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De L'économie Traditionnelle L'économie Informelle: La Réinvention D'une Économie de Subsistance en Situation de Crise Et D'ajustement

Exo

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De l'économie traditionnelle

à l'économie informelle:

la réinvention d'une économie de subsistance


en situation de crise et d'ajustement.

Janvier 1993 Jacques CHARMES


Directeur de recherche à ['ORSTOM
L'économie "moderne" -terme qui se veut neutre mais n'en est pas
moins contestable- se caractérise par l'extension et la généralisation du
salariat. Le travail indépendant, à compte propre, y est limité et a tendance à
se restreindre. Or dans les économies du Tiers Monde, qu'elles soient
fortement urbanisées ou rurales, avancées ou en retard, le travail
indépendant et le travail non salarié en général concernent une part
importante de la population active. Les activités ainsi exercées ne répondent
pas aux normes habituelles de la société et de l'économie "modernes", elles
sont rétives à l'enregistrement et à la mesure, elles constituent -selon la
pensée et la théorie économiques dominantes- un indice des retards
enregistrés par le processus d'industrialisation et de modernisation, ou des
progrès qui lui restent à accomplir.

Travail à domicile ou travail itinérant s'exerçant dans les rues, sur les
routes ou les chantiers, auto-emploi, travail indépendant, dans des
entreprises familiales ou des micro-entreprises: les "formes" que prend
l'économie "informelle" (si l'on veut bien risquer ce paradoxe dans les
termes) sont très diverses; elles sont constituées de tout ce qui n'est pas
mesuré, comptabilisé, moderne, formel.

Ce traitement par solde, par reliquat, s'explique par le fait que le


secteur informel était voué à une disparition graduelle, puisque les progrès
de la modernisation étaient inéluctables, pensait-on. Il n'en a rien été. Et
l'on discourt aujourd'hui à perte de vue d'un concept dont le succès est à la
mesure des contestations qu'il suscite et aussi des progrès enregistrés par ce
secteur de l'économie au cours des deux dernières décennies.

Usant de métaphores zoologiques, certains auteurs n'ont pas hésité à


comparer le secteur informel à un éléphant ou une girafe, un animal que sa
conformation particulière rend difficile à décrire selon les normes et critères
ordinaires et habituels, mais un animal spectaculaire et étonnant à la fois,
que l'on reconnaît immédiatement lorsqu'on le rencontre. Spectaculaire par
son importance et étonnant par son dynamisme -phénomènes dont la
théorie économique rend mal compte- le secteur informel reste facilement
discernable, sinon mesurable, en dépit de la multiplicité des définitions
(non toujours contradictoires) qui en ont été données et qui rendent difficile
la convergence vers une défini tion analytique homogène et acceptée de
tous. De sorte que même ses contempteurs se voient contraints d'en utiliser
la terminologie. Selon d'autres auteurs (LAUTIER, 1990), il ne s'agirait pas

- 2-
d'une girafe, mais bien d'une licorne, c'est-à-dire un animal maintes fois
décrit dans la littérature, mais que nul n'a jamais rencontré jusqu'à présent
et pour cause... puisqu'il n'existe pas. Ainsi les définitions, par essence
dualistes, traceraient artificiellement les contours d'un objet inexistant: la
multiplicité des liaisons entre les divers phénomènes (ou les divers
"secteurs"), le continuum, l'interpénétration, la confusion des genres qui les
caractérisent, rendraient impossible, irréaliste et non scientifique une
démarche consistant à vouloir isoler cet objet.

