Poly Exos
Poly Exos
Cours et exercices
2020-2021
Syllabus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
1 Séries de Fourier . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.1 Bases hilbertiennes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.2 Coefficients de Fourier . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.3 Séries de Fourier . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.3.1 Convergence L2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.3.2 Convergence ponctuelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
1.4 Applications des séries de Fourier . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
1.4.1 Applications aux équations aux dérivées partielles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
1.4.2 Premières applications à l’analyse en fréquences . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
Syllabus
Le plan du cours est le suivant. On considère dans la section 1 des fonctions périodiques de
période 2π. Les fonctions périodiques élémentaires sont les exponentielles complexes einx , pour
n ∈ Z. La théorie des séries de Fourier énonce que, sous certaines conditions de régularité, toute
fonction u périodique peut s’écrire comme combinaison linéaire infinie de ces harmoniques :
1 X
u(x) = √ cn (u) einx .
2π n∈Z
La théorie des espaces de Hilbert donne un cadre géométrique à cette décomposition, les fonc-
einx
tions √ 2π
étant vues comme une base orthonormale de l’espace L2 (−π, π) des fonctions de carré
sommable. Cette géométrie permet notamment d’établir des formules simples pour les coefficients
de Fourier cn (u). Les fonctions de base einx se comportent particulièrement agréablement pour
la dérivation (qui agit comme une simple multiplication), ce qui permet la résolution d’équations
aux dérivées partielles linéaires homogènes. La décomposition d’un signal en série de Fourier per-
met également son analyse et son traitement (de la compression d’images à la reconnaissance
automatique de morceaux musicaux).
Une fonction f maintenant définie sur toute la droite réelle ne peut pas être décomposée en
série de Fourier : à la différence des fonctions périodiques, elle contient un continuum de fréquences
possibles. La décomposition adaptée est alors celle de la transformée de Fourier
Z
1
f (x) = fˆ(ξ) eiξx dξ.
2π R
Cette formule a a priori un sens (f (x) est fini) quand fˆ est intégrable (section 2), ce qui introduit
une asymétrie désagréable entre la transformée de Fourier et son inverse. Pour retrouver un cadre
géométrique similaire à celui des séries de Fourier, on voudrait avoir f et fˆ dans l’espace de Hilbert
L2 des fonctions de carré sommable. Malheureusement, l’interprétation de la formule précédente
n’est pas évidente dans ce cadre. Via un détour par la transformée de Fourier des distributions
(section 3), on montre qu’on peut néanmoins lui donner un sens (section 4). On peut alors résoudre
des équations aux dérivées partielles posées sur la droite réelle.
2 Table des matières
Modalités générales
Ce cours, comme celui d’analyse et de calcul scientifique de première année, est enseigné en
“pédagogie active” (aussi connu sous le nom de “classe inversée”) : le cours est appris à la maison
par les étudiants, et les séances de cours sont réservées à des discussions sur des points techniques
(lancées à l’initiative des étudiants, s’ils ont préparé des questions), et à la résolution d’exercices
en groupes librement composés de 3/4 personnes. Ce cours est valorisé à 1.5 ECTS, ce qui signifie
que, selon les normes de la commission européenne, vous devriez travailler en moyenne 40h sur le
semestre pour cet enseignement. Il faut donc compter environ 2h de travail personnel par semaine
pour ce cours. L’idée est qu’un travail sérieux et continu vous permettra de limiter les révisions
des examens, et vous permettra une meilleure assimilation du matériau présenté.
Contacter l’enseignant
Évaluation
Pré-requis
Nous partons du principe que la théorie des distributions, les espaces de Lebesgue et de Sobolev
sont bien connus. Ceci correspond au contenu du polycopié d’analyse et calcul scientifique de
1ère année (sauf les Chapitres 4 et 9). Si vous ne maı̂trisiez pas l’un de ces prérequis, nous vous
enjoignons à rattraper dès maintenant les notions correspondantes en consultant le poly d’Analyse
de 1ère année, disponible sur Educnet. Voici quelques questions pour tester ces prérequis...
(i) énoncer le théorème de convergence dominée ;
(ii) si f ∈ Lp (R) (avec 1 6 p < +∞) et f = g au sens des distributions, alors... ?
(iii) quels espaces Lp (R) sont complets ?
(iv) pour quelles valeurs de p l’espace des fonctions C ∞ à support compact est-il dense dans Lp ?
(v) énoncer l’inégalité de Hölder ;
(vi) définir l’espace de Sobolev H 1 (R).
Poly
Ce polycopié est basé sur des notes de cours auxquelles ont contribué Eric Cancès, Virginie
Ehrlacher, Alexandre Ern, Antoine Levitt et Gabriel Stoltz. La dernière version est disponible sur
le site
http://antoine.levitt.fr/fourier
4 Table des matières
On développe ici la théorie des séries de Fourier, qui permettent la représentation d’une fonc-
tion périodique en série de sinus et de cosinus. On rappelle le cadre des bases hilbertiennes, qui
permettent une théorie géométrique des séries de Fourier, et on donne quelques applications au
traitement du signal et à la résolution d’équations aux dérivées partielles. Pour plus de détails sur
la théorie des séries de Fourier, on pourra se rapporter à [4].
On se place dans toute cette section sur un espace de Hilbert sur le corps des complexes.
Toute la théorie est bien sûr valable sur le corps des réels, mais la structure complexe permet une
manipulation plus simple des séries de Fourier, en utilisant les exponentielles complexes plutôt que
les fonctions sinus et cosinus.
X
kvk2 = |(u, en )|2 6 kuk2 . (1.1)
n>0
Remarque 1.4. Notons que l’égalité de Parseval implique que l’on peut calculer les produits sca-
laires composante par composante : pour tous u, v ∈ V ,
X
(u, v) = (u, en )(en , v).
n>0
Elle montre en particulier que tout espace de Hilbert séparable est isométrique à `2 (N), au sens où
l’application qui à un élément u ∈ V associe la suite (u, en )n>0 ∈ `2 (N) est un isomorphisme qui
préserve le produit scalaire.
Remarque 1.5. Notons pour la suite que, si l’on a considéré uniquement des bases indicées par
N, la théorie s’applique bien évidemment à des bases indicées par un autre ensemble dénombrable,
comme Z ou Zd .
Les coefficients de Fourier sont a priori définis pour une fonction L1 ([−π, π], C), ce qui permet de
donner un sens aux cn (u). La convergence de la série Su est cependant délicate : Su ne converge pas
en général vers u dans L1 . Même si la convergence a lieu pour des fonctions régulières, le prouver
n’est pas immédiat. On repousse pour l’instant ces problèmes de convergence à la Section 1.3 pour
s’intéresser aux propriétés des coefficients de Fourier en eux-mêmes.
Remarque 1.7. On considère dans ce chapitre des fonctions de [−π, π], qui sont implicitement
considérées comme étendues par périodicité à R. On considère par simplicité des fonctions 2π-
périodiques, mais on peut
traiter des fonctions u de périodicité L quelconque en considérant la
fonction ũ(x) = u 2π 1 d
L x . On peut également traiter des fonctions dans L ([−π, π] ) de façon
similaire au cas uni-dimensionnel en définissant, pour un multi-indice α = (α1 , . . . , αd ) ∈ Nd ,
Z
1
cα (u) = u(x) e−iα·x dx,
(2π)d/2 [−π,π]d
1 X
Su (x) = d/2
cα (u) eiα·x .
