Ressources en eau et changement climatique
Ressources en eau et changement climatique
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Note de synthèse
Julien Morel
Février 2007
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LEPII
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Les ressources en eau sur Terre : origine, utilisation et
perspectives dans le contexte du changement climatique – un tour
d’horizon de la littérature
2 février 2007
Julien Morel
Résumé
L’eau est un enjeu essentiel pour le siècle à venir. Les secteurs, agricole, industriel,
domestique, utilisent de grandes quantités d’eau, mais de façon inégale selon les régions du
monde. L’objet de cette synthèse est de cerner et de comprendre l’ensemble des éléments
essentiels de la problématique de l’eau aujourd’hui, en terme d’adéquation besoin/ressource.
Pour cela, on aborde successivement les concepts clés des ressources en eau à partir du cycle
hydrologique, l’usage mondial de l’eau, le changement climatique et ses conséquences sur
l’eau, et enfin l’impact de l’augmentation ou de la diminution de la disponibilité en eau par
personne sur la population mondiale.
Les besoins en eau de la planète ne sont pas du tout satisfaits aujourd’hui et on ne peut que
penser que les conditions vont se détériorer à l’avenir, sous les contraintes de la population et
du changement climatique. Les projections sur les précipitations et l’écoulement dépendent
des modèles et des scénarios d’émission de gaz à effet de serre et ces projections restent
incertaines localement. Les estimations de demande future sont par ailleurs peu fiables. On
peut toutefois retenir que le cycle hydrologique est accéléré, amplifié, et que sa variabilité
augmente à cause du réchauffement global ; la fréquence des évènements extrêmes, tels que
sécheresse, inondations, augmente. Pour certaines zones, comme la Méditerranée, les modèles
s’accordent pour prévoir une diminution des précipitations d’ici 2050.
1
Plan
Introduction
3. Le changement climatique
3.1. Le réchauffement global
3.2. Les précipitations
3.3. L’écoulement
3.4. Qualité de l’eau, phénomènes climatiques extrêmes, vulnérabilité
Conclusion
Bibliographie
2
Introduction
Depuis quelques années, on entend de plus en plus parler de l’eau comme étant le grand enjeu
du XXIe siècle. Dans le monde entier on parle régulièrement de sécheresses.
Celles-ci peuvent être temporaires, comme c’est le cas en France, mais ne sont pas
négligeables pour autant. Un exemple le montre bien : pendant la canicule de l’été 2006, le
débit des rivières a diminué et leur température a augmenté ; cette eau étant prélevée pour
refroidir les centrales thermiques classiques et nucléaires, EDF a été contraint de réduire sa
production électrique en France, et d’acheter de l’électricité à l’Allemagne, alors que la
demande d’électricité était élevée, à cause de la mise en route de nombreux climatiseurs.
Dans certaines régions du monde, les sécheresses sont durables, par exemple dans les régions
sahéliennes. On évoque aussi très souvent de nombreux conflits, tels que celui du Darfour, ou
encore celui d’Israël-Palestine, dont un des aspects est la rivalité pour l’eau.
Outre son utilisation domestique, il faut aussi se souvenir que l’eau est utilisée de façon
massive par l’agriculture irriguée, qui permet de produire plus de la moitié de la nourriture
mondiale, et par l’industrie, en particulier pour la production d’énergie (et pas seulement pour
refroidir les centrales thermiques).
L’eau étant la ressource la plus essentielle à la vie, et nécessaire à tous les secteurs, il faut se
poser la question suivante : parviendrons-nous à approvisionner en eau douce une population
de 9 milliards d’habitants en 2050 (soit 3 milliards de personnes de plus qu’aujourd’hui), pour
tous ses besoins, domestiques, agricoles, industriels (donc pour leur accès au minimum vital,
nourriture, eau douce, assainissement, électricité, facteurs clés de développement), sachant
qu’en 1995, il y avait environ 5,8 milliards d’habitants sur Terre, environ 91,8 millions vivant
dans des pays en pénurie d’eau 1 (Arnell, 2004). Le problème n’est pas tant la quantité totale
d’eau douce disponible sur Terre, que sa très inégale répartition, dans l’espace et le temps.
La question est d’autant plus douloureuse que le changement climatique accentue cette
pression exercée par l’homme sur le cycle hydrologique et sur la ressource en eau.
D’autre part, il existe des problèmes d’infrastructures dans de nombreuses régions (absence de
réseau d’eau potable et d’assainissement) ; environ 35 % de la population mondiale n’a
aujourd’hui pas accès à l’eau potable (Lacoste, 2003). Ces problèmes de gestion de l’eau
seront peu abordés par la suite, car ils sortent du cadre de ce travail.
L’objet de cette étude est de cerner et de comprendre l’ensemble des éléments essentiels de la
problématique de l’eau aujourd’hui, en terme d’adéquation besoin/ressource. Dans un premier
temps, on abordera les concepts clés, le premier étant la notion de ressource en eau, définie à
partir du cycle hydrologique ; puis nous évoquerons l’usage mondial de l’eau, le changement
climatique et ses conséquences sur l’eau, et enfin l’impact de l’augmentation ou de la
diminution de la disponibilité en eau par personne sur les populations.
