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Innovation en robotique chirurgicale

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Progrès INNOVATION EN

&
dispositifs
médicaux
JANVIER 2024
ROBOTIQUE

ROBOTIQUE
1 PRÉFACE 33 CHIRURGIE ROBOTIQUE EN ORL
2 INFOGRAPHIE La précision et la miniaturisation,

SOMMAIRE
armes essentielles de l’ORL
4 INTRODUCTION
8 ENJEUX 37 CHIRURGIE ROBOTIQUE EN
Quels enjeux pour la chirurgie ORTHOPÉDIE - INTRODUCTION
robot-assistée ? La robotique chirurgicale ouvre
un vaste champ des possibles
13 ROBOTIQUE CHIRURGICALE en orthopédie
GÉNÉRALE - INTRODUCTION
Pourquoi une robotisation de la 39 CHIRURGIE ROBOTIQUE EN
chirurgie ? ORTHOPÉDIE SANS IMAGERIE
En quête de l’articulation
15 CHIRURGIE ROBOTIQUE originelle
UROLOGIQUE
L’urologie, pionnière parmi 43 CHIRURGIE ROBOTIQUE EN
les pionniers ORTHOPÉDIE AVEC IMAGERIE
Maison de la Mécanique Vers une chirurgie toujours
39, rue Louis Blanc 18 CHIRURGIE ROBOTIQUE plus personnalisée
CS 30080 DIGESTIVE
La quête d’un robot adapté 45 NEUROCHIRURGIE ROBOTIQUE
92038 La Défense Cedex
et adopté - INTRODUCTION
Repousser les limites
20 CHIRURGIE ROBOTIQUE chirurgicales
Directeur de la publication : Éric Le Roy
THORACIQUE
Responsable d’édition : Natalie Allard 46 NEUROCHIRURGIE RACHIDIENNE
Le robot, un allié contre
Rédactrice : Camille Grelle Des progrès réels mais des
le cancer du poumon
Édition déléguée : Presse Infos Plus bénéfices à étayer
([Link]) 23 CHIRURGIE ROBOTIQUE
SR et édition : Studio Hartpon GYNÉCOLOGIQUE 50 NEUROCHIRURGIE CÉRÉBRALE
Création graphique : ArtFeelsGood ONCOLOGIQUE Au service de l’organe le plus
Maquette : Marjorie Gosset Vers des applications toujours complexe du corps humain
Crédits photos, tous droits réservés : Collin - Bagneux, plus vastes ?
Corin Group, Intuitive Surgical, Johnson & Johnson 52 PERSPECTIVES
Medical SAS - DePuy Synthes, Medtronic France SAS,
27 CHIRURGIE ROBOTIQUE
GYNÉCOLOGIQUE NON IA, data et numérique : un
Smith & Nephew SAS, Stryker France, Zimmer Biomet, enjeu crucial du secteur
Adobe Stock.
ONCOLOGIQUE
Nouvelle édition - janvier 2024
Un mot d’ordre : préserver
toujours plus 54 LE REGARD DU PATIENT

29 CHIRURGIE ROBOTIQUE 56 GLOSSAIRE


PÉDIATRIQUE 58 SOURCES
Les mots techniques ou scientifiques expliqués Un robot pour de multiples
indications 59 REMERCIEMENTS
en fin de livret dans la partie glossaire sont signalés
dans le texte par le symbole
ROBOTIQUE
La robotique participe à faire
de la chirurgie un traitement PRÉFACE
personnalisé

d’emprunter le chemin inverse et de voir émer- modernes sur lesquels s’appuyer pour amélio-
ger des inventions puis de se demander si elles rer la fluidité des parcours : santé numérique,
peuvent être utiles en clinique. Et s’il faut recon- innovation organisationnelle… L’innovation
naître que les chirurgiens sont aujourd’hui technologique en robotique chirurgicale entre
sollicités plus en amont du processus d’inno- complètement dans cette démarche.
vation qu’auparavant par les entreprises du Aujourd’hui, en effet, la chirurgie devient un
dispositif médical, la co-construction doit être traitement personnalisé et la robotique y parti-
encore renforcée. cipe pleinement en mettant la puissance d’un
Comme l’ensemble du système de santé, l’inno- ordinateur entre le chirurgien et le patient. En
vation chirurgicale doit par ailleurs s’intégrer utilisant la puissance des algorithmes de calcul,
dans une dimension environnementale. On ne l’analyse des données, l’intégration d’images,
Pr Patrick Pessaux, peut plus se limiter au seul service médical elle permet de visualiser ce que l’œil ne peut
Chef du service Chirurgie viscérale et digestive rendu, si important soit-il. Il faut désormais pas voir, offrant une chirurgie plus précise mais
du CHU de Strasbourg, Président de s’interroger sur l’impact environnemental d’une surtout personnalisée. En cela, c’est une véritable
l’Association Française de Chirurgie (AFC), innovation et il y a un véritable challenge indus- (r)évolution.
Président du Collectif d’écoresponsabilité en triel à relever si l’on veut que cela soit pérenne Grâce aux outils de réalité virtuelle et à la simu-
santé (Ceres), Président du comité de transition et durable. Et il nous faut des indicateurs envi- lation avec l’intégration de clones numériques du
écologique en santé de la FHF. ronnementaux, y compris en chirurgie. patient, la robotique chirurgicale métamorphose
Le chirurgien d’aujourd’hui n’est plus le barbier également la préparation des interventions qui
La technologie robotique doit être au service du du Moyen Âge : il n’est pas un simple technicien, permet au chirurgien d’être véritablement en
chirurgien et du patient. C’est d’ailleurs ainsi que si spécialisé soit-il. C’est un médecin qui opère immersion. Le tout au bénéfice du patient pour
toute innovation doit être pensée : partir de mais surtout qui s’intègre dans le parcours de qui les interventions sont moins traumatiques et
l’usage et du besoin et leur apporter une ré- soins global et dans lequel il joue un rôle de la récupération facilitée. C’est aussi cette nou-
ponse. Malheureusement, il est encore fréquent coordinateur. Et pour cela, il a besoin d’outils velle approche que permet l’innovation.

Snitem • ROBOTIQUE 1
ROBOTIQUE

LES ROBOTS
LES CHIRURGICAUX
CO-MANIPULÉS
DIFFÉRENTS
TYPES DE 1
ROBOTS
CHIRURGICAUX
Un robot chirurgical est « une machine
physique connectée à un ordinateur, LE FONCTIONNEMENT
opérant sur un patient au moyen de Aussi appelés robots semi-autonomes,
différents outils en coopération avec ils sont dotés d’instruments que le
chirurgien contrôle en les visualisant
un utilisateur humain »*. Il s’agit d’un
en 3D à travers les structures anato-
professionnel de santé expérimenté miques. Le robot déplace un guide-
ayant suivi une formation spécifique. outil vers une position planifiée. Une
fois atteinte, le chirurgien introduit
On distingue trois principaux types de
l’outil par le guide pour réaliser la
robots, en fonction de la répartition de trajectoire planifiée.
la prise de décision entre l’utilisateur et Exemples d’application :
la machine pour exécuter une tâche. • Neurochirurgie stéréotaxique
• Chirurgie orthopédique du genou
• Visée pédiculaire

*Définition de l’Académie nationale de Chirurgie

2 Snitem • ROBOTIQUE
ROBOTIQUE

2
LES ROBOTS UN ROBOT,
CHIRURGICAUX UN CHIRURGIEN,
AUTONOMES UNE ÉQUIPE

3 MAÎTRISE
Quelle que soit la technologie utilisée,
LE FONCTIONNEMENT le chirurgien garde 100 % de la maîtrise
Ils disposent d’un guidage manuel de l’opération : le robot ne remplace
et sont télécommandés par pas le chirurgien, il est sous sa
le chirurgien via une console. responsabilité.

Ils reproduisent le geste du


chirurgien avec une éventuelle ÉQUIPE
fonction de transfert. LE FONCTIONNEMENT La chirurgie robot-assistée demande
Exemples d’application : l’implication de toute l’équipe du bloc
Aussi appelés robots indépendants,
autour du dispositif robotique : chirurgien,
• Gestes interventionnels ils fonctionnent avec un guidage
aide, infirmièr.e, anesthésiste,
endovasculaires automatique sous contrôle
[Link], [Link]...
• Chirurgie ORL d’informations venant d’un capteur
• Chirurgie endoluminale de force et sous la supervision
• Chirurgie endorectale du chirurgien. Ils sont utilisés FORMATION
• Chirurgie mini-invasive : générale, pour des tâches planifiées et non C’est pourquoi la formation de tous
urologie, gynécologie, thoracique, réalisables selon un autre mode est primordiale et continue.
colorectale… d’interaction.

Exemple d’application :
• Préparation de la cavité fémorale

LES ROBOTS des prothèses de hanche

CHIRURGICAUX Sources : Observatoire régional de la chirurgie


ambulatoire, Académie nationale de chirurgie
TÉLÉMANIPULÉS
Snitem ••ROBOTIQUE
SNITEM ROBOTIQUE 3
INTRODUCTION

PROLONGER
LES MAINS DU
CHIRURGIEN
Le robot chirurgical n’a pas
vocation à remplacer le chirurgien :
il s’agit d’un outil d’assistance
robotisée. Le robot permet de
faire des interventions complexes,
précises et délicates en préservant
l’ergonomie du chirurgien.

DE LA THÉORIE… patients. En effet, le robot chirurgical, d’une grande


précision et d’une grande finesse, peut accéder à
L’heure des fantasmes n’est plus depuis long- des zones anatomiques d’abord difficile à la main
temps : non, le robot chirurgical n’a pas vocation à de l’homme. De surcroit, il gomme les effets de la
opérer seul, ni à prendre le pouvoir dans le bloc fatigue sur la main humaine, permettant de réaliser
opératoire. Au contraire, lorsqu’on évoque la chirur- certains gestes avec une précision accrue.
gie robot-assistée, la machine est l’extension des L’objectif ? Comme toujours dans l’innovation en
yeux et des mains du chirurgien, seul maître à bord. santé, accroître le service médical rendu. Les
La robotique chirurgicale générale relève d’une robots chirurgicaux entraînent souvent moins de
logique de maître à esclave dans laquelle le chirur- complications majeures. L’intervention étant moins
gien télémanipule un robot qui va permettre de invasive et moins traumatisante, les douleurs post-
magnifier les gestes chirurgicaux au bénéfice des opératoires et la durée d’hospitalisation en sont

4 Snitem • ROBOTIQUE
INTRODUCTION

réduites avec un retour à l’activité plus rapide pour bataille. Des avancées significatives furent alors
le patient. En un mot, l’équipement robotique faites pour voir un homme et manipuler des instru-
conjugue les bénéfices de la chirurgie ouverte à ments tout en restant éloigné de lui.
ceux de la cœlioscopie en termes de miniaturi-
sation, améliorés par des technologies de pointe.
… à la vie civile
Entre le milieu des années 1980 et la fin de cette
À LA PRATIQUE
décennie, les publications scientifiques relatant
Indépendamment de la spécialité, le robot chirur- des interventions robot-assistées se multiplièrent,
gical repose sur le principe de la télémanipulation principalement en neurochirurgie et en radiologie
et fait appel aux techniques de la cœlioscopie. Le interventionnelle. C’est la naissance du geste
dispositif consiste en une plateforme chirurgicale médico-chirurgical assisté par ordinateur qui com-
robotique constituée d’une console avec manette(s) bine ordinateur, bistouri, image et robot : le fruit
et pédales et d’un système de visualisation. Le « des évolutions propres à de nombreuses disci-
offerte par le dispositif, le chirurgien bénéficie d’une
chirurgien place sa tête dans la console où il plines, dont la médecine et la chirurgie, et des
visualisation claire de la zone à opérer et d’une
bénéficie d’une vision 3D de l’anatomie du patient grandes découvertes et révolutions technologiques
extrême précision. Les bras se pliant et pivotant
grâce à une caméra. D’autres dispositifs reposent des 20e et 21e siècles, puis de leur convergence », ainsi
avec plus d’aisance que la main humaine, le
sur un écran 3D dans lequel le chirurgien regarde que le souligne l’Académie nationale de chirurgie
chirurgien peut d’autant plus effectuer des gestes
avec des lunettes adaptées. La très haute défini- dans son rapport sur « La robotisation en chirurgie »
chirurgicaux complexes.
tion de cette dernière confère des capacités tech- (2020).
niques impossibles pour l’œil nu. S’y ajoute une
colonne informatique, le « cerveau » du robot, et
UNE HISTOIRE D’INNOVATION L’urologie et la gynécologie
un écran qui permet à l’ensemble de l’équipe du
ouvrent la voie…
bloc de suivre les gestes du chirurgien.
De l’armée…
Le robot lui-même, placé à côté du patient, est En 1999, le D r Jochen Binder réalisa la première
doté de bras articulés (l’un portant la caméra, les L’origine du robot spécialisé en chirurgie générale prostatectomie robot-assistée en Allemagne, bien-
autres les outils nécessaires à la procédure) que le est militaire. Dans les années 1980, au moment tôt suivi du Pr Abbou au CHU Henri Mondor de
chirurgien contrôle à distance. Selon les spécialités même où l’arrivée de la cœlioscopie bouleversa la Créteil. C’est en effet en urologie que la chirurgie
et les constructeurs, l’architecture du robot peut manière d’opérer, la Darpa – l’agence de recherche robotique télémanipulée prit son essor, comme
différer : il peut être constitué d’un pied avec quatre du Pentagone – demanda à différentes institutions l’explique le Pr Morgan Roupret, chirurgien uro-
bras ou de quatre bras indépendants. Mais quel comme le MIT et la Nasa de rechercher de nou- logue à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière (AP-HP) : « La
que soit le modèle robotique, le praticien gagne en velles solutions chirurgicales afin de pouvoir soi- chirurgie urologique est une chirurgie du petit bassin,
confort et en ergonomie. Grâce à la vision 3D HD gner à distance les blessés sur les champs de une zone difficile d’accès, confinée et volontiers »»

Snitem • ROBOTIQUE 5
Début des années Début des années

1990 1999 2000


Début de la robotique Premier marquage CE d’un système Début de la robotique en chirurgie gynécologique
en urologie robotique Début de la robotique en chirurgie digestive
Développement de la robotique en chirurgie orthopédique

»» statique. Les urologues ont tout de suite vu parmi lesquelles la vision 3D HD, participant à leur
Une précision l’ intérêt offert par la chirurgie robotique en termes diffusion dans toutes les spécialités puisque
de vision et de précision, notamment pour la pros- répondant de mieux en mieux à leurs besoins.
sémantique tatectomie ». En chirurgie digestive, par exemple, il faut pouvoir
Très rapidement, « sa spécialité voisine qu’est la intervenir en haut et en bas de l’abdomen, un
Si le terme de « robots » est fréquemment
gynécologie lui emboîta le pas, un logique transfert besoin auquel les premiers robots ne permettaient
utilisé par souci de simplification, les
de compétences puisque la région anatomique est pas de répondre initialement. C’est finalement en
dispositifs robotiques utilisés en chirurgie
la même », complète le Dr Jean-Philippe Estrade, 2015 qu’un système a été créé pour y remédier. Au
n’en sont pas à proprement parler, ainsi
gynécologue-obstétricien et président de la fil des années, les dispositifs sont devenus toujours
que le souligne le D r Marion Durand,
Société de chirurgie gynécologique et pelvienne plus précis, autorisant des interventions d’une
chirurgienne thoracique du Groupe
(SCGP). Les autres spécialités chirurgicales géné- grande délicatesse telle que la chirurgie du rectum.
Hospitalier Privé Ambroise Paré Hartmann à
rales (digestive, thoracique, vasculaire, pédia- La précision et la technicité de ces dispositifs
Neuilly sur Seine et responsable de la task-
trique, ORL…) et la chirurgie orthopédique suivirent réduisent considérablement le caractère invasif de
force robotique de la société européenne
le même mouvement dans la seconde moitié des certains actes tout en permettant d’intervenir dans
de chirurgie cardio-thoracique (EACTS) :
années 2000, puis au cours des années 2010 (voir des zones du corps humain difficiles d’accès et de
« Il existe un abus de langage dans la
les chapitres dédiés à chacune de ces spécialités mener des interventions complexes.
terminologie, ces systèmes ne sont pas
au sein de ce livret). Aujourd’hui, soit vingt-cinq ans après l’apparition
des ‘robots’ mais des ‘télémanipulateurs’.
de la première génération de robots chirurgicaux,
La révolution technologique qu’ ils portent
nous permet de pratiquer une chirurgie en … et les robots s’adaptent ceux-ci sont présents dans la quasi-totalité des

immersion, d’ être un chirurgien augmenté et se diversifient spécialités et les constructeurs n’ont de cesse de
les améliorer pour répondre aux besoins des pra-
en capacités visuelles et manuelles. »
Durant ces mêmes années, des améliorations ticiens et à la réalité de la médecine d’aujourd’hui
successives furent apportées aux dispositifs, et à celle de demain.

6 Snitem • ROBOTIQUE
Fin des années Fin des années Début des années INTRODUCTION

2000 2000-2010
Défis et perspectives
Début de la robotique en chirurgie thoracique Début de la chirurgie robotique Parmi ces améliorations en cours ou attendues très
Début de la robotique en chirurgie pédiatrique orthopédique avec imagerie prochainement figure l’intégration de l’imagerie
Début de la robotique en chirurgie ORL (scanner, IRM) offrant une véritable cartographie du
patient en temps réel : « L’objectif est que le robot
puisse, via l’analyse de l’imagerie réalisée, nous gui-
der davantage dans nos gestes pour être encore
plus précis et respectueux des structures nobles »,
explique le Dr Enrica Bentivegna, chirurgienne can-
cérologue en gynécologie à l’Hôpital européen
Georges Pompidou (AP-HP), à Paris.
La question du coût des robots chirurgicaux reste
prégnante pour leur très large diffusion, comme le
souligne également le Dr Bentivegna : « Même si,
ces dernières années, des machines moins oné-
reuses ont été développées, donnant une véritable
impulsion à la chirurgie robotique, cela reste un
important investissement qui peut être un obstacle
pour un établissement. » Si bien que, pour l’instant,
il est encore courant que plusieurs services se
partagent un même dispositif…
Enfin, la collecte des données concentre égale-
ment l’attention avec la possibilité d’enregistrer
« les gestes qui ont été effectués, les réussites, les
complications... et de pouvoir croiser ces métriques

45
Chiffre clé avec les données de suivi des patients ; cela permet-
C’est la durée de l’opération dite « Lindbergh », réalisée tra de standardiser les meilleures procédures et,
en 2001. Celle-ci consista en une ablation de la vésicule ainsi, de diffuser les bonnes pratiques, notamment
biliaire par le Pr Marescaux, située à New-York, sur une auprès des jeunes chirurgiens afin qu’ ils aient une
courbe d’apprentissage plus rapide », détaille le
patiente hospitalisée au CHU de Strasbourg ! C’est la
D r Estrade (voir à ce sujet les paragraphes consa-
première intervention chirurgicale à distance (6000 km).
minutes Aujourd’hui, la chirurgie à distance reste peu répandue.
crés à la formation dans le chapitre « Enjeux »).

