Premier chapitre : De la notion de la liberté
De la notion de « liberté ».
1
Vous avez faits l’effort de saisir la conception de la liberté chez plusieurs auteurs.
Attention au plagiat. Vous avez votre style propre, auquel l’on vous identifie. Je vous
suggère de restructurer votre premier chapitre par une étude historique de l’évolution
du concept liberté dans le champ de la philosophie. Je vous propose ce canevas ci-après :
Introduction
I. La conception antique de la liberté.
1. Les présocratiques
a. Protagoras (et le paradigme de l’homme mesure de toute chose).
b. Démocrite
2. Les socratiques
a. Socrate
b. Platon
c. Aristote
3. Les post socratiques
a. Les épicuriens
b. Les stoïciens
II. La Conception médiévale de la liberté
1. Saint Augustin (et la question du libre arbitre)
2. Séverin Boèce
3. Saint Thomas d’Aquin
III. La conception moderne de la liberté
1. Descartes ( et le cogito)
2. Kant
3. Hegel
IV. La conception post moderne de la liberté
Tu pourras faire le choix entre : Sartre (incontournable), Merleau Ponty, Eric
Weil, Hans Jonas ( Avec son éthique et ou principe responsabilité), Edgar
Morin, Heidegger ( avec l’être libre : le Dasein).etc.
Introduction
2
Le besoin ultime de l’homme à mener une vie pleinement épanouie,
dépouillée de toute forme de contrainte, laisse entendre l’exigence de la liberté
dans l’existence humaine. Cette recherche a sans doute donnée naissance aux
diverses conceptions sur la liberté aussi distincte. Néanmoins, elles avaient en
commun, la conviction que la liberté est ce à partir de quoi l’homme deviendrait
le véritable maitre de sa vie Où est la source ? Ainsi, en parcourant l’histoire de
la philosophie, la notion de la liberté, se voit revêtir plusieurs sens. Car elle fut
abordée par de nombreux auteurs, selon une certaine vision du monde qui avait
muri dans leur esprit. De fait, pour parvenir, tant soit peu, à une argumentation
pertinente nous proposons dans ce premier chapitre d’examiner divers sens de la
notion de la liberté, à la lumière de quelques approches philosophiques. Quelles
sont ses approches ? Énoncez-les.
I. Approche définitionnelle
Etymologiquement, le mot liberté vient du latin Libertas qui veut dire
affranchi la source Svp !. Elle est une condition de l’homme libre, par
opposition à l’esclave. Autrement dit, elle suppose une absence de contrainte,
qui disposerait l’homme à faire ce qui lui plait, ce qu’il désire sans faire
référence à quiconque. Ainsi entendu dans un aspect spécifiquement humain, la
liberté revêt deux dimensions :
D’un côté, c’est l’absence de contraintes dans le milieu physique (…) de
l’autre côté, la liberté est conçue comme absence d’obstacles intérieurs au
sujet, qui l’empêcheraient d’être intention de ses valeurs. C’est ici l’absence
des aliénations personnelles venant de l’ignorance des conflits d’intentions, de
la tyrannie des tendances, des désirs, des passions, des habitudes
pathologiques, des complexes paralysant le jugement, l’action, la sociabilité,
etc.1
1
Joseph Combes, Valeur et liberté, Presse Universitaire De France, Paris, 1967, p.91.
3
En ce sens, la notion de liberté peut s’entendre dans un sens
métaphysique, c’est-à-dire l’idée d’une liberté absolue. Sur ce plan, être libre,
c’est être l’auteur de ses actes et de ses pensées. Tout se produit par le concours
de notre seule volonté. La volonté devient la condition de possibilité de toutes
nos initiatives. C’est dire que, l’homme libre, c’est l’homme dirigé par sa seule
volonté qui agit en dehors de toute influence extérieure. Il dépasse toutes les
barrières qui l’empêchent de satisfaire ses désirs et il surpasse les motifs
étrangers à son vouloir qui peuvent mobiliser son action. C’est pour cela qu’écrit
Epictète : « l’homme libre est celui qui vit comme il veut ; qu’on ne peut ni
contraindre à faire une chose, ni empêcher de la faire ; à qui l’on ne peut rien
imposer de force ; qui n’est jamais arrêté dans ce qu’il entreprend ; qui ne
manque jamais ce qu’il désire ; qui ne tombe jamais dans ce qu’il redoute »2. Ce
qui implique finalement que la liberté est le pouvoir de s’autodéterminer, c’est-
à-dire de déployer son action sans qu’un obstacle ne vienne se mettre en travers
de notre volonté.