1
Un pays est en pénurie d’eau lorsqu’il se trouve en dessous de 1 000 m3/habitant/an.
3
1. L’eau sur Terre : du cycle hydrologique aux ressources en eau disponibles
La masse d’eau totale de l’hydrosphère ne varie pas au cours des années. L’eau change d’état
au cours de son cycle mais sa quantité globale reste inchangée depuis 3 milliards d’années,
date de son apparition sur Terre. C’est l’énergie solaire qui est le moteur du cycle de l’eau en
entraînant ses changements d’état (Maurel, 2006).
La quantité d’eau sur Terre est gigantesque : environ 1,4 milliards de km3, d’après les
estimations de Shiklomanov et Rodda, 2003 (cité dans UNESCO, 2006). Cependant, 97,5 %
de cette quantité se trouve sous forme d’eau salée et 2.5 % sous forme d’eau douce, soit
environ 35 millions de km3.
69,5 % de l’eau douce se présente sous forme de glace et de neige permanente, 30,1 % sous
forme d’eau souterraine, 0,27 % sous forme d’eau dans les lacs et rivières, 0,13 % sous une
autre forme (atmosphère, humidité dans le sol, marais, etc.). La Figure 1 ci-après récapitule
cette répartition.
30,1 %
97,5 % Eau douce
Eau souterraine
salée
69,5 %
2,5 % Glaciers
Eau
douce
Le Tableau 1 ci-dessous décrit cette répartition de manière plus détaillée, en incluant les
volumes d’eau, les volumes recyclés annuellement et les périodes de renouvellement.
4
Tableau 1 Répartition eau salée/ eau douce sur Terre ; volume recyclé annuellement
Répartition du Volume
Volume Répartition Période de
volume total de recyclé
Lieu (10^3 de l'eau renouvellement
l'hydrosphère annuellement
km3) (%)
douce (%)
(km )
3 (années)
Océan 1 338 000 96,5 - 505 000 2500
Eau souterraine (gravité et capillarité) * 23 400 1,7 - 16 700 1400
Eau douce souterraine 10 530 0,76 30,1
Humidité du sol 16,5 0,001 0,05 16 500 1
Glaciers et couverture neigeuse permanente 24 064 1,74 68,7
Glace du sol (permafrost) 300 0,022 0,86 30 10 000
Eau dans les lacs 176,4 0,013 - 10 376 17
Douce 91 0,007 0,26
Salée 85,4 0,006 -
Marais, marécages 11,5 0,0008 0,03 2 294 5
Eau de rivière 2,1 0,0002 0,006 43 000 16 jours
Eau des plantes et animaux 1,1 0,0001 0,003 -
Eau dans l'atmosphère 12,9 0,001 0,04 600 000 8 jours
Volume Total de l'hydrosphère 1 386 000 100 -
Eau douce totale 35 029,2 2,53 100
* A l’exception de l’eau souterraine de l’Antarctique, estimée à 2 millions de km3, dont environ 1 million de km3
d’eau douce. D’après UNESCO, 2003 et Shiklomanov et Rodda, 2003 (cité dans UNESCO, 2006).
En réalité, cette répartition de l’eau n’est pas statique, comme l’indiquent les périodes de
renouvellement. Le point essentiel pour les ressources en eau disponibles est le cycle
continental. Chaque année, 577 000 km3 d’eau se renouvellent sur Terre : c’est l’eau qui
s’évapore de la surface de l’océan (502 800 km3) et des continents (74 200 km3). Cette
quantité d’eau retombe lors des précipitations (458 000 km3 sur l’océan et 119 000 km3 sur les
continents). La différence entre les précipitations et l’évaporation sur les continents (119 000
– 74 200 = 44 800 km3/an) représente l’écoulement total des rivières de la Terre (42 600
km3/an) et un écoulement direct des eaux souterraines vers l’océan (2 200 km3/an)
(Shiklomanov, 1999).
Il faut noter que l’eau verte produit 60 % de la nourriture mondiale (Cosgrove, 2000,
Chap. 2, p.6 ; WCD, 2000, p. 49), mais que seule l’eau bleue mobilise de l’énergie.
Les ressources en eau se constituent à partir des 45 000 km3/an d’eau douce qui s’écoulent sur
Terre, mais on estime que seulement 10 000 à 12 000 km3/an sont utilisables. En effet, une
partie de l’eau s’écoule en des lieux inhabités, une partie s’écoule trop vite pour être stockée
(lors de crues) et une certaine quantité d’eau doit continuer à s’écouler au sein des
écosystèmes naturels et des nappes souterraines, pour ne pas mettre en danger les équilibres et
dynamiques naturels.
2
Il existe de nombreuses définitions sur les ressources en eau ; la réalité est plus complexe, comme le montre le
schéma de l’Annexe A.
5
Remarquons toutefois que de grandes quantités d’eau douce ne sont pas comptabilisées dans
les ressources en eau, car elles n’entrent pas dans le cycle annuel de l’eau : les glaces
représentent 24 millions de km3 d’eau, les nappes souterraines 10 millions de km3 et les lacs
90 000 km3 (Marsily, 2006).
