Cours de culture générale en prépa
Cours de culture générale en prépa
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PTIMUM
Collection dirigée par Fabien Fichaux
Le cours de culture
générale en prépa
(1re et 2e années/ECE/ECS/ECT)
Nicolas Lacaze
Agrégé de Lettres classiques
Enseigne la culture générale en classes préparatoires économiques et commerciales
À Théo,
ISBN 9782340051393
©Ellipses Édition Marketing S.A., 2017
32, rue Bargue 75740 Paris cedex 15
Avertissement
Voici un ouvrage destiné aux étudiants des classes préparatoires aux concours des
écoles de commerce. Il correspond au programme de culture générale de 1re année,
qui vise à retracer l’évolution de la pensée occidentale, et reste fondamental en
2e année. La maîtrise de ce programme est essentielle pour réussir les trois types
d’épreuves écrites proposées aux candidats, qui sont la dissertation de culture
générale, la contraction et la synthèse de textes, et les épreuves orales d’admission,
qui nécessitent une bonne culture générale.
Ce Cours de culture générale traite tous les thèmes au programme et constitue en
même temps un guide méthodologique. Il vise à familiariser les étudiants avec la
méthode de la dissertation de culture générale. En effet, ils sont sollicités pour
réfléchir par eux-mêmes, par un parcours plutôt interactif. L’étude des sujets
proposés permet d’élaborer des pistes de réflexion et d’intégrer des auteurs et des
œuvres de la tradition, à la fois dans le domaine philosophique et littéraire, et d’as-
similer un fonds culturel propre à soutenir la réflexion. Une telle approche permet-
tra aux étudiants d’aborder avec confiance et curiosité ce programme et d’y trouver
le plaisir de penser par soi-même. Loin de se substituer au cours du professeur, cet
ouvrage renforcera leur entraînement autonome, pour qu’ils réussissent au mieux
cette épreuve, après avoir parcouru des grands moments de l’histoire de la pensée.
Un ouvrage complémentaire, du même auteur, aux Éditions Ellipses, permet de
se former parallèlement à l’épreuve de contraction de textes, en suivant le même
programme.
Avant-propos
La culture générale
Cette culture est dite « générale » : elle invite ainsi chacun à se sentir libre de
penser par soi-même avec sa propre culture les problèmes de notre temps, mais
aussi à enrichir cette pensée personnelle en la confrontant à de grands courants
de pensée, à des grands œuvres, principalement issus d’une tradition occidentale,
mais pas exclusivement. Elle puise plutôt à un patrimoine commun de l’humanité
et permet de se relier à lui. L’homme n’a jamais cessé de s’interroger sur son passé,
ni de s’étonner de son présent. C’est cette interrogation que les étudiants sont invi-
tés à poursuivre méthodiquement pour eux-mêmes.
Une des tâches à accomplir pendant ces deux années est de développer sa curio-
sité et de s’informer sur cette tradition culturelle. Une autre est de réfléchir sur ce
matériau. Il s’agit moins d’augmenter une banque de données que de se l’appro-
prier, la ressentir et la confronter au monde d’aujourd’hui. La philosophie amène
un questionnement intellectuel, mais à cet esprit de géométrie, il faut joindre un
esprit de finesse : l’intelligence n’est pas seulement conceptuelle, elle se nourrit
d’une sensibilité. D’où l’importance de la lecture d’œuvres littéraires, et une curio-
sité pour tout support culturel : cinéma, peinture… Les étudiants sont ainsi invités à
envisager toute période historique comme un moment de la pensée, au sens large :
les idéologies, au sens de courants de pensées, mais aussi toutes les formes cultu-
relles qui leur sont associées.
Il s’agit alors de développer à partir de là une pensée personnelle, c’est-à-dire à
penser par soi-même en travaillant sa pensée : étymologiquement, penser, c’est
le latin pensare, « peser ». La pensée délibérative n’est-elle pas comparable à un
mouvement de balancier ? Les étudiants aiment parfois reproduire la pensée des
autres mais cela ne suffit pas. Le vrai travail consiste à prendre à bras-le-corps
un sujet, à s’y intéresser le plus profondément possible le temps d’une épreuve, à
manier, creuser les concepts, à jongler avec les idées, à dialoguer avec la pensée des
autres, pour parvenir à faire surgir et argumenter une opinion personnelle. Se posi-
tionner, s’affirmer : comment je me situe, moi, étudiant d’aujourd’hui par rapport à
telle question, tel problème soulevé, telle tradition culturelle ? Cela revient à passer
d’une passivité réceptive à une activité intellectuelle. C’est un effort, qui n’est pas
naturel.