(2π) α∈Nd
Dans cette section on considère des fonctions d’une seule variable, toujours par souci de simplicité.
En particulier,
• Si u est à valeurs réelle, alors cn (u) = c−n (u) ;
• Si u est paire, alors c−n (u) = cn (u) ;
• Si u est impaire, alors c−n (u) = −cn (u).
cn (u0 ) = in cn (u).
(i) Montrer qu’on peut se ramener au cas où v = 0 et u est à valeurs réelles. On supposera ces
hypothèses additionnelles vérifiées dans la suite.
(ii) Pour x0 ∈] − π, π[ et ε > 0 tel que [x0 − ε, x0 + ε] ⊂] − π, π[, montrer que la fonction Tn (x) =
(1 + cos(x − x0 ) − cos ε)n est un polynôme trigonométrique supérieur à 1 sur [x0 − ε, x0 + ε]
et strictement inférieur à 1 en valeur absolue ailleurs. Montrer également que, si u a ses
coefficients de Fourier nuls, alors
Z
Tn (x)u(x) dx = 0.
[−π,π]
(iii) Montrer que, quand u est une fonction continue à coefficients de Fourier nuls,
Z x0 +ε
lim Tn (x)u(x) dx = 0.
n→∞ x0 −ε
(iv) En déduire par contradiction le théorème dans le cas où u est continue.
Rx
(v) Calculer les coefficients de Fourier de la fonction U (x) = −π u(t)dt pour u une fonction
continue, puis u ∈ L1 ([−π, π], R). Conclure.
1.3.1 Convergence L2
On rappelle que le produit scalaire dans L2 ([−π, π], C) est défini par
Z π
(u, v)L2 = uv.
−π
On reconnaı̂t alors dans la formule définissant les séries de Fourier un développement sur une base
hilbertienne : en définissant les polynômes trigonométriques élémentaires en ∈ L2 ([−π, π], C) par
1
en (x) = √ einx ,
2π
on a, pour tout u ∈ L2 ([−π, π], C),
X
cn (u) = (u, en )L2 , Su = cn (u)en .
n∈Z
On sait désormais que la série de Fourier d’une fonction L2 converge dans L2 . Rappelons que
la convergence dans L2 est une convergence en moyenne quadratique, assez faible, qui n’implique
par exemple pas la convergence presque partout, mais seulement la convergence presque partout à
extraction près. Cette convergence presque partout a bien lieu, mais c’est un résultat hautement
non trivial qui n’a été prouvé qu’en 1966. La continuité ne suffit pas à la convergence presque
partout, et il existe des fonctions non continues qui ont quand même une série de Fourier qui
converge presque partout. Il existe de nombreux théorèmes de convergence, dans divers sens et
avec différentes hypothèses. L’un des plus simples est le suivant :
Théorème 1.13. Soit u de classe C 1 par morceaux sur [−π, π]. Alors la série de Fourier de u
converge ponctuellement vers
Å ã
1
ũ(x) = lim u(t) + lim+ u(t) .
2 t→x− t→x
Exercice 1.7 Montrer le Théorème 1.13 dans le cas où u est la restriction à [−π, π] d’une fonction
C 2 (R, C) et périodique. On utilisera la Proposition 1.9 pour montrer la convergence normale dans
l’espace de Banach C 0 ([−π, π]) de la série de Fourier.
Exercice 1.8 (Phénomène de Gibbs) L’objectif de cet exercice est d’étudier l’effet d’une dis-
continuité sur les séries de Fourier, illustré en Figure 1.1. Soit la fonction u définie sur [−π, π]
par u(x) = −1 quand x < 0, et u(x) = 1 quand x > 0.
(i) Calculer les coefficients de Fourier de u, et montrer que la série de Fourier partielle à
l’ordre N
1 X
SN (x) = √ cn (u)einx
2π |n|6N
peut se réécrire, pour N pair (le calcul pour N impair étant similaire),
Å ã
4 1 1
SN (x) = sin(x) + sin(3x) + · · · + sin((N − 1)x) .
π 3 N −1
π
(ii) Calculer SN (0), et limN →∞ SN ( N ). On pourra reconnaı̂tre une somme de Riemann impli-
quant la fonction sinc(t) = sin(t)/t, et utiliser
Z π
π
sinc(t) dt = (1 + 2α),
0 2
où α ≈ 0.09.
(iii) En déduire que la série de Fourier de u ne converge pas uniformément, et interpréter la
Figure 1.1.
On applique maintenant la théorie des séries de Fourier à la résolution d’équations aux dérivées
partielles sur un domaine borné, et on donne un aperçu des applications en traitement du signal,
qui seront développées plus avant au Chapitre 5.
10 1 Séries de Fourier
Fig. 1.1. Série de Fourier de la fonction créneau, avec 50 et 250 harmoniques représentées. Le phénomène
de Gibbs est le dépassement de la série de Fourier à un point de discontinuité de α ≈ 9% de la valeur du
saut, qui ne décroı̂t pas en amplitude mais se rapproche du point de discontinuité. Il illustre la convergence
simple mais pas uniforme de la série de Fourier d’une fonction avec un saut.
∂2u ∂2u
2
= ,
∂t ∂x2
u(−π, t) = u(π, t),
∂u
u(x, 0) = u0 (x), (x, 0) = 0,
∂t
où la condition initiale u0 (x) est la restriction à [−π, π] d’une fonction C ∞ périodique.
(i) En décomposant u(·, t) en série de Fourier, donner une solution formelle (sans se soucier de
la validité des manipulations effectuées) de l’équation des ondes.
(ii) Montrer que la série obtenue est bien convergente, et que la solution u(x, t) obtenue par cette
méthode est bien solution de l’équation (en utilisant les résultats de l’appendice 7).
Exercice 1.10 (Équation de la chaleur) On considère l’évolution du champ de température
u(x, t) dans un anneau, considéré comme un milieu unidimensionel périodique. La température
u(x, t) satisfait l’équation de la chaleur
1.4 Applications des séries de Fourier 11
∂u ∂2u
= ,
∂t ∂x2
u(−π, t) = u(π, t), u(x, 0) = u0 (x),
où la condition initiale u0 (x) est la restriction à [−π, π] d’une fonction C ∞ périodique.
(i) Reprendre l’étude de l’exercice précédent.
(ii) Montrer que, même si u0 n’est que continue, la série de Fourier de u(x, t) converge pour
t > 0.
(iii) Que se passe-t-il si on veut retrouver l’état du système à l’instant t = 0 connaissant l’état à
t = T > 0?
avec la même théorie de convergence L2 que dans le cas unidimensionnel. Le format JPEG par
exemple découpe une image en blocs de 8 × 8 pixels, et applique une compression similaire au
MP3.
Ces développements technologiques sont en grande partie rendus possible par le calcul efficace
de transformées de Fourier. Si une implémentation naı̈ve du calcul des coefficients de Fourier d’une
fonction discrétisée en N points est de complexité O(N 2 ), une implémentation récursive réduit
cette complexité à O(N log N ) : c’est la transformée de Fourier rapide (FFT), que l’on étudiera
au Chapitre 5.