Symptomatiquement et paradoxalement, c'est parce que les situations


et les comportements observés tendaient, par leur ambivalence et les
contrastes qu'ils révélaient, à faire éclater les concepts économiques et
statistiques jusque là jugés opératoires, que le concept de secteur informel a
été forgé. Un petit marchand à la sauvette qui, en une demi-journée de
travail (ce qui le place en situation de sous emploi visible), gagne autant
qu'un moyen fonctionnaire en une journée, une semaine ou un mois
(selon les pays), un professeur d'université dont le salaire n'atteint pas
le niveau du loyer de son logement (sous emploi invisible) qui se
transforme en gestionnaire ou chauffeur de taxi, un jeune diplômé
chômeur qui se met à faire du commerce dans la rue ou du transport sur sa
mobylette (autre forme de sous emploi compte tenu de sa qualification) et
touche ainsi un revenu supérieur à celui qu'il aurait obtenu s'il avait
trouvé un emploi correspondant à sa formation: tels sont quelques profils
(ne renvoyant pas seulement à des situations de pays en développement) de
participants de l'économie informelle qui ont parfois, et même souvent, un
pied dans le secteur informel et un pied dans le secteur moderne. Ce sont
ces situations contrastées qui ont rendu nécessaire la recherche d'un
nouveau concept dont la définition statistique (et non analytique) a fait
l'objet de la XVème Conférence Internationale des Statisticiens du Travail
(1993), consécration pour un concept si contesté, puisque cette conférence est
en charge de la définition des concepts de population active et qu'elle est
responsable de l'image qui nous est renvoyée du marché du travail par
l'influence qu'elle exerce sur la collecte des données statistiques au niveau
international. Ainsi, comme pour le chômage (SALAIS et alii, 1986),
l'adoption d'une définition statistique par le biais d'une résolution
internationale, vient stabiliser un concept qui a fait l'objet, pendant plus de
20 années, d'âpres discussions.

-3-
Cette autre économie, qui oblige à revoir les concepts et les analyses
classiques, quelle est son origine, et quelles sont ses caractéristiques ?
Comment interpréter les attitudes changeantes et paradoxales qu'entretient
l'Etat avec elle ? Ses progrès consacrent-ils le réenchâssement de
l'économique dans le social ou au contraire l'universalité de l'homo
oeconomicus et l'extension de sa logique de comportement à l'ensemble de
la société?

1- Les origines du secteur informel et sa place dans les théories et les


politiques de la transition et du développement.

Si l'on veut bien considérer que ces origines sont bien plus lointaines
que ne le laisserait supposer son invention récente (HART, 1971; ILO, 1972)
et si l'on veut bien admettre le caractère éminemment ethnocentrique du
concept, on pourrait dire qu'à l'origine, tout acte économique était informel
car n'entrant pas dans la logique du marché et de l'accumulation et ne
respectant pas les règles d'un jeu qui ne s'était pas encore étendu à
l'ensemble de la planète. Mais pour peu que l'on abandonne ce point de vue
ethnocentrique, on en vient à dire au contraire que tous les actes
économiques étaient alors formels, étant totalement contrôlés par les règles
de la reproduction sociale qui en fixent les étroites limites et l'entière
dévolution à la reproduction physique de la communauté et à la
reproduction du pouvoir politique traditionnel, ne laissant pas à l'individu
la faculté, ni même l'idée de produire et a fortiori d'accumuler pour son
propre compte.

L'informel naît en définitive du contact entre l'économie


traditionnelle et l'économie capitaliste de marché: il est la horde de tous
ceux qui, chassés des campagnes par le sous-emploi, sont candidats à la
modernisation et à l'urbanisation; il est donc un entonnoir qui reçoit un
flot intarrissable, alors même que son débit diminue.

La naissance du capitalisme et son extension à l'ensemble de la


planète, l'apparition des Etats modernes, vont introduire la croissance, le
développement, le progrès comme nouvelles règles du jeu économique. La
pénétration de l'économie marchande et monétaire dans les sociétés
traditionnelles fondées sur l'autosubsistance va faire les riches heures d'une
anthropologie économique (MEILLASSOUX, 1960) qui consacre ses analyses

-4-
à la résistance de ces sociétés (CHARMES, 1972) puis à leur transition vers
l'économie marchande (CHARMES, 1977), au désenchâssement progressif
de l'économique à partir du social: les nouvelles règles du jeu, la rationalité
de l'homo oeconomicus sont mises à rude épreuve et se heurtent à· de
puissantes réactions de rejet ou de défense (les "blocages socio-culturels")
qui ne font que traduire une réinterprétation dans la logique des systèmes
sociaux traditionnels, et une neutralisation des effets délétères. Puis, lorsque
la pression se fit plus forte et omniprésente, l'absorption des flux
monétaires dans des dépenses ostentatoires visa à conforter les structures
traditionnelles jusqu'à ce que, débordées, celles-ci ne puissent plus se
reproduire sans le concours de la marchandise et de la monnaie,accumulées
sur une base désormais élargie, en un processus de dissolution consacrant la
généralisation des rapports marchands: l'inflation des circuits cérémoniels
nécessitant une productivité économique accrue, l'homo oeconomicus
avait le champ libre pour déployer sa rationalité marchande.

