Chapitre 24 Page 1 / 12 MP2I - 2023/2024
Chapitre 24 : Introduction à la physique quantique
À la fin du XIXe siècle, les phénomènes naturels semblent pouvoir être décrits de façon satisfaisante par
la physique classique, basée deux grandes théories :
— la mécanique de Newton, selon laquelle tout mouvement a une cause
— la théorie de Maxwell de l’électromagnétisme, qui décrit les propriétés de la lumière
Elles reposaient sur un formalisme mathématique efficace, et des expériences fiables avaient permis de
vérifier leur validité, comme l’étude du mouvement des astres (par exemple la vérification des orbites de
comètes par Halley, 1695), l’observation des interférences lumineuses (Thomas Young, 1802), la décou-
verte des ondes radio (Heinrich Herz, 1865).
Cependant, dans les années 1930, 3 expériences, que nous présenteront dans la première partie du
chapitre, restaient inexpliquées par l’application de la physique classique :
— Le rayonnement du corps noir et la catastrophe de l’ultraviolet
— L’effet photoélectrique
— Le spectre de raies
Le physicien anglais Kelvin pensait que ce n’était lié qu’à un manque de précision des mesures ex-
périmentales et que ces problèmes seraient bientôt expliqués. Pourtant les mesures étaient exactes et
reproductibles ! Des solutions seront proposées par Max Planck, Albert Einstein et Niels Bohr, qui ont
apporté les premières contributions à une nouvelle compréhension de la nature.
Plan du cours II Dualité onde-corpuscule de la lumière 7
II.1 Nature ondulatoire de la lumière . . . . . . . 7
II.2 Nature particulaire de lumière : le photon . . 7
I Comment la physique quantique est-elle née ? 2
I.1 Le corps noir . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2 II.3 Interférences avec des photons uniques . . . . 9
I.2 L’effet photoélectrique . . . . . . . . . . . . . 3
I.3 Le spectre de raies . . . . . . . . . . . . . . . 6 III Dualité onde-corpuscule de la matière 10
I.4 Applications de l’absorption/l’émission de III.1 Relation de De Broglie . . . . . . . . . . . . . 10
photons par la matière . . . . . . . . . . . . . 7 III.2 Expérience d’interférences entre atomes . . . 11
À savoir
Description du photon : énergie, vitesse, masse, impulsion. II.2
Relation de Planck-Einstein. II.2
Expliquer l’effet photoélectrique à partir du modèle particulaire de la lumière I.2
Citer des applications mettant en jeu l’interaction lumière-matière I.4
Relation de de Broglie pour décrire l’onde de matière associée à une particule. III.1
À savoir faire
Décrire une expérience mettant en évidence la notion de photon. I.2
Faire un bilan d’énergie pour l’effet photoélectrique, pour établir la relation entre l’énergie
cinétique des électrons et la fréquence du rayonnement. TD2
Décrire une expérience mettant en évidence le comportement ondulatoire de la matière. III.2
Évaluer les ordres de grandeur typiques intervenant dans des phénomènes quantiques. TD1,4
Interpréter une expérience illustrant la dualité onde-particule. II.3
Chapitre 24 Page 2 / 12 MP2I - 2023/2024
I Comment la physique quantique est-elle née ?
I.1 Le corps noir
Définition
Corps noir : Un corps noir est une entité théorique maintenue à température constante, ab-
sorbant la totalité des rayons lumineux ou radiations qu’elle reçoit et les renvoie sous forme de
rayonnement thermique. Ce processus ne dépend que de la température du corps. On représente
un corps noir comme une entité creuse entourée d’une parois opaque comportant une ouverture
par laquelle les radiations environnantes sont absorbées et piégées dans la cavité.
« Rôle » du corps noir dans les débuts de la physique quantique : À la fin du XIXe siècle, le
rayonnement du corps noir a fait l’objet de nombreuses études tant expérimentales que théoriques. Kir-
chhoff montre notamment en 1860 que la densité spectrale d’énergie de ce rayonnement est universelle,
dépendant uniquement de la température et de la longueur d’onde, mais pas de la nature du corps porté
à haute température.
