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Système pénal OHADA : enjeux et uniformisation

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DOCTRINE 87

LE SYSTÈME PÉNAL OHADA


OU L’UNIFORMISATION À MI-CHEMIN

par Michel MAHOUVE,


Magistrat DIU en “droits fondamentaux”
des Universités de Paris X-Nanterre et de Nantes

Le droit pénal est certainement Tune des branches juridiques qui


réside «au cœur même du sanctuaire de la souveraineté» (1) des
États.
C’est peut-être là l’explication de la réserve, pour ne pas dire la
réticence avec laquelle ceux-ci transfèrent à des organisations
supranationales leurs prérogatives normatives dans ce domaine.
Le Traité OHADA semble en être l’illustration parfaite.
Ce Traité - faut-il le rappeler - est né de la volonté de seize États
d’Afrique centrale et occidentale (2) de garantir la sécurité juridique
des activités économiques et d’encourager l’investissement dans
l’ensemble de leurs territoires. Aussi, ont-ils signé à Port-Louis
(Maurice) (3) un traité instituant l’Organisation pour l’Harmonisa­
tion en Afrique du Droit des Affaires, en abrégé OHADA.
Cette harmonisation (peut-être faut-il parler d’uniformisation
(4)) est censée s’effectuer par l’adoption de règles communes appe-

(1) Expression empruntée au prof. Michel Virally, Cours général de droit


international public, RCADI, 1983, t. 183, p. 124.
(2) Ces États sont : le Bénin, le Burkina-Faso, le Cameroun, la Répu­
blique centrafricaine, les Comores, le Congo (Brazzaville), la Côte d’ivoire,
le Gabon, la Guinée, la Guinée-Bissau, la Guinée équatoriale, le Mali, le
Niger, le Sénégal, le Tchad et le Togo.
(3) En marge du Sommet de la Francophonie.
(4) L’harmonisation, d’après le professeur Mireille Delmas Marty (in La
corruption, un défi pour l’État de droit et la société démocratique - Rapport
de clôture présenté au XIIIe congrès de la Société internationale de défense
sociale, LECCE, 28 au 30 novembre 1996), «désigne des pratiques nationales
qui restent sensiblement différentes mais qu’on rapproche par le jeu de
lignes directrices communes» alors que «l’unification est plus radicale». Le
professeur Gérard Pougoué fait également le départ entre les deux notions
dans sa Présentation générale et procédure en OHADA, Presses universitai­
res d’Afrique, collection Droit uniforme, Yaoundé, 1998, p. 11.
Penant 846
88 DOCTRINE

lées “Actes uniformes” (art. 5 al. 1er du traité). Ceux-ci sont pris dans
le domaine du droit des affaires, lequel, en vertu de Varticle 2 du
traité, comprend prioritairement Vensemble des règles relatives :
- au droit des sociétés et au statut juridique des commerçants ;
- au recouvrement des créances ;
- aux sûretés et aux voies d’exécution ;
- au régime du redressement des entreprises et de la liquidation
judiciaire ;
- au droit de l’arbitrage ;
- au droit du travail ;
- au droit comptable ;
- au droit de la vente et des transports et
- à toute autre matière que le Conseil des ministres (institution
politique de l’OHADA) déciderait à l’unanimité d’y inclure.
L’alinéa 2 de l’article 5 précité dispose en outre que «les actes
uniformes peuvent inclure des dispositions d’incrimination pénale».
Le Traité et six des Actes uniformes sont déjà en vigueur (5).
Si, par application de l’article 10 du Traité, ces Actes uniformes
sont d’applicabilité directe (c’est-à-dire qu’ils ne nécessitent pas,
pour leur application, l’adoption d’une mesure ou d’un acte complé­
mentaire par les autorités nationales), cette applicabilité ne peut
s’étendre aux dispositions d’incrimination pénale.
L’applicabilité de celles-ci est en réalité subordonnée à la déter­
mination par les États parties des sanctions pénales encourues par
les infracteurs (art. 5 al. 2 in fine du Traité).
Traduire dans les faits leur engagement en vertu de cette dispo­
sition et surtout éviter un vide dans la répression : tel est aujourd’­
hui le chantier qui s’impose à chacun des pays parties au Traité
OHADA.
Des difficultés d’ordre à la fois pratique et technique ne man­
quent pas. Sans prétendre à l’exhaustivité, nous croyons en déceler
quelques-unes. Elles ont trait au recensement des dispositions d’in-

