Traitement Optique Du Signal Émisparunlaser Àfibre Mode-Locked Passif
Traitement Optique Du Signal Émisparunlaser Àfibre Mode-Locked Passif
T R A I T E M E N T O P T I Q U E D U S I G N A L É M I S PAR UN LASER
À FIBRE M O D E - L O C K E D PASSIF
APPLICATION À LA MULTIPLICATION ET À LA SCULPTURE
D'IMPULSIONS
Septembre 2007
N'oublions pas non plus mes collaborateurs australiens, Jeremy Bolger, Martin Ro-
chette et bien sûr Benjamin Eggleton qui m'a accueilli dans son laboratoire, au Centre
for Ultrahigh Bandwidth Devices for Optical Systems de l'université de Sydney. Jeremy
et Martin m'ont largement aidé à mener à bien notre projet de recherche dans le bref
laps de temps que j'avais à ma disposition.
Merci aux professionnels du laboratoire qui sont également de bons amis : Chrystelle
Juignet, Philippe Chrétien, Patrick Larochelle et Marco Béland. Merci à mes collègues
étudiants : Martin Allard, Stéphane Blin, Paul Verville, Christian Laverdière et aux
autres que j'oublie pour les bons moments passés ensemble.
Résumé v
Remerciements vi
Symboles xvii
Introduction 2
Conclusions 200
Annexes 209
Bibliographie 228
Liste des figures
Généralités
- c : Vitesse de la lumière dans le vide (299 792 458 m/s).
- / : Fréquence.
- kb : Constante de Boltzmann (1,3810 • 10 23 J/K)
- A : Longueur d'onde.
- oo : Pulsation.
- T : Taux de répétition.
Réseaux de Bragg
- C : Chirp de la modulation d'indice du réseau exprimé en [nm/cm].
- AA : Périodicité spectrale dans le cas d'un réseau échantillonné.
- Anac(z) : Amplitude de la modulation d'indice selon l'axe de la fibre (z).
- An^(z) : Changement d'indice moyen selon l'axe de la fibre (z).
- L : Longueur du réseau.
- A(z) : Période de la modulation d'indice selon l'axe de la fibre (z).
- AB : Longueur d'onde de Bragg du réseau.
- P : Période spatiale dans le cas d'un réseau échantillonné.
- r,t : Coefficients de réflexion et transmission complexes du réseau.
- fo '■ Temps d'aller-retour de la lumière dans un réseau opéré en réflexion.
Effets non-linéaires
- Aeff : Aire effective de la fibre optique [m2].
- 7 : Coefficient non-linéaire [W~ 1 m - 1 ].
- n-i : Indice de réfraction non-linéaire [m2W~^].
- <pNL '■ Phase non-linéaire.
Sigles, acronymes et abréviations
Sigles
- APC : Angled Physical Contact.
- APML : Additive Puise Mode-Locking.
- ASE : Amplified Spontaneous Emission.
- AWG : Arrayed-Waveguide Grating.
- CDMA : Code Division Multiple Access.
- CW : Continuous Wave.
- DSF : Dispersion Shifted Fiber.
- EDFA : Erbium Doped Fiber Amplifier.
- FC : Fiber Connecter.
- FFT : Fast Fourier Transform.
- FSR : Free Spectral Range.
- FWHM : Full Width at Half Maximum.
- GDR : Group Delay Ripple.
- ILP : Inverse Layer Peeling.
- LPG : Long Period Grating.
- NPR : Nonlinear Polarization Rotation.
- OFDR : Optical Frequency Domain Reflectometry.
- OLCR : Optical Low Cohérence Reflectometry.
- OVA : Optical Vector Analyser.
- PC : Physical Contact.
- PM : Polarization Maintaining.
- PMD : Polarization Mode Dispersion.
- RF : RadioFréquence.
- RMS : Root Mean Square.
- SLM : Spatial Light Modulator.
- SMA : SubMiniature version A.
Sigles, acronymes et abréviations xix
Acronymes
- FROG : Frequency Resolved Optical Gating.
- LASER : Light Amplification by Stimulated Emission of Radiation.
- LEAF : Large Effective Area Fiber.
- MASER : Microwave Amplification by Stimulated Emission of Radiation.
- NALM : Nonlinear Amplifying Loop Mirror.
- NOLM : Nonlinear Optical Loop Mirror.
Abréviations
- et al. : du latin et alii, signifiant «et autres» ou «et collègues».
- U.A. : Unités Arbitraires.
~ *
Introduction
Introduction
Plusieurs auteurs attribuent (c'est discutable) à ERNST KARL ABBE d'avoir posé
les bases du traitement optique du signal moderne alors qu'il étudiait la formation
d'images au travers de microscopes en 1873 [1]. Cette expérience a vraisemblable
ment donné naissance à l'optique de Fourier moderne. Des noms comme DUFFIEUX
et DUVERNOY sont souvent cités quand on fait l'historique du domaine de l'optique
de Fourier. Il est clair que la science du traitement du signal moderne repose fonda
mentalement sur la théorie de Fourier et le traitement optique du signal ne fait pas
exception. Des précurseurs dans le domaine du traitement optique du signal sont
GABOR [2], MARÉCHAL [3] et C U T R O N A [4]. Ces auteurs sont les premiers à utiliser
des expressions telles que «optical information processing», «true optical filtering»,
«Optical Data Processing and Filtering Systems». L'idée du traitement optique du
signal est d'utiliser des procédés optiques pour altérer l'amplitude et/ou la phase
d'un signal optique. Grâce à la théorie de Fourier, nous pouvons choisir dans qiiel
domaine faire la conception d'un filtre particulier sans perdre de vue que le filtrage
affecte à la fois la représentation temporelle et la représentation fréquentielle du si
gnal. Nous n'avons pas la prétention de faire une thèse sur le traitement optique du
signal, car c'est un domaine vaste et diffus. Nous allons concentrer nos efforts sur
l'étude des méthodes visant à altérer un train d'impulsions issu d'un laser mode-
locked selon des critères précis. Pour cela, nous utiliserons principalement les filtres
linéaires que sont les réseaux de Bragg, mais aussi le filtre non-linéaire qu'est le mi
roir non-linéaire en boucle 1 .
et ici, au COPL, par José Azana, Radan Slavîk, Lawrence Chen, Sophie LaRochelle
et Pascal Kockaert. Ces travaux consistaient à proposer de nouvelles méthodes de
filtrage visant à altérer des trains d'impulsions optiques selon des critères précis. Au
début de ce projet, notre mandat était de faire une synthèse des travaux existants et
d'explorer de nouvelles avenues. En clair, le but de ces méthodes de filtrage est de
modifier le train d'impulsions issu d'une source laser mode-locked pour la rendre
plus polyvalente. La polyvalence dont nous parlons consiste par exemple à obtenir
une source :
- Multifréquence.
- Accordable en fréquence.
- Ayant une périodicité spectrale accordable.
- Ayant un taux de répétition accordable et/ou très élevé.
- Pouvant générer des impulsions aux profils complexes et ayant des durées va
riables.
- Etc..
Dans le domaine électrique, une source polyvalente telle un générateur de fonctions
est un outil incontournable. De façon analogue, nous cherchons ici à retrouver cette
polyvalence dans le domaine optique. La source d'impulsions utilisée dans ce projet
est un laser mode-locked à fibre. Ces lasers sont reconnus pour générer facilement
des trains d'impulsions de grande qualité en terme de bruit, qualité de faisceau et
durée d'impulsions... Ces sources d'impulsions brèves sont attrayantes, mais assez
peu polyvalentes, si l'on considère la liste de critères donnée ci-dessus. Les lasers
à fibre mode-locked passifs, en particulier, sont intéressants, car ce sont des sources
très simples et capables de générer des impulsions de quelques centaines de femtose-
condes. L'aspect passif de ces lasers, cependant, les rend d'autant moins polyvalents
puisqu'ils ont un taux de répétition fixe, et très faible. Ces lasers sont donc parfaite
ment adaptés à notre projet, car ils sont simples, performants, mais peu polyvalents.
De plus, ils vont nous permettre de tester les limites de nos méthodes de filtrage,
avec des cahiers des charges très contraignants. En effet, la faible durée des impul
sions et leur grande puissance crête nous compliquent la tâche.
Nous avons donc commencé par construire la source laser. Nous avons ensuite
altéré le train d'impulsions brèves au moyen de filtres pour atteindre plusieurs ob
jectifs. Voici la liste des fonctions de filtrage linéaires et non-linéaires sur lesquelles
nous avons travaillé. Nous les avons classées par importance croissante en terme
d'effort que nous avons apporté à chacune :
Introduction 4
Les filtrages listés ci-dessus sont purement optiques : aucun composant électro
nique n'intervient dans le filtrage. Ceci a pour but de préserver la simplicité et l'effi
cacité du système. L'intérêt principal des composants optiques est leur extrême rapi
dité, plusieurs ordres de grandeur supérieure à celle des composants électroniques.
À cela, il faut ajouter que nous avons au laboratoire une grande expertise en ma
tière de fabrication de composants optiques. La plupart des filtres linéaires que nous
avons utilisés durant ce projet ont été conçus et fabriqués par nos soins. Il s'agit en
l'occurrence de réseaux de Bragg. Nous verrons dans ce document que nous avons
également eu recours à l'optique non-linéaire pour effectuer certaines opérations de
filtrage. Nous étudierons l'impact de nos filtrages sur le signal optique. Ainsi, la dé
gradation du signal optique sera quantifiée.
Le laser à fibre que nous avons fabriqué pour ce projet est basé sur un effet de ro
tation non-linéaire de polarisation ou «nonlinear polarisation rotation» (NPR). Dans
la littérature on parle également de ce laser comme d'un laser du type «additive
puise mode-locking» (APML). Ce sont des travaux effectués parallèlement à l'Uni
versité de Southampton par M ATS AS et al. [5] et au MIT, à Cambridge par TAMURA
et al. [6] qui menèrent à l'invention de ce type de laser en 1992. Ce laser est à la
fois le plus simple et le plus performant des lasers à fibre mode-locked passifs, c'est
pourquoi nous l'avons sélectionné pour notre projet. Nous justifierons ce choix aux
chapitres 1 et 2. L'essentiel des travaux subséquents sur ce laser ont été effectués par
2
Travail en cours.
Introduction 5
l'équipe TAMURA, H A U S , IPPEN et NELSON, à Cambridge. Entre 1992 et 1995, les tra
vaux de recherche de cette équipe, aussi bien au niveau expérimental que théorique
ont découlé sur plusieurs publications de référence [6, 7, 8, 9]. Un brevet est déposé
en 1996 [10] et de tels lasers sont aujourd'hui disponibles commercialement. D'autres
travaux d'importance ont été publiés par la suite, notamment ceux de GRUDININ et
al. [11], qui traitent d'un régime d'opération du laser où plusieurs impulsions coha
bitent dans la cavité, et ceux de KELLY [12] et de DENNIS et al. [13] qui expliquèrent
la présence de bandes de résonances dans le spectre optique de ces lasers et me
nèrent au modèle du laser solitonique. Bien que l'originalité de nos travaux ne se
situe pas au niveau de la conception ou de l'étude du laser, nous avons réussi à amé
liorer certains aspects de ce type de source, notamment en ajoutant un contrôle sur
la longueur d'onde du laser et en produisant un spectre optique d'excellente qualité,
c'est-à-dire avec des pics de résonances de très faible amplitude. Contrairement à
ce qui est proposé à la référence [14], nous contrôlons la longueur d'onde laser sans
ajouter de filtre dans la cavité, uniquement en modifiant l'état de polarisation du
signal laser. Ceci sera détaillé au chapitre 2. Nous l'avons dit, l'originalité de nos tra
vaux ne se situe pas au niveau de la source laser. Elle se situe au niveau du filtrage
du signal laser au moyen de filtres optiques.
tionnons quand même certains travaux particulièrement intéressants basés sur l'op
tique non-linéaire. Par exemple, la génération et le découpage d'un supercontinuum
permettent de créer des trains d'impulsions à différentes longueurs d'onde [16] à
partir d'un unique train d'impulsions brèves. FATOME, OZEKI et GONG et leurs col
lègues ont montré qu'il est possible de générer des trains d'impulsions à hauts débits
grâce à des effets non-linéaires tels que le mélange à quatre ondes [17], la compres
sion soliton [18] ou l'instabilité de modulation [19]. Évidemment, l'électronique offre
également des possibilités intéressantes comme le montrent YlLMAZ et al. avec un
générateur de fonction arbitraire photonique basé sur l'utilisation de plusieurs mo
dulateurs électrooptiques d'amplitude et de phase [20].
Filtrage intracavité
Au début de ce projet, nous avons essayé d'appliquer des filtrages optiques di
rectement à l'intérieur de la cavité laser. Nous avons donc inséré différents filtres
optiques dans la cavité dans le but de modifier le taux de répétition du laser. GUPTA
et al. montrent dans la référence [21] que l'insertion d'un filtre Fabry-Perot dans la
cavité d'un laser mode-locked permet de multiplier par quatre son taux de répéti
tion. De façon générale, les possibilités de filtrages à l'intérieur de la cavité sont très
limitées. En effet, le filtrage appliqué ne doit pas aller à l'encontre de la dynamique
propre du laser. Par exemple, l'utilisation de filtres trop dispersifs empêche le mode-
locking ou produit des trains d'impulsions peu exploitables comme le montrent AT-
KINS et al. [22]. Les travaux de GUPTA et ATKINS sont basés sur des lasers mode-
locked actifs. Dans le cas d'un laser passif tel que le nôtre, la tâche est plus ardue, car
le régime mode-locked est plus fragile. De plus, notre laser est de type solitonique.
Nous verrons au chapitre 2 que l'énergie des impulsions est quantifiée, et que si des
impulsions coexistent dans la cavité elles ont tendance à interagir. Ainsi, les impul
sions peuvent se regrouper, se croiser, se repousser les unes des autres. Nos tentatives
de générer des trains d'impulsions stables, continus et à hauts débits ont donc été in
fructueuses, car elles allaient à l'encontre de la dynamique propre du laser. Nous
avons fait de nombreuses observations expérimentales qui confirment cela. Faute
de pouvoir générer des trains d'impulsions continus, nous avons démontré qu'il est
possible de générer de courts paquets d'impulsions à hauts débits en insérant un
filtre périodique peu dispersif dans la cavité [23]. Mentionnons que des travaux si
milaires ont été publiés, comme ceux de SET, SHRÔDER OU Z H A N G et leurs collègues
[24, 25, 26]. Puisque ces techniques de filtrages semblaient peu prometteuses, nous
avons décidé de nous concentrer sur des filtrages appliqués à l'extérieur de la cavité.
Introduction 7
plées fibrées. En 2005, SLAVIK et al. proposent l'idée d'utiliser de tels filtres comme
multiplicateurs de taux de répétition [43]. Une autre possibilité consiste à utiliser des
réseaux de Bragg superposés, comme le proposent AZANA et al. en 2003. Ces filtres
permettent de générer des paquets d'impulsions, ou des trains continus [44, 45].
Cette technique sera décrite en détail au chapitre 4. Aux chapitres 4 et 5 nous dé
crirons également le travail de PETROPOULOS et al., qui consiste à utiliser un réseau
de Bragg échantillonné [46]. Ces filtres ont des réponses spectrales et temporelles
périodiques et sont d'excellents candidats pour multiplier le taux de répétition d'un
laser.
Architecture du document
tion non-linéaire de polarisation. Nous expliquons pourquoi nous avons choisi un tel
laser pour ce projet. Le chapitre 2 décrit la conception, la fabrication et l'optimisation
du laser mode-locked passif. Les détails expérimentaux de la fabrication du laser
sont donnés. Les caractéristiques temporelles et spectrales du train d'impulsions gé
néré sont détaillées. Le chapitre 3 commence par présenter la théorie des réseaux
de Bragg. Les outils de simulation numérique et de design des réseaux sont ensuite
fournis. Les méthodes de fabrication et de stabilisation des réseavix sont données en
fin de chapitre. Le chapitre 4 traite de plusieurs méthodes de filtrage linéaires basées
sur la technologie des réseaux de Bragg. Nous parlerons des techniques de filtrage
visant à affecter l'amplitude et la phase de trains d'impulsions suivant des critères
précis. En particulier, nous décrivons comment générer des impulsions brèves ayant
des profils complexes. Nous voyons également comment multiplier le taux de ré
pétition d'un laser mode-locked. Le chapitre 5 fait la démonstration concrète d'une
multiplication du taux de répétition du laser mode-locked que nous avons décrite
au deuxième chapitre. Le chapitre 6 présente les résultats que nous avons obtenus
en utilisant un filtrage non-linéaire basé sur un miroir non-linéaire de type NOLM.
Nous montrons qu'une conversion de fréquence, un lissage du profil de phase, une
compression temporelle et une duplication du train d'impulsions sur plusieurs fré
quences sont obtenus simultanément grâce au NOLM. Le chapitre 7 conclut le do
cument en caractérisant les bruits d'amplitude et de synchronisation temporelle du
laser, avant et après les différents filtrages appliqués.
Ju
Première partie
la cavité laser. Les impulsions sont générées à des cadences de l'ordre du kilohertz
et ont des durées de l'ordre de quelques nanosecondes. Finalement, le régime mode-
locked (ou régime à synchronisation modale) permet de produire des impulsions
ultrabrèves au moyen d'une modulation des pertes dans la cavité. Cette modulation
doit être rapide et à un taux égal ou multiple du temps de propagation de la lumière
dans la cavité. La raie laser est alors très élargie et contient de nombreux modes de
cavité mis en phase par la modulation. La durée des impulsions varie typiquement
de la dizaine de picosecondes à quelques femtosecondes. Les cadences de modula
tions varient du kilohertz à la dizaine de gigahertz. Nous allons, dans ce chapitre
étudier en détail ce type de laser.
Dans cette première partie du document, nous étudierons les principes fonda
mentaux des lasers mode-locked dans le cas particulier des lasers à fibre. Une fois
que nous aurons jeté ces bases, nous décrirons et comparerons les différents types de
lasers existants. Cette étape nous permettra d'expliquer notre choix quant à la source
laser utilisée dans ce projet. Nous irons ensuite dans le détail de la fabrication et de
l'optimisation de cette source.
Chapitre 1
"N
>/)
ex
in
eu
u
wwwvwwwwwwvww II CD
■g
o
fi
3
OH
70- 7^~
to Temps
1i -1 9 +i
Puissance
|1/T
"N "^ A A v -N
Fréquence
ZZL Isolateur
Pompe optique
Fibre amplificatrice
dopée
Ajustement de la
longueur de cavité
Modulateur
Contrôleur de
polarisation 'L Sortie laser
Rendue plus courte par chaque passage dans le modulateur, l'impulsion atteint un
état stationnaire après un certain temps, comme cela est décrit par SlEGMAN au cha
pitre 27 de son manuel [65]. Le modèle classique de ce type de laser considère une
impulsion gaussienne, ce qui est justifié dans la plupart des cas et une modulation
sinusoïdale de fréquence fm dont la profondeur m peut varier. Lorsque la condition
de stationnante est atteinte, la durée de l'impulsion AT à mi-hauteur (FWHM) est
[66]:
AT 4 = f8 (1.2)
m- fm- Afg
où Afg est la largeur spectrale du gain et 1 + g est le gain par passage dans l'amplifi
cateur. Il est à noter que si une compression soliton se produit dans la cavité, cette for
mule ne tient plus. Dans ce cas, l'impulsion n'est plus gaussienne, mais solitonique,
donc de forme sécante hyperbolique au carré dans le cas du soliton fondamental.
La compression solitonique provoque, comme son nom l'indique, une compression
supplémentaire de l'impulsion, qui peut alors avoir une durée de l'ordre de la pico
seconde. Nous venons d'expliquer comment le modulateur permet de générer des
impulsions brèves. Cependant, nous n'avons pas expliqué pourquoi la synchronisa
tion modale ou mode-locking a lieu. Pour cela il nous faut regarder ce qui se passe
dans le domaine fréquentiel. La figure 1.3 montre comment l'impulsion passe au tra
vers du modulateur lorsqu'il s'ouvre à chaque tour de cavité. En bas de la figure, on
voit une partie du spectre optique du laser. L'effet du modulateur est d'injecter de
l Temps
8 1
Tcav *"'" XXXXXX
s
-#— #-►
Fréquence
FlG. 1.3 - Principe du mode-locking actif
La modulation périodique crée des impulsions dans le domaine [Link] le domaine spectral,
ceci se traduit par la création de bandes latérales appelées modes laser qui s'injectent de l'énergie
mutuellement, de proche en proche. Un mode laser, s'il existe, se situe sur un mode de cavité. Les
représentations temporelles et spectrales sont présentées en haut et en bas de lafigurerespectivement.
Chapitre 1. Les lasers à fibre mode-locked 19
la puissance de chaque harmonique vers les deux modes de cavité voisins séparés de
±fm = ±\/rcav. Les harmoniques ainsi créés permettent à leur tour une injection de
puissance vers les harmoniques voisins, et ce, de proche en proche jusqu'à couvrir
une large bande spectrale qui sera d'autant plus large que l'impulsion lumineuse est
courte. Comme tous ces harmoniques sont interdépendants et produits par le même
modulateur, on dit qu'ils sont asservis par injection, ou «injection locked». Ce phé
nomène permet d'expliquer la synchronisation modale ou mode-locking des modes
laser.
Tcav Modulation
ï
MAMMM
P-,
Temps
Fréquence
FlG. 1.4 - Principe du mode-locking actif harmonique
Lorsque la fréquence de modulation est un multiple entier de la fréquence fondamentale de la cavité,
le laser fonctionne en régime mode-locked harmonique. L'exemple présenté correspond à un régime
mode-locked où quatre impulsions coexistent dans la cavité. Les représentations temporelle et
spectrale sont présentées en haut et en bas de lafigurerespectivement.
fait vers les deux modes de cavité situés à une distance de ± / m = ±k/rcav. Idéa
lement, les modes de cavité intermédiaires qui ne sont pas injectés ne contiennent
Chapitre 1. Les lasers à fibre mode-locked 20
pas d'énergie. Ces modes sont indésirables puisqu'ils sont synonymes de distorsion
harmonique du train d'impulsions, autrement dit, de bruit d'amplitude. Ces modes
indésirables sont souvent appelés supermodes. Pour les éliminer autant que possible,
il faut que la fréquence de modulation soit rigoureusement égale à un multiple de
la fréquence fondamentale de la cavité. Puisque les lasers expérimentaux souffrent
toujours de très légères variations de longueur de cavité à cause de vibrations, de
fluctuation de la température, etc., il est parfois nécessaire d'asservir cette longueur
de cavité au moyen de dispositifs de stabilisation. Nous reparlerons de distorsion
harmonique au chapitre 7 de ce document. Les supermodes sont définis dans le do
maine optique. Il faut cependant savoir que l'expression bruit de supermodes («super
mode noise») est définie dans le domaine radio fréquence. En effet, il est clair que
la distortion harmonique du train dans le domaine optique est également visible
dans le domaine radio fréquence, après détection du train par une photodiode ra
pide. Dans ce document, nous aurons à passer du domaine électrique au domaine
RF et le terme «supermode», qui sera utilisé dans les deux domaines pourrait prêter
à confusion. Nous utiliserons donc l'expression supermodes lorsque nous serons dans
le domaine optique et l'expression bruit de supermodes lorsque nous serons dans le
domaine RF. Nous seront ainsi en accord avec vocabulaire employé ailleurs dans la
littérature [67]. Dans les deux cas, nous parlerons d'une distortion harmonique du
train d'impulsions. Nous venons d'étudier le mode-locking actif, qui permet la syn
chronisation modale fondamentale ou harmonique au moyen d'un modulateur. Ce
type de laser est approprié pour générer des trains d'impulsions à hauts débits, ou
du moins à une fréquence égale à la fréquence de modulation. Grâce à cette tech
nique, il est aujourd'hui possible d'atteindre des débits allant jusqu'à quelques di
zaines de gigahertz et de générer des impulsions aussi courtes qu'une picoseconde.
Rappelons que la durée des impulsions est liée à la fréquence de modulation par
l'équation 1.2. Nous allons maintenant nous intéresser au laser mode-locked passif,
qui comme son nom le suggère n'a pas recours à un modulateur pour réaliser la
synchronisation modale.
Pertes
100%
0
Intensité
FlG. 1.5 - Fonction de transfert d'un absorbant saturable
Un absorbant saturable idéal privilégie les fortes intensités en bloquant celles situées sous le seuil 1s.
turable induit des pertes importantes sur un signal optique peu intense alors qu'il
devient transparent pour des signaux plus intenses qu'une certaine intensité seuil Is.
En choisissant la valeur de Is suffisamment élevée, de manière à ce que seule la puis
sance crête d'une impulsion brève puisse être au-dessus du seuil, il est possible de
favoriser un fonctionnement en régime mode-locked plus efficace, car il minimise les
pertes. Dans ce cas, les pertes sont minimisées par rapport au régime CW de même
puissance moyenne, lequel se retrouve au-dessous du seuil. Il faut savoir qu'en phy
sique des lasers, une règle non écrite est qu'un laser s'adapte aux conditions aux
quelles il est soumis pour maximiser son efficacité. Une cavité laser incorporant un
absorbant saturable va donc s'adapter et privilégier le régime mode-locked à un ré
gime CW puisque les pertes par tour de cavité sont inférieures. En pratique les pertes
d'un absorbant saturable ne varient pas entre 0 et 100% et une profondeur de mo
dulation nettement inférieure peut suffire à déclencher le régime mode-locked. De
plus, la transition entre l'état transparent et l'état opaque n'est pas aussi marquée
Chapitre 1. Les lasers à fibre mode-locked 22
que sur la figure 1.5. La figure 1.6 illustre comment une impulsion peut être réflé
chie si elle se trouve au dessus du seuil Is et totalement perdue dans le cas contraire.
Dans le premier cas, il est intuitif qu'une certaine compression de l'impulsion ait lieu
n Absorbant
Intensité
saturable
Is
Temps
' i Intensité
Is
2H
Temps
FlG. 1.6 - Sélectivité en intensité d'un absorbant saturable
Une impulsion réfléchie sur un absorbant saturable sera raccourcie si elle dépasse l'intensité seuil Is
(en haut) et annulée si elle se trouve sous le seuil (en bas).
puisque ses ailes se trouvent sous le seuil et seront par conséquent absorbées. C'est
effectivement le cas en pratique puisqu'une impulsion devient progressivement plus
courte à chaque passage dans l'absorbant saturable jusqu'à obtention d'un état sta-
tionnaire. Ceci, ainsi que l'influence du temps de réponse de l'absorbant est expliqué
au chapitre 28 du manuel de SlEGMAN [65]. Un absorbant au temps de réponse plus
rapide permet de générer des impulsions plus brèves. Le régime mode-locked passif
naît sur du bruit d'intensité. Un pic de bruit d'intensité suffisamment élevée pour
saturer l'absorbant prendra progressivement le dessus sur le niveau de bruit moyen.
Ce pic de bruit sera progressivement amplifié pour mener à une impulsion brève
de durée finie. Typiquement, un absorbant saturable est un miroir multicouches à
semi-conducteur qui peut être conçu pour produire une certaine fonction de trans
fert avec une intensité de saturation donnée et un temps de réponse donné. Nous
l'avons mentionné plus tôt, il est possible de reproduire un comportement similaire
à celui d'un tel composant sans avoir recours aux miroirs semi-conducteurs. Nous
verrons dans les deux prochaines sections que des géométries de cavités particulières
permettent d'atteindre ce but. Il est néanmoins capital de comprendre le fonctionne
ment des ces composants puisque que cela nous permet d'expliquer le fonctionne
ment de tous les lasers mode-locked passifs. En ce qui concerne les lasers à fibres, il
Chapitre 1. Les lasers à fibre mode-locked 23
Sortie laser
Fibre
standard
U
Fibre pour la gestion
de la dispersion
chromatique
FlG. 1.7 - Laser à absorbant saturable semiconducteur
L'un des miroirs de la cavité linéaire est un absorbant saturable incitant le régime mode-locked.
Sortie laser
NQLM/NALKl
ser permet de se passer d'un absorbant saturable. En effet, une impulsion qui entre
dans le NALM est séparée en deux par le coupleur. Les deux impulsions parcourent
le NALM selon des directions opposées pour se recombiner à nouveau dans le cou
pleur. Étant donné que le NALM est construit de façon asymétrique, les deux im
pulsions ne voient pas le même déphasage non-linéaire et peuvent arriver au niveau
du coupleur en phase ou hors phase selon leur intensité. L'impulsion qui parcourt le
NALM dans le sens inverse des aiguilles d'une montre est d'abord amplifiée avant
de traverser le segment de fibre standard. Elle accumule donc un déphasage non-
linéaire important, par opposition à l'impulsion voyageant dans le sens des aiguilles
d'une montre qui n'est amplifiée qu'en fin de parcours. En l'absence d'amplification
et avec une symétrie parfaite, un signal serait intégralement réfléchi par la boucle de
fibre vers le bras où se trouve le coupleur de sortie. Grâce à l'asymétrie et à la dif
férence de phase non-linéaire accumulée, il est possible de totalement transmettre le
signal, c'est-à-dire de le renvoyer vers la branche où se trouve l'isolateur optique. En
conclusion, sans le déphasage non-linéaire approprié, cette cavité ne pourra pas laser
à cause de l'isolateur optique qui bloque le signal. En revanche, s'il y a une différence
de déphasage non-linéaire entre les ondes contradirectionnelles, l'effet laser est ob
tenu. Comment obtenir le déphasage non-linéaire approprié ? Il faut atteindre un
niveau de puissance suffisant. Exactement comme dans le cas d'un absorbant satu
rable, il existe une intensité seuil au-dessus de laquelle l'effet laser peut se produire 2 .