Cependant, aucun modèle théorique visant à prédire le
spectre d’émission du corps noir ne permet d’obtenir un
accord avec les mesures expérimentales très précises réa-
lisées vers 1900 :
— La loi de Wien est en effet uniquement valable dans
le domaine des courtes longueurs d’onde
— La loi de Rayleigh-Jeans est convenable pour les
grandes longueurs d’onde, mais se confronte à un pro-
blème de divergence aux courtes longueurs d’onde,
connue sous le nom de catastrophe ultra-violette.
Max Planck, alors qu’il ne « croit pas » aux atomes et à la physique statistique de Boltzmann, introduit
un artefact mathématique pour quantifier les échanges d’énergie entre le rayonnement et les parois du
corps noir, via une constante notée h (pour « Hilfe » = au secours). Le résultat de cette analyse le
conduit alors a une formule qui ajuste parfaitement l’ensemble des résultats expérimentaux.
Conférence d’Étienne Klein: Comment la physique quantique est-elle née? écouter en particulier :
— à 12 min 12 s Analogie : équipartition de l’énergie dans un gaz, remarque sur le rôle des collisions
— à 19 min 41 s Historique du corps noir (Kirchhoff, Stefan, Wien, Rayleigh, Jeans)
— à 23 min 02 s Catastrophe ultraviolette ; origine de l’expression
Chapitre 24 Page 3 / 12 MP2I - 2023/2024
I.2 L’effet photoélectrique
Animation
Observation de l’effet photoélectrique avec un électroscope
Document 1 : Mise en évidence de l’effet photoélectrique
L’effet photoélectrique a été observé pour la première fois, et par hasard, par Heinrich Hertz
en 1887. Hertz travaillait à ce moment-là sur les ondes électromagnétiques afin d’apporter une
confirmation expérimentale à la théorie de James C. Maxwell, qui venait d’énoncer « ses »
quatre équations prédisant les ondes électromagnétiques et leur propagation (→ programme
d’électromagnétisme de 2e année). Lumière incidente
Il constata qu’à la surface d’un objet métallique éclai- K A
rée par une lumière ultraviolette une charge électrique
e−
apparaissait. Cette observation ne lui étant d’aucune e−
aide pour son objectif initial, il ne poursuivit pas. e−
Philip Lenard (1862-1947), ancien élève de Hertz, réa- Émetteur Collecteur
lise l’expérience schématisée ci-contre en 1902 (Fig.1). Tube à vide mA
La plaque métallique K est enfermée dans une cellule
à vide et soumise à un rayonnement de fréquence ν.
Le milliampèremètre permet de mettre en évidence la
V
présence d’un éventuel courant électrique parcourant
le circuit. Figure 1. Montage photoélectrique
Si un courant est observé, cela signifie que des électrons sont arrachés à la plaque K par le
rayonnement, et sont capturés par l’électrode A qui leur permet de « rejoindre » le circuit. Le
générateur a pour rôle de polariser l’électrode A à un potentiel positif et donc d’y attirer les
électrons éventuellement issus de la plaque K, qui sont a priori émis dans toutes les directions.
Les résultats observés sont les suivants :
— si la plaque est éclairée par un rayonnement du domaine visible, aucun courant n’est obser-
vable, et ce quelle que soit l’intensité lumineuse émise par la lampe ;
— si la plaque est éclairée par un rayonnement ultra-violet, donc de fréquence plus élevée, alors
un courant est systématiquement observé dans le circuit, et son intensité est d’autant plus
élevée que l’intensité lumineuse de la lampe est élevée.
L’expérience de Lenard fût répétée de nombreuses fois au cours des années suivantes par Lan-
gevin, Bloch, Thomson, Palmer et finalement par Millikan de 1905 à 1916 (dont le prix Nobel
en 1923 récompensa autant ses travaux sur l’effet photoélectrique que ceux sur la charge de
l’électron). Son travail a consisté à mesurer l’énergie cinétique maximale d’électrons issus d’une
plaque de sodium éclairée par des rayonnements de différentes fréquences, comme représenté
ci-dessous.
