Guide Pratiques Web
Guide Pratiques Web
Ce guide Pratique(s a été réalisé grâce à l’implication, aux réflexions et aux partages
de pratiques des intervenants de terrain.
La Fédération Addiction souhaite remercier :
✺ les 88 CAARUD et 126 CSAPA ayant répondu au questionnaire de la démarche participative
✺ les 15 équipes qui ont accepté de participer à un ou plusieurs entretien(s) collectif(s) ou individuel(s)
✺ les 65 intervenants ayant participé à une ou plusieurs réunions régionales
✺ les 17 professionnels membres du groupe de pilotage du projet
✺ l’ensemble des contributeurs à ce guide
✺ les Unions Régionales de la Fédération Addiction, et particulièrement celles de Rhône-Alpes-Auvergne,
Bourgogne, Franche Comté, Aquitaine, Midi-Pyrénées et Nord-Pas de Calais,
pour leur mobilisation dans l’organisation des réunions régionales,
✺ les membres du Conseil d’Administration et particulièrement les deux référents du projet
✺ les relecteurs de ce guide : Martine Lacoste, Jean-Jacques Santucci, Brigitte Reiller, Catherine Delorme,
David Saint-Vincent, Nathalie Latour, Jean-Pierre Couteron.
La réduction des risques s’est inventée dans le dépasse- Au-delà de cette volonté d’aller-vers et de ces outils, reste l’une des plus grandes transformations des ré-
ment de bien des paradigmes qui furent ceux du soin au son déploiement a initié une redéfinition du soin : à par- ponses à un problème de santé. Ainsi, la logique de la
toxicomane, et notamment de celui de la demande de tir de la substitution, les traitements médicamenteux RdR aura plus de chances d’être reconnue et adaptée, y
soin, reprenant le modèle de la demande qui précède ont ciblé d’autres effets que le sevrage ; les thérapies se compris dans ces champs nouveaux qu’elle commence
l’entrée en thérapie. sont diversifiées, prenant mieux en compte les ap- à rencontrer, autour du tabac et de l’alcool notamment,
proches motivationnelles et expérientielles ; les trajec- et où elle suscite les mêmes craintes et rejets de la part
L’urgence du Sida, mais aussi des travaux comme ceux
toires de soin possibles se sont multipliées, s’éloignant de certains soignants que dans le champ des drogues
de Robert Castel et Anne Coppel ont conduit à penser
des parcours trop figés dans une chronologie souvent illicites.
la rencontre tout à fait autrement, en prenant en compte
inadaptée à l’usager. La RdR a permis la co-construc-
l’usage et ses pratiques, l’usager et ses styles de vie tels
tion, avec l’usager, d’un chemin au plus près de sa tra-
qu’ils se présentent. C’est en allant vers les personnes
jectoire de vie, faisant le pari d’une possibilité de chan-
consommatrices, au devant d’elles, pour ensuite les ac-
ger sa vie, pas à pas, en s’ajustant à la recherche de
compagner dans les étapes qu’elles pourront « faire »,
bien-être commune à tous les humains, loin de l’injonc-
que ces personnes pourront « agir » dans le sens d’une
tion morale ou pénale à « changer de vie », aussi brutale
meilleure santé.
qu’irréaliste.
Et c’est dans cette dynamique qu’une démarche de
Enfin, si la RdR a fait bouger les pratiques profession-
« prendre soin » s’est peu à peu forgée jusqu’à remettre
nelles, elle a aussi et surtout ouvert la voie à des pra-
en cause la domination exclusive du paradigme de la
tiques d’auto-support qui sont le propre des commu-
« demande ». La RdR diffuse de manière transversale,
nautés d’usage. Leur place et leur autonomie, comme
dans les recommandations juridiques dont elle fait l’ob-
une composante à part entière de l’accompagnement
jet, par le renouvellement des missions qu’elle suscite
et de l’accès à une meilleure santé doit sans cesse être
dans les dispositifs spécialisés. Elle s’impose dans toutes
défendue, d’autant plus que dure la pénalisation de
les postures, dans toutes les professions, à toutes les
l’usage. L’auto-support des usagers existe même et sur-
étapes du parcours de santé de la personne.
tout en dehors des parcours de soin labélisés. Il appar-
Elle a donné lieu à l’élaboration d’outils et de pratiques. tient à leur propre dynamique de vie.
L’échange de seringues fut le premier d’une longue sé-
Le travail fait dans ce document doit contribuer au dé-
rie : création de trousses de RdR, de kit pour le sniff, arri-
veloppement et à la transmission de tous ces acquis.
vée des médicaments de substitution, accompagne-
Fidèle à son projet associatif, la Fédération Addiction a
ment au risque de l’injection, salles de consommation à
réuni des adhérents d’associations de dimension natio-
moindre risque, actions du type « change le pro-
nale, régionale ou locale, implantées sur différentes ré-
gramme » prévenant le passage à l’injection… mais aussi
gions et confrontées à des situations variées. Leur tra-
des outils et programmes sur le versant de l’insertion ou
vail commun a permis de proposer ce texte. Chacun
du logement, avec TAPAJ, travail alternatif payé à la
sera libre de s’en servir pour appuyer et conforter ce qui
journée, ou Un logement d’abord.
L
Introduction - La RdR, une approche «!philo-active!» !
5
Un monde sans drogue, sans addiction, n’existe pas. La RdR est une pratique d’intervention qui se nourrit de
l’expertise des usagers. Elle est ouverte et évolutive, elle
On s’est longtemps employé à nier cette réalité, à l’ha-
adapte en continu de nouveaux modes d’intervention :
biller de tous les vocables pour se détourner des ques-
Salles d’injection supervisée, analyse des produits, pré-
tions que les abus et la dépendance soulèvent. Les ré-
vention communautaire des overdoses par Naloxone,
ponses qui s’imposaient alors étaient dans le meilleur
intervention en milieux festifs et en milieu carcéral… Il
des cas empreintes de morale, et au pire, répressives.
s’agit d’être en phase, tant du point de vue temporel
Bousculant l’ordre théorique d’un monde qui se rêve que comportemental avec les usagers, quels que soient
policé, aseptisé, « les années Sida » nous ont conduit à les produits utilisés, elle s’ouvre aussi aujourd’hui à
admettre que certaines personnes ne veulent ou d’autres champs d’interventions concernés (social, psy-
ne peuvent arrêter leurs usages de produits. Celles-ci chiatrie, monde du travail, etc.).
conjuguent, à leur temps, plaisirs, risques et souffrances.
Le corps que la RdR prend en charge, c’est le corps so-
La prise en compte de cette réalité est inscrite dans
cial tout entier, dans la nécessaire altérité que suppose
la loi de santé de 2004, et largement réaffirmée dans
le vivre-ensemble, et non plus le « vivre avec ». L’usager,
celle de 2016.
pris en considération là où il est, là où il en est, est
Cet ouvrage veut avant tout traduire combien il est im- d’abord un citoyen qui traverse, dans son parcours de
pératif de prendre en compte les usagers, dans leur per- vie, une étape justifiant un accompagnement avec les
sonne et dans l’espace public. Des hommes et des intervenants que nous sommes.
femmes, considérés comme citoyens à part entière, qu’il
Les courants de pensée autant que les modes de fonc-
ne suffisait pas seulement de « soigner » ou de « faire
tionnement de notre société évoluent, et notre rapport
guérir » mais à qui il faut apporter les moyens de
à l’autre n’est pas hermétique à ces mouvements. La
« prendre soin » pour les restituer dans leur dignité, dans
Fédération Addiction souhaitait formaliser en cet ins-
notre humanité. Cette démarche au caractère universel
tant « T » un état des lieux des concepts et pratiques qui
- reconnue par l’OMS comme l’une des politiques de
étayent aujourd’hui l’évolution positive en matière de
santé publique les plus efficaces - c’est la Réduction Des
Réduction Des Risques. Toutefois, il faut se garder de
Risques (RdR). Nous vous en proposons ici des repères
croire en un aboutissement, et rester vigilant quant à
éthiques et conceptuels, un éclairage de la portée des
d’éventuelles remises en cause toujours possibles. Rien
enjeux à partir des pratiques.
n’est définitivement acquis pour la RdR tant que perdu-
De fait, la RdR s’impose comme un mode d’intervention rera dans la loi la pénalisation de l’usage.
qui a prouvé aujourd’hui sa pertinence. Il est fondamen-
Un postulat, cependant reste immuable : l’éthique. Notre
tal de savoir qu’elle doit autant cette reconnaissance
éthique qui, à l’heure où certains s’emploient à vouloir
aux outils employés (plutôt empiriques à ses débuts),
dresser des murs, nous amène à vouloir bâtir des ponts.
qu’au substrat éthique qui l’a nourrie et lui a permis - et
lui permet encore - d’évoluer. En repoussant les limites
de ses interventions, la RdR permet aux praticiens que
nous sommes, d’aller au plus près, au plus juste des per-
sonnes que nous accompagnons dans leur parcours.
L
CLINIQUE DE LA RÉDUCTION
DES RISQUES
❚❚Individualisation des suivis Cette forme de clinique peut parfois désarmer les pro-
fessionnels. En premier lieu car elle est en perpétuelle
redéfinition pour être au plus proche de chaque per-
A l’origine, la réduction des risques visait à offrir une sonne, invitant donc à un exercice de pensée critique
Urgence du sida réponse générale et massive à l’épidémie du sida chez sur sa pratique professionnelle 4. Elle sort des para-
les injecteurs. Elle était évaluée par des mesures glo- digmes qui l’ont précédée, en réinventant une manière
Réponse bales, populationnelles : baisse des overdoses, des de percevoir les personnes – valorisation des savoirs
à un problème contaminations. Au contact des personnes et par son profanes, usagers citoyens, empowerment… – et de
de santé publique pragmatisme, cette réponse populationnelle se propo- penser leur comportement d’usage – non-jugement,
sait tant au niveau collectif que dans des rencontres in- pragmatisme, accueil inconditionnel.
dividualisées, prenant en compte les besoins d’une per-
Individualisation sonne sur sa consommation personnelle. Il paraît donc utile de conceptualiser la posture éthique
et valorisation et clinique de la réduction des risques.
de l’usager La RdR s’est dévoilée comme une « proposition de ren-
citoyen et de son savoir contre », amenant de fait une clinique redéfinie pour
chaque personne accueillie. De « comment les per-
Ouverture sonnes injectent-elles ? », Nous sommes progressive-
ment passé à « comment injectez-vous ? » pour adapter
« de fait » d’une
la réponse : outil, site d’injection, alternatives par l’inha-
clinique nouvelle
lation, plus tard substitution…
La réduction des risques décrit en fait une manière
Reconnaissance
d’observer et d’écouter, non plus au pied du lit d’un ma-
légale et
lade comme l’étymologie du terme clinique le suppose 2,
institutionnelle mais dans la vie et dans le contexte de chacun. L’objec-
tif de la clinique change également de son acception
traditionnelle ; on ne vise plus à « guérir » mais à
Conceptualisation « prendre soin », à subjectiver le rapport à l’usage en
s’intéressant à ses modalités, pour donner les outils et
informations utiles afin que la personne puisse prendre
soin d’elle même dans son contexte de vie, avec son
produit et avec sa consommation 3.
La contradiction n’est qu’apparente : si l’activité du rect à un Traitement de Substitution aux Opiacés (TSO) Formaliser la clinique de la réduction des risques per-
CSAPA, et ses moyens humains et matériels, sont cen- et/ou accompagnement psychologique... met de cadrer l’action en amont de sa mise en œuvre,
trés sur l’accompagnement des personnes en difficulté et donc de définir et de garantir une posture de « soin »,
Cette posture respecte la temporalité de la personne et
avec l’usage, son accueil se doit d’être non sélectif, inté- une manière d’être en lien, bienveillante et dynamique,
adapte celle de l’institution : accès rapide aux traite-
grant la notion « d’orientation vers » comme un acte, qui promeut l’individualisation des suivis tout comme la
ments par une orientation immédiate vers le médecin
sans la faire reposer sur la condition d’une demande de transdisciplinarité.
qui évaluera l’indication médicale, délivrance de matériel
soin, de même que l’accueil inconditionnel du CAARUD
et de TSO dans un même temps ou dans des temps Cette posture pragmatique a une plus-value thérapeu-
inclut la possibilité d’orienter l’usager vers un CSAPA
distincts par exemple, passage au CAARUD après le tique importante et elle va faire « basculer la notion de
quand cela s’avère utile.
rendez-vous médical, adaptation des traitements pour demande ».
Pour certaines équipes, il s’agit donc simplement de accompagner la régulation de l’alcool, re-consomma-
Pour des personnes souvent prises dans leur propre
se préoccuper avant tout de la première intention, tions régulées lors des temps festifs…
ambivalence, pour celles qui évoluent en permanence
quelle qu’elle soit, qui amène la personne à demander
Elle permet enfin, et cela semble un enjeu crucial pour ou de manière épisodique dans les marges de la société,
un accueil.
les accompagnants, de maintenir un lien, une alliance ou peuvent parfois avoir besoin d’un appui dans la re-
Cela permet de se concentrer sur ce que la circulaire de thérapeutique, y compris avec les usagers les plus ambi- construction de l’estime de soi, ces processus d’écoute
2008 décrit comme « un premier lien en vue de créer les valents, relativement peu captifs dans les suivis, et dont et de valorisation réelles permettent de favoriser leur
bases d’une relation mais aussi d’apporter les premiers les trajectoires de vie peu linéaires peuvent parfois sem- pouvoir d’agir.
éléments de réponse aux demandes et besoins des per- bler peu compatibles avec le cadre institutionnel (no-
sonnes. ». Cela permet d’adopter une posture non-ju- madisme médical, rendez-vous manqués, etc.).
geante dans l’écoute de la personne, et de développer
une alliance thérapeutique de bonne qualité.
L’objectif reste de se dégager d’une trop forte attention
à la formalisation d’un projet ou d’une envie de travailler
sa problématique par la personne, souvent peu compa-
tible avec la logique motivationnelle. Une demande qui
débouche sur un projet tenable et réaliste peut être in-
terprétée comme une « projection des intervenants », et
les personnes qui arrivent au CSAPA dans ce type de
démarche sont extrêmement rares.
