TEXTE : Conseils entre sœurs.
Jeune fille, demande à ta maman. Demande-lui si elle ferait les mêmes choses s’il lui
était donné une deuxième chance de reprendre sa vie à l’âge de 12 ans. Le jeune dit :
j’ai ma vie devant moi, je fais ce que je veux. L’adulte dit : Si je savais. En fait, l’adulte
a eu à faire ce qu’il VOULAIT, aujourd’hui, il veut faire ce qu’il FALLAIT. Jeune fille, ma
chère sœur, te voilà dans la fleur de l’âge, belle, fraîche, la poitrine toisant le sommet
des montagnes de Dassa-Zoumè, le postérieur saillant, le regard renversant mais
laisse-moi te dire que c’est un piège. Demande à ta mère, elle te le dira. Il fut une
période où, elle aussi, sa région thoracique regardait le firmament, son postérieur
était gracieusement gigantesque, les lignes de son corps fusillaient les mâles d’envie…
Aujourd’hui, ma sœur, regarde-là. Regarde l’opération que l'âge et les
accouchements ont effectuée sur elle. Le corps passe, l’esprit demeure. Peut-être ne
comprendras-tu pas cette phrase, mais, demande à ta mère. Elle te dira que toutes
ces fleurs sur ton corps, c’est un piège. Un gros piège. Rien ne te détruira mieux que
ces atouts que tu brandis aujourd’hui comme un trophée. Elle te dira que maintenant
que tu es jeune, ce dont tu dois le plus prendre soin, c’est ton esprit. Ton esprit. Non,
elle ne parle pas de la divinité dont parle le pasteur ou le charlatan. Elle ne parle pas
d’un esprit auquel faire des rituels pour avoir ses vœux exaucés. Elle te parle de la
partie de toi qui pense. Qui réfléchit. Si tu peux mieux comprendre avec ce terme,
disons que c’est ton cerveau. Ta mère te dira que s’il lui était donné de retrouver la
fraîcheur de son adolescence, qu’elle investirait toute son énergie pour nourrir son
esprit, entretenir son cerveau. Jeune fille, accepte ceci maintenant ou tu l’accepteras
douloureusement plus tard : UN BEAU CORPS QUI ABRITE UN PAUVRE ESPRIT EST
UNE MISERABLE PACOTILLE. Pardon, je ne t’insulte pas, je suis gentille. Je ne dis que
la vérité. Accepte-là maintenant ou tu l’accepteras douloureusement plus tard.
Demande à ta mère. Un beau corps sans un esprit de qualité, ça devient un
distributeur de plaisirs le long du pavé. Désolée. Ça devient un professionnel pour
critiquer la vie des autres à longueur de journée. Ça devient un aigri, un méchant qui
ne réfléchit qu’à nuire à la vie de ceux qui réussissent. La jalousie le noircit. La
pauvreté l’emprisonne et le dépossède de sa vie. Demande à maman. Un beau corps
avec un esprit pauvre, ça veut un mari *prêt-à-porter* : beau, riche, galant. Et ça finit
par devenir une chose publique pour ceux qui ont quelques billets à brandir. Et ça
finit par être jeté comme une peau d’orange quand on aura fini d’en épuiser le jus.
Ma chère sœur, oublie ton corps et sa beauté, pense à ton avenir et travaille. Ne te
mêle pas à la distraction. Tu auras le temps pour ça après. Choisis ton chemin.
Surtout, tu dois choisir tes amis et tes fréquentations. Reste concentrée et
déterminée. Tu vas perdre presque tes amis si tu fais ce que je te dis, mais les
quelques rares amis que tu auras n’en seront que de vrais. Demande à ta mère, elle
te dira que ce que dis n’est pas faux. Demande-lui. Ma sœur, je t’aime. J’aimerais que
nous nous retrouvions au sommet sous peu. Sois forte. Sois toi. Je t’embrasse.
Charbelle La reine noire.