L’inconscient
Cours
Sommes-nous gouvernés par notre inconscient ?
Dans un premier temps, il semblerait évident de dire que l’homme est en permanence
présent à lui-même, qu’il peut accéder à une connaissance totale de lui-même et qu’il a
conscience de ses actions et de ses pensées. Pourtant, il existe des moments où la conscience
de l’homme s’endort et son inconscient prend le dessus. C’est ce que l’on appelle l’inconscient
philosophique. Durant ces moments, les informations conscientes deviennent inconscientes et
l’homme agit par automatismes, par reflexes… ses actions lui échappent jusqu’à ce qu’il y porte
son attention et redevienne conscient. L’inconscient philosophique est passif, il n’agit pas dans
l’homme. Mais l’évolution de la pensée dans l’histoire a permis de découvrir une autre forme
d’inconscient, l’inconscient psychique. Celui-ci est dynamique, actif. Il agit en permanence dans
l’homme en même temps que sa conscience. On pourrait même dire que les actions
conscientes trouvent leurs sources dans l’inconscient. Ainsi, l’homme ne serait plus réellement
libre de ses décisions et de ses actions, il serait en réalité dirigé par son inconscient.
Sommes-nous gouvernés par notre inconscient ? L’homme est-il transparent à lui-même ? Si
l’inconscient nous gouverne pouvons-nous encore nous estimer libre et responsables ?
I. L’inconscient, une hypothèse nécessaire et légitime
a) La psychanalyse, une découverte scientifique
Texte 1 du corpus de textes.
L’hypothèse de l’inconscient a d’abord émergée avec Sigmund Freud que l’on
surnomme le « père de la psychanalyse ». Ce médecin d’origine autrichienne était étonné de ne
pas trouver de cause physiologique aux symptômes de ses patients. Il a donc considéré que la
cause devait être psychique. C’est à ce moment qu’il forge son hypothèse de l’inconscient. Or
celle-ci n’est qu’une hypothèse et pour essayer de faire face à la critique de l’époque, Freud va
alors propulser son hypothèse au rang de théorie scientifique.
Dans son Introduction à la psychanalyse rédigé en 1916, il indique que l’histoire de
l’humanité a connu trois grandes révolutions et que celles-ci ont permis à l’humanité
d’atteindre une connaissance véritable du monde. La première révolution a été effective avec
Copernic, quand il a défendu l’idée que la Terre n’était pas le centre de l’univers. Les hommes
pensaient qu’ils étaient le centre, ils ont dû faire face à ce nouveau savoir et ont critiqué
vivement Copernic qui avait pourtant raison. La deuxième révolution s’est déroulée avec
Charles Darwin et sa théorie de l’évolution. À nouveau, les hommes ont critiqué Darwin et
pourtant sa théorie est aujourd’hui le fondement de notre savoir biologique. Freud considère
que la découverte de l’inconscient est la troisième révolution scientifique. Il a réussi à découvrir
que la conscience n’est pas l’unique précédé qui fabrique des pensées dans le psychisme
humain. Même si aujourd’hui il est critiqué, il sait que sa théorie finira par être acclamée. Il
insiste aussi sur le fait que son hypothèse est scientifique puisqu’elle a recours à des
expériences et elle peut être vérifiée sur tout le monde.
b) L’inconscient prend le dessus sur la conscience
Avec son hypothèse de l’inconscient, Freud a montré que « le moi n’est plus maître dans
sa propre maison » (Introduction à la psychanalyse, 1916). Il existe donc dans tout
psychisme humain un mécanisme inconscient qui produit des pensées et dirige l’homme
dans ses actions. Comment est constitué le psychisme humain ?
- Le ça : C’est le réservoir des pulsions. Tout homme naît et grandit avec des pulsions
d’ordre sexuelles mais aussi d’autoconservation. Ses pulsions sont inconscientes et
cherchent à tout prix à s’exprimer. Elles sont constamment présentes et actives.
- Le surmoi : C’est les règles et les interdits sociaux internalisées par l’homme. Quand
l’homme grandit, ses parents et sa société lui apprennent que ses pulsions ne doivent
pas être satisfaites et qu’il doit les censurer. Plus tard, cette censure devient
entièrement interne et inconsciente.
