0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
16 vues14 pages

RE2020 : Réglementation pour bâtiments durables

Transféré par

Nizar bs
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
16 vues14 pages

RE2020 : Réglementation pour bâtiments durables

Transféré par

Nizar bs
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

DOSSIER DE PRESSE

RE 2020
R É G L E M E N TAT I O N E N V I R O N N E M E N TA L E

Éco-construire
pour le confort de tous
Les bâtiments, du fait de leurs consommations d’énergie
mais aussi de la façon dont nous les construisons,
représentent une part conséquente des émissions de gaz
à effet de serre en France.
Grâce à la réglementation environnementale 2020
nous accélérons la décarbonation de ce secteur en agissant sur
la phase de construction qui, pour un bâtiment neuf performant,
représente entre 60 % et 90 % de son impact carbone total.
D’ici 2030, la réglementation fera baisser cet impact de plus
de 30 %. Nous assurerons également que les bâtiments de demain
consommeront encore moins d’énergie et une énergie décarbonée.
Enfin, grâce à la RE2020, ces bâtiments seront mieux adaptés
aux futures canicules. Activer tous les leviers disponibles
de décarbonation : c’est ainsi que nous mènerons la transition
écologique du secteur.

Barbara Pompili,
ministre de la Transition écologique

Le quart du parc de logements de la France de 2050


n’est pas encore construit. Ces futures constructions neuves se
doivent d’être à la fois durables pour notre planète et de qualité
pour leurs occupants, de demain et d’après-demain.
À travers la réglementation environnementale 2020,
c’est donc une grande transformation qui s’engage,
progressive et déterminée, pour toute la filière constructive.
Depuis plusieurs années, et notamment à travers le label E+C-,
les acteurs ont pu expérimenter, échanger, concerter.
Désormais, il s’agit de changer d’échelle pour le bâtiment
bas-carbone et en particulier pour la construction bois et
les matériaux biosourcés. Je ne doute pas que la mobilisation de
toute la chaîne, des industriels, concepteurs, promoteurs, compa-
gnons et artisans sera à la hauteur.

Emmanuelle Wargon,
ministre déléguée auprès de la ministre de la Transition écologique,
chargée du Logement
CONTEXTE

La première réglementation thermique projet inédit pour prendre en compte


a vu le jour en 1974, à la suite du choc dans la réglementation non seulement
pétrolier, avec pour objectif de fixer des les consommations d’énergie, mais aussi
limites de consommation énergétique les émissions de carbone, y compris
pour les bâtiments résidentiels neufs. celles liées à la phase de construction du
Au rythme d’environ une par décennie, bâtiment, la réglementation environne-
les réglementations thermiques se sont mentale 2020 (RE2020). Cette nouvelle
succédé jusqu’à la réglementation ther- réglementation, qui viendra remplacer
mique 2012 (RT2012), en application la RT2012, émerge de la volonté de
depuis le 1er janvier 2013 et aujourd’hui l’État et du dialogue avec les acteurs qui
toujours en vigueur. Ces réglementa- ont décidé d’agir collectivement pour
tions sont devenues plus exigeantes avec réduire les émissions du bâtiment.
le temps et ont couvert des champs de La RT2012 s’était grandement inspirée
plus en plus vastes. Chauffage, surface d’une expérimentation qui l’a précédée,
vitrée, ventilation ou encore isolation, à travers le label bâtiment basse
elles ont néanmoins toujours gardé consommation (BBC). Introduit dès
pour objectif quasi exclusif de réduire 2007, le label BBC, qui élargissait la
les consommations énergétiques. RT2005 et permettait d’envisager une
En signant l’Accord de Paris en 2015, nouvelle réglementation plus ambi-
la France a pris un engagement impor- tieuse, avait concerné plus de 100 000
tant dans la lutte contre le changement bâtiments au moment où la RT2012 est
climatique. Les émissions de gaz à effet entrée en vigueur. De la même manière,
de serre doivent diminuer et l’effort se l’État a lancé en 2017 l’expérimentation
répartir parmi les différents secteurs. E+/C-, pour caractériser les bâtiments à
Cette ambition a été réaffirmée dans la fois sobres en énergie et en carbone,
la loi énergie-climat qui prévoit d’at- servant ainsi de point de départ pour
teindre la neutralité carbone en 2050 élaborer la RE2020. Pour la première
et, à ce titre, le secteur du bâtiment, fois, les acteurs de la construction ont
avec plus de 25 % des émissions natio- pu travailler sur un indicateur carbone en
nales en 2019, se place en 2e position cycle de vie, ce qui a permis de calibrer la
après les transports. Aussi, l’État, avec réglementation environnementale.
l’aide des acteurs du secteur, a lancé un

