaborateur de Carter dès la
mi-décembre 1922, Mace est le coauteur du premier volume de la
publication de Carter parue en 1923. On peut suivre dans le Diary
de Carter la lente dégradation de sa santé. Lui-même avouait avoir
été probablement intoxiqué en travaillant l’année précédant sa col-
laboration avec Carter dans les tombes de Licht où l’exposition
régulière et répétée à des poussières minérales additionnées de
bois, débris de momies, fientes de chauve-souris, avait provoqué
irrita- tion et inflammation pulmonaire. Il comparait ses difficultés
respi- ratoires à celles des mineurs de charbon atteints de la
silicose 72. Curieusement, dans une lettre à Albert Lythgoe, il
semble mettre en cause une intoxication à l’arsenic, sans que l’on
sache d’où il tirait cette information 73.
12) 26 mai 1929 : mort de Mervyn Robert Howard Molyneux
HERBERT, demi-frère de Carnarvon, à quarante-six ans 74. Il avait
assisté à l’ouverture officielle de la chambre funéraire en
février 1923.

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13) 15 novembre 1929 : mort de Richard B ETHELL, décédé à


l’âge de quarante-six ans 75. Il était le fils de Richard Luttrell Pil-
kington Bethell, 3e Baron Westbury 76 et avait été quelques mois le
secrétaire de Carnarvon. Il devait à cette relation privilégiée
d’avoir été inclus dans l’équipe qui fouillait le tombeau.
14) 21 février 1930 : mort de Richard Luttrell Pilkington
BETHELL, 3e Baron Westbury (père du précédent), à l’âge de
soixante-dix-sept ans 77. Il serait décédé rongé par le chagrin suite
à la perte de son fils. Au passage du corbillard emportant sa
dépouille, un jeune enfant aurait été renversé par l’attelage et serait
décédé. Un célèbre médium, numérologue et chiromancien de
l’époque, William John WARNER, qui se faisait appeler le « Comte
Louis HA(R)MON », alias CHEIRO, et disait tenir ses pouvoirs
d’une main de momie, en l’occurrence, prétendait-il, celle de
Make- taton, la troisième fille d’Akhenaton 78, donne dans ses
souvenirs les raisons de la mort de Bethell. Celui-ci aurait été,
comme Lord Carnarvon, un de ses « clients 79 » et lui aurait confié
que son fils avait ramené beaucoup d’objets du tombeau de
Toutankhamon. Bethell l’aurait consulté pour savoir si cela devait
constituer une menace. Peu de temps après, Bethell se serait
défenestré 80.
15) 22 février 1930 : mort d’Edgar STEEL(E), âgé de cinquante-
sept ans, à la suite d’une opération chirurgicale. Steel(e) était
employé du British Museum et avait manipulé des objets
égyptiens, dont des restes momifiés. Rien toutefois ne provenait de
la tombe de Toutankhamon 81.
16) mi-mars 1930 : mort d’Henri LANDAUER qui avait été assis-
tant de Carter de septembre 1926 à avril 1927, puis de sep-
tembre 1927 à avril 1928 82.

Si l’on fait la moyenne d’âge au décès de ces personnages


frappés par la malédiction (en ôtant de la liste l’énigmatique
Lafleur dont l’âge au décès est, comme le reste de son existence,
un mystère et Henri Landauer dont l’âge au décès est inconnu), on
obtient 52,42 ans. À titre de comparaison, l’espérance de vie
en France entre 1920 et 1923 était, pour les hommes, de 52,2 ans.
On est dans une mortalité tristement normale en regard du nombre
de visiteurs du tombeau. La malédiction de Toutankhamon
apparaît en fin de compte à la fois extrêmement paresseuse 83 –
elle a vraiment
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épargné beaucoup de monde – et, tout aussi étrangement, résolu-


ment misogyne puisque aucune femme ne semble y avoir jamais
succombé.
Il convient enfin de rappeler qu’en dehors de Lord
Carnarvon, dix ans après l’ouverture du tombeau le 26
novembre 1922, tous les autres participants à cette aventure
étaient toujours vivants. Arthur R. C ALLENDER mourut le 12
décembre 1936, la veille de son 61e anniversaire 84 ; Howard
CARTER décéda d’un lymphome le 2 mars 1939 à l’âge de
soixante-quatre ans 85 et, enfin, Evelyn HERBERT BEAUCHAMP,
la fille de Lord Carnarvon, s’est éteinte le 31 janvier 1980 à
soixante-dix-neuf ans 86. Signalons également qu’Alfred LUCAS, qui
travailla activement de 1922 à 1932 sur les pièces du mobilier de
Toutankhamon, est mort le 9 décembre 1945, à l’âge de soixante-
dix-neuf ans 87, qu’Alan H. GARDINER, qui examina plusieurs
inscriptions, est décédé le 19 décembre 1963, âgé de quatre-vingts
ans 88 et que le docteur Douglas E. D ERRY est mort à quatre-vingt-
sept ans le 23 février 1961 après avoir longue- ment autopsié la
dépouille du roi 89. La palme de la longévité revient néanmoins
au docteur Harold PLENDERLEITH, chimiste qui participa à
conservation des objets de la tombe et qui mourut le 2
novembre 1997 à l’âge de quatre-vingt-dix-neuf ans 90.
Les deux seuls événements inexpliqués liés à la mort de Carnar-
von et auxquels on associe souvent la vengeance du pharaon sont
la mort à Highclere du chien de Carnarvon quelques heures après
le décès de son maître et la panne d’électricité qui frappa Le Caire
à l’instant de son trépas. Le premier événement est une
coïncidence que d’aucuns trouveront toujours étrange, mais dont il
faut rappe- ler qu’elle fut pour le fils de Lord Carnarvon la preuve
absolue de l’existence de la malédiction à laquelle il croyait
intensément. De son côté, la panne électrique du Caire ne saurait
être invoquée comme un événement exceptionnel. La fréquence de
ces incidents dans ces années-là – et même plus tard – n’a rien de
vraiment extraordinaire et s’explique aisément d’une manière
statistique élé- mentaire.

LA BÉNÉDICTION DE TOUTANKHAMON

La rumeur de la malédiction de Toutankhamon eut un effet


secondaire extrêmement bénéfique pour les musées européens et

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américains. Nombre de possesseurs d’antiquités à l’authenticité


variable imputèrent à la présence chez eux d’objets égyptiens les
aléas et les petits ou gros malheurs de leur existence. L’intérêt de
la découverte du tombeau avait dopé un temps le marché de l’art,
mais celui-ci fut soudain inondé d’objets « maudits » que la
demande limitée ne pouvait absorber. Les musées reçurent, parfois
anonymement, des pièces ensorcelées qui encombrèrent souvent
plus les réserves que les vitrines, si bien que certains conservateurs
durent parfois renoncer à des lots qui leur apportaient plus de tra-
vail que de véritable profit pour leurs collections.