Avant-propos
Une épreuve…
f … à découvrir
f … à réussir
Cette épreuve de dissertation vise à apprécier les capacités des étudiants à faire
preuve d’une réflexion autonome et éclairée, à conduire un raisonnement cohé-
rent, et à exploiter ses connaissances en philosophie et littérature. À cet égard, les
rapports des jurys sont clairs : « On attend du candidat qu’il utilise au mieux les
compétences acquises dans les différents domaines littéraire et philosophique sans
qu’il soit question de privilégier l’un ou l’autre des aspects. »
Avant-propos
f … où s’investir
Une méthode…
f … pour avancer
f … pour s’entraîner
Voici donc une variété de sujets de dissertation abordés, qui peuvent nourrir
la réflexion personnelle tout au long de l’année scolaire, en parallèle de l’ensei-
gnement reçu, pour s’exercer à affronter le concours. Chacun est donc libre de
travailler la séquence de son choix, selon l’ordre choisi par le professeur de culture
générale.
Séquence préliminaire
Méthodologie
de la dissertation
La culture générale est validée au concours par une dissertation, qui s’apparente
à la dissertation philosophique de Terminale, au sens où il faut savoir rigoureuse-
ment questionner, définir, déduire et être certain de ce dont on parle. Mais les réfé-
rences sont à puiser autant en littérature, en art qu’en philosophie. La dissertation
n’est pas une pure abstraction logique, une démonstration mathématique : elle
relève de l’écriture argumentative.
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Le sujet peut prendre la forme d’une question, d’un ou plusieurs concepts juxtapo-
sés ou reliés par « et », par « ou », ou bien consister en un énoncé court, voire une
citation sans le nom de l’auteur.
f Le sujet-question
Il est judicieux de faire une étude conceptuelle pour voir surgir les ambiguïtés de
sens, les valeurs positives ou négatives du terme en question. Pour y parvenir, il est
utile de le mettre en contexte dans des expressions de la vie courante, de chercher
ses antonymes. Dans le cas d’un couple de concepts, cette démarche est également
appropriée. Les deux termes peuvent être juxtaposés, comme La religion, l’État, ou
reliés par une conjonction de coordination, « et » ou bien « ou ». Dans ce cas, il est
demandé d’établir ce qui peut les réunir ou les éloigner. Par exemple, au concours
Ecricome de 2011 a été proposé le sujet suivant : Pauvreté des images, richesse de
l’imagination. La juxtaposition des deux expressions invite à envisager tous les
liens d’opposition, de ressemblance, mais aussi de complémentarité.
f Le sujet-expression
sens. Par exemple, un sujet proposé au concours Ecricome de 2010 était : La rigueur
des lois. Il s’agit de parler des lois, mais dans tous les domaines (politique, mais
aussi nature, science…) et d’explorer ce que l’on peut appeler « rigueur. »
f Le sujet-citation
Dans le cas d’une citation sans nom d’auteur, la citation est à prendre de façon très
générale. Bien entendu, la connaissance de l’auteur est toujours un plus ! Prenons
par exemple le sujet suivant : La vie n’est pas belle, les images de la vie sont belles. La
citation a été donnée au concours Ecricome de 2009 sans nom d’auteur. Il s’agit
de Schopenhauer. Même si l’étudiant ignore absolument cette référence, la phrase
marque un certain pessimisme qui peut effectivement faire penser à lui.
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Dans le cas d’une citation avec auteur, la connaissance de l’auteur n’est pas non plus
obligatoire, mais elle peut naturellement favoriser la compréhension du sens et
surtout du contexte dans lequel l’idée a été exprimée, et permettre de faire émerger
un débat ancré dans une réalité historique.
Le travail consiste alors à analyser tous les termes clés et leur lien syntaxique,
comme pour un sujet sous forme d’énoncé.
Pour plus d’informations, vous trouverez page suivante les annales des concours
(2009-2016).
N.B. : Les sujets de dissertation portent sur le thème de deuxième année, mais les
concours Ecricome proposent un choix entre un sujet sur le thème de deuxième
année et un sujet sur le thème de première année, que nous avons mis en gras.
f L’introduction
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Annales des concours
2015 La vérité Crépuscule de la vérité La fidélité au réel définit- Pourquoi punir ? En quel sens peut-on dire
elle le vrai ? d’une chose qu’elle est vraie ?