3
LA RE2020

3 OBJECTIFS ET UNE MÉTHODE POUR LES BÂTIMENTS


DE DEMAIN

La RE2020 est la future réglementation envi- électrique performants (pompes à chaleur)


ronnementale des bâtiments neufs. Il s’agit et à partir de chaleur renouvelable seront
donc de préparer les bâtiments qui seront les systématisés.
lieux de vie des Français pour les décennies à
2. Ensuite, il s’agit de diminuer l’impact sur
venir : un quart des bâtiments de la France de
le climat des bâtiments neufs, en prenant
2050 ne sont pas encore construits.
en compte l’ensemble des émissions
Aussi, avec la RE2020, le Gouvernement pour- du bâtiment sur son cycle de vie, dès la
suit trois objectifs principaux : construction. En effet, pour des bâtiments
• donner la priorité à la sobriété énergétiquement performants, comme
énergétique et à la décarbonation de ceux construits selon la RT2012, l’essentiel
l’énergie ; de l’empreinte carbone est lié aux phases
de construction et démolition, qui
• diminuer l’impact carbone de la représentent entre 60 et 90 % de l’impact
construction des bâtiments ; carbone total calculé sur une durée de
• en garantir la fraicheur en cas de forte 50 ans. Les exigences visant à limiter ces
chaleur. impacts permettront d’encourager puis
de systématiser les modes constructifs qui
émettent peu de gaz à effet de serre. Cela
Sur la méthode, conscient des transfor- signifie notamment construire plus souvent
mations importantes que ces objectifs et puis systématiquement avec du bois et
nouvelles exigences impliquent pour la des matériaux biosourcés, qui stockent
construction des bâtiments, le Gouverne- le carbone pendant la durée de vie du
ment a choisi que la RE2020, en cohérence bâtiment. À travers ces exigences, c’est une
avec la stratégie nationale bas-carbone, transformation profonde de la manière de
dessine une trajectoire progressive, notam- construire qui s’engage et qui mobilisera
ment concernant les exigences constructives l’ensemble de la filière du bâtiment pendant
liées à la diminution de l’empreinte carbone. les mois et années à venir.
1. Tout d’abord, dans la lignée des 3. Enfin, le Gouvernement souhaite assurer
réglementations thermiques précédentes, que les bâtiments de demain seront
il s’agit de poursuivre la baisse des adaptés au changement climatique et
consommations des bâtiments neufs, seront confortables lors des vagues de
car la meilleure énergie est celle qu’on chaleur. Les bâtiments devront en effet
ne consomme pas. La RE2020 sera plus mieux résister aux épisodes de canicule,
exigeante que la RT2012, en particulier déjà courants et qui seront encore plus
sur la performance de l’isolation quel que fréquents et intenses à l’avenir. Alors que
soit le mode de chauffage installé, grâce l’inconfort l’été est un défaut souvent
au renforcement de l’indicateur de besoin relevé de nombreux bâtiments construits
bioclimatique (dit Bbio), que la RT2012 selon la RT2012, la réglementation RE2020
mettait peu en avant. Une fois les besoins imposera une exigence spécifique.
en énergie réduits, il est aussi essentiel
que cette énergie soit la plus décarbonée
Avec la RE2020 le Gouvernement cherche à
possible, notamment à travers le recours à
la fois à améliorer la réglementation existante
la chaleur renouvelable (pompe à chaleur,
– la RT2012 – et à se projeter dans l’avenir en
biomasse, etc.). À ce titre, les exigences
mettant la réglementation au service de nos
de la RE2020 vont entraîner la disparition
ambitions climatiques.
progressive du chauffage utilisant des
énergies fossiles dans les logements. C’est pourquoi la RE2020 introduit une évolu-
Elles mèneront également à ne plus tion méthodologique majeure qui place la
avoir recours à des modes de chauffage France à la pointe mondiale de la réglemen-
électriques peu efficaces (radiateurs à effet tation environnementale des bâtiments :
Joule). À l’inverse, les modes de chauffage la prise en compte de l’impact carbone sur