Source : Encyclopédie Universalis


Snitem • ROBOTIQUE 7
ENJEUX

QUELS
ENJEUX POUR
LA CHIRURGIE
ROBOT-
ASSISTÉE ?
Comme toute innovation, le
développement de la chirurgie
robot-assistée entraîne avec lui
un certain nombre d’évolutions.
Harmonisation des pratiques,
formation et compagnonnage,
partage d’expériences, évolution UN OUTIL D’HARMONISATION chirurgies successives et il n’y a pas d’aléa humain,
comme le souligne le Pr Morgan Roupret, chirurgien
des organisations humaines, DES PRATIQUES
urologue à la Pitié-Salpêtrière (AP-HP) : « Le robot
attractivité d’un établissement : Dans toutes les spécialités, le robot, parce qu’il ne permet une amplification de la technique chirurgicale
tremble pas, permet de lisser la gestuelle chirurgi- et donne un degré de liberté supérieur à la main
les enjeux sont grands.
cale. Conséquence : une qualité de soins optimale humaine. Il offre une grande ergonomie, gomme les
pour les patients et une diffusion élargie des bonnes tremblements humains et permet de pérenniser le
pratiques. Petit à petit, tout chirurgien qui utilise le geste chirurgical tout au long de la journée. »
robot fait un geste quasi parfait. En effet, le robot Cela libère le chirurgien intellectuellement sur la
n’est jamais fatigué même après de nombreuses réalisation du geste (moins de stress et de fatigue,

8 Snitem • ROBOTIQUE
ENJEUX

possibilité de faire des pauses, de réfléchir, etc.) et


Harmoniser ne signifie
tous les patients bénéficient de la même qualité et
pas révolutionner La chirurgie robotique
de la même expertise chirurgicales. « Le robot per-
met la standardisation et donc l’amélioration des Pas question, cependant, d’imaginer que la robotisa- dans les universités
protocoles opératoires, corrobore le Dr Jean-Philippe tion viserait à bouleverser totalement les pratiques
Estrade, gynécologue-obstétricien et président de chirurgicales ! Le robot n’induit en aucun cas de réap- Depuis quelques années, la formation en
la Société de chirurgie gynécologique et pelvienne prendre la chirurgie mais de changer la façon de chirurgie robotique se formalise et entre
(SCGP). Nous n’y sommes pas mais on pourrait presque procéder dans un environnement rendu différent par dans les universités : des diplômes inter-
rêver, à terme, d’automatisation de certains gestes. » la console et la vision 3D. Les industriels du secteur universitaires (DIU) fleurissent, certains
sont pleinement conscients que, pour qu’il y ait une en chirurgie robotique générale, d’autres
parfaite acceptation de l’utilisation des dispositifs spé cial isés (en chirurgie robotique
robotiques, il ne faut changer ni les instruments ni la digestive, par exemple). À noter cependant
méthode du chirurgien mais s’adapter aux besoins et que toutes les spécialités médicales ne
habitudes de ces derniers. Le robot doit donc être disposent pas encore de leur propre DIU.
facile à prendre en main pour permettre aux chirur-
giens de continuer à réaliser les mêmes gestes
qu’auparavant… mais avec plus de précision !
dans l’accompagnement des chirurgiens et dans
l’organisation des formations. »
FORMER ET SE FORMER
Cette formation se déroule en plusieurs étapes :
EN CHIRURGIE ROBOTIQUE
e-learning, simulateur, entraînement à la micro-
En robotique chirurgicale, la formation est également chirurgie sur modèles artificiels, entraînement
un enjeu crucial à plusieurs titres. En effet, les utilisa- complémentaire propre à chaque spécialité et à
teurs du dispositif doivent être correctement formés ses spécificités, assistance à des chirurgies robo-
à son utilisation. En outre, les plateformes robotiques tiques en bloc opératoire… L’objectif de ces forma-
offrent une belle opportunité pour favoriser le com- tions est de prendre l’outil en main afin que son
pagnonnage et le partage d’expériences. utilisation devienne naturelle. La courbe d’appren-
L’ensemble des fabricants de robots accompagne tissage en robotique chirurgicale est beaucoup
les chirurgiens à l’usage de leur dispositif, comme plus rapide qu’en cœlioscopie. Un ingénieur de
l’explique le Dr Marion Durand, chirurgienne thora- l’entreprise peut également aider les chirurgiens
cique et cardiovasculaire au Groupe Hospitalier Privé au bloc opératoire à la prise en main du robot
Ambroise Paré - Hartmann (Neuilly-sur-Seine) : « Il y durant un certain nombre de chirurgies après
a une participation très importante des industriels l’installation du robot. »»

Snitem • ROBOTIQUE 9
ENJEUX

»» Mais les chirurgiens ne sont pas les seuls for- pas moins des centaines d’heures de pratique !).
més, précise le Pr Morgan Roupret, chirurgien uro- « La plupart des robots offre en effet la possibilité de
logue à la Pitié-Salpêtrière (AP-HP) : « Les industriels prendre la commande physiquement en cas de
de la chirurgie robot-assistée forment la totalité de besoin, développe le Pr Roupret. Mais certains,
l’environnement qui inclut donc les infirmiers de bloc comme en urologie par exemple, sont désormais
opératoire (Ibode) et les anesthésistes. » Ceux-ci sont dotés d’un système d’accès et de prise de contrôle
formés aux gestes et procédures qui les concernent à distance qui permet, en cas de difficulté, du télé-
spécifiquement, les utilisateurs paramédicaux mentoring de la part d’un chirurgien expert, même
n’ayant pas besoin de certification contrairement très éloigné géographiquement. »
aux médecins. Enfin, tous les usagers bénéficient
d’une formation continue, notamment en cas de
Améliorer le partage
mises à jour et/ou d’évolution du système.
d’expériences et de bonnes
pratiques
Favoriser le compagnonnage,
Enfin, cela favorise aussi le partage d’expériences,
former les jeunes chirurgiens
qui peut se faire dans une même discipline ou de
Certains systèmes robotiques proposent par ail- manière transdisciplinaire et beaucoup moins
leurs une double console pour que les chirurgiens cloisonnée. « Il y a d’ailleurs à ce sujet une véri- se confronter à des pairs plus expérimentés. C’est un
expérimentés accompagnent les chirurgiens en table interconnexion européenne dans laquelle la véritable atout », conclut le Dr Enrica Bentivegna,
cours de formation. À la manière du moniteur France occupe une place prépondérante, poursuit chirurgienne cancérologue en gynécologie à l’Hô-
d’auto-école ou du copilote en avion, le chirurgien le D r Durand. Notre pays a en effet joué un rôle pital européen Georges Pompidou (AP-HP).
expert peut prendre le contrôle du dispositif à tout pionnier dans la pratique de la chirurgie robot-
moment en cas de mauvaise manipulation. « Cela assistée et il est encore très présent dans la forma-
UN FACTEUR DE
permet de partager les mouvements, de travailler tion et l’accompagnement des jeunes chirurgiens
RÉORGANISATION
ensemble autour d’un patient et de prendre les com- européens, lesquels montrent une grande appé-
ET D’ATTRACTIVITÉ
mandes à tour de rôle, détaille le Dr Estrade. C’est tence pour cette ingénierie de pointe. »
particulièrement précieux pour certaines opérations Ce partage d’expériences et d’expertises entraîne L’utilisation du robot au bloc opératoire entraîne
longues ou pour certains gestes dans lesquels un ainsi une standardisation et une transmission des nécessairement de repenser l ’organisation
chirurgien est meilleur par exemple. » bons gestes, notamment via l’enregistrement de humaine et du travail mais aussi les modalités de
L’objectif ? Former les jeunes chirurgiens en toute certaines interventions et leur diffusion auprès du communication. Les relations et la communication
sécurité aux différentes étapes d’une intervention et plus grand nombre (facultés, congrès, webinaires, entre les membres de l’équipe du bloc sont, de
les autonomiser plus rapidement grâce à une etc.) : « La chirurgie robotique ne s’apprend pas seul fait, différentes avec la présence du robot, comme
courbe d’apprentissage réduite (mais n’en comptant et la formation offre justement l’énorme bénéfice de l’explique le Pr Richard Assaker, neurochirurgien

10 Snitem • ROBOTIQUE
ENJEUX

au CHRU de Lille : « C’est une organisation d’équipe


multimodale : chirurgien, Ibode, ingénieurs biomé-
dicaux, manipulateurs de radiologie... C’est vrai-
ment le travail d’une équipe institutionnelle. »
« La participation des uns et des autres au bloc
est différente aujourd’ hui, corrobore le D r Durand.
Dans le cas d’une thoracotomie , auparavant,
seul le chirurgien voyait le champ opératoire. Avec
la chirurgie robotique, la retransmission vidéo per-
met à tout le monde de partager la même vision.
C’est beaucoup plus intéressant pour les équipes :
les Ibode participent aux procédures et sont ainsi
plus impliqués, ce qui les stimule et engage tous
les intervenants. »

Le bloc de chirurgie
robotique :
entre réorganisation
et ouverture
Et si les principes de sécurité et de stérilisation
demeurent inchangés, ce n’est pas le cas de
l’organisation au sein des équipes qui doit, pour Par ailleurs, la connectique et le numérique per-
Influencer et faire réfléchir
sa part, être entièrement revue autour de l’utili- mettent non seulement la collecte de données au
sation du robot. L’arrivée de ce dernier au bloc bloc mais également leur partage. Ainsi, pour le Enfin, cette ouverture du bloc couplée au mentoring
opératoire entraîne en effet de nombreux chan- Dr Durand, « la connexion entre les blocs de centres qui caractérise la formation en chirurgie robotique
gements : emplacement du robot, modification différents va permettre de transformer ces lieux tra- (voir à ce sujet les paragraphes consacrés à la for-
de l’attribution des tâches, choix et stockage de ditionnellement secrets, ou du moins réservés à une mation dans le chapitre « Enjeux ») permet égale-
l’instrumentation, modifications de l’équipement poignée, en un univers un peu plus ouvert où l’on ment un échange des bonnes pratiques en matière
du bloc opératoire, liens avec le fabricant du peut enregistrer et partager des données en temps d’organisation du bloc et d’utilisation, y compris
robot, recrutement et formation des profession- réel. Nous sommes dans l’ère de la téléchirurgie, de entre centres de pays différents. C’est ce que sou-
nels… Autant de points essentiels au bon fonction- la téléformation et du téléenseignement depuis le ligne le Pr Yann Nguyen, chirurgien ORL à la Pitié-
nement du bloc de chirurgie robotique. bloc opératoire ». Salpêtrière (AP-HP), qui a participé à la mise au »»

Snitem • ROBOTIQUE 11
ENJEUX

»» point du premier robot ORL (voir à ce sujet le


chapitre « Robotique chirurgicale en ORL » p.33) et
qui a été amené, à ce titre, à former à son usage dans
de nombreux centres : « Alors que le robot avait été
conçu selon nos besoins et nos habitudes, j’ai pu
constater des manières de travailler très différentes
d’un service à l’autre : avec ou sans instrumentiste,
orientation de la table, dimension de la salle d’opéra-
tion, techniques chirurgicales… Tout cela influe sur la
manière de positionner et d’utiliser un robot ! Même le
pilotage du robot varie beaucoup suivant les usages :
certains l’utilisent avec leur main dominante, d’autres
sur l’autre main ; dans certaines équipes, c’est le senior
qui pilote, dans d’autres c’est l’assistant… En observant
toutes ces différences, nous avons pu affiner – et sim-
plifier – le contenu de nos formations. »

Un facteur de stimulation
et d’attractivité
De fait, aujourd’hui, nombreux sont les jeunes
chirurgiens à vouloir être formés à cette chirurgie
en immersion qu’est la chirurgie robotique. D’autant
que, au sein d’une équipe ou d’une structure, un
projet d’acquisition robotique représente un chal-
lenge très intéressant pour les équipes et motive notamment un rôle important pour la phase d’ ins- bien voire mieux, tout en étant beaucoup moins
le personnel à se former. tallation. Comme il y a un vrai travail d’équipe entre invasive. Loin d’être un mode de pilotage automa-
« C’est à la fois très intéressant sur le plan intellec- la chirurgie et la salle, les équipes sont motivées et tique, la chirurgie robot-assistée laisse le chirurgien
tuel et technologique et passionnant aussi bien valorisées. Et il y a une émulation pour les chirur- seul maître à bord.
pour le chirurgien que pour l’entièreté de l’équipe, giens dont le métier évolue. » Pour ceux-ci, l’intérêt
souligne le D r Paolo Mangione, chirurgien du est grand puisque la chirurgie robotique permet de
rachis à l’Hôpital Saint-Martin de Pessac. À ce pro- maintenir la dextérité et les capacités techniques
pos, le personnel infirmier formé en robotique joue nécessaires à la chirurgie ouverte en faisant aussi

12 Snitem • ROBOTIQUE
ROBOTIQUE CHIRURGICALE GÉNÉRALE - INTRODUCTION

POURQUOI UNE ROBOTISATION


DE LA CHIRURGIE ?
La robotisation des blocs chirurgicaux s’accélère, c’est un fait. Et si les progrès réalisés en matière de dispositifs
médicaux sont indéniables et ne cessent de grandir, comprendre le contexte de cette robotisation pour en saisir
les enjeux est indispensable.

De manière générale et quelle que soit la spécialité chirurgicale, l’assistance la France fait en effet partie du peloton de tête en termes de pratiques mini-
robotique offre une amélioration certaine du geste : « En chirurgie robotique, invasives dont la chirurgie cœlioscopique, relate le Dr Couffinhal. Mais, en la
tout est augmenté : vision, précision, absence de tremblements… », explique le matière, on a atteint une sorte de plafond de verre aujourd’hui (autour de 45 à
D r Jean-Claude Couffinhal, chirurgien thoracique et vasculaire au Centre 50 % des chirurgies), avec une très faible évolution ces dernières années. La
hospitalier Victor Dupouy d’Argenteuil et membre du Conseil d’administration difficulté est qu’il n’y a pas eu de véritable politique de santé publique sur le tout
de l’Académie nationale de chirurgie dont il est par ailleurs responsable de la mini-invasif, si bien que cet objectif de pertinence de soins en matière de
robotique chirurgicale et de la formation. Cependant, « ce n’était pas l’objectif robotique n’a pas été clairement identifié par les tutelles. C’est une grosse erreur
de base de la robotique en chirurgie générale que d’améliorer le geste – lequel car la robotisation offre en réalité un précieux gain financier. » »»
était déjà très maîtrisé – mais plutôt de faire au moins aussi bien qu’en cœlioscopie
mais de manière beaucoup plus simple, tient-il à rappeler. Et en cela, si la
cœlioscopie a été une véritable révolution pour la chirurgie et pour les patients,
la robotique en a été une pour le chirurgien et son outil ».
Le saviez-vous ?

La France est l’un des berceaux de la chirurgie mini-invasive robot-


Gagner en pertinence des soins assistée : les premières interventions avec cette technologie ont été
Plus encore que l’amélioration du geste, « le premier objectif de la robotisa- réalisées par le Pr Carpentier dès 1998 à l’Hôpital Broussais, à Paris.
tion de la chirurgie générale est un objectif de pertinence des soins, poursuit Aujourd’hui, la France est l’un des pays européens les plus avancés
l’expert. Or, cette dernière repose aujourd’hui sur la chirurgie mini-invasive et dans ce domaine.
donc, sur la fin de la chirurgie ouverte. » L’une des portes de sortie réside dans
la cœlioscopie, dont la culture est d’ailleurs très ancrée en France : « Et de fait,

Snitem • ROBOTIQUE 13
ROBOTIQUE CHIRURGICALE GÉNÉRALE - INTRODUCTION

»» Conséquence : là où certains pays comme le Danemark par exemple ont de précision qui repose entièrement sur les données : « Les plateformes
fait le choix du tout robotique, le taux de chirurgie ouverte reste élevé en robotiques et leur écosystème sont l’outil central non seulement pour la collecte
France et le problème pas assez identifié. « Or, la suppression de la chirurgie des données mais également pour la planification et certaines prises de décision. »
ouverte chaque fois que cela est possible et pour toutes les indications reste
vraiment le premier niveau d’une robotisation chirurgicale réussie », souligne
Au service d’une automatisation
encore le Dr Couffinhal.
Enfin, la robotique peut avoir un objectif d’accompagnement à la chirurgie :
le chirurgien peut programmer son intervention, à l’instar du pilote avec son
Harmoniser les pratiques
plan de vol, et installer sur le robot des alertes contextuelles, permettant
Le deuxième objectif de la chirurgie robot-assistée est un objectif de santé d’identifier des paramètres qui doivent susciter la vigilance du chirurgien :
publique via une harmonisation des pratiques et la capacité de faire de « C’est d’ailleurs le cas en orthopédie, en chirurgie rachidienne, dans laquelle
l’enseignement et de la formation sur des simulateurs procéduraux. le chirurgien a un plan de coupes suivant lequel l’outil s’arrêtera exactement
Plus encore, « la robotique chirurgicale va permettre de procéder facilement à quand et où il a été programmé pour le faire », illustre le Dr Couffinhal (voir à
des certifications et des re-certifications, ce qui est totalement inédit, souligne le ce propos le chapitre Chirurgie robotique en orthopédie p.37). Enfin, la
Dr Couffinhal. C’est la première fois qu’un outil pourra servir à évaluer les pratiques robotisation laisse également imaginer une automatisation de certains
chirurgicales et les compétences. Jusqu’à présent, on déclenchait des évaluations gestes planifiables, comme des sutures par exemple. Mais, comme toujours
ou des enquêtes uniquement lorsque l’on constatait des indicateurs de mortalité en robotique chirurgicale, sous la responsabilité du chirurgien et seulement
élevés dans un service par exemple. Cette possibilité d’évaluer est donc un pour certains gestes ancillaires de la pratique chirurgicale.
énorme bouleversement qui va dans le bon sens pour améliorer les pratiques ».