12 1 Séries de Fourier
1.0
0.5
Amplitude (arb.)
0.0
Flute
0.5 Piano
Guitare
Violon
1.00.0 0.5 1.0 1.5 2.0 2.5 3.0 3.5 4.0
Temps (ms)
10 0 10 0
Flute Piano
10 -1 10 -1
Amplitude (arb.)
Amplitude (arb.)
10 -2 10 -2
10 -3 10 -3
10 -40 500 1000 1500 2000 2500 10 -40 500 1000 1500 2000 2500
Frequence (Hz) Frequence (Hz)
10 0 10 0
Guitare Violon
10 -1 10 -1
Amplitude (arb.)
Amplitude (arb.)
10 -2 10 -2
10 -3 10 -3
10 -40 500 1000 1500 2000 2500 10 -40 500 1000 1500 2000 2500
Frequence (Hz) Frequence (Hz)
Fig. 1.2. Enregistrement par un microphone d’ordinateur de la même note (un do à 523 Hz) jouée
par une flûte, un piano, une guitare et un violon, et spectres correspondants. Le signal (en haut) des
instruments est à peu près périodique avec une période d’environ 2 ms, ce qui correspond à la fréquence
de 523 Hz du do. On calcule les coefficients de Fourier sur une fenêtre de temps de largeur égale au
temps d’acquisition, de l’ordre de la seconde. Ce temps étant bien supérieur à la période caractéristique
d’oscillation du signal, les coefficients de Fourier forment un quasi-continuum (nous préciserons ceci lors
de l’étude de la transformée de Fourier). L’amplitude |cn (u)|2 des coefficients de Fourier (en bas) font
apparaı̂tre des pics aux fréquences multiples de 523 Hz. La forme du spectre est cependant différente pour
les différents instruments. Diverses imperfections (anharmonicité des instruments, amortissement, qualité
des micros, bruits ambiants, temps d’enregistrement fini, non-uniformité du volume...) font apparaı̂tre des
défauts, notamment des bruits parasites à basse fréquence et des pics de largeur non-nulle.
1.4 Applications des séries de Fourier 13
Fig. 1.3. Artefacts de compression JPEG montrant le phénomène de Gibbs : les transitions brutales de
couleur produisent des oscillations parasites dans les blocs 8 × 8.
2
Transformée de Fourier dans L1
2.1 Définition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
2.2 Propriétés algébriques de la transformée de Fourier . . . . . . . . . . . . . . 16
2.3 Exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
2.4 Transformée de Fourier inverse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
2.5 Une application : le théorème central limite . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
Dans ce chapitre, nous donnons la définition de la transformée de Fourier dans L1 , ainsi que
quelques unes de ses propriétés. L’espace L1 n’est pas stable par transformée de Fourier, et en
conséquence de nombreux problèmes techniques surviennent. Nous verrons aux chapitres suivants
d’autres espaces fonctionnels, qui eux sont invariants par transformée de Fourier et fournissent un
cadre fonctionnel plus agréable.
2.1 Définition
Commençons par définir la transformée de Fourier dans L1 , et donner quelques unes de ses
propriétés.
Définition 2.1 (Transformée de Fourier des fonctions intégrables). Soit f ∈ L1 (Rn ). On
appelle transformée de Fourier de f la fonction notée fˆ définie en tout point ξ ∈ Rn par
Z
fˆ(ξ) = f (x) e−iξ·x dx. (2.1)
Rn
Exercice 2.2 Prouver le Corollaire 2.4. Pour le cas d’égalité, on pourra montrer que kf kL1 = fˆ(0)
si f ∈ L1 est une fonction positive.
16 2 Transformée de Fourier dans L1
et
ia·x f = τ fˆ ;
e÷ a
(iv) Si f est un produit tensoriel f (x) = f1 (x1 ) f2 (x2 ) avec x = (x1 , x2 ), xi ∈ Rni , n = n1 + n2 ,
et fi ∈ L1 (Rni ), alors
fˆ(ξ) = fˆ1 (ξ1 ) fˆ2 (ξ2 ). (2.3)
Notons que le choix λ = −1 dans la troisième propriété permet de discuter la parité de la trans-
formée de Fourier de fonctions paires ou impaires, la transformée de Fourier ayant la même parité
que la fonction.
Exercice 2.3 Prouver le Théorème 2.5.
Un des intérêts majeurs de la transformée de Fourier est qu’elle transforme les dérivées en
simples opérations algébriques, et ainsi de simplifier la résolution d’équations différentielles.
∂f
Théorème 2.6 (Transformée de Fourier et dérivation). Si f ∈ L1 (Rn ) et ∈ L1 (Rn ),
∂xj
alors
∂f
‘
(ξ) = i ξj fˆ(ξ).
∂xj
Si f ∈ L1 (Rn ) et x 7→ xj f (x) ∈ L1 (Rn ) pour tout 1 6 j 6 n, alors F f ∈ C1 (Rn ) et
(x
’ ˆ
j f )(ξ) = i ∂ξj f (ξ).
Exercice 2.4 Prouver le Théorème 2.6. Pour le premier point, on admettra que D(Rn ) est dense
1,1 n 1 n 1 n
Pn W (R ) des fonctions L (R ) à dérivée L (R ), muni de la norme k · kW
dans l’espace 1,1 =
k · kL1 + i=1 k∂i · kL1 (voir par exemple [1, Section IX]).
Un corollaire immédiat de ces propriétés est que plus la fonction est régulière, plus sa trans-
formée de Fourier décroı̂t vite, et vice-versa. Cette dualité est fondamentale pour la théorie de
Fourier, et il est utile de l’avoir à l’esprit pour interpréter les résultats de ce cours. Pour rendre cet
énoncé précis, on rappelle qu’un multi-indice est un élément α = (α1 , . . . , αn ) ∈ Nn . Pour des multi-
indices α = (α1 , . . . , αn ) ∈ Nn et β = (β1 , . . . , βn ) ∈ Nn , on définit |α| = α1 + · · · + αn , et les nota-
tions xα et ∂ β signifient respectivement xα 1 α2 αn β1 βn
1 x2 · · · xn et ∂x1 · · · ∂xn . Par ailleurs, α! = α1 ! . . . αn !
et α 6 β si et seulement si αi 6 βi pour tout 1 6 i 6 n.
2.3 Exemples 17
Corollaire 2.7. Si f est de classe C p et que ∂ α f ∈ L1 (Rn ) pour tout multi-indice |α| 6 p, alors
il existe C > 0 tel que, pour tout ξ ∈ Rn ,
Exercice 2.6 Montrer que, si f ∈ L1 (Rn ), alors fˆ tend vers 0 à l’infini. On pourra procéder par
densité.
La transformée de Fourier transforme les convolutions en produit et vice-versa, ce qui la rend
particulièrement utile en automatique par exemple. On rappelle que la convolution de deux fonc-
tions f et g est définie par
Z Z
(f ? g) (x) = f (x − y) g(y) dy = f (y) g(x − y) dy.
Rn Rn
2.3 Exemples
|x|2
Å ã
g(x) = C exp − 2
2σ
σ 2 |ξ|2
Å ã
2 n/2
ĝ(ξ) = 2πσ C exp −
2
de variance σ −2 . La transformée de Fourier d’une gaussienne très piquée sera donc très plate, et
réciproquement.