Mais les sociétés rurales traditionnelles, destructurées et fragilisées


par la croissance démographique, se sont déversées sur les villes et des
masses de migrants, aux relations sociales lointaines et ténues, furent ainsi
offertes, à travers l'exode rural, à la logique de l'homo oeconomicus. Elles
étaient censées, selon les modèles de développement alors en cours (LEWIS,
1954), constituer l'abondante main d'oeuvre dont le capitalisme industriel
et urbain avait besoin ; une main d'oeuvre en quantité "illimitée",
nécessaire au maintien des taux de salaire au plus bas niveau d'équilibre, et
qui est à l'origine de la notion de secteur informel: de sorte que le secteur
informel a ainsi constitué l'un des moyens privilégiés de la généralisation
de l'economie marchande et que l'on peut se demander s'il n'a pas joué un
rôle bien plus important que le processus de transition opérant dans les
sociétés rurales traditionnelles et qui limitait ses effets aux seuls notables. Et
pourtant, si l'on excepte l'étude ancienne de TURNBULL (1962), peu de
recherches économiques ou d'anthropologie économique ont été consacrées
à la rationalité des comportements de ces agents en situation de contact
brutal avec le système extérieur, peut-être même plus brutal que dans le
milieu rural, comme si cette rationalité, déjà intégrée dans les modèles de
migration (TODARO, 1969), était acquise, entièrement et définitivement.

On s'interrogea cependant sur les raisons qui empêchaient


l'accumulation et la transition vers ces petites et moyennes entreprises

-5-
modernes que les politiques appelaient de leurs voeux. La vieille théorie des
blocages socio-culturels reprit une vigueur renouvelée: le secteur informel
se caractérisait par une absence de culture d'entreprise et par le poids des
solidarités communautaires qui ne permet pas de dégager les surplus
destinés à être réinvestis. Les transferts de la ville vers les campagnes firent
l'objet de mesures et l'on vérifia leur utilisation en vue d'alimenter les
circuits de subsistance ou d'assurer la reproduction des pouvoirs
traditionnels à travers les circuits cérémoniels, les cadets partant à la ville
gagner l'argent nécessaire à la reproduction physique et politique du groupe.
Si l'on observa parfois une inversion de ces flux, au plus profond de la crise
et du renouvellement des politiques, c'est bien l'orientation villes-
campagnes qui resta prédominante et le secteur informel pouvait être
considéré comme une pompe servant à irriguer des campagnes exsangues,
que les théories et politiques ambiantes avaient eu pour effet de vider de
leur substance, par le drainage du surplus agricole vers les villes grâce au
sous-paiement des producteurs. Mais plus vraisemblablement, et plus
récemment aussi il est vrai, le secteur informel joua un rôle d'accélérateur
de l'exode rural en consacrant l'inversion des hiérarchies anciennes et en
affirmant la primauté de l'individualisme propre à l'homo oeconomicus.
Récemment, à la faveur de la crise, toute une littérature économique s'est
inspirée de cette veine (MAHIEU, 1988 et 1990) conduisant à ne concevoir le
déblocage en vue de l'accumulation et de l'enrichissement personnel qu'à
travers la rupture des liens de solidarité communautaire, alors que le
principe de la transition trouvait son moteur dans l'ambivalence des
phénomènes et des comportements, et dans le renversement progressif de
leur interprétation : l'ostentation, dépense sociale économiquement
improductive et visant l'affirmation du pouvoir, pouvait être un puissant
levier en vue de l'accumulation. Sa motivation trouvait son origine dans le
passé, mais débouchait sur le changement. Alors que la solidarité
communautaire urbaine, parce qu'elle n'est pas liée à la reproduction du
pouvoir, débouche sur un blocage de l'accumulation et une démotivation
de l'homo oeconomicus naissant.