(5) Il s’agit de :
- l’Acte uniforme relatif au droit commercial général (en vigueur
depuis le 1er janvier 1998),
- l’Acte uniforme relatif aux sociétés commerciales et les groupements
d’intérêt économique (en vigueur depuis le 1er janvier 1998),
- l’Acte uniforme relatif aux sûretés (en vigueur depuis le 1er janvier
1998),
- l’Acte uniforme portant organisation des procédures simplifiées et
des voies d’exécution (en vigueur depuis le 10 juillet 1998),
- l’Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’a­
purement du passif (en vigueur depuis le 1er janvier 1999),
- l’Acte uniforme sur le droit de l’arbitrage.
Penant 846
DOCTRINE 89

crimination pénale contenues dans les Actes uniformes déjà en


vigueur (I) à la compatibilité ou la complémentarité des incrimina­
tions des droits internes avec celles-ci (II) aux techniques d’implan­
tation des normes conventionnelles dans les droits internes (III) et
au choix des peines (IV).

I. RECENSEMENT “DES DISPOSITIONS D’INCRIMINATION


PÉNALE”

Le recensement proprement dit (B) “des dispositions d’incrimi­


nation pénale” contenues dans les Actes uniformes est fortement tri­
butaire de la compréhension même de la notion d’incrimination
pénale (A).

A. La notion d’incrimination pénale

L’incrimination est «le fait d’ériger un comportement en infrac­


tion en l’assortissant d’une sanction pénale» (6).
Cette définition laisse clairement apparaître deux pôles indisso­
ciables de la notion d’incrimination : un comportement prohibé et
une sanction.
Il est cependant exceptionnel, en droit pénal international, que la
norme de comportement et la norme de répression (7) soient exclu­
sivement régies par le droit conventionnel. Très souvent, le droit
international et le droit national procèdent à une allocation de com­
pétences. Le premier énonce les normes de comportement et le
second les normes de répression.
C’est ce schéma qui a été adopté par les auteurs du Traité
OHADA.
Les dispositions d’incrimination pénale dont il est question dans
les instruments OHADA sont donc en réalité et presque exclusive­
ment des normes de comportement. Celles-ci s’entendent comme les
normes qui décrivent et définissent les comportements ou manque­
ments répréhensibles.
Cette boussole en main, l’exploration de ces dispositions peut
être entamée.

(6) Cornu, Vocabulaire juridique, Paris, PUF, 3 éd., 1992.


(7) Voir André Huet et Renée Koering-Joulin, Droit pénal international,
Paris, PUF, lre éd., 1994, p. 101.
Penant846
90 DOCTRINE

B. Recensement proprement dit “des dispositions d’incrimination


pénale”

