Chapitre un | art Of love
Je déteste l’été.
C’est bizarre parce que tout le monde semble apprécié cette période de l’année.
Le soleil, les plages, les fêtes interminables et les balades nocturnes. J’aime
bien passé du temps avec mes amis et faire des activités, bien sûr, mais je déteste
la chaleur. Je n’aime vraiment pas transpirer.
Mamina dit que je suis bizarre, mais elle ne peut pas comprendre, elle est la
première à se prélasser dès qu’elle voit un bout de soleil.
Mais les crises existentielles de l’astre d’apollon ne sont pas les seules
raisons pour lesquelles je déteste les vacances d’été, non. C’est plus profond que
ça. Ce qui me fait le plus mal en été, c’est de voir Aydin, mon meilleur ami, avec
sa copine. Bras dessus bras dessous. À s’amouracher à m’en faire vomir.
Ça fait deux ans que j’en dure ça, les voir s’embrasser, se prendre dans les
bras, se chuchoter des mots d’amour ou je sais quelle merde que je ne vivrais
jamais avec lui me donne des maux de ventre. Encore plus violent que le chili raté
d’Indira. Et ça, c’est quelque chose.
Mon coeur trouve toujours un nouveau moyen de se briser lorsque je vois les
regards qu’il lui lance, la façon dont ses yeux se posent sur elle. Comme si elle
était la huitième merveille du monde que l’on aurait oublié de mentionner. Quelque
chose que je ne serai jamais pour lui.
C’est à contre coeur, le désespoir suintant de mes yeux et la mine grise que je
descend les escaliers menant à la pièce à vivre. L’odeur des œufs brouillés me
donne déjà la nausée, et je soupire en voyant Indira aux fourneaux.
Elle se tourne vers moi aussi vite que je m’assois sur le tabouret.
— Enfin réveillé ! s’exclame-t-elle tenant à peine la poêle. J’ai cru que tu
n’allais jamais le faire, la chasse a été bonne ? Combien de litre de sang tu as
récolté ?
Elle se met à rire, je me contente de soupirer, lasse de son commentaire à
propos de mes canines.
— Occupe toi de tes trucs là, déjà que ça pue ne les brûle pas s’il te plaît.
La métis se concentre à nouveau sur son plat. Je me dirige vers le frigo et me
sers un verre de lait. Je déteste ça, mais il est hors de question que je mange
l’une des expériences de ma sœur.
Indira a toujours aimé cuisiner, ou plutôt faire des expériences culinaires qui
s’éloignent de très loin de toute forme de cuisine. Malgré sa détermination et
toute la volonté qu’elle peut faire preuve, en étant honnête, c’est toujours aussi
horrible. Même si je n’aime pas forcément ses plats, ça me fait toujours marrer de
la voir galéré comme pas possible.
C’est l’un des trucs que j’aime bien en été.
— Tu ne tourne pas aujourd’hui ? Il y’a pas de vlog du genre, vlog d’été ?
Je hausse les épaules, je viens à peine de prendre mes vacances, je vais pas me
mettre à réfléchir sur ça dès maintenant.
— Flemme, je réponds simplement déposant mon verre dans l’évier. Elle est où Mamina
?
Je regarde la brésilienne retirer les œufs de la poêle et les glisser dans un
plat, j’avais jamais vu d’œuf vert au paravant, mais tout est possible avec Indira.
Il suffit de demander.
— Elle est chez les Harris, Amber lui a demandé de l’aider avec ses rosiers.
Mon corps se fige lorsque j’entends le nom de famille de mon meilleur ami.
C’est fou l’effet qu’il a sur moi sans être là.
— Tu lui dira d’ajouter des œufs sur la liste des courses.
Je hausse un sourcil d’incompréhension face au regard taquin que me lance la
basanée. Dans ma famille, mon amour pour Aydin n’est pas un secret. Mamina l’a tout
de suite deviné lorsqu’un soir en cinquième je suis rentrée là mine triste car une
fille avait donné des chocolats à Aydin. Indira ne l’a su que l’an dernier, alors
qu’on débutait l’université.