4
l’ensemble du cycle de vie du bâtiment, y En parallèle, un label d’État, qui sera créé
compris ses phases de construction et de dans la foulée de la RE2020, permettra à ceux
démolition. qui le souhaitent, maîtres d’ouvrage publics
Surtout, l’ensemble des nouvelles exigences ou privés, d’anticiper les futures exigences de
engage une transformation profonde des la RE2020, de montrer l’exemple et de préfi-
types de bâtiments et modes de construc- gurer les bâtiments d’après-demain.
tion, notamment avec la disparition progres-
sive du chauffage exclusivement au gaz et la
montée en puissance rapide des systèmes
constructifs bas-carbone, notamment bois et
biosourcés.
Pour cette raison, le Gouvernement a choisi
d’inscrire la RE2020 dans le temps long, en
fixant un cap clair et une trajectoire progres-
sive : la réglementation sera progressive-
ment de plus en plus exigeante, depuis son
entrée en vigueur en 2021, jusqu’à 2030 avec
trois jalons prévus en 2024, 2027 et 2030 qui
constituent autant de marches de rehausse-
ment des exigences.

5
CALENDRIER

La RE2020 est prévue par la loi sur l’évolution du logement, de l’aménagement et du numérique
(Elan). Initiée en janvier 2020 pour une application initialement prévu au 1er janvier 2021, le Gouver-
nement a décidé de décaler l’élaboration de la RE2020 en raison de la crise sanitaire. La réglemen-
tation entrera en vigueur à l’été 2021. Elle concernera les bâtiments dont les permis de construire
seront déposés postérieurement à cette date. La première échéance d’entrée en vigueur concer-
nera les logements ainsi que les bureaux et l’enseignement. Les bâtiments tertiaires plus spéci-
fiques feront l’objet d’un volet ultérieur de la réglementation. Le label accompagnant la RE2020
sera consolidé au second semestre 2021.
Les premiers textes réglementaires (décret et arrêté) concernant les logements seront mis en
consultation tout début décembre. Au-delà des grandes orientations et des principaux para-
mètres, la phase de consultation qui s’ouvre permettra de recueillir les retours et avis techniques
de toutes les parties prenantes pour procéder aux derniers ajustements de la future réglementa-
tion. L’ensemble de la réglementation dans sa version définitive pourra être publié d’ici la fin du
premier trimestre 2021, ce qui donnera à tous les acteurs de la filière de la construction un temps
d’appropriation avant l’entrée en vigueur. La réglementation pour les bâtiments tertiaires scolaires
et de bureaux sera mise en consultation en léger décalage avec une entrée en vigueur concomi-
tante à celle du résidentiel. La réglementation concernant le tertiaire spécifique fera quant à elle
l’objet d’un décalage d’environ un an.

L’expérimentation E+/C- débutée en 2017


Afin de permettre la montée en compé- technique continu avec les acteurs de
tences de l’ensemble des acteurs de la la filière du bâtiment : entreprises de
construction sur les enjeux climatiques construction, équipementiers, promo-
et de préparer la réglementation envi- teurs et maîtres d’ouvrage, architectes,
ronnementale des bâtiments neufs, bureaux d’études, mais aussi énergéti-
l’État a lancé, en novembre 2016, l’expé- ciens et organismes de qualification.
rimentation nationale Énergie positive, Ainsi, le nouveau moteur de calcul de
réduction carbone, dite E+C- , copilotée la RE2020, qui a été mis à disposition au
par l’État et le Conseil supérieur de la printemps 2020 pour servir de support à
construction et de l’efficacité énergé- la phase finale de la concertation, s’ap-
tique (CSCEE). Cette expérimentation puie largement sur les enseignements de
visait à tester à grande échelle des bâti- cette expérimentation, en particulier sur
ments performants à la fois en matière de son référentiel d’évaluation. Une phase
bilan énergétique et d’émissions de gaz à de concertation finale s’est tenue entre
effet de serre. Elle s’est appuyée sur un juillet et octobre 2020, réunissant une
référentiel d’évaluation coconstruit avec centaine de participants. Elle a permis
les acteurs sur la base d’une démarche de recueillir une quarantaine de contri-
initiée en 2012 (expérimentation HQE butions écrites qui ont conduit à des
performance), un label d’accompagne- améliorations du moteur de calcul et ont
ment pour donner de la visibilité aux permis de cerner les attentes des diffé-
opérations les plus ambitieuses, des rents acteurs concernant les exigences
aides financières et un comité technique et les priorités de la réglementation.
permettant de partager avec les partie L’ensemble a permis de préparer les
prenantes des retours d’expérience. textes qui seront mis en consultation
Avec plus de 1 000 bâtiments privés à son dans les prochains jours.
actif, l’expérimentation E+C- a notam-
ment permis d’entretenir un dialogue