- Le moi : Manifestation du psychisme humain. Le moi est un résultat du conflit
permanent entre le principe de pulsions (ce que l’homme cherche à faire pour
satisfaire ses pulsions) et le principe de réalité (ce que l’homme fait réellement pour
être conforme à sa société)
c) Les manifestations de l’inconscient
L’individu n’a pas accès à son inconscient, il ne sait pas ce qui se passe dans ce mécanisme et
il n’a aucune idée de ce que sont ses pulsions (ça) ou de comment ses pulsions influencent et
dirigent ses actions. Si l’inconscient est inaccessible à l’individu, il peut pourtant constater des
manifestations de cet inconscient dans son quotidien. Ces manifestations sont toujours des
déformations de l’inconscient originel. Parmi elles, nous pouvons retrouver :
- Les rêves
- Les psychoses (schizophrénie, obsessions…)
- Les névroses (stress)
- Les lapsus (dire un mot à la place d’un autre)
- Les actes manqués (oublier de faire quelque chose. Par exemple : ne pas prendre son
cartable avec soi à l’école)
- La sublimation (activité socialement valorisée et acceptée comme l’art, le sport et le
travail, par laquelle l’individu exprime son inconscient de manière transformée)
Durant les premières années de sa vie, l’homme va passer par différent stages dans lesquels il
appréhende le monde qui l’entoure. Ces stages sont formateurs pour son inconscient puisqu’ils
vont déterminer son moi (ce qu’il veut faire V/S ce qu’il n’a pas le droit de faire). Il passe
d’abord par le stade oral puis anal et enfin phallique. Il doit apprendre à maîtriser ses
besoins/désirs et risque d’être bloqué dans une de ces phases, ce qui va avoir des répercussions
sur le reste de sa vie et de ses choix.
Par ailleurs, Freud a développé le complexe d’œdipe. Œdipe est un personnage de la
mythologie grecque qui a été destiné par un oracle à épouser sa mère et à tuer son père. Freud
considère que chaque humain arrivé au stade phallique (désirs sexuels) va chercher à satisfaire
ce désir sexuel. C’est pourquoi il cherche à satisfaire son désir avec le parent du sexe opposé et
a une envie d’éliminer le parent du même sexe qui lui empêche de réaliser ce désir puisqu’il est
un obstacle. Toute sa vie, l’individu va rechercher un partenaire qui ressemble à son parent de
sexe opposé.
II. Les limites de l’hypothèse de l’inconscient
a) Le dilemme de la responsabilité.
Supposer la présence de l’inconscient c’est dire que nos actions et nos pensées sont
contrôlées par cet inconscient. Les comportements de l’individu ne sont pas choisis
consciemment, ils sont provoqués par ses pulsions. Comment pouvons-nous encore dire que
l’homme est libre à ce moment ? N’est-il pas plutôt gouverné par son inconscient ? S’il ne
choisit pas ses actions ou ses pensées, est-il responsable de leurs conséquences ?
C’est le dilemme que suppose l’hypothèse de l’inconscient. L’homme n’est pas responsable
de ses actions, c’est son inconscient qui l’est et il ne le sait même pas. L’homme ne doit donc
pas être accusé pour les actes immoraux ou illégaux qu’il commet si l’on veut considérer que
son inconscient en est responsable.
b) Une hypothèse contradictoire
Si l’homme ne veut pas assumer les conséquences de ses actions et en être responsable,
s’il rejette la faute sur son inconscient, c’est qu’il est de mauvaise foi. L’homme est un être libre
par nature, il fait des choix. Le problème est que sa liberté provoque en lui une angoisse parce
qu’il sait que le choix qu’il va prendre va avoir des conséquences sur sa vie et qu’il va devoir les
assumer. Pour éviter de ressentir cette angoisse, l’homme s’imagine qu’il a un inconscient qui
est fautif (exemple : je suis devenue professeur à cause du stade oral et non pas par choix). Il
devient plus facile pour lui de faire face à la réalité que d’assumer la responsabilité de ses choix.
Par cette idée de mauvaise foi, SARTRE nie la présence de l’inconscient et dit qu’il est imaginé
par l’homme. Il va réfuter l’hypothèse de Freud en disant que son hypothèse est contradictoire
et par suite, si l’hypothèse est contradictoire c’est-à-dire qu’il ne peut pas exister.
Ce qui est contradictoire dans l’hypothèse de l’inconscient c’est le fait que le surmoi, supposé
en faire partie, ne peut pas censurer les pulsions s’il n’est pas lui-même conscient. En d’autres
termes, le surmoi ne peut pas être inconscient s’il fait un choix ; il doit nécessairement avoir
conscience de ce qu’il choisit puisque ce choix n’est pas fait au hasard.
