1.
**Le transfert de prix**
Les prix de transfert concernent les transactions entre entités d’un même groupe multinational. L’idée est de
fixer les prix des biens, services, ou actifs transférés de façon à déplacer les bénéfices vers des filiales situées
dans des pays à faible fiscalité.
Supposons qu'une multinationale,TechCorp, ait une société mère aux États-Unis et une filiale en Irlande, un pays
avec un taux d’imposition plus bas (12,5 %).
-Scénario sans optimisation fiscale : La filiale en Irlande vend un produit à la société mère américaine pour 100
000 $. La société mère revend ensuite ce produit aux clients pour 200 000 $, réalisant un bénéfice de 100 000 $
aux États-Unis. Avec un taux d'imposition de 21 % aux États-Unis, TechCorp paie 21 000 $ d'impôts sur ce
bénéfice.
- **Scénario avec transfert de prix** : Pour réduire l'impôt, TechCorp fixe un prix de transfert plus bas pour
cette transaction. La filiale en Irlande vend maintenant le produit pour seulement 50 000 $. La société mère
réalise donc un bénéfice réduit de 50 000 $, ce qui lui fait payer 10 500 $ d'impôts aux États-Unis. La filiale en
Irlande, quant à elle, réalise un bénéfice plus élevé, mais avec un taux d'imposition plus bas (12,5 %), elle paie
seulement 6 250 $ d’impôts.
Ainsi, avec le transfert de prix, **TechCorp réduit sa charge fiscale totale de 21 000 $ à 16 750 $, économisant
ainsi 4 250 $**.
### 2. **Utilisation de paradis fiscaux**
Les paradis fiscaux offrent des taux d’imposition très bas, voire inexistants, et permettent souvent un haut niveau
de confidentialité. Les entreprises y créent des filiales pour y transférer une partie de leurs bénéfices et réduire
ainsi leur charge fiscale globale.
Imaginons qu’une entreprise, **GlobalPharma**, basée en France, génère 10 millions d’euros de bénéfices
annuels dans divers pays européens. Le taux d’imposition en France est de 30 %, alors qu’aux Bermudes, il est
de 0 %.
- **Scénario sans paradis fiscal** : GlobalPharma doit payer 30 % d’impôts sur ses bénéfices de 10 millions
d’euros, soit 3 millions d’euros.
- **Scénario avec paradis fiscal** : GlobalPharma crée une filiale aux Bermudes et transfère une partie de ses
bénéfices (disons 7 millions d’euros) vers cette filiale par des transactions intra-groupe, comme des frais de
licence ou des services de conseil facturés par la filiale bermudienne. Ainsi, seuls 3 millions d’euros restent en
France, où l'entreprise paie 900 000 € d’impôts. Les 7 millions d’euros transférés aux Bermudes ne sont soumis à
aucun impôt.
En utilisant un paradis fiscal, **GlobalPharma réduit sa charge fiscale de 3 millions d’euros à 900 000 €,
économisant ainsi 2,1 millions d’euros**.
### 3. **Délocalisation des actifs incorporels
Cette stratégie consiste à transférer des actifs incorporels, comme des brevets, marques, ou droits d'auteur, vers
des filiales situées dans des pays à faible imposition sur les revenus de la propriété intellectuelle.
Prenons une entreprise technologique, **InnoSoft**, qui développe des logiciels. Elle possède des brevets et
droits d'auteur générant 5 millions d’euros de revenus chaque année grâce à des licences vendues dans plusieurs
pays.
- **Scénario sans délocalisation des actifs incorporels** : Si les revenus issus des licences sont imposés en
France au taux de 30 %, InnoSoft paiera 1,5 million d’euros d’impôts.
- **Scénario avec délocalisation des actifs incorporels** : InnoSoft transfère ses droits de propriété intellectuelle
à une filiale en Irlande, où les revenus de la propriété intellectuelle bénéficient d'un taux réduit de 12,5 %.
Désormais, les revenus de 5 millions d’euros issus des licences sont taxés en Irlande, et InnoSoft paie 625 000 €
d’impôts seulement.
Avec cette délocalisation, **InnoSoft réduit sa charge fiscale de 1,5 million d’euros à 625 000 €, économisant
875 000 €**.
### 4. **La technique du “Thin Capitalization”**
Le principe de cette stratégie est de financer une filiale par de la dette plutôt que par des fonds propres. Cela
permet de transférer une partie des bénéfices sous forme d’intérêts sur les prêts et de les déduire fiscalement.
Supposons qu’une entreprise, **EcoSolutions**, ait une filiale en Allemagne où le taux d’imposition des
sociétés est de 30 %. La société mère, basée aux Pays-Bas, décide de financer cette filiale par un prêt de 10
millions d’euros avec un taux d’intérêt de 5 %.
- **Scénario sans financement par dette** : Si la filiale réalise un bénéfice de 1 million d’euros, elle paie 30 %
d'impôts, soit 300 000 €.
- **Scénario avec “Thin Capitalization”** : La filiale paie maintenant 500 000 € d’intérêts (5 % de 10 millions
d’euros) à la société mère, ce qui réduit son bénéfice imposable à 500 000 €. Avec un taux d'imposition de 30 %,
la filiale paie alors seulement 150 000 € d’impôts en Allemagne. La société mère aux Pays-Bas peut percevoir
les intérêts avec une imposition réduite, ou même nulle, selon les conventions fiscales.
En utilisant cette technique, **EcoSolutions réduit l’impôt de sa filiale de 300 000 € à 150 000 €, économisant
ainsi 150 000 €**.
### 5. **Exploitation des conventions fiscales**
Les conventions fiscales internationales visent à éviter la double imposition des revenus pour les entreprises
opérant dans plusieurs pays. Ces conventions offrent aussi des avantages fiscaux, notamment des exonérations
ou des réductions de taux d’imposition sur certains types de revenus.
Imaginons une entreprise, **MediGroup**, qui possède une filiale en Suisse et une autre en France. Elle
distribue des dividendes de la filiale suisse vers la filiale française.
**Sans convention fiscale** : Si MediGroup devait transférer ces dividendes directement sans passer par une
convention fiscale, elle pourrait être soumise à une retenue à la source de 15 % sur les dividendes en Suisse et
également en France.
- **Avec une convention fiscale** : La France et la Suisse ont une convention fiscale permettant de réduire,
voire d’éliminer, la double imposition sur les dividendes. En appliquant cette convention, MediGroup peut
transférer les dividendes de la Suisse vers la France à un taux réduit de 5 %, et éviter la double imposition.
**Avec la convention fiscale, MediGroup économise sur la retenue d’impôt, réduisant ainsi ses coûts globaux de
transfert des fonds entre filiales**.
Ces exemples montrent comment les entreprises utilisent différentes stratégies pour réduire leur charge fiscale en
tirant parti des différences de taux et de législation fiscale entre pays.