Le fait est que l'interprétation anthropologique des phénomènes et


comportements économiques du secteur informel urbain n'a pas suscité la
même veine que celle tracée par Meillassoux en 1960 et il faudra attendre
l'aggravation de la crise et l'approfondissement des Programmes
d'Ajustement Structurel, nouvelle dénomination des politiques de

-6-
développement et de redressement, pour que des anthropologues se
penchent sur le problème (LEPAPE et VIDAL, 1986), à la faveur de
l'éclatement des solidarités.

Le secteur informel fut ainsi laissé au défrichement de la seule


analyse économique qui, partie de prémisses sans doute largement erronées
(le secteur informel comme synonyme de sous-emploi et de pauvreté), ne
donna longtemps naissance qu'à des méthodes de collecte qui ne pouvaient
que conforter les théories initiales, fondées qu'elle étaient sur des
hypothèses et des concepts inadaptés et inadéquats (CHARMES, 1987).

Aujourd'hui où l'on définit couramment le secteur informel comme


l'ensemble des activités non agricoles, non directement ni distinctement
appréhendées par les enquêtes et les systèmes statistiques permanents, et où
l'on admet désormais que ces activités sont mesurables sur la base d'une
définition qui a fait l'objet d'une recommandation internationale (BIT, 1992
et 1993), on doit bien constater que ce secteur a été le plus fort créateur
d'emplois dans la période récente, alors que le secteur moderne, public et
privé, ne recrutait plus et même licenciait bon nombre de ses agents et que
la population active et le chômage continuaient à connaître des taux de
croissance élevés.

Ainsi s'explique le changement d'attitude des pouvoirs publics à


l'égard d'un secteur qui a suscité de si nombreuses études et recherches qu'il
est possible de dresser un inventaire quasi exhaustif de ses caractéristiques :
facilité d'entrée, petite échelle des opérations faisant intervenir un facteur
travail composé d'une main d'oeuvre essentiellement familiale ou en
apprentissage, faible niveau de technologie résultant en un faible coût de
création d'emploi, faible niveau d'organisation se caractérisant par l'absence
de comptabilité et par des formations acquises sur le tas... Autant de
caractéristiques desquelles il a été un peu trop rapidement inféré la
génération de faibles revenus. Et pourtant, pour peu que l'on ne se laisse pas
aveugler par cette hypothèse préalable lors du dessin des questionnaires
d'enquête et lors de .l'interprétation des résultats, on s'aperçoit que les
revenus salariaux et non salariaux des agents du secteur informel sont
fréquemment supérieurs au salaire minimum et même aux salaires
moyens du secteur moderne.

-7-
Ainsi en définitive le secteur informel ne se caractérise-t-il pas
seulement par une puissante dynamique de création d'emplois, il procure
également des revenus substantiels à ses participants, que ceux-ci y exercent
leurs activités à titre principal, ou qu'ils l'exercent à titre secondaire.

Au cours de la dernière décennie, l'emploi informel s'est accru au


rythme annuel de 6,7 % en Amérique Latine, contre 3,7 % pour le secteur
public et 2,9 % pour le secteur privé moderne (Cf. PREALC, 1990 et
CHARMES 1992). L'évolution est comparable sur le continent africain où
l'on manque malheureusement de données chronologiques : on sait
cependant que le secteur informel, qui représentait 36% de l'emploi non
agricole en Tunisie en 1980, est passé à 39 % en 1989, et que cette proportion
est passée de 20 à 25 % en Algérie entre 1977 et 1985, et de 69 à 74 % en
Mauritanie entre 1980 et 1988. Quant aux revenus des micro-entrepreneurs,
ils étaient, à la fin des années 70 et au début des années 80, largement
supérieurs au salaire moyen du secteur moderne (3 à 5 fois en Tunisie; 2 à
2,5 fois en Sierra Leone; 1,1 à 2,4 fois à Lima par exemple), cependant que les
salaires restaient en moyenne supérieurs au salaire minimum légal (l à 2
fois), ce qui contrevient aux thèses classiques couramment soutenues à
propos du secteur informel (CHARMES, 1990). Certes, on n'a pas encore
d'indices suffisants pour vérifier si ces écarts se sont maintenus durant la
dernière décennie, et certains auteurs ont tendance à admettre la tendance
asymptotique à la diminution de la contribution du secteur informel au
produit global, puisque la croissance des effectifs du secteur informel va de
pair avec la stagnation ou même la diminution du Produit Intérieur: de
sorte que l'on considère comme une évidence la réduction des gains tirés de
ces activités, d'autant plus que le pouvoir d'achat des salaires et la masse
salariale elle-même se réduisent sous l'effet des politiques d'ajustement.
Pourtant, on peut considérer que le secteur informel recèle des ressources
internes suffisantes pour continuer à engendrer des gains substantiels,
s'appuyant sur une forte vitesse de circulation de la monnaie et s'articulant
sur un regain de l'économie agricole et sur une économie souterraine
toujours florissante, particulièrement aux frontières des zones monétaires.