Ce recensement sera matériellement plus ou moins facile selon


les actes. L’hétérogénéité est en effet la caractéristique principale de
leur présentation.
Dans l’Acte uniforme relatif au droit des sociétés commerciales et
du groupe d’intérêt économique (divisé en parties), la partie 3 est
consacrée aux dispositions pénales. Elle traite des infractions relati­
ves à la constitution des sociétés (article 886 à 888), à la gérance, à
l’administration et à la direction des sociétés (articles 889 à 891), aux
assemblées générales (article 892), aux modifications du capital des
sociétés anonymes (articles 893 à 896), au contrôle des sociétés (arti­
cles 897 à 900), à la dissolution des sociétés (article 901), à la liquida­
tion des sociétés (articles 902 à 903) et des infractions en cas d’appel
public à l’épargne (article 905).
Dans l’Acte uniforme portant sur le droit commercial général
(divisé en Livres), c’est par une fouille systématique, article par arti­
cle, que l’on découvrira à l’article 43 le défaut d’immatriculation ou
l’immatriculation frauduleuse, et à l’article 68 l’inscription fraudu­
leuse ou inexacte de sûreté mobilière.
L’Acte uniforme portant organisation des procédures simplifiées
de recouvrement et des voies d’exécution (organisé lui aussi en
Livres) adopte une démarche purement allusive pour évoquer les
incriminations. C’est ainsi que l’article 231 en ses alinéas 5 et 10 fait
obligation à l’huissier ou à l’agent d’exécution d’indiquer et de repro­
duire les textes pénaux relatifs au détournement de biens saisis.
L’Acte uniforme portant organisation des procédures collectives
d’apurement du passif (organisé en Titres) consacre son Titre V à la
banqueroute et autres infrations (articles 226 à 246). Il est vrai que
les deux derniers articles (245 et 246) prévoient les conséquences
civiles et même les peines complémentaires à prononcer suite à une
déclaration de culpabilité du chef de ces infractions (annulation des
conventions, affichage et publication des décisions).
Il faut noter que cet acte évoque déjà en son article 43 la respon­
sabilité pénale des syndics en leur qualité de mandataires rémuné­
rés. Cette évocation renvoie à l’infraction d’abus de confiance non
expressément visée par cet instrument.
Cette incrimination par renvoi tacite pose dès lors le problème de
la compatibilité et de la complémentarité (ou subsidiarité) des
normes de comportements internes avec les infractions convention­
nelles issues des Actes uniformes.

Penant 846
DOCTRINE 91

IL COMPATIBILITÉ ET COMPLÉMENTARITÉ DES NORMES


INTERNES AVEC LES NORMES OHADA

Si la réponse à la question de compatibilité trouve une réponse


claire dans le Traité (A), celle de la complémentarité ou subsidiarité
n’est pas aussi apparente (B).

A. Compatibilité des normes internes avec les normes OHADA

Quel serait le sort d’une incrimination de droit national contraire


à une prévision pénale résultant des Actes uniformes ?
Le siège de la réponse réside dans l’article 10 du Traité qui sti­
pule : «Les Actes uniformes sont directement applicables et obliga­
toires dans les États parties, nonobstant toute disposition contraire
de droit interne,vantérieure ou postérieure».
Cette application du principe de la primauté du traité sur la loi
interne (8) élimine toute concurrence entre la norme conventionnelle
et la norme législative interne. En d’autres termes, le juge national
doit appliquer l’incrimination conventionnelle de préférence à l’in­
crimination interne contraire, donc non compatible. La sécurité juri­
dique des justiciables du droit communautaire est au demeurant à
ce prix. Mais que décider si ce n’est pas un conflit de normes, mais
un vide répressif laissé par le droit conventionnel qui apparaît ? Le
droit interne peut-il le combler ?

B. Complémentarité ou subsidiarité des normes nationales

Le problème précis est le suivant : les Actes uniformes n’ont pas


expressément incriminé un comportement ou un manquement. La
législation nationale pénalise, elle, ce comportement, implicitement
ou tacitement réprouvé par l’ordre juridique OHADA. Quelle sera
l’attitude du juge devant lequel ce comportement pourra être
déféré ?
On pourrait soutenir que lorsqu’un Acte uniforme a entendu
pénaliser un comportement, il l’a dit expressis verbis ; que, par
conséquent, la législation nationale ne devrait pas permettre la
répression des comportements non incriminés par le législateur
supranational.

(8) Cette règle découle de l’article 27 de la Convention de Vienne sur le


droit des traités (23 mai 1969) aux termes duquel «une partie ne peut invo­
quer les dispositions de son droit interne comme justifiant de la non-exécu­
tion d’un traité».
Penant846
DOCTRINE 91

IL COMPATIBILITÉ ET COMPLÉMENTARITÉ DES NORMES


INTERNES AVEC LES NORMES OHADA

Si la réponse à la question de compatibilité trouve une réponse


claire dans le Traité (A), celle de la complémentarité ou subsidiarité
n’est pas aussi apparente (B).

