Questions de communication
14 | 2008
Moteurs de recherche. Usages et enjeux
Moteurs de recherche
Usages et enjeux
Brigitte Simonnot
Édition électronique
URL : http://journals.openedition.org/questionsdecommunication/592
DOI : 10.4000/questionsdecommunication.592
ISSN : 2259-8901
Éditeur
Presses universitaires de Lorraine
Édition imprimée
Date de publication : 1 décembre 2008
Pagination : 7-15
ISBN : 978-2-86480-981-4
ISSN : 1633-5961
Référence électronique
Brigitte Simonnot, « Moteurs de recherche », Questions de communication [En ligne], 14 | 2008, mis en
ligne le 11 janvier 2012, consulté le 30 avril 2019. URL : http://journals.openedition.org/
questionsdecommunication/592 ; DOI : 10.4000/questionsdecommunication.592
Tous droits réservés
questions de communication, 2008, 14, 7-17
> dossier
Brigitte simoNNot
centre de recherche sur les médiations
université Paul Verlaine-metz
[email protected]
moteurs de recherche.
usages et eNjeux
A
lors qu’ils ont à peine plus de dix ans, les moteurs de recherche
Web sont devenus familiers et parfois indispensables. Leur
usage s’est banalisé dans des situations très diverses de la vie
quotidienne, que ce soit en contexte professionnel ou privé (Savolainen,
1995). Qu’il s’agisse de planiier un déplacement, de s’informer sur
l’actualité, sur des questions de santé, lors d’étapes importantes de la vie
personnelle ou plus simplement pour les loisirs, les individus se tournent
de plus en plus souvent vers les ressources en ligne. Les moteurs de
recherche commerciaux capitalisent cette audience : de nombreuses
enquêtes montrent que l’activité de recherche d’information (Ri) arrive
en bonne place dans les usages de l’internet, désormais pratiquement
à égalité avec les outils de communication comme la messagerie. Selon
Comscore Inc.1, pour le seul mois de juin 2008, 11,5 milliards de requêtes
ont été soumises par les Américains vers les cinq principaux sites qui
se partagent l’essentiel de la recherche d’information en ligne : Google
(61,5 %), Yahoo (20,9 %), Microsoft (9,2 %), Ask (4,3 %) et aOL (4,1 %).
En France, en mai 20082, ce sont 2,9 milliards de requêtes qui ont été
soumises par 26 millions d’internautes, soit en moyenne 3,6 recherches
1
Étude menée sur un panel de plus de 2 millions d’internautes : « ComScore Releases
June 2008 U.S. Search Engine Rankings », Comscore Inc, http://www.comscore.com/press/
release.asp?press=2337 (consulté le 20/07/08).
2
Voir « comScore Releases May 2008 French Search Rankings », Comscore Inc., 18/07/08
http://www.comscore.com/press/release.asp?press=2327 (consulté le 20/07/08).
7
B. Simonnot
par jour, avec une part de 82 % pour Google. Les chiffres donnés par
Médiamétrie/Netratings pour le mois de mai 2008 sont proches : selon
cette étude3, Google a fait l’objet de 26,6 millions de visiteurs uniques
en France. Ces résultats relètent la banalisation de l’usage des moteurs
de recherche dans les pratiques des internautes et soulignent les enjeux
sous-jacents en termes de marketing publicitaire. Ils montrent aussi que,
si le nombre de moteurs en ligne est considérable4, une très petite partie
d’entre eux se partage les faveurs du grand public.
Alors que les recherches scientiiques en Ri étaient auparavant cantonnées
au domaine des bibliothèques, de l’information scientiique et technique
ou stratégique, le développement de l’information en ligne leur a
donné un nouvel essor. Le corpus très particulier auquel les moteurs
de recherche sont dédiés – hétérogène, instable et en croissance très
rapide – tout comme la nature des usages dont ils font l’objet ont
obligé leurs concepteurs à étendre leur champ d’action à toutes sortes
d’informations, à tout ce qui peut présenter un intérêt potentiel pour
quelqu’un. Techniquement, un moteur de recherche en ligne repose sur
quatre composants principaux : un robot de collecte (spider ou crawler) qui
parcourt la Toile pour repérer les documents et les mémoriser dans une
base de données, un module d’indexation qui les caractérise, notamment à
partir des mots clés qu’ils contiennent ou des citations dont ils font l’objet,
une interface utilisateur qui permet à l’internaute de saisir sa requête et
de consulter les résultats et, enin, un module d’appariement qui, pour
une requête donnée, prépare un classement des pages susceptibles de
répondre aux demandes5. Chacun de ces modules comporte lui-même
plusieurs composants qui rafinent le traitement réalisé à chaque étape.
