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Article original

Enquête sur les cultures fruitières dans les exploitations


familiales agricoles en zone humide du Cameroun
Jean KUATEa*, BELLA-MANGAa, François DAMESSEa, Lazare KOUODIEKONGa, Sali Atanga NDINDENGa, Olivier DAVIDb, Laurent PARROTc

a
Irad Nkolbisson, Programme Fruit trees cultivated in family farms in the humid zone of Cameroon: a
Fruits, BP 2067, Yaoundé, survey.
Cameroun Abstract –– Introduction. The lack of reliable and exhaustive data on fruit tree farming is a real
[email protected] constraint to the elaboration, as well as impact assessment, of a sound development strategy on
fruit production. A survey was conducted on fruit trees in three locations (Bokito, Foréké and
b
Irad / Scac, BP 1616, Yaoundé) in the humid zone of Cameroon. Materials and methods. Fruit tree farming was cha-
Yaoundé, Cameroun racterized by analyzing the producer status and the place of this speculation among the various
activities conducted in the household. The various fruit tree species in orchards, number of plants,
c
Irad / Cirad, BP 2067, origin of planting material and age of trees, as well as production constraints were studied for a
Yaoundé, Cameroun total of 193 family farms. Results and discussion. The heads of households (51 years old on ave-
rage) are 90% males and have a relatively low education level. The diversity of fruit tree species
varied with location. Orchard composition in terms of species was also variable, but four major
species (African plums or Dacryodes edulis, oranges, mangoes and pears) constitute about 78%
of the trees. This distribution globally matches preferences expressed by farmers for these species.
Among these trees, young ones (< 10 years), which indicate a move in recent plantings, constitute
on average (15, 21 and 38)% in Bokito, Foréké and Yaoundé, respectively. Nevertheless, important
discrepancies among species and locations are observed and discussed. In terms of contribution
to family food security, fruits ranked 1st, 2nd and 4th, respectively, in Bokito, Foréké and Yaoundé
among other activities. Production constraints are from three main sources: phytosanitary (poor
management of pests and diseases), agronomic (unimproved seedlings) and socioeconomic (land
and input availability). Conclusion. Important data on fruit trees was obtained in the humid zone
of Cameroon. The implications of these findings are discussed with the perspective of improving
quality, quantity and sustainability of fruit production in the country.
Cameroon / fruit trees / farm surveys / suburban areas / injurious factors

Enquête sur les cultures fruitières dans les exploitations familiales agricoles
en zone humide du Cameroun.
Résumé –– Introduction. L’absence de données statistiques fiables et exhaustives sur les exploi-
tations fruitières constitue un handicap pour élaborer une stratégie pertinente de développement
de ces cultures et en évaluer l’impact. Une enquête a été réalisée sur les cultures fruitières dans
trois sites (Bokito, Foréké et Yaoundé) en zone humide du Cameroun. Matériel et méthodes.
Les arbres fruitiers cultivés ont été caractérisés en analysant le profil du producteur et la place de
ces cultures dans les activités pratiquées par les familles des exploitants agricoles. Les espèces pré-
sentes, le nombre de pieds, l’origine du matériel végétal, l’âge des arbres et les contraintes de pro-
duction ont été étudiés dans 193 exploitations familiales agricoles. Résultats et discussion. Les
chefs d’exploitation, dont 90 % sont des hommes, ont en moyenne 51 ans et un niveau de formation
relativement bas. La diversité des espèces fruitières répertoriées varie suivant les sites. La com-
* Correspondance et tirés à part position spécifique du verger est aussi variable mais quatre espèces majeures (safoutier, oranger,
manguier et avocatier) constituent 78 % des plants recensés. Cette répartition corrobore les pré-
férences exprimées par les producteurs pour ces espèces fruitières. Les jeunes arbres (< 10 ans),
Reçu le 13 février 2006 qui indiquent une dynamique de replantation, constituent (15, 21 et 38) % des effectifs respecti-
Accepté le 30 mai 2006 vement à Bokito, Foréké et Yaoundé. Toutefois d’importantes disparités intraspécifiques sont
observées et discutées. En termes de contribution à la sécurité alimentaire du ménage, les arbres
fruitiers, par rapport aux autres spéculations, occupent le 1er, le 2e et le 4e rang à Bokito, Foréké
et Yaoundé, respectivement. Les contraintes de production sont d’ordre parasitaire (maladies et
Fruits, 2006, vol. 61, p. 373–387 ravageurs), agronomique (variétés, pratiques culturales, etc.) ou socioéconomique (intrants, fon-
© 2006 Cirad/EDP Sciences cier, etc.). Conclusion. Notre travail a permis d’obtenir d’importantes données sur les arbres frui-
All rights reserved tiers cultivés en zone humide du Cameroun. Les implications des principaux résultats sont
DOI: 10.1051/fruits:2006037 discutées dans la perspective d’améliorer, en qualité, en quantité et dans la durée, ces productions.
www.edpsciences.org/fruits Cameroun / arbre fruitier / enquête sur exploitations agricoles / zone
RESUMEN ESPAÑOL, p. 387 périurbaine / facteur nuisible

Fruits, vol. 61 (6) 373

Article published by EDP Sciences and available at http://www.edpsciences.org/fruits or http://dx.doi.org/10.1051/fruits:2006037


J. Kuate et al.

1. Introduction – comme source d’emploi pour les jeunes


(production, transformation, distribution,
Le développement des villes s’accompagne etc.) [3].
d’un accroissement de la population et pose Des enquêtes récentes ont permis de
en général des problèmes d’approvisionne- mettre en évidence qu’il existait une forte
ment alimentaire. Cela conduit à s’interroger activité de pépinière pour la production de
sur le devenir des systèmes de production plants fruitiers et horticoles à destination de
agricole impliqués dans cet approvisionne- la ville de Yaoundé [4–6]. Nos travaux ont
ment [1]. Les zones rurales où les terres sont eu pour objectif de faire une enquête sur
à prédominance d’usage agricole sont des l’importance des productions fruitières auprès
gros bassins de production. Mais les zones des exploitations familiales agricoles du
périurbaines de par leur proximité avec les « Grand Sud » Cameroun. Il s’agissait de :
marchés urbains constituent également – déterminer la place des arbres fruitiers
d’importantes zones de production, en par- parmi les activités pratiquées dans l’exploi-
ticulier pour les denrées périssables (fruits tation familiale agricole ;
et légumes) qui sont généralement inadap-
tées aux transports lointains. Au Cameroun – identifier les différentes espèces fruitières
en particulier, la demande de fruits croît sans présentes ainsi que leur importance relative
cesse dans les centres urbains [1]. et l’âge des arbres ;
Dans ce pays, les arbres fruitiers jouent – identifier les principales contraintes de
un rôle important à plus d’un titre : production et les utilisations des récoltes.
– comme source de revenus pour les ména- Mais le profil du producteur, la taille de
ges (figure 1) avec des productions diversi- sa famille, le mode d’acquisition des terres
fiées et étalées dans le temps (figure 2), ainsi que le type d’associations culturales
pratiquées constituent d’importants éléments
– comme apports nutritionnels de qualité à prendre en compte pour une meilleure
[2] du fait notamment de la richesse de leurs compréhension des systèmes de production
productions en éléments minéraux, vitami- utilisés. Identifier les caractéristiques actuel-
nes et fibres, qui s’accompagne d’une faible les des exploitations fruitières dans diffé-
densité énergétique, rents contextes est apparu être un préalable
– comme éléments de restauration des indispensable pour envisager le développe-
équilibres écologiques après une déforesta- ment de productions fruitières aptes à assu-
tion et comme composante de diversifica- rer un meilleur approvisionnement en fruits
tion des productions (figures 3, 4), des villes et des campagnes.
– comme délimitation des propriétés fon-
cières de par leur caractère pérenne,
– comme fonctions spécifiques : arbre 2. Matériel et méthodes
d’ombrage ou à palabre,

