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Anneaux & Corps

Jérome Scherer
mise en page par Émir Nairi

Semestre de printemps
23 juin 2020
Introduction
Ces notes ont été réalisées par un étudiant du cours de l'année 2018-2019.
Elles sont susceptibles de contenir des erreurs. Avec votre volonté, nous par-
viendrons à les évincer : vous êtes libres de me signaler n'importe quelle co-
quille/erreur/point peu clair/manque de détails à l'adresse suivante : emir.nairi@ep.ch.

Les sections non traitées lors de l'année 2018-2019 sont annotées par (?).

Parfois le polycopié ne suit pas le cours dans le sens où des dénitions d'une
semaine n+k sont parfois données lors du cours de la semaine n.
La n du polycopié contient quelques exercices (corrigés) qui m'avaient parus
intéressants l'année dernière : certains présentent une généralisation ou illustrent
les quelques concepts du cours.

Aussi, ces notes ayant été réalisées de façon volontaire, j'en prote pour
glisser une petite dédicace à l'équipe : le Motoculteur de Gadji, MagicFinger,
Lilianou de Waterlou, Lomen et l'Algébriste. Bises et amusez-vous bien !(sauf le
dernier).

Émir

i
Table des matières

Introduction i
Table iv

I Anneaux 1
1 Quelques généralités sur les Anneaux 2
1.1 Dénitions de base et exemples connus . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.1.1 La notion d'anneau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.1.2 Homomorphismes d'anneaux et sous-anneaux . . . . . . . 3
1.2 Anneaux de polynômes, entiers modulaires . . . . . . . . . . . . . 4
1.2.1 Séries formelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
1.2.2 Évaluation des polynômes . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.2.3 Anneaux de groupes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.2.4 Les entiers modulaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.3 Anneaux intègres et corps . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.3.1 Quelques dénitions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.3.2 La caractéristique d'un anneau . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.3.3 Le corps des fractions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
1.3.4 Localisation (?) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.4 Idéaux et anneaux quotients . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
1.4.1 Idéaux : dénitions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
1.4.2 Anneau quotient, théorèmes d'isomorphisme . . . . . . . . 14
1.4.3 Le théorème chinois . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
1.5 Idéaux premiers, maximaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
1.5.1 Idéaux premiers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
1.5.2 Idéaux maximaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
1.5.3 Quelques idéaux particuliers (?) . . . . . . . . . . . . . . 25
1.6 La fonction ϕ d'Euler et le théorème de Fermat . . . . . . . . . . 27

2 Classication des anneaux 30


2.1 Anneaux euclidiens et principaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
2.1.1 Anneaux de polynômes et division polynômiale . . . . . . 30

ii
TABLE DES MATIÈRES iii

2.1.2 Division euclidienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31


2.1.3 Anneaux principaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
2.1.4 Un théorème de Fermat : la somme des carrés (?) . . . . . 32
2.2 Anneaux factoriels, polynômes irréductibles . . . . . . . . . . . . 35
2.2.1 Éléments associés et irréductibles . . . . . . . . . . . . . . 36
2.2.2 Anneaux factoriels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
2.2.3 Anneaux noethériens . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
2.2.4 Un anneau principal est factoriel . . . . . . . . . . . . . . 40
2.2.5 Théorème de Gauss . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
2.2.6 Quelques critères d'irréductibilité . . . . . . . . . . . . . . 46
2.3 Petite carte des anneaux et résultats de série . . . . . . . . . . . 47
2.3.1 Quelques exemples et contre-exemples . . . . . . . . . . . 47
2.3.2 Quelques résultats des séries d'exercices . . . . . . . . . . 48

II Les Corps 49
3 Extensions de corps 50
3.1 Extensions et corps nis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
3.1.1 Structure de K-algèbre et retour rapide aux polynômes . 50
3.1.2 Extensions algébriques et transcendantes . . . . . . . . . 55
3.1.3 Corps de rupture et corps de décomposition . . . . . . . . 59
3.1.4 Corps algébriquement clos . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
3.1.5 Corps nis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64

4 Introduction à la théorie de Galois 69


4.1 K -automorphisme et éléments primitifs . . . . . . . . . . . . . . 69
4.1.1 K -automorphismes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69
4.1.2 Deux extensions cubiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
4.1.3 Extensions monogènes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
4.2 Extensions galoisiennes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
4.3 Résultats de série . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 78

III Les Modules 79


5 Généralités sur les modules 80
5.0.1 Dénitions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
5.0.2 Opérations sur les modules . . . . . . . . . . . . . . . . . 82
5.0.3 Noyau, conoyau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
5.0.4 Modules libres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84

IV Exercices ? 87
6 Énoncés 88
TABLE DES MATIÈRES iv

7 Corrigés 95
Première partie

Anneaux

1
Chapitre 1

Quelques généralités sur les


Anneaux

1.1 Dénitions de base et exemples connus


Nous donnons la dénition d'anneau, et énumérons quelques exemple bien
connus sur lesquels nous nous appuierons pour construire par la suite de nou-
veaux exemples. Ces notions sont considérées comme étant acquises avant le
début du cours et constituent donc des prérequis.

1.1.1 La notion d'anneau


Nous commençons par la dénition d'un anneau.

Dénition 1.1.1. anneau


est un triplet (A, +, ·) où A
addition multiplication
Un est un ensemble, où
+ et · sont deux lois de composition internes appelées et
telles que :

1. (A, +) est un groupe abélien ;

2. la multiplication est associative : (a · b) · c = a · (b · c) pour tous a, b, c ∈ A ;


3. la multiplication est distributive (à gauche et à droite) par rapport à l'ad-
dition :

• a · (b + c) = a · b + a · c pour tous a, b, c ∈ A,
• (b + c) · a = b · a + c · a pour tous a, b, c ∈ A ;
4. Il existe un élément 1 = 1A appelé unité ou élément neutre pour la mul-
tiplication tel que 1A · a = a = a · 1A pour tout a ∈ A.
Remarque 1.1.2. Tous les anneaux que nous considérerons sont donc
.
uni-
taires

Exemple 1.1.3. Les entiers relatifs Z, les nombres rationnels R, les nombres
complexes C, munis de l'addition et de la multiplication usuelles, forment des

2
CHAPITRE 1. QUELQUES GÉNÉRALITÉS SUR LES ANNEAUX 3

anneaux. Pour tout anneau A et tout entier n ≥ 1, l'ensemble Mn (A) des ma-
trices carrées de taille n × n forme un anneau pour la somme et la multiplication
matricielles. L'anneau nul {0} est le seul anneau dans lequel 0 = 1.

Remarque 1.1.4. Il existe des dénitions plus souples, on pourrait par exemple
parler d'anneau sans unité (par exemple les fonctions réelles à support compact
ou encore 2Z), mais nous ne le ferons pas dans ce cours. Une raison simple pour
cela est que nous allons souvent considérer des ensembles de multiples d'un
élément a (a) = {x · a | x ∈ A}, de manière analogue à ce que
donné, nous
faisons dans Z où (n) désigne l'ensemble des multiples de n. Sans unité dans
notre anneau a n'appartiendrait pas à (a)...

Voici une liste de propriétés qui sont vraies dans tout anneau et dont les
preuves gurent dans le cours d'algèbre linéaire de première année.

Lemme 1.1.5. Soit A un anneau. Pour tous a, b ∈ A on a :


1. L'élément neutre pour + est : 0 · a = 0 = a · 0.
absorbant

2. (−a) · b = −(a · b) = a · (−b). En particulier (−1) · a = −a.


3. L'unité est unique : Si e ∈ A est tel que e · a = e pour tout a ∈ A, alors
e = 1.
Dénition 1.1.6. commutatif
Un anneau est dit si la multiplication est com-
mutative.

Les anneaux de matrices, même lorsque les coecients vivent dans un anneau
commutatif (non nul), ne sont pas des anneaux commutatifs dès que n ≥ 2
puisque

           
1 0 0 1 0 1 0 0 0 1 1 0
· = 6= = ·
0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0

1.1.2 Homomorphismes d'anneaux et sous-anneaux


Comme souvent en mathématiques il n'est pas très utile de dénir de nou-
veaux objets si on ne sait pas comment les comparer entre eux. La notion qui
permet de faire cela pour les anneaux est celle d'homomorphismes d'anneaux
(de même qu'on compare deux groupes en considérant des homomorphismes
de groupes, deux espaces vectoriels avec des applications linéaires, des espaces
topologiques avec les applications continues, etc.). Sans surprise un homomor-
phisme d'anneaux est une application qui est un homomorphisme de groupes
(additifs) et qui est compatible également avec la structure multiplicative. Les
mathématiciens étant paresseux, la dénition impose les conditions minimales
qui assurent cela.

Dénition 1.1.7. (A, +, ·) (B, +, ·) homomor-


phisme d'anneaux f : A → B
Soient et deux anneaux. Un
est une application telle que, pour tous a, b ∈ A :

1. f (a + b) = f (a) + f (b) ;
CHAPITRE 1. QUELQUES GÉNÉRALITÉS SUR LES ANNEAUX 4

2. f (a · b) = f (a) · f (b) ;
3. f (1A ) = 1B .

Le Lemme 1.1.5 permet de montrer facilement que f (0A ) = 0B , que f (−a) =


−f (a). On a aussi que l'image d'un élément a inversible est inversible et qu'alors
f (a−1 ) = (f (a))−1 .
Dénition 1.1.8. Un homomorphisme d'anneaux est un isomorphisme s'il est
bijectif.

Remarque 1.1.9. En fait un isomorphisme d'anneaux est un homomorphisme


qui admet un inverse. La bijectivité permet de considérer l'application inverse,
qui est aussi un homomorphisme d'anneaux. En eet c'est un homomorphisme
de groupes (abéliens) et la compatibilité avec le produit provient des propriétés
(2) et (3). Par exemple f −1 (1B ) = 1A est clair.

Si B est un anneau, un sous-ensemble A ⊂ B est un sous-anneau si l'ad-


dition et la multiplication de B dénissent des lois de composition sur A qui
en font un anneau. Autrement dit l'application d'inclusion i : A 7→ B est un
homomorphisme d'anneaux.

Dénition 1.1.10. sous-


anneau
Soit B un anneau. Un sous-ensemble A de B est un
deB si c'est un sous-groupe abélien qui contient l'unité et si la multi-
plication de B induit une loi de composition sur A.

Les inclusions Z⊂Q⊂R⊂C sont toutes des inclusions de sous-anneaux.

Exemple
  1.1.11. Le sous-ensemble C de M2 (R) formé des matrices de la forme
a b
où a, b ∈ R est un sous anneau. En eet il s'agit clairement d'un sous-
−b a
groupe (pour l'addition), la matrice I2 ∈ C et on vérie à la main que le produit
de deux matrices de C est encore dans C .
 L'application
 f : C → C qui envoie le nombre complexe a + bi sur la matrice
a b
est un isomorphisme d'anneaux.
−b a

1.2 Anneaux de polynômes, entiers modulaires


1.2.1 Séries formelles
Soit A un anneau. On considère toutes les suites (a0 , a1 , ....) où ai ∈ A, ∀n ∈
N. La dénition de l'addition est induite par l'addition de A et se fait terme à
terme, ceci fait de cet ensemble un groupe abélien. La multiplication est dénie
comme suit :

X
(ai )i∈N · (bi )i = ( ai bj )k (1.1)
i+j=k
CHAPITRE 1. QUELQUES GÉNÉRALITÉS SUR LES ANNEAUX 5

On note la suite (0(0) , 1(1) , 0(2) , ...0) comme t et tn comme (0(0) , 0(1) , .., 1(n) , 0(n+1) , ..0).
n
On pourra vérier que t · t · t...t = t avec notre dénition.
| {z }
séries formelles
n f ois
On note cet anneau A[[t]], l'anneau des . Une suite (ai )i∈N est
k
P
identiée à k∈N ak t . Il ne s'agit pas de l'anneau des polynômes, toutefois on
vérie que l'ensemble
P
k∈N ak tk : ∃m ∈ N tq : ∀k ≥ m, ak = 0
des séries à support ni est un sous anneau, et il s'agit de l'anneau des polynômes
à coecients dans A, à une seule indéterminée, t et noté A[t].
Remarque 1.2.1. Il sera utile pour la suite de voir que, ∀a ∈ A, ”a = (a , 0, ...0)”.
Autrement dit, A ⊂ A[t], et dans la suite on notera i le morphisme d'inclusion. (0)

1.2.2 Évaluation des polynômes


Soit f: A 7−→ B , un homomorphisme d'anneaux commutatifs de A dans B
et xons b ∈ B (sans l'hypothèse de commutativité il faudrait supposer que b
se trouve dans le centre de B ).

A
f
/B
>
i
evb

A[t]

Proposition 1.2.2. Il existe un unique homomorphisme d'anneau ev : A[t] 7−→ B


tel que ev ◦ i = f et ev (t) = b (en d'autres termes le diagramme commute). Ici
b

i désigne l'application d'inclusion i : A ,−


→ A[t].
b b

Démonstration. Si ce morphisme existe, il est uniquement déterminé par la re-


lation evb ◦ i = f .
Soit a ∈ A. Alors on a evb (a) = evb (i(a)) = f (a).
De plus, les propriétés de morphisme imposent que pour tout entier naturel k
evb (tk ) = bk
et alors
Pm Pm
evb ( j=1 aj tj ) = j=1 f (aj )bj
et le morphisme est bien déni.

Exemple 1.2.3. Le cas de Z est particulier. Soit B un anneau. Les proprié-


tés du morphisme impliquent (par une petite récurrence) qu'il existe un unique
CHAPITRE 1. QUELQUES GÉNÉRALITÉS SUR LES ANNEAUX 6

homomorphisme d'anneaux f : Z ,−→ B. On dit que Z est indiciel.


/B
Z >
i
evb

Z[t]

Remarque 1.2.4. Si A est un sous anneau de B , et b ∈ B , on note A[b] l'image


de A[t] par ev . C'est le plus petit sous anneau de B qui contient A et b.
b

Exemple 1.2.5. 1. Z[i] = {a + bi : a, b ∈ Z} ⊂ C


2. On peut itérer la construction précédente sur l'anneau A[t] et dénir A[s][t].
On a toujours st = ts même si A est non commutatif. En eet s · t
est donné par (s, 0, 0, . . . ) · (0, 1, 0, . . . ) = (0, s, 0, . . . ) = (0, 1, 0, . . . ) ·
(s, 0, 0, . . . ).

1.2.3 Anneaux de groupes

nies
Soit G un groupe, A un anneau. L'anneau A[G], appelé anneau du groupe
G, est constitué de l'ensemble des combinaisons linéaires d'éléments de
G, avec pour coecients des éléments de A, i.e l'ensemble des expressions
Pm
k=1 ak gk , où m ∈ N, ak ∈ A & gk ∈ G, ∀k ∈ [m]
La somme de ces éléments est dénie terme à terme, et la multiplication induite
par celle de G
m n loi de G
X X X z }| {
( ai gi )( bj hj ) = ai bj (gi hj ) (1.2)
i=1 j=1 i,j
|{z}
loi de A

L'unité de cet anneau est 1A · 1G .

Exemple 1.2.6. est comme , isomorphe à Z . Toutefois,


6

cet anneau n'est pas commutatif, car


Z[S3 ] groupe abélien

1(12) · 1(23) = 1(123) 6= 1(132) = 1(23) · 1(12)


Ceci constitue un exemple de deux ensembles isomorphes en tant que groupes
mais en tant qu'anneaux.
Un autre exemple de calcul dans Z[S ] est
pas

distributivité
(1 + (12))2 = (1 + (12))(1 + (12))
z}|{
= 1 + 1(12) + (12)1 + (12)(12) = 2 + 2(12)
| {z }
=1
CHAPITRE 1. QUELQUES GÉNÉRALITÉS SUR LES ANNEAUX 7

1.2.4 Les entiers modulaires


On note Z/nZ, ou Z/(n) ou encore Z/n le groupe abélien des classes de
congruences modulo n. On note k̄ classe de k.
Dénition 1.2.7. On dénit k̄ · ¯l = kl¯ .
Proposition 1.2.8. Muni de la multiplication "·" dénie précédemment, (Z/nZ, · , +)
est un anneau.
1.3 Anneaux intègres et corps
Soit A un anneau.

1.3.1 Quelques dénitions


Dénition 1.3.1. Un élément a ∈ A est dit inversible
s'il existe un élément
b∈A tel que ab = 1 = ba. Lorsqu'un un tel élément b existe on le note a−1 . On
note encore A× pour l'ensemble des éléments inversibles de A.
Remarque 1.3.2. On doit demander que l'inverse b est un inverse à gauche
et à droite si l'anneau n'est pas commutatif en général. Le phénomène agréable
étudié en algèbre linéaire qui fait qu'une matrice carrée est un inverse à gauche si
et seulement si c'est un inverse à droite est basée sur le fait qu'un endomorphisme
de Kn est injectif si et seulement s'il est surjectif. Cette particularité n'est pas
vraie dans un anneau quelconque. Nous verrons un exemple dans la série 2.

Dénition 1.3.3. Un anneau non nul A est un corps s'il est commutatif et que
A× = A \ {0}.
On parle parfois de corps gauche lorsque l'hypothèse de commutativité n'est
pas demandée, mais dans ce cours les corps seront commutatifs par dénition.

Dénition 1.3.4. intègre


diviseur de zéro
Un anneau A est s'il est non nul, commutatif et s'il
n'a pas de , autrement dit on exige que si ab = 0 pour a, b ∈ A
alors soit a = 0, soit b = 0.

Proposition 1.3.5. Tout anneau ni et intègre est un corps.


La preuve est en exercice dans la série 2. Elle est basée sur l'analyse de
l'application ϕa : A → A dénie par ϕa (b) = ab pour tout b ∈ A.

Exemple 1.3.6. n'est pas intègre : 2̄ · 3̄ = 6̄ = 0̄


• Z/6
• Si A est un sous anneau d'un corps K , alors il est intègre.
• Les anneaux de matrices ne sont pas intègres en général (par exemple,
considérer une matrice sur M (R)).
nilpotente 2
CHAPITRE 1. QUELQUES GÉNÉRALITÉS SUR LES ANNEAUX 8

1.3.2 La caractéristique d'un anneau


Soit A un anneau et f : Z → A l'unique homomorphisme d'anneaux de source
Z. On observe que f (1) = 1A , et comme n = 1 + · · · + 1 pour tout entier naturel
n, alors par induction f (n) = 1A + · · · + 1A =: n · 1A . Finalement pour tout
n ∈ N, on a f (−n) = −f (n) = −n · 1A ). Le noyau de f est un idéal de Z, il est
donc de la forme (n) pour un entier n ∈ N.
Dénition 1.3.7. La caractéristique de l'anneau A est le seul entier car(A) = n
tel que ker(f ) = (n).

Exemple 1.3.8. (a) car(Z) =0 = car(Q) = car(R) puisque f est injective.
(b) car(Z/n) = n = car(M ( (n))) = car( n[t]).
Z
n
Z 

En général on distingue trois situations. La première est très rare !

Lemme 1.3.9. Le seul anneau de caractéristique 1 est l'anneau nul.


Démonstration. L'homomorphisme f est constant, égal à zéro, si et seulement
si 1A = 0A ce qui n'arrive que si A = {0}.

La seconde situation est celle où Z s'identie à un sous-anneau de A.


Lemme 1.3.10. On a car (A) = 0 si et seulement si f : Z → A est injectif.
Sinon ker(f ) = (n) pour n ≥ 2. Dans ce cas c'est le plus petit entier non nul
tel que n · 1A = 0A .
Lemme 1.3.11. Un anneau A est de caractéristique n ≥ 2 si et seulement si
Z/nest isomorphe à un sous anneau de A.
Démonstration. Le théorème d'isomorphisme permet d'identier
Z/n avec l'image
de f, qui est le plus petit sous-anneau de A puisqu'il est engendré par 1A .

Remarque 1.3.12. On peut trouver une dénition équivalente pour la carac-


téristique de A : l'ordre de 1 pour le groupe (A, +).
A

Proposition 1.3.13. Si A est intègre, alors soit car(A) = 0 ou car(A) est un


nombre premier.
Note : La caractéristique d'un corps K est un nombre premier s'il ne contient
K est un Z/p
action
pas Z. En particulier, espace vectoriel (de dimension nie).
L' de Z/p sur K est dénie :
Z/p × K → K
(λ̄, x) 7→ λ̄ · x = f (λ)x

Exemple 1.3.14. Si car(A) = p, A n'est pas nécessairement in-


tègre. Prendre par exemple Z/p × Z/p.
Attention !
CHAPITRE 1. QUELQUES GÉNÉRALITÉS SUR LES ANNEAUX 9

1.3.3 Le corps des fractions


On suppose ici que A est un anneau intègre, car notre objectif est de construire
un corps K contenant A.
Dénition 1.3.15. Le de A est un corps K qui contient A
tel que tout élément non nul x ∈ K s'écrit comme fraction x = , où a ∈ A et
corps des fractions
a

b∈A .
b

Construction du corps des fractions


On dénit une relation sur A × A∗ par

(a, b) ∼ (a0 , b0 ) ⇔ ab0 = a0 b


Armation 1.3.16. Cette relation dénit une relation d'équivalence.
Démonstration. 1. la symétrie et la réexivité sont évidentes.

2. Pour la transitivité, supposons que (a, b) ∼ (a0 , b0 ) et que (a0 , b0 ) ∼ (ã, b̃).
Alors on a les égalités

ab0 = a0 b & a0 b̃ = b0 ã

Notre objectif est de montrer que ab̃ = ãb. On calcule d'abord

ab̃b0 = ab0 b̃ = a0 bb̃ = a0 b̃ = b0 ãb

Ce qui nous donne

(ab̃ − bã)b0 = 0.

Par intégrité et du fait que b0 6= 0, on a ãb = ab̃.

Remarque 1.3.17. Dans la dernière partie de la preuve ci-dessus, on a simpli-


é par un élément non nul : cette pratique est toujours valable dans un anneau
intègre.
Lemme 1.3.18 désigne la classe (a, b), et on dénit
. a

comme l'ensemble des classes d'équivalences de A × A par ∼.


(Lemme et notation)
b

Soit a, a , c ∈ A, et b, b , d ∈ A .On munit K de deux opérations :


K
0 0 ∗

1. somme : + = a a0 ab0 +a0 b

2. produit : · =
b b0 bb0
a c ac

Ces opérations sont bien dénies (i.e, ne dépendent pas du choix du repré-
b d cd

sentant d'une classe).


CHAPITRE 1. QUELQUES GÉNÉRALITÉS SUR LES ANNEAUX 10

Démonstration. si
a
b = a0 c
b0 et que d = c0
d0 , alors on a les relations

ab0 = a0 b & cd0 = c0 d


par suite, on a

ad+bc a0 d0 +c0 d0
bd = b0 d0


(ad + bc)b0 d0 = (a0 d0 + c0 b0 )bd

adb0 d0 = bcb0 d0 = a0 d0 bd + c0 b0 bd

ab0 dd0 + cd0 bb0 = a0 bd0 d + c0 db0 b
En utilisant nos relations d'équivalence, on trouve bien l'égalité. Le produit se
montre de façon similaire.

Proposition 1.3.19. dénit précédemment est un corps qui contient A via


l'application d'inclusion
K
a
i(a) = , ∀a ∈ A
1
qui est donc un sous anneau. C'est un corps des fractions de A.
Démonstration. · +
Les propriétés et A
découlent de celle de . On a aussi que

0K = 0
1 = 0
b , ∀b ∈ A∗
de plus

1K = 1
1 = b
b , ∀b ∈ A∗
K est un corps des fractions par construction. Chaque élément peut s'écrire
comme produit d'un élément de A et d'un inverse d'un élément de A∗ . Cette
écriture, modulo la relation d'équivalence sur le corps des fractions dénie pré-
cédemment, est unique.

Corollaire 1.3.20. Soit A un anneau. Alors :


A est intègre ⇔ A est un sous anneau d'un corps.

Exemple 1.3.21. 1. Q est le corps des fractions de Z.


2. Si A est déjà un corps, le corps des fractions de A est A.
3. Le corps des fractions de K[t] est le corps des fractions rationnelles K(t)
dont les éléments sont des quotients de polynômes :
CHAPITRE 1. QUELQUES GÉNÉRALITÉS SUR LES ANNEAUX 11

n o
p(t)
K(t) = q(t) : p(t) ∈ K[t], q(t) ∈ K[t]∗

4. Q[√5] = √a + b√5 : a, b ∈ Q


est le corps des fractions de Z[ 5].
Pour tout
Proposition 1.3.22 (Propriété universelle d'un corps des fractions).
homomorphisme j : A ,→ L, où L est un corps, il existe un unique
injectif

homomorphisme de corps K ,−→ L tel que f ◦ i = j. En d'autres termes le


f

diagramme suivant commute :

A
j
/L
?
i
 f
K

Démonstration. L'idée est de poser f ( ab ) = j(a)j(b)−1 .


Le fait de demander que j soit injectif est un peu obscur pour le moment
mais ce sera clair lorsque l'on aura introduit la notion d'idéal.

1.3.4 Localisation (?)


On généralise le processus précédent à certaine parties de A qui satisfont
certaines propriétés. Dans la suite on se donne A un anneau intègre.

Dénition 1.3.23. Une partie S de A est dite multiplicative si elle satisfait :


1. 1 ∈ S.
2. ∀a, b ∈ S, ab ∈ S.
Remarquons que A∗ est une partie multiplicative de A.

Notre but est de construire, étant donnée une partie multiplicative S, un


anneau S −1 A et un homomorphisme i : A → S −1 A tel que i(S) est formé
d'éléments inversible dans S −1 A (et on aimerait que cet anneau soit le plus
"petit" possible pour cette propriété). On pourra ainsi voir la construction du
corps des fractions de A comme un cas particulier de cette théorie. Commençons
par quelques exemples :

Exemple 1.3.24.

1. Si A = Z et S = Z , alors l'anneau S
∗ −1
sera l'anneau Q, et i : Z → Q
l'injection canonique.
A
CHAPITRE 1. QUELQUES GÉNÉRALITÉS SUR LES ANNEAUX 12

2. Si S est formé uniquement d'éléments inversibles, alors S A = A. En −1

particulier si A est un corps, la construction n'a pas grand intérêt...


3. Si A = Z et S = {10 , n ∈ N} alors S A est constitué de l'ensemble des
n −1

nombres décimaux.
Remarque 1.3.25. Remarquons qu'on ne restreint pas 0 6∈ S . Mais comme
expliqué plus haut, on construit le localisé de façon à ce que les éléments de S
A

soient inversibles. Ainsi si 0 ∈ S, le localisé est l'anneau nul...


A

Construction
Sur l'ensemble A × S, on dénit la relation d'équivalence

(a, s) ∼ (b, t) ⇐⇒ ∃u ∈ S : u(at − bs) = 0.


Il est facile de vérier que cette relation dénit une relation d'équivalence sur
A × S.
L'ensembleS −1 A désigne le quotient de A×S par cette relation d'équivalence
−1
(autrement dit S A est l'ensemble des classes d'équivalence de cette relation).
a −1
La classe du couple (a, s) est notée
s . Notons i : A → S A l'application qui
a −1
à a ∈ A associe la classe . Attention, i n'est pas un morphisme et S A n'est
1
pas un anneau. Toutefois nous allons munir le localisé d'une structure d'anneau
qui fera que i est un morphisme.

La dénition provient du calcul usuel des fractions. L'élément neutre pour


0 1
l'addition sera
1 et l'élément neutre pour la multiplication sera 1 . On dénit
a b at+bs
par suite
s + t = st (comme pour le corps des fractions !). La multiplication
a b ab
se dénit par
s · t = st .

De façon identique à la construction du corps des fractions, on peut montrer


que la dénition de ses opérations ne dépend pas des choix des représentants,
et qu'elles confèrent à l'ensemble S −1 A une structure d'anneau.

De cette façon, l'application i que nous avions dénie plus haut est un mor-
phisme d'anneau car

0 1
i(0) = 1 =0 et i(1) = 1 =1
Par suite

a+b a b
i(a + b) = 1 = 1 + 1 = i(a) + i(b)
et

ab ab
i(ab) = 1 = 11 = i(a)i(b)
Soit s ∈ S . Alors i(s) = 1s ∈ S −1 A et 1
s ∈ S par construction, ainsi i(s) 1s = s
s =1
−1
et les éléments de S sont inversibles dans S A.
CHAPITRE 1. QUELQUES GÉNÉRALITÉS SUR LES ANNEAUX 13

Exemple 1.3.26. Si S = A , alors S


∗ −1
A est le corps des fractions de A.
L'importance de cette construction provient de la propriété universelle qu'elle
vérie.

Théorème 1.3.27 . Soit A un anneau in-


tègre et S une partie multiplicative de A. Soit encore i le morphisme d'anneau
(Propriété universelle du localisé)

construit plus haut. Alors, pour tout homomorphisme d'anneau B et tout mor-
phisme d'anneau f : A → B tel que f (S) ⊂ B , il existe un unique homomor-
×

phisme ϕ : S A → B tel que f = ϕ ◦ i. En d'autres termes, le diagramme


−1

suivant commute.
A
f
/B
<
i
 ϕ
−1
S A

Démonstration. Si une telle application existe, elle vérie

ϕ( as )f (s) = ϕ( as )ϕ(i(s)) = ϕ( a1 ) = f (a)


et donc ϕ( as ) = f (a)f (s)−1 . On vérie que cette formule dénit un homomor-
phisme qui satisfait la relation f = ϕ ◦ i. Cette relation entraîne son unicité, et
a b
qui est bien déni (i.e si
s = ϕ( as ) = ϕ( bt )).
t , alors

1.4 Idéaux et anneaux quotients


On cherche à établir sous quelles conditions on peut former un anneau quo-
tient A/I , pour I ⊆ A un sous ensemble. Comme cet anneau doit aussi être
un groupe abélien, I doit être un sous groupe de (A, +) (A étant commutatif,
on rappelle que tout sous groupe est normal). On aimerait toutefois recycler les
opérations de A pour dénir cet anneau.

1.4.1 Idéaux : dénitions


Dans cette section, A est un anneau qui n'est pas nécessairement intègre ou
commutatif.