La robotique, « premier fournisseur »


de données au bloc
Le troisième niveau, « qui devient un objectif impératif », porte sur la collecte de
données de santé. « Sur ce plan, cela s’est vraiment accéléré ces dernières
années et le robot est en train de devenir une des plateformes digitales essentielles
des pratiques chirurgicales », explique l’académicien. Une compétence d’autant
plus fondamentale à l’heure de l’entrée dans la médecine personnalisée et

14 Snitem • ROBOTIQUE
CHIRURGIE
ROBOTIQUE
UROLOGIQUE

L’UROLOGIE,
PIONNIÈRE
PARMI LES
PIONNIERS
et donne un degré de liberté supérieur à la main
DE LA THÉORIE…
Discipline pionnière du humaine, complète le Pr Morgan Roupret, chirur-
En urologie, le robot chirurgical est principalement gien urologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (AP-
développement de la robotique utilisé dans la chirurgie des cancers de l’appareil HP). Le robot a une ergonomie qui simplifie les
chirurgicale, l’urologie recourt urogénital (prostate, rein, vessie, vésicule séminale, sutures, gomme les tremblements humains et offre
testicule). Dans une moindre mesure, il peut éga- un véritable confort pour celui qui opère. Il permet en
à cette technique pour des
lement intervenir pour le traitement de certaines outre de pérenniser le geste tout au long de la jour-
indications aujourd’hui élargies. pathologies (incontinence urinaire, neuro-urologie…) née, si bien que tous les patients bénéficient de la
et les transplantations rénales. même qualité chirurgicale. »
Adoptée par de plus en
plus d’urologues, elle offre
À LA PRATIQUE UNE HISTOIRE D’INNOVATION
d’importants bénéfices pour
Comme dans la plupart des spécialités médicales, L’urologie a joué un rôle pionnier dans le dévelop-
les patients. en chirurgie urologique, le robot est muni de bras pement de la chirurgie robot-assistée et a participé
articulés, eux-mêmes dotés d’instruments chirur- à sa diffusion à grande échelle. Si les premières
gicaux et d’une caméra. Il est contrôlé par le chirur- expérimentations furent menées à la fin des années
gien depuis une console. Grâce à sa caméra, ce 1980 en s’inspirant de robots industriels, c’est réel-
dernier bénéficie d’une vision en 3D et HD. « Cela lement au cours des années 1990 que la chirurgie
permet une amplification de la technique chirurgicale robotique y prit son essor avec des premières »»

Snitem • ROBOTIQUE 15
CHIRURGIE ROBOTIQUE UROLOGIQUE

»» néphrectomie et prostatectomie radicale en calcul, prolapsus , etc. C’est aujourd’ hui beau-
La chirurgie robot-assistée
1991. Cependant, les dispositifs, reposant sur le prin- coup plus éclectique et davantage d’ indications
au service des patients
cipe de la relation du maître à l’esclave étaient peu chirurgicales rentrent sous l’ombrelle de la chirurgie
pratiques et furent abandonnés au profit d’un nou- robotique.» Côté patient, la chirurgie robotique offre tous les
veau modèle de robot plus adapté à la chirurgie et bénéfices de la chirurgie mini-invasive notamment
plus performant, notamment en raison des progrès une diminution des pertes sanguines, des compli-
Toujours plus d’adeptes
réalisés en matière informatique, de capteurs élec- cations et des douleurs postopératoires, et une
troniques et de miniaturisation. Et très vite, les Si l’usage de la robotique chirurgicale en urolo- réduction du temps d’hospitalisation. Conséquence :
urologues comprirent l’avantage que pouvait gie reste moins répandu en France par rapport non seulement la morbidité est réduite, mais « il y
représenter le recours au robot pour la délicate aux États-Unis (elle représente entre 50 et 60 % a un retour à l’activité et aux occupations quotidiennes
chirurgie du bassin. des prostatectomies en France contre 80 à 85 % plus précoce, pointe le Pr Roupret. Et si le robot ne
aux États-Unis), un nombre de plus en plus permet pas un ‘hôpital sans lit’ – et ce n’est d’ailleurs
important de chirurgiens urologues y sont pas l’objectif ! – il est également bénéfique pour le
Des applications toujours
cependant formés : « Depuis vingt ans que l’on système de santé en contribuant à diminuer la durée
plus diversifiées
recourt à la chirurgie robot-assistée, ce n’est des séjours… sous réserve que son coût d’acquisition
Ainsi, en 1999, le Dr Jochen Binder réalisa en Alle- désormais plus l’apanage de quelques experts, soit bien entendu compensé par cette baisse ».
magne la première prostatectomie robot-assistée constate le Pr Roupret. Une véritable communauté
avec un dispositif de télémanipulation, bientôt s’est constituée et les chirurgiens sont de plus en
L’accès au dispositif
suivi du Pr Abbou au CHU Henri Mondor à Créteil. plus demandeurs de délivrer ces soins-là. »
Après ces précurseurs, la chirurgie robotique se Cette diffusion est par ailleurs facilitée par la mul- La hausse du nombre d’utilisateurs pose la question
répandit dans la spécialité, particulièrement pour tiplication des modèles produits, dans la mesure de l’accès à la technologie, celle-ci restant un inves-
le cancer de la prostate, « parce que c’est le plus où de nombreux industriels ont en effet déve- tissement. « Aujourd’ hui, toutes les spécialités ou
fréquent mais aussi parce que la prostatectomie a loppé leur robot, doté de ses propres spécificités : presque peuvent recourir au robot pour certaines de
été la première intervention identifiée comme pré- « Il y a eu une situation monopolistique de quelques leurs chirurgies », relate le Pr Roupret. Dans la plupart
sentant une amélioration majeure par la voie industriels durant les débuts de la chirurgie robo- des établissements, plusieurs services doivent se
d’abord robotique », analyse le Pr Roupret. tique, souligne à ce titre le P r Roupret. Ce n’est partager le ou les mêmes robots généralistes, ce
Les améliorations apportées aux robots au cours plus le cas depuis quelques années si bien que qui pose parfois des questions de disponibilité. Une
des décennies 2000 et 2010 permirent ensuite de l’offre se diversifie, ce qui participe à rendre le problématique à nuancer, relativise le Pr Roupret :
diversifier les applications de la chirurgie robot- recours au robot chirurgical plus accessible. Et « Le robot chirurgical doit être utilisé à bon escient et
assistée, comme le rappelle l’expert : « On a peu à comme les indications chirurgicales sont de plus on n’opère pas tous les patients ainsi car tous ne
peu élargi le spectre aux chirurgies totale et partielle en plus larges, l’équation va, a priori, vers une aug- relèvent pas d’une chirurgie robotique. Dans mon
du rein. Puis toutes les interventions de chirurgies mentation exponentielle du marché des robots et service, à titre d’exemple, nous n’opérons avec cette
ouvertes ont connu un transfert vers la robotique : du nombre d’utilisateurs. » technologie que 200 patients sur 3000 environ. »

16 Snitem • ROBOTIQUE
Années Années CHIRURGIE ROBOTIQUE UROLOGIQUE

1980 1999 2000-2010


Des freins en passe d’être
levés grâce à l’innovation
Premières expérimentations Premières prostatectomie Diversification des applications
en chirurgie robotique robot-assistée de la chirurgie robot-assistée Par ailleurs, l’arrivée de robots de plus en plus spé-
urologique cialisés devrait participer à lever le frein de l’accès
à la technologie robotique. « C’est d’ailleurs déjà le
cas dans certaines spécialités comme l’orthopédie
ou l’ORL (voir à ce sujet les chapitres Chirurgie robo-
tique en orthopédie p.37 et Chirurgie robotique en
ORL p.33), observe le Pr Morgan Roupret. Les robots
généralistes vont être de plus en plus challengés par
des robots conçus pour telle ou telle spécialité. »
Une autre perspective d’innovation est l’intégration
du robot dans un plateau multimodal permettant la
combinaison de traitements dans la prise en charge
des cancers (chimiothérapie, radiothérapie et
chirurgie). « Les robots vont venir nous aider pour les
traitements combinés, prévoit l’urologue. Ils pourront
être un outil pour une plateforme offrant différentes
modalités de traitement comme l’embolisation ,
les traceurs radioactifs, les ultrasons focalisés, etc.,
s’additionnant à la chirurgie en peropératoire. »
Enfin, comme dans toutes les spécialités (voir à ce
titre le chapitre Perspectives p.52), l’utilisation de
l’intelligence artificielle et des données représente
Chiffre clé un véritable enjeu en urologie : pour le Pr Roupret,

2 000
« l’IA offre notamment des perspectives intéressantes
C’est le nombre de patients inclus dans la première en matière d’aide à la décision et de reconstruction
étude prospective multicentrique lancée en 2022 3D pour mieux planifier, simuler et aider le praticien
et pour cinq ans, afin de comparer la technique de à amplifier son geste et sa vision. Mais elle ne rem-
prostatectomie radicale pour le traitement du cancer placera jamais la réflexion et la responsabilité du
de la prostate réalisée par cœlioscopie robot-assistée, chirurgien, qui resteront toujours centrales. »
patients de manière conventionnelle ou par laparotomie
chirurgicale.
Source : Elsan, 2022 Snitem • ROBOTIQUE 17
CHIRURGIE
ROBOTIQUE
DIGESTIVE

LA QUÊTE
D’UN ROBOT
ADAPTÉ ET
ADOPTÉ
DE LA THÉORIE… nécessaires à cette chirurgie mini-invasive. Assis à
En chirurgie digestive, la une console, le chirurgien guide et contrôle les bras
Pour rappel, la chirurgie digestive a pour périmètre qui reproduisent ses mouvements. Les instruments
robotique fait son nid... petit les organes abdominaux internes (œsophage, esto- peuvent être articulés à 360° et le praticien bénéficie
à petit ! Au cours de ces mac, foie, rate, pancréas, intestins) ainsi que la paroi d’une vision en 3D et HD, multipliée jusqu’à dix fois.
de l’abdomen. Cependant, dans cette discipline,
dernières années, les défis
à relever ont en effet été
toutes les interventions ne sont pas destinées à
UNE HISTOIRE D’INNOVATION
être robot-assistées. Aujourd’hui, la chirurgie robot-
assistée est principalement utilisée pour les chirur- Si la cœlioscopie marqua une révolution dans la
nombreux dans cette spécialité :
gies des cancers du côlon, du rectum, du pancréas, pratique chirurgicale, permettant l’avènement du
mise au point d’un dispositif du foie, de l’estomac, ainsi que, plus récemment, mini-invasif, en chirurgie viscérale et digestive, cette
adapté à ses spécificités, pour le traitement des pathologies colorectales, la pratique s’est d’abord « limitée à des interventions de
chirurgie bariatrique, notamment pour le bypass complexité faible (cholécystectomie , appendicecto-
recherche de l’adhésion des gastrique, les cures de hernies abdominales. mie) ou intermédiaire (fundoplicature , colectomie ,
chirurgiens, diversification splénectomie , court-circuit gastrique) », explique le

des applications... À LA PRATIQUE Dr Alain Valverde, chef du service de chirurgie diges-


tive du Groupe Hospitalier Diaconesses-Croix Saint-
Le robot est doté de bras articulés : l’un gère l’op- Simon, dans l’état des lieux de l’Académie nationale
tique (la caméra) ; les autres portent les instruments de chirurgie, « La robotisation en chirurgie » (2020).

18 Snitem • ROBOTIQUE
CHIRURGIE ROBOTIQUE DIGESTIVE

Parmi les difficultés rencontrées, les instruments spécialité. Puis, dans le sillage des urologues, cer- mené sur le bénéfice patient par rapport à la cœlio-
utilisés en cœlioscopie s’avéraient contraignants et taines équipes pionnières ouvrirent la voie à la scopie. Cependant, il est désormais avéré que la
modifiaient le geste chirurgical par rapport à la chirurgie digestive robotique : Laurent Bresler et chirurgie robot-assistée réduit les douleurs posto-
chirurgie ouverte. Par ailleurs, la vision en 2D sup- Laurent Brunaud à Nancy, Jean Boulez à Lyon. Au pératoires, permet d’accélérer la reprise du transit
primait la notion de profondeur et compliquait cer- début des années 2000, la chirurgie digestive intestinal, de réduire la durée d’hospitalisation et de
tains gestes dont les sutures. L’objectif, pour les robotique connut un véritable essor au niveau reprendre plus rapidement ses activités habituelles.
industriels de robots chirurgicaux, a donc été de mondial, sous l’impulsion de l’Italien Piero Giulia- Du côté des praticiens, les avantages sont eux aussi
dépasser ces difficultés… notti qui, le premier, réalisa des interventions com- réels. Comme pour les autres spécialités chirurgi-
plexes (gastrectomie , hépatectomie …). cales, la robotique permet au chirurgien digestif de
Cependant, « la chirurgie digestive robotique a eu
La robotique comme travailler de manière plus confortable, diminuant la
du mal à se développer en France, probablement
réponse aux obstacles fatigue et gommant les tremblements tout en
parce que les chirurgiens digestifs français avaient bénéficiant d’une vision magnifiée et en 3D. En
Les premières expérimentations robot-assistées une très grande expérience de la laparoscopie et outre, la stabilité et la précision des gestes sont
en chirurgie digestive furent réalisées entre le qu’ ils n’ont pas vu immédiatement les avantages également augmentées.
milieu et la fin des années 1990, mais la première que pourrait leur apporter un système robotique »,
génération de robots ne se prêtait guère à cette analyse le rapport de l’Association Française de
Une adhésion grandissante
Chirurgie (AFC) consacré à la chirurgie robotique
digestive, et présenté au 123e Congrès français de Au début des années 2020, la diffusion plus large
chirurgie en 2021. Mais les améliorations techno- d’une nouvelle génération de robot laisse entrevoir
Chiffre clé logiques apportées au robot firent entrevoir à la possibilité d’élargir le champ des interventions

47 000
certains d’entre eux l’opportunité que pouvait robot-assistées, notamment des chirurgies particu-
représenter la robotique pour leur pratique, lièrement complexes et pariétales.
notamment pour la chirurgie du cancer du rec- L’adhésion des chirurgiens grandit face à une tech-
tum, particulièrement délicate. nologie qu’ils sont de plus en plus nombreux à esti-
mer comme « une aide considérable permettant la
C’est le nombre de personnes Au service du chirurgien réalisation d’une chirurgie mini-invasive, quelle qu’elle
touchées chaque année en France et du patient soit, dans des conditions optimales » (source : Rap-
par un cancer colorectal – le cancer port de l’AFC, 2021). D’autant que, comme dans les
Du fait de son utilisation à la fois récente et limitée autres spécialités chirurgicales, les jeunes chirur-
digestif le plus fréquent.
à un périmètre restreint d’interventions en digestif, giens sont désormais formés à cette modalité au
Source : « Panorama des cancers en France »,
Institut national du cancer, édition 2023 et de la difficulté à mettre en œuvre des études cours de leur cursus universitaire, participant à la
randomisées pour évaluer les pratiques chirurgi- faire adopter dans l’arsenal thérapeutique de la
cales, un faible nombre d’études scientifiques a été chirurgie digestive.

Snitem • ROBOTIQUE 19
CHIRURGIE
ROBOTIQUE
THORACIQUE

LE ROBOT,
UN ALLIÉ
CONTRE LE
CANCER DU DE LA THÉORIE… La cage thoracique étant semi-rigide, réaliser ces

POUMON Bien qu’il puisse être utilisé pour la résection de


certaines tumeurs du médiastin , le robot chirur-
gestes en chirurgie ouverte nécessite de couper
les muscles et d’écarter les côtes. « Avec le robot,
la chirurgie en immersion nous donne la capacité
gical est majoritairement utilisé en thoracique pour de cette chirurgie ouverte mais en milieu fermé,
Si l’utilisation de l’outil robotique la chirurgie du cancer du poumon. « Cet organe vital, explique le D r Durand. C’est une vraie révolution
a été un peu plus tardive en caché dans la cage thoracique et connecté au cœur, pour le patient en termes de suites opératoires, de
est pourvu d’une anatomie délicate, très concentrée récupération et de réduction d’éventuelles séquelles
chirurgie thoracique que dans dans l’espace et comportant les bronches, des artères fonctionnelles. »
la plupart des autres spécialités, et des veines, décrit le Dr Marion Durand, chirurgien-

sa diffusion n’en est pas moins ne thoracique et cardiovasculaire au Groupe hospi-


À LA PRATIQUE
talier privé Ambroise Paré Hartmann (Neuilly-sur-
aujourd’hui réelle et, plus encore, Seine) et responsable de la task-force robotique de Comme dans les autres spécialités chirurgicales,
porteuse de belles améliorations, la Société européenne de chirurgie cardio-thora- le système utilisé en chirurgie thoracique repose
cique (EACTS). Le poumon est comme un arbre, avec sur des bras articulés pourvus d’instruments et
notamment dans la prise en des branches et des sous-branches, sur lequel le can- d’une caméra, un écran de rappel et une console.
charge du cancer du poumon. cer est installé tel un nid de coucou. Ainsi, quand on « Le chirurgien pilote les bras depuis la console qui
opère une tumeur du poumon, il faut disséquer l’ar- lui confère une vision 3D et grossie dix fois, détaille le
tère, la veine et la bronche qui concernent la partie Dr Durand. On peut avoir trois mains à l’intérieur du
de poumon que l’on veut retirer. » patient grâce aux bras du robot dotés de très petits

20 Snitem • ROBOTIQUE
Fin des années Années CHIRURGIE ROBOTIQUE THORACIQUE

2000 2008 2010 trocarts (9 mm de diamètre) qui passent aisément


à travers les côtes. Non seulement on est donc trans-
Arrivée de dispositifs Les premiers centres Développement de formé en chirurgien augmenté dans ses capacités
adaptés à la chirurgie pionniers français l’utilisation du robot techniques et visuelles, mais on peut en outre réaliser
thoracique et commencent à recourir dans la discipline des gestes d’une complexité et d’une précision avan-
cardiovasculaire à la robotique cées. Par ailleurs, on a vraiment l’impression de tra-
vailler avec ses mains. » Une véritable chirurgie en
immersion.

UNE HISTOIRE D’INNOVATION


Le développement de la robotique, est plus large-
ment des techniques mini-invasives, a été plus
tardif en chirurgie thoracique que dans les autres
spécialités. « D’une part par crainte des plaies vas-
culaires majeures, mais aussi par peur de diminuer
la qualité des gestes oncologiques », souligne l’état
des lieux de l’Académie nationale de chirurgie sur la
robotisation de la chirurgie (2020). « Par ailleurs, les
premiers télémanipulateurs, apparus au début des
années 2000 n’étaient pas calibrés pour les besoins
et les spécificités de la chirurgie thoracique », renché-
rit le Dr Durand.
Si des premières interventions robotiques furent
réalisées à travers le monde au cours des années
2000, « c’est avec l’arrivée d’une nouvelle génération
de robots entre la fin des années 2000 et le début
des années 2010 que des chirurgiens ont commencé

2011
à l’utiliser en France », relate le Dr Durand. Parmi ces
Chiffre clé pionniers figurent les CHU de Strasbourg, Marseille
et Rouen et l’Hôpital privé d’Antony qui commen-
C’est l’année durant laquelle a eu lieu la première
cèrent en 2008 et comptent aujourd’hui parmi les
lobectomie pour cancer en France. Entre 2014 et 2019,
centres de référence en la matière.
ce chiffre est passé de 162 à 522 par an.
Source : « La robotisation en chirurgie », Académie nationale
de chirurgie, 2020 Snitem • ROBOTIQUE 21
CHIRURGIE ROBOTIQUE THORACIQUE

»» requise après une intervention, mais que l’état géné- n’était pas envisageable il y a encore dix ans. Demain,
ral du patient est dégradé suite à des complications ces chirurgies se feront probablement en ambulatoire. »
Une
La VATS précision
postopératoires, le traitement est incomplet, illustre
sémantique le Dr Durand. Avec ces nouvelles techniques moins
La chirurgie thoracique vidéo-assistée (VATS), Des bénéfices plus grands
invasives, il y a moins de complications, la récupéra-
réalisée à l’aide d’un thoracoscope muni
tion est facilitée et il est davantage possible d’admi- De belles perspectives donc, même si des amélio-
d’une petite caméra vidéo, a pour objectif de
nistrer le traitement complet. » rations sont encore attendues notamment sur l’ab-
réduire l’invasivité de la thoracotomie et les
sence de retour de force dans les doigts du
complications.
chirurgien, une limite qui est, « (…) avec l’expérience,
Vers la chirurgie ambulatoire
compensée par la qualité de la vision et l’observation
Mais une autre révolution se joue en parallèle. En de la déformation des tissus », comme le pointe le
effet, grâce à la précision accrue des systèmes, les rapport de l’Académie nationale de chirurgie. Les
Un usage en extension
chirurgiens thoraciques peuvent travailler dans de industriels y travaillent. C’est aussi pour répondre à
Et si le démarrage fut confidentiel, la diffusion de la tout petits espaces, ce qui permet de respecter les la problématique du moment risqué que représente
technologie n’en fut pas moins rapide ! Selon les don- plans de dissection, d’atténuer les saignements et de le geste d’agrafage notamment vasculaire que les
nées de la Société française de chirurgie thoracique réaliser des opérations plus complexes. « Grâce à robots ont été dotés « d’une technologie d’agrafage
et cardiovasculaire (SFCTCV), en 2020, le robot était l’outil robotique, on parvient à mieux disséquer les robotique permettant à l’opérateur de réaliser ce geste
utilisé dans 50 centres. « Depuis la dizaine d’années sous-branches pulmonaires pour retirer des segments depuis sa console ». Autre optimisation attendue : une
que le robot a commencé à être utilisé en thoracique, sous-lobaires là où, auparavant, on retirait les lobes , miniaturisation encore plus grande des instruments.
son développement ne cesse de se poursuivre dans la donc une partie non négligeable du poumon, décrit « C’est un sujet important, tout comme le développe-
spécialité, note le Dr Durand. La chirurgie robotique la chirurgienne. La résection sous-lobaire est mieux ment d’outils encore plus spécialisés ainsi que celui de
gagne du terrain en termes de conviction du côté des réalisée en chirurgie robotique grâce au grossisse- l’intégration des images avec de la réalité augmen-
chirurgiens car elle a montré qu’elle participait à la ment des structures offert par le dispositif. » Une tée », relève le Dr Durand.
grande amélioration de la prise en charge du cancer résection qui permet, in fine, de prévenir la récidive Des adaptations technologiques qui montrent que
du poumon que l’on connait ces dernières années. » pour certaines tumeurs. le chemin de la robotique chirurgicale n’est pas ter-
Pris à un stade précoce, le cancer du poumon très « Les essais cliniques ont en effet démontré que, pour miné, mais l’experte en est sûre, « nous nous dirigeons
localisé peut être traité uniquement par chirurgie une tumeur de moins de 2 cm sans ganglion malade, vers une démocratisation de ces outils. Ils restent
mais, dans de nombreux cas, différents traitements il vaut mieux faire une résection sous-lobaire que encore onéreux aujourd’hui, et leur intégration est limi-
y sont souvent associés : chimiothérapie avant et/ lobaire, poursuit le Dr Durand. Auparavant, c’était un tée par l’absence de soutien financier spécifique de la
ou après chirurgie, radiothérapie, immunothérapie, geste redouté et l’hospitalisation durait une à deux part des tutelles. Certes, ces technologies innovantes
thérapies ciblées, etc. « Souvent, le traitement du semaines. Dorénavant, avec les protocoles de récupé- coûtent cher mais il faut relativiser cet investissement
cancer du poumon nécessite un traitement médical ration améliorée après chirurgie (RAAC), on peut envi- car le cancer du poumon, dont l’outil robotique est au
associé à la chirurgie. Quand une chimiothérapie est sager de sortir au deuxième jour postopératoire, ce qui cœur du traitement curatif, reste le plus meurtrier ».