LA FOUILLE DU TOMBEAU 1923-1932

Carter revint dans la Vallée des rois le 16 avril 1923 et passa le


mois qui restait avant la fin de la mission avec Lucas et Burton à
enregistrer, photographier, consolider et empaqueter les objets
trouvés dans l’antichambre. Le 17 mai, le navire du gouvernement
appareilla pour Le Caire et le 22 du même mois, les premières
pièces du mobilier furent réceptionnées par le musée qui les enre-
gistra et, dès le lendemain, en exposa une grande partie.
La première partie de la saison 1923-1924 fut consacrée à vider
l’antichambre avec les mêmes contraintes de documentation et
consolidation des objets que la saison précédente.
L’activité de Carter était compliquée par les arrangements
néces- saires avec la presse nationale et la presse internationale,
outrées par l’exclusivité accordée au Times dont, en outre, le
correspondant sur place, Arthur M ERTON, avait été intégré à
l’équipe des fouilleurs. Une journée par semaine devait de surcroît
être consa- crée à l’ouverture de la tombe au public, moyennant un
billet d’entrée. Cette disposition mobilisait en fait la demi-journée
précé- dente pour protéger les objets et aménager le circuit et la
demi- journée du lendemain pour remettre tout en ordre. Pendant
une grande partie du mois de novembre Carter était resté au Caire
pour négocier avec les autorités égyptiennes à la fois l’accès à la
presse, la propriété intellectuelle des publications et l’accessibilité
de la tombe aux visiteurs. Début décembre, Carter entreprit de
démonter le mur séparant l’antichambre de la chambre funéraire
après avoir déposé par morceaux les peintures qui en décoraient la
surface côté nord. Après avoir enlevé les objets entourant la
première chapelle

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dorée, Carter commença à démonter la première chapelle en s’atta-


quant au panneau oriental où se trouvait la porte. Il fallut ensuite
vider l’espace entre la première chapelle et le grand dais recouvert
d’une étoffe décorée de rosettes de bronze doré. Des vases et des
cannes encombraient cet espace. Carter parvint tout de même, en
écartant le tissu, à atteindre la porte de la seconde chapelle et,
après en avoir brisé le sceau, à constater l’existence d’une
troisième chapelle dorée également scellée. Le 28 décembre, la
première cha- pelle était entièrement démontée et le 29 l’étoffe
supportée par le dais, débarrassée de ses rosettes, était enroulée
autour d’un mât pour être déposée. Tout le mois de janvier 1924
fut consacré au désassemblage des deuxième, troisième et
quatrième chapelles dorées. Début février, le sarcophage de
quartzite et son couvercle étaient entièrement dégagés et, le 6
février 1924, après avoir précau- tionneusement soulevé et fait
glisser latéralement le pesant cou- vercle fragilisé par une cassure
antique, Carter put enfin admirer la silhouette du premier cercueil
du roi dont un voile dissimulait les formes. L’activité de Carter fut
seulement ralentie par les démarches incessantes auprès des
autorités du Service des Antiqui- tés avec lequel les relations se
détérioraient chaque jour davantage, notamment du fait de la
présence d’Arthur Merton au sein de l’équipe 91. Carter cherchait
désespérément des soutiens auprès de ses collègues et de ses
compatriotes diplomates au Caire, essentiel- lement Allenby et
Tottenham, pour faire valoir son point de vue. Début février, à la
suite de longues discussions avec Lacau, Carter avait obtenu un
accord avantageux au prix de quelques renonce- ments qu’il avait
concédés en rechignant. Il ne mesurait pourtant pas la véritable
portée de cette victoire à la Pyrrhus. Les membres du
gouvernement égyptien étaient excédés par les exigences de Carter
et certains ne supportaient plus que les quelques dizaines de m2
du territoire égyptien que représentait la tombe de Toutankhamon
fussent le seul endroit d’Égypte où l’autorité de l’exécutif était, à
leurs yeux, constamment bafouée.
Ce n’est que le 25 janvier 1925 que Carter revint dans la tombe
de Toutankhamon pour une très courte saison. La fouille propre-
ment dite se limita au nettoyage à l’ammoniac de la surface du 1 er
cercueil doré. L’attention se porta sur la construction d’un échafau-
dage pour ultérieurement extraire les cercueils et la réalisation
d’une vitre pour remplacer le couvercle du sarcophage. Tout le
reste de la mission fut dédié à l’enregistrement et la
restauration des

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pièces découvertes les années précédentes, notamment les grands


lits funéraires trouvés dans l’antichambre. Fin février, cette partie
du travail était achevée et tout le mois de mars fut occupé à photo-
graphier les objets et les empaqueter pour leur transport
jusqu’au Caire.
La saison suivante, 1925-1926, constituait le point d’orgue de la
fouille de la tombe puisque c’est durant cette saison que les cer-
cueils devaient être ouverts et la momie du roi révélée.
Le 13 octobre, après enlèvement des chevilles scellant les tenons
fixés dans l’épaisseur du couvercle du premier cercueil doré, ce der-
nier était soulevé et laissait apparaître sous un linceul les contours
du deuxième cercueil.
Le 17 octobre, des fixations placées dans les logements des che-
villes aménagés dans la cuve du premier cercueil permirent à
Carter d’assujettir des cordelettes. La cuve en bois doré et son
inestimable contenu furent alors soulevés jusqu’au-dessus du
sarcophage de quartzite. Des madriers glissés transversalement au-
dessous des cercueils emboîtés servirent de berceau à l’ensemble
qui avait paru à Carter d’un poids étonnamment élevé.
Pour la suite des opérations, il fallait désormais extraire le
second cercueil de la coque inférieure du premier. L’espace entre les
cercueils était si étroit que Carter dut imaginer une solution inédite
et para- doxale. Dans un premier temps, les chevilles maintenant
les tenons de fixation du couvercle du deuxième cercueil furent
légèrement sorties de quelques millimètres. Un fil métallique fut
alors enroulé autour de la tête de chacune des chevilles alors que
l’autre extré- mité du câble était fixée à l’échafaudage installé au-
dessus. Ensuite, des œillets furent vissés dans les mortaises de la
cuve du premier cercueil et, – une fois les madriers au-dessus du
sarcophage ôtés –, la coque inférieure fut descendue dans le
sarcophage tandis que le deuxième cercueil demeurait, pour
quelques instants, suspendu en l’air par dix fils métalliques. Une
fois un plancher artificiel posé sur la cuve de quartzite, le 23
octobre 1925, le deuxième cercueil déposé sur cette surface était
prêt à être ouvert.
Le 24 octobre 1925, le couvercle du deuxième cercueil était
déso- lidarisé de sa cuve et, soulevé, laissait apparaître le troisième
cer- cueil recouvert d’un linceul rouge. À la stupéfaction générale
des témoins, il était en or massif. Une quantité impressionnante
d’onguents avait été versée dessus, maculant sa surface et remplis-
sant l’interstice entre le deuxième et le troisième cercueil. Il était