6
OBJECTIF N° 1

DES BÂTIMENTS QUI CONSOMMENT MOINS


ET UTILISENT DES ÉNERGIES MOINS CARBONÉES

Dans la continuité des réglementations première fois la réglementation fixera un seuil


thermiques, la RE2020 renforcera encore maximal d’émissions de gaz à effet de serre
les exigences de sobriété énergétique, car des consommations d’énergie. L’enjeu est de
l’énergie la meilleure est celle que l’on ne cesser d’utiliser des énergies fossiles dans les
consomme pas. En outre, pour la première bâtiments neufs, alors qu’aujourd’hui encore
fois, la réglementation fixera des exigences les logements au gaz sont majoritaires en
portant sur les émissions de gaz à effet constructions neuves.
de serre des énergies utilisées. La RE2020 En maison individuelle, où les solutions non
marquera ainsi une rupture majeure : la fossiles sont très courantes et parfaitement
disparition progressive des logements neufs maîtrisées (notamment la pompe à chaleur
chauffés au gaz. ou le chauffage biomasse), le seuil sera fixé
à 4 kgCO2/m2/an dès l’entrée en vigueur de
30 % de réduction des besoins pour la RE2020 et exclura de fait des systèmes
plus de sobriété utilisant exclusivement du gaz. Alors qu’une
maison moyenne existante chauffée au gaz
Pour exiger plus de sobriété, la RE2020 va
émet près de 5 tonnes de CO2/an, la même
renforcer l’exigence portant sur le besoin
maison aux normes RE2020 émettra moins
bioclimatique, ou Bbio. Il s’agit d’un indi-
de 0,5 tonne, soit 10 fois moins ! Si l’on prend
cateur qui traduit le besoin en énergie d’un
un équivalent en kilomètres parcourus en
bâtiment pour rester à une température
voiture, c’est 40 000 km dans un cas, moins de
confortable, en fonction de la qualité de son
4 000 km dans l’autre.
isolation et de sa conception générale (orien-
tation, logement traversant ou non, etc.). En logement collectif, la transition sera
La RE2020 prend également en compte le progressive entre 2021 et 2024, car aujourd’hui
besoin de froid ou Bbio froid, ce qui n’était encore 75 % des logements collectifs nouvel-
pas le cas jusqu’à présent. Par rapport aux lement construits sont chauffés au gaz. Les
exigences de la RT2012, le seuil maximal pour alternatives (réseau de chaleur, chaufferie
le besoin bioclimatique des logements sera biomasse, pompe à chaleur collective, solaire
abaissé de 30 %. Il s’agit d’une exigence ambi- thermique) sont nombreuses, mais doivent
tieuse mais réaliste, car déjà aujourd’hui une encore se développer à grande échelle et
partie significative des maisons, et même des la filière doit s’approprier les conceptions
logements collectifs, satisfont ces critères de qui accompagnent ce changement. Aussi le
performance énergétique. Les logements de seuil sera d’abord fixé à 14 kgCO2/an/m2, lais-
demain seront ainsi mieux conçus et mieux sant ainsi encore la possibilité d’installer du
isolés, pour des factures plus basses pour chauffage au gaz à condition que les loge-
leurs futurs occupants. La facture d’électricité ments soient très performants énergétique-
d’une maison neuve typique avec une pompe ment. Ensuite, dès 2024, le seuil sera ramené
à chaleur sera de l’ordre de 200 €/an, soit à 6 kgCO2/m2/an, excluant de fait le chauf-
moins de 17 €/mois ! fage exclusivement au gaz, mais permettant
le développement de solutions innovantes,
y compris hybrides (telles des pompes à
La sortie des énergies fossiles dès 2024 chaleur utilisant un léger appoint de gaz en
Ensuite, pour assurer que les énergies utilisées cas de grand froid).
soient les moins carbonées possibles, pour la

7
Ainsi, avec la RE2020, la France, à l’instar
d’autres pays européens (Pays-Bas, Suède,
Royaume-Uni) se met en capacité de se
passer définitivement des énergies fossiles et
du gaz dans les bâtiments neufs.