A l’échelle mondiale, il semble que les prélèvements n’exercent qu’une pression modérée sur
les ressources en eau : ils ne représentent en 2000 que 9 % des ressources renouvelables et les
consommations (part de l’eau prélevée non restituée au milieu de prélèvements sous forme
liquide) environ 5 % 3 .
Le Tableau 2.1 ci-dessous détaille les différents prélèvements et consommations d’eau par
secteur depuis 1900 jusqu’aux prévisions de 2050. D’après ce tableau, pour l’an 2000 :
- L’eau prélevée pour les usages domestiques représente 10 % des prélèvements totaux
et 2 % des consommations. Le ratio consommation/prélèvement est de 14 %.
3
Toutefois, l’eau non consommée, rendue au milieu naturel, est de moins bonne qualité que l’eau prélevée
(FAO, 2002).
4
Ce ratio représente l’efficience de l’eau ; sa valeur est controversée : on trouve des valeurs différentes allant de
33 à 50 %, dans d’autres rapports, d’après Marsily, 2006.
6
- L’eau évaporée par les barrages et réservoirs représente 5 % des prélèvements et 10 %
des consommations totales.
Tableau 2.1 Evolution mondiale de la population, des prélèvements et des consommations d’eau des
principaux secteurs au cours du XXe siècle.
1900 1940 1950 1960 1970 1980 1990 1995 2000 2025 2050
Population (million) 2542 3029 3603 4410 5285 5735 6181 8000 9200
Superficie irriguée (M ha) 47,3 75,9 101 142 169 198 243 253 264 307 331
Prélèvements agricoles 513 895 1080 1481 1743 2112 2425 2504 2605 3053 3283
Consommation agricole 321 586 722 1005 1186 1445 1691 1753 1834 2143 2309
Ratio consommation/ prélèvement 63% 65% 67% 68% 68% 68% 70% 70% 70% 70% 70%
Prélèvements Municipaux (ou 21,5 58,9 86,7 118 160 219 305 344 384 522 618
Domestiques)
Consommation municipale 4,61 12,5 16,7 20,6 28,5 38,3 45 49,8 52,8 73,6 86,4
Ratio consommation/ prélèvement 21% 21% 19% 17% 18% 17% 15% 14% 14% 14% 14%
Prélèvements industriels 43,7 127 204 339 547 713 735 752 776 834 875
Consommation industrielle 4,81 11,9 19,1 30,6 51 70,9 78,8 82,6 87,9 104 116
Ratio consommation/ prélèvement 11% 9% 9% 9% 9% 10% 11% 11% 11% 12% 13%
Evaporation des réservoirs 0,3 7 11,1 30,2 76,1 131 167 188 208 302 362
Prélèvements totaux 579 1088 1382 1968 2526 3175 3633 3788 3973 4711 5138
Consommation totale 331 617 768 1086 1341 1686 1982 2074 2182 2623 2873
Valeurs en km3/an, sauf indication. Prévisions pour 2025 et 2050 basées sur la poursuite des tendances observées
au XXe siècle. D’après Shiklomanov, 1999 et Marsily, 2006.
Réservoirs Réservoirs
5% 10%
Domestiques
10%
Industriels 20%
Agricoles 65%
Agricoles
84%
7
Il faut noter que les barrages et réservoirs sont utilisés pour l’irrigation (secteur agricole), pour
la production hydroélectrique (secteur industriel), pour l’approvisionnement domestique
(secteur domestique), et pour le contrôle des inondations.
Prélèvements
3 Domestiques Industriels Agricoles
(km /an)
3000
2500
2000
1500
1000
500
0
nd e
ord
e
es
e
e
ie
e
iqu
ro p
atin
Asi
éan
raïb
un
Mo
Afr
Eu
eL
Oc
Ca
ed
u
ériq
u
ériq
Am
Am
5
Remarque : ces données ne tiennent pas compte des barrages et réservoirs. On trouvera dans FAO, 2003, p.1 et
2, des explications sur les sources de bases de données de la FAO et sur les méthodes utilisées.
8
On constate que l’Asie est le plus gros préleveur d’eau mondial, à cause de son agriculture
irriguée, loin devant les autres continents ; on note qu’en Amérique du Nord et en Europe, les
prélèvements industriels dépassent les prélèvements agricoles.
3. Le changement climatique
Avant toute chose, rappelons que Groupe Intergouvernemental d’experts sur l'Evolution du
Climat (GIEC, IPCC en anglais) définit le changement climatique comme étant une variation
statistiquement significative de l’état moyen du climat ou de sa variabilité persistant pendant
de longues périodes (généralement, pendant des décennies ou plus). Le changement
climatique peut être dû à des processus internes naturels, à des forçages externes, ou à des
changements anthropiques persistants de la composition de l’atmosphère ou de l’affectation
des terres. On notera que la Convention-cadre des Nations unies sur les changements
climatiques (CCNUCC), dans son Article 1, définit les « changements climatiques » comme
étant des « changements de climat qui sont attribués directement ou indirectement à une
activité humaine altérant la composition de l’atmosphère mondiale et qui viennent s’ajouter à
la variabilité naturelle du climat observée au cours de périodes comparables ». La CCNUCC
fait ainsi une distinction entre les « changements climatiques » qui peuvent être attribués aux
activités humaines altérant la composition de l’atmosphère, et la « variabilité climatique »
due à des causes naturelles. (IPCC, 2001a).