2016 La nature La nature est-elle l’Un ? Faut-il renoncer à l’idée de Les rêveurs sont-ils Le spectacle de la nature nous
nature ? inutiles ? révèle-t-il quelque chose de
nous-mêmes ?
11/08/2017 11:50
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f Le développement
z À faire
Voici quelques conseils, qui peuvent paraître un peu didactiques, mais s’avèrent
néanmoins utiles : argumenter constamment, ne pas se contenter d’une progres-
sion historique, et orienter toute information vers un objectif. Justifier et analyser
la moindre référence. Situer précisément les événements dans le temps et l’espace.
Expliciter les liens logiques. Pour les citations, citer l’extrait avec exactitude et indi-
quer le nom de l’auteur. Séquence préliminaire • Méthodologie de la dissertation
z À éviter
Il est préférable d’éviter toute allusion non explicitée, toute contradiction, toute
référence trop facile et superficielle à l’actualité, un fait divers, une émission… Ne
pas reposer la problématique de l’introduction au cours du développement.
f La conclusion
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f La présentation
Comment procéder ?
Séquence préliminaire • Méthodologie de la dissertation
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Ensuite, on peut prendre du recul, adopter une attitude plus extérieure, objective,
à partir des mots-clés du sujet, en se demandant par exemple : « Quel est le sens,
courant et étymologique, des termes en jeu ? » Cela consiste à identifier et analyser
les mots-clés, les définir le plus précisément et le plus complètement possible, et en
déduire ce qu’ils impliquent et présupposent.
Ce travail vise à cerner le sujet : faire émerger tous les questionnements suscités
par le sujet, tous azimuts, sans préjugé, et relier le sujet à du concret, établir la rela-
tion entre tous les termes de l’énoncé.
Une telle question permet d’adopter une démarche plus critique, de se faire « l’avo-
cat du diable », pour remettre en cause la validité de ce qui est dit, en prenant du
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Cela consiste à envisager une progression logique en 3 parties qui suivent une argu-
mentation dialectique, c’est-à-dire le mouvement naturel de la pensée. La 1re partie
argumente un point de vue sur le sujet jusqu’à ce que l’on bute sur une limite :
comme nous l’avons dit précédemment, à un moment, ce qui est démontré ne peut
plus être valable universellement ou bien ne tient pas compte de toutes les signifi-
cations du sujet. C’est alors qu’il faut opérer un changement de perspective qui va
amener une autre orientation de la réflexion. De même, la troisième partie va se
présenter naturellement comme un dépassement des précédentes.
Suivre les étapes de l’introduction telles qu’elles ont été définies plus haut !
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Séquence n° 1
L’héritage de la pensée
grecque et latine
Approche conceptuelle
Quel enjeu ?
L’héritage, dans ce titre, signifie : « ce qui est transmis par les générations précé-
dentes, ce qui est reçu par tradition. » (Trésor de la langue française) C’est l’en-
semble d’un patrimoine culturel qui vient de l’Antiquité.
La pensée, signifie ici : « l’ensemble des idées, des façons de penser propres à une
époque » (TLF). Cela représente plusieurs domaines : philosophique, politique,
littéraire, artistique, religieux…
Grecque et latine : nous les associons aujourd’hui sous le terme d’« Anciens »,
dans une tradition qui date du xvie siècle, car les Romains se sont imprégnés de la
culture grecque. Cependant, les deux civilisations sont très différentes sur le plan
des idées.
Axe de réflexion
Pour traiter un sujet aussi vaste, il convient de se focaliser sur une notion centrale :
nous avons choisi la notion de mythe. Car c’est à travers la transmission et la survie
de ses mythes que la pensée grecque et romaine a pu parvenir jusqu’à nous.
Cette étude permettra :
– de mettre en évidence un paradoxe : comment peut-on justifier que la culture
d’aujourd’hui tournée vers l’avenir et les nouvelles technologies, éprouve le
besoin de s’intéresser à des mythes, c’est-à-dire des fictions très anciennes ?
– d’approfondir la question : quels mythes perdurent ? Quelle fonction
remplissent-ils ? Ont-ils été transformés ? Comment sont-ils utilisés pour faire
réfléchir sur notre monde moderne ?