— Qu’est-ce ce qui te fait croire que je vais aller la bas ? J’ai autre chose de
prévu.
— Autre chose de plus important que de profiter de ton adonis avant l’arrivé de sa
copine ?
Je lève les yeux au ciel, exaspérée. Indira se tourne vers l’évier pour faire
la vaisselle.
— Oui, je réponds même si la proposition est tentante je me dois de résister. J’ai
pris rendez-vous avec Mel tout à l’heure. J’ai pas envie d’être en retard.
Ses yeux brillent d’une nouvelle lueur, je soupire, on a enfin quitté le sujet
A.
— Oh ! Et tu veux quoi ? me demande-t-elle.
— J’hésite entre des bohomian braids ou des fausses locs.
Elle me sourit de toutes ses dents, dévoilant son piercing aux gencives.
— Tu veux être assorti avec monsieur, je vois.
Mon coeur rate un battement tellement fort que si j’avais été un peu plus
claire, mes joues se serraient teintes de roses.
— Arrête ça, murmuré-je. Il est en couple, c’est mon meilleur ami. Arrête de tout
ramener à lui.
Arrête de me donner de l’espoir comme ça…
— Orh, ça va. On ne peut même plus rigoler ? elle se remets à la vaisselle. C’est
même pas de ma faute en plus, tes yeux crient à qui veut l’entendre je suis
amoureuse de mon pote
Je me lève, coupant court à la conversation. Je sais déjà que je suis amoureuse
d’une personne qui ne m’aimera jamais en retour comme moi je l’aime. Merci de ne
pas remuer le couteau dans la plaie.
Je me dirige vers les escaliers, je l’entends m’appeler :
— Gal’, ça va je rigolais ! Fais au moins l’effort de goûter ma cuisine, et puis
tes yeux ils crient pas si tu veux ils peuvent murmurer ! Gal !
Je me retourne vers elle, et lui fait un doigt d’honneur.
— Tes œufs sentent la maladie, étouffe toi avec.
Je remonte dans ma chambre. Je déteste vraiment l’été.
Le soleil est déjà haut dans le ciel lorsque j’arrive chez Melati. Je dépose
mon vélo dans leur jardin, le seul jardin du quartier à avoir autant de nains de
jardin. J’en ai des frissons rien qu’en croisant leur regard. Je n’ai jamais
compris pourquoi sa mère en avait autant.
J’enjambe les jouets et peluches qui traînent sur le porche avant de sonner à
la porte. Derrière celle-ci, j’entends les cris des petits frères de ma copine. Je
grimace. J’aime les enfants, pas beaucoup mais je les supporte. Mais les petits
frères de Melati sont vraiment, insupportables. Ils sont du genre à te prendre en
otage et à te forcer à jouer aux amérindiens avec eux jusqu’à l’évanouissement. Ou
encore aux hommes primitifs, ça peut paraître drôle et éducatif jusqu’à ce que tu
te retrouves à être le mammouth et à te faire taper avec un bâton par des enfants
allant de six à 10 ans.
Dans mes rêveries, Aydin et moi n’avons pas d’enfants, pour le bien de tous. Et
même s’il en voulait un, on aurait qu’à adopter, mais pas plus d’un.
La porte s’ouvre enfin, j’ai une vue d’ensemble sur le débardeur blanc qui
expose la poitrine volumineuse de mon indienne préférée. Melati me dépasse d’au
moins dix bons centimètres. Attention, je ne suis pas petite, ce sont les autres
qui sont trop grands.
— Désolée de t’avoir fait attendre, s’excuse-t-elle en me faisant entrer. J’étais
un peu occupée.
Je fais un signe de la main, voulant lui dire que ce n’est rien. Je préfère
encore attendre sous la chaleur que de devoirs supporter les cris incessants de ses
frères.