Comme pour l’accueil en CAARUD, l’accueil en CSAPA
permet aux intervenants d’adopter une posture incondi-
tionnelle et non-jugeante et de faire de la notion de
« démarche de soin » ou de « demande » un élément du
cadre préalable, et non un obstacle de plus posé à la
personne. Il suffit de considérer de manière moins « pré-
construite » de ce que veut la personne, au moment et
là où elle est rencontrée : matériel et/ou suivi, accès di-
En mars 2015, la Fédération Addiction et ses parte- manque une vraie place du consommateur, partie
naires ont organisé un séminaire national sur le prenante de son parcours. Il est au cœur de... mais
thème « Parcours de soin : la parole aux usagers ». le cœur actuellement n’est pas au centre. »
Une trentaine d’usagers des dispositifs de soin sont
« Ça fait comme une balle d’entendre ça. ça n’est
venus partager leur vécu de ce parcours dans et
plus tolérable. Même avec les qualités des profes-
hors des institutions, commentant en présence des
sionnels. »
professionnels leur expérience de l’accompagne-
ment, de la « posture soignante » et de la définition D’autres avait intégré ce schéma avant de s’enga-
de « soin ». Voici quelques extraits de la synthèse de ger dans le soin : « Je leur ai dit « allez y suis prêt,
ces échanges, quant à « La posture du soignant et dépêchez vous je vais peut être changer d’avis, al-
son rapport à la personne qu’il soigne : Les partici- lez-y soignez-moi. C’est à vous de faire quelque
pants sont unanimes sur la persistance de repré- chose, c’est vous qui savez quoi faire. » 7 ou 8 jours,
sentations négatives parmi les professionnels qu’ils j’ai « patienté », je suis sorti sevré. Mais rien n’avait
ont rencontrés, et ceux particulièrement dans les changé. »
secteurs non spécialisés qui, d’après eux devraient
« J’attendais trop de choses d’eux. Petit à petit sur
être plus sensibilisés aux problématiques liées à
une vingtaine d’années, j’ai compris que c’était une
l’addiction.
dynamique, une démarche qui venait de mon im-
Mais au-delà de l’image des drogues dans la socié- pulsion, qu’il ne faut pas être « patient » patientant,
té, les usagers sont nombreux à témoigner de mais acteur, et qu’avec le temps ça peut bouger. »
questionnements sur la posture du « soignant » en
Pour en savoir plus, rendez-vous sur www.federa-
France. En lien avec les interventions de la table
tionaddiction.fr/etre-acteur-de-son-parcours-une-
ronde matinale, un certain nombre de personnes
journee-pour-les-usagers
constatent une asymétrie entre le professionnel et
la personne accueillie, entre le savoir appris du mé-
decin par exemple, et le savoir expérientiel de la
personne accueillie.
Certain l’ont vécu dans leur suivi : « En fait la notion
de soin fait plus de mal que de bien : on entend
encore dans nos institutions « il est pas dans le
soin » ça veut dire quoi ? T’es où si t’es pas dans le
soin dans une institution ? »
« Le soin c’est indéfinissable. Attrapons les choses
du côté de la personne ; c’est ce qui se fait, mais il
QUESTIONNEMENTS
D’ACTEURS
ET COMPLÉMENTARITÉS
DES DISPOSITIFS
La mise en œuvre de la réduction des risques, quelques soient les usages et les pro-
duits nécessite le concours de l’ensemble des acteurs concernés. Pour des raisons
méthodologique et budgétaire, nous avons limité ce guide aux pratiques des seuls
dispositifs médicosociaux spécialisés. Le rapport d’enquête a déjà permis de rendre
visible leurs pratiques à un temps « T ». Ce chapitre a pour vocation de décrire l’état
des points de questionnements qui traversent ces équipes sans prétendre restreindre
l’ensemble de la réduction des risques à ce seul champ.
En effet, ce document contribuera à faciliter leur complémentarité avec les actions
des usagers volontaires comme avec l’expertise et l’action des associations d’auto-
support. C’est ce travail en commun – professionnels/ usagers/autosupport qui reste
indispensables à l’évolution toujours nécessaire de la RdR et qui doit être défendu et
préservé.
1. Les CAARUD, un dispositif dédié
21
Les CAARUD se sont institutionnalisés dans la suite des 2. La seconde interroge les difficultés à orienter les per- nique de la RdR qu’ils déploient au quotidien, et les pra-
« boutiques » et en lien avec les acteurs de l’autosup- sonnes accompagnées en CAARUD vers des dispositifs tiques et l’expertise que les usagers déploient hors du
port. Ils promeuvent et mettent en place les principes qui assureraient la continuité de la posture de réduction champ institutionnel.
de RdR au quotidien, pour tous les publics consomma- des risques. Ils regrettent le manque de transversalité de
Ils cherchent à s’articuler avec les savoirs issus des asso-
teurs de produits stupéfiants, sans conditions d’entrée. la réduction des risques à l’ensemble des postures de
ciations d’autosupport, dans leurs échanges de pra-
soin de leurs partenaires.
En ce sens, les CAARUD font partie des acteurs emblé- tiques propres via des associations sur la Vap’ par
matiques de la RdR, et représentent souvent une pre- Tous les dispositifs – spécialisés ou non – n’ont pas en- exemple, mais aussi dans des accueils différents comme
mière ligne, une forme d’aller-vers. core adopté cette posture, ce qui peut compliquer les l’illustrent les actions menées en milieu festif qui n’ont
orientations, et exclure du soin une partie des publics – pas vocation à être institutionnalisées.
Parmi les questions qui animent ces équipes, trois res-
ceux qui sont souvent décrits comme ayant un « profil
sortent principalement : tQuels discours de réduction des risques peut-on tenir
CAARUD » par exemple.
aux consommateurs de tabac et d’alcool ?
1. La première concerne la possibilité d’exercer leur mis-
Il arrive que ces publics ne rencontrent pas d’autres ré- tComment inclure l’expertise de l’autosupport sur ces
sion de santé publique de « première ligne », en recevant
ponses adaptées que celle du dispositif CAARUD, ils produits aussi, comme plus largement dans l’action
un public majoritairement très précarisés socialement.
peuvent, selon les témoignages des intervenants, rester du lieu ?
La précarité et ses conséquences sont souvent une très longtemps sur cette structure : accompagnement tComment articuler prévention du risque lié à l’alcool
priorité pour les publics accueillis, jusqu’à mettre en portant sur le très long terme au CAARUD, avec la pro- – souvent conséquent dans les files actives – et
question la mission du CAARUD sur les addictions. L’ac- blématique de vivre des échecs répétés dans leur par- réduction des risques liés à la consommation de
cueil de ces publics nécessite de s’articuler avec les par- cours en-dehors du CAARUD. produits stupéfiants ?
tenaires – du droit commun, de l’insertion, de l’urgence tComment désenclaver la réduction des risques
tComment valoriser l’expertise du CAARUD sur les
sociale, de l’hébergement… - ce qui permet de croiser du champ de la lutte contre le risque infectieux,
postures de soin ou d’accueil chez les partenaires ?
les expertises des différents acteurs, des différents sec- pour qu’elle se décline sur l’ensemble des champs
tComment articuler non-jugement et anonymat avec
teurs engagés sur le thème de la précarité. du soin ?
certaines demandes précises de partenaires ?
tComment articuler la RdR liés à l’acte de tQuelle place donner à la formation des équipes hors
consommation, avec les réponses aux risques du champ spécialisé sur la RdR ? Comment inclure
d’exclusion ? dans cette formation les acteurs de l’autosupport,
tLe CAARUD doit-il se consacrer uniquement aux pour croiser les expertises ?
personnes en précarité ? Doit-il aussi se préoccuper
3. La troisième question porte sur l’élargissement de la
des publics insérés ?
RdR : les structures dédiées à la réduction des risques
tSi oui comment le faire sans mettre à mal l’accueil de
priorisent, par leur cadre de mission les consommateurs
ceux qui n’ont pas accès à d’autres institutions ? Et
de produits stupéfiants. Elles questionnent leur rôle en
comment développer une forme adaptée d’aller-vers
matière de risques liés à l’alcool et au tabac.
pour les autres publics ?
tJusqu’où peut-on prendre en compte les questions Ce thème de l’alcool et du tabac en CAARUD est assez
d’accompagnement social sans qu’elles n’empiètent illustratif de questionnements ouverts de la part des
sur les messages de réduction des risques en santé ? structures de RdR. Les dispositifs dédiés à la réduction
des risques sont, pour la majorité, en réflexion sur les
manières de favoriser la complémentarité entre une cli-
Le droit des usagers tComment garantir la fluidité des parcours entre ces
structures, sans nuire au souhait d’anonymat et de
Depuis 2002, les CSAPA sont tenus d’organiser des ins-
confidentialité de l’usager ?
tances de participation des usagers. Ils peuvent le faire
avec les acteurs de l’autosupport, qu’ils peuvent aussi tComment favoriser l’appropriation de la réduction
associer à la formation continue des équipes. des risques à toutes les étapes des parcours, suivant
les territoires : CSAPA, ELSA, services hospitaliers,
Les usagers doivent pouvoir donner leur avis sur le pro-
différentes offres de soin résidentiel, etc…?
jet d’établissement, ou même participer à sa rédaction,
comme le mettent en place certaines associations.
4. Le lien avec le CAARUD et les autres dispositifs
De la même manière que dans le partenariat avec
d’autres acteurs de santé (service hospitalier, médecin
de ville) les articulations avec les CAARUD restent, pour
certaines structures, peu fluides voire dans quelques cas
inexistantes. On ne peut que regretter les difficultés
constatées durant l’enquête, dans les orientations ou les
actions communes entre les dispositifs spécialisés,
même autour de publics communs.
Cependant, la majorité des structures de soin ont un lien
avec un CAARUD en particulier, vers lequel elles orien-
tent les personnes si besoin 1.
Pour les structures qui partagent une même association
gestionnaire, et plus encore pour celles qui partagent
les mêmes locaux et répartissent les accueils entre dif-
férentes plages horaires, l’articulation se fait de manière
plus fluide, avec un enjeu qui revient tout de même sou-
vent autour des passages des mêmes personnes. Cela
engage là encore des questionnements autour des déli-
vrances de matériel et de TSO.
tFaut-il aborder la question des reconsommations et
du partage de l’information pour une personne qui
vient à la fois au CSAPA et au CAARUD ?
❚ Etre témoin des évolutions ❚ Les usagers de la fête reconnus ❚ Déstigmatiser les
d’usage et de produits comme experts légitimes consommations par
le partenariat et la dynamique
En s’attardant sur la réalité des contextes de consom- L’intervention des bénévoles, anciens ou actuels usa-
mation, la RdR s’est développée au contact des gers de la fête, s’inscrit dans une dynamique d’autosup- festive
consommateurs et des consommations. Le milieu festif port qui valorise leur expertise et leur pouvoir d’agir,
est assez emblématique de cette proximité. Les milieux facilite l’appropriation et le relais des messages de ré- Parce que les consommations festives sont souvent
festifs sont multiples et divers. Les intervenants doivent duction des risques. L’autosupport se caractérise par perçues différemment des consommations individuelles
s’adapter aux réalités de terrain : association de pro- une identité partagée (usager ou ancien usager de la régulières (sentiment d’appartenance, vision plus posi-
duits, nouveaux produits de synthèse… La fête est l’un fête). C’est l’exemple d’associations historiques sur ce tive de la consommation de produits psychoactifs…), le
des contextes où les produits et les raisons pour les- champ qui ont développé une méthode d’intervention milieu festif, espace de lien social, est une opportunité
quels ils sont pris (effets recherchés) sont les plus ac- hors du champ institutionnel, ou plus récente, avec les de faire changer les représentations quant aux produits
cessibles aux professionnels, et où l’expertise des usa- collectifs d’intervention en milieu festif qui impliquent psychoactifs. C’est notamment ce que montre l’exemple
gers ou des anciens usagers peut être convoquée. Ces les usagers directement. des interventions lors de fêtes traditionnelles ou de fes-
derniers sont d’ailleurs souvent sollicités pour monter tivals, lors desquelles les prises d’alcool, de tabac ou de
L’implication d’acteurs hors scène festive s’appuie sur
des collectifs d’intervention bénévole, voire salariée. cannabis sont motivées par une recherche de plaisir ou
une dynamique citoyenne auquel les publics des milieux
de lien social, reléguant au second plan la question du
Le milieu festif est un « observatoire des tendances ». festifs sont, généralement, sensibles. La RdR en milieu
statut légal du produit. Les publics rencontrés dans le
C’est sur la scène festive que se sont développés les festif se légitime en s’appuyant sur les acteurs concer-
milieu festif revendiquent des consommations ponc-
dispositifs d’analyse de substances : testing, puis chro- nés, elle « respecte la dynamique festive », facilite le
tuelles. L’approche va essentiellement se centrer sur la
matographie sur couche mince porté notamment par changement de regard des consommateurs entre eux,
réduction des risques et des dommages immédiats et à
Médecins du Monde, prochainement spectrométrie… et sur eux-mêmes. Investis des messages de RdR et de
moyen terme, tout en ouvrant une dynamique d’inter-
prendre soin de soi sans jugement, ils peuvent notam-
Ce terrain permet d’accéder à la réalité des consomma- vention précoce sur des consommations à risque no-
ment aborder la question de leurs consommations sous
tions de visu et in situ, sur le lieu de la fête et dans les tamment les risques à long terme, nés de la répétitions
l’angle de la santé. Cette démarche permet de ne pas
zones qui lui sont périphériques (parking, camping…), et des expériences festives.