Et certes les Etats semblent pencher pour cette hypothèse optimiste


dans la mesure où ils sont de plus en plus nombreux à vouloir définir et
mettre en oeuvre des politiques de promotion à l'adresse de ce secteur.

-8-
A l'attitude prudente, condescendante et finalement tolérante dont
les pouvoirs publics firent preuve, dans les années 70, à l'égard de ce secteur
voué à disparaître, succéda durant les années 80 une attitude plus ambiguë,
plus ambivalente, faite à la fois de mesures et de comportements positifs,
mais aussi de décisions et de réactions négatives, pour. en arriver
aujourd'hui à une considération qui se manifeste de manière plus
ouvertement positive, faisant du secteur informel un objet des politiques de
développement. Ce secteur ne s'avérait pas seulement digne d'intérêt par la
couverture sociale qu'il apportait aux chômeurs (les jeunes surtout) dont le
taux dépasse couramment les 20 % de la population active, en milieu urbain
notamment, ou encore par les sources de revenus de subsistance qu'il
procurait aux populations pauvres ou vulnérables. Il était désormais
considéré comme évident que c'était à l'école du secteur informel et de la
concurrence que se formaient les entrepreneurs dynamiques répondant aux
canons de l'homo-oeconomicus et susceptibles de relancer des économies
en panne.

Dès lors pouvait-on considérer que l'avenir du secteur informel et du


développement, pour de longues années encore, se situait dans la résultante
de cette antinomie entre le poids de la solidarité communautaire et la
volonté et la capacité d'accumulation.

-9 -
II - Le secteur informel consacre-t-il le réenchâssement de
l'économique dans le social ou la généralisation de la logique marchande de
l'homo oeconomicus ?

L'interpellation récente de Serge LATOUCHE (1991) conduit à


s'interroger sur le point de savoir si une approche similaire à celle qui fut
appliquée aux sociétés rurales traditionnelles, n'est pas à sa place sur le
terrain de l'informel. La prégnance du social n'y demeure-t-elle pas
essentiel et n'explique-t-elle pas la faiblesse de l'accumulation? N'y aurait-
il pas, à travers un dynamisme économique avéré, une logique de
préservation des liens sociaux sur le modèle traditionnel?
Dans sa description de "la planète des naufragés", Serge LATOUCHE pose
bien les termes de l'alternative.

La découverte des stratégies subtiles que les "exclus" de la grande


société moderne mettent en oeuvre à travers l'économie informelle, a
tendu à tempérer les analyses pessimistes des économistes sur la difficultés
d'émergence de l'esprit d'entreprise dans les pays en développement et à
modérer l'afropessimisme. Mais pour autant, ces ingénieux participants de
l'économie informelle ne sont pas des ingénieurs, ils sont entreprenants
sans être entrepreneurs et industrieux sans être industriels, pour reprendre
les expressions éclairantes et pertinentes de Latouche, et dès lors, tout un
créneau s'ouvre ainsi aux stratégies, aux politiques et aux programmes de
développement, lancés par les grandes institutions et les bailleurs de fonds
internationaux ou bilatéraux.