2
En fait, le laser peut fonctionner en régime continu sous ce seuil, mais ce régime est moins efficace.
Chapitre 1. Les lasers à fibre mode-locked 25
Cette fois encore, un régime mode-locked sera donc favorisé. Toujours en analogie
avec l'absorbant saturable, le passage entre l'état transparent et opaque n'est pas dis
cret et une certaine compression de l'impulsion se produit. Ceci est représenté sur la
figure 1.8 où les ailes peu intenses d'une impulsion sont réfléchies par le NALM vers
le coupleur de sortie et donc perdues dans l'isolateur optique. La partie centrale (in
tense) de l'impulsion, quant à elle, est transmise par le NALM et est prête à circuler
à nouveau dans le NOLM. Notons que le déphasage non-linéaire est induit par effet
Kerr dont le temps de réponse est quasi instantané dans la silice, c'est-à-dire de la
femtoseconde. La différence majeure avec le laser étudié dans la section précédente
est la durée des impulsions générées, qui peut facilement être inférieure à la picose
conde. N'ayant pas utilisé ce type de laser durant ce projet nous ne ferons pas l'étude
théorique détaillée du fonctionnement du NALM dans cette section. Par contre, nous
étudierons en détail le fonctionnement d'un NOLM au chapitre 6. Le lecteur est donc
encouragé à se reporter à cette section pour des détails supplémentaires concernant
la conception d'un tel composant. La troisième et dernière cavité étudiée dans ce
chapitre repose encore une fois sur l'effet Kerr. Cette cavité, aussi performante que
la précédente est aussi plus simple. Pour ces deux raisons, nous avons choisi de
construire notre laser sur ce modèle. Ce choix sera justifié au chapitre suivant.
Z"
Pompe
Isolateur
optique
Fibre amplificatrice
dopée
Contrôleur de
polarisation
Polariseur
Contrôleur de
polarisation 'l Sortie laser
1.4 Conclusions
Nous avons vu qu'il existe deux grandes familles de lasers mode-locked : les la
sers actifs et les lasers passifs. Dans ce chapitre, nous avons expliqué les principes
fondamentaux de ces lasers et décrit les principales géométries de cavités existantes.
Il est aussi possible d'identifier une troisième catégorie de lasers «hybrides» qui se
trouve à la frontière entre un laser passif et un laser actif. À partir d'une cavité
mode-locked passive basée sur un effet de rotation non-linéaire de polarisation et
en insérant un modulateur électro-optique dans la cavité il est possible d'obtenir un
Chapitre 1. Les lasers à fibre mode-locked 27
z*
Pompe
Fibre amplificatrice
Isolateur
optique
dopée
Asorban^^tyrable équivalent
Contrôleur de
polarisation
O^O Polariseur
Contrôleur de
polarisation 'LSortie laser
^ien que parfois les impulsions puissent être arrangées de façon quasi régulière.
Chapitre 2. Le laser à rotation non-linéaire de polarisation 30
où Ex et Ey sont les amplitudes des champs selon l'axe rapide et l'axe lent et n2 est
l'indice de réfraction non-linéaire. Ces équations, qui couplent les champs sur les
deux axes de polarisation sont tirées du chapitre 6 du livre d'AGRAWAL [72]. Com
ment cette biréfringence non-linéaire conduit-elle au régime mode-locked? Pour
comprendre cela, nous allons analyser qualitativement l'évolution de la polarisa
tion d'une impulsion lors de sa propagation dans la cavité. Choisissons un point de
départ situé après le polariseur, l'impulsion circulant dans le sens horaire. Dans le
cas général, le contrôleur de polarisation PCI transforme la polarisation de l'impul
sion en une polarisation elliptique comme cela est schématisé figure 2.2. Durant
la traversée de la section de la cavité constituée de fibre standard et de fibre am
plificatrice, l'impulsion subit une rotation de polarisation à cause de la biréfringence
non-linéaire. Le système d'équations 2.1 montre que cette rotation dépend de l'inten
sité du signal. Cela signifie que les fortes intensités situées au centre de l'impulsion
Chapitre 2. Le laser à rotation non-linéaire de polarisation 31
subiront une rotation plus importante que les ailes de l'impulsion. Ainsi, après la
traversée de la cavité (milieu Kerr) nous trouvons une impulsion ayant un profil de
polarisation semblable à celui présenté sur la figure 2.2. Notons qu'une éventuelle
biréfringence linéaire peut empêcher la rotation non-linéaire de polarisation. Il faut
donc, fabriquer la cavité avec une fibre aussi isotrope que possible, ce qui empêche
bien sûr l'utilisation de fibres à maintien de polarisation (PM). Le second contrôleur
de polarisation PC2 a principalement pour but de transformer l'état de polarisation
correspondant aux fortes intensités en une polarisation linéaire alignée sur l'axe du
polariseur, de manière à transmettre la partie centrale de l'impulsion avec un mi
nimum de pertes. Les ailes de l'impulsion quant à elles se trouvent atténuées par
le polariseur. Nous retrouvons ici le fonctionnement typique d'un absorbant satu-
rable. Il faut savoir que dans la littérature ce type de laser est souvent répertorié
comme étant de type «additive puise mode-locking» (APML). La technique APML
[73] est utilisée pour raccourcir la durée d'une impulsion ou même déclencher le ré
gime mode-locked dans une cavité laser. Par définition, la technique APML consiste
à faire interférer deux impulsions pour en générer une nouvelle, plus courte que
les impulsions initiales. Ceci est représenté schématiquement à la figure 2.3. Dans
le cas de notre laser, le modèle APML s'applique facilement en considérant que les
deux impulsions initiales sont les deux impulsions voyageant sur les axes propres
de polarisation de la fibre. L'interférence s'effectue alors sur le polariseur, à la sortie
duquel une impulsion plus courte apparaît. Le modèle APML explique donc de fa
çon alternative le fonctionnement de notre laser. Dans la suite de ce chapitre, nous
nous en tiendrons au modèle de rotation non-linéaire de polarisation.
Nous avons vu qu'en pratique la cavité doit être unidirectionnelle et les fibres
utilisées doivent être aussi isotropes que possible. Si ces conditions sont respectées
Chapitre 2. Le laser à rotation non-linéaire de polarisation 32
Impulsion
résultante
le régime mode-locked peut être obtenu en jouant sur le réglage des contrôleurs de
polarisation jusqu'à l'apparition d'impulsions dans la cavité. Une fois ce réglage ob
tenu, le laser peut être éteint et allumé à loisir sans avoir à manipuler à nouveau les
contrôleurs de polarisation. Nous allons maintenant étudier l'effet de la dispersion
chromatique de la cavité. Lors de la conception de la cavité, ce paramètre est extrê
mement important puisqu'il permet d'influencer largement la puissance et la durée
des impulsions générées.
T2
*d = / (2.4)
P2
zo = yZrf (2-5)
N2 = ^- (2.7)
Po = ^ (2.8)
Dans le cas du soliton fondamental, qui nous concerne ici, nous avons N = 1, c'est-à-
dire Zrf = z„/. Notons que 7 est le coefficient non-linéaire de la fibre optique conforme
à la définition d'AGRAWAL [72]. On retrouve au travers de l'équation 2.7 la relation
d'équilibre entre les effets non-linéaires et la dispersion chromatique. De plus, cette
équation montre que l'amplitude y/Pô et la durée de l'impulsion 7b sont inversement
proportionnelles. En particulier, lorsque N = 1, on trouve Po = Ip^l/^T 2 ,. Cette
relation est à l'origine du théorème de l'aire du soliton. Pour finir avec ce résumé
sur les propriétés des solitons il faut mentionner que ces impulsions n'existent que
dans un milieu de propagation sans perte et sans amplification puisque l'un comme
l'autre de ces effets va à rencontre du théorème de l'aire du soliton 4 . Évidemment, un
tel milieu de propagation idéal n'existe pas et une amplification périodique du signal
est nécessaire lorsqu'il se propage sur de longues distances comme dans un lien
transocéanique ou dans une cavité laser. Il est néanmoins possible de «moyenner»
le comportement de l'impulsion le long de la fibre pour utiliser le concept de soliton
moyen comme dans le cas de transmissions transocéaniques [74] ou dans une cavité
laser [75]. Il est mis en évidence dans ces deux références la remarquable stabilité
des impulsions malgré la présence de pertes et d'amplifications successives. Ceci est
valide à condition que :
- La puissance moyenne crête (P) du soliton moyen soit égale à la puissance
crête Po du soliton adiabatique équivalent.
- ZQ 3> zc, où zc est la période d'amplification/atténuation.
Notons que dans le cas d'une cavité laser en anneau, zc est égale à la longueur de
cavité.
4
Nous ne considérons pas ici les fibres spéciales non uniformes telles les fibres à dispersion dé
croissante.
Chapitre 2. Le laser à rotation non-linéaire de polarisation 35
Nous allons nous attarder à l'un des points que nous venons d'aborder, à savoir
la présence de résonances spectrales observables dans le spectre optique du laser
solitonique. Cette caractéristique est commune à tous les lasers à fibre solitoniques,
comme le laser à rotation non-linéaire de polarisation et le laser à figure en huit. Le
phénomène a été expliqué pour la première fois par KELLY en 1992 [12], de sorte que
l'on réfère souvent à ces résonances par l'expression bandes latérales de Kelly. Selon
KELLY, la propagation non adiabatique du soliton crée un continuum d'énergie se
copropageant et interférant de façon constructive avec l'impulsion pour certaines
longueurs d'onde. Ce continuum est, en effet, une quantité d'énergie que l'impulsion
rejette dans le but de converger vers un soliton. L'interférence constructive entre le
soliton et le continuum s'effectue à certaines longueurs d'ondes définies par [78] :
-1 Ao 1 2
Ordre du pic de résonance
FlG. 2.4 - Résonances de Kelly
Les bandes de Kelly, caractéristiques des lasers solitoniques dégradent le spectre laser. La position de
ces bandes permet d'évaluer la dispersion nette de la cavité laser in situ.
détails de cette mesure, car cette expérience n'avait pour but que de valider notre
estimation de la dispersion de dispersion nette de la cavité et d'estimer la dispersion
de la fibre erbium.
i i 1 1 1 1 1 r
1 1 600
SLm 4nn
TJ
G
0 200
•u
)H
n 1)
O)
É?n
c -';oo
0
1 — 1
r.
53 -400
0)
bu
ala
-600
< i
-<D
t1 -800
Durant ce projet, nous avons choisi d'opérer le laser en mode solitonique pour
plusieurs raisons. D'abord, les impulsions générées sont de bonne qualité, de forme
sécante hyperbolique, avec vin chirp très faible et un bruit d'amplitude négligeable.
Le spectre optique, est également très symétrique, et ne comporte que très peu de
pics de résonance grâce à un réglage du laser approprié. Finalement, les impulsions
sont plus longues et moins puissantes que dans le cas du laser de type «stretched
puise», ce qui nous satisfait, car le signal laser est ainsi plus facile à manipuler. En
effet, les effets non-linéaires et la dispersion auront un impact moins important lors
d'une propagation dans une fibre optique. La section suivante fait un très bref ré
sumé sur le mode d'opération stretched-pulse et va en récapituler les principales
caractéristiques expérimentales.
Dans cette section, nous allons décrire le laser que nous avons fabriqué dans ce
projet. Comme nous l'avons mentionné plus tôt, le laser opéré en régime solitonique
peut générer des impulsions au taux de répétition fondamental ou fonctionner en
régime multipulse lorsque la puissance de pompage est trop grande. Dans ce cas,
des paquets d'impulsions plus ou moins ordonnés sont générés par le laser. Nous ne
décrirons que très brièvement ce deuxième mode de fonctionnement.
de fibre erbium. La fibre amplificatrice est une fibre erbium fournie par le dépar
tement de recherche et développement de la compagnie Coractive. À notre connais
sance cette fibre n'est pas un produit vendu. Dans le reste de ce chapitre, à l'exception
de la section traitant du régime multipulse, le courant de pompe utilisé est de 91 mA
correspondant à une puissance optique d'environ 17 mW. Les caractéristiques d'ab
sorption et d'émission de la fibre erbium sont donnés à l'annexe B au travers des
paramètres de GiLES [79]. La caractérisation de la diode laser pompe est également
fournie à l'annexe B. Nous l'avons vu à la section précédente, la dispersion de la
fibre erbium est d'environ —10,9 f s / n m / m , ce qui signifie que la dispersion nette
de notre cavité est positive et permet le régime solitonique. La longueur de la ca-
WDM 1 Longueur segment : 94 cm
WDM2,
Sortie laser
■4 Isolateur
optique
■* Contrôleur de
polarisation
vite a été choisie pour mener à un taux de répétition fondamental de 31,25 MHz,
ou 32,0 ns. Ceci a pour unique but de mener à un taux de répétition multiple de
1 GHz après la multiplication du taux de répétition que nous décrirons au chapitre
5. Une fois cette longueur fixée, nous avons ajusté les longueurs relatives de fibre
erbium et standard pour obtenir le régime solitonique avec une durée d'impulsion
d'environ 350 fs. Cette durée d'impulsion sera suffisamment courte pour procéder
à la multiplication du taux de répétition, mais suffisamment longue pour être mani
pulée aisément. Par manipulation aisée, il faut comprendre : transporter l'impulsion
au moyen d'une fibre optique en limitant l'impact négatif des effets non-linéaires et
de la dispersion. La fibre erbium a été délibérément placée juste avant le coupleur
de sortie. Ceci fait en sorte que les impulsions à la sortie du laser sont chirpée né
gativement. L'ajout d'une longueur appropriée de fibre standard permet alors de
Chapitre 2. Le laser à rotation non-linéaire de polarisation 41
2U 12
Résidu de
pompe ,
h\
30
40
Y I eu
0
C
!/) m
Il)
PH
50 m ■ (A
</)
"3
fin
60
1450 Ay 1500 )
1550 1600
Longueur d'onde [nm]
0
1650
8,26 nm, soit 1,032 THz. Nous avons superposé à ce spectre une courbe sécante hy
perbolique au carré mettant en évidence la symétrie et la grande qualité du spectre
optique. Le profil sécante hyperbolique carré s'ajuste bien au spectre mesuré. Ceci est
en accord avec la théorie des solitons, car le spectre optique d'une impulsion sécante
hyperbolique est de forme sécante hyperbolique 5 . Il a été observé que différents
réglages des contrôleurs de polarisation permettent de choisir la longueur d'onde
du laser sur une plage commençant approximativement à 1535 nm jusqu'à 1565 nm.
Ceci est illustré à la figure 2.10 pour cinq réglages différents. Il faut savoir que le
laser doit être pompé plus fortement pour des longueurs d'onde plus faibles, car le
gain est moins important. Nous n'avons pas caractérisé les performances du laser en
fonction de la longueur d'onde. Nous pouvons cependant dire que la largeur spec
trale et la durée des impulsions varient en fonction de la longueur d'onde. Dans le
cas de notre laser, le réglage de la longueur d'onde laser ne nécessite pas l'incorpo
ration d'un filtre optique à l'intérieur de la cavité, contrairement à ce que TAMURA
et al. proposent à la référence [14]. La figure 2.11 montre la trace d'autocorrélation
mesurée avec l'autocorrélateur optique de marque Femtochrome après le segment de
94 cm auquel on ajoute un autre segment de fibre standard de 48 cm de manière à
compenser au mieux le chirp de l'impulsion. Le profil d'autocorrélation est présenté
5
Tout comme la fonction gaussienne, la fonction sécante hyperbolique a une transformée de Fou-
rier de type «auto-transformée».
Chapitre 2. Le laser a rotation non-linéaire de polarisation 43
01
u
3
a,
-20
-30
S
CQ
■
TS
<u - 4 0 / ///) \ \J\\ v\I ■
<_> / / 1 \\
Ucri
IAÎ / /// ^. v\
|-50
-60
1500 1520 1540 1560 1580 1600
Longueur d'onde |nm]
Mesure / \
534 fs
G /
O \
x: /
■rfF* i
■3 0
1 1 p 1"■■1.,. 1 I
fc 10"
oy v Échelle log
o
I IO-1
io-2 • «kk. 1 1
io- llklLi, î
4500 4000 -500 0 500 1000 1500
T e m p s [fs|
suggère une durée d'impulsion d'environ 347 fs. Le produit de la durée temporelle
Af et de la largeur spectrale A/, permet d'estimer la qualité des impulsions en terme
de chirp. Ici, on trouve AtAf = 0,358 alors que la limite théorique pour un soliton
fondamental est de 0,315. Nous pouvons donc estimer que l'impulsion est élargie
de 14% à cause d'un chirp résiduel complexe. Par chirp complexe, il faut comprendre :
chirp que l'ajout d'un simple segment de fibre standard ne peut pas compenser. Dans
la section précédente de ce chapitre, nous avons montré comment mesurer la disper
sion nette de la cavité in situ, c'est-à-dire lorsque le laser fonctionne. Pour faire cette
mesure, nous avons modifié légèrement le réglage des contrôleurs de polarisation
de manière à faire apparaître les résonances de Kelly dans le spectre optique. Nous
avons veillé à ce que le spectre laser soit centré sur la même longueur d'onde de
1552 nm et à ce que les impulsions aient la même durée que précédement. Le spectre
optique du laser est montré sur la partie supérieure de la figure 2.12. Un total de
sept bandes est visible. La partie inférieure de la figure montre le décalage en lon
gueur d'onde au carré (AA2,) des ordres de résonance. Une régression linéaire sur
les valeurs de AA2 nous permet de trouver une pente m=346 nm 2 . L'utilisation de la
formule 2.10 mène alors à une valeur de dispersion de Dmtte = + 7 f s / n m / m .
Chapitre 2. Le laser à rotation non-linéaire de polarisation 45
PQ
'3
PH 1500 1540 1580
Longueur d'onde [nm]
3
OJ 1500
■si
8P.S
u 1500 - 3 - 2 - 1 0 1 2 3 4 5
-ai
O n, Ordre du pic de résonance
FlG. 2.12 - Estimation de la dispersion nette de la cavité
Un réglage des contrôleurs de polarisation adapté permet défaire apparaître les bandes de Kelly dans
le spectre laser (haut). La mesure de dispersion nette est faite en analysant la position de ces bandes
au travers du paramètre AÀ^ (bas).
Nous avons utilisé une photodiode rapide Newfocus de 45 GHz modèle 1014 pour
observer le train d'impulsions produit par le laser. La photodiode est connectée à un
oscilloscope rapide Infiniium de marque Agilent de bande passante 10 GHz utilisé en
mode temps réel. L'oscilloscope est donc l'élément ayant la plus faible bande pas
sante. En première approximation, le signal électrique correspondant à une impul
sion optique sera donc la réponse impulsionnelle de l'oscilloscope. Étant conscients
de cela, nous pouvons maintenant analyser les traces temporelles montrées à la fi
gure 2.13. Sur cette figure ainsi que la suivante, les niveaux de masse et de déclenche
ment (T=trigger) sont affichés à droite de chaque courbe. Les deux triangles situés
face à face en haut et en bas de l'écran indiquent l'instant de déclenchement. L'oscil
loscope est doté de deux modes de fonctionnement :
- Le mode temps réel ou «real time», qui permet de faire l'acquisition d'un si
gnal quelconque, au taux d'échantillonnage sélectionné par l'utilisateur ayant
pour valeur maximale 40 • 109 échantillons par seconde. L'oscilloscope acquiert
des échantillons en permanence en attendant l'événement de déclenchement
(trigger). Lorsque cet événement est rencontré, l'oscilloscope stocke et affiche
à l'écran les échantillons qui peuvent être localisés avant, après, ou de part
et d'autre du trigger, au choix de l'utilisateur. Nous voyons sur la figure 2.13
que nous avons choisi de retenir des points de part et d'autre de l'instant de
déclenchement.
Chapitre 2. Le laser à rotation non-linéaire de polarisation 46
- Le mode temps équivalent ou «équivalent time», qui n'est utile que lorsque
le signal étudié est périodique. La trace affichée est reconstruite à partir de
mesures successives effectuées à un taux d'échantillonnage assez faible. Pour
les mesures présentées dans ce document, nous avons préféré le mode temps
réel qui ne fait pas de reconstruction du signal.
—i F w
5< ns/ div ! 1 10 ) psjdiv i
1111
| i I j ; \ ;
....
; i 1
... ; i J
I 1
"4- r 1 if
! 1
i i \:
.... >3\h
Étant ici très proche de l'instant de déclenchement, il est normal de voir des im
pulsions presque parfaites ayant un jitter6 temporel apparemment très faible. Pour
voir les effets du jitter il faudrait déplacer la fenêtre de mesure loin de l'instant de
déclenchement, typiquement 1 ms suffit pour voir un important bruit de synchro
nisation temporel. Dans ce cas, le jitter perçu est aussi causé par le jitter de la base
de temps de l'oscilloscope. La trace de gauche montre des impulsions régulièrement
espacées de 32 ns et ayant une amplitude constante. L'équation 1.1 confirme que ce
taux de répétition correspond au régime mode-locked fondamental, étant donné la
longueur de cavité de 6,6 m. Un zoom sur une impulsion est présenté sur la courbe
de droite. La trace observée correspond approximativement à la réponse impulsion
nelle de l'oscilloscope qui a une durée à mi-hauteur mesurée d'environ 70 ps.
sance moyenne obtenue est 500 fiW. Supposant des pertes de 20% après le coupleur
de sortie et un coefficient de couplage de sortie de 20%, on peut estimer la puissance
moyenne dans la cavité à 3,12 mW. Nous pouvons donc déduire une puissance crête
de 254 W et une énergie par impulsion de 100 pj dans la cavité. L'explication de ces
calculs est donnée à l'annexe C. Ces valeurs doivent être utilisées avec précaution,
car nous avons considéré que l'impulsion dans la cavité avait une durée de 347 fs, ce
qui est faux puisque l'impulsion se contracte et se dilate fortement sur un tour de ca
vité. Cela dit, nous ne connaissons pas la dynamique exacte que subit l'impulsion, ce
qui nous oblige à choisir cette valeur de durée, qui correspond approximativement
à la durée minimale de l'impulsion dans la cavité. Si on calcule la puissance crête
théorique d'un soliton de durée 347 fs, on trouve PQ = 188 W, ce qui est inférieur à
la valeur de 254 W prédite. La période caractéristique du soliton vaut, quant à elle,
ZQ = 6,7 m. Encore une fois, ce calcul est imprécis, car la dynamique de l'impulsion
dans la cavité n'est pas connue. De plus, pour ce calcul nous avons utilisé la valeur
de dispersion mesurée Dnette = + 7 f s / n m / m qui comporte une incertitude, qui peut
à elle seule expliquer l'écart entre la valeur théorique et mesurée. Si on considère le
train d'impulsions à la sortie du laser, nous trouvons une puissance crête de 41 W et
une énergie par impulsion de 16 pj.
Fréquence [MHz]
FlG. 2.14 - Spectre radiofréquence du train d'impulsions
Spectre électrique radiofréquence à In sortie de la photodiode montré sur une plage [0 GHz-20 GHz]
(haut) et 10 MHz-200 MHz! (bas). La mesure est limitée par la bande passante de la photodiode et de
l'analyseur RF.
la cavité [76, 77]. Ces impulsions interagissent de façon complexe. Nous avons par
exemple observé des impulsions voyageant à des vitesses différentes, se croiser, se
repousser ou se regrouper. Nous avons aussi observé des arrangements quasiment
réguliers, s'apparentant à du mode-locking harmonique, comme G R U D I N I N et al. le
décrivent dans la référence [11]. GRUDININ décrit également que l'arrangement n'est
pas parfaitement périodique et comporte un jitter important, pouvant aller jusqu'à
15 ps. Derrière ces observations existent des phénomènes complexes d'interactions
entre solitons, qui sont en cours d'investigation par plusieurs groupes de recherche.
Cette physique très riche et très intéressante ne sera pas traitée ici, car cela sort du
contexte de notre projet. Nous allons nous contenter de donner un bref aperçu de nos
observations de manière à appuyer une fois encore la validité du modèle de laser so-
litonique. La figure 2.15 montre un train d'impulsions à un instant donné, obtenu
pour un courant de pompe de 298 mA. Il faut s'imaginer que sur la partie gauche de
la figure les impulsions sont en mouvement les unes par rapport aux autres. Elles
10 fis/djiv
< *•+ v v ■
4 ;-i-'-
rt t
3?
les impulsions individuelles lorsqu'elles sont très rapprochées, il faut utiliser un au-
tocorrélateur optique. La mesure d'autocorrélation présentée à la figure 2.17 donne
l'exemple d'un paquet d'impulsions très rapprochées. Précisons que lors de la prise
de cette mesure, la dispersion n'a pas été compensée de façon appropriée de sorte
que les impulsions paraissent élargies.
Pour conclure cette section nous allons donner la marche à suivre pour mettre
en marche le laser et atteindre le régime mode-locked fondamental. D'abord, pour
faciliter l'apparition du régime mode-locked, la puissance pompe doit être augmen
tée jusqu'à une valeur de 300 — 400 mA. Ensuite, si le laser n'émet pas d'impulsions
(régime CW), les contrôleurs de polarisation doivent être ajustés jusqu'à obtenir le
régime mode-locked. Une fois cela obtenu, il faut diminuer lentement le courant de
pompe jusqu'à perdre le régime mode-locked. Le courant pour lequel nous avons
perdu le mode-locking est notre courant de seuil, qui est typiquement 90 — 100 mA
pour notre laser. Il faut alors répéter l'opération en retrouvant le mode-locking et
en diminuant le courant en s'arrêtant juste avant de passer sous le seuil. Ceci nous
assure une opération en régime fondamental avec une bonne qualité d'impulsion
Chapitre 2. Le laser à rotation non-linéaire de polarisation 51
C
o
•43
PS
o
y
2
Temps [ps]
FlG. 2.17 - Profil d'autocorrélation en régime multipulse
Cette trace d'autocorrélation met en évidence la présence d'impulsions très rapprochées en régime
multipulse.
2.3 Conclusions
aussi rapide soit-elle est aujourd'hui limitée à des bandes passantes de quelques di
zaines de gigahertz alors que l'optique permet d'appliquer des filtrages avec des
bandes passantes de l'ordre de quelques dizaines de térahertz. Un autre avantage
des techniques de filtrage optique est leur aspect passif, c'est-à-dire ne nécessitant
pas de source d'énergie. Par exemple, un filtrage à base de réseaux de Bragg est pu
rement passif, par conséquent simple et potentiellement peu coûteux. Les réseaux
de Bragg permettent d'appliquer un filtrage complexe sur un signal optique en af
fectant son amplitude et sa phase. Il est donc possible d'appliquer des fonctions de
filtrage avancées dans le but, par exemple, d'augmenter le taux de répétition de la
source laser que nous venons de construire. La deuxième partie de ce document trai
tera précisément de ce point. Le chapitre 3 commence par introduire le lecteur aux
réseaux de Bragg, à la suite de quoi nous décrirons, au chapitre 4, les différentes
techniques de filtrage que nous avons étudiées. Le chapitre 5 sera dédié à la mul
tiplication du taux de répétition de notre laser. Nous expliquerons alors comment
nous avons atteint des taux de répétition de quelques centaines de gigahertz. Fina
lement, le chapitre 6 traitera des techniques de traitement du signal non-linéaires.
Nous verrons que ces filtrages optiques non-linéaires sont très complémentaires aux
filtres linéaires que sont les réseaux de Bragg.
>s«.
Deuxième partie
Le principe fondamental
Historique
Les lointaines origines du réseau de Bragg doivent être attribuées à JOSEPH VON
FRAUNHOFER, qui invente et fabrique le premier réseau de diffraction en 1821 et ré
volutionne ainsi le monde de la spectroscopie. Le réseau de diffraction particulier
qu'est le réseau de Bragg doit son nom à WILLIAM HENRY BRAGG, pour ses tra
vaux précurseurs sur la diffraction des rayons X dans des structures cristallines [80].
WILLIAM HENRY BRAGG sera récompensé en même temps que son fils, WILLIAM
LAWRENCE BRAGG, du prix Nobel pour ses travaux en 1915. Le premier réseau de
Bragg photoinscrit dans le cœur d'une fibre optique ne sera découvert que bien plus
tard et par hasard par HlLL et al. en 1978 [81]. HlLL venait alors de fabriquer le pre
mier réseau de diffraction dans le cœur d'une fibre optique. 10 ans plus tard, en 1987,
STONE observa qu'un réseau de Bragg pouvait être fabriqué dans n'importe quelle
fibre optique dopée au germanium [82]. Le regain d'activité qui eut alors lieu mena
à une découverte fondamentale par MELTZ et al. qui fabriquèrent le premier réseau
de Bragg avec un montage holographique [83]. Cette technique permettait de fabri
quer assez simplement des réseaux de Bragg à des longueurs d'onde variables. Les
nouvelles possibilités offertes par l'écriture de réseaux de Bragg trouvèrent rapide
ment des applications comme dans le cas de réflecteurs pour des cavités de lasers
à fibre par exemple [84]. Une autre découverte déterminante faite par LEMAIRE et
al. en 1993 fut la possibilité d'augmenter considérablement la photosensibilité de
la fibre optique au moyen d'un procédé d'hydrogénation [85]. Grâce à ce procédé,
nous pouvons aujourd'hui fabriquer des réseaux de Bragg ayant des réflectivités
proches de 100% dans des fibres optiques standard. En 1997 le domaine des réseaux
Chapitre 3. Les réseaux de Bragg 56
de Bragg est déjà très épanoui et des articles de synthèse paraissent, notamment sur
les techniques de fabrication et les applications des réseaux de Bragg [86] ainsi que
sur des méthodes de modélisation [87]. Parmi les applications des réseaux de Bragg
on trouve, dans le domaine des télécommunications optiques, les compensateurs de
dispersion, les filtres égalisateurs de gain, et des filtres de sélection de canaux WDM
par exemple. Les réseaux de Bragg sont également largement utilisés dans le do
maine des capteurs de température, de pression et de contrainte. Dans chaque cas, la
fibre optique et par conséquent le réseau de Bragg qui s'y trouve, subissent une mo
dification qui se traduit par une modification des propriétés de la lumière réfléchie.
