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Vérité et Mensonge: Conséquences et Enjeux

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Dissertation de Français n°2:

Sujet: “Il est tout à fait contestable de prétendre que le souci de la vérité ne pourrait
avoir que des conséquences tragiques en faisant croire a contrario qu’y renoncer
permettrait de garantir le bien-être des Hommes.” Philosophie de la post-vérité, Alain
Cambier

Le souci de la vérité a toujours occupé une place primordiale dans l’esprit et le cœur de
l’homme. En effet, la recherche de vérité constitue la principale préoccupation des grands
penseurs, autant de l’antiquité que de nos jours. Cependant les fruits de cette recherche et la
pertinence de la recherche constante de la vérité ne font pas consensus. La vérité, ses
conséquences et le rôle des hommes face à celle-ci n'est pas chose simple à discerner.
Ainsi lorsque Alain Cambier écrit “Il est tout à fait contestable de prétendre que le souci
de la vérité ne pourrait avoir que des conséquences tragiques en faisant croire a contrario qu’y
renoncer permettrait de garantir le bien-être des Hommes.” dans son ouvrage Philosophie de la
post-vérité, il expose la considération courante selon laquelle la vérité viendrait perturber les
hommes et leurs bien-être et dénonce la tendance des Hommes d’aller à son encontre en se
convainquant que le mensonge est la meilleure option. Il met ainsi en lumière l’aspiration que les
Hommes ont au mensonge par confort et par peur de se retrouver face à des vérités pouvant leur
nuire. Cependant à travers cette citation Alain Cambier nous encourage à considérer la vérité
comme un concept essentiel ne devant pas être sacrifiée au nom du confort des hommes ou de
leur bien-être apparent et nous invite à nous défaire de l’illusion selon laquelle le mensonge
serait un bouclier contre la vérité tragique.
A travers cette réflexion Alain Cambier s’inscrit dans la continuité d’une réflexion nous
occupant depuis l’antiquité. Cependant il est intéressant de noter l’intemporalité de cette
réflexion se faisant, pour Alain Cambier, dans une époque de “post-vérité” ou les mots “fake
news” et “désinformation” sont entrés dans le langage courant avec l'arrivée des moyens de
communication globaux et illimités. L’intemporalité du souci de la vérité nous permet d’élargir
cette réflexion à des œuvres issues de contextes historiques et politiques variés. Ainsi dans cette
dissertation seront développées les œuvres suivantes: Les liaisons dangereuses de Pierre
Choderlos de Laclos, Lorenzaccio d' Alfred de Musset , Du mensonge en politique et Vérité et
politique de Hannah Arendt.
Les liaisons dangereuses, roman épistolaire du XVIIIe siècle explore les sujets de la
séduction et de la manipulation dans l'aristocratie française pré-révolutionnaire. Le roman se
concentre sur des personnages issus d’une classe sociale élevée, oisive, dans laquelle le paraître
et les simulacres régissent l’entièreté des échanges et interactions, et détenant le pouvoir sur le
reste de la société bien que vivant à l'écart de celle ci. Lorenzaccio, pièce de théâtre d’Alfred de
Musset, peint le portrait de Florence du XVIe siècle vu à travers le spectre de 1830. Deux époques
sans lien en première apparence mais pourtant partageant de nombreuses préoccupations avec
comme premiers point commun une augmentation des plaintes faites à l'égard de la tyrannie
mais aussi une augmentation de la volonté de changement et de désillusion. Hannah Arendt
quant à elle s’inscrit dans une réflexion sur la vérité et l’usage du mensonge en politique suite à la
divulgation de documents ayant été cachés du publique pendant la guerre du Vietnam. Elle remet
en cause l’usage que les politiciens font du mensonge et de la pertinence de cacher cette vérité
au nom de la grandeur d’une nation.
Il est donc judicieux de se questionner sur la pertinence du souci de la vérité. Nous nous
demanderons si celle-ci amène calme et réponses ou simplement angoisse et préoccupations et
nous nous demanderons quels sont les enjeux de l’apparence du bien-être apporté par le
mensonge et la dissimulation des vérités.