Figure 2. Résultats expérimentaux de R. Millikan (réalisés avec du sodium).
Chapitre 24 Page 4 / 12 MP2I - 2023/2024
Document 2 : Interprétation par Einstein (1905)
« Un point de vue heuristique concernant la production et la transformation de
lumière » (Extrait), Annalen der Physik, Vol XVII, 1905, p132-148. Traduction publiée dans
« Albert Einstein, Œuvres choisies, Quanta » Seuil/CNRS Éditions
La conception usuelle, selon laquelle l’énergie de la lumière est distribuée de façon continue dans
l’espace où elle est rayonnée, présente, quand on tente d’expliquer les phénomènes photoélec-
triques, de très sérieuses difficultés qui sont exposées dans un travail décisif de M. Lenard. La
conception selon laquelle la lumière excitatrice est constituée de quanta d’énergie hν (Einstein
a utilisé à l’époque d’autres notations) permet de concevoir la production de rayons cathodiques
(faisceaux d’électrons) de la façon suivante. Des quanta d’énergie pénètrent dans la couche su-
perficielle du corps ; leur énergie est transformée, au moins en partie, en énergie cinétique des
électrons. La représentation la plus simple que l’on puisse s’en faire est celle d’un quantum de
lumière cédant son énergie à un seul électron ; nous allons supposer que c’est bien ce qui se
passe.
Il n’est pas exclu cependant que des électrons ne prennent qu’une partie de l’énergie des quanta
de lumière. Un électron auquel une énergie a été fournie à l’intérieur du corps atteint la surface
en ayant perdu une partie de son énergie cinétique. Nous allons supposer, de plus, que tout
électron doit, pour pouvoir quitter un corps, fournir un travail W0 (caractéristique du corps).
Les électrons qui quittent le corps avec la vitesse normale la plus élevée sont ceux qui se trouvent
immédiatement à la surface et qui ont été excités normalement à celle-ci.
L’énergie cinétique de ces électrons est Ec,max = hν − W0 .
[...] Si la formule obtenue est exacte, l’[énergie cinétique maximale des électrons] en fonction de
la fréquence de la lumière excitatrice doit être [...] une droite dont la pente ne dépend pas de
la substance étudiée. Autant que je puisse en juger, notre conception n’est pas en contradiction
avec les propriétés de l’effet photoélectrique, telles qu’elles ont été observées par M. Lenard.
Si chaque quantum d’énergie de la lumière excitatrice cède son énergie à un électron indépen-
damment de tous les autres, la distribution des vitesses des électrons, c’est-à-dire la qualité du
rayonnement cathodique produit, est indépendante de l’intensité de la lumière excitatrice ; en
revanche le nombre des électrons qui quittent le corps doit, lui, être toutes choses égales par
ailleurs, proportionnel à l’intensité de la lumière excitatrice.
Einstein recevra le prix Nobel de physique en 1922 (au titre de l’année 1921) pour l’interprétation
de l’effet photoélectrique à l’aide de la théorie des quanta, lui qui pourtant a été septique toute
sa vie a propos de cette théorie.
Analyse des documents :
Q1. En quoi l’existence d’une fréquence seuil en dessous de laquelle plus aucun électron ne peut être
émis quelle que soit l’intensité lumineuse, est-il en contradiction avec une description purement
ondulatoire la lumière ?
Chapitre 24 Page 5 / 12 MP2I - 2023/2024
Q2. Expliquer avec vos propres mots l’interprétation d’Einstein.
Q3. Quelle est la valeur de la pente de la droite de l’article de Millikan. Quelle constante a-t-il déduite
de la mesure de la pente de sa courbe ?
Q4. Déterminer graphiquement la fréquence seuil du sodium. En déduire la longueur d’onde correspon-
dante. Dans quel domaine spectral se situe-t-elle ?