A titre d’entraı̂nement, nous vous recommandons de calculer quelques transformées de Fourier
ci-dessous. On s’attachera sur chacune de ces fonctions à observer le rapport entre régularité et
décroissance des coefficients de Fourier montré dans le Corollaire 2.7.
18 2 Transformée de Fourier dans L1
Exercice 2.9 (Fonction caractéristique) Soit R > 0. Montrer que la transformée de Fourier
de l’application
1 si |x| 6 R,
®
x ∈ R 7→
0 si |x| > R,
2 sin(Rξ)
est la fonction ξ 7→ .
ξ
Exercice 2.10 (Fonction chapeau) Soit R > 0. Montrer que la transformée de Fourier de
l’application
|x|
1− si |x| 6 R,
x ∈ R 7→ R
0 si |x| > R,
Å ã2
sin(Rξ/2)
est la fonction ξ 7→ R .
Rξ/2
Exercice 2.11 Soit α > 0. Montrer que la transformée de Fourier de l’application x ∈ R 7→ e−α|x|
2α
est la fonction ξ 7→ 2 .
α + ξ2
et la variable aléatoire αX pour α ∈ R a la densité fαX (x) = f (x/α)/α. Supposons que les va-
riables X1 , . . . , XN sont indépendantes et identiquement distribuées, avec la densité f . La moyenne
empirique est définie par la variable aléatoire
N
1 X
SN = Xn .
N n=1
La fonction f étant dans L1 (R) (car positive et d’intégrale 1), la fonction fSN est dans L1 . Sa
transformée de Fourier est continue, et par application des Théorèmes 2.8 et 2.5, pour tout ξ ∈ R,
Å ãN
ξ
fbSN (ξ) = fb
N
Supposons maintenant que |x|3 f soit intégrable, et que f ait pour moyenne x0 et pour variance
σ 2 . Alors, par le Théorème 2.6, fb est C 2 , et
Z
f (0) =
b f (x)dx = 1
R
Z
fb0 (0) = −i xf (x)dx = −ix0
ZR
00
f (0) = − x2 f (x)dx = −σ 2
b
R
20 2 Transformée de Fourier dans L1
On voit que cette fonction tend ponctuellement vers e−ix0 ξ , ce qui traduit le fait que SN se
concentre vers la valeur x0 (comme attendu). Supposons maintenant que x0 = 0 (ce qui revient
simplement à considérer la densité de SN − x0 ). Alors, pour tout ξ ∈ R,
1 2 ξ2
Å ã Å ã
1
fSN (ξ) = exp − σ
b +O
2 N N2
Notons que ce développement limité, effectué à ξ fixe, ne permet pas directement de calculer un
développement limité de fSN (x) à x fixe : il faut pour ce faire montrer que le développement limité
est valide en norme L1 (et non pas ponctuellement comme fait ici). En ignorant le terme de reste
(son traitement rigoureux est laissé en exercice), on peut prendre la transformée de Fourier inverse
des deux membres (Théorème 2.11) pour obtenir par la Proposition 2.9
1 x2
Å ã
1
fSN (x) ≈ p exp − 2 ,
2πσ 2 /N 2 σ /N
√
N SN
une gaussienne centrée en 0 de variance √σN . En particulier, la loi de σ approche une gaus-
sienne centrée de variance 1 (le théorème central limite).
3
Transformée de Fourier des distributions
Une conséquence immédiate de cette définition est que S (Rn ) est stable par multiplication par
des polynômes et par dérivation. L’utilité de cet espace par rapport à D est qu’il traite sur
un pied d’égalité les propriétés de régularité et de décroissance à l’infini, qui sont duales par
le Théorème 2.6. Il a ainsi plus de chance d’être stable par la transformée de Fourier.
22 3 Transformée de Fourier des distributions
2
Exercice 3.2 Les fonctions e−|x| , e−|x| et (1 + |x|2 )−2 sont-elles dans S (Rn ) ?
On définit la convergence dans S dans un sens fort, similaire à la définition de la convergence
dans D.
Définition 3.2 (Convergence dans S ). On dit qu’une suite (φn )n∈N de fonctions de S (Rn )
converge dans S (Rn ) vers φ ∈ S (Rn ) si et seulement si
∀p ∈ N, Np (φn − φ) −−−−−→ 0.
n→+∞
Proposition 3.3. L’espace D(Rn ) est dense dans S (Rn ) (pour la topologie associée à S ).
Exercice 3.3 Prouver la Proposition 3.3 dans le cas n = 1. On cherchera à tronquer une fonction
φ ∈ S (Rn ) de sorte qu’elle ait un support compact mais reste régulière.
Les fonctions de S sont, par définition, dans L∞ . Elles sont même dans L1 et, par interpolation,
dans tous les Lp , pour 1 6 p 6 ∞.
Théorème 3.4. Il existe une constante Cn telle que, pour tout p ∈ N,
1 6 p < +∞.
Exercice 3.4 Prouver le Théorème 3.4 pour n = 1.
Toute fonction de S (Rn ) étant intégrable, on peut définir la transformation de Fourier sur
le sous-espace S (Rn ) ⊂ L1 (Rn ), dense dans L1 (Rn ), en restreignant la Définition 2.1 à l’es-
pace S (Rn ). Le point remarquable est que la transformée de Fourier d’une fonction de S (Rn ) est
elle aussi dans S (Rn ).
Théorème 3.5 (Transformée de Fourier dans S ). L’espace S (Rn ) est stable par transformée
de Fourier, et pour tout p ∈ N il existe une constante Cn,p telle que
Ä ä
∀φ ∈ S (Rn ), Np φ̂ 6 Cn,p Np+n+1 (φ).
On rappelle qu’un isomorphisme est une application d’un espace vers un autre qui préserve la
structure algébrique, dont l’inverse est bien défini et préserve lui aussi la structure algébrique. Ici,
la préservation de la structure algébrique revient simplement à dire que l’application est linéaire.
On rappelle également qu’une application T : E → F est séquentiellement continue si T un
converge dans F vers T u lorsque un converge vers u dans E. La convergence dans les espaces
S (Rn ) n’étant, dans la Définition 3.2, liée à aucune norme ou même distance, seule la convergence
séquentielle a un sens.
La bicontinuité séquentielle signifie que T et son inverse sont toutes deux des applications
séquentiellement continues.
Exercice 3.5 Montrer le Théorème 3.5.
3.2 Distributions tempérées 23
Comme l’espace des fonctions test D(Rn ) n’est pas stable par transformée de Fourier, on a dû
introduire un espace de fonctions test plus grand, S (Rn ). Suivant la philosophie générale de la
théorie des distributions, on introduit le dual topologique de l’espace des fonctions test (l’ensemble
des formes linéaires sur l’espace des fonctions test), qui est par conséquent un sous-ensemble de
l’espace D0 (Rn ) des distributions.
Définition 3.6 (Distributions tempérées). On note S 0 (Rn ) l’espace vectoriel des formes
linéaires sur S (Rn ) qui vérifient la propriété de continuité suivante : il existe un entier p et
une constante C tels que
Les éléments de S 0 (Rn ) sont appelés les distributions tempérées, ou parfois les distributions à
croissance lente.