Approche conceptuelle
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Objectifs
À partir des expressions suivantes qui utilisent couramment le mot, puis de l’éty-
mologie, essayons de montrer la polysémie du concept : mythe de l’âge d’or, de
Prométhée, d’Œdipe, du Progrès, napoléonien, mythe de la caverne, de la femme…
f Mythe de la caverne
f Mythe de l’argent
Séquence n° 1 • L’héritage de la pensée grecque et latine
C’est une manière d’idéaliser l’argent, de lui donner une place prépondérante.
Ici, mythe signifie « représentation idéalisée et fausse d’une idée à laquelle on
conforme une manière de penser » (TLF).
Dans cette perspective, le mythe représente un fantasme qui s’écarte de la réalité.
Dans le même ordre d’idées, on parle de « mythomanie ». Le mythe se rapporte à
l’imaginaire.
De même, on parle de « mythe de la femme » : c’est une représentation idéale de la
femme, incarnant l’éternel féminin.
Ici, le terme de « mythe » désigne un « modèle parfait, un type idéal, représen-
tant des symboles inhérents à l’homme ou des aspirations collectives » (TLF). Par
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f Mythe du progrès
C’est une croyance dans le progrès, une idéalisation, qui oriente la vie quotidienne
et l’avenir.
Ici, le mythe correspond à une « aspiration fondamentale de l’homme, un besoin
métaphysique. » (TLF).
Dans cette perspective, le mythe donne une dimension sacrée, religieuse à une
idée abstraite. Il est lié à l’existence humaine, au besoin de croire.
C’est l’évocation dans l’Antiquité grecque d’un âge passé, où la terre donnait tout
aux hommes, contrairement à l’époque actuelle.
Ici, le mythe est un récit des origines, qui vise à expliquer le mal actuel.
Dans cette perspective, on parle de mythe cosmogonique, qui relate la naissance du
monde. Le mythe, loin d’être une fantaisie, a un rôle fondateur.
f Mythe de Prométhée
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f Mythe et mythologie
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f Bilan
Partons des expressions courantes : « raisonner, avoir raison, avoir des raisons,
rationaliste, raisonnable, ramener à la raison ».
f Raisonner
f Avoir raison
La raison est aussi la faculté de bien juger, de discerner le vrai du faux. Elle a une
portée morale et correspond à la mesure, opposée à toute forme de démesure, de
passion ou de folie.
On peut avoir des bonnes et des mauvaises raisons : ce sont alors des motifs, des
justifications.
f Rationaliste
Est rationaliste celui qui croit que la raison permet de comprendre le monde et
rejette toute forme de superstition ou de croyance en l’irrationnel. On appelle
aussi rationaliste celui qui croit qu’il y a des principes innés, comme le principe
de causalité.
Mais la raison a-t-elle une si grande portée ? Le réel est-il rationnel ? Ne relève-t-elle
Approche conceptuelle
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f L’étymologie
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Repères historiques
La Grèce
L’objectif de cette partie est de rappeler des étapes clés de l’évolution historique
du monde gréco-romain. Nous allons le faire en mettant l’histoire en relation avec
le mythe. Le mythe peut-il nous renseigner sur l’histoire ? La question est para-
doxale, puisque tout oppose a priori mythe et histoire. L’un a recours au merveil-
leux, l’autre à la vérité.
Nous choisirons deux axes de réflexion :
– Dans quelle mesure alors l’écriture ou la réécriture d’un mythe éclaire-t-elle
son époque ?
– Qu’en est-il de la naissance et de la survie des mythes sur une période de
2 300 ans d’histoire ?
Voici quelques repères chronologiques de l’Antiquité grecque, avec un rappel des
principaux mythes qui ont jalonné cette histoire.
Une lente vague d’immigration amène les premiers hommes parlant le grec, d’Ana-
tolie vers la Grèce du nord. C’est l’époque de la civilisation crétoise, minoenne,
du nom du roi Minos, célèbre pour le palais de Cnossos en Crète. Fils de Zeus et
d’Europe, il est prêtre de Zeus et roi de Crète, père d’Ariane et de Phèdre.
Le mythe du Minotaure lui est associé. Minos prie Zeus de faire surgir un taureau
pour montrer par un sacrifice qu’il avait la faveur des dieux. Poséidon lui envoie un
magnifique taureau blanc ; Minos l’épargne alors et en immole un autre à sa place.