2.1. Caractéristiques des sites


choisis et champ couvert par
l’enquête
Figure 1.
Fruits comme source de Pour notre étude sur l’état des productions
revenus pour le ménage (vente fruitières en zone humide du Cameroun,
en bordure de route, zone trois contextes de production de fruits ont
humide du Cameroun). été retenus en tenant compte des conditions
climatiques, de la proximité des marchés et
des systèmes de culture : la zone périur-
baine de Yaoundé, la zone de Foréké
(Dschang périurbain) et la zone rurale de
Bokito (figure 5).

374 Fruits, vol. 61 (6)


Cultures fruitières en zone humide du Cameroun

Mangue
(variété améliorée
du Cameroun)

Oranges

Mandarines

Citrons

Pomelos

Avocats

Safous

Goyaves

Papayes

Kola

Aielé

Oct. Nov. Déc. Janv. Fév. Mars Avril Mai Juin Juil. Août Sept.

Forte production Faible production


Bokito
Foréké
Yaoundé

gui) ne sont éloignées que de (20 à 30) km Figure 2.


2.1.1. Zone périurbaine de Yaoundé
de Yaoundé. À Nkolondom, la dominance Périodes de production de
La zone périurbaine de Yaoundé est une est aux productions maraîchères avec le quelques fruits exploités dans
zone forestière humide caractérisée par une céleri comme spéculation majeure, mais les trois sites (Bokito, Foréké et
pluviométrie moyenne annuelle variant de arbres fruitiers sont présents dans les exploi- Yaoundé), en zone humide du
(1350 à 1700) mm et une altitude moyenne tations familiales où ils se trouvent souvent Cameroun.
de 700 m. La répartition bimodale de cette en association avec les cultures vivrières ou
pluviométrie autorise deux cycles annuels les cacaoyers. Ces associations sont aussi
de production pour plusieurs cultures, le fréquentes dans les autres localités étudiées
premier s’étend de mars à juin et le second (Nkon Ndamba et Mvog Dzigui). Le système
d’août à novembre. Dans cette région, la de culture est plus ou moins intensif avec
densité de population varie de (36 à une pression foncière tirée par l’urbanisa-
70) hab·km–2 même s’il n’est pas rare de tion.
rencontrer des lieux où cette densité
dépasse les 150 hab·km–2 [7]. Les produc- 2.1.2. Zone rurale de Bokito
tions de fruits alimentent les marchés La zone de Bokito est un important bassin
urbains de Yaoundé. de production de fruits situé en zone post
Les localités retenues pour notre étude forestière humide à pluviométrie bimodale.
(Nkolondom, Nkon Ndamba et Mvog Dzi- C’est une région de transition vers la savane.

Fruits, vol. 61 (6) 375


J. Kuate et al.

Figure 3. (> 200 hab·km–2) [9]. C’est un important bas-


Arbres fruitiers associés aux sin de production de fruits et de cultures
cultures vivrières dans une maraîchères qui alimente des marchés
exploitation familiale agricole
urbains plus ou moins éloignés : Dschang
au Cameroun.
[(5 à 10) km], Bafoussam (80 km), Douala et
Yaoundé (> 300 km). Les localités retenues
pour notre étude ont été : Banki, Litieu,
Ntengué et Mbilé. Le système de culture y
est très intensif avec une pression foncière
tirée par la démographie et l’urbanisation.

2.2. Échantillonnage
Figure 4.
Citronniers et safoutiers en
association dans un verger Dans l’ensemble, l’étude que nous avons
familial à Bokito (zone humide menée a porté sur 193 familles axées sur des
du Cameroun). activités agricoles, dont 62 en zone périur-
baine de Yaoundé, 51 dans la zone rurale
de Bokito et 80 dans la zone périurbaine de
Dschang, à Foréké. Les familles qui ont été
interrogées dans chaque localité ont été
choisies par tirage au sort à partir d’une liste
de 30 à 40 exploitations agricoles qui prati-
quent différentes activités ou spéculations.
Les responsables de la localité [notables, chefs
L’altitude moyenne varie de (400 à 500) m, de village, responsable de groupe d’initia-
alors que la pluviométrie annuelle est com- tive commune (GIC)] ou organisation pay-
prise entre (1300 et 1500) mm. Dans cette sanne) et les agents de vulgarisation de zone
zone rurale, trois localités ont été retenues (AVZ) ont été mis à contribution pour l’iden-
pour notre étude : Kedia, Begni et Bakoa. tification de ces exploitations agricoles.
Les densités de population y sont plus fai-
bles qu’en zone périurbaine de Yaoundé 2.3. Visites de terrain et enquêtes
(29 hab·km–2). Les marchés urbains les plus
proches sont ceux de Bafia (50 km) et de Le questionnaire élaboré a été testé au préa-
Yaoundé (170 km). Le système de culture y lable auprès de quelques exploitants pour
est plus ou moins extensif. La pression fon- aboutir, après révision, à la version défini-
cière ici est tirée par les activités agricoles. tive. Deux techniciens du programme
L’association de plusieurs cultures sur une « Fruits » de l’Institut de recherche agricole
même parcelle constitue le système domi- pour le développement (Irad, Cameroun) et
nant. En effet, même s’il existe quelques par- deux ingénieurs agronomes diplômés de
celles en culture pure, les cacaoyères sont l’université de Dschang (Cameroun) ont
en général parsemées de bananiers, d’arbres mené les enquêtes. Après identification des
fruitiers ou de palmiers à huile. exploitations à étudier, les rendez-vous ont
été pris au fur et à mesure du déroulement
2.1.3. Zone de Foréké (Dschang des visites de terrain (deux à trois exploita-
périurbain) tions agricoles par jour).
La zone de Foréké est située sur les hauts Les questions relatives au profil du pro-
plateaux. L’altitude varie de 700 m (Nten- ducteur ont été posées directement au chef
gué) à 1400 m (Lekwet Minmeto). La plu- d’exploitation ; celles relatives à la caracté-
viométrie annuelle, qui peut varier de (1800 risation des parcelles (état des arbres, pré-
à 2000) mm, a une répartition monomodale sence des maladies et ravageurs, nombre de
(climat à deux saisons). Cette région des pieds par espèce, etc.) ont été directement
hauts plateaux est très densément peuplée renseignées sur le terrain par les agents