Remarque 3.8 (Abus de notation). Par abus de notation, on notera par la même lettre une
distribution tempérée et sa restriction à D(Rn ). Cela permet notamment d’écrire
définit une distribution tempérée. Montrer qu’elle est d’ordre 1 (exactement, i.e. elle ne peut pas
être d’ordre 0).
L’épithète “tempérées” provient de la limitation de croissance à l’infini de ces distributions.
Définition-Théorème 3.9 (Fonctions à croissance lente). On dit qu’une fonction continue
f est à croissance lente s’il existe p > 0 et C > 0 telles que, pour tout x ∈ Rn ,
On définit la convergence dans S 0 de la même façon que pour les distributions usuelles.
Définition 3.10 (Convergence dans S 0 ). On dit que la suite (Tk )k∈N d’éléments de S 0 (Rn )
converge dans S 0 (Rn ) vers T si on a
∀φ ∈ S (Rn ), hTk , φiS 0 ,S −→ hT, φiS 0 ,S .
Théorème 3.11. Toute suite (Tk )k∈N de distributions tempérées qui converge dans S 0 (Rn ) vers
la distribution tempérée T converge aussi dans D0 (Rn ) vers la distribution T .
Exercice 3.11 Prouver le Théorème 3.11.
Théorème 3.12 (Dérivation dans S 0 ). Soit T ∈ S 0 (Rn ). La dérivée de T par rapport à la
variable xj (au sens des distributions) est une distribution tempérée, définie par
≠ ∑ ≠ ∑
∂T ∂φ
∀φ ∈ S (R ),
n
,φ = − T, .
∂xj S 0 ,S ∂xj S 0 ,S
est une suite d’éléments de S 0 (R) qui converge dans D0 (R), mais pas dans S 0 (R).
Exercice 3.15 (Peigne à croissance lente) Soit (ak )k∈N une suite réelle. Montrer que la série
X
TN = ak δk
|k|6N
converge dans D0 (R) et donner sa limite. Montrer que si la suite (ak )k∈Z est à croissance lente,
c’est-à-dire telle qu’il existe C > 0, p > 0 tels que que |ak | 6 C(1 + |k|)p pour tout k ∈ Z, alors la
convergence a aussi lieu dans S 0 (R). Fournir un exemple de série qui converge dans D0 (R) mais
pas dans S 0 (R).
La transformée de Fourier ainsi définie est une extension de la définition classique de la trans-
formée de Fourier sur L1 (Rn ) : si on note Tu la distribution associée à la fonction u, alors, pour
tout f ∈ L1 (Rn ), Tfˆ = F Tf .
Au risque de nous répéter : comme la transformée de Fourier d’un élément de D(Rn ) n’est pas
dans D(Rn ) (mais seulement dans S (Rn )), on ne peut pas définir la transformée de Fourier d’une
distribution quelconque par une relation analogue à (3.4), et il faut donc se limiter aux distributions
tempérées.
Exercice 3.17 Montrer le Théorème 3.16.
Remarque 3.17 (Notations). La transformée de Fourier de la distribution T est noté F T et
pas T̂ . On réserve en effet la notation ˆ· aux fonctions L1 pour lesquelles la transformée de Fourier
F est définie sous la forme intégrale de l’équation (2.1). Lorsque f ∈ L1 , les deux notations sont
possibles mais on privilégie la notation fˆ.
Théorème 3.18 (Transformée de Fourier inverse des distributions tempérées). La trans-
formée de Fourier est un isomorphisme séquentiellement bicontinu de S 0 (Rn ) sur lui-même, d’in-
verse F −1 défini par
∀φ ∈ S (Rn ), hF −1 T, φiS 0 ,S = T, φ̌ S 0 ,S = T, F −1 φ S 0 ,S .
Il arrive souvent en physique ou en mécanique que l’énergie d’un champ sur Rn s’exprime
précisément sous la forme d’une intégrale sur l’espace du carré du champ (penser à l’énergie
cinétique d’un écoulement, à l’énergie d’un champ électromagnétique, à l’énergie de déformation
élastique linéaire d’un matériau homogène isotrope). L’égalité (4.1) signifie que l’énergie du champ
peut alors être calculée indifféremment dans l’espace réel ou dans l’espace réciproque.
28 4 Espaces de Sobolev et équations aux dérivées partielles
Remarque 4.3. Attention à ne pas confondre : le produit de dualité des distributions ne conjugue
pas, alors que le produit scalaire L2 si (c’est une forme sesquilinéaire). On a ainsi, par exemple
pour f, g ∈ L2 ,
Remarque 4.6 (Injections continues). Si s1 6 s2 , on a (1 + |ξ|2 )s1 6 (1 + |ξ|2 )s2 pour tout
ξ ∈ Rn , et on a donc l’injection continue Hs2 (Rn ) ,→ Hs1 (Rn ).
et la norme définie sur Hs (Rn ) par le produit scalaire (4.3) est équivalente à celle définie par le
produit scalaire Z
X
(u, v) = ∂ α u(x) ∂ α v(x) dx.
α∈Nn , |α|6s Rn
−∆u + u = f
−∆u + b · ∇u + αu = f
Equation de la chaleur
On peut montrer l’existence et l’unicité d’une solution f (t, ·) ∈ S 0 (Rn ) pour tout t > 0 si f0 ∈
S 0 (Rn ) (voir [3, Section XIV.2.2] ; nous ne présentons pas les détails ici car cela demanderait
d’introduire la convolution de deux distributions). Il existe d’autres théories qui permettent de
caractériser l’évolution pour des conditions intitiales L2 (Rn ) (théorie de Hille-Yosida).
Exercice 4.8 Montrer, en utilisant une transformée de Fourier sur la variable spatiale, que la
solution est, formellement,
Z
2
f (t, x) = (4πt)−n/2 f0 (y) e−|x−y| /4t dy.
Rn
Montrer que la fonction f ainsi définie est solution de l’équation de la chaleur pour t > 0 et vérifie
la condition initiale si f0 ∈ S (Rn ) (en utilisant les résultats de l’appendice 7).
30 4 Espaces de Sobolev et équations aux dérivées partielles
Exercice 4.10 (Équation des ondes) Donner la forme de la solution pour l’équation des ondes
∂tt f = ∆f .
5
Séries de Fourier des distributions périodiques
Dans ce chapitre, on montre que toute distribution périodique peut se développer en série
de Fourier. Comme les distributions périodiques sont tempérées, on peut également calculer leur
transformée de Fourier, ce qui établit un lien entre ces deux concepts jusqu’à présent séparés.
Ce lien a des conséquences extrêmement utiles en théorie du signal (notamment la formule de
Poisson), qui seront exploitées au chapitre suivant.
Par souci de simplification, comme dans la théorie des séries de Fourier, nous ne considérerons
que des fonctions définies sur R, les résultats s’étendant cependant aux cas multidimensionnels.
Nous considérons cependant une période T arbitraire, en vue d’utiliser ces résultats en théorie du
signal.
Exercice 5.1 Montrer que τT est un isomorphisme séquentiellement bicontinu sur S 0 (R) et
D0 (R), d’inverse τ−T .
