Encyclopédie berbère
4 | 1986
4 | Alger – Amzwar
A171
Almoravides
L. Golvin
p. 539-542
https://doi.org/10.4000/encyclopedieberbere.2452
Index terms
Keywords : Algérie (partie nord), Espagne, Maroc, Moyen Âge
Full text
1 De al-Murabiṭūn = les gens du Ribāṭ ou encore, les gens liés par serment de mourir
pour la foi. Dynastie berbère originaire du Sahara, composée essentiellement des
Lamṭūna, des Guddāla et des Masūfa, tribus nomades appartenant à la confédération
des Ṣanhāǧa en lutte contre les Noirs du Soudan. Au moment où ces hommes voilés
(al-Mulaṯṯamūn ou al-Mutalaṯṯima) vont entrer dans l’histoire, le Maġrib est déjà sous
l’autorité des Berbères ṣanhāǧa, les Zīrides règnent en Ifrīqiya, les Ḥammadides sont
maîtres du Maġrib central, mais déjà apparaissent les bandes armées de nomades
arabes envoyés d’Égypte par le Calife fāṭimide al-Mustanṣir pour châtier le zīride al-
Mu‛izz, fils de Bādīs qui, rompant avec le Caire, avait reconnu l’autorité des ‛Abbāsides.
2 Un chef saharien a réussi à s’imposer à ses contribules : Yaḥyā, fils d’Ibrāhīm. Il part
en pèlerinage vers 427-1036, et, à son retour, il s’arrête à Kairouan, écoute les leçons du
saint Abu’Imrān al Fāsī, il lui demande un disciple assez courageux pour se rendre au
Sahara, le savant l’adresse à Wāggāg, fils de Salwī al-Lamtī qui tient école près de
Siǧilmāsa. Ce personnage lui délègue ‛Abd Allāh b Yāsīn qui accepte la vie rude du
désert pour endoctriner les hommes au voile (Ramaḍān 430-1039). L’épreuve est rude
et les premiers essais se soldent par un échec. Après la mort de disciples, dont Yaḥyā fils
de ‛Umar et de son frère Abū Bakr, ils se retirent alors dans une île où ils fondent un
Ribāṭ. Leur conduite exemplaire leur attire de nombreuses adhésions. Ils ne tardent pas
à constituer une petite armée qui s’impose aux tribus sahariennes. La rude discipline
forge des combattants farouches, convaincus de la mission qu’ils ont à accomplir et
prêts au sacrifice suprême. Le Maroc est en pleine anarchie, les succès s’avèrent assez
faciles contre les Maghrāwa ; les oasis du sud tombent entre les mains des sahariens,
mais Yaḥyā b. ‛Umar est tué en guerroyant contre les Guddāla (Muharram 445 = 21
mai-19 avril 1050), et Abū Bakr poursuit seul les conquêtes. Il attaque les Maṣmūda du
Sūs, détruit une communauté šī‛te près de Tarūdānt, s’empare d’Agmāt en 449-1057
tandis que ‛Abd al lāh b. Yāsīn s’attaque à la tribu hérétique des Barghawāta, mais il est
tué et Abū Bakr est élu chef des Almorávides 24 Gumādā 451 = 9 juillet 1059. L’action
des Soudanais l’oblige à retourner au désert. Il confie le commandement des troupes du
nord à son cousin Yūsuf fils de Tašfīn qui jusque-là l’a brillamment secondé et il
répudie son épouse la fameuse Zaynab afin que Yūsuf puisse l’épouser légalement et
utiliser au mieux sa grande connaissance de la montagne du Haut Atlas. Le mouvement
almoravide, sous l’impulsion de ce nouveau chef, va voler de succès en succès. Abū Bakr
ne pourra jamais retrouver ni son commandement, ni son ancienne épouse. Il est
contraint de retourner au désert où il mourra. En 455 =1062-3, Yūsuf fonde Marrakech.
De 1064 à 1066 il soumet le nord du Maroc ; après plusieurs tentatives, il s’empare de
Fès en 462 = 1069. Peu après, il est maître du Maroc et déborde largement sur le
Maghrīb central. En 175 = 1082-3, il est à Alger, dans le territoire des Ḥammādides. A
cette époque, les Banū Hilāl infestent les campagnes, les Zīrides, impuissants, sont
enfermés dans Mahdiya, le contrôle du pays leur échappe, les Ḥammādides ont
abandonné la Qal‛a et se sont installés à Bougie d’où ils ne peuvent pratiquement pas
sortir. Les Almoravides pourraient sans doute être les sauveurs miraculeux du Maghrīb,
mais leur fortune les appelle en Espagne où le morcellement du pays en petites
communautés indépendantes et souvent hostiles les unes aux autres, ne permet guère
de lutter efficacement contre les entreprises des Chrétiens de plus en plus menaçants.
L’empire almoravide.
3 Après bien des hésitations, Yūsuf répond enfin à l’appel angoissé de al-Mu‛tamid, le
roi de Séville. Il passe le détroit, débarque à Algésiras et remporte sur Alphonse VI la
bataille de Zallaqa 479-1086, mais il s’en retourne au Maroc d’où il devra sortir une
seconde fois, la pression des Chrétiens se faisant plus menaçante encore après son
départ. Les troupes almorávides subissent un premier échec à Aledo 481-1088. Yūsuf,
furieux de l’attitude des petits princes d’Espagne, dépose un à un ces roitelets sur
lesquels il est impossible de compter. La troisième campagne andalouse de Yūsuf est
une longue suite de succès. Tarifa 1090, Cordoue 1091, rentrent sous la tutelle
almoravide, Séville est arrachée des mains du roi-poète al-M‛utamid qui mourra en exil
à Aghmāt*. Les petits royaumes sont soumis, tel celui de Badajoz, 1094, mais Valence,
défendue par le Cid Campeador, résiste.