Dénition 1.4.1. Un sous ensemble I de A est un (resp. à


droite) si (I, +) est un sous groupe abélien de (A, +) et si
idéal à gauche

∀a ∈ A, ∀i ∈ I, ai ∈ I (resp. ia ∈ I)
Si I est un idéal à gauche et à droite, on dit que I est un idéal . bilatère

Remarque 1.4.2. Si A est commutatif, tout idéal est bilatère, et on dira sim-
plement que I est un idéal.
CHAPITRE 1. QUELQUES GÉNÉRALITÉS SUR LES ANNEAUX 14

Exemple 1.4.3. 1. {0} et A sont des idéaux bilatères.


2. Tous les idéaux de Z sont de la forme nZ. Autrement dit tous les sous
groupes de Z sont des idéaux.
Dénition 1.4.4. Si A est commutatif, et a ∈ A on dénit
(a) = {ba | b ∈ A}
C'est un idéal de A dit principal (ou monogène).
Proposition 1.4.5. Soit K un anneau commutatif. Alors :
K est un corps ⇐⇒ les seuls idéaux de K sont {0} et K

Démonstration. =⇒ I   Si Kest un idéal non nul de , on va montrer qu'il


s'agit deK . Soit x ∈ I non nul. Puisque K est un corps, et par dénition d'un
−1
idéal, 1K = x x ∈ I . Ceci nous permet de déduire que K = I .
 ⇐= Considérer, pour un élément x non nul de K , l'idéal monogène (x). Il est
égal à K par hypothèse, et donc 1K ∈ (x).

Proposition 1.4.6. Soit f : A 7→ B un homomorphisme d'anneaux. Alors le


noyau de f , ker(f ), est un idéal bilatère de A.
Démonstration. Laissée.

Exemple 1.4.7. ,
ev1 : R[t] 7→ R ker(ev1 ) = (t − 1). C'est un idéal principal.
1.4.2 Anneau quotient, théorèmes d'isomorphisme

Soit A un anneau, et I, J deux idéaux à gauche de A. Nous ne traiterons


pas explicitement le cas des idéaux à droite, semblable en tous points à ce que
nous présentons ici pour les idéaux à gauche.

Les constructions qui suivent trouvent leur origine dans le fait que l'inclusion
ensembliste ⊂ munit l'ensemble de tous les idéaux à gauche de A d'une structure
d'ensemble partiellement ordonné (poset). Etant donné deux idéaux à gauche I
et J on peut donc légitimement se demander quels sont les idéaux plus petits
(resp. plus grands) que I et J.
1. Intersection. Le meet de I et J , c'est-à-dire le plus grand des minorants
de I et J est l'intersection I ∩ J . On vérie aisément que I ∩ J est un idéal
à gauche de A et qu'il est plus grand contenu à la fois dans I et dans J .
CHAPITRE 1. QUELQUES GÉNÉRALITÉS SUR LES ANNEAUX 15

2. Somme. Le join de I et J , c'est-à-dire le plus petit des majorants de I


et J est la somme I + J = {i + j | i ∈ I, j ∈ J}. On vérie aisément que
I + J est un idéal à gauche de A et qu'il est plus petit qui contient à la
fois I et J .

3. Produit. Le produit
de I et J , est I · J = {
Pn
k=1 xk · yk | k ∈ N, xk ∈
I, yk ∈ J}. On vérie aisément que I · J est un idéal à gauche de A
Remarque 1.4.8. La réunion d'idéaux n'est pas un idéal en général, ce n'est
pas vrai déjà au niveau des sous-groupes. C'est pour obtenir la stabilité de la
somme que l'on dénit I +J et la propriété de stabilité pour le produit par des
éléments de A à gauche suit.
Le produit de deux idéaux est aussi déni de sorte à garantir la stabilité de
la somme et la propriété de stabilité pour le produit par des éléments de A à
gauche suit directement de celle de I (sans devoir utiliser celle de J ).
Les relations entre les idéaux dénis ci-dessus sont visuellement éclairantes
dans le cas d'idéaux bilatères (chaque èche décorée d'un petit crochet indique
une inclusion) :

;Iq

 , "
I ·J  / I ∩J r I< + J

# -
J

Toutefois, dans le cas d'idéaux à gauche la première inclusion ne tient pas


nécessairement.

Exemple 1.4.9. Dans Z, si I = (12) et J = (18), alors I · J = (216), mais


I ∩ J = (36) car 36 est le ppmc de 12 et 18 et enn I + J = (6) car 6 est leur
pgdc.

Dans la suite, on se donne A un anneau.

Proposition 1.4.10 . Si I est un idéal


de A, alors A/I possède une structure d'anneau, dont les lois d'addition
(Construction de l'anneau quotient)

et de multiplication sont induites par celles de A, i.e


bilatère

(a + I) + (b + I) = (a + b) + I

(a + I) · (b + I) = (a · b) + I

Démonstration. On sait déjà (cf cours de Théorie des groupes) que A/I possède
une structure de groupe. On vérie que · est bien dénie. On rappelle que
CHAPITRE 1. QUELQUES GÉNÉRALITÉS SUR LES ANNEAUX 16

a ≡ a0 mod(I) ⇐⇒ a − a0 ∈ I ⇐⇒ ∃i ∈ I : a + i = a0
si b = b0 + j et a = a0 + i pour i, j ∈ J , on aimerait montrer que la multiplication
ne dépend pas du choix de représentant, c'est-à-dire

ab ≡ a0 b0 mod(I)
On calcule :

ab = (a0 + i)(b0 + j) = a0 b0 + ib0 + a0 j + ij


| {z }
∈I
0 0
Donc ab ≡ a b mod(I) et la multiplication  · est bien dénie. La distributivité
et l'associativité découlent de celle de A (se démontre de façon identique qu'au
cours de théorie des groupes). L'unité de l'anneau 1A/I est la classe de 1A .

Dénition 1.4.11. On appelle (A/I, +, ·) l'anneau de A par l'idéal


bilatère I .
quotient

Proposition 1.4.12. Soit I un idéal bilatère d'un anneau A. L'application


π : A 7→ A/I
a 7→ a = a + I
est un homomorphisme d'anneau appelé homomorphisme canonique.
Démonstration. C'est un homomorphisme de groupe. De plus

π(1A ) = 1A = 1A + I = 1A/I
et ∀a, b ∈ A : π(ab) = ab = a · b = π(a) · π(b).
Donc c'est un homomorphisme d'anneau.

Corollaire 1.4.13. Tout idéal bilatère d'un anneau est noyau d'un homomor-
phisme.
Proposition 1.4.14 . Soit f : A 7→ B un morphisme
d'anneau tel que I , un idéal bilatère de A, est inclus dans ker(f ).
(Propriété universelle)

Alors, il existe un unique morphisme d'anneau f : A/I 7→ B tel que


f ◦π =f
En d'autres termes, le diagramme suivant commute.
A
f
/B
=
π
 f
A/I
CHAPITRE 1. QUELQUES GÉNÉRALITÉS SUR LES ANNEAUX 17

Démonstration. L'existence et l'unicité de f comme homomorphisme de groupe


tient du cours de théorie des groupes. Il nous reste à vérier qu'il s'agit d'un
morphisme d'anneau.

f (1A/I ) = f (1A ) = 1B
et pour le produit

f (ab) = f (ab) = f (ab) = f (a)f (b) = f (a)f (b)


On montre de façon identique au cours de théorie des groupes que f ne dépend
pas du choix de représentant de a dans a.
Remarque 1.4.15. La condition I ⊆ ker(f ) est une condition nécessaire.
Théorème 1.4.16 (Théorème d'isomorphisme). Soit f : A 7→ B un morphisme
d'anneau. Alors f induit un isomorphisme
f : A ker(f ) 7→ Im(f )


En particulier, si f est surjective, A ∼


ker(f ) = B .
Démonstration. La propriété universelle nous donne, le noyau étant un idéal
bilatère de A, et Im(f ) un sous anneau de B , un homomorphisme
f : A ker(f ) → Im(f )


Il nous reste à vérier que f est bijective.

1. f est injective :
f (a) = 0 = f (a) ⇐⇒ a ∈ ker(f ) ⇐⇒ a = 0
2. Im(f ) = Im(f ◦ π) = Im(f ) et f est surjective dans son image.

Exemple 1.4.17. 1. ev : Z[t] 7→ C


Puisque
i

ker(evi ) = {p(t) ∈ Z[t] | p(i) = 0} = (t2 + 1)

et que
Im(evi ) = Z[i]

on a
Z[t]  ∼
(t2 + 1) = Z[i]
CHAPITRE 1. QUELQUES GÉNÉRALITÉS SUR LES ANNEAUX 18

2. (1 + 3i) ⊆ Z[i]. On cherche à étudier le quotient Z[i](1 + 3i)


: Dans cet anneau quotient :
Heuristique

1 + 3i = 0

=⇒ 1 = −3i

=⇒ i = 3

=⇒ −1 = 9

=⇒ 10 = 0

Considérons le seul homomorphisme f : Z 7→ Z[i](1 + 3i)


1. f est surjective : a + bi = a + 3b = a + 3b = f (a + 3b)
2. ker(f ) = a ∈ Z : f (a) = 0
or
a = 0 ⇐⇒ a = (1 + 3i)(c + di) = (c − 3d) + (3c + d)i

⇐⇒ d = −3c et a = c − 3d = c + 9c = 10c et donc a ∈ (10)


Ainsi : Z(10) ∼= Z[i](1 + 3i)
Dans la suite A et B sont des anneaux.

Lemme 1.4.18. Soit f : A 7→ B un homomorphisme d'anneau, J ⊆ B un


idéal à gauche (resp. à droite). Alors f (J) est un idéal de A à gauche (resp.
−1

à droite).
Démonstration. Le cas à droite se traite de façon identique.
−1
1. f (J) est un sous groupe de (A, +).
2. Soit i ∈ f −1 (J) et a ∈ A. f (ai) = f (a)f (i) ∈ J .

Lemme 1.4.19. Si f est un homomorphisme d'anneau surjectif, l'image d'un


idéal I à gauche (resp. à droite) est un idéal à gauche (resp. à droite).
Démonstration. On traite le cas à gauche seulement.

1. f (I) est un sous groupe de (B, +).


2. Pour b ∈ B , puisque f est surjective, ∃a ∈ A : f (a) = b. Soit j ∈ f (I).
Alors ∃i ∈ I : f (i) = j .
CHAPITRE 1. QUELQUES GÉNÉRALITÉS SUR LES ANNEAUX 19

ai ) ∈ f (I).
bj = f (|{z}
∈I

Le théorème de correspondance pour les groupes se généralise aux anneaux


de la façon suivante.

Théorème 1.4.20 . Soit I un idéal bilatère de


, un anneau. Soit encore π : A 7→ A/I (rappelons que cet homomorphisme
(Théorème de correspondance)

d'anneau est surjectif). Alors il existe une bijection π entre :


A
induite par
- Les idéaux de A contenant I
- Les idéaux de A/I
Démonstration. Grace au lemme 1.4.19, on sait que π (surjective) envoie un
idéal de A I vers un idéal de l'anneau A/I . De plus, si J ⊆ A/I est
contenant
−1
un idéal de A/I alors π (J) est un idéal de A par le lemme 1.4.18. Il contient
−1
I = ker(π) = π (0̄). L'application que nous considérons est donc bien dénie
(attention ce n'est pas un morphisme !). Construisons son inverse en combinant
les deux lemmes précédents.

- C'est un inverse :

1. Puisque π est surjective : si K ⊆ A/I est un idéal : π(π −1 (K)) = K .


−1
2. Soit I⊆J un idéal de A. Calculons π (π(J)). Un argument ensem-
bliste nous donne une inclusion : π −1 (π(J)) ⊇ J . Montrons l'autre
−1
inclusion : soit x ∈ π (π(J)). Par dénition π(x) ∈ π(J). C'est à
dire qu'il existe j ∈ J tel que π(x) = π(j). Si bien que

0 = π(x − j) ⇐⇒ x − j ∈ I =⇒ x ∈ j + I =⇒ x ∈ J
en se rappelant que J contient I. On a montré la deuxième inclusion
et donc le fait que notre application est bijective.

Exemple 1.4.21. Les idéaux de Z/(12) correspondent aux idéaux de Z conte-


nant (12). Or, puisque tous les idéaux de Z sont de la forme nZ, 12 ∈ (n) ⇐⇒
n|12. Ainsi à la liste des diviseurs de 12 on attribue les idéaux de Z/(12), qui
sont < 0̄ >, < 1̄ >, < 2̄ >, < 3̄ >, < 4̄ >, < 6̄ >.
Proposition 1.4.22 (Quotient en deux temps). Soient I et J deux idéaux d'un
anneau A. Alors
A 
A ∼ I I + J
(I + J) =
I
CHAPITRE 1. QUELQUES GÉNÉRALITÉS SUR LES ANNEAUX 20

Démonstration. On commence par observer que I +J/I est l'image de l'idéal bi-
latère I +J par π (réduction modulo I ). Donc c'est un idéal de A/I . Considérons
la composition de π et π̄ comme suit :

π π̄
A 7→ A/I 7→ (A/I)/(I + J/I)
¯
a 7→ ā 7→ ā
Comme composition d'application surjective, cette application est surjective.
On calcule le noyau deπ̄ ◦ π .
¯
π̄ ◦ π(a) = 0̄ ⇐⇒ π(a) = ā ∈ ker(π̄) = I + J/I = π(I + J) ⇐⇒ a ∈ I + J
On conclut en utilisant le théorème d'isomorphisme.
 
a b
Exemple 1.4.23. A={
0 d
| a, b, d ∈ Z}
 
0 b
I={ | b ∈ Z}
0 0 
a c
J ={ |a, c ∈ 2Z, b ∈ Z}
0 b 
a c
I +J ={ | a, b ∈ 2Z, d ∈ Z}
On cherche à étudier . Pour cela on procède en deux temps :
0 b
A/I + J
1. On commence par quotienter par I . Il est clair que
= Z × Z (projection sur les composantes diagonales)
A/I ∼

et de la même façon
I + J/I ∼
= 2Z × 2Z

2. Par construction en deux temps :


= (A/I)/(I + J/I) ∼
A/I + J ∼ = (Z × Z)/(2Z × 2Z) ∼
= Z/2Z × Z/2Z

Notation : Si X est un sous-ensemble d'un anneau A, on notera (X) =


{a1 x1 + ..an xn | n ∈ N, ai ∈ A, xi ∈ X} l'idéal à gauche engendré par X . Il
s'agit du plus petit idéal à gauche de A contenant X .
Dans Z : (n) = {an| a ∈ Z}
(n, m) = {an + bm| a, b ∈ Z} = dZ (pour d = pgdc(n, m)).
CHAPITRE 1. QUELQUES GÉNÉRALITÉS SUR LES ANNEAUX 21

1.4.3 Le théorème chinois


Dans la suite, A est un anneau commutatif .

Dénition 1.4.24. Deux idéaux de I et J de A sont dits


ou si I + J = A.
premiers entre eux
étrangers

Remarque 1.4.25. On remarque que si I et J sont premiers entre eux, alors


il existe x ∈ I et y ∈ J tels que : x + y = 1 . A

Exemple 1.4.26. 1. Dans Z, les seuls idéaux sont des idéaux principaux (on
dit que Z est ).
principal

Ces idéaux, de forme (n) et (m) pour certains entiers n et m, sont premiers
entre eux ⇐⇒ pgdc(n, m) = 1 i.e ∃a, b ∈ Z tels que : an + bm = 1.
(Bezout)

2. Dans R[t], (t + 1) et (t − 1) sont premiers entre eux.


Le résultat essentiel de cette section est le théorème des reste chinois. Énon-
çons un petit lemme avant de s'y attaquer :

Lemme 1.4.27. Soient I et J deux idéaux de A premiers entre eux, alors


I ·J =I ∩J .
Démonstration. On remarque que l'inclusion I ·J ⊆ I ∩J est toujours vériée
(découle de la dénition d'un idéal et du produit de deux idéaux). Montrons
l'autre inclusion. Soit z ∈ I ∩ J, et x ∈ I, y ∈ J tels que x + y = 1. Alors :

z = z · 1 = z · (x + y) = |{z}
z |{z} z ∈ IJ
x + y |{z}
|{z}
∈J ∈I ∈J ∈I

On en déduit que IJ = I ∩ J .
Nous pouvons attaquer le

Théorème 1.4.28 (Théorème chinois). Soit I et J deux idéaux premiers entre


eux de A. Alors l'homomorphisme
π : A → A × A → A/I × A/J

a 7→ (a, a) 7→ (a + I, a + J)

induit un isomorphisme entre A/IJ et A/I × A/J .


Démonstration. On utilise le lemme précédent. Considérons la dénition de π
comme dans l'énoncé. Il est clair que c'est un morphisme d'anneau, et

ker(π) = {a ∈ A| a + I = 0A/I et a + J = 0A/J }


CHAPITRE 1. QUELQUES GÉNÉRALITÉS SUR LES ANNEAUX 22

On rappelle que a + I = 0 ⇐⇒ a ∈ I , et on en déduit que a ∈ ker(π) ⇐⇒


(lemme)
a ∈ I ∩J = IJ . Pour appliquer le théorème d'isomorphisme, il nous faut
montrer la surjectivité de notre application (ce qui n'est pas direct ici, l'appli-
cation étant pourtant "surjective sur chaque composante").

identité de Bézout
La procédure que nous utilisons pour montrer la surjectivité est importante et
utilise une (elle revient dans quelques exercices). Soit a, b ∈ A.
Nous aimerions montrer que (a + I, b + J) ∈ Im(π). Dénissons c := ay + bx ∈ A
et remarquons que π(c) = (c + I, c + J) = (ay + |{z}
bx +I, ay +bx + J) =
|{z}
∈I ∈J
(ay + I, bx + J). De plus la relation x+y = 1 donne x = 1−y et y = 1−x d'où

π(c) = (a · (1 − x) + I, b(1 − y) + J) = (a + I, b + J)
ce qui conclut la preuve.

Exemple 1.4.29 (congruences).

1. On cherche à trouver n ∈ N tel que


et n ≡ 3[5]
n ≡ 2[7]

Pour cela on remarque que 3 · 5 − 2 · 7 = 1 et que par le théorème chinois :


Z/(35) ∼
= Z/(5) × Z/(7)

On cherche donc la pré-image de (3, 2) par notre isomorphisme. Par la


preuve du théorème chinois, posons c := 3·(−2·7)+2(3·5) = −6·7+6·5 =
−12 ≡ 23 [35]. Une solution modulo 35 de notre équation est donc 23.

2. Reformulation du théorème chinois avec Z

Si pgdc(n, m) = 1 alors Z/(nm) ∼= Z/(n) × Z/(m). On remarque que


(n)(m) = (nm)

La preuve du théorème chinois permet de résoudre des systèmes de


congruences. Précisément supposons que l'on ait n, m premiers entre eux
et que l'on cherche à trouver un entier x tel que
x ≡ a[n] et x ≡ b[n]

Soit encore k, l ∈ Z tels que kn + lm = 1. Alors un ensemble de solution


est x + (mn) = alm + bkn + (mn).
3. R[t](t 2
− 1)

= R[t] 
(t − 1) × R[t]  ∼ 2
(t + 1) = R
CHAPITRE 1. QUELQUES GÉNÉRALITÉS SUR LES ANNEAUX 23

1.5 Idéaux premiers, maximaux


Dans la suite, nous prendrons A un anneau commutatif.

1.5.1 Idéaux premiers


On aimerait étudier les cas où le quotient d'un anneau par un idéal est intègre
(voire, est un corps). Commençons par deux petites observations pour xer les
idées :

1. Supposons que I un idéal deA se factorise en produit d'idéaux non-nuls


et premiers entre eux, i.e I = JK et J, K sont premiers entre eux. Alors
par le théorème chinois le quotient n'a aucune chance d'être intègre car

A/I ∼
= A/J × A/K

et un produit d'anneaux non-nuls n'est jamais intègre.

2. Dans A/I le produit de deux classes s'écrit (a + I)(b + I) = ab + I . Cette


classe est nulle ⇐⇒ ab ∈ I .

Dénition 1.5.1.
Un idéal I est dit premier si I est un idéal propre (i.e I ( A) et si
(ab ∈ I) =⇒ a ∈ I ou b ∈ I

.
Exemple 1.5.2. Dans un anneau A, (0) est premier ⇐⇒ A est intègre.
De la dénition précédente et de notre observation initiale suit :

Proposition 1.5.3. Soit I un idéal de A. Alors


A/I est intègre ⇐⇒ I est un idéal premier.
Démonstration. On commence par le sens direct. Si A/I est intègre, alors soit
a, b ∈ A tels que ab ∈ I . On a ab + I = I = (a + I)(b + I). Par intégrité,
(a + I) = I ou (b + I) = I ce qui équivaut à a ∈ I ou b ∈ I .
Réciproquement, si I est premier, alors soit a, b ∈ A tels que (a + I)(b + I) = I .
Alors ab ∈ I et donc puisque I est premier a ∈ I ou b ∈ I i.e a + I = I ou
b + I = I.

Exemple 1.5.4. Dans Z, (n) est premier si et seulement si n est premier.


CHAPITRE 1. QUELQUES GÉNÉRALITÉS SUR LES ANNEAUX 24

1.5.2 Idéaux maximaux


Dénition 1.5.5. Soit I un idéal de A. I est dit maximal s'il est propre et s'il
est maximal , c'est-à-dire que les seuls idéaux qui contiennent I sont A et I .
Remarque 1.5.6. Par le théorème de correspondance, on a que A/I n'a pas
d'idéaux ⇐⇒ I est maximal.
I est maximal dans l'ensemble (via l'inclusion) des idéaux
de A.
partiellement ordonné

De notre remarque on tire la proposition suivante.

Proposition 1.5.7. Soit un idéal de . Alors


M A
A 
M est un corps
⇐⇒ M est maximal
Démonstration. A  est un corps ⇐⇒ il n'y a que deux
M idéaux dans
A
M à
A
savoir {0} et
M ⇐⇒ M est maximal (par le théorème de correspondance).

Corollaire 1.5.8. Tout idéal maximal est premier.


Démonstration. Suit de la proposition précédente.

Remarque 1.5.9. Attention, premier n'implique pas maximal en général. Prendre


par exemple l'idéal (t) dans Z[t] : on peut identier le quotient à Z qui est intègre
mais n'est pas un corps!
Proposition 1.5.10. Soit f : A → B un homomorphisme d'anneau, J ⊆ B un
idéal premier de B. Alors f (J) = I est un idéal premier de A.
−1

Démonstration. I 6= A I=A 1 ∈I
. En eet si , A f (1 ) = 1
et puisque A B , alors
J = B . Donc I ( A. Si aa0 ∈ I , alors f (aa0 ) = f (a)f (a0 ) ∈ J
=⇒ f (a) ∈ J ou f (a0 ) ∈ J =⇒ a ∈ I ou a0 ∈ I et donc I est premier.

On se base sur l' axiome du choix sous la forme du lemme de Zorn pour
prouver le résultat suivant :

Théorème 1.5.11 (Théorème de Krull). Soit A un anneau commutatif et I ⊆ A


un idéal de A. Alors il existe un idéal maximal M de A contenant I .
Rappelons d'abord le

Lemme 1.5.12 . Soit (X, ) un ensemble partiellement or-


donné. Alors, si chaque chaîne de X admet un majorant, alors X admet un
(Lemme de Zorn)

élément maximal.
CHAPITRE 1. QUELQUES GÉNÉRALITÉS SUR LES ANNEAUX 25

L'idée pour la suite sera d'utiliser comme ensemble X l'ensemble des idéaux
propres de A contenant I, et de choisir la relation d'inclusion comme relation
d'ordre partiel.

preuve du théorème de Krull.


Soit

E = {J ⊆ A| I ⊆ J et J est propre}
I ∈E E
partiellement ordonné
Remarquons que et donc que est non vide. Cet ensemble, muni de la
relation d'inclusion, est . On a toujours I ⊆ J, ∀J ∈ E. Si
E possède un élément maximal, alors on aura montré le théorème.
on montre que
Soit F ⊆ E une chaîne de E, montrons que F possède un majorant. Posons
I = J∈F J .
S

1. I est un idéal. En eet soit x, y ∈ I. Alors il existe J1 ∈ F, J2 ∈ F tels


que x ∈ J1 ety ∈ J2 . Puisque F est une chaîne, supposons sans perte de
généralité que J1 ⊆ J2 . L'ensemble J2 étant un idéal, on a x + y ∈ J2 ⊆ I
(i.e I est un groupe).
Soit x ∈ I quelconque et a ∈ A. Soit encore J ∈ F tel que x ∈ J . Alors
par dénition d'un idéal : ax ∈ J ⊆ I et donc I est un idéal.
2. I⊆I par construction.

3. ISest propre : soit J ∈ F . Puisque J est propre, alors 1 6∈ J . Alors 1 6∈


J∈F J = I. Donc I est propre.
Par le lemme de Zorn, on en déduit que E possède un élément maximal. C'est
un idéal maximal contenant I.

Corollaire 1.5.13. Tout anneau commutatif contient un idéal maximal.


Démonstration. Appliquer le théorème précédent à l'idéal nul.

Exemple 1.5.14. Les idéaux maximaux de Z sont de la forme (p), pour p un


nombre premier. Ce n'est pas une coïncidence que les idéaux premiers de Z (non-
triviaux) sont aussi maximaux : c'est valable pour tous les anneaux . principaux

1.5.3 Quelques idéaux particuliers (?)


On introduit quelques idéaux particuliers.

Dénition 1.5.15.
Soit un anneau. On dit que x ∈ A est nilpotent s'il existe n ∈ N tel que
.
A
xn = 0
On appelle de A l'ensemble des éléments nilpotents de A, que l'on
notera N(A).
nilradical
CHAPITRE 1. QUELQUES GÉNÉRALITÉS SUR LES ANNEAUX 26

Remarque 1.5.16. Si A est intègre, le nilradical de A est réduit à 0.


Si A est commutatif alors :

Proposition 1.5.17. N(A) est un idéal de A.


Démonstration. On a toujours 0 ∈ N, qui est donc non vide. Soit encore x, y ∈ N
et n, m ∈ N tels que xm = y n = 0. Alors
Pn+m−1 n+m−1 k n+m−1−k
(x + y)n+m−1 = k=0 k x y
Si k≥m alors xk = 0. Si n + m − k ≥ n et y n+m−1−k = 0. Tous
k<m alors
les termes de la somme sont donc nuls, et x + y ∈ N(A). De plus si a ∈ A, on a
(ax)m = am xm = 0 et donc ax ∈ N(A). En particulier avec a = −1 on conclut
de montrer que N(A) est un idéal.

On remarque que l'anneau


A ne possède pas d'éléments nilpotents.
N(A)

Voici un résultat sympathique sur le nilradical d'un anneau.

Théorème 1.5.18. Le nilradical d'un anneau commutatif A est égal à l'inter-


section de tous les idéaux premiers de A.
Démonstration. x ∈ N(A)
Soit p ⊂ A, et A
un idéal premier de . L'élément

x∈A p A
 
est un élément nilpotent. Mais l'anneau
p est intègre car p est pre-

mier, donc son nilradical est réduit à 0. Donc x = 0 et x ∈ p. Puisque p est un


idéal premier quelconque alors x est dans l'intersection des idéaux premiers de A.

On prouve l'autre inclusion par contraposée. Soit x ∈ A non nilpotent, on va


trouver un idéal premier auquel x n'appartient pas. Posons S = {xn | n ≥ 1}.
S ne contient pas 0. L'ensemble des idéaux de A qui sont disjoints de S est non
vide car (0) est un tel idéal. De plus si (In )n∈N est une suite croissante d'idéaux
de A disjoints de S , alors ∪n In est aussi un idéal ne rencontrant pas S (c.f
preuve du théorème de Krull pour se convaincre que la réunion est un idéal).
Par le lemme de Zorn, il existe un idéal p qui est maximal dans cet ensemble.
On va prouver que cet idéal est premier.

Si p n'est pas premier, alors il existe a, b ∈ A − p tels que ab ∈ p. Les idéaux


p + (a) et p + (b) contiennent p et par maximalité, ceux-ci rencontrent S . Ainsi il
k l k+l
existe k, l ∈ N tels que x ∈ p+(a) et x ∈ p+(b). Alors x ∈ (p+(a))(p+(b)).
Par double inclusion on put montrer que (p + (a))(p + (b)) = p + (ab). Si ab ∈ p
alors le produit est en fait égal à p. Mais cet idéal rencontre S et ne peut donc
pas être égal à p, donc (ab) 6∈ p.

Le nilradical est en fait un cas particulier du radical d'un idéal, le nilradical


de 0.
CHAPITRE 1. QUELQUES GÉNÉRALITÉS SUR LES ANNEAUX 27

Dénition 1.5.19. Soit A un anneau commutatif, et I un idéal. On dénit le


radical de l'idéal I , noté √√I l'ensemble
I = {x ∈ A| ∃n ∈ N, xn ∈ I}

On peut montrer le théorème suivant qui généralise le précédent :

Théorème 1.5.20. Soit A un√anneau commutatif, et I un idéal de A. Alors


T
I= p
p premier, I⊆p

Démonstration. Pour ceux intéressés par la preuve, elle se trouve à la n du


polycopié.

1.6 La fonction ϕ d'Euler et le théorème de Fer-


mat
Nous connaissons bien l'anneau Z/n, ses idéaux, ceux qui sont premiers, ceux
qui sont maximaux. Nous savons aussi comment le Théorème chinois permet
d'identier l'anneau Z/mn lorsque m et n sont premiers entre eux. Nous allons
encore étudier les éléments inversibles de Z/n.
Dénition 1.6.1. La fonction d'Euler
ϕ est dénie pour tout entier naturel
n≥1 par ϕ(n) = Card{1 ≤ k ≤ n | (k, n) = 1}.
Exemple 1.6.2. (a) Pour p un nombre premier on a ϕ(p) = p − 1.
(b) On a ϕ(6) = 2 car parmi {1, 2, 3, 4, 5, 6} seuls 1 et 5 sont premiers à 6.
Voici les 1000 premières valeurs de la fonction ϕ (source : Wikipédia).