376 Fruits, vol. 61 (6)


Cultures fruitières en zone humide du Cameroun

Figure 5.
Localisation des trois zones étudiées à l’occasion d’une enquête sur les cultures fruitières en zone humide du Cameroun et composition
du verger fruitier.

Fruits, vol. 61 (6) 377


J. Kuate et al.

Tableau I.
Profil du chef d’exploitation familiale agricole parmi 193 familles d’exploitants agricoles interrogés à l’occasion
d’une enquête sur les cultures fruitières en zone humide du Cameroun.

Site Nombre Sexe Âge Statut matrimonial Niveau de formation Nombre Taux de
de (%) (année) (%) (%) moyen scolarisation
ménages d'enfants (%)
étudiés Homme Femme Célibataire Monogame Polygame Aucune Primaire Secondaire
ou veuf et plus

Bokito 51 90,2 9,8 51,73 7,84 78,43 13,73 5,88 78,43 15,69 6,12 56,64
Foréké 80 91,25 8,75 49,71 11,25 43,75 45 16,22 55,41 28,38 7,78 64,24
Yaoundé 62 88,71 11,29 52,32 22,58 56,45 20,97 0 73,77 26,23 7,57 58,96

enquêteurs en visitant les exploitations. Les et du caractère ordonné des rangs attribués,
données portant sur la contribution des pro- le modèle de régression des cotes propor-
ductions fruitières au revenu et à l’alimen- tionnelles [8], qui est une généralisation du
tation du ménage, ainsi que l’évaluation du modèle logistique aux données de rang, a
temps de travail et de la main-d’œuvre occa- été ajusté en utilisant la procédure CAtmod
sionnée par ces cultures, ont été collectées (Categorical Data Modeling) du logiciel SAS
sous forme de notes ou scores correspon- V.8. Dans notre analyse, les productions
dant au rang attribué par l’exploitant à la fruitières ont été considérées comme la spé-
spéculation. Cette démarche a abouti à un culation de référence. Le rapport de cote (βi)
classement des spéculations effectivement obtenu à partir du modèle représente la dif-
conduites dans l’exploitation familiale agri- férence, à l’échelle logistique, entre la cote
cole à partir d’une échelle décroissante de la spéculation i et celle des productions
allant de la note 1 (production très impor- fruitières :
tante) à la note 9 (production peu impor- βi = log [Ci / Co], où βi est compris entre
tante ou négligeable). – ∞ et + ∞ ; Ci = Pi / (1–Pi) est la cote de la
spéculation i et Pi est la probabilité pour que
2.4. Traitement des données l’exploitant puisse ranger la spéculation i
et analyses statistiques dans la classe 3 (faible importance) ; Co est
la cote de la spéculation de référence (pro-
duction fruitière);
Les fréquences relatives aux données qua-
litatives ont été calculées ainsi que les L’exponentiation de βi exprime l’amplitude
moyennes des variables continues. L’élabo- du rapport de cote et facilite l’interprétation
ration de tableaux de contingence a permis des résultats, en particulier, si exp(βi) >
d’évaluer l’importance relative des produc- exp(β0), la spéculation i a plus de chance
tions fruitières par rapport aux autres spé- d’être classée moins importante que la pro-
culations et de déterminer les préférences duction fruitière ; si exp(βi) < exp(β0), la
des exploitants. Les neuf spéculations réper- spéculation i a peu de chance d’être classée
toriées ont conduit à définir neuf classes. moins importante que la production frui-
Mais, en raison du nombre de réponses non tière.
exprimées dues au fait que chaque produc-
teur n’a classé que les spéculations effecti-
vement présentes dans son exploitation,
certaines classes ont été regroupées. Fina- 3. Résultats et discussion
lement, trois classes ont donc été retenues :
1, production très importante ; 2, produc- 3.1. Profil du producteur
tion de moyenne importance ; 3, production
de faible importance. L’analyse des résultats permettant de déter-
Compte tenu de la nature catégorielle des miner le profil du chef d’exploitation agri-
facteurs étudiés (spéculations, espèces, etc.) cole (tableau I) montre que ceux qui ont été