A. Compatibilité des normes internes avec les normes OHADA

Quel serait le sort d’une incrimination de droit national contraire


à une prévision pénale résultant des Actes uniformes ?
Le siège de la réponse réside dans l’article 10 du Traité qui sti­
pule : «Les Actes uniformes sont directement applicables et obliga­
toires dans les États parties, nonobstant toute disposition contraire
de droit interne,vantérieure ou postérieure».
Cette application du principe de la primauté du traité sur la loi
interne (8) élimine toute concurrence entre la norme conventionnelle
et la norme législative interne. En d’autres termes, le juge national
doit appliquer l’incrimination conventionnelle de préférence à l’in­
crimination interne contraire, donc non compatible. La sécurité juri­
dique des justiciables du droit communautaire est au demeurant à
ce prix. Mais que décider si ce n’est pas un conflit de normes, mais
un vide répressif laissé par le droit conventionnel qui apparaît ? Le
droit interne peut-il le combler ?

B. Complémentarité ou subsidiarité des normes nationales

Le problème précis est le suivant : les Actes uniformes n’ont pas


expressément incriminé un comportement ou un manquement. La
législation nationale pénalise, elle, ce comportement, implicitement
ou tacitement réprouvé par l’ordre juridique OHADA. Quelle sera
l’attitude du juge devant lequel ce comportement pourra être
déféré ?
On pourrait soutenir que lorsqu’un Acte uniforme a entendu
pénaliser un comportement, il l’a dit expressis verbis ; que, par
conséquent, la législation nationale ne devrait pas permettre la
répression des comportements non incriminés par le législateur
supranational.

(8) Cette règle découle de l’article 27 de la Convention de Vienne sur le


droit des traités (23 mai 1969) aux termes duquel «une partie ne peut invo­
quer les dispositions de son droit interne comme justifiant de la non-exécu­
tion d’un traité».
Penant846
92 DOCTRINE

Mais il n’en est rien. Chaque droit national incrimine en effet des
comportements qui, à ses yeux, sont d’une gravité telle qu’ils méri­
tent une sanction pénale.
Tout fait qui rentrerait dans ses catégories de punissabilité, au-
delà de sa source, serait dès lors de sa juridiction. Dans la sphère
nationale, le droit interne bouche les trous d’impunité laissés par le
droit communautaire. C’est en d’autres termes l’application du prin­
cipe de subsidiarité du droit national par rapport au corpus juris (9)
communautaire. Mais comment au demeurant introduire celui-ci
dans le droit interne de chacun des États parties au Traité OHADA ?
Ce n’est pas là la moindre des difficultés.

III. TECHNIQUE D’IMPLANTATION DES NORMES DE


COMPORTEMENT DU SYSTÈME OHADA EN DROITS
PÉNAUX INTERNES

Le droit conventionnel ne peut, sans l’appui sinon la collabora­


tion du droit interne, s’imposer au sein de la société étatique. Le
droit interne a l’avantage d’une forte organisation qui lui permet de
s’imposer de manière autonome. Ce qui n’est pas le cas du droit
international (10). Même si la supériorité de celui-ci est proclamée
par la constitution dans beaucoup d’États, il n’en reste pas moins
vrai que son plus ou moins grand coulage ou moulage dans le droit
interne sera un gage à la fois de son effectivité et de son accessibi­
lité.
Traditionnellement, deux techniques d’implantation s’offrent au
législateur interne : la technique de la reproduction et la technique
de l’intégration par référence (11).

A. La technique de la reproduction

L’État-partie peut «recopier» dans sa loi la norme de comporte­


ment contenue dans la convention (en l’occurrence l’Acte uniforme)
et y accoler la norme de répression (la sanction pénale) qu’il déter­
mine lui-même.

(9) Voir dans ce sens Rosara Sicurella, in Vers un espace judiciaire euro­
péen : un corpus juris portant dispositions pénales pour la protection des
intérêts financiers de l’Union Européenne, Rev. sc. crim. (2) avril-juin 1997.
(10) Voir Michel Virally, Le droit international en devenir, PUF, lre éd.,
1990, p. 114.
(11) Voir Michel Huet et Renée Koering-Joulin, op. cit. p. 135 à 136 (à qui
les développements sur ces techniques sont largement empruntés).