Une autre application importante du réseau de Bragg consiste à l'utiliser comme
réflecteur dans des cavités laser. De façon générale, le réseau de Bragg permet d'ap
pliquer un filtrage complexe à un signal optique, puisqu'il est possible de modifier sa
phase et son amplitude. Nous verrons et exploiterons ceci au chapitre 4.
considérons une fibre optique monomode et sans pertes dans la gamme de longueurs
d'onde qui nous intéresse. De plus, nous utiliserons l'approximation de faible gui
dage puisque la différence d'indice entre la gaine et le cœur de la fibre est très faible.
Les champs électriques et magnétiques sont approchés comme étant transverses à
l'axe de la fibre. Les effets de polarisation ne sont pas considérés dans notre étude
et l'équation d'onde scalaire sera utilisée. Par convention, la fibre est orientée selon
la direction +z et nous supposons le champ électrique polarisé selon l'axe x. Une
onde propagative aura une dépendance temporelle notée exp[i(ftz — eût)] avec une
constante de propagation f> et une pulsation co positives. Le réseau est considéré
comme étant une perturbation photoinduite dans la fibre optique. La fibre non per
turbée a un indice de réfraction n(x,y) et la fibre perturbée a un indice n(x,y,z). Dé
finissons nejjr, nCQ et nc\ comme l'indice effectif du mode se propageant dans la fibre
non perturbée, l'indice de réfraction du cœur et l'indice de réfraction de la gaine de
la fibre respectivement. On écrit le champ électrique total comme la somme d'un
champ propagatif et d'un champ contrapropagatif,
J- ï(n2-n2)m2dA
D
»<2» ■ ; m J ■ <37)
L'indice de réfraction nco « neff est la valeur de l'indice dans le cœur, et l'intégration
a lieu sur le plan xy. L'équation (3.6) peut être décomposée en un système de deux
équations différentielles du premier ordre [91],
^ l - i ^ + Du)h = iDub-i
dh
2£zi + ,-(p + Dn)&_i = -iDu&i, (3.8)
Cette décomposition revient à séparer le champ total (3.2) en ses deux composantes
propagative et contrapropagative. En effet, en l'absence de réseau n = il, la solution
de (3.8) est b±\{z) = B±\exp(±iBz) avec B±\ étant constant, ce qui signifie que b±\
correspond aux champs propagatif et contrapropagatif. En l'absence de réseau, les
modes se propagent sans interagir l'un avec l'autre : ils sont orthogonaux. Dans le
cas contraire, les deux modes subissent un couplage d'énergie de l'un vers l'autre.
Pour un réseau de Bragg, le profil de la modulation d'indice est approximativement
sinusoïdal et peut être décrit par 1 :
Cette notation qui consiste à utiliser les indices «ac» et «de» pour représenter l'am
plitude et la valeur moyenne de la modulation d'indice est utilisée ailleurs dans la
littérature [93, 94]. On peut exprimer D\\ (z) comme une fonction sinusoïdale,
où K(Z) est une fonction de z complexe, lentement variable et c(z) est réelle, lente
ment variable représentant les variations moyennes ou DC de er4c(z). Pour simpli
fier l'équation (3.8), nous définissons les nouvelles amplitudes de champ w(z) et v(z)
]
Ou par une somme de sinusoïdes par décomposition en série de Fourier.
Chapitre 3. Les réseaux de Bragg 59
telles que :
En substituant (3.11) et (3.12) dans (3.8) et en ignorant les termes oscillant rapidement
puisqu'ils contribuent peu à l'évolution des amplitudes (synchronous approximation),
nous arrivons aux équations des modes couplés :
du .c ,N
—- = +IÔU + q(z)v
dz
^ = -iSv + q*(z)u. (3.13)
où Aer/flC et àeridc sont les changements d'indice AC et DC et nous avons utilisé l'ap
proximation (n 2 — n2) « 2nco(n — n). Le coefficient de couplage peut être interprété
de la façon suivante : Le module de q est proportionnel à l'amplitude de la modu
lation d'indice. Le terme 6(z) est la phase spatiale de la modulation d'indice dans
laquelle on peut introduire un éventuel glissement de fréquence ou chirp. Ceci est
représenté schématiquement figure 3.2. Le terme intégral dans (3.16) donne la phase
spatiale effective de la modulation d'indice lorsque la partie DC de la modulation est
non nulle. La dérivée de arg q est la phase spatiale de la modulation d'indice en excès
par rapport à la phase d'une sinusoïde parfaite de période A,
dàrgq(z) _ dô
- 2nkàndc(z) (3.18)
dz dz
On constate qu'une variation de l'indice moyen Andc(z) est assimilable à un chirp.
Voici un résumé de notre modèle de réseau de Bragg. Le réseau est caractérisé par
1,501
N
~£
G
0
Ijta
vB
■QJ
> i
CD
Xi
1,500
+L/2
Position normalisée [z
FlG. 3.2 - Exemple de modulation d'indice
Illustration d'une modulation d'indice à pas variable (chirpée) et apodisée de longueur L. Le chirp du
réseau se traduit par une période qui varie selon la position (z). Le terme «apodisation» traduit le fait
que l'enveloppe de la modulation d'indice n'est pas constante, autrement dit Anac(z) varie selon z.
Dans l'exemple présenté ici, cette enveloppe est gaussienne (pointillés). La variation d'indice
moyenne, Anrfe(z) est constante et l'indice de la fibre non perturbée est n — 1,500.
les quantités suivantes : La longueur d'onde de Bragg de design Àg, l'indice effectif
neff et le coefficient de couplage lentement variable q(z). Le module du coefficient
de couplage détermine la force du réseau ou l'amplitude de la modulation d'indice.
Les enveloppes des champs (ou modes) propagatif et contrapropagatif sont liées par
Chapitre 3. Les réseaux de Bragg 61
Le réseau faible
Dans l'approximation de Born, les fonctions r(S) et —\q* (§) forment une paire de
transformées de Fourier et,
En général, un réseau est considéré comme faible, lorsque sa réflectivité est inférieure
à environ 10%. On peut alors se baser sur l'approximation de Born pour évaluer la
Chapitre 3. Les réseaux de Bragg 62
r
\°) = u/ T\ -X ■ U/ T\' (3-23)
7Cosh(7L) — wsmh('yL)
où nous avons défini y2 = \q\2 — S2. Le coefficient de transmission est :
l S 7
() = Uf M -A • X,, M" <3-24)
7 cosh(7L) — lô sinh(7L)
Dans l'approximation de Born, la réflectivité complexe du réseau se simplifie pour
devenir r(S) = —q*Lexp(iSL)Sinc(SL), la fonction sinus cardinal étant définie par :
Sinc(x) = sin(x)/x. Ce résultat est en accord avec la relation de Fourier (3.21). La
figure 3.3 montre la réflectivité R(S) — \r(S) \2 d'un réseau uniforme pour différentes
valeurs du coefficient de couplage q. La réflectivité s'approche de la valeur de 100%
lorsque le q augmente.
Dans cette première méthode, nous intégrons les équations des modes couplés en
utilisant un algorithme de Runge-Kutta [95]. On définit d'abord le coefficient com
plexe r(z;ô) = v(z;ô)/u(z;S). En dérivant r(z;ô) par rapport à z et en substituant
Chapitre 3. Les réseaux de Bragg 63
100%
-20 -10 0 10 20 30
Detuning normalisé ÔL
FlG. 3.3 - Réflectivité d'un réseau uniforme
Cettefiguremontre la réflectivité d'un réseau uniforme calculée en fonction de la force du coefficient
de couplage q. Lorsque qL = 0,5, la forme du spectre est proche d'une fonction Sine2, comme le
prévoit l'approximation de Born. Dans les trois cas, la longueur du réseau est L — 1 cm. Un
detuning S — ±30 cm~l équivaut environ à une plage de ±0,8 nm ou ±100 GHz à 1550 nm.
le résultat dans les équations des modes couplés (3.19), on arrive à l'équation de
Riccati :
dr(z;S)
= -2iSr-q(z)r2 + q*(z). (3.25)
dz
En appliquant les conditions aux limites r(L;S) = 0, nous pouvons, en partant de
la fin du réseau, utiliser un algorithme de Runge-Kutta vers z = 0. Le coefficient
de réflexion du réseau devient r(S) — r(0;S). Bien que cette méthode soit simple,
le nombre d'itérations de la routine Runge-Kutta doit être important pour assurer la
convergence. Dans certains cas, le temps de convergence est si grand que l'utilisation
de la méthode des matrices de transfert est préférée.
Cette méthode est la plus populaire pour faire la simulation de réseaux de Bragg
non uniformes et c'est celle que nous utilisons dans la suite de ce document. Bien
que notre notation ne soit pas la même, le principe exposé ici est similaire à celui
décrit d'abord par YAMADA et al. en 1987 [96] ou par ERDOGAN en 1997 [87]. Nous
divisons d'abord le réseau en un nombre suffisant, N, de sections afin que chaque
section puisse être traitée approximativement comme un réseau de Bragg uniforme.
Définissons la longueur d'une section par A = L/N. En appliquant les conditions
Chapitre 3. Les réseaux de Bragg 64
aux limites et en résolvant les équations des modes couplés de manière similaire à
ce que nous avons fait à la section [Link] pour les réseaux uniformes, nous trouvons
la matrice de transfert suivante reliant les champs en z et en z + A :
u(L) u(0)
(3.27)
v(L) v(0)
Tu T2i
(3.28)
T\2 T22.
Une fois que T est déterminée, les coefficients de réflexion et de transmission com
plexes du réseau sont obtenus par les relations :
r(S) = -T21/T22
t(S) = I/T22, (3.29)
grâce aux conditions aux limites que l'on a insérées dans (3.27). L'avantage de cette
méthode est qu'elle est précise et efficace puisque le nombre de sections peut être
ajusté selon les besoins.
Cette méthode [97] est basée sur la méthode de ROUARD. SKAAR a ensuite mo
difié la méthode pour l'améliorer en terme de rapidité [93]. Au lieu de faire une
discrétisation uniforme comme ci-dessus, nous faisons ici une discrétisation du ré
seau en une suite de réflecteurs complexes discrets. Chaque matrice de transfert peut
alors être remplacée par TA • Tj, où :
yA _
exp(i'M) 0
(3.30)
0 exp(-ï'M)
Chapitre 3. Les réseaux de Bragg 65
est une matrice de propagation pure obtenue en faisant tendre q vers 0 (q —► 0) dans
la matrice de (3.26), et
1
-1/2 'Pi (3.31)
(1 - Pi )
-Pi !
est la matrice du réflecteur discret obtenue en faisant tendre q vers l'infini (q —> oo)
tout en gardant qA constant. Le coefficient de réflexion discret est donné par pj =
- tanh (1^1 A) q*. / \qj\. En utilisant TA • T?, au lieu de (3.26) on trouve une équation
récursive
pj + r(z + A;ô)exp(2iSA)
r{Z,Ô) == (332)
l + p*r(z + A;S)exp(2iëA)'
Le coefficient de réflexion du réseau est obtenu en posant r(L;S) = 0 et en résol
vant (3.32) en remontant vers z = 0, donnant ainsi le coefficient r(S) = r(0;S). En
contraste avec la méthode d'intégration numérique directe, cette méthode est exacte.
De plus, cette méthode est très rapide puisqu'elle ne nécessite l'évaluation d'une
fonction hyperbolique O(N) fois au lieu de 0(N2) fois avec la méthode matricielle.
Les deux dernières méthodes sont exactes dès l'instant que la discrétisation a été
effectuée. L'imprécision de calcul vient de l'étape de discrétisation. La méthode des
réflecteurs discrets donne cependant la réflectivité du réseau multipliée par une large
fonction Sine dans le domaine spectral. Cette fonction Sine sera d'autant plus large
que le réflecteur discret sera étroit. Ceci peut être problématique, surtout dans le cas
d'un réseau avec une réponse spectrale très large.
Réponse temporelle
qL=0,5
Gibbs
"S
o
'to
qL=2
1
r,
o qL=8
SX
0
_L
to 2to
Temps d'aller-retour dans le réseau
FlG. 3.4 - Réponse impulsionnelle d'un réseau uniforme
Cette figure montre la réponse impulsionnelle correspondant aux trois cas de la figure 3.3. Lorsque
qL — 0,5, la réponse est une image approximative de la modulation d'indice uniforme, comme le
prévoit l'approximation de Born. Lorsque qL augmente, l'essentiel de l'énergie est réfléchie par le
réseau avant d'avoir pénétré jusqu'au bout de la structure atteinte pour un temps d'aller-retour to-
vira au chapitre 4. La plupart des propriétés sont données soit dans les articles de
SONG [105] ou de POLADIAN [92].
1. Relations de symétrie
q(z) —> q(z) exp(iOo) <^> r(S) -» r(S) exp(-Wo); t(S) est invariant. (3.35)
q(z) -> aq(az) e> r{5) -> r(6/a); t(â) -* t(ô/a). (3.36)
q{z) —► g(z - z0) <^> r(£) —► r(<5) exp(z'2<5zo); t(S) est invariant. (3.37)
5. Décalage en fréquence
r(S) -> r(<5 - <JQ); t(<J) -* t(S - <50) <*• q(z) -> q(z) exp(i2â0z). (3.38)
q(z) -> -<f*(-z) ^ r(â)/t(ô) -> -r*(S)/t*(S); t(S) est invariant. (3.39)
Notons que l'inversion physique signifie que Du(z) —► D n ( - z ) dans (3.11), ce qui
implique ^(z) —» —^*(—z) grâce à (3.11) et (3.14). Si on appelle r\ le coefficient de
réflectivité vu depuis le côté gauche du réseau et r2 celui vu depuis le côté droit on
peut écrire les relations suivantes
|r 1 2 | 2 + |t| 2 = 1 (3.40)
T
4 = ^ (3.41)
r2 t
où (3.40) est la relation triviale de la conservation d'énergie dans un réseau sans
pertes. Dans la suite de ce document nous ne considérerons que des réseaux sans
pertes. L'équation (3.41) relie les deux coefficients de réflexion r\ et r2. Cette dernière
propriété est importante et elle nous servira au chapitre 4.
Chapitre 3. Les réseaux de Bragg 68
Le modèle que nous venons de mettre en place nous permet de faire l'étude nu
mérique de n'importe quel type de réseau de Bragg. Nous allons illustrer ceci en
décrivant brièvement les différentes familles de réseaux que sont les réseaux apo-
disés, les réseaux à pas variable (chirpés), les réseaux échantillonnés et les réseaux
superposés ou à profil complexe. Nous verrons au chapitre 4 des exemples concrets
d'utilisation de ces réseaux. Le premier cas étudié ci-dessous est le réseau apodisé.
Dans les simulations numériques décrites dans ce document, nous utilisons un in
dice effectif calculé à partir de la fréquence normalisée V de la fibre optique :
V = a x 2TT x NA x S (3.42)
b = (U42Bxy-0,996)» ^
1,501
N
G
%
■■e
ri
CD
8
■ FH
1,500
Position normalisée [z
FlG. 3.5 - Apodisation en amplitude ou en intensité
La courbe en pointillés illustre une modulation d'indice apodisée en intensité, induisant un chirp
local. L'autre courbe illustre une modulation d'indice apodisée en amplitude, c'est-à-dire ayant un
paramètre An</C constant.
o .2
-ai - 3
Pu
q
• o
20 40 60 80 100 120
Temps [ps]
FlG. 3.6 - Réseaux apodisés
Illustration de la différence entre un réseau apodisé en amplitude (trait plein) et en intensité
(pointillés). Dans le deuxième cas, le chirp local de la structure entraîne une réponse asymétrique
avec des lobes secondaires du côté des hautes fréquences.
A(z) = A 0 + C x z (3.46)
194,5
193,6
0 20 40 60 80 100 120
Temps (ps]
FlG. 3.7 - Réseaux à pas variable
La réflectivité, le délai ainsi que la réponse impulsionnelle en amplitude et en phase d'un réseau à pas
variable fort et d'un réseau faible sont présentés.
valide que pour des réseaux aux réflectivités faibles à modérées. De façon classique
[87], on peut calculer la réponse en délai du réseau chirpé avec l'équation suivante :
1 d(pf
Délai(/) (3.47)
2rr df
où <pf est la phase de la réflectivité complexe (ou de la transmission complexe). La
réponse en délai présentée sur la figure montre bien que les fréquences élevées sont
réfléchies au début du réseau, et que les fréquences basses subissent un délai de
tendance linéaire fixé par le chirp que nous avons choisi. Les oscillations rapides ob
servées dans la réponse en délai sont typiques de la réponse d'un réseau de Bragg
chirpé non-apodisé. L'amplitude de ces oscillations — qui sont couramment appe
lées «group delay ripple» ou GDR — augmente avec la force du réseavi. Aussi, nous
Chapitre 3. Les réseaux de Bragg 71
vérifions bien que le délai subi par les plus basses fréquences est de 100 ps, soit le
temps d'aller-retour to du réseau. De façon analogue au calcul du délai, la phase de
la réponse impulsionnelle, <pt, permet de trouver le contenu spectral, c'est-à-dire la
fréquence optique étant réfléchie (ou transmise) à un instant donné par le réseau.
Ainsi, nous définissons la réponse temporelle en fréquence comme :
(3-48)
Fréquence (0 = Y~~dt
L'amplitude de la réponse impulsionnelle et la réponse temporelle en fréquence sont
présentées sur la partie inférieure de la figure 3.7. Comme pour les réseaux uni
formes non-chirpés, nous trouvons que la réponse impulsionnelle est approximati
vement uniforme et de longueur finie dans le cas du réseau faible. Dans le cas du
réseau fort, la réponse devient non uniforme et une partie de l'énergie est piégée
dans le réseau pour n'en ressortir qu'après un certain délai supérieur à to = 100 ps.
La réponse temporelle en fréquence, quant à elle, présente aussi des non-uniformités
lorsque le réseau est fort. Ceci est en accord avec la présence d'un GDR plus impor
tant dans la réponse en délai. Nous rappelons ici que la réponse temporelle en am
plitude et en fréquence comporte un bruit numérique dû au phénomène de Gibbs.
Encore une fois, la pente de la réponse temporelle en fréquence est liée au chirp
linéaire que nous avons appliqué. Bien que cette étude du réseau chirpé pourrait
être approfondie nous allons nous arrêter ici par souci de concision. Notons, avant
de passer à la section suivante, que la réponse temporelle et plus particulièrement
la réponse temporelle en fréquence est peu, voir jamais, utilisée dans la littérature.
Les chercheurs dans le domaine des réseaux de Bragg se contentent d'analyser la
réponse spectrale du réseau, ce qui à mon avis les prive d'une certaine intuition ou
compréhension sur le fonctionnement de ces filtres.
les longueurs d'onde ne sont pas réfléchies par le réseau. En effet, pour cette bande
de fréquence la force du réseau est quasi nulle ce qui laisse le signal intact, autre
ment dit sans altération de son amplitude ou de sa phase. Comme nous le verrons
au chapitre 4, l'application de profils d'apodisation particuliers permet de sculpter
la forme de la (ou des) bande(s) transmise(s) afin de réaliser des fonctions de filtrage
avancées. Parmi ces fonctions, on peut notamment créer des filtres spectraux pour le
CDMA à encodage en fréquence [107], ou des filtres temporels pour la génération de
brefs paquets d'impulsions à hauts débits [108]. La figure 3.9 montre le résultat cal-
culé avec les paramètres suivants : le profil d'apodisation est celui montré à la figure
précédente, le chirp du masque de phase utilisé est 1,29 n m / c m et l'amplitude de la
modulation d'indice vaut 8 • 10 4. La longueur totale du réseau étant L — 140 mm,
la bande spectrale couverte est environ 3,5 THz (190,6 THz < f < 194 THz), au mi
lieu de laquelle on trouve la bande transmise qui fait approximativement 1 THz à
mi-hauteur. À l'extérieur de la bande couverte par le réseau, le signal est transmis en
intégralité. Une limitation de ce type de filtre qui n'est pas visible sur la figure 3.9 est
le couplage de certaines longueurs d'onde vers des modes de gaine, qui en pratique
affecte l'uniformité du filtre. Expérimentalement, on peut limiter la présence de ces
pertes en s'appliquant à photoinscrire une modulation d'indice très perpendiculai
rement à l'axe z de la fibre, car un angle même très faible entraîne un couplage aux
de modes de gaines. Il est également souhaitable d'utiliser une fibre à suppression
des modes de gaine telle que la fibre photosensible UVS-INT de Coractive présentée
Chapitre 3. Les réseaux de Bragg 74
192
Fréquence [THz]
FlG. 3.9 - Réponse spectrale d'un réseau utilisé en transmission
Réponse spectrale d'un réseau utilisé en transmission mettant en évidence la bande de fréquences qui
est transmise sans être affectée par la structure.
à l'annexe D.
An(z)
Distance [zj
0,5
0,4
0,3
-QJ
es 0,2
-eu 0,1
0 [Link]ïn,, ik .nillflllrn,
190 192 194 196 198
Fréquence [THz|
01
o .2
CL, <n
-ai - g
I
0
-20 0 20 40 60 80 100 120 140
Temps [ps|
FlG. 3.10 - Réseaux échantillonnés
Dans cet exemple, la fonction d'échantillonnage est une fonction carrée de 1 mm de période et chaque
échantillon a une largeur de 50 fini comme cela est montré en haut de la figure. Les réponses
spectrales (milieu) et temporelles (bas) correspondantes sont périodiques.
donné en haut de la figure 3.4. Les réseaux échantillonnés sont des composants qui
peuvent être utilisés pour réaliser un filtrage spectral périodique, ou pour faire une
multiplication de taux de répétition par exemple. Nous verrons ceci plus en détail
aux chapitres 4 et 5.
Où
- N est le nombre de réseaux.
- A, est la période de chaque modulation.
- &i est la phase variable de chaque réseau (chirp).
- cpj est la phase en z = 0 de chaque modulation.
Chapitre 3. Les réseaux de Bragg 77
,</<c
An,-(z) = An? (z) + Anf(z) cos ( —z + 6j(z) ) + zsin ( — z + 0,-(z) (3.52)
Une fois que l'amplitude et la phase de la structure globale ont été retrouvées numé
riquement, nous pouvons calculer la réponse spectrale du réseau grâce à la méthode
matricielle. Étant données les variations rapides du profil de phase et d'amplitude
de la structure globale, un échantillonnage très serré est nécessaire, ce qui implique
un temps de calcul assez long. Le programme décrit en [112] a été écrit intégralement
en langage C pour profiter d'une puissance de calcul importante. De plus, l'échan
tillonnage matriciel est fait de façon non-linéaire pour pouvoir suivre des variations
'La vraie modulation d'indice correspond à la partie réelle du phaseur.
Chapitre 3. Les réseaux de Bragg 7H
c
-1
x
O
T3
(8
ha
\^
O
538
£ 534
532 L
4 6
Distance [mm]
FlG. 3.11 - Modulation d'indice de cinq réseaux superposés
L'enveloppe de la modulation d'indice globale de la structure est présentée (en haut), suivie par les
variations de la phase (au milieu) et finalement de la période locale (en bas).
de la modulation globale. Sous cette première courbe, nous avons représenté les va
riations de la phase autour de la droite de régression linéaire utilisée pour trouver
la période moyenne. On vérifie ainsi que ces variations sont effectivement minimi
sées puisqu'elles sont centrées autour d'une valeur moyenne nulle. Finalement, la
troisième courbe correspond à la période locale de la modulation d'indice qui varie
ici sur une plage de six nanomètres. La figure 3.12 donne le résultat de la simulation
numérique de cette structure avec les paramètres suivant : Le nombre de matrices
obtenu par échantillonnage non-linéaire est de 396092, la longueur de la structure
est L = 10,28 mm, les cinq réseaux sont uniformes, sans chirp et ont une amplitude
de modulation d'indice de 10~ 5 . Les cinq modulations d'indice ont des phases à
l'origine nulles. La réflectivité de la structure montre clairement les cinq pics corres
pondant à chaque réseau. Les réseaux ayant de faibles réflectivités, on vérifie que la
réponse impulsionnelle montrée figure 3.12 correspond à une image de l'enveloppe
de la modulation d'indice (au carré).
Chapitre 3. Les réseaux de Bragg 79
o .2
a,
-20 20 40 60
Temps [ps]
É 80 100 120
Nous avons terminé notre étude théorique des réseaux de Bragg et nous allons
maintenant étudier les techniques de fabrication. Nous commencerons par décrire le
montage d'écriture à masque de phase que nous avons utilisé au cours de ce projet.
Nous verrons ensuite les techniques d'apodisation de l'amplitude et de la période
locale du réseau.
kT/2
l n
A, ^ (
Profil d'indice(z) oc / cos dt (3.53)
-z + A(z) cos I — t
-kT/2
oscillation
oc A : T c o s ( ^ z j J 0 (A(z)) (3.54)
apodisation
Chapitre 3. Les réseaux de Bragg 82
1 2 3
Amplitude d'oscillation [n rad]
FlG. 3.15 - Fonction d'apodisation
La fonction d'apodisation de la composante ànac(z) est présentée en fonction de l'amplitude
d'oscillation A(z) du masque de phase. L'échelle en radian est convertie en une échelle de distance en
utilisant une valeur de période de modulation de A = 535 nm.
Balayage du faisceau UV 2
Les valeurs Do, So, E</, Es sont issues des travaux de LEMAIRE [117] et SHACKEL-
FORD et al. [118] et sont listées dans l'article de synthèse de SWART et al. [119]. kb est
la constante de Boltzmann et T est la température en degrés Kelvin. La solution à
l'équation 3.58 en coordonnées cylindrique est en r = 0 [116] :
L r
0 cl n=\ tm->(sï')* (3.61)
où rco et rci sont les rayons du cœur et de la gaine respectivement, les coefficients \in
sont les premiers zéros de la fonction de Bessel ordinaire de premier ordre c'est-à-
dire Jo(}in) = 0, Co est la concentration initiale et Y la fonction définie par :
Dans l'équation 3.62, (p représente les conditions initiales de diffusion : lorsque l'hy
drogène diffuse dans la fibre <p = 1 et lorsque l'hydrogène diffuse hors de la fibre
Chapitre 3. Les réseaux de Bragg H7
8 10 12 14 16 18 20
Temps [Jours]
FlG. 3.18 - Diffusion de l'hydrogène dans la fibre
Courbes de diffusion de l'hydrogène vers le cœur de la fibre. Le cycle de chargement a lieu de 0 à 10
jours et le cycle de relâche de 10 à 20 jours. Les courbes sont calculées en fonction de la température
pour une pression constante.
gène lors du chargement (10 premiers jours) et du déchargement (10 derniers jours)
est donnée en fonction de la température dans le cœur de la fibre. À partir de ces
courbes, nous avons déterminé qu'une fibre saturée en hydrogène et placée dans
un four à une température de 120° C peut être débarrassée de son hydrogène en
48 heures. Durant ce projet, nous avons procédé à une élimination systématique de
l'hydrogène après la fabrication des réseaux de Bragg. Cette opération a été effec
tuée à 120°C durant 48 heures. L'élimination de l'hydrogène est importante, car elle
stabilise partiellement le réseau et elle permet de manipuler la fibre plus facilement,
comme lors de la fusion de deux fibres, puisque ceci ne peut pas se faire en présence
Chapitre 3. Les réseaux de Bragg HH
T=23°C
i
i
\ Désorption
G 0 10 20- 30
Temps [Jours]
FIG. 3.19 - Cycle de diffusion de l'hydrogène à 23°C
Le cycle de chargement dure une quinzaine de jours après quoi la désorption rapide de l'hydrogène
oblige à utiliser la fibre dans un délai assez bref. L'opération est effectuée à température ambiante.
figure 3.19 durant les premières heures de l'hydrogénation est attribuable au fait que
la diffusion de l'hydrogène au travers de la gaine nécessite un certain temps, et que
le cœur de la fibre n'est atteint qu'après quelques heures. Le même délai est observé
lors de la désorption de l'hydrogène.
3.5 Conclusions
Dans ce chapitre, nous avons décrit les modèles théoriques et numériques du ré
seau de Bragg. Le modèle numérique nous a abondamment servi durant ce projet,
pendant lequel nous avons fait la conception de plusieurs réseaux de Bragg com
plexes. Nous verrons dans les chapitres suivants certains de ces designs. Pour fa
briquer ces réseaux, parfois très complexes, nous avons eu recours à un montage à
balayage de masque de phase qui offre la possibilité d'apodiser l'amplitude et la pé
riode locale des réseaux photoinscrits. Le montage d'écriture ainsi que les techniques
d'apodisation ont été décrits dans ce chapitre. Ce chapitre se termine en décrivant la
stabilisation thermique et les processus de diffusion de l'hydrogène dans et hors de
la fibre optique. Puisque certaines de nos expériences se sont prolongées sur plu
sieurs semaines, il était nécessaire de stabiliser les réseaux.