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évident que séparer ces deux pièces allait être une opération extrê-
mement délicate. Pour la suite des opérations, Carter décida donc
d’essayer d’ouvrir le troisième cercueil, d’extraire son contenu et,
ensuite seulement, de le détacher de la cuve du second cercueil.
Le 28 octobre, les huit clous assujettissant le couvercle du cer-
cueil d’or purent être ôtés à l’aide de longs tournevis courbés et la
momie apparut, couverte comme les cercueils d’un linceul.
La tête était recouverte d’un masque d’or et des poignets factices
retenant les insignes croisés de la royauté ornaient la poitrine. Des
bandes d’or longitudinales et transversales imitaient les liens main-
tenant les enveloppes de l’emmaillotage. De nouveau, une grande
quantité d’onguents avait été versée et Carter comprenait déjà que
la partie inférieure de la momie était probablement engluée dans
cette matière poisseuse et collante remplissant le fond du cercueil
d’or. Il serait probablement impossible d’extraire la momie du cer-
cueil d’or et la fouille devrait être effectuée en laissant la dépouille
dans les coques inférieures emboîtées des deuxième et troisième
cercueils. En outre, les bandelettes, pulvérulentes, semblaient car-
bonisées et toute velléité de « dérouler » la momie apparaissait dès
ce moment comme absolument illusoire. Il allait falloir procéder
par niveaux avec de petits outils fins : des spatules, des couteaux,
des scalpels et des brosses.
Non seulement la partie inférieure de la momie était prise dans
cette sorte de résine, mais le masque d’or était également totale-
ment collé au fond du cercueil d’or.
Après avoir fait effectuer une série de photographies de la
momie, Carter déposa l’ensemble des ornements qui couvraient
la momie, à l’exception du masque d’or, le 31 octobre et le
1er novembre l’ensemble des coques emboîtées des deux derniers
cercueils et la momie reposant à l’intérieur furent transportés dans
la tombe de Sethy II pour examen.
L’autopsie de la momie était prévue pour le 11 novembre 1925
et, entre-temps, le premier cercueil doré et les couvercles des deux
autres cercueils furent laissés aux mains de Lucas pour conso-
lidation.
Le 11 novembre au matin, les officiels se pressèrent dans la
tombe de Sethy II pour ce qui devait être le « grand jour » où la
momie de Toutankhamon serait dévoilée. Saleh Enan Pacha repré-
sentait le gouvernement, P. Lacau le Service des Antiquités avec le
chef inspecteur Tewfik Effendi Boulos, le conservateur Mohamed

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Effendi Chaâban et son assistant Hamed Effendi Souleiman. Les


docteurs D. Derry et Saleh Bey Hamdi étaient mandatés par la
faculté de médecine du Caire et le gouverneur de Qena, Sayed
Fouad Bey El Khouli 92.
La « fouille » de la momie dura jusqu’au 19 novembre. En
raison du mauvais état de l’emmaillotage, Carter procéda par
couches
« archéologiques », dénombrant pas moins de seize niveaux strati-
graphiques. Les jambes et les pieds furent dégagés en premier, puis
ce fut le tour de l’abdomen et du thorax. Lorsque les membres
inférieurs furent exposés, la dépouille de Toutankhamon apparut
en très mauvais état de conservation, semblant avoir été
carbonisée. Les chairs desséchées et noircies étaient friables et
parsemées de craquelures. Carter prit alors la décision de rompre
les connexions anatomiques pour poursuivre son travail, ce qui, en
outre, permet- tait de libérer les lourds bijoux de chacun des
membres sans les briser. Plus de deux cents joyaux, sur le corps
lui-même ou entre les couches de bandelettes pulvérulentes,
entouraient la dépouille. La momie fut littéralement démontée puis
remontée à côté. Les participants à l’opération hésitaient entre
l’émerveillement que pro- curait la vision des parures et la
déception de l’état dramatique de la dépouille. Le travail régulier
de photographie, d’enregistrement et de consolidation des bijoux
ralentissait en outre considérable- ment le déroulement des
opérations.
Le 23 novembre, la dépouille de Toutankhamon, de nouveau
assemblée, fut déposée dans le sarcophage de pierre. Il ne
restait sur le corps que le grand pectoral Carter n° 256 ttt, la
calotte de perles Carter n° 256 tttt et deux lignes de perles
enfilées qui bar- raient le buste (Carter n° 256 sss).
Le 27 novembre, en reversant les cuves et en chauffant à l’aide
de lampes à plus de deux cents degrés la cuve du cercueil d’or,
Carter et Lucas parvinrent à la désolidariser de la coque inférieure
du deuxième cercueil et à libérer le masque d’or. Le 31 décembre,
le cercueil d’or et le masque étaient embarqués pour Le Caire. Jus-
qu’au mois de mai 1926, Carter s’affaira à restaurer les objets trou-
vés sur la momie qui furent remis aux autorités égyptiennes le
7 mai.
À l’automne 1926, lorsque Carter revint dans la tombe, tout était
tel qu’il l’avait laissé au printemps. Pendant six ans encore,
jusqu’en 1932, il poursuivit son patient travail d’enregistrement et
de conso- lidation des pièces du trésor. La momie fut une
dernière fois
52
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extraite du sarcophage le 9 octobre 1926. Après avoir été de nou-


veau examinée et photographiée par Burton le 23 octobre, elle fut
remise dans une caisse en bois sur un lit de sciure à l’intérieur du
premier cercueil le 26 octobre 1926. L’ensemble fut ensuite des-
cendu dans le sarcophage de pierre où il demeura jusqu’en 1968.
Lorsque la momie fut extraite cette année-là pour une radiogra-
phie, toutes les parures laissées par Carter avaient disparu.
Entre-temps, en 1926 lors de la vente de la collection Carnarvon,
puis en 1940, à l’occasion de la dispersion de la collection Carter,
la tombe de Toutankhamon continua de livrer indirectement des
objets. Jusqu’en 1967, des pièces dont la provenance pouvait
éveiller des soupçons circulèrent sur le marché des Antiquités et
alimentèrent aussi bien les musées que les rumeurs à propos de la
tombe, entretenant le mystère qui, depuis le 4 novembre 1922, n’a
cessé d’entourer la plus extraordinaire découverte archéologique
du XXe siècle 93.
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II

LE CONTEXTE HISTORIQUE
AVANT LA MONTÉE SUR LE TRÔNE
DE TOUTANKHAMON,
LES ORIGINES DU ROI ET SA JEUNESSE

Toutankhamon, l’« image vivante d’Amon », est vraisemblable-


ment né entre 1334 et 1332 avant notre ère, probablement dans la
ville d’Amarna en Moyenne Égypte, entre l’an XII et l’an XIV
d’Amenhotep IV-Akhenaton. Il portait alors le nom de Toutankh-
aton, « image vivante d’Aton », qui est totalement isolé dans sa
structure parmi les anthroponymes égyptiens 1.
Avant d’examiner l’ascendance du roi, il convient de donner un
aperçu des événements complexes et encore âprement débattus qui
ont précédé son règne et qui conditionnent en partie
l’établissement de sa généalogie.