378 Fruits, vol. 61 (6)


Cultures fruitières en zone humide du Cameroun

interrogés sont en grande majorité des hom- noter par ailleurs que c’est en zones périur-
mes (moins de 10 % de femmes). Par baines qu’ont été trouvées quelques espè-
ailleurs, le régime polygamique est prédo- ces récemment introduites par l’Institut de
minant chez les exploitants de Foréké recherche agricole pour le développement
(45 %). Il est connu, en effet, que la poly- (cerisier de Cayenne, cœur de bœuf, jac-
gamie constitue en général une tradition quier, etc.). Mais les espèces très faiblement
forte chez les Bamilékés de l’ouest du Came- représentées (moins de 10 pieds au total)
roun [9]. En revanche, les célibataires sont n’ont pas été mentionnées dans le
relativement nombreux parmi les exploi- tableau III.
tants de la zone périurbaine de Yaoundé Les proportions par tranche d’âge ren-
(22,6 %). Cela pourrait en partie s’expliquer dant compte de l’âge des plants constituent
par la prédominance du maraîchage dans des indices intéressants de caractérisation.
cette zone, activité assez récente, exigeante Une forte proportion de jeunes arbres
en main-d’œuvre, qui serait plus facilement (< 10 ans) dénoterait, par exemple, une
adopté par les jeunes que par les vieux [7]. dynamique de replantation ou de repeuple-
Enfin, plus de 75 % des chefs d’exploitation ment (population subspontanée) qui serait
enquêtés ont au plus le niveau primaire et un indicateur de la durabilité du système.
24 % le niveau secondaire. Ce niveau de for- Cette tranche de jeunes arbres est représen-
mation relativement bas suggère que, pour tée en moyenne par (15,5, 21,3 et 38,6) %
la transmission des connaissances techni- des populations d’arbres fruitiers à Bokito,
ques, il faudra de préférence adopter une Foréké et Yaoundé, respectivement. Des
démarche participative avec des essais com- disparités importantes existent cependant
paratifs en milieu paysan. entre espèces. Par exemple, à Bokito, le
pourcentage de jeunes arbres varie de 3,4
3.2. Diversité des espèces fruitières, (pomme Cythère) à 50,1 (citronnier). Par
composition du verger et âge des ailleurs, l’oranger qui constitue l’espèce
dominante dans cette zone n’a que 12 % de
plants
plants de moins de 10 ans. Il nous est
apparu particulièrement intéressant de
Au total 19 espèces fruitières ont été réper- savoir ce qui pouvait expliquer l’importante
toriées dans les trois zones étudiées et replantation de citronniers constatée. En
28 511 arbres ont été recensés (tableau II). interrogeant les producteurs concernés (16
L’analyse de la composition spécifique du personnes), deux raisons principales ont été
verger montre que, en zone périurbaine de avancées :
Yaoundé, les espèces dominantes sont, par – D’une part, le citron, en fait le petit citron
ordre décroissant, le manguier, l’avocatier, qui est la lime mexicaine, est très demandé
le safoutier, le papayer et les agrumes sur le marché de Yaoundé où le filet de
(tableau II). La plus grande diversité 50 kg peut être vendu jusqu’à 25 000 FCFA,
(18 espèces sur les 19 répertoriées) y est à comparer aux (10 000 à 12 000) FCFA
aussi observée. Cela pourrait en partie obtenus par la vente des oranges. Les pro-
s’expliquer par la proximité de la ville ducteurs indiquent que plusieurs revendeu-
(populations cosmopolites, demande forte ses viennent de Yaoundé acheter sur place
et diversifiée, etc.). Dans la zone de Foréké ces citrons.
(Dschang périurbain), 15 espèces fruitières
sur les 19 ont été identifiées, alors que, dans – D’autre part, le citron produit abondam-
la zone rurale de Bokito, il n’a été possible ment et de façon étalée, contrairement aux
de répertorier que 12 espèces. autres agrumes. Deux pics de production
existent dans la zone (juin–juillet et octo-
Tandis qu’à Foréké les cinq espèces bre–novembre), mais les citronniers ont
dominantes sont le safoutier, l’avocatier, le presque en permanence des fleurs et des
kolatier, le manguier et le goyavier, à Bokito, fruits. Ils procurent donc constamment des
l’essentiel du verger est constitué d’oran- revenus aux producteurs qui signalent en
gers, de safoutiers, de manguiers, d’avoca- outre que la production d’octobre à novem-
tiers et de mandariniers. Nous avons pu bre coïncide avec une très forte demande de

Fruits, vol. 61 (6) 379


Tableau II.
Distribution des espèces fruitières par tranche d'âge et par site (Bokito, Foréké et Yaoundé) dans les exploitations familiales visitées à
l’occasion d’une enquête sur les cultures fruitières en zone humide du Cameroun.

Nom de l'espèce Bokito Foréké Yaoundé Nombre


total

380
< 10 ans 10–20 ans > 20 ans Nombre < 10 ans 10–20 ans > 20 ans Nombre < 10 ans 10–20 ans > 20 ans Nombre d’arbres

(%) (%) (%)

Aïelé (Cannarium sweinfurthii) 5,94 79,21 14,85 101 11,36 15,91 72,73 44 22,67 37,78 39,56 225 370
J. Kuate et al.

Arbre à pain (Artocarpus utilis) – – – – – – – – 0,00 93,33 6,67 30 30

Fruits, vol. 61 (6)


Avocatier (Persea americana) 20,49 45,41 34,10 1132 13,19 18,10 68,71 326 27,32 37,71 34,97 2917 4375
Bitacola (Garcinia cola) – – – – 25,00 25,00 50,00 8 10,64 34,04 55,32 47 55
Cerisier de Cayenne (Eugenia – – – – – – – – 0,00 74,29 25,71 35 35
unifolia)
Citronnier (Citrus lemon) 50,14 2,56 47,29 351 0,00 79,17 20,83 24 11,70 81,91 6,38 94 469
Corossolier (Annona muricata) – – – – 0,00 100,00 0,00 2 65,92 11,17 22,91 179 181
Goyavier (Psydium guayava) 8,63 54,68 36,69 139 21,98 54,95 23,08 182 13,23 49,74 37,04 378 699
Kolatier (Cola anomala) 22,96 33,67 43,37 196 20,53 18,21 61,26 302 37,34 46,52 16,14 316 814
Mandarinier (Citrus reticulata) 10,89 39,81 49,30 854 100,00 0,00 0,00 15 25,94 37,23 36,83 505 1374
Manguier (Mangifera indica) 23,51 29,95 46,54 1272 11,57 55,56 32,87 216 40,81 32,19 27,00 3063 4551
Mangue sauvage (Irvingia – – – – – – – – 24,36 58,97 16,67 78 78
gabonensis)
Njansan (Ricinodendron – – – – – – – – 10,64 21,28 68,09 47 47
heudelotti)
Oranger (Citrus sinensis) 12,41 41,23 46,36 5908 6,90 6,90 86,21 29 28,94 38,26 32,80 622 6559
Pomme Cythère (Spondia 3,39 67,23 29,38 177 0,00 54,55 45,45 77 2,14 75,00 22,86 140 394
cythera)
Papayer (Carica papaya) 0,00 98,92 1,08 186 6,10 46,34 47,56 164 97,23 0,57 2,20 1226 1576
Passiflore (Passiflora edulis) – – – – 12,73 41,82 45,45 55 – – – – 55
Pomelo (Citrus paradisi) 22,22 33,33 44,44 45 0,00 20,00 80,00 10 47,06 23,53 29,41 17 72
Safoutier (Dacryodes edulis) 15,40 58,27 26,33 3688 46,02 18,66 35,32 402 34,80 36,70 28,51 2687 6777
Cultures fruitières en zone humide du Cameroun

Tableau III.
Contribution des arbres fruitiers au revenu du ménage pour 193 familles d’exploitants agricoles interrogés à
l’occasion d’une enquête sur les cultures fruitières dans trois sites de la zone humide du Cameroun. Les
fréquences des réponses (%) sont exprimées en fonction des classes.