22 Snitem • ROBOTIQUE
CHIRURGIE ROBOTIQUE
GYNÉCOLOGIQUE
ONCOLOGIQUE

VERS DES
APPLICATIONS
TOUJOURS
PLUS VASTES ?
C’est en chirurgie oncologique
que la robotique a fait son
entrée dans la spécialité
gynécologique. Aujourd’hui À LA PRATIQUE
DE LA THÉORIE…
reconnue comme l’approche
En gynécologie oncologique, on recourt à la chirur- Tel un perfectionnement de la technique de cœlio-
chirurgicale de référence dans gie mini-invasive surtout pour traiter les cancers de scopie classique, « le système robotique chirurgical
la prise en charge du cancer l’endomètre , où la chirurgie robotique permet est une étape supplémentaire dans la chirurgie mini-
d’augmenter le taux de mini-invasif. « Pour les can- invasive », selon le Pr Vincent Lavoué. Comme dans
de l’endomètre, la chirurgie cers des ovaires et du col de l’utérus, les recomman- la plupart des spécialités chirurgicales, le robot est
robotique a encore, sur le dations privilégient aujourd’hui la chirurgie ouverte », doté de bras munis d’instruments et articulés par le
rappelle le Pr Vincent Lavoué, chirurgien gynéco- chirurgien depuis une console d’où il dispose d’une
plan oncologique, de belles logue-obstétricien au CHU de Rennes. L’outil robo- vision du champ opératoire en trois dimensions.
perspectives d’évolution dans tique permettant des gestes d’une grande précision « Il y a plusieurs paramètres qui permettent d’amélio-
tout en étant moins invasifs par rapport à la lapa- rer le geste chirurgical, précise le Dr Enrica Bentivegna,
cette spécialité.
rotomie , l’intervention est moins traumatisante et chirurgienne cancérologue en gynécologie à l’Hô-
moins douloureuse en postopératoire. pital européen Georges Pompidou (AP-HP). »»

Snitem • ROBOTIQUE 23
CHIRURGIE ROBOTIQUE GYNÉCOLOGIQUE ONCOLOGIQUE

»» D’une part, il y a une augmentation de la qualité de de l’endomètre), et, d’autre part, de restreindre son oncologique qu’ils signifient « qu’une patiente opérée
la vision grâce à la 3D et, d’autre part, la technologie utilisation (dans la prise en charge du cancer du col d’un cancer par voie robotique pourra bénéficier plus
avancée dont est dotée le robot améliore l’ergonomie de l’utérus, par exemple). rapidement des traitements adjuvants (thérapie
et la dextérité. » « Le joystick permet d’augmenter la ciblée, radiothérapie, chimiothérapie…) qui vont com-
maniabilité de l’instrument, corrobore le Pr Lavoué. pléter sa prise en charge globale », souligne l’experte.
Cancer de l’endomètre :
En cœlioscopie, en effet, le mouvement de pinces
des bénéfices per- et
consiste à s’ouvrir et à se fermer. Avec le robot, en
postopératoires certains La robotique pour le cancer
revanche, la pince est maniable dans les quatre
des ovaires pris précocement
axes, ce qui rend les mouvements beaucoup plus Pour le cancer de l’endomètre, l’usage du robot est
précis tout en permettant de filtrer les tremblements. » devenu une routine dans les centres experts. Pour Quant à l’utilisation du robot pour le traitement du
cette pathologie classiquement traitée par voie cancer de l’ovaire, la problématique est directement
UNE HISTOIRE D’INNOVATION d’abord cœlioscopique en effet, le robot chirurgical liée aux caractéristiques de la maladie elle-même.
a permis des améliorations certaines : « Nous dis- Parce qu’il évolue de façon asymptomatique, ce
Si le premier robot chirurgical apparut à la fin des posons de données montrant que les interventions cancer est le plus souvent diagnostiqué à un stade
années 1990, son usage resta relativement confi- avec le robot sont moins invasives, moins trauma- avancé. « La maladie est alors déjà diffuse à l’en-
dentiel jusqu’à ce que les urologues s’en emparent. tiques, et donc avec des suites plus rapides », ex- semble de la cavité abdomino-pelvienne, explique
Spécialité voisine, la gynécologie lui emboita le plique le Pr Lavoué. Par ailleurs, certains cancers le Dr Bentivegna. Dans cette situation, la chirurgie
pas à partir du milieu des années 2000. « Dans se présentant sous forme métastatique au niveau touchant plusieurs endroits de la cavité et pour des
notre spécialité, le robot chirurgical a trouvé son ganglionnaire peuvent désormais également être questions d’accessibilité, elle se fait par voie laparo-
application initiale en chirurgie oncologique, traités par voie robotique. Enfin, cela a élargi tomique selon les recommandations. »
explique le Dr Bentivegna. Son utilisation s’est en- l’éventail de profils pris en charge en permettant Cependant, ces dernières années, la prise en charge
suite récemment étendue à la chirurgie bénigne. » d’opérer des patientes obèses, fragiles, âgées, du cancer de l’ovaire a évolué : « Nous avons à dispo-
Ce que complète le Pr Lavoué : « Et depuis 2010, son multi-opérées, etc., et dont les cas posaient souci sition des nouvelles molécules qui ont permis de réduire
usage a augmenté peu à peu, puis de manière expo- pour la chirurgie cœlioscopique auparavant. drastiquement le risque de récidive de la maladie et
nentielle depuis trois-quatre ans environ ». S’il n’est pas de gain notable constaté en matière l’on opère aujourd’hui des patientes moins malades
En fonction de l’étendue de la maladie et des de temps opératoire, « ce n’est de toute façon pas le qu’avant car en chirurgie intervallaire, c’est-à-dire
comorbidités des patientes, la chirurgie robot- but à atteindre, selon moi. En chirurgie oncologique, après une chimiothérapie néoadjuvante qui permet
assistée peut être appliquée aux trois types de on recherche un geste chirurgical précis et qui n’en- de réduire l’étendue de la maladie. Dans ce cas, une
cancers gynécologiques : celui de l’endomètre, traîne pas de complications per- et postopératoires. chirurgie robotique peut être envisagée, mais toujours
celui du col de l’utérus et celui des ovaires. Et le robot y participe en permettant de réduire les dans un centre expert », rappelle la chirurgienne. De
Au cours des années, les études scientifiques ont saignements, les douleurs ainsi que les durées plus, le recours à la voie mini-invasive permet une
permis, d’une part, de renforcer l’utilisation du robot d’ hospitalisation », insiste le D r Bentivegna. Des récupération plus rapide des patientes qui peuvent
pour certaines indications (comme pour le cancer bénéfices d’autant plus importants en chirurgie reprendre la chimiothérapie plus rapidement.

24 Snitem • ROBOTIQUE
Années Milieu des années Années Depuis

1990 2000 2010 2020


Début de la robotique Début de la robotique en Développement de la robotique Accélération de l’usage de
en urologie chirurgie gynécologique en chirurgie gynécologique la robotique en chirurgie
oncologique oncologique gynécologique oncologique

Cancer du col de l’utérus : la


voie mini-invasive en question
En 2018, l’étude dite LACC (Laparoscopic Approach
to Cervical Cancer Trial) décrit des résultats oncolo-
giques en faveur de la laparotomie comparative-
ment à la voie mini-invasive, dans la prise en charge
des cancers localisés du col de l’utérus.
Ses conclusions mettaient en évidence une aug-
mentation du taux de récidive et une réduction de
la survie globale pour les patientes opérées par voie
mini-invasive, entraînant une diminution du recours
au robot. Un résultat à nuancer cependant, comme
l’analyse le Dr Bentivegna : « Seules 16 % des patientes
inclues avaient été opérées par voie robotique. Il est
donc difficile d’élargir les conclusions de l’étude et,
pour les petits cancers considérés à bas risque, la

90 %
Chiffre clé voie mini-invasive peut toujours être envisagée.
Mais il faut s’en tenir exclusivement à une prise en
C’est la proportion des cancers du col de l’utérus qui
charge dans les centres experts. Par ailleurs, un
peuvent être évités grâce au dépistage des lésions champ d’application très intéressant est celui de
précancéreuses. Le cancer du col de l’utérus est la prise en charge des récidives d’un cancer du col
responsable de 1100 décès chaque année en France. de l’utérus en terrain précédemment irradié. »»
Source : « Panorama des cancers en France »,
Institut national du cancer, édition 2023
Snitem • ROBOTIQUE 25
CHIRURGIE ROBOTIQUE GYNÉCOLOGIQUE ONCOLOGIQUE

»» Il s’agit d’une chirurgie techniquement difficile et Le dispositif robotique enregistrant les gestes du
Des attentes et des
qui bénéficie énormément des améliorations que le chirurgien, « cela permet de décortiquer quelque
perspectives
robot offre en termes de vision et de précision du chose qui relevait auparavant de l’expérience mais
geste. Ce type d’intervention peut nécessiter de tou- que nous ne pouvions pas analyser, continue le D’autres évolutions sont également attendues du
cher à la vessie et/ou au rectum et la possibilité de Pr Lavoué. L’interface informatique permet d’amé- côté des professionnels de santé. Les industriels
réaliser le geste par voie mini-invasive joue énormé- liorer cela et de travailler à l’ élaboration d’outils travaillent déjà sur certaines d’entre elles, comme
ment sur l’acceptation du traitement et la qualité de pédagogiques pour les jeunes chirurgiens. » une miniaturisation toujours plus importante pour
vie de la patiente. » « aller vers encore moins de cicatrices », explique le
Pr Lavoué. Pour le Dr Bentivegna, une amélioration
L’intégration de l’imagerie
de la performance de la machine en termes de
Récolter des données bientôt disponible
retour de force est également souhaitable : « Si un
médico-économiques et
Les industriels travaillent également à l’intégration chirurgien expérimenté va compenser le manque de
à visée pédagogique
de l’imagerie au dispositif, un axe d’amélioration sensations par sa vision, c’est en revanche un élé-
Néanmoins, comme dans les autres spécialités, des bientôt disponible. L’objectif est que le robot ment dangereux pour les chirurgiens débutants. »
études sont nécessaires pour démontrer, données à puisse, via l’analyse de l’imagerie réalisée, guider « Améliorer encore la sécurité chirurgicale via un
l’appui, les avantages médico-économiques de la encore davantage les gestes du chirurgien pour système informatique embarqué dans lequel implé-
robotique dont l’usage reste récent. Un manque de être encore plus précis et respectueux des struc- menter des consignes de sécurité est également une
données qui a pu, selon le Pr Lavoué, entraîner un tures nobles à ne pas toucher. piste », suggère encore le Pr Lavoué.
certain frein du côté médical : « Les bénéfices médico- En effet, les patientes souffrant d’un cancer gynéco- Mais c’est surtout l’extension de ces progrès à tous
économiques de la chirurgie robotique par rapport aux logique bénéficient, avant leur prise en charge, d’un les domaines oncologiques qui promet de belles
techniques classiques n’étant pas encore pleinement bilan de stadification qui, selon leur cancer, peut être perspectives, comme le souligne le Dr Bentivegna :
établis par des données, certains ont pu s’interroger fait par IRM, scanner ou TEP-scan. Le bilan permet « La recherche étant très poussée en termes de nou-
sur le bien-fondé de s’équiper en robotique. Comme de décider si la chirurgie doit être réalisée immé- velles thérapeutiques (traitements ciblés, immunothé-
pour toute innovation technique et technologique, diatement ou après un traitement néoadjuvant . rapie notamment), les patientes présentent de plus en
il faut que la courbe d’apprentissage passe ». Une nouvelle imagerie est ensuite réalisée avant le plus des résidus tumoraux microscopiques pour les-
De fait, divers établissements sont engagés dans geste chirurgical qui a pour fonction d’enlever le quels nous arrivons à la limite de l’œil humain. En
des études cliniques d’évaluation de l’outil robotique reste tumoral. Dans ce cas, l’œil humain peut avoir couplant la vision robotique avec des traceurs,
en gynécologie oncologique, comme au CHU de des limites dans la visualisation de la maladie rési- comme la fluorescence qui nous permet, depuis les
Rennes par exemple : « Nous menons une recherche duelle. « Or, l’intégration de l’imagerie quand on opère années 2010, de cibler le ganglion sentinelle, nous
sur les avantages de la cœlioscopie versus ceux de serait une aide extrêmement performante en chirurgie allons peut-être pouvoir dépasser cette limite. »
la robotique pour le cancer de l’endomètre, relate le oncologique, qui a pour but d’enlever la maladie dans
Pr Lavoué. C’est une étude multicentrique avec une sa totalité en respectant les organes qui ne sont pas
évaluation médico-économique ». atteints », rappelle le Dr Bentivegna.

26 Snitem • ROBOTIQUE
CHIRURGIE ROBOTIQUE
GYNÉCOLOGIQUE
NON ONCOLOGIQUE

UN MOT
D’ORDRE :
PRÉSERVER
TOUJOURS
PLUS
En gynécologie bénigne et
fonctionnelle (c’est-à-dire
non oncologique), la chirurgie
robotique est essentiellement la région anatomique et les nerfs, il faut donc faire
DE LA THÉORIE…
en sorte qu’ il y ait le moins de séquelles possible à
utilisée pour améliorer la fertilité
« L’appareil féminin, situé dans le pelvis, concentre long terme. » Ainsi, l’objectif de la robotique est de
ou en conserver les propriétés de nombreux éléments : urètre, vagin, utérus, rec- pouvoir augmenter les indications de chirurgie mini-
malgré une pathologie. tum, ainsi qu’énormément de nerfs qui diffusent vers invasive auparavant réalisées par laparotomie :
les jambes, explique le Dr Jean-Philippe Estrade, « La robotique permet d’opérer des maladies gyné-
gynécologue-obstétricien et président de la cologiques bénignes telles que les fibromes , l’endo-
Société de chirurgie gynécologique et pelvienne métriose, etc. », précise le Dr Estrade. Et comme la
(SCGP). C’est un mécanisme fin et précis, si bien que précision est hautement augmentée avec le robot,
chaque anomalie représente un gros challenge. il y a moins de séquelles sur la fertilité : « Une inter-
À titre d’exemple, en cas d’endométriose qui altère vention reste agressive sur l’appareil génital mais, »»

Snitem • ROBOTIQUE 27
CHIRURGIE ROBOTIQUE GYNÉCOLOGIQUE NON ONCOLOGIQUE

»» grâce à l’outil robotique, on peut réaliser des légèrement miniaturisés, précise le Dr Estrade. Et
Et demain
chirurgies de la région pelvienne très conservatrices, cependant, la technologie robotique propose sept
laisser les organes les plus intègres possibles et évi- niveaux de liberté (rotation, translation, etc.) ». Reste la question de l’accès au robot, une problé-
ter de nombreuses séquelles. Pour l’endométriose, Ce paramètre, associé à la proximité et à la précision matique largement partagée : « L’équipement restant
par exemple, on parvient à éviter certaines ablations offertes par la caméra HD, permet plus de finesse onéreux, il est encore partagé avec les autres spécia-
comme celle du rectum. » dans le geste mais aussi d’en augmenter la réacti- lités, constate en effet le Dr Estrade. De ce fait, nous
vité : toutes les commandes se font en effet en sélectionnons les cas selon leur pertinence et la dis-
À LA PRATIQUE temps réel, les pinces robotisées obéissant à la ponibilité du robot. Le cas échéant, la chirurgie robo-
volonté du chirurgien. « Le robot permet par exemple tique est proposée à la patiente ».
À l’instar des procédures, les instruments utilisés de se saisir d’une tuméfaction bénigne, d’en faire le D’autres perspectives d’amélioration sont attendues
et commandés par le chirurgien via sa console sont tour, de disséquer les tissus et de voir l’infiniment petit du côté des professionnels de santé, portant sur la
« sensiblement les mêmes qu’en chirurgies laparos- qu’on ne pourrait percevoir avec l’œil humain, illustre vision et les instruments notamment afin d’être
copique et cœlioscopique classiques, mais ils sont le Dr Estrade. Les mouvements sont à la fois plus encore plus spécifique : énergies pour coaguler,
fins et plus sensibles tout en conservant une gran- ultrasons, lasers encore plus précis, etc. La ques-
de liberté. » tion de jumeler les imageries d’un scanner ou
d’une IRM est également une attente forte, sur

Chiffre clé UNE HISTOIRE D’INNOVATION laquelle les industriels travaillent : « Cela permettra
d’avoir une cartographie précise et, ainsi, de pouvoir

1,5 à 2,5
L’essor de la robotique chirurgicale en gynécologie encore plus préserver les organes et les tissus »,
est intimement lié à celui en urologie, à qui elle a selon le D r Estrade. En attendant, poursuit-il, la
emboîté le pas très rapidement. Ce qui n’est guère chirurgie robotique a déjà démontré son bénéfice
étonnant pour deux disciplines voisines dont le péri- en gynécologie en permettant « d’améliorer les
mètre opératoire concerne la même zone du corps procédures chirurgicales en favorisant la standar-
millions humain. Ainsi, l’utilisation du robot en gynécologie disation des protocoles opératoires ».
s’est démocratisée au cours des années 2000, les
C’est le nombre de femmes gynécologues-obstétriciens bénéficiant des com-
touchées par l’endométriose pétences et des connaissances que leurs confrères
en France, soit 10 % des femmes urologues avaient déjà réunies en la matière.
en âge de procréer. « Aujourd’ hui cependant, la robotique chirurgicale
Source : Site du ministère de la Santé a de plus en plus d’ indications en gynécologie et,
et de la Prévention, 2023 avec un véritable virage depuis le début des années
2020, elle se démocratise et a fait son entrée dans
les congrès », raconte le Dr Estrade.

