La diffamation
Définition
L’article 524-1 du Code pénal définit la diffamation comme « toute allégation
ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération de la personne
ou du corps auquel le fait est imputé ». La diffamation en droit pénal des affaires est un délit qui
consiste à tenir des propos injurieux, mensongers ou dénigrants à l'encontre d'une personne ou
d'une entreprise dans le but de nuire à sa réputation ou à ses intérêts commerciaux.
A– Les éléments constitutifs du délit de diffamation
1. La publicité
La diffamation ne devient un délit que si elle est publique. La publicité peut
résulter soit de discours, cris ou menaces proférés dans des lieux ou réunions publics,
soit d’écrits, imprimés vendus ou distribués, mis en vente ou exposés dans les lieux ou
réunions publics ou de placards ou affiches exposés au regard du public. Elle peut
résulter aussi de dessins, gravures, peintures, distribués ou exposés dans des lieux au
regard du public.
Les lieux publics sont outre les lieux publics par nature, ceux qui sont affectés
à l’usage de tous et accessibles à chacun à tout moment. Exemple : les rues, les bus...
Sont des lieux publics par destination, les cafés, les églises, les salles d’audience, les
bureaux qui sont ouverts au public à certains moments déterminés. Un lieu privé peut
devenir occasionnellement public par le fait de la présence d’un certain nombre de
personnes. Exemple : de la boulangerie ou le super marcher où n’importe qui peut entrer.
S’il s’agit de paroles, il faut qu’elles soient prononcées sur un ton assez élevé,
audible pour être entendues des tiers.
S’il s’agit d’écrits, de dessins, la vente ou la distribution constitue par ellemême la publicité
exigée par la loi. Même l’envoi sous pli fermé et par poste peut constituer la publicité s’il est fait
à un certain nombre de personnes.
2. Allégation ou imputation d’un fait déterminé et précis
Une allégation est une assertion ou une affirmation produite sur la foi d’autrui, sur la rumeur
publique, sur des hypothèses ou une reprise d’écrit ou de propos d’autrui.
L’imputation au contraire, est une affirmation personnelle, une accusation ferme. L’allégation ou
l’imputation, doit porter sur un fait précis qui puisse faire l’objet d’une preuve, d’un débat
contradictoire pour en établir la réalité ou la fausseté et, à défaut, de faits précis, il peut y avoir
injure.
L’allégation ou l’imputation est punissable même si le fait est présenté sous forme dubitative,
hypothétique, par insinuation ou même négative ou pas, sous-entendu, entre guillemets…
3. Fait de nature à porter atteinte à l’honneur ou la considération
Un fait porte atteinte à l’honneur, quand il est contraire à la probité, ou à la loyauté. Exemples : X
a prélevé à des fins personnelles la dotation des éléments ; X a usé d’influences pour obtenir une
dispense au SND. Par contre, un fait porte atteinte à la considération lorsqu’il constitue un
manquement aux principes qu’un homme est tenu d’observer en raison de sa situation sociale ou
de sa profession. Il reste entendu que l’appréciation est subjective car elle diffère d’une personne
à une autre.
Cependant, la nécessité de protéger l’honneur et la considération des personnes doit se concilier
avec les droits de libre discussion et de critiques qui appartiennent aux citoyens surtout à l’égard
de ceux qui, se livrant à des travaux littéraires ou scientifiques ou prenant part aux luttes
politiques, s’offrent eux-mêmes à l’appréciation du public.La loi protège essentiellement les
valeurs morales plutôt que les valeurs intellectuelles et professionnelles. Il appartient au juge de
vérifier compte tenu des circonstances intrinsèques si le propos, l’écrit, la caricature ou le dessein
publié est attentatoire à l’honneur ou à la considération de telle ou telle personne.
4. Désignation de la personne ou du corps contre lequel l’allégation ou l’imputation est dirigée
La diffamation peut être aussi bien dirigée contre une personne morale que
contre une personne physique, mais il n’est pas nécessaire que le corps ou la personne soit
nommé(e) expressément ; il suffit qu’on puisse le reconnaître à travers ce qui a été publié. Ce
corps ou cette personne doit être personnellement atteint. C’est ainsi que lorsqu’une collectivité
non visée par la loi et non dotée de la personnalité morale est concernée, on retient que chacun
des membres de cette collectivité a pu être directement atteint. Dans pareil cas, chacun d’eux a le
droit de porter plainte.
5. L’intention de nuire
L’intention coupable, ou dol spécial, consiste dans la connaissance chez le diffamateur que les
propos, les dessins ou les écrits atteindraient autrui dans son honneur et sa considération. Cette
intention coupable est présumée et il appartient au prévenu de prouver sa bonne foi. Ni la volonté
d’informer le public, ni l’absence d’animosité personnelle envers le diffamé, ni les réserves ou
restrictions ultérieures ne suffisent à détruire la présomption de mauvaise foi, car le devoir
d’objectivité d’une personne raisonnable lui impose de vérifier avant la publication, l’exactitude
des faits qui sont publiés.