Parmi les effets associés du changement climatique, on observe une intensification du cycle
hydrologique, conséquence d’une disponibilité d’énergie plus grande dans le système
climatique. En certains endroits, cela mènera à des changements de la quantité totale de
précipitations, de leur distribution saisonnière et de leur fréquence et intensité.
(UNESCO, 2003).
Au cours du XXe siècle, les précipitations ont très probablement augmenté de 5 à 10 % sur la
plupart des moyennes et hautes latitudes des continents de l’hémisphère Nord, mais, à
l’opposé, il est probable que les pluies ont diminué de 3% en moyenne sur une grande partie
des zones terrestres subtropicales (voir Figure 3.1). Les précipitations ont diminué sur les
zones désertiques d’Afrique, d’Amérique du Sud et sur le bassin méditerranéen.
6
Les scénarios du SRES sont des scénarios d’émissions élaborés par Nakicenovic et al. (2000) et servent de
base, notamment, aux projections climatiques dans la contribution du Groupe de Travail I du GIEC au Troisième
rapport d’évaluation (IPCC 2001 b).
9
Pendant la deuxième moitié du XXe siècle, la fréquence des fortes précipitations aux
moyennes et hautes latitudes de l’hémisphère Nord a probablement augmenté de 2 à 4 %. Des
augmentations à long terme relativement faibles ont été observées dans les zones terrestres
touchées par des sécheresses ou des inondations importantes, mais dans grand nombre de
régions, une variabilité climatique interdécennale et multidécennale caractérise les
changements, sans qu’aucune tendance importante ne soit évidente pour le XXe siècle.
Dans certaines régions, telles que certaines parties de l’Asie et de l’Afrique, on a observé une
augmentation de la fréquence et de l’intensité de la sécheresse au cours des dernières
décennies (IPCC, 2001a).
Figure 3.1 Tendances des précipitations annuelles, de 1 900 à 2 000 (Source : IPCC, 2001a)
10
Figure 3.2 Variation des précipitations pour les scénarios A2 et B2.
L’arrière-plan indique la variation moyenne annuelle des précipitations (ombrage en couleur) pour :
(a) le scénario A2 du RSSE
(b) le scénario B2 du RSSE.
11
Les deux scénarios du RSSE indiquent la période 2071-2100, comparée à la période 1961-1990, et ont été
exécutés par AOGCM.
Les encadrés indiquent un accord sur les variations des précipitations régionales entre les différents modèles
(accord si résultat cohérent fourni par au moins sept des neuf modèles).
La légende est la suivante :
Augmentation (respectivement diminution) importante : accord sur l’augmentation (respectivement diminution)
avec une variation moyenne de plus de 20 %.
Petite augmentation (respectivement diminution) : accord sur l’augmentation (respectivement diminution) avec
une variation moyenne entre 5 et 20 %.
Pas de changement : changement entre -5 et +5 % ou un accord sur une variation moyenne entre -5 et +5 %
Signe non cohérent : désaccord (D’après IPCC, 2001a).
3.3. L’écoulement
« L’écoulement » désigne la quantité d’eau qui s’écoule sur la surface terrestre et donne une
bonne indication de l’eau disponible, comme on a pu le voir dans la 1ère partie de ce texte.
D’après l’IPCC (2001a), les changements climatiques prévus aggraveraient les problèmes de
pénurie et de qualité de l’eau dans de nombreuses régions aréiques (c’est-à-dire privées
d’écoulements de surface), mais les amélioreraient dans d’autres régions du monde.
Selon les prévisions, les changements climatiques devraient réduire l’écoulement fluvial et
l’alimentation des nappes souterraines dans de nombreuses régions du monde, mais les
augmenteraient dans certaines régions.
L’ampleur des changements varie selon les scénarios, en partie en raison des différences au
niveau des précipitations prévues (notamment à propos de l’intensité des pluies) et en partie
en raison des différences au niveau de l’évaporation prévue. Les variations de l’écoulement
fluvial prévues dans deux scénarios de changements climatiques sont illustrées à la Figure 3.3,
ci-dessous.
12
Figure 3.3 Variation du ruissellement annuel (mm/an).
Comparées au ruissellement moyen pour les années 1961-1990, les prévisions des changements du ruissellement
annuel moyen d’ici 2050 correspondent en grande partie aux changements prévus pour les précipitations.
Les variations du ruissellement sont calculées à l’aide d’un modèle hydrologique utilisant des projections
climatiques provenant de deux versions du modèle de circulation générale atmosphère/océans du Hadley Centre
(AOGCM) pour un scénario avec 1 % d’augmentation annuelle effective de la concentration de CO2 dans
l’atmosphère :
(a) moyenne d’ensemble HadCM2
(b) HadCM3.