Ceci vient conclure notre étude des réseaux de Bragg. Nous allons maintenant dé
crire différentes techniques de filtrage basées sur ces composants. Ceci nous donnera
les bases nécessaires pour comprendre et justifier le filtrage que nous utiliserons au
chapitre 5. Ce filtrage nous servira à multiplier le taux de répétition du laser mode-
Chapitre 3. Les réseaux de Bragg 90
signal optique. Les réseaux sont, la plupart du temps, considérés et conçus unique
ment comme des filtres agissant dans le domaine spectral. Il est étonnant que même
lorsque les gens souhaitent obtenir un filtre ayant une réponse temporelle spécifique,
ils se bornent souvent à faire la conception du réseau dans le domaine spectral. Nous
allons dans ce chapitre nous attacher à étudier la réponse temporelle de ces filtres et
voir comment elle peut être adaptée à la création d'impulsions quelconques et à la
multiplication du taux de répétition. Pour cela, nous allons séparer le chapitre en
deux sections, traitant de deux familles de filtres aux propriétés très différentes. La
première section traitera de réseaux de Bragg utilisés en transmission et la deuxième,
des réseaux utilisés en réflexion. Le fonctionnement de ces deux familles de filtres est
fondamentalement différent, puisque dans le premier cas, la phase du signal optique
est très peu affectée, faisant des filtres en transmission des filtres affectant essentiel
lement l'amplitude du signal optique. Les filtres opérants en réflexion, quant à eux,
permettent d'affecter aussi bien l'amplitude que la phase du signal incident.
Nous allons nous efforcer de donner une vue d'ensemble de ces deux familles de
filtres en nous efforçant de garder le contenu de ce chapitre succinct. Nous pourrons
ainsi parvenir plus rapidement au chapitre 5, dans lequel nous décrirons concrète
ment la multiplication du taux de répétition de notre laser.
>
•h
u
■1)
100 _
80 H
40 ^
20°
0
o
51
[ps
50
■si
49 'CD
O
48
193,8 193,9 194 194,1 194,2
Fréquence [THz]
FlG. 4.1 - Comparaison de la réflexion et de la transmission d'un réseau chirpé
La réponse temporelle de réseaux de Bragg utilisés en transmission est moins étendue qu'en réflexion
notamment, car sa réponse en délai est quasi uniforme comme le montre la figure.
délai n'excède pas 2 ps autour de la valeur moyenne d'environ 50 ps. Cette valeur
moyenne correspond au temps de traversée du réseau pour les longueurs d'ondes
qui se trouvent en dehors de la bande spectrale qu'il occupe. Nous ne montrerons
pas ici la réponse temporelle du réseau. Cette réponse avait déjà été présentée dans
le cas de la réflexion à la section 3.2.2. Dans le cas de la transmission, la réponse tem
porelle est un pic très étroit. Attention, nous faisons ici la remarque que la réponse en
délai d'un réseau de Bragg ne permet pas toujours de deviner (prédire sans faire le
calcul) la durée de la réponse temporelle de celui-ci. Nous voyons ici que cela fonc
tionne bien dans le cas d'un réseau chirpé, mais cela ne fonctionne pas dans le cas
d'un réseau de Bragg uniforme. Nous réitérons donc ici qu'il est primordial d'étudier
la réponse spectrale et la réponse temporelle d'un réseau pour avoir une image com
plète de son fonctionnement. Cela dit, nous savons que de façon générale, les filtres
opérant en transmission sont intéressants lorsque l'on souhaite laisser la phase du
signal incident intacte, mais à priori offrent un intérêt limité lorsqu'il s'agit d'obtenir
une réponse impulsionnelle d'une certaine durée et d'une certaine forme. L'étendue
Chapitre 4. Filtrage du signai basé sur l'utilisation de réseaux de Bragg W
de leur réponse impulsionnelle est toujours très limitée. En fait, une certaine catégo
rie de filtres opérants en transmission possède une réponse temporelle relativement
longue. Il s'agit des filtres résonnants, telles des cavités Fabry-Perot.
<
01
u
50
Temps [ps]
FlG. 4.2 - Réponse temporelle d'un filtre Fabry-Perot fibre
La périodicité spectrale du filtre est 100 GHz et safinesseest égale à 80. Dans l'exemple présenté ici,
le signal incident sur lefiltreest un train d'impulsions à 10 GHz (100 ps).
l'aide d'un limiteur non-linéaire comme un SOA saturé par exemple [129,130]. Ces
filtres ne permettent en aucun cas d'effectuer des multiplications très importantes.
Un autre désavantage de ces filtres est leur grande sélectivité spectrale ou finesse.
En effet, le spectre optique du signal incident 1 et celui du filtre2 doivent être parfai
tement alignés et stables l'un par rapport à l'autre. Dans le cas contraire, le signal
incident sera bloqué par le filtre. Cela pose un problème sérieux en pratique, comme
nous le verrons plus loin dans ce chapitre.
Une approche que nous avons testée durant ce projet consiste à utiliser des ca
vités Fabry-Perot couplées. En pratique, il est possible de fabriquer de tels filtres
en superposant N réseaux de Bragg chirpés pour former N — 1 cavités Fabry-Perot
couplées [131]. Le couplage de plusieurs étalons Fabry-Perot permet de modifier
la réponse temporelle de ces filtres pour la rendre plus symétrique et plus étendue
pour une finesse équivalente [43]. Cela est donc avantageux dans un contexte de
multiplication de taux de répétition. Nous avons essayé de vérifier cela expérimen
talement en fabriquant un filtre capable d'augmenter le taux de répétition d'un laser
de 10 GHz à 40 GHz. Un problème majeur de ce type de filtre en est la complexité
J
Le spectre optique d'un train d'impulsions est un peigne de fréquences.
2
Également un peigne de fréquences.
Chapitre 4. Filtrage du signal basé sur l'utilisation de réseaux de Bragg 96
o
VM
1/1
T3
o
o,
<
()
2
T3
0
S <u =*-
S cri;
<-> «1 M
-10
(0 S 2
US a, -70
O
0
■M
emen
-0,2
se de
mm]
-0,4
en U ">
4) (0 S -0,6
? a i
> SU '—' -0,8
-a
60 80 100 120
Distance [mm]
FlG. 4.3 - Design des trois cavités Fabry-Perot couplées
Le filtre est écrit en un passage au moyen de profils complexes d'apodisation en amplitude (haut) et
sur la période. L'apodisation sur la période est effectuée en appliquant un profil de déplacement au
masque de phase (milieu), lequel se déplace avec le profil de vitesse montré en bas de [Link] filtre
a été conçu pour avoir une périodicité spectrale et temporelle de 40 GHz.
dont nous avons décrit le principe à la section [Link]. L'apodisation de la période vi
sant à modifier la période locale A(z) de la modulation d'indice est obtenue par
déplacement lent du masque durant l'écriture pour créer un effet Doppler. Ce dépla
cement est montré sur la partie centrale de la figure. Nous avons expliqué le principe
de cette apodisation à la section [Link]. Comme il n'est pas évident de distinguer la
complexité du profil de déplacement du masque, nous avons également calculé la
dérivée de ce profil de déplacement, que nous avons ajoutée en bas de la figure.
Cette dérivée est proportionnelle à la vitesse de déplacement du masque de phase.
Le masque de phase que nous avons choisi pour ce design est un masque chirpé au
taux de 0,498 nm/cm. Malgré la complexité apparente de la technique d'écriture,
nous avons obtenu des résultats satisfaisants assez rapidement. La réponse impul
sionnelle simulée numériquement est présentée en haut de la figure 4.4. La figure
montre clairement une réponse impulsionnelle plus symétrique que celle d'un éta
lon Fabry-Perot classique. Les pics sont espacés de 25 ps, soit 40 GHz. Le pic de forte
Simulation
UUUkJUi -L^ -
Expérimental
se 1 v
O>
L
Q
H 0
l-% nfl
moment où ce document est écrit, nous avons un projet en cours qui consiste à gé
nérer des impulsions pour le domaine du Ultra WideBand (UWB) au moyen de la
technique de duplication fréquentielle-temporelle. Un résumé de nos travaux sera
présenté à la conférence ECOC 2007 [127]. Nous avons fait le design d'un filtre en
transmission dont le spectre est à l'image de l'impulsion à générer. Pour cela, nous
devons connaître précisément la relation entre le profil d'apodisation du réseau et la
transmission obtenue. La formule suivante donne cette relation : [132] :
Anac(T) = ^ J - 4 1 n ( T ) C , (4.1)
v
1 7T
où C est le chirp de la modulation d'indice du réseau, T est la fraction de la puissance
du mode affectée par le réseau et T = \t|2 est la transmission désirée. Typiquement,
lorsque seul le cœur de la fibre est photosensible, T correspond à la portion de la
puissance du mode contenue dans le cœur de la fibre, c'est-à-dire le facteur de confi
nement. Lorsqu'un anneau photosensible est présent autour du cœur de la fibre, T
tend vers 1. C'est le cas de la fibre UVS-INT que nous avons utilisée dans ce projet
comme cela est décrit à l'annexe D. Une fois ce spectre optique obtenu, nous trans
mettons le signal au travers d'un segment de fibre pour le disperser adéquatement.
La formule 4.1 est particulièrement intéressante, car elle permet de créer un filtre
en transmission capable de sculpter un spectre optique sur mesure. Ceci peut, par
exemple, être appliqué pour fabriquer un dérivateur optique. Un dérivateur op
tique est un filtre ayant une fonction de transfert polynomiale [123]. Ainsi, une dé
rivée d'ordre n correspond à un filtre ayant une fonction de transfert de la forme
\j(co — COQ)}", OÙ COQ — 2rcfo, et /o est la fréquence centrale du spectre du signal à
dériver. La partie supérieure de la figure 4.6 présente le profil Anac(z) calculé avec
la formule 4.1 pour cinq réseaux différents de 140 mm de long ayant un chirp C
de 0,625 nm/cm. Les cinq profils cibles choisis à titre d'exemple ont les formes
polynomiales suivantes : (/ - / 0 ) 1 / 4 ; (/ - /o) 1 / 2 ; (/ - /o); (/ - /o) 2 ; (/ - /o) 4 - Le
résultat de simulation, montré sur la partie inférieure de la figure 4.6 confirme que la
transmission (transmission en intensité T = \t|2) de chaque réseau suit bien le profil
cible. Dans cet exemple, le réseau dont le coefficient de transmission en amplitude est
t = (/ — /o) 2 pourrait être utilisé tel quel pour effectuer une dérivée seconde d'une
impulsion incidente sur le filtre. Sur la figure 4.6 ce cas correspond à T = (/ — /o) 4 .
Un fait intéressant — et pas évident à priori — est que les différents réseaux ont des
profils Anac(z) identiques à un facteur d'échelle près. Il est donc possible de générer
une famille complète de filtres polynomiaux avec la même apodisation, en ne modi-
Chapitre 4. Filtrage du signal basé sur l'utilisation de réseaux de Bragg 102
16
Sl2 •
u
£03 8 (f-fo)14 y
X ^ ^ ^ . ( f - f o ) <
O 4A
g
n
-60 -40 -20 0 20 40 60
Distance [mm|
C
o
in
G
ni
«H
H 195 196
Fréquence [THz]
FlG. 4.6 - Apodisation correspondant à des fonctions de transfert polynomiales
La formule 4.1 permet de déterminer les profils d'apodisation correspondant à des fonctions de
transfert polynomiales. Les filtres obtenus permettent, par exemple, défaire une dérivée optique du
signal incident, dans le domaine temporel.
fiant que la force de chaque réseau. La largeur spectrale couverte par les filtres est
fixée par le chirp du masque de phase. Elle peut donc facilement dépasser le Tera-
hertz comme la figure le provive. Il favit cependant savoir qvie, de façon générale, un
chirp plus élevé limite notre capacité à créer des profils plus complexes, c'est-à-dire
ayant des variations rapides en fonction de la fréqvience. Les dérivées d'ordre impair,
malheureusement, nécessitent vine fonction de transfert dont l'amplitude prend des
valeurs négatives. Une solution à ce problème consiste à inclure des savits de phase
de n dans la fonction de transfert afin de créer un changement de signe dans son am
plitude [133]. Malheureusement, il n'est pas possible d'inclure de tels savits de phase
dans la fonction de transfert dvi filtre en transmission. L'obtention des dérivées im
paires ne pevit donc pas être faite à partir de filtres en transmission tels qvie ceux qvie
novis venons de décrire. Il est envisageable d'utiliser vin réseavi de Bragg utilisé en
réflexion povir induire le savit de phase nécessaire.
La conclusion principale de cette première partie dvi chapitre est qvie les réseaux
de Bragg utilisés en transmission offrent d'intéressantes possibilités, mais souffrent
dvi fait qu'ils n'affectent essentiellement qvie l'amplitude dvi signal. Ceci limite notre
Chapitre 4. Filtrage du signal basé sur l'utilisation de réseaux de Bragg 103
marge de manœuvre lorsqu'il s'agit de fabriquer des réseaux ayant de longues ré
ponses impulsionnelles. Ces filtres seront donc en général réservés à d'autres appli
cations que la multiplication du taux de répétition d'un laser. Ceci nous amène à la
seconde partie de ce chapitre, à savoir le filtrage par réseaux de Bragg opérés en ré
flexion. Nous allons voir que ces filtres peuvent être conçus de façon plus malléable
et qu'ils sont bien adaptés à la multiplication du taux de répétition.
Nous l'avons dit, l'utilisation de réseaux de Bragg en réflexion offre plus de pos
sibilités lorsqu'il s'agit d'obtenir une réponse impulsionnelle ayant une forme et une
durée précise. En effet, nous ne sommes plus limités à la manipulation de l'ampli
tude du signal incident et nous pouvons modifier sa phase. Le design de la réponse
impulsionnelle devient particulièrement aisé lorsque l'on travaille avec des réseaux
de faibles réflectivités, autrement dit, lorsque l'on se place dans l'approximation de
Born. Nous savons que dans le cadre de cette approximation, la réflectivité du réseau
correspond à la transformée de Fourier de la modulation d'indice. Ceci est confirmé
par l'équation 3.22 du chapitre 3. Étant donné que la transformée de Fourier inverse
de la réflectivité complexe du réseau mène à la réponse impulsionnelle du réseau,
nous pouvons conclure que dans l'approximation de Born la réponse impulsion
nelle du réseau est une image de la modulation d'indice. Ceci est résumé à la figure
4.7. Lorsque la condition de faible réflectivité n'est pas valide, la reconstruction
TF (réseaux faibles)
Méthode
Modulation d'indice matricielle Réponse spectrale
ILP
Image \
(réseaux faibles)\
Réponse temporelle
FlG. 4.7 - Relations de passage entre les domaines spatial, spectral et temporel
Les méthodes numériques de passage d'un domaine à l'autre sont présentées. «ILP» signifie inverse
layer peeling, TF et TFI sont les transformée et transformée inverse de Fourier.
Chapitre 4. Filtrage du signal basé sur l'utilisation de réseaux de Bragg 104
d'un réseau à partir de sa réponse spectrale peut se faire à partir de plusieurs tech
niques numériques dont l'algorithme appelé ILP pour «inverse layer peeling». Nous
l'avons peu utilisé durant ce projet et nous ne le décrirons pas ici. La relation «mi
roir» existante entre le profil d'apodisation du réseau et sa réponse impulsionnelle
est particulièrement intéressante, car elle facilite énormément notre travail. Ainsi,
la forme de la réponse impulsionnelle désirée peut être utilisée directement comme
profil d'apodisation. Aussi, le fait de limiter la force du réseau permet d'éviter la
résonance de certaines longueurs d'onde qui se trouvent retenues dans la structure
pour n'en ressortir qu'après un certain temps. Nous avons vu à la figure 3.4 et nous
reverrons plus tard dans ce chapitre que ces résonances empêchent de créer des ré
ponses impulsionnelles compactes et de formes carrées. Ces deux dernières qualités
sont recherchées lorsque l'on fait le design d'un filtre visant à multiplier le taux de
répétition d'un train d'impulsions. En effet, nous souhaitons que chaque impulsion
incidente sur le filtre engendre un paquet d'impulsions à un taux de répétition pré
déterminé et que ces paquets puissent être concaténés les uns aux autres pour former
un train d'impulsions continu et d'amplitude uniforme. La concaténation propre des
paquets d'impulsions est le point le plus délicat à traiter lors du design. Nous vou
lons en effet avoir des paquets d'impulsions remplissant tout l'espace disponible
jusqu'au paquet suivant, sans pour autant empiéter dessus. Le recouvrement, même
partiel de paquets d'impulsions successifs conduirait à une interférence. Il est donc
important de définir précisément la durée to de chaque paquet et de minimiser l'effet
de résonance observé si le réseau est trop fort. Nous verrons au chapitre suivant que
l'ajout d'un chirp à la modulation d'indice du réseau nous aide dans cette démarche.
Nous avons vu au chapitre précédent que le temps d'aller-retour to dans un réseau
de Bragg est lié à sa longueur physique via la relation to « 2Lnejf/c. La longueur
maximale des réseaux que nous pouvons fabriquer au laboratoire est de 14 cm, ce
qui nous limite à des réponses impulsionnelles de durées inférieures à 1,4 ns. Nous
le verrons au chapitre suivant, la longueur minimale des réseaux que nous pouvons
fabriquer est de l'ordre de 20 ]im, correspondant à une durée de réponse impulsion
nelle minimale de l'ordre de 200 fs. Il existe plusieurs méthodes pour obtenir une ré
ponse impulsionnelle ayant la forme d'un paquet d'impulsions. Les deux méthodes
que nous avons étudiées durant ce projet sont :
- La superposition de réseaux de Bragg à différentes longueurs d'onde.
- L'utilisation d'un profil d'apodisation «image» du paquet d'impulsions désiré
pour fabriquer le réseau. Nous parlons en l'occurrence de réseaux échantillon
nés.
Chapitre 4. Filtrage du signal basé sur l'utilisation de réseaux de Bragg 105
Nous allons revenir sur ces deux méthodes après avoir décrit deux sujets que nous
avons largement étudiés durant ce projet : l'effet Talbot temporel et l'effet Talbot
spectral. L'étude de l'effet Talbot spectral a requis un travail considérable de notre
part puisque les résultats que nous avons obtenus ont engendré trois publications
scientifiques.
s cT2 s T2
\D\ = --iy & |/3 2 | = - i - , (4.2)
1
' m A2 Ir
' min
où s est un nombre entier quelconque tel que s/m forme une fraction irréductible, c
est la vitesse de la lumière dans le vide, D et $2 sont les paramètres de dispersion, et
A la longueur d'onde centrale du signal incident. L'équation 4.2 montre que si l'on
a un taux de répétition initial 1/T suffisamment grand, il est possible d'utiliser un
réseau chirpé pour atteindre un taux de répétition plus élevé. Un exemple de design
utilisant un réseau de Bragg chirpé est donné à la référence [31]. Dans cet exemple,
le réseau chirpé induit une dispersion chromatique de : In \f>i\ = 2 • 104 ps2. Cet
exemple illustre comment ce réseau chirpé permet de multiplier par m = 2 le taux
de répétition d'un train ayant une périodicité initiale de T = 200 ps en fixant le
Chapitre 4. Filtrage du signal basé sur l'utilisation de réseaux de Bragg 106
Nous avons étudié l'effet Talbot spectral, car c'est une technique qui paraissait
prometteuse pour la multiplication de taux de répétition. Il s'est avéré que cette tech
nique n'est vraiment pas optimale pour faire cela. Ce travail a néanmoins été parti
culièrement utile, car il nous a permis de développer une grande expertise sur la
théorie et la fabrication de réseaux de Bragg échantillonnés. Nous verrons plus tard
que ces réseaux permettent de générer des paquets d'impulsions de grande qualité :
compacts, de formes carrées et contenant des impulsions très brèves. Avant d'ex
pliquer cela, nous allons parcourir les résultats que nous avons obtenus sur l'effet
Talbot spectral.
Après que le principe de l'effet Talbot spectral eut été exposé par W A N G et al.
en 2004 [136] il restait à faire la démonstration expérimentale d'un filtre ayant une
périodicité spectrale accordable. Dans la référence [136], les auteurs montrent qu'un
réseau de Bragg échantillonné chirpé a une réponse spectrale périodique, dont la pé
riodicité varie en fonction du chirp appliqué. Dans le domaine spectral, chaque ca
nal du filtre s'élargit sous l'effet du chirp appliqué. Lorsque le chirp est suffisant, les
canaux se recouvrent spectralement et interfèrent. Pour certaines valeurs de chirp,
cette interférence produit un nouveau patron périodique ayant une périodicité in
férieure à la périodicité nominale du filtre. L'analogie avec l'effet Talbot temporel
est évidente, mais a certaines limites. Dans le cas de l'effet Talbot temporel, nous
manipulons la phase d'un signal tandis que c'est la phase de la fonction de transfert
d'un filtre que nous manipulons ici. La théorie de l'effet Talbot spectral est décrite
en détail à la référence [141]. Nous en faisons ici un résumé. L'équation équivalente
à l'équation 4.2 est, pour l'effet Talbot spectral :
|C| = - d (4.3)
l
m P
où C est le chirp de la modulation d'indice du réseau, s et m ont les mêmes signifi
cations et suivent les même règles que précédemment, Ao est la période de la mo
dulation d'indice lorsqu'aucun chirp n'est appliqué et P est la périodicité spatiale
du réseau échantillonné. Il faut savoir que la périodicité spectrale nominale du filtre
lorsqu'aucun chirp n'est appliqué est égale à :
AA * A.. (4.4)
À priori, on peut penser qu'un filtre ayant une périodicité spectrale accordable
devrait permettre de multiplier le taux de répétition d'un laser de façon accordable.
En effet, nous savons que modifier la périodicité spectrale d'un laser mode-locked
permet d'en changer le taux de répétition [34]. Par exemple, on peut penser qu'un
filtre ayant une périodicité nominale de 160 GHz devrait permettre d'augmenter
la périodicité spectrale d'un laser mode-locked initialement à 10 GHz d'un facteur
compris entre 1 et 16. C'est donc très logiquement que nous nous sommes proposé
de faire la démonstration expérimentale de ce type de filtre. Durant ce projet, nous
avons fabriqué un filtre dont la périodicité a été densifiée par un facteur maximal
égal à 13 par rapport à sa périodicité nominale AA = 51 GHz. La figure 4.8 (a) pré
sente le schéma expérimental de notre prototype. Un chirp linéaire variable est
appliqué le long du réseau échantillonné au moyen du système mécanique proposé
par IMAI et al. [140]. Le réseau a été collé sur une plaque d'acier avec une colle époxy
TRA-BOND de marque TRA-CON. Le déplacement vertical (h) appliqué à l'extré
mité droite de la plaque d'acier est contrôlé au moyen d'un étage de translation. Ce
système permet de contrôler le chirp appliqué de façon continue, tout en laissant la
longueur d'onde centrale du filtre inchangée.
Afin de valider les valeurs de chirps prédites par l'équation 4.3 pour lesquelles
sont obtenues certaines conditions Talbot, nous avons collé un second réseau stan
dard (non échantillonné) parallèlement au premier. Les deux réseaux sont collés à
1 mm l'un de l'autre. Le second réseau est utilisé en tant que capteur de contrainte,
Chapitre 4. Filtrage du signal basé sur l'utilisation de réseaux de Bragg 109
'U— -v.v-. ^
CD-
est de h = ±2 cm. Ensuite, nous avons fixé la périodicité spatiale du réseau échan
tillonné P = 2 mm, ce qui correspond à une périodicité spectrale nominale (FSR) de
AA = 50 GHz environ. Finalement, nous avons minimisé la dimension des échan
tillons pour maximiser la couverture/largeur spectrale du filtre. D'après la référence
[141], diminuer la longueur des échantillons permet également d'améliorer l'unifor
mité des réponses en amplitude et en délai de groupe. Les deux réseaux font 8 cm de
long et ont été fabriqués avec le même masque de phase. Le réseau échantillonné est
composé de 40 échantillons approximativement gaussien ayant une largeur d'envi
ron 50 \tm FWHM. L'amplitude de la modulation d'indice a été estimée numérique
ment à la valeur 4 • 10" 4 .
Une mesure directe de la longueur d'onde de Bragg locale Àg(z) réfléchie par le
second réseau (capteur de contrainte) a été faite au moyen de l'OVA de Luna Tech
nologies, dont la résolution spectrale est de 0,16 GHz. Nous avons d'abord mesuré
Ag(z) lorsqu'aucune contrainte n'était appliquée au réseau (état de référence). En
suite, nous avons répété cette mesure pour différentes conditions Talbot, c'est-à-dire
différents chirps appliqués. La modification de Ag (z) par rapport à l'état de référence
est présentée figure 4.8 (b) pour cinq conditions Talbot. Nous appelons cette modifi
cation AAg (Z). On constate que le chirp induit est très linéaire sur les 6 cm au centre
des réseaux, portion sur laquelle nous avons fait une régression linéaire sur AAg(z)
afin de déterminer le chirp appliqué dans chaque cas. Le tableau 4.1 liste les valeurs
de chirp ainsi obtenues :
gure 4.8 (c). Nous pouvons obtenir le FSR nominal du filtre en annulant le chirp du
réseau, c'est-à-dire en induisant un chirp de —0,249 n m / c m avec le système mé
canique. Dans ce cas, le FSR mesuré est de 51 GHz comme cela est montré figure
4.8 (d). Attention, ceci ne correspond pas à l'une des conditions Talbot telles que
m = 1, qui n'étaient pas atteignables avec notre système de contrainte mécanique.
Notre système mécanique nous a permis d'atteindre toutes les solutions Talbot de
m=2 (FSR=25,4 GHz) à m=13 (FSR=3,9 GHz). La figure 4.9 (a) montre la réflectivité
du filtre mesurée pour la condition Talbot (m = 2;s = 1). La figure 4.9 (b) montre
un zoom sur quatre canaux du filtre, toujours dans le cas (m = 2;s = 1). Comme
prévu, le spectre est périodique, composé de canaux clairement définis, espacés d'un
FSR dont la valeur moyenne est de 25,4 GHz et l'écart type de 0,03 GHz. Les carac
téristiques en amplitude et en phase du filtre pour une condition Talbot quelconque
sont similaires à celles du réseau échantillonné équivalent sans chirp [136, 141]. En
particulier, la réponse spectrale du filtre a une enveloppe approximativement gaus-
sienne avec une largeur à mi-hauteur de 1,45 THz. La largeur à mi-hauteur moyenne
de chaque canal est de 1,70 GHz. Cette valeur est distribuée avec un écart type de
0,11 GHz. Cette largeur est similaire à la largeur spectrale d'un réseau uniforme de
8 cm de long. De plus, bien que le réseau soit chirpé, nous voyons que le délai de
groupe est également de forme similaire à celui du réseau échantillonné équivalent
sans chirp, avec une dispersion nulle autour du centre de chaque canal 3 . En réalité,
la réponse en phase du réseau est relativement complexe et cela mérite une investi
gation plus poussée que nous ferons un peu plus tard.
La figure 4.9 (c) présente la réponse spectrale du filtre pour quatre autres condi
tions Talbot : m = 3, 4, 5, 13. Comme cela est présenté dans le tableau 4.1, la densi-
fication du FSR du filtre a été obtenue dans chaque cas et l'accord entre les valeurs
de chirp prédites avec l'équation 4.3 et les valeurs mesurées est excellent. L'écart
type sur le FSR mesuré pour chacune des conditions Talbot est également donné
dans le tableau 4.1. Pour les quatre nouvelles conditions Talbot, les largeurs spec
trales totales du filtre sont de 1,41; 1,36; 1,40 et 1,40 THz et les largeurs spectrales
moyennes des canaux sont de 1,83; 1,83; 1,64 et 1,41 GHz, pour m = 3, 4, 5, 13
respectivement. Il est important de mentionner que la précision sur ces mesures est
limitée par la résolution de l'OVA. Les cas m —5 et m = 13 illustrent comment le de
gré de liberté supplémentaire fourni par le paramètre s de l'équation de Talbot peut
être mis à profit pour minimiser le déplacement h de la plaque d'acier. Par exemple,
3
La dispersion du filtre est déduite de la dérivée du délai de groupe par rapport à la fréquence
Chapitre 4. Filtrage du signal basé sur l'utilisation de réseaux de Bragg 112
3" 60 CD
60 y^_y FSR=25,4 GHz Plage de mesure
(m=2 ; s=l) il
40 -
>
eu 20 ■
• T — 4
>
•43
u
• i—I
> 40 Mil
20 \
> 40
■p
u
OJ
20
cm
tu
0
195,44 195,46 195,48 195,5 195,44 195,46 195,48 195,5
Fréquence [THz] Fréquence [THz]
Bien que la réponse spectrale du filtre obtenue pour une condition Talbot quel
conque soit assez similaire à celle du réseau échantillonné équivalent sans chirp,
la différence fondamentale réside dans la présence de sauts de phase entre les ca
naux du filtre. Ces sauts de phase se répètent périodiquement avec une période égale
au FSR nominal ÀÀ quelque soit la valeur de m [141]. En d'autres termes, dans un
filtre Talbot, seule l'amplitude de la réponse spectrale plutôt que son amplitude et
sa phase a une périodicité égale à AA/m. La présence de ces sauts de phase limite
le nombre d'applications possible de ce type de filtre. Par exemple, nous allons voir
Chapitre 4. Filtrage du signal basé sur l'utilisation de réseaux de Bragg 114
que le filtrage du signal issu d'un laser mode-locked afin d'en changer le taux de ré
pétition de façon accordable est impossible. Nous avons donc proposé une méthode
simple pour éliminer les sauts de phase tout en laissant la réponse en amplitude
du filtre presque inchangée. Ceci peut être fait simplement en utilisant un deuxième
réseau de Bragg en cascade avec le premier. Selon notre design, les deux réseaux
doivent être identiques, mais utilisés en sens contraires, de sorte que leur chirp est
de signe opposé. La cascade des deux filtres peut être vue comme un nouveau filtre
ayant un FSR accordable et une réponse en phase plus lisse que dans le cas d'un
réseau unique.