28 Snitem • ROBOTIQUE
CHIRURGIE
ROBOTIQUE
PÉDIATRIQUE

UN ROBOT
POUR DE
MULTIPLES
INDICATIONS
Parce qu’elle prend en charge
de jeunes patients, la chirurgie
pédiatrique est une spécialité
très particulière. Une spécificité
qui explique que le recours à la
DE LA THÉORIE… permet de repousser les indications de la chirurgie
mini-invasive en chirurgie pédiatrique, explique le
chirurgie robotique y a été un
L’outil robotique peut être utilisé dans l’ensemble Pr Thomas Blanc, chirurgien pédiatrique à l’Hôpital
peu plus tardif que dans d’autres des spécialités de chirurgie pédiatrique (urologie, Necker (AP-HP). On va au-delà de la laparoscopie
spécialités. Ce qui ne l’empêche chirurgie viscérale, gynécologie, thoracique, onco- et on réalise des interventions jamais faites en
logie, ORL) dans le cadre d’interventions com- cœlioscopie en passant directement de la chirurgie
pas d’y avoir ouvert de belles plexes de chirurgie ablative ou reconstructive. ouverte à la chirurgie robotique. »
perspectives. Dans les faits, cependant, l’urologie pédiatrique Conséquences : des hospitalisations moins lon-
se distingue pour être la spécialité la plus repré- gues, une diminution des douleurs postopératoires
sentée ; la plupart des autres spécialités, comme et des séquelles esthétiques, et des chances d’évi-
la chirurgie thoracique ou l’oncologie, restent en ter des traumatismes psychologiques liés à des
effet moins explorées à l’heure actuelle. « Le robot hospitalisations prolongées. »»

Snitem • ROBOTIQUE 29
CHIRURGIE ROBOTIQUE PÉDIATRIQUE

le robot apporte deux avantages majeurs qui élar- chirurgie digestive, l’oncologie, la chirurgie thoracique,
À LA PRATIQUE
gissent de fait les possibilités de cette pratique la chirurgie ORL, la chirurgie transorale, etc., sachant
Les dispositifs robotiques utilisés en pédiatrie sont chez l’enfant : une qualité de vision (3D et haute que les ORL et les neurochirurgiens disposent égale-
les mêmes que ceux utilisés pour les adultes, avec définition) avec la possibilité de zoomer, et une ment d’un autre robot, propre à leurs spécialités. Il y a
les instruments de microchirurgie adaptés à la gestuelle fine dans un espace restreint grâce aux ainsi, à Necker, plusieurs systèmes robotiques diffé-
taille des enfants. Grâce à sa haute technologie, sept degrés de liberté des instruments robotisés. rents, adaptés en fonction des indications opératoires »,
précise le Pr Thomas Blanc.
UNE HISTOIRE D’INNOVATION Cet équipement de pointe, synonyme de nouveau
bond en avant dans la chirurgie mini-invasive, amé-
C’est aux États-Unis, à Seattle, que commença la liora la qualité de vie des jeunes patients. Cependant,
belle histoire de la robotique pédiatrique, avec si la chirurgie mini-invasive bénéficia de progrès
l’équipe du Pr John Meehan, pionnier en chirurgie considérables entre les années 2000 et 2010, l’adop-
thoracique et viscérale notamment. En France, elle tion de ces techniques, notamment robotiques,
débuta peu après, en 2007, aux CHU de Tours et restait plus limitée dans le secteur pédiatrique.
de Limoges, « deux centres précurseurs qui ont
maintenant plus de quinez ans d’expérience et une
La robotique pédiatrique,
véritable expertise », rappelle le Pr Blanc. Les chirur-
une niche ?
giens des deux centres, qui ont étroitement colla-
boré, ont notamment travaillé sur la possibilité Cependant, « si la chirurgie robotique pédiatrique
d’utiliser un robot chirurgical chez les enfants de reste une niche comparée à la chirurgie robotique
moins de 15 kilos et en situation d’urgence. chez l’adulte, le nombre de CHU équipés de robots
permettant aux chirurgiens pédiatriques d’avoir
accès au système a nettement augmenté au cours
L’arrivée de robots
des dernières années, nuance le Pr Blanc. Plus des
spécialisés
trois-quarts des CHU le leur permettent désormais.
Au milieu des années 2010, l’arrivée de nouvelles Il y a une vraie dynamique en France, pays d’Europe
versions de robots, plus adaptées à la pédiatrie, avec la plus grande exposition à la robotique en
participa à l’essor de la chirurgie robotique pédia- chirurgie pédiatrique, même si le pays ne compte que
trique. En 2016, l’Hôpital Necker-Enfants malades à deux systèmes exclusivement dédiés à cette spécia-
Paris fut ainsi le premier en France à se doter d’un lité. » Les autres robots étant partagés avec les
robot spécifiquement dédié à la pédiatrie : « Nous spécialités adultes, « cela en restreint l’accès, si bien
avons à Necker un programme de chirurgie robotique qu’il est plus difficile de développer rapidement une
pédiatrique multidisciplinaire dédié pour l’urologie, la expertise », regrette le chirurgien pédiatrique.

30 Snitem • ROBOTIQUE
Milieu des années Depuis les années

2007 2010 2016 2020


Premières expérimentations Premières prostatectomies Début de la chirurgie robotique Les trois-quarts des CHU équipés
en chirurgie robotique robot-assistées orthopédique avec scanner de robots en proposent l’accès aux
urologique chirurgiens pédiatriques

Une spécialité pas comme


les autres
Outre la petite proportion de patients concernés
ainsi que leur jeune âge, la chirurgie pédiatrique est
particulière en ce qu’elle traite de « (…) pathologies
rares, malformations et tumeurs qui se caractérisent
par leur grande variété de présentation », comme le
souligne le rapport « La robotisation en chirurgie »,
de l’Académie nationale de chirurgie (2020).
Des spécificités qui exigent un examen particulière-
ment attentif de chaque cas afin de s’assurer qu’une
prise en charge robotique est non seulement pos-
sible mais également pertinente. « Ainsi, dans notre
service, chaque dossier fait l’objet d’une discussion et
d’une décision collégiales, précise le Pr Blanc. D’autant
que, dans la plupart des spécialités adultes, la chirur-
gie robotique a peu d’indications mais un volume
d’activité très important. En pédiatrie, au contraire,

356
il y a énormément d’indications différentes (plus de
Chiffre clé 90 réalisées à l’Hôpital Necker), mais le volume
d’activité est plus faible. Il est donc plus difficile de
C’est le nombre de médecins exerçant la spécialité
standardiser les procédures, et la courbe d’appren-
de chirurgie infantile (viscérale et orthopédique) tissage est nécessairement plus longue. » »»
en France en 2023.
Source : Atlas de la démographie médicale 2023, CNOM.
Snitem • ROBOTIQUE 31
CHIRURGIE ROBOTIQUE PÉDIATRIQUE

»» Ce qui explique que des chirurgiens non experts dès la planification du bloc opératoire, pour une juste générations de robots sont plus adaptées à la chi-
confient la prise en charge de certains jeunes évaluation des risques de la chirurgie et notamment rurgie pédiatrique qu’auparavant, permettant d’opé-
patients aux équipes pédiatriques spécialisées en du risque hémorragique », précise le rapport de rer des enfants très petits : « À Necker, par exemple,
robotique chirurgicale. l’Académie de chirurgie. De plus, « en chirurgie robo- la limite est fixée à 4 kilos », illustre le Pr Blanc.
tique, les IBODE ont un rôle clé car ils sont le prolon- Autres améliorations en cours de diffusion :  l a
chirurgie guidée par l’image avec l’intégration de
Une équipe dédiée gement des mains du chirurgien qui est assis à la
console, ajoute le Pr Blanc. Leur formation est donc reconstruction en 3D à la console du robot – déjà
En effet, si la formation est un enjeu crucial en essentielle, y compris sur le plan académique, ce qui en place à l’Hôpital Necker grâce aux travaux du
chirurgie robotique, elle l’est tout particulièrement est désormais possible grâce au DIU de chirurgie laboratoire IMAG2 du Pr Sabine Sarnacki – ainsi que
en pédiatrie, en raison des spécificités précédem- robotique de l’Université Paris Cité ». le robot single port, pour sa part déjà commercia-
ment évoquées. Et cela concerne tant les chirur- lisé aux États-Unis. Enfin, comme chez les adultes,
giens que tous les acteurs du bloc opératoire : le Pr Blanc prévoit « une standardisation des proto-
Un domaine qui ne cesse
anesthésistes, infirmiers anesthésistes (IADE), infir- coles et des procédures pour les interventions les
d’évoluer
miers de bloc opératoire (IBODE). En effet, le robot plus communes ».
ayant été conçu pour les adultes, une adaptation de Quant aux perspectives d’évolution, « la miniaturi-
son utilisation en chirurgie pédiatrique est essen- sation doit encore être améliorée », pour le Pr Blanc
tielle, tout comme « une parfaite communication (…) qui souligne néanmoins que les toutes dernières

Évaluation des dispositifs robotiques en pédiatrie


Une étude prospective est en cours pour évaluer la performance médico-économique comparant la cœlioscopie et la chirurgie
et l’efficience de la chirurgie robotique chez l’enfant et l’adulte robotique est en cours. Avec le Pr Morgan Roupret, urologue adulte à
(PECROP). « Nous avons constitué une base de données avec tous la Pitié-Salpêtrière, nous avons étendu cette étude à tous les hôpitaux
les enfants opérés avec une chirurgie robotique et nous les suivons de l’AP-HP ayant une activité robotique (adulte et enfant). L’objectif
pendant au moins un an, détaille le Pr Thomas Blanc, chirurgien en étant d’ inclure entre 2 500 et 3 000 patients opérés au robot par an.
chirurgie viscérale et en urologie pédiatrique à l’Hôpital Necker (AP- Et nous menons des projets de recherche transversaux par pathologie
HP). L’analyse des données pré-, per- et postopératoires à l’Hôpital et par spécialité. Cela représente un énorme pool de patients avec
Necker-Enfants malades a donné lieu à de nombreuses publications, une expertise unique des chirurgiens. »
montrant notamment une faible morbidité et une diminution de la
durée d’ hospitalisation après une chirurgie robotique. Une étude

32 Snitem • ROBOTIQUE
CHIRURGIE
ROBOTIQUE
EN ORL

LA PRÉCISION
ET LA MINIA-
TURISATION,
ARMES
ESSENTIELLES
DE L’ORL cette zone est également très précieuse. Y interve-
DE LA THÉORIE…
nir demande donc de disposer d’un outil très précis
Bien que récente, la robotique La sphère ORL (oto-rhino-laryngologique) est une permettant de pallier les limites des gestes de la
chirurgicale en ORL a connu région complexe qui regroupe la plupart des main humaine.
organes des sens, les fonctions de déglutition et de
un développement rapide mais la parole, des muscles, des glandes et des vaisseaux
À LA PRATIQUE
surtout inédit avec la mise au sanguins et lymphatiques. Dans cette spécialité, les
applications de la robotique chez les adultes sont Si les robots utilisés dans les autres spécialités
point, en quelques années, nombreuses : chirurgie transorale, implantation peuvent également l’être en ORL, il existe des sys-
d’un dispositif spécifiquement cochléaire , chirurgie otologique... Seule la chirurgie tèmes spécialement conçus pour ce domaine,
des sinus n’en bénéficie pas encore. comme l’explique le Pr Yann NGuyen, chirurgien
pensé pour les besoins de cette
En particulier, l’otologie a pour objet les plus petites ORL dans le service d’oto-rhino-laryngologie de la
spécialité. structures du corps humain, par ailleurs très fragiles. Pitié-Salpêtrière (AP-HP) : « Il s’agit d’un télémani-
Et parce qu’elle renferme l’ouïe, un sens fonda- pulateur robotisé doté d’un bras qui porte soit l’ins-
mental pour sociabiliser, éduquer et communiquer, trumentation, soit l’optique. Ses particularités »»

Snitem • ROBOTIQUE 33
CHIRURGIE ROBOTIQUE EN ORL

Entamé il y a une dizaine d’années, son usage resta et les fonctions du robot pour le rendre compatible
assez limité, « non seulement parce qu’il n’était pas avec la chirurgie de l’oreille ». Depuis, le dispositif
Comprendre la
spécifiquement pensé pour l’ORL et était très volu- dédié à l’ORL continue de faire ses preuves et de
chirurgie robot-assistée mineux pour cet usage, mais également parce que convaincre des équipes de référence en otologie,
transorale les autres spécialités, urologie en tête, s’en étaient en France comme en Europe (Allemagne, Italie) et
déjà bien emparées, rendant le robot peu disponible en Asie (Chine).
La chirurgie robot-assistée par voie trans- pour l’ORL », poursuit le Pr NGuyen.
orale est une chirurgie mini-invasive qui
Trouver son public
permet d’aborder par les voies naturelles
De la cancérologie
des régions anatomiques de la gorge Le dispositif offre d’importants bénéfices en chirur-
à l’otologie
(pharynx et larynx) auparavant inacces- gie otologique : il permet par exemple de lever
sibles ou presque pour le traitement de C’est dans le service du Pr Olivier Sterkers, à l’Hôpi- toutes les contraintes liées à l’implantation du
cancers de la zone ORL. tal Beaujon (AP-HP), que naquit l’idée d’un robot porte-électrodes pour l’implant cochléaire. Par ail-
spécifiquement dédié à la chirurgie otologique au leurs, le robot peut être utilisé pour tout profil de
milieu des années 2000. « Le postulat de départ patient et pour toute chirurgie : ce sont des outils du
était que la chirurgie de l’oreille est une microchirur- quotidien pour tous les chirurgiens, quel que soit
»» par rapport aux autres dispositifs sont sa dimen- gie dont les résultats dépendent beaucoup de la l’âge du patient, du bébé à la personne âgée. Et
sion et sa forme qui optimisent le déplacement dans dextérité du chirurgien, explique le Pr NGuyen qui fit avec le vieillissement de la population, l’enjeu de la
les structures de l’oreille tout en libérant au maximum partie de l’aventure. L’idée était donc de se dire qu’en préservation de l’audition est d’autant plus crucial.
le champ de vision. Et, bien entendu, le système est améliorant la gestuelle du chirurgien, on devait pou-
piloté et contrôlé à tout moment par le chirurgien. » voir améliorer les résultats et diminuer les complica-
tions. Et la robotique pouvait le permettre. »
UNE HISTOIRE D’INNOVATION L’équipe de chirurgiens ORL, par le biais d’une unité
de recherche de l’Inserm créée à cette occasion,
Dès la fin des années 2000, la Food and Drug s’empara donc de la question, avec le soutien d’un
Administration américaine autorisa l’utilisation de industriel du dispositif médical français. « Différentes
la robotique en ORL pour la chirurgie transorale. versions du prototype ont été conçues entre 2006 et
La France lui emboîta le pas dès 2009 « pour la 2016, date de l’obtention du marquage CE, se sou-
chirurgie du cou, de la thyroïde et les cancers du vient le Pr NGuyen. Cela s’est fait autour d’un noyau
larynx et de l’oropharynx, relate le Pr NGuyen. Alors dur de quelques médecins et ingénieurs, chacun ap-
que l’ORL était relativement en retard en la matière, portant son expertise et ses compétences. Ainsi, les
ce premier système permit à la spécialité de s’en ORL ont fixé un cahier des charges selon les contraintes
emparer et favorisa les abords mini-invasifs. » de leur pratique et les ingénieurs ont optimisé la forme »»

34 Snitem • ROBOTIQUE
Milieu des années

2000 2009 2016


Début des travaux sur un robot Autorisation en France de l’utilisation de la Marquage CE du robot
dédié à la chirurgie otologique robotique pour la chirurgie du cou, de la thyroïde en ORL
à l’Hôpital Beaujon et les cancers du larynx et de l’oropharynx

Sur la question du gain de temps – qui n’est pas


nécessairement recherché avec la robotique –, les
interventions sont plus ou moins de la même durée
(notons que les chirurgies otologiques sont peu
longues de fait).
Reste la question de l’accès au dispositif : il est en
effet nécessaire que les chirurgiens puissent l’uti-
liser souvent pour s’en servir bien. D’où l’impor-
tance d’un robot qui soit accessible financièrement :
« Il est en effet tellement spécialisé et optimisé pour
l’oreille que le dispositif ne peut être multidiscipli-
naire, corrobore le Pr NGuyen. C’est pourquoi il est
important que son coût reste raisonnable mais aussi
qu’il couvre tous les besoins de toutes les chirurgies
de l’oreille : réparation d’une perforation du tympan,
chirurgie de l’otospongiose , pose d’un implant
cochléaire, etc. Aujourd’hui, de plus en plus de chirur-
giens l’utilisent, même si certains restent réfractaires

1
à la chirurgie robotique. »

er
Chiffre clé
La perte d’audition est le premier facteur de risque Prudence est mère de sûreté
évitable de la démence.
Encore en cours d’évaluation, le robot doit encore
Source : Dementia prevention, intervention, and care: 2020 report
of the Lancet Commission, Lancet, 2020 faire ses preuves sur le plan clinique, comme le »»

Snitem • ROBOTIQUE 35
CHIRURGIE ROBOTIQUE EN ORL

précise le Pr NGuyen : « Il faut rester prudent sur les


bénéfices de la robotique. Certes, le robot facilite la
gestuelle, supprime les tremblements, diminue la
fatigue, la charge mentale et la concentration contrai-
rement à quand on travaille sur le microscope. Cela
tire aussi les jeunes chirurgiens vers des niveaux
experts car le robot ne gomme pas l’expérience du
chirurgien ni la gestion des situations difficiles, mais il
gomme l’apprentissage de la dextérité et de la maî-
trise des tremblements, que l’on met d’ordinaire un
certain temps à acquérir. Sur le plan clinique, des
études, qui vont débuter cette année, vont permettre
d’étudier les bénéfices de l’implantation cochléaire. »

Évoluer en permanence
Dans un futur proche, les nouvelles modalités de
traitement qui vont arriver en ORL (thérapie génique,
chirurgie de l’oreille interne, etc.) vont pousser la pourra permettre d’élargir les indications de la
L’enjeu de la navigation
plateforme robotique à évoluer avec elles. « Chaque chirurgie robotique non seulement à toutes les
équipe qui s’équipe du robot est également impliquée De fait, pour l’instant, le robot n’est pas couplé opérations otologiques, mais aussi à d’autres spé-
dans des petits projets de recherche dans une optique avec un système de navigation chirurgicale. Le cialités, comme la chirurgie des sinus, l’ophtal-
de stimulation mais aussi pour enrichir le projet glo- chantier, en cours, est riche de promesses en mologie, la chirurgie des extrémités ou même la
bal, détaille l’expert ORL. Chaque équipe universi- matière de précision et de planification chirurgi- neurochirurgie.
taire ayant sa particularité, chaque contribution cale. « Doté de capteurs de force pour les éléments Enfin, un autre point sera d’apporter l’intelligence
permet d’améliorer l’ensemble du système. » très fragiles de l’oreille, le robot pourra sentir des artificielle dans l’interprétation des images et la col-
La plateforme évolue en continu afin de pouvoir éléments imperceptibles, ce qui réduira encore lecte des données : « Étant donné le nombre limité
intégrer des instruments, des technologies et des l’ invasivité, prévoit le Pr  NGuyen. Quant au moni- de patients, on ne se dirige pas, en ORL, vers du big
données qui ne sont pas forcément disponibles torage de l’audition, le chirurgien est dans la boucle data, pointe le Pr NGuyen. Mais cela sera forcément
aujourd’hui mais le seront demain. L’objectif est via l’ interface, mais il y a plusieurs centaines de utile pour automatiser et planifier certains gestes, et
donc de continuer à faire mieux que la main millisecondes avant qu’ il ne reçoive l’ information. pour former les chirurgiens. Et pourquoi pas faire
humaine sur toute chirurgie et de développer et En couplant tout cela, le temps de réaction sera que certaines étapes de procédure soient réalisées
adapter toujours plus d’instruments. grandement diminué. » Par ailleurs, la navigation dans un monde virtuel. »

36 Snitem • ROBOTIQUE
CHIRURGIE ROBOTIQUE EN ORTHOPÉDIE - INTRODUCTION

LA ROBOTIQUE CHIRURGICALE OUVRE UN VASTE


CHAMP DES POSSIBLES EN ORTHOPÉDIE
En chirurgie orthopédique, le recours à la robotique reste encore limité à un nombre relativement restreint d’indications,
c’est-à-dire la pose de certaines prothèses et la visée pédiculaire dans la chirurgie du rachis. Néanmoins, les bénéfices
– avérés comme attendus – offerts par cette nouvelle technologie ouvrent de belles perspectives.