La fonction d'Euler compte le nombre d'éléments inversibles de l'anneau


Z/n.
CHAPITRE 1. QUELQUES GÉNÉRALITÉS SUR LES ANNEAUX 28

Proposition 1.6.3. Pour tout n ≥ 1 on a ϕ(n) = Card((Z/n)


×
) .
Démonstration. Comme Z/n = {1̄, . . . , n̄} nous allons montrer que k̄ est inver-
sible si et seulement si (k, n) = 1. Par Bézout (k, n) = 1 si et seulement s'il
existe a, b ∈ Z tels que ak + bn = 1, autrement dit si et seulement s'il existe
a ∈ Z tel que ak − 1 ∈ (n). Cette dernière armation est équivalente à dire que
ā · k̄ = 1̄ dans Z/n, i.e. k̄ est inversible.
Exemple 1.6.4. On calcule ϕ(8) = 4 car les éléments 0̄, 2̄, 4̄ et 6̄ sont pairs,
donc diviseurs de zéro et non inversibles dans Z/8, alors que 1̄, 3̄, 5̄ et 7̄ sont
inversibles.

Lemme 1.6.5. Soit p un nombre premier. Alors ϕ(p ) = p k k−1


(p − 1) .
Démonstration. Le cas k =1 a été vu dans le premier exemple ci-dessus. En
général l'argument utilisé pour calculer ϕ(8) fonctionne pour évaluer ϕ(pk ). En
k k−1
eet les multiples de p̄ dans Z/p sont au nombre de p , il s'agit explicitement
k−1
de p̄, 2p̄, . . . , (p − 1)p̄, pk−1 p̄ = pk = 0̄. Les autres éléments sont premiers à p
k−1
et sont au nombre de p (p − 1).

On poursuit l'étude de la fonction ϕ.


Proposition 1.6.6. Si (m, n) = 1 alors ϕ(mn) = ϕ(m)ϕ(n).
Démonstration. Nous avons établi que ϕ(mn) = #(Z/mn)× . Par le théorème
chinois, on a Z/mn ∼
= Z/m × Z/n. Or les unités d'un anneau produit sont les
produits des unités de chaque anneau : on en a donc ϕ(m)ϕ(n).

Théorème 1.6.7. Si n = p r1 rk
avec k ∈ N , r ∈ N , i ∈ [k] et les p distincts
∗ ∗

et premiers. Alors 1 ...pk i i

Qk
ϕ(n) = i=1 pri i −1 (pi − 1)
Démonstration. Suit de la proposition précédente et du fait que

ϕ(pri i ) = pri i −1 (pi − 1).

Exemple 1.6.8. .
288 = 25 · 32 ϕ(288) = 24 · (2 − 1) · 31 · (3 − 1) = 25 · 3 .
Proposition 1.6.9. Soit (C , ·) un groupe cyclique d'ordre n. Alors #{g ∈
.
n
Cn | < g >= Cn } = ϕ(n)
Démonstration. Ce groupe est isomorphe à (Z/n, +).
CHAPITRE 1. QUELQUES GÉNÉRALITÉS SUR LES ANNEAUX 29

Théorème 1.6.10 (Théorème d'Euler). Si (k, n) = 1, alors k ϕ(n)


≡ 1[n]
Démonstration. Les unités de Z/n forment un groupe ni à ϕ(n) éléments. Par
le théorème de Lagrange (vu en théorie des groupes), on a que si x ∈ (Z/n)×
ϕ(n) ×
alors x ≡ 1[n]. Or k ∈ (Z/n) ⇐⇒ (k, n) = 1.

Théorème 1.6.11 (Théorème de Fermat). Soit p un nombre premier. Alors


1. k ≡ 1[p], si p 6 | k
p−1

2. k ≡ k[p], ∀k ∈ Z
p

Démonstration. Le premier point est une conséquence du théorème de Euler,


car ϕ(p) = p − 1 et que (k, p) = 1 , p étant premier et ne divisant pas k.
Le second point est une conséquence du premier, en le combinant avec le fait que
si p|k alors k p ≡ 0[p]. Sinon on multiplie par k de chaque coté de la congruence.
Chapitre 2

Classication des anneaux


Nous poursuivons l'étude des anneaux et leur classication.

2.1 Anneaux euclidiens et principaux


2.1.1 Anneaux de polynômes et division polynômiale
Soit A un anneau commutatif. On rappelle que le degré du polynôme nul vaut
−∞, une convention qui permet d'écrire le résultat suivant en toute généralité
si on admet que −∞ + n = −∞ pour tout entier naturel n.
Lemme 2.1.1. Soit A un anneau intègre. Si f, g ∈ A[t], alors
.
deg(f g) =
deg(f ) + deg(g)
Démonstration. La proposition est claire si f ou g est le polynôme nul. Sinon,
on écrit f (t) = a0 + a1 t + · · · + am tm , un polynôme de degré m et g(t) =
b0 + b1 t + · · · + bn tn , un polynôme de degré n. Alors le coecient dominant de
f g est an bm qui est non nul puisque A est intègre, ce qui démontre le lemme.

Remarque 2.1.2. Si A n'est pas intègre, le degré peut diminuer. En eet dans
Z  [t] on calcule par exemple
(6)

3 = 1 + 2 = deg(3t) + deg(2t2 + 1) 6= deg[(3t)(2t2 + 1)] = deg(3t) = 1

Si A n'est pas intègre il faut supposer que l'un des coecients dominants de f
ou de g est inversible pour garantir l'égalité.

Le lemme permet de conclure aussi que A[t] est intègre en restreignant notre
attention sur le coecient dominant d'un produit de polynômes non nuls.

Proposition 2.1.3. A est intègre ⇐⇒ A[t] est intègre.

30
CHAPITRE 2. CLASSIFICATION DES ANNEAUX 31

Théorème 2.1.4. Soient A un anneau commutatif, et f, g ∈ A[t]. On suppose


que le coecient dominant de g est inversible dans A. Alors il existe d'uniques
q, r ∈ A[t] avec (r) <
deg (g), tels que f = qg + r .
deg

Démonstration. m = (f ) n = (g)
Soit deg et deg . On montre d'abord l'unicité.
Supposons que q1 g + r1 = f = q2 g + r2 . Alors (q1 − q2 )g = r2 − r1 . Comme
le coecient dominant de g est inversible, le degré du polynôme de gauche est
strictement plus grand que celui de r2 − r1 , ce qui est impossible, à moins que
q1 − q2 = 0. Ainsi q1 = q2 et alors r2 − r1 = 0 également si bien que r1 = r2 .
Il reste à montrer l'existence. Si m<n q = 0 et r = f . Supposons
on pose
donc que m≥n et on procède par récurrence sur m. Quand m = −∞, alors
f = 0 et on écrit 0 = 0 · g + 0. On initialise la récurrence quand m = 0. Dans ce
cas f est un polynôme constant a0 . On voit alors que g est aussi un polynôme
−1
constant b0 , inversible comme élément de A, et on pose q = a0 · b0 et r = 0.

Si m ≥ 1, on introduit un polynôme auxiliaire

h = f − am b−1
n t
m−n
g

Le terme de degré m de h est alors am tm − am b−1


n t
m−n
bn tn = 0 si bien que degh
est strictement plus petit que degf . L'hypothèse de récurrence s'applique et il
existe donc des polynômes q0 et r , ce dernier de degré plus petit que n, tels que
h = q0 g + r. Alors pour q = q0 + am b−1
n t
m−n
on a

qg +r = (q0 +am b−1


n t
m−n
)g +r = q0 g +r +am b−1
n t
m−n
g = h+am b−1
n t
m−n
g=f

Exemple 2.1.5. Z[t] le quotient de la division de t4 − 2 par t2 − 1 est


Dans
2
t + 1 et le reste vaut −1. On peut eectuer la division en colonnes pour vérier
2 2 4
que (t + 1)(t − 1) − 1 = t − 2.

2.1.2 Division euclidienne


On introduit une division euclidienne plus générale que celle déjà connue :

Dénition 2.1.6. Soit A un anneau intègre. On dit que A est euclidien s'il
existe une fonction euclidienne σ : A → N telle que :

∀a, b ∈ A, a 6= 0, ∃(q, r) ∈ A tels que σ(r) < σ(a) (si r 6= 0) et b = qa + r.


2

Exemple 2.1.7. 1. Z est euclidien, avec σ = | · |


2. Z[i] est euclidien avec σ le module au carré.
On déduit du théorème 2.1.4 le résultat suivant :

Corollaire 2.1.8. Soit K un corps. Alors K[t] est euclidien.


CHAPITRE 2. CLASSIFICATION DES ANNEAUX 32

2.1.3 Anneaux principaux


Dénition 2.1.9. Soit A un anneau intègre. On dit que A est si
tout idéal de A est monogène.
principal

Exemple 2.1.10. 1. Z est principal.


2. N'importe quel corps K est principal.
3. Z[t] est non principal : (t + 1, 2) = (t + 1) + (2)
Les anneaux principaux sont plus généraux que les anneaux euclidiens :

Théorème 2.1.11. Soit A un anneau euclidien. Alors A est principal.


Démonstration. I un idéal de A. Si I = 0 ou I = A, alors I est monogène.
Soit
Sinon, en désignant σ la fonction euclidienne sur A, on choisit dans I un élément
x 6= 0 tel que σ(x) est minimal. On a toujours (x) ⊆ I . Montrons l'autre
inclusion : soit y ∈ I . Alors on peut écrire y = ax + b avec σ(b) < σ(x). Par
conséquent y − ax = b ∈ I . Or on a choisi x dans I de façon à avoir σ(x)
minimal : ainsi si b 6= 0 on aboutit à une contradiction. Alors y = ax et puisque
y est arbitraire, I ⊆ (x).

Corollaire 2.1.12. Soit K un anneau intègre. Alors


K est un corps ⇐⇒ K[t] est principal.
Démonstration. "⇒" Conséquence du corollaire 2.1.8. et du théorème 2.2.3.
"⇐" Si K[t] est principal, en particulier il est intègre et donc K l'est aussi. Soit
x ∈ K∗ et considérons l'idéal (t, x). Par hypothèse cet idéal est monogène : il
existe f ∈ K[t] tel que (t, x) = (f ). Puisque x ∈ (f ), ∃h ∈ K[t] tel que f h = x.
On en déduit que f est de degré 0 (i.e f ∈ K) par intégrité de K[t](pas de perte
de degré par le produit). De la même façon t ∈ (f ), et ∃g ∈ K[t] tel que f g = t.
et donc (t, x) = (f ) = K[t]. Alors il existe
×
De cette relation, on tire que f ∈ K
g1 , g2 ∈ K[t] tels que tg1 (t) + xg2 (t) = 1. Par intégrité encore, le degré de tg1 est
m
au moins, si g1 est non nul, de 1. Ainsi, si on écrit g2 (t) = g2,0 + g2,1 t + ...g2,m t ,
l'observation précédente nous donne g2,0 · x = 1 ce qui montre que x ∈ K .
×

Puisque x est arbitraire, chaque élément non nul est inversible et K est un
corps.

2.1.4 Un théorème de Fermat : la somme des carrés (?)


Le but de cette section est de démontrer le théorème suivant :

Théorème 2.1.13 . Soit n ≥ 1. Il existe a, b ∈ Z tels que


si et seulement si les exposants des nombres premiers congrus à −1
(Fermat, 1640)
a2 + b2 = n
modulo 4 dans la décomposition en facteurs premiers de n sont pairs.
CHAPITRE 2. CLASSIFICATION DES ANNEAUX 33

Cette section utilise dans une moindre mesure la théorie présentée dans les
sections suivantes. Il est conseillé d'y revenir plus tard.

On va commencer par montrer le résultat plus faible suivant :

Théorème 2.1.14 (Fermat,1640).


Soit p un nombre premier impair. Alors il existe a, b ∈ Z tels que a si
(Cas des nombres premiers)
2
+ b2 = p
et seulement si p ≡ 1[4].
Le cadre de notre étude se fera dans l'anneau principal Z[i].

Dénition 2.1.15. On dénit l'application N : Z[i] → N par N (z) = zz. Il


s'agit simplement du module au carré. Cette application est multiplicative.
La propriété de multiplicativité de N nous permet d'armer que les éléments
inversible de Z[i] sont 1, −1, i, −i.
Z[i] étant euclidien, il est en particulier factoriel. Désormais déterminons la
décomposition en facteurs irréductibles des nombres premiers p dans Z[i]. On
commence par remarquer que si z ∈ Z[i] est tel que N (z) est premier, alors z
est irréductible.

On commence par deux lemmes qui nous seront utiles par la suite.

Lemme 2.1.16 (Lemme I). Soit p un nombre premier. On a un isomorphisme


Z  [X]
Z[i]  ∼ (p)
(p) = (X 2 + 1)
Donc l'idéal (p)est premier (donc maximal) si et seulement si X 2
+1 est irré-
ductible dans Z (p)[X] (i.e si −1 n'est pas un carré modulo p).
Démonstration. (X + 1)
Remarquons que l'idéal
2
est contenu dans le noyau de
l'homomorphisme evi : Z[X] → Z[i]. Si f est un polynôme dans le noyau de
l'homomorphisme, on peut considérer, puisque X 2 + 1 est unitaire, la division
2 2
euclidienne par X + 1. Alors f = g(X + 1) + r et deg(r) < 2. Il n'y a aucun
2
polynôme de degré 0 annulant i et donc r = 0. On a donc que l'idéal (X + 1)
est exactement le noyau de l'homomorphisme.
De ceci on tire la suite d'isomorphisme

Z[X]  2 Z  [X]
Z[i]  ∼ (X + 1)  ∼ (p)
(p) = (p) = (X 2 + 1)
On tire de ceci que l'idéal (p) est premier dans Z[i] (i.e, p est irréductible dans
Z[i]) si et seulement si −1 n'est pas un carré modulo p (pour avoir que X2 − 1
n'a pas de racine).
CHAPITRE 2. CLASSIFICATION DES ANNEAUX 34

Lemme 2.1.17(Lemme . Soit p un nombre premier impair. Alors −1 est


II)

un carré dans Z (p) si et seulement si p ≡ 1[4].


Démonstration. On dénit une relation d'équivalence sur
Z ∗
(p) :

x ∼ y ⇐⇒ x = ±y ou x = ± y1
Nous ne prouverons pas que c'est une relation d'équivalence (mais c'est assez
facile). La classe d'équivalence d'un élément x a pour cardinal :

 2 si x= ± x1
 4 sinon

Les éléments qui ont une classe d'équivalence de cardinal 2 sont 1 et celle d'un
élément qui satisfait x2 = −1. On se rappelle que les classes d'équivalence sont

disjointes et forment une partition de


Z ∗, qui est de cardinal p − 1. Soit d
(p)
le nombre de classes d'équivalence ayant pour cardinal 4. Alors on a
(
2 + 4d si − 1 n'est pas un carré dans
Z
p−1= (p)
2 + 2 + 4d sinon.

On déduit que −1 est un carré dans


Z si et seulement si p ≡ 1[4].
(p)

On peut maintenant s'attaquer à la :

Proposition 2.1.18. Soit p un nombre premier.


 si p = 2 alors p = (1 + i)(1 − i) et 1 + i, 1 − i sont irréductibles.
 si p ≡ 1[4], il existe τ ∈ Z[i] tel que p = τ τ
 si p ≡ 3[4], p est irréductible dans Z[i].
Démonstration. Pour le premier point de la démonstration, on remarque que
1+i et 1−i sont irréductibles car de norme 2.
Pour le troisième point, p est irréductible si et seulement si le quotient
Z  [X]
Z[i]  ∼ (p)
(p) = (X 2 + 1) est un corps. Mais ceci est possible si et seule-
ment si −1 n'est pas un carré modulo p, et ceci est vérié si et seulement si
p ≡ 2[4] ou p ≡ 3[4]. Mais on a pris p impair donc il ne reste que p ≡ 3[4]. Ceci
montre le troisième point.
Pour le deuxième point, on sait étant donné que p ≡ 1[4] que p n'est pas
irréductible. Soit τ p. Alors τ divise aussi p car c'est
un diviseur irréductible de
un entier (de partie imaginaire nulle). De plus, τ et τ ne sont pas associés : si
τ = ±τ alors τ ∈ Z et puisque p est premier, τ = ±p. Mais alors p est irréductible
ce qui est absurde. Si τ = iτ , avec  = ±1, alors écrivons τ = a + ib. On a
2
alors a − ib = i(a + ib) = ai − b, d'où a = −b et N (τ ) = 2b est pair,
2
alors qu'il doit diviser p . Donc τ et τ ne sont pas associé et τ τ divise p. Soit
a ∈ Z[i] tel que p = aτ τ . On a alors N (p) = N (τ )2 N (a) = p2 et N (τ ) 6= 1. Par
CHAPITRE 2. CLASSIFICATION DES ANNEAUX 35

unicité de la décomposition en facteur premier, N (τ ) = p et a ∈ Z[i]× . On en


déduit puisque ττ est strictement positif et p aussi que a = 1. Ceci achève la
démonstration.

On peut maintenant s'atteler à la démonstration du cas des nombres premiers

cas des nombres premiers. p un nombre premier impair. Si p = a2 +b2 alors


Soit
p = (a − ib)(a + ib) n'est pas irréductible dans Z[i] et donc p ≡ 1[4].
Réciproquement, si p ≡ 1[4], alors soit τ ∈ Z[i] tel que p = τ τ . En écrivant
τ = a + ib, on a que p = a2 + b2 .

On remarque aussi que 2 = 12 +12 . Attaquons nous désormais au cas général :

cas général. Soit n≥ un entier. Écrivons n = km2 où m = p1 ..pr un nombre


produit de facteurs premiers sans carré distincts. Si ces nombres ne sont pas
congrus à −1 modulo 4 (i.e pas congru à 3 modulo 4), alors il existe des nombres
Qr zj = aj + ibj , j = 21,Q
complexes ..r tels que pj = N (zj )2 = aj 2 + bj 2 . Posons
2
z = k j=1 zj . On a N (z) = k j N (zj ) = k m = n. Comme z ∈ Z[i] on peut
2 2
écrire z = a + ib et alors n = N (z) = a + b .
2 2
Réciproquement, supposons que n = a + b . Soit p un nombre premier
congru à −1 modulo 4 divisant n. Notre but est de montrer que l'exposant
dans la décomposition en facteurs premiers de n pour p est pair. On procède
par récurrence sur n. Si n = 1, c'est clair. Soit encore π la réduction modulo
p dans Z. On a π(n) = 0 = π(a2 ) + π(b2 ) = π(a)2 + π(b)2 car p|n. Supposons
que π(a) 6= 0 : alors puisque Z/(p) est un corps c'est un élément inversible
−1 π(b) 2 π(b)2
et π(b)π(a) est un élément de Z/(p) dont le carré est (
π(b) ) = π(a)2 =
π(b)2 +π(a)2 2

π(a)2 − π(a)
π(a)2 = −1. Puisque p ≡ −1[4] c'est absurde (cf lemme I). Ainsi
π(a) = π(b) = 0 et a et b sont multiples de p. Écrivons a = a0 p et b = b0 p et
02 2 02 2 2 02 02 2
on a alors n = a p + b p = p (a + b ). Alors m = n/p est un entier qui
est somme de deux carrés : par hypothèse de récurrence, l'exposant de p dans
la décomposition en facteur premiers de m est pair, et il en est donc de même
pour n.

On cite un autre exemple de théorème similaire à celui montré précédem-


ment.

Théorème 2.1.19 (Lagrange, 1770). Tout entier positif est la somme de quatre
carrés.
2.2 Anneaux factoriels, polynômes irréductibles
Les analogies trop strictes avec Z sont parfois dangereuses. Dans cette section
on explore les limites du fait que les seules unités de Z sont ±1.
CHAPITRE 2. CLASSIFICATION DES ANNEAUX 36

2.2.1 Éléments associés et irréductibles


Dénition 2.2.1. Soit A un anneau intègre. Deux éléments a, b de A sont dits
associés si il existe u ∈ A tel que a = ub.
×

Remarque 2.2.2. L'intégrité nous permet d'éviter les diviseurs de 0. Noter que
la relation "être associé" dénit une relation d'équivalence entre les éléments de
A. Nous noterons "∼" cette relation pour abréger la suite.

Lemme 2.2.3. Soit A un anneau intègre. Alors


a ∼ b ⇐⇒ (a) = (b)
Démonstration. "⇒" Soit u ∈ A× tel que a = ub. On remarque que (ub) = (b).
En eet si x ∈ (ub), alors ∃ a ∈ A tel que x = aub = (au)b ∈ (b). De la même
−1
façon si y ∈ (b),alors ∃ w ∈ A tel que y = wb = wu ub ∈ (ub).
"⇐" : si (a) = (b) alors ∃ u ∈ A tel que a = ub, et ∃ v ∈ A tel que b = va. Alors
a = ub = uva. On peut simplier par a puisque l'on est dans un anneau intègre,
×
et on déduit que u, v ∈ A .

On introduit la notion d'élément irréductible.

Dénition 2.2.4. Soit A un anneau commutatif, et q ∈ A . On dit que q est


irréductible si q 6∈ A et, si q = ab pour a, b ∈ A, alors a ou b ∈ A .


× ×

Remarque 2.2.5. L'idée est que q est associé à un élément (non inversible de
A. Dans un anneau factoriel, les éléments irréductibles forment "les briques"
pour construire les autre éléments (comme Z et les nombres premiers).
Exemple 2.2.6. 1. Dans Z, les éléments irréductibles sont ±p où p est pre-
mier.
2. Si K est un corps, K[t] = K . Les polynômes irréductibles le sont au
× ∗

sens de la dénition usuelle (elles coïncident).


3. tandis que dans R[t] le polynôme 7 + 14t = 7(1 + 2t) est
irréductible, il ne l'est pas dans Z[t]. Une condition nécessaire pour un
Attention :

polynôme de Z[t] pour être irréductible est d'avoir le pgdc de ses coecients
égal à 1.
4. 13 est irréductible dans Z, mais pas dans Z[i].
Remarque utile pour la suite : contenir, c'est diviser a ∈ (q)
: si , alors
∃u ∈ A : a = uq i.e q|a.

Proposition 2.2.7. Soit A un anneau principal. Alors les idéaux maximaux de


A correspondent aux idéaux engendrés par un élément irréductible.
CHAPITRE 2. CLASSIFICATION DES ANNEAUX 37

Démonstration. Puisque A est principal, tous les idéaux de A sont de la forme


(a) pour un élément a ∈ A. Si q est irréductible et (q) ⊂ (a) pour un certain a,
alors ∃b ∈ A tel que q = ab. Par irréductibilité de q , deux cas se présentent :
×
1. a∈A . Alors (a) = A.
×
2. b∈A . Alors q∼a et donc (q) = (a).
Donc (q) est maximal.

Si q n'est pas irréductible, alors q = ab avec a et b non inversibles. Alors


(q) ( (a) et ne peut être maximal.

On étend un peu ce résultat. La preuve est très similaire.

Proposition 2.2.8. Soit A un anneau intègre et q ∈ A. Si (q) est premier,


alors q est irréductible.
Démonstration. (p)
Puisque p 6 inA
est premier, c'est un idéal propre et donc
×
.
Supposons que l'on puisse écrire q = ab avec a, b ∈ A. Par primalité de l'idéal
(q), a ou b est dans (q). Disons que a ∈ q , et que a = uq . Alors :

q = ab = ubq =⇒ ub = 1 =⇒ b ∈ A×
ce qui achève la preuve.

Une combinaison des propositions et théorèmes précédents donne :

Proposition 2.2.9. Dans un anneau principal A, les assertions suivantes sont


équivalentes :
1. l'idéal (q) est premier.
2. q est irréductible .
3. l'idéal (q) est maximal.
2.2.2 Anneaux factoriels
On introduit la dénition d'un anneau factoriel. D'abord, soit A un anneau
intègre et a ∈ A∗ . Supposons que l'on puisse écrire

a = upr11 ...prkk , u ∈ A× , k ∈ N∗ et ri ∈ N∗
et où les pi sont irréductibles (on peut les supposer distincts avec les puissances).
Supposons désormais que ∀i on a pi ∼ qi avec pi = vi pi , et v i ∈ A× . Alors

a = uv1r1 ...vkrk q1r1 ..qkrk


CHAPITRE 2. CLASSIFICATION DES ANNEAUX 38

et remarquons que l'on a uv1r1 ...vkrk ∈ A× .


Un anneau factoriel consiste en un anneau où chaque élément se décompose de
façon unique "à association près" en produit d'un inversible et d'un produit de
puissances d'irréductibles. Pour éclairer un peu, considérons cet exemple : les
irréductibles de Z sont les nombres premiers, et on sait que chaque nombre se
décompose de façon unique comme produit de puissances de nombres premiers
(la convention veut que l'on prenne toujours les facteurs positifs).On pourrait
changer le signe d'un facteur premier et le remplacer par son inverse (i.e changer
p en −(−p), seuls associés de Z) sans en changer le moins notre décomposition.
Ceci motive la dénition suivante :

Dénition 2.2.10. Un anneau intègre A est factoriel si tout élément a ∈ A se ∗

décompose de façon a = up ..p avec u ∈ A , r ∈ N × ∗

et les p irréductibles (pas nécessairement distincts).


essentiellement unique 1 r

si up ..p = a = vq ..q , avec u, v ∈ A , r, s ∈ N


i
× ∗

et les p , q irréductibles. Alors r = s, et ∃σ ∈ S tel que p ∼ q .


Essentiellement unique : 1 r 1 s
i j r i σ(i)

Remarque 2.2.11. Une solution pour rendre cette décomposition unique est
de quotienter l'anneau A par la relation d'équivalence "être associé".
Grâce à cette décomposition il est possible de dénir la notion de pgdc pour
deux éléments non nuls a et b. En eet celui-ci correspond, lorsque l'on dispose
d'une décomposition de a et b en produit d'irréductibles, au produit des éléments
irréductibles communs dans leurs décompositions. Nous pourrions ensuite dénir
la notion d'éléments premiers entre eux : a et b sont premiers entre eux si
pgdc(a, b) ∈ A . Ceci permet d'ailleurs de conserver de nombreux analogues
×

tels que le lemme de Gauss ou le lemme d'Euclide dans Z.


Exemple 2.2.12. 1. Z est factoriel.
2. si K√ est un corps, K[t] est factoriel.
3. Z[i 5] n'est pas factoriel (cf. série).

A titre culturel, énonçons une conjecture de Gauss : l'anneau des entiers
Q[i p], pour p premier est principal seulement pour 9 valeurs de p. Le résultat
a été démontré en 1952, par Kurt Heegner. Un problème ouvert, encore proposé
par Gauss, consiste à démontrer qu'il existe une innité de nombre premiers p

tels que l'extension Q[ p] est principale.

Lemme 2.2.13 . Soit A un anneau factoriel, et q ∈ A


irréductible. Si q| ab, alors q|a ou q|b.
(Lemme d'Euclide)

Démonstration. a
On décomposeb et de manière essentiellement unique a =
up1 ...pr et b = vq1 ...qs avec u, v, pi , qj comme dans la dénition d'anneau facto-
riel.
ab = uvp1 ..pr q1 ..qs . Si q| ab alors il existe c ∈ A tel que qc = ab. Décomposons
c = wr1 ..rt de façon essentiellement unique aussi. On a alors l'égalité
CHAPITRE 2. CLASSIFICATION DES ANNEAUX 39

uvp1 ..pr q1 ..qs = ab = qc = qwr1 ..rt


Par dénition d'anneau factoriel et de la décomposition essentiellement unique,
q est soit associé à un des pi auquel cas q|a, soit q est associé à un des qj et
alors q|b.

Le lemme précédent est utile pour établir le

Théorème 2.2.14. Dans un anneau factoriel A


q est irréductible ⇐⇒ (q) est premier.
Démonstration. "⇒" Par le lemme d'Euclide, si ab ∈ q (i.e si q|ab) alors q|a ou
q|b (i.e a ∈ (q) ou b ∈ (q)).
"⇐" Déjà montré.

Lemme 2.2.15 Soit A un anneau factoriel, a, b, c ∈ A


. ∗

tels que a|bc. Si pgdc(a, b) = 1 alors a|c.


(Lemme de Gauss)

Démonstration. cf série.

2.2.3 Anneaux noethériens

essentiellement unique
On pourrait démontrer directement que la division euclidienne permet de
factoriser de manière les polynômes à coecients dans

stabilisation
un corps, mais nous allons montrer qu'en fait tout anneau principal est factoriel.
Pour cela nous aurons besoin d'une propriété de des chaînes crois-
santes d'idéaux et c'est la raison de cette excursion dans le monde des anneaux
noethériens.
Dénition 2.2.16. Un anneau commutatif A est noethérien si tout idéal est de
génération nie. Autrement dit, si I est un idéal de A, il existe un entier k∈N
et des éléments a1 , . . . , ak ∈ A tels que I = (a1 , . . . , ak ).
Exemple 2.2.17. Si A est un anneau principal, il est noethérien.
Si K est un corps, l'anneau de polynôme K[t] à une indéterminée est noethé-
rien. Plus généralement tout anneau principal est noethérien puisque les idéaux
sont tous engendrés par un seul élément. Nous verrons plus tard que K[t1 , . . . , tn ]
est noethérien pour tout n, mais non principal puisque l'idéal (t1 , . . . , tn ) n'est
pas principal.
En revanche l'anneau de polynômes K[t1 , t2 , t3 , . . . ] à une innité dénom-
brable d'indéterminées n'est pas noethérien car l'idéal

(t1 , t2 , t3 , . . . ) = ker(ev0 : K[t1 , t2 , t3 , . . . ]) → K

n'est pas de génération nie.

On arrive à la condition de chaîne ascendante mentionnée.


CHAPITRE 2. CLASSIFICATION DES ANNEAUX 40

Proposition 2.2.18. Un anneau A est noethérien si et seulement si toute


chaîne d'idéaux croissante I ⊂ I ⊂ I ⊂ . . . stabilise, i.e. il existe n ∈ N
tel que I = I pour tout m ≥ n.
0 1 2
m n

Démonstration. A
On suppose que est noethérien et on considère une chaîne
S
d'idéaux croissante I0 ⊂ I1 ⊂ I2 ⊂ . . . . On dénit N = j Ij , qui est un idéal
(comme dans la preuve de l'existence d'un idéal maximal). Il existe donc des
éléments a1 , . . . , ak ∈ A tels que N = (a1 , . . . , ak ). Chaque élément ai de N
appartient donc à un idéal Iji n est le plus grand des ij on conclut que
et si
In ⊂ N ⊂ In . Donc N = In , la chaîne stabilise.