LE RÈGNE D’AMENHOTEP IV-AKHENATON :


UN APERÇU HISTORIQUE

Entre douze et quatorze années avant la naissance de Toutankh-


amon, Amenhotep IV monta sur le trône d’Égypte, aux alentours
du 22 novembre 1346 av. J.-C. Il était le fils d’Amenhotep III et de
la reine Tiyi qui était vraisemblablement une cousine germaine de
son époux 2. Plusieurs savants ont supposé qu’une longue coré-
gence entre Amenhotep III et Amenhotep IV avait existé. Les
argu- ments en faveur d’une telle corégence sont insignifiants et ne
résistent pas à l’examen des sources 3. Il est inutile d’embarrasser

55
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le lecteur avec des démonstrations fastidieuses et on considérera


désormais qu’Amenhotep IV-Akhenaton, sans doute âgé de neuf à
douze ans à la mort de son père, succéda « normalement » à celui-
ci après le décès de ce dernier dans sa 38e année de règne 4.
Au passage de l’an III à l’an IV de son règne, vers le mois de
novembre 1343 av. J.-C., Amenhotep IV, alors à Thèbes, entreprit
une réforme religieuse sans précédent. Privilégiant désormais le
culte exclusif de la lumière solaire personnifiée dans le disque
solaire Aton, il instaura une sorte de monothéisme personnel qui
n’est que la forme radicale d’une phénoménologie solaire alors en
vogue. Tous les phénomènes inaccessibles aux sens sont désormais
marginalisés, de même que les séculaires constructions théolo-
giques qui alimentaient la pensée et la religion égyptienne. Si les
rites – toujours plus résistants que les mythes – furent conservés,
l’objet du culte comme les liturgies sont profondément
bouleversés. L’Égypte et les cycles qui la traversent sont
maintenant le résultat d’une création permanente du disque solaire
qui devient « roi » dans le ciel alors qu’Amenhotep IV se divinise
sur terre. Pour les Égyptiens, l’espace et le temps sont rétrécis de
manière drastique. Pour le roi et sa famille, seuls partenaires du
dieu, les rites sont des actions de grâces permanentes. De son côté,
le peuple égyptien adore le roi, mais s’en remet également à la
bienveillance d’Aton. Celui-ci, au contraire du Dieu des Hébreux,
n’a pratiquement aucune dimension éthique – il ne récompense ni
ne châtie – et, en conformité avec la phénoménologie radicale
prônée par le roi, est, à de très rares exceptions près, un dieu muet,
en contraste total avec les bavardes divinités d’antan. Le monde
transcendant et l’au- delà, inaccessibles au sens, se confondent
désormais avec l’ici-bas. La rupture avec la tradition religieuse
d’autrefois est brutale.
Cette réforme radicale est peu ou prou contemporaine de l’union
d’Amenhotep IV et de Nefertiti qui lui est certainement apparen-
tée. Le couple de jeunes adolescents fait alors édifier à l’est de
Karnak de nouvelles structures palatiales et cultuelles en utilisant
un nouveau mode de construction rapide où les pierres, de module
standardisé, sont utilisées avec la technologie jadis appliquée à la
brique crue.
C’est vraisemblablement vers la fin de l’an IV ou le début de
l’an V que naquit la première fille du couple, la princesse Meryt-
aton. Elle est mentionnée, sans ses sœurs, dans une proclamation
datée du début de l’an V.

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Il semble que cette année V ait été celle du conflit entre le roi et
le clergé d’Amon. Le 13e jour du 4e mois de la saison de la germi-
nation, le 2 mars 1342 av. J.-C., le roi, accompagné de Nefertiti et
d’une partie de la cour, fit sa première adoration au soleil levant à
Amarna, matérialisant ainsi l’axe du futur petit temple d’Aton.
Avec un ton amer, le roi rappelle à mots couverts dans la première
proclamation, gravée au cours de l’an VI, les avanies qu’il avait dû
affronter pendant ses quatre premières années de règne : « Quant à
[ce que j’ai entendu lorsque je suis venu] à Akhetaton, c’est pire
que ce que j’ai entendu en l’an IV ; [c’]est [pire] que [ce que] j’ai
entendu en l’an III ; c’est pire que ce que j’ai entendu [en l’an II ;
c’est] pire [que ce que j’ai entendu en, l’an I…] 5. » Le roi pousse
d’ailleurs ensuite l’historique des échos malveillants jusqu’au
règne de son arrière-grand-père, Amenhotep II.
De retour à Thèbes, pendant sa sixième année de règne, le roi
eut une réaction radicale en proscrivant les mentions du dieu histo-
rique Amon dont les images et les noms furent dès lors systémati-
quement martelés. L’opprobre gagna même le nom du père du roi,
qui fut effacé et remplacé par son nom de couronnement, et le
propre nom du souverain qui abandonna « Amenhotep » (Amon
est satisfait) pour « Akhenaton » (Celui qui est profitable à Aton).
Dans le même temps, le nom de Nefertiti fut augmenté de l’épi-
thète « Neferneferouaton » signifiant « Parfaite est la perfection
d’Aton » qui permettait d’inclure le nom d’Aton aux appellations
de la reine.
L’an VII fut sans doute celui des débuts de l’installation du roi
à Amarna. Temples et palais sortirent de terre à marche forcée.
Maketaton, première sœur de Merytaton naquit sans doute vers
cette période et son image fut, d’ailleurs, gravée sur les stèles fron-
tières en cours de réalisation.
Entre l’an VII et l’an XII, Nefertiti mit au monde quatre nou-
velles princesses, Ankhesenpaaton – la future reine de Toutankh-
amon –, Neferneferouaton-la-petite, Neferneferourê et Setepenrê.
Les six princesses sont présentes lors de la cérémonie de «
présenta- tion des tributs étrangers » qui eut lieu en l’an XII, le
8e jour du 2e mois de la saison de la germination, c’est-à-dire le 25
décembre (julien) 1335 av. J.-C. Ce fut certainement le moment le
plus écla- tant du règne d’Akhenaton et le fait que deux
fonctionnaires d’Amarna aient souhaité faire figurer cette
célébration à laquelle ils avaient participé dans leur tombeau
montre qu’elle revêtait une