Systématiser le recours à la chaleur


renouvelable
Enfin, la RE2020 systématisera le recours à la
chaleur renouvelable, via un seuil maximal de
consommation d’énergie primaire non renou-
velable. En effet, à l’inverse de certaines
réglementations thermiques passées (comme
la RT2005), le Gouvernement souhaite empê-
cher un retour massif du radiateur électrique
(convecteur à effet Joule), car s’il est peu
coûteux à installer, ce mode de chauffage
est cher à l’usage et pèse plus fortement sur
le réseau électrique au plus fort de l’hiver
(pointe hivernale).

8
OBJECTIF N° 2

MÉNAGER UNE TRANSITION PROGRESSIVE VERS


DES CONSTRUCTIONS BAS-CARBONE, QUI UTILISERONT
TRÈS LARGEMENT LE BOIS ET DES MATÉRIAUX BIOSOURCÉS

La phase de construction est responsable tront de conserver une logique de résultats


d’une part importante de l’empreinte et non de moyens, laissant aux constructeurs
carbone d’un bâtiment, regardée sur toute la liberté de choisir les matériaux et les tech-
sa durée de vie. Pour le prendre en compte niques qu’ils souhaitent mettre en place de
dans la réglementation, il est nécessaire d’in- manière optimale. Aussi, au-delà de l’utilisa-
troduire un changement méthodologique tion de matériaux biosourcés, de fortes inci-
majeur : le calcul de l’analyse en cycle de vie, tations sont données pour faire progresser les
qui additionne les impacts carbone de tous autres matériaux, techniques et équipements
les matériaux et équipements utilisés dans de construction. L’innovation en termes de
un bâtiment, à partir de données qui carac- mixité des matériaux (constructions mêlant
térisent les impacts sur l’environnement. Ces bois et béton par exemple) ou de béton
données sont en parties produites par les bas-carbone sera encouragée.
fabricants et font l’objet d’un protocole de En complément de l’indicateur carbone dyna-
vérification. mique, un indicateur de stockage carbone
sera calculé à titre seulement informatif et
Encourager le stockage du carbone via permettra d’afficher explicitement le taux de
l’analyse de cycle de vie dynamique recours à la biomasse.

Conformément à la loi Elan, l’analyse de cycle Sur la base de l’indicateur de carbone en


de vie valorisera le stockage temporaire du cycle de vie, mesuré en kgCO2/m2 de surface
carbone, à savoir la capacité des matériaux de logement, la RE2020 fixera des exigences
biosourcés (dont le bois) à stocker le carbone compatibles avec la stratégie nationale
pendant leur vie biologique et à ne le bas-carbone (SNBC). Il s’agit de diminuer les
réémettre en partie qu’en fin de vie. On parle émissions des secteurs industriels d’au moins
alors d’analyse en cycle de vie dynamique, 30 % en 2030 par rapport à 2013, objectif
qui attribue un poids plus fort au carbone qui que la RE2020 déclinera dans le cas de la
est émis aujourd’hui qu’au carbone qui sera construction.
émis plus tard. Ce décompte est cohérent
avec la politique de lutte contre le change- Vers le recours massif au bois et
ment climatique, tous les efforts réalisés dès aux matériaux biosourcés
aujourd’hui permettant d’éviter des effets
Une telle diminution devrait rendre, à l’ho-
de moyen et long termes sur le climat. En
rizon 2030, l’usage du bois et des matériaux
calculant les exigences réglementaires avec
biosourcés quasi-systématique, y compris en
cette méthode, les matériaux qui émettent
structure (gros œuvre) dans les maisons indi-
peu lors de leur fabrication et qui stockent
viduelles et le petit collectif.
du carbone dans les bâtiments, comme le
bois et les matériaux biosourcés, seront avan- Cette trajectoire dessine donc une évolution
tagés par rapport aux matériaux plus émet- profonde et à grande échelle dans le secteur
teurs lors de leur production. Cette approche de la construction. À titre d’illustration, bien
permettra de valoriser dans la réglementation que tout à fait maîtrisées et réalisées à coûts
les modes constructifs capables d’entretenir compétitifs, les maisons à ossature bois repré-
un stock de carbone dans les bâtiments. Dans sentent moins de 10 % du marché de la maison
le même temps, les seuils ainsi fixés permet- individuelle neuve en France. La proportion