Réciproquement supposons que A n'est pas noethérien. Il existe donc un idéal


I qui n'est pas de génération nie. Choisissons 0 6= a0 ∈ I et considérons l'inclu-
sion stricte (a0 ) ⊂ I . Il existe donc a1 ∈ I \(a0 ). On construit inductivement une
suite d'éléments ai et des inclusions strictes (a0 ) ⊂ (a0 , a1 ) ⊂ (a0 , a1 , a2 ) ⊂ . . .
qui nous permettent donc d'exhiber une chaîne ascendante d'idéaux qui ne sta-
bilise pas.

Voici encore une conséquence directe du Théorème de correspondance des


idéaux.

Corollaire 2.2.19. Si A est noethérien et I est un idéal de A, alors le quotient


A/I est aussi noethérien.

Exemple 2.2.20. L'anneau Z[ 5] est un quotient de l'anneau principal Z[t],
il est donc noethérien, mais nous avons vu en exercice qu'il n'est pas factoriel.

2.2.4 Un anneau principal est factoriel


Nous allons établir un théorème important dans la théorie des anneaux fac-
toriels, et démontrer que tout un anneau principal est factoriel.

Théorème 2.2.21. Tout anneau principal est factoriel.


Remarque 2.2.22. On présente deux preuves, la première dière de celle du
cours et la seconde s'en approche. La première utilise le lemme de Zorn, men-
tionné dans les sections postérieures. On donne deux preuves pour l'existence,
une (celle du cours) pour l'unicité.
preuve I, existence.
Notons I l'ensemble des idéaux I de A distincts de {0} et A, qui ne s'écrivent
pas I = (a) pour a ∈ A décomposable en facteurs irréductibles. Si I est non
vide, alors I est un poset pour la relation d'ordre partiel d'inclusion. De plus si
E = I1 ⊂ I2 ... ⊂ Ik ⊂ ... est une chaîne ascendante de I, alors J = ∪I∈E I majore
chaque élément de E : en eet,Ik ⊂ E, ∀k ∈ N. Puisque A est principal, il est
noethérien et satisfait donc la condition de chaîne ascendante stationnaire : la
chaine E stabilise. Si J 6∈ I, par principalité de A on a J = (a) avec a décompo-
sable en produit de facteurs irréductibles. Mais puisque la chaîne stabilise, alors
CHAPITRE 2. CLASSIFICATION DES ANNEAUX 41

pour k susamment grand, a ∈ Ik ce qui implique Ik = (a) et contredit le fait


que Ik ∈ I.Donc J ∈ I et le lemme de Zorn montre qu'il existe un élément de
I maximal, notons le M = (x). Puisque M ∈ I, x ne peut être irréductible et
on a x = bc, avec b, c 6∈ A . Alors M ⊂ (b) et M ⊂ (c), et la maximalité de
×

M donne que les idéaux (b) et (c) ne sont pas dans I : en particulier, b et c se
décompose comme produit de facteurs irréductibles. Mais alors x = bc aussi, ce
qui est absurde.

preuve II, existence.


A est noethérien, donc satisfait la propriété de stabilité de chaîne ascendante.
Si I1 ⊂ I2 ⊂ .. ⊂ Ik ⊂ ... est une chaîne ascendante, alors comme montré dans
le théorème de Krull, I = ∪ki nN I est un idéal. Par principalité, I = (a) pour un
certain a ∈ A, et il existe j ∈ N tel que a ∈ Ij et Ij = (a). C'est le rang à partir
duquel Ik = I, j ≤ k . dès maintenant raisonnons par l'absurde : supposons qu'il
existe un élément x de A sans décomposition en facteurs d'irréductibles. Alors
∃a1 , b1 6∈ A× tels que x = a1 b1 . Si a1 et b1 se décomposent en produit de facteurs
irréductibles, alors x aussi et on aboutit à une contradiction. Nécessairement, un
des deux ne se décompose pas en en produit de facteur d'irréductibles, disons
a1 . Alors, ∃a2 , b2 6∈ A× tels que a1 = a2 b2 . Par récurrence, disons que a2 ne
se décompose pas en produit de facteurs irréductibles. On a la suite d'idéaux
croissante (en se rappelant que "diviser c'est contenir") :

(a) ( (a1 ) ( (a2 ) ( ...


en contradiction avec l'hypothèse sur les chaînes ascendante. On remarque que
la suite d'idéaux est bien strictement croissante car si pour un i, (ai ) = (ai+1 ),on
contredit bi+1 6∈ A× .

unicité. Si on peut écrire un élément a

a = up1 . . . pr

a = vq1 . . . qs
avec u, v ∈ A× et pi , qj des irréductibles, on montre que r=s et que les irré-
ductibles pi , qj sont associés deux à deux. On procède par récurrence sur r.

♠ r = 0 : a = u ∈ A× et a = vq1 . . . qs . Si on suppose que s ≥ 1, alors la


cas
−1
relation uv q1 . . . qs = 1 et on déduit que qs est inversible ce qui est impossible
car c'est un élément irréductible. Nécessairement s = 0.

♠ cas r = 1 : a = up1 = vq1 . . . qs . On suppose que s ≥ 2. La relation


précédente nous donne que q1 |a et donc p1 ∈ (q1 ). La proposition 2.2.9 nous
donne que (p1 ) = (q1 ) et le lemme 2.2.3 nous assure que ces deux éléments sont
CHAPITRE 2. CLASSIFICATION DES ANNEAUX 42

associés (c'est cette étape qui utilise pleinement l'hypothèse de principalité !).
Donc il existe w ∈ A× tel que q1 = wp1 . On obtient les décompositions pour a :

a = up1 = vwp1 q2 . . . qs
En simpliant par q1 (toujours possible de simplier dans un anneau intègre)
on a a = vwq2 . . . qs . Le cas r = 0 nous amène à une contradiction et donc (le
cas s = 0 étant aussi impossible par l'étape r = 0) que s = 1.
♠ cas r>1 : on écrit encore

a = up1 . . . pr = vq1 . . . qs
en supposant que s ≥ r. Puisque q1 est irréductible, alors (q1 ) est premier, et
donc puisque a ∈ (q1 ), alors soit p1 ∈ (q1 ) soit up2 . . . pr ∈ (q1 ). Dans le premier
cas, on a que p1 et q1 sont associés. Dans le second, l'hypothèse de récurrence
assure que q1 est associé avec un des pj pour j = 2, ..r . Dans tous les cas q1 est
associé avec l'un des pj , j = 1, ..r et pour simplier supposons qu'il s'agit de p1 .
Alors de façon identique au cas r = 1, on simplie par q1 et on a

a = up2 . . . pr = vwq2 . . . qs
On conclut par récurrence que r=s et que les pj , qi sont associés deux à deux.
On a montré l'unicité essentielle.

Remarque 2.2.23. La preuve I ci-dessus montre qu'un anneau intègre et noe-


thérien admet une décomposition en facteur d'irréductibles. Toutefois il n'est pas
nécessairement factoriel! Par exemple l'anneau vu en série C[X, Y ]/(X − Y ) 2 3

n'est pas factoriel mais noethérien, le problème réside dans l'unicité.


Remarque 2.2.24. Le théorème précédent nous donne la décomposition essen-
tiellement unique dans des anneaux de polynômes à coecients dans un corps
K.

Corollaire 2.2.25. Soit K un corps. Alors K[t] est factoriel.


Les inversibles de K[t] correspondent aux éléments dans K∗ . Ainsi tout poly-
nôme f ∈ K[t] s'écrit de façon unique comme multiple d'un polynôme unitaire,
se décomposant lui-même en produit d'irréductibles, c'est-à-dire que, à permu-
tations près, f s'écrit
Qn
f (t) = c k=1 gk (t), c ∈ K∗ et gk irréductible

L'algorithme d'Euclide fonctionne dans K[t] et permet de déterminer le pgdc de


deux polynômes ainsi que l'identité de Bézout.
CHAPITRE 2. CLASSIFICATION DES ANNEAUX 43

2.2.5 Théorème de Gauss


Le but de cette section est démontrer le théorème suivant.

Théorème 2.2.26 (Théorème de transfert).


Soit A un anneau factoriel. Alors A[t] est factoriel.
Pour cela, on introduit la notion de polynôme primitif.
Dénition 2.2.27. Soit A un anneau commutatif. Le pgdc de deux éléments
a, b ∈ A∗ est un élément d ∈ A qui divise a et b et tel que tout autre diviseur d˜
de et divise d.
a b
Remarque 2.2.28. Le pgdc n'est pas garanti dans un anneau commutatif quel-
conque. Par exemple (c.f série), dans Z[i√5] est commutatif, mais la notion de
pgdc n'est pas bien déni. Toutefois dès que A est factoriel, il sut de choisir les
facteurs irréductibles commun (et associés), et le pgdc est déni à un inversible
près. Si A est euclidien, l'algorithme d'Euclide permet de calculer le pgdc.
Dénition 2.2.29. Soit A un anneau factoriel. Le d'un polynôme non
nul f ∈ A[t] est le pgdc de ses coecients. Il est noté cont(f ). Si cont(f ) = 1, f
contenu

est dit primitif (c'est aussi le cas, par la dénition ci-dessus, si cont(f ) ∈ A ). ×

Si c = cont(f ), alors on peut écrire


f = c · f0
où f est primitif. Cette écriture est unique, à une multiplication par un inver-
sible près.
0

Remarque 2.2.30. Un polynôme irréductible d'un anneau factoriel A est né-


cessairement primitif. La réciproque est fausse : dans Z[t], t − 1 est primitif non
2

irréductible.
Exemple 2.2.31. Dans Z[t], le contenu de f = 6t3 − 15t + 3 vaut 3 (ou −3).
On peut écrire f = 3 · (2t3 − 5t + 1) ou f = −3 · (−2t3 + 5t − 1).

Lemme 2.2.32 . Soit A un anneau factoriel. Si f, g ∈ A[t]


sont primitifs, alors f g est primitif.
(Lemme de Gauss)

Démonstration. p Soit un irréductible. On montre que que p ne divise pas tous


les coecients du produit f g. Notons

f (t) = a0 + ..am tm et g = b0 + ..bn tn


CHAPITRE 2. CLASSIFICATION DES ANNEAUX 44

Puisque f et g sont primitifs, p ne divise pas tous leurs coecients. Soit encore
k = min{i ∈ {1, . . . , m} : p 6 | ai } et l = min{i ∈ {1, . . . , m} : p 6 | bi }. Calculons
le coecient de degré k + l dans f g . Ce coecient est égal à
X X X
ai bj = ai bj + ai bj + ak bl
i+j=k+l i<k,i+j=k+l j<l,i+j=k+l

Par dénition de k et l,
P
p| i<k,i+j=k+l ai bj
et
P
p| j<l,i+j=k+l ai bj + ak bl .
mais p ne divise pas ak bl , par le lemme d'Euclide. On a montré que pour un
irréductible quelconque p, p ne divise pas tous les coecients de f g.
Corollaire 2.2.33. Soit A un anneau factoriel, f, g ∈ A[t] non nuls. Alors
cont(f g) = cont(f )cont(g) .
Démonstration. On écrit f = c · f0 et g = d · g0 . Alors f g = cd · f0 g0 et par le
lemme précédent, f0 g0 est primitif, et donc cd est le contenu de f g .

Généralisation : On généralise nos dénitions à un contexte un peu plus


large. Soit K le corps des fractions de notre anneau factoriel A. Si f ∈ K[t], on
écrit les coecients de f comme une fraction d'éléments de A : comme chaque
ai
coecient est de la forme
d , où ai ∈ A, et d ∈ A∗ (d est un multiple commun
de tous les dénominateurs), on a

f= 1
d · (a0 + ..an tn )
| {z }
coef f icients dans A

= dc (a00 + ..a0n tn ) = dc f0

où c est le contenu du polynôme a0 +..an tn et f0 est primitif (et est un polynôme


de A[t].
c
On va appeler
d le contenu de f .

Remarque 2.2.34. La notion de contenu dans un corps quelconque n'a pas de


sens car chaque constante est inversible.
En fait, lorsque K est vu comme anneau factoriel, le contenu d'un polynôme
est une constante inversible, donc vaut toujours 1. Mais lorsque K est le corps
des fractions d'un anneau A, le contenu est déni à ,
et donc il faudrait préciser (si cela est possible) sur quel anneau sous-jacent on
A un inversible de près

travaille pour retrouver un sens.


Proposition 2.2.35. Le contenu dans K[t] est bien déni à un inversible de A
près, et cont(f g) = cont(f )cont(g).
CHAPITRE 2. CLASSIFICATION DES ANNEAUX 45

Démonstration. 0
Soit
0 ∗
0
f ∈ K[t], et on écrit f = dc f0 = dc0 f00 , avec f0 et f00 ∈ A[t]
primitifs, c, c ∈ A et d, d ∈ A . Si f admet ces deux décompositions alors
0 0 0 0
on tire cd f0 = c df0 ∈ A[t]. f0 et f0 étant des polynômes primitifs, on a que
0
c d ∼ cd . Ainsi il existe u ∈ A tel que c0 d = ucd0 =⇒ dc0 = u dc . La deuxième
0 0 ×

partie de la proposition est une conséquence du lemme de Gauss.

On dispose de tous les outils pour s'attaquer au

Théorème 2.2.36 (Théorème de Gauss I). Soit A un anneau factoriel, K son


corps des fractions. Alors un polynôme f ∈ A[t] primitif est irréductible dans
A[t] si et seulement s'il est irréductible dans K[t].
Démonstration. ⇐ " " : Supposons que f A[t]
n'est pas irréductible dans . Alors
on écritf = gh, et comme f est primitif, ni g ni h n'est une constante. Puisque
(K[t])× = K ∗ , la même décomposition dans K[t] montre que f n'est pas irré-
ductible dans K[t].
"⇒" : Supposons f ∈ A[t] irréductible, et que l'on puisse décomposer f = gh

avec g, h ∈ K[t). Écrivons comme auparavant g = c · g0 et h = d · h0 avec


c, d ∈ K ∗ et g0 , h0 primitifs dans A[t]. Alors f = gh = cdg0 h0 et par le lemme
de Gauss g0 h0 est un polynôme de A[t] primitif. Donc cont(f ) = cd ∈ A mais
×
puisque f est primitif alors cd ∈ A . Par suite, cdg0 h0 est une décomposition
×
de f dans A[t] et f est irréductible. Ainsi par hypothèse, soit h0 ∈ A soit
×
g0 ∈ A . Supposons que ce soit g0 . On tire f = dh0 cg0 et cg0 ∈ K . On a montré
que f est irréductible dans K[t].

Corollaire 2.2.37. Un polynôme de Z[t] primitif est irréductible dans Z[t] si


et seulement si il est irréductible dans Q[t].
Remarque 2.2.38. L'hypothèse de primalité des polynômes est essentielle :
par exemple 2X est irréductible sur Q[X] mais pas sur Z[X].
En se basant sur le fait que K[t] est factoriel lorsque K est le corps des
fractions d'un anneau factoriel A, on va montrer que A[t] est également factoriel.
Théorème 2.2.39 . Si A est factoriel, alors A[t] est
factoriel.
(Théorème de Gauss II)

Démonstration. On notera K le corps des fractions de A. On prend un élément


f ∈ A[t]∗ et on montre l'existence et l'unicité essentielle de la décomposition en
produit d'irréductible.

Existence : Dans K[t], puisque K[t] est principal donc factoriel, f s'écrit
f = f1 ..fn , avec les fi ∈ K[t] irréductibles. Écrivons fi = ci gi où gi est primitif

dans A[t], et ci le contenu dans K . Alors f = c1 ..cn g1 ..gn . Par le lemme de
Gauss g1 ..gn est primitif, et puisque f est à coecients dans A[t] alors c1 ..cn ∈ A.
Par factorialité de A, c1 ..cn = p1 ..pr avec les pi irréductibles de A. D'autre part
CHAPITRE 2. CLASSIFICATION DES ANNEAUX 46

les fi étant irréductibles dans K[t], les gi aussi qui sont de plus primitifs. Le
théorème de Gauss permet d'armer qu'ils sont irréductibles dans A[t]. On
conclut en écrivant f = p1 ..pr g1 ..gn .
Unicité essentielle : Si f est une constante, alors il est dans A et il n'y a
rien à montrer.
Soit p1 ..pr f1 ..fm = q1 ..qs g1 ..gn deux décompositions de f dans A[t].

Corollaire 2.2.40. Si A est un anneau factoriel, alors A[X , .., X ] aussi.


1 n

Démonstration. Par récurrence, A[X] étant factoriel et A[X1 , ..Xn ] = A[X1 ..Xn−1 ][Xn ].

2.2.6 Quelques critères d'irréductibilité


Le but de cette section est de donner quelques critères d'irréductibilité de
polynômes dans un anneau, le but des prochaines sections étant de construire
de nouveaux corps de forme K[t]/(g).

Proposition 2.2.41. Soit A un anneau factoriel, p ∈ A irréductible et f ∈ A[t]


unitaire. Alors si la réduction modulo p de f
f¯(t) = a¯0 + ..tn ∈ A/(p)[t]
est irréductible, alors f est irréductible.
Démonstration. f = gh
Écrivons g = a +..a
, avec 0
m
h = b0 +..bk tk . Puisque
m t et
f est unitaire, alors le coecient de degré n de f est 1 et donc am bk = 1. En
×
particulier am et bk sont dans A (∗) et ne peuvent appartenir à l'idéal (p) et
donc ḡ et h̄ ont même degré que g et h respectivement. Mais alors f¯ = gh ¯ = ḡ h̄
¯
est une décomposition dans A/p[t]. Ainsi puisque f est irréductible, h̄ ou ḡ est
degré 0. Or puisque le passage au quotient n'a pas engendré de perte de degré,
g ou h est une constante, disons g. Par (∗) g est une constante inversible.

Remarque 2.2.42. La preuve fonctionne également dans le cas où f est pri-


mitif et p ne divise pas le coecient dominant de f .
Exemple 2.2.43.

1. Dans Z[t], le polynôme t + 121t + 42t + 17 est irréductible car modulo


3 2

2 ce polynôme est t + t + 1 irréductible dans Z/2[t]. Dans cet anneau


3 2

de polynôme une condition susante pour être irréductible est d'avoir un


nombre impair de terme dont un terme constant non nul.
CHAPITRE 2. CLASSIFICATION DES ANNEAUX 47

2. L'hypothèse de polynôme unitaire est essentielle : le polynôme 2t + 2t + 4 3

3t + t + 1 = (2t + 1)(t + t + 1) n'est pas irréductible sur Z[t]. Mais il


2 2 2

l'est modulo 2 où il est t + t + 1.


2

Voici un autre critère d'irréductibilité valable dans les anneaux factoriels :

Proposition 2.2.44 (Critère d'Eisenstein). Soit A un anneau factoriel, p ∈ A


un irréductible. Soit encore f = a + ..a t un polynôme de A[t] de degré n,
n

primitif. Si p 6 |a et que p|a , ∀i 6= n, et que p 6 |a alors f est irréductible.


0 n
2
n i 0

Démonstration. Utilisons les mêmes notations que pour le précédent critère :


g = b0 + ..bk tk , h = c0 + ..cm tm et écrivons f = gh. Alors a0 = b0 · c0 . Comme p
divise a0 , par le lemme d'Euclide p|b0 ou p|c0 . Supposons que ce soit c0 . Comme
p2 ne divise pas a0 , alors p ne divise pas b0 . De plus comme an = bk cm , et que
p ne divise pas an alors il ne divise pas cm .
Posons r = min{j ∈ N | p 6 | cj }, et observons que ar = b0 · cr + b1 · cr−1 + ..br · c0 .
Comme p divise c0 , c1 , ...cr−1 , p divise b1 · cr−1 + ..br · c0 . Mais p ne divise ni cr ,
ni b0 et donc p ne divise pas ar . Mais par hypothèse, p doit diviser ai , ∀i < n.
Par conséquent, on tire que r = n, m = n et g = b0 est une constante. Ainsi
×
puisque f = b0 h et que f est primitif, on tire b0 ∈ A .

Exemple 2.2.45. 1. 3X +15X +10 est irréductible car 5 6 |3, 5|10, 15 mais
4 2

25 6 |10. De plus ce polynôme est primitif.

2. f = t +..t+1 avec p ∈ N premier. Observons que t −1 = (t−1)f . Pour


p−1 p

montrer que f est irréductible (notons que ce polynôme est primitif) dans
Z[t], on pose y = t − 1. On a montré en série 2 que cette transformation
admet un isomorphisme entre Z[t] et Z[y]. Modulo p, la transformation
x 7→ x est un morphisme d'anneau donc (y + 1) − 1 = y modulo p.
p p p

Or y = y(y + ..(y + 1) + 1) = y(y + ..y + p en réarrangeant les


p p−1 p−1

termes. Le facteur de droite est, par le critère d'Eisenstein un élément


irréductible de Z[y] et un isomorphisme d'anneaux factoriels envoie des
élément irréductibles sur des éléments irréductibles.
2.3 Petite carte des anneaux et résultats de série
2.3.1 Quelques exemples et contre-exemples
Il serait bon désormais d'avoir une vue d'ensemble sur les notions que nous
avons parcourues, et comment les concepts s'enchevêtrent les uns les autres :

F Un anneau euclidien est principal, donc factoriel.

E Toutefois un anneau principal n'est pas nécessairement euclidien. Prendre


pour exemple R[X, Y ]/(X 2 + Y 2 + 1).
D Un anneau principal est noethérien. l'inverse est faux : prendre pour
exemple R[X, Y ].
CHAPITRE 2. CLASSIFICATION DES ANNEAUX 48

O Un anneau principal est factoriel, mais un anneau factoriel n'est pas né-
cessairement principal. Prendre pour exemple Z[X].
R Un anneau factoriel n'est pas nécessairement noethérien : prendre pour
exemple R[(Xn )n∈N ]. La suite d'idéaux In = (X1 , ..Xn ) est croissante mais
ne stabilise pas.

P L'anneau Z[i 5] est intègre, et noethérien(chaque idéal est de génération
nie). Il n'est pas factoriel (vu en série : décomposition non essentiellement
unique).

T Un autre exemple consiste à prendre un anneau principal qui n'est pas un


corps (disons Z) et à considérer A[X] : il est factoriel et noethérien mais
pas principal.

Aussi un corps de caractéristique ni n'est pas nécessairement ni. Consi-


dérer Fp (X) où encore la clôture algébrique d'un corps ni.

Quelques exemples supplémentaires se trouvent à la n du polycopié.

2.3.2 Quelques résultats des séries d'exercices


On récapitule (sans preuve) quelques résultats important des séries d'exer-
cices et qui ne sont pas déjà mentionnés plus haut. Attention les séries qui
interviennent dans le classement sont celles données au semestre de printemps
2019.

Série 1 : Lorsque

que A est un anneau tel que le groupe additif (A, +) est

isomorphe à (Z (n) , +) alors A est isomorphe à l'anneau
Z
(n) . Attention ce

n'est pas toujours le cas pour les anneaux en général : Z[S3 ] est isomorphe en
tant que groupe abélien à Z6 mais pas en tant qu'anneau.

La translation p(t) ∈ A[t] → p(t + a) est un isomorphisme d'anneau.

Série 2 : Un anneau ni et intègre est un corps. Contre exemple pour un


anneau non commutatif qui n'a que deux idéaux bilatères : Mn (K).

Série 4 : Lorsque un anneau A est commutatif et de caractéristique p un


nombre premier, alors x 7→ xp est un homomorphisme d'anneau.

Série 7 : Si f : A → B est un homomorphisme d'anneau surjectif, et que


A est noethérien, alors B est noethérien. La réciproque est fausse. Les idéaux
d'un anneau produit correspondent aux produits des idéaux.
Deuxième partie

Les Corps

49
Chapitre 3

Extensions de corps

3.1 Extensions et corps nis


Le but de cette section est de construire des extensions de corps de type
K⊂L et de les étudier.

3.1.1 Structure de K-algèbre et retour rapide aux poly-


nômes
On commence par un bref rappel :

Dénition 3.1.1. Une algèbre A sur un corps K est un K -espace vectoriel A


muni d'une opération bilinéaire · (en d'autre termes le produit de deux élément
de A est un élément de A).
Nous avons déjà mentionné le fait que l'anneau K[t], pour un corps K, est
aussi muni d'une action de K qui en fait un espace vectoriel (de dimension in-
nie). L'action de K est de fait un cas particulier de la multiplication polynomiale
(par les polynômes de degré zéro), action et produit sont donc compatibles, ce
qui donne à K[t] la structure d'une K -algèbre.
Soit f un polynôme de K[t] et (f ) l'idéal principal engendré. Pour les raisons
mentionnées ci-dessus K[t]/(f ) est encore une K -algèbre.

Proposition 3.1.2. Soient K un corps et f un polynôme de K[t] de degré n.


Alors K[t]/(f ) est un K -espace vectoriel de dimension n.
Démonstration. Chaque élément du quotient K[t]/(f ) peut être représenté par
un polynôme g . Or la division euclidienne avec reste permet d'écrire g = q · f + r
n−1
où le degré du reste r est < n. Alors r̄ = ḡ , si bien que (1, t, . . . , t ) forme une
base de K[t]/(f ).

50
CHAPITRE 3. EXTENSIONS DE CORPS 51

Exemple 3.1.3. t3 − 3 est irréductible


Le polynôme
√ dans Q[t] par le Théorème
de Gauss car il n'a pas de racine dans Z. Ainsi Q[ 3] ∼ = Q[t]/(t3 −3) est √
3
un corps
3

qui a pour base, en tant que Q-espace vectoriel, la famille ordonnée (1, 3, 3 9).

Voici une petite liste de faits bien connus pour des polynômes à coecients
dans R ou C qui sont vraies en toute généralité sur un anneau factoriel.

Dénition 3.1.4. Soit A un anneau factoriel. Un élément a ∈ A est uneracine


d'un polynôme f ∈ A[t] si f (a) = 0.

Proposition 3.1.5. Soit A un anneau factoriel. Alors a ∈ A est une racine de


f ∈ A[t] si et seulement si t−a | f . Plus généralement a , . . . , a sont des racines
distinctes de f si et seulement si (t − a ) . . . (t − a ) divise f . En particulier un
1 k

polynôme de degré n possède au plus n racines.


1 k

Démonstration. La première assertion provient directement de la division de f


par le polynôme unitaire t−a. On a f = q ·(t−a)+r et le reste est de degré ≤ 0,
c'est donc une constante. Ainsi f (a) = 0 si et seulement si r = 0. La deuxième
armation suit par récurrence puisque les polynômes t − ai sont irréductibles
et non associés dans l'anneau factoriel A[t].

Dénition 3.1.6. Soit A un anneau factoriel. La dérivation


D : A[t] → A[t] est
dénie par D(a0 + a1 t + · · · + an tn ) = a1 + 2a2 t + · · · + nan tn−1 .
Pour A = K un corps, c'est la seule application K -linéaire avec D(tn ) =
ntn−1 .
Proposition 3.1.7. Soit A un anneau factoriel. Alors
1. D(f + g) = Df + Dg ;
2. D(f · g) = f · Dg + Df · g.
Démonstration. La première formule est évidente. On observe aussi que pour
a ∈ A, on a bien D(af ) = aD(f ). Par distributivité on ramène alors la preuve
de la deuxième au calcul de D(tm · tn ) :

tm · D(tn ) + D(tm ) · tn = tm · ntn−1 + mtm−1 tn = (m + n)tm+n−1 = D(tm+n )

ce qui conclut la démonstration.

Proposition 3.1.8. Soit A un anneau factoriel. Alors a ∈ A est une racine


multiple de f ∈ A[t] si et seulement si f (a) = 0 = D(f )(a).
Démonstration. a Soit f
une racine de f = (t − a) g
si bien que
m
pour un entier
m≥1 et un polynôme g non divisible par t − a. Alors

D(f ) = (t − a)m D(g) + m(t − a)m−1 g et D(f )(a) = 0 + m(a − a)m−1 g(a)

Ainsi D(f )(a) = 0 si et seulement si m≥2 car g(a) 6= 0.


CHAPITRE 3. EXTENSIONS DE CORPS 52

Exemple 3.1.9. Le polynôme


2kiπ
t5 −1 n'a aucune racine double sur C et la dérivée
4
5t ne s'annule pas en e 5 . Par contre sur Z/5, la dérivée est nulle si bien que
la racine 1 est multiple. Ici t5 − 1 = (t − 1)5 .

Rappelons que

Lemme 3.1.10. Tout homomorphisme d'anneaux entre deux corps est injectif.
Ceci nous permet d'identier un corps K avec son image. Parfois nous abu-
serons de notations en écrivant (ou pas) "f (K) = K " an de nous permettre de
nous restreindre à l'étude d'extensions K ⊆ L.

Dénition 3.1.11.
Si K est un sous corps de L on dit que L est une extension de K .
Exemple 3.1.12. On a la suite d'inclusions
Q ⊂ R ⊂ C, et Q[ 2] ⊂ R.

Lemme 3.1.13. La restriction de la multiplication dans un corps L à un sous


corps K
K × L → L, (x, y) 7→ xy
dénit une action de K sur L qui en fait un espace vectoriel.
Ceci nous permet d'étudier la dimension de L en tant que K espace-vectoriel :
Dénition 3.1.14. Pour une extension K ⊂ L, le de l'extension, notée
est la dimension de L en tant que K espace vectoriel.
degré
[L : K]
Exemple 3.1.15. [C : R] = 2, [R : Q] = ∞.
On introduit de quoi étudier les multiples inclusions :

Proposition 3.1.16. Soit K ⊂ L ⊂ M des extensions de corps. Alors


[M : K] = [M : L][L : K]
Démonstration. Soient (xi )i∈I une base de L sur K et (yj )j∈J une base M sur
L. On va montrer que (xi yj )(i,j)∈I×J forme une base de M sur K .