Les projections d’augmentation du ruissellement aux hautes latitudes et en Asie du Sud-Est et de diminution en
Asie Centrale, autour de la Méditerranée, en Afrique australe, et en Australie sont, dans l’ensemble, cohérentes
pour les expériences du Hadley Centre, et par rapport aux projections de précipitations d’autres expériences du
AOGCM. Pour d’autres parties du monde, les variations des précipitations et du ruissellement dépendent des
scénarios et des modèles (IPCC, 2001a).
Il faut cependant noter la non-linéarité et les effets de seuil de l’hydrologie terrestre dans les
processus hydrologiques : les composantes terrestres du cycle hydrologique amplifient les
données climatiques. La sécheresse régionale qui a frappé l’Afrique durant les années 1970 et
13
1980 fournit une illustration de ces concepts : tandis que la diminution des précipitations sur
cette région pendant ces deux décades était d’une intensité de 25% comparée à la période
1950-1989, les principales rivières s’écoulant dans la région ont subi des réductions dans les
flux annuels de l’ordre de 50 % (Servat et al., 1998, cité dans UNESCO, 2003). En d’autres
termes, ce qui peut être considéré comme un changement mineur dans le total ou dans le
schéma temporel de précipitation pourrait avoir des effets tangibles sur la ressource en eau.
Outre cette non-linéarité, il est essentiel de remarquer qu’une augmentation dans le débit
annuel des rivières n’est pas nécessairement bénéfique, en particulier dans les climats à
caractéristique très saisonnière, parce que cette eau supplémentaire pourrait ne pas être
disponible à l’usage en l’absence du stockage adéquat, et elle pourrait aussi se présenter sous
forme d’inondations plus fortes et plus fréquentes (Arnell, 2006).
Notons enfin que l’augmentation de température globale joue aussi sur la période des
écoulements : au cours des dernières décennies, dans une grande partie de l’Europe de l’Est,
la Russie européenne, et l’Amérique du Nord, les débits fluviaux maximaux sont observés à la
fin de l’hiver plutôt qu’au printemps (IPCC, 2001a) : l’eau n’est plus stockée sous forme de
neige. Ceci a une influence sur le pic de production hydroélectrique, déplacé du printemps à
l’hiver.
Outre les problèmes de ressource en eau, l’eau est associée à de nombreux phénomènes
extrêmes pouvant créer des dégâts, qui ont des conséquences par exemple sur les
infrastructures d’approvisionnement en eau.
Au cours du 21ème siècle, on prévoit des changements pour les phénomènes climatiques
extrêmes et leur probabilité : augmentation des températures maximales, du nombre de jours
chauds et de vagues de chaleur pour la quasi-totalité des zones terrestres, des températures
minimales plus élevées, moins de jours froids, de jours de gel et de vagues de froid pour la
quasi-totalité des zones terrestres, des précipitations plus intenses sur de nombreuses régions,
une sécheresse estivale accrue sur la plupart des terres continentales à moyenne latitude et des
risques de sécheresse associés.
En général, une hausse de la température de l’eau nuirait à la qualité de l’eau douce, bien que,
dans certaines régions, ceci puisse être compensé par des débits plus importants.
Les effets des changements climatiques sur la pénurie d’eau, la qualité de l’eau et la fréquence
et l’intensité des inondations et des sécheresses aggraveraient les problèmes de gestion de
l’eau et des inondations. Ce sont les systèmes hydriques non gérés ou mal gérés qui sont les
plus vulnérables aux effets néfastes des changements climatiques (IPCC, 2001a).
Dans cette dernière partie, nous allons nous intéresser aux conséquences du changement
climatique sur l’eau pour les populations, en étudiant d’abord la demande future en eau, puis
la sensibilité de la demande au changement climatique, et enfin les conséquences sur les
populations des futures ressources renouvelables en eau disponibles par personne.
14
4.1. Demande 7 en eau future (d’après IPCC, 2001c)
Figure 4. Prélèvements en eau globaux, 1900-1995, avec des projections jusqu'en 2025 (D’après données de
Shiklomanov et al., 2000 et d’après Raskin et al., 1997).
Concernant les prélèvements pour l’eau municipale, les prélèvements par personne vont
chuter dans beaucoup de pays développés, ce qui pourrait plus que compenser la croissance de
population, tandis qu’on peut s’attendre à ce qu’ils augmentent avec le niveau de vie dans les
pays en développement, d’après le scénario CDS. On s’attend à ce que l’urbanisation dans les
pays en développement conduise à des augmentations substantielles dans les prélèvements
d’eau municipale.
7
Ici la demande en eau représente les prélèvements, mais en toute rigueur elle est devrait représenter la somme
des prélèvements et des productions non conventionnelles (dessalement, réutilisation des eaux usées…).
8
Conventional Development Scenario : utilise des estimations de la croissance des populations, de
développement économique et d’intensité de l’utilisation de l’eau.
15
croissance des populations (augmentation de la demande) et des marchés agricoles. Le niveau
de prix reflétant la pénurie d’eau affectera les quantités utilisées.
Les estimations des futurs prélèvements en eau sont donc incertaines, reflétant largement
les incertitudes sur la croissance de la population mondiale et sur la croissance économique.