57
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importance exceptionnelle. Le culte d’Aton est alors à son apogée ;


les peuples soumis apportent avec une pompe exceptionnelle leur
contribution à la richesse du pays et la famille royale s’épanouit
dans les délices d’une nombreuse progéniture.
Moins de deux ans après cet événement mémorable, la situation
au sein de la famille royale s’assombrit brutalement. Trois des
prin- cesses décèdent entre l’an XIII et l’an XIV : la seconde,
Maketaton, âgée d’à peine huit ou neuf ans 6 et les deux dernières,
Nefernefer- ourê et Setepenrê, qui n’avaient vraisemblablement
pas dépassé l’âge de cinq ans. Vers l’an XIV, la mère du roi, la
reine Tiyi, meurt également et sa dépouille est ramenée à Amarna
7
. Tous ces proches sont inhumés dans la tombe royale collective
et inachevée située à l’est, dans le désert, à six kilomètres du
centre-ville. Ces morts rapprochées d’une femme âgée et de trois
enfants laissent ouverte la possibilité d’une épidémie de grande
envergure. On sait, en effet, d’après les archives hittites, qu’une
pandémie frappa la Turquie actuelle et que celle-ci fut transmise
aux Hittites par des prisonniers égyptiens. Bien que les détails
manquent pour affiner le diagnostic, ce pourrait être une des plus
anciennes attestations de la peste 8.
Ces années XIII et XIV n’ont pas produit que des événements
dramatiques. Il faut, sans doute, placer dans ces deux années la
naissance de Toutankhamon et l’ultime changement dans le nom
protocolaire de l’Aton qui voit les allusions indirectes aux dieux
Horus et Chou disparaître et être remplacées par des formules
proches d’un point de vue phonétique, mais moins connotées d’un
point de vue théologique 9.
L’an XV est la dernière année connue où Merytaton est encore
qualifiée de « fille royale », mais ceci ne signifie pas qu’elle fut
promue à ce moment précis au rang d’épouse royale 10. En effet,
une inscription de carrière récemment découverte prouve que
Nefertiti était encore vivante et « grande épouse royale » en
l’an XVI (fig. 5) 11.
C’est donc durant cet an XVI que furent tracées les dernières
inscriptions connues relatives aux deux épouses attestées jusqu’à
cette époque d’Akhenaton, Nefertiti, la reine en titre, et Kiya, une
épouse secondaire d’Akhenaton qui doit probablement être identi-
fiée à la princesse mitannienne Tadoughépa arrivée en Égypte à la
toute fin du règne d’Amenhotep III. Kiya est visiblement tombée
en disgrâce vers l’an XV et ses monuments furent ultérieurement
attribués à deux des filles d’Akhenaton et Nefertiti, les princesses

58
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Fig. 5 : Graffito de l’an XVI mentionnant Nefertiti dans les carrières de Dayr
Abū Ḥinnis avec transcription hiéroglyphique corrigeant les erreurs de la
publication originale d’A. VAN DER PERRE, « The Year 16 graffito of Akhe-
naten in Dayr Abū Ḥinnis. A Contribution to the Study of the Later Years
of Nefertiti », JEH 7, 2014, p. 67-108, spécialement p. 72.

Merytaton et Ankhesenpaaton. Les légendes de la fille qu’elle


avait eue avec Akhenaton et qui est vraisemblablement la fille
royale Baketaton 12, furent alors transformées afin de concerner des
filles fictives de Merytaton et Ankhesenpaaton. En effet, il était
proba- blement embarrassant d’effacer l’image d’une princesse qui
vivait encore à la cour et le parti fut visiblement pris de conserver
son iconographie, mais de modifier son nom afin qu’il corresponde
à la nouvelle destination des édifices. On ne sait pas quel fut le
sort ultime de Kiya dont la dernière mention datée est de l’an XVI
également 13. Une tombe avait vraisemblablement été préparée
pour elle dans la nécropole royale, sans doute la tombe n° 29, mais
elle est inachevée et n’a de toute évidence pas été utilisée 14.
Comme ses canopes et son cercueil furent réutilisés ultérieurement
pour l’inhumation royale de la tombe KV55 de la Vallée des rois à
Thèbes et que l’on ne peut guère envisager que sa dépouille et ses
viscères aient été extraits de son mobilier funéraire pour y mettre

59
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ceux d’un roi 15, il faut admettre soit qu’elle fut inhumée avec un
équipement funéraire de fortune, soit qu’elle n’est pas morte en
Égypte. Si elle doit être identifiée à la sœur du roi Toushratta du
Mitanni, il est très tentant de supposer qu’elle fut renvoyée dans
son pays. La correspondance entre l’Égypte et le Mitanni retrouvée
à Amarna témoigne, en effet, d’un sérieux refroidissement des
rela- tions entre ces deux pays pendant le règne d’Akhenaton dont
Kiya fit, peut-être, les frais. L’assassinat de Toushratta par l’un de
ses fils est, en outre, peut-être contemporain du bannissement de
Kiya et a pu jouer un rôle dans son retour éventuel au Mitanni. En
tout état de cause, la fille de Kiya resta certainement en Égypte où
son sort ultime demeure inconnu.
L’an XVII est le dernier du règne d’Akhenaton 16. Comme 19
tessons, dont un certain nombre de jarres à vin, le signalent, il est
probable que le roi mourut après les vendanges de l’an XVII, c’est-
à-dire après le mois d’août 1329 av. J.-C. 17
Lui succède directement la I re année d’un roi généralement non
nommé 18. 60 fragments de jarres gardent la trace de cet « an I 19 ».
Les rares cartouches présents sur ces étiquettes mentionnent une
fois le vin du « domaine d’Ankhkheperourê 20 » et une fois celui du
« domaine de Smenkhkarê 21 ».