— J’ai cru que c’était l’un des jumeaux qui allait m’ouvrir, j’ai eu tellement
peur.
Ma copine rigole, nous nous frayons un chemin dans le salon avant de se diriger
au bout du couloir où se trouve sa chambre. L’odeur de fraise et de patchouli
emplissent directement mes narines, c’est l’une des meilleures odeurs que j’ai eu à
sentir de ma vie. Le patchouli, j’ai l’impression que ça apaise mon âme.
Je m’assois sur son lit, y dépose mon sac à dos qu’elle m’a rafistolé avec
beaucoup de strass et de rubans.
Comme à chaque fois que je viens ici, mon regard se perd sur les murs orné de
multiples poster allant d’Hello Kitty, Barbie à des chanteurs comme Franck Ocean.
De multiples guirlandes roses, des vêtements ci et là, et son matériel de couture
qui semble être prêt à créer la futur collection de demain.
Melati s’affaire à chercher ses instruments pour me tresser, moi j’ai
l’impression d’étouffer dans cette chaleur.
— Tu t’es décidé ? Boho ou locs ?
Je fais mine de réfléchir. Faire des locs serait très tentant, et ça n’a
vraiment rien avoir avec le fait que je serrais assortie avec Aydin. Non. Jamais.
— Oh, j’oubliais. J’vais devoir te coiffer au lac. Din veut faire une journée
détente.
Je relève la tête aussi vite que je peux. Il en est hors de question.
— C’est quel type de honte ça encore ? T’as vu ma tête ?
Elle rigole, hausse les épaules et se contente de ranger son sac.
— Fais pas ta difficile, il a déjà vu ta tête du matin croit moi il va pas vouloir
s’éloigner de toi après ça.
Bien sûr, qu’est-ce que ce gars ne sait pas de moi si ce n’est mes sentiments à
son égard ( même si je pense qu’il se doute de quelque chose) ? Il m’a déjà vu dans
bien pire. Et quand je dis bien pire, c’est bien pire.
— Nah, c’est pas ça le problème.
C’est bien évidemment ça le problème…
— Meuf, vas-y je t’aime mais ne tu vas vite me soûler si tu commences à faire ton
anxieuse là. Tu as peur de quoi ? De Fae ? Elle sera même pas là.
Mon coeur se calme, comme si on m’avait mis de la glace sur le bas ventre lors
de mes règles. Je reprends goût à la vie.
— Tu es sure ?
— Non, dit-elle en levant les yeux au ciel. J’invente.
— Mel’ ! On parle de mon honneur en tant que femme noire là ! Soit sérieuse !
Elle se tourne vers moi, un sourcil levée.
— Le rapport s’il te plaît ?
— On s’en fou, je dis en me levant d’un bond. Si elle est là, je viens pas. Encore
si j’étais tressée, mais là avec mes cheveux sans sens ? Jamais !
Je récupère mon sac et me dirige vers la sortie. Ok, j’abuse. Mais il faut
comprendre aussi, je suis sensé être en compétition avec Fae. Je suis la meilleure
amie de son copain et il est inacceptable qu’elle me voir sous mes mauvais jours.
— Oh, merde tu vas me rendre folle Galathée. Elle ne sera pas là, elle doit aller
chez le dentiste un turc du genre.
Je pivote vers elle.
— Promet sur Tod, m’exclamé-je.
Je vois ma meilleure amie soupirer, et se masser l’arrêt du nez.
— Je promets sur Tod. Tu veux bien t’asseoir maintenant ? Le temps que je finisse
mon sac ?
Je souris et reprend ma position initiale sur son lit.
— Tu peux ouvrir la fenêtre s’il te plaît ? elle s’exécute exaspérée puis retourne
à son sac de plage. Merci.
Un courant d’air entre dans la chambre et fait virevolter l’ourlet de la mini
jupe a voile, caresse mes épaules nues et effleure la peau de mon ventre. Je ferme
les yeux un instant, profitant de cette légère brise de fraîcheur.