Penant846
DOCTRINE 93

Cette méthode, dite encore de “Tincorporation”, recèle cet indénia­


ble avantage de brasser dans un texte unique les deux normes que la
seule lecture de la loi nationale permettra au justiciable de connaître.
On lui reconnaît, en sus, une vertu psychologique. Le juge natio­
nal, toujours plus à Taise dans la législation interne, aura le senti­
ment sécurisant d’appliquer sa loi nationale. Cette technique a été
récemment utilisée par le législateur camerounais pour donner effet
à la Convention contre la torture et autres peines ou traitements
cruels, inhumains ou dégradants (12). L’article 132 bis du Code pénal
(loi n° 97/009 du 10 janvier 1997) (13) a repris intégralement la
définition de la torture résultant de l’article 1er de la convention pré­
citée, pour sanctionner ce comportement de peines d’emprisonne­
ment.
Mais chaque médaille a son revers. Cette technique peut en effet
donner le sentiment de la perte par la disposition conventionnelle de
son caractère propre et prévalent. D’où l’appel possible à la tech­
nique de l’intégration par référence.

B. La technique de l’intégration par référence

En quoi consiste cette technique ? La loi interne se bornera, sans


la reproduire, de se référer à la disposition conventionnelle posant
la norme de comportement et à en sanctionner la transgression.
En pratique, la loi à ce moment-là punira par exemple de telle
peine celui qui se sera rendu coupable d’infraction aux dispositions
de l’article..., de l’Acte uniforme...
L’avantage est celui de la révélation de l’origine internationale de
la norme de conduite. La technique n’en complique pas moins en
pratique la tâche des justiciables et des tribunaux. Ceux-ci seront
obligés de se référer à deux documents distincts : en l’espèce l’Acte
uniforme pour connaître le comportement prohibé et la loi nationale
pour connaître la peine encourue.
Les deux techniques sont-elles inconciliables ? Ne pourrait-on
pas réfléchir à un système qui cumulerait dans un même texte l’in­
dication de l’origine de la norme de référence et sa substance ? On
pourrait par exemple penser à l’édiction d’une loi nationale qui
punirait de telle peine celui qui, aux termes de l’article... de... (indi­
quer la disposition conventionnelle) a... (recopier la norme prohi-

(12) Convention du 10 décembre 1984. En fait Résolution n° 39/46 de l’As­


semblée générale des Nations Unies.
(13) Cf. Code d'instruction criminelle, justice militaire, Code pénal, etc.,
Annexes, aux éd. Minos Yaoundé, Cameroun, p. 552.

Penant846
94 DOCTRINE

bée). Seule la longueur des textes pourrait constituer l'inconvénient


majeur de ce mode d'implantation à la fois par référence et par
reproduction.
En tout état de cause, chaque État-partie a la latitude de choisir
la technique d’intégration des dispositions d’incrimination pénale
OHADA dans son droit interne. Il pourra de même conséquemment
choisir les peines qui s’y rattachent.

IV. CHOIX DES NORMES DE RÉPRESSION


La liberté du choix des normes de répression laissée aux États-
parties a une portée relative (A). Elle se révèle dans tous les cas
comme un facteur de neutralisation de la volonté des États mem­
bres de l’OHADA de créer un corpus juris pénal entièrement uni­
formisé (B).