Dans un premiers temps les enjeux liés à l’apparent bien-être en absence de vérité. Puis
dans un second mouvement nous verrons pourquoi les hommes ont un souci de la vérité et
quelles conséquences celui-ci engendre-t-il sur eux. Enfin nous verrons en quoi l’absence de
vérité constitue une réelle tragédie et nous verrons que c’est celle-ci qui garantie au final le bien
être des hommes et de la société.

Alain Cambier affirme que les hommes ont une tendance à aller vers la dissimulation de
la vérité et souvent y renonce par croyance et conviction personnelle que se retourner contre
celle-ci garantirai bien-être et confort. Nous verrons quelles formes prennent cette
dissimulation et ce refus de vérité au profit du bien-être puis nous montrerons que ce bien-être
n’est qu’apparent et est souvent, au même titre que le moyen utilisé pour y parvenir, constitué
seulement de faux-semblants.
Rousseau affirme que, bien qu’ayant une certaine pureté dans leur état de nature, les
artifices et pressions introduits par la vie en société poussent les hommes à dissimuler, que ce
soit pour se protéger ou simplement par intérêts personnels. D’autres montrent que les Hommes
ont dans leur cœur une disposition naturelle à aller vers la tromperie et la dissimulation. Dans les
deux cas cette disposition au mensonge et à l’abandon de la Vérité est mise en évidence dans les
œuvres considérées. Dans celle-ci les Hommes vont, individuellement mais aussi collectivement,
vers l’occultation de la vérité et en tirent des avantages et un certain confort. Cet effort se
manifeste de plusieurs manières différentes et les hommes en tirent des bienfaits variés.
Premièrement les hommes mentent et dissimulent par facilité et par confort dans la constance
et la continuité de leur situation actuelle et du monde qui les entoure. Cette propension est mise
en évidence par Hannah Arendt dans Vérité et politique lorsqu’elle énonce: “On ne peut faire
place à une action nouvelle qu'à partir du déplacement ou de la destruction de ce qui préexistait
et de la modification de l'état de choses existant.”. En effet Arendt montre ici l’inclinaison des
hommes a rester dans ce qui est habituel et déjà connu et la difficulté qu'ont les Hommes à
accepter le neuf et le nouveau. Cette inclinaison à été, comme montré par Hannah Arendt dans
Du mensonge en politique, largement utilisé par les publiciste dans la préservation d’une image,
d’une façade forte et avantageuse des États Unis dans l’effort de guerre mené contre le Vietnam.
En effet le maintien de l’hégémonie des États Unis sur le monde comme puissance politique mais
aussi militaire inébranlable a été permise par la croyance commune et internationale que cette
affirmation ci était en effet la réalité et a permis de garder non seulement le soutien du peuple
mais aussi celui du gouvernement au courant de cette guerre. Cependant ce bien-être et ce
calme n’est, et nous le verrons plus loin, qu’une apparence et qu’une illusion temporaire avant
que la vérité éclate. Arendt n’a pas été seule à montrer cette disposition inhérente des hommes à
dissimuler et le contexte politique de ces cachoteries se retrouve dans l’œuvre de Musset
Lorenzaccio. Florence est plongée dans un carnaval constant qui, comme montré par la
corruption même des enfants, s’étend sur toute la ville. Les nombreuses scènes de masque de
feintes et de dissimulations traduisent cette impression de faux semblant constant et rongeant la
ville entière. Or ces scènes de déguisements et de mascarade viennent divertir les Grands
comme le bas peuple de Florence qui se rassemble à la sortie des bals comme divertissement.