Spéculation Bokito Foréké Yaoundé

Fréquence Exp(β) Rang Fréquence Exp(β) Rang Fréquence des réponses Exp(β) Rang
des réponses des réponses

1 2 3 1 2 3 1 2 3

Apiculture – – – – – 3 3 6 1,39 7 5 4 3 1,43 5


Cacaoyer 45 5 5 0,63 1 27 5 5 0,60 2 8 19 7 0,74 3
Caféier – – – – – 32 5 5 0,57 1 – – – – –
Élevage 5 7 6 1,38 5 7 15 11 1,23 6 5 7 10 1,47 6
Maraîchage – – – – – 13 5 5 0,77 4 16 5 5 0,72 2
Palmier 5 26 5 1,30 4 5 8 16 1,59 8 5 16 17 1,49 7
Sylviculture – – – – – 5 6 25 1,89 9 – – – – –
Vivriers 13 29 6 1,13 3 60 38 6 0,65 3 61 16 5 0,65 1
Arbre fruitier 33 17 5 0,78 2 11 47 15 1,15 5 30 42 10 0,92 4

Exp(β) = Exponentiel du rapport de cote β.


Rang = Rang final de la spéculation (1 : très importante, …, 9 : négligeable).

citrons sur le marché de Yaoundé. Seuls dans la zone périurbaine de Yaoundé, près
deux producteurs sur les seize concernés de 66 % des corossoliers ont moins de 10 ans,
par l’exploitation de citronniers ont évoqué ce qui témoigne d’une dynamique de
la moindre sensibilité du citron vis-à-vis des replantation de cette espèce. Les papayers
maladies par rapport aux orangers et aux se retrouvent globalement et de par leur
autres agrumes moins sujets à de nouvelles cycle normal de culture dans cette tranche
plantations. Il convient de signaler que les d’âge.
citronniers sont bien connus pour leur tolé-
rance à la cercosporiose, maladie particuliè- 3.3. L’arboriculture fruitière par
rement grave sur les agrumes en zone rapport aux autres spéculations
humide [10–12]. À noter que le citron entre
dans la composition de plusieurs recettes de L’analyse des données portant sur l’étude de
cuisine ou de la pharmacopée traditionnelle. la contribution des arbres fruitiers au revenu
À Foréké, plus de 46 % des safoutiers ont des ménages révèle que ceux-ci [exp(β) =
moins de 10 ans, ce qui peut traduire un 0,78] occupent la seconde position après le
intérêt particulier des exploitants pour cette cacaoyer [exp(β) = 0,63] à Bokito, alors que,
espèce très demandée pour une autocon- à Foréké, ils occupent le cinquième rang
sommation ou sur les marchés nationaux et derrière le caféier, le cacaoyer, les cultures
régionaux. Dans cette même région, envi- vivrières et le maraîchage (tableau III). La
ron 69 % d’avocatiers, 61 % de kolatiers, même tendance a été observée à Yaoundé,
86 % d’orangers et 73 % d’aïelés de plus de à cela près que, dans cette zone, les cultures
20 ans ont été décomptés. En-dehors des vivrières [exp(β) = 0,65] rapportent le plus
safoutiers, les replantations ou repeuple- de revenu au ménage, devant le maraîchage
ments importants concernent surtout le [exp(β) = 0,72], le cacaoyer [exp(β) = 0,74]
goyavier et le kolatier dans la mesure où les et enfin les productions fruitières [exp(β) =
autres espèces [bitacola (Garcinia cola), 0,92]. Les fruitiers se classent donc parmi les
mandariniers] représentent en valeur abso- cinq spéculations les plus génératrices de
lue des quantités assez faibles. En revanche, revenus quel que soit le site considéré.

Fruits, vol. 61 (6) 381


J. Kuate et al.

Tableau IV.
Contribution des arbres fruitiers à l'alimentation de la famille pour 193 familles d’exploitants agricoles interrogés
à l’occasion d’une enquête sur les cultures fruitières dans trois sites de la zone humide du Cameroun. Les
fréquences des réponses (%) sont exprimées en fonction des classes.

Spéculation Bokito Foréké Yaoundé


Fréquence des Exp(β) Rang Fréquence des Exp(β) Rang Fréquence des Exp(β) Rang
réponses réponses réponses

1 2 3 1 2 3 1 2 3
Apiculture – – – – – 2 3 6 1,42 7 2 7 7 1,57 6

Cacaoyer 10 5 5 1,08 4 0 16 11 1,48 8 26 18 5 0,75 3


Caféier – – – – – 0 2 18 2,42 9 – – – – –
Élevage 5 8 5 1,38 5 2 23 9 1,21 6 5 13 7 1,25 5
Maraîchage – – – – – 14 9 3 0,65 3 27 4 5 0,62 2
Palmier 35 13 5 0,79 3 11 22 5 0,84 4 5 16 20 1,66 6
Sylviculture – – – – – 12 17 12 0,99 5 – – – – –
Vivriers 41 5 6 0,71 2 78 23 7 0,51 1 50 10 7 0,61 1
Arbre fruitier 14 38 6 0,23 1 47 31 5 0,59 2 12 48 8 1,08 4

Exp(β) = Exponentiel du rapport de cote β.


Rang = Rang final de la spéculation (1 : très importante, …, 9 : négligeable).

Les cultures fruitières sont prédominan- amplitudes de rapport de cote exp(β) =


tes pour l’apport à l’alimentation des ména- 2,13 et de exp(β) = 1,48, respectivement
ges (tableau IV) à Bokito [exp(β) = 0,23], où (tableau V). Par conséquent, l’arboriculture
ces productions devancent celles des cultu- fruitière serait l’activité la moins exigeante
res vivrières [exp(β) = 0,71]. Mais il convient en main-d’œuvre sur ces deux sites. En
de noter qu’il s’agit en réalité d’une contri- revanche, dans la zone périurbaine de
bution indirecte à l’alimentation des ména- Yaoundé, ces productions occupent une
ges car, d’après les personnes interrogées, position intermédiaire entre les activités très
le produit de la vente des fruits permet exigeantes en main-d’œuvre (cultures
d’acheter d’autres denrées alimentaires (riz, vivrières, maraîchage et cacaoculture) et cel-
poissons, viandes, condiments, etc.). La les qui le sont beaucoup moins (apiculture,
bonne position des cultures fruitières ne élevage et palmier à huile traditionnel).
reflète donc pas une consommation directe Il apparaît donc que, dans les zones de
de fruits qui viendrait supplanter celle de Bokito et de Foréké, l’arboriculture fruitière,
tout autre aliment. Pour les sites de Foréké bien que contribuant fortement à l’alimen-
et de Yaoundé, où ce sont les cultures vivriè- tation et au revenu des ménages, est relati-
res qui contribuent le plus à l’alimentation vement peu exigeante en main d’œuvre.
des ménages, les productions fruitières occu- Comment expliquer cette situation appa-
pent respectivement la seconde [exp(β) = remment paradoxale ? En fait, les cultures
0,59] et la quatrième place [exp(β) = 1,08]). fruitières étant, dans ces systèmes de pro-
Les données permettant d’évaluer les duction, souvent associées aux cacaoyers,
besoins en main-d’œuvre requis par les aux caféiers ou aux cultures vivrières ne
principales spéculations des exploitants bénéficient que de manière indirecte des
agricoles enquêtés révèlent que, de toutes soins apportés à ces cultures dominantes.
les activités agropastorales menées à Bokito Ainsi, le producteur qui défriche ou traite sa
et à Foréké, ce sont les cultures fruitières qui cacaoyère contre les maladies et ravageurs
arrivent en dernière position avec des apporte les mêmes soins aux arbres fruitiers