Nous l'avons dit, la phase de la réponse spectrale du filtre fluctue et a une pé
riodicité toujours égale à A A plutôt que AA/ra. Une preuve particulièrement évi
dente de ceci est que l'amplitude de la réponse impulsionnelle du filtre reste inchan
gée lorsque différentes conditions Talbot sont sélectionnées. Ainsi, lorsque le FSR
du filtre diminue, l'amplitude de sa réponse temporelle conserve une périodicité
constante de T = 20 ps. Cette valeur est fixée par l'espacement entre les échantillons
du réseau, c'est-à-dire P = 2 mm. Le fait que le FSR AA/m ne soit pas inversement
proportionnel à T témoigne de la complexité de la réponse en phase du filtre. Com
ment expliquer le fait que l'enveloppe de la réponse temporelle reste inchangée alors
que le FSR diminue ? Le réseau étant faible, l'enveloppe de la réponse impulsionnelle
du filtre est toujours une image de la modulation d'indice photoinscrite, c'est-à-dire
une série de pics espacés de 20 ps ayant des amplitudes quasi constantes. Chaque
pic est une image d'un échantillon. Ces affirmations sont confirmées par les résultats
de simulations numériques que nous avons faites. Nous avons ensuite effectué une
validation expérimentale de ces résultats en fabriquant deux filtres quasi-identiques
basés sur le même design que précédemment. Rappelons que les deux réseaux sont
composés de 40 échantillons espacés de P = 2 mm pour une longueur totale de
80 mm. Le FSR fondamental du filtre est d'environ AA = 50 GHz et sa périodicité
temporelle est de T = 20 ps. Ici, les échantillons sont approximativement gaussiens
avec une largeur à mi-hauteur de l'ordre de 25\im.
50
Ç Z j FSR=1ÔGHZ " (m=5;s=2)
^ 50 h *w«.
LLAjJJLi j j A il A Aj ILAJLAj
FSR = 12,5 GHz
x*.,^^xx^ . i l . (m=4 ; s=l)
y
0
50
LA A A LA A L U AJ U A A
■ raR
FSR==io,/
16,7uGHz
nz | A l (m=3 ',; s=l)
im=.D s=ij
* 0
50 lu A A A. A. A . A A t 1 A. il
FSR = 25 GHz | "" \ ' Y~ T (m-2 ; s-1) "
" 9
1 T = 20 ps (m=4 ; s-1)
Io 0
'm I
3n, T = 20 ps (m=3; s=l)
Ë
0
I T = 20 ps (m=2 ; s=l)
o
Ensuite, nous mettons en cascade le deuxième filtre, qui est collé sur u n second
système de contrainte mécanique identique au premier. Les deux filtres sont mis en
cascade au m o y e n d ' u n circulateur optique à quatre ports, de sorte que leur chirp
apparent est identique, mais de signe opposé. Intuitivement, on p e u t penser que le
profil de phase d u premier filtre sera compensé p a r le deuxième. C'est effectivement
le cas comme n o u s le montrerons u n p e u plus loin. Les réponses spectrales et tem
porelles de la cascade mesurées p o u r plusieurs conditions Talbot sont présentées
figure 4.11. Il était prévisible que la réflectivité de la cascade des deux filtres serait
significativement plus faible que celle d ' u n seul filtre. N o u s mesurons maintenant
u n e réflectivité maximale de 14% lorsque la condition (m=2; s=l) est sélectionnée.
Chapitre 4. Filtrage du signal basé sur l'utilisation de réseaux de Bragg 116
20
C M F S R = 10GHz ' ' ' ' ' '(m=5;'s=2
0 II A A A A A A A A A . J 1 ,A A ....A A .A A .A
°i 20 FSR = 12,5 GHz (m=4 ; s=l
~CU
£ o A A . A .A A. A A A . A A A .A A . A .A A.
Ç 20 FSR - 16,7 GHz (m=3 ; s=l
eu
« 0
20
i i i *- A. A . i i l iA
FSR = 25 GHz (m=2 ; s=l
^
<
i CD (m=5 ; s=2
■ T = 100ps
à o
^ i T = 80 ps (m=4 ; s=l
"eu
C
2 0
M i 60 ps (m=3 ; s=l
OH
CD
0 ■ ■I 1 I i_Li
i/i
G 40 ps (m=2 ; s=l
o
(X
>CU
£ 0 11
0
M i n 400i,i 11
-800 -400 800
Temps [ps]
Étant d o n n é que les canaux d u filtre sont très étroits (1,5 G H z p o u r le premier filtre
et 0,8 G H z p o u r la cascade), des pertes additionnelles sont présentes à cause d ' u n
léger désaccord sur la position des deux peignes de fréquence. La nécessité d'aligner
les deux filtres très précisément p e u t être assouplie en faisant le design de réseaux
échantillonnés plus courts, p a r conséquent ayant des canaux plus larges. A u g m e n
ter la réflectivité des réseaux améliorerait également la situation. Bien sûr, l'aspect
le plus important de la figure 4.11 est le fait que les réponses impulsionnelles ont
des périodicités variables égales à T = m/AA. Ceci démontre que le FSR d u filtre
est effectivement diminué d ' u n facteur m à la fois en a m p l i t u d e et en phase. Il est
maintenant envisageable d'utiliser u n tel filtre p o u r filtrer le signal issu d ' u n laser
mode-locked afin d'en changer le taux de répétition de façon accordable. Dans le do
maine spectral, nous avons éliminé les sauts de phase que n o u s avons mentionnés
Chapitre 4. Filtrage du signal basé sur l'utilisation de réseaux de Bragg 117
Avant de conclure cette section sur l'effet Talbot spectral, il nous reste à prou
ver que les sauts de phase sont correctement éliminés par la cascade d'un deuxième
filtre ayant un chirp de signe opposé. En fait, nous avons fait cette démonstration
et fourni une description détaillée de nos résultats dans un article [144]. L'explica
tion fournie dans l'article, bien que correcte n'est pas complètement convaincante,
car elle manque de support concret dans la littérature. De plus, elle ne donne au
cune information sur la réponse en phase de la cascade. Voici donc une explication
alternative qui est analytique et valide pour n'importe quelle cascade de deux filtres
identiques, placés en sens opposé. Repartons de l'équation 3.41 :
rA r2 = ( l - T y ^ * ~n\ (4.9)
arg(nr2) = 2<pt - n = <pn + (prr (4.10)
Ces équations très simples relient la réflectivité de la cascade {r\r2) de deux réseaux
identiques et de chirps opposés et la transmission t des réseaux. Fait intéressant, la
phase de cette fonction de transfert est liée à la phase en transmission des réseaux.
Nous avons vu au début de ce chapitre que les excursions de la phase d'un filtre en
transmission sont très limitées. Ceci fait la démonstration que les sauts de phase sont
éliminés et que plus globalement, le filtre est très peu dispersif.
cascade pour éliminer les sauts de phase qui jalonnent la fonction de transfert du
filtre. La cascade est composée de deux filtres de Talbot identiques, mais de chirps
opposés. La cascade est un filtre très peu dispersif dont le FSR est diminué d'un
facteur m à la fois en amplitude et en phase. De fait, la réponse impulsionnelle de
la cascade a une périodicité non pas fixe, mais égale à T = m/AÀ. Ces derniers
résultats ont été publiés à la référence [144]. Pour notre projet, ce filtre a un intérêt
certain puisqu'il permet potentiellement de modifier le taux de répétition d'un laser
mode-locked. Nous nous sommes cependant rendus compte que ce filtre n'était pas
optimal pour faire cela.
Nous allons maintenant dresser une liste des avantages et des inconvénients prin
cipaux du filtre. Par «ce filtre» nous désignons une cascade de deux filtres Talbot
similaire à celle décrite ci-dessus. Par rapport à l'effet Talbot temporel, ce filtre à
l'avantage d'être essentiellement un filtre en amplitude qui sélectionne un mode la
ser parmi N pour augmenter le taux de répétition du laser d'un facteur N. Par consé
quent, le profil de phase du train généré est plus lisse. Par contre, l'implémentation
de ce filtre est assez complexe par rapport à l'implémentation d'un filtre basé sur l'ef
fet Talbot temporel par exemple. Au lieu d'un simple réseau chirpé, il faut fabriquer
deux réseaux échantillonnés chirpés aussi identiques que possible, ce qui est loin
d'être évident. De plus, l'alignement des deux peignes de fréquence doit être fait à
chaque nouveau réglage du filtre. Cette opération prend beaucoup de temps et de
patience. Ce désavantage majeur du filtre le rend assez peu pratique. En plus d'ali
gner les deux filtres, n'oublions pas qu'il faut également les aligner avec le spectre
optique du laser mode-locked, ce qui ajoute une difficulté supplémentaire. Ensuite,
la réponse impulsionnelle de la cascade est de forme vaguement triangulaire, ce qui
rend la génération d'un train d'impulsions continu difficile. En effet, il serait assez
délicat d'obtenir un train d'impulsions d'amplitude uniforme en concaténant de tels
paquets d'impulsions. Un autre aspect à considérer est la faible efficacité énergé
tique du filtre. Cette efficacité sera nécessairement assez faible dans la mesure ou
nous voulons minimiser la taille des échantillons pour améliorer les performances
du filtre [141] et maximiser la largeur spectrale couverte par le filtre. L'efficacité éner
gétique est également affaiblie si on diminue la longueur totale du réseau dans le but
d'élargir les canaux afin de rendre l'alignement spectral des deux réseaux plus aisé.
Nous le voyons, ce filtre était prometteur, mais il est finalement assez peu conce
vable de l'utiliser pour multiplier le taux de répétition d'un laser. L'intérêt du filtre
Chapitre 4. Filtrage du signal basé sur l'utilisation de réseaux de Bragg 119
1
<D
1
|
1
CD
',-!
1
■QJ
P4
1
■ '
1
1
8 .S
S g ■
^S
£.2 S0 196
3 :
.1 0 ,1 ,. . ,
200
. ... . . .1. ...
40(1
i i ..
600
Temps [ps]
été pensé dans le domaine spectral plutôt que le domaine temporel. Ceci, à mon avis,
est une erreur puisque cela masque plusieurs problèmes importants. D'abord, le pro
fil d'apodisation global est en forme de cloche. Ceci a pour but d'améliorer l'isolation
entre les canaux dans le domaine spectral. Malheureusement, ceci implique que la
réponse impulsionnelle prend également une forme en cloche comme la figure 4.12
le montre. La concaténation de tels paquets d'impulsions se fait donc nécessaire
ment avec un certain chevauchement. Ceci conduit alors à une interférence entre les
impulsions qui se chevauchent. Ce phénomène de première importance n'est pas
étudié ni mentionné à la référence [46]. L'auteur mentionne également que la réflec
tivité du filtre pourrait être augmentée jusqu'à une valeur de 90% pour diminuer les
pertes causées par le filtrage. Encore une fois, le design spectral ne permet pas de
Chapitre 4. Filtrage du signal basé sur l'utilisation de réseaux de Bragg 121
voir que cela serait problématique. En effet, notre design présenté à la figure 4.12 a
une réflectivité de 90% au lieu de la réflectivité de 10% utilisée par PETROPOULOS.
Comme toujours, augmenter fortement la réflectivité du réseau entraîne la réson-
nance d'une certaine quantité d'énergie qui ne s'échappe qu'après un délai d'envi
ron 400 ps. Cette énergie est également susceptible d'interférer destructivement avec
les paquets d'impulsions qui suivent. Un dernier point négatif du design proposé
concerne les détails fins du profil d'apodisation, qui suivent la forme d'une fonction
sinus cardinal. Bien que ceci permette de générer des impulsions très courtes, cela
fait apparaître des lobes secondaires clairement visibles de part et d'autre de chaque
impulsion. Ceci est visible sur le zoom de la figure 4.12. En conclusion, faire le design
d'un filtre dans le domaine spectral uniquement n'est pas adéquat. De plus, le design
proposé par PETROPOULOS est d'une complexité extrême à cause du profil d'apodi
sation utilisé. Nous allons maintenant voir qu'un design beaucoup plus simple basé
sur l'approximation de Born donne de meilleurs résultats.
Prenons l'exemple concret d'un filtre permettant de passer d'un taux de 10 GHz
à un taux de 100 GHz. Nous pourrons alors comparer directement la performance
de ce design à celui obtenu avec la technique de superposition de réseaux de la sec
tion suivante. Notre réseau échantillonné est construit de 10 échantillons identiques
et de formes supergaussiennes identiques à ceux de la figure 5.10 du chapitre 5. Les
échantillons, d'amplitudes constantes sont espacés de P = 1,033 mm et ont une lar
geur FWHM de 46 }im. Nous avons choisi d'appliquer un chirp au réseau. Ceci est
optionnel, mais assure une meilleure uniformité de l'amplitude du paquet d'impul
sions. De manière générale, la réponse impulsionnelle d'un réseau est plus uniforme
lorsque son chirp augmente et que les autres paramètres du réseau sont fixes. Pour
illustrer cela, la figure 4.13 présente le résultat de la simulation d'un réseau uni
forme de 10,28 mm de long en fonction du chirp appliqué à la modulation d'indice.
L'ajout d'un chirp améliorant l'uniformité de la réponse impulsionnelle, nous avons
chirpé notre réseau échantillonné avec une valeur de 0,25 nm/cm. Il ne faut pas
associer cette valeur de chirp avec celle de la figure 4.13, qui traite le cas d'un ré
seau qui n'est pas échantillonné. La réponse temporelle d'un réseau échantillonné
est plus uniforme que celle d'un réseau uniforme ayant le même chirp et le même
changement d'indice. L'amplitude de la modulation d'indice que nous avons choi
sie est de 1,5 • 10~ 3 . Maintenant que nous avons fixé les paramètres du réseau, nous
pouvons calculer ses réponses spectrale et temporelle. Le résultat de la simulation
est présenté figure 4.14. Comme prévu, la réponse spectrale en amplitude et en dé-
Chapitre 4. Filtrage du signal basé sur l'utilisation de réseaux de Bragg 122
'1
i:
<
,'u,
f% ^Yv
A/VWvwvwv
4 nm/cm
1
rvWVMV
1
'IJ i: i
' ■ !
o
K
1' 1 nm/cm
i;
3
tx
i; S
i! :
II! \/ii ■
-
i'i!
Vj> ijW
!i N \ \ / «'
II! \ \ '" 0,5 n m / c m h!' * ■
i * !
o •
>•
Ci. n :
Pi
n : \ 0 nm/cm fi îK> / "s-
20 40 60 80 100 120
Temps | p s |
FlG. 4.13 - Réponse impulsionnelle d'un réseau non-apodisé en fonction de son chirp
La réponse impulsionnelle d'un réseau non-apodisé est calculée en fonction du chirp. Tous les autres
paramètres du réseau sont fixés. Les quatre courbes sont volontairement décalées dans le temps pour
une meilleure lisibilité.
lai est périodique et se répète tous les 100 GHz. Le chirp que nous avons choisi est
juste suffisant pour que les canaux adjacents se touchent sans se recouvrir. Si nous
augmentons le chirp davantage, les canaux se recouvrent, interfèrent et il n'est plus
possible de voir la périodicité de 100 GHz. Ceci n'a quasiment aucun impact sur la
«qualité» de la réponse impulsionnelle, comme nous le verrons au chapitre suivant.
Ceci est également expliqué à la référence [144].
Prenons quelques lignes pour définir clairement notre objectif. Nous voulons
nous concentrer sur l'obtention de trains d'impulsions dont l'amplitude est la plus
uniforme possible. Pour ce faire, nous tolérons, ou ignorons le fait que la phase du si
gnal réfléchi ne soit pas lisse, c'est-à-dire que le signal soit chirpé. On retrouve ici le
compromis fait lorsque l'on applique un effet Talbot temporel sur un train d'impul
sions. L'effet Talbot temporel permet de générer un train d'impulsions à haut débit,
mais le contenu fréquentiel de ce train varie avec le temps. Par «qualité» de la ré
ponse impulsionnelle, nous voulons donc dire : avoir une réponse impulsionnelle
dont l'amplitude est compacte et de forme carrée. Précisons que, au besoin, le profil
de phase du train d'impulsions peut être lissé par une conversion non-linéaire telle
que celle qui sera décrite au chapitre 6.
Chapitre 4. Filtrage du signal basé sur l'utilisation de réseaux de Bragg 123
% ^ 192,6
~L.]. -il-u.... 1/
■ g 192,5
£ 192,4 I I I I I
0 20 40 60 80 100 0 1
Temps [ps|
FlG. 4.14 - Réponses spectrale et temporelle du réseau échantillonné
La réponse spectrale du réseau est présentée sur la partie supérieure de la figure et la réponse
temporelle sur la partie inférieure. Des zooms sont présentés à droite de la figure. Les deux droites en
pointillés mettent en évidence l'impact du chirp de la modulation d'indice sur la réponse en délai et
en fréquence.
Notons que si les canaux adjacents interfèrent, l'effet Talbot spectral peut être ob
servé [142]. La réponse spectrale du réseau est intéressante, mais c'est sa réponse im
pulsionnelle qui nous concerne le plus. Celle-ci est présentée en bas de la figure 4.14.
Nous trouvons dix pics séparés de 10 ps correspondants à nos dix échantillons. L'am
plitude des pics est assez uniforme et le paquet d'impulsions est très compact, c'est-
à-dire contenu dans le temps d'aller-retour to « 100 ps. La réponse temporelle en
fréquence montre que l'effet du chirp est d'induire un glissement du contenu spec
tral de chaque impulsion. Le zoom sur le premier pic de la réponse impulsionnelle
montre une impulsion ayant une durée d'environ 460 fs. La forme «parabolique» du
contenu fréquentiel de cette impulsion se reproduit pour les neuf autres impulsions
et s'explique de la façon suivante. Ici, nous avons simulé un réseau échantillonné
pour lequel l'amplitude moyenne de la modulation d'indice An(/f(z) est égale à
Ariac(z). Autrement dit, l'indice moyen au sein d'un échantillon varie suivant un
profil supergaussien, ce qui signifie que nos échantillons sont apodisés en intensité.
Nous avons vu à la figure 3.6 l'impact qu'a une apodisation en intensité sur la ré-
Chapitre 4. Filtrage du signal basé sur l'utilisation de réseaux de Bragg 124
ponse spectrale d'un réseau de Bragg. La réponse temporelle du réseau est aussi af
fectée par la variation de An</C(z) de sorte que les bords de l'échantillon réfléchissent
davantage les hautes fréquences et le centre de l'échantillon les basses fréquences.
Ceci est logique, car A«rfc(z) est plus grand au centre de l'échantillon, augmentant
la période locale effective du réseau. Nous avons vérifié au moyen d'une seconde
simulation qu'apodiser les échantillons en amplitude plutôt qu'en intensité élimine
l'aspect parabolique de la réponse temporelle en fréquence, qui devient alors uni
forme.
La simplicité de notre design par rapport à celui de la référence [46] est évidente.
Aucune apodisation n'est utilisée et la qualité du paquet d'impulsions généré est
supérieure à tous les niveaux. En effet, le paquet est compact, les impulsions sont
d'amplitude uniforme et il n'y pas d'oscillation au pied des impulsions. Nous parle
rons à nouveau des réseaux échantillonnés plus en détail au chapitre 5. Nous allons
maintenant passer à la dernière section de ce chapitre qui traitera de la méthode de
superposition de réseaux.
0 2 4 6 8 10
Distance [mm]
FlG. 4.15 - Enveloppe de la modulation d'indice globale de trois réseaux superposés
La somme des trois modulations d'indice peut être vue comme une modulation d'indice globale
contenant des sauts de phase discrets.
sont séparées de 2n/3. Ces valeurs permettent de ne pas commencer par un maxi
mum en z = 0 mm, car nous aurions une demi-impulsion au début et à la fin du
paquet. Malheureusement, lorsque nous fabriquons des réseaux de Bragg superpo
sés, nous n'avons aucun moyen de contrôler la phase à l'origine relative des modula
tions d'indice. La démonstration expérimentale de ce design a donc requis beaucoup
de patience de notre part. En effet, nous avons procédé à la fabrication de plusieurs
filtres jusqu'à ce que, par chance, les phases à l'origine soient adéquates. Dans ce
cas, la réponse impulsionnelle mesurée est une image de la modulation d'indice de
la figure 4.15. De façon similaire à ce que nous avions fait lors du design du réseau
échantillonné, nous ajoutons maintenant un chirp à chacune des trois modulations
d'indice. Ce chirp, qui vaut —0,249 nm/cm, a pour but de rendre le paquet d'impul
sions plus uniforme. Notons que le signe du chirp n'est pas important pour notre
design. Il correspond simplement à une inversion du sens dans lequel on utilise le
réseau.
Nous venons de faire le design de notre filtre sans nous soucier de sa réponse
spectrale. Nous nous assurons ainsi d'avoir la réponse temporelle voulue sans im
poser de restrictions et sans faire d'erreur de raisonnement. La figure 4.16 donne
l'explication du même filtrage, vu depuis le domaine spectral. Chacune des trois
bandes spectrales définies par chaque réseau réfléchit une portion du spectre inci
dent. L'ajout d'un chirp à la structure fait en sorte que le contenu spectral d'im
pulsions successives est différent, de façon similaire à ce que nous avions avec le
Chapitre 4. Filtrage du signal basé sur l'utilisation de réseaux de Bragg 126
Délai
rO
S T3
C
O
i -
l/l
tN s F-
1
-CD
H
Pi
JE O ! •-
Réflectivité Temps
JIAAAAAAAAA
FlG. 4.16 - Principe de fonctionnement des réseaux de Bragg superposés
Lafiguredonne une vision schématique du filtrage vu depuis le domaine spectrale. La réflectivité et le
délai de la structure sont schématisés sur la partie gauche de la figure. Le contenu spectral du signal
temporel obtenu en sortie du filtre évolue en fonction du temps comme cela est représenté sur la
partie droite de la figure.
réseau échantillonné chirpé. Encore une fois, le choix du chirp n'a pas d'importance
sur la qualité de la réponse impulsionnelle. Répétons que par «qualité», il faut com
prendre : bonne uniformité (en amplitude) et compacité du paquet d'impulsions.
Nous l'avons déjà dit, les bandes spectrales des réseaux peuvent se chevaucher sans
que cela ne pose problème. La partie gauche de la figure 4.17 présente le résultat de
la simulation du filtre. Pour faire cette simulation, nous avons utilisé la théorie que
nous avons vue à la section 3.2.5. La partie droite de la figure présente les résultats
expérimentaux. La réponse spectrale du filtre est facilement interprétée. Les trois
bandes correspondant à chacun des trois réseaux sont clairement identifiables dans
la réflectivité du filtre. Les bandes sont espacées de 100 GHz. Cette périodicité se re
trouve également dans la réponse en délai. La réponse impulsionnelle est constituée
de dix impulsions principales espacées de 10 ps. Cette réponse est approximative
ment une image (au carré) de la modulation d'indice que nous avons décrit figure
4.15. Un point mérite une explication plus approfondie : la réponse temporelle en fré
quence. L'effet du chirp du réseau est évident sur la courbe en question. Le contenu
spectral de chaque impulsion est centré sur une longueur d'onde qui diminue avec
le temps. La variation totale de cette longueur d'onde est de 0,68 nm, soit environ la
largeur spectrale d'un réseau, c'est-à-dire 0,72 nm approximativement. Ceci est clai
rement expliqué par la figure 4.16. La réponse temporelle-fréquentielle est centrée en
1543,35 nm qui est également la longueur d'onde centrale du filtre. En s'éloignant de
Chapitre 4. Filtrage du signal basé sur l'utilisation de réseaux de Bragg 127
Simulation Expérimental
■<v 0
ai
'!> -20
2 ■p fQ
Ç aj -a
ai
'r; -40
OJ
ex C4
in
3! 200
c
o
n • i—i 100
«K^ ^ ^ M l l l ^ • fil I k k L
[sd
ela
'01
i 1
U
inn
1542 1544 1546 1542 1544 1546
Longueur d'onde [nm] Longueur d'onde [nm]
0 20 40 60 80 100
Temps [ps|
0 20 40 60 80 100
Temps [ps]
FlG. 4.17 - Résultats numériques et expérimentaux pour les réseaux superposés
Les résultats de la simulation numérique (à gauche) et expérimentaux (à droite) sont présentés. La
partie supérieure de lafigureprésente la réponse spectrale dufiltrealors que la partie inférieure
montre la réponse impulsionnelle. Comme prévu, le résultat de notre design est un paquet
d'impulsions au taux de répétition de 100 GHz. Les deux droites en pointillés mettent en évidence
l'impact du chirp de la modulation d'indice sur la réponse en délai et en fréquence.
i ■ 1 r- -i 1 1 1-
FWHM:4,6ps -FWHM:5,9ps
<
11A P
c
o
QJ
\->
G
y
c
<
-100 100
Temps |ps|
FlG. 4.18 - Autocorrélation des trains d'impulsions à l'entrée et à la sortie du filtre
Les traces d'autocorrélation du train incident à 10 GHz (pointillés) et du train en sortie du filtre à
100 GHz (trait plein) sont présentées.
à élargir fortement les impulsions. En l'occurrence, les impulsions sont élargies d'en
viron 30% par l'opération de filtrage. Ceci est logique, car la réponse impulsionnelle
est constituée d'impulsions assez larges, qui ne peuvent être amincies qu'en super
posant un plus grand nombre de réseaux. En pratique, ceci s'avère très difficile pour
plusieurs raisons. D'abord, la phase à l'origine de chaque modulation d'indice doit
être contrôlée. De plus, la photosensibilité limitée de la fibre sera un facteur limitant
au nombre de réseaux superposable. Enfin, l'espacement spectral entre les réseaux
doit être parfaitement constant. Une dérive étalerait ou détruirait les impulsions, au
même titre que la dispersion chromatique étale ou détruit une impulsion.
4.3 Conclusions
Au début du chapitre nous avons étudié les possibilités offertes par les réseaux
opérés en transmission, et conclu que ces filtres n'étaient pas les mieux adaptés à la
Chapitre 4. Filtrage du signal basé sur l'utilisation de réseaux de Bragg 129
Pour clore ce chapitre, nous pouvons dire que les réseaux opérés en réflexion offrent
d'intéressantes possibilités en matière de multiplication du taux de répétition. Des
designs simples et flexibles peuvent être faits en utilisant le fait que la réponse im
pulsionnelle d'un réseau de Bragg est une image de la modulation d'indice photoins
crite si le réseau est faible. L'avantage des réseaux faibles réside aussi dans le fait que
leur réponse temporelle est compacte, c'est-à-dire contenue dans le temps d'aller-
retour du réseau. Ceci permet de concaténer des paquets d'impulsions sans interfé
rence entre des paquets successifs. Lorsque l'effet Talbot temporel n'est pas adéquat,
comme dans le cas du signal issu de notre laser, nous pensons que les réseaux échan
tillonnés offrent la meilleure solution pour multiplier le taux de répétition d'un laser.
En effet, ces filtres permettent de générer facilement des paquets d'impulsions ayant
chacune une durée inférieure à la picoseconde. Nous avons montré expérimentale
ment que l'effet Talbot spectral permettait de modifier la périodicité spectrale d'un
réseau échantillonné. Nous avons également montré que ces filtres avaient une pé
riodicité temporelle fixe, ce qui s'explique par un profil de phase complexe de la
fonction de transfert du filtre. Nous avons publié les résultats de ces travaux aux ré-
Chapitre 4. Filtrage du signal basé sur l'utilisation de réseaux de Bragg 130
férences [142,143]. Ensuite nous avons proposé une configuration impliquant deux
filtres Talbot identiques placés en cascade et ayant un chirp de signe opposé. Nous
montrons et expliquons que cette configuration permet d'éliminer les sauts de phase
de la fonction de transfert du filtre. Du même coup, on obtient un filtre dont la pé
riodicité de la réponse impulsionnelle n'est plus fixe, mais accordable. Nous avons
publié les résultats de ces travaux à la référence [144]. Ce filtre, apparemment adapté
à nos besoins, s'est avéré être difficile à opérer et non optimal. Ce filtre semblait bien
adapté, car il permettait de générer des paquets d'impulsions à des taux de répétition
accordables et avec un chirp modéré. Nous avons cependant préféré fabriquer plu
sieurs réseaux échantillonnés ayant différentes périodicités pour remplir la même
fonction de façon plus simple et efficace. Notons que ces travaux sur l'effet Talbot
spectral nous ont largement aidés dans la suite du projet. En particulier, notre ex
périence sur les réseaux échantillonnés et sur l'impact qu'a l'ajout d'un chirp sur la
réponse impulsionnelle nous a été d'une aide très précieuse.
Dans le chapitre suivant nous allons expliquer comment nous avons multiplié le
taux de répétition de notre laser jusqu'à des taux de 40 GHz, 160 GHz et 320 GHz au
moyen de réseaux échantillonnés. Nous ferons également une étude expérimentale
de la qualité du train d'impulsions en fonction du chirp des réseaux.