Cette généralisation des simulacres à tout le peuple de Florence entraîne une perte de
discernement entre la réalité et le faux. Cependant celle-ci ne se limite pas aux habits et aux
masques; en effet le sujet du pouvoir est lui aussi affecté par cette perte de perception. Le
spectateur lui-même est confus quant au réel détenteur du pouvoir: Alexandre, le tyran, où le
saint empire. Ce flou entre ce qui est et ce qui paraît sert au profit d’Alexandre et du pouvoir qu’il
exerce sur le peuple de Florence et c’est grâce à celui-ci que le pouvoir se maintient dans une
ville rongée par la corruption. Ainsi c’est en maintenant l’image d’un tyran tout puissant
qu’Alexandre est ce tyran tout puissant. C’est le maintien de l’apparence qui rend l’apparence
réalité. On trouve ici une analogie avec les libertins des liaisons dangereuses. En effet Laclos
travers les lettres de Valmont et Merteuil démontre cette tendance au mensonge pour
augmenter sa stature et son plaisir personnel. A travers les nombreuses manipulations qu’ils
entreprennent, les libertins ne font que se procurer jouissance physique et intellectuelle et
demeure dans cette démarche comme seule source de divertissement. Il n’y a dans leur monde
qu’artifice et tromperie si bien qu’eux mêmes ne sont que des artefacts d’Hommes. La lettre
autobiographique de la Marquise annonce bien la vie d’une femme ayant la fausseté comme
source même de sa personne entière. Ainsi ces œuvres illustrent la tendance qu’ont les Hommes
à se réfugier dans le mensonge et l’absence de Vérité afin d’y trouver confort, bonheur et facilité.
Bien que les hommes ai une disposition naturelle, décrite par Arendt, à préférer le
mensonge, surtout lorsque celui ci offre une explication plus homogène et bien que le mensonge
offre aux Hommes un sentiment de bien être et de quiétude, celui-ci n’est souvent qu’illusoire et
l’avènement d’un bien-être certain à l'issue d’un mensonge n’est qu’éphémère. En effet, tous les
exemples de bien-être apparents issus du mensonge montrés précédemment sont tous peu à
peu décimés par les auteurs dans leurs œuvres respectives. On voit bien que l’hégémonie des
états unis n’est qu’illusoire et n’est maintenue que par la filtration de la vérité par les publicistes
et par “l’autosuggestion interne” prenant place dans la haute fonction publique des états unis de
la guerre du Vietnam. Ainsi l’autosuggestion convaincant l’entièreté de la population les rassurent
et leur assurent un soutien certain. Cependant le soutien populaire permis par le mensonge n’est
lui aussi qu’illusoire et s’effondre dès que le voile de l’illusion tombe et que la réalité devient
flagrante. A partir de ce moment, toute conséquence bénéfique du mensonge s’en va avec
celui-ci et le bien-être inhérent du mensonge s’efface. Similairement les Républicains se vantant
sans pour autant jamais se salir les mains ne font que se rassurer que leurs idées républicaines
seront un jour misent à profit.L’auto conviction afin de se rassurer finit toujours par se défaire.
Lorenzo en fait l’expérience à la fin de la pièce de Musset et le discours qu’il tient à Philippe
Strozzi révèle que la conviction que son action puisse avoir quelconque conséquences sur le bien
être de Florence n’était qu’une manière d’échapper à la dure réalité qu’il ne sera pas Brutus ou du
moins pas le Brutus héroïque auquel il aspire. Ainsi Lorenzo se ment à lui -même dans l’espoir de
ne pas devoir faire face à la dure réalité de son échec. L’on peut deviner a travers ce procédé le
Vicomte de Valmont se répétant qu’il n’est pas conquis par la présidente de Tourvel de sorte à
maintenir sa réputation de libertin manipulateur: réputation qui est aussi, et nous l’avons
montré, sa seule source de plaisir et de jouissance. Ainsi le bien-être sera toujours, et au même
titre que sa source, qu’une illusion de bien être et tout réconfort que les Hommes puissent
trouver en échappant à la vérité toute stressante qu’elle puisse être se transformera
éventuellement en une catastrophe ou une source de mal.