Q5. Déterminer le travail d’extraction W0 pour le sodium. On donnera le résultat en Joules puis en
électron-volt.
Chapitre 24 Page 6 / 12 MP2I - 2023/2024
I.3 Le spectre de raies
Depuis le milieu du XVIIIe siècle, les physiciens réalisent des observations précises de l’émission de lu-
mière par les gaz, et ont mis en évidence le fait que le spectre de la lumière d’un gaz chaud qui traverse
un prisme est différent du spectre d’un arc en ciel : il présente des raies, à des fréquences définies pour
chaque élément.
En étudiant le spectre de raies de l’atome d’hydrogène, Balmer (1885) remarqua que les fréquences f
des raies observées satisfont à une relation mathématique, reformulée par Rydberg, sous la forme :
1 1
!
f = RH 2
− 2
nf ni
avec : RH = constante de Rydberg
avec : nf et ni des nombres entiers (nf < ni )
Ces changements de nombre entiers, qui donnent les fréquences d’émission exactes des radiations ob-
servées, suggèrent alors une évolution du modèle de l’atome, dont les premiers modèles n’apparaissent
qu’au début du XXesiècle (J.J. Thomson en 1904 et Rutherford en 1911).
Rappel : Le modèle de Thomson suppose que l’atome est une boule homogène d’électricité à l’intérieur de
laquelle les électrons négatifs peuvent se déplacer. Ce modèle allait être abandonné après les expériences
de diffusion réalisées par Rutherford (1911). Le modèle proposé à partir de ces expériences décrit l’atome
comme une charge ponctuelle positive concentrée dans une zone très petite de l’espace autour de laquelle
gravitent les électrons selon un schéma plané[Link] modèle se heurte au problème de la stabilité de
l’atome et montre encore une fois les limites de la physique classique (en effet, d’après les lois de
l’électrodynamique l’électron en mouvement sur son orbite devrait rayonner et perdre de son énergie et
donc devrait retomber sur le noyau).
En reprenant en 1913 les résultats de Rutherford, Bohr envisage un modèle planétaire et postule que :
• Seuls certains niveaux d’énergie peuvent être occupés par les électrons qui décrivent des orbites cir-
h
culaires telles que ||→
−
r ∧→ −
p || = mvr = nℏ = n : où m, v et r désignent respectivement la masse
2π
de l’électron, sa vitesse sur son orbite et sa distance au noyau. n est un entier et h la constante de
Planck. Sur ces orbites « spéciales », l’électron n’émet pas de radiation, elles constituent des états
stationnaires caractérisés par un moment cinétique orbital multiple entier de la constante de Planck
réduite ℏ.
• Il n’y a absorption ou émission que lorsque l’électron passe d’une orbite stationnaire à une autre (=
change de niveau d’énergie, tel que ∆E = |Ei − Ef | = hν où est ν la fréquence du rayonnement
absorbé ou émis et ∆E l’écart entre les deux niveaux concernés.
Chapitre 24 Page 7 / 12 MP2I - 2023/2024
I.4 Applications de l’absorption/l’émission de photons par la matière
— En chimie, la spectroscopie d’absorption (UV-visible ou IR) consiste à analyser les longueurs d’onde
des rayonnements absorbés par un échantillon pour en déduire des informations sur la structure
des espèces chimiques qui le constituent.
— Dans une cellule photovoltaïque, l’absorption d’un photon permet d’arracher un électron à un
atome, créant ainsi deux porteurs de charges : l’électron (devenu libre) et la lacune électronique
(appelé « trou », qui se comporte comme un porteur de charge positif). La présence d’un champ
électrique dans le matériaux (dû à la présence d’une jonction entre deux semi-conducteurs), les
deux types de porteurs migrent en sens opposé et sont recueillis par des électrodes.
— La production de lumière par une LED (diode électoluminescente) correspond à l’émission d’un
photon lors de la recombinaison d’une paire électron-trou au niveau d’une jonction entre deux
semi-conducteurs (en présence d’une alimentation électrique).