Définition 5.1 (Distribution T -périodique). Une distribution u est T -périodique si τT u = u.
L’ensemble des distributions T -périodiques est noté DT0 (R).
Bien sûr, une distribution provenant d’une fonction L1loc périodique est une distribution périodique.
Le résultat technique suivant sera très utile dans de nombreuses preuves.
Lemme 5.2 (Partition de l’unité T-périodique). Il existe χ ∈ D(R) telle que pour tout t ∈ R,
∞
X
χ(t − nT ) = 1. (5.1)
n=−∞
Exercice 5.2 Montrer le Lemme 5.2. On pourra considérer une fonction φ ∈ D(R) positive et
strictement positive sur l’intervalle [0, T ], et chercher à la normaliser pour satisfaire (5.1).
L’utilité des partitions de l’unité est de permettre le calcul de coefficients de Fourier de distri-
butions périodiques.
Définition-Théorème 5.3 (Coefficients de Fourier). Soit u une distribution périodique, et χ
une partition de l’unité. On définit ses coefficients de Fourier par
1¨ ∂
cn (u) = u, χ(t) e−2iπn t/T 0 (5.3)
T D ,D
Ces coefficients sont des formes linéaires séquentiellement continues sur D0 (R). Cette définition
étend la définition usuelle dans le sens où, si u ∈ L1loc ,
Z T
1
cn (u) = u(t) e−2iπn t/T dt. (5.4)
T 0
Remarque 5.4. Cette définition est celle des coefficients de Fourier (1.3), à la différence près
que la période est T au lieu de 2π, et que la convention
√ de normalisation est différente (on met
un facteur 1/T dans les coefficients, au lieu de 1/ T en (1.3)).
Avant de démontrer qu’une distribution périodique peut se représenter comme une série de
Fourier, commençons par montrer le résultat, plus élémentaire, que les séries de Fourier dont les
coefficients forment une suite à croissance lente sont des distributions périodiques.
Théorème 5.5. Soit (cn )n∈Z une suite à croissance lente, i.e. telle que
Alors la série
∞
X
cn e2iπnt/T
n=−∞
Proposition 5.6 (Unicité des coefficients de Fourier). Si (γn )n∈Z et (γn0 )n∈Z sont deux suites
à croissance lente telle que X X
γn e2iπnt/T = γn0 e2iπnt/T
n∈Z n∈Z
Théorème 5.7 (Série de Fourier d’une distribution périodique). Soit u une distribution
T -périodique. Alors (cn (u))n∈Z est une suite à croissance lente, ne dépend pas du choix de la
partition de l’unité χ dans (5.3), et on a l’égalité suivante au sens des distributions tempérées :
X
u= cn (u) e2iπnt/T . (5.5)
n∈Z
(iv) Montrer que hw, φiD0 ,D = 0 pour tout φ ∈ D en développant n∈Z τnT φ en série de Fourier,
P
et conclure que w = 0.
(v) Montrer que le choix des cn (u) est indépendant du choix de χ.
En conclusion, toute distribution T -périodique u est la somme d’une série de Fourier dont les
coefficients cn (u) sont à croissance lente :
X
u= cn (u) e2iπnt/T ,
n∈Z
et réciproquement, toute série de Fourier dont les coefficients sont à croissance lente définit une
distribution T -périodique.
Une application immédiate de cette théorie est la formule de Poisson, qui sera très utile par la
suite.
Théorème 5.9 (Formule de Poisson). La transformée de Fourier d’un peigne de Dirac est
aussi un peigne de Dirac :
+∞
! +∞
X 2π X
F δnT = δ2πn/T . (5.6)
n=−∞
T n=−∞
6.1 Échantillonnage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
6.1.1 Échantillonnage d’un signal . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
6.1.2 Théorème de Shannon . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
6.2 Le recouvrement spectral (aliasing) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
6.2.1 Exemple de repliement spectral . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
6.2.2 Suppression de l’aliasing . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
6.3 Transformée de Fourier discrète . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
6.4 Transformée de Fourier rapide . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
6.4.1 Présentation générale de la méthode . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
6.4.2 Calcul de complexité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
Pour mesurer la perte d’information subie en remplaçant f par fT , on fera le lien entre leurs
transformées de Fourier fˆ et fˆT . Grâce à la théorie de Fourier des distributions tempérées vue au
chapitre précédent, nous pouvons donner un sens à la transformée de Fourier de fT , et montrer le
théorème de Shannon, qui donne les conditions de reconstruction parfaite d’un signal à partir de
son échantillonnage.
6.1 Échantillonnage
6.1.1 Échantillonnage d’un signal
Lorsque le pas d’échantillonnage T tend vers 0, fT tend vers f dans S 0 (R). En effet, pour
toute fonction φ ∈ S (R),
X Z +∞
hfT , φiS 0 ,S = T f (nT ) φ(nT ) −−−→ f (t) φ(t) dt = hf, φiD0 ,D = hf, φiS 0 ,S ,
T →0 −∞
n∈Z
car on reconnaı̂t dans le membre de gauche une somme de Riemann d’une fonction à décroissance
rapide.
L’effet de l’échantillonage sur la fonction f est particulièrement facile à étudier en domaine
fréquentiel : échantillonner f revient simplement à ajouter des répliques translatées en fréquence
à fˆ.
Théorème 6.1 (Transformée de Fourier de fT ). Si f ∈ S , alors F fT est C ∞ et
X Å 2nπ
ã
fc
T (ξ) = fˆ ξ + , (6.2)
T
n∈Z
Remarque 6.2. De même que la transformée de Fourier d’une distribution périodique est discrète,
nous venons de voir que la transformée de Fourier d’une fonction échantillonnée est périodique.
Une façon élégante d’exprimer ces manipulations est de faire appel au formalisme des convolu-
tions de distributions, en utilisant le fait que g ? δa = τa g. Ainsi, on peut réécrire formellement la
définition de fT en
∞
!
X
fT = f · T δnT
n=−∞
De façon duale, si u est une distribution périodique, alors, si χ est une partition de l’unité, on a
∞
!
X
u = (χu) ? δnT ,
n=−∞
et donc
∞ ∞ ∞
!
1 X X 1 X
F u = F (χu) · δ2πn/T = F (χu)(2πn/T )δ2πn/T = cn (u)δ2πn/T .
T n=−∞ n=−∞
T n=−∞
Nous établissons dans ce paragraphe un résultat d’interpolation, qui montre que, sous cer-
taines conditions, on peut reconstruire une fonction f à partir de ses échantillons. Ce résultat,
appelé théorème d’échantillonnage ou théorème de Shannon, est remarquable car il montre que
l’échantillonnage n’induit pas de perte d’information. La condition essentielle de ce théorème est
que le support de F f soit dans l’intervalle borné [−π/T, π/T ], ce qui garantit que f n’a pas de va-
riation plus rapide que la moitié de la fréquence d’échantillonnage f = 2π/T . La Figure 6.1 illustre
les différentes étapes d’un échantillonnage puis d’une reconstruction à partir des échantillons, dans
le domaine temporel et le domaine fréquentiel.