dramatiser le risque de dépendance, très stigmatisé, et
donc d’adapter les interventions et les outils au plus
donc potentiellement vecteur de honte et de dissimula- Enfin, ce contexte est aussi l’occasion de travailler avec
près des modes d’usage. Il offre l’occasion d’une ap-
tion. des secteurs non spécialisés, tous les acteurs qui tra-
proche expérientielle de la veille sanitaire, les consom-
vaillent ou évoluent au même endroit, au contact du
mateurs étant les premiers connaisseurs des produits Le milieu festif favorise en même temps la réduction
même public, dans un même temps :
qui circulent. Intervenir en milieu festif, c’est s’appuyer des risques et l’intervention précoce dans un même
sur le savoir des personnes qui consomment et déve- « aller vers », dans une même posture. ➜ des acteurs de la fête et de la nuit :
lopper une stratégie professionnelle pour entrer en rela- tcommerçants de produits légaux – bistrotiers,
tion dans un temps court, sans demander un engage- patrons de discothèques, épiciers de nuit
ment dans une démarche, sans juger la consommation : tvendeurs de produits illicites,
recherche de plaisir, d’évasion, esprit festif… torganisateurs d’évènements festifs
➜ jusqu’aux forces de l’ordre
➜ en passant par les mairies ❚ Travailler avec le plaisir ❚ Faire passer un maximum
➜ les services techniques municipaux – et notamment
ceux engagés spécifiquement sur la nuit (maire de la de la consommation de messages dans une
nuit, services d’appuis) tels qu’ils existent par temporalité courte
exemple à Rennes ou à Paris Une grande majorité de CAARUD et environ un quart
➜ et les riverains. des CSAPA en France interviennent en milieu festif. Ces
L’intervention festive place l’intervenant au plus près du
pratiques ont participé à la fondation de la RdR et ont
Par ailleurs, la fête est un rituel très largement partagé moment de la consommation. Elle suppose ainsi d’ins-
contribué à sa définition ; les contextes festifs per-
par la population générale, représentant ainsi potentiel- crire son action dans le « temps » de la fête : soit de faire
mettent notamment de la décrire comme une manière
lement une opportunité de faire le lien avec les manières passer un maximum de messages et d’actions en un
d’intervenir auprès de publics consommateurs hors du
de consommer des produits psychoactifs dans la socié- minimum de temps.
champ du soin, dans une dynamique d’ « aller-vers » qui
té : soirée du samedi soir, soirée autour d’un match de a très tôt caractérisé la RdR. La temporalité du milieu festif est différente des autres
football, soirée de mariage… contextes de consommation. La prise de produit se fait
Les publics des milieux festifs ne sont pas dans les
Ce type d’intervention réclame d’être préparé en amont sur plusieurs heures — voire plusieurs jours — et suppose
mêmes démarches que les publics des structures. Ils
et localement avec les acteurs impliqués dans la fête et des conditions particulières d’intervention : travail de nuit,
n’ont pas de demande d’aide a priori, si ce n’est celle de
la politique locale ; avec les forces de l’ordre, les secou- éloignement géographique parfois, heures supplémen-
maintenir le plaisir de la fête et des effets de produits
ristes, les structures de soin et/ou de prévention qui taires, prise en compte des nuisances sonores, temps
dans les meilleures conditions possibles. Il est impor-
pourront potentiellement faire relais à l’issue de l’événe- d’intervention longs, conditions salariales complexes …
tant de rappeler ici que la « porosité » des espaces fes-
ment. Cela suppose donc pour les professionnels de tifs, leur diversification et massification permettent plus Devant la charge financière supplémentaire que ces
mettre en place une dynamique globale et transversale, qu’ailleurs peut-être la rencontre des usagers à diffé- actions peuvent engager, les structures font souvent le
entre les structures qui mutualisent leurs ressources et rents stades de leurs expériences avec les substances. choix de mutualiser entre elles les interventions et/ou
les acteurs de droit commun, les relais sanitaires (ser- de s’appuyer sur les collectifs d’autosupport existants,
vices d’urgence, Croix-Rouge) et les bénévoles engagés De l’expérimentateur à l’usager régulier en passant par
mais aussi sur des bénévoles, dans des positions de
sur les collectifs d’intervention 1. le consommateur occasionnel et leur entourage, l’inter-
pairs et d’experts.
vention en milieu festif est bien transversale.
La temporalité de la rencontre, en maraude ou en stand,
L’intervention ne tend donc pas vers la prévention des
est déterminée par la temporalité de l’événement festif
consommations ni toujours leur réduction, mais com-
lui-même. Si l’évènement dure 3 jours, le lien noué du-
bine RdR, intervention précoce, approche expérientielle.
rant la fête n’excèdera que rarement 3 jours. En re-
1 Pour monter une intervention et/ou aller dans le détail des
La dynamique d’auto-support est particulièrement im- vanche les consommations peuvent durer ou se renou-
partenariats, un « 8 pages » Intervenir en milieu festif a été publié par portante dans ce contexte. Les structures et collectifs tels veler au-delà de la fête. Les amorces de lien dans ce
la Fédération Addiction en 2013. Conçu comme un kit d’aide au que Techno+ ou la mission Rave de Médecins du Monde, temps court doivent donc permettre de faire passer des
montage de ces actions, il est téléchargeable sur le site internet de la ont une importance et une expertise à part entière dans messages de RdR globaux, qui ne se limitent pas à ce
Fédération Addiction www.federationaddiction.fr
ce champ de la réduction des risques en milieu festif. Ces qu’il se passe durant l’événement mais concernent aus-
Il existe également des fascicules d’aide au montage d’actions et de
partenariats publiés par les instances publiques dont le guide la collectifs se sont construits par, pour et entre usagers, si des futures prises de risques.
médiation – Rassemblements festifs organisés par les jeunes, édition avec une identité singulière qui leur ont permis de déve-
2016, téléchargeable sur le site du Ministère de la jeunesse et des lopper une connaissance et une capacité d’action à part
sports http://www.jeunes.gouv.fr/ entière, centrée sur ces dynamiques d’autosupport.
❚ Vers une RdR pour l’ensemble ❚ L’alcool, un produit au statut le surpoids. En France, il a été récemment estimé que
l’alcool est responsable d’environ 49 000 décès par an
des conduites addictives particulier (S. Guérin et coll., pp. 163-8), et demeure la seconde
cause de mortalité évitable, après le tabac. » 3
La réduction des risques s’est principalement construite Cela ne paraît pas encore simple pour les intervenants. Selon les études de l’OFDT sur les publics des CSAPA, l’al-
dans le contexte d’épidémie du sida, à partir et autour des L’alcool est le produit le plus souvent consommé par les cool est de loin le produit qui pose le plus de problèmes
personnes marginalisées par leurs consommations par usagers des CAARUD et des CSAPA, il est avec le tabac (tableau ci-dessous) 4
injection de produits classés stupéfiants. Elle n’a donc pas le produit rencontré le plus tôt et le plus fréquemment
été développée à l’origine pour les risques liés à d’autres par les publics jeunes. L’un et l’autre figurent parmi les
consommations, telles que celle d’alcool ou de tabac. produits présentant les risques sanitaires les plus impor- 3 Extraits de l’éditorial de Lars Møller, Organisation mondiale
de la santé, Bureau régional de l’Europe, Copenhague in BEH
tants : « Au niveau mondial, l’alcool est considéré
Depuis 2016, la RdR ne s’applique réglementairement (Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire) n°16-17-18,
comme le troisième facteur de risque de morbidité, publié en mai 2013 par l’INVS (Institut de Veille Sanitaire).
plus uniquement aux drogues illicites ou à la réduction
après l’hypertension artérielle et le tabac. En Europe 4 Recueil de données « RECAP », tableaux statistiques
des risques infectieux. La loi de modernisation du sys-
occidentale, il est le quatrième facteur de risque, après de 2010 à 2014, www.ofdt.fr
tème de santé la place dans le cadre de l’accompagne-
ment et du soin des problématiques liées aux conduites
Graphique 1 - Répartition des patients suivant les produits consommés posant le plus de problèmes
addictives en santé publique 1.
en 2010 et 2014 (en % et en nombre)
Le développement de la RdR est assez contemporain de
l’arrivée du paradigme de l’addictologie et de l’accompa- Alcool 146 000
138 000
gnement. Sortant d’une approche par produits : lutte 40 000
contre la toxicomanie, contre l’alcoolodépendance, ou Cannabis 56 000
contre le tabagisme, le paradigme de l’addiction est no- Opiacés (hors TSO*) 38 000
47 000
En CAARUD, l’alcool était en 2010 le troisième produit La réduction des risques s’adresse potentiellement à
le plus fréquemment consommé par les personnes : tous les consommateurs, dépendants ou non dépen-
dants, excessifs ou régulés, quel que soit le produit
Tableau 3 - Usages récents (au cours du dernier mois) chez les usagers des CAARUD, 2010 consommé. Que les structures soient spécialisées ou
non, elles rencontrent des personnes consommatrices
Effectifs Pourcentages d’alcool dans leur file active. En termes d’outils et de
messages de RdR, la focale paraît plus souvent mise, en
Cannabis 1796 71,7
CAARUD notamment, sur les risques liés à la prise de
Alcool 1577 63,0 produits illicites y compris auprès de personnes dont la
Opiacés 1845 73,7 principale consommation est l’alcool. Pourtant c’est l’al-
cool qui semble causer au quotidien dans les structures,
Buprénorphine haut dosage 990 39,5
le plus d’évènements indésirables, et les professionnels
Héroïne 783 31,3 sont au fait des risques sanitaires liés au produit.
Méthadone 704 28,1
Sulfates de morphine 373 14,9
Codéine 135 5,4
Stimulants 1153 46,0
Cocaïne ou Free base (achetée en poudre) 822 32,8
Crack (acheté sous forme « base ») 383 15,3
Amphétamine (speed) 322 12,9
MDMA, Ecstasy 217 8,7
Hallucinogènes 423 12,9
LSD, acides 193 7,7
Kétamine 162 6,5
Plantes et champignons hallucinogènes 140 5,6
Benzodiazépines 717 28,6
Ainsi, décliner la RdR liés aux consommations d’alcool tEviter les difficultés des professionnels du fait de la
intra-muros dans les structures de soin s’accommode tension entre un mandat de RdR
mal de règlements de fonctionnement basés sur l’interdit et une posture de surveillance et de sanction liées
… alors que la raison même de la venue de l’usager dans aux consommations
le CSAPA ou le CAARUD est cet usage problématique. tRenforcer le caractère bienveillant et non-jugeant
de l’accueil
tAccueillir la personne et sa consommation permet
tAccompagner des consommations à moindre risque.
pourtant de mettre en œuvre des principes de RdR
tTranquilliser la personne Certaines équipes, y compris hors du champ spécialisé,
tFaire participer les usagers à l’organisation de ont pu constater les effets positifs de la mise en place
l’accueil des consommation, pour renforcer la d’un lieu pour déposer l’alcool (casier, réfrigérateur…)
capacité d’agir voir d’un espace dédié à la consommation d’alcool et de
tEviter les surconsommations massives avant l’arrivée tabac - en extérieur souvent, mais faisant partie de la
dans le service : risques de surdoses (troubles du structure.
comportement, de la conscience…), risque de conflit
avec ou dans l’environnement de la structure…
❚ Envisager des parcours de soin prendre soin, des consommateurs jusque-là exclus des
soins.
différents pour ne pas exclure L’alcool et le tabac ne sont pas toujours les premières
préoccupations des personnes rencontrées. Pourtant, la
La prise en charge des personnes rencontrant des pro- question de la poursuite des consommations récréa-
blèmes d’alcool ou de tabac était encore récemment tives se pose très régulièrement, par exemple chez les
essentiellement orientée vers l’arrêt des consomma- personnes bénéficiant d’un traitement de substitution,
tions, mais l’évolution vers une diversification des sor- ou ayant cessé une autre consommation. La compensa-
ties est largement initiée. tion par l’alcool porte potentiellement de nouvelles pro-
Les usagers des structures de soin qui viennent avec blématiques qu’il faut considérer. De la même manière
une demande liée à ce produit sollicitent eux-mêmes illustrative, le tabac est souvent à tort laissé de côté, au
une aide à l’arrêt pour parvenir à l’abstinence ; et ceux motif qu’« il faut bien qu’il leur reste quelque chose ». Le
qui viennent pour une autre raison peuvent craindre que tabac peut également être à l’origine de difficultés à la
si le sujet venait à être abordé, ils ne se voient proposer gestion des consommations de cannabis ; d’où l’intérêt
que cette option. de ne pas considérer ce sujet comme secondaire.
Historiquement, les messages véhiculés par les cam- La posture d’accompagnant est un outil précieux, et
pagnes publiques et les représentations courantes ont peut gagner à s’appuyer sur les méthodes motivation-
le plus souvent présenté la dépendance comme une nelles, non pour amener vers la fin de la dépendance/de
sorte de « point de non retour », à partir duquel « sans la consommation, mais pour aider au changement d’un
abstinence point de salut » : un verre c’est la rechute… on comportement d’usage à risque.
ne peut plus jamais consommer d’alcool ni même de
vinaigre… ainsi, encore en 2012, « Moins d’une personne
sur dix (8 %) estime que les consommateurs excessifs
d’alcool peuvent vivre normalement » 8.
Lorsque l’accès à et le maintien de l’abstinence est la
seule réponse, le dispositif laisse sur le chemin nombre
d’usagers pourtant susceptibles de bénéficier d’une
aide adaptée.
Ainsi, on se rappellera les ravages du Sida chez les usa-
gers de drogues dans les années 80 et 90 faute d’avoir
développé plus tôt des mesures de RdR qui ont montré
la nécessité, de prendre conscience que l’approche RdR
permettait de rencontrer plus tôt et sur une logique de
❚ Ouvrir le champ de
la réduction des risques RdR, produits et société proche paraît particulièrement pertinente dans un
contexte où l’information sur les dangers de ces
en population générale De la même manière, la consommation de nicotine produits ne provoque pas la réduction drastique de
est un fait social relativement bien accepté, contrai- leurs consommations, et où les consommateurs — à
L’alcool étant un produit largement diffusé dans les so- rement à la prise d’opiacés par exemple ; ses consé- l’exception des buveurs devenus dépendants —
ciétés occidentales, les consommateurs sont très nom- quences sont en revanche encore largement bana- sont peu stigmatisés. Loin de toute forme de pré-
breux, et les secteurs concernés sont pluriels. Les lisées malgré l’accès à l’information, puisque selon vention-répression ou de jugement, l’information
consommateurs — occasionnels et/ou à risque — veulent l’OFDT : « Fin 2012, quatre Français sur dix (41 %) sur les risques liés à la consommation du tabac
souvent maintenir et gérer leur consommation pour bé- considèrent que le tabac est dangereux dès l’expé- fumé peut donc être donnée pragmatiquement, en
néficier des effets psychoactifs et socialisants du produit. rimentation. Après avoir doublé entre 1999 et 2008, considérant qu’il faut réduire les risques liés à cer-
Culturellement en France, le « boire social » illustre les cette proportion est restée pratiquement inchan- tains modes de consommation — la cigarette. Ainsi
effets de réciprocité — dons/contre-dons — qui ré- gée depuis 2008. C’est au stade de l’usage quoti- l’usage de la nicotine peut garder sa place dans la
gissent et structurent nos sociétés occidentales. dien que le tabac apparaît le plus dangereux pour vie et dans la société comme pour la caféine par
47 % de Français » 1. exemple 2.