II Dualité onde-corpuscule de la lumière
II.1 Nature ondulatoire de la lumière
Les expériences d’interférences et de diffraction réalisées au XIXe siècle (Hook, Huyghens, Young) ont
montré l’aspect ondulatoire de la lumière, qui a ensuite été théorisé par Fresnel et Maxwell. La lumière
est une onde électromagnétique = la propagation de variations périodiques d’un champ électrique et
d’un champ magnétique, dans un milieu matériel ou dans le vide.
Rappel : expérience des fentes d’Young
b) Figure d’interférences c) Profil d’intensité dans la
a) Montage expérimental
obtenue (à droite : zoom sur direction orthogonale à celle
des fentes d’Young
la zone encadrée) des fentes
II.2 Nature particulaire de lumière : le photon
L’étude de l’effet photo-électrique a imposé la notion de quanta (grains, paquets) d’énergie associés à
une onde électromagnétique de fréquence ν. Chacun de ses grains, appelés photons.
Relation de Planck-Einstein E = hν
Le rayonnement électromagnétique monochromatique (de fréquence ν et de longueur d’onde λ)
est constitué de photons qui :
— sont des particules de masse nulle
— se déplacent à la vitesse de la lumière dans le vide (c ≈ 3,00 × 108 m·s−1 ),
c
— d’énergie : E = hν = h avec la constante de Planck h = 6,626 070 04 × 10−34 J·s
λ
E h
— de quantité de mouvement (ou impulsion) → −p : de norme p = = , de même
c λ
direction et sens sens que ceux de l’onde électromagnétique
Chapitre 24 Page 8 / 12 MP2I - 2023/2024
Erreurs à ne pas faire !
E
— Les expressions p = et E = hν sont valables uniquement pour les photons, elles ne sont pas
c
valables pour des particules ayant une masse.
— L’expression →−
p = m→ −v est valable uniquement pour une particule matérielle de masse m ̸= 0 et
non relativiste (c’est-à-dire de vitesse v ≪ c), elle n’est pas valable pour un photon.
Remarques
• Un faisceau lumineux est donc un flux de photons qui transporte de l’énergie.
• Le photon est la particule qui intervient dans les échanges d’énergie entre onde électro-
magnétique et matière.
→
−
• La quantité de mouvement → −
p du photon peut aussi s’exprimer avec le vecteur d’onde k
→
− h→−
de l’onde électromagnétique associée : → −
p =ℏk = k
2π
• la lettre « h » vient de l’allemand hilfskonstante qui signifie « constante auxiliaire » (h est
maintenant une constante fondamentale de la physique !).
Définition
Le Joule est une unité peu adaptée aux ordres de grandeur rencontrés à l’échelle atomique, on
utilise ainsi plutôt l’électron-volt :
1 eV = 1,602 176 62 × 10−19 J
Application directe :
Q1. Calculer l’énergie d’un photon bleu et d’un photon rouge, en J puis en eV.
Q2. Sachant que pour le Sodium, la fréquence seuil se situe à peu près à la limite visible/ultra
violet, déterminer l’ordre de grandeur en électron-volt du travail d’extraction.
Q3. Déterminer la fréquence seuil pour le Fer sachant que le travail d’extraction est de 4,67 eV. De
quelle couleur est ce rayonnement ?
Q4. Combien de photons sont émis par seconde par un LASER rouge de longueur d’onde λ =
632,8 nm, de puissance P = 1,0 mW et de section circulaire d = 2,0 mm ?
Chapitre 24 Page 9 / 12 MP2I - 2023/2024
II.3 Interférences avec des photons uniques
Pour s’assurer que l’hypothèse particulaire ne présentait pas d’incompatibilité avec le modèle corpuscu-
laire, les physicien ont imaginé puis réalisé des expériences d’interférences avec des photos uniques.