La loi accorde une place à la production de la preuve de la vérité du fait diffamatoire.
B – preuve de la vérité du fait diffamatoire et d’immunité
La diffamation n’est pas punissable en cas de vérité des faits et d’immunité.
1. L’exceptio veritatis ou l’exception de vérité
D’une manière générale, si la vérité du fait diffamatoire est établie, et que ce
fait a été commis par une autorité publique dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice
de ses fonctions, l’auteur de l’infraction est renvoyé des fins de la poursuite.
En matière de presse, la preuve de la vérité du fait diffamatoire efface l’infraction.
C’est ainsi que le journaliste sera renvoyé des fins des poursuites s’il prouve la véracité
des faits publiés dans son journal sur une personne. Toutefois, il n’en sera pas le cas
lorsque l'imputation concerne la vie privée de la personne ou qu’elle se réfère à un fait
constituant une infraction amnistiée ou prescrite, ou qui a donné lieu à une
condamnation effacée par la réhabilitation ou la révision. Ne dit-on pas que toute vérité
n’est pas bonne à dire ? Dans le cas d’interférence entre la vie privée et les fonctions
exercées, la jurisprudence admet que l’exceptio veritatis puisse être invoquée.
2- L’immunité
L’immunité enlève au fait concerné, son caractère répréhensible et aucune poursuite pour
diffamation ne peut être accueillie. Ainsi, sont couverts par l’immunité :
❖ les débats parlementaires ;
❖ les débats judiciaires ;
❖ les prononcés ou les écrits produits devant les juridictions ;
❖ le compte rendu fidèle et de bonne foi de ces débats et discours à l’exception des
procès en diffamation ;
❖ la publication des décisions judiciaires y compris celles rendues en matière de
diffamation ;
❖ le rapport officiel fait de bonne foi par une personne régulièrement désignée pour
procéder à une enquête et dans le cadre de cette enquête ;
❖ l’imputation faite de bonne foi par un supérieur ou son subordonné ;
❖ le renseignement donné de bonne foi sur une personne ou un tiers qui a un intérêt
personnel ou officiel à le connaître ou qui a le pouvoir de remédier à une injustice
alléguée ;
❖ la critique d’une œuvre, d’un spectacle, d’une opinion quelconque manifestée
publiquement à condition que ladite critique ne traduise pas une atteinte personnelle.
C– Les personnes et les corps protégés contre la diffamation
Les corps et les personnes protégés contre la diffamation sont énumérés par les
articles 524-4 du Code pénal, 115 et suivants de la loi n° 057-2015/CNT du 04
septembre 2015 portant régime juridique de la presse écrite au Burkina Faso.
S1. Les personnes publiques collectives
L’article énumère les cours et tribunaux, les forces armées, les corps constitués
et les administrations publiques. La diffamation doit atteindre ces diverses personnes
collectives dans la fonction que la loi leur attribue.
2. Les fonctionnaires publics et les citoyens chargés d’un service ou d’un
mandat
La loi protège des personnes ayant une certaine qualité ou disposant d’une partie de l’autorité
publique. Ce sont : les membres des organes de la direction politique ou du gouvernement, les
membres de l’instance nationale de la magistrature, les citoyens chargés d’un service ou d’un
mandat public temporaire ou permanent, les juges, les jurés et les témoins en raison de leur
déposition.
La diffamation doit avoir été commise en raison de leur fonction ou de leur qualité. Les propos
doivent incriminer la vie publique plutôt que la vie privée. Ils doivent s’apprécier d’après la
nature du fait sur lequel ils portent (exemple : les critiques d’acte de la fonction ou d’abus de la
fonction).
3. La diffamation envers les particuliers
Les particuliers ne sont pas seulement les personnes physiques mais aussi les
collectivités lorsqu’elles ont la personnalité morale (les syndicats, les associations…).
4. La diffamation commise par le biais d’un moyen de communication électronique
Nous assistons à un véritable engouement dans l’utilisation des moyens de communication
électroniques. Leur accès est de plus en plus facilité, ce qui pose la problématique du contrôle
dans un contexte d’Etat de droit. La question est plus que d’actualité du moment où ces peuvent
être utilisés pour commettre des infractions telle que la diffamation. Ces moyens favorisent la
publicité du fait diffamatoire et l’auteur a le loisir de publier de façon anonyme, de se cacher
derrière un pseudonyme ou simplement de se présenter sous une fausse identité.
5. La diffamation à la mémoire des morts
Cette diffamation n’est punissable que si l’auteur en attaquant la personne décédée a voulu
atteindre l’honneur des héritiers, époux et légataires universels.
De par le passé, la diffamation à la personne du Chef de l’Etat était spécialement incriminée et
lourdement sanctionnée. De même, contrairement à l’ancien Code pénal, le présent ne réprime
pas spécifiquement la diffamation ethnique, nationale, sociale, religieuse envers un groupe. C’est
la diffamation commise par voie de presse qui prend en compte cette spécificité et la réprime.