Chapitre 5
Nous avons vu au chapitre précédent que les réseaux de Bragg offrent d'intéres
santes possibilités pour augmenter le taux de répétition d'un train d'impulsions. De
ces études, il ressort qu'un réseau de Bragg peut être facilement utilisé avec des trains
d'impulsions dont le taux de répétition est initialement d'au moins quelques giga-
hertz. Pour des taux de répétition plus faibles, la longueur physique du réseau que
l'on doit employer est très grande lorsque le réseau est utilisé en réflexion. Ainsi un
taux de répétition de 1 GHz nécessite un réseau d'environ 10 cm de long alors qu'un
taux de 31,25 MHz nécessiterait un réseau d'environ 3,3 m de long. En pratique, ces
réseaux ne peuvent être fabriqués qu'avec un montage d'écriture spécifique, com
plexe et très coûteux. À titre de référence, la longueur maximale des réseaux que
nous pouvons fabriquer au laboratoire est de 14 cm, correspondant à la longueur de
nos masques de phase les plus longs. Dans le cas de réseaux utilisés en transmission,
le problème n'est pas la longueur du réseau, mais plutôt le fait que le réseau doive
être très fort ou alternativement que l'on superpose un grand nombre de réseaux,
comme nous l'avons vu à la section [Link].
Puisque nous ne pouvons pas utiliser de réseau de Bragg pour augmenter le taux
de répétition du train à 31,25 MHz émis par notre laser mode-locked passif, nous al
lons devoir procéder en deux étapes. Notre étage primaire de multiplication du taux
de répétition sera composé d'une cascade d'interféromètres de Mach-Zehnder. Ce
premier étage va nous permettre d'atteindre le taux de 2 GHz, à partir duquel nous
pourrons multiplier à nouveau le taux de répétition en utilisant un réseau de Bragg
Chapitre 5. Multiplication des impulsions du laser 132
Dans le cas de notre laser, le délai à ajouter dans le premier étage (n=l) est donc
de 16 ns, correspondant à une longueur de fibre d'environ 3,308 m considérant un
indice effectif de 1,45. Dépendant de la qualité des coupleurs, des fusions entre les
fibres, de la précision sur le délai ajouté, une compensation est nécessaire pour obte-
Chapitre 5. Multiplication des impulsions du laser 133
tu
171
l/l
"'J
PH
JLJLJLJLJl
3 A A A A A A A A A
Temps
*. i t ;
\ /
Atténuation et délai variables
FlG. 5.1 - Schéma de principe d'un multiplicateur commercial
La géométrie d'un multiplicateur de taux de répétition commercial est présentée en bas de la figure.
Le système est composé d'une cascade d'interféromètres de Mach-Zehnder à la sortie desquels la
période initiale (r) est successivement divisée par deux, comme l'illustre le haut de la figure.
Dans ce projet, nous avons adopté une géométrie légèrement différente puisque
les deux bras du coupleur de sortie de chaque étage sont raccordés à l'étage suivant
évitant ainsi les pertes de 50% sur la puissance moyenne du train. La cascade est
schématisée figure 5.2. Contrairement au cas de la géométrie précédente, il est im-
3a 3b
3A = 26(1-a)
36 = 2a(cc)
3c = 2b(cc)
3d = 2fl(l-a).
Nous constatons que l'ajout d'un atténuateur dans l'un des bras du Mach-Zehnder
ne permet d'uniformiser que deux impulsions à la fois : 3a et 3b ou 3c et 3d. De
plus, égaliser la puissance de deux impulsions dans un bras tend à aggraver l'écart
de puissance des deux impulsions présentes dans l'autre bras. Notre cascade n'a pas
été construite avec des éléments PM pour des raisons de disponibilité de ce type de
composants. Afin d'atteindre le taux de 2 GHz, visé, nous avons cascade six étages,
impliquant l'utilisation de sept coupleurs 50/50. Le taux initial de 31,25 MHz est
ainsi multiplié par 2 6 = 64 grâce à l'ajout de délais correspondant aux longueurs de
fibre données dans le tableau 5.1. Notons qu'une cascade de six étages entraînerait
des pertes de 18 dB soit 98,4%, si nous avions utilisé la géométrie de la figure 5.1 au
lieu de celle de la figure 5.2. Afin de s'assurer que les impulsions du train en sortie
de la cascade aient toutes la même durée temporelle — c'est-à-dire le même chirp —
nous avons utilisé de la fibre à dispersion décalée («dispersion shifted fiber» - DSF)
pour créer les délais. Cette fibre est de la DSF de Corning, ayant une dispersion nulle
autour de 1550 nm. Le reste de la cascade est constitué de fibre SMF standard. Nous
allons maintenant décrire les étapes de fabrication et les caractéristiques expérimen-
Chapitre 5. Multiplication des impulsions du laser 136
10 15 20 35
Temps [ns|
FlG. 5.4 - Réponses impulsionnelles des étages du multiplicateur
La cascade complète permet de générer 64 impulsions espacées de 500 ps, sur une plage de 32 ns. Les
réponses impulsionnelles mesurées après chaque étage sont présentées de haut en bas. Sur la figure,
l'amplitude des pics semble décroître avec le temps. Ceci est un artefact de mesure.
par deux jusqu'au taux de 2 GHz. De cette mesure, il est possible d'extraire le bruit
de synchronisation temporelle ou «jitter» en déterminant précisément la position de
chaque impulsion. Nous parlons ici d'un jitter déterministe causé par les impréci
sions sur les délais de la cascade. Les résultats de cette étude seront présentés au
chapitre 7 de ce document. On remarque que sur la figure 5.4, l'amplitude des pics
Chapitre 5. Multiplication des impulsions du laser 138
n'est pas constante et diminue lorsque le temps augmente. Cette non-uniformité est
plus évidente sur la figure 5.5, qui présente la réponse temporelle de la cascade com
plète. Cette non-uniformité est purement un artefact de mesure causée par la façon
^ P i c #1 Pic #64
'SB
O
\ .
OJ
—-40
JSÎ
£2
o S-60 ■
£•§
te J3
3-80 -
OH
e"100
10 15 20 25 30 35
Temps [ns]
- , 0 0 50
Temps [ps|
FlG. 5.5 - Artefact de mesure sur la réponse impulsionnelle
La compensation numérique de la dispersion chromatique faite par l'appareil de mesure élargit et
atténue artificiellement les pics ayant traversé une longueur défibre DSF.
dont l'analyseur OFDR traite les données. En fait, l'analyseur de Luna Technologies est
un interféromètre fibre, constitué de fibre standard. Afin d'éliminer l'effet de la dis
persion chromatique sur la mesure, l'appareil élimine numériquement la dispersion
chromatique, de sorte qu'un segment de fibre SMF standard est considéré avoir une
dispersion nulle. La réponse impulsionnelle de ce segment de fibre est donc un Dirac
parfait, quelle que soit la longueur du segment. Par contre, la réponse impulsionnelle
d'un segment de fibre DSF a une dispersion apparente d'environ —17 p s / n m / k m ,
c'est-à-dire la valeur de la dispersion de la fibre SMF standard, au signe près. Cet
artefact de mesure est particulièrement visible si on superpose le premier et le der
nier pic de la réponse impulsionnelle, comme cela est fait en bas de la figure 5.5. Le
premier pic n'ayant traversé que de la fibre SMF standard est extrêmement étroit,
tandis que le dernier pic ayant emprunté le chemin contenant tous les segments de
Chapitre 5. Multiplication des impulsions du laser 139
fibre DSF est élargi par l'effet de dispersion apparente. Par principe de conservation
d'énergie, nous savons que l'élargissement d'un pic se traduit par une diminution de
son amplitude. Cette variation d'amplitude n'étant qu'un artefact de mesure, il est
impossible de caractériser l'uniformité de la séquence d'impulsions grâce à cette me
sure. Nous verrons au chapitre 7 qu'une mesure alternative utilisant un oscilloscope
rapide nous a permis de mesurer le bruit d'amplitude de la séquence d'impulsions.
à une trace d'autocorrélation. Nous trouvons qu'à la sortie de la cascade les impul
sions ont une durée d'environ une picoseconde FWHM. Les impulsions sont donc
largement chirpées. Afin de compenser ce chirp, nous avons eu recours à un am
plificateur EDFA qui a une dispersion négative, ce qui est vrai pour la plupart des
amplificateurs EDFA que nous possédons au laboratoire. En plus d'amplifier notre
signal, nous avons ainsi réussi à comprimer les impulsions pour obtenir une durée
minimale de 429 fs qui est donc supérieure à la durée initiale de 351 fs. Ces impul
sions ont un chirp résiduel qui peut s'expliquer par :
- La présence d'effets non-linéaires dans la cascade, dans l'amplificateur et dans
les segments de fibres additionnels.
- La compensation imparfaite de la dispersion par l'amplificateur EDFA qui n'a
pas la même pente de dispersion que la fibre SMF standard.
Cette durée d'impulsion optimale a été obtenue en utilisant un segment de fibre de
3,17 m pour raccorder la sortie de la cascade à l'EDFA, puis un autre segment de fibre
de 10,65 m pour raccorder la sortie de l'EDFA à l'entrée de l'autocorrélateur. L'ajus
tement précis de ces longueurs de fibres nous à permis de minimiser la durée de l'im
pulsion. L'EDFA utilisé pour cette expérience et les expériences mentionnées dans la
suite de ce chapitre est un amplificateur du COPL ayant le numéro d'inventaire 4109.
Les traces d'autocorrélation des impulsions à l'entrée de la cascade et à la sortie après
Chapitre 5. Multiplication des impulsions du laser 141
^1
o
V
S
'eu
» I
O
<J
o
-M
< 0,
-1 0 1
Temps [ps]
FlG. 5.7 - Traces d'autocorrélation avant et après le multiplicateur
Un chirp résiduel subsiste après amplification et compression des impulsions à la sortie de la cascade.
du spectre optique sont espacés de 2 GHz, ce qui est trop étroit pour être résolu avec
un analyseur de spectre optique standard. Nous savons cependant que, comme dans
le cas du multiplicateur commercial 10 GHz =>■ 40 GHz que nous avons étudié, le
spectre optique en sortie de notre cascade est instable. Notons que nous n'avons pas
fait l'étude de ce type bruit durant ce projet et que nous nous sommes contentés
d'étudier la composante de bruit déterministe ajoutée par la cascade.
Une mesure informant sur la qualité du train d'impulsions à 2 GHz est la mesure
du spectre radiofréquence obtenue avec un analyseur RF. Cette mesure sera présen
tée au chapitre 7, à la figure 7.11. Sur cette figure, il apparaît que le signal dominant
est le signal ayant un taux de répétition de 2 GHz. Le signal est accompagné d'un
important bruit de supermodes traduisant la présence de bruit d'amplitude et de
synchronisation. Une dernière information pertinente à connaître sur le train d'im
pulsions est son uniformité en polarisation. Étant donné que notre multiplicateur
n'a pas été construit de composants à maintien de polarisation, il faut s'attendre à
ce que des impulsions successives de la séquence de 64 impulsions aient un état de
polarisation différent. C'est effectivement le cas, comme le suggère la figure 5.9, qui
montre l'allure du signal à 2 GHz après avoir traversé un polariseur. L'amplitude
"tri
G
CD
-t '
S
0
0 10 20 30
Temps [ns]
FlG. 5.9 - Séquence d'impulsions à la sortie d'un polariseur
Les impulsions de la séquence ont des polarisations différentes. Le passage du train d'impulsions au
travers d'un polariseur met clairement cela en évidence.
des impulsions varie énormément puisque certaines impulsions sont totalement blo
quées par le polariseur alors que d'autres sont transmises avec des pertes minimales.
Ceci peut être problématique lorsque l'on souhaite faire une conversion non-linéaire
telle que celle présentée au chapitre 6, ou lorsque l'on veut faire une mesure d'auto-
Chapitre 5. Multiplication des impulsions du laser 144
corrélation par exemple. Dans les deux cas, le résultat dépend fortement de l'état de
polarisation du signal. Idéalement, notre multiplicateur devrait donc être reconstruit
avec des composants à maintien de polarisation pour de meilleures performances.
Pour conclure cette section, nous pouvons dire que ce type de multiplicateur est
loin d'être optimal pour des raisons de coût, de complexité et de stabilité. Ce mul
tiplicateur est néanmoins la seule alternative pratique pour augmenter un taux de
répétition aussi bas que 32 ns. Nous allons, dans la deuxième partie de ce chapitre,
décrire l'étage secondaire de multiplication de taux de répétition basé sur l'utilisa
tion d'un réseau de Bragg échantillonné. Ce filtre fournit une solution élégante pour
multiplier le taux de répétition de 2 GHz à 40 GHz. D'autres réseaux échantillonnés
seront également utilisés pour atteindre les taux de 160 GHz et 320 GHz.
Chapitre 5. Multiplication des impulsions du laser 145
Pour cette expérience, nous avons fabriqué trois réseaux échantillonnés ayant des
périodicités de 40 GHz (25 ps), 160 GHz (6,25 ps) et 320 GHz (3,125 ps). Partant
d'un taux de répétition de 2 GHz (500 ps), ces taux de répétition sont atteints avec
des multiplications par 20, 80 et 160 respectivement. Ceci est obtenu en fabriquant
des réseaux composés de 20,80 et 160 échantillons espacés de 2,53 mm, 0,632 mm et
0,316 mm respectivement. La longueur totale de chaque réseau est d'environ 5 cm
correspondant à une durée de 500 ps. Ceci assure la génération d'un train d'im
pulsions continu en sortie, les séquences d'impulsions successives de 500 ps étant
concaténées de façon continue.
du faisceau UV sur la fibre. En l'occurrence, nous avons utilisé une unique lentille
sphérique de focale 20 cm. Nous supposons des échantillons supergaussiens, car le
faisceau UV utilisé est gaussien et que la photosensibilité de la fibre tend à saturer
autour de la crête des échantillons. En plus de cette hypothèse initiale, nous avons
essayé de reproduire aussi fidèlement que possible le spectre du réseau par simu
lation numérique. Cette simulation nous a permis d'estimer la largeur des échan
tillons, leur amplitude et de confirmer que le choix d'une forme supergaussienne
est raisonnable. Le chirp du masque de phase utilisé pour fabriquer les réseaux est
de 0,03 nm/cm, imposant un chirp nominal à la modulation d'indice des réseaux
de 0,015 nm/cm. Le chirp des réseaux est ensuite modifié mécaniquement et nous
avons procédé à une série de mesure pour chaque valeur de chirp. Le système de
contrôle du chirp que nous avons utilisé est identique à celui que nous avons dé
crit figure 4.8. Nous n'allons présenter ici que les résultats les plus pertinents. Nous
avons plus particulièrement étudié le réseau à 40 GHz, pour lequel nous avons ap
pliqué quatre valeurs de chirp représentées par les cas a, b, c et d dans le tableau
5.2. Les deux autres réseaux à 160 GHz et 320 GHz n'ont été étudiés que pour deux
valeurs de chirp.
Le tableau 5.2 décrit les paramètres des filtres ainsi que ceux du signal obtenu :
- Le pas d'échantillonnage du réseau.
- Le chirp de la modulation d'indice, ajusté de façon mécanique.
- L'amplitude de la modulation d'indice du réseau, An, estimée numériquement.
Chapitre 5. Multiplication des impulsions du laser 148
Nous allons d'abord nous concentrer sur le cas du réseau à 40 GHz. Le réseau a
été caractérisé avant même d'avoir été collé sur la plaque de métal servant à la dé
formation mécanique. L'allure spectrale du réseau est comparée avec le résultat de
simulation numérique à la figure 5.11. L'allure générale du spectre est très proche
de la simvilation tandis que les canaux individuels sont légèrement déformés par des
4
La forme des impulsions en sortie est donnée par la convolution de l'impulsion incidente par la
forme de l'échantillon. La forme des échantillons n'étant pas connue précisément, nous avons choisi
arbitrairement de considérer des impulsions sécantes hyperboliques.
Chapitre 5. Multiplication des impulsions du laser 149
imperfections de fabrication. Nous vérifions que la période du filtre est de 0,32 nm,
c'est-à-dire 40 GHz. Une fois collé sur la plaque métallique, le réseau est placé dans
le système de déformation mécanique permettant d'atteindre le chirp des cas a, b, c
et d. Dans chaque cas, la réponse impulsionnelle du réseau est mesurée, puis com
parée à la réponse simulée. Ces résultats sont présentés à la figure 5.12. Lorsque le
Expérimental Simulation
Jx
<
si ŒT
JXJ
s
o
'(71
OH
(U
0
C
O
o.
"Cil
chirp est nul (a) la réponse est non uniforme et se prolonge au-delà de la plage de
500 ps. Ceci s'explique par le fait que l'approximation de Born n'est pas respectée.
De fait, l'énergie est réfléchie en grande partie avant d'atteindre le bout du réseau,
ce qui explique la décroissance observée. De plus, une partie de l'énergie est piégée
dans le réseau et n'en ressort qu'après un délai additionnel. Ceci est prédit assez pré
cisément par la simulation. L'ajout d'un chirp (b, c et d) règle le problème puisque le
filtre réfléchit le contenu spectral du signal incident de façon distribuée sur l'intégra-
Chapitre 5. Multiplication des impulsions du laser 150
lité de sa longueur. Plus le chirp augmente et plus la réflexion d'une certaine bande
de fréquence est localisée, pour que finalement, une position le long du filtre ne réflé
chisse qu'une étroite bande spectrale du signal incident. Suivant cette explication, il
est compréhensible que la réponse impulsionnelle obtenue dans les trois derniers cas
soit uniforme. Gardons à l'esprit que lorsque l'on utilise un réseau chirpé, le contenu
spectral de la réponse impulsionnelle varie d'une impulsion à l'autre. Cependant ici
chaque impulsion est très faiblement chirpée, et sa durée est fixée principalement par
la dimension spatiale d'un échantillon, qui est fixe. En plus d'améliorer l'uniformité
de la réponse impulsionnelle, l'ajout d'un chirp permet d'améliorer l'efficacité éner
gétique du filtrage. Certes la réflectivité maximale du filtre diminue avec le chirp,
mais ceci est compensé par le fait qu'une plus large portion du spectre incident est
réfléchie. Ceci est particulièrement évident sur la figure 5.13 qui présente le spectre
du signal obtenu après filtrage dans les cas a, b, c et d. L'efficacité énergétique du
filtrage a été caractérisée en mesurant la puissance réfléchie par le réseau. Cette me
sure a été faite avec le puissance-mètre de marque Exfo ayant le numéro d'inventaire
370126-C. Elle a été dans chaque cas comparée à la puissance de 96 ftW incidente
dans le réseau. La puissance et les pertes sont présentées dans le tableau 5.2. Il ap
paraît que le cas (a) produit plus de pertes, alors que les cas a, b et c sont à peu près
équivalents avec des pertes améliorées de 1,7 dB. La figure 5.13 montre également
que le spectre optique devient assez complexe lorsque le chirp augmente. Ceci, ce
pendant, n'affecte pas la qualité de la réponse impulsionnelle, comme nous l'avons
expliqué précédemment.
La largeur spectrale du signal obtenu est présentée dans le tableau 5.2. Cette lar
geur est estimée à partir des mesures présentées figure 5.13. Il est parfois difficile
d'estimer précisément cette valeur, car le spectre prend une forme complexe et il
n'est pas évident de définir la largeur à mi-hauteur. Ceci explique en bonne partie les
variations observées entre 7,8 nm et 7,2 nm. La durée des impulsions a été estimée
à partir de traces d'autocorrélation. Comme pour l'étage primaire de multiplication,
nous avons eu recours à un amplificateur EDFA pour amplifier le signal ainsi que
compenser la dispersion chromatique. Le signal sortant du filtre est donc envoyé
dans l'EDFA, puis dans l'autocorrélateur. Le schéma du système complet est pré
senté figure 5.14. Remarquons que nous ne compensons pas la dispersion à la sortie
de l'étage primaire, mais seulement à la sortie de l'étage secondaire. Les traces d'au
tocorrélations obtenues pour les cas a, b, c et d sont présentées figure 5.15. Comme
prévu, nous retrouvons des pics très étroits, espacés de 25 ps environ. En fait, l'es-
Chapitre 5. Multiplication des impulsions du laser 151
IIÉÉÉII
1570
GJ
"iTifinrii
1550 1560 1570
A/VVW\AAAAAAMAAAAAAAAA/V,
1555 1556 1555 Longueur d'onde [nm] 1556
Longueur d'onde [nm]
FlG. 5.13 - Spectre optique après filtrage
Le spectre optique de la source obtenu après filtrage est représenté en fonction du chirp ajouté. L'ajout
d'un chirp diminue la réflectivité du filtre, mais permet de couvrir une plus grande portion du
spectre, de sorte que, globalement, les pertes sont plus faibles quand le chirp augmente. Les cas a, b, c
et d réfèrent aux quatre cas du tableau 5.2 pour le réseau à 40 GHz.
pacement entre les pics n'est pas parfaitement égal à 25 ps, et varie sur la plage de
mesure l'autocorrélateur qui est de 100 ps. Ceci est causé par une non-linéarité de
l'autocorrélateur qui peut être compensée numériquement au besoin. Nous avons
d'ailleurs compensé cette déformation dans le travail que nous avons publié à la
référence [45]. La longueur totale de fibre standard depuis la sortie de l'étage pri
maire jusqu'à l'entrée de l'EDFA est de 9,214 m. Ceci comprend l'aller-retour dans
le circulateur optique 5 utilisé avec le réseau de Bragg. À la sortie de l'EDFA, nous
avons placé une longueur de 3,17 m de fibre standard pour minimiser la durée des
impulsions. Nous avons alors trouvé des durées d'impulsion de l'ordre de 580 fs.
5
Circulateur JDS premium grade JE030289.
Chapitre 5. Multiplication des impulsions du laser 152
Laser mode-locked
31,25 M H z
Étage primaire
Multiplication
& &
Amplification et
par 64
compensation de dispersion
A
2 GHz
r EDFA
40, 160 ou
Étage secondaire
320 GHz
Multiplication par
20,160 ou 320
lUMttJLaael
!UT
(H
O
( i
O
-M
3
<
I
-50
"
L
■ '
Temps [ps]
1 50
1
-50
LJ
0 50
Temps [ps]
FlG. 5.15 - Traces d'autocorrélation obtenues pour différentes valeurs de chirp.
Les quatre traces confirment la présence d'un train d'impulsions à 40 GHz. L'uniformité des traces
s'améliore avec le chirp. Les cas a, b, c et d réfèrent aux quatre cas de la table 5.2 pour le réseau à
40 GHz.
Cette valeur varie faiblement avec le chirp d u réseau c o m m e cela est montré d a n s
le tableau 5.2. Notons que la longueur cumulée de fibre entre la sortie de l'étage
secondaire et l'autocorrélateur est de 13,764 m. Rappelons-nous que d a n s le cas de
l'étage primaire de multiplication, la longueur cumulée de fibre que nous avions uti
lisée était de 13,820 m. La différence de longueur est donc seulement de 6 cm. Ceci
suggère que le réseau :
2. Soit disperse les impulsions d'une façon qui ne peut pas être compensée avec
de la fibre standard.
En théorie, même si le réseau est chirpé, le chirp au sein d'un échantillon du réseau
est négligeable, étant donné la dimension très faible de l'échantillon. L'impulsion ré
fléchie par un échantillon n'est donc pas dispersée. Le choix numéro 1 semble donc
être la conclusion logique. En pratique, il est probable que chaque échantillon pré
sente un chirp local assez important à cause d'un défaut de convergence du faisceau
UV durant la fabrication. La convergence, ou la divergence, du faisceau UV peut faci
lement entraîner un chirp local important, comme nous l'avons montré dans l'article
[145]. Nous allons voir que les échantillons des réseaux que nous avons fabriqués
sont probablement victimes de ce défaut, et que les impulsions réfléchies par les ré
seaux sont effectivement dispersées de façon complexe, donc non compensables par
une dispersion de premier ordre. Nous devrons conclure que le choix numéro 2 offre
l'explication la plus raisonnable.
Faisons un aparté très succinct et sans rentrer dans les détails afin de présenter
une partie de nos résultats de la référence [145]. Durant ce travail, nous avons me
suré la réponse impulsionnelle complexe d'un réseau de Bragg et nous en avons
déduit son coefficient de couplage complexe. La mesure a été effectuée au moyen de
notre réflectomètre optique à basse cohérence (optical low cohérence reflectometer
- OLCR), ayant une résolution de 5 jitn. Le lecteur est encouragé à lire la référence
[145] pour obtenir plus de détails sur l'OLCR. Ici, nous allons nous contenter de
présenter les résultats obtenus lors de la mesure et de la reconstruction d'un réseau
échantillonné. Le réseau que nous avons fabriqué pour cette expérience est composé
de dix échantillons approximativement gaussiens espacés de 1 mm et ayant une lar
geur à mi-hauteur d'environ 20 \im. Nous avons fabriqué le réseau avec un masque
de phase de chirp 0,03 nm/cm. La modulation d'indice a été estimée numérique
ment à environ 1,8 • 10~ 4 . La réflectivité maximale du réseau est de 1% environ. Les
dix échantillons ont été fabriqués en faisant varier graduellement la position de la
lentille de focalisation verticale (la fibre étant horizontale) de manière à obtenir un
front d'onde sur la fibre d'abord divergent (échantillons 1 à 4), plat (échantillon 5),
puis convergent (échantillons 6 à 10). Entre la fabrication de chaque échantillon, la
lentille a été rapprochée du masque par sauts de 1 mm. La figure 5.16 présente le
résultat de la mesure des échantillons 1, 3, 5, 7 et 9. Pour les cinq mesures pré
sentées, l'amplitude et la longueur d'onde de Bragg locale des échantillons ont été
centrées autour de la position 0 mm pour une comparaison plus aisée. Clairement,
Chapitre 5. Multiplication des impulsions du laser 154
ces réseaux se trouvent dans le tableau 5.2. Nous avons effectué la même série de me
sures que précédemment, pour deux valeurs de chirp seulement : un chirp nul et un
chirp élevé. Pour le chirp nul, les filtres ont tous les deux des réponses temporelles
hautement non uniformes qui sont peu intéressantes pour notre projet. Nous ne pré
senterons pas ces résultats ici. Nous allons plutôt nous concentrer sur le cas du chirp
élevé. Les spectres optiques, traces d'autocorrélations et réponses impulsionnelles
mesurées sont présentées, de haut en bas, figures 5.17 et 5.18. Les traces d'au-
QJ
U
en **
2 ■
PH
eu
u
PH
1
§
-t J
0
I
^JiJJiJJi^
<
,'H
2 §
8,1 1500
Pi OH
Temps [ps]
ïï
FlG. 5.17 - Caractéristiques du signal à 160 GHz
Les spectres optiques (deux premières rangées en haut), traces d'autocorrélation (troisième rangée), et
réponses impulsionnelles (rangée du bas) sont présentées pour le réseau à 160 GHz.
1570
>-.
O
u
O
-» >
<
ai rô3
2 g
M•S
04 eu
0
[JE
0 500
Temps [ps]
1000
Les spectres optiques (deux premières rangées en haut), traces d'autocorrélation (troisième rangée), et
réponses impulsionnelles (rangée du bas) sont présentées pour le réseau à 320 GHz.
du système». Le tableau 5.3 présente un résumé de ces pertes pour les différents
facteurs de multiplication que nous avons atteint. Au total, la diminution de la puis-
sance crête est de l'ordre de 50 dB alors que la puissance moyenne du signal est
atténuée de l'ordre de 15 dB ou 20 dB suivant le cas. Il est presque surprenant que
nous ayons réussi à mesurer la trace d'autocorrélation de ces signaux étant donné
l'immense facteur d'atténuation qu'ils subissent. De, plus il faut rappeler que des
impulsions successives n'ont pas la même polarisation à la sortie du premier étage
de multiplication. Ceci affecte également l'efficacité de la mesure d'autocorrélation.
Il faut donc savoir que toutes les traces d'autocorrélation effectuées à la sortie de
l'étage secondaire de multiplication ont été moyennées fortement.
faible que la mesure d'autocorrélation donne des résultats erronés. Nous sommes en
effet à la limite extrême de ce qui peut être mesuré avec notre autocorrélateur. Pour
ma part, je pense que la deuxième hypothèse est réaliste. La fabrication de nouveaux
réseaux ainsi que l'emploi d'un EDFA ayant une puissance de saturation plus élevée
permettraient d'éclaircir ce point.
5.3 Conclusions
Pour conclure ce chapitre, nous pouvons dire que l'utilisation d'un réseau de
Bragg échantillonné — et des réseaux de Bragg en général — est une alternative inté
ressante aux multiplicateurs commerciaux basés sur des cascades de Mach-Zehnder.
Nous verrons au chapitre 7 que les performances en terme de bruit des multiplica
teurs basés sur la technologie des réseaux de Bragg sont tout à fait honorables. Nous
allons maintenant entamer le chapitre 6, qui décrit des techniques de traitement du
signal utilisant l'optique non-linéaire. Nous allons voir que l'optique non-linéaire
permet de traiter le signal de façon très complémentaire aux méthodes de filtrage
linéaires, telles que celles que nous venons d'étudier.
Chapitre 6
Dans les chapitres précédents, nous avons étudié des techniques de traitement du
signal basées sur les filtres linéaires que sont les réseaux de Bragg. Ce type de filtrage
impose parfois de faire certains compromis sur la qualité du signal obtenu, comme
l'ajout de sauts de phases ou de chirp par exemple [45,139,147]. Pour certaines ap
plications, ces limitations ne sont pas tolérables. Une solution consiste à combiner
un filtrage non-linéaire au filtrage linéaire, ce qui, de manière générale, est une excel
lente idée puisque ces deux types de filtrages sont très complémentaires. Il est ainsi
possible de créer des fonctions de filtrage telles que :
- La conversion de fréquence accordable.