Par ailleurs, les revenus créés par le secteur informel viennent


alimenter des réseaux de solidarité et de réciprocité, de sorte que l'on
assisterait à une "recréation du lien social et C..) en cela, le phénomène est
porteur d'espoir" (Latouche, 1991, 35). Recréation, réenchâssement, plutôt
que persistance ou survivance puisqu'il ne s'agit plus tant de reproduction
des rapports sociaux traditionnels que de réinterprétation des solidarités
claniques ou ethniques et d'adaptation de celles-ci dans un contexte où la
marchandise est généralisée. Ce réenchâssement de l'économique dans le
social, que les économistes n'envisagent le plus souvent que sous l'angle de
la redistribution des revenus ou de la vitesse de circulation de la monnaie,
serait en fait le ciment d'une "nouvelle convivialité", un "laboratoire de
sociabilité alternative" que la généralisation de l'individualisme et la

- 10-
poursuite effrénée de la croissance et du profit avaient eu tendance à faire
disparaître ou plutôt à faire oublier ou considérer comme un obstacle.

Si donc l'on repose la question de savoir si le développement des


activités informelles s'est traduit par un approfondissement du lien social,
il convient d'examiner les réponses d'un double point de vue: celui de la
production tout d'abord, celui de la consommation ou de la dépense
ensuite.

L'extension du secteur informel à un nombre toujours plus grand


d'actifs, d'individus et de ménages d'une façon générale, est un fait avéré
que l'on constate également dans les pays industrialisés où les effectifs non
salariés s'accroissent et où la pluri-activité des salariés s'étend (voir
l'exemple de l'Italie dans CHARMES, 1991). Dans les économies sous
ajustement, s'observe en outre la généralisation des rapports informels:
rapports de travail, rapports de clientèle, rapports sociaux d'une façon
générale qui, loin d'être anonymes, sont des rapports inter-personnels où le
statut des individus est primordial pour expliquer l'existence et la qualité
de la relation. Le fait que l'origine ethnique (ou géographique) des
protagonistes y joue un rôle plus important que la formation acquise ou le
niveau de qualification pour les rapports de travail, ou plus important que
la qualité des produits ou des services pour les rapports de la clientèle,
indique que les marchés informels ne sont pas aussi transparents ni aussi
parfaits que la théorie veut s'obstiner à les décrire, même si la facilité
d'entrée et l'équilibre concurrenciel des prix des facteurs et des produits y
restent des caractéristiques indéniables (dont rend compte d'ailleurs la
théorie des marchés contestables).

Peut-on dire pour autant qu'il y a réenchâssement de l'économique


dans le social? Le réenchâssement peut être compris comme résultant de
l'extension et de la généralisation des rapports informels de production
dans l'économie globale, mais on ne peut pas dire qu'il découle d'un
approfondissement de la relation sociale caractérisant le secteur car, comme
le mettait bien en exergue le rapport du Directeur Général du BIT à la 78e
session de la Conférence Internationale du Travail (BIT, 1991), le secteur
informel constitue un véritable dilemme : relation sociale et création
d'emplois certes, mais relation d'exploitation et non respect des normes du
travail aussi. On peut s'émerveiller de la persistance des relations

- 11 -
interpersonnelles, familiales, ethniques, régionales et de leur densité par
opposition aux relations impersonnelles , anonymes et froides de
l'entreprise capitaliste ; mais on doit aussi remarquer que ces mêmes
rapports sociaux, parce qu'ils baignent dans l'économie marchande et
monétaire, sont devenus des rapports paternalistes et d'exploitation, non
respectueux des législations et des normes protégeant les travailleurs
(travail des enfants, absence de protection sociale, etc...).

Si l'on quitte maintenant la sphère de la production où les rapports


marchands en sont venus à s'occuper la totalité de l'espace, pour celle de la
consommation ou de la dépense, l'interprétation du rôle que joue le secteur
informel est complétement différente et les thèses de Georges BATAILLE
(1949) retrouvent toute leur actualité. Si les sociétés humaines, dans leur
fonctionnement et leur reproduction, ne sont pas gouvernées par la
production mais bien par l'utilisation qu'elles font de cette production et en
particulier par la consommation ou plutôt la "consumation" du surplus, on
peut s'interroger sur le point de savoir si l'absence de surplus utilisé à des
fins accumulatrices dans les sociétés à dominante informelle - absence que
l'on déplore - n'est pas due à la consumation de cette "part maudite" dans
un surcroît de sociabilité (que l'on qualifiait autrefois de parasitisme et
d'ostentation) c'est-à-dire une extension de la solidarité communautaire et
une inflation des dépenses cérémonielles.