II. Quelques approches philosophiques
a- L’approche aristotélicienne.
Pour traiter de la liberté, Aristote met en relief la notion de la volonté,
comme le mobile qui met le sujet humain en posture d’un homme qui agit
délibérément et selon son propre entendement, en tant qu’il recèle la cause et le
principe qui déterminent ses actes. C’est de cette volonté qu’émanent la vertu, le
vice et toutes les actions que l’homme accomplit par libre choix. Ainsi, la
volonté de l’homme devient la condition sine-qua-non pour rendre effectif la
liberté, comme la possibilité d’agir de son plein gré et de ne pas agir contre son
gré. Car est libre, l’homme qui devrait agir par volonté de choix ; c’est-à-dire,
celui qui se comporte en fonction de ce qu’il souhaite et veut accomplir. En ce
2
Epictète, Entretiens, Mille et une nuit, IV, 1, Paris, Eyrolles, 2005, p.1. tout le titre du livre en italique.
4
sens, l’acte volontaire se veut être dépouillé de tous les écueils qui entrainent
l’homme à agir par contrainte ou par ignorance, au cas contraire l’homme agirait
involontairement. Aristote l’affirme en ces termes : « […] Sont involontaires, les
actes accomplis par contrainte ou s’accompagnant d’ignorance. Un acte forcé est
celui dont le principe est extérieur à nous-même et tel que l’agent n’y participe
en rien […]»3. C’est dire que, sont dépourvues de volonté les actions que l’on
exécute par contrainte et par ignorance. Entendu dans ce sens, la contrainte et
l’ignorance sont, pour Aristote, des critères distinctifs entre l’acte volontaire et
l’acte involontaire. Autrement dit, ce sont deux instances qui constituent la
spécificité de l’acte involontaire par rapport à notre volonté.
En effet, la contrainte suppose l’obligation d’accomplir un acte dont le
refus aboutirait à des conséquences néfastes. De tels actes l’homme les
accomplit en dépit de son vouloir, soit par crainte ou par complaisance. Bien
qu’ils engagent parfois notre choix, nous les accomplissons uniquement pour
l’intérêt de celui ou celle qui nous l’impose. L’ignorance quant à elle, se justifie
du fait que l’homme ignorant n’agit pas de son plein gré, dans la mesure où, au
terme de son acte, il se repent d’avoir agi. A tel enseigne que de son
comportement, il éprouve de la peine, le regret et un profond désagrément.
Ainsi, l’homme qui pose un acte tout en méconnaissant sa valeur et ne sachant
pour quel intérêt il le fait, agit involontairement. Tel un homme inconscient, qui
agit soudainement sous l’impulsion de ses désirs et de ses affects. De fait, l’acte
volontaire, c’est ce que l’homme exécute consciemment et consciencieusement
suite à une délibération ; c’est-à-dire ce n’est qu’après avoir analysé, évalué son
acte que l’homme décide résolument de l’appliquer. C’est dans ce sens qu’il
déclare : « En effet qui n’est pas maitre de soi est capable de désirer, non d’agir
par libre choix. En revanche, qui est maitre de soi agit par choix délibéré, et non
sous l’impulsion du désir »4. C’est uniquement de cette manière que l’homme
3
Aristote, Ethique à Nicomaque Livre III, Paris, Flammarion, 1992, p.73.
4
Ibidem, p.78.