Alors, Poséidon anime le taureau d’une fureur telle qu’il dévaste le territoire et
inspire à Pasiphaé une passion pour le taureau. De cette union naît le Minotaure,
une créature à tête de taureau et au corps d’homme.
Repères historiques
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Une vague d’envahisseurs venus d’Asie, les Achéens, s’installe à Mycènes, conquiert
la Crète et détruit Cnossos en -1370.
Les événements de la guerre de Troie (-1230 ou -1180) correspondent sans doute
à une invasion dorienne qui mit fin à la civilisation mycénienne et a duré dix ans.
Cette époque est suivie des Ages obscurs : -1230 à -800. C’est une période dont on
ne sait pas grand-chose.
L’œuvre d’Hésiode (viiie siècle) caractérise cette époque : il écrit deux poèmes
Séquence n° 1 • L’héritage de la pensée grecque et latine
Aux viie et vie siècles, les penseurs dits « présocratiques » cherchent à émanciper
la connaissance du mythe.
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z Repères historiques
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z La tragédie grecque
mythique, et subit l’influence de la poésie archaïque Elle retrace les légendes des
héros. En fait, les tragiques adaptent plutôt librement les mythes. Par exemple,
Euripide, dans Médée, fait de Jason un époux ingrat et infidèle. Ils peuvent aussi les
modifier : ainsi, Sophocle, dans Électre, invente une sœur opposée à Électre dans le
personnage de Chrysotémis, qui se souhaite pas la mort de sa mère.
Les héros mythiques sont donc rapprochés des spectateurs, en proie à des inter-
rogations propres à la condition humaine. Ils perdent leur statut de modèles de
référence, d’autant plus qu’ils se trouvent dans des situations conflictuelles voire
insolubles, entre la liberté et le destin.
Ainsi, Jean-Pierre Vernant, dans Mythe et tragédie en Grèce ancienne (1972), montre
comment la tragédie s’écarte de ses modèles. En effet, les légendes héroïques se
déroulent dans des grandes lignées royales, qui incarnent ce que la cité a justement
condamné pour s’établir. La pensée juridique et politique naissante s’écarte des
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En philosophie naissent des écoles très diverses autour des personnages d’Épicure
(épicurisme), Diogène (cynisme), Pyrrhon (scepticisme), Zénon (stoïcisme).
Cette période voit le renouveau du genre épique. Mais les poètes s’attachent
davantage à des mythes peu connus et aux aspects secondaires des grands mythes.
Plusieurs poètes alexandrins au iiie siècle renouvellent le genre. Par exemple,
Apollonius de Rhodes, réécrit, dans les Argonautiques, l’expédition de Jason en
Colchide pour conquérir la Toison. Mais il intervient directement dans son récit et
n’adhère pas forcément à la tradition, mais use parfois de l’ironie.
Sur le plan politique, les cités gardent un lien avec les mythes traditionnels, car ils
sont investis d’une nouvelle mission : permettre de justifier le pouvoir en place par
une propagande fondée sur le rattachement des cités à certaines figures héroïques
ou divines. Cela permet de justifier des liens de parenté, mais aussi de légitimer
des valeurs aristocratiques, car on fait l’éloge de certaines conduites des chefs
politiques.
intitule Suite d’Homère, ce qui montre la survie des mythes homériques et le main-
tien d’une tradition mythologique. Il s’agit toujours de rivaliser avec Homère en
faisant preuve d’originalité.
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Rome
Cette période est marquée par l’extension progressive de Rome, de plus en plus
perméable aux influences extérieures.
z L’influence grecque
Rome est perméable à la culture grecque, à sa philosophie, et à son art. La Grèce est
province romaine, -146. L’élite romaine est majoritairement bilingue au iie siècle
av. J.-C.
Au iiie siècle av. J.-C., le poète Livius Andronicus, Grec d’origine, devenu esclave
Séquence n° 1 • L’héritage de la pensée grecque et latine
La République est traversée par trois conflits contre Carthage : les guerres puniques.
Ces événements vont entraîner la création d’une mythologie proprement romaine.
Pendant la première guerre punique contre Carthage (-264 ; -241), un certain
Naevius compose le premier poème épique romain, La guerre punique, où il raconte
comment Énée après l’incendie de Troie débarque à Carthage, rencontre la reine
Didon puis la quitte. Elle le maudit avant de se donner la mort ; il est donc naturel
que les Romains combattent les Carthaginois, et que les descendants du troyen
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Énée combattent les descendants des Grecs établis à Syracuse. L’épopée est ici au
service de la justification de l’impérialisme romain.