UN ROI FANTÔME ET UNE REINE-PHARAON

Cette dernière année du règne d’Akhenaton et les trois années


qui suivent sont d’une complexité déroutante qui défie les histo-
riens. Si des personnages de premier plan disparaissent, d’autres,
semblant sortir de nulle part, émergent soudain et les noms royaux
que l’on rencontre sporadiquement semblent avoir posé autant de
problèmes aux Égyptiens anciens qu’aux spécialistes modernes. Il
y a, d’ailleurs, presque autant d’hypothèses historiques qu’il y a
d’égyptologues.
Pendant longtemps, on a cru qu’Akhenaton avait pris, à la fin
de son règne, un « corégent » qui aurait été son « frère » ou son
« fils » et qui se serait nommé Smenkhkarê. L’intimité affichée sur
une stèle de Berlin permettait même d’envisager des relations
homosexuelles entre lui et ce corégent. Dans les années 1970, un
examen détaillé de ces inscriptions permit d’assurer que l’un des
personnages en qui l’on avait pensé reconnaître le roi

60
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« Smenkhkarê » (bien que ce nom n’apparaisse nulle part sur ces


documents) était en fait une femme en qui certains chercheurs
reconnurent Nefertiti 22, d’autres Kiya 23 et, enfin, d’autres encore
Merytaton 24. Depuis, une certaine unanimité s’est faite et la plu-
part des spécialistes de la période sont d’accord pour penser que,
sur cette courte période, l’on a affaire à deux personnages royaux,
un masculin qui répond au nom de « Smenkhkarê 25 » et un autre
féminin dont le nom dit de « naissance » est « Neferneferoua-
ton 26 ». En revanche, le nom de couronnement de ces deux rois
(dont une reine-pharaon, donc) serait, à l’exception d’épithètes
variées et, pour le roi féminin, de marques sporadiques du féminin,
identique : Ankhkheperourê pour le roi masculin ou Ankh(et)khe-
perourê… pour la version féminine.
Le fait que deux pharaons, qui plus est proches dans le temps,
partagent a priori le même nom de couronnement doit susciter
l’interrogation. En effet, le « nom de couronnement », ou præno-
men, qui est celui contenu dans le premier cartouche des rois et
qui, à la XVIIIe dynastie, comprend systématiquement une
référence au dieu Rê, est celui qui identifie le plus sûrement un roi.
Élaboré dès le décès du prédécesseur du roi, le « nom de
couronnement » est, par ailleurs, utilisé de manière privilégiée
pour évoquer le souverain lorsque la place vient à manquer pour
citer ses autres appellations. Durant la XVIII e dynastie, si l’on
excepte une courte variante dans le prænomen de Thoutmosis III :
Menkheperkarê au lieu de Men- kheperrê 27, tous les prænomina
des rois sont d’une remarquable stabilité : le roi conserve son
prænomen du début à la fin de son règne, même s’il l’augmente
sporadiquement d’épithètes. En corol- laire, aucun roi ne reprend
jamais le prænomen d’un prédécesseur. Il arrive qu’un roi puisse
changer de nomen, c’est-à-dire prendre un autre nom que celui qui
lui avait été donné par sa mère à sa naissance. C’est, notamment, le
cas d’Amenhotep IV devenu Akhenaton et également, mais à titre
posthume seulement, d’Amenhotep III devenu pendant
l’iconoclastie amarnienne Neb- maâtrê. En revanche, les noms de
couronnement de ces deux rois sont demeurés inchangés. Il faut
attendre la fin de la XIXe dynastie pour rencontrer le cas
exceptionnel du roi Merenptah-Siptah ayant changé de « nom de
couronnement » en l’an II de son règne pour des raisons obscures
où l’on devine néanmoins un souci d’accroître une légitimité
incertaine 28.

61
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Deux rois qui auraient régné l’un après l’autre ne devraient donc
pas, en bonne logique, avoir des prænomina semblables, d’autant
plus que les désinences féminines qui pourraient permettre de dis-
tinguer la reine-pharaon du roi masculin sont facultatives et,
d’ailleurs, régulièrement omises.
Une solution qui permet de contourner la difficulté de
l’existence de deux rois partageant le même nom de couronnement
est d’envi- sager que l’un d’entre eux n’a en fait jamais vraiment
régné. Les monuments à son nom auraient été inscrits en vue de
son couron- nement, lequel n’aurait jamais eu lieu. De la sorte, on
comprendrait aisément que le second roi récupère le nom de
couronnement prévu pour son prédécesseur au règne avorté : celui-
ci n’aurait jamais été utilisé et se trouvait pour ainsi dire
parfaitement « disponible ».
Il est maintenant assuré que les documents mentionnant le
« roi » Smenkhkarê, si tant est que l’on puisse parler de règne,
sont chronologiquement à placer avant le règne de la reine-pharaon
Neferneferouaton dont l’an III est attesté par les textes.
Un point apparemment embarrassant subsiste néanmoins si l’on
s’en tient à cette chronologie, c’est l’existence de plusieurs monu-
ments, souvent inachevés, où cette reine-pharon semble partager
le trône avec Akhenaton dans le cadre d’une sorte de corégence
(fig. 6 et 7).

Fig. 6 : Stèles de Berlin n° 17813 et n° 20716 provenant d’Amarna. Dessin et


© Marc Gabolde

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Fig. 7 : Reconstitution d’un tableau de la porte monumentale du North River-


side Palace d’Amarna, dessin de l’auteur d’après J.D.S. PENDLEBURY et
B. LAVERS, JEA 18, 1932, pl. XII/2. Dessin et © Marc Gabolde

En fait, cette objection tombe si l’on considère qu’Akhenaton


est figuré ou nommé de manière posthume sur ces monuments et
que cette corégence est une fiction des Égyptiens eux-mêmes desti-
née à asseoir les droits à régner peut-être contestables de la reine-
pharaon. Le cas ne serait absolument pas unique dans l’ancienne
Égypte et le règne d’une autre reine-pharaon, Hatchepsout, offre
un parallèle saisissant dans la mesure où, pour renforcer sa propre
légitimité, Hatchepsout n’hésita pas à se faire représenter en coré-
gente fictive de son défunt mari Thoutmosis II 29. Toute autre
reconstitution historique qui laisserait envisager l’existence d’une
corégence à la fin du règne d’Akhenaton se heurte, depuis la
décou- verte de l’inscription nommant le couple Akhenaton-
Nefertiti comme seuls détenteurs du pouvoir à la fin de l’an XVI, à
une impossibilté matérielle de placer en l’espace de moins d’une
année le règne en commun de deux pharaons. Une étiquette de
jarre inscrite pour du miel durant l’an XVII, la dernière année
d’Akhe- naton, reçut, par ailleurs, une souscription de l’an I pour
contenir du vin 30. Ce double étiquetage atteste, en conformité avec
les règles de décompte des années de règne en Égypte ancienne où
la dernière année d’un roi est nécessairement identique à la
première de son successeur, qu’il n’y eut jamais de corégent
d’Akhenaton et

63
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qu’après la mort du roi en l’an XVII lui succéda un roi dont ce


fut l’an I.