Document 3 : Interférences avec des photons uniques
Expérience de Vincent Jacques, 2007 :
(très proche conceptuellement de l’expérience standard des trous d’Young)
Description simplifiée du montage expérimental :
— La source utilisée émet de la lumière, de lon- α
gueur d’onde moyenne λ = 670 nm, photon par
photon. source de
— Un bi-prisme de Fresnel, d’indice n = 1.5142 et photons
d’angle au sommet α = 0,43 ˚ est placé derrière uniques
cette source.
— Une caméra CCD refroidie à −25 ˚ est placée
derrière une lentille convergente et enregistre en
temps réel la figure obtenue à la sortie du bi-
prisme.
biprisme caméra
de Fresnel CCD
Observations :
— Aux temps courts (= lorsque le nombre de photons déjà envoyé est faible) : Les photons
arrivent bien un par un et font des impacts sur la plaque à des endroits aléatoires. Ceci va
donc en faveur de notre interprétation corpusculaire. Les ondes ne peuvent pas réaliser ce
genre de figures.
— Aux temps longs : Malgré les impacts aléatoires, une figure d’interférences identique à celles
obtenues avec une source classique se reconstruit peu à peu, alors que les photons ne peuvent
pas interagir.
Chapitre 24 Page 10 / 12 MP2I - 2023/2024
Analyse de l’expérience :
Justifier que si le biprisme est éclairé avec un faisceau de lumière monochromatique, des interférences
peuvent être observées en plaçant l’écran dans une certaine zone de l’espace. Montrer sur un schéma
où se situe cette zone (dessiner le faisceau incident et les faisceaux émergents).
Interprétation basée sur le dispositif des trous d’Young :
Comment les photons passent-ils à travers les ouvertures ? On pourrait penser tantôt par un trou, tantôt
par l’autre. On devrait alors obtenir des figures de diffraction (une par trou), mais pas d’interférences !
Reste une seule possibilité : chaque photon passe par les deux trous à la fois ! Mais cela ne veut pas
dire qu’il soit passé par exemple 14 de photon d’un côté et 43 de l’autre (aucune lumière de fréquence ν4
ou 3ν
4
), le photon est un corpuscule indivisible. Cette expérience permet de montrer que le concept de
trajectoire perd sa signification en physique quantique : on ne peut plus parler, comme pour une bille,
de trajectoire pour le photon.
Dès qu’on tente de mettre expérimentalement en évidence le trou d’Young par lequel passe le photon,
on perturbe le système au moins de ce qu’il faut pour détruire la figure d’interférences ! Par exemple, on
n’obtient qu’une figure de diffraction si l’on bouche un des trous pour être sûr que les photons passent
par l’autre ? Il faut renoncer à déterminer la trajectoire empruntée par un photon et analyser les choses
à l’échelle microscopique par des concepts probabilistes. La probabilité pour qu’un photon arrive sur
l’écran au niveau d’une frange brillante est très grande alors que la probabilité pour qu’il arrive sur
l’écran au niveau d’une frange sombre est très petite. Il est impossible de savoir quelle zone de l’écran
sera précisément atteinte par le photon, mais on peut connaître la probabilité correspondante.
Dualité onde-particule
Les descriptions ondulatoire et corpusculaire de la lumière sont complémentaires : on parle de
dualité onde-particule (ou onde-corpuscule).
III Dualité onde-corpuscule de la matière
III.1 Relation de De Broglie
En 1924, Louis de Broglie (Rq : se prononce « De Breuil ») a eu l’idée d’interpréter la quantification
des énergies atomiques à l’aide d’une description ondulatoire des électrons. Il connaissait les travaux de
Planck et Einstein sur la dualité onde-corpuscule de la lumière, il a eu l’idée de l’étendre aux particules
h
de masse non nulle : partant de p = énoncée par Einstein pour la lumière, il propose d’associer une
λ
longueur d’onde à une particule.