Le changement climatique est un autre facteur potentiel d’influence sur la demande en eau
(IPCC, 2001c). La sensibilité de la demande municipale au changement climatique sera
probablement très dépendante des usages qu’on fait de l’eau ; les domaines les plus sensibles
sont l’augmentation de la demande d’eau pour la toilette personnelle et l’arrosage du jardin et
de la pelouse.
L’usage industriel à des buts de fabrication est insensible au changement climatique. Les
demandes pour le refroidissement, elles, pourraient être affectées : l’augmentation des
températures réduiront l’efficacité du refroidissement, nécessitant plus d’extraction d’eau (ou
plus d’efficacité technologique, ou encore un changement radical de technologie :
déplacement des centrales électriques sur les côtes pour utiliser l’eau de mer pour le
refroidissement, par exemple (déjà évoqué au paragraphe 4.1.), utilisation du refroidissement
à air humide ou air sec, etc.
La demande agricole est beaucoup plus sensible au changement climatique que la demande
municipale et industrielle. Il y a deux effets potentiels.
Le deuxième effet potentiel sur la demande d’irrigation est conséquent à l’augmentation des
concentrations en CO2 atmosphérique, qui diminuent la conductance stomatale des plantes et
donc augmentent l’efficacité de l’utilisation de l’eau ; mais ceci pourrait être diminué dans
une large mesure par la croissance accélérée des plantes, à cause de l’augmentation de CO2
dans l’atmosphère.
Il existe de très grandes incertitudes concernant les prélèvements pour l’irrigation future.
On retient l’étude de Warren et al. (2006), basée sur une analyse de Arnell (2004) pour les
années 2080 (résultats basés sur des modèles hydrologiques utilisant des données mensuelles
16
provenant de cinq modèles climatiques et sur des prévisions d’évolution de la population à
partir de scénarios du SRES ; ces résultats précisent la disponibilité en eau par personne,
établie par bassin versant, mais n’indiquent qu’un stress hydrique 9 potentiel et n’incluent pas
l’adaptation, parce que les résultats concernent des mesures de disponibilité et non
d’utilisation de l’eau).
L’augmentation de la pénurie indique ici le nombre de personnes vivant dans des bassins
versants dont la disponibilité en eau chute en dessous de 1000 m3/personne/an, plus ceux
vivant dans des bassins déjà en pénurie, mais dont l’écoulement diminue significativement
(une diminution significative est supérieure à l’écart-type de l’écoulement moyen à long
terme, dont les valeurs varient typiquement de 5 à 10 %).
La diminution de la pénurie indique le nombre de personnes vivant dans des bassins versants
dont la disponibilité en eau augmente au-dessus de 1000 m3/personne/an, plus ceux vivant
dans des bassins toujours en pénurie, mais dont l’écoulement augmente significativement.
Ces chiffres agrégés cachent l’importance des variabilités annuelles et saisonnières dans la
ressource en eau et le rôle potentiel de la gestion de l’eau pour réduire la pénurie, mais
souvent à un coût considérable.
Conclusion
Le panorama sur le changement climatique et l’eau que nous avons dressé ici met en avant
plusieurs points essentiels.
D’abord la difficulté des concepts touchant à la ressource en eau, dont les définitions sont très
variables – quand les choses sont définies ; la notion de stress hydrique est un paramètre sujet
à controverse, incomplet, qui ne permet pas actuellement d’indiquer à lui seul la capacité d’un
9
Voir la discussion sur les notions de stress hydrique et de pénurie, dans l’Annexe B.
17
pays à approvisionner sa population, ou à indiquer correctement la pression anthropique sur
l’eau.
Ensuite les projections sur les précipitations et l’écoulement dépendent des modèles et des
scénarios d’émission de gaz à effet de serre. Ces projections restent incertaines localement.
Les estimations de demande future sont par ailleurs peu fiables. On peut toutefois retenir que
le cycle hydrologique est accéléré, amplifié, et que sa variabilité augmente à cause du
réchauffement global ; la fréquence des évènements extrêmes, tels que sécheresse,
inondations, augmente. Pour certaines zones, telles que la Méditerranée, les modèles
s’accordent pour prévoir une diminution des précipitations d’ici 2050.
Les besoins en eau de la planète n’étant aujourd’hui pas du tout satisfaits, on ne peut que
penser que les conditions vont se détériorer à l’avenir, sous les contraintes de la population et
du changement climatique. Puisque ce n’est pas la ressource en eau renouvelable qui
permettra de garantir les besoins de la population mondiale, il est nécessaire d’utiliser d’autres
moyens durables. On peut alors évoquer les solutions locales potentielles que constituent les
procédés non conventionnels d’approvisionnement en eau douce, tels que le dessalement de
l’eau de mer. Certains pays comme l’Arabie Saoudite sont approvisionnés en premier lieu par
l’eau dessalée : sa capitale, Riyad, est approvisionnée à 80 % par l’eau dessalée provenant des
usines de dessalement du golfe Persique, distant de 400 km (Lacoste, 2003). Le problème du
dessalement provient de son coût énergétique très élevé. Pour dessaler massivement, il faut un
accès à de l’énergie bon marché, comme dans les pays du Golfe. Les coûts du dessalement
ont cependant diminué et son marché est actuellement en pleine expansion, ce qui pourrait
faire penser que le dessalement pourrait résoudre la crise de l’eau. Il n’en est rien : les
quantités d’eau produites par les usines de dessalement sont négligeables à l’échelle globale10 ,
et son accès reste limité aux côtes.