Cette propension qu'ont les hommes à aller vers le mensonge et la dissimulation pour
garantir leur sérénité, aise et agrément les poussent individuellement mais aussi collectivement à
agir de manière irrationnelle et les pousse à entreprendre de nombreuses contorsions afin
d’améliorer leur situation. Cependant celles-ci ne s’avèrent pas toujours réellement avantageuses
et souvent cet avantage n’est qu’apparent et éphémère et n’as rien de réel. Nous pourrions nous
demander, à l’issue de cette partie, si la recherche de la vérité, elle, constitue, au contraire du
mensonge, une source de bien-être ou au contraire une source d’anxiété et de tragédie.

Les Hommes ont, de manière inhérente à leur nature humaine, un besoin et un souci
constant de la vérité. C’est sa première préoccupation et ce qui a conduit à la formation même de
société construite et complexe. Nous verrons en quoi ce souci de la vérité constitue un besoin
pour l’Homme mais le mène inévitablement à la perte et comment le produit ultime de cette
recherche constitue lui-même une source d’angoisse et de tragédie.
Le souci de la vérité est intrinsèque à la nature humaine. Celle-ci s’entretient, se cherche,
nous préoccupe. Cependant cette recherche ne constitue pas une chose simple et souvent c’est
celle-ci qui préoccupe le plus l’activité des hommes. L’on voit cette recherche de vérité dans
l’intégralité de l’humanité et même les personnages le plus rattachés au mensonge et aux
artifices ont ce souci la. A travers les correspondances entre le Vicomte et Merteuil réclamant
toujours plus de détails et les deux se confiant constamment leurs plans et stratégie dans la
guerre des séductions on peut voir un rattachement à la vérité dans une société ou eux mêmes
créent le mensonge. On peut donc interpréter, comme le faisait Nietzsche, la vérité comme un
concept dont on parle par volonté de la sécurité que procure la représentation rassurante de la
vie en absence de tout imprévu. Cependant la vérité peut se voir sous un tout autre jour et sa
recherche ou même l'envisager peut être une source d’angoisse. Dans la scène 4 de l’acte I, le
Duc se fait avertir du potentiel danger que Lorenzo représente par le Cardinal Cibo. Face à cet
avertissement le Duc n’a comme seule réaction qu’un refus d’entendre toute potentielle remise
en cause de l’amour qu’il porte à Lorenzo. On assiste ici à un refus de simplement envisager une
telle vérité. Musset montre dans cette scène le caractère réellement angoissant et terrifiant que
peut prendre la simple conception de la vérité. Aussi dans son œuvre Musset montre-t-il le
tournant tragique que peut prendre la recherche de la Vérité. Le passé de Lorenzo, tel qu’il le
raconte à Philippe Strozzi, est lui seul ce qui l’a amené à la situation dans laquelle il est dans la
pièce et ce qui le mènerait infailliblement à sa perte et ce qui causera sa ruine. Ainsi ce sera sa
recherche de vérité dans un contexte politique qui l'entraîne à faire ce coup contre Alexandre et
ce qui l'entraîne à tomber dans le vice et la corruption.