382 Fruits, vol. 61 (6)


Cultures fruitières en zone humide du Cameroun

Tableau V.
Exigence des arbres fruitiers en main-d'œuvre pour 193 familles d’exploitants agricoles interrogés à l’occasion
d’une enquête sur les cultures fruitières dans trois sites de la zone humide du Cameroun. Les fréquences des
réponses (%) sont exprimées en fonction des classes.

Spéculation Bokito Foréké Yaoundé

Fréquence des Exp(β) Rang Fréquence des Exp(β) Rang Fréquence des Exp(β) Rang
réponses réponses réponses

1 2 3 1 2 3 1 2 3

Apiculture – – – – – 3 5 5 1,25 5 2 2 5 1,53 5


Cacaoyer 50 7 5 0,50 1 21 7 5 0,66 3 20 23 5 0,80 3
Caféier – – – – – 61 12 5 0,52 1 – – – – –
Élevage 2 5 13 1,81 4 2 15 10 1,44 7 3 10 11 1,53 5
Maraîchage – – – – – 18 11 8 0,82 4 30 9 5 0,62 2
Palmier 5 45 1 0,96 3 5 7 16 1,59 8 3 19 16 1,54 6
Sylviculture – – – – – 4 24 12 1,31 6 – – – – –
Vivriers 39 7 5 0,54 2 37 19 5 0,63 2 52 9 5 0,54 1
Arbre fruitier 0 2 5 2,13 5 5 32 25 1,48 9 15 44 11 1,04 4

Exp(β) = Exponentiel du rapport de cote β.


Rang = Rang final de la spéculation (1 : très importante, …, 9 : négligeable).

associés, mais, lors du questionnaire réalisé vivrières antérieures ou encore d’un déve-
lors de notre étude, ces opérations n’ont pas loppement spontané.
été mentionnées comme attribuées en par-
ticulier aux arbres fruitiers. Par ailleurs, les 3.4.2. Contraintes des productions
exploitants pour qui les arbres fruitiers ser- fruitières
vent en premier lieu à la délimitation de la
Une analyse des divers facteurs pouvant
propriété foncière n’apportent logiquement
affecter la production des arbres fruitiers
pas beaucoup de soins à ces arbres lorsqu’ils
révèle que les problèmes parasitaires cons-
sont bien développés. Le même raisonne-
tituent les contraintes majeures de produc-
ment peut être tenu lorsqu’il s’agit d’arbres
tion pour la quasi-totalité des espèces fruitiè-
spontanés.
res. Les données présentées dans ce contexte
pour la zone périurbaine de Yaoundé
3.4. Place des arbres fruitiers dans (tableau VI) sont représentatives également
les systèmes de culture et des principaux freins au développement des
contraintes de production cultures fruitières dans les deux autres zones
étudiées lors de nos enquêtes.
3.4.1. Les arbres fruitiers Les chutes de fruits et de fleurs relevées
dans les systèmes de culture chez presque toutes les espèces peuvent en
Les arbres fruitiers ont été trouvés dans les partie être imputables aux attaques parasi-
parcelles en association avec les cultures taires. Les carences minérales concernent
vivrières, avec les cacaoyers ou les caféiers surtout un manque de bore chez les
(arbres d’ombrage), ou avec les palmiers à papayers et le problème se manifeste par
huile. Mais ils ont aussi été observés autour des déformations des fruits.
des cases, dans les jachères ou dans les haies Notons qu’une des contraintes récurren-
vives pour la délimitation des propriétés tes, mais non agronomique, est liée à la
foncières. Leur présence dans les jachères commercialisation de ces produits périssa-
résulterait de leur association à des cultures bles [13] bien que ce problème ne soit pas

Fruits, vol. 61 (6) 383


J. Kuate et al.

Tableau VI.
Principales contraintes aux productions fruitières en zone périurbaine de Yaoundé d’après 193 familles
d’exploitants agricoles interrogés à l’occasion d’une enquête sur les cultures fruitières en zone humide du
Cameroun.

Arbre fruitier Absence de Chute de fleurs ou Maladies et Carences minérales Autres Faible production
concerné floraison de fruits ravageurs

(%)

Avocatier – 1,5 97,1 – 1,4 –


Citronnier – 14,3 85,7 – – –
Kolatier 3,1 3,1 81,3 6,3 – 6,3
Goyavier – 1,1 93,7 2,1 1,1 2,1
Mandarinier – 5 95 – . –
Manguier – 20,3 76,6 – 0,8 2,3
Oranger – 2,9 97,1 – – –
Papayer – 4,1 26,5 67,3 – 2
Pomelo – – 100 – – –
Pomme Cythère 5,9 5,9 76,5 11,8 – –
Safoutier 3,9 29,1 64,1 – – 2,9

très souligné en zone périurbaine de L’application sans discernement, aux


Yaoundé de par l’accès facile des produc- arbres fruitiers associés à des cultures de
tions fruitières aux marchés urbains où les rente (café, cacao), des traitements pestici-
fruits sont très demandés (moins de 20 km des destinés à ces cultures de rentes est éga-
et route bitumée pour Nkolondom et Nkon lement problématique car les traitements
Ndamba). peuvent en effet se révéler totalement inap-
propriés aux problèmes sanitaires des cul-
Le problème de la qualité du matériel
tures fruitières. Ainsi, les fongicides couram-
végétal, bien que crucial, semble beaucoup
ment appliqués contre la pourriture brune
moins perçu par les producteurs. Il transpa-
du cacaoyer n’ont aucune efficacité vis-à-vis
raît cependant de façon indirecte lorsque
de la cercosporiose des agrumes. Enfin, les
certains exploitants interrogés évoquent la
dosages des pesticides signalés par les pro-
mauvaise qualité des fruits (acidité, faible
ducteurs révèlent une non maîtrise, par ces
calibre, etc.), le temps très long entre la
exploitants, des techniques de traitements
plantation des arbres et leur première pro-
phytosanitaires ; de nombreux effets néga-
duction ou encore la pénibilité de la récolte
tifs peuvent en découler (pollution de l’envi-
sur des arbres très hauts. Le fait que la majo-
ronnement, résidus toxiques dans les récol-
rité des arbres fruitiers soient des plants de
tes, etc.).
semis (sans multiplication végétative, sans
amélioration génétique conventionnelle)
3.4.3. Rôles des fruitiers et utilisation
peut être cause d’une faible performance du
des récoltes
verger (productivité, qualité des fruits et sur-
tout difficulté à récolter ou à traiter lorsque Les résultats de notre étude sur la culture des
la hauteur des frondaisons est élevée). Par espèces fruitières dans les exploitations
ailleurs, l’engouement affiché par certains familiales agricoles en zone humide du
producteurs de la zone humide à marcotter, Cameroun permettent de constater que
par exemple le safoutier, dès lors qu’ils ont « produire pour la consommation et pour la
perçu les avantages liés à cette technique est commercialisation » est un rôle reconnu à
assez révélateur du problème de la qualité ces spéculations par la totalité des exploi-
du matériel végétal. tants enquêtés. Le rôle des arbres fruitiers