SARTRE prouve donc par son raisonnement que Freud avait tort et que l’homme cherche juste à
échapper à sa responsabilité en supposant la présence d’un inconscient qui le contrô
c) Une hypothèse pseudo-scientifique
Texte 3 du corpus
Une autre critique peut être faite au raisonnement de Freud. Le père de la psychanalyse
cherche à rendre son hypothèse scientifique. Il parle d’ailleurs d’expériences qui peuvent être
vérifiées et veut se ranger aux côtés de Copernic et de Darwin. Or une théorie pour être dite
scientifique doit contenir en elle la possibilité d’être réfutée ou infirmée. On appelle cette
possibilité le critère de falsifiabilité. Ce critère a été élaboré par POPPER et montre bien le but
d’une théorie scientifique qui n’est pas d’apporter une vérité et un savoir absolus mais plutôt
d’être en évolution constante et de toujours chercher à s’améliorer. Pour être dite scientifique
une théorie doit :
- Avoir la possibilité d’être réfutée à un moment dans l’histoire
- Pouvoir faire l’objet d’expérimentation (c’est-à-dire reproduire une expérience dans
des conditions artificielles pour arriver à une conclusion qui vérifie la théorie)
L’hypothèse de l’inconscient ne répond pas au critère de falsifiabilité parce qu’on ne peut pas
réellement réfuter sa présence (on ne peut pas non plus la prouver) ni au critère
d’expérimentation (on ne peut pas faire des expérimentations sur des humains) pour vérifier les
conséquences.
III. La liberté humaine face au déterminisme psychique.
a) Le déterminisme n’est pas la fatalité
Texte 3 du corpus
Malgré les critiques portées à l’inconscient, on ne peut tout de même pas nier totalement
sa présence ou du moins la présence d’un système psychique qui influence nos pensées et nos
actions. Pourtant, l’influence de l’inconscient n’est pas pour autant une fatalité. (La fatalité est
le fait que les actions/choix soient écrits à l’avance et qu’on ne puisse pas les modifier). Si notre
inconscient se forme dans notre enfance notamment durant les 3 stades (oral, anal, phallique),
le moi qui apparaît alors n’est pas figé et définitif. Les choses déterminées par l’inconscient
n’arriveront pas coûte que coûte. C’est pourquoi on dit que l’inconscient est plus de l’ordre du
déterminisme que de la fatalité. L’homme peut modifier le cours de sa vie, l’influence de
l’inconscient sur ses choix. Il peut prendre conscience des traumatismes, des psychoses et des
névroses qui le paralysent ou ont des conséquences néfastes sur lui et sur son entourage.
b) La cure analytique permet d’accéder à la connaissance de soi
Prendre conscience de la source de ses traumatismes ou autres nécessite un agent externe
à nous qui va jouer l’effet miroir, dans lequel nous pouvons nous regarder et réaliser ce qui
nous empêche d’avancer. C’est le psychanalyste qui joue le rôle du miroir. Durant une séance
de psychanalyse, tout au long de la cure psychanalytique, le patient est mené à raconter sa vie,
son enfance et ses rêves. Les rêves contiennent des informations primordiales pour
comprendre l’inconscient. Freud dit qu’ils sont « la voie royale de l’inconscient ». Le
psychanalyste va interpréter leur contenu manifeste (ce qui se voit) pour en dégager le contenu
latent (ce qui s’y cache). Il y a alors une compréhension du comportement humain (pourquoi le
patient se comporte comme ceci) qui s’éloigne de l’explication (comment se forment les
comportements).
Une fois l’interprétation complétée, le patient va lier les informations qu’il énonce lui-
même pour faire une libre association et comprendre ce qui se passe en lui. Il risque à ce
moment de transférer ses émotions/pulsions envers le psychanalyste parce que plus il se
rapproche de son inconscient et plus celui-ci devient opaque et cherche à se protéger en
s’attachant à son thérapeute.
c) Le sujet se définit lui-même par ses actes et sa responsabilité
Pour finir, il faut comprendre que l’être humain ne peut pas être gouverné totalement
par son inconscient. Il a quand malgré tout une part de responsabilité, une part de choix dans
sa vie. Si l’homme est gouverné par son inconscient, cela implique qu’il est défini par cet
inconscient qui lui dicte dès son enfance ce qu’il va faire et que ce qu’il est (son moi) est formé
depuis ses premières années de vie. Or l’essence d’un être humain ne peut pas être définie à
l’avance, elle n’est pas figée.
L’essence c’est ce qui définit une chose, c’est ce qui reste après avoir enlevé toutes les
caractéristiques secondaires. L’essence d’un objet est simple à déterminer, elle préexiste sa
création. Par exemple, j’ai en tête l’image du crayon, pourquoi j’en ai besoin = pour écrire, et
ensuite je le fabrique. En revanche, l’essence de l’être humain vient après son existence. Elle est
en perpétuelle redéfinition, elle est faite de chaque choix que l’homme, à tout moment.
SARTRE va alors dire dans L’existentialisme est un humanisme, que « l’existence précède
l’essence ». On ne peut pas considérer que la conscience est l’essence de l’homme, encore
moins son inconscient. Son essence (sa définition) est singulière et dépend de chaque
expérience, pensée et choix qu’il fait.