L’identité de Smenkhkarê
L’identité de l’un comme l’autre de ce pseudo-roi Smenkhkarê
et de la reine-pharaon Neferneferouaton divise les archéologues.
Partant du fait que le roi masculin Smenkhkarê possède un præno-
men et un nomen qui adoptent tous deux la structure d’un præno-
men royal, il est apparu que cette particularité inédite à la
XVIIIe dynastie pouvait signifier que l’un comme l’autre de ces
deux noms royaux encartouchés avaient été « fabriqués » de toutes
pièces en prévision du couronnement, et donc que le nom original
de Smenkhkarê était tout autre. Il est d’ailleurs remarquable que,
parmi les rares mentions de « Smenkhkarê », on trouve au moins
deux compositions où les prænomina et nomina ont été inversés 31.
De la même manière, une inscription, qui mettait en relation
Akhenaton et Smenkhkarê, a été entièrement effacée au plus tard
sous Toutankhamon tant le texte était absurde 32. Tant d’impréci-
sions et de repentirs montrent à l’évidence que la titulature du roi
Smenkhkarê était étrange du point de vue même des Égyptiens.
Or, une étude précise des Lettres d’Amarna et des archives hittites
permet de placer à la mort d’Akhenaton l’incroyable aventure d’un
prince hittite nommé Zannanza et qui aurait dû épouser une
« veuve » d’Akhenaton et devenir roi d’Égypte. L’histoire entière a
été transmise par sept documents :
Le premier, la Geste de Shouppilouliouma, évoque dans un pre-
mier temps l’attaque par les Égyptiens de Qadesh – jadis contrôlée
par le roi Hittite – [KBo V 6 A ii 21-23] :
« Au pays de Qadesh que mon père avait conquis, les fantassins et les
chars d’Égypte vinrent et attaquèrent le pays de Qadesh. »
Après cette incise, le récit se poursuit avec la relation de la cam-
pagne en pays hourrite, c’est-à-dire au cœur du royaume du
Mitanni, sous la direction d’Arnouwanda et Zita. Puis, de nou-
veau, il est question des activités égyptiennes [KBo V 6 A iii 1-25]
:
« …Tandis que mon père était en bas dans le pays de Qarqemish, il
envoya Loupakki et Tarhoundazalma dans le pays d’Amq (l’actuelle
plaine de la Beqa’ ?). Ils partirent donc et attaquèrent l’Amq et rappor-
tèrent déportés, bétail, ovins devant mon père. Mais quand les gens

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d’Égypte apprirent l’attaque sur l’Amq, ils prirent peur. Et comme, de


plus, leur souverain Nipkhourouriya était mort, la reine d’Égypte qui
était l’épouse royale 33 envoya un messager à mon père et lui écrivit ce
qui suit : “Mon mari est mort. Je n’ai pas de fils. Mais ils disent que
tes fils sont nombreux. Si tu me donnes un de tes fils, il sera mon
époux. Je ne prendrai jamais un de mes serviteurs pour mari ! […] j’ai
peur.” Quand mon père entendit cela, il convoqua les notables en
conseil et leur dit : “Une telle chose n’est jamais arrivée de ma vie
entière.” Alors, mon père envoya en Égypte Hattoushaziti, le chambel-
lan <en lui disant> : “Va et rapporte-moi la vérité. Peut-être veulent-
ils me tromper ! Peut-être ont-ils un fils de leur roi ! Rapporte-moi la
vérité.” »
La relation de la prise de Qarqemish est intercalée ici. Le récit
reprend avec le retour du messager royal [KUB XXXIV 24 E3 24
+ A iii 44 – A iv 15] :
« Quand vint le printemps, Hattoushaziti revint d’Égypte et le messa-
ger d’Égypte, le noble Hani, vint avec lui. Alors, comme mon père,
lorsqu’il envoya Hattoushaziti en Égypte, lui avait donné les instruc-
tions suivantes : “Peut-être ont-ils un fils de leur roi ! Peut-être
veulent-ils me tromper et ne désirent-ils pas mon fils pour en faire un
roi !”, la reine d’Égypte répondit à mon père dans une tablette en
disant : “Pourquoi parles-tu de la sorte : ‘Ils veulent me tromper’ ? Si
j’avais un fils, aurais-je écrit à une nation étrangère ? C’est une honte
pour moi et mon pays ! Tu ne m’as pas crue et tu m’as même parlé de
la sorte ! Celui qui était mon mari est mort et je n’ai pas de fils. Jamais
je ne prendrai un de mes serviteurs pour mari ! Je n’ai écrit à aucune
autre nation étrangère, je n’ai écrit qu’à toi. On dit que tes fils sont
nombreux : donne-moi un de tes fils. Pour moi il sera mon mari et
pour l’Égypte il sera roi !” Alors, comme mon père était en de bonnes
dispositions, il accéda à la demande de la femme et s’occupa de la
question du fils. »
Le colophon de la septième tablette présente les mêmes événe-
ments comme suit [KUB XXXIV 25 A iv 116-18 + E3 iv 1-25
(extraits)] :
« […]“J’étais […] amical, mais vous (les Égyptiens), soudainement,
êtes devenus hostiles. Vous êtes [venus (?)] et avez attaqué l’homme
de Qadesh que j’avais [détourné (?)] du roi du pays hourrite. Quand
j’entendis (cela), je devins furieux et envoyai mes fantassins, mes chars
et mes généraux. Ils se mirent en route et attaquèrent votre territoire,
le pays d’Amq. Quand ils attaquèrent le pays d’Amq, qui est votre

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territoire, vous avez, apparemment, pris peur et, en conséquence, vous