D- la procédure
Au regard de sa spécificité, la loi imprime une procédure particulière en matière de poursuite
pour diffamation. L’action pénale en matière de diffamation est attitrée en ce sens que la
poursuite est engagée sur plainte de la victime ou de son représentant légal. La conséquence est
que jusqu’à la condamnation définitive, le retrait de la plainte met fin à l’action publique. En
matière de prescription de l’action publique, la loi fixe un délai de trois mois qui court à compter
de la commission des faits ou du denier acte de poursuite ou d’instruction.
La diffamation par voie de presse est soumise à une autre procédure beaucoup plus rigoureuse, ce
qui nécessite l’intervention de professionnels tels que les avocats et les huissiers.
La complicité
La complicité en diffamation fait référence au fait de participer à la diffusion d'un contenu
diffamatoire, même si l'on n'est pas l'auteur direct des propos diffamatoires. En d'autres termes,
cela signifie aider, encourager ou faciliter la publication de propos diffamatoires. La complicité
en diffamation peut également être punie par la loi, tout comme la diffamation elle-même. Il est
important de toujours réfléchir avant de partager ou de propager des informations qui pourraient
nuire à la réputation de quelqu'un.
E- la répression
Les peines applicables en matière de diffamation varient suivant la qualité des personnes ou des
corps protégés et contre lesquels le délit a été commis ou le moyen utilisé pour commettre
l’infraction.
❖ La diffamation envers les personnes publiques collectives (cours, tribunaux, forces
armées, corps constitués, administration publiques), les membres du gouvernement,
toute personne chargée d’un service ou d’un mandaté public temporaire ou permanent
en raison de ses fonctions ou de ses qualités ou les témoins en raison de leur déposition
est punie d’une peine d’emprisonnement de 2 mois à un an et d’une amende de 250.000
à 1.000.000 de francs.
❖ La diffamation envers un particulier est punie d’une peine d’emprisonnement de 2 mois
à 6 mois et d’une amende de 250.000 à 500.000 francs.
❖ Quant à la diffamation commise par le biais d’un moyen de communication
électronique, elle est punie d’une peine d’emprisonnement de 1 an à 5 ans et d’une
amende de 500.000 à 2.000.000 de francs. En sanctionnant plus sévèrement la
diffamation commise à l’aide d’un moyen de communication électronique, le législateur
cherche à décourager la personne qui se cache derrière les réseaux sociaux ou autres,
pour atteindre autrui dans son honneur tout en bénéficiant d’une sorte d’anonymat. La
facilité d’accès à ce moyen et la vitesse de la propagation des propos caractérisent son
usage. Il apparaît logique que la sanction qui en découle soit plus sévère.
❖ La diffamation dirigée contre la mémoire d’un mort est sanctionnée selon les cas cidessus cités
si l’auteur des faits a eu l’intention de porter atteinte à l’honneur ou à la
considération des héritiers, époux ou légataires universels vivants.
❖ La diffamation envers un groupe de personnes en raison de leur race ou de leur religion
est punie d’un emprisonnement de un (1) mois à un (1) ans et une amende de 10.000 F
à 2.000.000 F.
❖ Au nom de la ‘’dépénalisation’’ des délits de presse, toutes les sanctions en matière de
délit de presse y compris la diffamation sont des amendes. Le maximum de la peine qui
puisse être prononcé est une amende de 5.000.000 de francs.
Rapport entre la diffamation et le droit pénal des affaires
La diffamation en droit pénal des affaires se réfère à la diffamation commise dans le cadre
d'activités commerciales ou d'affaires. Lorsqu'une déclaration diffamatoire est faite dans le
contexte des affaires, elle peut entraîner des conséquences pénales pour l'auteur de la diffamation.
Par exemple, elle peut constituer une atteinte à la réputation d'une entreprise ou d'un individu
dans le monde des affaires, ce qui peut avoir un impact sur leur image et leur crédibilité. En
conséquence, la diffamation en droit pénal des affaires est traitée avec sérieux et peut entraîner
des poursuites pénales et des sanctions pour les auteurs de telles déclarations. La diffamation est
un aspect crucial dans le domaine des affaires car elle peut causer des dommages importants à la
réputation d'une entreprise ou d'un individu. Les fausses informations ou les allégations
diffamatoires peuvent entraîner une perte de confiance des clients, des partenaires commerciaux
et des investisseurs, ce qui peut avoir un impact négatif sur les ventes, les contrats et la rentabilité
de l'entreprise. De plus, la diffamation peut également nuire aux relations publiques et à l'image
de marque d'une entreprise, ce qui peut affecter sa capacité à attirer de nouveaux clients et à
fidéliser les existants. En fin de compte, la diffamation dans le domaine des affaires peut avoir
des conséquences juridiques et financières graves.