Le grand public a une vision réduite de la complexité de ces dispositifs
dont les concepteurs s’attachent à simpliier toujours plus l’utilisation.
Les recherches en sciences humaines et sociales sur les usages des
moteurs restent rares en France alors qu’elles font l’objet d’une
littérature anglo-saxonne abondante et de publications nombreuses dans
les revues scientiiques spécialisées (notamment Information Processing &
Management, Journal of the American Society for Information Science and
Technology, Journal of Documentation ou Information Research). Pour ce
dossier de la revue Questions de communication, deux grands types de
contributions ont été retenues : d’une part, des travaux qui s’appuient
3
Données collectées sur un échantillon de 8500 internautes âgés de 2 ans et plus. Voir
« L'audience de l'internet en France en mai 2008 », Mediamétrie/Netratings, 30/06/08, http://
www.mediametrie.fr/resultats.php?rubrique=net&resultat_id=557 (consulté le 20/07/08).
4
Voir par exemple (Tjondronegoro, Spink, 2008)
5
Pour une synthèse, voir l’ouvrage de V. Mesguich et A.Thomas (2006).
8 dOssieR
Moteurs de recherche. Usages et enjeux
sur un état de l’art dans le domaine des analyses d’usage des moteurs et
en proposent une lecture enrichie ; d’autre part, des résultats récents de
travaux empiriques d’analyse des moteurs ou d’observation des usages
dont ils font l’objet.
On peut noter que la terminologie francophone de ce domaine de
recherche est relativement pauvre à l'heure actuelle. L’expression
« recherche d’information » est employée indifféremment pour désigner
le domaine de l’information search qui, en anglais, se réfère à l’activité de
recherche, à la quête d’information des usagers, et celui de l’information
retrieval,dénomination introduite par le chercheur américain Calvin Mooers
(Chiaramella, Mulhem, 2007 : 14) qui signiie littéralement « récupération
d’information » et désigne l’ensemble des méthodes et algorithmes
permettant la collecte, l’indexation, l’appariement et le classement des
documentsparrapportàdesrequêtes.Quantàl’expressioncommunément
utilisée de « moteur de recherche », traduction de l’anglais search engine,
elle reste peu probante pour désigner ces services, notamment lorsqu’ils
ont une vocation commerciale6 : le terme engine fait référence tout à la
fois à la mécanique et à l’ingénierie sous-jacente, cette dernière notion
n’étant pas apparente dans sa traduction française. Dans notre langue,
un moteur est un appareil qui transforme en énergie mécanique toute
autre forme d’énergie, une force qui dirige le mouvement7.Au iguré, c’est
aussi ce qui incite ou pousse à agir. Les moteurs, en facilitant la recherche
d’information, incitent-ils les internautes à s’informer davantage ? En
1959, Calvin Mooers (in Austin, 2001 : 607-608) dénonçait la croyance
selon laquelle mettre à la disposition des individus des systèmes de Ri
sufirait à ce qu’ils soient utilisés : il émettait l’hypothèse que de nombreux
individus ne veulent pas d’information et évitent d’utiliser un système
qui, précisément, leur en donnerait. Disposer d’une information peut être
pénible et incommodant puisqu’il faut la lire, essayer de la comprendre
et y réléchir, activités pour lesquelles les systèmes de Ri ont longtemps
été de peu d’utilité. Les moteurs de recherche, s’ils ne permettent pas
forcément de mieux s’informer, contribuent à mettre à la disposition
du grand public des informations qui, sans eux, seraient probablement
restées conidentielles.
6
À l’instar des Canadiens qui nomment « fouineurs » ou « fureteurs » les navigateurs Web,
nous pourrions peut-être utiliser l’expression « prospecteurs Web » pour désigner ces
outils ain de rendre mieux compte de leur réalité.
7
Voir les déinitions données par le Trésor de la Langue française informatisé (TLfi), http://
www.cnrtl.fr/deinition/moteur
dOssieR 9
B. Simonnot
analyser les usages des moteurs
Les analyses d’usages des moteurs de rechercheWeb ont deux principaux
objectifs : mieux comprendre l’activité informationnelle humaine et
améliorer le fonctionnement des outils et la conception des interfaces.