384 Fruits, vol. 61 (6)


Cultures fruitières en zone humide du Cameroun

pour délimiter les propriétés foncières ou cottés ou sélectionnés dénote un problème


comme élément fournissant de l’ombrage a de diffusion ou d’adoption des résultats de
aussi été noté par de nombreux exploitants. la recherche agricole. Les avocatiers, les
Quelques producteurs reconnaissent que la manguiers, les safoutiers, les agrumes et les
transformation des fruits peut apporter une papayers sont les espèces les plus représen-
plus-value même s’ils disent ne pas en faire tées. Toutefois, la répartition globale des
eux-mêmes. Par ailleurs, d’après les person- arbres en tranches d’âge, telle que nous
nes interrogées, de nombreux arbres frui- l’avons faite, masque des disparités impor-
tiers sont réputés pour avoir des vertus tantes parmi les espèces. Pour certaines
médicinales. Ainsi en est-il pour la zone d’entre elles, des fortes proportions de jeu-
périurbaine de Yaoundé du manguier nes arbres (< 10 ans) ont été observées (cas
(61,8 % des exploitants enquêtés), du safou- du citronnier à Bokito ou du safoutier à
tier (41,8 %), du goyavier (30,9 %), du Foréké) ; cela suggérerait une dynamique
papayer (23,6 %), de l’avocatier (21,8 %), du de replantation ou de repeuplement qui
citronnier et de l’oranger (16,3 %), du kola- serait un indicateur de durabilité de l’arbo-
tier (14,5 %), du bitacola (12,7 %), du njan- riculture fruitière. Dans une perspective de
san (7,2 %) et de la pomme Cythère (5,4 %). développement des productions fruitières,
Les lieux de vente de ces fruits sont assez une telle dynamique ne peut efficacement
divers : les marchés locaux, le bord des rou- être accompagnée que si les raisons profon-
tes et les marchés urbains ou régionaux. Peu des de ces replantations sont connues. À
d’exploitants valorisent les fruits dépréciés Bokito par exemple, la replantation de
inaptes à la vente ou à la consommation par citronniers s’est révélée être surtout stimulée
leur utilisation dans l’alimentation des ani- par une forte demande de citrons sur le mar-
maux (27 % par exemple en zone périurbaine ché urbain de Yaoundé. L’accompagnement
de Yaoundé). Une telle forme de valorisation de cette dynamique pourrait consister en
pourrait pourtant permettre d’exploiter les des appuis au plan agrotechnique (matériel
écarts de tri ou les résidus comme cela est végétal, techniques culturales, gestion des
le cas au Brésil où il serait possible de subs- maladies et ravageurs, etc.) mais aussi au
tituer 100 % du maïs inclus dans la ration plan socioéconomique (organisation locale,
animale par de la pulpe d’orange [14, 15]. stratégies de financement et de commercia-
lisation, etc.).
Pour les espèces présentant de fortes pro-
4. Conclusion portions de vieux plants (> 20 ans) qui
feraient l’objet de perspective du dévelop-
L’enquête réalisée sur les cultures fruitières pement, il faudrait envisager la régénération
dans les exploitations familiales agricoles en des arbres ; en effet, ce type de matériel
zone humide du Cameroun a permis d’obte- végétal essentiellement issu de semis pose
nir un certain nombre d’informations aptes parfois des problèmes de productivité, de
à caractériser le profil du producteur, les sensibilité aux maladies, de qualité des
activités pratiquées dans l’exploitation fami- fruits, de longueur du cycle, de technique
liale agricole, la diversité des espèces frui- de récolte ou de traitement du fait de la hau-
tières, leur importance relative, les contrain- teur des arbres. Des techniques de greffage
tes de leur production et la destination des sur repousses peuvent permettre une recon-
récoltes. version variétale lors de la régénération. Le
marcottage du safoutier qui est une techni-
Les arbres fruitiers présents dans les
que en cours de vulgarisation est un exem-
zones étudiées sont en majorité des plants
ple d’accompagnement que peut apporter
spontanés (100 % pour le Njansan ou Rici-
la recherche agricole.
nodendron heudelotii, 48 % pour le man-
guier en zone périurbaine de Yaoundé) ou Les résultats de notre étude constituent
des plants de semis issus de sélection une base de réflexion sur les actions à entre-
locale ; moins de 1 % d’entre eux sont issus prendre pour améliorer et maintenir une
de variétés améliorées conventionnelles. production de fruits de qualité dans la zone
Cette faible présence de plants greffés, mar- humide du Cameroun prospectée.

