3ème Partie : Risques d'Entrave à la Liberté de Navigation
La liberté de navigation est un principe fondamental du droit maritime international, encadré par la
Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM) de 1982. Ce droit garantit le libre passage
des navires civils et militaires dans les eaux internationales et les zones économiques exclusives (ZEE) des
États, essentielles pour le commerce et la sécurité mondiale. Cependant, la militarisation croissante et
les revendications territoriales en Mer de Chine méridionale menacent ce principe, augmentant le risque
d’escalade militaire.
1. Patrouilles Militaires et Activités Navales
Les pays riverains de la Mer de Chine méridionale, notamment la Chine, le Vietnam et les Philippines,
augmentent leur présence militaire pour affirmer leurs revendications. La Chine mène régulièrement des
patrouilles navales et aériennes, et organise des exercices militaires pour renforcer son emprise sur les
territoires disputés. Les États-Unis, bien qu’extérieurs à la région, sont également très actifs, effectuant
des « opérations de liberté de navigation » (Freedom of Navigation Operations, FONOP) pour contester
les revendications chinoises.
Ces opérations visent à affirmer le droit de libre passage dans les eaux contestées, mais elles
augmentent aussi les risques d’incidents. Par exemple, en 2018, un destroyer chinois et un destroyer
américain ont failli entrer en collision dans les îles Spratleys. Ces confrontations directes mettent en péril
la liberté de navigation et augmentent le risque d’un incident militaire susceptible de dégénérer en
conflit plus large.
2. Zones d’Identification de Défense Aérienne (ADIZ)
La Chine a émis l’idée d’instaurer une zone d’identification de défense aérienne (ADIZ) dans la Mer de
Chine méridionale, similaire à celle instaurée en Mer de Chine orientale en 2013. Une ADIZ impose aux
aéronefs, civils ou militaires, de s’identifier et d’obtenir une autorisation préalable avant de traverser la
zone. Cette mesure est perçue comme un moyen pour la Chine de renforcer son contrôle sur l’espace
aérien de la région, en limitant l’accès aux avions étrangers.
Si cette ADIZ est mise en place, elle pourrait restreindre la liberté de circulation aérienne et créer des
tensions avec les pays voisins, qui voient cette mesure comme une atteinte à leur souveraineté. Les
États-Unis et leurs alliés, comme le Japon, pourraient également y voir une menace pour leurs propres
intérêts stratégiques et intensifier leurs patrouilles dans la zone, augmentant les risques d’escalade.
3. Intervention des États-Unis et des Alliés
Les États-Unis, affirmant leur engagement envers la liberté de navigation et leurs alliances en Asie, ont
une présence militaire importante dans la région et effectuent régulièrement des missions pour affirmer
ce droit. Ils se coordonnent avec d’autres puissances maritimes, comme l’Australie, le Japon, l’Inde et le
Royaume-Uni, pour organiser des exercices militaires conjoints en Mer de Chine méridionale. Ces
manœuvres visent à renforcer les relations de défense entre alliés tout en signalant à la Chine que toute
tentative de militarisation ou de restriction de la navigation sera contestée.
Toutefois, cette présence militaire accrue accroît la probabilité d’incidents. En mai 2021, un avion
militaire américain a été intercepté par un chasseur chinois dans l’espace aérien de la Mer de Chine
méridionale, entraînant des tensions diplomatiques entre les deux puissances. Ces affrontements
peuvent dégénérer et impliquer les pays alliés des États-Unis, étendant potentiellement le conflit au-delà
de la région.
4. Effets sur le Commerce et les Économies Internationales
La Mer de Chine méridionale est une voie de passage pour environ un tiers du commerce maritime
mondial. Une interruption de la liberté de navigation aurait des conséquences désastreuses pour
l’économie mondiale, augmentant les coûts d’assurance pour les navires, retardant les livraisons de
marchandises et affectant la sécurité énergétique des pays importateurs de pétrole et de gaz.
Les entreprises maritimes redoutent qu'un conflit ou des restrictions en Mer de Chine méridionale
perturbent les chaînes d'approvisionnement mondiales. Par ailleurs, certains pays pourraient être tentés
de contourner la zone, entraînant des coûts supplémentaires en carburant et en logistique. Les grandes
puissances économiques, telles que les États-Unis, l’Union européenne et le Japon, surveillent donc de
près cette région afin de préserver leurs intérêts économiques.
En somme, les actions militaires et les revendications de souveraineté dans la Mer de Chine méridionale
menacent directement la liberté de navigation. Les incidents militaires potentiels, la mise en place de
zones d’identification aérienne, et les tensions avec les États-Unis et leurs alliés sont autant de facteurs
susceptibles de créer une situation d’instabilité, risquant de perturber l’économie mondiale et de mettre
en péril la paix régionale et internationale.
Conclusion
La Mer de Chine méridionale représente une zone stratégique de rivalités multiples. Les ambitions
territoriales, les enjeux économiques et les menaces pour la liberté de navigation font de cette mer une
région cruciale, mais instable, où le moindre incident pourrait déclencher des conflits de grande
ampleur. La communauté internationale doit donc poursuivre ses efforts pour favoriser le dialogue et
réduire les tensions afin de préserver la stabilité dans cette région essentielle au commerce et à la
sécurité mondiale.