En réalité, seules les contributions aux dépenses cérémonielles


relèvent de la sociabilité traditionnelle ou néo-traditionnelle. Et sans nier
qu'elles peuvent parfois être très importantes et prendre des formes
monétaires exacerbées (dans certaines société maghrébines par exemple, les
robes de mariées sont confectionnées à partir de billets de banque en grosses
coupures collées ensemble), ces dépenses sont sans doute sans commune
mesure avec celles occasionnées par l'entretien et la subsistance de la
famille élargie en milieu urbain : c'est essentiellement cette utilisation qui
absorbe les gains substantiels que procure l'économie informelle et de ce
fait, ces gains peuvent s'avérer insuffisants au regard des besoins essentiels
à satisfaire. Ils peuvent aussi apparaître secondaires (encore que très sous-
estimés) par rapport à ceux que crée l'économie moderne extravertie ou
plutôt extérieure. Ils n'en servent pas moins à la reproduction élargie de
sociétés en transition : une reproducton élargie non point tournée vers
l'accumulation du capital, mais articulée sur un drainage toujours plus fort

- 12 -
du facteur travail que constituent les migrants ruraux. Et les "sphères de
réciprocité (qui) se développent au milieu des eaux froides du calcul
marchand" (LATOUCHE, 1991, 124) ne sont pas toujours aussi dignes
d'intérêt qu'on veut bien le dire et peuvent être contaminées par la logique
marchande: une institution telle que le confiage des enfants peut ainsi se
transformer en un instrument de déscolarisation et de mise au travail
précoce des enfants. La solidarité communautaire peut certes être
interprétée comme "porteuse d'une autre société", mais elle constitue aussi
la faille dans laquelle s'engouffre l'exode rural, le ferment de subversion et
de dislocation conduisant à la généralisation de la logique marchande. Et s'il
y a naufrage, c'est parce que les sociétés traditionnelles ont vécu, leur
transition s'est effectuée, mais le développement n'a pas été au rendez-vous
et il n'existe pas de nouveaux territoires où accoster.

N'y a-t-il pas cependant quelques ilôts sur lesquels prendre pied ?
Sauf à définir le secteur informel comme l'ensemble des activités
économiques dont le surplus n'est pas utilisé à des fins accumulatrices, on
peut montrer qu'il existe des germes de dynamisme économique et
d'accumulation du capital dans ce secteur.

On a cherché à mesurer des indices de la croissance de l'emploi, du


capital et de l'investissement dans les petits établissements. Ces efforts sont,
le plus souvent, restés vains, ne serait-ce qu'en raison de l'espace limité
dont disposent, par définition, ces petits établissements, espace qui ne se
prête pas à l'extension du nombre des travailleurs et des équipements.
Certains auteurs sont même allés jusqu'à prétendre que les
potentialités de croissance du secteur informel et des petits établissements
étaient à mettre en doute en raison de la soluton de continuité que révèlent
les statistiques de l'emploi par taille des établissements: la répartition bi-
modale de l'emploi est en effet une observation courante qui montre que
l'essentiel de l'emploi est procuré par les petits établissements d'une part et
par les grands établissements d'autre part. Entre les deux, le secteur
intermédiaire serait quasi-inexistant et l'on interprète en dynamique cette
donnée statique en prétendant que le passage des activités informelles de
petite taille à des activités intermédiaires d'une échelle plus importante ne
se vérifierait que très rarement.