- Le lissage du profil de phase d'un signal.
- Le multiplexage/duplication d'un signal sur plusieurs fréquences accordables.
- La compression d'impulsions.
- Et d'autres fonctions...
Toutes ces fonctions ont été produites par un filtre que nous avons construit et uti
lisé durant ce projet et qui est décrit à la référence [45]. Nous allons revenir sur ce
travail dans ce chapitre, dont le but n'est pas de couvrir de façon exhaustive toutes
les méthodes de filtrage non-linéaire existantes, mais de nous concentrer sur celles
permettant de contourner les limitations des filtrages linéaires étudiés précédem
ment. Nous verrons comment ce filtrage non-linéaire a, du même coup, permis de
faire un multiplexage en fréquence, une conversion de fréquence et une compression
d'impulsion. Nous allons donc commencer ce chapitre en décrivant les approches de
filtrage non-linéaires que nous avons envisagées utiliser durant ce projet.
Chapitre 6. Filtrage non-linéaire du signal 163
Nous l'avons vu dans les deux chapitres précédents, les techniques de filtrage
linéaires de multiplication de taux de répétition comportent certaines limitations.
L'effet Talbot temporel, les réseaux de Bragg superposés et les réseaux échantillon
nés chirpés par exemple permettent d'augmenter le taux de répétition d'une source
laser, mais le train d'impulsions généré comporte des sauts de phase ou un chirp qui
peut être problématique. Certains auteurs parlent parfois de pseudo-multiplication
du taux de répétition, car le profil de phase du train d'impulsions est complexe.
C'est le cas de ATKINS et al. [148], qui proposent une solution pour contourner le
problème basée sur un effet non-linéaire : la modulation de gain croisée, ou «cross
gain modulation» (XGM) en anglais.
Il est connu que le gain d'un amplificateur optique à semi-conducteur (SOA) ré
agit très rapidement à un signal d'entrée. Ainsi, un signal pompe, en l'occurrence
une impulsion à la longueur d'onde Àp, traversant un SOA peut en saturer le gain,
à la condition que son intensité soit adéquate. Un second signal (signal sonde CW),
à la longueur d'onde Às, traversant le SOA en contra propagation est alors modulé
par cette variation de gain [149], d'où l'appellation modulation de gain croisée. La tech
nique de XGM utilisant un SOA est schématisée sur la figure 6.1 II faut comprendre
que c'est l'intensité et non le champ électrique du signal pompe qui module le gain
Chapitre 6. Filtrage non-linéaire du signal 164
du SOA. Ce profil d'intensité est alors reproduit sur le signal sonde, éliminant du
même coup les sauts de phase ou le chirp présents le long du train d'impulsions. À
l'heure actuelle, le temps de recouvrement du gain des SOA commerciaux les plus
rapides est de 25 ps. C'est cette valeur qui limite la vitesse à laquelle il est possible
de moduler le signal CW. Outre sa vitesse de modulation limitée, il faut savoir que
cette technique fait une inversion logique du signal et ajoute du bruit d'émission
spontanée au signal. Malgré cela, ATKINS a réussi a convertir en fréquence le train
d'impulsions obtenu par effet Talbot, prouvant la validité de cette méthode. Pour
notre projet, nous avons choisi une alternative moins contraignante basée sur un ef
fet de modulation de phase croisée, ou «cross phase modulation» (XPM) en anglais.
où L est la longueur sur laquelle les deux signaux interagissent, Pp est la puissance
instantanée du signal pompe, y est le coefficient non-linéaire tel que défini dans la ré
férence [72]. Un milieu très propice à l'obtention d'une modulation de phase croisée
est la fibre optique. En effet, la grande longueur d'interaction et le fort confinement
des deux signaux sont des conditions favorables. Le choix de la fibre optique est
également important, car certaines fibres favorisent les effets non-linéaires par une
Chapitre 6. Filtrage non-linéaire du signai 165
BOLGER et al. ont proposé en 2005 une alternative à la méthode de ATKINS ba
sée sur la XPM [147]. L'effet est produit par la propagation d'un signal sonde CW
et du train d'impulsions généré par effet Talbot temporel dans une fibre hautement
non-linéaire. Puisque seule la phase du signal CW est affectée par la XPM, son pro
fil d'intensité reste constant, c'est-à-dire CW. Afin de convertir cette modulation de
phase en une modulation d'intensité, on doit sélectionner une portion du spectre op
tique grâce à un filtre. Ceci a pour effet de casser la symétrie du spectre modulé en
phase et de convertir la modulation de phase en une modulation d'amplitude [37].
Comparée à la technique de modulation de gain croisée dans un SOA, cette tech
nique a l'avantage d'être beaucoup plus rapide, car elle est basée sur l'effet Kerr. En
plus, elle n'ajoute pas de bruit d'émission spontanée au signal 1 . Cela dit, le filtrage
spectral que l'on doit appliquer sur le signal CW modulé en phase conduit à l'obten
tion d'un spectre asymétrique, et étroit. Ceci déforme et allonge les impulsions dans
le domaine temporel. Nous allons maintenant étudier une deuxième méthode basée
sur la modulation de phase croisée qui n'a pas ces limitations.
Miroir non-linéaire
Également en 2005, LEE et al. proposèrent une méthode similaire à celle de BOL-
GER, basée sur la modulation de phase croisée dans un miroir non-linéaire de type
NOLM [139]. Nous allons voir que le NOLM, contrairement à la méthode précé
dente, permet de conserver l'intégralité du spectre optique. Étant donné que nous
avons travaillé longuement sur ce type de composant durant ce projet, nous allons
lui consacrer une section complète, en commençant par la théorie d'opération.
'En pratique cependant, nous devons parfois amplifier le signal pompe avec un amplificateur
EDFA, ce qui amène un bruit d'émission spontanée.
Chapitre 6. Filtrage non-linéaire du signal 166
E (champ incident)
un seul des deux ports du NOLM. Ce champ est divisé en deux par le coupleur pour
former un champ circulant dans le sens horaire Ec et un champ circulant dans le sens
anti-horaire Ecc. L'amplitude de ces deux champs sera affectée par le passage dans le
coupleur par les facteurs \fcx et \ / l — oc respectivement. De plus, le champ affecté du
facteur \ / l — oc subit un déphasage de 7r/2. Ainsi, les amplitudes des champs après
le passage dans le coupleur sont :
Ec = j=2 (6.2)
Ecc = Jj^S. (6.3)
Nous avons ici omis d'écrire la composante êœï pour alléger l'écriture. De plus, nous
Chapitre 6. Filtrage non-linéaire du signal 167
avons choisi a. = 1/2, c'est-à-dire un coupleur 50/50 pour la suite de notre étude. En
parcourant la fibre non-linéaire, les deux champs Ec et Ecc subissent un déphasage
causé par le phénomène d'automodulation de phase (SPM). Nous appellerons Ëc et
Êcc ces nouveaux champs.
Êc = ECÉ>J'(*SPMC) (6.4)
2nn2 \EC\ E 2
(pSPMc = -A ; = 7l£c| L (6.6)
AeffA
2nn2\Ecc\ L 2 T , , „ ,
(pSPMcc = ~A 1 = 7 Ecc E. (6.7)
AeffA
Après la deuxième traversée du coupleur on trouve l'expression des deux champs
en sortie du NOLM :
Si le coupleur est parfaitement 50/50 et que l'anneau de fibre est parfaitement symé
trique, alors (pspM = <PSPMC = (pSPMcc- En utilisant cette simplification on trouve :
Les deux dernières équations montrent que le NOLM se comporte comme un miroir
parfait, car toute l'énergie est réfléchie vers le port d'entrée. Ceci est vrai, car nous
avons supposé une symétrie parfaite du NOLM. Nous allons maintenant modifier la
boucle de fibre en y injectant un signal de contrôle. Le but de l'opération est de casser
la symétrie et d'autoriser une portion du signal à être transmise par le NOLM. Le
signal de contrôle sera injecté juste après le coupleur de façon à se copropager avec le
champ Ec et d'être en contra-propagation avec Ecc. Comme Ec et le signal de contrôle
se propagent dans la fibre non-linéaire, une modulation de phase croisée peut se
produire. Ainsi, le signal de contrôle peut servir de signal pompe pour obtenir un
effet de XPM sur le signal d'entrée (sonde). Ceci est représenté schématiquement
figure 6.3. Le signal pompe Ep est centré sur la longueur d'onde Ap et le signal
Chapitrée. Filtrage non-linéaire du signal 168
Signal pompe
sonde sur la longueur d'onde As. Le signal pompe peut être couplé au NOLM sans
subir de pertes au moyen d'un coupleur WDM approprié. Tandis que le signal £ c
subit une forte modulation de phase croisée, le signal Ecc n'est que peu affecté par
le signal pompe car il voyage en direction opposée. Il ne voit donc que la valeur
moyenne du signal pompe et la modulation de phase croisée qu'il subit est reliée
à la puissance moyenne du signal pompe et non sa puissance instantanée [152]. Le
cheminement que nous avons fait précédemment dans le cas du NOLM symétrique
demeure valide. Nous allons nous baser dessus en modifiant les expressions de la
phase non-linéaire accumulée par les champs Ec et Ecc, qui doivent maintenant tenir
compte de la SPM et de la XPM. Pour chaque champ, la phase non-linéaire totale
accumulée dans la boucle est :
2 i |2
(ptotc = <PSPMC + $XPMC = 1 \Ec\ £ + 2 7 | E p | L (6.12)
(ptotcc = (pSPMcc + (pXPMcc = l\ECc\ L + 2j (^ \Ep | ^> L. (6.13)
/1 |2\ i i2
où (\Ep| ) est la valeur moyenne de \Ep\ . Notons que le déphasage non-linéaire
obtenu par XPM est deux fois plus important que celui obtenu par SPM, comme
cela est décrit dans le manuel d'AGRAWAL [72]. Avant de terminer notre analyse
théorique, prenons quelques instants pour comprendre comment le signal pompe
affecte le signal sonde. La figure 6.4 montre schématiquement les deux signaux se
Chapitre 6. Filtrage non-linéaire du signal 169
Signal CW
, I l 11 I LJ U ><c' »
Distance
FlG. 6.4 - Modulation de phase croisée sur le signal CW
Cette image instantanée montre schématiquement l'effet de la modulation de phase croisée sur le
signal CW lorsqu'il voyage en copropagation avec le signal pompe. L'accumulation de phase étant
proportionnelle à la puissance du signal pompe, elle n'est efficace que vis-à-vis des impulsions.
figure permet également de deviner ce qui se passe si les deux signaux voyagent
en des directions opposées. Le déphasage non-linéaire accumulé par le signal CW
sera constant et lié à la valeur moyenne de l'intensité du signal pompe. Ceci est à
nuancer lorsque la puissance moyenne et la puissance crête du signal pompe sont
comparables, comme dans le cas d'un train d'impulsions à très haut débit. Nous
allons revenir sur ce point plus tard. Les nouvelles expressions pour les champ Ec et
Ecc sont les suivantes :
(6.14)
Êcc = EcceH*»* (6.15)
^Réfléchi + (6.16)
2 2
F_ . — ELc pi<ptotc _i_ tlA<t>totcc+n) (6.17)
^Transmis — ~ 9
(pSPMc = QsPMcc et
(pXPMcc <^ (pXPMc (6.18)
(pNL (pXPMc = 2l\Ep\ L
- (6.19)
Chapitre 6. Filtrage non-linéaire du signal 170
On trouve alors que la puissance transmise est non nulle et varie sinusoïdalement
avec la valeur de la phase non-linéaire :
|£|2
\ETransmis\ = - y [1 ~ COs(0 NL )] . (6.20)
Dans ce projet, le NOLM est principalement utilisé pour lisser le profil de phase
d'un train d'impulsions. Si ce train d'impulsions est suffisamment puissant pour
que chaque impulsion amène un déphasage non-linéaire de n, le signal sonde sera
transmis vis-à-vis de chaque impulsion. En d'autres termes, le signal CW est modulé
et suit les variations du train d'impulsions. Pour parvenir à cette conclusion, nous
avons supposé que la puissance crête du signal pompe était largement supérieure à
sa puissance moyenne. Cette approximation peut devenir fausse lorsque le taux de
répétition du train d'impulsions est très grand. Dans ce cas, la modulation de phase
croisée subie par le champ Ecc est comparable à celle subie par le champs Ec. Le
NOLM fonctionnera tout de même tant qu'il existe une asymétrie suffisante, c'est-
à-dire (pt0tc > (p tôt ce De façon générale, le NOLM transmet intégralement le signal
lorsque la différence entre (ptotc et (ptotec est un multiple de n. Finalement, l'équation
6.20 ne peut être utilisée que pour faire la conception du NOLM, c'est-à-dire pré
voir la puissance crête du signal pompe nécessaire en fonction des paramètres de la
fibre non-linéaire par exemple. En effet, il n'est pas possible de calculer la forme pré
cise des impulsions en sortie du NOLM, car notre modèle ne prend pas en compte
les effets de la dispersion chromatique, de polarisation et d'une éventuelle asymé
trie dans la géométrie du NOLM. Par exemple, la dispersion chromatique de la
boucle de fibre tend à élargir les impulsions du signal pompe et à en diminuer la
puissance crête ainsi qu'à imposer une différence entre la vitesse de groupe des si
gnaux sonde et pompe. Pour prendre en compte tous ces éléments, il faudrait modé-
liser numériquement le NOLM avec un algorithme de type SSF «split step Fourier»
par exemple. Cet algorithme est classiquement utilisé pour simuler une propagation
non-linéaire comme cela est décrit par AGRAWAL [72]. Durant ce projet, nous nous
somme contentés de faire la conception du NOLM sans simuler numériquement la
Chapitre 6. Filtrage non-linéaire du signal 171
La conception du NOLM a été fait en nous basant sur le modèle que nous avons
décrit à la section précédente ainsi que sur un l'exemple concret décrit par SAKA-
MOTO et al. [153]. Après avoir généré un train d'impulsions à 100 GHz grâce aux ré
seaux de Bragg superposés que nous avons décrits à la section 4.2.3, figure 4.17, nous
avons construit un miroir non-linéaire comme cela est schématisé à la figure 6.5. Le
NOLM a été construit avec 900 mètres de fibre à dispersion décalée (DSF) à haut co
efficient non-linéaire 7 = 20 / W / k m . L'aire effective du mode est Aetf = 11,0 fini2,
la dispersion de la fibre est nulle pour Ao = 1551 nm et la pente de dispersion est de
32 fs/nm2/km. La perte de la fibre par unité de longueur est de 0,54 dB/km. Cette
fibre a été fournie par le département de recherche et développement de la compa
gnie Sumitomo et n'est pas vendue au public. Une fois le NOLM construit, il est né
cessaire d'ajuster l'état du contrôleur de polarisation situé dans la boucle de manière
à minimiser la quantité de puissance transmise, qui, en l'absence de signal pompe
doit être nulle. Une fois cette opération effectuée, nous avons injecté le signal pompe
et le signal sonde dans le NOLM à des longueurs d'ondes symétriques par rapport
à Ào, comme le suggère SAKAMOTO. La polarisation du signal pompe et du signal
sonde sont ensuite ajustées de manière à optimiser l'efficacité de la conversion non-
linéaire. Nous savons que le NOLM transmet 100% du signal sonde lorsque la phase
1 |2
non-linéaire accumulée est un multiple de n, c'est-à-dire (p^n = 27 | Ep | L -- kn.
La puissance pompe | Ep | optimale est donc de 87 mW, correspondant à k = 1. Du-
2
Centre for Ultrahigh bandwidth Devices for Optical Systems.
Chapitre 6. Filtrage non-linéaire du signal 172
rompe EDFA1 5 nm
Génération du
train à 100 GHz
AP= 1544,7 nm
Sondt
Laser CW
accordable
As= 1557,4 nm
Diagnostique —
trace FROG est en fait une trace d'autocorrélation résolue en fréquence. La partie
centrale de la figure 6.6 montre la trace FROG à l'entrée du NOLM correspondant
à un signal périodique pour lequel les impulsions successives n'ont pas le même
contenu spectral et sont chirpées. La trace est centrée autour de la longueur d'onde
772,5 nm « 1544,7 nm/2 car le processus d'autocorrélation implique un double
ment de fréquence. La périodicité temporelle de la trace est de 10 ps et il n'y a pas de
périodicité spectrale claire. La partie inférieure de la figure montre la trace mesurée
après le NOLM. Cette trace, périodique à la fois temporellement et spectralement
est typique d'un signal sans chirp et dont les impulsions successives ont un contenu
spectral identique. Ce contenu spectral est constitué de cinq bandes régulièrement
espacées de 0,2 nm correspondant à 100 GHz à 779,5 nm. Ce graphique fait une dé-
Chapitre 6. Filtrage non-linéaire du signal 174
monstration très claire de la propreté du profil de phase. En résumé, nous avons vé
rifié que la conversion en fréquence fonctionnait efficacement, que le profil de phase
du signal converti en fréquence était lisse et que les impulsions avaient été raccour
cies lors de la conversion. Notons de plus que l'utilisation d'un laser CW accordable
permet de modifier la longueur d'onde du signal en sortie du NOLM.
Nous allons maintenant voir qu'il est possible d'injecter plusieurs signaux sonde
dans un NOLM afin de créer une source multifréquence. En effet, ces signaux sont
modulés simultanément par le signal pompe. Cette fonction permet ainsi de dupli
quer le train d'impulsions sur plusieurs fréquences. Le haut de la figure 6.7 présente
le spectre optique mesuré à la sortie du NOLM avec un analyseur de spectre optique
lorsqu'un seul signal pompe est injecté dans le NOLM. On constate que les bandes
de modulation espacées de 100 GHz sont clairement visibles à la fois sur une échelle
linéaire et sur une échelle logarithmique. Nous avons superposé à ce spectre des pro
fils sécantes hyperboliques et gaussiens. Aucun de ces deux profils ne suit fidèlement
l'allure du spectre optique. Cela dit, l'amplitude des premières bandes de modula
tions est importante et suggère que la profondeur de modulation du train est proche
de 100%. La partie inférieure de la figure 6.7 présente le spectre optique lorsque
quatre signaux sondes sont multiplexes puis envoyés dans le NOLM. Dans ce cas, il
faut noter que nous avons enlevé les filtres passe-bandes à la sortie du NOLM pour
pouvoir faire cette mesure. Les quatre signaux, issus de quatre lasers CW accordables
ont été régulièrement espacés de 500 GHz. La figure montre de façon évidente que
chaque canal est modulé efficacement par le NOLM à une fréquence de 100 GHz. Le
taux de répétition cumulé de cette source est donc 4 x 100 GHz. Notons que la fibre
non linéaire utilisée ayant une dispersion très faible sur une large bande, il aurait été
possible de multiplexer un plus grand nombre de canaux. La limite que nous avons
rencontrée ici était plutôt d'ordre matériel puisque nous ne disposions pas d'autres
lasers sondes.
6.3 Conclusions
Nous venons de voir que les techniques de filtrage non-linéaires offrent d'intéres
santes possibilités et sont très complémentaires aux techniques de filtrage linéaires.
La conversion non-linéaire que nous avons décrite est performante, de sorte que
Chapitre 6. Filtrage non-linéaire du signal 175
1 1 1 — 1 i 1
2
A
/.-■ •\ Gaussicnnc
//
CD
U // •A Sech2
// \\
s 1
c/i //
:
'S
Ë
n
0 A _..*•
■
V
~,"'-'!»Modulation résiduelle à-
1 1 -*• • - » —■
m
l J
-20
c
ra
'3 -40
OH
1554 1556 155e; 1560
1,2
1 2 A3
i; '■>
4
'1/
U 0,8 500 GHz 1 ■
s i:
a 0,4
un
o
-30
,1 À
•«•TV
k i i
H
[S
eu -50
/] K
u
:;
OH
1550 1555 1560 1565
Longueur d'onde |nm]
FlG. 6.7 - Spectre optique obtenu par conversion non-linéaire
La figure montre les spectres optiques mesurés à la sortie du NOLM dans le cas d'un unique signal
sonde (haut) et dans le cas de quatre signaux sonde multiplexes (bas). Dans cliaque cas, le spectre est
montré sur une échelle linéaire et logarithmique.
nous avons voulu l'appliquer au train d'impulsions à haut débit que nous avons
généré au chapitre 5. En effet, ce train a un profil de phase complexe puisqu'il a été
généré à partir d'un réseau échantillonné chirpé. Ce faisant, nous novis sommes heur
tés à certaines difficultés. D'abord, nous ne disposions pas de fibre hautement non-
linéaire telle que celle que nous avons utilisée dans ce chapitre. Cette fibre appartient
au laboratoire du CUDOS. Ensuite, nous avons rencontré un problème spécifique
au signal généré au chapitre 5. Nous avons vu qu'à la sortie de l'étage primaire de
multiplication du taux de répétition, les impulsions ont des états de polarisation à
priori différents. Ceci nuit à l'efficacité de la conversion non-linéaire, qui dépend de
Chapitre 6. Filtrage non-linéaire du signal 176
Nous arrivons maintenant au dernier chapitre de ce document, qui traite des per
formances de la source décrite au chapitre 5 en terme de bruit d'amplitude et de
Chapitrée. Filtrage non-linéaire du signal 177
synchronisation temporelle.
Troisième partie
Performances de la source
Chapitre 7
D Ans les trois chapitres précédents, nous avons étudié plusieurs techniques
de traitement optique du signal. Le chapitre 5 explique comment nous
avons augmenté de taux de répétition du laser mode-locked passif à l'aide
de filtres linéaires. Le chapitre 6 propose une méthode de conversion non-linéaire
du signal pour en améliorer le profil de phase par exemple. Jusqu'à présent, nous
n'avons pas mentionné quel impact ces filtrages avaient sur le train d'impulsions en
terme de bruit. Il est cependant légitime de vouloir quantifier le bruit d'amplitude
et de synchronisation temporelle des impulsions. La source laser en tant que telle
comporte un bruit d'amplitude et de synchronisation temporelle. Ce bruit augmente
après les différents filtrages. Dans la première partie de ce chapitre, nous allons étu
dier les performances de la cavité laser. La suite du chapitre traitera du bruit ajouté
par les différents filtrages que nous avons appliqués au train d'impulsions au cha
pitre 5. Nous n'étudierons pas l'impact du filtrage non-linéaire présenté au chapitre
6.
Chapitre 7. Performances de la source : bruits d'amplitude et de synchronisation 180
Un train d'impulsions idéal est un train où les impulsions sont espacées parfaite
ment régulièrement et ont une amplitude rigoureusement constante. Dans les faits,
un tel train n'existe pas. On doit alors définir un bruit d'amplitude ou jitter en ampli
tude A(t) ainsi qu'un bruit de synchronisation temporelle ou jitter temporel J(t) pour
le caractériser. Le train d'impulsions est représenté par la fonction suivante :
+ 00
P(t) = ^[l + A(t)} £ S 7--7(0 (7.1)
« = — 00
/o
où /o = 1/T est la fréquence fondamentale du train, PQ sa puissance moyenne et
n désigne la n l è m e impulsion. Les bruits d'amplitude et de synchronisation sont ob
servables aussi bien dans le domaine temporel à l'aide d'une photodiode et d'un
oscilloscope rapide que dans le domaine radiofréquence. Dans ce cas, le signal op
tique est d'abord converti en un signal électrique à l'aide d'une photodiode rapide
puis envoyé dans un analyseur de spectre RF. Ainsi, un train idéal au taux de répéti
tion T possède un spectre RF composé d'harmoniques purs espacés de la fréquence
fondamentale 1/T. Par «harmonique pur», il faut comprendre fréquence discrète.
Le spectre RF du train d'impulsions défini à l'équation 7.1 peut s'écrire comme la
transformée de Fourier de l'autocorrélation de P(t) [156] :
+ 00
Les trois dernières équations permettent de calculer l'allure du spectre RF d'un train
d'impulsions quelconque. Analysons maintenant le spectre RF d'un train d'impul
sions pour trois cas particuliers :
- Un train d'impulsions parfait, c'est-à-dire sans bruit.
- Un train d'impulsions affligé d'un jitter en amplitude seulement.
- Un train d'impulsions affligé d'un jitter temporel seulement.
L'allure que l'on trouve dans chaque cas est représentée schématiquement figure
7.1. On retrouve en haut de la figure le cas du train idéal, en dessous duquel nous
Chapitre 7. Performances de la source : bruits d'amplitude et de synchronisation 181
Puissance
-*-** ►
U)
5a
'3
PH
W^
,L
"CD CD .-■
-M u
'(7) g
QJ
<>
/
l/>
;U-!3 .•'
dll II)L.
-*-
Temps
«£2
w
r"7
Fréquence
avons illustré le cas d'un train ayant un jitter en amplitude. Dans ce cas, les varia
tions d'amplitude se traduisent dans le domaine RF par un étalement de l'énergie
en dehors des fréquences discrètes des harmoniques sous forme de bandes de bruit.
Il est important de remarquer que la même bande de bruit est distribuée au pied de
chaque harmonique. Le troisième cas, illustré en bas de la figure traite du cas d'un
train affecté d'un jitter temporel. Dans ce cas encore, le spectre RF comporte des
bandes de bruit. Cette fois-ci, ces bandes ne sont pas distribuées de façon identique
autour de chaque harmonique puisque leur amplitude évolue de façon quadratique
avec la fréquence. Nous n'allons pas prouver ceci dans ce document, car ce principe
bien connu est expliqué dans la littérature. Le lecteur pourra se référer à l'article de
référence de VON DER LlNDE [156] par exemple. En résumé, nous venons de voir
trois cas distincts mettant en évidence la façon dont se traduisent le jitter d'ampli-
Chapitre 7. Performances de la source : bruits d'amplitude et de synchronisation 182
tude et le jitter temporel dans le domaine RF. Il est évident qu'un train d'impulsions
réel est affligé des deux bruits à la fois. Le spectre RF d'un tel signal ressemble à
celui représenté à la figure 7.2. Il va de soit que les deux types de bandes de bruit
u
C
a
T.
i/i
'3
OH
fïïtlwfMïïïï
\ Fréauence *
SA(0 SA(0 + 27tn2 Sj(f)
FlG. 7.2 - Représentation d'un train d'impulsions dans le domaine radiofréquence
Les bandes spectrales de bruit sont distribuées autour de chaque harmonique n. Contrairement au
jitter en amplitude, le jitter temporel se caractérise par un bruit qui croît quadratiquement avec la
fréquence
n'ont pas nécessairement la même forme et la même amplitude, mais novis voyons
sur la figure 7.2 qu'il est possible de les distinguer l'une de l'autre. En effet, comme
VON DEK LlNDE le suggère, une analyse du spectre RF autour de la fréquence DC
(/ = 0) permet d'extraire le jitter en amplitude. Une fois ce bruit quantifié, il est pos
sible de déterminer le jitter temporel en analysant le spectre autour d'une fréquence
harmonique élevée. Dans le passé, cette technique a été utilisée à plusieurs reprises
pour caractériser la performance de lasers mode-locked comme dans les travaux de
FINCH et al. [157] et GUPTA et al. [158]. Pour quantifier le bruit d'un laser à partir
de la puissance contenue dans les bandes de bruit il faut préalablement normali
ser le spectre RF adéquatement. En effet, nous sommes intéressés au rapport signal
à bruit et non à une valeur absolue de puissance. En fait, c'est la valeur relative de
puissance située à l'extérieur des fréquences harmoniques qui nous intéresse. Grâce
à cette normalisation, notre mesure devrait devenir indépendante de la puissance
du signal optique arrivant sur la photodiode. De plus, la photodiode et l'analyseur
RF ont une réponse spectrale intrinsèque dont nous devons tenir compte. L'analyse
spectrale d'un harmonique quelconque se fait en trois temps :
u
!
S -50
i/i
-100 •
Fréquence
FlG. 7.3 - Rapport signal à bruit du spectre radiofréquence
La mesure du spectre RF d'un harmonique doit être normalisée en unités de dBc par Hertz pour
pouvoir faire une lecture du rapport signal à bruit.
Hertz, c'est-à-dire
+ 00
2
(AP/P) = j PA(f)-df, (7.4)
où PA (/) est la bande de bruit d'amplitude seulement, que nous pouvons obtenir en
intégrant la courbe normalisée autour de la composante DC. AP est la valeur RMS1
des fluctuations de puissance et P est la puissance moyenne du train d'impulsions.
]
Root Mean Square, ou moyenne quadratique.
Chapitre 7. Performances de la source : bruits d'amplitude et de synchronisation 184
(Ar/T)2
= 7SSP !00 W ) ' r f / ' (7 5)
'
où AT est la valeur RMS du jitter temporel et n le numéro de l'harmonique étudié.
Les deux équations précédentes ont été déduites des références [156] et [157]. L'équa
tion 7.5 contient un terme de normalisation devant l'intégrale afin de tenir compte
de l'évolution quadratique des bandes des bruits du jitter temporel en fonction de la
fréquence. Si l'on écrit à nouveau ces équations en remplaçant les fonctions normali
sées PA (/) et Pj (/) par les fonctions mesurées PAmesif) ^t P]mes(f)r nous trouvons :
AT/T 2 77
< > - vkpî^-r'f' <-»
fA
où Pc est la puissance du signal et B la résolution spectrale de mesure de l'analyseur
RF. Le terme sous le signe intégral est donc normalisé convenablement. Le facteur 2
apparaissant devant les deux intégrales vient du faire que l'on intègre d'un seul côté
de l'harmonique sur la bande spectrale [/A;/B]- Étant donné que l'on intègre une
fonction paire, il s'agit simplement de multiplier par deux le résultat obtenu. Nous
verrons dans la section suivante comment choisir les bornes d'intégrationfaet /g.