^ f(t)
f( ω)
(a) ω t
π π
T T
^ f (t)
fT( ω) T
00
1 1
00
11
00
1100
11
11
0011
00 00
11
00
11 11 1
00 0
0
1
00
11 00
11 0
1
(b) ω 0
1 01
1 0
0
1 t
3π −π π 3π
T
T T T T
^h (ω) h (t)
T 1
T
(c) ω 0
t
π π
T T −3T −T T 3T
^f ( ) ^ f * h (t)
ω h (ω) T T
T T
(d) ω t
−π π
T T
Fig. 6.1. (a) : Signal f et sa transformée de Fourier F f . (b) : Un échantillonnage uniforme de f rend sa
transformée de Fourier périodique. (c) : Passe-bas idéal. (d) : Le filtrage de (b) par (c) reconstitue f .
Théorème 6.3 (Shannon). Si f ∈ S (R) et si le support de fˆ est inclus dans [−π/T, π/T ], alors
+∞
π(t − nT )
X Å ã
f (t) = f (nT ) sinc , (6.3)
n=−∞
T
38 6 Échantillonnage et transformée de Fourier discrète
La fonction hT (t) = sinc(πt/T ) dont la transformée de Fourier est 1[−π/T,π/T ] (ξ) s’appelle filtre
passe-bas idéal. La reconstitution (6.3) de f s’appelle le filtrage de fT par hT , et permet de ne
conserver que les composantes fréquentielles de F fT (ξ) telles que |ξ| 6 π/T .
Remarque 6.5 (Approximation numérique). Si f (t) est un signal à bande limitée dont le
support de la transformée de Fourier est inclus dans [−ξmax , ξmax ], le théorème de Shannon montre
que la fréquence d’échantillonnage minimale pour laquelle le signal peut être reconstruit exactement
est 2ξmax . C’est par exemple ce qui explique qu’un CD audio soit échantilloné à une fréquence de
44100 Hz (l’oreille humaine entendant les sons jusqu’à environ 20000 Hz).
La fonction hT a une décroissance très lente à l’infini, donc le second membre de (6.3) converge
très lentement. Ceci peut poser des problèmes pour des calculs pratiques (la durée d’échantillonnage
d’un signal n’étant pas infinie). C’est pourquoi il est intéressant de remplacer hT par une fonction
qui a une décroissance plus rapide à l’infini. Supposons qu’on suréchantillonne f , c’est-à-dire qu’on
l’échantillonne à une fréquence 2π/T > 2ξmax . Les calculs conduisant à (6.3) restent valables si
l’on remplace le filtre passe-bas idéal hT par un filtre h vérifiant
mais dont la transformée de Fourier ĥ est plus régulière. Ainsi, le filtre h a une décroissance à
l’infini plus rapide qu’un sinus cardinal, et la série
X
f (t) = f (nT ) h(t − nT )
n∈Z
Remarque 6.6. On peut généraliser le théorème à des fonctions dont la décroissance à l’infini
est moins rapide que celle des fonctions de S , par exemple des fonctions L2 .
Que se passe-t-il si les conditions du théorème de Shannon ne sont pas vérifiées ? La réponse
est contenue dans l’équation (6.2) que nous rappelons pour mémoire pour f ∈ S :
Å ã
X 2kπ
F fT (ξ) = Ff ξ + .
T
k∈Z
(a) ω t
π π
T T
^
f ( ω) f T(t)
T
(b) ω t
3π π π 3π
T
T T T T
^
h ( ω) h (t)
T T
1
(c) ω
0
t
π π −3T −T T 3T
T T
^ ^ f T * h (t)
fT ( ω) h ( ω) T
T
(d) ω t
π π
T T
Fig. 6.2. (a) Signal à échantillonner et sa transformée de Fourier. (b) Echantillonnage et repliement
spectral. (c) Filtre passe-bas idéal pour filtrage initial du signal. (d) Reconstruction du signal échantillonné.
eiξ0 t + e−iξ0 t
f (t) = cos(ξ0 t) = .
2
Sa transformée de Fourier est
F f = π δ−ξ0 + δξ0 .
1. Le lecteur attentif notera qu’en toute rigueur, le produit d’une distribution tempérée par une fonction
non régulière (en l’occurence 1[−π/T,π/T ] ) n’est pas défini a priori. En (??), on pouvait interpréter le produit
au membre de gauche comme le produit d’une fonction S par une fonction L∞ . Dans le cas particulier
considéré ici, on peut cependant donner un sens au produit en écrivant, pour φ ∈ S (R) donnée,
fˆT ĥT , φ S 0 ,S
= fˆT , 1[−π/T,π/T ] φ
40 6 Échantillonnage et transformée de Fourier discrète
X
F fT ĥT = π 1[−π/T,π/T ] (ξ) δ−ξ0 −2kπ/T + δξ0 −2kπ/T = π δξ0 −2π/T + δ2π/T −ξ0 ,
k∈Z
car −π/T < ξ0 − 2π/T < 0 et 0 < 2π/T − ξ0 < π/T . Par transformée de Fourier inverse,
ïÅ ã ò
X 2π
f (kT ) hT (t − kT ) = cos − ξ0 t .
T
k∈Z
L’aliasing ramène la haute fréquence ξ0 à une fréquence plus basse (2π/T − ξ0 ) ∈ [−π/T, π/T ]. Le
même repliement de fréquence s’observe sur un film qui échantillonne dans le temps le mouvement
rapide d’un objet, avec un nombre insuffisant d’images par seconde. Une roue qui tourne vite
semble dans le film tourner beaucoup plus lentement, parfois dans le sens inverse. Un cas très
simple est celui où ξ0 = 2π/T , auquel cas f (kT ) = 1, et le signal apparaı̂t stationnaire.
Exercice 6.3 A quelle vitesse une roue de voiture à cinq barreaux de 40cm de diamètre apparaı̂tra-
t-elle comme stationnaire sur un film tourné à 30 images par secondes ?
Pour éviter le recouvrement spectral, il faut que le support spectral de la fonction qu’on
échantillonne à un pas T soit inclus dans [−π/T, π/T ]. Ceci n’est malheureusement pas tou-
jours possible, car la fréquence d’échantillonnage est imposée par le dispositif d’acquisition. Il est
préférable dans ce cas de faire subir un prétraitement à f pour ramener son support spectral dans
[−π/T, π/T ].
Exercice 6.4 Montrer que la fonction g telle que Supp(F g) ⊂ [−π/T, π/T ] et qui soit la plus
proche possible de f en norme L2 est donnée par
1
F g(ξ) = ĥT (ξ) F f (ξ). (6.4)
T
Cette opération, appelée filtrage de f par T1 hT , évite le recouvrement spectral en supprimant
toutes les fréquences au-delà de π/T . Comme F g est à support dans [−π/T, π/T ], le théorème
d’échantillonnage montre que g(t) peut être reconstitué à partir des échantillons g(nT ).
Un convertisseur analogique/digital est composé d’un filtre qui limite le support fréquentiel à
[−π/T, π/T ], suivi d’un échantillonnage uniforme au pas T .
Puisque f˜ est une distribution N -périodique, elle peut s’écrire comme une série de Fourier :
et en évaluant la fonction de droite (continue presque partout) aux points donnés par les masses de Dirac
du membre de gauche, qui sont bien placées en des points de continuité de la fonction du membre de
droite.