9
d’usage de la structure bois est encore plus créer de contrainte d’utilisation immédiate de
faible en logement collectif, a fortiori pour les tel ou tel matériau ou telle ou telle technique.
grands immeubles où les techniques actuelles Une fois cette première phase passée, lorsque
présentent encore des surcoûts significatifs. les méthodes d’analyses de cycle de vie et
Une telle évolution réglementaire doit donc la caractérisation environnementale des
se faire progressivement pour que la filière produits seront tout à fait maîtrisées, les
et l’ensemble des professionnels puissent exigences augmenteront par palier (2024,
s’adapter. La progressivité est également un 2027 puis 2030), induisant un recours de plus
gage de maîtrise des coûts, laissant le temps en plus important aux matériaux à faible
aux filières de monter en puissance, d’en- empreinte carbone et notamment bois et
granger des économies d’échelle et d’assurer biosourcés. L’évolution sera plus rapide pour
le développement d’une production indus- les maisons individuelles, où la construction
trielle nationale pour éviter d’accroître les en ossature bois est déjà assez courante et
importations. À ce titre, le Gouvernement compétitive. Elle sera plus progressive dans le
annoncera prochainement des initiatives collectif, où certaines techniques et réglemen-
pour favoriser l’innovation et le développe- tations (incendie par exemple) ont encore des
ment d’une production nationale de bois marges de progression et d’évolution.
de construction, y compris en favorisant les
À horizon 2030, avec une ambition même
usages mixtes entre matériaux.
supérieure à celle de la SNBC, le seuil maximal
en kgCO2/m2 sera abaissé entre 30 % à 40 % par
Une transition progressive, pour rapport au niveau de référence actuel (niveau
diminuer de 30 % à 40 % les émissions de référence intégrant déjà l’optimisation de
de la construction l’analyse en cycle de vie). Pour les maisons
individuelles, avec de tels seuils, la construc-
Pour toutes ces raisons, la RE2020 fixera
tion en ossature bois deviendra vraisembla-
des exigences progressives et différenciées
blement la norme. En logement collectif,
selon la typologie de bâtiment (individuel ou
les matériaux biosourcés seront vraisembla-
collectif).
blement systématiques en second œuvre et
Dans la première phase (2021-2024), l’enjeu très courants dans le gros œuvre, où les tech-
essentiel sera l’appropriation par l’ensemble niques plus traditionnelles, sous réserve de
de la filière constructive de la méthode leurs progrès technologiques d’ici- là (bétons
d’analyse en cycle de vie. Cela impliquera, bas-carbone par exemple), continueront à
notamment de la part des concepteurs, être présentes. Surtout, de tels seuils ouvrent
maîtres d’ouvrage, maîtres d’œuvre mais aussi la voie à l’innovation et à l’optimisation des
fournisseurs, d’optimiser les caractéristiques ressources afin de diminuer drastiquement
environnementales des matériaux et équipe- l’empreinte environnementale de la construc-
ments utilisés, d’en améliorer la traçabilité et la tion et de la démolition.
performance et d’économiser les ressources.
Enfin, dans les zones climatiques les plus
Durant cette phase, il s’agit aussi de gagner
chaudes (pourtour méditerranéen et arrière-
en robustesse dans les analyses en cycle de
pays provençal), ces seuils seront modulés.
vie, qui aujourd’hui présentent encore des
En effet, sauf à introduire des systèmes
marges de variation et d’erreurs importantes
palliatifs parfois coûteux, la construction
(allant jusqu’à 30 %). Les exigences réglemen-
en bois ne garantit pas toujours le même
taires rendront nécessaires de bien renseigner
niveau de confort en cas de forte chaleur
les analyses de cycle de vie et de choisir des
(voir Objectif 3). Aussi, à l’horizon 2030, la
données environnementales spécifiques aux
compatibilité entre exigence de confort
matériaux de construction et équipements
estival, construction bois et maîtrise des
utilisés. Cela impliquera que les fabricants
coûts pourrait être rendue difficile dans ces
caractérisent toujours plus de produits et
zones particulièrement chaudes. L’exigence
équipements mis sur le marché. Ceci induira
du seuil carbone y sera donc modulée pour
surtout une claire incitation à utiliser des
permettre à chaque Français de bénéficier
matériaux à faible empreinte carbone (en
d’un logement confortable l’été sans induire
particulier dans le second œuvre, comme
des surcoûts trop élevés à un endroit donné
l’isolation, les parquets, les menuiseries, pour
du territoire.
les matériaux biosourcés) sans néanmoins