Fruits, vol. 61 (6) 385


J. Kuate et al.

Bien que pour certaines contraintes au acquis et contraintes, Univ. Yaoundé I, DESS
développement de ces cultures il soit néces- Ind. Semen., Rapp., Yaoundé, Cameroun,
saire de réaliser un diagnostic plus ciblé, 1998.
l’utilisation d’un matériel végétal perfor- [5] Nkana Ntéa B., Inventaire complet des pépi-
mant, la maîtrise des techniques de lutte nières fruitières et horticoles de la ville de
contre les bioagresseurs des arbres fruitiers, Yaoundé, Univ. Dschang, FASA, Rapp.,
la valorisation des produits après récolte Dschang, Cameroun, 2002.
(commercialisation, transformation) sont [6] Kengue J., Degrande A., Damesse F.,
autant d’actions qui pourraient être menées. Tchoundjeu Z., Rapport d’activité de recher-
Ces actions contribueraient à améliorer che sur la production des plants des espèces
fruitières et ornementales dans la zone
durablement en qualité et en quantité la pro-
urbaine et périurbaine de Yaoundé, Proj.
duction fruitière dans la région considérée SIUPA, IRAD-IITA-ICRAF, Yaoundé, Came-
tout en assurant leur innocuité pour les con- roun, 2003, 24 p.
sommateurs (sûreté alimentaire). Il convien-
[7] Gockowski J., Ndoumbé M., The adoption of
dra par ailleurs d’aborder de façon plus
intensive monocrop horticulture in southern
détaillée, lors d’études ultérieures, la con- Cameroon, Agric. Econ. 30 (2004) 195–202.
naissance des pratiques agricoles paysannes
[8] Abeysekera S., Analysis approaches in par-
et de leur impact sur la production. La com-
ticipatory work involving ranks or scores,
préhension de la stratégie des producteurs Univ. Reading, DFID, Stat. Serv. Cent.,
dans l’exploitation fruitière serait aussi un Theme pap. (revis.), UK, 2001, 18 p.
élément important à prendre en compte.
[9] Dongmo J.L., Le dynamisme bamiléké
(Cameroun) : I. La maîtrise de l’espace
agraire, Univ. Yaoundé, Rapp., Cameroun,
Remerciements 1981, 424 p.
[10] Kuate J., Cercosporiose des agrumes cau-
Ce travail a été réalisé avec l’appui financier sée par Phaeoramularia angolensis, Cah.
du « Pôle de compétence en partenariat » Agric. 7 (1998) 121–129.
(PCP Grand Sud Cameroun). Nous remer- [11] Rey J.Y., Ducelier D., Njonga B., Maladies et
cions Joseph Marie Nouga, Jean-Dieudonné ennemis des agrumes au Cameroun,
Eyenga, Jacques Daniel Nguetsop, Honoré MESRES-IRA, Yaoundé, Cameroun, 1985,
Mbah et Léonard Enama Ngah pour leur col- 20 p.
laboration. [12] Bella-Manga, Dubois C., Kuate J., Mimbimi
Ngbwa M., Rey J.Y., Sensibilité à Phaeora-
mularia angolensis de divers agrumes culti-
vés en zone forestière humide du Cameroun,
Références Fruits 54 (3) (1999) 167–176.
[1] Temple L., Quantification des productions et [13] Degrande A., Schreckenberg K., Mbosso C.,
des échanges de fruits et légumes au Came- Anegbeh P., Okafor V., Kanmegne J.,
roun, Cah. Agric. 10 (2001) 87–94. Farmer's fruit tree growing strategies in the
humid forest zone of Cameroon and Nigeria,
[2] Westphal E., Embrechts J., Ferwerda J.D., Agrofor. Syst. 67 (2006) 159–175.
Van Gils-Meeus H.A.E., Mutsaers H.J.W.,
Westphal-Stevels J.M.C., Cultures vivrières [14] Assis A.J. de, Campos J.M. de S., Queiroz
tropicales avec références spéciales au A.C. de, Valadares Filho S. de C., Euclydes
Cameroun, Pudoc, Wageningen, Pays-Bas, R.F., Lana R. de P., Magalhaes A.L.R., Mendes
1985, 514 p. Neto J., Mendonga S. de S., Citrus pulp in
diets for milking cows. 2. Digestibility of nutri-
[3] Kuate J., Bella Manga, Hernandez S., ents in two periods of feces collection and
Damesse F., Le secteur des fruits et légumes rumen fluid pH and ammonia nitrogen, Rev.
au Cameroun : importance, potentialités, con- Bras. Zootec. 33 (1) (2004) 251–257.
traintes et stratégies de développement, in:
[15] Porcionato M.A. de F., Berchielli T.T., Franco
Proc. Atelier Concert. Polit. Agric. Opér. Éco-
G.L., Andrade P. de, Silveira R.N. da, Soarez
nom., Douala, Cameroun, 27 février–2 mars
W.V.B., Digestibility, degradability and con-
2001, Minagri, Yaoundé, Cameroun, 2001.
centration of ruminal ammonia in bovines fed
[4] Kouodiekong L., Diffusion des plants fruitiers diet with citrus pulp in pellets, Rev. Bras. Zoo-
sélectionnés dans la province du Centre : tec. 33 (1) (2004) 258–266.

386 Fruits, vol. 61 (6)


Cultures fruitières en zone humide du Cameroun

Encuesta sobre los cultivos fruteros en las explotaciones familiares


agrícolas en zona húmeda en Camerún.
Resumen –– Introducción. La falta de datos estadísticos fiables y exhaustivos referente a las
explotaciones fruteras constituye un obstáculo para elaborar una estrategia pertinente de
desarrollo de estos cultivos y evaluar su impacto. Se realizó una encuesta sobre los cultivos
fruteros en tres emplazamientos (Bokito, Foréké y Yaoundé) en zona húmeda del Camerún.
Material y métodos. Se caracterizaron los árboles frutales mediante análisis del perfil del
productor y el lugar de estos cultivos en las actividades practicadas por las familias de los cul-
tivadores agrícolas. Se estudiaron en 193 explotaciones familiares agrícolas las especies pre-
sentes, el número de plantones, el origen del material vegetal, la edad de los árboles, así
como las dificultades de producción. Resultados y discusión. Los jefes de explotación, de
los cuales un 90% son hombres, tienen una media de 51 años y un nivel de educación relati-
vamente bajo. La diversidad de las especies fruteras repertoriadas varía de acuerdo con los
emplazamientos. La composición específica del vergel es asimismo variable, sin embargo
cuatro especies principales (Dacryodes edulis, naranjo, mango y aguacate) constituyen el 78%
de las plantas destacadas. Este reparto corrobora las preferencias expresadas por los produc-
tores por estas especies fruteras. Los jóvenes árboles (< 10 años), que indican una dinámica
de replantación, constituyen (15, 21 y 38) % de los efectivos en Bokito, Foréké y Yaoundé
respectivamente. No obstante, se observan y se discuten unas disparidades importantes
intraespecíficas. En términos de contribución a la seguridad alimentaría del hogar, los árboles
frutales, en relación con las especulaciones, ocupan el 1º, 2º y el 4º puesto respectivamente
en Bokito, Foréké y Yaoundé. Las dificultades de producción son del orden parasitario (enfer-
medades y plagas), agronómico (variedades, prácticas culturales, etc.) o socioeconómico (fac-
tor de producción, de propiedad, etc.). Conclusión. Nuestro trabajo permitió obtener unos
datos importantes sobre los árboles frutales cultivados en zona húmeda de Camerún. Las
implicaciones de los principales resultados se discuten en la perspectiva de mejorar estas pro-
ducciones en la calidad, cantidad y en la duración.

Camerún / árboles frutales / encuestas sobre explotaciones / zonas


periurbanas / agentes nocivos

Fruits, vol. 61 (6) 387

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