Le dessalement fait partie d’un ensemble de solutions techniques qu’on peut appeler « gestion
par l’offre », qui n’est pas toujours durable.
On parle aussi de « gestion par la demande » : il s’agit cette fois-ci de réduire la demande par
personne. Cette réduction peut se faire par une meilleure gestion de l’eau. Les problèmes de
pertes dans les réseaux d’eau (pertes entre les prélèvements et la distribution) illustrent bien
ce propos : à cause de fuites, de connections illégales ou de problèmes de mesure, les pertes
peuvent atteindre un taux de 35-40 % dans les villes d’Asie, certaines villes atteignant même
60 % (WCD, 2000, p.14). Une diminution des pertes permettrait donc d’augmenter l’eau
disponible en sortie du réseau, sans augmenter les prélèvements initiaux. Réduire les fuites a
un coût très élevé.
On oppose souvent la gestion par la demande à la gestion par l’offre, mais chaque option est
locale et mêler les deux approches peut être la meilleure solution. Le choix dépend aussi du
coût de mise en œuvre et du coût de l’eau.
On peut encore considérer qu’une partie de l’eau indisponible est apportée de façon virtuelle
par les aliments et diverses marchandises, c’est ce qu’on appelle « l’eau virtuelle ». Les
10
La capacité totale actuelle des usines de dessalement est environ de 40 millions de m3/jour (GWI, Oct. 2006),
c’est-à-dire 14,6 km3/an, ce qui représente à peine 0,4 % des prélèvements (environ 4000 km3/an en 2000). On
projette que la capacité de dessalement pourrait atteindre 98 millions de m3/jour d’ici 2015 (GWI, Oct. 2006),
donc plus d’un doublement, ce qui serait encore inférieur à 1 % des prélèvements.
18
quantités d’eau échangées virtuellement sont gigantesques, et sont à prendre compte dans le
cadre d’une évaluation globale de l’utilisation de l’eau.
L’évaluation des besoins mondiaux dépend aussi de la quantité d’eau qu’on estime nécessaire
par personne. L’utilisation de l’eau dépend aussi de son coût. L’exemple de Riyad est très
significatif : la consommation journalière en eau (à 80 % dessalée) y est de 285 L/personne,
ce qui est le double d’un français, et le prix du mètre cube d’eau y est 100 fois moins cher
qu’à Paris (Lacoste, 2003). Les habitants de Riyad ne payent pas le prix réel de l’eau.
19
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22
Annexe A : des concepts hydrologiques aux concepts de ressource en eau
23
Annexe B : ressource en eau disponible par personne, taux de prélèvements : comment
définir la notion de stress hydrique et de pénurie
Ces définitions sont établies par rapport à la disponibilité en eau renouvelable par personne
et par an. Mais souvent, ces notions de stress et de pénurie (qui n’est qu’une forme plus
grave du stress hydrique) sont définies par rapport au taux de prélèvement par rapport à la
ressource renouvelable (ou indice d’exploitation) ; dans ce cas on parle souvent de stress
hydrique lorsqu’on utilise plus de 20 % de la ressource renouvelable (FAO, 2002), et de
pénurie lorsqu’on dépasse 40 % (Marsily, 2006, p.14). Ces seuils de 20 % et 40 % sont
discutables, ainsi que les seuils de 1000, 1700 et 2500 m3/personne/an. D’autres seuils
peuvent être définis (voir Büchs, 2006, p.111 et Maurel, 2006, p.7).
On peut ajouter que la notion de stress hydrique par rapport au taux de prélèvement indique la
pression anthropique sur la ressource renouvelable, mais ne reflète pas l’accès à l’eau des
populations. Quant à la notion de disponibilité en eau par personne, elle indique la quantité
d’eau théoriquement disponible par personne dans un pays, donc prend en compte la
dimension humaine de la ressource en eau, mais reflète mal l’accès à l’eau des populations
(car l’accès dépend aussi des infrastructures, de la gestion et des coûts de l’eau), sans indiquer
la pression anthropique sur la ressource.
Ainsi, Marsily (2006) évoque des pénuries d’eau en utilisant la notion de taux de
prélèvement : les pénuries éventuelles d’eau sont à rechercher principalement dans la très
grande hétérogénéité spatiale et temporelle des ressources disponibles, qui impliquent des
pressions locales plus fortes que la moyenne. La notion de pénurie, difficile à définir, doit
tenir compte d’une part du taux de prélèvement par rapport à la ressource disponible, et
d’autre part, d’éléments statistiques du type « intensité-durée-fréquence » pour caractériser la
variabilité temporelle. A défaut de ces éléments statistiques, une approche plus simple peut
être choisie, qui consiste à utiliser un seuil de 40% des ressources renouvelables disponibles
comme seuil d’apparition de pénuries pour une région ou un pays donnés (Marsily, 2006).
Alors que dans ses précédentes publications, Arnell se basait sur le taux de prélèvement
(Arnell, 2000), il fait maintenant le choix de la disponibilité en eau par personne.