5
porte en lui la cause et le principe de ses actes, il n’admet aucune influence
extérieure à son choix qui puisse l’engager à agir contre son gré. Par conséquent,
le libre-arbitre se traduit par cette attitude humaine à délibérer sur ses entreprises
et à choisir librement avant d’agir, de sorte que cela accentue même le degré de
volonté avec lequel il agira.
b. L’approche Thomasienne
Fidèle à la tradition aristotélicienne, Thomas d’Aquin aborde la
question de la liberté. Il retient d’Aristote la notion de volonté, laquelle est
associée à la raison, pour montrer ce qui fonde la responsabilité de l’homme face
à la loi morale, pénale et divine. Pour lui, la liberté est « la faculté de la volonté
et de la raison »5. Par cette définition, la volonté et la raison concourent dans un
mouvement de complémentarité, afin de rendre manifeste la liberté humaine. En
effet, face à une situation cruciale qui nécessite un discernement, la volonté
désire certes des fins, mais faut-il encore que la raison intervienne pour délibérer
sur les moyens à entreprendre afin d’atteindre ces fins. La raison juge seulement,
le choix revient à la volonté ; et ce choix se rapporte à la délibération effectuée
par la raison. C’est dire que la volonté est le moteur de l’action humaine.
Cependant, elle n’y peut rien sans le concours de la raison. Ainsi, Thomas
d’Aquin reconnait en l’homme la présence d’une liberté comme puissance de la
volonté. Il tient cette affirmation sur la base de deux évidences : la première, du
point de vue morale, si l’homme est tenu pour responsable de ses actes, c’est
parce qu’il y’a une liberté qui lui est garantie, sans laquelle il ne serait
aucunement taxé de responsable. Par conséquent, la responsabilité confère à
l’homme une liberté. Le second est que de toutes les créatures, l’homme est le
seul à être doté de raison. C’est un acquis considérable qui lui permet de
discerner et d’opérer un jugement libre. Une telle détermination est de l’ordre de
5
Thomas d’Aquin, La Somme Théologique, prima pars, question 82, article 2, objection 2.
6
son activité cognitive, en tant qu’elle engage son intelligence surtout quand il est
devant un dilemme. C’est ce qui le différencie des autres êtres agissant
uniquement par instinct naturel. « Car par sa faculté de connaissance, l’homme
juge qu’il faut fuir quelque chose ou le poursuivre. Cependant ce jugement n’est
pas l’effet d’un instinct naturel s’appliquant à une action particulière, mais d’un
rapprochement de données opéré par la raison »6. En conséquence, la raison est
cette faculté qui authentifie la présence de la liberté en l’homme, en ce sens que
par son pouvoir de décider, d’évaluer les actions, l’homme se meut lui-même et
est pour autant la cause de ses mouvements.
C. Descartes et l’idée de volition
Apres être parvenu à la première certitude indubitable Cogito ergo
sum7, à l’issue de l’exercice d’un doute méthodique sur l’ensemble de ses
connaissances, Descartes constate en l’homme la capacité d’autonomie de
l’esprit qu’il nomme par la puissance d’élire, ou bien encore la liberté. Cette
liberté, est à saisir dans l’expérience quotidienne, en ce sens qu’elle est une
évidence, un sentiment que nous ressentons régulièrement au plus profond de
notre intériorité. Descartes écrit : « Que la liberté de notre volonté se connait
sans preuve, par la seule expérience que nous en avons. Au reste, il est si évident
que nous avons une volonté libre, qui peut donner son consentement ou ne pas
donner quand bon lui semble, que cela peut être compté pour une de nos plus
communes notions »8. C’est dire que la liberté comme expérience humaine est
6
Ibidem, question 82, article 1, réponse aux objections.
7
Avec le cogito ergo sum, « je pense donc je suis », Descartes met au jour la notion de la subjectivé. Cette
première vérité et première évidence que l’homme découvre après avoir douté de tout. C’est la seule certitude
que le doute ne peut remettre en cause, en tant qu’elle représente la conscience de soi du sujet pensant. Ainsi
la caractéristique du cogito est de se présenter à l’esprit sous la forme d’une vérité absolue, de façon claire et
distincte. « Et remarquant que cette vérité : je pense, donc je suis, était si ferme et si assurée, que toutes les
plus extravagantes suppositions des sceptiques n’étaient pas capables de l’ébranler, je jugeais que je pouvais la
concevoir, sans scrupule, pour le premier principe de la philosophie que je cherchais » (Descartes, Discours de
la méthode, Paris, Flammarion, 2000, p.66.) Trop touffu. Lourd.
8
Descartes, Principes de la philosophie cité par Cyril Morana et Eric Oudin, Petite philosophie des grandes idées
(La Liberté), Paris, Eyrolles, 2010, p.47.