C’est un bien qui s’offre, qui s’échange, un marqueur
social de convivialité et d’appartenance comme l’ana- Paradoxalement, malgré le peu d’antériorité de la
lyse l’expertise collective que l’INSERM consacrait à RdR pour le tabac comme pour l’alcool, cette ap-
l’alcool en 2003. Cette expertise conclut que « le « boire 2 LE HOUEZEC J., « La RdRD est-elle efficace et quelles sont
social » est alcoolisé dans notre culture » et que l’alcool 1 TOVAR M.L., BASTIANIC T. ET LE NEZET O., ses limites en matière de tabac ? ». Audition publique Réduction
joue un rôle de « marqueur de l’échange, et {de} tech- Perceptions et opinions des Français sur les drogues des risques et des dommages liés aux conduites addictives,
Tendances, n°88, 2013, 6 p. présidée par le Professeur Benyamina et le Docteur Morel, 2016.
nique permettant au groupe de négocier la « bonne dis-
tance » entre les partenaires lorsqu’un vide en termes de
régulation autre vient menacer l’équilibre collectif. » 11
L’analyse de l’INSERM propose donc des pistes pra- L’alcool présente une forte toxicité et est en même Il paraît donc peu pertinent en santé publique, de viser
tiques qui prennent en compte cette dimension cultu- temps un outil de régulation sociétale. Il peut être l’objet d’abord la réduction quantitative des consommations.
relle et ethnologique de l’alcool, en proposant par de consommations massives, en nombre de consom- L’intervention précoce et la posture de RdR paraissent
exemple d’utiliser le café dans le même rôle : « L’échange mateurs comme en quantités consommées. Selon le plus adaptées pour répondre globalement aux consé-
d’eau claire ou de soupe ne joue pas ce rôle mais le café, Baromètre Santé 2014 de l’INPES, 95% de la population quences de cette consommation, voire même de propo-
psychotrope licite et léger venu d’Orient, introduit en en France métropolitaine a expérimenté de l’alcool au ser de gérer le rythme ou les manières de consommer
Europe à partir du XVIIe siècle surtout, peut à certains moins une fois dans sa vie, et 42% a connu une alcooli- sans s’occuper d’emblée de la quantité qui est prise.
moment jouer ce rôle. Tout un imaginaire de la préven- sation ponctuelle importante durant l’année écoulée –
C’est également ce que semblent montrer les expé-
tion pourrait rebondir ici. » 12 dont 57% des 18-25 13 ans.
riences hors du champ spécialisé.
11 Expertise collective Inserm 2003. Alcool. Dommages sociaux, abus Ainsi, le secteur hospitalier a développé une expérience
et dépendance. Chapitre 3, « Dimensions historiques, culturelles et 13 BECK F., RICHARD J.-B., GUIGNARD R., LE NEZET O. et SPILKA S., importante sur la gestion des consommations d’alcool
sociales du « boire » », p.73 « Les niveaux d’usage des drogues en France en 2014, exploitation auprès des personnes hospitalisées.
12 Ibidem p.74 des données du Baromètre santé 2014 », Tendances n°99, 2015.
Les Équipes de Liaison et de Soin en Addictologie place des partenariats avec les acteurs de droit com-
(ELSA), là où elles sont formalisées, jouent un rôle im- mun concernés : syndicats professionnels, mutuelle
portant de transmission des messages de RdR, notam- agricole, CCAS…
ment sur l’impact physiologique d’une consommation
La réduction des risques liés à l’alcool et au tabac
d’alcool contrindiquée avant une opération chirurgicale,
constituent donc, malgré sa courte antériorité, une illus-
ou sur la gestion des consommations durant l’hospitali-
tration importante du changement de paradigme de
sation – gestion du manque de nicotine, stratégie d’aide
l’intervention spécialisée. Elle montre bien comme la
à la maîtrise des prises de produits. Ainsi elles aident à
réduction des risques aide à développer une « clinique
développer des alternatives pour gérer les risques de
des modes de vie » ; qui s’inscrit de plain-pied dans la
manque ou les dommages liés aux consommations sans
société et dans les trajectoires de vie individuelles et
forcément orienter vers le service alcoologie ou le ser-
collectives.
vice addictologie, et sans envisager d’emblée la ques-
tion du sevrage.
Dans d’autres contextes, festifs ou étudiants notam-
ment, les associations de prévention ou de sensibilisa-
tion s’inspirent dans leur posture d’intervention, de stra-
tégies de RdR : verres mesureurs, dosette d’alcool,
simulateur d’ivresse au volant... Il paraît donc intéressant
de leur proposer des formations adaptées et un soutien
logistique si nécessaire.
La posture de RdR permet donc, pour un produit aussi
répandu dans la société que l’alcool, de faire passer les
messages en s’appuyant sur les organisateurs des évè-
nements, les consommateurs eux-mêmes, voire les ven-
deurs de produit.
Les collectifs de Réduction des risques en milieu festif
sont en cela une bonne illustration ; en travaillant avec
les bistrotiers ou les bureaux d’étudiants notamment,
les messages de RdR en termes de santé publique se
diffusent et sont transmis de pair à pair.
Ce travail permet aussi de lutter contre la banalisation
du produit sans réprimer sa consommation et donc
stigmatiser les consommateurs.
Le savoir-faire en réduction des risques peut aussi se
développer en population générale via la fonction « res-
sources » dont sont dotés les CSAPA, en mettant en
La picologie c’est aussi tenir compte du « Pour observés au prisme de la picologie induiront possi-
quoi » (qui ne doit pas être confondu avec le « pour- blement des stratégies d’intervention très diffé-
quoi ») et du « malgré quoi » les gens consomment. rentes.
Cette méthode vise à aider la personne à nommer
La picologie, c’est donc faire une sorte d’ethnogra-
tous les bénéfices, effectifs et/ou recherchés, qui
phie des usages pour mettre à jours les « habitus » 3
au fondent les pratiques de consommation : pour
de consommation afin, d’une part d’en saisir les sin-
l’ivresse, pour être désinhibé, pour se donner du
gularités (les manières de boire), et d’autre part
courage, pour se sentir moins seul, pour oublier,
d’en isoler les bénéfices « afin de les préserver au-
pour faire taire les angoisses, pour supprimer des
tant que possible », et les risques et dommages,
douleurs, pour dormir… et pour toutes sortes
dont la réduction ne peut s’envisager qu’à l’aune
d’autres raisons possibles. Car la picologie part du
des sacrifices qu’elle supposera pour chacun (en
principe pragmatique que les personnes consom-
termes de pertes de bénéfices)
matrices, quoi que l’on puisse en dire et quels que
soient leurs usages, consomment d’abord pour se La RdR alcool postule que c’est ce travail d’évalua-
faire du bien, même si cela induit parfois de se se tion qui permet de proposer un accompagnement
faire du mal. efficient.
De même, via cette approche, se nommeront les
incidences négatives, non recherchées par les per-
sonnes ; incidences malgré lesquelles elles conti-
nuent de consommer afin de préserver les béné-
fices qu’elles trouvent dans cet usage. C’est là que
l’évaluation des risques et dommages joue un rôle.
La picologie va s’attarder à mesurer, individuelle-
ment, l’équilibre entre « effets recherchés » et « ef-
fets indésirables ». Ainsi, les risques à évaluer sont
bien ceux perçus par la personne, ces dommages
qu’elle considère comme « acceptables » au regard
des bénéfices tirés de la consommation, et non
seulement des atteintes potentielles ou effectives 3 En sociologie, un habitus désigne une manière d’être, une
repérées par le professionnel qui, si elles ont voca- allure générale, une tenue, une disposition d’esprit. Selon Pierre
Bourdieu, l’habitus est le fait de se socialiser dans un peuple
tion à mettre en mots les souffrances des per-
traditionnel, définition qu’il résume comme un « système de
sonnes, ne peuvent se substituer à elles pour défi- dispositions réglées ». Il permet à un individu de se mouvoir
nir ce qu’il convient d’améliorer. Ainsi, à risques ou dans le monde social et de l’interpréter d’une manière qui d’une
dommages équivalents, deux parcours d’usages part lui est propre, et qui d’autre part est commune aux
membres des catégories sociales auxquelles il appartient.
En pratique :
➜ développer la possibilité de prescrire les médicaments utiles au cas par cas
(Baclofène®, Sélincro®, Nalméfène®…) en se tenant informé des évolutions thérapeutiques
➜ valoriser l’expérience des personnes au même titre que le savoir médical ou éducatif
➜ Offrir la possibilité de vapoter aux personnes accueillies
➜ Proposer des ateliers vape, en s’articulant par exemple avec les associations de vapoteurs
telles qu’Aiduce, ou encore la vap’ du coeur 1
➜ Promouvoir l’utilisation de vaporisateurs de cannabis et de nicotine auprès des consommateurs,
autant qu’auprès des pouvoirs publics, notamment pour financer l’accès à ces outils.
➜ mettre en place des réfrigérateurs permettant de tenir à disposition des personnes
les boissons alcoolisées qu’elles amènent
➜ dédier un endroit de la structure où les personnes peuvent consommer les boissons alcoolisées
➜ proposer de l’eau, des boissons non alcoolisées,
➜ former l’ensemble de l’équipe à la RdR liés à l’alcool et au tabac
➜ mettre en place des conventions permettant la formation des partenaires :
CCAS, bistrotiers mutuelles et médecine du travail, intervenants sociaux en maraude,
forces de l’ordre…
➜ inclure les usagers dans la construction de projets permettant d’accueillir les consommations
au sein de la structure.
➜ accompagner « quoi qu’il arrive » et faire avec la consommation des personnes
notamment sur place…
➜ ... et appliquer le référentiel et la posture de RdR pour l’alcool, le tabac,
comme pour les autres produits.
1 « La Vape Du Cœur est une association de loi 1901 ayant pour but de venir en aide aux personnes majeures rencontrant des
difficultés financières, fumeuses ou ex-fumeuses, en leur distribuant du matériel pour la vape (vaporisateurs personnels ou
e-cigarettes, e-liquides et accessoires) afin qu’elles puissent accéder gratuitement à un substitut au tabac fumé. » Présentation
issu du site www.lavapeducoeur.fr.
❚ Le droit des usagers à être ❚ Mettre en veille son tant nécessaire pour, a minima, ne pas « vouloir à la
place de l’autre », c’est à dire ne pas confondre son désir
reconnus comme « sachant » « désir de soigner » pour laisser de soigner avec le désir d’aller mieux de la personne
l’usager prendre la parole accueillie.
L’éthique de prendre soin issue de la RdR promeut une La plupart des consommateurs ont une stratégie qui
posture d’écoute et d’adaptation aux objectifs indivi- leur est propre ; leur parole permet donc de dégager les
Aujourd’hui, ce changement est engagé sous des
duels. Elle propose une offre adaptée à la diversité des objectifs adéquats pour chacun, mais aussi de faire évo-
formes encore disparates. La prise en compte de la pa-
besoins et des attentes : gestion des modes de consom- luer ces objectifs.
role de l’usager comme expert reste fragile, dans la me-
mation, offre intégrée, travail de lien non conditionné à
sure ou le changement de paradigme décrit en chapitre Par exemple accepter les re-consommations non pas
une demande de soin…
1 n’est pas complètement achevé. Le développement et comme des « rechutes » dans un parcours linéaire où la
La parole du consommateur est au cœur de la clinique la montée en puissance de la clinique de RdR mènent à personne « s’élèverait » vers un mieux-être et « régres-
de la réduction des risques. une diversification de l’offre et des outils du soin. serait » en reprenant sa consommation, mais comme
Elle en est le premier outil, avant même l’impératif de des éléments de vie, survenant dans des contextes et
« Plus la politique de réduction des risques d’une
la délivrance de matériel à usage unique. Elle condi- moments particuliers. La posture de RdR permet d’in-
structure est forte, plus les équipes s’emparent de
tionne la relation d’accompagnement. former la personne, et repose sur la reconnaissance de
cette posture, et plus la prise en compte des savoirs
La prise de parole des personnes consommatrices a expérientiels dès le début des parcours sera naturelle son autonomie même relative 2.
également été, historiquement, un facteur décisif de la et importante. 1»
reconnaissance de la RdR comme une posture autant
Pour cela, il convient donc de prendre en compte le sa-
que comme un droit : le droit des consommateurs à
voir des personnes à l’égal de son savoir d’intervenant,
gérer leur propre santé, à être reconnus comme indivi-
dès le début de leur suivi. En associant la personne à
dus responsables et dotés d’une expertise et d’une voix
sou suivi, et ce, dès le début, en faisant converger son
équivalente à celle des intervenants.
écoute et le développement d’outils et d’actions divers,
Si ce rôle a été crucial historiquement au travers de la les objectifs s’individualisent et l’offre de soin s’adapte
reconnaissance et du financement d’associations telles au plus près des besoins de chacun.
qu’ASUD, cette prise de parole des personnes directe-
L’écoute des personnes sous toutes ses formes sup-
ment concernées a fait valoir la nécessité d’un change-
pose de mettre en veille un « désir de soigner ». Ce
ment de paradigme dans les postures de soin.
désir est compréhensible, il vient des représentations
sociales en matière de consommations de psycho-
tropes, et de la difficulté à accepter des états de santé
parfois très dégradés des personnes accueillies qui
poursuivent leur consommation. Cette prise en compte
inconditionnelle de la parole de la personne questionne
l’intervenant sur sa mission et son mandat. Elle est pour-
2 HIRSCH E., « le mandat éthique de l’intervention en réduction des
risques », Actes du cycle de séminaires L’accompagnement des
1 Propos tenus en 2014 par Lilian Babé, directeur adjoint du CSAPA consommations : constats, enjeux, et perspectives, Fédération
Soléa, Besançon. Addiction, mai 2016.