Tandis qu’en chirurgie générale, l’objectif premier du recours à l’outil


robotique est la recherche du mini-invasif, « l’enjeu est différent en chirurgie
orthopédique, pose d’emblée le D r Jean-Claude Couffinhal, chirurgien Une transformation
thoracique et vasculaire au Centre hospitalier Victor Dupouy d’Argenteuil des parcours de soins
(95) et membre du Conseil d’administration de l’Académie nationale de
chirurgie (ANC), dont il est par ailleurs responsable de la robotique Les nouvelles technologies entraînent de nombreuses modifications
chirurgicale et de la formation. Dans cette spécialité, on recherche avant tout dans les pratiques et les parcours de soins, notamment grâce à la
la qualité du positionnement de la prothèse. Le robot va donc aider à faire en planification, la navigation, la chirurgie robot-assistée et le suivi à
sorte que l’on suive et que l’on réalise parfaitement la planification de la distance. Pour en savoir plus, consulter le livret « Innovation en ortho-
procédure prévue ». pédie » du Snitem
Et de fait, diverses études ont révélé que « la plupart des problèmes de
longévité des prothèses serait liée à des anomalies de positionnement qui
peuvent survenir avec les méthodes traditionnelles, poursuit le Dr Couffinhal. geste humain et chirurgical, explique pour sa part le Dr Gérard Giordano,
L’utilisation de la robotique avec planification permet de corriger cela, chirurgien orthopédiste et traumatologue à l’Hôpital Joseph Ducuing à
l’approximation y étant vraiment minime ». Toulouse. Il n’y a pas d’automatisation des gestes, contrairement à ce que
certains – dont des patients – ont pu ou peuvent encore craindre ».
En effet, la robotique chirurgicale en orthopédie est une chirurgie robot-
Gagner en précision et en fluidité
assistée, dont le bras robotisé apporte un complément d’ancillaires pour le
Et pour cause : le robot orthopédique, spécifiquement pensé pour la chirurgien. Une procédure, propre à chaque patient, est planifiée en pré- ou
spécialité, est « un outil de précision et une aide qui vient en complément du en peropératoire selon la partie du corps, la pathologie à traiter et le »»

Snitem • ROBOTIQUE 37
CHIRURGIE ROBOTIQUE EN ORTHOPÉDIE - INTRODUCTION

»» dispositif utilisé. Chaque étape de l’exécution de la procédure est validée Les problématiques étant en effet différentes selon les articulations, « les
par le chirurgien, garantissant une grande précision. développements industriels des robots le sont également et c’est pourquoi il
« En chirurgie orthopédique, le robot est un outil de précision inter-intra-opérateur, faut des référentiels », note le Dr Giordano qui souligne par ailleurs l’importance
poursuit le Dr Giordano. Grâce au bras robotisé, on obtient en effet une précision de l’implication des chirurgiens dans la conception des outils robotiques :
de coupes qui permet de respecter la planification et de maîtriser la position des « Ces derniers sont encore trop souvent des outils d’ingénieurs que l’on essaie
implants en deçà d’une marge de 1 millimètre et de 1 degré. » de faire rentrer au bloc, si bien qu’ils ne sont souvent pas pensés pour s’intégrer
physiquement dans la salle d’opération mais également dans les process.
C’était le cas pour la navigation de première génération qui était une véritable
La navigation, élément crucial de la chirurgie
usine à gaz. Avec les évolutions dont elle a fait l’objet, c’est désormais un outil
robotique orthopédique
fait par des binômes ingénieurs-chirurgiens pour des chirurgiens. Gageons que
Outre le bras robotisé, les logiciels de navigation dont sont dotés les robots les robots chirurgicaux suivront la même progression. » D’autant qu’impliquer
chirurgicaux orthopédiques apportent également une amélioration des les chirurgiens est également essentiel pour remporter leur adhésion.
procédures. En effet, la chirurgie assistée par ordinateur permet d’avoir des
données en temps réel sur la morphologie des pièces osseuses articulaires,
Ne pas rater le train de l’innovation
l’axe du membre, la balance ligamentaire, etc., pour mettre en place la
prothèse, que ce soit pour la hanche, l’épaule ou le genou. Car certains praticiens font encore preuve, si ce n’est de résistance, de
En outre, « en matière d’outils de navigation, il faut distinguer deux process : le scepticisme à l’égard de l’outil robotique. Et si cela peut s’entendre eu égard
mapping peropératoire (ou image less), et la planification réalisée avec imagerie à son caractère récent (et donc au manque de recul et de données sur ses
(IRM ou scanner le plus souvent) en préopératoire », précise le Dr Giordano, qui bénéfices réels), la robotique chirurgicale offre néanmoins de belles
pratique les deux procédés en fonction de l’articulation qu’il opère. perspectives. « Il y a toujours eu de fausses innovations en orthopédie, mais
il y en a d’autres qu’il ne faut pas rater, prévient le Dr Giordano. En matière
d’amélioration des pratiques, il faut penser à la fois gain chirurgical et bénéfice
Impliquer les chirurgiens pour concevoir des
patient sur trois volets : stratégique, technologique et technique. Si l’innovation
outils qui répondent à leurs besoins
apporte une plus-value sur ces trois volets, alors il faut en prendre le train !
En orthopédie, le robot reste à l’heure actuelle un outil en voie de Et c’est sans aucun doute le cas de la chirurgie robotique. »
développement et ses applications sont encore restreintes à la chirurgie
prothétique pour le genou et la hanche, et à la visée pédiculaire dans la
chirurgie rachidienne.

14 Snitem
38 Snitem••ROBOTIQUE
ROBOTIQUE
CHIRURGIE ROBOTIQUE
EN ORTHOPÉDIE SANS
IMAGERIE

EN QUÊTE
DE L’ARTI-
CULATION
ORIGINELLE
Réduire l’invasivité du geste
chirurgical tout en augmentant
sa précision, sécuriser les
procédures, améliorer les suites
postopératoires : tels sont les
principaux objectifs de la chirurgie
des patients souffrent d’une prothèse trop serrée, trop
robotique en orthopédie, dans DE LA THÉORIE…
raide ou d’une articulation qui ne répond pas aux
le cadre de la pose de prothèse En chirurgie orthopédique, le dispositif robotique attentes, avec une sensation d’instabilité et une perte
sans recours au scanner est utilisé pour la pose de de confiance », explique le Dr Sophie Putman, chirur-
sans recours à l’imagerie. prothèses de hanche et de genou, qu’elles soient gien orthopédiste au CHRU de Lille. Or, en cas d’ins-
totales ou partielles. En effet, il arrive que ces chirur- tabilité, la seule option est de réopérer pour une
gies prothétiques laissent persister d’importantes prothèse plus contrainte.
douleurs pouvant provenir de laxités postopéra- « Avec les systèmes classiques, il peut y avoir une
toires (relâchement ligamentaire notamment) et des variation par rapport aux objectifs de la chirurgie,
instabilités prothétiques. « Au fil du temps, il arrive que poursuit le Dr Putman. Utilisé en peropératoire, »»

Snitem • ROBOTIQUE 39
CHIRURGIE ROBOTIQUE EN ORTHOPÉDIE SANS IMAGERIE

»» le système robotique permet de corriger cette le Dr Putman. Grâce à sa fonctionnalité de repérage


marge d’imprécision : comme tout se décide pendant dans l’espace, le robot se positionne et localise les
La robotique
la chirurgie, cela permet de générer le modèle le plus axes du patient avant de générer un modèle de l’arti-
adapté à la déformation de l’articulation du patient, culation sur lequel on travaille durant l’intervention. » chirurgicale, vecteur
de rester dans son morphotype natif et donc, d’éviter Une fois le modèle réalisé, le dispositif intègre un de changement pour
de générer des déformations. » système d’équilibrage ligamentaire qui va mesurer,
sur l’amplitude de mouvement du genou, l’espace
les établissements
À LA PRATIQUE entre le fémur et le tibia dans la mobilité du genou,
Technologie de pointe, la robotique
« l’objectif étant de recréer des espaces symétriques
chirurgicale est également un élément de
Les dispositifs robotiques intervenant en chirurgie pour la flexion / extension et en médial / latéral », pré-
l’accompagnement des établissements de
orthopédique reposent sur le principe de bras ou cise la chirurgienne.
santé dans leurs projets de transformation
de pièces à main robotisés qui guident un instrument Là où, traditionnellement, le chirurgien prend ses
et d’innovation. Elle représente aussi
pour réaliser des coupes osseuses – ou un guide de décisions de manière manuelle et sensitive, le robot
un levier de fidélisation des équipes et
coupes – afin de fixer la prothèse. chirurgical est doté d’un système de balance qui
d’attractivité, notamment auprès des
Certains d’entre eux, dont il est question dans ce conçoit les espaces réels existants dans l’articulation.
jeunes professionnels de santé en ce
chapitre, ne nécessitent pas d’examen d’imagerie « Après cela, le système bascule sur un logiciel qui
qu’elle fait partie intégrante de la formation
préalable. « Tout se fait pendant l’intervention grâce au intègre la taille de la prothèse et permet de choisir le
et de la montée en compétences et qu’elle
système de navigation dont est doté le robot, détaille positionnement idéal en intégrant l’équilibre des liga-
sécurise les procédures chirurgicales.
ments », poursuit le Dr Putman. Comme dans toute
chirurgie robotique, le chirurgien valide et contrôle
toutes les étapes. Il garde également la main sur le
système, qui se positionne pour aider le chirurgien à la pose de prothèses de hanche, fit son apparition.
réaliser les coupes avec une grande précision. Cette décennie vit en effet l’arrivée de robots spéci-
Le système informatique du dispositif permet de fiquement pensés pour un usage médical, et notam-
visualiser a posteriori que le résultat obtenu est ment orthopédique. Cependant, cette « machine-outil
conforme aux attentes par rapport à la déformation complètement autonome de fraisage et de mise en
initiale de l’articulation. place d’implants articulaires » fut abandonnée au
profit de « solutions moins contraignantes où le geste
UNE HISTOIRE D’INNOVATION reste effectué par l’opérateur s’il juge la sécurité du
patient garantie » (« La robotisation en chirurgie – État
La toute première chirurgie robotique en orthopédie des lieux », Rapport de l’Académie nationale de
eut lieu en 1983 au Canada. Puis, au début des années chirurgie, 2020). C’est ainsi qu’à partir des années
1990, un nouveau dispositif, autonome et dédié à 2000, l’éventail de dispositifs robotiques dédiés à

40 Snitem • ROBOTIQUE
Début des années À partir des années Fin des années Début des années

1983 1990 2000 2010-2020


Première chirurgie Apparition d’un dispositif Élargissement de l’éventail de Développement du recours à la
orthopédique au Canada autonome et dédié à la pose dispositifs robotiques dédiés à chirurgie robotique en orthopédie
de prothèses de hanche la chirurgie orthopédique

la chirurgie orthopédique s’élargit, profitant des pro-


grès réalisés dans les domaines de l’imagerie, de
l’informatique et de la navigation.
« En France, le recours à la chirurgie robotique en
orthopédie s’est vraiment développé depuis quatre à
cinq ans grâce à la diversification des systèmes et
après de nécessaires phases d’essais », corrobore le
Dr  Putman.

Récupération accélérée
et améliorée
Et si, comme le souligne la spécialiste, « nous man-
quons encore d’études à long terme », les avantages
a priori offerts par la chirurgie robotique en ortho-
pédie semblent bénéficier aussi bien aux patients
qu’aux professionnels, voire au système de santé
dans son ensemble. Pour les patients, en effet, les
chirurgies par robot sont plus conservatrices et

176 287
Chiffre clé semblent diminuer les douleurs et les raideurs
postopératoires. La mobilisation et la marche sont
C’est le nombre de patients qui ont subi une
plus rapides. Les patients peuvent ainsi bénéficier
arthroplastie de la hanche en 2022 (tout type
de programmes de récupération améliorée après
de chirurgie confondu). chirurgie (RAAC), si bien que la durée moyenne »»
Source : Données de l’ATIH 2022

Snitem • ROBOTIQUE 41
CHIRURGIE ROBOTIQUE EN ORTHOPÉDIE SANS IMAGERIE

»» de séjour hospitalier peut être réduite et que les


patients peuvent plus rapidement reprendre leurs
activités. « Avec le gain de précision, l’amélioration du
ressenti et de la qualité de vie des patients est l’un des
principaux objectifs de la chirurgie robotique, souligne
le Dr Putman. Cela semble être le cas mais nous man-
quons de recul et ne bénéficions pas, pour l’instant,
d’évaluations à distance auprès des patients. »

Un geste chirurgical optimisé


Du côté des chirurgiens, le gain de précision dans
les coupes osseuses est en revanche avéré. « Il n’y
a cependant pas nécessairement de gain de temps,
explique le Dr Putman. Comme il n’y a pas de pla-
nification préopératoire et que tout est décidé au
cours de la chirurgie, le temps d’ intervention est
patient-dépendant, et peut être allongé si le cas est
plus complexe que ce à quoi l’on s’attendait. Mais de
toute façon, gagner du temps n’est pas forcément
ce que l’on recherche : la précision du geste est bien
plus importante. »
Par ailleurs, la miniaturisation des robots chirurgi- reste importante, avec des problématiques d’ins- l’IA permettrait d’améliorer la performance des plani-
caux menée par les industriels du secteur les tabilité et d’alignement qui, bien que réduites ces fications pour lesquelles, pour l’instant, le chirurgien a
rendent désormais moins encombrants, facilitant dernières années, persistent malgré tout. encore beaucoup des réglages à faire. Avec l’IA, on
l’organisation des blocs opératoires. Les industriels du secteur travaillent donc à amé- pourrait optimiser la performance en termes de choix
liorer encore l’équilibrage ligamentaire dans l’ob- et, ainsi, étendre le recours au robot chirurgical à des
jectif de retrouver la cinématique du genou originel. chirurgies plus complexes et à des reprises de pro-
Améliorer encore
Un autre challenge porte sur l’élargissement des thèses. » Un défi d’autant plus essentiel à relever face
la chirurgie du genou
indications de la chirurgie robotique en orthopédie, aux problématiques de vieillissement de la popu-
En termes d’évolutions, et alors que la hanche est pour l’instant réservée aux premières intentions. lation auxquelles nos sociétés doivent faire face.
une articulation très mature, la proportion de Une amélioration que pourrait bien apporter l’intel-
patients non satisfaits après une chirurgie du genou ligence artificielle selon le Dr Putman : « Intégrer de

42 Snitem • ROBOTIQUE
CHIRURGIE ROBOTIQUE
EN ORTHOPÉDIE AVEC
IMAGERIE

VERS UNE
CHIRURGIE
TOUJOURS
PLUS PERSON-
NALISÉE
Le robot est doté d’un système informatique, d’un
DE LA THÉORIE…
écran, d’une caméra infrarouge et d’une instrumen-
En orthopédie avec imagerie, le robot est utilisé tation robotisée stérile.
pour une pose de prothèse dans le cadre d’une Une fois les ajustements effectués, le robot réalise
En orthopédie, la chirurgie arthrose de genou partielle ou totale, et pour une les coupes osseuses guidé par le chirurgien et selon
robotique permet de guider pose de prothèse dans le cadre d’une arthrose de le modèle 3D personnalisé du patient. Un système
hanche. L’objectif est de gagner en précision et en d’alerte permet au chirurgien d’être prévenu dès que
de manière très précise le personnalisation. Grâce à l’imagerie préopératoire, l’outil de coupe dépasse la zone de limite virtuelle,
geste du chirurgien. Et l’arrivée le chirurgien peut visualiser l’articulation du patient lui permettant de ne couper que ce qu’il a planifié.
et choisir la meilleure stratégie chirurgicale.
de l’imagerie préopératoire
UNE HISTOIRE D’INNOVATION
a encore amélioré la pose À LA PRATIQUE
Apparue entre la fin des années 2000 aux États-Unis
de prothèses de membres
Avant l’intervention, un examen d’imagerie est réa- et le début des années 2010 en Europe, la première
inférieurs. lisé afin de construire un jumeau numérique en 3D génération de ce type de dispositifs offrit aussitôt
de l’articulation du patient. À partir de ce jumeau, une optimisation de l’implantation des prothèses de
le chirurgien établit une planification, laquelle est genou et de hanche, tant pour le chirurgien que
exécutée au cours de l’intervention à l’aide du pour le patient. Depuis, des mises à jour régulières
bras robotisé semi-autonome. Le chirurgien con- (environ tous les deux ans) ont permis d’améliorer
serve le contrôle sur ce dernier en permanence. les logiciels et d’intégrer de nouvelles propriétés. »»

Snitem • ROBOTIQUE 43
CHIRURGIE ROBOTIQUE EN ORTHOPÉDIE AVEC IMAGERIE

plus d’ importance et permet au chirurgien d’être


La révolution de l’imagerie encore plus pointu, poursuit le Pr Lustig. Il a moins
préopératoire besoin d’aide notamment pour écarter les tissus et cela
Parmi celles-ci, l’arrivée de l’imagerie il y a quelques lui offre une sécurité d’esprit. Cela apport une précision
années représente sans aucun doute la plus impor- du geste, c’est beaucoup moins invasif, on peut tra-
tante amélioration, comme l’explique le Pr Sébastien vailler dans les zones peu voire pas accessibles et les
Lustig, chef du service de chirurgie orthopédique et suites opératoires sont un peu plus rapides. »
médecine du sport de l’Hôpital de la Croix-Rousse,
à Lyon : « Grâce à l’ imagerie 3D préopératoire, on
Un objectif : augmenter
peut créer un jumeau numérique du patient très pré-
le bénéfice patient
cis. Pendant l’opération, on ajoute un élément dyna-
mique pour comprendre les spécificités de chaque « L’objectif principal de cet outil est de simplifier les
patient, offrant une véritable chirurgie personnali- procédures difficiles et fortement instrumentées tout
sée. » Et cette grande précision de l’anatomie du en les rendant moins invasives et plus précises »,
patient octroie un parfait contrôle du geste de résume le Pr Lustig. Et de fait, diverses publications
coupe, lequel est beaucoup moins invasif sur les scientifiques ont démontré l’amélioration en termes
tissus qui entourent l’articulation. « C’est une ère d’exactitude de la pose de l’implant. La douleur étant utiles et l’expertise pour améliorer le geste et la prise de
nouvelle où la phase préopératoire prend un peu l’un des principaux maux après une telle chirurgie, décision, sans que cela remette en question le carac-
des essais randomisés ont également révélé moins tère indispensable du chirurgien, comme pour le choix
de sensations de douleur, moins de prescriptions de l’abord, par exemple », prévoit le Pr Lustig.
d’opioïdes, et une récupération plus rapide.
Chiffre clé « Grâce à cet outil très précis, on sait ce que l’on fait et
Le chirurgien au cœur

127 384
on enregistre au degré près, détaille le chirurgien.
du process
Associé à un suivi étroit des patients, on peut corréler
de façon très précise la décision opératoire et le résultat De fait, il faudra toujours la main et la tête du chirur-
obtenu. Le numérique en santé et le big data nous per- gien car c’est bien lui qui coupe et opère. Celui-ci
mettront d’ailleurs, dans un futur proche, de connaître suit d’ailleurs une formation obligatoire auprès de
C’est le nombre de patients qui ont le meilleur réglage possible pour chaque patient. » Ce chirurgiens experts pour se familiariser avec le sys-
subi une arthroplastie du genou en qui reposait ainsi sur la seule expertise du chirurgien tème avant sa première chirurgie. Après l’échec
2022 (tout type de chirurgie confondu). sera ainsi corroboré et/ou perfectionné sur la base relatif du robot autonome, son retour n’est ni envi-
Source : Données de l’ATIH 2022 de données récoltées afin d’avoir la meilleure trajec- sagé ni recherché du côté des industriels. Ceux-ci
toire possible. « Les outils d’IA vont permettre d’opti- travaillent en revanche à améliorer sans cesse le
miser la pose de prothèse et d’avoir les informations dispositif et à le décliner pour les autres articulations.