10
OBJECTIF N° 3

DES BÂTIMENTS PLUS AGRÉABLES EN CAS DE FORTE CHALEUR

De nombreux bâtiments construits selon Parallèlement, la RE2020 fixera un seuil bas à


RT2012 s’avèrent inconfortables en cas de 350 DH, à partir duquel des pénalités s’ap-
fortes chaleurs, au détriment de leurs occu- pliqueront dans le calcul de la performance
pants ou usagers. Or, le réchauffement clima- énergétique. Ces pénalités seront forfaitaires
tique va intensifier et augmenter le nombre afin d’inciter tous les bâtiments à faire des
d’épisodes caniculaires. C’est pourquoi pour efforts de conception permettant de réduire
que les bâtiments de demain soient adaptés le nombre d’heures au-dessus du seuil.
au changement climatique, le Gouvernement Dans l’ensemble des cas, les solutions de
a souhaité que la RE2020 améliore nettement climatisation dites passives seront encou-
la prise en compte du confort d’été et fixe ragées par la réglementation, à travers son
une exigence spécifique. moteur de calcul, qu’il s’agisse par exemple
La RE2020 intégrera d’abord le besoin de de la forme du bâtiment, de son orientation,
froid dans le calcul du besoin énergétique de protection contre le soleil, de l’installation
du bâtiment (Bbio), celui-ci étant soumis à de brasseurs d’air ou encore de puits clima-
des exigences renforcées. Sur la base d’un tiques, etc. Il s’agit d’améliorer à faible coût
scénario météo similaire à la canicule de et de manière durable le confort des bâti-
2003, un indicateur de confort d’été sera ments l’été.
calculé lors de la conception du bâtiment, Cet indicateur et cette exigence sont
qui s’exprimera en degré.heure (DH)*. nouveaux pour une réglementation ther-
La RE2020 fixera un seuil haut maximal de mique et la réalité exacte du niveau de confort
1250 DH qu’il sera interdit de dépasser, ce d’usage qu’ils traduisent reste à évaluer fine-
qui correspondrait à une période de 25 jours ment. Aussi, en fonction des retours d’ex-
durant laquelle le logement serait continu- périence à l’issue des premières années de
ment à 30 °C le jour et 28 °C la nuit. Ce seuil réglementation, cette exigence pourra être
sera le même partout en France. Comme il renforcée.
sera plus difficile à respecter dans le sud de
la France (pourtour méditerranéen et arrière-
pays provençal), pour les logements construits
dans ces zones climatiques chaudes, il sera
possible de déroger à certaines exigences
constructives, notamment celles qui néces-
siteraient un recours trop important à des
matériaux biosourcés.

* Il s’agit du nombre d’heures dans l’année durant lesquelles le bâtiment dépasserait le seuil de 28 °C le jour
(26 °C la nuit), multiplié par la différence entre la température simulée et l’écart avec la limite de 28 °C (resp.
26 °C). Par exemple, pour simplifier, s’il fait 20 °C toute l’année dans un logement, excepté pendant 10 jours
et 10 nuits durant lesquels la température grimpe à 30 °C en continu, l’indicateur du confort d’été sera de
720 DH ( 2 °C x 12h x 10 jours + 4° C x 12h x 10 nuits).