Nous avons maintenant tous les outils pour pouvoir procéder à une mesure de bruit
par analyse du spectre radiofréquence. Nous allons donc appliquer ces principes à
l'étude des performances du laser mode-locked décrit au chapitre 2.
et le bloqueur de signal DC. Le signal obtenu est représenté en bas de la figure 7.4.
Nous avons superposé à ce signal le spectre obtenu lorsque le signal optique est dé
connecté de la photodiode afin de montrer le niveau de bruit de notre système de me
sure. Contrairement au signal obtenu autour de 0 Hz, ces courbes sont normalisées
en dBc/Hz. La raison pour laquelle le signal ne semble pas atteindre 0 dBc/Hz est
que l'analyseur RF ne permet pas de visualiser la puissance du signal sur une gamme
supérieure à 100 dB. Le pic est donc tronqué, bien que la courbe soit correctement
normalisée puisque nous avons pris soin de mesurer la puissance du signal préa
lablement. Cette remarque s'applique également aux résultats présentés à la figure
suivante. À voir le bas de la figure 7.4, on constate que les bandes de bruit des jitters
d'amplitude et temporel sont si faibles qu'elles sont noyées sous le bruit intrinsèque
de l'analyseur RF. Les mesures présentées ici ont été effectuées avec une résolution
de 1 Hz. Il n'est donc pas possible à priori de mesurer le bruit d'amplitude tant il
est faible. Si l'on intègre tout de même le signal, on peut déduire une borne maxi-
Chapitre 7. Performances de la source : bruits d'amplitude et de synchronisation 187
littérature [158]. Nous voyons que le niveau de bruit augmente avec la fréquence, ce
qui signifie que le jitter temporel est mesurable. Nous voyons également que le bruit
basse fréquence est dominant. En particulier, un pic de bruit autour de 60 Hz est net
tement visible. L'intégration de l'équation 7.7 se fait numériquement sur une bande
de fréquence définie. Dans un premier temps, nous évaluons le jitter sur la gamme
[100 Hz; 10 kHz]. La figure 7.6 montre le résultat obtenu pour une mesure faite sur
dix harmoniques différents. Bien que les valeurs obtenues ne soient pas parfai-
S, 300
ai
S
a,
S 200
O)
4 >
u
0)
ft 100
0
0 50 100 150 200 250 300
Harmonique
FlG. 7.6 - Jitter temporel haute fréquence
Jitter temporel mesuré autour de plusieurs harmoniques. Il s'agit ici de jitter haute fréquence puisque
la plage d'intégration du bruit est : [100 Hz; 10 kHz].
C/3
a,
01
0
fin
QJ
4-"
11
QJ
L'outil le plus adapté pour faire cette analyse n'est pas un analyseur RF mais
un oscilloscope rapide. En effet, pour chaque impulsion issue du laser mode-locked,
l'étage primaire produit 64 nouvelles impulsions espacées de 500 ps. Cette séquence,
qui se répète périodiquement, peut être aisément visualisée à l'aide d'un oscillo
scope rapide. Le bruit d'amplitude et de synchronisation au sein de la séquence peut
donc être lu directement. Nous faisons ici l'approximation que la cascade de Mach-
Zehnder est parfaitement stable, c'est-à-dire qu'elle génère des séquences d'impul
sions identiques. L'analyse que nous allons faire consiste donc à mesurer un jitter
Chapitre 7. Performances de la source : bruits d'amplitude et de synchronisation 190
déterministe, contrairement au jitter aléatoire que nous avons mesuré dans la section
précédente. Le jitter est déterministe puisqu'il est causé pas des imperfections de
fabrication de la cascade de Mach-Zehnder.
0 10 20 30 40 50
Temps [ns]
FlG. 7.8 -Train d'impulsions
Le train d'impulsions à 2 GHz mesuré à l'oscilloscope rapide est présenté. Chaque impulsion du laser
mode-locked produit 64 nouvelles impulsions repérées par les points sur [Link] séquence se
répète périodiquement toutes les 32 ns.
mum de 40 • 109 échantillons par seconde, soit un échantillon toutes les 25 ps. Nous
avons montré à la figure 5.8 que chaque impulsion n'est décrite que par environ
quatre échantillons, ce qui est insuffisant pour en localiser précisément le sommet.
Afin de mieux décrire chaque impulsion, nous avons utilisé l'option d'interpolation
Sine fournie par l'oscilloscope. Comme l'interpolation Sine, ou interpolation de Fourier,
est une méthode bien connue de la théorie de l'échantillonnage, nous n'en explique
rons pas le principe ici. Nous avons vérifié numériquement que l'interpolation faite
par l'oscilloscope permettait de retrouver avec une excellente précision l'amplitude
et la position des impulsions de la séquence. Le début et la fin d'une séquence de 64
impulsions sont indiqués sur la figure. L'amplitude et la position précise de chaque
impulsion ont été retrouvées au moyen d'un algorithme approprié et sont indiquées
par un point au sommet de chaque impulsion. L'algorithme utilisé consiste à cal
culer la dérivée de la trace d'oscilloscope autour du centre de chaque impulsion.
Sachant que cette dérivée passe par zéro vis-à-vis du sommet de l'impulsion, il ne
reste qu'à interpoler linéairement la dérivée autour de ce passage par zéro pour trou
ver la position exacte du centre de l'impulsion. Nous constatons que l'excursion du
bruit d'amplitude est d'environ 50% sur la figure 7.8. La partie supérieure de la fi
gure 7.9 donne l'histogramme de la distribution d'amplitude normalisées. L'écart
type obtenu est 0,118 et la moyenne 0,662. Nous avons essayé d'optimiser l'uni
formité du train d'impulsions en ajoutant des pertes dans les bras des coupleurs.
Cette optimisation a été faite de façon empirique, en contrôlant la forme de la sé
quence d'impulsions à l'oscilloscope. Bien qu'il soit impossible de rendre le train
parfaitement uniforme, nous avons tout de même réussi à diminuer l'écart type de
la distribution d'intensité comme le montre la partie inférieure de la figure 7.9. Dans
ce cas, L'écart type obtenu est 0,100 et la moyenne 0,785. Notons que la deuxième
géométrie de ligne à délai décrite à la section [Link] permettrait une uniformisa
tion complète de la séquence d'impulsions. Rappelons que dans ce cas des pertes
de 3 dB sur le signal sont ajoutées à chaque étage de la ligne à délai. Nous venons
de voir que l'uniformité de la séquence d'impulsions est imparfaite à cause d'une
limitation fondamentale de la géométrie utilisée. Qu'en est-il du jitter temporel ? Le
jitter temporel peut être déduit de la mesure faite à l'oscilloscope présentée à la fi
gure 7.8 ainsi que de la mesure de la réponse impulsionnelle présentée à la figure 5.5
au chapitre 5. Nous avons comparé les résultats obtenus avec les deux méthodes et
constatés, qu'ils étaient très semblables. Nous n'allons donc montrer ici que le résul
tat obtenu à partir de la mesure de réponse impulsionnelle. La figure 7.10 présente
l'écart de chaque impulsion de la séquence par rapport à la position idéale sur une
Chapitre 7. Performances de la source : bruits d'amplitude et de synchronisation 192
a»
S •-
G en
« G
h , QJ
o c
ai
Train optimisé
1 IL
S •-
Ig
O S 2
C
:
0 0,2 0,4 normalisée
0,6
iJUii 0,8
Intensité
FlG. 7.9 - Histogrammes de l'intensité normalisée des impulsions
La distribution de l'amplitude des impulsions dans la séquence peut être représentée par un
histogramme. Le deuxième histogramme correspond au cas où l'on a essayé d'uniformiser le train.
grille régulière de période environ égale à 499,9 ps. L'amplitude maximale du jitter
3
2
T T I l l l T I T
"oJ 1 - T 11I i II.
I AI . A11 LA
0>
~< I J i IK A i lIl t
II T 11. AI IA . IA . I I Ai t l1l . l-
Vu 0 Al A U I AI' Ail M M I i U I A A l
6 • liAI /¥
A IIl AI
i l l Aï u IV
' w 'AI
y ' wVMAI/ iA/IIAl Al
Ï IM
v u A/ IV iA ÏA ■
" /M
-1 ■ii 1 f i !
sueu * * i
ïw iv i
i li
V i *ï i! *1 ■
*
ti -2
0 10 20 30 40 50 60
Numéro de l'impulsion dans la séquence
FlG. 7.10 - Jitter temporel du train d'impulsions
La mesure de la réponse impulsionnelle de la cascade de Mach-Zehnder permet une caractérisation
directe du jitter temporel.
temporel est d'environ ± 2 ps. Grâce à cette mesure, les imperfections de fabrications
sont clairement visibles et peuvent être localisées facilement. Contrairement au jitter
en amplitude qui ne peut pas être éliminé, il serait possible de compenser parfaite
ment le jitter temporel en ajustant le délai de chaque étage exactement. Ceci pourrait
être fait en étirant un segment de fibre pour induire un délai approprié par exemple.
Chapitre 7. Performances de la source : bruits d'amplitude et de synchronisation 193
Le jitter temporel est distribué avec une moyenne nulle si on considère un taux de
répétition de 499,9 ps. L'écart type de la distribution est de 1,11 ps. Il faut savoir
que la précision avec laquelle nous pouvons estimer le jitter temporel à partir de
la réponse impulsionnelle est inférieure à la centaine de femtosecondes. En effet, la
mesure de la réponse spectrale du filtre effectuée avec l'OVA est mesurée sur une
plage de 80 nm, c'est-à-dire environ 10 THz, ce qui implique une résolution dans le
domaine temporelle d'environ 100 fs. Pour conclure cette section, nous allons obser
ver l'allure du spectre RF mesuré avec la photodiode à 45 GHz. La figure 7.11 est
divisée en deux parties. La partie supérieure de la figure montre un zoom sur la
2 3
.201 Fréquence
1 [GHz|:
■ .
| lillj^jJljjJi^jjii^L
-1001
20 30 50
Fréquence [GHz]
mente avec la fréquence, ce qui est la signature d'un jitter temporel. Notons que le
spectre RF que nous venons d'analyser correspond au train d'impulsions de la figure
7.8.
-20
SNR = 1,95 Fondamental
I-
T3
Bruit de à 40 GHz
supermodes
PH -80
10 20 30 40 50
Fréquence [GHz|
faibles variations du SNR lorsque le chirp est non nul. Nous ne pouvons pas repro
duire ces résultats par simulation numérique, car le chirp appliqué sur le réseau de
Bragg comporte des imperfections qui influencent le résultat de simulation. La seule
conclusion que nous pouvons tirer du tableau 7.1 est donc que l'ajout d'un chirp
améliore nettement le SNR, pour peu que ce chirp soit suffisant.
L'analyse du spectre RF n'est pas le seul outil de caractérisation que nous pos
sédons pour étudier les trains d'impulsions à 40 GHz. Similairement à ce que nous
avons fait à la section précédente, nous pouvons extraire le jitter temporel de la me
sure de réponse impulsionnelle du réseau échantillonné 5 . Cette mesure, qui est pré
sentée à la section 5.2 de ce document permet de voir la position de chacune des 20
impulsions de la séquence. L'écart type du Jitter crj est donné dans le tableau 7.2 en
fonction du chirp appliqué. La valeur moyenne du jitter est nulle si on considère une
période moyenne de 24,97 ps. Le tableau 7.2 montre que le jitter temporel introduit
par le réseau échantillonné est négligeable, n'excédant pas 15 fs. Ce bruit est de loin
inférieur à celui du laser lui-même ou celui apporté par la cascade de Mach-Zehnder.
Nous l'avons mentionné à la page 193, la résolution temporelle de la mesure de ré
ponse impulsionnelle effectuée avec l'OVA est d'environ 100 fs. Il est donc probable
que le jitter temporel extrêmement faible présenté au tableau 7.2 est surestimé et que
c'est le jitter de mesure lui même que nous obtenons ici. En fait, nous ne disposons
pas de moyen fiable d'estimer un jitter temporel aussi faible qu'une dizaine de fem-
tosecondes. Nous savons tout de même que le jitter introduit par le filtre n'excède
pas 15 fs.
5
Mesure effectuée avec l'analyseur OVA de Luna Technologies.
Chapitre 7. Performances de la source : bruits d'amplitude et de synchronisation 197
7.5 Conclusions
Avec cet objectif, nos travaux de thèse ont consisté à proposer et étudier des mé
thodes de filtrage optique, linéaires et non-linéaires. Dans ce document, nous avons
décrit les fonctions sur lesquelles nous avons travaillé. En voici une liste, classée par
importance décroissante en terme d'effort que nous avons apporté à chacune :
- La multiplication du taux de répétition d'un laser mode-locked.
- Le lissage du profil de phase d'un signal.
- La génération de signaux temporels aux profils complexes sur mesure.
- Le découpage/la sculpture du spectre optique du train d'impulsions.
- La duplication d'un signal sur plusieurs fréquences et la conversion de fré
quence.
- La possibilité de modifier la longueur d'onde de la source 6 .
- La dérivation de l'enveloppe d'un signal optique 7 .
Nous l'avons vu, améliorer la polyvalence d'une source laser prend tout son sens
6
Aucun filtrage n'est appliqué. C'est un design approprié de la cavité laser qui permet cela.
7
Travail en cours.
Conclusions 201
lorsque la source est un laser à fibre mode-locked passif. Peu polyvalent, mais ayant
du potentiel, ce type de laser était tout indiqué pour notre projet. Le potentiel de ces
sources réside principalement dans leur simplicité et dans la très faible durée des
impulsions produites. Nous pouvions tester les limites de nos méthodes de filtrage,
avec des cahiers des charges très contraignants. Pour avoir un contrôle complet, nous
avons décidé de construire nous même la source laser.
Satisfaits des performances et de la fiabilité de cette source laser, nous avons en
suite étudié différentes méthodes de filtrage linéaires que nous avons appliquées au
train d'impulsions. Notre but principal était d'en augmenter le taux de répétition. La
brièveté des impulsions a rendu la tâche ardue. En effet, la dispersion chromatique
de quelques centimètres de fibre a déjà un impact mesurable sur la durée des impul
sions. La forte puissance crête du signal a également posé des problèmes puisque des
effets non-linéaires tels que la SPM viennent affecter la qualité des impulsions. En ré
sumé, manipuler ce signal pour l'amener à un taux de répétition élevé était un défi.
C'était le prix à payer pour atteindre des taux de répétition supérieurs à la centaine
de gigahertz en préservant la simplicité de la source laser. La première conclusion à
laquelle nous sommes arrivés est la suivante : aucune des méthodes de multiplica
tion du taux de répétition décrites dans la littérature n'est applicable lorsque le taux
de répétition du laser est aussi bas que 32 ns. Ceci pourrait changer cependant, car
il est maintenant possible de trouver des réseaux de Bragg de plusieurs mètres de
Conclusions 202
long sur le marché. Il va sans dire que le coût d'un tel composant est très élevé sur
tout lorsqu'il est fait sur mesure. Nous étions donc devant une impasse qu'il a fallu
contourner en utilisant une solution peu élégante, complexe et coûteuse à mettre en
œuvre : une cascade d'interféromètres de Mach-Zehnder. Ceci avait quand même un
intérêt majeur, puisque les multiplicateurs de taux de répétition commerciaux sont
basés sur ce principe. Nous avons donc comparé ces multiplicateurs à nos multi
plicateurs qui sont basés sur la technologie des réseaux de Bragg. En plus de son
coût plus élevé et d'une difficulté de fabrication accrue, nous avons conclu qu'une
cascade de Mach-Zehnder induit des pertes très élevées ainsi qu'une forte instabi
lité du spectre optique du signal. C'est en fait la phase relative des modes lasers qui
varie dans le temps et qui cause cette instabilité. La construction d'une cascade de
six Mach-Zehnder nous a permis d'atteindre le taux de 2 GHz en multipliant par
64 le taux de répétition fondamental du laser. Nous avons ensuite compensé autant
que possible la dispersion chromatique de la cascade pour obtenir des impulsions de
430 fs. Nous avons expliqué que l'impact des effets non-linéaires ainsi qu'une com
pensation imparfaite résulte en un chirp résiduel sur les impulsions. La cascade de
Mach-Zehnder constitue notre premier étage de multiplication du taux de répétition.
Ayant atteint le taux de 2 GHz, nous pouvions alors fabriquer un deuxième étage de
multiplication basé sur la technologie des réseaux de Bragg.
sans chirp (peu dispersifs). Aux chapitres 4 et 5, nous montrons que les méthodes de
multiplication du taux de répétition basées sur l'utilisation de réseaux superposés
ou de réseaux échantillonnés sont plus performantes lorsqu'un chirp est ajouté aux
réseaux, à condition de négliger/tolérer les variations du profil de phase des impul
sions générées.
Notre étude du filtre basé sur l'effet Talbot spectral a mobilisé des efforts impor
tants de notre part. Sur le principe de l'effet Talbot spectral, nous avons fabriqué un
filtre périodique fibre de périodicité accordable, comme cela a été décrit au chapitre
4. Ces résultats ont fait l'objet de deux publications [142,143]. Nous pensions au dé
part que ce type de filtre nous offrirait une solution élégante pour modifier le taux
de répétition du laser de façon accordable, puisque sa périodicité spectrale variait.
Nous avons vite réalisé notre erreur puisque la périodicité temporelle de ce type de
filtre ne varie pas. Elle est fixée à la fabrication par le choix de la périodicité spatiale P
du réseau échantillonné. Cette erreur nous a ensuite incités à explorer l'impact d'un
chirp sur la réponse temporelle d'un tel filtre. Nous en avons conclu qu'une nouvelle
géométrie composée de deux filtres Talbot identiques, mais de chirps opposés et pla
cés en cascade, permettait d'éliminer les sauts de phase présents dans la fonction de
transfert des filtres. En conséquence, cette cascade de deux filtres a une réponse dont
la périodicité temporelle varie de façon inversement proportionnelle à la périodicité
spectrale. Ces résultats ont été décrits en détail au chapitre 4 et ont fait l'objet d'une
publication [144]. La conclusion que nous avons tirée de cette étude est qu'un chirp
est bénéfique à l'uniformité de la réponse temporelle d'un réseau de Bragg, même
si pendant ce temps sa réponse spectrale prend une forme très complexe. Ceci a été
confirmé plus tard par l'expérience que nous avons décrite à la fin du chapitre 5.
Lors de cette expérience, nous augmentions le chirp d'un réseau échantillonné pour
voir l'uniformité de l'amplitude de la réponse impulsionnelle s'améliorer.
Bien évidemment, disperser le signal par l'ajout d'un chirp au réseau comporte
des inconvénients. Pour certaines applications, avoir un train d'impulsions au profil
de phase «lisse» est essentiel. Par profil de phase lisse, nous voulons dire que le train
d'impulsions est sans chirp c'est-à-dire de type «transform-limited». Pour remédier
à ce problème, il est possible par exemple, d'utiliser un miroir non-linéaire (NOLM)
et d'effectuer une conversion de la fréquence du signal. L'optique non-linéaire offre
des solutions de filtrage très complémentaires aux techniques de filtrage linéaires
que nous avons mentionnées ci-dessus. Outre le lissage de la phase et la conversion
Conclusions 205
En résumé, ce document regroupe les résultats que nous avons obtenus avec des
filtrages linéaires et non-linéaires du signal issu de lasers mode-locked. Le but était
d'améliorer la polyvalence de ces sources. Certains filtres se sont avérés efficaces au-
delà de nos espérances, comme le NOLM par exemple. D'autres se sont avérés non
optimaux comme les filtres basés sur l'effet Talbot spectral. L'étude de ces filtres a
tout de même débouché sur des résultats intéressants qui nous ont largement servi
par la suite. Le dénominateur commun de tous nos travaux est qu'ils font tous partie
du domaine du traitement optique du signal, domaine qui, je l'espère, bénéficiera de
nos contributions.
Finalement, prenons quelques lignes pour mentionner nos travaux en cours sur
la génération d'impulsions aux profils complexes pour le domaine du «Ultra Wide-
Band». Le design approprié d'un réseau de Bragg opérant en transmission nous a
permis de sculpter le spectre de notre laser mode-locked à l'image d'une impulsion
spécifique. L'envoi de ce spectre optique dans un rouleau de fibre optique se traduit
en la création d'une impulsion ayant un profil temporel très proche de ce que nous
visions. Nos premiers résultats font l'objet d'une publication dans une conférence
[127]. Nous sommes maintenant en train de poursuivre ces travaux en optimisant
le design de nos réseaux de Bragg pour améliorer la qualité et la complexité des
Conclusions 207
impulsions produites. Le mot de la fin de ce document sera pour ces résultats très
satisfaisants.
Annexes
Annexe A
Le laser décrit à la figure 2.7 a le numéro d'inventaire COPL : 4108. Les compo
sants de cette cavité laser sont les suivants :
Fibre Coractive
35
Absorption
Émission
PQ
TJ
i — i
O
QJ
Xi
i/>
QJ
li
-QJ
es
>-.
m
fin
i- m —
1/* exp
/o
dt (C.2)
—00
(C.3)
P 0 -v^
Cas d'une impulsion sécante hyperbolique :
i2
P(t) = P0 sech avec tFWHM --= t0-2\r\(l + V2) (C.4)
00
■2
Pm ~J P0 sech dt (C.5)
k
/o
Pm = Po-2 (C.6)
£ 0 = P m T. (C.7)
Annexe D
Tight Balance of photosensitivity in both the Cladding mode suppression in the short
Cladding and core of the fiber (652 & INT) wavelength range
Optimized splice recipes provided Ensures low splice losses to standard
Telecom fiber (<0.1db)
Enhanced photosensitivity (EPS) Eliminâtes the need for hydrogen soaking
Consistent reproducibility Reduces manufacturing costs and increases
World Lowest PMD down to lfs/m production yield
',
Cladding modes <0.05 dB
■10
for a -35 dB grating
CML 15
.'Il
-25
No Cladding mode
Cladding mode suppression fiber
l w - S e n s i t i v e Applications hydrogénation suppression fiber
(CM < 0.05dB)
required & low splicc loss
Optical Properties
Mode fiiîld diameter @ 1550 nm (|jm) 4.8 ±0.5 6.3 ± OjB 6.3 ±0.6 9.3 ±0.6
Effective Numerical Aperture (typical) 0.27 0.20 020 0.14"
Theoretical Cut-off Wavelength (nm) 1450 ±50 1350 ±50 1325 ±50 1200 ±75
PMD picosecond/Kilometer Not specified Not specified 3 max Not specified
1.4
1.2
4-
1
0.8
0.6
0.4
/ /
\j... .
0.2
0
1
1
I Relative Position
No UV exposure UV exposure
CorActivs High-Tech Inc., 8700 Jean-Perrin, Suite 121, Québec, Qc GSC 1SB
Tel.: 1-8B6-845-248B or (418) 845-2466 • [Link] • [Link]
Annexe E
OPTICAL
CLOCK
MULTIPLIER
Model OCM - 4
applications
Spécifications for PriTel's Optical Clock Multiplier OCM
D
riTel's OCM Séries
OCM-2 OCM-4 OCM-8 OCM-16
Df Optical Clock
Multiplier factor 2X 4X 8X 16X
S/lultipliers are Insertion loss <5dB <10dB <15dB <20dB
tesigned for Tunable delay 70 ps
applications in high Polarization extinction ratio >20dB
Jata rate fiber-optic Output (20 GHz or 40 GHz)-to- >35dB
communications at input (10 GHz) extinction ratio
1550 nm: Température stability 10 ppm/°C
Dimensions 10 cm x 26 cm x 28 cm
» pure multiplier
factors of 2, 4, 8,
OCM: Streak Caméra Trace
and 16 for input bit Output = 40 GHz
rates f rom 10 to 20
60 The Sync micrometer
GHz _ 40 precisely adjusts the
• pseudo bit-error-
rate testing at 40
S 30
10
ki'AHk
20 40 60 80 100 120 140 160
puise time delay in one
leg to the desired value.
The maximum tunable
puise delay is 70 ps.
Gb/sor160Gb/s
Time (ps)
using 10 Gb/s bit-
error-rate testers RF Spectrum Analyzer
As shown in the schematic, there is an intermediate optical tap, and the OCM-4 can be configured to
provide 2X output puises. This feature allows the researcher to align the expérimental setup at lower
rates. When the OCM is operating at 4X output, this 2X intermediate port has unequalized puises
with a reduced input extinction ratio.
For Bit Error Rate Testing with PRBS, the input data pattern is delayed by Vi the pattern length and
then recombined to produce the same PRBS at twice the répétition rate. In the example diagram, the
delay in the first stage is 6.4 nsec and corresponds to 2 -1 bits at 10 GHz. For researchers who use
several différent bit pattern/pulse rate combinations, kits are available for the user to reconfigure the
OCM.
- * Eh*- Equalized
Pulsed 1550-nm
Output (2x)
* *~\
Bit séparation ■ 6.4 ns
FC/APC
PM
Coupler Connecter
i
«o .
Bit séparation = 3.2 ns
Equalized
Pulsed 1550-nm
Output (4x)
Note: AH components are polarization-maintaining.
PriTel, Inc,
PriTel P.O. Box 4025, Naperville, IL 60567-4025, USA
Ph: 630-983-2200, Fx: 630-983-2260 (USA)
E-mail: PriTel@[Link], Internet: [Link]
Information contained herein is deemed to be reliable and accurate. PriTel, Inc. assumes no responsibility and shall hâve no liability
relating to its use. PriTel, Inc. reserves the right to change product spécifications at any time without notice.
[Link]
Annexe F
Filtre Page(s)
Cavités Fabry-Perot et cavités couplées 95
Réseaux apodisés à pas variable 99
Réseaux de Bragg à pas variable et effet Talbot temporel 105
Réseaux de Bragg échantillonnés et effet Talbot spectral 106 et 145
Réseaux de Bragg superposés 76 et 124
Cascade d'interféromètres de Mach-Zehnder 132
Miroir non-linéaire (NOLM) 166
Annexe G
D= -^j82. (G.l)
/ = {, (G.2)
A/ = -~A\. (G.3)
Périodicité spatiale (P), temporelle (Af) et spectrale (AÀ) d'un réseau de Bragg
échantillonné :
AA « jg-, (G.4)
A, = *L. (G.5)
Ajouts bibliographiques
Annexe H. Ajouts bibliographiques 226
- L. Sala, M.C. Richardson et N.R. Isenor, "Passive mode locking of lasers with the
optical Kerr effect modulator", IEEE Journal of Quantum Electronics, Vol. QE-13, pp.
915-924,1977.
nable, chirped fiber Bragg grating," Optics Express, vol. 12, pp. 3900-3905,2004.
7, 8,106
[34] M. Currie, F. K. Fatemi et J. W. Lou, "Increasing laser répétition rate by spec
tral élimination," Conférence on lasers and electrooptics (CLEO), article CTHPDA8,
2003. 7,108
[35] D. E. Leaird, S. Shen, A. M. Weiner, A. Sugita, S. Kamei, M. Ishii et K. Oka-
moto, "Génération of high-repetition-rate WDM puise trains from an arrayed-
waveguide grating," IEEE Photonics Technology Letters, vol. 13, pp. 221-223,
2001. 8
[36] M. P. Fok, W. W. Tang et C. Shu, "Higher order répétition rate multiplication
for multiwavelength pulsed source," IEEE Photonics Technology Letters, vol. 18,
pp. 466^68, 2006. 8
[37] E. A. Golovchenko, C. R. Menyuk, G. M. Carter et P. V. Mamyshev, "Analy-
sis of optical puise train génération through filtering of an externally phase-
modulated signal from a CW laser," Electronics Letters, vol. 31, pp. 2198-2199,
1995. 8,165
[38] B. Xia et L. R. Chen, "Ring resonator arrays for puise répétition rate multipli
cation and shaping," IEEE Photonics Technology Letters, vol. 18, pp. 1999-2001,
2006. 8
[39] B. Xia et L. R. Chen, "A direct temporal domain approach for pulse-repetition
rate multiplication with arbitrary envelope shaping," IEEE Journal on Selected
Topics in Quantum Electronics, vol. 11, pp. 165-172, 2005. 8
[40] K. Yiannopoulos, K. Vyrsokinos, E. Kehayas, N. Pleros, K. Vlachos, H. Avra-
mopoulos et G. Guekos, "Rate multiplication by double-passing Fabry-Pérot
filtering," IEEE Photonics Technology Letters, vol. 15, pp. 1294-1296,2003. 8, 94
[41] K. Yiannopoulos, K. Vyrsokinos, N. Pleros, D. Tsiokos, C. Bintjas, G. Guekos et
H. Avramopoulos, "Répétition rate upgrade for optical sources," 7EEE Photo
nics Technology Letters, vol. 15, pp. 861-863, 2003. 8,94
[42] T. J. Eom, S.-J. Kim, T.-Y. Kim, C.-S. Park, U.-C. Paek et B. H. Lee, "Realization
of true-time-delay using cascaded long-period fiber gratings : theory and ap
plications to the optical puise multiplication and temporal encoder/décoder,"
IEEE Journal ofLightwave Technology, vol. 23, pp. 597-608,2005. 8
[43] R. Slavïk et S. LaRochelle, "Design of 10-to-40 GHz and higher puise-rate mul
tiplication by means of coupled Fabry-Perot resonators," Optics Communica
tions, vol. 247, pp. 307-312, 2005. 9, 91, 95, 96
Bibliographie 232