1. (La famille est libre sur K


P)
Soient (κi,j ) ⊂ K tel que κi,j xi yj = 0, avec un nombre ni de κi,j non
i,j
P P
nuls. On peut réécrire la somme
P j( i κi,j xi )yj . Écrivons aussi ∀j ∈ J ,
λj = i κi,j xi ∈ L. La famille (yj )j∈J étant libre sur M (comme L espace
vectoriel), on a λj = 0, ∀j , et puisque (xi )i∈I est une famille libre sur L
P
(comme K espace vectoriel), on a i κi,j xi = 0 donne κi,j = 0, ∀i et donc
κi,j = 0, ∀(i, j) ∈ I × J . Ceci montre que la famille (xi yj )(i,j)∈I×J est libre
sur K .
CHAPITRE 3. EXTENSIONS DE CORPS 53

2. (La famille est génératrice)


Soit z ∈ M . Comme (yj )j∈J est une base de M sur L alors il existe
P
(λj ) ⊂ L telle que z = j λj yj . De même, puisque (xi )i∈I est une Pbase de
L sur K , pour tout j ∈ J , il existe (κi,j )i∈I ⊂ K telle que λj = i κi,j xi .
P P
Alors j λ j yj = i,j κi,j x i yj = z et donc la famille est génératrice.
Puisque le cardinal de la base correspond au degré de l'extension, on a
[M : K] = #(xi yj )(i,j)∈I×J = |I||J| = [M : L][L : M ].

Rappel 3.1.17. 1. Si K ⊂ L est une extension et que α ∈ L alors K[α]


est le plus petit sous anneau de L contenant α et K . On le construit avec
l'image de l'évaluation en α sur K[t].
2. En général, on peut toujours former K(α) le corps des fractions de K[α],
dont les éléments sont de la forme , avec f, g ∈ K[t] et g(α) 6= 0.
f (α)

3. Parfois K[α] = K(α), lorsque le noyau de ev est un idéal maximal de


g(α)

K[t]. Pour cela il sut de trouver un polynôme de K[t] irréductible qui


α

annule α (le polynôme minimal).


Exemple 3.1.18. Le polynôme t + 1 étant un élément irréductible de Q[t], on
2

a Q[i] ∼= Q[t]/(t2
+ 1) est un corps et alors Q[i] = Q(i).

Quelques notions supplémentaires sur les algèbres (?)

On étend un peu les dénitions d'algèbres vu précédemment.

Dénition 3.1.19. Soit k un anneau. Une k-algèbre est un anneau A muni


d'un morphisme d'anneau i : k → A.
Souvent le morphisme dont il est question est sous entendu et on se permet
de ne pas noter (A, i : k → A) pour désigner la k -algèbre. De fait, si x ∈ k et
a ∈ A on écrira souvent xa au lieu de i(x)a. Attention i n'est pas nécessairement
injectif.

Dénition 3.1.20. Si et (B, j) sont des k-algèbres, un morphisme de


-algèbre est un morphisme d'anneau tel que pour tout x ∈ k et
(A, i)
f : A → B
, .
k
a ∈ A f (i(x)a) = j(x)f (a)

Exemple 3.1.21. 1. Si k est un sous anneau de A, l'injection naturelle


muni A d'une structure de k-algèbre.
2. L'anneau k[X] est muni d'une structure de k-algèbre. C'est également le
cas pour k[X , ..X ].
1 n
CHAPITRE 3. EXTENSIONS DE CORPS 54

3. Tout anneau est une Z-algèbre : en eet il existe un unique morphisme


d'anneau Z → A.
La k -algèbre des polynômes jouit d'une propriété universelle :

Proposition 3.1.22. Soit A une k-algèbre et n ≥ 1 un entier. Pour tout n-


uplet (a , .., a ) d'éléments de A, il existe un unique morphisme de k-algèbre
f : k[X , ..X ] → A tel que pour tout 1 ≤ i ≤ n : f (X ) = a .
1 n
1 n i i

Démonstration. Si un tel morphisme existe, il vérie nécessairement

f (λX1m1 ..Xnmn ) = λam mn


1 ..am .
1

ce qui montre que si ce morphisme existe, il en existe au plus un. À l'inverse il


est facile de vérier que cette formule dénit un morphisme de k -algèbre.

Remarque 3.1.23. Ceci est en fait une légère extension du morphisme d'éva-
luation que nous avions déjà rencontré. Lorsque A = k on le retrouve.
Dans la suite on étudie le plus petit sous corps d'un corps.

Lemme 3.1.24.
Soit K un corps. Alors K contient un plus petit sous corps K . 0

Démonstration. (K ) Soit K . Posons L = ∩i Ki . Il


i i une famille de sous corps de
est facile de vérier que L est un sous corps de K contenu dans chaque Ki . En
particulier si la famille (Ki )i contient tous les sous corps de K alors on récupère
le plus petit sous corps de K .

Remarque 3.1.25. En fait on peut dénir de la même manière qu'auparavant,


pour X ⊂ K un sous ensemble, le plus petit sous corps de K contenant X noté
Π(X). En particulier, pour X = 1 , Π(X) et K coïncident.
K 0

Dénition 3.1.26. Soit K un corps et K le plus petit sous corps de K . Ce


sous corps est appelé sous corps premier de K . S'il est isomorphe à Q on dit
0

que K est de caractéristique 0 et s'il est ni de cardinal p, on dit que K est de
caractéristique p.
Le résultat suivant classe les corps en fonction de leur corps premier :

Proposition 3.1.27. Soit K un corps et i : Z → K l'homomorphisme cano-


nique. Soit encore K le sous corps premier de K .
0

1. si i est injectif, le sous corps premier K est isomorphe à Q. 


0

2. si i n'est pas injectif, il existe un unique premier p tel que K ∼= Z (p).0


CHAPITRE 3. EXTENSIONS DE CORPS 55

Démonstration. 1. Si i est injectif alors Z s'injecte dans K. Alors le corps


premier de K "contient" Z et donc le corps des fractions de Z, et par la
propriété universelle du corps des fractions K0 est isomorphe à Q.
2. Si i n'est pas injectif alors on récupère la caractéristique de K, et
Z
(p)
s'injecte dans K . Puisque ce corps n'a pas de sous corps K0 est isomorphe

à
Z .
(p)

Dénition 3.1.28.
Un corps K est dit premier s'il ne contient aucun sous corps strict.
Exemple 3.1.29. Q est un corps premier.
3.1.2 Extensions algébriques et transcendantes
Pour la suite on se xe K⊂L une extension et α ∈ L.
Dénition 3.1.30. On dit que α est sur K s'il existe f ∈ K[t] non
nul tel que f (α) = 0. Dans le cas contraire on dit que α est sur
algébrique

K.
transcendant

Exemple 3.1.31. 1. Sur Q, √2, i sont algébriques.


2. π,e sont transcendant.
3. (Septième problème de Hilbert) Pour a 6= 0, 1, et b un nombre algébrique
irrationnel, a est transcendant.
b

Dénition 3.1.32.
Une extension de corps de type K ⊆ K(α) est dite monogène.
Soit K ⊂L une extension de corps et α ∈ L. Considérons evα : K[t] → L,
l'évaluation en α, qui envoie un polynôme f sur f (α).
Si α K , alors, par dénition, il existe un polynôme non
est algébrique sur
nul f K[t] qui annule α, autrement dit le noyau de l'évaluation est non nul.
de
Comme K[t] est un anneau principal il existe un polynôme mα,K ∈ K[t] tel que
ker(evα ) = (mα,K ).

Dénition 3.1.33. poly-


nôme minimal
On appelle mα,K ( ou mα si le contexte est clair) le
de α sur K.
CHAPITRE 3. EXTENSIONS DE CORPS 56

Proposition 3.1.34. Soit α ∈ L un élément algébrique sur K . Alors


1. K[t]/(mα ) ∼
= K[α] ;
2. ∼ ;
K[α] = K(α)
3. m est irréductible;
4. [K(α) : K] = m .
α
deg α

Démonstration. La première assertion suit directement du Théorème d'isomor-


phisme. Pour les deux points suivants on observe que K[α], qui est l'image par
l'homomorphisme d'évaluation de l'anneau de polynôme K[t] est intègre, étant
un sous-anneau du corps L. Ainsi l'idéal (mα ) est premier dans K[t]. Cet an-
neau de polynômes est principal et donc l'idéal est maximal. Ceci signie que
K[t]  est un corps et mα est irréductible.
(mα )
Pour le dernier point on se souvient que la dimension du quotient
K[t] 
(mα )
comme K -espace vectoriel est toujours égal au degré du polynôme mα .

Exemple 3.1.35. Soit p un nombre premier. Alors Q[e2iπ/p ] est un corps qui
forme une extension de degré p − 1 de Q, En eet nous avons vu que tp−1 + · · · +
t + 1 est irréductible sur Z, donc sur Q. Comme α = e2iπ/p est une racine de
tp − 1 diérente de 1, on conclut par la proposition que (1, α, . . . , αp−2 ) forme
2iπ/p
une base de Q[e ] sur Q et αp−1 = −(αp−2 + · · · + α + 1).

Si α est transcendant, le noyau de evα est nul. Alors K[α] = Im(evα ) est
isomorphe à l'anneau K[t] qui n'est pas un corps.

Proposition 3.1.36. Soit K ⊆ L une extension, et α ∈ L transcendant. Alors :


1. K[α] ∼= K[t]
2. K(α) ∼= K(t)
3. [K(α) : K] = ∞
Démonstration.
1. Il s'agit d'une application du théorème d'isomorphisme.

2. Conséquence de 1.

3. dimK (K(t)) = ∞ et puisque K(α) ∼


= K(t) alors dimK (K(α)) = ∞.

On tire une caractérisation des éléments algébriques :


CHAPITRE 3. EXTENSIONS DE CORPS 57

Corollaire 3.1.37. K⊂L une extension, α ∈ L. Alors


α est algébrique ⇐⇒ [K(α) : K] < ∞

Remarque 3.1.38. Attention une extension algébrique n'est pas nécessairement


de degré ni!
Corollaire 3.1.39. K ⊂ L une extension, α, β ∈ L algébriques. Alors si m ∼
alors K(α) ∼= K(β).
α

Remarque 3.1.40. Dans le corollaire ci-dessus on a pas nécessairement égalité
des corps.
Exemple 3.1.41.
Pour ∼α = 2 , β = w √2 où w = e , on a m = m = t − 2. Alors
√ 3 3 2πi
3

Q[α] = Q[β], mais ce sont deux corps diérents : l'un est un sous corps de R,
3
α β

l'autre non.
L'extension R ⊂ C a pour particularité que tout élément de C est algébrique
sur R. C'est un exemple d'extension dite algébrique.

Dénition 3.1.42. Une extension K ⊂ L est dite si tout élément


de L est algébrique.
algébrique
α

Proposition 3.1.43.
Soit K ⊂ L une extension de degré ni. Alors L est algébrique sur K .
Démonstration. α∈L
Supposons qu'il existe transcendant. Alors, par le corol-
laire précédent, l'extension K ⊂ K(α) est de degré inni. Mais, par multiplica-
tivité des degrés et puisque K(α) ⊂ L, ceci implique que l'extension K ⊂ L est
de degré inni, une contradiction.

Voici plusieurs conséquences de cette proposition :

Corollaire 3.1.44.
Si α est algébrique sur K , alors K(α) est algébrique sur K .
Démonstration. α
Puisque K
est algébrique sur [K(α) : K] < ∞
alors et on
applique la proposition précédente.

Corollaire 3.1.45.
Si α, β ∈ L sont algébrique sur K alors
α + β , α − β , αβ , α −1

le sont aussi.
CHAPITRE 3. EXTENSIONS DE CORPS 58

Démonstration. Comme K(α) est algébrique sur K , et que β est algébrique


sur K, a fortiori β est algébrique sur K(α). Donc [K(α)(β) : K] < ∞ par
multiplicativité des degrés donc tout élément de K(α, β) est algébrique sur K .

Corollaire 3.1.46. Si K ⊂ L est une extension, alors l'ensemble


Lalg = {α ∈ L | α algébrique sur K}
est un sous corps de L qui contient K .
Démonstration. Appliquer le corollaire précédent.

On s'intéresse désormais à la construction d'extension d'un corps K qui n'est


pas forcément contenu dans un autre : par exemple Z/p ou encore R(X).

Proposition 3.1.47. Soit f ∈ K[t] irréductible. Alors K[t]/(f ) est une exten-
sion de K dont le degré est le degré du polynôme f , contenant une racine α de
f.
Démonstration. (f )
Le fait que ce quotient soit un corps vient du fait que est
maximal car irréductible. Dans ce cas là (nous ne le préciserons plus dans
la suite), on a K qui s'identie à un sous corps de K[t]/(f ) (les classes des
constantes). La racine de f est t̄ = t + (f ). Dans K[t]/(f ), en écrivant f =
a0 + ..am tm , on a dans le quotient

f (t̄) = a0 + ..am tm = a0 + a1 t + ..am tm = f¯ = 0

Exemple 3.1.48. Dans Z(3)[t], les polynômes unitaires de degré 1 sont au


nombre de 3, tous irréductibles. Les polynômes unitaires de degré 2 sont au
nombre de 9, et parmi eux 3 sont irréductibles. Les polynômes unitaires de degré
3 sont au nombre de 27 et parmi eux 8 sont irréductibles. Prenons par exemple
t − t + 1. Ce polynôme est bien irréductible car sans racine, de degré 3 et Z (3)
3


est un corps. Alors (3)[t](t − t + 1) est un corps, un espace vectoriel de


Z
3

dimension 3 sur Z/3. Si α = t alors (1, α, α ) est une base de ce corps qui a 27
2

éléments.
Exemple 3.1.49. Considérons le polynôme t − X ∈ R(X)[t]. Le critère
2019

d'Eisenstein appliqué dans R[X][t] pour l'irréductible X et le théorème de Gauss


montre que ce polynôme est irréductible. Donc R(X)[t] (t − X) est un corps.
2019
CHAPITRE 3. EXTENSIONS DE CORPS 59

Attention : on ne peut pas ajouter sans précaution toutes les racines de

polynômes à la fois, car


K[t]  n'est pas un corps.
(f g)

Exemple 3.1.50.
Le polynôme t − 2 ∈ Q[t] est irréductible.√ On forme Q[ √2] qui est un corps
3 3

isomorphe à Q[t] (t √− 2). Posons


3 L = Q[ 2]. Le polynôme t − 2 possède une
3 3

racine√: t −2√ = (t− 2)(t + 2t+ √2 ). On peut itérer la construction


3

3 2 3 3 2
√ sur
t + 2t + 2 qui est irréductible sur L[t]. Alors posons M = Q[ 2][w 2] =
2 3 3 2
√g= 3 3

L[t]  . Par multiplicativité des degrés, [M : Q] = [M : L][L : Q] = 2 · 3 = 6.


La dernière racine de t − 2 est dans M et donc le polynôme dans M .
(g)
3

Ici M est un exemple de construction de corps que l'on étudiera par la suite,
scinde

qu'on appelle .
corps de décomposition

3.1.3 Corps de rupture et corps de décomposition

Dénition 3.1.51. Soit f ∈ K[t] un polynôme irréductible. On dit que L ⊃ K


est un corps de rupture de f si il contient une racine de f , disons α, et qu'il est
de degré minimal pour celle-ci.
Dénition 3.1.52. Soit f ∈ K[t] un polynôme irréductible. Une extension L
de K est un corps de décomposition de f si f scinde dans L, f = c Q (t − a ), n

c, a ∈ L et si L = K(a , ..a ), et que L est de degré minimal pour cette propriété.


i=1 i
i 1 n

Exemple 3.1.53. Avec ces dénitions, corps de rupture et corps de décompo-


sition peuvent coïncider : par exemple, le corps de rupture du polynôme t + 1 2

est C et c'est aussi son corps de décomposition.


Le polynôme t − 2, à coecient dans Q, possède une racine réelle : 2.
3
√ 3

Ainsi, Q[ 2] est un corps de rupture de ce polynôme mais puisque celui-ci pos-


√ 3

sède une racine complexe, ce n'est pas son corps de décomposition.√ Son corps
de décomposition lui n'est pas un corps de rupture pour la racine 2 car il est 3

trop grand.
L'existence d'un corps de décomposition pour f consiste à décomposer f en
facteur irréductible et à procéder de la même façon que l'exemple précédent,
avec chaque facteur irréductible de f . Pour l'unicité on procède comme suit : on
considère un isomorphisme de corps K∼ = K 0 , et on l'étend en un isomorphisme
φ : K[t] → K 0 [t] (on envoie chaque coecient d'un polynôme sur son image par
le premier isomorphisme). Ceci nous amène au prochain théorème :
CHAPITRE 3. EXTENSIONS DE CORPS 60

Théorème 3.1.54. Soit E un corps de décomposition de f ∈ K[t], et E un 0

corps de décomposition pour φ(f ) ∈ K [t] (avec φ comme auparavant). Alors il


0

existe un isomorphisme de corps ψ qui étend φ, i.e :


K
φ
/ K0

=


 
E / E0
ψ

Démonstration. La preuve se fait par récurrence sur le degré [E : K]. Supposons


Q
que [E : K] = 1. Alors E = K et f = c (t − ai ) ∈ K[t]. Alors φ(f ) =
φ(c) (t − φ(ai )). Ceci montre que E 0 = K 0 et on choisit ψ = φ. Supposons
Q
désormais que [E : K] > 1.
Comme E est un corps de décomposition pour f , f admet une racine α dans
E − K . Ainsi α est algébrique sur K et soit m son polynôme minimal. On a
K(α) ⊆ E . Puisque φ est un morphisme, on voit que φ(m)|φ(f ), car m|f . Mais
E 0 est un corps de décomposition de φ(f ) donc contient une racine de α0 de
0 
= K [t] φ(m) . La suite d'isomorphisme
φ(m). On a alors que K 0 (α0 ) ∼
0 
= K[t] (m) ∼
K(α) ∼ = K [t] (φ(m)) ∼
= K 0 (α0 )


exhibe un isomorphisme qui étend φ de K(α) vers K 0 (α0 ). On conclut par ré-
currence car [E : K(α)] < [E : K] (on a pris α dans E − K ) par multiplicativité
des degrés, et [K(α) : K] > 1.

K
φ
/ K0

=

 ∼ 
K(α)
= / K 0 (α0 )

 
E / E0
ψ

On remarque que E et E 0 étant respectivement des corps de décomposition de


f et φ(f ) sur K et K 0 , ils le sont également sur K(α) et K 0 α0 ).

Le théorème montre une chose plus générale que la question d'unicité que
l'on s'était posée : on y revient de la façon suivante :

Corollaire 3.1.55. Le corps de décomposition de f ∈ K[t] est unique à iso-


morphisme près.
Démonstration. Prendre dans le théorème précédent, K = K0 et φ = IdK .
CHAPITRE 3. EXTENSIONS DE CORPS 61

3.1.4 Corps algébriquement clos


Dans la section précédente on a construit une extension de corps K ⊂ E
où, étant donné un polynôme f ∈ K[t], f scinde dans E. Toutefois tous les
polynômes de K[t] ne scindent pas dans E . Notre but dans la suite va être de
construire des corps où chaque polynôme de K[t] scinde.

Dénition 3.1.56. algébriquement clos


clôture algébrique
Un corps K est si tout polynôme non
constant de K[t] a une racine dans K . Une de K est une
extension algébrique de K qui est algébriquement close.

Le Théorème Fondamental de l'Algèbre (démontré dans le cours Analyse III)


arme que C est algébriquement clos. Voici encore trois manières équivalentes

scindé
de vérier qu'un corps est algébriquement clos. On rappelle qu'un polynôme est
s'il se décompose en un produit de polynômes de degré un.

Proposition 3.1.57.
Les conditions suivantes sont équivalentes pour un corps K .
(i) Le corps K est algébriquement clos.
(ii) Tout polynôme de K[t] est scindé.
(iii) Tout polynôme irréductible de K[t] est de degré un.
(iv) Toute extension algébrique E de K est de degré un, i.e. [E : K] = 1.
Démonstration. (i) ⇒ (ii)
L'implication se montre par récurrence sur le degré.
Tout polynôme de degré un est scindé si bien que l'induction est initialisée. Soit
f (t) n > 1. Alors par dénition d'algébriquement clos, f (t) admet une
de degré
racine a ∈ K , i.e. t − a divise f (t). Il existe donc un polynôme g(t) ∈ K[t]
de degré n − 1 tel que f (t) = (t − a) · g(t). Par hypothèse de récurrence g(t)
est scindé et on conclut alors que f (t) est scindé, c'est un produit de deux
polynômes scindés.
L'implication (ii) ⇒ (iii) est immédiate et (iii) ⇒ (i) découle du fait que
K[t] est factoriel.
Pour montrer (iii) ⇒ (iv) considérons une extension algébrique E de K ,
un élément α ∈ E et mα son polynôme minimal. Alors mα est un polynôme
irréductible de K[t], donc de degré 1. Autrement dit α ∈ K . Nous avons montré
que E = K .
Pour terminer prouvons (iv) ⇒ (iii) : Soit f ∈ K[t] un polynôme irréduc-
tible. Alors K[t]/(f ) est une extension algébrique de K dont le degré sur K est
deg(f ). Or [E : K] = 1. Donc f est de degré un.

Pour construire un corps algébriquement clos contenant un corps donné K


l'idée est d'ajouter toutes les racines de tous les polynômes de K[t]. Pour pro-
céder de manière systématique nous devons considérer autant d'indéterminées
qu'il y a de polynômes et donc considérer un anneau de polynômes K[T ] pour
un ensemble d'indéterminées T arbitraire (inni). Nous n'avons pas construit de
tels anneaux formellement, mais cela peut se faire proprement en introduisant
CHAPITRE 3. EXTENSIONS DE CORPS 62

des modules, ce que nous ne ferons pas ici. Pour le moment nous nous satisferons
de l'approche plus pragmatique suivante.

Pour tout sous-ensemble ni S ⊂ T l'anneau K[T ] contient l'anneau bien


connu K[S]. De plus un polynôme n'a qu'un nombre ni de coecients non nuls
si bien que tout polynôme de K[T ] vit en fait dans K[S] pour un certain sous-
ensemble ni S de T . Par conséquent nous dénissions K[T ] comme la réunion
S
S K[S] prise sur tous les sous-ensembles nis S ⊂ T . Les opérations somme et
0
produit sont dénies pour deux polynômes f ∈ K[S] et g ∈ K[S ] en considérant
0
ces polynômes dans K[S ∪ S ] et en utilisant les opérations bien connues dans
cet anneau de polynômes n'ayant qu'un nombre ni d'indéterminées.

Dans la suite nous prouverons l'existence de la clôture algébrique.

Lemme 3.1.58. Soit T un ensemble d'indéterminées, et f (t ), ..f (t ) ∈ K[T ]


des polynômes à une indéterminée, non constants. Supposons de plus que i 6=
1 1 n n

j =⇒ t 6= t . Alors l'idéal I = (f (t ), ..f (t )) est propre.


i j 1 1 n n

Démonstration. I = K[T ]
Supposons que 1∈I h (T ), .., h (T ) ∈
. Donc , et il existe 1 n
K[T ] (ayant chacun un nombre ni d'indéterminées dans leur écriture) tels que
h1 (T )f1 (t1 ) + ..hn (T )fn (T ) = 1 (?)
Soit S⊂T le sous-ensemble d'indéterminées utilisé par les polynômes h1 , ..hn , f1 , ..fn .
Cet ensemble est ni (et en réalité dans la suite on travaille dans K[S]). Soit
p1 (t1 ) un facteur irréductible de f1 (t1 ), et on choisit α1 une racine de ce facteur.
On pose K(α1 ) ∼ = K[t] (p (t )) . On procède inductivement, en choisissant dans

1 1
K(α1 ) un facteur irréductible p2 (t2 )f2 (t2 ) et une racine α2 de ce facteur, et
de
on quotiente à nouveau. Par suite on pose E = K(α1 , ..αn ), construit par induc-
K(α1 , ..αi−1 )  ∼
tion, de façon à ce que
p (t ) = K(α1 , ..αi ). Dans E , chaque fi a
i i
une racine αi . Considérons le morphisme d'anneau d'évaluation des polynômes

K[S] → E
en évaluant en ti = α i et en complétant arbitrairement pour les autres indé-
terminées. Alors notre relation (?) (l'égalité est conservée en évaluant des deux
cotés) devient 1 = 0. I est propre.

Remarque 3.1.59. Attention, dans la preuve ci-dessus on choisit les facteurs


irréductibles des f durant l'induction, et non pas dès le début, dans le corps K
de départ. Sinon on pourrait se confronter à une erreur de ce type : en prenant
i

K = Q, f (t ) = t + 1 et f (t ) = t + 1, alors une seule racine sut pour


2 2

évaluer f et f , si bien que K(α , α ) = K(α ).


1 1 1 2 2 2
1 2 1 2 1
CHAPITRE 3. EXTENSIONS DE CORPS 63

Remarque 3.1.60. Si f, g ∈ K[t] sont premiers entre eux, alors par Bézout
. Si on considère (f (t ), f (t )) ∈ K[t , t ] alors le lemme précédent
nous dit que (f (t ), f (t )) 6= K[t , t ].
(f, g) = K[t] 1 2 1 2
1 1 2 2 1 2

On démontre l'existence pour tout corps d'une clôture algébrique.

Théorème 3.1.61 (Steinitz). Soit K un corps. Il existe une clôture algébrique


de K .
Démonstration. Soit T l'ensemble de tous les polynômes de K[t], on note tf
l'indéterminée de T correspondant au polynôme f ∈ K[t]. Si

n
X
f (t) = ai ti
i=1

alors
n
X
f (tf ) = ai (tf )i
i=1

Soit l'ensemble I ⊂ K[T ] déni par

I = ( {f (tf )f ∈K[t] } )

Xm
={ hi (T )fi (tfi ) | m ∈ N, hi ∈ K[T ], tfi ∈ T }
i=1

Le lemme précédent nous assure que I est un idéal propre. Le théorème


de Krull nous assure que I est inclus dans un idéal maximal M, et on pose

K1 = K[T ] M

qui est un corps.

Considérons la composition d'homomorphismes

K → K[T ] → K[T ] M


C'est un homomorphisme entre deux corps, donc il est injectif et donc K1


contient K (plus précisément il contient un sous corps isomorphe à K ).
Soit f ∈ K[t]. Alors f possède une racine dans K1 , car α = tf ∈ K1 et

f (tf ) = f (tf ) = 0

K ⊂ K1 est une extension algébrique. En eet, chaque élément de K1 est


la classe d'un polynôme de K[T ], disons g(T ), qui lui est une somme nie de
monômes en tf . Comme chaque élément tf est algébrique sur K (f annule tf ), la
classe de g(T ) est aussi algébrique (comme combinaison d'éléments algébrique,
voir corollaire 3.1.44).
CHAPITRE 3. EXTENSIONS DE CORPS 64

On itère le processus, et on pose (K1 )1 = K2 et on a une suite d'extensions


K ⊂ K1 ⊂ K2 ⊂ K3 . . .
S∞
On pose K = n=1 Kn . C'est un corps qui contient K , et pour tout entier
n ≥ 2, Kn contient Kn−1 . De plus, K est algébrique sur K car chaque élément
de K vit dans un certain Kl qui lui est algébrique sur K , et "une composition
d'extension algébrique est algébrique".

Enn, K est algébriquement clos : soit g ∈ K[t]. Il existe n ∈ N tel que g ∈


Kn [t] puisque g est une somme nie de coecients. Alors par notre récurrence
g possède une racine dans Kn+1 ⊂ K et donc K est algébriquement clos.

On mentionne sans preuve le résultat suivant :

Théorème 3.1.62 . Deux clôtures algébriques d'un corps K


sont isomorphes. De plus un isomorphisme de clôture algébrique laisse invariant
(Steinitz, suite)

les éléments de K .
Remarque 3.1.63. Si K est un corps, dénombrable (ou ni) alors K[t] aussi,
et donc K , K , ..K aussi. En particulier Q est dénombrable ou encore Z/p.
1 2

Corollaire 3.1.64. Il existe dans R des éléments transcendants sur Q.


3.1.5 Corps nis
On étudie désormais les corps nis, tels que
Z pour p premier. La des-

Galois
(p)
tination de cette étude est l'introduction des groupes de . Dans la suite
on notera Fp le corps ni à p éléments. On a vu en série que la caractéristique
d'un corps ni K est un nombre premier p. Il contient donc Fp via i : Z → K
et le noyau s'identie à Fp . Alors K est un Fp espace vectoriel et card(K) = pn
où n est la dimension de K comme Fp espace vectoriel.

Commençons par un résultat d'unicité sur les corps nis :

Théorème 3.1.65 (Galois, Moore). Soit p un nombre premier, n ≥ 1 et q = p . n

Alors il existe un corps à q éléments, et il est unique à isomorphisme près : il


s'agit du corps de décomposition du polynôme (t − t) ∈ F [t]. q
p

Démonstration. E Soit t −t
le corps de décomposition du polynôme
q
. C'est une
extension de Fp comme vu précédemment. Dans E , considérons K l'ensemble
q
des racines de t − t. On montre que c'est un corps.

1. si α, β ∈ K , alors αq = α et βq = β. On veut montrer que α + β ∈ K. En


eet

(α + β)p = αp + β p
CHAPITRE 3. EXTENSIONS DE CORPS 65

car les termes divisibles par p sont nuls dans toute extension de Fp (i.e E
est de caractéristique p), et ceci est en fait valable pour les éléments de E .
Par suite

n n−1 n−1
(α + β)q = (α + β)p = ((α + β)p )p = ((αp + β p ))p = .. =
pn pn
α +β =α+β

et donc α + β ∈ K.

2. De plus (αβ)q = αq β q = αβ et αβ est aussi dans K.

3. De plus (α−1 )q = (αq )−1 = α−1 ∈ K .


et ceci montre que K est un sous corps de E . Par le théorème de Fermat, le
corps K contient Fp . K est une extension de Fp qui contient toutes les racines
de tq − t : il s'agit donc de E !
On termine la démonstration en observant que tq − t a pn racines mais
qu'aucune n'est double car la dérivée de polynôme est −1 6= 0. Donc card(K) =
pn . On a déjà montré l'unicité du corps de décomposition à isomorphisme près.

Corollaire 3.1.66.
Considérons g ∈ F irréductible, de degré n. Alors g|t
p
pn
−t .
Démonstration. K = F [t] (g)
Posons

p , c'est un corps. Alors [K : Fp ] = n et
n
card(K) = p α = t une racine de g dans K . Il n'y a à isomorphisme près
. Soit
n
qu'un unique corps à pn éléments, le corps de décomposition de tp − t, alors
pn
les éléments de K sont racines de t − t. En particulier ce polynôme s'annule
en α. Or puisque g ∈ Fp [t] est irréductible, il est le polynôme minimal de cette
pn
racine et donc g|t − t.