La contribution de Madjid Ihadjadene et Stéphane Chaudiron8 s’intéresse
aux méthodologies mises en œuvre dans ces études à partir d’un
état de l’art étendu sur la question. Leur contribution est doublement
intéressante : d’une part, au vu du grand nombre de travaux consacrés
à ces questions et leur disparité ; d’autre part, du point de vue des
conclusions qu’ils en tirent. Ils distinguent quatre grandes catégories de
recherches. Les deux premières s’inscrivent dans le cadre des études de
comportements des utilisateurs de moteurs : elles cherchent à mettre
en évidence, d’un côté, les tactiques et les stratégies qu’ils mettent en
place, de l’autre, les manières dont ils lisent et évaluent les résultats. Ces
études sont confrontées à deux dificultés : pour que les résultats soient
représentatifs, elles doivent porter sur un grand nombre de données.
Or, celles-ci sont dificilement accessibles aux chercheurs scientiiques
indépendants.Les historiques de transaction des moteurs (transaction logs)
livrent des informations qui peuvent sembler succinctes : l’adresse ip d’où
émanent les requêtes, la date et l’heure, les mots clés et les opérateurs
employés par les internautes pour leurs demandes, parfois les options
choisies. Ils permettent néanmoins aux chercheurs scientiiques qui ont la
chance de pouvoir y accéder, et aux concepteurs de moteurs, d’analyser
la manière souvent très intuitive dont les internautes formulent leurs
requêtes et consultent les résultats. Une troisième catégorie de travaux,
menés principalement en psychologie cognitive, cherche à différencier
les usagers, en élaborant des typologies d’utilisateurs ou des typologies
d’usages. Dans cette catégorie, la différenciation la plus commune est
sans doute celle opérée entre experts et novices. Madjid Ihadjadene
et Stéphane Chaudiron montrent que nombre de ces études souffrent
d’insufisances, notamment du fait d’une déinition loue ou inconsistante
des notions d’expert ou de novice. Dernière catégorie traitée : les
travaux qui s’intéressent plus globalement au contexte de la recherche
d’information et qui s’inscrivent dans le courant général de l’étude du
comportement informationnel (information behaviour) des individus.
De cet état de la littérature scientiique, les auteurs concluent que les
méthodologies sont encore imparfaites et parcellaires. Ils préconisent une
approche holistique permettant de prendre en compte la complexité des
variables qui interviennent dans les activités de Ri des internautes.
8
Cette contribution a été reçue en mars 2007 et la version déinitive acceptée en
novembre 2007.
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Moteurs de recherche. Usages et enjeux
Les jeunes sont des utilisateurs coutumiers des moteurs à tel point
que l’on parle parfois de « génération Google » pour désigner ceux
qui sont nés après 1993 (cibeR, 2008). Dans ce cadre, Nicole Boubée
analyse les stratégies des jeunes chercheurs d’information en ligne. Son
étude, qui repose sur des observations directes d’élèves de collèges et
de lycées en situation de recherche d’information et sur des entretiens
d’explicitation, remet en cause certains résultats antérieurs, notamment
quant à l’afirmation de la préférence chez les jeunes pour la navigation par
rapport à la recherche « directe » par requête. Revenant sur la distinction
trop convenue novice/expert, elle s’attache à montrer les inventions et
la créativité de ces jeunes dans leurs pratiques des moteurs, lorsqu’ils
tentent d’élaborer des stratégies de recherche pour atteindre leurs buts
ou de comprendre le fonctionnement des applications. Elle dénonce une
« perspective théorique dominante » susceptible d’enfermer dans la
stigmatisation des lacunes des jeunes en matière d’activité informationnelle
et appelle à développer des recherches qui prennent réellement en
compte la complexité de cette activité que les moteurs commerciaux
s’attachent toujours à simpliier davantage, du moins en apparence.