Dans Warren et al. (2006), Arnell fait l’analyse suivante : la disponibilité de la ressource en
eau dans un bassin versant est indiquée par la ressource en eau disponible par personne,
calculée en divisant l’écoulement annuel moyen à long terme (ou la « ressource
renouvelable ») par le nombre de personnes vivant dans le bassin (Falkenmark et al., 1989).
La disponibilité en eau par personne par an est l’unité de mesure de la disponibilité de la
ressource en eau la plus fréquemment utilisée, adoptée largement par l’ONU, et pour laquelle
des données sont déjà disponibles ; la mesure la plus fréquemment utilisée ensuite est le taux
de prélèvements par rapport à la disponibilité, mais ceci requiert des estimations fiables de
prélèvements réels et futurs.
24
Un pays est en pénurie d’eau (water scarcity) quand la ressource est en dessous de 1000 m3/
personne/an et en pénurie absolue (absolute scarcity) quand la ressource en inférieure à
500 m3/personne/an. Ces seuils sont basés sur des estimations des besoins en eau dans les
secteurs domestiques, agricoles, industriels (y compris énergétiques), et les besoins de
l’environnement. La disponibilité en eau est égale à la ressource renouvelable annuelle
moyenne.
La disponibilité par personne n’est qu’un indicateur d’une exposition potentielle au stress.
Certains des bassins en stress ont en fait des systèmes de gestion efficace qui remplacent un
approvisionnement supplémentaire adéquat, par exemple grâce au stockage (il s’agit de
« gestion par la demande ») ; certains bassins dépassant le seuil de 1000 m3/personne/an
pourraient subir une pénurie grave à cause du manque d’accès à l’eau potentiellement
disponible.
Pour des détails complémentaires sur les notions de stress hydrique et de besoins en eau, voir
Büchs (2006), qui en fait une analyse critique approfondie.
25
Annexe C : agriculture et irrigation
Les chiffres donnés pour les prélèvements en eau pour l’agriculture ne tiennent pas compte
des eaux de pluie directement employées dans l’agriculture pluviale. En fait, la quantité
d’aliments produits par l’utilisation directe des eaux de pluie (60 % de la production
alimentaire, d’après Cosgrove, 2000, Chap. 2, p. 6) est plus importante que la production
issue de l’utilisation des eaux d’irrigation (40% de la production) – et même l’agriculture
irriguée utilise des volumes importants d’eaux de pluie.
Bien qu’il y ait beaucoup à faire pour augmenter la productivité de chaque mètre cube d’eau
utilisée en agriculture pluviale, c’est l’agriculture irriguée, essentiellement tributaire des eaux
superficielles ou souterraines, qui focalise aujourd’hui l’attention (FAO, 2002). De nombreux
pays en développement recourent massivement à l’irrigation, ce qui fragilise les disponibilités
en eau. La carte ci-dessous indique que 20 pays vivent une situation critique où plus de 40%
de leurs ressources renouvelables en eau sont utilisées pour l’agriculture.
Carte du monde des prélèvements en eau pour l’agriculture en pourcentage de la totalité des ressources
renouvelables en eau (1998). Source : FAO, 2002.
Le tableau ci-dessous indique l’évolution des surfaces irriguées. L’Asie est le continent qui
irrigue le plus, et de très loin (193.9 millions d’hectares irriguées en 2003, contre 25.2 pour
l’Europe).
Tableau des régions équipées pour l'irrigation et pourcentage des terres cultivées. Source: FAO (2006).
Irrigation
Continent/Région
Surface (million d'hectares) En % des terres cultivées
Année 1980 1990 2003 1980 1990 2003
Monde 193 224,2 277,1 15,8 17,3 17,9
Afrique 9,5 11,2 13,4 5,1 5,7 5,9
Asie 132,4 155 193,9 28,9 30,5 34,0
Amérique latine 12,7 15,5 17,3 9,4 10,9 11,1
Caraïbes 1,1 1,3 1,3 16,4 17,9 18,2
Amérique du Nord 21,2 21,6 23,2 8,6 8,8 9,9
Océanie 1,7 2,1 2,8 3,4 4,0 5,4
Europe 14,5 17,4 25,2 10,3 12,6 8,4
26
Cependant, on constate qu’en termes de surfaces irriguées rapportées au nombre d’habitants,
la Chine arrive loin derrière l’Ouzbékistan ou la Roumanie (voir figure ci-dessous)… Pour
mieux comprendre ces différences, il faudrait tenir compte du le type de cultures, lesquelles
ne consomment pas les mêmes quantités d’eau, s’intéresser à la localisation géographique
(l’humidité et l’évaporation varient dans l’espace). Il serait aussi intéressant de savoir par qui
sont utilisés les produits de l’agriculture irriguée dans un pays : si les produits sont exportés
vers un autre pays, la variable « surface irriguée divisée par le nombre d’habitants du pays »
n’est pas pertinente, une meilleure variable pourrait être « surface irriguée/nombre d’habitants
utilisant ces produits dans le monde ».
Superficie irriguée par habitant pour quelques pays du monde en 2000 (Source : Lacoste, 2003).
27