Remarque 3.1.67. Non seulement g hérite d'une racine évidente dans K , mais
tous les polynômes irréductibles scindent dans K ! En eet le polynôme t − t pn

scindent dans son corps de décomposition et on peut donc identier g avec les
facteurs (t − a ) qui factorisent t − t.
k
pn

Exemple 3.1.68. est le corps de décomposition du polynôme t 5 − t. Tout 2

polynôme irréductible de degré 2 divise t − t sur F . Ainsi


F25
25
5

25
f où les f sont des polynômes
Q
t − t = t(t − 1)(t − 2)(t − 3)(t − 4)
irréductibles. k i i

On montrera plus tard qu'en fait les f sont tous de degré 2 et qu'ils sont donc
au nombre de 10.
i
CHAPITRE 3. EXTENSIONS DE CORPS 66

Désormais on s'intéresse à la structure du groupe multiplicatif des corps nis.

Soit donc p un nombre premier et n ∈ N. Les éléments non nuls de Fq sont


tous inversibles et forment un groupe pour la multiplication du corps Fq . On
rappelle le résultat de l'Exercice 6 de la Série 11 sur la structure des groupes
abéliens nis, énoncé sous sa forme multiplicative.

Proposition 3.1.69.Soit A un groupe abélien ni. Il existe des entiers d , . . . , d


avec d | d pour tout 1 ≤ i < k tels que A ∼= C × · · · × C .
1 k
i i+1 d1 dk

Sous sa forme un peu plus faible le Théorème de structure des groupes abé-
liens arme qu'un tel groupe est isomorphe à un produit de groupes cycliques.
Supposons par exemple que A = C2 × C2 × C4 × C3 × C9 × C7 . Les ordres des
groupes cycliques de cette décomposition ne répondent pas aux conditions de
divisibilité de la proposition, mais on peut en regrouper certains (les puissances
premières les plus grandes d'abord) grâce au Théorème Chinois pour obtenir
A∼
= C2 × C6 × C252 et 2 | 6 | 252 = 4 · 9 · 7.

Théorème 3.1.70. Soit K un corps ni et A un sous-groupe de K . Alors A ×

est cyclique. En particulier (K , ·) ∼= C .×


q−1

Démonstration. A
La multiplication est commutative si bien que

est un groupe
abélien. Par la proposition ci-dessus A = Cd1 × · · · × Cdk pour des entiers di qui
d
divisent tous dk . En particulier a k = 1 pour tout a ∈ A. Autrement dit tout
d
élément de A est racine du polynôme t k − 1 qui a au plus dk racine dans le
corps K.
Or A est constitué de d1 · d2 . . . dk éléments et on en déduit que k = 1, c'est-
à-dire que A ∼ = Cd1 est cyclique. En particulier K × tout entier est cyclique,
d'ordre q − 1.

Exemple 3.1.71. Le groupe F×


7 est d'ordre 6 et il est cyclique par le théorème
ci-dessus, ce qui est évident dans ce cas. On peut aussi vérier cela à la main.
Comme ensemble F×
7 = {1, 2, , 3, 4, 5, 6} (on a enlevé les barres pour alléger la
notation de ces classes de congruence modulo 7). 2 n'est pas
On constate que
un générateur car 23 = 8 = 1, mais les puissances de 3 engendrent F×
7 comme
le montrent les calculs suivants. On a 30 = 1 et 31 = 3, puis

32 = 9 = 2, 33 = 32 ·3 = 2·3 = 6 = −1, 34 = (−1)·3 = 4, 35 = (−3)·3 = −9 = 5

Si on appelle α la classe de 3 il est parfois plus agréable de donner la liste des


éléments de F7 sous la forme {0, 1, α, α2 , α3 , α4 , α5 }.

Proposition 3.1.72. Soit F , F deux corps nis. Alors


q r

Fr est une extension de F ⇐⇒ ∃ a ∈ N : r = q


q
a
CHAPITRE 3. EXTENSIONS DE CORPS 67

Démonstration. "⇒ " : Si Fr est une extension de Fq en particulier c'est un Fq


espace vectoriel de dimension nie. Son cardinal est donc, comme déjà vu, une
puissance de q.
"⇐" : Si r = q a , on sait que le corps de rupture de tq − t est Fq , c'est à
a−1 rec.
q r qa a−1
dire que ∀α ∈ Fq , α = α. Or α = α = (αq )q = αq = ... = α et donc
r
α ∈ Fr et Fr est le corps de décomposition de t − t. Donc Fq ⊂ Fr .

Corollaire 3.1.73. Un polynôme irréductible f de F [t] divise t pn


−t si et
seulement si f est de degré d | n.
p

Démonstration. ⇒ f | t − t
" " : si
pn
, alors on peut construire
F pn le corps de
décomposition de ce polynôme. On peut déjà ajouter une racine de f en prenant
Fp [t]  F [t] 
(f ) ⊆ Fpn . Par la proposition précédente, cette inclusion ne
p
(f ) , et
tient que si d divise n.

"⇐" : Si deg(f ) = d | n, alors le corps p


F [t]  , de cardinal pd , par la pro-
(f )
position précédente, est un sous corps de Fpn . En particulier, tous les éléments
F [t]  pn
de p
(f ) sont racines de t −t. Puisque f est minimal pour la racine héritée
pn
dans ce corps, alors f | t − t.

La proposition précédente nous dit que, dès lors que d | n, alors tout polynôme
irréductible de degré d scinde dans Fp n !

Exemple 3.1.74. F2 ⊂ F4 , et F 2 ⊂ F8 , mais F 4 6⊂ F8 .

= F64 a

F8 a = F4

F2

Ce type d'inclusion est très utile pour déterminer la décomposition en fac-


teurs irréductibles de polynômes telles que t − t. pn

On retourne rapidement à l'étude des groupes multiplicatifs des corps nis.

Exemple 3.1.75. 1. 3 est un générateur du groupe F . ×

2. Pour F , puisque 49 = 7 on choisit un polynôme de degré 2 irréductible.


7
2

Par exemple f = t + t − 1. Alors F ∼= F [t] (f ). On rappelle que le


49
2 7
49

nombre de générateurs dans F ∼= Z (q − 1) est ϕ(q − 1).


×
q
CHAPITRE 3. EXTENSIONS DE CORPS 68

On sait que F ∼= C et 48 = 2 · 3. On cherche un générateur de ce


× 4

groupe. Remarquons que α = t est d'ordre 16, et que dans F , 3 = 2 est


49 48
2

d'ordre 3. Puisque ce groupe est commutatif, l'ordre de l'élément 2α est


7

le ppmc des ordres, i.e son ordre est ppmc(16, 3) = 48 et on a trouvé un


élément d'ordre 48 donc qui génère notre groupe.
3. Parfois la recherche d'un élément générateur est beaucoup plus simple. Par
exemple dans F , tout élément est générateur car F ∼= C .
×

4. R = {±1}, comme seul sous-groupe ni de R.


8 8 7
×
Chapitre 4

Introduction à la théorie de
Galois
Dans ce chapitre on fait une rapide introduction à la théorie de Galois.

4.1 K -automorphisme et éléments primitifs


4.1.1 K -automorphismes
Dénition 4.1.1. Soit K ⊂ E une extension. Un K -automorphisme de E est
un automorphisme de corps σ : E 7→ E tel que σ = I .
|K dK

Exemple 4.1.2. 1. Les R-automorphismes de C sont i et la conjugaison.


Les automorphismes sont déterminés par l'image de 1 et l'image de i
dC

qui est une base de C comme R-espace vectoriel. Mais, si ϕ est un R-


automorphisme, alors ϕ(1) = 1 et ϕ(i) = −1. Donc il n'y a que deux
2

possibilités, à savoir ϕ(i) = i ou ϕ(i) = −i. Remarquons, pour anticiper


la suite, que l'extension R ⊂ C√ est de degré 2.
2. Les Q-automorphismes de Q[ 2]√sont, pour√des raisons similaires à pré-
cédemment, l'identité et σ : a + b 2 = a − b 2. La, encore l'extension est
de degré 2.
3. Les Q-automorphismes de Q[√2,√i] sont√au nombre de 4. Ce corps ad-
met comme Q-base l'ensemble (1, 2, i, i 2). Les automorphismes σ sont
déterminés par l'image de cette base, mais (comme √ on demande un mor-
phisme) en particulier par les image de et de 2. Là encore, σ(i) = ±i
et σ(√2) = ±√2. Remarquons que le degré de l'extension Q ⊂ Q[√2, i]
i

est 4.
Aux exemples précédents s'applique la prochaine dénition.

69
CHAPITRE 4. INTRODUCTION À LA THÉORIE DE GALOIS 70

Dénition 4.1.3. Soit K ⊂ E une extension. Le groupe de K -automorphismes


de E pour la composition s'appelle le et se note Gal(E/K).
groupe de Galois

Exemple 4.1.4.

1. Gal(C/R)√∼= C .
2. Gal(Q[i, 2]/Q) ∼= C
2

2 × C2 ∼
= V4

Proposition 4.1.5. Soit K ⊂ E une extension. Soit encore f ∈ K[t], σ ∈


Gal(E/K) . Alors :
a) Si α ∈ E est une racine de f , alors σ(α) aussi.
b) Si E = K(α , .., α ) où les α sont des racines, et si σ(α ) = α , pour
tout i = 1, .., n alors σ = I .
1 n i i i
dE

c) Si E = K(α , ..α ) est un corps de décomposition de f ∈ K[t], alors


Gal(E/K) agit dèlement sur les α .
1 r
i

Démonstration. f (t) = a +..a t


a) Écrivons a ∈K
0 n
n
, avec i . Alors par hypothèse

n
f (α) = 0 = a0 + ..an α .

Par suite

σ(0) = 0 = σ(a0 + ..an αn ) = a0 + ..an σ(α)n = f (σ(α))

b) E est engendré par les αi .

c) Gal(E/K) agit sur les racines de f par le premier point. La délité découle
du point b) : le seul élément de Gal(E/K) xant toutes les racines de f est
IdE .

La proposition précédente montre que Gal(E/K) s'identie à un sous groupe


de Sr .

Dénition 4.1.6. Soit K ⊂ E une extension, et G un groupe de K -automorphismes


de E. Alors on dénit
E G = {e ∈ E : g(e) = e, ∀ g ∈ G}
C'est un sous corps de E.
En eet K ⊂ E ⊂ E, et si x, y ∈ E alors
G G
CHAPITRE 4. INTRODUCTION À LA THÉORIE DE GALOIS 71

1)
σ(x ± y) = σ(x) ± σ(y) = x ± y
2)
σ(xy) = σ(x)σ(y) = xy
3)
σ(x−1 ) = σ(x)−1
4)
σ(0) = 0, σ(1) = 1

4.1.2 Deux extensions cubiques



Soit Q ⊂ Q[ 3 2], extension de degré 3. σ doit envoyer
Tout automorphisme

3
√3 3
√3 3
2 sur
√ un élément dont le cube vaut 2 puisque σ( 2) = σ( 2 ) = σ(2) = 2.

3 3
Or, 2 est la seule racine cubique √de 2 dans Q[ 2] (les autres racines cu-

3 2 3
biques sont complexes, il s'agit de ω 2 et ω 2). Ainsi L'identité est le seul

Q-automorphisme si bien que Gal(Q[ 3 2]/Q) = 1, le groupe trivial.
C'est un peu délicat de trouver un exemple d'une extension de degré 3 en ca-
ractéristique zéro avec un groupe d'automorphismes non trivial, je l'ai piqué chez
Artin. On commence avec quelques préparatifs. Soit ζ = e2πi/9 , racine neuvième
2 4 5 7
de l'unité. Les autres racines neuvièmes (et pas cubiques) sont ζ , ζ , ζ , ζ et
ζ 8. On les assemble par paires (l'une et sa conjuguée complexe) pour construire
des nombres réels

α1 = ζ+ζ 8 = 2 cos(2π/9), α2 = ζ 2 +ζ 7 = 2 cos(4π/9) et α3 = ζ 4 +ζ 5 = 2 cos(8π/9)

On observe encore que t9 −1 = (t3 −1)(t6 +t3 +1) = (t−1)(t2 +t+1)(t6 +t3 +1)
et que par conséquent

t6 + t3 + 1 = (t − ζ)(t − ζ 8 )(t − ζ 2 )(t − ζ 7 )(t − ζ 4 )(t − ζ 5 )

Le terme en t5 étant nul, on obtient la relation ζ + ζ 2 + ζ 4 + ζ 5 + ζ 7 + ζ 8 = 0.


L'analyse du terme t + t + 1 = (t − ζ )(t − ζ ) nous apprend que ζ 3 + ζ 6 = −1.
2 3 6

Théorème 4.1.7. Soit E = Q[α ]. Alors


1 Gal(E/Q) ∼
= C3 .
Démonstration. On construit un polynôme annulateur de α1 comme suit :

(t − α1 )(t − α2 )(t − α3 ) = (t − ζ − ζ 8 )(t − ζ 2 − ζ 7 )(t − ζ 4 − ζ 5 )

Ce polynôme est unitaire de degré 3 et, par l'observation ci-dessus, le coecient


de t2 est −(ζ + ζ 2 + ζ 4 + ζ 5 + ζ 7 + ζ 8 ) = 0. Le coecient de t est la somme des
produits αi αj pour 1 ≤ i < j ≤ 3, i.e.

ζ 3 + ζ 8 + ζ 10 + ζ 15 + ζ 5 + ζ 6 + ζ 12 + +ζ 13 + ζ 6 + ζ 7 + ζ 11 + ζ 12
CHAPITRE 4. INTRODUCTION À LA THÉORIE DE GALOIS 72

qui se simplie en réduisant les puissances modulo 9 et à nouveau grâce au


calculs préalables en3ζ 3 + 3ζ 6 + ζ + ζ 2 + ζ 4 + ζ 5 + ζ 7 + ζ 8 = −3. Enn le
2 3 8 3
coecient constant est −α1 α2 α3 = −(ζ +ζ +ζ +· · ·+ζ ) = 1. Ainsi t −3t+1
est un polynôme annulateur de α1 . C'est son polynôme minimal puisqu'il est
irréductible (ses racines ne sont pas rationnelles).
Nous avons donc compris que E = Q[t]/(t3 − 3t + 1) et nous armons que
3
c'est le corps de décomposition de t − 3t + 1. Il contient non seulement α1 , mais
2 8 2 2 16
aussi α2 puisque α1 = (ζ + ζ ) = ζ + ζ + 2ζζ 8 = ζ 2 + ζ 7 + 2 et que par
2
conséquent α1 − 2 = α2 appartient aussi à E . Comme α3 = −α1 − α2 on a aussi
α3 ∈ E (la dernière racine est toujours gratuite).
Un Q-automorphisme de E étant déterminé par l'image de α1 et cette
image pouvant être n'importe quelle racine αi , on conclut qu'il y a trois Q-
automorphismes de E .

Proposition 4.1.8. On a Gal(F8 /F2 ) ∼


= C3 .
4.1.3 Extensions monogènes
Lorsque ce ne sera pas mentionné, on supposera dans la suite que car(K) = 0.
Dénition 4.1.9.
Soit K ⊂ E une extension. Un élément γ ∈ E est dit si E = K(γ).
On dit alors que cette extension est monogène.
primitif

Théorème 4.1.10 (Théorème de l'élément primitif, caractéristique nulle).


Si car(K ) = 0, alors toute extension de degré nie est monogène.

An de démontrer ce théorème, on utilise l'algorithme d'Euclide, qui fonc-


tionne dans K[t], mais également dans toute extension de K.
Démonstration. Si l'extension est de degré ni, alors l'extension est de la forme
E = K(α1 , . . . , αn ), αi ∈ E, ∀i ∈ {1, . . . , n}. En eet, dans le cas contraire
on construirait une suite d'extension de degré arbitraire, en notant que pour
un corps L, si α 6∈ L, alors [L(α) : L] > 1 : [K(α1 ) : K] < [K(α1 , α2 ) :
K] < · · · < [K(α1 , . . . αn ) : K] < [E : K] ce qui contredirait que le degré de
l'extension est ni. Ainsi le théorème se résume à montrer qu'il existe γ ∈ E tel
que K(α1 , . . . αn ) = K(γ).

Pour ce faire, on procède par récurrence sur le nombre n de racines. Lorsque


n = 1, il n'y a rien à montrer.

Lorsque n = 2, on a E = K(α, β), pour α, β ∈ E et on cherche γ parmi


les cα + β , où c ∈ K pour que E = K(γ). Remarquons déjà que pour un tel
γ , on a K(γ) ⊂ K(α, β) et donc si en choisissant judicieusement c on arrive à
récupérer α, on pourra également récupérer β et conclure par un argument de
double inclusion.
CHAPITRE 4. INTRODUCTION À LA THÉORIE DE GALOIS 73

Soit mα α sur K(γ). On souhaite que deg(mα ) = 1,


le polynôme minimal de
de sorte que α ∈ K(γ). Soit encore f le polynôme minimal de α sur K et g le
polynôme minimal de β sur K .

Observons que h(t) = g(γ −ct) ∈ K(γ)[t], et que puisque h(α) = g(γ −cα) =
g(β) = 0, ce polynôme s'annule en α. On va étudier le pgdc de f et h dans
K(γ)[t], et pour ce faire nous nous plaçons dans K(γ)[t]. Alors on peut écrire

f (t) = (t − α1 )(. . . )(t − αr ), α1 = α

g(t) = (t − β1 )(. . . )(t − βs ), β1 = β


Les racines de h sont donc solutions de γ − ct = βj , j ∈ {1, . . . , s}. De façon
β − βj
équivalente, les racines de h sont solutions de t = α + et on déduit
c
que c 6= 0. On veut que le degré du polynôme minimal de α sur K(γ) soit 1,
et puisque dans K(γ)[t], f et h s'annulent en α, et que le polynôme minimal
divise ces deux polynômes, on aimerait que le degré du pgdc de f et h dans
K(γ) soit de degré exactement 1 et il s'agira du polynôme minimal. Pour cela
il faut que f et h n'ait qu'une seule racine en commun, à savoir on veut que
β − βj
α+ 6= αi , ∀i, j > 1. On distingue plusieurs cas :
c
cas 1) : lorsque j = 1 on a βj = β et donc α = αi seulement lorsque i = 1 (un
polynôme minimal n'a que des racines simples, et c'est le moment où on utilise
le fait que la caractéristique du corps est nulle : en eet si le polynôme minimal
a une racine double alors sa dérivée annule aussi α et il n'est pas minimal...).

βj − β
cas 2) : lorsque j > 1 on veut que α − αi 6= . Comme le corps K
c
est de caractéristique nulle, il est inni et un tel c existe, et on en xe un.
De fait, puisque pgdc(f, h) s'écrit comme un produit de racines de f (de sa
décomposition dans la clôture K(γ)) et que par notre choix de c il ne s'annule
en aucun αi pour i > 1, on en déduit qu'il s'agit exactement de t−α et donc
α ∈ K(γ) ! Et donc K(α, β) = K(γ).
Pour conclure, il sut d'écrire : K(α1 , . . . , αn ) = K(α . . . αn−1 )(αn ) =
K(γ1 )(αn ) = K(γ1 , αn ) = K(γ̃).

En fait le théorème de l'élément primitif est aussi valable lorsque les corps
sont nis (et donc de caractéristique non nulle).

Théorème 4.1.11 . Soit K ⊂ E une


extension de degré ni de corps nis. Alors il existe α ∈ E tel que E = K(α).
(Théorème de l'élément primitif, corps ni)

Démonstration. E
Puisque
×
E
est un corps ni,
×
est cyclique. Il est donc généré
par un élément α∈E . Alors K(α) = E .
CHAPITRE 4. INTRODUCTION À LA THÉORIE DE GALOIS 74

4.2 Extensions galoisiennes


Dénition 4.2.1. Une extension de corps E ⊂ K est dite si elle
est de degré ni et si |Gal(E/K)| = [E : K].
galoisienne

Exemple 4.2.2.

1. R ⊂ C est une extension galoisienne.


2. Q ⊂ Q[ √p] est galoisienne, de degré 2.

3. Q ⊂ Q[i,√ 2] est galoisienne, de degré 4.


4. Q ⊂ Q[ 2] n'est pas galoisienne, le groupe de Galois étant réduit à l'élé-
3

ment neutre.
Proposition 4.2.3.
Soit un groupe ni de K -automorphismes d'une extension K ⊂ E tel que
. Soit encore β ∈ E, et sa G-orbite G · β = {β , .., β }. Alors β est
G
K = EG
algébrique, et son polynôme minimal est m = Q (t − β ).
1 r
r
β,K i=1 i

Démonstration. β
Ce polynôme est clairement annulateur de β ∈ G·β , car .
On doit encore montrer que mβ,K est à coecients dans K . Soit σ ∈ G. On
étend de façon naturelle l'action de G sur E en action de G sur E[t] en prenant
σ(b0 + ..bn tn ) = σ(b0 ) + ..σ(bn )tn . On montre que mβ,K est xé par l'action de
G : puisque K est le corps des points xes par l'action de G, ceci montrera que
mβ,K est bien à coecients dans K . Calculons l'image de notre polynôme par
σ.
Qr Qr
σ( i=1 (t − βi )) = i=1 (t − σ(βi )) = mβ,K
le polynôme étant symétrique, et σ envoyant chaque racine de mβ,K sur une
autre racine (de façon injective).
Pour terminer, on sait que β est racine de mβ,K . Par la Proposition 4.1.5,
on sait que chaque βi dans l'orbite l'est aussi et donc le polynôme minimal ne
pourrait être plus petit.

Corollaire 4.2.4. Soit G < Gal(E/K) un sous groupe tel que K = E . Alors G

tout élément β de E est algébrique sur K et [K(β) : K]||G].


Démonstration. K ⊂ K(β) ⊂ E
On a des extensions . De plus le polynôme
minimal de β a pour degré

r = |G · β| = [G : Gβ ]||G|

en vertu du théorème orbite-stabilisateur.


CHAPITRE 4. INTRODUCTION À LA THÉORIE DE GALOIS 75

Exemple 4.2.5. La proposition précédente s'applique lorsque l'on prend Q ⊂



et comme groupe le groupe de Galois entier. Celui-ci est connu, laisse
invariant et envoie sur . Alors le polynôme minimal de i + √2
Q[i, 2] G
√ √
±i
ñ 2
est . On notera que la
Q √i + 2 √ √
mi+√2 = (t − i − 2)(t + i − 2)(t − i + 2)(t + i + 2)
proposition précédente montre que deux éléments dans la même orbite partagent
le même polynôme minimal.
Théorème 4.2.6. Soit E un corps, car(E ) = 0. Soit encore G un groupe
d'automorphismes de E ni. Si |G| = n, alors [E : E G ] = n. En particulier,
l'extension est galoisienne de groupe de Galois G.

Démonstration. En vertu de la proposition 4.2.3, chaque élément α ∈ E est


algébrique, et son polynôme minimal est de degré |G · α|. Or le cardinal de
l'orbite divise le cardinal de G par le théorème orbite-stabilisateur : [G : Gα ] =
|G · α| | |G|, où l'on a noté Gα le stabilisateur de α dans G.
Dans la suite on notera K = EG. Construisons une suite d'extensions

K ⊂ K(α1 ) ⊂ · · · ⊂ K(α1 , . . . , αn )

avec αi ∈ E/K(α1 , . . . , αi−1 ). Par le théorème de l'élément primitif, cette suite


K(α1 , . . . , αk ) = K(γk ) et chaque extension est de degré un
d'extension s'écrit
diviseur de |G|.

Par multiplicativité des degrés, puisque chaque extension est de degré ni
(bornée par |G|), alors la suite stabilise et donc E = K(γN ) pour un certain
N ∈ N (et en particulier l'extension est nie). On a [E : K] = |G · γN | qui divise
|G|.
Si σ ∈ G xe γN , i.e si σ(γN ) = γN , alors comme σ est un K -automorphisme,
σ = id . Ainsi, le seul élément dans le stabilisateur de γN , note GγN est l'identité,
et donc [G : GγN ] = |G|.

Corollaire 4.2.7. Soit K ⊂ E une extension galoisienne. Alors K = E . De G

plus si g ∈ K[t] est irréductible et β ∈ E est une racine de g, alors g scinde


dans E. En particulier une extension galoisienne est un corps de décomposition.
Démonstration. G = Gal(E/K)
On prend n = |G|
, et notons K⊂E ⊂ . On a
G

E. Comme K ⊂ E est galoisienne, [E : K] = |G| = n. Par le théorème précé-


dent, on a que [E : E G ] = n. On conclut par multiplicativité.

Soit g un polynôme irréductible et β une racine de g. Puisque g est irréduc-


tible, il est le polynôme minimal de cette racine : la proposition 4.2.3 montre
Qr
que celui-ci est associé à i=1 (t − βi ) où les βi sont comme dans la proposition
4.2.3 et donc g scinde dans E.
CHAPITRE 4. INTRODUCTION À LA THÉORIE DE GALOIS 76

Théorème 4.2.8 (Cara I).


Soit K ⊂ E une extension de degré ni. On a
|Gal(E/K)| | [E : K]

En particulier, l'extension est galoisienne si et seulement si K = E Gal(E/K)


.
Démonstration. NotonsG = Gal(E/K) , et considérons les extensions K ⊂
EG ⊂ E. Remarquons que EG ⊂ E est une extension galoisienne. Ainsi

|G| = [E : E G ]|[E : K]

par multiplicativité des degrés. En particulier, on a que

[E : K] = |G| ⇐⇒ K = E G

Théorème 4.2.9 (Cara II). Soit K ⊂ E une extension de degré nie.


L'extension est galoisienne ⇐⇒ E est un corps de décomposition sur K .
Démonstration. ” ⇒ ” E =
: Le théorème de l'élément primitif nous dit que
K(γ), pour un certain γ. Le polynôme minimal de γ mγ scinde sur E en vertu
du corollaire 4.2.7.

” ⇐ ” : On raisonne inductivement sur n E = K(α1 , . . . , αn ) :


lorsque
supposons que E soit le corps de décomposition de f ∈ K[t]. Soit α1 une racine
de f et mα1 ,K son polynôme minimal. Puisque f scinde sur E et que mα1 ,K
divise f , on a mα1 ,K = (t−α1 )(t−α1,2 ) . . . (t−α1,r1 ). pour étendre IdK à K(α1 ),
on a vu qu'il susait de permuter les racines de mα1 ,K et on a r1 choix possibles.
On répète ce procédé : alors on peut construire r1 × . . . rn automorphismes de
E . De plus, remarquons que

[E : K] = [K(α1 , . . . , αn ) : K] = [K(α1 , . . . , αn ) : K(α1 , . . . , αn−1 )] . . . [K(α1 ) : K]

et donc que
Qn
[E : K] = i=1 deg (mαi ,K(α1 ,...,αi−1 ) = r1 × . . . rn = |Gal(K (α1 , . . . αn )/K) |
et donc l'extension est galoisienne.

Proposition 4.2.10. Soit K ⊂ L ⊂ E une extension de corps. Si K ⊂ E est


une extension galoisienne, L ⊂ E aussi.
Démonstration. K ⊂ ESi E
est galoisienne, alors par le théorème de Cara II est
un corps de décomposition sur K . Alors E est aussi un corps de décomposition
sur L et donc l'extension L ⊂ E est galoisienne.
CHAPITRE 4. INTRODUCTION À LA THÉORIE DE GALOIS 77

En général, l'extension K ⊂ L n'est pas galoisienne. Considérer l'extension


√ √ √
Q ⊂ Q[ 3 2] ⊂ Q[ 3 2, w 3 2].

On en arrive au résultat essentiel de cette section : soit K ⊂ E est une


extension galoisienne, notons G le groupe de Galois. Dans la suite, notons L
l'ensemble des sous-corps L de E contenant K , ordonné par l'inclusion, et G
l'ensemble des sous-groupes de G, ordonné par l'inclusion. Dénissons deux
applications :

φ:G→L
H ≤ G 7→ E H

ψ:L→G
si K ⊂ L ⊂ E : L 7→Gal(E/L)
Le théorème de correspondance galoisienne arme que ces deux applications
sont inverses.

Théorème 4.2.11 (Correspondance galoisienne). L'application ψ est bijective,


strictement décroissante et d'inverse φ. Soit maintenant H ∈ G.
1. Alors l'extension E ⊂ E est galoisienne de groupe de Galois H .
H

2. L'extension K ⊂ E est galoisienne si et seulement si H est distingué


H

dans G. Dans ce cas, on a un isomorphisme


G/H ∼

= Gal E H /K

Démonstration. On doit d'abord vérier que l'on a bien

φ(ψ(L)) = φ(Gal(E/L)) = E Gal(E/L) = L


Comme E est une extension galoisienne de K, alors par la proposition 4.2.10,
E est aussi une extension galoisienne de L, de groupe de Galois Gal(E/L). On
a bien par le théorème de Cara que E Gal(E/L) = L.
Par suite, pour H ∈ G, ψ(φ(H)) = ψ(E H ) = Gal(E/E H ) = H par
on a
le théorème 4.2.6. Les deux applications φ et ψ sont donc inverses l'une de
l'autre. La décroissance de l'application ψ est claire, son caractère strictement
décroissant est une conséquence de sa bijectivité.

Le premier point a été prouvé dans le théorème 4.2.6.

Le second point a été prouvé série 14, exercice 4.


CHAPITRE 4. INTRODUCTION À LA THÉORIE DE GALOIS 78

4.3 Résultats de série


Série 9 : Une extension de corps K ⊂ E de degré 1 est égale à K . Si K ⊂ E
est une extension de degré de degré 2, il existe
√ δ, d ∈ E avec δ2 = d tels que
E = K[δ] = K[ d].
2
Si K ⊂ L est une extension de degré impair, alors ∀α ∈ L/K , K(α) = K(α ).
√ √
Si p, q sont deux nombres premiers distincts, alors q, p sont Q-indépendants.

Série 11 : Un corps ni n'est jamais algébriquement clos.


Si K est algébriquement clos, K(X) ne l'est pas.

Série 11 Une composition d'extension algébrique est algébrique.


Série 13 : Gal(Fp /Fp ) est cyclique, engendré par l'automorphisme de Fro-
n

benius.

Série 14 : Les théorèmes d'isomorphismes usuels restent valables pour les


modules.
Troisième partie

Les Modules

79
Chapitre 5

Généralités sur les modules


5.0.1 Dénitions
Soit A un anneau (qu'on ne suppose pas être commutatif a priori). La notion
de module sur cet anneau que nous sommes sur le point d'introduire doit être
vue comme un analogue de la notion d'espace vectoriel sur un corps.