À la recherche du moteur parfait
Les deux contributions suivantes s’intéressent aux fonctionnalités que
devraient comporter le moteur de recherche parfait. Judit Bar-Ilan se
situe dans le contexte très spéciique des usages des chercheurs qui
analysent le Web, c’est-à-dire dans le domaine de la webométrie ou de
la webologie. C’est l’occasion pour elle de revisiter la liste des fonctions
idéales qu’elle a proposée dans un article précédent (Bar-Ilan, 2005),
d’analyser si ces fonctionnalités sont offertes ou non par les principaux
moteurs commerciaux et si oui, sous quelle forme. Son étude met en
évidence que ces services ne sont pas des outils adaptés à la webométrie
ni à la recherche scientiique sur le Web. Les chercheurs qui exploitent
ces applications pour constituer leurs corpus doivent en être avertis : les
données collectées de manière empirique par les moteurs commerciaux
ne peuvent en aucun cas être considérées comme représentatives du
Web tout entier. Les résultats des moteurs sont aussi caractérisés par une
forte instabilité dans le temps et des disparités dans leur couverture des
ressources des différents pays. Les principaux moteurs commerciaux ont
été conçus pour analyser des documents en anglais et la façon dont ils ont
été adaptés à la recherche dans d’autres langues reste peu claire. L’auteur
impute certaines de ces limites au fait que ces moteurs sont destinés au
grand public – pour qui ces fonctions seraient moins importantes, les
chercheurs en webométrie ayant une exigence quantitative quant aux
résultats (Thelwall, 2008) – mais aussi à la vocation commerciale de ces
services. En effet, les moteurs commerciaux entretiennent le secret sur le
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B. Simonnot
détail de leurs algorithmes pour des raisons de concurrence9 et de lutte
contre les spammeurs. Le manque de transparence et les inconsistances
de ces applications obligent à la plus grande prudence lorsque l’on
souhaite les exploiter à des ins scientiiques.
Dirk Lewandowski et Nadine Höchstötter prolongent et élargissent ces
remarques en proposant un cadre de référence pour « mesurer la qualité
des moteurs de recherche Web » et les comparer entre eux. S’appuyant à
la fois sur un état de l’art et sur leurs propres investigations, ils montrent les
dificultés auxquelles les chercheurs sont confrontés dans ce domaine. Ils
soulignent eux aussi les problèmes méthodologiques posés par certaines
études,qui empêchent de généraliser ou de comparer les résultats obtenus.
Les auteurs plaident pour que s’intensiient les recherches en la matière
en Europe, de manière à ce que les différents pays disposent d’outils
adaptés à leurs propres ressources informationnelles. Si, dans le domaine
du patrimoine culturel, le plaidoyer de Jean-Noël Jeanneney (2005) a été
entendu avec l’initiation du projet de bibliothèque numérique Europeana,
peu d’acteurs européens ont réussi à s’imposer dans le domaine de la
Ri généraliste où les enjeux économiques sont pourtant importants. Le
cadre d’évaluation proposé prend en compte à la fois les performances
techniques des moteurs et leur adaptation aux besoins des internautes,
suivant en cela l’appel de Kalervo Jäverlin et Peter Ingwersen (2004 ;
Ingwersen, Jäverlin, 2005). Comme en attestent ces deux études, les
moteurs peuvent encore faire l’objet de nombreuses améliorations non
seulement techniques, mais aussi quant à l’information qu’ils donnent sur
leur mode de fonctionnement et à l’utilisabilité de leurs interfaces.
Derrière l’interface des moteurs
L’interface du moteur Google est souvent citée comme un exemple
d’ergonomie. Brigitte Simonnot relève que cette interface fait appel au
jeu sous plusieurs formes, une manière peut-être d’attirer la sympathie
des utilisateurs, de créer une connivence. Elle analyse aussi certains jeux
créés par et autour du célèbre moteur. Ils sont souvent représentatifs non
seulement des enjeux économiques – référencement en ligne, l’autre face
des moteurs commerciaux –, mais aussi des enjeux politiques et éthiques
du secteur. Si l’objectif principal des systèmes de Ri traditionnels était de
permettre à un usager de trouver une information pertinente qui réponde
9
Par exemple, si les moteurs donnaient leurs statistiques exactes sur les liens pointant
vers un site donné, tout bon mathématicien pourrait chercher par approximation à en
déduire le poids accordé à ces liens dans le calcul du rang de classement des pages, ce qui
permettrait de découvrir une partie des arcanes des algorithmes.
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Moteurs de recherche. Usages et enjeux
à son besoin, celui des moteurs commerciaux est en effet plus ambigu :
les stratégies marketing des concepteurs s’adaptent en permanence aux
usages des internautes qui, à leur tour, s’approprient les applications et les
détournent parfois des usages attendus. En facilitant l’activité de recherche
d’information, voire en la rendant ludique, les prestataires de moteurs
entretiennent une confusion sur leurs objectifs réels et travaillent sur la
séduction, probablement pour améliorer la coniance des utilisateurs en
leurs applications et les idéliser10.