- 13 -
On a pu cependant montrer (CHARMES, 1984) qu'il ne s'agit là que
d'une simple illusion statistique résultant des hypothèses des statisticiens
d'enquêtes: les recensements et enquêtes d'établissements font en effet
habituellement l'hypothèse simplificatrice que le local (ou l'établissement)
peut être confondu avec l'entreprise. Or, lorsqu'on se donne les moyens de
réconstituer les entreprises à partir de leurs établissements (tâche difficile,
ardue et pas toujours possible il est vrai), on s'aperçoit que le secteur
intermédiaire existe bel et bien: des entrepreneurs informels réinvestissent
leurs profits à travers des stratégies de croissance horizontale ou verticale,
d'intégration amont et aval, de diversification... Des entreprises de taille
moyenne se constituent ainsi à partir d'établissements de petite taille. Ces
entrepreneurs ont en cela un comportement fort naturel: lorsque des
profits parviennent à être dégagés d'activités de petite taille, il est évident
que l'entrepreneur, tout schumpétérien qu'il puisse vouloir être, aura
tendance et intérêt à s'agrandir par simple multiplication ou reproduction à
l'identique des petites unités, ce qui présente un double avantage: le mode
de gestion à la main d'oeuvre ne s'en trouve pas modifié et d'autre part la
petite taille permet de maintenir une faible visibilité et donc un haut degré
d'informalité. Ainsi s'opère un saut quantitatif qui précède éventuellement
le saut qualitatif consacrant le passage à l'économie formelle.

Pour avoir été observé, ce phénomène de croissance graduelle et


fractionnée constitue bien une preuve que le secteur informel n'est pas
seulement un mode de subsistance, et qu'il peut être aussi un creuset où se
forgent de petits entrepreneurs nationaux que les politiques de
développement recherchent avec tant d'ardeur et si peu de résultats: au
point qu'elles ne parviennent que rarement à identifier des candidats
promoteurs et qu'elles créent de toutes pièces les bénéficiaires de leurs
largesses qui ne feront, bien souvent, que consumer les aides distribuées.

En ce sens, le secteur informel ne représenterait pas une solu- tion


alternative, ni une soluton au rabais, mais il constituerait bien le passage
obligé de politiques de développement bien comprises.

- 14-
li' li'

li'

Le phénomène ou plutôt les phénomènes que l'on range habituel-


lement sous le qualificatif d'informel recouvrent à la fois des éléments de
continuité et des éléments de rupture avec l'économie et la société
traditionnelles. Comme tous les phénomènes caractéristiques des processus
et des périodes de transition, l'ambivalence est leur caractéristique
intrinsèque.

Les éléments de continuité que sont l'entretien et l'élargissement des


liens de solidarité communautaire et la persistance des dépenses
cérémonielles peuvent bien être considérés comme des obstacles à la
transition vers l'esprit d'entreprise et la recherche du profit et de
l'accumulation. Positivement, ils peuvent être interprétés comme
l'inoculation d'une nouvelle sociabilité qu'a perdue depuis longtemps la
grande société planétaire.

Mais il Y a rupture parce que, précisément, ces mêmes éléments de


continuité ne s,ont plus articulés à un système de reproduction du pouvoir
traditionnel et qu'il y a toute chance' qu'ils en viennent au contraire à être
réinterprétés et mobilisés dans le sens d'une extension et d'une
généralisation des rapports marchands.

- 15 -
Le secteur informel en tant qu'appartenant à la sphère de la
production, contient tous les germes favorisant cette réinterprétation et l'on
peut y discerner nombre de signes de la transition. Dans la sphère de la
consommaton et de la vie sociale en général, tous les acteurs manifestent
des comportements caractéristiques de cette nouvelle sociabilité, qu'ils
participent directement ou indirectement à l'économie informelle ou qu'ils
soient de purs salariés de l'économie formelle. Mais parce que le secteur
informel a eu tendance à gagner tous les espaces et tous les aspects de
l'économie de la société à la faveur de la crise, son rôle est devenu moteur
et déterminant dans la transition. Il apparaît à la fois comme une solution
possible pour lever les blocages du développement (faisant ainsi l'objet de
politiques compréhensives et ambitieuses), et comme la matrice où se crée
cette nouvelle convivialité qu'admirent tant les contempteurs de la société
moderne et sur laquelle ils fondent leurs espoirs. Mais cette convivialité
n'est-elle pas simplement un moment nécessaire du processus de
transition? Et les signes observables de son essoufflement n'indiquent-ils
pas les limites de cette alternative à l'individualisme calculateur de l'homo
œconomicus, même si l'on peut penser que la société résultante sera
notablement différente du modèle universel qui lui est proposé?

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