11
Une transition à coûts maîtrisés
De manière générale, rendre la réglementation de la construction plus exigeante peut
induire des surcoûts pour le secteur du bâtiment, répercutés le long de la chaîne,
jusqu’au prix du logement lui-même. À titre de comparaison, les surcoûts anticipés lors
de l’élaboration de la RT2012 étaient de 10 % à 15 % des coûts de construction, mais le
Commissariat général au développement durable a estimé a posteriori que ceux-ci ne
s’étaient que faiblement matérialisés et avaient été rapidement absorbés par les effets
d’apprentissage. La longue expérimentation du label BBC avait en effet aidé à préparer
l’adaptation du secteur. Les surcoûts anticipés pour la RE2020 tels qu’estimés sur la
base des exigences de l’horizon 2030 ne dépassent pas 10 % du coût de construction
actuel, que ce soit pour des maisons individuelles ou des logements collectifs. Surtout,
les exigences étant d’application progressive dans le temps, les surcoûts immédiats
(liés aux exigences prévues à l’entrée en vigueur) sont bien plus faibles (de l’ordre de 3
à 4 % des coûts de construction) et les phénomènes d’apprentissage pourront jouer
à plein d’ici 2030. Enfin, ces surcoûts sont à mettre en regard des gains socio-écono-
miques obtenus sur la durée de vie des bâtiments : baisse de facture énergétique,
émissions de carbone évitées, création d’emplois locaux, etc.

12
UNE MÉTHODE

UNE TRAJECTOIRE PROGRESSIVE ET UN LABEL POUR


VALORISER CEUX QUI PRENNENT DE L’AVANCE ET
PRÉFIGURER LES BÂTIMENTS D’APRÈS-DEMAIN

Les exigences de la RE2020 seront progres- mations nécessaires pour atteindre un régime
sives dans le temps, notamment en ce qui stable compatible avec les objectifs finaux.
concerne l’empreinte carbone de la phase de Pour favoriser cette mobilisation et activer la
construction, mais aussi pour l’exclusion du capacité d’anticipation de l’ensemble de la
chauffage au gaz dans les logements collec- chaîne, le Gouvernement prévoit également
tifs, qui interviendra à partir de 2024. Il appa- de créer un label d’État. Il aura pour prin-
raît en effet nécessaire à la fois de fixer un cipal objectif de valoriser et récompenser
horizon précis, cadencé et clair, compatible les bâtiments qui atteindront les exigences
avec les objectifs climatiques de la France, des étapes suivantes de la RE2020, c’est-
que tous les acteurs peuvent anticiper et à-dire ceux qui prennent de l’avance sur la
préparer et dans le même temps de laisser réglementation. Ayant vocation à évoluer
le temps nécessaire à l’adaptation de l’en- dans le temps, le label pourra aussi prendre
semble de la filière, qu’il s’agisse des modes en compte des critères nouveaux ainsi que la
de conception, des matériaux, équipement capacité des concepteurs à innover, afin de
et technologie utilisés, mais aussi des façons préfigurer les bâtiments d’après-demain.
de construire et de faire qui exigeront que
Ce label constituera un signe d’exemplarité
les compagnons et artisans modifient leurs
dont pourront se saisir les collectivités locales,
pratiques et se forment. Cela est en particu-
bailleurs sociaux, maîtres d’ouvrage publics et
lier vrai pour l’usage du bois et des matériaux
privés. Il pourra également être accompagné
biosourcés : le recours large au bois d’œuvre
d’incitations fiscales ou réglementaires.
et matériaux biosourcés modifiera substan-
tiellement les manières de concevoir, d’ap- L’élaboration de ce label fait déjà l’objet
provisionner et de mener les chantiers. d’une phase de concertation, sous l’égide du
Plan bâtiment durable, qui réunit les princi-
La progressivité de la réglementation laisse la
pales parties prenantes ainsi que les porteurs
liberté aux acteurs de la chaîne, dans toute la
des labels déjà existants (Alliance HQE, BBCA,
diversité de leurs capacités et situations, de
Effinergie, etc.). La publication de la première
choisir leur rythme pour rejoindre les objec-
mouture du label est prévue pour le second
tifs. À n’en pas douter, de nombreux concep-
semestre 2021.
teurs, commanditaires et maîtres d’ouvrage
choisiront d’anticiper les exigences réglemen-
taires et d’engager rapidement les transfor-

13

Vous aimerez peut-être aussi