A. Portée relative de la liberté de choix des peines par les États-


parties
La liberté laissée aux États-parties de déterminer les sanctions
encourues par les infractions aux normes de comportement OHADA
n’est pas absolue.
Elle ne signifie pas faculté d’édicter les peines. En réalité, il
s’agit d’une obligation conventionnelle.
En revanche, elle s’entend comme la latitude de choisir la nature
et le quantum des peines. C’est ici que la portée relative de cette
liberté est perceptible. Les peines en effet ne se limitent pas aux
classiques “peines principales” : l’emprisonnement et l’amende.
Outre que la pénologie moderne offre une multitude d’alternatives à
ces deux peines (14), il existe à côté d’elle des peines dites “complé­
mentaires” et même des mesures de sûreté.
Qu’observe-t-on à la lecture de certains Actes uniformes ? Si
dans tous les cas “le législateur OHADA” n’a édicté et encore moins
quantifié des peines principales, dans certains cas cependant il a
prévu l'obligation ou la faculté pour les tribunaux internes de pro­
noncer certaines peines complémentaires.
Ainsi, par exemple, l’affichage et la publication des décisions de
condamnation sont-elles une obligation au sens de l’article 246 de
l’Acte uniforme portant organisation des procédures collectives

(14) V. Pierrette Poncela, Droit de la peine, PUF, lre éd., 1995, p. 82. Voir
aussi dans une perspective ethnologique et de droit comparé, la diversité des
pratiques en matière de peines, Mireille Delmas-Marty, Modèles et mouve­
ments de politique criminelle, éd. Economica, 1982, p. 19 et 20.
Penant846
DOCTRINE 95

d’apurement du passif. Dans l’Acte uniforme portant sur le droit


commercial général, l’article 68 (inscription frauduleuse au registre
de commerce), faculté est laissée à la juridiction de promener acces­
soirement la rectification de la mention inexacte dans les termes
qu’elle déterminera.
Ces quelques exemples témoignent d’un effort d’uniformisation
des règles substantielles en matière de droit pénal des affaires. Ce
positionnement n’épargne d’ailleurs pas les règles processuelles. La
section III du chapitre I du Titre V de l’Acte uniforme portant orga­
nisation des procédures collectives d’apurement du passif (articles
234 à 239) est symptomatique de cette tendance. Elle détermine les
modes de saisine de la juridiction, les personnes qualifiées pour y
ester, la charge des frais de procédure, etc.
Cet ensemble de règles processuelles minimales communes vise
à tendre vers un espace juridique répressif largement unifié en vue
certainement d’une «répression plus juste, plus simple et plus effi­
cace» (15).
Mais cet objectif sera loin d’être atteint tant que les États mem­
bres de l’OHADA seront libres de fixer les normes de répression en
rapport avec les comportements prohibés dans cet espace commun.

B. Neutralisation de l’uniformisation par la liberté de choix


des peines

La peine, faut-il le rappeler, est certes avant tout un instrument


dont dispose un État pour lutter contre les comportements jugés
particulièrement antisociaux. Toute la philosophie de la peine se
réfléchit alors dans ses fonctions : protéger la société, assurer la
punition du condamné, favoriser l’amendement de celui-ci et prépa­
rer son éventuelle réinsertion (16). C’est peut-être cette concentra­
tion fonctionnelle qui donne au droit pénal ce caractère d'ultima
ratio qu’on lui reconnaît souvent.
Dans le cadre du système juridique OHADA, il nous semble que
l’un des objectifs est de sécuriser les affaires dans cet espace com­
mun. Comment dès lors combattre efficacement la délinquance éco­
nomique dans le même espace juridique ? Par des réponses pénales
disparates et variables ? Ou par une réponse homogène ou à tout le
moins homogénéisée ?

(15) Rosaria Sicurella, op. cit.f p. 364.


(16) Renée Koering-Joulin et Jean-François Seuvic, in Droits fondamen­
taux et droit criminel, AJDA, 20 juillet/20 août 1998, spécial, p. 120, rappor­
tant en fait la position du Conseil constitutionnel français (20 janvier 1994,
déc. n° 93-334 DC).
Penant846
DOCTRINE 95