Certes, les moteurs s’attachent à faciliter les recherches d’information en
ligne et aident à se repérer dans les innombrables contenus disponibles.
Cependant, Michael Zimmer s’interroge sur le « pacte faustien » que peut
représenter la recherche de la perfection dans la conception de moteurs,
ceux qui visent à donner accès à la connaissance universelle – grâce à
une couverture la plus étendue possible des contenus Web – et à se
doter d’une capacité de remémoration propre à discerner les intentions
des utilisateurs (Jansen et al., 2008). L’auteur souligne combien les risques
pour la vie privée sont accrus par la mise à disposition du grand public
d’applications robustes de traitement des données audiovisuelles, par le
développement du Web 2.0 – le Web comme plateforme universelle
de traitement des données (O’Reilly, 2005) et des réseaux sociaux – et
l’interopérabilité de ces technologies avec les moteurs de recherche. Il
suggère un ensemble de mesures qui devraient être prises pour protéger
l’intimité des individus et respecter leur vie privée. En effet, en cherchant
à personnaliser toujours mieux les résultats, les concepteurs de moteurs
sont conduits à recueillir systématiquement toutes les données susceptibles
d’améliorer les performances des applications, données sur lesquelles ils
peuvent mettre en œuvre des algorithmes de fouille sophistiqués. Celles-
ci décrivent non seulement ce que font les internautes, mais elles peuvent
aussi fournir une foule de détails sur leurs centres d’intérêt et sur leurs
idées, ce qui constitue une menace réelle pour le respect de la vie privée.
Les moteurs de recherche participent à une forme d’« économie de la
visibilité » (Heilmann, 2007 : 310), sous le prétexte de prévenir non pas
d’éventuels problèmes de sécurité publique mais les besoins, souhaits et
désirs des chercheurs d’information en ligne. En France, la Commission
nationale de l’informatique et des libertés (cNiL) fête cette année ses 30
ans, conjointement avec l’institution homologue allemande. Sa mission
est essentielle : informer les citoyens sur leurs droits et obligations quant
à la protection des libertés et de la vie privée, veiller au respect de
la législation par les concepteurs d’applications et au droit d’accès de
chacun aux données informatisées qui le concernent. Encore faut-il que
10
Certaines études montrent une corrélation entre l’esthétique des sites et leur crédibilité
auprès des internautes (Robins, Holmes, 2008).
dOssieR 13
B. Simonnot
les citoyens soient avertis des données qui sont recueillies souvent à leur
insu. Les concepteurs d’applications devraient sans aucun doute accroître
leur effort pour une meilleure information sur ce qu’ils recueillent ou
produisent, et faciliter l’exercice du droit d’accès et de rectiication aux
données personnelles, tout en prévoyant un « droit à l’oubli ».
Conclusion
À l’heure où les concepteurs de moteurs travaillent à mettre toute
l’information disponible à portée de clic, il n’est pas question de tomber
dans un soupçon généralisé vis-à-vis de ces applications, fort utiles au
demeurant. Mais connaître les limites de ces outils et dénoncer le mythe
d’une activité informationnelle qui serait simple, facile et sans contrepartie
est un premier pas vers une régulation des pratiques dans ce secteur.
Doter la langue française d’un vocabulaire plus précis dans ce domaine
scientiique est certainement un autre chantier à approfondir.Toutefois, la
traduction de trois articles soumis en anglais – ceux de Judit Bar-Ilan, Dirk
Lewandowski et Nadine Höchstötter, et Michael Zimmer – s’est efforcée
de rester au plus près du vocabulaire établi.
De plus, les travaux en sciences humaines et sociales participent aussi à
analyser plus inement les conséquences sociales et les enjeux éthiques et
culturels de ces applications. Certes, des processus de rationalisation et de
normalisation de la publication en ligne sont en cours, en particulier dans
le cadre du Web sémantique. Il reste néanmoins beaucoup à faire dans ce
secteur où, comme souvent, les innovations technologiques précèdent la
rélexion sur leurs conséquences. Puissent se développer les publications
en français de travaux dans ce domaine, un élément stratégique pour
amener davantage de chercheurs francophones à développer leurs
recherches et les jeunes chercheurs à s’intéresser à ces questions.
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