Psychoactif, la réduction des risques à Par exemple, nous avons participé avec la Fédération
Addiction à un livre, Femmes et Addictions, grâce
Enfin, la dernière raison est la recherche de commu-
nion. On discute et partage des expériences vécues,
l’heure d’internet aux témoignages des femmes sur le forum de Psy- avec l’impression qu’on est dans une communauté
choactif 1. unique. Par exemple, sur Psychoactif on lit souvent
Pierre Chappard, Président de Psychoactif et Chef
qu’il n’y a que là qu’on peut comprendre les pro-
de service du CSAPA Trait d’Union – Oppélia, Paris Les consommateurs rencontrent Psychoactif princi-
blèmes d’addiction.
palement grâce aux moteurs de recherche. {…} Mais
« La plateforme Psychoactif est née en 2006 sous la les usagers rencontrent aussi Psychoactif grâce à Psychoactif est une organisation d’autosupport : elle
forme d’un forum, du constat de l’absence de groupe des liens « réels ». Plus de 10 % des membres de Psy- est gérée par une équipe de 15 modérateurs et ani-
de parole d’usagers actifs pour parler de la réduction choactif ont connu la plateforme par le bouche à mateurs bénévoles, qui sont ou ont été consomma-
les risques (RdR) et des traitements de substitution. oreille, en étant orientés par un professionnel des teurs de produits psychoactifs.
addictions ou un autre usager. Cela brise l’idée d’une
Il n’y avait pas de structure équivalente à Narco- {…} Pour favoriser le non jugement, {les modérateurs
communauté internet entièrement virtuelle et dé-
tiques Anonymes pour parler de réduction des demandent} à chacun de s’exprimer à la première
connectée du réel. {…}
risques. En 2012, l’association Psychoactif est créée personne, en « je », et de répondre autant que faire
pour porter juridiquement et financièrement la plate- Il y a plusieurs raisons pour s’inscrire et participer à la se peut, à un témoignage par un autre témoignage.
forme. communauté Psychoactif. La première est la re- L’autre règle importante, c’est que la plateforme
cherche d’interactions sociales par le biais du sujet n’est pas un lieu d’échanges de « plan drogue », qu’il
D’autres outils de témoignages sont mis en place : « drogues », soit parce qu’on aime les drogues, soit soit licite ou non. Toute personne qui propose un
blog, réseaux sociaux, wiki, quiz… et la plateforme parce qu’on a des problèmes avec. plan, ou qui en demande un, est bannie sur le champ.
s’ouvre à toutes les drogues, licites ou illicites. La fré- {…}
quentation explose, passant de 400 visites par jour La deuxième est le besoin de reconnaissance. Sur
en 2012 à plus de 12 000 visites en 2016. Psychoactif, la connaissance sur les drogues et la Éducation par les pairs
réduction des risques est valorisée, et les leaders
Les objectifs de Psychoactif (plateforme et associa- Psychoactif est aussi une communauté d’apprentis-
sont avant tout des connaisseurs des drogues et de
tion) sont de deux ordres : pratique, en aidant les sage social et d’éducation par les pairs capable de
leurs usages.
consommateurs par le partage des expériences et diffuser de nouvelles normes sur la réduction des
l’apport des études scientifiques, mais aussi poli- La troisième raison est la recherche d’efficacité et risques. Par exemple, quand un usager injecteur ar-
tique : il s’agit de se servir des centaines de milliers d’impression de contrôle sur les choses. Un exemple rive sur Psychoactif avec des problèmes de veines,
de témoignages recueillis pour modifier les poli- significatif est celui du sevrage, pour lequel les avec des abcès, les membres de la communauté lui
tiques publiques et les pratiques professionnelles sur membres viennent se renforcer dans leur détermina- proposent d’essayer les nouveaux outils d’injection
les addictions. tion, encouragés par les membres de la communauté. dont le filtre toupie (qui filtre les excipients mais aus-
si les bactéries 2), en racontant pourquoi ils l’utilisent
1 Fédération Addiction. (2016). Femmes et addictions.
Accompagnement en CSAPA et CAARUD. Collection Repères.
Pour télécharger ou commander le guide, nous vous invitons à 2 Le filtre toupie est à l’origine un filtre membranaire issu des
consulter ce lien : http://www.federationaddiction.fr/parution- laboratoires de biologie qui s’en servent pour stériliser leurs
duguide- femmes-et-addictions-de-lafederation/ solutions.
❚ Statut administratif et risques ❚ Rapport aux traitements l’impression que la personne « vient faire ses courses » :
psychosociaux – accompagner et aux consommations – « Ils ont une attitude très pragmatique. « Je sais ce que je
veux, ce n’est pas le médecin qui va décider, c’est moi
dans la difficulté à se projeter la posture en question qui sais de quoi j’ai besoin », donc les patients arrivent
chez le médecin en disant : « là j’ai besoin de ça, de ça et
Les personnes en situation de migration sont souvent A l’image des personnes arrivant d’Europe de l’Est, un aussi de ça », ils arrivent avec déjà une ordonnance
dans une précarité très importante. Elles peuvent être certain nombre de personnes viennent de pays qui ne prête ! L’idée c’est que le patient soit plus détendu, qu’il
soumises à des mesures d’expulsion du territoire, parfois mettent pas ou très peu en place la réduction des puisse aussi nous laisser lui apporter quelque chose…
sans possibilité réelle de revenir dans leur pays d’origine. risques ; elles n’en n’ont pas toujours connaissance et mais ça, ça prend beaucoup de temps. »
Les personnes qui demandent l’asile ou qui engagent ont un point de vue sur le soin exclusivement limité au Ces demandes rapides, parfois même pressantes, ont
des demandes de visa, de titres de séjour ou de papiers sevrage. Certains publics vont avoir l’impression de ne été travaillée par les professionnels, à l’exemple de celle
français doivent se projeter dans des processus admi- pas « être soignés » lorsqu’ils reçoivent un traitement de de « Subutex® gratuit ». La pratique a montré l’intérêt de
nistratifs qui durent souvent plusieurs années. substitution, et vont exprimer l’impression d’être commencer par répondre simplement à la demande,
« contrôlés par le médicament », qu’ils auront finalement même si cela questionne le mandat et le rôle de l’inter-
Il est donc nécessaire de prendre en compte les
plus de mal à gérer en autonomie – sans le médecin – venant. L’implication dans une démarche de traitement
risques psychologiques particulièrement présents
que les produits pris par ailleurs. L’exemple même de ce se fera ensuite, dans un second temps, la personne ne
pour ces publics, et de les accompagner pour trouver
ressenti vient de la disponibilité du produit : « si je viens l’interprétant alors plus comme un refus.
un équilibre le plus satisfaisant possible pour elles,
au centre j’aurais toujours du Subutex®, donc si j’en ai
dans des conditions de vie très précaires et instables. Ainsi il peut être plus efficace pour nouer un premier
toujours j’en prendrai toujours. Et c’est gratuit. Alors que
Ce manque de perspectives à court et moyen terme dans la rue, si j’ai plus d’argent je suis obligé de faire lien de s’attarder sur ce que veut la personne, sur l’in-
favorise également un risque de dépression, de défiance sans le Subutex®, donc je peux gérer en fonction de térêt qu’elle a à venir au centre ou à rencontrer l’équipe
vis-à-vis de l’institution – assimilation avec les forces de mes moyens ». en outreach. Il est donc important de s’appuyer sur ces
l’ordre, crainte d’être repéré et expulsé du territoire… - et éléments comme autant de points d’accroche pour
Cette impression est aussi en lien avec le risque de ne améliorer les conditions de vie de la personne : « ai-
de consommations moins contrôlées, plus risquées. La
pas pouvoir rester sur le territoire français, et la néces- dez-moi à soigner mon hépatite C », « il paraît que
question de la confiance dans l’institution est un enjeu
sité ressentie ou réelle de ne pas être dépendant à la vous avez du Subutex® »…
clé de l’accompagnement psychosocial.
Méthadone ou à la substitution en cas de retour forcé
L’un des principaux leviers peut en être un suivi prag- dans un pays qui ne propose pas ou presque pas de La réponse dans ces situations est déterminée par une
matique et bienveillant, dans le respect de la tempora- TSO. posture inconditionnelle ; pour prendre le temps que la
lité de la personne et à partir de sa demande – traite- confiance s’installe, il paraît essentiel de se mettre à
Ces éléments combinés à l’existence d’un marché noir un niveau d’égalité et trouver l’intérêt de la personne,
ment hépatite C, accès au matériel, accès aux
parfois important, sont vecteurs de confusion entre le ce qu’elle veut et demande, comme point d’accroche
médicaments de substitution. Se tenir à ce que la per-
produit et le traitement. pour le lien.
sonne demande et y répondre sans, au moins dans un
premier temps, le conditionner à d’autres démarches, Par ailleurs, les personnes issues des pays de l’Est Ces situations révèlent le besoin plus large en réduction
structure son lien à l’institution et aide à faire évoluer viennent vers les centres interrogés avec une demande des risques, d’accompagner les équipes – supervision,
son point de vue sur le « soin ». très précise : « je veux ce matériel », ce médicament… analyse des pratiques, temps dédié en équipe – dans
Cela peut mener à des situations compliquées pour les une temporalité et un rapport aux soins qui diffèrent, et
intervenants, notamment pour les médecins qui ont peuvent les mettre en difficulté.
La réduction des risques sanitaires est la première ac- comme des éléments de parcours, paraît aider forte- donne à voir ce qui caractérise cette posture de soin : le
tion mise en avant par les structures. Historique, elle per- ment à libérer la parole, à dépasser la culpabilisation, et non-jugement vis-à-vis de ces comportements d’usage.
met d’ancrer la démarche dans le pragmatisme et de à accéder à la situation réelle de la personne. Les pro-
Enfin, pour dépasser ces représentations, la formation
proposer un accueil qui n’est pas conditionné au soin. fessionnels qui accompagnent les personnes peuvent
des professionnels à la réduction des risques en tant
percevoir la mise à disposition de matériel comme en
que philosophie et sous son aspect technique, est un
contradiction avec l’objectif du soin. Dans les faits et
❚ Le matériel et sa mise à d’un point de vue pragmatique, les personnes, quelles
levier très efficace.
disposition – un enjeu que soient leur trajectoire de vie ou leur projet, sont, ont
été et peuvent potentiellement être de nouveau
particulier pour les CSAPA consommatrices, et donc sujettes aux risques liés à la
consommation. Ces consommations ou reconsomma-
Dans la mesure où les personnes sont accueillies dans tions sont d’autant plus risquées lorsqu’elles inter-
les structures du fait de consommations de produit psy- viennent dans un contexte de traitement de substitu-
choactifs, les mesures de réduction des risques doivent tion, ou à la suite d’un sevrage, d’une période d’arrêt ou
s’appliquer de manière inconditionnée à une demande / de l’arrêt d’un autre produit.
un projet d’arrêt ou même de réduction de leurs Dans cette perspective la délivrance de matériel de RdR
consommations. C’est sans doute là que la question de en CSAPA est indispensable.
l’accès se pose pour les CSAPA pour qui la demande de
soin fait partie du cadre d’accueil 1, et qui se différencient Elle ne limite pas pour autant l’action en réduction des
en cela des CAARUD. risques, car l’usager du dispositif ne parlera pas forcé-
ment de ces consommations (même ponctuelles), et
Si les pratiques de mise à disposition du matériel sont suivant les enjeux de l’accompagnement qu’on lui pro-
diverses 2, les professionnels s’accordent sur la néces- posera, il pourra se sentir plus ou moins mal à l’aise avec
sité d’avoir du matériel à délivrer aux personnes qui le fait de récupérer du matériel au CSAPA. Il paraît im-
poursuivent leur consommation. portant d’aider la personne à dépasser un clivage qui
En CAARUD comme en CSAPA, les kits doivent être semble installé dans les représentations des personnes
disponibles au-delà des seules nécessités de la démons- accueillies, qui veut séparer la réduction des risques du
tration qui consiste à détenir un seul kit sur le lieu pour « soin ». On entend ainsi souvent que les personnes ne
montrer comment consommer à moindre risque. souhaitent pas prendre de matériel « là où a lieu le soin »,
comme si celui-ci supposait qu’il n’y ait pas, ou plus de
Pour être efficaces, les outils de RdR doivent être re- consommations.
mis aux personnes qui consomment.
Dans les suivis, il est donc crucial de faciliter la parole
Parler des reconsommations, plus que de « rechutes », des usagers sur ces prises de produits, afin d’avoir un
message adapté à la situation réelle de chacun.
1 Voir chapitre 1 p. 6. La possibilité concrète et visible d’avoir accès à du ma-
2 Voir le rapport d’enquête Agir en réduction des risques - rapport tériel permet d’avoir un support pour que ces consom-
d’enquête paru en décembre 2015. Téléchargeable et consultable sur mations soient abordées dans une dynamique qui
www.federationaddiction.fr
❚ TSO et posture réduction Envisagé dans une posture de réduction des risques,
le traitement de substitution en est un outil. Pour les
Ces types d’accompagnements pourront favoriser des
ruptures dans le suivi : absence répétées lors des ren-
des risques personnes consommatrices d’opiacés qui gèrent leur dez-vous, nomadisme…
alternance entre traitement et produit, il permet de limi-
Cette question est avant tout un enjeu de posture, et ne
Les structures proposant du matériel à disposition dans ter les risques pris du fait de ces consommations.
veut pas dire que tous les traitements doivent être mis en
chacun des bureaux s’organisent ainsi pour que la per- Le traitement est donc l’un des outils de l’accompa-
place dans un objectif de gestion des consommations.
sonne choisisse l’environnement dans lequel elle sou- gnement de la personne vers un mieux-être, vers une
haite parler de ses consommations. Le lien avec le reste gestion de ces risques, vers une amélioration du La volonté de l’arrêt n’est pas contradictoire avec la
de l’équipe soignante n’est alors pas toujours évident, confort de vie. mise en place d’outils de réduction des risques, et
notamment lorsque cette consommation peut avoir des donc de TSO.
La problématique autour d’un TSO apparaît lorsque, le
conséquences en termes de traitement mais peut être traitement paraît « exclure » la possibilité d’une prise de C’est en revanche la place d’« outil » et non pas d’enjeu
confiée de manière confidentielle, à un intervenant qui produits, lorsqu’il est prescrit comme synonyme d’arrêt premier de l’accompagnement donné au traitement
n’a pas la responsabilité de ce traitement. de tout « mésusage »et dans une visée d’abstinence, qui peut faire une différence.
La délivrance s’accompagne dans ces cas-là d’une pro- objectif fixé lors de la venue des personnes.