Au-delà de la simple recherche de la vérité et du souci que celle-ci peut apporter aux
Hommes, la vérité elle-même constitue une source de tragédie et de détresse pour celui qu’elle
concerne. Arendt montre dans Vérité et politique le caractère essentiel de celle- ci mais aussi le
la difficulté qu’ont les Hommes à l'attendre et à la trouver et révèle également l’amertume que
celle-ci peut laisser suite à sa révélation. Ainsi la vérité contient en elle un côté tragique
conduisant tantôt à la perte des hommes tantôt à leur désespoir. Pour Lorenzo, la découverte de
la vérité lui apporte une certaine lucidité quant à la situation et quand à son action et il se
désillusionné finalement quand à l'utilité relative que celle-ci puisse avoir. Cependant, quelle est
cette vérité au dénouement de la pièce? La tyrannie est remplacée par une nouvelle tyrannie, la
mort de Lorenzo et sa perte de lui-même n’aura servi à rien, l’acte n’a même pas été utile et la
scène n’est même pas héroïque. De plus, la Vérité peut avoir un caractère désespérant lorsqu’elle
tombe. Le désespoir et la mort de chagrin de la Présidente de Tourvel dans Les liaisons
dangereuses traduisent cet aspect de la Vérité. La Présidente découvre qu’elle a défié dieu, sa foi,
son mari pour une chose qui se révèle n’être qu’une mascarade élaborée par un libertin pour
augmenter son palmarès personnel. La vérité des Liaisons dangereuses n’est qu’au final il n’y a
pas de vérité et que seule la manipulation n’a opéré. De plus, la fin des liaisons dangereuses
révèle simplement l’aspect destructeur de celle-ci: Cecile de Volanges retourne au couvent,
Valmont meurt, la Marquise est défigurée et au-delà de toute cette destruction cette dernière n’a
même pas aboli la manipulation et le libertinage. La remarque de Madame de volanges dans la
lettre 173 “Je vois bien dans tout cela les méchants punis. Mais je n’y trouve nulle consolation
pour leurs malheureuses victimes.” révèle aussi l’échec de la vérité comme une consolation et
traduit au contraire l’aspect destructeur que celle-ci a pris sans pour autant amener quoi que ce
soit de bien. Les Hommes seraient donc réellement fâchés avec la Vérité et celle-ci n’a pour seule
conséquence leur perte, leur destruction ou bien leur désespoir.
Ainsi la Vérité, sa recherche et sa révélation peuvent constituer une réelle source de
désespoir et a parfois des conséquences tragiques sur l’Homme et son entourage. Cependant si
cela est parfois vrai, la Vérité n’a t-elle pas un rôle essentiel dans la société et dans l’humanité
plus généralement et les conséquences tragiques de la vérité ne sont elles pas simplement issues
de sa négation primaire?

La Vérité n’est pas une valeur absolue sans raison et celle-ci trouve une réelle importance
dans le cœur de l’Homme et constitue même une chose essentielle à sa vie et son bien-être tant
individuellement qu’en société.
C’est certes l’absence de réalité et la corruption acquise par le personnage qui mène
Lorenzo a sa perte, cependant la dernière scène nous révèle tout autre chose. Lorenzo se
désillusionne, il a accompli son acte et son devoir, et bien que le masque lui colle à la peau, c’est
l’achèvement de son acte et la persévérance jusqu’au bout qui lui donne une certaine désillusion
face à celui-ci. Il acquiert une certaine lucidité face à son acte; ses paroles et son monologue
final traduisant une paix intérieure et une harmonie avec son acte et sa situation. De plus,
l'annonce de sa mort se fait dans le calme, sans agitation. La vérité finale de son acte semble lui
rendre sa paix égarée dans la corruption et le vice. Ainsi le retour au réel est certes tragique mais
redonne au personnage sa dignité et sa paix. L’on peut aussi argumenter que toutes les
conséquences tragiques de la révélation de la vérité montrées précédemment ne sont pas tant
des conséquences de la Vérité elle-même mais plutôt des conséquences de sa dissimulation
primaire et de sa manipulation par certains acteurs dans l’objectif de s’avantager eux mêmes.
Parallèlement dans les liaisons dangereuses ça n’est pas tant la vérité révélée qui mène les
personnages à leurs pertes mais plutôt la corruption et la manipulation dont ils ont été les
auteurs. On retrouve également cet aspect tragique de l’absence de vérité dans la sphère
politique sous la forme d’une perte de confiance totale des hommes en l’état et c’est ce que
montre Arendt dans Vérité et politique. De plus, les rares personnages échappant à la corruption
dans ces œuvres présentent un modèle de paix et de bien-être simple. L’illustration primaire de
ce caractère peut être retrouvée dans les personnages du Marquis de Cibo et Tebaldeo. Ces deux
personnages sont représentés avec une vision pure et vraie de la vie. L’un voyant la pureté
nécessaire de l’art et y trouvant une certaine innocence venant contraster les personnages
corrodés par la corruption et l’irréalité autour de lui. On voit bien le contraste entre Lorenzo
évoluant sur la scène tel un fantôme et Tebaldeo. Le marquis de Cibo quant à lui fait preuve d’une
pureté calme et le rendant capable de faire preuve de pardon et de patience bien qu’entouré d’un
frère manipulateur d’excellence.