4 La quatrième campagne, celle de 490-1097, voit la prise de Valence que Chimène, la
veuve du Cid, essaye vainement de défendre. Seul le royaume de Saragosse (la vieille
Marche supérieure) est toléré par Yūsuf qui prend le titre de Amīr al-Muslimīn. Il
meurt peu après en Muḥarram 500 = septembre 1106.
5 ‛Ali, le fils et successeur de Yūsuf, né à Ceuta en 1083, reprend la lutte. En 503 =
1109-10, il annexe le royaume de Saragosse après la mort en combat de son roi, al-
Must‛ayn ; l’ère des succès est cependant close.
6 Après l’annexion des Baléares, l’effort des Chrétiens, mieux coordonné sous
l’impulsion d’Alphonse le Batailleur, oblige les Musulmans à se replier et à abandonner
l’Aragon. Les incursions en Andalousie se multiplient, les Génois s’emparent de
Majorque, 509 =1115-16. ‛Alī b. Yūsuf* doit se placer en position de défensive. Un autre
danger le menace de l’intérieur : le mouvement almohade prend corps dans la
montagne du Haut Atlas, le Mahdī Ibn Tūmart menace la capitale ; en 524 =1130, ‛Abd
al-Mu’min a pris le commandement des insurgés.
7 ‛Alī se replie sur Marrakech, il se confie sans réserve aux fuqahā, de son entourage. Sa
piété ne lui interdit cependant pas de goûter les plaisirs du confort andalou. Il a fait de
Marrakech une brillante capitale où le luxe des monuments témoigne du goût du
souverain qui a, par ailleurs, doté les mosquées de Tlemcen et de Fès (la Qarawiyyīn)
d’un décor somptueux emprunté aux plus beaux monuments d’Andalousie. A la cour
vivent des savants et des littérateurs andalous protégés par le souverain ; mais, à sa
mort survenue en 537 = 1142-3, il laisse une succession bien compromise à son fils
Tašfīn qui ne pourra pas plus s’opposer aux succès almohades (il meurt en 541 = 1146-
7) que ne le pourra Ibrāhīm fils de Tašfīn, au demeurant un incapable. En 541 = 1146-7,
la prise de Marrakech par ‛Abd al-Mu’min met un terme à la dynastie.
Intérieur et Mihrab de la grande mosquée almoravide de Tlemcen (photo M. Bovis).
Kubba Baadiyn à Marrakech (photo H. Terrasse).
Bibliography
Ibn al-H1āṭib (Lisān al-Dīn), Al-Iḥata, manuscrit de la Bibliothèque de L’Escurial, n° 1673-74
Aḥmad b. H1alid, Istiqsā, trad. Fumey, archives marocaines, t. IX et X, Paris, Leroux, 1907.
Al-Marrakuschī, « Al-Mu’ǧib », éd. Dozy, trad, franc. Fagnan, Revue africaine, t. XXXV-
XXXVII, 1981-1983.
Ibn al-‛Aṭīr, « Kamīl », éd. Tomb, trad, franc. Fagnan, Revue afric, t. XLI à XLV, 1987.
Ibn ‛Idārī, Al-Bayān al-Mughrib, éd Dozy, trad, franc. Fagnan, Alger, 1901-1914.
Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, trad, de Slane, Paris, P. Geuthner, I, 1925 ; II, 1927 ; III,
1934 ; IV, 1936.
Al-Makkari, Nafh’al-T’īb, éd. Le Caire, 4 volumes, 1369 (1949).
Al-Bakrī, Description de l’Afrique septentrionale, trad, de Slane, Paris, Maisonneuve, 1965.
Al-IdrīSī, Description de l’Afrique et de l’Espagne, trad. Dozy et de Goeje, Leiden, Brill, 1968
List of illustrations
Title L’empire almoravide.
http://journals.openedition.org/encyclopedieberbere/docannexe/image/2452/img-
URL
1.png
File image/png, 333k
Intérieur et Mihrab de la grande mosquée almoravide de Tlemcen (photo M.
Title
Bovis).
http://journals.openedition.org/encyclopedieberbere/docannexe/image/2452/img-
URL
2.png
File image/png, 1.8M
Title Kubba Baadiyn à Marrakech (photo H. Terrasse).
http://journals.openedition.org/encyclopedieberbere/docannexe/image/2452/img-
URL
3.png
File image/png, 1.1M
References
Bibliographical reference
L. Golvin, “Almoravides”, Encyclopédie berbère, 4 | 1986, 539-542.
Electronic reference
L. Golvin, “Almoravides”, Encyclopédie berbère [Online], 4 | 1986, document A171, Online since
01 December 2012, connection on 21 February 2023. URL:
http://journals.openedition.org/encyclopedieberbere/2452; DOI:
https://doi.org/10.4000/encyclopedieberbere.2452
About the author
L. Golvin
By this author
Botr [Full text]
Article B90
Published in Encyclopédie berbère, 10 | 1991
Buluggīn B. Zīrī [Full text]
Article B114
Published in Encyclopédie berbère, 11 | 1992
'Abd al-Mu'min fils de 'Alī, fils de 'Alwī, fils de Ya'lā al-Kūmī Abū Muḥammad [Full text]
Article A10
Published in Encyclopédie berbère, 1 | 1984
Ašir [Full text]
Article A294
Published in Encyclopédie berbère, 7 | 1989
Badis [Full text]
(Émir zīride)
Article B11
Published in Encyclopédie berbère, 9 | 1991
Barānis [Full text]
Article B32
Published in Encyclopédie berbère, 9 | 1991
All documents
Copyright
All rights reserved