« Pour pouvoir, dans la transdisciplinarité, définir la place
position de consultation avec un médecin de l’établisse- La délivrance de matériel et d’autres actions de RdR de la RdR et l’intégrer aux pratiques de soin, les équipes
ment. Cette consultation sera proposée si certains pré- peuvent alors venir « encombrer » la prescription et l’ac- ont eu à poser leurs questionnements, à les mettre en
alables sont travaillés en équipe pluridisciplinaire : non compagnement du traitement, car elles supposent qu’il débat et à les partager. La réduction des risques est en-
–jugement, maintien des traitements lors des reconsom- y ait, potentiellement ou réellement, des consomma- suite positionnée transversalement, évitant la dichoto-
mations, inscription des TSO comme outil de RdR… et tions. Pourtant, même mis en place dans un objectif mie RdR / soin, et le « tri » des usagers dits « usagers
donc que le fait d’une reconsommation ne remette pas d’aide au maintien de l’arrêt, la question de la recon- CSAPA » ou « usagers CAARUD ou bus ». Cette transver-
en cause le traitement, mais permette de l’adapter en sommation ne devrait pas complètement être exclue, salité de la RdR soutient les pratiques de seuil adapté à
fonction des consommations réelles de la personne, surtout pour des personnes « ambivalentes » qui chaque patient et s’inscrit ainsi dans les objectifs évolu-
dans une dynamique de réduction des risques. cherchent avant tout à « aller mieux ». tifs d’une mise sous substitution. Les professionnels
C’est là tout l’intérêt de la pluridisciplinarité, voire de la s’appuient sur l’écoute et le dialogue, une approche édu-
La plus-value du traitement dépend de la manière dont
transdisciplinarité des équipes des CSAPA et des CAA- cative et thérapeutique d’appropriation de la démarche
il est envisagé par les soignants et, en conséquence,
RUD. de soin et de gestion responsabilisée de leur TSO.
présenté aux personnes : s’il est prescrit comme syno-
En effet, le TSO a fait ses preuves en matière de réduc- nyme de l’arrêt de la prise de produit, alors la délivrance Réduire les risques en s’appuyant sur la substitution peut
tion du risque sanitaire, et son rôle d’outil de RdR ne de matériel viendra en contradiction avec l’objectif ainsi être un des premiers objectifs poursuivis par le pa-
semble plus faire débat au sein des professionnels : poursuivi, et les reconsommations seront plus risquées. tient. Le temps du patient dans ce premier stade de soin
D’autant qu’elles ne seront probablement pas est alors une donnée à respecter et à accompagner. » 3
98% des professionnels interrogés dans le cadre de la « avouées », et supposeront, au détriment d’un lien de
démarche participative considèrent les TSO comme un confiance, des contrôles réguliers – et contre-productifs
outil de réduction des risques. souvent, dans la mesure où ils peuvent être contestés
Le lien entre mise à disposition de matériel et délivrance pour valider la sécurité du traitement prescrit – analyse
de traitements de substitution fait encore l’objet de urinaires, rendez-vous très réguliers…
3 Extrait du guide Pratiques professionnelles autour des traitements
questionnements dans quelques structures. de substitution aux opiacés en CSAPA publié par la Fédération
Addiction en décembre 2010, pp.26-27.
En pratique :
➜ mettre en place une délivrance de matériel diversifiée, après un diagnostic des besoins réalisé
avec les usagers du dispositif
➜ inscrire cette délivrance dans l’ensemble de l’offre au même titre que les autres outils
disponibles y compris les TSO
➜ favoriser par le non-jugement et une posture bienveillante la parole autour des consommations
réelles de la personne
➜ se former à l’utilisation du matériel et aux risques associés
➜ organiser concrètement les conditions – habilitation, protocole DASRI – pour récupérer le
matériel usagé
➜ proposer ou prescrire un traitement de substitution sans le conditionner à un arrêt des
consommations
➜ s’appuyer sur un maillage partenarial pour étendre l’accès à la réduction des risques sanitaires
➜ organiser les conditions permettant un dépistage rapide sur place et en aller-vers
➜ permettre l’accès au traitement du VIH et du VHC au sein de la structure – permanence
d’hépatologue, formation, circuit du médicament
➜ accompagner la réduction des risques de recontamination chez les personnes guéries du VHC
➜ permettre, et accompagner les consommations de produits licites en ayant formé l’équipe et les
usagers, au travers d’un projet construit collectivement, incarné par la direction et validé par le
conseil d’administration.
L’exemple du programme TAPAJ en région Aqui- devant les nécessités économiques, avec moins de rogent sur la meilleure manière d’ouvrir un dialogue
taine offre un premier regard sur la réduction des prise de risque de la part des entreprises et plus avec les entreprises, en lien avec leurs partenaires de
risques en milieu professionnel. d’exigences dans le recrutement et la production. l’insertion.
Dans ce contexte, les CSAPA ou les CAARUD s’inter-
Ce programme est l’occasion d’offrir un emploi aux
usagers actifs, emploi adapté à leur situation et à
leur démarche. Plusieurs propositions de réponse
Plusieurs points font débat
émergent
Il est également l’occasion de travailler avec des en-
treprises de droit commun sur les représentations
➜❚Profiter des demandes ponctuelles
liées à l’usage de drogues. Ces entreprises paraissent
pour faire germer des idées sur le long
en général satisfaites à très satisfaites du travail four- terme
ni dans le cadre du programme, ce qui permet un ➜❚Comment entrer en lien avec les
travail de déconstruction des représentations réci- entreprises de droit commun ? ➜❚S’appuyer sur les partenaires – comme
proques autant au niveau des entreprises que des c’est le cas pour les entreprises
d’Insertion par l’Activité Economique
usagers eux mêmes...
(IAE)
-> Dans le travail avec le droit commun comme avec
les chantiers d’insertion, la responsabilité de l’em- ➜❚Faire le parallèle entre RdR et gestion
ployeur en cas de consommation ou de consé- des risques psychosociaux en
quences indésirables de celle-ci, est l’un des motifs ➜❚Comment présenter l’action de entreprise
les plus fréquents de hausse des seuils d’accès à manière cohérente avec les ➜❚Faire rentrer les addictions dans le
l’insertion ; il faudrait donc la prendre en compte préoccupations de l’entreprise ? panel des risques psychosociaux pour
dans le travail commun (expliquer à quel moment les « dédiaboliser » tout en y étant
l’employeur est responsable, reprendre le cadre, tis- vigilants.
ser un lien partenarial repositionnant les concepts de
« seuil d’exigence », et de accompagnement com- ➜❚Choisir une porte d’entrée, de
mun, incarner cet accompagnement au quotidien ➜❚Comment travailler les représentations préférence pragmatique – demande
sans laisser, dans le passage de relais, l’usager seul en autour de la consommation et de la suite à un évènement indésirable, une
immersion en entreprise…) précarité ? nuisance, une problématique repérée
– pour aborder la question de manière
Là, comme à d’autres endroits, le contexte écono- ➜❚Comment montrer sous un jour non
ponctuelle, puis engager une discus-
mique et social influence beaucoup le travail parte- inquiétant – non stigmatisant – qu’il
sion transversale
existe de la consommation plus ou
narial ; lorsque la conjoncture est moins favorable au
moins gérée dans toutes les entre- ➜❚Profiter des formations profession-
secteur de l’emploi, les engagements de valeurs – y
prises ? nelles pour mener des ateliers de
compris sur les dispositifs de l’Insertion par l’Activité sensibilisation.
Economique – semblent avoir tendance à s’effacer
En pratique :
➜ mettre au cœur de l’intervention la notion d’accueil inconditionnel
➜ travailler à partir de ce que la personne se sent en mesure de faire, dans l’objectif et selon les
priorités qu’elle met en avant
➜ individualiser la réponse dès la rencontre, à partir des usages, des pratiques et des attentes de la
personne
➜ prendre en compte la temporalité de la personne en s’attachant à la mettre dans les meilleures
conditions psychiques pour qu’elle puisse agir sur elle-même
➜ se former aux approches expérientielles
➜ être en réflexion avec un réseau et accompagner physiquement la personne si besoin en se
positionnant comme médiateur (si elle le demande) – participer au SIAO, tisser des liens avec le
CMP, assurer des maraudes communes avec le secteur social…
➜ organiser des temps d’analyse de la pratique pour les intervenants
➜ être clairement identifié dans nos postures par tous les partenaires
La médiation peut donc également être vectrice d’un Répondre à ces sollicitations peut permettre de parler
accompagnement spécifique des personnes accueillies de la problématique des drogues et échanger, sur un
ou rencontrées, en réduisant les risques d’exclusion et sujet souvent perçu comme tabou ou complexe, avec
de stigmatisation liés à leur comportement, en les des acteurs non spécialisés.
aidant à sortir d’une forme de marginalisation pour
dialoguer avec les riverains grâce à la médiation du
CAARUD ou du CSAPA, et en les outillant pour investir
leur citoyenneté.
Ces structures peuvent également organiser des évène-
ments visibles avec leurs publics pour changer le regard
que les riverains peuvent parfois porter sur les usagers
du dispositif ; ainsi certains mettent en place des ac-
élevée, et la question se pose de travailler avec les vestis d’un rôle de citoyens durant et depuis la dé-
agents des espaces verts, confrontés au ramassage marche de médiation. Ainsi, au lieu fixe, le taux de En pratique :
des seringues sans être ni formés, ni équipés pour retour du matériel usagé dépasse les 98%, et cer-
l’assurer. Par ailleurs, la ville ne fait partie d’aucun taines personnes souhaitent développer, en lien ➜ se faire connaître des acteurs
circuit de récupération des déchets d’activités de avec l’association, la Mairie et les partenaires, des concernés par les actions et/ou
santé à risques infectieux (DASRI). Un travail avec perspectives d’insertion professionnelle. La Mairie l’implantation de la structure =
la ville est donc organisé. s’engage, jusqu’à proposer des emplois, des parte- municipalité, riverains, commerçants,
nariats avec le CCAS, avec la maison de la solidari- partenaires professionnels…
✺ L’extension du CAARUD té, avec des pharmaciens, des médecins, rencon- ➜ organiser des évènements visant à
trés, informés, inscrits dans un réseau. inscrire la structure et ses usagers
En 2011, l’extension du CAARUD ouvre dans le
La formation des personnels est évaluée, et conclut dans la vie locale
centre-ville. Tous les lundis après-midi, un éduca-
teur employé par la ville et deux éducateurs spé- à une amélioration du sentiment de sécurité dans le ➜ argumenter sur le caractère de santé
cialisés accueillent les publics, proposent des pres- travail et la présence sur place, aussi bien par les publique et la légitimité de la RdR
tations d’hygiène, des collations, un espace commerçants que par les agents de la ville, en
charge des espaces verts. ➜ envisager la mission de médiation
bibliothèque et du matériel de réduction des sociale comme une mission
risques. Ils sont rejoints une semaine sur deux par En 2014, une évaluation est menée par l’association d’accompagnement et d’insertion à
une infirmière et une assistante sociale. Clémence Isaure et la Mairie auprès des commer- part entière
- La première année, 45 personnes différentes sont çants qui disent se sentir beaucoup mieux depuis
➜ tenter au maximum de répondre aux
accueillies sur place l’ouverture du lieu et la mise en place du travail de
sollicitations lors des nuisances –
rue. Ils attendent à présent la rénovation de la zone
- En 2012, ce chiffre passe à 58 personnes. riverains, municipalités – en amenant
commerciale.
une vision objectivée des troubles
En 2015, 62 personnes fréquentent le lieu, soit une Les partenaires sur le territoire, informés au long réels, pour défaire les représentations
moyenne de 8,5 personnes par plage d’accueil, cours de l’ensemble de la démarche – pharmaciens, sur l’usage de produits psychoactifs
pour une commune de 11 000 habitants. La même médecins, CCAS… - se disent également satisfaits ➜ nouer des partenariats et passer par la
année, 10 627 seringues sont délivrées sur place, ce de ce travail. pratique pour tisser un lien de
qui laisse supposer qu’un réseau informel d’usa-
Aujourd’hui, l’association Clémence Isaure envisage confiance dans la collaboration avec
gers-relais se serait mis en place
des partenariats avec les associations de quartiers, les acteurs de la vie locale – formations
les associations sportives pour organiser des activi- de gardiens d’immeubles par exemple,
✺ Evaluation et perspectives tés, ainsi qu’avec des entreprises pour expérimen- ou encore partenariat avec une
Les usagers de l’extension du CAARUD et les per- ter l’insertion par l’emploi. épicerie solidaire, avec la boulangerie
sonnes présentes sur l’espace public disent avoir voisine sur les collations…
changé de point de vue sur le soin, et se disent in-
La réduction des risques s’adresse à toute personne protection légale des intervenants contre d’éventuelles tde former les intervenants à l’accompagnement des
consommatrice de produit psychoactif ou ayant un poursuites liées à la pénalisation de l’usage, sa promo- consommations et à un approfondissement de la
comportement potentiellement addictif. tion ou sa facilitation, lorsqu’ils agissent dans le cadre posture de réduction des risques – rapport à l’usage,
de leurs missions 3. relation symétrique et valorisation des savoirs
D’un point de vue historique, la RdR s’adresse d’abord,
expérientiels… 5 6
dans les faits, aux personnes ayant des consommations Ces avancées, issues du travail des pouvoirs publics et
de produits illicites, classés comme stupéfiants et/ou des acteurs associatifs dans le cadre de la stratégie na- td’informer et d’investir l’ensemble des acteurs de
acquis de manière illégale (médicaments détournés, tionale de santé, permettent donc de mieux baliser un l’institution sur ces nouvelles avancées en réduction
opiacés, cocaïne basée). Cette dynamique se retrouve champ incertain : celui de l’accompagnement des des risques – Conseils d’administration, équipe,
d’ailleurs dans les priorités législatives définissant la mis- consommations. usagers, Agence Régionale de Santé…
sion des CAARUD 1 ou listant par exemple les différents
Il paraît donc aujourd’hui utile de permettre un pas de
matériels de consommation. En cela et parce qu’elle
plus en réduction des risques, dans le cadre des dé-
s’est construite sans, voire contre la Loi, la réduction des
crets à paraître, en autorisant et en encadrant les
risques se confronte régulièrement à un contexte légal
consommations de produits à l’intérieur des murs de la
complexe. Les acteurs s’interrogent donc souvent sur
structure ou en Outreach.
les limites légales de leurs actions.