La vérité est aussi, par ailleurs, nécessaire à la société et la vie des hommes en société et
les structures permettant une organisation sociale stable et complexe ont la vérité et l’honnêteté
comme base et fondement essentiel à leur persévérance. Hobbes prêchait la Vérité et le fait de
tenir ses promesse en particulier dans la sphère politique comme essentiel et comme un
véritable fondement de la société sans quoi le contrat social entre les hommes et l’etat et entre
les Hommes serait rompu et cesserai de garantir la possibilité pour les Hommes de vivre
ensemble. Cet idée ci est mise en avant par Hannah Arendt dans Vérité et politique et du
mensonge en politique, textes dans lequel elle place la vérité comme essentiel et indispensable à
la démocratie et à son fonctionnement. Pour se faire elle s’appuie sur l’exemple des régimes
totalitaires dans lesquels la vérité est abusée, déformée ou simplement niée et place les
démocratie comme devant se trouver à l'opposé de ceci. Aussi la vérité est elle essentielle à la
démocratie en tant que gouvernement du peuple par le peuple car sans vérité le peuple ne
pourrait faire des choix informés et correctement renseignés et donc le concept même de
démocratie échouerait. De plus, Arendt montre pertinemment que la perte de confiance
qu'opère entre le peuple et l'État lorsqu’il y a un manque d'honnêteté fige toute possibilité
d'évolution et d’avance dans la société dans le simple fait que le peuple ne puisse plus se fier à
l'État. Aussi la ruine de Florence ne vient-elle pas de l’absence totale d’honnêteté et de vérité
quant à l'origine du pouvoir dans la ville et quant à son véritable détenteur, le pape et le saint
empire et non le Duc. La ruine n’est elle pas aussi une simple conséquence du déséquilibre de la
maison florentine apporté par la débauche et le dévergondage collectif de la société. Cette
débauche collective démontre la défaillance d’une société basée sur les carnavals et les masques
et montre l’incapacité pour cette société d’évoluer tant que la débauche persiste. En effet la
situation de fin de la pièce, identique à celle du début, révèle l'absence totale d'évolution en
présence d’autant de fausseté, que celle-ci vienne des républicains se mentant à eux même ou
des Hommes corrompus et en quête de pouvoir.

Nous avons pu voir la propension naturelle qu’ont les Hommes à aller vers le mensonge
par espoir d’y trouver réconfort et réjouissance mais aussi comment cette réjouissance n’est au
final qu'éphémère et qu’une apparence sans véritable fondement. Puis nous avons vu, à l’opposé,
que la vérité elle présente aussi des conséquences tragique et désespérante et que sa recherche
angoisse les hommes et les mènent parfois à leur propre perte, cependant cette vision
désespérante de la vérité est, au final, le plus souvent qu’une conséquence de l’abus et la
dissimulation primaire de la vérité. De plus cette vérité peut être pour certains personnages une
source de paix et d’harmonie rare a travers les œuvres et la vérité constitue au final une valeur
essentielle au bon fonctionnement d’une société en particulier democratique.
Ainsi les questionnements se dégageant de ces trois œuvres s’inscrivent dans une
véritable tension entre l’apparente brutalité de la vérité et de ses conséquences lorsqu’elle tombe
et le besoin inhérent à l’homme de chercher constamment la vérité depuis la nuit des temps.
Cependant cela peut nous mener à une réflexion sur la vraie nature de cette recherche, si
celle-ci est vraiment dans la simple optique d’atteindre la vérité ou si au contraire l’Homme
recherche une entité supérieure et une valeur plus absolue que celle de la vérité. A travers le
besoin de Vérité, l’Homme ne cherche t’il pas simplement autonomie intellectuelle et
émancipation morale, ne devine t-on pas une quête de libération de toutes meconceptions. La
recherche de vérité ne serait-t-elle au final qu’une recherche cachée de liberté.

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