d’apurement du passif. Dans l’Acte uniforme portant sur le droit


commercial général, l’article 68 (inscription frauduleuse au registre
de commerce), faculté est laissée à la juridiction de promener acces­
soirement la rectification de la mention inexacte dans les termes
qu’elle déterminera.
Ces quelques exemples témoignent d’un effort d’uniformisation
des règles substantielles en matière de droit pénal des affaires. Ce
positionnement n’épargne d’ailleurs pas les règles processuelles. La
section III du chapitre I du Titre V de l’Acte uniforme portant orga­
nisation des procédures collectives d’apurement du passif (articles
234 à 239) est symptomatique de cette tendance. Elle détermine les
modes de saisine de la juridiction, les personnes qualifiées pour y
ester, la charge des frais de procédure, etc.
Cet ensemble de règles processuelles minimales communes vise
à tendre vers un espace juridique répressif largement unifié en vue
certainement d’une «répression plus juste, plus simple et plus effi­
cace» (15).
Mais cet objectif sera loin d’être atteint tant que les États mem­
bres de l’OHADA seront libres de fixer les normes de répression en
rapport avec les comportements prohibés dans cet espace commun.

B. Neutralisation de l’uniformisation par la liberté de choix


des peines

La peine, faut-il le rappeler, est certes avant tout un instrument


dont dispose un État pour lutter contre les comportements jugés
particulièrement antisociaux. Toute la philosophie de la peine se
réfléchit alors dans ses fonctions : protéger la société, assurer la
punition du condamné, favoriser l’amendement de celui-ci et prépa­
rer son éventuelle réinsertion (16). C’est peut-être cette concentra­
tion fonctionnelle qui donne au droit pénal ce caractère d'ultima
ratio qu’on lui reconnaît souvent.
Dans le cadre du système juridique OHADA, il nous semble que
l’un des objectifs est de sécuriser les affaires dans cet espace com­
mun. Comment dès lors combattre efficacement la délinquance éco­
nomique dans le même espace juridique ? Par des réponses pénales
disparates et variables ? Ou par une réponse homogène ou à tout le
moins homogénéisée ?

(15) Rosaria Sicurella, op. cit.f p. 364.


(16) Renée Koering-Joulin et Jean-François Seuvic, in Droits fondamen­
taux et droit criminel, AJDA, 20 juillet/20 août 1998, spécial, p. 120, rappor­
tant en fait la position du Conseil constitutionnel français (20 janvier 1994,
déc. n° 93-334 DC).
Penant846
96 DOCTRINE

La plupart des réponses entraînera à coup sûr une espèce de


forum shopping, c’est-à-dire «le choix délibéré du sytème pénal et
judiciaire évidemment le plus souple auquel rattacher les activités
criminelles» et «faire en sorte que les acteurs les plus puissants du
marché profitent des disparités entre les normes internes» (17). On
pourrait alors assister à la coexistence au sein de ce même espace de
“paradis pénaux” et d’“enfers pénaux” : système à mille lieux loin
de garantir l’égalité entre les opérateurs économiques d’un pays à
l’autre.
A défaut donc d’établir une normalité répressive OHADA rigide,
il eût été, à notre sens, plus rationnel de fixer en matière de peines
principales des règles minimales communes pour réduire ou mini­
miser les écarts pénaux entre les États-parties. Le système pénal
OHADA serait ainsi, à défaut d’être uniformisé, un système harmo­
nisé. En tout état de cause, la mise en œuvre par les Etats-parties de
l’obligation qui leur incombe en vertu de l’article 5 du Traité d’édic­
ter les sanctions pénales sera déjà une manifestation de leur volonté
politique d’assainir et de moraliser les affaires.

CONCLUSION

Le droit international, qu’on l’envisage sous l’angle de sa création


ou de sa mise en œuvre, est «entièrement frappé du sceau de la sou­
veraineté étatique» (18). Les États-parties au Traité OHADA ont
choisi de cantonner l’abandon volontaire de leur souveraineté à la
création du droit économique et aux normes de comportement
pénalisables. Ils se sont réservés la compétence de la détermination
des peines applicables. C’est aussi cela l’expression forte de leur
souveraineté. Mais cette manière de voir ou de faire sert-elle vérita­
blement les enjeux de l’intégration économique ? L’avenir nous le
dira.

(17) Mireille Delmas-Marty, op. cit. (rapport précité).


(18) Frédéric Sudre, Droit international et européen des droits de
rhomme, PUF, 3e éd., p. 23.
Penant846

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