Cela va supposer en conséquence :
ou en tout cas dès que la démarche ne se limite plus à Là encore, le contexte légal de pénalisation de la
l’accueil mais qu’il y a un accès aux soins, surtout vers consommation de certains produits vient complexifier
les dispositifs de droit commun. Les orientations néces- l’intervention en santé publique.
sitent souvent de recueillir des informations person-
Au vu de ces différents éléments, les questions priori-
En pratique
nelles sur l’usager.
taires à travailler en équipe portent souvent plus sur ➜ mettre en place des protocoles
Cela n’est pourtant pas contradictoire avec la question l’évaluation de la pertinence du recueil des informations intégrant les projets d’établissements
de la confidentialité. personnelles, sur les types d’informations et surtout sur pour y inclure des pratiques
les moyens de garantir leur confidentialité si elles sont innovantes : analyse de produits,
Chaque équipe a la possibilité d’accompagner en soin
utiles à l’accompagnement de la personne. accompagnements des
la personne en respectant le caractère personnel et
confidentiel de ses informations. « Au sein de notre CAARUD, l’accueil et la prise en consommations…
charge sont anonymes, les entretiens, échanges et ➜ se documenter et mettre à disposition
Elle peut ainsi mettre en place un « protocole » garan-
accompagnements entre les professionnels et les usa- de ses collègues les ressources traitant
tissant le contrôle de l’accès à ces données par cer-
gers sont régis par les règles de la confidentialité. Le des questions légales liées à
tains professionnels ainsi que la consultation par l’usa-
recueil, la conservation si nécessaire d’informations l’accompagnement des conduites
ger lui-même.
ainsi que leurs accès sont « protocolisés ». Aucune in- addictives
Par exemple, un travailleur social qui accompagne une formation d’ordre médical, éducative ou administra-
➜ proposer des projets innovants et oser
personne pour rouvrir ses droits aura besoin, potentiel- tive n’est partagée sans le consentement de l’usager,
inventer, à partir de ces connaissances,
lement, de connaitre son identité voire son numéro de et ce, même auprès de sa famille proche et/ou de son
de nouvelles manières d’accompagner
Sécurité Sociale. Cela est souvent incontournable. Dans médecin traitant ou médecin CSAPA. » 10
et de nouvelles actions imaginées en
ces cas, il revient à la personne et à l’intervenant concer-
équipe, portées par la direction et
nés, en accord avec les règles posées en équipe, d’éva-
validées par le Conseil d’Administration
luer la pertinence de garder ou non ces infos au sein du
CAARUD ; et si oui de décider du support de ces ar- ➜ garantir les droits des personnes à ne
chives dans le dossier de la personne – classeur sous pas être exclues des dispositifs de soin,
pseudonyme, dossier informatisé... y compris en sensibilisant les
partenaires
L’ensemble des informations recueillies au sein des CAA-
RUD et des CSAPA « relèvent » du secret professionnel ➜ construire des protocoles ou des
et sont donc soumise à la confidentialité. Cela est égale- modalités cohérentes pour garantir
ment vrai pour la consommation de drogue. Toutefois, aux personnes le respect de leur droit
ce secret peut être levé dans le cadre d’enquêtes sur le à l’anonymat et à la confidentialité des
trafic de stupéfiants, ce qui interroge dans la mesure où données
il en est de même pour les CAARUD qui peuvent être
« obligés » de donner accès à certaines de leurs infos
dans le cadre d’une procédure judiciaire bien encadrée
– commission rogatoire, ordonnance judiciaire, etc.
10 Propos tenus par Guillaume Rasquin, chef de service au CAARUD
Sleep In du Cèdre Bleu, à Lille.
❚ Aller-vers – un enjeu particulier, L’appui sur les pairs paraît également très opportun
dans ces contextes. En effet, à l’occasion d’une interven-
Appuyés sur les CAARUD mais déployés au delà du ter-
ritoire d’action de cette structure de rattachement, les
des pratiques innovantes tion ponctuelle – chez un partenaire, en milieu scolaire, programmes d’échanges de seringues permettent un
ou à domicile – certains intervenants rencontrent des accès facilité au matériel de consommation à moindre
Des rassemblements festifs organisés par la Mairie (bals, usagers devenus « relais » en réduction des risques. Le risque, et de sensibiliser – voire de former – des acteurs
fêtes de village) aux professionnels de l’agriculture, des transfert de connaissances peut se faire de manière for- locaux au risques, à l’accueil et à l’accompagnement des
publics en errance aux migrants, les publics des terri- melle (formation) ou informelle (information et outils de personnes consommatrices. Ces acteurs peuvent donc
toires ruraux sont souvent spécifiques. Les risques pris communication à transmettre), et suppose parfois de devenir des ressources aussi pour les publics géogra-
et les produits ne semblent que peu différer d’ailleurs, maintenir un lien avec l’intervenant – via des appels ré- phiquement éloignés des dispositifs spécialisés, facili-
mais les différences viennent surtout, de l’avis des ac- guliers par exemple. Ces usagers relais permettent de tant ainsi l’accès aux soins.
teurs, des modes de prise, des références sociales et de disséminer les messages de prévention des risques, et
Un autre type d’actions permettant l’accès au matériel
l’isolement géographique vis-à-vis des acteurs. Par ail- de transmettre l’offre de réduction des risques de ma-
est celui de l’envoi par voie postale, anonyme et gratuit
leurs, les territoires ruraux supposent une pérennisation nière transversale, dans des lieux et auprès de publics
de l’ensemble des outils nécessaires à la consommation,
de l’offre, car les interventions spécialisées sont ponc- plus largement que ceux directement investis par les
sur simple commande. Initié par l’association Safe, cette
tuelles. intervenants spécialisés.
modalité de « réduction des risques à distance » peut
L’enjeu d’aller-vers, pour les intervenants, va donc au- Là encore, la posture de réduction des risques rejoint aujourd’hui être mise en place par l’ensemble des CAA-
delà du déplacement physique, il s’agit également celle de l’intervention précoce. RUD volontaires, à l’échelle de leur territoire. Ce type de
d’adapter son discours et sa proposition : programme est d’autant plus intéressant qu’il permet de
37% des CAARUD et 45% des CSAPA participants à
rendre ces outils accessibles aux personnes qui ne
tquels sont les risques pris par les publics ? l’enquête de 2013 sont situés en milieu rural ou semi-
peuvent pas venir le chercher, mais aussi à celles qui ne
tquel est le contexte d’intervention ? rural. La plupart d’entre eux ont des antennes et des
veulent, par crainte d’être stigmatisées notamment, ve-
tquel partenariat peut-on penser avec les acteurs de actions délocalisées, qu’ils portent en partenariat pour
nir chercher ce matériel dans une structure de RdR ou
droit commun pour que l’information et les outils de 82% d’entre eux. La question des partenariats paraît
dans une pharmacie. C’est ainsi le cas des publics insé-
réduction des risques soient disponibles de manière donc centrale. Elle l’est d’autant plus que ces territoires,
rés socialement ou encore des femmes, souvent en
pérenne ? parfois très vastes, peuvent être peu denses en disposi-
crainte vis-à-vis des représentations sur leur comporte-
tcomment penser la formation des acteurs tifs de santé ou d’aide sociale, et que les recours aux
ment de consommation, pour qui l’envoi de matériel par
non-spécialisés ? dispositifs spécialisés sont limités du fait de l’éloigne-
la poste paraît très pertinent.
tquel appui peut-on trouver pour se faire connaître ment géographique.
et transmettre les messages de RdR ? Les médecins généralistes exerçant en ville, ainsi que les
L’intégration des lieux de consommations peut se faire pharmaciens d’officines sont des acteurs de santé lo-
en choisissant des contextes d’intervention fortement caux, qui couvrent des territoires importants. L’appui
inscrits dans la vie locale. Ainsi l’un des premiers moyens sur ces partenaires est donc fondamental. C’est d’ail-
va consister à se faire connaître des mairies, des élus leurs ce qui est mis en place dans de nombreuses ré-
locaux, mais aussi des acteurs tels que les bistrotiers, les gions, comme par exemple en Occitanie 1.
pompiers, les Centres communaux d’action sociale
d’échanges de seringues en pharmacies qui reposent en grande partie
(CCAS) ou encore les associations locales – clubs, asso- 1 L’Union régionale Midi-Pyrénées (devenue Occitanie) porte depuis sur l’implication de ses adhérents à l’échelle locale. Pour plus
ciations sportives… plusieurs années un projet favorisant l’accès à la réduction des risques d’informations : www.federationaddiction.fr/la-federation/les-unions-
sur les territoires ruraux, notamment via un réseau de programmes regionales/midi-pyrenees/
❚ Des prises de risques D’après les intervenants, en milieu rural, « tout se sait
très vite ». Les publics se connaissent et se voient sou-
nombreuses mais invisibles – vent sur leur territoire de résidence, de travail, d’études
interconnaissance et stigmate ou de loisirs. Les représentations sont donc souvent En pratique
plus prégnantes et peuvent mettre en difficulté les per-
sonnes consommatrices. Cette dimension d’intercon- ➜ construire un diagnostic fin et précis
L’appui sur les partenaires est crucial aussi parce que les naissance forte met en avant la question de l’image et des besoins et des pratiques de
publics, en milieu rural, n’ont pas la même information sur exacerbe la dimension morale des jugements apposés consommation
les risques pris lors de consommations de produits psy- socialement sur la consommation de produits stupé- ➜ se donner les moyens techniques et
choactifs. Dans une dynamique de recherche de plaisir, fiants, et ce qui se lit comme une incapacité à gérer des financiers permettant de se déplacer
qui peut être fortement teintée de recherche de statut consommations excessives (d’alcool notamment). vers les zones faiblement dotées en
social – appartenance à un groupe, interconnaissance,
Ainsi, ce facteur joue fortement, aux dires des interve- dispositifs
fêtes traditionnelles… - les prises de risque peuvent être
plus fortes, car l’étendue des territoires et le poids des nants, sur le non recours aux structures de soin ; les ➜ se faire connaître et s’articuler sur
représentations liés à ces comportements rendent sou- publics craignant peut-être plus que dans d’autres place avec les acteurs professionnels
vent complexe la transmission des messages. D’autant contextes, d’être stigmatisés et de perdre leur statut de santé – pharmaciens, médecins
que lorsque ces derniers sont problématiques ou gé- social. généralistes, centres de soins – mais
nèrent des dommages, la personne peut avoir tendance également de droit commun, pour
Il y a donc un avantage à adopter une posture de réduc-
à les dissimuler. Les pratiques de consommation en mi- pérenniser l’offre en réduction des
tion des risques, non-jugeante et caractérisée par une
lieu rural plus qu’ailleurs ne génèrent pas de demande risques sur un territoire – formation,
dynamique d’aller-vers, lors des interventions en milieu
d’aide, mais entraînent une honte et un déni marqués. Il transmission de matériel et mise en
rural. Adopter cette posture permet de tranquilliser les
est donc très important de s’appuyer sur les pairs, et de place de protocole DASRI, etc.
personnes et de leur présenter l’action comme rassu-
s’inscrire dans le tissu local pour faire partie des acteurs rante : par exemple, l’intervention précoce d’une CJC en ➜ s’appuyer sur les acteurs de la vie
qui structurent le lien social. milieu scolaire, ou d’un CSAPA lors d’un bal des pom- locale pour s’inscrire dans le tissu et le
« Passer par les pairs {est facilitateur} effectivement, piers peut pour la première, limiter le risque de stigma- lien social du territoire et contourner
ainsi que par les lieux qui ont du sens pour la commu- tisation liés à une surconsommation dans un lycée, et les stigmatisations/représentations
nauté. Le bal des pompiers en est la parfaite illustration, pour la seconde, permettre aux pompiers d’assurer un ➜ intervenir directement lors des
c’est le lieu pour se faire connaître car c’est un point de cadre sécurisant aux consommations festives sans que consommations
rassemblement. Il faut se focaliser sur des lieux straté- les personnes n’aient à faire la démarche, potentielle-
ment stigmatisante, de venir vers les acteurs du soin. ➜ adopter une approche graduée,
giques pour gagner en énergie mais aussi en diffusion.
prenant en compte les spécificités
Comme stratégie de contournement de l’isolement, cet
du tissu social local
« aller vers » est juste indispensable. » 2
La réduction des risques propose un renouvellement pratiques, et c’est lui qui, à son tour, nous accompagne cemment encore des exemples comme la cigarette
clinique. Elle se définit aussi bien comme une posture, dans notre parcours de soignant. La RdR nous fait po- électronique, les usagers ayant massivement adopté cet
une philosophie d’intervention et une éthique. L’histoire ser un nouveau regard sur cet « Autre » redéfinissant outil de réduction des risques sans attendre et peut-
l’a longtemps opposée à une certaine forme de « soin », ainsi dans l’altérité, notre point de vue sur nos pratiques être sans avoir besoin de la validation des profession-
les intervenants se revendiquant soit de « ce soin » soit professionnelles habituelles. Ce nouveau regard sur ce nels ou des autorités sanitaires.
de «cette Réduction Des Risques », chacun ayant sa que nous faisons nous place désormais aux côtés de la
Enfin, lorsqu’elle est mise en pratique dans toutes ces
définition des termes, et son champ d’intervention dans personne… et non plus seulement en face d’elle.
dimensions, par des structures qui l’intègrent sans l’op-
des structures différentes CCAA - CSST 1 d’un côté ou
Forts de ces constats, définir cette clinique en perpé- poser aux soins, la RdR dépasse logiquement le seul
boutiques-PES 2 de l’autre.
tuelle construction devient important, car elle nous champ spécialisé pour infuser dans les autres secteurs.
Cette approche a d’ailleurs contribué à compartimenter oblige à répondre aux besoins pragmatiques des usa- Elle devient une modalité de conjugaison des savoirs et
l’offre de soins, entre structures dédiées à l’accueil et à gers. Intervenant à tout moment du parcours, elle se des outils globalement, des partenaires aux usagers,
la réduction des risques et structures dédiées à une conceptualise dès l’accueil, dans la nécessité d’aller ren- dans une « clinique du mode de vie » commune, pour la
demande d’ « un soin ». Pourtant, les usagers nous contrer l’usager là où il en est. Elle amène là une se- personne accueillie.
montrent encore aujourd’hui, que leurs besoins vont ai- conde rupture définie par le concept d’« aller vers ». Cet
sément de l’une à l’autre de ces réponses. Leur parcours accompagnement entraine un changement du regard
de vie n’étant pas linéaire mais souvent en mosaïque, ils de l’intervenant qui va devoir répondre à des besoins
ont potentiellement autant besoin de soins médicaux, pratiques s’inscrivant dans le parcours de consomma-
psychologiques ou sociaux, que de matériels à usage tions, avec des changements dans les éléments de vie
unique et d’accompagnement inconditionnel. Or les de la personne – habitudes de consommations, trajec-
unes et les autres de ces actions ne sont pas l’apanage toires sociales…- incluant des arrêts possibles, et des
d’un seul dispositif: ce qui se fait en CAARUD ressort reprises possibles aussi. Ce regard sur les consomma-
d’une forme de soin, et l’offre en CSAPA peut se reven- tions et les consommateurs est en évolution constante,
diquer comme étant « aussi de la RdR » – incluant maté- et suppose une clinique du cas par cas, inscrite dans
riel, TSO, professionnels dédiés, salle d’accueil… Les tra- tous les contextes d’intervention, que ce soit en milieu
jectoires des personnes questionnent donc fortement la festif, dans le cadre du soin résidentiel, l’intervention de
répartition de l’offre, entre dispositif dédié, réponses rue, en milieu carcéral, etc.
multiples et posture commune de prendre soin.