44 Snitem • ROBOTIQUE
NEUROCHIRURGIE ROBOTIQUE - INTRODUCTION

REPOUSSER LES LIMITES CHIRURGICALES

En neurochirurgie, le robot est apparu dès les années 1980. Pourtant, la phase des pionniers inhérente à toute
innovation a été particulièrement longue dans cette spécialité. Aujourd’hui, la chirurgie robotique tend à devenir
incontournable en chirurgie rachidienne et pour certaines pathologies cérébrales.

Toute technologie doit arriver au bon moment et a besoin de temps pour être Un exemple dans ce domaine est la stéréo-électroencéphalographie (SEEG)
acceptée, deux critères essentiels pour son essor. La robotique neurochirurgicale pour l’épilepsie. Cette chirurgie diagnostique permet en effet de localiser les
est un parfait exemple de cette indispensable conjoncture. Intimement liée à foyers épileptogènes pour savoir s’il est possible de les retirer. Grâce au robot,
l’imagerie médicale sans laquelle il n’est pas de neurochirurgie possible, elle a la pose des électrodes temporaires nécessaires à cette exploration se fait de
en effet dépendu des progrès réalisés dans ce secteur et de leur large diffusion. manière totalement mini-invasive, évitant la craniotomie. Inventée en France,
À cela s’ajoute la phase d’acceptation que connait toute innovation. Comme cette technique y est d’ailleurs devenue le gold standard pour cette pathologie.
dans les autres spécialités médicales, il a fallu que les professionnels de santé Le recours au robot est également bien implanté pour la stimulation cérébrale
soient prêts à faire confiance à l’assistance du robot. Et en neurochirurgie, cette profonde (DBS) dans le traitement des symptômes de la maladie de Parkinson.
période d’installation a été relativement longue, ce qui peut s’expliquer en partie
par le champ de la spécialité. La prise en charge chirurgicale des troubles du
Un écosystème pour aider à la prise
système nerveux requiert en effet une extrême précision.
en charge globale
Le robot couvrant de plus en plus de pathologies neurologiques, l’objectif des
Pour des interventions périlleuses
industriels du secteur est désormais d’offrir tout un écosystème autour du
Aujourd’hui, l’adhésion de la communauté neurochirurgicale n’est plus un sujet. dispositif, comme des logiciels permettant de planifier l’intervention en
En chirurgie rachidienne, les robots permettent de couvrir les champs lombaire, préopératoire. Le chirurgien garde la main sur cet outil d’aide à la décision. Dans
thoracique et sacral, le champ cervical n’étant pas encore revendiqué régle- un futur proche, des outils logiciels vont venir analyser en postopératoire les
mentairement. De fait, les chirurgies cervicales, y compris sans robot, restent données récoltées lors des interventions pour en faire bénéficier les chirurgies
très rares, leurs risques étant trop importants. Les experts du secteur ne doutent à venir. À cela s’ajoutent les données récoltées auprès des patients en pré- et
pas cependant que le robot pourrait permettre à l’avenir de réaliser ces en peropératoire. Autant de ressources venant améliorer la prise en charge
interventions périlleuses, comme dans la chirurgie du cerveau. globale des patients. »»

Snitem • ROBOTIQUE 45
NEUROCHIRURGIE
RACHIDIENNE

DES PROGRÈS
RÉELS
ET UNE
ÉVOLUTION
CONTINUE DE LA THÉORIE…
En chirurgie du rachis, « on peut recourir à la robo-
par exemple pour créer un accès direct à une cible
au niveau de la colonne », poursuit le Pr Assaker. Mais
si la chirurgie robotique peut se prêter à presque
tique pour toutes les pathologies qui nécessitent une toutes les situations, « il incombe au chirurgien de
Bien que le robot chirurgical visée pédiculaire, explique le Dr Paolo Mangione, faire les arbitrages entre la nécessité et le bénéfice
fît son apparition il y a plus de chirurgien de la colonne vertébrale au Centre aqui- réel qu’apporte cette technologie, particulièrement
tain du dos à Mérignac. Elle présente un intérêt majeur pour les cas standards », souligne le Dr Mangione.
quarante ans en neurochirurgie, pour la chirurgie mini-invasive mais peut également
son déploiement y fut tardif. être intéressante pour la scoliose et les montages
À LA PRATIQUE
longs, et la traumatologie. »
La raison ? La chirurgie du rachis
« Le robot est en effet sollicité dans la chirurgie d’ar- En chirurgie du rachis, le robot n’opère pas. Il joue
requiert une extrême délicatesse throdèse pour des stabilisations de la colonne où le rôle « d’un assistant de positionnement et guide la
et une grande précision. Pour l’on doit placer des implants et modifier l’alignement visée pédiculaire, détaille le Dr Mangione. Le place-
de la colonne », complète le Pr Richard Assaker, neuro- ment des vis est planifié sur scanner puis l’assistant
autant, la robotique chirurgicale chirurgien spécialisé dans le rachis au CHRU de Lille. robotique positionne dans l’axe du pédicule un guide
y a depuis fait ses preuves… et En particulier, le robot apporte une véritable plus- selon le plan défini par le chirurgien avant que celui-ci
value pour les situations anatomiques complexes mette en place la / les vis. Ce guide assure une grande
des émules. (déformations, cas de chirurgies précédentes, etc.). précision. » « Le chirurgien est responsable sur le plan
« Il permet aussi de définir des trajectoires délicates, stratégique comme technique, appuie le Pr Assaker.

46 Snitem • ROBOTIQUE
NEUROCHIRURGIE RACHIDIENNE

Guide de placement, le robot va directement au but moins rapide dans cette spécialité qu’en chirurgie
de manière précise et sécurisée. Le geste du chirurgien générale. La raison ? La neurochirurgie est une dis-
Vers un écosystème
s’adapte à cette nouvelle technologie mais il en reste cipline qui nécessite notamment une extrême pré-
le maître d’œuvre. » cision dans la trajectoire, une grande délicatesse interconnecté
L’intervention est planifiée et optimisée de manière dans le geste et la possibilité de traiter toutes les
virtuelle en amont de l’intervention, ce qui laisse de anatomies, y compris les plus complexes. Or, ces Certains industriels travaillent également à
moins en moins de place aux aléas d’origine conditions n’ont pu être réunies que grâce à des établir un écosystème interconnecté afin
humaine, faisant ainsi entrer la chirurgie du rachis évolutions technologiques concomitantes. d’élever le niveau de prise en charge en
dans l’ère d’un parcours encore plus fluide et sécu- « L’arrivée du robot en neurochirurgie s’intègre parfai- chirurgie rachidienne et d’améliorer l’ex-
risé. La planification est réalisée sur la base d’un tement dans l’histoire de notre spécialité : elle survient périence du patient, de l’arrivée à l’hôpital
scanner préopératoire. Des examens d’imagerie dans la foulée des travaux de Jean Dubousset sur le au suivi postopératoire. L’objectif est de
(de face et de profil) sont également réalisés en traitement de la scoliose par visée pédiculaire au tendre vers une chirurgie de plus en plus
peropératoire afin de les fusionner avec les images cours des années 1980, relate le Dr Mangione. Cette digitalisée, personnalisée et augmentée
préopératoires pour sécuriser la procédure. nouvelle approche connut un grand succès, renforcé notamment grâce à l’IA et à l’exploitation
par le vif intérêt porté à la posture et l’équilibre entre des données de santé.

UNE HISTOIRE D’INNOVATION la fin des années 1990 et le début des années 2000. »

La robotique en neurochirurgie n’est pas récente L’ implémentation de ces technologies permit de se


La révolution de la chirurgie
puisque les premières interventions remontent aux repérer dans l’espace chirurgical tout en étant le
mini-invasive et de la
années 1980 ! Pourtant, sa diffusion a été beaucoup plus restreint possible en termes de dommages
navigation
collatéraux. »
À cette époque se développa également la « Le couplage de la navigation et de la robotique a
chirurgie mini-invasive. Cette dernière profita à la été une étape cruciale pour le positionnement des
chirurgie rachidienne, permettant de gagner en vis, confirme le Dr Mangione. Auparavant, celui-ci
précision dans le délicat placement des vis tout se faisait en effet individuellement, vis après vis,
en réduisant les incisions pour ce faire. C’est sur sans contrôle sur l’alignement global. Désormais,
ce terrain favorable que le premier dispositif spé- avec la planification robotique, on peut harmoniser
cifiquement dédié à la spécialité apparut en 2004. et modifier le placement relatif car le montage est
« L’ histoire est donc ancienne mais les systèmes mieux réalisé conceptuellement. Et tout cela s’ ins-
n’ont cessé d’être améliorés au fil du temps, béné- crit dans l’ histoire de l’évolution de la chirurgie du
ficiant des innovations réalisées en matière d’accès rachis : on positionne les vis avec plus de précision
mais aussi de guidage par l’ image et de naviga- (puisque conformément à la planification) et de
tion depuis environ cinq ans, analyse le Pr Assaker. façon moins invasive. » »»

Snitem • ROBOTIQUE 47
NEUROCHIRURGIE RACHIDIENNE

Des bénéfices à long terme


à démontrer
Il existe aujourd’hui plusieurs robots en chirurgie
du rachis, tous reposant sur le principe du robot
programmé. Et s’ils diffèrent par le degré de plani-
fication qu’ils proposent, tous offrent une optimisa-
tion du geste ainsi qu’une grande précision dans
l’accès à la colonne, parfaitement sécurisé. Cette
dernière génération de dispositifs « est cliniquement
robuste, permettant de faire confiance à la techno-
logie », constate le Pr Assaker.
Bien sûr, comme dans de nombreuses spécialités
chirurgicales, l’usage de la robotique reste encore
récent et l’on manque d’études randomisées com-
plètes. Et si le caractère mini-invasif représente un
bénéfice certain pour les patients sur les suites im-
médiates de la chirurgie, « cela n’a pas été démon-
tré à long terme et il est difficile d’étudier des résultats
à deux ans, reconnaît le Dr Mangione. Cependant,
les premiers résultats dont nous disposons tendent
à révéler une amélioration en termes de précision du
geste et de qualité du montage. C’est également très
favorable pour réaliser des chirurgies mini-invasives,
y compris chez des patients obèses. »

génération de dispositifs va déjà en ce sens mais « On se dirige en outre vers une amélioration du
Des améliorations
nous n’en sommes qu’au début », relève le Pr Assa- temps opératoire et une fluidification technique,
imminentes
ker qui pointe d’autres améliorations imminentes. complète le Dr Mangione. Les machines comme les
Concernant les perspectives, « l’ innovation porte « En effet, le robot participe actuellement au place- chirurgiens vont progresser, d’autant que, dans les
notamment sur l’ergonomie du robot afin de le rendre ment des implants mais, bientôt, il servira également établissements où sera im-planté le dispositif, les
encore plus petit, maniable, facile d’utilisation, et à faire des découpes, à réséquer des os et à avoir jeunes praticiens apprendront dès le début de leur
doté d’une interface encore plus intuitive. La dernière un signal d’alerte pour encore plus de sécurité. » carrière à opérer avec. »

48 Snitem • ROBOTIQUE
Années Fin des années Début des années NEUROCHIRURGIE RACHIDIENNE

1980 1990-2000 2004


Lever les obstacles
au déploiement de
Premières interventions Traitement des grandes Premier dispositif la technologie
en neurochirurgie déformations de l’adulte âgé, spécifiquement dédié
Travaux de Jean Dubousset puis développement de la à la neurochirurgie Ce qui pose la question de l’implantation de la
sur la visée pédiculaire chirurgie mini-invasive technologie dans les établissements de santé : « Au
sein de la communauté des chirurgiens du rachis, sa
valeur est admise mais il persiste une question de
rentabilité médico-économique, expose le Pr Assa-
ker. Elle reste en effet coûteuse pour une institution
si bien que sa rentabilité dépend de la masse d’acti-
vité. Dans les CHU et les grands centres, la question
est vite résolue car le besoin est réel et l’outil y est
utilisé. En revanche, les structures dans lesquelles
les chirurgiens pratiquent peu d’arthrodèses ne
s’équipent pas, à juste titre. Comme pour toute inno-
vation à ses débuts, l’adoption scientifique est là mais
l’acquisition reste un problème… »
« On ne peut pas lutter contre le progrès et l’on peut
penser que la robotique chirurgicale va devenir une
procédure incontournable ; mais à ce stade et en
l’absence de données cliniques, il faut rester prudent
et attendre l’ évaluation des résultats des études
cliniques comparatives dans les années à venir »,
conclut le Dr Mangione.

Chiffre clé
Fin des années

1980
C’est l’époque à laquelle la SCP (stimulation cérébrale
profonde) a été mise au point et développée par l’équipe
des professeurs Alim-Louis Benabid, neurochirurgien,
et Pierre Pollak, neurologue, au CHU de Grenoble.
Source : Institut des neurosciences de Rennes

Snitem • ROBOTIQUE 49
NEUROCHIRURGIE
CÉRÉBRALE

AU SERVICE
DE L’ORGANE
LE PLUS
COMPLEXE
DU CORPS
HUMAIN
Intervenant sur le système
nerveux central pour guider
l’instrument du neurochirurgien DE LA THÉORIE… À LA PRATIQUE
lors d’opérations sensibles du En neurochirurgie stéréotaxique et fonctionnelle, le Une imagerie réalisée en préopératoire permet de
dispositif est utilisé pour définir dans le cerveau des planifier l’intervention en amont, de réaliser un
cerveau, le robot contribue à trajectoires préalables à l’implantation d’électrodes, repérage par laser, cette technologie faisant la
réduire tout à la fois la durée réaliser des biopsies cérébrales ou encore opérer des relation entre les données d’imagerie et le patient
tumeurs cérébrales. Le robot permet de soulager les et, donc, de positionner l’instrumentation avec une
des interventions, l’invasivité,
symptômes de la maladie de Parkinson, la dystonie grande exactitude.
le risque d’infection et la période généralisée, le tremblement essentiel, les troubles Le chirurgien opère ensuite à l’aide du bras robo-
obsessionnels compulsifs (TOC), le Syndrome de tisé, programmé pour intervenir notamment dans
de récupération des patients.
Gilles de la Tourette (SGT) ou les crises d’épilepsie. des zones de sécurité définies préalablement afin

50 Snitem • ROBOTIQUE
NEUROCHIRURGIE CÉRÉBRALE

de préserver entre autres les vaisseaux sanguins UNE HISTOIRE D’INNOVATION un nouveau tournant, avec l’arrivée d’une nouvelle
du patient. Le robot agit comme un GPS, rendant génération de dispositifs particulièrement sophisti-
le geste chirurgical extrêmement sécurisé et pré- En matière de neurochirurgie robotique, le CHU de qués. Ces derniers offrant notamment une précision
cis. Le chirurgien peut alors introduire son instru- Grenoble fait figure de pionnier. C’est en effet dans accrue, leur usage se répandit rapidement, particu-
ment dans le crâne pour implanter ou prélever ce cet établissement que le Pr Alim-Louis Benabid lièrement pour les procédures stéréotaxiques. Outre
dont il a besoin. commença, dès 1987, à travailler de concert avec un gain de temps pour la pose des électrodes, le
Tout au long de l’intervention, le chirurgien peut des industriels au développement de bras roboti- dispositif améliore le confort du patient en l’affran-
visualiser en temps réel ses instruments sur l’ima- sés chirurgicaux. chissant du cadre de stéréotaxie utilisé traditionnel-
gerie. Comme dans l’ensemble des spécialités Cette année-là, la stimulation cérébrale profonde lement, tout en conservant sa précision.
médicales, le dispositif robotique n’agit jamais à haute fréquence (SHF) fut inventée pour réduire Dans le cadre du traitement de l’épilepsie par
seul, demeurant sous le contrôle étroit du chirur- les symptômes de la maladie de Parkinson. Cette exemple, le robot permet de poser une électrode
gien : celui-ci dispose d’un retour de force qui lui technique permit de diminuer les besoins en médi- intracrânienne qui va identifier, lors d’une crise, les
permet de réaliser son geste opératoire de caments et d’améliorer considérablement les dif- foyers épileptogènes. Le chirurgien va ensuite pou-
manière classique. férents symptômes de la maladie. Auparavant, en voir, via l’électrode, enlever le foyer sans réaliser de
effet, les électrodes étaient implantées dans le gestes invasifs pour le patient, tels des trous dans
thalamus pour réduire les tremblements. Cette la boîte crânienne. Un bénéfice immense pour les
innovation permit de les installer dans le noyau patients gravement atteints.
Chiffre clé sous-thalamique, donnant la possibilité d’agir à la
fois sur la kinésie, la rigidité et le tremblement, les

272 500
trois principaux symptômes de la pathologie.
Dès 1989, l’informatique fut ajoutée au dispositif
robotique, favorisant une meilleure planification,
une plus grande précision et une simplification
dans l’exécution.