Chapitre 24 Page 11 / 12 MP2I - 2023/2024
Relation de de Broglie λ = h/p
Louis de Broglie a postulé qu’à toute particule matérielle de masse m, de quantité de mouvement
→
−p , on peut associer une onde de matière, se propageant à la vitesse v de la particule et de
longueur d’onde :
h
λ=
p
La quantité de mouvement d’une particule de masse m non relativiste (de vitesse faible devant
la célérité de la lumière dans le vide : v < c/10) s’écrit p = mv.
Erreurs à ne pas faire !
1
• Les expressions → −p = m→ −v , Ec = mv 2 ne sont valables que pour une particule de masse m non
2
relativiste, elles ne sont pas valables pour :
— des particules relativistes (v > c/10),
— le photon de masse nulle et de vitesse égale à celle de la lumière.
• Rappel : Les formules de Planck-Einstein ne sont pas valables pour des particules de masse non nulle :
c
E = hν, et ν = ne doivent pas être utilisées pour des particules de masse non nulle.
λ
Méthode
Méthode pour déterminer si un particule est quantique ou non quantique ?
h
① Calculer la longueur d’onde de De Broglie λdB = de la particule.
p
② Comparer la longueur d’onde de De Broglie λdB trouvée aux tailles caractéristiques a du
milieu dans lequel se déplace la particule étudiée.
— Si λdB ≈ a : la particule a un comportement quantique et l’étude quantique est nécessaire
pour rendre compte des observations faites.
— Si λdB ≪ a (au moins un facteur 1000 : λdB < a/1000) : l’étude quantique n’est pas
nécessaire pour rendre compte des observations faites, l’étude classique suffit.
III.2 Expérience d’interférences entre atomes
Document 4 : Interférences avec des atomes uniques
Expérience de Shimizu, Shimizu, et Takuma. Double-slit Interference whith ultracold metas-
table neon atoms ; Physical Rewiew A ; 1992
Le dispositif utilisé par l’équipe de Shimizu de la Nippon Electronics (NEC) est décrit de façon
simplifiée sur la figure ci-dessous. Il utilise des atomes de Néon piégés et refroidis à une tempé-
rature de 2,5 mK de manière à minimiser leur agitation thermique moyenne. Ils sont piégés par
des lasers dans une zone d’environ 1 mm, lorsque les lasers sont éteint, les atomes quittent le
piège et tombent dans le champ de pesanteur.
Le piège est situé à une hauteur ℓ = 76 mm au dessus de deux fentes séparées d’une distance
a = 6 µm. La largeur d’une fente est de 2 µm. Un écran MPC (microchannel plate detector) est
placé à une distance D = 113 mm de la double fente et détecte les atomes de Néon avec une
résolution de l’ordre de 20 µm. L’ensemble du dispositif est disposé verticalement.
Chapitre 24 Page 12 / 12 MP2I - 2023/2024
Document 4 suite
Montage et résultats de l’expérience de l’équipe de la Nippon Electronics
Données :
— Masse molaire du néon : M = 20 permol
— Constante d’Avogadro : NA = 6,02 × 1023 mol−1
— Constante de Boltzmann : kB = 1,38 × 10−23 J·K−1
— La distance séparant deux franges de même type est appelée interfrange i et dans le cas
d’une expérience de fentes d’Young, elle reliée à la longueur d’onde par i = λD
a
.
— Énergie cinétique d’un atome de masse m porté à la température T : Ec = 23 kB T
Analyse de l’expérience :
Q1. Comment se manifestent respectivement les caractères corpusculaire et ondulatoire des atomes
de néon dans cette expérience ?
Q2. En admettant que les atomes se comportent indépendamment les uns des autres, expliquer ce
qu’il advient d’un atome de néon lors de sa traversée du dispositif.
Q3. Estimer l’ordre de grandeur de la longueur d’onde λ des atomes de néon dans ce dispositif
interférentiel, donnée par la formule de De Broglie.
Q4. Estimer l’interfrange d’une part avec de la figure d’interférence fournie et d’autre part avec la
formule fournie. Commenter.
Pour compléter : Vidéo d’interférences de molécules
Pour compléter : La plus belle expérience de toute l’histoire de la physique !