La RdR a fait son chemin dans ces approximations et ces
Cette posture, telle que ce guide veut la décrire, fait incertitudes, sortant des seuls comportements d’injec-
aussi basculer la manière d’accompagner, telle qu’elle tion pour prendre en compte les autres modes de
était historiquement pensée. Née de la parole des usa- consommation, les autres substances et conduites ad-
gers et de leurs expertises, la réduction des risques dictives (y compris sans produit). Devenue posture plu-
amène les intervenants à redéfinir leur positionnement tôt qu’ « objet », elle est transversale, transdisciplinaire, et
vis à vis de cet usager, qui devient « sachant », de par sa va concerner toutes les addictions, produits illicites injec-
trajectoire de vie même lorsqu’elle est chaotique et ses tables mais aussi alcool, tabac, jeu pathologique, s’adap-
tant aux différents publics et aux différents milieux.
1 Centres de Cure Ambulatoire en Alcoologie (CCAA) et Centres
Spécialisés de Soins aux Toxicomanes (CSST) Elle aura en toile de fond le savoir des pairs et ne pourra
2 Programmes d’Echanges de Seringues (PES) pas exister sans cette expertise, ainsi que l’illustre ré-
Textes législatifs
LOI n° 2004-806 du 9 août 2004 relative à la politique
de santé publique
LOI n° 2016-41 du 26 janvier 2016 de modernisation
de notre système de santé.
LOI n° 2002-2 du 2 janvier 2002 rénovant l’action
sociale et médico-sociale.
Décret n° 2005-347 du 14 avril 2005 approuvant le
référentiel national des actions de réduction des
risques en direction des usagers de drogue.
CIRCULAIRE N°DGS/MC2/2008/79 du 28 février
2008 relative à la mise en place des centres de soins,
d’accompagnement et de prévention en addictologie
et à la mise en place des schémas régionaux médico-
sociaux d’addictologie.
Cette rubrique recense l’ensemble de nos travaux sur ce Du panorama des pratiques en CSAPA et en CAARUD au kit Addiction en 2012. Ce document
thème et met en exergue des éléments issus des ap- d’intervention en milieu festif, des grands lignes cliniques au est construit en deux parties, tout
ports scientifiques et pragmatiques de partenaires. plaidoyer politique et partenarial, retrouver tous les documents comme la méthodologie de l’en-
de la Fédération Addiction et ses partenaires relatifs à cette quête : une première partie qui
thématique sur le site :
✺ Le rapport de L’audition publique sur la réduction rend compte de l’activité des CAA-
www.federationaddiction.fr, rubrique Nos publications.
des risques et des dommages RUD, une seconde pour donner
REVUE INTERNATIONALE FRANCOPHONE des éclairages sur les pratiques et
Parution avril 2016 – disponible sur le site de la Fédéra- évolutions en CSAPA, tout particu-
tion Française d’Addictologie www.addictologie.org Addiction(s) : recherches et pratiques – lièrement ambulatoires. Inscrit dans
Une audition publique sur la RdRD a eu lieu en avril Réduire les risques un programme de travail plus large,
2016. Elle était organisée par la Fédération Française ce rapport rend compte d’une dynamique en mouve-
Parution : février 2017 - disponible sur www.federatio- ment, et poser les jalons et les premiers éclairages d’une
d’Addictologie, avec le soutien institutionnel de la Di- naddiction.fr
rection Générale de la Santé et de la MILDECA et avec réflexion collective.
l’accompagnement méthodologique de la Haute Auto- La Fédération Addiction porte une
revue internationale Addiction(s) : Vous souhaitez en commander plusieurs exemplaires papier ?
rité de Santé. Nous sommes en rupture de stock mais si vous êtes assez
Le rapport propose 15 recommandations concrètes recherches et pratiques, en parte-
nombreux à vous engager à en commander, un nouveau tirage
pour améliorer la diffusion, l’appropriation et la mise en nariat avec plusieurs partenaires sera possible. Faites-nous part de vos besoins sur le bon de
oeuvre de la RdRD liés aux consommations de subs- suisse, belge et québécois : l’AIDQ, commande en ligne !
tances psychoactives. la FEDITO, le GREA, et le RISQ. La
Réduction des risques est une BROCHURES ET SUPPLÉMENTS TECHNIQUES
✺❚Réduction des risques chez les usagers de drogues : approche promue par l’ensemble
synthèse et recommandations de l’INSERM de ces associations, et incarne Intervenir en milieu festif
cette nécessaire collaboration, par Parution : mai 2013 - en rupture de stock papier,
Parution juin 2010 – disponible sur le site de l’INSERM
l’effort de recherche qui l’entoure – par exemple sur les téléchargeable en ligne
www.inserm.fr
SCMR, le programme Aerli, les Trod… et prouve l’effica-
Ce document présente la synthèse et les recommanda- cité de ses outils, mais aussi par les difficultés d’accep- Le milieu festif, au-delà de ses di-
tions du groupe d’experts réunis par l’Inserm dans le tabilité politique qu’elle pose, comme le démontrent les mensions géographiques et tempo-
cadre de la procédure d’expertise collective en 2010 (voir longs combats pour la création de SCMR ou la diffusion relles, est avant tout une dyna-
bibliographie), pour répondre à la demande de la Direc- de la naloxone en Belgique, en France ou au Québec. mique qui vient remplir une
tion générale de la santé concernant la réduction des fonction sociale importante (mar-
risques chez les usagers de drogues. Ce travail s’appuie RAPPORT D’ENQUÊTE quage des saisons, des évènements
sur les données scientifiques disponibles en date du pre- de la vie, de la culture…) et au tra-
Agir en réduction des risques en CSAPA vers de laquelle s’expriment des
mier semestre 2010. Près de 1 000 articles ont constitué
et en CAARUD identités d’une manière toute parti-
la base documentaire de cette expertise, qui couvre donc
largement tous les champs de la RdR. Le Centre d’exper- Parution : décembre 2015 – en rupture de stock, culière. Inversion des normes,
tise collective de l’Inserm, attaché à l’Institut thématique téléchargeable en ligne rythme et repères transformés… La fête peut favoriser la
multi-organismes Santé publique, a assuré la coordina- prise de risques.
tion de cette expertise collective. Ce rapport d’enquête est issu de la démarche participa- La Fédération Addiction a publié un « 8 pages » pour
tive sur la réduction des risques initiée par la Fédération
mieux dessiner les contours, et diffuser les pratiques de concept efficace en Santé Pu- Avec l’arrivée d’Internet, de nouvelles pratiques de mise
ces interventions. De l’établissement du diagnostic à blique face à l’urgence sanitaire sur le marché de substances psychoactives ont émergé,
l’évaluation, en passant par la formation, l’importance du Sida. Cette politique est fon- et de nouveaux produits ont fait leur apparition, les
des partenariats et les modalités d’intervention in situ, dée sur une approche pragma- Nouveaux Produits de Synthèse ou NPS, qui « imitent »
ce document se veut pédagogique et complet. Il aborde tique, dans un souci de respect les substances psychoactives plus classiques ou sont
aussi bien les fonctions sociales de la fête et la nécessité et de dignité des personnes. Les tout à fait nouveaux. Pour connaître ces nouveaux pro-
de les respecter, que l’éthique d’intervention, les outils et usagers sont considérés comme duits et s’y adapter, la Fédération Addiction, en partena-
le point de vue historique. experts de leur propre consom- riat avec l’association Psychoactif, vous propose un sup-
mation. La compétence des plément technique, ainsi qu’un Flyer à destination des
Actal n°13 - Réduction des risques : le nouveau groupes d’auto-support est sol- usagers de vos structures.
paradigme des addictions ? licitée dans les stratégies de dé-
Le Baclofène
Parution : décembre 2013 - disponible en version veloppement mises en œuvre.
papier et électronique L’illusion d’éradication des drogues et des addictions, Parution : octobre 2012 - disponible en version
quelles qu’elles soient, est abandonnée au profit des électronique
Née dans le contexte chaotique stratégies visant à responsabiliser les usagers, à réduire
de l’épidémie de Sida des an- Physiologiquement, comment le Baclofène agit-il sur le
les dommages et à promouvoir la santé.
nées 1980, la Réduction des cerveau, et sur l’alcoolo-dépendance ? Quel est ce mé-
Risques a bouleversé l’approche Les Tests Rapides d’Orientation Diagnostique (TROD) dicament, son statut et ses usages en France ? Quelles
des usagers de drogues et, plus des infections VIH-VHC-VHB sont les études et surtout leurs constats qui ont lancés
largement, ouvert à une nouvelle le débat ? Comment les points de vue des autorités sa-
Parution : avril 2014 - disponible en version nitaires ont-ils évolués, et que disent-elles aujourd’hui ?
compréhension des addictions
électronique Où en est-on des pratiques, réflexions et innovations
et de leur prise en charge. Dé-
passant largement la dimension Les TROD sont des tests de dépistage des VIH, VHC et professionnelles dans le réseau ? La Fédération Addic-
hygiéniste, la philosophie qui VHB, légers sur carte ou bandelette, et qui peuvent être tion a débattu de cette question et pris position lors
étaye la RdR continue de faire réalisés sur salive. Ils permettent d’aller au-devant de d’un conseil d’administration.
évoluer l’intervention des pro- l’usager et ne nécessitent pas de matériel technique
OUVRAGES RÉALISÉS EN PARTENARIAT
fessionnels et des politiques publiques au regard des complexe ; ils ne sont pas invasifs. Les résultats sont ob-
usages de substances psychoactives, mais elle soulève tenus en moins d’une demi-heure. Ce supplément tech- www.federationaddiction.fr La Fédération >
toujours de nombreux enjeux. nique présente ces techniques et détaille leurs avantages Productions > Guides et référentiels
et leurs inconvénients. Il propose une méthodologie pour
Réduire les risques : pour une politique intégrer les TROD dans les CSAPA et CAARUD. Cocaïne basée, crack, free-base : guide de prévention
de réduction des risques destiné aux professionnels
BROCHURES ET SUPPLÉMENTS TECHNIQUES (SUITE)
Parution : 2008 - en rupture de stock papier, Parution : décembre 2013 Disponible en version
téléchargeable sur le site Les Nouveaux Produits de Synthèse éléctronique
Ce « 4 pages » fait le point sur la vision de la réduction Parution : juin 2013 - disponible en version électronique L’Association d’Information et de Ressources sur les
des risques portée par l’Anitea en 2008. Ce document a également fait l’objet d’une traduction Drogues, les Dépendances et le Sida de Bretagne
La Réduction des Risques sanitaires et sociaux liés aux en anglais. (AIRDDS Bretagne) et le Groupe de Recherche sur la
usages de drogues s’est imposée comme philosophie et Vulnérabilité Sociale (GRVS) ont publié ce guide de pré-
vention sur la cocaïne basée en s’appuyant sur l’exper- place actuelle dans la législation et ses résultats Film – Réduction des risques alcool – l’impératif d’un
tise de nombreux contributeurs, dont des membres de concrets. changement de paradigme
la Fédération Addiction.
Vers la primo-prescription de Méthadone en ville Parution Juillet 2014 – visionnable en ligne
L’accompagnement des consommations : constats, Interviews croisés – intervenir en milieu festif :
Parution : octobre 2014 - disponible en version
enjeux, perspectives. Actes du cycle de séminaires. usagers experts et partenaires
électronique
Juillet 2016 - disponible en version papier et Parution décembre 2014 – visionnable en ligne
Cette note technique a pour but de synthétiser, sur la
électronique
question de la primo-prescription de méthadone en
En 2013, la Fédération Addiction et le Réseau français ville, une part des travaux issus de la démarche partici-
de réduction des risques ont mené un cycle de trois pative sur l’ « articulation des acteurs de soin », et les
séminaires pour faire le point sur ces enjeux, en partena- avis rendus à ce sujet par le Conseil d’Administration de
riat avec l’AFR (avant sa dissolution), Aides, Médecins la Fédération Addiction. La note est accompagnée d’un
du Monde, Sos Hépatites, Safe. Les actes reprennent les corpus de documents.
différents temps de plénières et d’ateliers.
RESSOURCES MULTIMÉDIA
CONTRIBUTIONS POLITIQUES
DVD L’errance des jeunes dans les villes européennes,
Contribution à l’audition publique sur la RdRD usagers de drogues, alcool et autres substances
psychoactives
Avril 2016 - disponible en version électronique
Parution : juin 2012
L’audition publique sur la réduction des risques et des
Réalisé dans le cadre du programme européen «
dommages, organisée par la Fédération Française d’Ad-
Democracy, Cities and Drugs II », piloté par le Forum
dictologie, avec le soutien institutionnel de la DGS et de
Européen pour la Sécurité Urbaine (FESU)
la MILDECA et avec l’accompagnement méthodolo-
gique de la HAS, a donné lieu à un rapport d’orientation Sept municipalités européennes (Bordeaux, Lille, La
et de recommandations. Rochelle, Toulouse, Bucarest, Düsseldorf et la Region
Emilia Romagna), ont mis en commun leurs expériences
Renforcer la réduction des risques liés à la consom- pour développer et conceptualiser une expertise opéra-
mation de substances psychoactives – Plaidoyers et tionnelle sur l’errance des jeunes. Elles ont élaboré une
amendements pour la loi de modernisation de notre charte commune du bon accueil des jeunes dans les
système de santé villes, colonne vertébrale de la démarche.
Mars 2015 - élaboré conjointement par Aides, la
Trois films sur les premières fêtes des adolescents
Fédération Addiction, Psychoactif, le Réseau français
de réduction des risques, le Respadd, SAFE et SOS Parution : mars 2013
hépatites
Réalisé en partenariat avec la Mairie de Paris et l’Ecole
Le plaidoyer reprend de manière pédagogique la défini- des parents et des éducateurs d’IDF
tion et la philosophie de la réduction des risques, sa