C’est le nombre de personnes


atteintes par la maladie de Parkinson Encore plus de précision et
en France. Chaque année, 25 000 de confort pour le patient
nouveaux cas se déclarent. Durant les deux décennies suivantes, le recours à
Source : Ministère de la Santé et
de la Prévention, 2023
la robotique en neurochirurgie resta cependant
relativement confidentiel pour le traitement des
pathologies cérébrales. Il fallut attendre le début
des années 2010 pour que la discipline connaisse

Snitem • ROBOTIQUE 51
PERSPECTIVES

IA, DATA ET
NUMÉRIQUE :
UN ENJEU
CRUCIAL
DU SECTEUR
Comme dans tous les pans du
secteur de la santé, les données et
l’intelligence artificielle concentrent
à la fois les préoccupations des
professionnels et les efforts des
De manière générale, l’enregistrement des données en temps réel, sur la base de procédures réalisées
industriels. En jeu ? Leur utilisation durant les interventions rend possible la comparai- par d’autres chirurgiens. Apporter cette information
pour améliorer les procédures et son des procédures, notamment avec celles réali- en temps réel au bloc opératoire permettrait de
sées par des chirurgiens experts, et d’en identifier tendre vers le chirurgien augmenté.
les workflows, au profit d’une prise les axes d’amélioration, accélérant ainsi la courbe
en charge des patients toujours d’apprentissage. Les outils numériques permettent
Un environnement connecté
également l’intervention à distance d’un chirurgien
plus personnalisée.
expert au cours d’une chirurgie, la rendant encore Réciproquement, les données de santé collectées
plus sécurisée et optimisée. Une autre utilisation des permettent d’aller vers le patient connecté. Plus
données de santé collectées consistera à intégrer encore, c’est tout un environnement qui, via la pla-
de l’intelligence artificielle dans les algorithmes de teforme robotique, se retrouve interconnecté,
calcul pour faire des préconisations au chirurgien comme le souligne le Dr Gérard Giordano, chirurgien

52 Snitem • ROBOTIQUE
PERSPECTIVES

orthopédiste et traumatologue à l’Hôpital Joseph


Ducuing à Toulouse : « Le patient comme le chirurgien
Vers l’avènement de sont sources de données de santé, lesquelles per-
l’imagerie embarquée mettent de faire évoluer les pratiques chirurgicales.
L’outil robotique permet en effet de définir des profils et
L’imagerie embarquée est également en
des sous-catégories de patients sur lesquels établir des
cours de généralisation. À part dans cer-
procédures personnalisées à l’échelle de ces sous-
tains cas de chirurgie prothétique en ortho-
populations. Mais s’il est important d’’algorithmer’ (et
pédie, l’examen d’imagerie est en effet,
de valider) sa manière de faire, pour autant il ne faut
pour l’instant, réalisé en préopératoire.
pas exclure de la démarche les intuitions, l’expérience
L’imagerie embarquée dans la robotique
et l’adaptation en temps réel au cas par cas. »
permettrait de voir un organe avec des mar-
queurs pour localiser et aider le chirurgien
à avoir des gestes précis en superposant Le chirurgien toujours
images et organes. Une perspective dont responsable
se réjouissent les professionnels de santé,
En effet, l’acte chirurgical n’est pas anodin, comme
à l’image du Dr Enrica Bentivegna, chirur-
le souligne le Pr Morgan Roupret, chirurgien uro-
gienne cancérologue en gynécologie à
logue à la Pitié-Salpêtrière (AP-HP), à Paris : « Il y a
l’Hôpital européen Georges Pompidou (AP-
un rapport malade-médecin dans lequel le second
HP), à Paris : « Ce serait une vraie améliora-
rentre dans le corps de l’autre. Cela reste une intrusion.
tion, particulièrement dans le cadre de
Pour cela, il ne faut pas négliger, derrière le prodige
résection de tumeurs ».
IA, la responsabilité individuelle du chirurgien : en pra-
tique clinique, la chirurgie est grevée de complications.
Le taux se réduit mais le risque zéro n’existe pas. Tout
comme dans un avion, il faut un pilote, on ne saurait
se substituer à l’artisan qu’est le chirurgien ! »
C’est donc l’écosystème du chirurgien qui est révo-
lutionné mais sa réflexion reste au centre. « Il faut à la fabrication : on peut utiliser autrement les robots
combiner les innovations, complète le Dr Giordano. mais il faut mieux intégrer les chirurgiens parce
Le robot, comme l’IA, n’est qu’une partie d’un ensem- qu’ ils ont beaucoup à apporter. Le regard et l’esprit
ble, derrière lequel se trouve l’humain qui monitore humain sont essentiels car ils peuvent pointer des
et qui valide. Néanmoins, il faut intégrer ce change- biais de l’algorithme informatique et, ainsi, permettre
ment de paradigme au bloc, chez les industriels et de les dépasser. »

Snitem • ROBOTIQUE 53
ROBOTIQUE

« Mon chirurgien
a été mon sauveur » LE REGARD
DU PATIENT

Après trois décennies de souffrances physiques et psychologiques due à une grave discopathie*,
Madeleine a été opérée de la colonne vertébrale par voie robot-assistée en septembre 2023.
Une délivrance.

Tout a commencé en 1992, à l’âge jour, j’étais en hôpital de jour avec au programme Cependant, avant l’intervention, je n’ai pas voulu
de vingt-deux ans, par un pince- séances de kiné, balnéothérapie et activité phy- savoir en quoi elle allait consister et je m’en suis
ment discal. Au fil du temps, la sique adaptée. totalement remise à mon chirurgien : seul comptait
maladie a attaqué le cartilage, Mais la douleur revenait, toujours pire. Le moindre pour moi d’aller mieux. Dès le lendemain de l’opé-
provoquant des crises de mouvement, la moindre aspérité sur le sol provo- ration, j’étais autonome physiquement et deux
sciatiques et conduisant au déplacement d’une quaient une douleur comparable à un coup de jours après l’intervention, j’étais sortie de l’hôpital.
vertèbre qui menaçait de glisser. En 2007, la dis- couteau. Rester debout sur mes deux jambes était Quelques semaines plus tard, j’étais encore très
copathie était passée au stade 2 et j’ai alors devenu impossible et je devais surélever ma fatiguée mais, en termes de douleurs, c’était in-
entamé une reconversion pour devenir assistante jambe gauche et prendre appui sur la droite. comparable. Bien sûr, quelques douleurs ont per-
maternelle, ce qui m’a bien aidée... Au départ, en Face à cette dégradation, j’ai consulté un chirur- sisté dans la fesse, très certainement liées aux
tout cas. gien là où je vis, en Charentes, qui a envisagé une suites de l’opération mais, après des décennies
Puis, la situation s’est compliquée. En 2017, la mala- infiltration sous anesthésie. J’ai cependant de- de souffrances, je ne vois que les améliorations
die était devenue sévère et, trois ans plus tard, elle mandé un second avis au Centre aquitain du dos, physiques comme psychologiques : ma sciatique
s’accompagnait d’un pincement discal pratique- et le chirurgien que j’y ai rencontré a décidé a pratiquement disparu, la marche est beaucoup
ment complet. À partir de ce stade, j’ai dû porter d’opérer. Rien que cette annonce m’a soulagée ! moins pénible et je suis libérée de l’angoisse per-
une ceinture lombaire en permanence. J’ai ensuite C’ était une libération au regard de la douleur, pétuelle d’un glissement vertébral.
reçu des injections d’anti-inflammatoires. Lorsque physique et psychologique, que j’endurais depuis Certains gestes sont encore compliqués ; c’est
j’étais au repos, cela restait supportable, mais dès tant d’années. normal, il faut du temps, mais cela s’améliore de
que je travaillais, c’était catastrophique. Il y a deux Début septembre 2023, j’ai donc bénéficié d’une semaine en semaine. Les bénéfices sont énormes
ans, j’ai donc réduit mon activité de garde à deux intervention robot-assistée, ayant été tirée au sort et je n’ai aucun regret. Je le dis (et lui ai dit !) : mon
enfants, quatre jours par semaine. Le cinquième parmi les personnes qui pouvaient y prétendre. chirurgien a été mon sauveur.
* Une discopathie se caractérise par une dégénérescence des disques intervertébraux. Celle dont souffre
52
54 Snitem
Snitem •• ROBOTIQUE
ROBOTIQUE notre témoin s’accompagne d’un antélisthésis sévère, soit un glissement de vertèbre vers l’avant.
« Sans elle, je serais restée ROBOTIQUE

avec mes lésions et mes LE REGARD


douleurs » DU PATIENT

Margaux a trente-deux ans et vit dans le Tarn-et-Garonne. Assistante vétérinaire, elle a dû cesser
son activité en décembre 2022 à cause d’une grave endométriose, aujourd’hui contenue grâce à
une chirurgie robotique.

Tout a commencé lors d’une visite à Quand j’ai revu le médecin, il lui a été très difficile En effet, j’ai bien mieux récupéré. Après la cœlio-
ma sage-femme pour un frottis de de m’ausculter en raison des douleurs pelviennes. scopie, j’avais vraiment eu l’impression d’avoir les
contrôle, en novembre 2021. Je lui ai Il avait alors assez d’arguments en faveur d’une organes broyés et mon compagnon devait m’aider
fait part des douleurs que j’avais lors endométriose et a programmé une cœlioscopie pour tout. Après la chirurgie robotique, j’ai eu beau-
des rapports et des règles. exploratrice pour stadifier la maladie et essayer de coup moins de douleurs et j’ai retrouvé plus rapi-
J’avais vécu ainsi pendant de longues années. Mais la contrôler. Mais la maladie avait beaucoup évo- dement mon autonomie. Depuis, on m’a retiré la
en 2021, la dyspareunie s’est vraiment accentuée, lué depuis l’IRM. Et même si le chirurgien avait re- sonde JJ et j’ai repris l’ hormonothérapie jusqu’à
accompagnée de gros troubles du transit, avec des tiré de nombreuses lésions, il en restait deux prin- un éventuel désir de grossesse.
crises qui se produisaient sans crier gare. cipales au niveau du rectum et de l’uretère gauche, Aujourd’hui, je remercie vraiment mon chirurgien
Ma sage-femme a évoqué pour la première fois qu’il jugeait trop délicates de retirer sous cœliosco- d’avoir opéré en deux fois, avec un recours au robot
l’endométriose, prescrivant une IRM et m’orientant pie, sauf à risquer une stomie. pour la seconde intervention. Sans cela, peut-être
vers un spécialiste à Toulouse. L’examen d’image- Six semaines plus tard, il me proposait une inter- que j’aurais une poche ou que j’aurais dû garder la
rie révélant une petite hypertrophie et de possibles vention robot-assistée. J’ai été opérée en juin 2023 sonde plus longtemps. Et surtout, je serais restée
petits endométriomes ovariens, le médecin m’a pour une résection de la lésion rectale. La chirurgie avec ce diagnostic de « petite endométriose pro-
prescrit en avril 2022 un traitement hormonal pour robotique m’a permis d’échapper à la stomie, de bable », mes lésions et mes douleurs, le kiné, l’os-
cinq mois. Au début, les crises s’espaçaient, mais déboucher l’uretère sténosée et de poser une téopathe et tout ce que l’on met en place pour
au bout du troisième mois, tout est revenu : les pro- sonde JJ. Sans le robot, certaines zones auraient essayer de les soulager mais qui n’apportent qu’un
blèmes digestifs et de transit, les douleurs dans pu être touchées de façon irréversible et j’aurais bénéfice réduit…
l’aine et à l’évacuation des selles, une fatigue chro- certainement eu des complications. Et si l’interven- Pour tout cela, l’ innovation est essentielle pour
nique… tout cela impactant très fortement ma vie tion et l’hospitalisation ont été plus longues, je les les patients : elle est vraiment à leur service et à
personnelle et professionnelle. ai beaucoup mieux vécues ! leur bénéfice.

Snitem • ROBOTIQUE 55
53
GLOSSAIRE

A Colectomie H
Ancillaire (ici) Ablation chirurgicale du côlon ou de l’un de ses Hépatectomie
Instrument chirurgical destiné à aider le chirurgien, segments. Intervention chirurgicale consistant en l’ablation totale
notamment en chirurgie orthopédique. ou partielle du foie.
E
Arthrodèse Embolisation L
Intervention chirurgicale consistant à bloquer défini- Intervention consistant à obstruer un vaisseau san- Laparoscopie
tivement une articulation par fusion osseuse afin de guin qui nourrit une tumeur ou qui est à l’origine d’un Examen endoscopique à visée diagnostique per-
la rendre indolore et stable. saignement. mettant une exploration visuelle directe de la cavité
péritonéale ou du petit bassin et, éventuellement, la
B Endomètre pratique de biopsies à ventre fermé..
Bypass (gastrique) Muqueuse tapissant la face interne de l’utérus ; et
Intervention chirurgicale consistant à modifier le partie de l’utérus où se déroule la grossesse. Laparotomie
trajet des aliments en évitant une partie de l’esto- Ouverture chirurgicale de la paroi abdominale uti-
mac et le haut de l’intestin grêle, dans le traitement F lisée pour le diagnostic et/ou le traitement des
des obésités majeures. Fibrome affections des viscères abdomino-pelviens.
Tumeur bénigne développée à partir du muscle de
C l’utérus. Laxité
Cochléaire Souplesse excessive d’un tissu ou d’une articulation.
Relatif à la cochlée, la partie de l’oreille interne où se Fluorescence (ici)
trouve l’organe récepteur de l’audition. Luminescence instantanée produite par l’excitation Lobe
d’une substance par une lumière ultraviolette. Section des poumons ; le poumon droit possède
Cholécystectomie trois lobes, le gauche, deux.
Ablation chirurgicale de la vésicule biliaire. Fundoplicature
Traitement chirurgical du reflux gastro-œsophagien Lobectomie
Cœlioscopie acide, réalisé sous cœlioscopie. Ablation chirurgicale du lobe d’un organe, ici le poumon.
Examen de la cavité abdominale à l’aide d’un tube
muni d’un éclairage, d’un système optique et parfois G M
d’une caméra ou d’une pince, et introduit par les voies Gastrectomie Mapping
naturelles ou par une petite incision (endoscopie). Résection totale ou partielle de l’estomac. Acquisition de points ou de surfaces de référence..

56 Snitem • ROBOTIQUE
GLOSSAIRE

Médiastin Stéréotaxie
Région située entre les deux poumons, qui s’étend Technique d’imagerie permettant de repérer dans
vers l’avant du sternum à la colonne vertébrale en l’espace les structures anatomiques intracérébrales.
arrière, et en bas jusqu’au diaphragme.
T
N Thoracotomie
Néoadjuvant (traitement) Ouverture chirurgicale du thorax.
Traitement qui précède le traitement principal, le
plus souvent dans le but de réduire la taille d’une Trocart
tumeur avant un chirurgie ou une radiothérapie par Instrument chirurgical à pointe acérée, utilisé pour
exemple, afin de les faciliter. réaliser une ponction ou pour introduire des instru-
ments d’endoscopie.
O
Otospongiose
Aussi appelée otosclérose, maladie héréditaire de
l’oreille moyenne, d’évolution progressive et entraî-
nant une surdité.

P
Prolapsus
Chute d’un organe, d’une partie d’organe ou d’un
tissu par suite du relâchement de ses moyens de
fixation.

Prostatectomie
Ablation chirurgicale partielle ou totale de la glande
prostatique.

S
Splénectomie
Ablation chirurgicale partielle ou totale de la rate.

Snitem • ROBOTIQUE 57
SOURCES

RAPPORTS ET DOCUMENTS D. Wannenmacher, « Les défis socio-économiques X. Carcopino, « Chirurgie gynécologique


« La robotisation en chirurgie - État des lieux », liés à la chirurgie robot-assistée dans les blocs robotique : quel bilan ? Quel avenir ? »,
Rapport de l’Académie nationale de chirurgie, opératoires : espaces d’échanges et artefacts Gynéco online, février 2021
juillet 2020 médiateurs », in Management & Avenir, n°100, O. Sterkers, « Chirurgie robot-assistée en ORL
J. Hubert, P. Vouhe, D. Poitout, « Formation des 2018/2 et chirurgie cervico faciale : aujourd’hui et
chirurgiens / des équipes chirurgicales à la C. Renaud, E. Michinov, P. Jannin, « Impacts de la demain ? », in La Lettre d’Oto-Rhino-Laryngologie,
chirurgie robot-assistée. État de la situation chirurgie assistée par robot sur le travail d’équipe n°365, juin 2021
actuelle. Propositions d’améliorations », Bulletin au bloc opératoire : analyse systématique de la R. Vialle, « Les robots chirurgicaux en pédiatrie :
de l’Académie nationale de médecine, 206, 2022 littérature », in Le travail humain, vol. 84, 2021/2 quels progrès en attendre ? », in Réalités
« Robotique chirurgicale en pédiatrie - Éléments P. Dallenbach, P. Petignat, J-M. Wenger, pédiatriques, mai 2020
de choix d’un premier site d’implantation à J-B. Dubuisson, « Chirurgie LESS, notes et
l’AP-HP », avis du CEDIT, janvier 2014 robotique en gynécologie : mise au point et SITES INTERNET
perspectives », in Revue médicale suisse, 2010
Observatoire régional de la chirurgie
ARTICLES SCIENTIFIQUES T. Gauthier, A. Lacorre, C. Sallee, A. Tardieu, ambulatoire :
R. Pailhé, « Total knee arthroplasty: latest robotics F. Guyon, F. Margueritte, S. Gouy, « Impact de [Link]
implantation techniques », in Orthopaedics & l’étude LACC. Une enquête de la SFOG »,
Le journal du CNRS :
Traumatology: Surgery & Research, 2020 Bulletin du cancer, vol. 107, mai 2020
[Link]
A. Siddiqi, M. A. Mont, V. E. Krebs, N. S. Piuzzi, E. Dromzee, H. Stolz, H. Miozzari, D. Hannouche,
« Not All Robotic-assisted Total Knee Arthroplasty « Chirurgie robotique : l’avenir de la chirurgie
Are the Same », JAAOS, vol. 29, n°2, janvier 2021 prothétique ? », in Revue Médicale Suisse, 2018
J. Hubert, « Chirurgie assistée par robot : principes J. Hubert, « La chirurgie robotique en urologie »,
et indications ; formation et évaluation des in Progrès en urologie, 2009
compétences », Bulletin de l’Académie nationale
de médecine, 201, n°7-8-9, 1045-1057, 2017
ARTICLES
« Chirurgie et interventions assistées par
V. Lavoué, « Quelle place pour la chirurgie
ordinateur (CIAO) - De nouvelles dimensions
robotique en oncologie gynécologique ? »,
pour le chirurgien », Dossier de l’Inserm, 2017,
Gynéco online, mai 2020
revu en 2022

58 Snitem • ROBOTIQUE
REMERCIEMENTS

Pr Richard Assaker, neurochirurgien au CHRU de Cécile Geneviève, System Manager, R&D D r Alain Valverde, chef du service de chirurgie
Lille Department, Zimmer Biomet digestive du Groupe Hospitalier Diaconesses-
Croix Saint-Simon, Paris
Dr Enrica Bentivegna, chirurgienne cancérologue D r Gérard Giordano, chirurgien orthopédiste et
en gynécologie à l’Hôpital européen Georges traumatologue à l ’Hôpital Joseph Ducuing,
Pompidou (AP-HP), Paris Toulouse

Pr Thomas Blanc, chirurgien en chirurgie viscérale Damien Goy, Chef de gamme Genou et Techno-
et en urologie pédiatrique à l’Hôpital Necker (AP- logies, Corin
HP), Paris
P r Vincent Lavoué, chirurgien gynécologue-
Dr Jean-Claude Couffinhal, chirurgien thoracique obstétricien au CHU de Rennes
et vasculaire au Centre hospitalier Victor Dupouy
Pr Sébastien Lustig, chef du service de chirurgie
d’Argenteuil, et membre du Conseil d’administration
orthopédique et médecine du sport de l’Hôpital
de l’Académie nationale de chirurgie dont il est par
de la Croix-Rousse, Lyon
ailleurs responsable de la robotique chirurgicale
et de la formation Pierre Maillet, R&D Associate director, Zimmer
Biomet
Vincent Delaunay, Directeur des affaires Médico-
économiques d’Intuitive France Dr Paolo Mangione, chirurgien du rachis à l’Hôpital
Saint-Martin, Pessac
D r Marion Durand, chirurgienne thoracique et
cardiovasculaire au Groupe Hospitalier Privé Pr Yann Nguyen, chirurgien ORL à l’Hôpital de la
Ambroise Paré Pitié-Salpêtrière (AP-HP), Paris

Youssra El Abdellaoui, Cheffe de produit, Pr Patrick Pessaux, chef de service de chirurgie


Medtronic France viscérale et digestive du CHRU de Strasbourg

Sylvie Espanet, European Clinical Study Manager, Nicolas Prévost, CEO, Collin Medical SAS
Stryker
D r Sophie Putman, chirurgien orthopédiste au
D r Jean-Philippe Estrade, gynécologue-obsté- CHRU de Lille
tricien et président de la Société de chirurgie
Pr Morgan Roupret, chirurgien urologue à l’Hôpital
gynécologique et pelvienne (SCGP)
de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP), Paris

Snitem • ROBOTIQUE 59
COLLECTION

AIDE A LA PRÉVENTION ANESTHÉSIE -


APPAREIL DIGESTIF AUDIOLOGIE CARDIOLOGIE CONTACTOLOGIE
DES ESCARRES RÉANIMATION

INJECTION -
DIABÈTE DIALYSE HANDICAP MOTEUR IMAGERIE NEUROLOGIE
PERFUSION

NUMÉRIQUE PATHOLOGIES PLAIES


OPHTALMOLOGIE ORTHÈSES ORTHOPÉDIE
EN SANTÉ VEINO-LYMPHATIQUES ET CICATRISATION

SANTÉ BUCCO-
RESPIRATION ROBOTIQUE SANTÉ DE LA FEMME UROLOGIE
DENTAIRE

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Progrès

& dispositifs
médicaux
JANVIER 2024

Quand l’épopée de l’innovation


des dispositifs médicaux
se confond avec l’extraordinaire
SNITEM histoire de la robotique.
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