Dénition 5.0.1. module à gauche


action
Un A- est un groupe abélien (M, +) muni
d'une de A
A × M → M, (a, m) 7→ am
telle que les axiomes suivantes sont vériés pour tous a, b ∈ A, m, n ∈ M :
1. distributivité par rapport à la somme de M : on a a(m + n) = am + an ;
2. distributivité par rapport à la somme de A : on a (a + b)m = am + bm ;

3. compatibilité avec le produit de A : on a (ab)m = a(bm) ;

4. unité : 1m = m.

On dénit de même un module à droite comme un groupe abélien M muni


d'une action à droite de A qui est distributive par rapport à la somme de A, et
à celle de M, compatible avec le produit de A et où l'unité de A agit comme
l'identité.

Exemple 5.0.2. Soit K un corps. Un K -module à gauche est un K -espace


vectoriel, par dénition. Ainsi la notion de module est une généralisation de
celle d'espace vectoriel.

Remarque 5.0.3. M un module à droite sur un anneau A. La compati-


Soit
bilité avec le produit deA dit que m(ba) = (mb)a. Si on dénit une action à
gauche • en posant a • m = ma, alors cette action à gauche ne dénit pas en gé-
néral une structure de module à gauche sur M car la compatibilité mentionnée
ci-dessus nous apprend que

(ab) • m = m(ab) = (ma)b = b • (ma) = b • (a • m)

80
CHAPITRE 5. GÉNÉRALITÉS SUR LES MODULES 81

Ce qui ne coïncide pas en général avec a • (b • m). Par contre si A est un anneau
commutatif c'est le cas et tout module à gauche est un module à droite et
vice-versa. On parle alors simplement de A-module.

Exemple 5.0.4. Un
Z-module n'est rien d'autre qu'un groupe abélien. En eet
par dénition un module est un groupe abélien. Réciproquement si M est un
groupe abélien, il existe une action de Z sur M , et une seule qui vérie les
quatre axiomes de la dénition ci-dessus, dénie par 1m = m et inductivement
par km = (k−1)m+m pour tout k ≥ 2 ; enn, pour k < 0 on pose km = −(km).

Rappelons qu'une involution M → M, m 7→ m? sur un groupe abélien est


un automorphisme d'ordre 2, i.e. (m? )? = m.

Proposition 5.0.5. Un groupe abélien muni d'une involution est un Z[C ]-


module à gauche.
2

Démonstration. τ est le générateur de C2 , alors τ 2 = 1 et tout élément de


Si
l'anneau de groupe Z[C2 ] est de la forme a + bτ pour a, b ∈ Z. On dénit une
?
action en posant (a + bτ )m = am + bm . L'eet de cette action est déterminé
par les axiomes sur les éléments de Z comme dans l'exemple précédent et c'est
?
la seule action ayant la propriété que τ m = m .

Exemple 5.0.6. 1. Les entiers de Gauss Z[i] munis de la conjugaison com-


plexe forment un Z[C2 ]-module.
2. Si A = ZG est un anneau de groupe G, alors un A-module à gauche
est un groupe abélien M , muni d'une action du groupe G à gauche, i.e
∀g ∈ G, m ∈ M : g · m ∈ M.
3. Si A = Z/4, alors un A-module est un groupe abélien M muni d'une
actionZ/4 × M → M , c'est à dire que l'on peut multiplier les éléments
m ∈ M par des entiers n ∈ Z de sorte que 4 · m = m + m + m + m = 0.
Un Z/4-module est donc un groupe abélien où 4 · m = 0, ∀m ∈ M . Par
exemple, Z/, Z/2 sont des Z/4-modules.

4. Un idéal I à gauche d'un anneau A est un A-module. En eet par dé-


nition,ai ∈ I, ∀i ∈ I et les propriétés de distributivité et d'associativité
découlent de la multiplication de A.

5. Si K⊂E E , étant muni d'une


est une extension de corps, alors action de
groupe Gal(E/K), est un K[Gal(E/K)]-module à gauche.

Dénition 5.0.7. Soit M, N deux A-modules à gauche, et f : M → N un


homomorphisme de groupes abéliens. f est un homomorphisme de A-module si
f préserve l'action de A, c'est-à-dire si :

∀a ∈ A, ∀m ∈ M : f (am) = af (m).
CHAPITRE 5. GÉNÉRALITÉS SUR LES MODULES 82

Exemple 5.0.8. 1. Un homomorphisme de groupes abéliens est un mor-


phisme de Z-module.
2. Un homomorphisme de K -espace vectoriel est un morphisme de K -module.

3. Soit M est un A-module et soit encore Z(A) = {x ∈ A| ax = xa, ∀x ∈ A}


le centre de A. Soit encore z ∈ Z(A). Alors

Tz : M → M
a 7→ az
est un homomorphisme de A-module.

Dénition 5.0.9. Un sous groupe N d'un A-module M est un sous module si


∀a ∈ A, ∀n ∈ N : an ∈ N .
Exemple 5.0.10. 1. {0}, M sont des sous A-modules du A-module M .
2. Un sous Z-module est un sous groupe d'un groupe abélien.

3. Un sous K -module est un sous espace vectoriel.

4. Si ϕ : M → N est un homomorphisme de A-module, alors son noyau


ker(ϕ) est un sous A-module de M.

5.0.2 Opérations sur les modules


On introduit désormais la somme et le produit de modules.

Dénition 5.0.11. M et N deux A-modules à gauche. Le


Soient M ×N produit
est le A-module {(m, n) | m ∈ M, n ∈ N } muni de la somme usuelle
à gauche
du produit et l'action de A est dénie pour tout a ∈ A par a · (m, n) = (am, an).

Le A-module M × N est muni de projections


p1 : M × N → M et p2 : M ×
N → N dénies respectivement par p1 (m, n) = m et p2 (m, n) = n pour tous
m ∈ M, n ∈ N .

Proposition 5.0.12. Propriété universelle. Soient M, N et X trois A-


modules à gauche et f : X → M , g : X → N deux homomorphismes de A-
modules à gauche. Il existe alors un unique homomorphisme de A-modules à
gauche h : X → M × N tel que p ◦ h = f et p ◦ h = g.
1 2

Démonstration. L'unicité est claire puisqu'elle l'est déjà au niveau des groupes
abéliens sous-jacents : on doit poser h(x) = ((f (x), g(x)) pour tout x ∈ X .
L'existence est garantie par le fait queh déni comme ci-dessus est aussi compa-
tible avec l'action puisque h(ax) = (f (ax), g(ax)) = (af (x), ag(x)) = ah(x).
CHAPITRE 5. GÉNÉRALITÉS SUR LES MODULES 83

Remarque 5.0.13. La propriété universelle détermine le produit à isomor-


phisme près puisque tout A-module à gauche Y muni de deux homomorphismes
versM et N vériant cette propriété universelle est forcément isomorphe à
M × N . En eet il existe un unique homomorphisme Y → M × N et un unique
M × N → Y compatibles avec les projections. La composition M × N → Y →
M ×N est donc compatible avec les projections : il s'agit du seul homomorphisme
qui l'est, c'est l'identité. Le même argument est valide pour l'autre composition
si bien que Y et M ×N sont isomorphes.

On généralise inductivement au cas d'un produit ni arbitraire de modules


et ensuite au cas d'un ensemble d'indices arbitraire. En tant qu'ensemble le
produit de modules coïncide avec le produit ensembliste, il ne reste plus qu'à le
munir de deux opérations de somme et d'action.

Dénition 5.0.14.QSoit I un ensemble et Mi un A-module à gauche pour tout


i ∈ I . Le produiti∈I Mi est le A-module à gauche dont les éléments sont
des I -uplet (mi )i∈I . La somme est dénie terme à terme (mi )i∈I + (ni )i∈I =
(mi + ni )i∈I et l'action également a · (mi )i∈I = (ami )i∈I .
Q
Le produit est muni de projections pj : i∈I Mi → Mj pour tout j ∈I et
la propriété universelle est sans surprise.

Proposition 5.0.15. Propriété universelle. Soit I un ensemble, M un A-


module à gauche pour tout i ∈ I . Soit encore X un A-module à gauche et
i

f : X → M un homomorphisme de A-modules à gauche pour tout j ∈ I . Il


existe alors un unique homomorphisme de A-modules à gauche h : X → Q M
j j

tel que p ◦ h = f pour tout j ∈ J . i∈I i


j j

5.0.3 Noyau, conoyau


Soit f : M → N un homomorphisme de A-module à gauche. Son noyau
ker(f ) est un sous A-module.

Dénition 5.0.16. On dénit le conoyau de f : Coker(f ) = N/Im(f ).

Proposition 5.0.17. Le conoyau est un A-module à gauche et vérie la pro-


priété universelle suivante :

M
f
/N π / Coker(f)

g
  { h
O /X
Pour tout homomorphisme de A-module g : N → X tel que g ◦ f = 0, alors il
existe un unique homomorphisme de A-module h tel que h ◦ π = g.
Démonstration. Laissée.
CHAPITRE 5. GÉNÉRALITÉS SUR LES MODULES 84

5.0.4 Modules libres


On note A le A-module à gauche A.

Dénition 5.0.18. Un A-module à gauche M est dit libre s'il existe un en-
notation L
M∼
L
semble I et un isomorphisme = i∈I A = i∈I Ai où dans le produit,
A est vu comme A-module à gauche.
Si bi ∈ M correspond à δji où


1 si j=i
δji =
0 sinon.

(bi )i∈I := B correspondent à une base dePM . Dans ce cas chaque élé-
alors les
ment deM s'écrit comme combinaison
L A-linéaire i∈I ai bi de manière unique.
Remarquons que par dénition de i Ai , la somme est nie.

Exemple 5.0.19. 1. Pour les Z-modules libres, on retrouve la dénition vue


en théorie des groupes abéliens libres.

2. Pour un corps K , on trouve que tout K espace vectoriel de dimension nie


est isomorphe à K n pour un certain n.

Proposition 5.0.20.Soit M un A-module libre de base B. Pour toute applica-


f : B → N où N est un A-module à gauche, il existe un unique
tion ensembliste
homomorphisme de A-module à gauche ϕ : M → N tel que ϕ(bi ) = f (bi ).

B _
f
/N
>

 φ

Démonstration. Les images des bi déterminent entièrement l'isomorphisme par


A-linéarité et la dénition ci-dessus.

L'analogie avec les espace vectoriels est la suivante : connaître l'image de la


base détermine complètement un homomorphisme, par A-linéarité.

Dénition 5.0.21. La cardinalité d'une base d'un A-module libre à gauche


correspond au rang du module, lorsque A est commutatif.

On justie la nomenclature, grâce au théorème suivant :

Théorème 5.0.22. Soit M un A-module libre. Toutes les bases de M ont même
cardinal.
CHAPITRE 5. GÉNÉRALITÉS SUR LES MODULES 85

Démonstration. Dans la suite on note V = M m · M . On peut


k =A m
 
et
comprendre m · M comme la restriction de l'action de A sur M à m (qui est un
sous groupe). Ceci en fait un sous module et en particulier m · M est un sous
groupe du groupe abélien M . On notera aussi π les projections dans les espaces
quotients (sans toujours préciser lesquels).

V peut-être considéré comme un k - module, donc comme k -espace vectoriel.


Soit B = (bi )i∈I une base de M , tout élément de V s'écrit donc comme combi-
naison linéaire des (π(bi ))i , où π désigne la réduction modulo m · M . Il s'ensuit
que (π(bi )i∈I ) est un ensemble générateur de V. Montrons que la famille est
libre.

Soit ⊂ k est une famille avec seulement un nombre ni d'indices tels
(xi )i∈IP
que xi 6= 0, et i xi π(bi ) = 0, choisissons pour tout i un élément ai ∈ A tel que
xi = π(ai ) (avec ai = 0 si xi = 0). Alors
!
X X
π ai bi = xi π(bi ) = 0
i i
P
et donc comme élément de V on en déduit que s = ai bi ∈ m · M ⊂ M . Par
suite il existe une famille (λi )i∈I de m, telle que seulement un nombre ni de λi
P
sont non nuls avec s = i λi bi . Puisque les (bi )i∈I forment une base de M , on
a unicité de l'écriture et λi = ai , ∀i ∈ I , puis xi = π(λi ) = 0 puisque (λi )i ⊂ m.
Ainsi la famille (π(bi ))i∈I est libre donc c'est une base de V.

On en déduit que si (ηj )j∈J est une base de M , alors (π(ηj ))j∈J est une base
de V et donc que I et J ont même cardinal.

Remarque 5.0.23. Le fait que A soit commutatif nous assure l'existence d'un
idéal maximal. Aussi la commutativité se comportent bien avec la somme.

L
Lorsque A= EndR (R ), A A = A.

Proposition 5.0.24. Soit M un A-module. Alors M est isomorphe à un quo-


tient d'un A-module libre.

Démonstration. L'application

M
Am → M
m∈M

bm 7→ m
est surjective. On applique ensuite le théorème d'isomorphisme (vu série 14)
pour les A-modules.
CHAPITRE 5. GÉNÉRALITÉS SUR LES MODULES 86

Proposition 5.0.25. Si f : M → N est un homomorphisme de A-modules


surjectif, alors pour tout homomorphisme h : F → N où F est un A-module
libre, il existe g:F→M tel que f ◦ g = h.
 /F
B
g
γ h
 ~ 
M
f
/N

Démonstration. Pour tout b ∈ B, h(b) ∈ N et puisque f est surjective, il existe


mb ∈ M tel que f (mb ) = h(b). On pose γ(b) = mb , ce qui détermine, par la
proposition 5.0.20 et par A-linéarité, g : F → M .

Dénition 5.0.26. On dit qu'un A-module P est projectif s'il possède la pro-
priété de relèvement P
∃g
∀f
~ 
M
π /N
surjective
Quatrième partie

Exercices ?

87
Chapitre 6

Énoncés
Exercice 1. Soit K un corps. Montrer que si f ∈ K[t] est irréductible, on a soit
∀α ∈ K : f (α) 6= 0 soit ∃!α ∈ K : f (α) = 0.
-
Exercice 2. Soit A un anneau commutatif. Montrer que si I et J sont étrangers,
I et J0 sont étrangers alors I et JJ 0 sont étrangers.

Exercice 3. Soit A un anneau commutatif. Montrer que si I1 , ..In sont des


idéaux étrangers deux à deux, alors I1 ∩ ..In = I1 ..In et

A/I1 ..In ∼
Qn
= k=1 A/Ik

Exercice 4. Soit A un anneau factoriel, a, b ∈ A∗ . Montrer qu'il existe d ∈ A


tel que :(*) (d) ⊂ (a) + (b) et ∀c ∈ A tel que c|a et c|b, alors (d) ⊂ (c). Une
condition sur A pour avoir l'égalité dans (*) ?
Exercice 5. Soit A un anneau commutatif. On suppose que A possède un
nombre ni d'idéaux.
a. Montrer que si A est intègre, alors A est un corps.
b. Montrer que tout idéal premier de A est maximal.

Exercice 6. Montrer que Q n'admet pas de sous corps strict, c'est-à-dire de


corps K ( Q.
Exercice 7. Soit A un anneau factoriel, a, b ∈ A∗ . Montrer qu'il existe e ∈ A
tel que (a) ∩ (b) = (e). e est le PPMC des éléments a et b.
Exercice 8. Soit K et L des corps, f :K→L un homomorphisme d'anneaux.
Montrer que soit f ≡0 ou f est injective.

Exercice 9. Soit p ∈ Z. Montrer que


Z[t]/(p) ∼
= Z/(p)[t]

88
CHAPITRE 6. ÉNONCÉS 89

Exercice 10. Soit A un anneau commutatif. Supposons que tous les idéaux de
A sont premiers. Montrer que A est un corps.

Exercice 11. Soit K un corps ni. Calculer x∈K x.


Q

Exercice 12. Soit A un anneau intègre tel que tout suite décroissante d'idéaux
est stationnaire. Montrer que A est un corps.

Exercice 13. Vrai ou Faux ? Tout sous anneau d'un anneau noethérien est
noethérien. Même question avec factoriel.

Exercice 14. Soit A un anneau commutatif, I, J, L des idéaux de A.


a. Montrer que (IJ) + (IL) = I · (J + L).
b. Montrer que (I ∩ J) + (I ∩ L) = I ∩ (J + L).
c. Soit K un corps, et A = K[X, Y ]. Soit encore I = (X), J = (Y ), L = (X + Y ).
Trouver (I ∩ J) + (I ∩ L) et I ∩ (J + L).

Exercice 15. Soit A un anneau commutatif, et a ∈ A. Montrer que :


a ∈ A× ⇐⇒ ∀ idéal maximal M, a 6∈ M.

Exercice 16. Soit A = A1 × ..An un produit d'anneau.

a. Est-ce que A est intègre ?

b. Quelle est la forme des idéaux de A?

c. Quelle est la forme des idéaux premiers de A? Maximaux ?

d. Supposons que les Ai soient des corps. Montrer que l'anneau A possède
un nombre ni d'idéaux. Peut-on en déduire que A est un corps ?

Exercice 17.
Soit A un
Qnanneau commutatif, p un idéal premier et I1 , ..In des idéaux de A,
tels que k=1 Ik ⊂ p. Montrer que p contient au moins un des Ik .
Exercice 18. Soient p1 , ..pn des idéaux premiers d'un anneau commutatif A.
Soit encore I un idéal de A tel que I ⊆ ∪ni=1 pk . Montrer qu'il existe i tel que
I ⊂ pi .
Exercice 19. Soit A un anneau principal, et I un idéal de A. Montrer que si
q∈I est irréductible alors soit I = (q) ou I = A.
Exercice 20. Soit A un anneau commutatif, et I un idéal de A. Montrer que
l'ensemble des idéaux premiers de A/I est en bijection avec l'ensemble des idéaux
premiers de A contenant I.
Exercice 21. Soit A un anneau commutatif, M1 et M2 deux idéaux maximaux
distincts. Montrer que le quotient A/M1 M2 n'est pas intègre.

Exercice 22.
CHAPITRE 6. ÉNONCÉS 90

Soit K un compact de C et K l'anneau des fonctions holomorphes sur K.


Soit encore J un idéal de K.

a. Soit (fi )i∈S J. Montrer que pour tout i ∈ S , il


une famille génératrice de
fi
existe un polynôme
pi pi
est holomorphe et ne s'annule pas (c'est pas
tel que
vraiment une question d'algèbre).

b. En déduire que l'on peut choisir des polynômes comme famille génératrice
de K.

c. On suppose que les fi sont des polynômes. Montrer qu'il existe g ∈ C[X]
tel que l'idéal engendré par les (fi )i dans C[X] soit (g).

d. En déduire que l'idéal J⊂K est monogène, et que K est principal.

Exercice 23. Vrai ou faux ? Soit A un anneau et I et J tels que I ∩J = IJ .


Alors I + J = A.
Exercice 24. Vrai ou faux ? Soit A un anneau principal, et I un idéal. Alors
A/I est principal.

Exercice 25. Vrai ou faux ? Un produit ni d'anneau noethérien est noethérien.

Exercice 26. Soit A un anneau principal. Soit I un idéal premier non nul de
A[X]. Montrer que I ∩A est un idéal maximal de A.
Exercice 27. Soit A un anneau factoriel, B un anneau factoriel. Supposons que
A∼
= B, par un isomorphisme φ.
1. Montrer qu'un élément de A inversible est envoyé sur un élément inversible.
Par symétrie en prenant φ−1 , la préimage d'un inversible est inversible.
2.Montrer qu'un élément irréductible de A est un envoyé sur un irréductible de
B.
Exercice 28. Montrer que la famille (xi )i∈N , où xi = ln(pi ) et (pi )i∈N désigne la
suite des nombres premiers est Q libre. Ceci prouve que le degré de l'extension
[R : Q] = ∞.
Exercice 29. Montrer qu'il existe sur R un ensemble non dénombrable d'élé-
ments transcendants sur Q.
Exercice 30. Soit√A un anneau commutatif, et I un idéal. On dénit le radical
de l'idéal I, noté I l'ensemble

I = {x ∈ A| ∃n ∈ N, xn ∈ I}

Montrer que a. I est un idéal de A.

Soient I et J deux idéaux de A, p ≥ 1. Montrer que


b.
CHAPITRE 6. ÉNONCÉS 91

√ √ √ √
IJ = I ∩J = I∩ J
p√ √
c. I= I.
√ √
d. Ip = I.
√ √
e. Si I⊆J alors I⊆ J.

f. Si p est un idéal premier, alors p = p.
√ √ √
h. I +J ⊆ I+ J.

Exercice 31.[Sur le localisé] Soit S une partie multiplicative de A ne contenant


pas 0. Montrer que si A est intègre, S −1 A aussi.

Exercice 32.[Théorème 1.5.20]


Soit A un anneau commutatif, et I un idéal de A. Montrer que
√ T
I= p
p premier, I⊆p

Exercice 33. Soit A un anneau principal et K son corps des fractions. Soit
encore B un sous anneau de K contenant A. Montrer qu'il existe une partie
multiplicative S de A tel que B = S −1 A.
Exercice 34.Soit A un anneau, et x un élément nilpotent. Montrer que :
a. 1 − x est inversible.
b. si y est tel que 1 − y est nilpotent, alors y est inversible et 1 − y −1 est
nilpotent.

Exercice 35. Soit A un anneau commutatif, et I , J deux idéaux de A. Montrer


que ∀n ≥ 1, I n + J n = A.
Exercice 36. On dit qu'un anneau est local s'il n'a qu'un seul idéal maximal.
Soit A un anneau commutatif.

a. Montrer que A est local si et seulement si l'ensemble des ses éléments non
inversible est un idéal.

b. Soit p un idéal premier de A. Montrer que A/p est une partie multiplicative
de A.
c. Soit Ap l'anneau localisé par la partie multiplicative A p. Montrer que Ap
est un anneau local, d'idéal maximal pAp .
Exercice 37.[Anneaux de Jacobson]
Soit A un anneau commutatif. On note
\
R(A) = p
p premier
CHAPITRE 6. ÉNONCÉS 92

et \
F(A) = M
M maximal
.

a. Montrer l'équivalence suivante :


(i) Tout idéal premier est intersection d'idéaux maximaux
(ii) Pour tout quotient B de A, on a F(B) = R(B).
Dans ce cas on dit que A est un anneau de Jacobson.
b. Soit a ∈ A. Montrer que a ∈ F(A) si et seulement si pour tout x ∈ A,
1 − ax est inversible.

Exercice 38.[Une composition d'extension algébrique est algébrique]


Soit K ⊂ L ⊂ M une suite d'extensions. Montrer que si M est algébrique
sur L et que L est algébrique sur K alors M est algébrique sur K (attention les
extensions ne sont pas nécessairement de degré ni !).

Exercice 39.
Soit K un corps de caractéristique nulle, et K sa clôture. Montrer que, si
0
f est un polynôme irréductible de K[t], alors pgdc(f, f ) = 1. En déduire que
dans la décomposition en facteurs d'irréductible dans K[t], f n'a que des facteurs
simples (i.e de multiplicité un).

Exercice 40.
Soit K un corps, et f un polynôme irréductible de degré m de K[t], et soit
L son corps de décomposition. Montrer que [L : K] ≤ m!. Est-il possible d'avoir
égalité ?

Exercice 41.
Soit K un corps de caractéristique p > 0, et a ∈ K.
p
1. Soit f (t) = t − t − a ∈ K[t]. Montrer que f est irréductible si et seulement
si f n'a pas de racines.

2. Si f est irréductible et que L désigne un corps de décomposition de f,


trouver Gal(L/K).

Exercice 42.
Soit p un nombre premier, et f ∈ Fp [X] un polynôme irréductible de degré
n
n. Montrer que f divise X p − X , et en déduire que f scinde dans Fpn .
Exercice 43.
Soit p un nombre premier. Est-ce qu'il existe, pour tout n ≥ 1, un polynôme
irréductible sur Fp [X] ?
Exercice 44. Soit f un polynôme irréductible de K[X], deg(f ) = n, avec car(K )
= 0. Soit encore K une clôture algébrique de K . Soit X = {α1 , . . . αn } les racines
de f dans K , L = K(α1 , . . . , αn ) et G = Gal(L/K ).

1. Montrer que dans K, les racines de f sont distinctes.

2. Montrer que n divise |G| et que |G| divise n!.


CHAPITRE 6. ÉNONCÉS 93

3. Montrer que si G est abélien, alors [L : K] = n.


4. La réciproque est-elle vraie ?

Exercice 45.
Soit p un nombre premier. Montrer que pour tout m ≥ 1, il existe un poly-
nôme irréductible de degré m sur Fp [t].

Exercice 46.[Critère d'irréductibilité]


Soit p un nombre premier, et f un polynôme de degré m.
1. Rappeler pourquoi tout polynôme irréductible de degré k scinde dans Fpk .
2. Montrer que f est irréductible si et seulement si f n'admet aucune racine
m
α dans Fpr , pour tout r≤ .
2

Exercice 47.[K(α) est le plus petit corps contenant α et K ]


Soit K ⊂ L une extension, et α ∈ L. Montrer que K(α), le corps des fractions
de K[α] satisfait la propriété suivante : pour tout corps E tel que K ⊂ E et
α ∈ E , il existe une morphisme (injectif ) de K(α) dans E .

Exercice 48.[Extension cyclique]


n un entier, et k un corps de caractéristique nulle. On suppose également
Soit
que k×contient les racines n-ième de l'unité µn (k). Une extension K de k est
n ∗
dite cyclique lorsque K est le corps de rupture de P (X) = X − a, avec a ∈ k .
1
Dans ce cas, K = k[α] avec α = a n , racine de P .

1. (a) Combien de générateurs y a-t-il dans µn (k) ?


(b) Montrer que les racines de P dans K sont exactement les ωα avec
ω ∈ µn (k).
(c) En déduire qu'une extension cyclique est galoisienne.

Dans la suite on notera G =Gal(K/k).


2. (a) Montrer qu'il existe un unique morphisme de groupe

κ : G → µn (k)

tel que ∀g ∈ G, κ(g) = g(α)/α. On remarquera que κ est injective.

(b) En déduire que G est de cardinal d un diviseur de n.


(c) Montrer les équivalences suivantes :

i. P est irréductible.

ii. a n'est pas une puissance d-ième dans k, pour tout diviseur d de
n distinct de 1.
iii. G = µn (k)
CHAPITRE 6. ÉNONCÉS 94

Exercice 49.
Un nombre complexe z ∈ C est dit entier sur Z s'il est racine d'un polynôme
unitaire non nul à coecients entier. Montrer que z ∈ C est entier sur Z si et
seulement si son polynôme minimal sur Q, PQ,z est à coecients entiers.

Exercice 50.[Diagonalisation]
On se xe un corps K
V un K -espace vectoriel de dimension nie. On
et
admet qu'un endomorphisme φ ∈ EndK (V) est K -diagonalisable si et seulement
n
si il est annulé par un polynôme f (X) = αn X +· · ·+α0 , et f ∈ K[X], autrement
dit
αn φn + · · · + α0 Id = 0
1. Supposons que K est une extension de L. Est-ce que si φ est K -diagonalisable,
φ est L-diagonalisable ? Que dire de la réciproque ?
Soit φ, ψ ∈ EndK (V) deux endomorphismes K -diagonalisables, tels que
pour tout λ∈K
φ + λψ
est encore diagonalisable.

2. Est-ce que φ ◦ ψ = ψ ◦ φ?
3. Posons q = pn , p premier et n entier, et supposons que K = Fq . Montrer
qu'un endomorphisme θ est Fq -diagonalisable si et seulement si θq = θ.
4. Si K = F2 , montrer que φ ◦ ψ = ψ ◦ φ.

Exercice 51.[Anneaux de cardinal p2 ]


Soit A un anneau de cardinal p2 , avec p un nombre premier. Le but est de
trouver (comme pour les groupes) les classes d'isomorphisme de A.
1. Quelles sont les valeurs possibles pour la caractéristique de A?
2
2. Montrer que si A est de caractéristique p , alors A est isomorphe à Z/p2 Z.
3. Montrer que si A est de caractéristique p, alors A est isomorphe à un
quotient de Fp [X].
4. Décrire tous les anneaux de cardinal p2 .

Exercice 52.
Soit d≥1 un entier, et f ∈ K[X] un polynôme irréductible dans un corps
K de caractéristique nulle, de la forme :

f (X) = 1 + a1 X + · · · + ad−1 X d−1 + ad X d + ad−1 Xd+1 + . . . a1 X 2d−1 + X 2d

Soit encore E le corps de décomposition de f . Monter que le groupe Gal(E/K)


est au plus d'ordre 2d d!.
Chapitre 7

Corrigés
Exercice 1.[corrigé] Le premier cas correspond au cas où deg(f ) > 1 et le
deuxième cas aux polynômes de degré 1. Raisonner par l'absurde : si t − α | f,
alors (f ) ⊂ (t − α) qui est un idéal maximal.

Exercice 2.[corrigé] Si x ∈ I, j1 ∈ J et y ∈ I, j2 ∈ J 0 sont tels que

x + j1 = y + j2 = 1

alors développer le produit (x + j1 )(y + j2 ) et conclure.

Exercice 3.[corrigé] Le cas n = 2 est le théorème chinois. On procède par


récurrence en utilisant le deuxième exercice : I1 est étranger à I2 ..In .
Exercice 4.[corrigé] Il s'agit du PGDC, que l'on peut dénir dans un anneau
factoriel (considérer une décomposition ess. unique de a et b). Si A est principal,
on a égalité.

Exercice 5.[corrigé]
a. Pour x ∈ A∗ , considérons les idéaux (xn ), n ∈ N. Alors par hypothèse il
p n p n
existe p < n deux entiers tels que (x ) = (x ). Alors on peut écrire x = ax
∗ p n−p
pour un certain a ∈ A , et 0 = x (1 − ax ). Ceci montre que x est inversible.

b. Si I est un idéal premier, alors A/I est intègre. Cet anneau possède un
nombre ni d'idéaux par le théorème de correspondance. Donc c'est un corps
par a. et I est maximal.

Exercice 6.[corrigé] Si K ⊂ Q est un corps, alors Z ⊂ K. Par passage à l'inverse,


on en déduit que Q ⊂ K.
Exercice 7.[corrigé] Supposons que a = upr11 ...prkk etb = vps11 ...pskk avec la
0 t1 tk
convention x = 1. Le ppmc est (à un inversible près) e = p1 ..pk où tj =
max{rj , sj }. La double inclusion est facile à vérier à partir d'ici !