me demandez maintenant avec insistance un fils comme si cela était
mon devoir. Il deviendra d’une façon ou d’une autre un otage et vous
n’en ferez pas [votre roi]”…
“ Ainsi parla Hani, l’envoyé égyptien, à mon père : Ô seigneur, cela
est […] la honte de notre pays ! Si nous avions [un fils du roi],
serions-nous venus dans un pays étranger pour demander un maître
pour nous ? Nipkhourouriya qui était notre maître est mort. Il n’a pas
laissé de fils. L’épouse de notre maître est seule. Nous voulons un fils
de notre maître (Shouppilouliouma) afin de régner en Égypte et, pour
la femme, notre maîtresse, nous voulons un mari. En outre, nous ne
sommes venus dans aucun autre pays. Nous ne sommes venus qu’ici.
Maintenant, ô notre seigneur, donne-nous un de tes fils.” Alors mon
père s’enquit de leurs vœux à propos d’un fils. »
Une autre relation de cet épisode se trouve dans la Prière de
Mourshilli II à tous les dieux ; le passage est plus allusif [KUB
XXXI 121a] :
8’-11’ « [Shouppilouliouma] envoya [les généraux] Loupa[k]ki et
Tarhoundazalma, et ils attaquèrent ce pays. Mais le roi d’Égypte
mourut en ces temps-là. »
16’-17’ « Et, tandis que la femme du roi d’Égypte [était] dans la
détres[se], elle écrivit à mon père. »
Le quatrième texte appartient au recueil des Prières de Mourshilli II
contre la peste [KUB XIV, 8] :
19’-24’ « Mon père envoya donc ses fantassins et ses chars pour atta-
quer la frontière égyptienne constituée par le pays d’Amq. Il envoya
des troupes supplémentaires pour attaquer une nouvelle fois. (Cette
tablette raconte) comment les Égyptiens prirent peur et vinrent deman-
der aussitôt à mon père son fils pour [régn]er, comment mon père leur
donna son [fils], comment ils l’emmenèrent là et l’assassinèrent. Aussi,
mon père laissa la fureur s’emparer de lui, il se rendit en Égypte et
attaqua l’Égypte. »
Le cinquième texte fait état des suites de l’assassinat du prince
[KUB XIX, 4 + KBo XIX, 45] :
« [Quand] ils apportèrent cette tablette, ils parlèrent ainsi : [“Les
hommes d’Égypte (?)] ont tué [Zannanza] et ont rapporté ceci :
‘ Zannanza [est mort (?)’”. Et lorsque] mon père ent[endit la nou-
velle] du meurtre de Zannanza, il commença à se lamenter au sujet de
[Zanna]nza et, à l’adresse des dieu[x…], il parla [ain]si : “Ô dieux !

66
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Je [n’ai rien fait de] mal, [pourtant] les hommes d’Égyp[te] ont fait
[cela contre moi], et ils ont (en plus) [attaqué] la frontière de mon
pays !” »
Un sixième texte, très fragmentaire, serait un brouillon ou un
double de lettre hittite du roi Shouppilioulouma au roi d’Égypte
[KUB XIX, 20 + KBo XII, 23] :
« Maintenant, j’en viens à l’affaire [de la mort ?] de mon fils [et] de
son […]
“ [En ce qui concerne ce que tu m’as écrit : ] ‘Ton [fi]ls (pour ?) toi
pas [‘…] je ne savais pas du tout […]… pas encore [… maintenant,
cependant], tu écris encore en tant que roi d’Égypte… [Quand on
m’a] prié [ic]i pour (que je donne) un fils en tant que ma[ri…], je
ne [sa]vais pas. J’étais disposé à envoyer mon fils pour être [ro]i.
[Mais tu étais déjà mon]té [sur le trône et] cela [je ne le savais]
pas !”
“[En ce qui concerne ce que tu m’as] écrit : ‘Ton fils est mort, [mais]
je [ne lui ai pas] fait de mal (?)’”

[Quand la reine d’É]gypte [m’]écrivit de nouveau, toi (?) pas […]


[Link] étai-s.t. Mais si tu [étais monté(e) (?) sur le trône entre-
temps] tu aurais dû renvoyer mon fils chez lui […] ton [serviteu]r,
Hani, nous a tenus pour responsables […] Qu’[avez-vous fait] de
mon fils ?

En ce qui concerne le fait qu’il n’y avait jamais eu de sang versé [entre
nous auparavant] : le sang versé [entre nous depuis] n’est pas une
chose juste. Du fait que du sang a été versé, ceci [est devenu une affaire
de crime majeur]. Si (vous dites que) vous avez peut-être [fait du
mal] à mon [fils], alors vous l’avez (en fait) peut-être bien tué ! »

Enfin, un dernier texte serait, selon son éditeur, un fragment de


lettre de la reine égyptienne au roi hittite faisant état des négocia-
tions en cours pour l’arrivée du prince [Archiv von Boghazköy 225/
d = KBo XXVIII, 51=1. 225/d] :
V° :
« (1’) [……che]vaux, […
(2’) [……maintenant mon mari est mort et je] n’ai pas [de fils] et
pour[quoi (?)]
(3’) [……]… Qu’il puisse être favora[ble]
(4’) [……]… un fils qui accé[dera à la royauté]

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(5’) [……] Vois, je suis [dans la condition de] quelqu’un [qui n’a
plus de] famille !
(6’) [Envoie-moi un de tes fils, et les deux grands pays ne feront
plus qu’]un seul pays, et tu m[e]
(7’) [feras parvenir un présent de ta part, et je me réjouirai de cela]
et, de même, je [te] ferai
(8’) [parvenir un présent de ma part et tu t’]en [réjouiras.] Et je me
réjouirai lorsque mon [bel envoi pour toi] te sera remis
(9’) [des mains de mon messager et tu te réjouiras lorsque ton] bel
envoi pour moi me sera [remis des mains de]
(10’) [ton messager !” Ainsi t’ai-je écrit.] Tu as, [depuis lors],
envoyé [ton messager] Hattoushaziti […
(11’) […… (à ?) un mes]sager, comme il […
(12’) […… c]es [mots] chaleureux [qui] ont été [envoyés (?)…
(13’) [……]… […


(1) [……] celui que tu recherches… […
(2) [……] et (?) tu as fait apporter […
(3) […… c]es [….....] et tu […
(4) […… P]aapou que, pour [une mission] diplomatique, [je t’avais]
(5) [envoyé…… mon offre (?)] tu ne dois [pa]s [la] rejeter […
(6) […… Hania (?) que je t’ai envoyé
(7) […… lors]que tu as envoyé le [fonctionnaire du] pa[lais (nom
propre)…
(8) […… j’apporterai à ton fils la roy]auté de mon pays […
(9) […… main]tenant et en[voie (?)…
(10) [……] pour toujo[urs (?)…
(11) [……]… […
(12) [……]… [… »
Si l’on examine le contexte de ce dossier du prince Zannanza et
qu’on le compare aux informations fournies par les Lettres
d’Amarna, force est de constater que les similitudes sont grandes.
Le point de départ est la lettre EA 155 d’Abimilki de Tyr. Cette
lettre contient deux informations d’importance. En premier lieu, le
roi (Akhenaton) et Mayati (= Merytaton) sont traités sur un pied
d’égalité, sauf dans la formule de salutations, et Tyr est appelée la
« ville de Mayati », alors que partout ailleurs cette cité est qualifiée
de ville du roi. Comme Merytaton n’est ni « fille de roi » comme
en EA 10, ni « maîtresse de la maison » (= première dame du
palais) comme en EA 11, force est de constater qu’elle partage le

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59100 Roubaix

N° d’édition : L.01EUCN000288.N001
Dépôt légal : septembre 2015

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