6.3 Transformée de Fourier discrète 41
+∞
X
f˜(t) = ck (f˜) e2iπkt/N , (6.6)
k=−∞
avec
1 ¨˜ ∂
ck (f˜) = f , χ e−2iπkt/N 0 ,
N D ,D
où on a utilisé le Lemme 5.2. Finalement, la transformée de Fourier discrète est définie par N ck (f˜) :
où on a utilisé la définition (6.7) pour la seconde égalité. On utilise ensuite la périodicité de
k 7→ fˆ[k], à savoir
∀k = 0, . . . , N − 1, fˆ[k + N ] = fˆ[k],
pour regrouper les termes du membre de droite dans l’expression de f˜ ci-dessus, en décomposant
m ∈ Z sous la forme m = k + lN :
+∞ N −1
1 X X ˆ
f˜ = f [k] e2iπkt/N e2iπlt .
N
l=−∞ k=0
P −1 ˆ
car la fonction g : t 7→ N k=0 f [k] e
2iπkt/N
S (R), alors gh ∈ S (R), et ainsi
Psi h ∈ 2iπlt
est telle que
on peut définir le produit de la distribution tempérée +∞ l=−∞ e par la fonction g, en faisant
porter la multiplication sur la fonction test. Avec (5.6), on a ensuite
−1 −1
N
! +∞ +∞ N
!
1 X X X 1 X
f˜ = fˆ[k]e 2iπkt/N
δl = fˆ[k]e 2iπkl/N
δl .
N N
k=0 l=−∞ l=−∞ k=0
La comparaison avec la définition (6.5) montre que, par identification des termes devant les masses
de Dirac δl (0 6 l 6 N − 1),
N −1
1 X ˆ
f [n] = f [k] e2iπkn/N .
N
k=0
Exercice 6.5 Prouver la Proposition 6.8 de façon plus élémentaire en montrant que la famille
{ek }06k<N où
1
ek [n] = √ e2iπkn/N
N
est une base orthonormale de l’espace des signaux discrets de période N .
Fig. 6.3. Apparition de discontinuités lors de la périodisation de l’échantillonnage (voir Remarque 6.9).
Le calcul direct de la transformée de Fourier discrète par la formule (6.8) nécessite a priori, si
les exponentielles complexes sont stockées à l’avance, N 2 multiplications complexes, et N (N − 1)
additions complexes, soit une complexité en O(N 2 ).
Il existe cependant des techniques pour réduire ce coût de calcul, et calculer la transformée de
Fourier discrète en O(N log2 N ) opérations, par une simple réorganisation des calculs. On parle
ainsi d’algorithmes de transformée de Fourier rapide (FFT, pour “Fast Fourier Transform”). Il en
existe plusieurs, le plus connu étant celui de Cooley et Tuckey [2], qui s’applique lorsque le nombre
de points échantillonnés est une puissance de 2 (voir [3, Section III.B] pour d’autres références).
La puissance de cet algorithme en fait un outil numérique incontournable (voir par exemple [3,
Section III.B.7] pour une liste d’applications, en traitement du signal et résolution des équations
aux dérivées partielles).
Le principe de la méthode est de réaliser le calcul du coefficient fˆ[k] défini en (6.8) en regroupant
les termes n et n + N/2. On obtient deux formules distinctes, selon que k soit un entier pair ou
impair :
6.4 Transformée de Fourier rapide 43
N/2−1 Å ã
X 2iπkn
fˆ[2k] = f [n] + f [n + N/2] exp − , (6.10)
n=0
N/2
N/2−1 Å ã Å ã
X 2iπn 2iπkn
fˆ[2k + 1] = exp − f [n] − f [n + N/2] exp − . (6.11)
n=0
N N/2
Comme le montrent les expressions (6.10) et (6.11), les fréquences paires et impaires s’obtiennent
respectivement par transformée de Fourier discrète des signaux N/2-périodiques
f [n] + f [n + N/2]
et Å ã
2iπn
f [n] − f [n + N/2] exp − .
N
Une transformée de Fourier discrète de taille N peut donc se calculer à partir de deux transformées
de Fourier discrètes de taille N/2.
Montrons que la complexité globale de l’algorithme est O(N log N ). Soit M (N ) le nombre
d’opérations élémentaires (addition, multiplication...) nécessaires pour calculer la transformée de
Fourier d’un signal de longueur N . Le calcul fait intervenir deux transformées de Fourier de taille
N/2, ainsi que CN opérations élémentaires, où C est une constante. On a donc les formules de
récurrences suivantes :
M (N ) = 2 M (N/2) + CN.
En posant M
f(N ) = M (N )/N , et avec le changement de variables p = log2 N , on obtient
M f(p − 1) + C.
f(p) = M
La transformée de Fourier d’un signal ne comportant qu’une seule valeur est l’identité, donc
M
f(0) = 0. On en déduit que
M
f(p) = C p
soit finalement,
M (N ) = C N log2 N.
La complexité globale de l’algorithme est donc de C N log2 N = O(N log N ), bien inférieure au
O(N 2 ) qu’on obtiendrait si on calculait directement les coefficients de Fourier par leur définition.
En pratique, le facteur log N croı̂t tellement lentement que la complexité est quasi-linéaire.
La méthode de calcul a été ici expliquée pour des données de taille 2p . Elle peut être généralisée
à des données de taille arbitraire, toujours avec une complexité O(N log N ), mais avec un préfacteur
souvent plus important. Par exemple, sur un ordinateur de bureau standard sous MATLAB, une
FFT de taille 8, 388, 608 = 223 prend 0.1 secondes, une FFT de taille 8, 388, 449 (un nombre
premier) prend 1.6 secondes.
7
Appendice : intégrales et sommes dépendant d’un
paramètre
Les résultats suivants sont des conséquences directes du théorème de convergence dominée. Ils
s’appliquent au cas d’intégrales paramétriques mais aussi aux sommes de fonctions (en choisissant
pour Y les entiers naturels).
∂f
(x, y) 6 g(y)
∂x
Soit maintenant ρ ∈ D(Ω) égale à 1 sur K 0 et à support dans Ω 0 . On a pour tout φ ∈ D(Ω),
hT, φi = hT, ρφi + hT, (1 − ρ)φi
et hT, (1 − ρ)φi = 0 puisque les supports de T et de (1 − ρ)φ sont disjoints. De plus, comme
Supp(ρφ) ⊂ Ω 0 , on a
∀φ ∈ D(Ω), |hT, φi| 6 C sup |∂ α (ρφ)(x)|.
x∈Ω, |α|6p
avec
α!
C0 = C sup |∂ β ρ(x)|.
x∈Ω, |α|6p, β6α β! (α − β)!
Donc T est d’ordre fini inférieur ou égal à p.
48 8 Appendice : distributions à support compact
Remarque 8.4. Soit T ∈ E 0 (Ω) une distribution à support compact, p son ordre, K un voisinage
compact de Supp T et χ ∈ D(Ω) valant 1 sur K. Posons pour tout φ ∈ C ∞ (Ω),
Cette définition est indépendante de χ : soit en effet χ1 et χ2 dans D(Ω) valant 1 sur K ; on a
On a ainsi associé à une distribution à support compact une forme linéaire sur C ∞ (Ω).
Théorème 8.5. Les distributions à support compact sont des distributions tempérées.
Finalement,