7
manifeste par notre volonté de décider lorsque nous nous trouvons en face de
deux possibilités ; en particulier quand il s’agit d’une situation qui engage notre
vie, l’idée de notre liberté est d’une ferme clarté, en ce sens que nous savons
intuitivement que nous sommes libres de décider de ce qui sera notre existence.
En ce sens, cela dit, la volonté consiste à exécuter ou pas, à affirmer ou à nier ce
que nous propose notre entendement. Il en va de notre volonté pour que les idées
conçues par l’entendement deviennent effectives, car notre entendement n’est
qu’une faculté susceptible de concevoir les choses. Il les soumet à notre volonté
qui choisit laquelle des idées que l’on doit admettre ou réfuter. Ainsi, aucune
instance étrangère à notre volonté ne doit mouvoir notre jugement, nos choix et
nos actes : « Car elle consiste seulement en ce que nous pouvons faire une même
chose ou ne pas la faire, […] poursuivre ou fuir les choses que l’entendement
nous propose, nous agissons de telle sorte que nous ne sentons point qu’aucune
force extérieure nous y contraigne »9. Pris de cette façon, la liberté ici est à
justifier à partir de ce sentiment que nous avons d’être la cause unique de notre
action, d’être l’auteur de nos choix, dans la mesure où rien d’étranger ne fait
obstacle, ni ne limite le déploiement de notre volonté.
Par ailleurs, notre volonté de choix doit séjourner loin des embarras et de
toute forme de perplexité. Descartes nous rapporte que ce sentiment pousse à
agir sans aucun déterminisme, bien qu’il nous laisse à penser que nous sommes
libres. Néanmoins il peut arriver que nous soyons indéterminés, indécis à
accomplir tel choix plutôt que tel autre. Autrement dit, notre indétermination
serait l’irrésolution à faire un choix face à deux possibilités. Ainsi donc,
l’homme doit délibérer sur ce dont il a une idée parfaite, de sorte qu’il soit à
même de justifier par une raison adéquate l’objet et l’intérêt de son choix. Car
une telle indétermination peut laisser court à un état d’indifférence qui pourrait
bien paralyser notre volonté. D’où cette affirmation de Descartes :
9
Descartes, Méditations métaphysiques IV cité par Jules Simon, Œuvres de Descartes, Paris, Charpentier, 1844,
p.97.
8
Afin que je sois libre, il n’est pas nécessaire que je sois
indiffèrent à choisir l’un ou l’autre des deux contraires. […]
Cette indifférence que je sens lorsque je ne suis point emporté
vers un côté plutôt que vers un autre par le poids d’aucune
raison, est le plus bas degré de la liberté, et fait plutôt paraitre
un défaut dans la connaissance qu’une perfection dans la
volonté10.
L’indifférence, c’est le fait de prendre une option plutôt qu’une autre sans
raison déterminée. Elle dénote l’absence d’une connaissance claire et distincte
des idées de notre entendement. Par conséquent, la liberté pour Descartes est la
propriété qu’a l’homme de délibérer sur ce qu’il conçoit avec évidence. Aussi
c’est la capacité de suspendre le jugement sur une réalité peu claire et moins
distincte. « La liberté n’implique aucune indifférence (…), elle consiste dans la
seule facilité d’exécution, et alors, libre, spontanée et volontaire ne sont qu’une
même chose »11. Tel est le plus haut degré de la liberté, celle qui s’oppose à
l’indifférence que l’on pourrait qualifier d’ignorance. C’est une liberté éclairée,
celle où l’homme se range volontiers sur l’action qui lui parait la plus évidente.
Conclusion
En définitive, nous pouvons dire que dans ce chapitre il était question de mettre
en relief les différentes conceptions de la notion de liberté. Nous sommes partis
d’une approche définitionnelle, en passant par la conception aristotélicienne et
thomasienne pour aboutir à la conception cartésienne. Au-delà de leur
conception exprimée sous des tournures différentes, la notion de volonté
demeure ce que ces auteurs ont de commun dans chacune des approches. Car la
volonté est à prendre comme gage de toute liberté, autrement dit le principe
10
Idem
11
Descartes, Lettre au Père Mesland du 9 février 1645.
9
ultime pour conquérir son autonomie. Ainsi donc, ces approches nous ont
permis comprendre la liberté comme la volonté humaine à agir absolument de
son plein gré sans contrainte.
10