Exercice 8.[corrigé] Un corps n'a que deux idéaux, et le noyau d'un homomor-
phisme est un idéal.

95
CHAPITRE 7. CORRIGÉS 96

Exercice 9.[corrigé] Utiliser le théorème d'isomorphisme sur le morphisme en-


voyant chaque coecient d'un polynôme sur sa classe modulo p.
Exercice 10.[corrigé] Si tous les idéaux de A sont premiers, A est intègre.
Considérons, pour x ∈ A∗ l'idéal monogène (x2 ). C'est un idéal premier et
puisque x2 = x · x alors x ∈ (x2 ). Donc il existe a ∈ A tel que x = ax2 , i.e
ax = 1.
Exercice 11.[corrigé] Le résultat est −1 : dans le produit on regroupe tous les
−1 −1
termes produits xx où x 6= x . Il ne reste que le produit des éléments où
x = x−1 à savoir les solutions de x2 = 1. Dans un corps, les seules solutions sont
1 et −1. Toutefois il se peut que 1 = −1 (corps de caractéristique 2). Si c'est le
cas, alors 1 · (−1) = 1 = −1. Si le corps n'est pas de caractéristique 2, alors le
résultat est aussi −1.

Exercice 12.[corrigé] Considérer la suite décroissante d'idéaux (xn ). Elle sta-


bilise et on peut utiliser le même argument que l'exercice 5.

Exercice 13.[corrigé] Un corps est noethérien et factoriel car principal : si A


est un anneau intègre mais pas noethérien alors A est un contre exemple, car A
est inclus dans son corps des fractions (que l'on peut construire dès que A est
intègre). On peut donc penser comme contre exemple à
√ Z[X1 , X2 , ...] qui n'est
pas noethérien et à Z[i 5] qui n'est pas intègre.

Exercice 14.[corrigé]
IJ ⊆ I ·(J +L) et IL ⊆ I ·(J +L) alors IJ +IL ⊆ I ·(J +L). Pour
a. Puisque

Pn x ∈ I · (J + L). Par dénition du produit et de somme d'idéaux,


l'autre sens, soit
on a x = k=1 ai (bi +
Pcni ) où les aPi ∈ I , bi ∈ J et ci ∈ L. En développant la
n
somme on trouve x = k=1 ai bi + k=1 ai ci ∈ IJ + IL.

b. Soit x = y + z avec y ∈ I ∩ J et z ∈ I ∩ L. Alors y + z ∈ I et y+z ∈ J +L


d'où x ∈ I ∩ (J + L).

c. Puisque X et Y pgdc est 1) alors I∩J = (XY )


sont premiers entre eux (leur
(engendré par le ppmc). De même I ∩ L = (X 2 + XY ). Ainsi I ∩ J + I ∩ L =
(XY, X 2 +XY ) = (X 2 , XY ). Enn J +L = (X, X +Y ) = (X, Y ) et I ( (X, Y ).
2
De suite I ∩ (J + L) = I = (X) 6= (X , XY ).

d. Si a est inversible, et que a ∈ M. Alors A = (a) ⊂ M contredit la


maximalité de M.
Si (a) ( A, i.e a 6∈ A× (c'est une équivalence), alors par le théorème de Krull il
existe un idéal maximal contenant (a).
Exercice 16.[corrigé]
a. Un produit d'anneaux n'est jamais intègre.

b. On procède par récurrence et on commence avec n = 2. Soit πi : A → Ai


les projections canoniques. Considérons I un idéal de A quelconque. Puisque les
CHAPITRE 7. CORRIGÉS 97

πi sont surjectives alors les images πi (I) := Ii sont des idéaux des Ai . Montrons
que I = I1 × I2 .
Soit x = (x1 , x2 ) ∈ I . Alors xi ∈ Ii pour tout i et x ∈ I1 × I2 . On a montré que
I ⊆ I1 × I2 . Si x ∈ I1 × I2 , alors il existe y1 ∈ I1 et y2 ∈ I2 tels que (x1 , y1 ) ∈ I1
et (x2 , y2 ) ∈ I2 . Alors

(x1 , x2 ) = (1, 0) · (x1 , y1 ) + (0, 1) · (x2 , y2 ) ∈ I


D'où I1 × I2 ⊂ I et on a la double inclusion.

c. On utilise 1 et 2. Les idéaux maximaux (resp. premiers) correspondent


aux idéaux de la forme 0 × ..Mj × 0.. × 0 où Mj est un idéal maximal (resp.
premier) de Aj .

d. Chaque Ai possède exactement deux idéaux. On utilise la question 2.


Pour qu'un anneau ayant un nombre ni d'idéaux soit un corps il faut qu'il soit
intègre.

Exercice 17.[corrigé] Q
Par l'absurde, si Ik 6⊂ p, alors ∃xk tel que xk 6∈ p. Alors x1 ..xn ∈ k Ik mais
n'appartient pas à p.

Exercice 18.[corrigé]
Raisonnons par l'absurde. On peut supposer qu'aucun des pi n'est inclus dans
un autre (au cas contraire, il n'est pas utile dans l'union des pi ). Si I 6⊂ pi , pour
tout i, alors ∀i ∃ xi ∈ I tel que xi 6∈ piQ
.
Soit i ∈ [n].Alors on peut trouver ai ∈ j6=i pj . (La construction
Q est la suivante :
∀j 6= i, prendre yj ∈ pj − pi et considérer le produit j6=i yj ). Considérons
Pn
l'élément x = i=1 xi ai . Comme somme d'éléments de I , x ∈ I . Comme a1 et
x1 n'appartiennent pas à p1 et que cet idéal est premier, alors a1 p1 n'est pas
dans p1 . Toutefois a2 x2 + ..an xn l'est par construction (ai ∈ p1 dès que i ≥ 2).
On en déduit que x 6 inp1 , et le même raisonnement vaut pour tous les pj . On
a trouvé un élément de I qui n'appartient à aucun pj , une contradiction avec
l'hypothèse I ⊂ ∪j pj .

Exercice 19.[corrigé] Puisque q ∈ I alors (q) ⊂ I . Or puisque A est principal,


l'idéal engendré par q est maximal. Nécessairement soit I = (q), soit I = (q).
Exercice 20.[corrigé]
Utiliser le théorème de quotient en deux temps, et suivre la preuve du théorème
de correspondance

Exercice 21.[corrigé] Il s'agit de montrer que le quotient est isomorphe à un


produit : d'abord M1 et M2 sont étrangers : si M1 + M2 ( A, alors M1 + M2
est un idéal qui contient à la fois M1 etM2 . On en déduit, par maximalité des
Mi et parce qu'ils sont distincts, que M1 + M2 = A. On applique le théorème
chinois, et le quotient est un produit de corps.
Exercice 22.[corrigé]
CHAPITRE 7. CORRIGÉS 98

(a,b). Si fi est une fonction génératrice, on peut la considérer non identique-


ment nulle. Par compacité de K , chaque fonction holomorphe non identiquement
nulle s'annule un nombre ni de fois avec multiplicité (principe des zéros isolés).
Alors il existe un polynôme pf tel que pff ne s'annule pas et est holomorphe.
pf
Alors l'inverse
f est aussi holomorphe et ne s'annule pas. On peut faire cette
f f génèrent l'idéal J.
pi
procédure sur les fi et se rendre compte que les pi =

c. C étant un corps, l'idéal engendré par les fi dans C[X] est principal. On
prend g comme générateur.

d. On a montré que l'idéal ((fi )i∈S ) est principal dans C[X] mais pas encore
dans K. Puisque (g) = ((fi )i∈S ) dans C[X], alors g ∈ J, et l'idéal engendré par
g dans K (noté K · (g)) est inclus dans J. Or ∀i ∈ S , il existe hi un polynôme tel
que fi = hi g . Alors fi ∈ C[X] · (g) ⊂ K · (g). On a la double inclusion.

Exercice 23.[corrigé]. Faux. Il sut de prendre A = C[X, Y ], I = (X) et


J = (Y ).
Exercice 24.[corrigé] Vrai. Soit J un idéal de L := π −1 (J). Soit x ∈ A
A/I et
tel que L = (x). On peut alors vérier en utilisant le fait que π est un morphisme
que J = (π(x)).

Exercice 25.[corrigé]
Q Vrai. Les idéaux du produit correspondent aux produits
n
des idéaux. SiA = k Ak avec chaque Ak noethérien, alors un idéal de A est de
la forme I = I1 ×..Ik . Chaque Ik est de génération nie, donc I est de génération
nie.

Exercice 26.[corrigé] Soit f = π ◦i où π est la réduction modulo I dans A[X] et


i l'inclusion de A dans A[X]. Le noyau de f est A ∩ I . Le quotient s'injecte donc
dans A[X]/I qui est intègre. Ainsi I ∩ A est premier et puisque A est principal,
I est maximal.
Exercice 27.[corrigé]
1.
2. Par (1), si p ∈ A est irréductible, si φ(p) est inversible alors p aussi. Notons
maintenant φ(p) = a · b. En passant à l'image inverse, la préimage de a ou celle
de b est inversible donc a ou b aussi.

Exercice 28.[corrigé]. Supposons que la famille ne soit pas libre. Alors il exis-
terait n ∈ N, et des éléments de Q notés a1 , ..an non tous nuls tels que

a1 ln(pi1 ) + ..an ln(pin ) = 0.


Quitte à mettre tous les ai sous le même dénominateur et à simplier par celui-
ci, on peut supposer entiers. En utilisant la règle du logarithme, ceci équivaut
à

ln(pai11 ..painn ) = 0 ⇐⇒ pai11 ..painn = 1


CHAPITRE 7. CORRIGÉS 99

ce qui contredit la décomposition en facteur premiers de 1 (les pi sont distincts)


et donc tous les ai sont nuls.

Exercice 29.[corrigé] Q[X] est dénombrable, et chacun des polynômes de Q[X]


a un nombre ni de racines. Donc l'ensemble des éléments algébrique sur Q est
dénombrable, et R étant non dénombrable, on en déduit qu'il existe une innité
indénombrable d'éléments transcendants.

Exercice 30.[corrigé]
√ √ n n n
I ⊆ I , alors 0 ∈ I . De plus si x ∈ I √
a. Puisque , (−x) = (−1) x ∈ I
n
puisque x ∈ I et I est un idéal. Soit désormais x, y ∈ I et n, m ∈ N tels que
√ √
xn ∈ I, y m ∈ I . Alors, puisque A est commutatif :
Pn+m
(x + y)n+m = k=0 n+m
 k n+m−k
k x y
Lorsque k ≤ n, n + m − k ≥ m et donc y n+m−k ∈ I . De même lorsque k ≥ n
k
alors x ∈ I et on conclut en utilisant que I est un idéal et que la somme est
une somme d'éléments de I .
√ √ n
Enn soit a ∈ A et pour x ∈ que ax ∈
n n n
I , prouvons
√ √ n ∈ N : x ∈ I.
I . Soit
Alors (ax) = a x ∈ I et donc ax ∈ I . Ceci montre que I est un idéal de
A.
√ n n
P b. Soit x ∈ IJ , i.e ∃n ∈ N tel que x ∈ IJ et doncn on peut écrire √x =
√ ak ∈ I et bk ∈ J . Puisque IJ ⊂ I ∩J , on
k ak bk avec
n
a x ∈ I∩ et x ∈
m
I ∩ J.
Soit x ∈
√ √I ∩ J . Alors il existe n ∈ N tel que x ∈ I et x ∈ J et donc
xn ∈ I ∩ √ J .√
Soit x ∈ I ∩ J . Alors il existe n,√m ∈ N tels que xn ∈ I , √ xm ∈ J .√Par suite
n+m n m
x
√ √= x x ∈ IJ et donc x ∈ IJ . On a montré que IJ = I ∩ J =
I ∩ J.
√ √ p√ p√
c. On a I ⊂ I donc I ⊂ I . Pour l'autre inclusion, soit x ∈ I.
n

Alors il existe n ∈ N tel que y = x ∈ I . De même il existe m ∈ N tel que

y m = xnm ∈ I et donc ∈ I .
d. C'est un cas particulier de la première question en prenant J =I et en
procédant par récurrence.

e. si xn ∈ I ⊂ J , alors x∈ J.
√ √
f. On a déjà p ⊂ p. Réciproquement soit x ∈ p Alors il existe n ∈ N,
n n−1
minimal, tel que x ∈ p. Alors puisque p est un idéal premier, soit x soit x ∈
n−1
p. Mais si x ∈ p, on contredit la minimalité de n et donc x ∈ p.
√ √ √ √
h. On a I ⊂ I + J et de même pour J . Donc I ⊆ I + J et J ⊆ I + J
√ √ √
et donc I + J ⊆ I + J.
Exercice 31.[corrigé] Soit a b
s et t deux éléments de S
−1
A de produit nul. De
fait il existe u∈S tel que u · ab = 0. Puisque 0 6∈ S alors ab = 0 et on conclut
en utilisant l'intégrité de A.
Exercice 32.[corrigé]
CHAPITRE 7. CORRIGÉS 100


On montre d'abord que
√ I est inclus dans tout idéal premier contenant I .
Soit p un tel idéal et a ∈ I√. Alors il existe n ≥ 1 tel que an ∈ I ⊆ p. Par
primalité de p, a ∈ p et donc I ⊂ p.

Pour l'autre inclusion on travaille un peu plus. Si a ∈ A/ I il faut montrer

qu'il existe un idéal premier de A contenant I mais pas a. Dire que a 6∈ I
n 2
signie que ∀n ≥ 1, a 6∈ I . Posons S := {1, a, a , ..} la famille multiplicative
2
dans A. De même la famille T = π(S) = {1, π(a), π(a ), ..} est une famille
multiplicative de A/I , et elle ne contient pas 0 ! Par conséquent l'anneau localisé
T −1(A/I) possède un idéal maximal M. La construction du localisé nous fournit
−1
un homomorphisme i : A/I → T (A/I) et considérons la composée k : A →
A/I → T (A/I). L'image réciproque de M dans A/I est un idéal premier de
−1

A/I disjoint de T , et l'image réciproque de M dans A est donc un idéal premier


p de A contenant I et disjoint de S , et donc a 6∈ p.
Une preuve alternative consiste à recycler le théorème 1.5.18 et la proposition
1.5.17. En eet le théorème de quotient en deux temps permet de montrer que
l'ensemble des idéaux premiers de A√ contenant I correspond à l'ensemble des
idéaux premiers de A/I . L'image de I par la projection π est aussi un idéal
de A qui correspond en fait au nilradical de A/I . On utilise le théorème 1.5.18
et le théorème de correspondance pour terminer.

Exercice 33.[corrigé]
S = A B × . C'est évident qu'il s'agit d'une partie multiplicative.
T
Posons
−1
Montrons que B = S A. L'inclusion S −1 A ⊂ B est immédiate. Soit x ∈ B ∗ .
y ∗
Par principalité de A et puisque B ⊂ K , on peut écrire x =
z avec y, z ∈ A et
1
A = (y, z). Soit encore u, v ∈ A tels que uy + vz = 1. Alors z = xu + v . Ceci
−1
montre que Z ∈ S et que x ∈ S A, et donc B ⊂ S −1 A.
Exercice 34.[corrigé]
1 = 1 − xn = (1 − x)(1 + x + ..xn−1 .
a. Il faut utiliser l'identité
b. Soit p∈N (1 − y)p = 0. Alors (1 et y commutent)
minimal tel que
Pp Pp
(−y)p = 1 + k=1 Ck (−x)k = 1 − x k=1 Ck (−x)k−1 .
et l'inverse de x apparaît. Pour la dernière question il sut de vérier que
(1 − x−1 )p = 0.
Exercice 35.[corrigé]
Soit x∈I et y∈J tels que x + y = 1. Alors
P2n
1 = (x + y)2n = k=1 Ck xk y 2n−k
Par suite, ∀k ∈ {0, ..2n}, soit xk ∈ I n soit y 2n−k ∈ J n . Par suite 1 ∈ In + Jn et
donc I + J n = A.
n

Exercice 36.[corrigé]
a. Soit A un anneau local et notons M son idéal maximal. Si x est inversible, il
ne peut appartenir à M car M est propre. Réciproquement si n'est pas inversible,
alors le théorème de Krull arme qu'il existe un idéal maximal contenant x et
donc il s'agit de M.
CHAPITRE 7. CORRIGÉS 101

Réciproquement, supposons que l'ensemble des éléments non inversibles de A


est un idéal I . Comme un élément est inversible si et seulement s'il n'appartient
à aucun idéal maximal, alors I se trouve être la réunion des idéaux maximaux
de A (A étant commutatif le théorème de Krull arme l'existence d'au moins
un idéal maximal). Soit alors M un idéal maximal. On a M⊆I mais comme M
est maximal et que I 6= A, alors I=M et donc I est l'unique idéal maximal de
A. A est local.

b. Puisque p est premier en particulier il est propre et 1 ∈ A/p. Soit x, y ∈


A/p. Alors si xy ∈ p, par primalité soit x soit y est dans p ce qui n'est pas
possible, donc xy ∈ A/p.

S la partie multiplicative A/p. Un exercice précédent


c. Dans la suite on note
assure qu'un idéal strict deA de Ap est de la forme IAp pour un certain I idéal de
A disjoint de S (et donc inclus dans p). Par suite tout idéal maximal de l'anneau
Ap est inclus dans pAp qui est donc nécessairement l'unique idéal maximal de
Ap . L'anneau est donc local.
Exercice 37.[corrigé]
a.(i) =⇒ (ii). Soit B = A/I un quotient de A. Puisque un idéal maximal est
premier on a toujours R(B) ⊆ F(B). Le théorème de correspondance arme que
les idéaux premiers de A/I (resp. maximaux) sont en bijection avec les idéaux
premiers (resp. maximaux) de A contenant I . D'après notre hypothèse, si p est
un tel idéal premier (dans A) il est égal à une intersection d'idéaux maximaux,
contenant nécessairement I . En dénitive, R(B) est une intersection d'idéaux
maximaux contenant I , donc contient F(B). On a montré que R(B) = F(B).

(ii) =⇒ (i). Soit p un idéal de A. Puisque A p est intègre il ne possède




aucun élément nilpotent et donc le nilradical de cet anneau est nul. Ainsi par

F(A p )

hypothèse aussi et par suite (en utilisant encore le théorème de corres-

pondance)
\
M=p
p⊂M

. On a montré (i).
b. Si a ∈ F et x ∈ A, notre but est de montrer que 1 − ax est inversible. Soit
M un idéal maximal de A. Puisque ax ∈ F ⊂ M et que 1 6∈ M, alors 1 − ax 6∈ M
et ceci est valable pour tout idéal maximal M, donc 1 − ax est inversible.
Réciproquement, si a ∈ A n'est pas dans F alors il existe un idéal maximal

M de A tel que a 6∈ M. Alors la réduction de a modulo M notée π(a) ∈ A M




est non nulle. Puisque c'est un cors et que l'application est surjective, il existe
b ∈ A tel que π(a)π(b) = 1A/M . Autrement dit 1 − π(ab) ∈ M et donc il existe
x ∈ A (en fait, x est b ici) tel que 1 − ax n'est pas inversible.
Exercice 38.[corrigé]
α ∈ M . Puisque M est algébrique sur L, alors il existe f ∈ L[t] tel
Soit
quef (α) = 0. Parmi les coecients de f , notons β1 , . . . , βn ceux qui sont dans
L mais pas dans K (si les coecients de f sont tous dans K il n'y a rien à
CHAPITRE 7. CORRIGÉS 102

démontrer). Alors, l'extension K ⊂ K(β1 , . . . βn ) est de degré ni, et par suite


K(β1 , . . . βn , α) est de degré ni, donc algébrique, et en particulier il existe
g ∈ K[t] tel que g(α) = 0. Comme ceci vaut pour tout α ∈ M , M est algébrique
sur K .

Exercice 39.[corrigé]
K est de caractéristique nulle, alors f 0 n'est pas nul. Ainsi pgdc(f, f 0 )|f
Puisque
0
et deg(pgdc(f, f )) <deg(f ). Puisque f est irréductible, on en déduit que c'est
0
une constante. Donc f et f sont premiers entre eux. Le théorème de Bézout
nous permet d'écrire
f g + f 0h = 1
pour certainsg, h ∈ K[t]. Si f admet une racine α dans K multiple, alors f 0
annule également α et l'identité de Bézout ci-dessus évaluée en α devient fausse.

Exercice 40.[corrigé]
Il sut d'écrire L = K[α1 , . . . , αm ] et d'écrire que

[K[α1 , . . . , αm ] : K] = [K[α1 , . . . αm ] : K[α1 , . . . , αm−1 ] · · · [K[α1 ] : K]

et l'extension K ⊂ K[α1 ] est de degré au plus m, l'extension K[α1 ] ⊂ K[α1 , α2 ]


est de degré au plus m − 1, et ainsi de suite. En fait lorsque toutes les racines
sont distinctes (c'est le cas lorsque car(K) = 0) on a égalité.
3
Dans le cas m = 3, le corps de décomposition du polynôme t − 2 est de
degré 6 = 3!.

Exercice 41.[corrigé]
1. Il est clair que si f est irréductible, f n'a pas de racine (car le degré de f est
au moins 2). Inversement supposons que f n'a pas de racines, et écrivons
f = gh, avec g, h ∈ K[t]. On commence par remarquer que f (t) = f (t + 1)
et donc que siα est une racine de f Q
, alors α+1 aussi et que en fait f scinde
p−1
dans L de la façon suivante : f =
Q i=0 (t − α − i). Ainsi par factorialité,
on peut écrire g = i∈X (t − α − i) avec X ⊂ {0, . . . , p − 1}. Supposons
d d−1
P
que deg(g ) = d < p et donc g(t) = t − (dα + i∈X i)t + . . . et donc
P
puisque g ∈ K[t], on a que dα + i∈X i ∈ K et donc si on suppose d > 0,
on obtient que α ∈ K ce qui contredit l'absence de racines de f dans K .

2. Le raisonnement de la question précédente montre que tout corps de rup-


ture est un fait un corps de décomposition de f . En utilisant la proposition
4.1.5, on trouve que le groupe de Galois de l'extension est Z/pZ .

Exercice 42.[corrigé]
Fp [X] 
Le cors
(f ) est une extension de degré n de Fp . Par unicité des corps
nis, il s'agit de Fp . Puisque f est irréductible, f est le polynôme minimal pour
n
pn
une racine α dans Fpn . Or le polyôme X − X annule aussi cette racine et donc
n
f |X p − X , qui scinde dans Fpn . Par factorialié, f scinde aussi dans Fpn .
Exercice 43.[corrigé]
Oui. Pour n = 1, on peut prendre le polynôme X. Pour n ≥ 2, on sait que
F pn est une extension de degré n de Fp . Le théorème de l'élément primitif pour
CHAPITRE 7. CORRIGÉS 103

les corps nis (théorème 4.1.11) assure que l'élément x qui engendre l'extension
possède un polynôme minimal de degré n.
Exercice 44.[corrigé]
1. La preuve se trouve exercice 39.

2. Le fait que |G| divise n! est une conséquence du théorème de Lagrange,


carG f donc G est un sous groupe de Sn . Le fait
permute les racines de
que n |G| vient du fait que L est un corps de décomposition de f ,
divise
donc que [L : K] = |G| car l'extension est galoisienne ; et avec le théorème
de la base téléscopique, n divise |G|.

3. Supposons donc G abélien. Si x, y ∈ X sont des racines de f, on montre


que le stabilisateur de tout élément est nul. Si cela est vrai, alors par le
théorème orbite-stabilisateur on a

[L : K] = |G| = |X| = n

en utilisant les questions précédentes.

Puisque f f est le polynôme


est irréductible, minimal de x ∈ X et en vertu
Q
f s'écrit f = z∈G·x (t − z). Il s'ensuit que puisque
de la proposition 4.2.3,
f est degré n, G · x = X et donc que l'action de G sur X est transitive.
Supposons qu'un élément g ∈ G xe un élément x ∈ X, et soit y ∈ X
quelconque. Alors par transitivité il existe h ∈ G tel que h(x) = y . Ainsi :

commut.
g(y) = g(h(x)) = h(g(x)) = h(x) = y

et donc g xe tous les éléments de X. Il s'ensuit (proposition 4.1.5) que g


est l'identité.

4. Non la réciproque est fausse. On peut montrer que le corps de décomposi-


√ 2iπ
tion L du polynôme X 3 − 2 de Q[X] est Q[ 3 2, e 3 ] = Q[X] est de degré
6, de groupe de Galois S3 (donc non abélien).

Exercice 45.[corrigé]
L'extension Fp ⊂ Fpm est une extension de degré m. En appliquant le théo-
rème de l'élément primitif sur les corps nis, on trouve un polynôme minimal
(donc irréductible) de degré m.
Exercice 46.[corrigé]
1. la correction est dans l'exercice 42

2. Si f est irréductible, que l'on suppose que f admet une racine α dans Fpr
m
avec r≤ , alors le polynôme minimal de cette racine dans Fp [t] divise f
2
et f n'est pas irréductible.

Réciproquement, supposons que f n'admette pas de racine dans chaque


m
Fpr , avec r ≤ . Si f est réductible alors il existe un polynôme irréductible
2
CHAPITRE 7. CORRIGÉS 104

m
degré r≤ qui le divise. Un tel polynôme a une racine par la question
2
1) dans F pr , ce qui n'est pas possible.

Exercice 47.[corrigé]
Si E contient α et K , il contient K[α] par dénition de K[α]. Donc on dispose
du morphisme d'inclusion j : K[α] → E . Si i désigne l'inclusion de K[α] dans
K(α), alors la propriété universelle du corps des fractions nous assure l'existence
d'un morphisme j̃ de K(α) dans E , tel que j̃ ◦ i = j. Il est injectif comme tout
morphisme de corps.

Remarque 7.0.1. précision de Mr.Scherer concernant K[α] et K(α)


En général on abuse des notations pour dire que lorsque α est algébrique,
K[α] = K(α) est le plus petit corps contenant K et α. On pourrait dire qu'en
général, on forme K(α) comme corps des fractions de K[α], mais si c'est déjà
un corps, ce corps des fractions est isomorphes à K[α] (l'exercice précédent le
montre). On fait alors l'abus de dire que les corps sont égaux, ce qui simplie
les notations.
Exercice 48.[corrigé]
1. (a) Il y en a autant que de générateur dans un groupe cyclique d'ordre
n à savoir φ(n).
(b) Il est clair que les ωα sont racines de P, et il y en a exactement n
donc nous les avons toutes car P est de degré n.
(c) On déduit du reste que, puisque K = k[α], K est le corps de décom-
position de P et donc l'extension est galoisienne.

2. (a) Si g ∈ G, alorsg(α) est une racine de P donc de la forme ωα pour


un certain ω ∈ µn (k). L'application κ est donc bien dénie.

De la dénition de κ on tire la relation g(α) = κ(g)α. En composant


par g −1 , on obtient :

α = g −1 (κ(g))g −1 (α)
Par hypothèse, k contient les racines de l'unité, donc G xe µn (k),
donc on a
α = κ(g)g −1 (α)
et donc on tire
α(κ(g))−1 = g −1 (α)
et
κ(g −1 ) = (κ(g))−1
De plus soit h ∈ G. On a

g ◦ h(α) = g(κ(h)α) = κ(h)g(α) = κ(h)κ(g)α


et donc κ(gh) = κ(g)κ(h) et donc κ est un morphisme de groupe.
Pour l'injectivité, si h(α) = g(α) alors g et h permutent les racines
de la même façon et sont donc égaux.
CHAPITRE 7. CORRIGÉS 105

(b) G s'identie à un sous groupe de µn (k).

Exercice 49.[corrigé]
C'est une application de lemme de Gauss.

Exercice 50.[corrigé]
1. Non pas nécessairement. Par exemple, la matrice (que l'on identie à un
endomorphisme)
 
0 −1
1 0
n'est pas R-diagonalisable, mais est C-diagonalisable. La réciproque est
vraie car il sut de prendre le polynôme annulateur sur L.
2. L'idée est de prendre deux matrices symétriques (donc diagonalisable)
réelles qui ne commutent pas.

3. Ici on identie tout endomorphisme à sa matrice Si θ est Fq diagonalisable,


P DP −1 . La q -ième puissance de θ est P Dq P −1 . Les
on la diagonalise en
q
coecients diagonaux de D étant dans Fq , ils annulent donc X − X , et
q
donc θ − θ = 0.

Réciproquement si θq = θ, puisque toutes les racines de Xq − X sont


distinctes θ est diagonalisable.

4. Par la question précédente, on a

(ψ + φ)2 = ψ 2 + φ2 + ψφ + φψ = ψ + φψ + ψφ + φ = φ + ψ

et donc
ψφ = φψ
ce qui montre la commutativité.

Exercice 51.[corrigé]
1. Appliquer le théorème de Lagrange au groupe additif de A.
2. Considérer le morphisme canonique j : Z → A. La surjectivité découle du
fait que A est de caractéristique et de cardinal p2 .
3. Si A est de caractéristique p, alors il contient Fp . Si c'est un corps, alors
A = Fp2 est un quotient de Fp [X]. Sinon A contient Fp comme corps
premier et donc A est un quotient de Fp [X], par un polynôme de degré 2.

4.
2 2
On obtient les anneaux : (Fp ) , Z/p Z, Fp2 , p
F [X]  .
X2
CHAPITRE 7. CORRIGÉS 106

Exercice 52.[corrigé]
Remarquons que f (0) = 1 et que l'ensemble des racines de f est invariant
par x 7→ x−1 . Soit donc

S = {(x1 , x−1 −1
1 ), . . . (xd , xd )}

l'ensemble des racines de f. Le groupe de Galois que l'on étudie est un sous
groupe du groupe des permutations σ de ces racines, et la connaissance de
l'image de x1 , . . . , xd sut pour xer un automorphisme. Soit σ . Il y a 2d possi-
bilités pour σ(x1 ). Puis 2d − 2 autres possibilités pour σ(x2 ), toutes les racines
−1
sauf σ(x1 ) et σ(x1 ). Puis encore 2d − 4 choix pour σ(x3 ). En dénitive, on
d
obtient le majorant 2d · 2(d − 1) · 2(d − 2) · · · = 2 d!.

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