Rome affronte deux guerres civiles au ier siècle, entre Marius et Sylla, puis entre
César et Pompée. Un grand général comme César devient, dès son assassinat en
-44, un véritable mythe politique, moral et littéraire.
Au ier siècle avant J.-C., apparaît une histoire des origines, qui confine au mythe.
L’historien Tite-Live (-59/+17), dans l’Histoire romaine, remonte aux origines
mythologiques de Rome. Il mentionne le mythe de l’âge d’or, inspiré du mythe des
cinq races chez Hésiode. C’est le règne de Saturne, détrôné, et accueilli par Janus
en Italie, avec qui il partage le pouvoir. Il donne une origine divine à Rome avec la
filiation du dieu Mars et de Rémus et Romulus.
z La mythologie politique
Au ier siècle, Auguste a besoin de fonder les origines de Rome dans un passé
glorieux et mythique. Il veut montrer qu’il a mis fin à un siècle de guerres civiles. Il
demande au poète Virgile d’écrire une épopée en 12 chants, l’Énéide, qui s’inspire
de l’Iliade et de l’Odyssée, en racontant le voyage d’Énée depuis Troie jusqu’à son
arrivée dans le Latium et son installation d’où est issue la naissance de Rome. C’est
une œuvre de circonstance écrite pour diviniser Rome et montrer l’ascendance
divine de la gens Julia, et donc d’Auguste. Elles contiennent aussi des prophéties,
selon lesquelles c’est Auguste qui achèvera la mission d’Énée.
Virgile rappelle aussi que Rome avait été fondée par des Grecs et que cela légitimait
la conquête romaine comme la continuation de l’expansion grecque. Enfin, il faisait
d’Octave un nouvel Énée, un fondateur de la nouvelle Rome.
Par conséquent, les mythes romains ne sont pas des cosmogonies ni des théogonies
comme chez les Grecs, mais une histoire mêlée à la fiction, dans le but de fonder
une histoire nationale. Ils empruntent aux Grecs leur panthéon et leur cosmogonie.
z La mythologie de divertissement
Le grand poète latin, Ovide (-ier siècle) fait une compilation des principaux mythes
de la tradition dans les Métamorphoses, pour en faire une littérature divertissante.
Mais il n’a aucune foi en la véracité de ces récits fabuleux :
Repères historiques
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Les XVIe et le XVIIe siècles en France sont dominés par les Anciens. L’humanisme
recherche l’« innutrition » au contact des Grecs et des Latins (Montaigne), et fait
persister l’inspiration antique dans l’art. Le classicisme renoue avec l’idéal du kalos
kagathos (beauté intérieure et extérieure), qui devient celui de l’honnête homme,
et les règles canoniques du beau : vraisemblance, mesure, raison, 3 unités, cathar-
sis, nombre d’or. Les réécritures des mythes et de l’histoire antique fleurissent.
Au xviiie siècle, les philosophes des Lumières réfléchissent sur les vertus civiques
romaines (tolérance), la dénonciation de l’esclavage antique et, en poésie, André
Chénier (1762-1794) écrit des poèmes d’inspiration classique, comme Les Elégies.
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À vous de jouer ! Exprimez vos évocations mentales, laissez faire leur libre associa-
tion. Quel imaginaire me vient à l’esprit quand je pense aux mythes ? Quelle part
de raison y a-t-il là ?
Indiquez par écrit les sens que vous vous rappelez (cf. approche conceptuelle)
et les vérifiez-les.
Il s’agit d’une mise en relation entre les deux concepts par « et » : la conjonction
de coordination invite à envisager les rapports entre les 2 notions. La conjonction
interroge la complémentarité ou l’antinomie. La relation d’opposition entre imagi-
naire et rationalité semble la plus évidente.
Un troisième terme implicite se trouve en lien avec les deux autres : raison et
mythe ont pour point commun un lien avec l’origine et la vérité. Approche méthodique d’un sujet • Mythe et raison
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Le mythe n’exprime-t-il pas une certaine morale et une certaine réalité ? Lesquelles ?
Du coup, la prétention de la raison à dire la vérité au détriment du mythe n’est-elle
pas une illusion, voire un mythe ? Il faudrait chercher le fondement, la raison d’être
de la raison et donc du mythe.
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Le mythe trouve sa justification dans le sens qu’il revêt pour une société.
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